QUATRAIN SUR LE LIT DE JUSTICE
Ami, sais-tu ce que l'on dit ?
La Justice est embarrassée, Le Roi la fut voir dans son lit :
On prétend qu'il l'a violée.
DÉCRET 1)0 Concile de Rome sur la Constitution.
En la 5* SESSION. — « Comme pour conserver inviolablement la pureté de la foi, il est absolument nécessaire que les fidèles se donnent soigneusement de garde et détestent les erreurs qui se sont introduites dans ces derniers temps, et qui ont été condamnées par le Siège apostolique ; c'est pourquoi tous les évoques et pasteurs des àmts doivent employer tous leurs soins pour que la' Constitution donnée par Clément XI, de pieuse mémoire, qui commence par le mot Unigenilus , soit observée en toutes manières par tous les fidèles, de quelque rang et condition qu'ils soient, avec l'obéissance et la pratique qui est due. Si donc, ils viennent à connoitre que quelqu'un, soit du diocèse, soit de la province ou autre, ne pense pas en bien de ladite Constitution ou en parle mal, qu'ils ne diffèrent point de procéder contre lui , suivant la puissance pastorale, et de le punir. Et lorsqu'ils s'apercevront qu'il sera besoin de remèdes plus efficaces, qu'ils dénoncent au Siège apostolique de tels opiniâtres et rebelles. Qu'ils aient aussi soin de rechercher et de se faire remettre les livres imprimés contre ladite Constitution ou qui défendent les fausses doctrines qui y sont condamnées. »
Le 30 mai , le Concile a fini, et le Saint-Père en a si-
m MKMOIRKS DK MATIllia^ MARAIS.
gné les canons et coiiirédiô les aivhevèijiies et t^'^^ques. Le quatrain du lit de justice est renouvelé. H y en a eu un du temps de Louis XIV :
A Paris, il court un gramî bruit Que la Justice est désolée.
Le lloi s'est couehé dans sou lit Et Ion dit qu'il l'a violée.
Miracle. — Kkponse. — Le cardinal de Bissy, qui ne croit pas au niii'acle, a été voir la femme guérie et lui a dit : « Votre mari n'est-il pas janséniste? » Elle lui a ré- [K)ndu : tt Non, Monseigneur; il est ébéniste. » Réponse simple et sublime.
27 ju/n. — l'iiocESsioy générale. — Arrêt du Parlement, qui ordonne que la châsse de Sainte-Geneviève sera descendue et portée en procession solennelle. Il n'y a pas un mot de la pluie dans cet arrêt, qui est malin et de la cour de malice. Le discours de l'échevin, qui a parlé, au lieu du prévôt des marchands qui est malade, tend à dire qu'ils espèrent, par le secours de cette sainte, une ressource pour leurs malheurs. L'avocat général (lilbert de Voisins, qui est le même qui a parlé au lit de justice, dit que de trop justes raisons excitent le désir des citoyens de cette grande ville pour qu'on puisse différer plus longtemps de les satisfaire, et que la procession générale, pratiquée avec succès depuis tant de siècles, est un acte de religion solennel, en quelque sorte réservé pour de semblables occasions. Toutes ces paroles écjuivoques et susp^'udues marquent une vengeance du Parlement, (jui demande plutôt le; bon temps pour le peuple, que le beau temps.
Le même jour, le cardinal adonné son mandement pour la procession, oii il a parlé de la pluie et du dérangement des saisons, et on en a encore plus remarcjué l'esprit do l'arrêt. Mais, pour lui, à qui on veut faire accepter la Constitution, il dit que la foi et la religion s'affoibli.ssenl
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à un tel point que l'on croit toucher au temps dont parle Jésus-Christj lorsqu'il déclare quequand le Fils de l'homme viendra sur la terre ^ à peine y trouvera-t-il de la foi. Ainsi, chacun parle pour son saint, et selon qu'il est affecté.
4. — Les processions particulières se font, de toutes les paroisses à Notre-Dauie, et à Sainte-Geneviève. Le Clergé, qui est assemblé, a voulu faire la sienne, mais il n'a pas voulu aller à Notre-Dame, parce que le Clergé, qui est pour la Constitution, tient pour hérétique et séparé de la communion le cardinal, qui ne l'accepte pas. Ils ont été à Sainte-Geneviève en grand appareil avec les Augustins: le premier ordre, en camail et rochet ; le second ordre, des abljés et députés, en habit long. Ils n'ont pas voulu recevoir l'eau bénite de l'abbé de Sainte-Geneviève, qu'ils tiennent aussi pour hérétique. Il n'y avoit à leur suite que leurs laquais et pas une personne du peuple. Je l'ai vue; il y a eu dispute dans la délibération si l'on mettroit que leurs laquais porteroient leur robe ou leur queue, et la queue a passé à la pluralité des voix. — Belle matière à délibérer pour le Clergé de France.
Jeudi, S juillet. — Procession générale de Sainte-Geneviève, où tout Paris a couru et s'est étouffé. Le duc et la duchesse d'Orléans étoient au collège des Jésuites avec la reine d'Espagne incognito. Il y avoit beaucoup de dévotion, mais peu d'ordre. On a jeûné la veille et le jour, toutes les boutiques ont été fermées. La pluie a un peu cessé les jours suivants, mais il n'est pas tombé d'argent. Ce qui est particulier, c'est que, depuis plusieurs années, on n'a pas eu une si belle récolte et que la pluie n'a rien gâté.
M"*' de Prie est devenue l'objet de la satire publique.
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On dtMDaiuleciuolle différence il yii entre elle et la eliAsse de siùnte Ceneviève. C'est (jue, pour obtenir des grAces de sttinle Cienevi^ve, il la faut descendre, et pour en obtenir de M"'" de Prie, il la faut monter.
11 V a un brevet de la (alolteconivo le premier ministre. Il est des plus outrés et des plus pi(piants. 11 sera joint ici. Le po^'te n'a pas oublié la naissance tant reprocbée aux Coudés , prince , grâce à la faculté.
Louis Henri, duc de Bourbon, Tnnt seulement prince de nom, Attendu que teu son f^rand'père Acquit ce litre lieureuscment l'ar la grûce du Parlement, Pour sauver l'honneur de sa mère.
Naissance des Condks. — Ce fut, en effet, le Parlement qui le reconnut (page 497, Majorité des rois) par ordre du roi Henri IV. Et voyez sur cela le discours du premier président de Harlai au prince de Condé en 1010, après la mort de Henri IV. Il est dans la Majorité des rois de Dupuy. Voyez aussi ce (jui est dans le Journal de Henri 111, tome 11, où Henri IV dit au prince de Condé, qui lui reprocboil sa tyrannie sur ce qu'il vouloit lui prendre sa femme : a Je n'ai jamais fait acte de tyran que quand je vous ai fait reconnoltre pour ce que vous n'étiez pas. » On dit ordinairement i\ui\ est venu à treize mois; cela n'est [ma vrai. Son père fut blessé à la bataille de Coutras, Je 20 octobre 1587. 11 mourut le 5 mars ir)88. L'enfant vint au monde le 1" se[)tendire 15H8. Ainsi, il natpiit six mois après la mort de son père, et dix niois et buit jours après l.i bataille. Le i)ère fut empoisonné ; sa femme, Cbarlolte-C^lberine de la Trémouille, accusée; maisélant arcouché-e d'un fils, elle fut décbargée de l'accusation, et Henri IV lit reronnoltre ce fdscn 1505 par le Parlement, pour premier prince du sang et béritier [)résom[)tif de la couronne. On .soupronnuit (pie le mari blessé n'avoit pas fait cet enfant, mais ce n'étoit qu'un soupron ; et rien n'est
plus fort pour le bien fonder que ce qui est rapporté dans le Journal de Henri III, qui est un endroit bien curieux, comme ayant été écrit dans le temps.
Autre brevet contre le curé de Saint-Sulpice, nommé maître des cérémonies du régiment, parce que, le jour de la Fête-Dieu, il a fait habiller des petits garçons en anges, et pour en distinguer les chœurs et les ordres, il leur a donné des rubans de diverses couleurs, bleu , rouge , gris de lin , vert, jaune, etc. Ilsétoient frisés, tètonnés et chignonnés comme des femmes. 11 passe pour hypocrite et intrigant, et ce n'est que par les intrigues dévotes qu'il est parvenu àbiVlir l'église de Saint-Sulpice, qui est une des plus Ijelles églises de Paris. Les loteries lui ont déjà valu plus de 1,200,000 livres. M'"'^ de Cavoye, qui parle tous les jours de son mari mort, et qui lui apprend tout ce qui se passe dans le monde , donne à ce curé tout son bien , parce qu'il favorise cette vision , et ainsi de bien d'autres.
Par allusion à VUnigcnilus, on a nommé la nouvelle reine Unigenila, parce qu'elle est amie des jésuites, et (jue les noms des femmes en Pologne sont en a, Leekinskly Leczinskaj et on a fait ces vers avant le concile :
V Unigenitus de Clément
S'en retournoit fort tristement
Quand la société, sa mère ,
L'arrêtant, lui dit eu colère :
« Tu fuis, lâche! Est-ce ainsi que tu soutiens mes droits?
Que crains-tu? les faibles exploits
D'un Benoît et de ses thomistes,
D'un jNoaillcet ses janisénistes?
Bon ! suis-moi : dans peu tu verras La fille de mon fils , l'illustre Stanislas, Soumettre sous ses lois tous les peuples de France ,
Exercer partout ma vengeance
Et ton règne s'affermira, Cher Unigeîiitus, par V Unigenila. »
La Ueinc, qui e^t dévote, prépare au Roi une paire
ÎOC Mr.MOmFS DK MATFIIKU MARAIS.
ti Ueures qu'elle a fuites et écrites de sa main , pour préseul de noces. On l'a envoyée relier i\ Metz et le maroipiin a été acheté ;\ Paris. On est bien silr que ce ne seront pas des Heures de Port -Royal.
Les amis du roi Stanislas disent qu'il est allié ;\ la France et parent au cinciuièine ou sixième dei;ré. On disoit cela à la table d'un grand seigneur. Je dis : « C'est donc par Henri 111, qui a été roi de Pologne, et qui peut avoir laissé de sa race en ce pays- là. »
Vendredi G. — Le roi Stanislas a des ennemis. On l'a voulu empoisonner. Un jeune François , cherchant de l'emploi en Allemagne, on lui a promis une compagnie et mille ducats s'il vouloit porter à Weissembourg du tabac à vendre, propre à fumer, dans l'espérance qu'étant excellent, le roi, qui en prend beaucoup, en achéteroit. On devoit le lui livrer au château de Talkenbourg, dans le Palatinat, à une lieue de Landau. Ce jeune homme en ayant donné avis à l'intendant d'Alsace (M. de Harlay de Cély, homme très léger et très-étourdi), rintendant monte à cheval, prend une brigade de la maréchaussée, trente grenadiers avec M. deMauconseil, dont le régiment est à la garde de ce prince , marche toute la nuit avec le dénonciateur, investit le château, prend le bailli , trouve le tabac au lieu indiqué , propose au bailli d'en prendre, qui le refuse. Le bailli avoit trouvé moyen de faire assembler les paysans. L'intendant lui dit (ju'il est un homme perdu s'il ne les fait retirer. Ils se retirent, ci le bailli avoue que le tabac est empoisonné. On se saisit de lui; on l'emmène à Landau , et l'on dit (|ue ce tabac vient du général Flemming, favori du roi Auguste. Grand bruit sur cet enlèvement, fait dans le Palatinat, par de» troupes de France, en temps de paix. Le maréchal du li<jurg, (pii commande ji Strasbourg , a fait arrêter le Mauconseil, et aécrit(pie l'intendantavoit agi avec saprudenre ordinaire. Ha voulu faire le mélierd».* la guerre et il a violé toute«i «^rirlcs de droits, et il n'a pas fuit son mé-
tier, car il a oublié de sceller les paquets de tabac, et le corpsdu délit manque, llavoit déjà fait des sottises à Metz et se brouilla avec M. de Saillant qui y commandoit. Il n'y avoit qu'à ne plus se servir de lui ^ mais ceux qui l'excusent disent que le succès justifie les entreprises téméraires; qu'il a sauvé la vie à un roi, père de la reine, et qu'on en sera quitte pour des satisfactions à l'électeur palatin et à l'Empereur. Reste à savoir s'ils s'en contenteront. Ce n'étoit pas le cas de demander qu'on livrât le criminel , car il étoit chez lui et n'étoit pas réfugié en pays étranger, et de plus, on ne convient pas partout que la tète du roi Stanislas soit couronnée, et le droit de livrer n'est que pour les rois. Grotius n'a pas traité ce cas, et n'a pas prévu qu'il y auroit un Harlai si hardi et un intendant si militaire (1).
Voici un autre coup plus hardi, car il est d'une femme. M""^ de Laroche-Boussaud, femme de qualité (et du nom de Vassé ), est condamnée à délaisser une terre à son beaufrère, qui vient pour se mettre en possession avec l'autorité de la justice et la maréchaussée. Cette femme violente, accoutumée au feu et à la chasse, et toujours habillée eu homme, avertit son beau-frère de se retirer : il s'en moque. Elle lui tire un coup de fusil de sa fenêtre, et le tue sur le pont-levis où il étoit , puis fait seller un cheval, passe à travers les gardes, tue et blesse encore deux autres hommes et vient à Paris demander sa grâce, qui lui a été refusée , comme de raison. Elle pourra bien mourir en Crève si on l'attrape, ou au moins de quelque mort à la romaine. (Il y a dans le fait assassinat et rébellion , et en France les rébellions à justice sont très-rigoureusement punies) (2).
Chantilly produit toujours quelques aventures. Celleci n'est pas galante. On a arrêté un homme à Paris qui
(t) Voir, sur cotlp alfaiie, Lcinonloy , T. H, cl Diiclos,
(2) Elle a eu sa gràr»; , el l-' morl a eu loil. ( ,Vo/r de Marais}.
SOS MKMOIRr.S DK MATlllKU MARAIS.
proposoit de veiulre des charges de mouleurs de bois priâtes à créer. 11 ;i ilit iiu'il y avoit une compagnie de traitants et qu il avoit droit de la l'aire, en ayant parole du marquis d'Kntragues, (jui l'avoit de M""* de Prie, de la(juelle même il avoit des lettres. Le manjuis l'ayant su, a pris la poste et s'est enfui en Hollande. L'homme a été mis à la Haslille. La dame dénie les lettres et dit qu'elles sont fausses. Vilaine manœuvre!
La traduction de VlIIsloire (jénêrale tFEsjiagne de Mariana, jésuite, vient de paroitre pour la première fois en François (3 vol. in-V°). C'est ce même Mariana (|ui a fait le livre Ik Hetjc et rcçjia nistitutlone , où il examine quand et comment on peut tuer les rois. Il ne veut pas qu'on les empoisonne, si ce n'est par leurs hahits et les selles de leurs chevaux. Il n'a pas parlé du tahac, qui étoit rare en son temps. L'empoisonneur du roi Stanislas n'a paslu ce traité. (VoirBayle, Ihriittunnire.nn mol iMAUiAXA.)
Paix de iKspaync et de niinjcreur.
Je n'ai pas parlé, au mois de juin, du célèbre traité de paix cjui s'est fait le 7 Juin, entre le roi d'Espagne et LKniptreur, (le[)uis llnfante renvoyée. Ils ont abiégéentre eux deux toute la matière du Congrès, et ont confirmé toutes les conditions de la Uii-^druple-Alliance. Les plénip<^)tcntiaires A Vienne ont été le prince Kugène, le comte de /inzondorf ci le comte de Staremberg pour rKm[)ereur, et le baron de Hiperda pour le roi d'Kspagne. Ce Iwron est un llolland(jis qui a quitté sa patrie et (pii s'est fait Espagnol et cath(ilique [)our cette bonne action. Par ce traité, la séparation des deux monarchies de France et d'Kspagne est établie comme loi fondamentale. L'Kin- [>ereur renonce à la couronne d'Espagne, suivant le traité d'i'lreciit, et reconnoH iMiilippe V pour roi d'l''>[)a;:ne et des Indr^s. \jt r.)i d'Espagne renonce aux provinces d'I- \:i\'ip i'[ l'ays-has, d en a fait dresser des actes .solennels de renonciation. Il renonce aussi j\ la Sieilr. Les dueliés
de Toscane , Parme et Plaisance reconnus fiefs masculins de l'Empire ; par défaut de mâles , ils appartiendront au fils aîné de la reine d'Kspagne et à ses enfants mâles. L'Empereur en fait délivrer des lettres d'investiture éventuelles. Livourne, Port-Franc, Porto-Longone et l'île d'Elbe seront au prince d'Espagne, qui aura la Toscane. Ceux qui la possèdent en jouiront pendant leur vie. Garantie réciproque, — amnistie. Les deux princes porteront pendant leur vie les titres qu'ils ont pris ; après leur mort , leurs successeurs prendront les titres des royaumes qu'ils posséderont actuellement. Le rang de la succession d'Espagne sera gardé par l'Empereur; le roi d'Espagne gardera l'ordre de succession établi par l'Empereur, par Pragmatique sanction , pour les États de la maison d'Autriche, aux fils aînés et aux aînées de l'un et l'autre sexe. 11 y a encore quelques menus articles pour les dettes et pour lespalaisde Rome et de la Haye. Ce traité, qui est comme tombé du ciel, a fort étonné en ce pays-ci, et le Congrès s'est trouvé fini dans le temps qu'on n'ypensoit pas. Les princes ont de grandes ressources quand ils ont d'habiles négociateurs. M. de Ripperda est fait. grand d'Espagne de la première grandesse, pour lui et ses enfants, et a toutes sortes d'honneurs.
Le Pape a fait deux cardinaux, le 7 juin : Del Giudice, majordome, etCoscia, secrétaire des mémoriaux. M. de Fréjus voit passer tout cela sans rien attraper. Il vit d'espérance.
Grande cérémonie à Londres, le 28 juin, pour l'installation des chevaliers de l'ordre du Bain, qui se vient de renouveler. Cela a coûté 30,000 livres sterling, qui est 900,000 livres de notre monnaie. Le roi d'Angleterre est à Hanovre et n'a point assisté à cette cérémonie.
Chanson sur le 50*.
Prince, quelle misère extrf'me!
Vous imposez le cinquantième T. m. N
Mt.M01l\KS DE MATUIKll MARAIS.
Quand vous nous savez sans argenl, Tour votre maudit luinistèrc !
1.0 cinqiianlitMUo du bon sens Vous S' iiiil l>ioM plus neeessoire.
1^ taxe lîu ciiuiuanliômo a soulevé tous les ordres du royaume et tous les parlements, qui font d«'s représentations et des remontrances les plus fortes. Mais on s'en moque , et il vient de paroilre un Mémoire en forme d'iiistnivtioii à MM. les intendants sur la levée de ce droit, où tout est poussé î\ l'extrême rigueur.
Procès-Vkrbal du lit dk JDSTICK. — Le Parlement n'a pas voulu faire imprimer le procès-verbal du lit de justice du 8 juin, sans les discours du premier président et des gens du Roi. Le ministre, qui a vu cela, en a fait dresser un où il n'y a (jue le discours du Garde des sceaux et les autres cérémonies, et le (iarde des sceaux, qui est tout ce qu'on veut, a sig:né ce proccs-verhal comme un L'reflier, en ces termes : Vu. Signe Fleuriau (TArmenonville; ce qui ne s'éloit jamais vu en France qu'un homme constitué en cette dignité fit une pareille fonction; mais ceLui-ci, qui veut l'avoir longtemps, ne refuse rien. On n'a point expliqué dans cet acte ce que porte l'edit sur l'assemblée des Chambres, dont les conseillers, au-dessous de dix ans de réception, sont exclus. On dit s<îulement que le Koi veut bien confirmer aux Cours supérieures la liberté de remontrance, avant d'enre^'istrer les édits, mais (ju il a cru (juil éloit également convenable au bien de son service et à Vlionneur de ces conqiaL'uies, d'y apporter encore quchpie tempérament, et ce tein])érameni est l'exclusion, dont on ne dit
root.
Ix»s jeunes conseillers sont pi(piés de ce mot iVlioniifur, comme s'ils déshonoroienl la compagnie, et de ce : tj-lrail ile)i registres du l^arlemcnly comme unarrétque le greftier auroit dû signer.
i'ijuillelj et jour H suivants. — bhuiiio> di i'ai.>. — Le
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[)ain étant enchéri tout d'un coup, à Paris, par des voies inconnues, il y a eu une révolte au faubourg Saint-Antoine ; les boulangers ont été pillés et cela a duré cinq ou six heures. On y a fait venir des troupes; on a tiré sur le peuple, et un mousquetaire passant a été malheureusement tué. Le lieutenant de police d'Onibreval s'y est montré et s'est enfui bien vite ; on a cependant arrêté deux de ces séditieux.
Les deux hommes arrêtés ont été jugés par sentence du lieutenant criminel du 16, condamnés à être pendus danslaGrande-Rue du faubourgSaint-Antoine, et exécutés le 17, avec tous les Gardes françoises et suisses en armes. Ils s'appellent Philippe Auger etzVntoine Aubriot, et sont déclarés dûment atteints et convaincus d'avoir eu part cà la sédition et à l'émotion populaire arrivée au faubourg Saint-Antoine, et d'avoir pillé le pain dans les boutiques de quelques boulangers mentionnés au procès.
12 juiUel. [Suite.) — Le peuple murmure beaucoup, et on a mis partout des affiches dans Paris, contre le ministère, et on menace de mettre le feu aux quatre coins. 11 y a eu de pareilles s<îdilions à Caen et à Rouen, pour le pain , et on ne doute pas qu'il n'y ait quelque sourde intrigue sur les grains, car il n'y a point de disette, et il y a beaucoup de grains dans le royaume.
Un meunier s'est pendu de désespoir; il a été jugé homicide volontaire par arrêt du 2G juillet. (Antoine Guibert.)
Pont de bois a Paris. — On a registre, ce jour, des lettres patentes pour la construction d'un pont de bois à Paris, aux environs de la nouvelle rue de Bourgogne, quartier de Saint-Germain, au point de vue du Pont -Tournant des Tuileries. Ce pont est nécessaire pour le dégagement du Pont-Koyal , de l'entrée des Tuileries et des guichets du Louvre, et pour la communication du quartier de Saint-Germain avec ceux de Saint-Honoré , de la Ville-l Lvêque et du Houle. Il est permis ;\ la Ville d'em-
312 Ml^MOII\^:S DK MAllIliai MARAIS.
pruntor 500,000 livres pour ce pont, et on payera, en remontant la rivière, \'2 Uwcs par bateau, comme au Pont- Roval. G*la va mettre l)ien des ponts et bien des droits.
11 y a un arrêt du Conseil, du 5 juin, qui établit un bureau général de correspondance pour pouvoir facilement recevoir les rentes, gages et pensions dus aux gens de province, à V deniers pour livre de remise. Mais on perd déjà assez, sans enrichir ce bureau , et les amis feront cet office.
Autres lettres patentes registrées , pour abattre des bois dans la forêt de Chambord et raccommoder le cliAteau. C'est (pie le roi Stanislas y vient demeurer, et ces lettres, qui sont du 2i novembre 172i, marquent qu'on pensoit, dès ce temps-là, à le loger dans ce château.
Le bois étant devenu d'une grande cherté, arrêt de règlement du l'.irlement, du 2V juillet, qui en diminue le prix , sur la représentation du prévôt des marchands et échcvins.
Le prévôt des marchands a été soupçonné de quelque intelligence avec les marchands de bois et n'est point du tout estimé. Il est vieux, goutteux, Savoyard, lin et rusé, aimant la bonne chère, l'argent, la dépense et peu la famille, et plus propre à l'intrigue qu'à Ja vigilance d'une ville comme Paris, ((^hàteauneuf.)
28 ju/7/e/. — Arnt donné à Chantilly, qui règle les lemjjs et la manière dont la levée du cincpiantième sera faite. Cet arrêt contient 26 articles, qui sont autant de ruines du peuple. Les adjudications de ce droit se feront tous les ans, pour chaque paroisse , et voilà autant de mallôtiers nouveaux (ju'il y a de paroisses en France. I^^.s fermiers retiendront h; cinfpiantième sur leur bail pour li's dédommager du droit, quand le droit, même en nature, scroit plus fort, et l'arrêt en rend celte raison qu'il» n*onl pas plus de droit de prétendre une indetnnité qu'ils n'en auroient d'une augmentation détaille survenue depuis leur bail. Ainsi, voilA le cincpi.'mtième com-
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paré à la iaille, et par conséquent, tout le royaume à la taille, noblesse, clergé, tous les privilégiés et tous les ordres, jusqu'aux moines qui sont les moins plaints de tous.
Le Roi est revenu de Chantilly, le août, et a passé
par le boulevard de Paris, sans acclamations.
Quelques jours après, il est venu à Vincennes voir la reine d'Espagne. Il ne lui dit que deux mots: Oui ou Non, quoiqu'elle s'empressât de lui faire toutes sortes d'honneurs, de politesses et de grâces. On a affiché dans Paris une feuille de papier blanc où il y avait au bas : « Uarangue du Roi à la reine d^Espagne. »
La Gourde la reine d'Espagne est fort triste ; elle va de village en village voir les maisons voisines. Le duc de Nevers, son grand écuyer, la mène en calèche et la versera quelque jour. J'ai entendu dire au prince Charles que si le Roi lui ordonnoit de la mener, il lui répondroit : «Sire, vous avez des cochers. »
La reine d'Espagne ne s'est pas accommodée longtemps de la première dame d'honneur, la princesse de Bergue. Elle l'a congédiée, par des disputes de carrosse et de laquais, et le duc de Nevers, homme fort extraordinaire, en est cause. 11 veut mettre à sa place la duchesse d'Estrées, qui est sa sœur.
Le duc d'Orléans est parti pour aller épouser la Reine, à Strasbourg, au nom du Hoi. Il a passé par Metz, et a demandé les honneurs du colonel général de Tinfanlerie.
On lui a dit que les ordres étoientde le recevoir comme prince du sang. H a fallu s'expliquer, avoir de nouveaux ordres, et à la fin, il a eu le bataillon, comme colonel général, et ils n'ont pas été fâchés à la Cour de lui donner ce petit désagrément dans son voyage.
•JU MFMOIHKS l>l. MAllllKn MAIIAIS.
Le mariage s'osl fait K' août par le cardinal de
lloban. Le duc d'Antin a été ainhassadeiir extraordinaire pour la dt inaïuU , et a fait une harangue qu'on dit faite i\ l'Acadéniie de maçonnerie, parce qu'elle est mauvaise et qu'il est surintendant des bâtiments.
10 août, 19--26. — M'"' dkBrilhac. Mariage. — Le 10 août, .M"" de Lanjamet, ma cousine, lille de M. de Kez, avocat, et veuve, depuis douze ou treize ans, de M. de Lanjamet, centilhomnic de Bretagne, aide de camp du Uoi et gouverneur de Guérande (1), est venue medirequelle se remarioitetquelleépousoit M. de Brilhac, capitaineaux Gardes et gouverneur de Thionville. Elle a été au Uoi lui en faire part, et lui a dit : a Sire, les rois sont faits pour donner Texeniple. Vous vous mariez, je me marie aussi. » Lllelui a demandé sa protection et il lui a dit: « Oui. » — J'ai fait le contrat de mariage; il a été signé, le 19 août, parles deux futurs et par M""' de Brilhac, femme du premier président du parlement de Bretagne, frère de l'époux, et moi. Knsuite, le mariage a été fait, le 25, à.N'ointel, prèsBeaumont, chez M. deNointel ( Turmeny), garde du trésor royal, en présence de M. le Prince Charles et d'autres seigneurs de la Cour, et je n'ai pu m'y trouver, parce que je suis tombé malade la veille, ce dont j'ai été Irès-fAché. Celle alliance m'est ircs-honorable, ces Brilhac étant gens de coFidition du Poitou. Us ont encore leur mère cpii est Auzanet, tille du célèbre avocat de ce nom, et il est sinu nlier (pi'une Auzanet ait épousé le père, et une de Kez, lille d'un autre avocat, épousé le lils. M. de Brilhac a eu permission de vendre sa compagnie aux Gardes, lorscju'il a eu le gouvernement de Thionville, en septembre 172V. Il est fort franc et estimé à la guerre. Il a cin(juante-cin(j ans et sa femme quarante-six.
Dan» ce înois, il y a eu une pluie pres(jue continuelle,
(I) Goérêttilp, aiitreroii; ilaïKi le coml<i «Ic.NanIeH, anjounrimi «lan» la Loirn- Dféneurr, plac^ entre lea eiiiboiicliureu Je la Loire et ii«; la Vilaine.
AOUT 172o. 215
ce qui a servi de raison ou de prétexte à augmenter le prix des blés, parce que la moisson étoit retardée. De marché en marché , le pain est venu à un prix exorbitant de cinq, six et jusqu'à sept sols la livre, et comme on n'a point d'argent, le trouble est venu dans tous les esprits, et il y a eu des affiches et des placards partout.
Les blés des hôpitaux et autres endroits publics ont été enlevés et vendus la moitié plus qu'ils n'avoient été achetés. Les officiersde police, au lieu de les fairediminuer dans les marchés, les faisoient augmenter. Il a été défendu, dans les lieux voisins, d'en faire venir à Paris, pour entretenir cette disette et cette cherté affreuses, et on n'a point douté qu'en deux ou trois marchés, elle a produit neuf millions au profit de ce qui il vous plaira. On a joué le sort de la ville de Paris, et peut-être de la France, à ce jeu secret.* Le Parlement a donné un arrêt, le 21 août, par lequel il a été ordonné qu'il ne seroit fait que deux sortes de pains : l'un bis blanc et l'autre bis, comme on ordonna par un arrêt en 1709 (7 juin), et comme il s'est pratiqué en 1^36 et 1437, en temps de famine. Il y a eu un autre arrêt du Conseil, du ^k août, qui a déchargé, jusqu'au 1" janvier 1726, tous les blés et grains de tous péages et droits dus au Roi ou aux seigneurs. Le pain n'a pas manqué d'être à sept sols la livre, au marché du samedi 25 novembre, et on a vu avec effroi que, pendant qu'à quinze ou vingt lieues de Paris et presque par toute la France, il y a abondance, et que le pain est à 2 ou 3 sols, on en manque dans Paris, et le peuple est désespéré.
Les curés se sont assemblés, et ont écrit à M. le Duc la misère et le désespoir où l'o/i est , faute de pain et d'argent. 11 a répondu que cela ne dureroit plus que deux marchés : Dieu le veuille!
26 août. — D'Ombreval, Chateainkif rknvoyks. — Pour apaiser le peuple, on lui a sacrifié deux victimes, et on a déplacé, en un jour, le lieutenant de police, d'Om-
316 MEMOlHtS DK MATHIEU MAHAIS.
breval , et le prévùt des marcliaiids , CliAtoaiuieuf. b'Oinhreval, parent de M""" de Prie et suspect par là , est remplacé par M. Hérault, intendant de Touraine, et on donne cette intendance ù d'Onibreval pour le récompenser de «es monopoles. Pour le prévôt des marchands, c'est le président Lambert de Tliorie^ny, des requêtes du Palais, qui est A sa place. 11 étoit nommé dus Tannée passée et devoit entrer en août 17*20. Le vieux Savoyard ira à Marollestant qu'il voudra. On lui a épargné la peine des haranirues à la Reine, mais il perd un présent de 50,000 livns, qu'il en auroit eu, et qui passe à son successeur.
Hérault est un homme de trente-deux ans, fortaltaché aux Jésuites, qui a un oncle Jésuite , et qui , à Tours , a voulu faire accepter la Constitution, par surprise , au chapitre de Saint-Gatien, dont il y aeu des procès- verbaux imprimés.
MiKACLK VÉRIFIÉ. — Le cardiiKil a fait publier son inandr-ment du 10 de ce mois, .par lequel il a jugé, après l'information de soixante témoins et le rapport de cinq médecins, que laguérison arrivée à la procession du Saint-Sacrement de la paroisse Sainte-Marguerite, le M mai dernier, en la personne d'Anne Charlier, femme de François de la Fosse, maître ébéniste, est extraordinaire ^ surnaturelle et miraculeuse. Permis de la publier et annoncer comme telle dans le diocèse. Il ordonne qu'au jeudi, 23, il sera chanté un Te Deum à Sainte-Marguerite en actions de grAces, et que, le dimanche 26, il sera fait une procession solennelle du clergé de ladite paroisse à Notre-Dame et un Te Deum aussi chanté. Ce jugement sera gravé sur une pierre, qui sera mise dans Téglise S^iintc-.Marguerile, pour conserver la mémoire d'un si grand bienfait. Ce mandement est bien écrit; les princi|)es de la matière y sont doctement expli^piés, le fait de la guérison très-bien déduit et narré précisément et nettement. Fntin , c'est un vrai miracle, prouvé dans toutes les formes, dont Dieu a voulu honorer Tépiscopat
AOUT 172î>. 217
du cardinal et édifier son église. (Voyez, sur les miracles, le livre de La Religion Chrétienne prouvée par les faits , p. 19, 20, 2i et suivantes.)
(( Un miracle, dit-il, est une action éclatante, supérieure à la puissance humaine, ou un événement singulier, produit hors de l'enchainement des causes naturelles. Il n'est pas contraire à la nature, puisque la nature n'est que la volonté de Dieu, mais il est contre ce qui nous est connu de la nature, et c'est ce que nous appelons miraculeux. »
Le jugement delà guérison en question dit qu'elle esi extraordinaire j et en effet, il n'est point ordinaire qu'unemaladiese guérisse sur-le-champ, après avoir longtemps duré. Surnaturelle, car il est au-dessus de la nature qu'un malade soit guéri sans remède. Miraculeuse, parce qu'elle a tous les signes du miracle, suivant les preuves du procès, et que les hommes ne peuvent se déterminer que par ces signes, pour qualifier un événement miraculeux. Il en est comme d'une preuve judiciaire sur laquelle, étant bien faite, on constitue un jugement civil ou criminel, et cela suffit pour arrêter et vaincre toute incrédulité.
Le Pape, qui a par devers Jui plusieurs miracles, et qui a été sauvé d'un tremblement de terre par saint Philippe de Néri, ne laissera pas d'être touché de celui-ci, et cela va peut-être changer à Rome la réputation du Cardinal ou celle des Jansénistes, auxquels le curé de Sainte- Mary uerite est attaché, quoique ces combinaisons soient très-éloignées.
Voltaire, que l'on dit avoir été converti parce miracle, n'a pas persévéré. Il vient de faire une petite comédie de V Indiscret, qui a un grand succès, et a aussi publié sa Marianne. M""= de Bolingl)roke, autrefois M""' de Villette, lui ayant envoyé le mandement du cardinal, il lui envoya sd Marianne en échange, avec ce quatrain impie :
Vous me donnez le mandement, Je vous donne ma tragédie;
•j I s M I . M 01 1\ r.s m: m m 1 1 1 ki i m a k aïs
Ainsi donc, niiitueilemcnt, Nous nous ilunnons la coinedie.
Mauconseil. colonel du rôi^iineiit (|iii rloit auprès du roi Stanislas, quitte ce réuiniont, pour prcMulre la place d'introducteur des ambassadeurs. Ils lui ont donné le sobriquet de R(n/al-Iiirihi parce qu'il a été tailleur du Biribi et tenant le jeu ;\ qui vonloil. Il épouse M""' de Curzay, parente de M""* de Prie.
PAIIODIK
ARNOLPIIE A AGNÈS.
Marie, fcoutez-moi : laissez là le rosaire, Kt regardez en moi vptre ange tiitélaire. Moi, qui suis de Bourbon Pâmante et le conseil. Moi, qu'il chérit autant et plus que son bon œil.
Noire roi vous épouse, et cent fois la journée, ^'o^ls devez bénir l'heur de votre destinée, Conten)plez la bassesse où vous avez été, Et du prince qui m'aime admirez la bonté , Qui, de Tetjt obscur de simple demoiselle, Sur le trône des lis par mon choix vous appelle, Qui, sur lui de riùiro()e attire le courroux Pour tirer du nérnt et votre père et vous, El qui vous sacrifie une infante d'Espagne Et tous les bons partis (pii sont en All< inaizne. Vous devez toujours, <lis-je, avoir devant vos yeux \jR peu que vous étiez sans ce nœud glorieux, Afin que cet objet d'autant mieux vous instruise A Njérilor l'étal où liourbon vous a mise, A toujours vous coniiallre et toujours avouer Que de l'acte qu'il fait il n'a qu'à se, louer. Nous ne prétendons pas, en vous déclarant reine, Que sur lui, ni sur moi, vous soyez souveraine; Vous Kodterp/ en paix les plaisirs les plus doux; l>»s affaires d'f.tal n'iront point jusqu'à vojis.
ISous vous tiendrons toujours sous notre dépendance,
Et nous aurons toujours la suprême puissance.
Louis est un enfant qui n'est roi que de nom;
Le véritable maître est le duc de Bourbon.
Quoiqu'il ait peu d'esprit, ce n'est pas votre affaire ;
C'est à lui seulement qu'il importe de plaire,
Et ce que le soldai, dans son devoir instruit,
Montre d'obéissance au chef qui le conduit,
Le valet, à son maître, un enfant à son père,
A sou supérieur, le moindre petit frère,
^N'approche point encore de la docilité.
Et de l'obéissance, et de l'humilité
Où doit être pour nous une reine de France
Dont Courtanvaux sans nous auroit fait l'alliance.
C'est a vous de chérir ceux que nous chérirons ;
C'est à vous de haïr ceux que nous haïrons.
Si vos vœux, désormais, se règlent sur les nôtres.
Jamais aucuns plaisirs n'égaleront les vôtres.
Mais si, par un énorme et fimeste attentat,
Vous vouliez nous ravir le timon de l'État,
Le renvoi de l'Infante est la preuve certaine
Qu'à rompre un autre hymen on n'aura pas de peine,
VA nous aurons toujours de meilleures raisons
Pour vous faire revoir vos choux et vos dindons.
l^e 3IAXIME.
Gardez-vous bien, reine Marie,
De mécontenter la de Prie
Qui nut le sceptre dans vos mains;
N'allez pas lui chercher chicane
Comme fit une Parmesane
A la princesse des Ursins.
Faites plutôt périr la France Que Bourbon met dans l'indigence, Que de souffrir qu'il soit banni Comme le fut Alhcroni.
Ayez une liaine immortelle Pour Orléans et sa scque 1
'2-20 MKMDIRKS DK MAIIIIKI) MARAIS.
F.l donnez-nous vile un poupon Qui détruise son espérance.
(À>nnrniez p.ir tonte la France Le ministère de Bourbon.
N'appréhendez pas que l'Fspagne Se soit unie à l'Alleinafine l'our se déclarer contre nous.
Sans y chercher tant de (inesses, Bourbon fera tant de bassesses Qu'il désarmera son courroux.
Arrêt de la calotte.
Sur la requête présentée Au monarque des Calotins, Par la troupe expérimentée Dans l'art des narquois et devins, Disant que faute d'un ministre Habile, équitable et prudent.
Dont le mérite et l'ascendant l*ùt drtourner le sort sinistre Qui menace le régiment, Ils voyoient dans le (irmament T.a future et prompte ruine ])e toute la gent calotine.
A ces causes, les suppliants.
Gens avisés et prévoyants, Re'jiiéroient avec humble instance Qu il plut à la divinité Nommer, commettre en diligence Un successeur à la Régence, four veiller a leur sûreté Kt faire leur félicite.
Vu la requête et fms d'icelle.
Tout, sainement considéré
Kl mdrement délibéré,
Sur le bon choix requis par elle ;
Oui le rap(»ort calotin
Des hieiirs Aymon et Saint-Martin,
Grands généraux de la (lalotte,
I^ pui.vHaiit Dieu, |>ortc-n)arotte
Étant sur un nuage assis, Après avoir pris les avis, A nommé pour le ministère De l'empire de la chimère, Louis Henri, duc de Bourbon, Tant seulement prince de nom, Attendu que feu son grand-père Acquit le titre heureusement Par la grâce du Parlement Pour sauver l'honneur de sa mère.
En conséquence, à lui permis De soutenir par ses prouesses Qu'enfantent ses hautes bassesses Le rang qu'il ne doit qu'à Thémis.
Lorsqu'il s'agira d'alliance D'une promise à son promis.
Tous deux d'une égale naissance, Tous deux d'une égale puissance, A n'en rien faire il est commis, Autorisé par sa prudence, Afin que deux peuples amis Soient dans la mésintelligence Comme ils étoient au temps jadis.
Item, le fait mis en balance.
Permis à sa capacité.
Faisant preuve d'expérience.
De diminuer la finance Et d'en causer la rareté Pour faire cesser la cherté.
Veut Sa Majesté chimérique Qu'il gouverne la république Au gré du conseil qu'il prendra, En opprimant ceux qu'il craindra Par un esprit de politique.
Pour conseil ledit prince aura Un des Gardes de l'Opéra Qui, par sa savante rubrique, A mis la finance en musique.
A son conseil il admettra Dame Alecton, sa bonne amie;
m MVMOWWS m: matiiii:u marais.
Dans sa querelle il entrera
Lt pour elle il exercera
Sou équitable tyrannie
Sur eeu\ que Themis blanchira,
El pour illustrer son génie,
Par elle il se gouvernera.
Pour bien rem|)lir son ministèip, Kn prince de conditiou, Sttn nnicpie occupation Sera celle de ne rien faire, N'expédiant aucune aiïaire I-.trangcre à sa passion Quil aura soin de salislaire.
Entend que ce Notre Seijineur Après ses travaux se délasse.
Et que pour le commun bonheur, Il ait le plaisir de la chasse.
En outre, qu'il se fasse hoiuienr Des gains qu'il a faits sur la place.
Au trmps de messire Agiot Dont il entendait le tripot.
Consent que dans son tripotage, S'eut remettant de mariage.
Il n'ait en vue uniquement Que l'intcrêl du régiment.
Fait dans l'antre de la Pythie, Jje jour que llnfanle est partie.
Pour s'en retour à Madrid.
Ainsi signé :
Goujon, r esprit.
Cy cominencp. la noble ^ gracieuse, et de. tovs points miracu- Irunp histoire etlèfjt'iide de mouU Jiohle, vert lieuse, rt non Jamais n^^rz luupf, dame /Marie Lf'czytishi, fillr du roi S/anislas de i'oi'fijn*'^ li comme elle se liiez grandes vlironiques de J'ologne et translatée de polain en gaulois.
CHAPITIIK l'V
Comnc I)»tu montra bs sce|)lrcs il couronnes de Pologne au père de la princesse Marie, puis les relira tant subtilement
AOUT 172o. 223
que ce fut merveille 3 comme la princesse Marie, sa fille, fut, par cette disgrâce, transférée en pauvre maison, ou elle fut élevée et nourrie en humble et privée condition , ce qui arrive par grâce spéciale de Dieu, pour faire éviter à ladite princesse la pestileute éducation qu'ont coutumièrement rois , princes et princesses.