‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 2 sur 53 · Les offices municipaux · texte numérisé non relu

Les offices municipaux

5° Les lettres de maîtrise,

6° Les monnoies avec 718 d'espèces,

""Quatre millions de rentes viagères sur les tailles.

Arrêt du 28 juillet, qui ordonne que, dans le l""" novembre, on portera les certificats de liquidation dans rrs débouchés; sinon, nuls.

Au^re arrêt du 30 juillet, qui ordonne le [Kiyniunt des T. m. 1

î MKMOIUES DE MATIIIKU MARAIS.

arrérages dos rentes des tailles non payées jusiju'A présent. On les avoit onl>liées dans l'Ktat i\u Koi.

Bulletins. — Les bulletins de Teniprunt i'aii par la Compagnie en novembre 17-20, dont on ne parloit point, doivent être remis au Trésor ro\al dans le 1*' octobre, pour être convertis en quillances de tinances ù 2 pour cent d'intérêt. Le l)illet de cinquante écus rapportera un écu d'intérêt à 3 pour cent.

r» Août. — Or au poids. — Pendant qu'on est dans la disette de largent blanc et qu'on ne voit que de l'or, voici an arrêt du 5 août qui ordonne qu'on ne prendra plus For qu'au poids. Les louis courants seront reçus sur le poids de 7 deniers 16 grains trébucbants, (]ui est le poids qu'ils doivent avoir au sortir de la fabrique. Ceu.\ de 7 deniers 15 grains trébuchants, aussi reçus. Ceux de 7 deniers IV grains trébuchants, reçus en payant 5 sous de faiblage, et ceux «pii seront d'un moindre poids, décriés et portés aux .Monnoies, pour y être reçus avec des certilicats de liquidation en 8* sur le pied de 900 livres le marc, et sans certificats sur le pied de 9V5. Le surplus de Tarrèt est pour la visite des caisses pour connaître les louis faibles. Ainsi , chacun est réduit i\ avoir un trébuchet, et la diminution se trouve considérable, parce qu'il y a tel louis de kk livres qui perd 8 livres. Cela m'est arrivé. Il faut courir à la Monnoie pour vivre, et l'on ne sait plus ce qu'on a d'argent chez soi, dans l'incertitude du poids de l'espèce. Nouveaux tourments pour les pauvres François (jui, saturés du papier, tombent dans la nécessité du poids de l'or et commencent à regretter le papier.

U'S Comédiens Italiens représentent une pièce (VAynés de ( haUloly qui est une critique iï Inès de Castro. On y rit auliinl qu'on a pleuré .^ l'autre.

PoKT-KovAL. — 11 parolt beaucoup de nîlations imprimées sur la captivité des religieuses de Port-Koyal eii Ifiti'». (>« bonnes lilles avoient la |>luparl fait, «haenne

en particulier, leur relation que l'on a gardée. Cela est plein donction et de zèle et est fort bien écrit. M. de Péréfixe, archevêque de Paris, n'y est pas bien traité. L'histoire de Port-Koyal sera fournie de bons mémoires, et nous serions heureux d'avoir les autres histoires aussi exactes.

9 et 10 août. — Mort du cardinal Dubois. — Le cardinal Dubois s'étant trouvé plus mal, les médecins ont jugé à propos de lui faire l'opération à la vessie. On Ta transporté de Meudon à Versailles, le 9 au matin ; quand il y a été, il n'a plus voulu qu'on fit l'opération, et a demandé qu'on le laissât mourir en repos. LaPeyronie a écrit à M. le duc d'Orléans, qui étoit au Conseil quand la lettre est arrivée. 11 l'a lue tout haut et s'est déterminé à partir pour Versailles, où étant arrivé, il a entin, après bien des peines, persuadé au cardinal de se laisser mutiler. 11 a été confessé, tant bien que mal, par un Père récollet, et aussitôt on lui a sauté sur le corps. Trois ou quatre personnes l'ont tenu; il crioit et juroit comme un enragé, et l'opération a été faite en six minutes. On a bien vu alors que le mal étoit incurable et que l'abcès étoit intérieur. Mais il n'y avoit plus de remède. Il est tombé en pâmoison et défaillance. Il n'avoit point tonné tout l'été. Il y a eu, ce jour, un très-grand tonnerre et une chaleur affreuse, et il semble que le ciel vengeur ait voulu, comme on dit, reiigréger cette plaie, qui s'est tout d'un coup gangrenée.

Le 10, jour de Saint-Laurent, on a levé l'appareil : la gangrène a paru, et sur les cinq heures après midi le cardinal est mort. Et voilà ce grand cardinal, premier ministre de France, en plomb comme les autres; mais il n'a pas eu la consolation d'emporter ses pièces en l'autre monde, car on lui avoit coupé tout, rasibus. Il ne s'est pas mis trop en peine des derniers sacrements.

11 étoit premier ministre du 2*2 aoi\l 1722; il ne la pas été un an.

4 Mf.MOIUES DE MXTUIF.U MAR \IS.

On aremarqué cju'il est mort, jour pour jour, et prcs(jue à la môme heure, au hout de l'an de Tenlôvement du maréchal de Villeroi, (jui fut disLrracié, le propre jour de Saint-Laurent, à quatre heures après midi, en 1 7-22, après la querelle qu'il avoit eue avec cette Éminence, que l'on lit premier ministre, douze jours après. Le duc d'Orléans n'a point perdu de temps : il a nommé sur-le champ le comte de Morville, tils du (iarde des sceaux, secrétaire d'I^tat des affaires étranirères. Il a travaillé pendant ([uatre heures avec ce nouveau ministre et expédié différents courriel^. Le cardinal a dit au duc d'Orléans que c'étoit le seul à qui il pouvoit se conlier et qu'il l'avoii reconnu sage, prudent et discret. Il est encore fort jeune. La marine qu'il a, doit passer j\ un autre, et nous allons voir bien des changements. I^ duc d'Orléans a dit : « Me voilà donc premier ministre de France malgré moi. »

Cardinal Dibois. — Le cardinal Dubois a fait de grandes choses pour son maître. Il a fait les traités, les mariages d'Espagne et a tlahli la paix avec l'étranger. .Mais c'est lui qui a mis le contrôle des actes des notaires, la Paulette, les quatre sols pour livre, les offices municipau.x, les lettres de maîtrise et, par-dessus cela, la taxe rlu joyeux avènement (|ue nous allons voir. Il a eu aussi une grande part à la banqueroute du Clergé, faite par la déclaration du M mai, et à l'affoiblissementdes libertés de l'Église gallicane. In autre ne sauroit faire ni pis ni mieux. Il étoit ferme et n'aimoil point les fripons ni les flatteurs. Le duc d'Orléans se reposoit sur lui de ses foiblesses et de ses facilités. Les commissions de la Jonchère et de Talhouet sont l'ouvrage de ce ministre. Il jouissoit de .'J.'iOjOOO livres de rentes et sa seule fortune en va faire plusieurs autres. On l'a dit marié : mais la veuve et les enfants sont écartés, et .M. de Bretcuil, nouveau ministre de la guerre, lui a bien servi à cacher ce mariage, lia un fn'rcsecrétairedu cabinet, et un neveu chanoine deSainlllonorè. Son oraison funèbre est toute laite dans le his-

cours de Fontenelle à l'Acadéinie lorsqu'il y fut ic ru. C'est un ouvrage à deux mains. Place nouvelle à l'Académie à remplir.

NocÉ. — Boudin, médecin du Roi, ayant mandé à M. de Noce que la vessie du cardinal étoit toute percée, Noce lui a répondu : « Vous ne me ferez pas accroire que les vessies sont des lanternes. »

11 aoùi. — Leduc d'Orléans. — M. le duc d'Orléans a été déclaré premier ministre, et en a fait le serment entre les mains du Roi. M. le Duc lui avoit fait entendre, une heure avant la mort du cardinal, que si on faisoit un premier ministre, c'étoit à lui, M. le Duc, comme prince du sang, à l'être. Sur quoi, le duc d'Orléans lui dit qu'il y auroit toujours quelques difficultés, à cause du duc de Chartres, qui éloit avant lui, qui avoit la charge de colonel-général d'infanterie, etqu'ilfaudroit accommoder tout cela. L'accommodement a été qu'il l'a pris pour lui, et on est assez étonné de voir un fils de France, premier ministre d'un royaume en majorité. Cela n'a point d'exemple; mais il n'a voulu se fier qu'à lui-môme. Il a aussi retenu la place de surintendant des postes. Un paysan de Neuilly demanda : «Est-il vrai que M. le duc d'Orléans soit voiturier? »

Matrkp.^s. — La marine a été donnée à M. de Maurcpas, secrétaire d'État, qui a déjà la maison du Roi , et il a tout ce qu'avoit le comte de Pontchartrain, son père, dont il pourra prendre les conseils sur la marine qu'il entend bien.

Brktkuil. — iM. de Breteuil est confirmé dans le ministère de la guerre, et au lieu qu'il ne l'avoit que par commission, il l'a en charge, en payant 500,000 livres. Ainsi, voilà M. le Blanc tout à fait éloigné, et les espérances de retour perdues. La succession du cardinal a été l)ient(^t partagée et le duc d'Orléans, de Régent, devenu ministre, s'est fait d'évèque, meunier. Mais le meunier, celte fois, vaut bien l'évèque,

n MEMDIKKS DK M Al mil MAK VIS

Extrait I)k. la (jazkttk dk Fkanck iiu IV agit I7:i3. —

« Guillainne Diihois, cardiiial-pnMrc , archevî'i|ii(\ duc de (lainhrai , priiiri» île rKiiipirc , lointe du (lainhivsis , abbé de Sainl-Ju.st, de >"oi;ent-sous-Coucy, de Bouri^ueil, d'Airveaux, de Ceirainps , de Berlue Suinl-Vinox et de Saint-Berlin de Saint-Ouier, prineii)al et preinier ministre d'Etal, ministre et secrétaire d'État ayant le département des afCaires étrangères, grand-mallre et surintendant général des courses, postes et relais de France, l'un des (juarantederAcadémiefrançoise, honoraire de r Académie royale des sciences et de celle des Inscriptions et l)elleslettres, élu par les prélats et autres députés i\ rassend)lée générale du clergé de France, pour en être premier président, et, ci-devant, précepteur de M. le duc d'Orléans, mourut à Versailles, le 10 de ce mois, vers les cinq heures du soir, i\gé de soixante-six ans, onze mois, quatre jours, étant né le 6 septembre 1G56. Le cardinal Dubois avoit été nommé conseiller d'État d'Église vers la fin de l'année 1715. Au retour du premier voyage qu'il fit en Hollande, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Sa Majesté pour h^ traité d'alliance entre la France, l'Angleterre et la Hollande, (ju'il signa le V janvier 1717, le Hoi lui donna une des charges de secrétaire de la Chambre et (Cabinet de Sa Majesté, et l'entrée au conseil des affaires étrangères. 11 fut envoyé ensuite en Angleterre, avec le même titre d'ambassadeur extraordinaire et pléFiipotentiaire du Uoi, et il y signa, le 2 août 1718, le traité conclu à Londres pour la pacification de TEurope. Le iï septembre de la même année, le Hoi \tt nomma ministre et secrétaire d'Etal au département des alfaires étrangères , et en 17-20, archevè(jU(î de (ambrai. Le pape le fil cardinal, dans le consistoire tenu le 10 juillet 1721, et, le 1.5 octobre suivant, S. M. lui donna la charge de grnnd-njaltre et surintendant dcK [>ostes. H eut séance au conseil de Bégence, au niois de mars 1722, et le 22 août de la même année, le Boi le dé-

clara principal et premier ministre d'État. L'heureux succès des différentes négociations dont le cardinal Dubois a été chargé, la grande réputation et le crédit qu'il s'est acquis dans les pays étrangers et la confiance dont le Roi a honoré sa personne, seront des témoignages éternels de l'étendue de son génie, de sa capacité dans les affaires et de son zèle infatigable pour le service de S. M. et pour la gloire de l'État. »

Gazette. — Idem. — Le 11 août, le Roi pria U. le duc d'Orléans de se charger du détail des affaires et des fonctions de la charge de principal ministre d'État, et le même jour, S. A. R. prêta serment entre les mains de S. M.

Le Roi a donné le département des affaires étrangères au comte de Morville , secrétaire d'État, et celui de la marine au comte deMaurepas, autre secrétaire d'État.

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