‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 25 sur 53 · CENTURIE · texte numérisé non relu

CENTURIE

« Les conjurés, quatorze d'une secte (14 évéqucs). Par le Rousseau Senez les entreprises.

{Rousseau le cardinal.)

Centurie 6*^.

Par fureur feinte d'émotion divine Sera la femme du grand violée.

Juges voulant damner telle doctrine Victime au peuple ignorant immolée. '

2ÔÎ .Mr:MoiaKS dk mathiku m.aiwis

30 aeplembrc 17*27 [suite. — Le jui;LMntMil vsi du -20 sepleinhre, publié le 21, siguilié le -22. L\'V('n|uo de Senez a répondu parce passai^e : « Dco ciralias : honum cerlumeii cerUni, cursum consummavly [idem seriavi: in reliquo rejfosita est mihi roronajustilia', (imim inilii reddel Dominas in iila die, juslns judex. » Et il a aussi signifié un acte assez long, (pi'il a fait lui-inùnie, sans conseil, et qui contient le renouvcllcnient de son appel au futur concile. Le jugement porte suspense de toutes fonctions épiscopales et sacerdotales; V Im^lruction /K/sfora/e, condamnée comme téméraire, scandaleuse, injurieuse à TKglise, à l'État, aux évèques, scliismatique et favorisant rhérésie, et le Uoi supplié de faire exécuter le jugement. L'abbé de Falcon, nommé grand vicaire pour l'administration du diocèse , avec le tiers des revenus, et Tabbé Allarl, promoteur.

Co.NFLANS. — J'ai passé trois jours à Conflans-Sainte- Honorine, pri^'sPontoise, où on voit la jonction de la Seine et de l'Oise, qui est un des beaux spectacles de la nature. 11 y a un prieuré dédié à sainte Honorine, où sont ses reliques, et une grosse clialne de fer, qu'elle emporta en se délivrant d'esclavage. Cette cbalne, comme la ceinture de sainte Marguerite, sert à ceindre les femmes grosses, pour obtenir une heureuse délivrance. La Reine y a envoyé un corset et une chemise, et a fait dire une messe qui n'a coûté que (piinze livres. L'abbé Tambonncauest le prieur, et a bien plaidé pour ce bénf'^fice (jui est de 7 X 8,000 livresde rentes. On ydécouvroit, il y a un an, plusieurs tombeaux d'une pierre tn-s-blanche, avec deux lampes sépulcrales dans chacun qui étoient d'une terre rouge et lég«>re. Cela étoit curieux et a été dissipé.

M"' DK PRIK. — A mon retour, j'ai appris la mort de la célèbre M'"* de Prie, qui est morte en Normandie, A Courbespine, le 6 octobre, à l'Age de vingt-neuf ans , aprc^s une malidie violente et une agonie de quatn* jours. Klle a élé la plus grande cause de la disgrâce Je M. le Due, et

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a beaucoup amassé. Elle laisse une fille de dix à onze ans, qui avoit été accordée, à huit ans, au comte de la Feuillade , mais il a épousé M"" de Bezons, tille du maréchal, et un fils, qu'on a toujours dit être fils de M. le Duc. Fenmie aimable de sa figure, spirituelle, intrigante, avare et très-libertine. Pendant la Régence, on fit sur elle cette chanson, qui lui peut servir d'épitaphe.

La de Prie est la plus maigre Des [).... de notre temps; Elle a l'esprit par trop aigre Et trop de pertes de sang.

Lundi, 13 octobre. — La Reine est partie pour Fontainebleau et a couché, en chemin , à Petit-Bourg. Elle est arrivée le mardi. Le roi Stanislas , son père , a été pendant quelque temps avec elle à Versailles. Peyrac a dit qu'il ne falloit point encore la laisser coucher avec le Roi , parce qu'ayant porté deux enfants , il s'est fait un grand relâchement par ce poids, qu'elle pouvoit avoir une fausse couche , et peut-être n'avoir plus d'enfants après, et ({u'il falloit attendre une plus grande consolidation. Cela n'a pas empêché son départ. Quelques-uns prétendent qu'elle travaille au retour de M. le Duc, et que la mort de M"'*^ de i*rie, prédestinée dans le plan de ce retour, n'y nuira pas.

Jugement du octobre contre Osmont, libraire, retiré en Hollande, chez qui il s'est trouvé des écrits qui s'imprimoient contre laConstitution. Il est condamné par contumace à être mis au carcan et à cinq ans de bannissement, suivant une déclaration du Roi de 1717. Il y a eu une comuiission en dernier ressort du lieutenant de police Hérault et du Chàtelet, pour le jugement. Son père, gros et riche libraire, fait publier un Mémoire pour expliquer la déclaration qui n'a servi de rien. On a aussi arrêté un imprimeur, qui avoit une impression à Senlis, et on lui a fait son procès. Si l'on s'y prend par les peines

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canoniques contre les évoques, et corporelles contre les imprimeurs, la cause sera bientôt linie.

Ou a fait une plaisanterie d'une lettre d'un soldat de la garnison d'Endjrunqui écrit à sa femme : «Nous sommes toujours à Embrun, à garder le concile de Trente. Je ne sais pas ce qu'on y fait. On dit qu'ils sont quinze diables qui veulent faire pendre un saint. »

Beaucoup de gens et jeunes gens meurent de la petite-vérole.

ir*" Rolland , mon amie, a quitté Paris et est allée demeurera Longchampsavec sa lille, dans un appartement qu'elle y a loué. Sa fille vient de réchapper de la petite vérole et elle-même, d'une maladie mortelle.

Le jugement du concile est venu à Paris, en latin. Il contient la condamnation de Vlnstructlon avec les qualiûcationsw tanquam sedilios^amy tcmerariam , scandalosam FrclesicV, episcopis, et auclorilali reyiœ iitjuriosam, schismu/iVcim, spiritu hcrrealév plenam , erroribus rcplctam et hxresix faventem. » L'évêque de Senez est suspendu de tous offices et juridiction épiscopaux, et de tout exercice d'ordre, tant épiscopal que sacerdotal, jusqu'à ce qu'il se soit rétracté. Tous ses officiers ecclésiastiques, privés de leurs fonctions; l'abbé Dyse de Falcon, grand vicaire, nommé par le concile, qui d'abord fera signer le Formulaire par ceux qui ne l'ont pas signé, et à l'avenir, par ceux qui seront promus aux ordres ou qui obtiendront des bénéfices. Il fera aussi arracher des registres de l'évêché V Instruction pastorale, si cela se peut; sinon, il la fera biffer, et fera en marge mention du concile et du jugement. M. Allart, promoteur. La Constitution, qui n'a point été publiée à Senez, y sera publiée incessamment; le tiers des fruits donné au vicaire général pour son administration, dont il rendra compte, tous les trois mois, au métropolitain , archevè(juc d'Embrun. I^ Roi sera Iréshurnblemenl supplié de confirmer le jugement par son autorité et d'<n procurer l'exécution. Il

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sera signifié à M. de Senez et publié à Senez et ailleurs. Il est du 20 septembre, et publié le 21, dans la quatrième session du concile. Il y a treize souscriptions : l'archevêque d'Embrun, les évéques de Gap, Bellay, Fréjus, Vence, Sisteron, Glandève, Autun, Viviers, Apt, Valence, Grenoble et Grasse. — L'évéque de Marseille s'est retiré.

Les avocats, consultés de nouveau sur les moyens d'abus, et entre autres sur les récusationsmal jugées parles juges eux-mêmes, se sont assemblés et croient qu'il y a beaucoup d'abus. On m'a proposé de signer cette nouvelle consultation. Je l'ai refusé , n'ayant point signé l'autre, et étant persuadé que M. de Senez a tort sur le Formulaire, et qu'il devoit ne point écrire et s'en tenir à son appel.

Les remontrances des curés de Paris ont été supprimées par un arrêt du conseil, du 1 1 octobre, dont les motifs sont forts et sentent la plume du chancelier. On reproche aux curés un esprit de révolte et d'indépendance, et l'arrêt a évité de fonder les motifs des acceptants par une discussion dangereuse et contraire à toute subordination ; qu'ils contestent au Roi le droit d'avoir pu faire une loi de l'État de ce qui étoit une loi de l'Église; qu'il blessent Tordre public en parlant au nom des curés, comme s'ils pouvoient faire un corps dans le royaume qui put faire des remontrances au Roi, et d'agir indépendamment de leur archevêque, dont ils ne blesseront pas moins l'autorité que celle du reste de l'Église, en s'unissant sans son aveu, etc. Les remontrances sont supprimées comme injurieuses à l'autorité de l'Église et contraires aux lois de l'État, il est défendu de les retenir, à peine de punition exemplaire, et il ordonne qu'il sera informé à la requête du procureur du Roi , du Chàtelet , par le lieutenant de police, contre les auteurs, imprimeurs et distributeurs pour être le procès fait en dernier ressort. Cet arrêt a paru quelques jours après la publication du concile. C'est un coup contre le cardinal de Noailles, qui y est

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