‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 3 sur 53 · ÉPITAPHE DU CARDINAL DUBOIS · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DU CARDINAL DUBOIS

.Alalgré le lien conjugal, Je fus évêque et cardinal :

De maint logis abbatial, .le fis mon patrimonial.

Malgré mon naturel brutal, Je fus ministre principal, Le tout grâce au Palais-Royal Pour quelque entregent vaginal.

Passant, apprends que ce canal Peut donner le sceptre papal, Ainsi qu'il donne certain mal Très-connu dans l'FLscurial , .

Et qui m'a rendu le vassal Du Roi de l'empire infernal.

]\ocÉ. — Une heure et un quart après la mort du cardinal, le duc d'Orléans a envoyé un courrier à iM. de Noce, qui Ta trouvé à Sentis. Il est revenu sur-le-champ. Le prince Va très-bien reçu, a dit qu'il falloit oublier le passé, et qu'il lui accoideroit tout ce qu'il lui demanderoit. Noce lui a dit hier : « Je vous demande seulement

» MKMOIUKS l)K MATHIKr MARAIS

In vie sauve; vous avez accordé mon exil au (ardinal : vous donnerez ma vie au premier (jui la demandera. » Le ducd'Orléans Ta embrassé, et lui a fait mille politesses, cjui seront peut-«^tre oubliées bientôt.

L'abbk du Camp moiu. — I/abbé de Camp est mort. CVloit un honune trés-savant dans notre bistoire et qui a fait une infinité de recueils sur cotte matière : on dit iju'il étoil bermapbrodite, et on lit autrefois sur lui ce rouplel de cbanson :

\-t-on j.im.iis vu do p.isteur

• (-oinine notre roadjutrur ?

• P.ir dt'Nnul moliniste,

• Hé bien î

• Par derrière ihomisle :

• Vous rneiileiidez bien. »

La clef de cette cbanson est qu'il étoit coadjutcur de Glandéve, qur le bruit couroit (pie le P. de la Chaise s'en servoit conunr d'une femme, et (jue l'évéquc de (ilandtîve, liyncintbe Serroni, s'en servoit en bomme; il étoit à deux mains, ayant les deux sexes. Il étoit toujours en dispute avec quelqu'un sur des points historiques. Ses dissertations couroient dans les Mcrcures , et il a voit, pour se défiennuyer, une nièce aimable qui cbantoit très-bien, et qui logeoit avec lui, sous le même toit.

FLErRV. LiiiKRTKS. — On voit uiir brochure in-12 de O.'J patres, cpii contient un Hiscours de l'abbé Fleury, sur lf;s lib«Tlés de rKu'liw gallicane, «piil dcvoit inct- Irc h la télé du SI' tome de son llUtaire ecclcsiusli(iue. On dit, dans la Préfare, cpi'il étoit meilleur historien que Ibéolo^ncn, et l'éditeur y a mis de bonnes notes sur Il iniv^ion divine des curés, sur le devoir du roi d'Angleterre dans «on église et autres. M. Fbury dit le bien cl le mal d<* no» liliertés; il n'est pas toujours, ni |Kjijrle Itoi, ni |K)ur le papi*; il n'a|)prouve pas la régale entière, ni les ap[>els comme d'abus, et dit a.ssez hardiment 'page 87; que quelque mauvais François, ré-

fugié hors du royaume, pourroit faire un traité des servitudes de rÉglise gallicane, comme on en fait des libertés, et il ne manqueroit pas de preuves. Ce discours ne peut pas être un abrégé du traité de M. de iMeaux, Bossuet, intitulé : Defensio quatuor proposilionum Cleri GalUcani, dont on a voulu ôter, depuis peu, la connoissance au public, comme àiiVAverlissementy car ce n'est point une défense des quatre propositions. C'en est plutôt en partie, une rétractation, l'abbé Fleury y prenant pour une opinion très-conforme à la piété, l'infaillibilité du pape, et attribuant l'opinion contraire à des ecclésiastiques moins pieux que francois.

Compagnie d'Ostende. — La compagnie de commerce nouvellement établie à Ostende par l'Empereur, fait grand bruit en Europe. Toutes les nations s'y opposent. On ne voit que mémoires, représentations et remontrances contre; et le Roi a donné une déclaration du 16, enregistrée le 20 août au Parlement, qui défend aux François d'y prendre part, sans peine de 3,000 francs d'amende et de bannissement pour trois ans, en cas de récidive, et qu'il sera procédé par la voie extraordinaire pour raison desdites peines. Il y a aussi une confiscation au fond. La défense s'étend à tous mariniers et ouvriers de s'engager, à peine de confiscation de corps et de biens, suivant l'édit de 1GG9. Défense aussi de louer ou vendre aucun vaisseau pour ce service à peine du carcan, et des galères, en cas de récidive. Cette affaire est sérieuse.

Bois. Disette. — La disette du bois fait peur, et a donné lieu à un arrêt du 19 juillet, qui défend de couper aucun bois taillis qu'il n'ait dix ans, et en laissant seize baliveaux par arpent, qui ne pourront être coupés qu'à quarante ans. On ne pourra faire aucune coupe sans permission et déclaration aux maîtrises.

Par cette même raison, défenses à toutes sortes de personnes d'établir à l'avenir aucuns fourneaux, forges et verreriessanslettns patentes. Arrêt du î) août, (jui dit que

MKM<>IRh:S DK.MvrHIir M\UA1S.

le bois destiné au chaulïat^o puhlii* t?st consoniiné dausces êlahlis>eiiuMib , ijui ne doivent tMic mis en usî^ge que pour la consonnnation des bois qui ne sont pas à portée des riviéi*es naviî;:ables.

Un coquin d archer de robe courte a eu Finsolence de supposer des ordres de la Cour pour arrêter différents particuliers, et, sous ce prétexte , d'en tirer de Tarifent. Arrêt du parlement, du \ï aoiit,(|ui le condamne au carcan avec récriteau iV Archer prévarirutcur et imposteur, et aux galères à perpétuité.

VoLKiRs PL'Ms. — Juiieinent du même jour, H août, |>ar commission particulière, contre deux voleurs et assassins, qui avoient volé la recette de Vire et assassiné deux marchands de bœufs sur le chemin de Mortagne. Un de ces marchands leur ayant demandé la vie, ils la lui donnèrent *'{ le tirent coucher par terre sur le ventre. Aussitôt ils lui tirèrent neuf cou[)S de pistolet et lui passèrent sur le corps avec leurs chevaux, le croyant mort. Il ne l'éloit pas : il se traîna jusqu'î\ son cheval cpi'ils avoient attaché à un arbre, avertit la maréchaussée et les lit prendre. Quand il hur a été confronté, ils ont cru que c'étoit le diable. Ils se sont répandusen injures contre les juges. Ils ont été roués vifs. Les commissaires étoient: M. d'Argenson , lieutenant de police, du (Chevron, prévôt des marchands de rilc-de-France, et les officiers du CliAtelet.

20 août. — MoN.xoïK. Kdit c.ki.khkk (1). — Kdit célèbre d*.-s monnoies, qui réduit h's louis de Vi à IV.) livres li sous, et Técu, de 7 livrr^s 10 sous, à (i livres 18 sous, diuimution considérable, qui, outre cela, est chargée de rembarras du poids, car il faut que le louis soit pesant |Kjur \aloir 39 livres 12 sous; sinon, il va i\ la Monnoie. On fait d'autres louis à 127 livres h la taille de 37 1/2 au roarr. I>; Roi ne prend que les simphîs trais. Les écus de

< • < i w» ^ ' { itii 21 juillet.

AOUT I7îi.-. 11

dix au marc non réformés, sont aussi à 6 livres , 18 sous. Le mare des louis est à 997 livres. Le marc des écus , 68 livres 3, 7 j^; le marc de vaisselle plate. 70. 1-2. La moulée, 68 livres. Mais les matières sont à un prix plus haut : For, à 1^087 livres le marc, et l'argent à Ik livres 3 sous. Il y a à gagner sur les matières qu'on va apporter de tous côtés, au lieu de les transporter en Hollande comme on faisoit. M. d'Ormesson a bien travaillé à cet édit. Les connoisseurs en monnoies disent que cet édit est un chef-d'œuvre, pour faire sortir l'or et l'argent des coffres du François et des mains de l'étranger. Cependant, on ne voit pas d'espèces d'argent. Il faut avoir des amis pour changer un louis, et toutes les denrées sont aussi chères qu'elles étoient.

IxÈs IMPRIMÉE. — La iMotte a fait imprimer son Inès. Il devoit la dédier au cardinal, qui a évité par sa mort une mauvaise ÈpUre dédicaloire, et le public a essuyé un Avertissemenl écrit sans aucune bienséance, et dans ce nouveau style qui n'est entendu que des Lucains et Sénèques de ce temps. Il ne répond point aux critiques. La versification de la pièce a paru plate, basse, prosaïque, pleine de fautes contre la langue et encore plus contre le sens. On commence à voir que ce n'est pas la pièce qu'on couroit, mais les acteurs, ou, si c'est la pièce, nous voilà dans la vraie décadence du goût.

Jeudi, i9 août. — Talhouet. Rapport. — On a commencé aujourd'hui à travailler au rapport du procès de M. Talhouet et des commis, et on a suivi le vendredi, samedi et lundi 23. Chacun parle de cette affaire sans la connoltre. On dit que les conclusions sont à mort. Clément père, accoucheur, dit aux juges qu'il a reçu 40, tant princes que princesses du sang dans ses bras, et les juges répondent qu'il peut les aller trouver, pour leur demander grâce, niais que, pour eux, ils sont établis pour faire justice. Le duc d'Orléans a dit à M. Bosc, beau-père de Talhouet, d'aller avec sa femme et sa fille en quelque cam-

12 MK.MOIKh^^ l)K M ATMIKT MAKAIS.

I^isne |KMulan( Ir jui^omeiit ilii procrs. (llhuuii le> voutlroil voir juMuIre. Ils lo iiu^ritont bien : mais il faut des

Lumii, HA août. — Moût in i'kkmiku Pki:sii)i:nt. — M. le premier Président (de Mesme) est tombé en a[)ople.\ie à cinq heures cette nuit; il na point ou de sentiment depuis, et il est mort à dix heures du matin sonnant à la trrossehorloiredu Palais. La consternation s'est ré[»andue par toutes les (!liambres : aucune n'a voulu entrer, ni aucun avocat plaider. H s'étoil attiré l'amitié de toute la cornpairnie, principalement depuis la translation de Pontoise, où il a tenu une conduite courageuse et une table mairnili«|ue. 11 laisse deux fdles, l'une mariée au duc de Lorges, à qui il a lait de grands biens (elle a sa terre de Cramayel et des terres de Champagne ), et la cadette mariée au marquis d'Ambres, dont elle est séparée, et qui est mal à son aise. On a été étonné de voir, le même jour do sa mort, le président de Lul)erl, Président de la troisième Chand)re des Enquêtes, donner un grand concert chez lui, parce que, depuis quelque temps, il en donne uti tous les lundis de chaque semaine, et qu'il rassemble une espèce d'Académie de musiciens qui se sont donné le nom de MtHophilèleii. Il eiU bien pu cesser ce jour-là, mais la musique l'a emporté sur une si juste bieniféance, et le prince de t^onti , qui est de cette Académie, n'a pas voulu être contremandé. La Mercuriale de la Saint-Martin devroil bien en dire un mot. Nous verrons. I^ pn'mier l*résident laisse une place vacante à l'Académie francoise. On le chanta cruèlh'inent, (piand il ent celte place malirré les po^Ues prétendants :

Jugp qui te déplacos ,

l^urtifun Ijcnié,

Drs grands <\\\i\ lu l.isscs

Jouet ohbliiM-;

Sur noire Pnrii.issr ,

I/i» laurier il'lloraa*

T'est donc destiné!

Vos écrits , froids poètes , ^ Jetouniers rampants,

Du choix que vous faites

M'étoient bien garants. Mais craignez les censeurs :

Sur la double colline,

Je vois les neuf sœurs.

Leur troupe badine

Rit avec Racine

De ses successeurs.

Rousseau a passé pour l'auteur de ce couplet. Il paroit une pièce en vers, donnée par les dévots de l'amour socratique contre Talhouet^ dont ils demandent la dégradation.

Vendredi^l. — Il y a eu ce matin un service solennel à Notre-Dame pour le cardinal Dubois, premier ministre. Les Cours y ont été invitées, et y ont assisté par ordre du Roi. Il n'y a point eu d'oraison funèbre, parce qu'il n'y a pas eu de temps suffisant pour la faire.

Le même jour, iM. le premier Président a été enterré aux Grands-Augustins où sa famille a une chapelle,. Il avoit été exposé depuis sa mort à la Sainte- Chapelle du Palais.

Talhoukt jugé. Condamné a mort. Commutation (1). — La commission de l'Arsenal s'est assemblée pour juger. On a fait venir M. de Talhouet, qui n'apoint voulu se mettre sur la sellette. Il a fait un grand discours sur le privilège de sa charge et l'incompétence de la Chambre, et a mis ce discours par écrit, sur le bureau. Il a fini par dire qu'il avoit des pièces victorieuses, mais qu'il ne les pouvoit montrer qu'à ses vrais juges. Il a parlé avec un air qui a paru im[)udent. M. d'Argenson, rapporteur, a dit qu'il demandoit la permission de se dépouiller de la

(1) Il avoit été arrûté le 9 mal. {Aole de V auteur. )

14 Mf.MOlRKS DK MVTIUir M \R VIS.

ijualilé lie juiit' |K)ni' im inoiuciil : il lui a parlé avec ainiliéenle nommant : .1/ de Talhouety et lui a dit quo les pitVes dont il venoit île i)arler ne poiivoient être (pie, ou sur lui, ou dans sa maison, ou entre les mains de quelque ami : cpi'elles n'êtoient pas sur lui, parée que, en l'arrêtant, on ne lui avoit rien trouvé, qu'elles n'étoieni |K)int dans sa maison ; que lui, M. d'Argenson, avoit levé son srellé et tout inventorié et décrit, sans y rien trouver |>our sa décharge, et que si elles êtoient aux uïains d'un ami, il ne seroit pas si imprudent que d'attendi-e si tard à les donner : à quoi M. de Talliouet n'ayant rien répondu , il a repris le ton de juge, et lui a dit qu'il êtoit très-criminel : que tous les autres convenoient du crime, et (jue les commis qu'on venoit d'interroger avoient dit qu'il leur avoit pris cent actions pour se tirer de cette affaire. Il a toujours persisté. On l'a fait sortir el on Ta mis dans un cachot, sans ijon valet.

Knsuite on a opiné : le jugement a été arrêté, mais il n'a point été signé, et M. le procureur-général (M. de Vattan) est allé en porter la nouvelle à la Cour. Tout Paris a voulu deviner ce jugement, mais ce n'est que le lendemain 28 qu'on a su ce qu'il porloit. M. de Talhouet <l l'ahhé Clément sont condamnés î\ avoir la tête tranchée, Gain fl Daudé, à être pendus, el sursis à l'égard de Février, j>ar ordre du Hoi. (C'est que ce Février a tout découvert.) Il y a eu commulation de pein<', dans l'intervalle du jugement à la prononciation , du '11 au 28, et on s'est ansemlilé à l'Arsenal pour ce sujet, le '28, sur les quatre heurcsde l'après-midi. L'n descommissaires me l'amande. On saura le résultat de celte assemblée ce soir.

LkUoI MAMiK E.** COMPAO.MK POL'K LA PUKMIKIIK FUIS.

ÏJ' Itoi a soupe, pour 1.1 première fois, en compagnie, dans la furet d«: .Marly, au relourde lâchasse, le vendredi 27. Il y avoil\in;:t pi-rsonncs : l<f souper a duré decincj heures du soir ju«^qu'A M;pt. Mesdemoiselles de Charolois et de Clirrnionl, prinr#-sses; M'"*" dis Marches, hm «h rand)assfi-

AOUT 1725. i:>

deur de Savoie, et une autre dame qui a été à cheval à la chasse avec le Roi ; M. le duc de Chartres, le comte de Clermont, le comte de Toulouse, le duc de Retz, le maréchal de Villars, le duc de Guise, M. de Maillebois, M. de Courtanvaux, MiM. de Livry père et fils. iM. le Duc a servi, et ne s'est pas mis à table, non plus que le duc de Gesvres, premier gentilhomme de la Chambre. Le Roi a mis son chapeau et Fa fait mettre à tout le monde. Le souper s'est passé très-gaiement. M™*^ de Belloy et iM"'*" de Tavannes, qui avoient suivi la chasse en chaise , croyoient être au souper; mais elles ont été trompées , et M. le duc d'Orléans, qui n'en étoit pas, avoit ordonné que les dames qui suivroient n'en seroient point, pour ne point tomber dans l'inconvénient d'admettre , au premier jour, toutes les • dames de Paris (jui seroient dans le même cas. M. le prince de Conty et M"^ de la Roche-Guyon étoientà l'isle- Adam.

xM"'^ D'Altncourt. — La marquise d'Alincourt est accouchée d'un fils, le 23 août, à Versailles. Grande joie chez les Villeroy; mais son mari n'aime ni sa femme, ni les enfants qui en proviennent, et c'est une suite de la tracasserie de la duchesse de Retz, sa belle-sœur. Le Roi a ordonné qu'on le réveillât, pour lui venir dire l'état de l'accouchée et de l'enfant.

M""' DE Sabran. — Le duc d'Orléans a fait dire à iM*"" de Sabran et à sa nièce de quitter la maison de Sèvres, où il se fait trop de dépense. iM""^ de Sabran s'est moquée de Tordre et a dit qu'elle attendroit qu'on lachassiVt, avec des gardes. On peut appeler cela de l'amour forcé.

Samedi 28. — Talhouet. Commutations. — A l'assemblée de l'Arsenal, sur les quatre heures, on a su les commutations : celles de Talhouet et de l'abbé Clément sont à un bannissement perpétuel, et à l'égard des deux commis Galli et Daudé, il y a simplement sursis à l'exécution. Paris n'a pas été content et vouloit la mort, puisqu'elle étoit jugée et que les coupables l'avoient bien méritée. Il

16 MK.MOIlUii UK MUHIKU MARAIS.

est encore \wvivy par les leltres, 411c Tallioiiel et Clément rt'Nlemnt prisonniers jusqu'à ce qu'ils aient restitué soliilaireint'iil les actions par eux volées, et 50,000 livres d'anieiule au\(iuclles l'arrct les condamne. Le prince de Léon a demandé la conli>cation pour le l'rère de Talhouet et file a été accordée : mais avant qu'on ait pris les dettes, la dot de la fennne elles restitutions et amendes, il n'y en aura guère de reste. Talhouet a été impudent jusqu'au Iwul. Quand on lui a lu son arrêt, il n'a pas voulu se mettre à genoux. H a l'allu l'y forcer par huit hommes de la garnison de la Bastille. Il a dit au grei'lierqui lui faisoil la lecture , qu'il ne savoit pas son métier et qu'il le lui apprendroil ; il a protesté contre la violence et contre l'arrêt; puis, (juand on lui a lu la commutation, il a dit qu'on n'en accordoit qu'à ceux qui la demandoient, et qu'étant innocent, il n'en avoit point demandé. On ne peut avoir que de l'indignation contre un tel homme. Les commis condamnés ont lait des hurlements horribles, quand ils ont su qu'il y avoit seulement une surscance et non une commutation. On croit pourtant (pi'ils iront aux galères. L'abbé Clément a dit qu'il avoit bien mérité la mort et qu'il n'étoit pas digne de la commutation.

Lundi 30. — 11 v a eu ordre de mener Talhouet aux ll».-s de Sjinte-Marguerite et Clément ;\ i*ierre-Encise. On adonné àTalhouetson valet de chambre, qui s'étoit voulu tuer pendant la lecture de l'arrêt, et avant de savoir la conimulation. C'est un garçon (jiii ne lui étoil (jur trop lidèle. Aussitôt Talhouet a été enlevé pour être conduit à ra prison.

1-a petite vérole tue tout le monde : il est mort une MUt M'" Dufranc, âgée de vingt ans, fille de Dufranc, jcrefliiT du plumitif du Parlement, et la comtcs.st; de Hou- Ininvillier^, morte aussi de la petite vérole, (^est la veuve de M. de HoulainvillirTs. Klh' n'a pas été v« uve lonu- U'rnp».

Mardi f *)1 août. — I'hkmikk lAKbiUK.M . Skkvick. —tin

a dit des messes pour le preQiier président aux Grands- Augustins. J'en ai eu un billet où il y a de mag-nifiques qualités : « Vous êtes prié d'assister aux messes pour le « repos de l'àme de très-haut et très-puissant seigneur, c( Monseigneur Jean-Antoine de Mesme, chevalier, comte « d'Avaux, siredeCramayel, Brie Comte-Robert, marquis « de Saint-Étienne, vicomte deNeufchâtel et autres lieux, a conseiller du Roi en tous ses conseils d'État et privé, « premier président de son Parlement, chevalier et com- « mandeur de ses ordres, — qui se diront mardi, 31 août « 17*23, en l'église des R. P. Augustins du Grand Couce vent, où il est inhumé. » — On a bien critiqué ces qualités : « Le très-haut et très-puissant » et le u Mon- « seigneur >^ ; mais les ducs le prennent bien et il préside les ducs. Pour celle de chevalier et commandeur des ordres, il n'a pas du la prendre, car il n'étoit qu'officier de l'ordre, et même il ne l'étoit plus.

Lamothe, changeur. — Ce jour, j'ai vu faire amende honorable, au Palais, à un nommé Lamothe, changeur, et accusé debillonnage : il est aussi condamné aux galères. On a dit dans le peuple que les peines n'étoient faites que pour les malheureux, et qu'on avoit sauvé Talhouet et Clément qui avoient bien fait pis. Lamotte aussi , le poëte, qui ne donne que du billon au lieu debonnepoésie, devroit aussi être puni sur le Parnasse.

2 septembre. — Un de MM. les commissaires de l'Arsenal m'est venu voir et m'a dit que l'arrêt contre Talhouet avoit été tout d'une voix, qu'il y avoit beaucoup de faussetés prouvées par les témoins, par les accusés, cl par des pièces non sujettes à vérification : que l'arrêté qu'ils avoient fait de tenir la pièce pour reconnue n'avoit point été contredit et avoit passé pour b<ni : mais,

T. IIÎ.

fS MKMOIIU.S 1)1 Mvrilllll MARAIS.

.|irindô|k«ndnmnu'nt de cet anvtc , il y avoit preuve plus que Miflisiuilc (lu faux tt ilii vol ; ipie, par l'arnM il «st ilit qu»» la chartre de maître des requi^tes est déclarée vacante et iuqv'trahle, tous les biens contisqués au Uoi et i\ qui il appnrlienl , dans les pays où conliseation a lieu, V oonq>ris les deniers snflisants pour la restitution de 77i actions à la f.onipairnie des Indes et 50,000 livres d'nnienile à latpielle ds sont solidairement condamnés; et que la commutation a été pour ialhouet etClément au Imnniïisement perpétuel ; qu'il y i\ une surséance pour les deux exjmmis; qu'on ne leur a point lu leur jugement; que cette surséance a été accordée pour faire retrouver les effets que leurs femmes ont emportés ; Tune étant allée depuis jmîu accoucher à Mons; que l'accusation avoit été de 908 actions fausses, mais que Février en avoit déposé environ cent au ureffe de la commission ; (pi'on avoit pris entre les mains d'un Anglois un certilicat de (37; qu il n'en restoit plus que 700 environ, et qu'on espéroit d'en retrouver d'autres es mains de ces femmes, ce qui déchargera la solidité des autres accusés et les l)iens de Talhouel, qui doit de tous les côtés, et dont les créanciers légitimes méritent d'être traités favorahlement. 11 m'a dit ïju'il m'appi-endroit encore bien d autres particularités sur les insolences deTalhouet.

V teplembre. — Le comte de Charolois a fait tapa,i;e chezia Delisle, sa maltresse, fille de l'Opéra : il a su cpj elle éluit allé*' a un cale, rue de Kichelicu, (|ui a issue dans le l»alais-Koyal. H a fait assiéger le café par le guet, à onze heures du soir. On n'a point voulu ouvrir. Il est entré dans le jardin duPalais-Koyal avec qu('l(|urs ofliciers aux ^rarde», en montrant son cordon bl(;u, (;ar le Suiss*.* ne vouluilpas le laisserentrer. Lu lille ne s'est point trouvée, niaiftquehpiesgensde peu (pi'il a fait bétonner »'t bAlonnés lui-inèine; puis revenant dans la rue Traversière où elle denitrure. il l'a rencontrée à pi«.*d avec une autre femme, il Ini n donné deux soufflets et des coups de |*ied au mi-

lieu de la rue. Il a envoyé quérir son père et Ta fait mettre toute nue pour la visiter et reconnoitre les traces de son infidélité et de sa débauche. Il a rompu les bras à coups de bâtons à deux laquais qu'elle avoit, et cela a fini par souper et passer la nuit dans la maison avec ses amis. Le prince s'étoit mal imaginé que d'une p.... publique, il en pourroit faire une honnête femme. Il lui avoit donné un carrosse magnifique de pièces de la Chine. Elle étoit devenue Irès-insolente A l'Opéra. Elle en sera chassée et pourra bien mourir à l'hôpital.

Je mets en prompte apostille que le prince s'est raccommodé et qu'il a dit que p... pour p..., il aimoit encore mieux celle où il étoit accoutumé, et que les voisins l'ont vu coucher publiquement le lendemain dans sa maison. Il envoie accommoder sa perruque les matins chez un barbier qui est auprès.

5 septembre. — Mort de M. de la Porte, maître des comptes, grand homme de bien et aumônier. Il est tombé sous son carrosse qu'il a voulu mener lui-même, a été fort blessé, et enfin est mort de ses blessures et des abcès qui se sont faits dans le corps. H y a des cochers et on veut l'être; on ne voit tous les jours que de pareils accidents. M. de la Porte étoit garçon et avoit quarante-huit ans. Son neveu, M. Anjorant, conseiller à la Cour, en a une

grosse succession.

EPITAPHE DU CABDINAL.

Ci-gît, au grand regret du priuce Un homme de mine fort mince; Il parvint au cardinalat Sans connoître Tapostolal.

Mais a Tabri de la finance, Le S' père usa d'indulgence.

Avec Vénus il eut procès Et n'en eut qu'un mauvais succès.

Ses deux témoins pris à partie Avant lui |)erdirent la vie.

SO MKMOlTvK.s DK Mvllllll MARAIS.

Il .limoil lanl U' i»»>iu lU' OitMi Qk['\\ W proIVroil eu tout lieu, Diiiu* manièrt' si fervente Qu'on eloil Siiisi irepouvaute.

Do prière il n'a pas besoin :

IMuton. de son :\ine a pris soin.

CHA>>0>'SIH LE CAllDI.NAL.

Dubois cnlin arrive Far un prompt jugement Sur l'infernale rive Où le noeber l'attend.

Une ombre lui demande :

Que cherchez- vous ici .=* Personne sans offrande ^'a de Caron. — Merci.

Que faut-il queje fasse !

Répond le Cardinal; Ne lait-on pas de grâce Au sacré tribunal ?

— Le juge du Tartare Vient d'établir un poids Ou l'homme le plus rare Doit passer une fois.

.le crois être de mi.se A mes sonnettes près ; Passez-moi sans remise ; N'ayons point de procès; N'étant |)ds recevable, Retournez chez Le Duc; Par un art admirable, Il met sonnette au c...

U» amis de la (>jnstitiilion triomplienl cl les Ictlres de cachet trottifnl parloiit. A Tours, où plusieurs cljaiioines «'•loienl a|i|»f lants , le nouvel archevôcjue ( Cotircellcs) a

voulu les faire retraiter; ils Font refusé; 011 en est venu à la force. L'intendant (M. Ayrault) est entré au chapitre ; il a montré un ordre du Roi pour accepter. Ils ont demandé à délibérer; on ne l'a point voulu permettre. Ils l'ont pourtant fait, et un seul a été de l'avis de Facceptation. L'intendant a forcé le greffier de faire l'acceptation sur son registre. Les chatioines se sont évadés; il les a fait assigner par le greffier qui a signé, à son ordinaire, et sans y penser, "j^ar commandement du chapitre. Les chanoines l'ayant su, ont fait, après vêpres, une assemblée où ils ont protesté contre cet écrit et fait un procès-verbal contraire, qu'ils ont porté le lendemain à l'archevêque à son audience, où ils reçurent les compliments de cette acceptation prétendue. M. l'intendant, bien muni de lettres de cachet, en a lâché quatre contre le doyen du chapitre (l'abbé de Guitaut), qu'on exile dans sa famille, et trois autres qu'on envoie à Sainl-Faron de Meaux, pourapprendre le molinisme du cardinal de Bissy, évèque de cette ville. Dans toutes les provinces on en fait autant, et les jésuites ont repris fortement le dessus, qu'ils ne quitteront pas si tôt.

L'Inquisition a condamné, par un décret du (1)

1723, une lettre deTévéque d'Auxerre, iM. de Boulogne, un mandement de l'évêque de Rodez, où il condamne certaines propositions, et un mandement de M. de Bayeux (prince de la maison de Lorraine). Ce décret se réserve déjuger des propositions condamnées dans ces mandements, qu'il n'entend probare nec reprobare : réserve scandaleuse, car entre ces propositions, il y en a d'infùmes et de réprouvées par elles-mêmes, comme celle qui permet à une femme, en l'absence de son mari, de se servir d'un autre homme si elle est bien pressée pour sa santé, et qui permet la même chose à un homme. M. de

I) Dale uiiiise par Marais.

J2 MhVKHKKS DK MM MIK\I M \H VIS.

Kodezavoit cru pouvoir coiulaiimcr cela sans ^e brouiller avec Rome.

25 (loiW. — Nkru Aii/r DKSXorcHKS. — M. Néricault Destouches, tjui faisoit lesaiïaires de Fiance en Angleterre, a été reçu à rAoadi'inie françoise à la place de Canipistron. Il a fait un Irès-heau discours, bien oratoire, et où il y a un plan suivi dont le sujet est •rÉinulation. Fontenelle y a rcpondu avec beaucoup d'esprit. Il a trouv») moyen d<' louer encore l7/iè.s de son ami Lamothe, mais, par un tour de Normand, en louant les pièces de Destouches qui se lisent, il a tait entendre que d'autres ne se lisent pas, et qu'il y a deux tribunaux à essuyer pour les comédies , le tribunal tunuiltueux et le tribunal tranquille. Or, on sait bien, quoiqu'il ne le dise pas, que le tribunal tranquille n'est point pour Inès. J'ai su que Néricault a été comédien de canq)ai;ne : qu'il alla i\ Soleure, exercer sa profession parmi les Suisses, qu'il y trouva heureusement, en 17U7, M. de Puisieux (Sillery), notre ambassadeur, qui le prit en amitié, lui lit quitter ce métier de farceur des Suiikses, le lit son (juatriéme secrétaire, puis, après son ambc'issade, Temmena en France, où il le garda comme homme d'affaires; qu'enfin, l'abbé Dubois, (jui comuiençoit alors sa fortune de ministre, lui ayantdemandé un hommeà (pii il put dicter, il lui donna Néricault, qu'il emmena à I.ondres, en Allemagne, où il est devenu un homme d'Ktat. et de comédien de canq)agne, le voilà presque dans le ministère, et mend)re de l'Académie. Siii' cela je dis avec La Fontaine :

" l^aJKSf^ dire 1rs sots : k» savoir a son priv. -

f.PII M'III l,\ I INE DU CAHIH> M,.

Ilor iii.irmor<* l*ort<'iiliirn tr^;iliir.

Vjntor l.«'K«', iiiKPmiscc, fug»*

Hir jarrl Qui loro n.tfii^ ohMMirn.

SEPTEiNlBRh: 1723. 28

Marcidus, egens recuperatione

Plus deficieus virtute

Abundans paupertate

Religionis nullius,

Episcopatum , principatum , purpuram,

Miuisterium,

Opes immensas

Obtinuit.

QuA via ? Obstupescile geutes et silete.

Spurcitiis, duplicitate et lenociniis,

Vixit ! Tandem

Tôt et tantis honoribus maie partis

Fiuem dédit Mors ultrix ,

Ferè septuagenarius

Diem invenit supremum

Ictu vencreo.

Abi , viator,

Fœtidum vivum , mortuum ne detegas

Et mémento

Quod per qucc quis peccat, per bœc

Et plectilur.

Nous avons vu, au commencement de ce mois, une nouvelle administration de la Compagnie des Indes par un arrêt du 30 août. 11 n'y a plus que 12 directeurs , qu auront douze départements séparés, et 8 syndics, notables bourgeois. La ferme du tabac et la vente exclusive du café sont accordées par arrêts du 31 août et 1" septendue àla Compagnie. M. de Fortia, conseiller d'État, et MM. Landivisiau-Danican , Anj^^ran et de Moras, maîtres des requêtes, seront inspecteurs de l'administration ; M. le duc d'Orléans, gouverneur, et M. le Duc sous-gouverneur. Ce M. Danican, qu'on avait chassé, est revenu et a regagné Testime de la Cour par quelque argent donné à propos aux maltresses. On doit passer un contrat d'aliénation du privilège du tabac, parce qu'il est des fermes du Roi.

Liquidations. — On prend des mesures pour faire convertir toutes les liquidations en rentes ou perpétuelles ou viagères, ou autres débouchés, et, faute de conversion, elles seront nulles au 1" novembre prochain. Nous

SI MKMOmrS DF MATIlIF.i: MARAIS.

avons vu la nu^mc chose pour les billets de IwnKjue en novembre 17*20. Ils (uitêlé, depuis, rKjuidésA des pertes cousidri-ahles. Ces liquidations elles-mêmes perdent les quatre ciucpiiêmes, et voilà l'état du royaume.

M. Km-jAii.T. — M. l'abbé Houjault, conseiller en la (!4»ur, ayant été décrété et assigné pour être ouï par le ju^'e «le .Montniirail, (jui ne sait pas les priviléi:es lie .\lrv.si,'iii-s du parlement, ce jui^e a été déclaré bien pris ù |Mtrtie; la procédure par lui faite, déclarée nulle, injurieuse et attentatoire à l'autorité de la Cour. Interdit pour un mois, — dix livres d'auniAne, — le décret rayé des re^'istres , l'arrêt mis à la place et publié l'audience tenant, et enrej^istré au registre de Taudience, l'arrêt imprimé, publié et affiché. Il est du 28 juillet 1723 et est très-remanpiable.

Borii.i.o.\. — Il arrive aux Houillon ce (|ui n'arrive jK)iut à d'autres. I.e duc de Bouillon et le prince de Turenne, son lils, doivent épouser les deux princesses Sobieski. I/aiuée meurt, et voilà le pêre^euf sans l'avoir é|»i)us«''e ; la cadette obtient, avec bien de la peine , le consentement de l'empereur, dont elle est cousine germaine. Klle arrive à Strasbourg; le 17 septembre. Le prince de Turenne part en poste de Metz, où il étoit chez l'évêcpie, en sa maison de campaj^ne, pour venir l'épouser ; il tombe de cheval sur le tjlacis de Strasbourg : on le saigne: il épouse le lendemain ; il se presse de consommer le mariage; il lui prrnd une rougeole causée par sa blessure et son épuisement, et il meurt le 1" octobre. Kt voilà où a abouti ce grand mariage, tant désiré, tant souhaité, et qui devoit tant faire d'honneur à la maison de Bouillon, car eette[princesse est alliée de fort près à toutes IfS ci^nronncs de l'Kurope par la princesse de Neubourg, fa mi-re. Elle a refusé le prince de Piémont ; (die eiU pu ^pouHer le roi de France et est d'aussi bonne mai.son (pie rinf.inte, hors (juclle nVst pas lillc de IU)i. On la dit d#^M-s|M-n'T. !/•! duc de IJouillon , apjuenant cette non-

SEPÏEMBRK 1725. 25

velle, a dit : « cela est complet. » Le Roi s'est opposé à la qualité que le duc de Bouillon, père du prince de Turenne, a prise, de prince par la grâce de Dieu. Le curé de Saint-Sulpice, qui a publié un ban, n'a pas voulu rayer cette qualité, sans un mandement de la cour ecclésiastique, qui n'a point été obtenu. Le Roi n'a point voulu signer le contrat de mariage, ni les princes du sang, à cause de cette qualité. La souveraineté de la maison de Bouillon a été pourtant maintenue par arrêt de la Régence du mais, selon les occasions, la majorité

oublie la Régence ; de plus, cette souveraineté est fort * équivoque, et il n'y » qu'à lire les Mémoire.'^ d'Amelot, lettre B, sur la maison de Bouillon, où il est dit qu'ils sont parmi les princes, ce que les secrétaires du Roi sont parmi les gentilshommes. Le prince d'Auvergne , autrefois le chevalier de Bouillon, qui aime le vin, s'est amusé à en boire où il en a trouvé de bon pendant le voyage, et est cause que son neveu n'est pas arrivé en même temps que la princesse à Strasbourg. Le mariage avoit été fait à Reuss en Silésie par procuration, le 25 août, par l'électeur de Trêves, oncle de cette princesse. Elle emporte de la maison de Bouillon, 'i-0,000 livres de renie en douaire et autres avantages qu'elle a bientôt gagnés. Cette même maison paie encore un douaire de 20,000 livres de rente à M™^ de Rohan, qui avoit épousé le premier prince de Turenne. Le Roi a donné le régiment du dernier mort à son jeune frère, appelé le comte d'Auvergne, mais il a refusé la survivance de la charge de grand-chambellan, qui pourroit bien passer à quelque prince du sang. M. de Charolois la feroit bien valoir.

Coustelier a imprimé les Anciens Poêles Français. Il a déjà donné la Farce de Patelin et le Villon. Ce qui est dit dans VAvis au lecteur du Patelin n'est pas de iM. de la Monnoyr*, quoiqu'on le nomme. Il me la dit lui-même. Ce Patelin e^i une excellente comédie três-aiicienne. Mais le Villon (qui est né en 1 V31) est bien meilleur. Le lourde la

» MK.MOIRKS l>K MVllllir MAKAIS.

lHn::uo cl le irénie poêliiiue y >onl ailinirubles. M. Putrii I adit avant moi. On est on peine de savoir si Villon s'ap- |)e!oil Villi>noa(A>rbeaii. In ineonnu a fait une longue diKs«'rt«tion pour prouver cpiil s'appeloit Villon, en effet, et que le Corheilil, natif d'Anvers auprès l>onloise, désigné piirle P. Fauchet, n'est point Villon, (\m étoit Parisien, po<»le parisien, ainsi qualifié par Marot, et qui donne clans son testament son droit d'échevin , comme natif de Paris. M. delà Monnoye est pour le P. Fauchet. Il y a dans HaUdaiv, dans leschai)itres 13 et 07 du V livre, deux bons tour> de Villon , qu'on auroit pu joindre au volume sans M-andaliser pei-sonne, puisqu'on y a bien joint trois ballades anciennes, dont Tune contient cette strophe gaillarde, où un amant dit de sa maîtresse qui faisoit la difficile :

" Alors lui donnai sur les lieux « Où elle faisoit l'endormie; Quatre venues de corps joyeux

• Lui lis en moins d'heure et demie; ' Lors me dit a voix espasmie :

" Kneore un coup; le cœur me deuil •< Kucore un coup, hélas! m'amie

• Il ne t'ait pas ce tour (pii veult. ■

.M. le duc d'Orléans, (|ui protège Couslelier, lui laisse imprimer tout ce tjui lui plaît. On n'a pas même fait altention à ces vers de Villon «pii font lïugues Capet lils d'un boucher :

• Se Uïsne des hoirs Hiie Cappel

• Qui fut extrait de boucherie. «<

linfKjslure tirée du Dante, po^^tc llorenlin, chant 2(r de son second poCme, qui a été plaipammenl rapport(''e dans la harauf^ue^du cardinal d»; Pellevé de la Salire Mmippêe, cl Mir U(|uelie il y a de lM)iines remanpn's (T. 2, p. 161 d^ cette Hatiru;. J'ai reinarqu»* qur Villon «lit dans son tr^- »aiiionl, |>. i9 :

SKPIEMBRK 1725. 27

« Item, a maître Ythier niarchaud

« Auquel mon branc laissais jadis

« Donne, mais qu'il le mette en chaut

« Ce lay contenant des vers di\. >>

Et nous avons vu mourir à quatre-vingt-douze ans , en 1722, un autre Ythier, aussi musicien, qui avoit été de la musique des rois Louis XIll et Louis XIV, et qui a un gendre nommé Laneau, le meilleur maître à chanter de Paris, dont la femme joue très-bien du dessus de viole : en sorte que ces Ythier datent de 300 ans de famille musicienne de Paris.

Nous attendons Jean Marot, Crétin et Coquillard, du même Coustelier, qui donnera aussi un Glossaire des vieux mots de notre langue françoise, pour les entendre, ouvrage fort nécessaire et désiré, il y a longtemps, par Bayle sous le nom à' Archéologue. Il en parle dans une lettre qu'il m'a écrite et dans la Préface de Furetière.

La tragédie à^lnès a attiré plusieurs critiques, et entre autres , les Paradoxes littéraires et les Anti-paradoxes , où Lamothe est traité comme il le mérite. On lui prouve seulement qu'il ne sait ni faire les vers, ni bien écrire en prose, et que sa poésie est louche et pleine de fautes. Le critique est l'abbé Desfontaines, qui a travaillé contre l'abbé Houteville sur son livre de la Vérité de la religioUy et qui donne le prix de notre poésie françoise à Rousseau, même au-dessus de Malherbe; et il pourroit bien avoir raison, si ce Rousseau, par sa mauvaise conduite, n'avoit pas quitté le royaume, et souffert une condamnation trèshonteuse par contumace, ce qui n'empêche pas qu'il ne soit bon poëte, non plus que Villon, qui fut condamné à être pendu : mais c'est une vilaine tache pour le métier. Nous venons de voir une édition de Rousseau, en Angleterre, en 2 volumes de grand in-^° d'un très-gros caractère; il y amis plusieurs pièces nouvelles d'un goiU sublime adressées à l'Empereur, hu prince Eugène, à rimpératricr, à M. d^' Bonneval , pt jamais on n'.i vu de

}H \IF.MOlf\KS DK MMHII.I MAKAIS.

si U'auv \eiN t-t des rimes si riches. Les contempteurs de l'unlii|uité n'y simt pas hien traités. Il jouit en Allemagne, sous lailominalion de TEmpereur et sous la protection du prince Kuct^ne, de la colore de la France, et il a fait entrer «lans cette édition nouvelle une satire contre le duc de .Noailles, qu'il ne nonniie pas, et une autre contre TaldR' Bignon. qu'il nomme Talnédes abbés noijéSy c'està-dire de ceux (jui n\>nt pu parvenir à la prélature. Mais il a l>eau faire; toute cette magnifique poésie ne rétracte point l'arnM donné contre lui et ne couvre point *»a hiuitc.

La Fo.ntai.nk. Préface iiistouiouk. — Je me suis amusé, ces vacances, à chercher tous les ouvrages de La Fontaine qui ne sont ni fables, ni contes, tant imprimés que manuscrits. J'en ai trouvé beaucoup, et cela m'a donné lieu de com|X)ser V Histoire de sa vie et de ses ouvraf/eSj depuis 165i qu'il donna la traduction de V Eunuque de Térence, jusqu'en 109.'), date de sa mort. On ne croiroit jamais (pfil t'Cii tant travaillé, et qu'il ait eu des correspondances toute sa vie avec tout ce qu'il y a eu de plus illustre et de plus grand dans le royaume par la naissance et par l'esprit. J'ai trouvé des recueils de poésie, imprimés à Paris en 1G71, où il y a des pièces qui sont devenues fort rares, comme le Sotuje de Vaux^ le Différend de Belleffourhe et de lieaux-Yeux et la comédie de Chiméue ; en 1673, sf)n po^'me de Saiul-Male, en 1()7V des contes où il y a des stances de Hobin et Colin, i\ la manière dun lrAs-anrif»n por-te qui a fait le Corps des fausses amours , et qu'r»n n»; trouva point ailleurs. Son QuiiK/uina en l(i22, s<*< iKK'-sies avec M.iucroy en 1085, ses Olùivres posthumes en 1HÎM), et il îie faut point oublier un Recueil de poésies de tlirert auteurs, (juo MM. de |*ortHoyal mirent sous .son nom en 1071, en .'J volumes imprimés chez le Petit, !<mii imprimeur ; singularité curieuse dans sa vie !

Mon di-ssein serait de faire imprimer en Angleterre Ion les ce* pitres , dans l'ordre du temps qm* j'-n suivi

dans sa vie. iMais les gens sérieux n'aimeronl peut-être pas cet amusement, qui ne m'a pas coûté plus de sept ou huit jours, et je ne veux pas qu'on me le reproche, quoique Pasquier, Mornac, Durand et d'autres avocats, mes confrères, aient eu du goût pour la poésie, môme jusqu'à faire des vers , qui est bien plus que d'en recueillir. Ajoutez que M. le premier président de Harlay, homme très-grave et très-austère, a bien souffert que La Fontaine lui ait dédié ses derniers ouvrages, dont il étoit admirateur, et je ne pouvois mal faire en suivant un exemple si autorisé.

MoRERi. Leclerc. — J'ai lu en même temps les Remarques sur le iMoreri par l'abbé Leclerc, fils du graveur, en 3 volumes in-12, imprimés incognito. Il est fort partial contre les jansénistes ; sa critique est vive, pleine de faits curieux, mais quelquefois un peu trop précipitée. Il m'a cité sur l'article de M. Arnaud, et a tiré de Bayle ce que je lui ai écrit sur VEpilre de V Amour de Dieu, en quoi il n'a pas imité le commentateur de Despréaux, qui a pris le même endroit sans me nommer, et qui s'est paré de beaucoup de Mémoires que je lui avois donnés. L'abbé Leclerc montre une grande lecture, et il sait bien manier les faits et les preuves. Il attaque Bayle en quelques endroits, mais je lui ai montré qu'il n'a pas raison contre lui sur le chapitre de M. Arnaud et d'autres, et qu'il n'est pas aisé de le prendre en faute. 11 a beaucoup raisonné pour prouver son erreur sur la première édition des CenturialeurSj et à la lin, il s'est trouvé qu'il a tort et il s'est rétracté. Il a fait un article sur son père, Sébastien Leclerc, fameux graveur, qui est bien travaillé, et il a ramassé bien des curiosités sur la Conception-Immaculée, sur la congrégation de Auxiliis^ où il montre la fausseté de deux lettres attribuées au docteur Du val parle P. Perri, et où il a placé bien des faits inconnus qui regardent Rose, évêque de Sentis, fameux ligueur; sur la Calprenède qui s'appeloitCoste, surCallot, Casaubon, les Canons

30 MKMOIKK.S m M V I HIKIM VU AIS.

lies a|MMiv>, M'"Ch(^n>ii, IM'Hiliv, Cliainhert, le l». DeslUHWs vi aulre>. Kt cvrtairuiinMit , c'est un des grands onli()iies de nos jours, s'il n'y avoit pas un peu trop de partialité \hmiv le inolinisine. il parle mal de Bayle qui êloit excellent, et ijui \aloit n)ieu\ que lui.

BiBLioTHKCA SACRA DU P. Lklonc. — J'avais souscrit p<uir le r/inr du P. Haixlouin, mais j'ai ehaniié d'avis et j'ai pris i\ la plaee la nibliothera sacra du V. Lelon.i;, (|ui •^toil mon ami. J'aime ces sortes d'ouvrages. La Vie de ce |M*re, qui est à la tête du premier volume, faite par le P. liesmoletz. son successeur à la bibliothèque de l'Oratoire, est simple et touchante, et rama«:se jusqu'à des faits qui p^iraissent petits, mais il n'y a rien de petit dans un savant si sage et si modeste. C.elte quantité d'ouvrages sur V Écriture, dont les titres remplissent deux volumes in-folio, n'empêchera pas qu'on y écrive bien encore et qu'il n'y en ait d'oubliés. J'ai trouvé omis (5i3) FranritcusArola. qui a travaillé au livre (oncordantix majorer ; il n'j-st pas dans le catalogue al[)h ib(''ti(|ue (357 , Bayle mal repris, sur la prétendue IJible ltali«3nne attribuée à Sixte V par Leliy car Bayle n'a parlé (juaprès Led dont il juL'eoit l'ouvrage : Korchole y encore plus mal repris, puis<|u'il n'a pas mis cette Bible dans son recueil (341). I^confititution Tnitrenitus est datée du 8septemi)re 1714, el elle est de 1713 (980). Entre les ouvrages (ï Elias Tadflei, il n'est point j>arlé de son livre Doctriu.r Jesua -Christ Aroloutia. (Amsterdam in-12, KiVH.i (pii est une Vie de Nf>tr» -S«;i^Tieur. J'ai ce livre cjui estfort bien fait. Mais il est im|K>M»il>U! rpie wîs sortes de catalogues soient bien exacts, et on a ^'rande obligaticin <*• «^'«'*« 'inlcins (jui nnii^; (jojnieiil lieu de le» reproduire.

K\tri'% CCS remarrjUf.'s de littérature, suivons notre Journal .

I^ORRAiXK. — 1^ duc de Ix)rrnine a perdu son (ils alFu* qui «î»! mort de la |»fîtite vérole. Oîtte mala<lie ;i emporté lueii i\en ^ens, depuis le mois d'août, et on en fer<»il de

SKPTKMRRF. 1725. 31

longues listes. Le prince puiné est allé en Allemagne à la place de son frère; ilaété bien reçu. Les Lorrains avoienl quelque espérance au roi des Romains, mais l'Impératrice s'est trouvée grosse, et il faut attendre ce qui viendra».

Daubentox. — Le P. Dauhenton, jésuite, confesseur du roi d'Espagne, est mort. Il étoit Tennemi du cardinal Albéroni. Depuis sa mort, ce cardinal refleurit. Le neveu de Tarchevéque de Tolède lui a dédié une thèse à Salamanque. Le cardinal a mis une inscription sur une vigne hors de Rome pour dire qu'il y a encore un Dieu dans le ciel. On croit qu'il rentrera en grâce à Madrid. Si cela arrive, S. Éminence aura eu pendant sa vie bien des événements divers, et on pourra dire de lui qu'on ne rêve point comme il a rêvé.

On a montré à Paris deux tableaux, représentant au naturel la peste de Marseille par le sieur Desevre, peintre de l'Académie. « Voilà d'affreuses beautés, » a dit le duc d'Orléans. Personne n'a été curieux de garder en France les représentations de ces morts horribles. Elles ont été rendues aux Anglais, qui aiment à repaître leurs yeux de ces spectacles.

20 septembre. — Les pères de l'Oratoire ont tenu leur chapitre général. M. d'Argenson y est venu par ordre du Roi : on a parlé du formulaire ; il a été signé par plusieurs qui étoient présents, mais d'autres ont protesté contre cette acceptation. Matière à lettres de cachet contre ces protestants. J'ai su un fait assez singulier sur le formulaire, c'est que l'abbé Bignon ayant eu en sa possession le rouleau sur lequel le formulaire se signe, qui est en parchemin, il fut tenté, après l'avoir déroulé, d'en couper le chef qui contient la formule et de le replier, en sorte qu'à la postérité, on n'aurait trouvé que la signature, sans savoir à quoi elle se rapportait. Mais il ne succomba point à cette tentation, et ainsi, il a conservé bien des faux serments. Je disais à un père de l'Oratoire qu'on pouvait signer, puisque la bulle Vineam />om/rit est acceptée par

SJ MKMOIIIKS \)\ MAlIlIKr MARAIS.

Imite l'Église, el vauluii nnuih', ci il me répondit (iiruii l'oncile, inùine universel, n'étant point infaillible en malit^rt; do fait, la siiinature tlu t'ornuilaire devoit ùtre libre. A quoi je n'eus rien ;\ répondre.

Le Roi aime beaucoup la chasse, et, au retour, il fait des re|)as avec ceux qui l'ont accompagné, hommes el dames de la Cour et autres : il n'y a (juc ce plaisir-là cjui paroisse le toucher. Bachelier, un de ses valets de chambre, ne l'ayant pas quitté pendant toutes ces chasses, il lui a ilonné un cheval tout harnaché et richement, un brevet de V, 000 francs de pension et une canne d'or, et il l'a été voir à sa terre de La Selle auprès de Versailles, qui est un fort bel endroit. Ainsi le Hoi s^attache à ceux {|ui l'aiment, qui le tlattent dans ses goûts et qui le servent bien.

•20 septembre 'suite). — Il s'est fait un assassinat affreux auprès deCidais de quatre Auirlais qui venoient voyager en France el d'un autre qui retournoit en Aniileterre. On leur a volé 1,100 guinées, puis ils ont été tués dans leurs chaises de poste, et le gouverneur de Calais les a renvoyés tout embaumés en Angleterre , avec un valet Suisse, seul réchappé de celte malheureuse affaire. Ils avoient montré leur or à Calais; les voleurs les avoient suivis, et cela ne donnera pas envie aux Anglais de venir voir la France, qui se passera bien d'eux, car ils ne nous aiment point et sont très-hautains avec nous, malgré notre IKilitesse et notre civilité.

6oriobre. — D'Iiikhvillk. .Mortsikitk. — M. dlbeivilje, ci-de%anl envoyé en Angleterre et en Fspagne pour nép«Kiation» secrètes, m'est venu voir ce matin. Il m'a rajouté la «iiirprenaiite inondation arrivée à Madrid par un or.i:.'e qui a noyé la duchesse de la .Mirandole, le juince

Pie et plusieurs autres personnes dans une maison et un jardin où ils étoient assemblés pour la conversation. Le prince Cellamare, le Nonce, le duc de Liria se sont échappés par miracle. La muraille du jardin a été emportée par un torrent qui a tout inondé. M'"'^ d'Aulnoy, dans son Voyage en Espagne, parle d'un pareil accident où elle pensa périr, et elle dit qu'elle se trouvoit bien malheureuse d'être venue si loin, pour se noyer à un second étage. M. d'Iberville, qui me contoit tout cela, ne pensoit pas qu'il mourroit ce soir subitement.

J'ai été fort surpris d'apprendre la nouvelle. Il étoit fort bon homme pour un Normand, savoit beaucoup de choses, mais il parloittrop, pour un homme d'État, et vous assassinoit de cent histoires que vous ne saviez point et qu'il ne finissoit point.

Louange à Dieu, repos au mort, Et paix en terre à nos oreilles !

Manicamp-Gerninox. — Le beau régiment Royal-Piémont, vacant par la mort de M. de iManicamp, que la petite vérole a tué, a été donné à iM. le comte de Gerninon , gentilhomme de Cliampagne, un de mes cliens, qui ne Fa point demandé. Son rang*, sa valeur et ses services ont sollicité pour lui : il est ancien colonel de cavalerie. Son régiment, qui est un de ceux qu'on appelle de gentilshommes, a été donné au comte de Lorges, petit-fiIs du maréchal de Lorges, et ce nom-là mérite bien en France quelque distinction.

— La princesse de Conti fait ce qu'elle peut pour revenir à la Cour sans être d'accord avec son mari. Le Roi veut qu'elle sorte de son couvent, et qu'elle vienne parer sa Cour, qui gagnera beaucoup à la revoir. Son mari sera bien fâché, mais on n'est pas fAché de le fâcher.

Joyeux avénemknt. Taxk nouvelle. — Tandis (piOu ne songeoit à rien qu'à déboucher ses pauvres papiers, ou en rentes au denier ôO ou en rentes viagères , il est r 1 11 . 3

U MEMOint-S DE MATHIEU MARAIS

venu une dt^?laration du Roi, pour le paiomont du droit deconUruialiou, î\ cause de ravénemonldu Koi à la couronne. Elle est du 27 septembre, lue, publiée et enregislrt'o le 30. C'est une taxe universelle par tout le royaume, qui va emporter l'argent comptant qu'on commençoit à amasser, car elle sera payable en espèces. Ainsi la France, délivrtH,* du papier, va essuyer une nouvelle ruine. Au commencement du nouveau règne, cette taxe n'eût point surpris, mais placer un avènement à la couronne après huit ans et après tout ce qui s'est passé en France, c'est se moquer du peuple. La déclaration comprend tous les oftîces de judicature, police et linance, toutes les communautés des villes, faubourgs , bourgs et bourgades, les communautés et particuliers qui jouissent des droits des communes, chauffage, paccage, fours et marchés, et autres sortes de privilèges, les communautés de marchands avec maîtrise et jurande , les privilégiés, les hôteliers ou cabaretiers. Les Cours suprêmes, Parlements, Chambres de Comptes, Cour des aides, Grand-Conseil et Cour des monnoies sont exceptés, avec les avocats et procureurs généraux, les substituts, greffiers en chef et premiers greffiers, et, dans cette exception, ne sont pas comprises les Compagnies qui prétendent jouir des privilèges des Cours sujKTieures. Cela regarde les historiens de France et autres. Otle affaire sera conduite par dix régisseurs, entre JesïjueLs on a été étonné de voir la Mésangère, ci-devant maître d hôtel du Hoi , homme de condition, d'origine anglaise du nom de Scot (Ij et venant d'un chevalier baronet. Mais il se dit ruiné par le Visa; on l'a cru et le ministre l'a nommé à cette régie pour le remettre un peu. « Lurri honun odor ex re qualibet. » Voici les noms des dix conimis.s<'iires : Durdan, Engerville, Rossignol, Verat, RonneaUy la Mésangère, Duclos, Véron, la Chabrière, Masi.

(I) Wm IcBos de Scot, to^ez le Traité de la Noblesse àt la Roque, 327

On s'est bientôt aperçu que les offices municipaux ne seroient pas levés s'ils étoient sujets à cette taxe; aussi on les en a exceptés par arrêt du G octobre ; mais ils étoient exempts d'eux-mêmes, puisqu'ils sont de la création du Roi, et qu'ils n'ont pas besoin de confirmation par le nouvel avènement, qui ne peut regarder les offices postérieurs. Cela fait une plaisante bévue.

12 octobre. — Joyeux avènement. — On a publié un arrêt qui règle la manière du recouvrement de la taxe du joyeux avènement, qui est étendue jusques sur les anoblis par lettres et rétablis depuis 1643. Ils payeront chacun 2,000 livres. La taxe sera payée avec deux sols par livre. Les officiers ne pourront loucher leurs gages qu'en montrant la quittance de la taxe, et les trésoriers paieront à leur décharae; les receveurs des villes de même. Les communautés seront contraintes à payer, sauf le remboursement sur les particuliers. Les anoblis, maires, échevins,jurats, capitouls, payeront, hors ceux qui ont des écrits, engagements, aliénations faits par les rois prédécesseurs. M. d'Argenson, nommé pour décider les difficultés à Paris, et les intendants dans les provinces. Ainsi, ce M. d'Argenson a tout et l'intendant de Paris n'a rien. M. le duc d'Orléans le vient de faire encore son chancelier, à la place de M. de la Houssaye, qui est mort.

Il est dit, dans l'article X de cet arrêt, que le droit de confirmation est domanial et appartient A la souveraineté. Je ne sais où on a pris cela, car, ni Loiseau, ni Bacquet n'en disent rien. C'est un droit qui appartient ;\ ce nouveau Roi, personnellement (Loiseau dit, liv. 3, chap. 3, p. 24-7, que ce droit n'est qu'un impôt. Il cite les États d'Orléans, et je n'ai point trouvé cela dans l'ordonnance) et non à son domaine. S'il étoit domanial, le successeur poiirroit l'exercer pour le prédécesseur qui l'auroit omis, et cela est incompatible avec le nouvel avènement.

17 octobre. — Nominations aux Évh^ciiÉs et arbayes. —

S6 MLMOir.LS DK MATIIII r MARMS.

Le Koi a fait une grand o nomination au\ archevêchés et ahhaves vacants. Je rcinaniue seulement ici Cambray donné ;\ lévètiue île I.mom, fils du duc d'Orléans, qui n'a nu êtn» reçu duc et paii- au Parlement^ parce que sa naissance n'est point prouvée, et qu'il a été bapfisé sous le nom de (A)che, valet de chambre du duc. H sera plus facilement prince de TEmpire à Cambray. Laon est donné àTévéque de Marseille, qui a bien servi pendant la peste, et «pii a bi«Mi crié contre les pères de l'Oratoire. L'archevéciié de Houen est donné àrévè(juc de Nantes (Tressan), débauché, iirnorant et nullement janséniste. L'abbé de Monaco a l'archevêché de Besançon ; il n'est pas ami des jésuites et est grand chicaneur. Cet archevêché étoit destiné il l'abbé du Moncley, évêque d'Autun , qui , depuis SI nomination du 8 janvier 1721, n'a point pris de bulles, dans l'espoir d'avoir ce Besançon qu'il n'a pas. Les Monaco, avec leur souveraineté, se font traiter d'Altesse. L*évAché de Marseille à l'abbé de Villeneuve, homme inconnu. Provençal, qui n'a d'autre mérite que d'être ami de l'archevéfjue d'Aix. L'évêque de Bennes à l'évêché de Nantes. Bennes n'est que de 10 à 12,000 livres de rentes, tandis que Nantes est de 35,000. Il eût voulu tout à fait être dehors de la Bretagne, à cause du procès du Parlement, qui ne veut pas qu'il fasse porter sa queue par les gens de livrée nix processions; mais le comté Nantois est comme .séparé, et il se consolera 1j\ de la mort de la comtesse de Boulainvilliers qu'il aimoit, et qui vient de monrM* de la petite vérole. On l'appeloit la sacrce com^ Ime; il est s(Misé et d'a.ssez bonm^ ('(jinpaLrnie, janséniste par Misgrantls-vicaires. 11 avoit l'ait connoissance depuis |M!U avic l'évêrpie de Laon et toute la faniilN" biUarde, W^ de Ségur et M""' do Kerderin, lilles de la Desmares. Il }t^iu|)oitavec eux, tous les soirs, chez (x)che, père pu- Inlif, cl il en a eu l'évêché de Nantes, sans charge d'aururie fiension. L'nbbé de Breteuil, frère du inanpiis de Breleuil,secrélaired'Élat (dit la liste), uFévêché de Bennes.

OCTOBRE 17îi5. 87

Voilà un marquis d'une nouvelle création , et ce marquisat est venu avec sa faveur et sa charge. Il n'y a pas cent ans que les Breteuil n'étoient que du nom de Tonnelier, et paysans du village de Breteuil, près de Beauvais. L'évèque de Saint-Papoul a l'évéché de Mende. Ce Mende est un des meilleurs évèchés de France, de 50 à 00,000 livresde rente. A Saint-Papoul est Choiseul, famille très-pauvre et très-nombreuse. L'abbé de Ségur est à l'évéché de Saint-Papoul ; c'est de l'alliance bâtarde.

L'abbé de Bussy a l'évéché de Luçon. Cet abbé est lils du célèbre Rabutin, et ne croit pas en Dieu. Homme de beaucoup d'esprit, mais dont il abuse; il est musicien , poëte, connaisseur dans les arts, et ne peut être qu'un mauvais évèque de Luçon après Pavillon, qui a laissé de si beaux ouvrages. Il est bien étonné d'un tel successeur, qui n'apporte dans le diocèse que VHistoire amoureuse (les Gaules de son père. Le comte de Clermonta l'abbaye de Cercamp ; Orcamp a l'abbaye de Gefières. C'est delà dépouille du cardinal Dubois, ainsi que les deux abbayes régulières de Saint-Bertin et de Bergue-Saint-Vinox, qui sont données à deux réguliers Bénédictins, avec beaucoup de pensions pour des chevaliers de Saint-Lazare, et pour de vieux clercs tonsurés, qui se sont souvenus (ju'ils avoient été tonsurés dans leur jeunesse, et (|ui ont demandé à jouir des biens de l'Église dont ils sont indignes. Tel est Cabre, fameux joueur, à qui on donne 3,000 livres de pension et qui devroit être enfermé, plutôt que pensionnaire de bénéfices. L'abbé Tencin, qui se démène tant à Rome, n'a rien eu en celte nomination ni en celle de 1721 . Le protecteur est mort et oublié. L'abl)é Houteville, son secrétaire, a une petite abbaye qui ne vaut pas 800 livres de rentes. Du père Laftileau, évèque de Sisteron, qui devoit tout avoir, ne verbum quidem. Il y a plusieurs petits Dubois (jui ont des pensions, et ce peuvent bien être les enfants plutôt que les neveux du Cardinal. L'abbé Margon, qui a une abbaye, a voulu remercier; mais on

sa MKMOIUKS I)K MATllIKU MARAIS.

lui a dit ijuc c't'toit 5^011 livre, ahlu' de lu Pause de iMar* gon. Ils s'apiK'llent iMantevit de la Pause. Le fameux aliln* Mai;::on est un fripon et un traître, il a un frère lieutenant du Hoi en Languedoc, qui a volé la succession du comte deSerignan, son oncle.

17 octobre. — Noailles. — On a annoncé, en ce jour, le retour du duc de Noailles de son exil en Auvergne. Nous lo verrons incessamment, mais moins brillant qu'il nVtoil, et plus circonspect dans ses conseils. On dit qu'une des conditions du retour, c'est la coadjutorerie de l'archevèché de Paris pour l'abbé de Saint-Albirî, à qui il ne suflit pas d'être archevêque deCambray.Leducabien fait le dévot à xVurillac, et comme il faut de la pâture à son esprit, il s'est fait l'arbitre des procès de la province. J'ai parlé à un abbé de condition qui en arrive. Il y a vu toute la noblesse d'Auvergne bien traitée, le duc économe au point de faire peser sa viande tous les jours aux poids delà ville, friand de vêpres et de saints; la duchesse jouant gros jeu, feignant des maladies pour éviter les dévotions, et ennuyée d'un pays qui ne lui donne point de galants, car elle en voudroit aussi, quoique grand-mère, et elle n'a point oublié le comte d(; Kangoni. On les attend avec impatience, pour voir leur mine à la Cour, où ils trouveront la face un peu changée pour eux, et le pavé un peu plus glissant.

22 octobre. — La Ueyme. — Tous les jours, la petite vérole emporte quel(|u'un. M""" de Monmort, ma voisine, fille de M. Li Uevnie, conseiller d'État et lieutenant de police, est nrorte en trois jours ; elle n'a point eu d'enfants de son mari; c'éloit plutôt une momie qu'un^ï femme; elle n'a marché qu'<\ trente ans. M. de Monniort, maître des recjuêtes et intendant de marine, qui l'avoit éjiousée, n'en a jamais approché. Elle a un frère misanthrojK', rjui s'est allé cuicher à Home depuis longtemps, e4 qui n'a jamais voulu revenir pour succession de père ni de mère. Et voilà les successeurs de ce grand M. de La

Reynie, dont le nom a fait trembler les empoisonneurs, les

huguenots, les joueurs et les p î Sa femme s'appeloit

Garibal, et elle étoit de Toulouse. Lui s'appeloit Nicolas, etc. La Reynie étoit un nom additionnel.

D'AcMONT. — La duchesse d'Aumont (de Pienne) vient de mourir aussi de la petite vérole à Passy, où la mort Ta été chercher : elle étoit veuve depuis peu. Elle a un fils qui a des enfants. Elle étoit fière , avoit été belle, et aimoit fort sa sœur^la comtesse de Chàtillon, à qui elle a laissé, par son testament, pour 4-, 000 écus de vaisselle d'argent, la jouissance de la maison de Passy et de tous ses acquêts et un beau meuble. La défunte duchesse étoit une des grandes gourmandes du royaume. Beaucoup de beauté et de caprice, avare et point galante. La comtesse de Chàtillon, sa sœur, n'est pas de même; elle a eu toujours des amants, et le comte de Toulouse Ta été longtemps sans qu'on l'ait su. Son mari, homme extraordinaire et fou de sa noblesse, Ta quittée ; ils vivent séparés, mais volontairement, et le legs pourra bien entrer dans la communauté malgré la femme, qui en sera désespérée.

De PoNTis. — La lieutenance-colonelle du régiment des Gardes, qui vaquoit depuis longtemps, a été donnée à M. De Pontis, qui de voit l'avoir par son rang, il a par grâce ce qui lui étoit dû, et c'est ainsi que les llois font valoir ce qu'ils donnent. Cela ne donne pas envie de les servir; mais qui servira- t-on?

Le gouvernement de Metz a été donné à M. d'Aligre, qui avoit Saint-Omer, et Saint-Omer a été donné à M. de Maillebois, que leUoiaime. C'est le fils aîné du contrôleur général Desmarets.

Lauzun. — Le duc de Lauzun, qui n'a jamais rien fait comme un autre, se voyant malade, s'est retiré pour mourir dans les Petits-Augustins. 11 a endossé l'habit de moine, et se fait servir par des moines. Il s'est mis là pour fuir ses collatéraux. Il déshérite les Castelmoron, ses neveux, et donne tout son bien aux Biron. A cette dernière

40 MKMlHHKS DK MATIIIKU MARAIS.

iiominalion, il dit à M. de IJiroii : « Faites donner (juclijue chose à M. de Mai^eille, (]ui s'est ruiné à la peste : sinon, je serai obligé de lui donner lu moitié de mon bien, car c'est, de tous mes parents, celui qui est le moins riche. » — Sur cela, M. de Biron s'est remué, et on adonné à M. de Marseille Tévéelié de Laon, qui le fait duc et pair, cl le testament est demeuré comme il étoit. — C'est le 2* tome de M. liosCy secrétaire du cabinet: son gendre se plaignoit j\ lui des iialanteries de sa femme. « Vous avez rais<^>n, dit-il; c'est une femme qui se conduit mal, et je vous promets de la désbériter. » Le mari n'en parla plus, et s'en fut sans dire mot.

Livre anglais curikux. Paix d'Utiuxut. — On m'a prèle un livre curieux, qui est le rapport du comité secret, nonmié par la Chambre basse du Parlement, pour faire Texamen des négociationsde la paix d'I'trecht, in-H**, \l\ô; Amsterdam, chez \esten. On trouve là dedans tout le secret de celte paix et de la séparation de rAngletcrre d'avec ses alliés, qui sauva la France en 1712, et qui produisit la journée de Denain. Toutes les pièces les plus secrètes y sont rapportées, avec de courtes et précises réflexions, et dans l'autre partie, il y a les pièces entières. J'en extrais ce morceau, d'un Mémoire de M. de Torci sur la renonciation du roi d'Espagne :

IUno.nciation de l'Esfagnk. — « Selon les lois fondamentales du royaume, le prince le plus proche de la couronne en est l'héritier <le toute nécessité; c'est un héritage cju'il ne reçoit ni du Koi son prédécesseur, ni du peuple, mais du bénéfice de la loi. De s<irle que lorsqu'un Uoi vient à mourir, l'autre lui succède inimédiateuient, sans demander le consentement de personne. Il ne 8ucc4;de pas comme héritier, mais comme le maître du royaume, dont la seigneurie lui appartient, non {MIT choix, mais uniquement par le droit de sa nais- •aoce; il n'est obligé de sa couronne ni h. la volonté de •OD prédécesseur, ni A aucun écrit ou décret, ni à la li-

OCTOBKK 1720. 41

Léralité de qui que ce soit. Il ne l'est qu'à la loi. Cette ]oi est estimée l'ouvrage de celui qui a établi la monarchie, et nous tenons en France qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse l'abolir. Par conséquent, il n'y a aucune renonciation qui puisse la détruire, et quand le roi d'Espagne renonceroit, pour l'amour de la paix et pour obéir au Roi son grand-père, on se tromperoit en recevant cette renonciation comme un expédient suffisant pour prévenir le mal qu'on propose d'éviter. » Cela se trouve dans un Mémoire du. 28 mars 1712, auquel mylord Saint-Jean, secrétaire d'État d'Angleterre, répond le 23 mars (vieux style' : « Nous voulons croire que vous tenez en France qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse abolir la loi sur laquelle votre droit de succession est fondé; mais vous nous permettrez aussi de croire , en Angleterre , qu'un prince peut se départir de ses droits par une cession volontaire, et que celui en faveur duquel il auroit fait la renonciation pourroit être soutenu avec justice dans ses prétentions par les puissances qui en auroient garanti le traité. » — M. de Torcy, par une dépêche du 8 avril 1712, répond qu'il lui semble qu'il ne sauroit être impossible de trouver un expédient que toute l'Europe est intéressée a chercher, et de faire sur cela un traité qui seroit garanti par toutes les puissances de l'Europe, etc. »

Dans cette dépèche et plusieurs suivantes, on traite la renonciation et ses formalités, et il paroit, entre autres , que le Roi avoit accepté et(ju'elle seroit approuvée par les États, ce qui, apparemment, a été, depuis, rétracté, car les États n'ont point été assemblés, et les étrangers ont bien compris l'inutilité de cette cérémonie, les États n'étant plus rien en France. Ainsi, le droit de succession a été abandonné à la faveur d'un traité garanti; mais nul ne peut répondre qu'il ait aboli bien sûrement ce droit, et ce sont toujours matières de guerre, si l'occasion se présente.

Le duc de Lauzun a dit à la duchesse de Ciron : u Ma

4S MKMOIUblS DK MAlllltU MARAIS.

« niiVe, voilA un relicjiiaire où il y a de la vraie emix ; « je lo tiens de mon prre , (jui le tenoil de mon grandci |v^re ; j'v ai toujours en heaueonp de dévotion. Ne eon- « noltriez-vous point quelque évèque catholique à qui je « le puisse laisser? »

Ce trait d*un mourant ne fait pas honneur au clergé de France.

Ma sw:rn mai.adk. — Ma sœur, qui est une fdle d'une grande vertu et d'une piété vive et gaie, est tondjée malade en septendjre. Sa maladie a duré pendant le mois d'octobre, et a toujours empiré. Sur la fin de ce mois, on s'est aperçu d'une tumeur au foie, qui s'est formée par la cessation de ses règles. Je prie Dieu de ne m'aftliger pas, en m'^tant toute ma compagnie et tout mon secours. Mais le ciel ne prend point nos commodités, et je crains fort de la perdre. Dans son mal, elle ne parle point, et elle a dit fort tendrement : « Je réserve toutes mes paroles pour mon frère. »

O.Ki^ piuvk. — Pendant les fêtes, il est arrivé un accident au Lois de Boulogne, d'un cerf privé qui étoit au Hoi , qui s'est échappé pendant le rut, et qui a tué deux personnes, et le lendemain , a alta(]ué le comte de llazilly, (jui s'est défendu longtemps, en le prenant par le bois et le terrassant. Mais l'animal relevé l'a fort blessé, et 4 la lin, le cerf a été tué, dans ses mains, par un garde du l>ois. Le Uoi a dit qu'on avoit bien fait ; mais cela eût dû être fait dès le matin. Les rois <ît les princes «c jouent de la vie des hommes, /ai vu feu M. le Duc, à Saint-Maur, avoir un pareil cerf dans son parc. Ce n(; fut qu'apr«»s qu'il eut tué cinq ou six personnes qu'il se réft^ilul de faire expédier ce cerf, parce qu'il avoit attarpié un de sci piqueurs.

D'AuMOXT. — Le duc d' Au mont fils a pris la petite vérole de sa mère, et en est mort, en quatre jours, le 6 de ce mois. Ainsi , le père , la mère, la bru et le fils ont été emportés en six mois de temps. Ce jeune duc disoit à son médecin : « Docteur, irai-je faire la partie carrée à Saint- « Gervais?Ceseroit là un vilain quadrille. » Mais la mort n'entend pas raillerie, etl'a enlevé, à trente-deux ans, dans la fleur de son âge et au milieu de la fortune la plus brillante. La princesse de Charolois s'en accommodoit; il étoit des plus aimables seigneurs de la Cour, et il faut qu'elle cherche un autre amant, qui est déjà tout trouvé (le prince de Dombes). La charge de premier gentilhomme de la Chambre a été donnée à un fils qu'il a, de Fàge du Roi. Il en a un second qui se meurt. Le gouvernement de Boulogne et du Boulonnois, qui est de plus de GO, 000 livres de rente, est donné au duc d'Humières.

LiVRY. (Sanguin). — Le vieux marquis de Livry, premier maître d'hôtel du Roi, est mort. Il s'enivroiitous les jours et faisoit très-bien sa charge. Il est Sanguin en son nom, et descend d'un échevin de la ville de Paris, qui ne s'attendoit pas qu'il y auroit un jour des marquis et des comtes dans sa famille, et que ce marquis épouseroit une Saint-Aignan. Le comte de Livry fils a la survivance de son père. 11 a une femme joueuse, d'une famille de Robert de la robe, qui faitlafière et la femme de qualité, et que peu de gens aiment. Elle n'a pas cependant dédaigné l'amour de La Peyronie, qui n'étoit pas alors encore premier chirurgien du Roi. Il y a un abbé de Livry, qui n'a pu être auditeur de rote, du temps du feu Roi; il a de l'esprit, sait beaucoup de choses, et on le destine à quelque ambassade. Ce n'est pas l'abbé le plus catholique du clergé. Cette famille a acheté le Raincy, maison charmante, bâtie anciennement par un financier, et on lui a fait changer de nom, pour lui donner celui de Livry. J'ai vu, dans les derniers iinprimésdcs rentiers du clergé, des contrats où le nom

44 MKMOUUS 1>K MATHIKl' MARAIS.

lie >'afi</iiifi se Irouvc parmi les cclu'\ iiis de» Paris, cl loiil

Paris a vu cola comme moi.

XoRCv. — \Ai marquis de laTliaise, capitaine des Gardes de la porle, est mort. CV'li»il un parent du Pure de la Chaise. Sa charge est donnée au fils aine du marquis de Tort^y, qui rentre dans la maison du Uoi, après avoir quitté le ministère des affaires étrangères, d'où le duc d'Orléans Va fait sortir. El que î»ait-on si ce n'est pas pour avoir parlé si franchement de la renonciation d'Kspagne? Les princes meurent, et leurs successeurs ont do (]uoi se venger des ministres et de leui*s familles.

Ukims. Volkur. — On m'a raconté un fait particulier, arrivé depuis peu à Reims. Un particulier se présente au prévùl comme un marchand qui a été volé sur les chemins : il demande une brigade pour courir après les voleurs. Le prévôt lui demande s'il lesreconnoitra bien; il dit qu'oui. On lui présente plusieurs portraits, entre lesquels le sien se trouve. Le fripon, sur[)ris, tond)e évanoui à la renvei-se : on le fait revenir. Il dit (ju'on le mène au lieu des commodités; il y va avec un archer ; il ferme la |iorle au verrou. L'archer l'attend dehors inutil(;menl ; û la lin, il enfonce la porte, et trouve l'homme baigné danhsoD s.ing. Il s'étoit coupé la gorge et donné un coup de couteau dans le corps et dans les bras. Il n'est pas mort. On n'en a pu rien tirer. Il a été traîné sur la claie à Kciui.s. Sondess^'in éloit ou de faire tomber la brigade d.ins qti«'|(|ue endmscade pour la faire assommer, ou de l.idétourner, pendant(|ue ses compairnons feroient (piel-

quo vol.

IhMÀtivjiVX. — J'ai vu, pendant les fêtes, Descoteaux que je croyois mort. Il a soixante-dix-neuf ans. C'est lui qui a |KMi«(M' la lliite allemande au plus haut point, (;t qui a {lerfectionné la prononciation du chant suivant lesiègles de la grammaire et la valeur des lettres, qu'il .sait mieux que |>crsonn('. Il chanta des paroles de Verger trèsexacternent. Il a encore, au supn^me degré, le goiU des

NOVEMBRF: 1725. 45

fleurs, et c'est un des grands fleuristes de l'Europe. Il est logé au Luxembourg, où on lui a donné un petit jardin qu'il cultive lui-même. La Bruyère ne l'a pas oublié dans ses Caractères, sur cette curiosité outrée de ses tulipes, qu'il baptise du nom qu'il lui plaît. Il veut être philosophe et parler de Descartes. Mais c'est bien assez d'être musicien et fleuriste.

10 norem6re. — Le Roi a cheval. — Ce jour, veille de Saint-Martin, le Hoi est monté à cheval pour la première fois dans son manège. C'est le prince Charles qui l'a mis à cheval lui-même, pour mettre d'accord tous les écuyers. Il a aussi fait venir un M. de Courcy, gentilhomme de Normandie, gouverneur de Valogne, qui a été page du. feu Roi en 1677, homme très-expert en cavalerie, pour lui donner des conseils, dont tous les écuyers de l'écurie sont bien fâchés. A la fin de cet exercice, le prince Charles demanda au Roi une grâce : tout le monde étoit attentif, et ce fut le portrait du Roi à cheval, que S. M. lui accorda. Tous les courtisans furent bien surpris. Il ne trouve pas bon que le Roi aille si souvent à la chasse, sans savoir monter à cheval. Je lui ai ouï dire : « Si c'étoit mon fils, « il ne chasseroit de plus d'un an ; mais je n'irai pas lui (( conseiller de quitter le seul plaisir qu'il aime. »

12 novembre. — Noailles revenu. — Le duc de Noailles est revenu. Il a été conduit au Palais-Royal par le duc de Grammont. Il a voulu sejeter aux genoux du duc d'Orléans, qui l'a relevé, lui a pris la tête et l'a baisé sept ou huit fois; puis, ils sont entrés dans son cabinet, où ils ont été une heure avec Grammont et Noce. Le duc d'Orléans l'a voulu mener à l'Opéra. Il s'en est excusé sur ce qu'il n'avoitpas encore vu ses filles. Il est revenu le lendemain; le duc d'Orléans lui a dit : « Pax v/r/î, requies defunclis )> par allusion au cardinal Dul)ois, mort; puis il l'a mené chez le Roi. Le Roi lui a demandé s'il craignoit toujours les chats. « Ohî non, a ré[)ondu le duc d'Orléans, car il étoit dans un cluVteau tout plein de rats. » (Jugez

46 MKMOIRKS DK MATIlIFr MARAIS

si c'tMoient les rats tle sa !tMe ou ciiix de sou vieux ch;\tcau de Brives iloiil il parloit.) Ou lui a l'ait uue i^rande réception àSaïut-lloruiaiu-i'u-Layo, dont il est gouverneur, avec feux et illumination. Le cardinal n'a pas voulu (pi'on en niAConllans.

BtLLAiRE DK Clêment XI. — On a imprimé j\ Rome le /?ii//(iiVr de Clément M dans un bel in-l'olio. La Rôle a trouvé mauvais qu'on y ait inséré un décret ;1) du 22 juin 1715, qui réulc les épiées et frais de ce trihuiial, mais le l»ai>e n*a rien tait pour la Rote et a loué son prédéccisseur davoir al)réi5'^é les procédures : a Bonne et briève justice » , c'est la devise des juges.

La Force. — Le duc de la Force se donne bien des mouvements pour faire revoir son procès, jugé, en forme de pairie, au i»arlement, le 12 juillet 1721 ; il a obtenu un arrêt du Conseil, le 16 octobre dernier, qui ordonne que, dans trois jours, du jour de la signilicalion, les pièces et procédures sur lesquelles le f^arlement a rendu son arrêt, seront remises es mains d(î M. dcMaurepas, secrétaire d'État, i\ (pioi faire, le greffier du Parlement contraint par corps, pour ensuite être ordonné ce qu'il appartiendra. 11 conclut, parla requête, à ce que l'arrêt soit cassé en ce qui le concerne, et que la disposition qui le regarde personnellement sera supprimée. 11 répète celte disposition, atin que l'on ne l'ignore pas et qu'on la voie partout : i»uisque son conseil le veut, je la répéterai aussi : « El sera tenu ledit Henri Jaccjues Nonq)ar de Cauniont, duc de la Force, d'en us(;r avec plus de circonspection, et de se comporter à l'avenir d'inn: manière irréprochable, fl telle (pi'il convient à sa naissance et à sa qualité i\r i.iir de Franc»;. » Si mieux n'aime S. M. ordonner la 1 II du procès au Crand Conseil, où ses affaires civiles

et criininelb-s sont déjà renvoyées, ou devant tel autre Irdmnal non suspect qu il plaira à S. M. dénommer, pour

(l)Ci décnifrt diM U Gawtle de Hollande du j nov. (N. do VA.)

y être la révision faite en forme de pairie ; comme si la pairie couroit les tribunaux pour revoir les procès qu'elle a jugés.

12 novembre. — Messe rouge. — Ce soir^ 12, j'ai été à la messe rouge, chantée par l'abbé de Champigny, trésorier de la Sainte-Chapelle, qui a officié pontificalement. Les révérences et les pas des présidents à mortier à cette messe sont singuliers et d'une institution ancienne. On vient de donner une Histoire de la danse sacrée et profane (i), où il en est parlé comme d'une cérémonie venant de l'Aréopage. Il n'y avoit que trois présidents à mortier ; le président de Novion, qui tient lieu de Premier Président;, qui a fait les pas et dansé très-gravement, le président d'Aligre qui n'a plus ni tète, ni genoux, et le président Chauvelin, qui a dansé gracieusement, et avec la complaisance d'un homme qui espère la place de Pre-mier Président. On a ensuite été aux serments. Le trésorier a pris place entre le premier et le second président^ et a fait un discours auquel M. de Novion a répondu. Autrefois c'étoient des évèques qui disoient cette messe , mais ils demandoient des respects que le Parlement n'a pas voulu rendre et vouloient être priés en forme. On se passe d'eux ; le trésorier est évèque dans le Palais, et s'en tient honoré. Cette cérémonie a fini par un magnifique repas en maigre, qu'a donné le président de Novion à tous ces Messieurs. Il lui revient à plus de 2,000 écus, et il plaindra bien sa dépense. Il n'est pas Premier Président. Chacun demande pourquoi cette promotion est si retardée, et on ne sait pas ce qui est dans la tète du duc d'Orléans, qui se plaît à voir les demandeurs et leurs brigues. On parle d'amovibilité , et on ne sait ce ([u'on dit sur la première place d'un Parlement sédentaii'c et qui est la cour des pairs. Il n'y a que le duc de la Force qui entreprend de les faire courir à son point.

(1) Par M. Bonnet, ancien payeur du Parlement (N. de l'A.)-

49 Mf.MOlRhlS 1)1. MAÏUIKU MARAIS.

Ac\l)KMiK. — L'al)l>é Biirnon a rerusé de faire les discours aux acadéinieiens ijui doivent tHre reçus ; l'abbé du lios a aussi refusé, parce que ce n'est pas son rani,^, et on ne s;til plus qui parlera. Voih\ rAcadémie françoise bien mal en ordre. On devroit nommer La Mollie, qui fait des vers et de la prose tant qu'on veut, et qui même met de la prose dans les vers.

Jksiites. — La Chink. — Les jésuites ont le dessous dans la Chine, mais ils sauront bien regagner le dessus et éluder les résolutions de la Pi'opagande dans un si grand éloii:nement. Les ItaHens sont bien lins, mais ils ne gou- \erneront la Chine ni les jésuites, qui y seront toujours les maîtres comme partout.

I*KRSK. — L'empire de Perse est à qui veut. Le Czar en prend sii bonne part ; le Turc en prend une meilleure, el le Mahométisme va s'étendre encore. IJelle réflexion sur celte fausse religion, cjui est dans les cinq parties du monde, el qui n'a fait que s'augmenter depuis onze cents ans, malgré tous les princes chréti(?ns.

CoNSTiTiTiON. Torus. Hkims. — L'archevéqui; de Tours iBlouïn de Oimilly est mort, et n'a guère duré, depuis l'exil du chapitre, qui va encore devenir le mallre, le siège vacant. Les évoques meurent, mais les chapitres demeurent toujours. .\ Keims, on a em[)risonné un libraire qui a imprimé la chanson augustinienne, où tout le dogme est si bien écrit en vingt couplets; d'autres gens ont encore été poursuivis. Cela a donné lieu à une clianviu nouvelle, précédée d'une Préface en langage paysan, el qui mérite d'être gardée. Ces jansénistes ont de toutes sortes d'esprits parmi <;u\, et ce faux paysan ferait très-bien une comédie.

CiiAHTRLl'ft. — La comtesse de Chaslelus, fille du Chancelier, est encore accouchée d'un garçon, ce mois de no vcmlire. La Chance! ière est venue à Paris et a été sa marraine. Sa iille lui fait des garçons, |)<Mir adoucir les |MîineM de rr«xil fi faire venir sa luére à Paris.

Lundi 22. — Mort de ma sofxr. — Ma sœur cadette est morte, âgée d'un peu plus de cinquante ans, après une maladie de trois mois, à onze heures du soir. C'étoit ma compagne, mon amie, et j'ai perdu tout mon repos et toute ma joie en la perdant. Elle étoit sage, vertueuse et presque sainte, et avoit, avec cela, une vivacité et une gaieté surprenantes. Dieu lui fasse paix. Je n'ai pu mieux faire pour elle que de la faire enterrer très-honorablement à Saint-Eustache , le 23 , auprès de mon père et de ma mère. Beaucoup de gens de grande qualité ont bien voulu assister à ses funérailles, et aux messes qui ont été dites aux Pères de l'Oratoire, rue Saint-Honoré. J'ai vu par là que j'avois beaucoup d'amis, et que ma profession étoit bien glorieuse. C'est tout ce qui peut rester à un honnête homme et qui peut le consoler, dans les maux de cette vie.

Mercredi 1". — Le marquis de Béringhen fils, premier écuyer depuis la mort de son père, est mort, blasé, après avoir passé sa vie à boire du vin, de l'eau -de- vie, des liqueurs; il s'est tué fort jeune. Le prince Charles, pendant sa maladie, a vu le duc d'Orléans, qui lui a promis de ne point donner sa charge qu'après avoir réglé le différend qui existe entre le grand écuyer et le premier, et lui a frappé dans la main, pour lui en donner la parole. Ce jeune marquis, homme de peu de mérite, ne laisse qu'une fille.

Tout le monde demande cette charge : le duc deBiron, le duc de Saint-Simon, le chevalier de Béringhen, et plusieurs autres. On a donné avis au prince Charles d'en demander la réunion à la sienne. Cette place, qu'on regarde comme celle du favori, est fort estimée.

M. le Duc se déclare beaucoup poui* le martpiis de

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Nangis, qui est ami du prince Charles, et avec qui il n'y aura point île déniùlé.

Jrmii, 2 décembre. — Mdim du duc d'Orléans. — Ce jour, il est arrive un événement hien surprenant. Le duc d'Orléans est tombé en apoplexie, sur les sept heures du soir, et est mort, à sept heures et demie, sans proférer aucune parole. 11 étoit i\ Versailles, et n'étoit point venu A Paris, comme à son ordinaire, le jeudi. Son fils, le duc de Chartres, étoit à Paris, à TOpéra, où il ne pcnsoit pas à ce que la mort lui préparoit. M. le Duc n'a pas manqué son coup; il a tiré sur le temps, comme ils disent i\ la cour; il a appris la nouvelle au Koi , lui a demandé la place de premier ministre que le Koi lui a accordée, et sur-le-champ il en a fait expédier le brevet par M. de la Vrillère, et en a fait le serment entre les mains du Uoi. Le duc de Chartres n'est arrivé qu'à onze heures du soir à Versailles ; il a trouvé son père mort, et sa place prise. La duchesse d'Orléans, sa mère, n'a pas voulu (ju'on l'avertit d'abord, croyant que ce ne seroit rien, et elle n'a pas voulu suivre l'avis de ceux qui lui ont conseillé de s'aller jeter aux pieds du lîoi, et de demander de susj>en(lre jusqu'au retour de son lils. Ainsi, voilà ce grand duc d'Orléans, ce Régent si célèbre, ce prince qui vouloit être roi, le voilà mort en un moment, et Dieu a renversé tous ses dessein*"

Quand il est tombé malade, il étoit avec M""deFallari, stiu ancienne maltresse. Klle a crié, appelé; à pein<' a-t-on pu trouver un chirur::ien pour le saigner. Il a été saigné. On dit que M*"" de Sabran a dit insolemment : « Il "<' l'iut pas le saigner, il sort de dessus sa gueuse. »

Vendredi 3. — Vii.lars. — On a tenu un conseil d'Ktat. I^ maréchal de Villars a été nommé pour entrer à tous les couseils ; il a pris place. 11 a demandé le gouvcrnemcnl des forts et châteaux de Marseille, vacant par la mort de M. de IW;ringhen ; il lui a été accordé, etil a remis le» ap|»ointcments de Fribourg, qui lui avoient été ré-

DÉCRMBRE 1723. 51

serves lorsqu'il a été rendu à TEmpereur. Ce général est fort content, et marche la tète encore plus haute qu'il ne faisoit.

Le président de Novion a été nommé pour être Premier Président, mais à condition qu'il remettroit sa charge de président à mortier, pour en disposer à la volonté du Roi.

Nangis. — Le marquis de Nangis a continué de demander sa charge de premier écuyer, et a cru que M. le Duc, qui l'honore de son amitié, la lui feroit avoir bientôt. iM. le Duc a dit : « J'étois hier le duc de Bourbon, et sol- « licitois pour mes amis; aujourd'hui, je suis premier « ministre ; je dois nommer au Uoi tous les prétendants. » Il a répondu la même chose à ceux qui lui en ont parlé, et à M""' la Duchesse sa mère, elle-même.

Le prince Charles. — Le prince Charles m'a dit que le Roi avoit chassé ce jour, pendant quatre heures, qu'étant à côté de lui , Ca/r«ere, écuyer de la petite écurie, lui avoit dit : (( Nous vous serons bien obligés de nous donner M. de Nangis pour premier écuyer. » Le prince a dit : « Ce n'est pas moi qui le doime ; mais si le Roi veut le nommer, il ne peut pas prendre un plus honnête homme, et il seroit à souhaiter que le Roi fût toujours entouré de semblaldes olïiciers. » Calvière s'en est allé; le Roi avoit entendu tout cela. Le prince lui ayant demandé : « Mon maître, n'ai-je pas bien répondu? — « Oui, a dit le Roi, il faut avoir bien de la vertu et de la force pour parler ainsWi son Roi. » Le prince lui ayant dit : a Mon maître, puis-je vous faire une question? V. M. a-t-elle quelque bonté pour moi? — Oui, a-t-il dit encore. » Cette chasse s'est passée très-bien, et sans douleur, de la part du Roi, de la mort de son oncle, dont il a été peu affligé.

— On a ouvert le corps du duc d'Orléans. 11 s'est trouvé les parties nobles fort saines, maisavec une grande quantité desangregonflée ; c'est un catarrhe suffoqua nt(] ni Ta tué. Il avoit des pustules extérieures à une cuisse , à la

S5 MKMOIKKS OK MATHIKU MARAIS.

i:orire el î\ la trto.ciui lu' disoiciil licii de Ijoii. U nuV'hoit ilu tabac tlepuis pou, et se faisoii vomir avec effort. On l'a transjwrté A Saint-Cloiul.

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