CHAPITRE
Comme quoi l'ange Gabriel s'apparut à la Reine et lui dit en langue célestine ces propres mots :
Dieu te parle; obéis : clia<i.so craii[)rès de toi Les morislres déj^nisésqui te caciient la loi, Le riiitiislie féroce, avare, sanguinaire.
Sauve ton Etal el ton Roi,
Et Dieu recevra la prière.
A tant disparut l'ange Gabriel, et cy fine Phistorien à parler de la reine Marie, tant seulement est écrit à la fin du chapitre :
« Qui encore est au monde ^ peut aussi bien empirer quamender. » Décembre 17 2.').
JOrUNAL
DKPriS LE IV AOCT JUSQU'aI 13 OCTORRK 1727
IV août 1727. — \a\ reine est accouchée de deux princesses jumellos sur les onzes heures du matin. Peyrac, accoucheur, après en avoir tiré une, dit : « Il y en a encore un, » voulant dire un enfant ; mais on vit hientôtque cVtoit une autre fdle. Cela ne vaut pas un dauphin.
La reine Catherine de xMédicis accoucha ainsi de dcuv lilles, le 25 juin lôôG; mais elle avoit eu plusieurs princes auparavant, dont trois ont été rois de France. p:iles vécurent peu : Tune mourut sni-le-champ; Tautre , le 1 1 août suivant.
L«î l*ont-Neuf a fail un pont-neuf sur cette donhl»' naissance : il faudra deux honnets; il faudra deux hochets; il faudra deux ma»is, et l'année (pii vient deux clau[)hins. Le Uoi est assez content, et a dit à la Heine qu'elle aurait un dauphin dans un an. Il montre ses filles à tout le monde et dit à Dudart, son premier médecin : « Ilscroyoienl que je n'en pouvois pas faire, d'enfants, et j'en ai fait deux d'un coup. » On appelle Tune Madame; l'autre, la .seconde Madame.
La veille, M. le chancelier d'Aguesseau, exilé à Fn'sne depuis le 17 février 1722, est revenu à Paris. Il avoil eu un ordn- du Koi , trois jours au[)aravant, |)orlé par M. d'Ormesson, son heau-frère. Il le dcvoit tenir siicret ♦•I l'a lenu, et est ariivé lorsr|u'on n'y pensoit plus. Il a paru le IV, à la Cour, pour saluer Ir Koi. Le (;arde des ^eaiix, M. d'.\rmenonvill«', .juiTa vu, rt (jui avoit promis «If les remeflK* quarul il reviendroit , renvoya les sceaux
sur les dix heures du soir, au Hoi, avec une belle lettre, pour engager Sa Majesté à les rendre à M. d'Aguesseau ; le tout étoit porté par M. le comte de Morville, son lils. Le cardinal de Fleury lui dit : « Vous êtes un tils bien obéissant.» C'est qu'on n'auroit pointeu dessein de les lui demander, du moins si tôt. Le lendemain 15, le Garde des sceaux partit pour se retirer à Madrid, dans le bois de Boulogne. Le Roi a gardé les sceaux trois jours, et les a remis à Bachelier, premier valet de chambre, à qui il dit : a Te voilà donc Garde des sceaux : il ne te manque plus qu'une robe. » A quoi il répondit : ;< Si Votre Majesté veut me les donner, j'en ferai faire une du plus beau drap qu'il y ait en Angleterre, et si elle veut me les ôter, j'en ferai faire une redingote. »
Pendant ces trois jours, il s'est fait beaucoup de mouvements et de caresses aux sceaux, pour les avoir chacun chez soi ; et à la fin, le Chancelier ne les a pas eus. Le 17 au soir, ils ont été donnés à M. Chauvelin, président à mortier, qui a beaucoup de mérite et beaucoup d'amis. Son brevet porte une survivance au Chancelier, si la charge devient vacante.
Il garde sa charge de président à mortier, comme lit M. de Montholon sous François I". Il demeura président et Garde des sceaux jusqu'à sa mort, et ne quitta l'un et l'autre qu'ensemble.
Les Chauvelin sont de Vendôme. 11 y a plusieurs avocats célèbres de ce nom sur la fin du seizième siècle.
Cristofle-Toussaint-François : ce François étoit à la réformation de la coutume de Paris en 1580, et étoit maire de l'abljaye Sainte-Geneviève. Il eut une fille qui épousa Michel le Tellier, conseiller à la cour des aides, qui fut père du chancelier le Tellier et grand-père du marquis de Louvois. Cette alliance a toujours été bien soutenue par M. Chauvelin, le père du Garde des sceaux, qui a été conseiller d'État, et a eu l'intendance de la Franche -Comté, après la première conquête, par la faveur de M. de Lou-
230 MKMOIHKS l)K MATllIKr MARAIS.
\Oïs qui raiinoil. 11 a eu tri)is enranls : l'aîné est mort avocat tréuéral, fort jeune, en 171V. Le second est le Garde des sceaux, cl une fille mariée au manjuis do lîissy, neveu du cardinal. La mère est Billard, lille de M. Germain-Bdlard. aussi célèbre avocat.
Ce second tils a toujours eu beaucoup d ambition. On le voulut marier à M"'" de Verlbamon,lille du Premier Président du (irand Conseil ; elle n'en voulut point, parce qu'il étoil allaché aux jésuites, et il lit dire par un père de l'Oratoire, qui négocioil le mariage, qu'il seroit un jour Chancelier. Il a presque prophétisé : on est tout ce qu'on veut être.
Le 18, on a été étonné de voir M. de Morville , fils de M. d'Armenonville, remettre aussi au Koi , de son i)on frré, sa place de minisire et secrétaire d'Ktat des alTaires étrangères, qui a encore été donnée sur-le-champ à M. Chauveliu. Ilabenù dabilur. Il a tout pris : il a la dépouille du père et du iils, et comme on parle de lui faire passer un cordon bleu, on dit qu'il est le Père , le Fils et le Saint-Esprit.
Les étrangers ont grand regret de M. de Morville. C'est un homme desprit, attentif, doux et fort instruit. Il a été ambà'^sadeur en Hollande; il a travaillé aux traités d'alliance, et il se retire aussi à iMadrid avec M. son père, qui n'a point donné sa démission de sa charge de (iarde des sceaux, et qui jouit toujours des appointements de 12,000 écus; mais les sceaux lui manquent, et sa charge n'est plus qu'un vain titre.
M. Chauvelin sait les matières publiques. M. de Harlay, fils du Premier Président, lui a lait une belle donation de tous les manuscrits amassés par les de Harlay et par les de Thou pendant deux siècles. C'étoit un trésor qu'il «1 bien étudié, dont il a fait lui-même les tables, et (pii lui a ai»pris bien des choses. Il a été conseiller au Crand- (x)Tiscï\, avocat général après la mort <le son frère, maître des requêtes ; et en cette qualité, il rapporta, devant le feu
Roi la grande affaire de la succession des jésuites, où il conclut contre eux; puis président à mortier, et le voilà Garde des sceaux, ministre et secrétaire d'État.
On dit que M. de Morville n'étoit pas au gré du cardinal, qui a découvert de certaines lettres qu'il auroit écrites à Rome, du temps de M. le Duc, pour éloigner son chapeau, et que le roi d'Espagne a été fâché contre lui de ce qu'il avoit signé l'ordre pour le renvoi de l'Infante, lui à qui la cour d'Espagne avoit donné la Toison. Il se retire, âgé de quarante ans au plus. Il avoit, le matin , donné son audience aux ministres étrangers, et présenté au Roi son fils, sorti du collège depuis deux jours. Ce fils entre dans le service, et le Roi lui a promis le premier régiment vacant.
Le lundi 18, iM. le Chancelier ayant voulu tenir le conseil privé, il ne s'est trouvé aucun procès ni la moindre requête à rapporter. La séance s'est levée sans rien faire. Cela a passé pour mauvais augure.
Le mardi 19, au conseil des finances , le Garde des sceaux a voulu prendre place avant le maréchal duc de Villars, qui a dit que les ducs et officiers de la couronne ne cédoient qu'au Chancelier seul. Le cardinal a dit qu'il étoit vice-chancelier et que l'intention du Roi étoit qu'il en eût les honneurs ; sur quoi, il a pris rang avant le maréchal, et l'aura partout avant les ducs.
Le Chancelier souffre impatiemment cettedouble charge et la survivance, mais on dit qu'il est revenu sous cette condition, et il auroit tort de s'en plaindre. M. Chauvelin n'est point du tout de ses amis et c'est une haine ancienne. Il y a déjà dispute sur les arrêts, que le Garde des sceaux veut signer lorsqu'il les faut sceller. Le Chancelier prétend au contraire. Le Roi jugera cela au premier jour. Il y a bien des choses curieuses sur les chanceliers et les Gardes des sceaux dans le livre du P. Labbé de i Alliance chronolofjique, imprimé en 1651 , à Paris, en 2 volumes in-i°, au IlMome, où on trouve imprimé un manuscrit de M. Dupuy et un recueil exact, qu'il avoit fait pour M. de
232 MKMOIKKS DK MAlllIKI' MAKAIS.
I.oménie sur celte matière. Cela est tiré des rei;istres du Parlement, pour la plupart, et on voit lesdilïérentesclauses des lettres : la présidence aux parlements , les successions au chancelier, et comment le Parlement a traité ces clauses.
Le Cardinal est le mailre de tout. M. de Plélo, gendre de M. de la Vrilliére, a voit traité de son régiment avec M. de Méziéres, au consentement de M. le Blanc et de MM. de Maurepas et de Saint-l*'lorentin, secrétairesd'État. Quand on en a parlé au Cardinal, il a dit ([ue le Roi avoit donnéle régiment à M. de Nicolaï le fils, pour la taxe, et il a fallu en passer parla.
(Ce Nicolaï, après la mort de son frère aine, qui étoit conseiller au Parlement, et avoit lasurvivance de premier président de la chambre des comptes , est revenu à la rohe; il est conseiller et a la survivance.)
Le Parlement n'est pas hien aise de voir M. Chauvelin en si haut ranir, et em[)urter les récompenses dues X [)lusieurs. M. l*elleticr, voyant le retard des sceaux, a dit : a Si on ne les donne pas à M. le Chancelier, celui qui les prendra sera un lrii)on. »> Il ne devoit pas lâcher cette parole, qui sera retenue et vengée.
25 août. — Jour dk Saint-Louis. — ^\. Amelot de Chaillou, intendant des finances, a été reçu à l'Académie franroise. Il a fait une harangue courte, et il a hien fait, car il est de la famille des Balbus, et si elle eiU été plus longue, il eût i)eut-ètre bégayé. Le prix de vers a été donné au bailli de (Jisors, pour sa Muse normande, et celui de prose, à un M. de Farci, commis de bureau de la guerre, qui a fait cette pièce par fidéi-commis. 11 a prèle son nom pour faire valoir le nouveau style; cela cH tout néologique ; il s'est servi des termes de moniteur el ^Vi1lrow]^lalsf^n^ , et TAcadémie, en examinant la pièce, Nouloil y mettre une modification .sans approuver, comme on fail nu Palai*-; mais les modernes se sont soulevés et le inauvdis gortl a prévalu.
AOLT 17'27. m
Lauiiay, directeur de lu Monnuie des médailles, est mort subitement. Il laisse des millions à ses deu\ filles, l'une mariée au lils de de Coste, intendant des bâtiments, qui est un petit brutal ; Fautre à Bachelier, premier valet de chambre du Roi , qui est un fort galant homme. Il avoit plus de quatre-vingts ans. Il a été orfèvre du Roi, gendie de Ballin, et avoit fait ces belles pièces d'orfèvrerie qui étoient dans la galerie de Versailles, et qui ont été fondues dans un temps de nécessité. Il a fait un cabinet des médailles des rois et surtout de celles de Louis XIV, qui est merveilleusement disposé, et le Roi en avoit fait une charge de directeur de la Monnoie des médailles, qui passe à de Coste, son gendre, sujet indigne et ignorant.
28. — Mort de la comtesse de Jonzac, âgée de trentequalre ans, femme très-jolie, de beaucoup d'esprit, et qui sera bien regrettée , fille de Hénault, fermier général, hommeriche,etsœur du président Hénault, de l'Académie francoise. Silva, médecin de Montpellier, n'a rien connu à son mal, qu'il a traité pour vapeurs, et c'étoit un coup de sang dans la tête et une maladie maligne.
Le Roi, qui, d'abord, alloit voir ses filles tous les jours, a cessé de les voir. Il part pour Fontainebleau le 9 septembre, et reviendra voir la Reine à Versailles.
Les chan£:ements de ministère ont fait resserrer l'argent. On parle de changer encore M. le Blanc et xM. Desfort ; mais on auroitde la peine à trouver mieux.
On a donné deux hoquetons au Chancelier, pour le consoler de ce qu'il n'a pas les sceaux. Il a aussi un lieutenant de la prévôté de l'Hôtel, mais le Garde des sceaux a l'ancien lieutenant et aussi les deux hoquetons ordinaires.
La jeune reink d'Espagne. — Le roi d'Espagne n'a pas encore signé les préliminaires de la paix, arrêtés le jour de la Pentecôte à Paris. Il continue le siège de Gibraltar, et on ne lui rend pas les galions. Il a écrit une lettre ferme à la jeune reine d'Espagne, veuve, qui est en
ru MIMOinKS DR MATIllKU MAIWIS.
France. Elle s'éloit déi'ailedu prince de IU)l)oc, son inajorilome-major ; il veut (jirelle le reprenne et qu'elle chasse le duc de Nevers et la duchesse deSforze, qui s'étoient emparés d'elle et de sa maison. Il rappelle la princesse deBeruhe, (pi'on avoit renvoyée ; il change le confesseur, et le cardinal a fait entendre AS. A. H. M"' d'Orléans, sa mère, «jue le Uoi vouloit (jue le roi d'Espagne fiU obéi et qu'il ne donneroit les i>00,000 livres que la France donne à cette reine, qu'elle loge au Luxembourg, qu'au prince de Robec. Cette jeune reine n'entend que sa mère, qui la gouverne mal. Klle courtcoinme une folle dans le jardin du Luxembourg, lave ses habits dans les bassins, et est bien loin du rang qu'elle anroit en Espagne, où elle a perdu un jeune roi qu'elle n'aimoit guère.
Race du duc d'Orléans qui ne vaut pas grand'chose !
L'Opéra, la comédie, la Foire, les danseurs de corde, donnent gratis, pour Taccouchement de la Reine. On a vu, à la Foire, un homme en équilibre sur la lète, sur la pointe d'un œuf, et autres choses surprenantes. Il s'est instruit à cela par science et a bien gagîié. C'est le neveu du fameux .Mignard, peintre.
19. Mort du duc de Rohan-Chabot, âgé plus de soixanteq\rmze ans. Il laisse des biens immenses à son fils, le prince de Léon, qui les attend dc[)uis longtemps, et qui ne pleurera pas son père, dont il aura 'i^0,000 écus de rente et plus. La princesse de Léon, sa Icmme, devient duchesse. Elle est Roquelaure et aura de grands biens aussi de ce côlé-lâ, qui n'est pas moins avare que l'autre. Le prince de Léon ne veut pas changer de nom, et prendre celui de duc de Rohan, mais il sera bien aise d'en avoir les honneurs au Parlement, et sa femme, au Louvre, ou elle sera assise.
Le Garde des sceaux, ministre en même temps des affaires étrafigères, a de la peine .1 accord<îr ces deux titres, car, comme darde des sceaux, il ne visite point, cl comme ministre, il doit visiter les ambassadeurs qui l'ont été
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voir. D'un autre côté, s'il visite, les .inibassadenrs ne lui donneront pas la main, et comme Garde des sceaux, il la devroit avoir. Ceux qui lui ont donné tous ces honneurs trouveront bien moyen de les rendre compatibles et d'accommoder tout ce cérémonial.
31 août. — On a appris la mort de M""^ Royale, grande mère de la Heine, et mère du roi Stanislas. Elle est morte àChambord, très-àgée. La Cour prend le deuil pour quatre mois et demi. Le prince Charles, qui ordonne des carrosses de deuil, est venu les ordonner.
M. d'Agcesseau, avocat général. — Dans une cause de la Grande-Chambre, entre W"" la duchesse de Lauzun et M"*" de Biron , au sujet du domaine de la duchesse, il y avoit eu un délibéré. M""^ de Biron a donné une requête sur laquelle la cour a mis: Viennent. M. d'Aguesseau, avocat général, a dit, en plaidant, que cette requête devoit être rejetée et qu'on n'avoit pas dû répondre d'un Viennent. La cour a été étonnée que l'avocat général ait critiqué son ordonnance. On a été plusieurs fois aux opinions pour l'en reprendre publiquement. Mais, par Parrêt, la requête a été jointe au délibéré, et il a été arrêté que M. le premier président l'en reprendroit en particulier de la part de la Cour, ce qui a été fait dans la Grand-Chambre et sous la cheminée, à l'iâsue de l'audience. Nouveau dégoût pour le Chancelier, son père. Les avocats ont eu ordre d'accommoder cette affaire et ils l'ont fait.
Consultation. Senez(I). — Il a paru une consultation imprimée pour l'évêque de Senez, signée de vingt avocats, le i'^'^juillet 1727, par AF^Diiperray, doyen, Le Boy, (iuiot, de Chesne, Berruyer, Fortanis, Delavigne, Duhanîel, Denyau, Guérin de Kicheville, Prévôt, Guillet, de Blaru, Chevalier, Pothouin, Visiniers, Aubry, Julien de
(1) Spuez, petite vilU' dans les montagnes de Provence. Évécht' suffiaaant d'Embrnn.
236 MKMOIRKS DK MATIMKr M Ml VIS. \
I*ruiKiy, Cocliin, Norinaiul,cle Liverd) . Kilo a v[v ilomu^o sur laijiieslion de savoir commtMit ce prélat s(* doil «onliuiiv, en cascjue son Instructiou pastorale ou sa personne soient altacjuêes, ilevant (juchiue Iriliunal que ce puisse èlre. Il y a eu hruit d'un concile pnnincial, (pii doit tMie lenu eonlr»' lui, el il a été elïeclivcnienl ouvert le 15 août 1727, à Kmbrun. Cette consultation a deux parties : Tune (pu regarde la Constitution, que l'on ne peut \)iis dire acceptée ni même devoir l'être, suivant la déclaralion de 17*20 qui, dans ses modifications, réserve le droit des appels au concile. L'autre est au sujet du Formulaire que l'évéque de Senez a signé, suivant la paix de Clément IX. L'histoire de cette paix est bien faite en abrégé par les avocats, et ils parlent de la médaille qui en fut frappée en 1668, et qui est dans VHisloIre des médailles du Koi. Ils sont d'avis que révêijue deSt'nez doit persister dans son appel au concile et dans l'appel comme d'abus, interjeté en 1720 au Parlement, séant lors à Pontoise, et (ju'il doit récuser tous les évêquescom provinciaux comme incompétents el pour les causes qu'il déduira, et i)rotester de nullité. Voyez, sur celte matière, le livre de Cerbois De Causis majorihuHj ciN* |>ar les avocats, où on trouve, p. 351 el 36.>, les lettres de 19 évêques, écrites en 1668 au Pape et au Koi. Voyez aussi le Fantôme du Jansénisme par •M. .Xrnaud, page 251, où il rapporte la lettre du Koi aux quatre évêcpies et traite cett(î matière avec force el netlelé, la Défense des Théologiens, im[)rimée en HOV contre l'ordonnance de l'évéque de Chartres, page 286, — V Histoire île la paix de Clément /A', par M. Varet, et ce qui en esl écrit au long dans le 2' tome des grands llexaple», où il y a des lettres curieuses sur le Formulaire; V Histoire de rfùjlise ^ en abrégé , 1712, — V tome, par M. hiipuy.
J ai parlé, dans mon Journal de 1720, de ce (jui se [)assa à Ponloisf, de la refjuète que .M. de Sen<*/ y donna, et j'y ai fait des réflexions toutes semblables ù celles de cette
consultation, qui est bien courageuse clans l'ordre des avocats, vu le parti pris à la cour de faire tenir ce concile et d'y déposer l'évèque de Senez. Il y a deux lettres de cachet aux parlements d'Aixet de Grenoble, qui leur défendent de recevoir l'appel comme d'abus de cet évéque, mais le parlement de Paris l'a déjà reçu en 1720; du moins, il y a été porté. Il faut tout dire : la consultation est mal dressée, et est plus dans le genre démonstratif que dans le genre délibératif, plutôt un plaidoyer qu'une délibération.
Concile. — Questions. — On a débité un imprimé intitulé : Q^^cstions diverses sur le concile indiqué pour la province d' Embrun. Cela est écrit d'un ton hardi et léger. Il y ade bons traits contre le métropolitain, connu sous le nom de l'abbé Tencin, que le Pape a sacré à Piome, et (jui fut condamné, comme simoniaque et confidentiaire, à perdre le prieuré de Marlou, qu'il avoit fait unir à l'abbaye-de Vezelai (1) et qu'il possédoitsous le nom de son frère. Il reçut aussi l'abjuration de Law en ce tempslà (1721); il a une sœur religieuse, qui ne garde point de clôture, et qui a été mêlée dans l'affaire de la Fresnaye^ conseiller au (irand-Conseil , qui se tua chez elle. Les Questions ramènent ces points peu charitablement et disent que si Ton traite au concile la meilleure manière de convertir les hérétiques, on n'a pas beaucoup à espérer du concile sur cet article, si on en juge par la conduite qu'un des évèques de la province a tenue, il y a quelques années, à l'égard d'un fameux religionnaire, et par le peu de succès qu'a eue la prétendue conversion decet étrange
néophyte et sur la clôture des religieuses, il y est
dit : (( Pourquoi n'a-t-on pas eu le même zèle pour ren-
(l) Vezflai, abbaye célèljic, Mir la crnuj)e dime monlaf^ne, piis «le la |>«lile rivièr»' (le Cure au pays <le .Mor\aii, t)io< «•>«' d'Aiilun. I.o pape Kiiyône III > tint un ron< ih' <*u 11 T». LVjiiise , lr«'S ImII»', surpassait en loujiurur cvWv «le NoIre-Damc «le rari«..
:i3S MKMOiI\K^ OK MVIIIIKI M AIWIS.
voyor ilaiiN son couvoiit une pareille religieuse dont le st^jour à Paris a tant lait [iarler et la eour et la ville? »
Oïl examine savamment la deuxii'^me |C^mcs//oh, de
siivoir ceux qui composent le concile. Il faut douze évoques, cl suppléer le nombre qui manquera dans la province, el c'est î\ Tévùque accusé A les choisir, suivant la lettre du clergé écrite en lt)50à Innocent X. La troisième Question est sur le corps du délit. Ce n'est pas à cause du Formulaire que Tévèque de Senez ne veut pas signer purement et sim[>lement, car il siL;nc suivant la paix de Clément IX : ce ne sera pas la Constitution; il est appelant au concile et comme d'abus, et n'est point entré dans raccommodement de 1720. Ce n'est pas qu'il ait désobéi à la déclaration de 1720, qui détend d'écrire, car le cardinal de Bissy el l'évèque de Soissons ont écrit, et il a bien fallu répondre, et il vaut mieux obéir à Dieu (pi'aux hommes. Ce sera peut-être à cause d'une ordination qu'il a faite d'un évoque d'Ulrecht, mais elle est dans les régies, y ayant eu un démissoiic du clia[)itre de l'église cathédrale, et de vacante, et les droits de celte église sont reconnus par une consullation de plus de cent docteurs, et par les canonistcset théologiens de Flandre.
Je dirai ici que l'affaire du Formulaire bien examinée n'est point nette; que h- l*a[)e Clément IX fut trompé, qu'il n'y a pas eu de bonne foi d'accepter purement el simplementy et dédire Icconlraire dans un procès-verbal; que si la paix a été accordée, c'est au\ (juatre évé(jues personnellement et non ;\ d'autres; que ledit de 1(M)5 sulisistc toujours et que la bulle Vineam Domiui, acceptée par toute l'Église, a donné un état certain à cette affaire.
A l'égard de la Constitution, il lalloit s'en tenir li\ et ne point écrire, puisque la déclaration de 1720 le d<'*fend. Il y a un arr»*-t du 31 décembre 1720, «jui (1< (lu»' Mm le droit du roi comme prolecteur d<' la leligion, j>our emdécher le schisme.
M. de Senez, tout grand homme qu'il est, paroit trop passionné dans sa dernière Instruction, qui lui a attiré le concile. Si d'autres évéques ont écrit, ils n'ont pas mieuxfait et cela ne le justifie pas, Pour ce qui regarde l'ordination , c'est encore un fait très-délicat, quoique le droit du chapitre soit bon, et dont, outre la consultation , on voit la défense dans une lettre posthume du P. Quesneî.
La quatrième Question est sur les récusations ou du concile entier ou de ses membres, et là^ estfort bien traité le droit du jugement des évèques, suivant le concile de Sardique, et nos usages, pour exclure les commissaires du Pape, qui ne peut connaître qu'en seconde instance et sur la révision. Ce Mémoire finit par de belles citations de la vie de saint Athanase et de saint Chrysostome , où il y a des faits pareils à celui dont il s'agit.
Après tout, Tévèque pourra être interdit et condamné comme rebelle et désobéissant aux ordres du Roi, et pour plusieurs écrits séditieux et attentatoires à l'autorité royale, ayant toujours répondu aux arrêts et critiqué leurs motifs.
Le 11 août 1727, Févêque de Senez a fait signifier, avant l'assemblée du concile, un acte déposé par Jacques Fantin, notaire royal, par lequel il déclare qu'il ne veut assister au concile que pour y délibérer canoniquement et avec pleine liberté, sur ce qui est de la com[)étence du concile, et (ju'en cas qu'on entreprenne d'y procéder contre sa personne et ses écrits, il le récuse pour juge, par son incompétence notoire, eu égard à la qualité des matières, à la qualité des parties qui y sont intéressées, et à l'appel au concile général, sauf d'autres causes de récusation; et adhérant à son appel de 1717, renouvelé en 1719 et 17*20, et à l'appel comme d'abus interjeté en 1720 , au Parlement à Pontoise , il déclare qu'il appelle au futur concile général, et comme d'abus au parlement de Paris, de tout ce qui pourra être fait, contre sa personne et ses écrits, dans le concile provincial d'Embrun, convoqué et
IMO MKMOIIUS l)K MATHIIU MARAIS.
iiuliijiu' pour le IGaoùl; protestant do luiUili'de tout ce ipii sera fait au contraire.
L'acte sii;nilié t\ rarchev(\]ue d'Kinbnin pour lui et les autres évùques.
Le concile a été ouvert le Ki : M. de Senez y est venu. La récusation proposée du concile entier a été rejetée comuieirrépulicrc, et les récusations particulières contre le métropolitain, fondées surTarrét de la conlidence, ont aussi été rejetées. On en est ;\ présent à nommer des évéques pour remplir le UDmhre de douze. Il les (aut faire venir des provinces voisines. L'évéque accusé les devroit nommer, maison ne lui laissera pas ce choix.
Jeudi y V septembre l'a '21. — Leslettres-patcntes, en forme d'édit, de création de la charge de garde des sceaux en faveur de M. (^hauvelin, ont été rapportées en la (irande- Chamhre. U a fallu une création nouvelle, parce cpie M. d'Armenonville n'a pas voulu donner sa démission, el que, m«'-me, le Parlement ne Teùt pas connue, ses provisions n'ayant été enregistrées que par autorité au lit (h* justice de 1723. On a examiné la clause de succession à la charge de chancelier, (pii n'.a point paru nouvelle, el M. le Premier Président en a rapporté heaucoup d'exemples. FLnsuite, on a député .MM. Mcnguy et Hoyer pour communiquer ces lettres à M. le Chancelier, suivant ufi ancien usiige qui est glorieux au ParleuK'nl.
{je Chancelier a fait un beau remerclment aux députés, et a cependant fait observer que ces députations se faisoient lorMju'on ùloit les sceaux au Chancelier pour les donnera un autre, mais (pi'ici, il n'avoit pas les sceaux, quanfl le Uoi les a donîU'S à .M. (>hauv( Im. Les députés, lui ont demandé son discours, (ju'il a donné par écrit, cl ï|ui a élé enregistré le lendemain avec les letlres en forme. On a un pareil discours de M. le Garde des sceaux du Vair, qui est excellent, prononcé en l(Jl(».
J'ai su que M. le cardinal de Henry a éi rit a M. dWvn)enon\ille pour avnir sa d/'mi^si'm. «tfjii'il i"a lejnsée, à
SEPTKMBRE 1727. 211
moins qu'il ne se trouvât point d'autre expédient pour donner la charge à M. Chauvelin. On en a trouvé un. La difficulté avec les ambassadeurs est accommodée : le Garde des sceaux leur donnera la main, les visitera-, et n'aura point la robe avec eux. Le partage des fonctions est fait avec iM. le Chancelier. Il l'a signé le premier, et ayant été apporté au Garde des sceaux , il l'a signé sans le lire et a dit ensuite à iM. de. iMau repas qui l'apportoit : (( A présent, relisez-moi les lois que m'a imposées M. le Chancelier. »
Le Garde des sceaux a dans son partage tout ce qui regarde la librairie et les censeurs de livres, les induits, les bureaux de la chancellerie. M. le Chancelier a le reste. La librairie va loin : le Garde des sceaux y a préposé un a])bé de Beaujeu, qui a été son précepteur, etqui est fort attaché aux jésuites; la liberté d'écrire sera plus gênée que jamais. La place de médecin de la chancellerie a été partagée, il y en a deux, qui auront chacun 1,000 livres. Falconet, médecin, avoit cependant prouvé qu'elle étoit au Chancelier seul, et le brevet cacheté du cachet du Chancelier.
Samedi j 6 septembre. — Les chambres se sont assemblées pour le procès de Bouret, Barème et du Vernay. Les confrontations étant finies, on a tiré Bouret et Barème*du secret, où ils étoient depuis plus d'un an, et mis au préau avec liberté de conférer avec parents et amis. IWris du Vernay ramené à la Bastille, ils seront jugés à la Saint- Martin.
1 septembre. — Arrêt du conseil d'État, qui supprime deux ouvrages intitulés : l'un. Dissertation sur la validité des ordinations des Anglois; l'autre, Défense de cette dissertation, imprimés à Bruxelles en 1723 et 172G. L'auteur est le père Courayer, religieux et bibliothécaire de Sainte- Geneviève, qui a fait ces hardies dissertations.
Le père Lequien, jacobin, a écrit contre le P. Hardouin , jésuite, qui a montré ([ue ces ordinations an^l<Vises T. iir. 16
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étoient nulles et selnsinati(|iies. L'arrêt u été précédé d'une censure de vingt évoques, (|ui y est rappelée, et qui ont trouvé plusieurs propositions respectivement fausses, téméraires, scandaleuses, injurieuses à l'Eglise et au sainl-siége, favorisant le schisme , l'hérésie, erronées, déjà condamnées par le concile de Trente, et hérétiques. Cet arrêt est un des premiers fruits du retour de M. le Chancelier. On y reconnoit son style noble et savant. H dit que dans les matières qui regardent la foi et la doctrine de l'Église, le jugement des évoques doit précéder Texercice de la puissance séculière, et servir de fondement aux lois et aux arrêts que S. M. fait publier, pour en affermir l'autorité par la crainte des peines temporelles. Voilà un bon principe. Voyez sur les livres condamnés le Journal des savatils 172i, p. 71 et 2V0. — Ceux de 1725, p. 1 18, 5V(J, GVO et ceux de 1726 , p. 327 et 430. On y trouve des extraits du livre du père Courayer, des lettres d'éclaircissement de lui et des criti(|ues et réponses. 11 est fâcheux, pour ce savant bibliothécaire et pour sa congrégation, qu il soit tombé dans de si grandes erreurs; aussi, soutenoit-il une matière periculos.v plcnam ulea', et s'étoit-il imaginé de ramènera nous l'Angleterre, qui en est plus loin que jamais pour la religion, dont elle ne fait pas grand cas.
Le cardinal de Noailles a donné un Mandement contre ces mêmes livres, et il l'a daté du IG août , parce qu'il a vu que la censure des évêques étoit datée du 22. Il n'eût pas été agréable pour lui que des évêques eussent donné une censure dans son diocèse contre un religieux , son diocésain, et c'est pourquoi il a voulu paroUre les avoir prévenus, ce qui est non .sans .soupçon d'antidaté ou de complaisance des évêques, qui ont jmstdaté leur censure, à la tête de laquelle est le cardinal de IJissy. Elle est faite à labbaye de Sainl-Ciermain, dans le palais abbatial, et est signée de vingt évoques. On l'a vue imprimée; elle est très-bien faite; elle contient 37 pro])o-
sitions, plus mauvaises l'une que l'autre, et qui méritent ])ien les qualifications respectives. On n'y a presque fait qu'opposer les canons et les décisions du concile de Trente, et on est effrayé de voir un calviniste dans un de nos prêtres et de nos savants religieux. Son couvent lui a ouvert les portes. Il est allé je ne sais où, et il a trèsbien fait. On adit, dans la Gazette de Hollande, que l'Université d'Oxford lui a donné le titre de docteur en théologie dans cette Université, avec lettres-patentes. Il iroit peut-être là se consoler de la censure. Le P. Hardouin vient de faire paroitre un nouveau livre contre lui. C'est Vellere harham morluo leoni. J'ai su que le P. le Quien ne fait pas grand cas de ce livre du jésuite.
Une dame de la Cour m'a dit que le cardinal de Fleury, qui ne hait pas les femmes, a été amoureux de M'"*^ de Contant, qui est très-belle, qui a beaucoup d'esprit, et qui est très-méchante; qu'il lui a fait présent de 20,000 livres; qu'elle commençoil à abuser de son crédit et vouloir tout mener à sa tête ; que le cardinal, averti du danger où il étoit, lui a fait dire de ne plus se trouver à la Cour, que dans ses semaines de service chez la Reine, et de ne point paroitre dans d'autres temps. La dame ne s'en tenoit pas au cardinal; elle avoit encore Pezay, colonel du Régiment du Roi, qui n'étoitpas fùché de voir sa maîtresse bien avec le ministre favori. Maison est étonné qu'elle ait des amants , son mari lui ayant donné un mal dont elle peut avoir été mal guérie. 11 est public qu'elle a passé par le grand remède, et peut-être son mari, qui l'a connue galante, ne l'a voulu donner à ses amants qu'avec ce présent-là.
10 septembre 17'27. — Le Roi est parti pour Fontainebleau. Il se divertissoit, deux jours après, à tirer avec un arc et des flèches, dans la galerie des Cerfs, à un chamois qui servoitde but. Il vient sur la porte de la galerie qui donne sur le jardin de Diane ; il voit le grand prévôt ( de Sourches) dans le jardin et dit : « ic m'ou vais bien