AVEC
LE PRÉSIDENT BOUIIIER DE 17:2i A 1737
(Extraits)
ANNEE n24.
Lettre r\
Du 5 septembre i7-2i.
Je ne suis point l'auteur de la Dissertation sui* la Légitime. C'étoit un de mes anciens confrères, qui est mort à présent, qui s'appeloit Jean^ et je m'appelle MalhieUy avec qui je ne veux point partager ni le bien ni le mal de sa réputation, et qui s'est avisé , dans une affaire d'adultère, de soutenir par un Mémoire exprès que riiomicide est incompatible avec l'adultère. C'est le titre du Mémoire. Il ne savoit pas : adultéra^ ergo venefica. Je n'étois ni son parent ni son allié. 11 a fait plusieurs jWemotres , mais dans un style sec, froid, plus recherché dans la doctrine que vraiment savant, et où il n'y avoit que peu de fleurs parmi beaucoup d'épines. Uuchpiefois il imprimoit son nom avec un y : Marays, et d'autres fois comme le mien. Les Dissertations sur la Légitime qui sont dans Ricard et dans Le lirun valent bien la sienne.
Votre idylle est à présent parfaite. Toutes les grâces du grec y sont, et je ne sais ((uel tour galant et plus que marolique, qu'il est bien difficile d'attraper dans notre langue, et que Bion mèmeavoueroit. Je vous remercie, Monsieur, du présent que vous m'avez fait de cette idylle. Car c'est un vrai présent.
Je n'ai point Tépltre en vers de l'abbé que M. de L. appelle le Grenadier Grécourl, et il n'est j)as mal nommé. T. u\. {T
260 CORT\ESrONDANCr IM^DITF.
Voici iino ('pii:raninio r(Milro M. ilo F<^nlonollo, que Ton ne cesse tle poursuivre.
Le pliénix de nos beaux esprits, Poelo, orateur, nstronoine, Va de r.lariee elir/. C.liloris IJrc sa pièee du Fantôme.
Or tout fantôme, ami leeteur.
Surprend et s'exhali' en l'umée; Ainsi va de la rcnonnuée Et des écrits de notre auteur.
Ola a i\ippoi'l;\ une pièce de théâtre intitulée : Le FantôînCy que l'on dit (pi'il xa lii'e chez ses amis et (pi'il ne veut point donner au théAtre. Il a tant fait dialoguer les morts (pi'il peut bien représenter des fantômes, mais la morale des Dialogues n'étoit pas bonne. Et il faut des mo'urs dans une comédie. Je suppose qu'il y en a, ne rayant point vue.
Je ne sais pas nsseyAc. jmcvpcviumy moi qui suis g-arron, pour savoir si les femmes sont empêchées par frrewr ou par \onv faute. MM. des requêtes du Palais, qui viennent d'ordonner la vériticalion du registre de cet accoucheur cbronologistc , journaliste et teneur de livres, le décideroient mieux. Ne faudroit il pas mettre : par caprice ?
Il vous mancpie. Monsieur, bien des ouvrages de La Fonlainr ; je pars jeudi matin pour Eontainebleau et pour la Bourgogne, et n'ai point le temps de faire ce triage d'imprimésct de mantiscrits. Jefeiaieela à mon retouret vous renverrai à l'adresse cpie vous voudrez bien me laisser. Aussi bien il faut donner la dernière main àrettc Préface, h; l'eiiqiorte avec moi à la campagne, pour la reniire phis diiMie du public et des soins (jue vous voudrez bien vous donner, il n'y a (jne vous dans le monde qui les puissiez prendre, et pardonn«*r «m's amusements, qui déplaisoient beaucoup aux Af/daslt's. Vous serez tonjours le maître, .Monsieiu", de nos occu[)a lions sérieuses
LKTTRK ir. 2GI
et gaies, et je vous prie de me permettre de vous les communiquer.
Je devois d'abord vous parler de voire RccueiMAli pour le procès contre la Chambre des comptes. Voilà une collection rare, savante, curieuse, critique, et tous les Parlements vous ont, Monsieur, une vraie obligation de l'avoir faite ; que nous serions heureux, si, sur toutes les matières, nous avions de pareils recueils. Mais où sont les magistrats qui ont ces vues et qui sont capables de les remplir? J'ai l'honneur d'être avec un attachement respectueux, et j'ose dire tendre.
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Marais.
Lettre II\
A Sévigny, près Tonnerre, le 24 septembre 1724.
Je commence par vous rendre grâces, Monsieur, de votre souvenir. On m'a envoyé de Paris le billet que vous m'avez fait l'honneur de m'écrireen partant pour la Bourgogne, avec lequel étoit joint votre second Mémoire, que je me ferai envoyer aussi. J'ai ici le premier que je lis avec attention, et j'admire toujours la force de notre langue dans son antiquité et une certaine précision dont elle est déchue : car peut-on mieuxs'exprimer que fait la Déclaration de ChixvlesWl de lV60(p. 3), où il estdit : a Que les rein gistres, comptes, et états de nos domaines et finances ont « accoutumé d'être gardés si secrètement au temps passé, « que quand nos prédécesseurs, rois de France, vouloient « les voir par aucune nécessité, nos dits prédécesseurs ou a les aucuns d'eux les alloient voir en la dite Chambre en « leur personne, pour obvier aux dommages et inconvé- (( nients qui se pouvoient ensuivre de la révélation et
•202 COI\rvKSI»OM>ANCK IM'.DITK.
i( porlation foraine d'iceux éfiils? » l)iroil-i>ii (jiio c'est là un la n ira go ilo près de IU)0 ans? On y apprend aussi le fait historique de la personnalité des Uois dans leurs Chambres des comptes; de sorte que cette pièce, inutile au procès, se trouve pourtant avoir son utilité, soit historique, soit grammaticale. Voilà, Monsieur, comme je m'occupe en Bourgogne avec votre ouvrage curieux. J'y suis venu après un voyage de Fontainebleau, où j'ai séjourné quehpies jours avec M. le prince Charles, (|ui m'y a procuré toutes sortes de plaisirs et d'honneurs, jus(ju';\ courir le cerf avec le Koi et fort à mon aise. Je vous dirai, comme une anecdote, que j'y ai mangé plusieurs fois avec le vicomte de Tavannes, dont la femme, quoique séparée de lui, ne laissoit pas que de manger publi(|uement avec le Koi, et d'être écrite dans la liste de celles qui dévoient avoir cet honneur. Ainsi, les cours n'entrent point dans les querelles des mariages.
Je suis ici en Bourgogne, dans un lieu appelé Sévigny, dont le seigneur (si cela peut se dire ainsi) est une jeuntî dame fort aimable, veuve depuis un an, et (jui a trois enfants les plus jolis du monde. Elle est de Paris, je l'ai connue fille; elle aime la lecture et le chant; elle lit et chante juste et a une voix très-touchante avec des grâces dans sa personne peu ordinaires. C'est une compagnie très-agréable pour moi. Son mari étoit d'une ancienne noblesse, et s'appeloit Saucière de Tenance; sa belle-mère est Fauvelet du Tocq, fille de celui (pii a fait VlliMoire des secrétaires d'Èlal. Si ellea jamais des affaires à votre parlement, Monsieur, je vous la recommande par avance, et elle vaut bien la peine d'être servie. J'ose même, dès à présent, vous faire une prière pour elle. Sa tcrrecontient un gros vignoble; lorsqu'on enlève des vins, il faut avoir un congé pardevant notaire, et ce congé doit être contrôlé; le contrôleur est à Noyers, à trois grandes lieues de là, c'est un embarras pour le vendeur et ^jur l'acheteur, et il peut arriver bien des inconvénients
LKTTRE IF. 263
dans cet éloignement ; elle voudroit avoir le contrôle à Sévigny, non pas le contrôle de tous les actes, mais le contrôle des congés, qui se poiirroit accorder au greffier du lieu , et dont il compteroit au contrôleur de Noyer.
On dit que cela dépend de M. de Marcenay, qui est à Dijon, et je me suis imaginé qu'il vous seroit facde, Monsieur, en lui disant un mot, d'accorder cette grâce à une belle dame, qui vous en prie par* moi. Le nom de M"^ de Tenance n'est pas inconnu à M. de Marcenay, et il ne lui refusera pas ni à vous une si petite chose qui sera d'une grande utilité pour elle.
Quand j'ai mis un correctif au mot de seigneur qui est une jeune dame, j'aurais pu m'en passer [)Our la langue, car on vient de nous donner un Yiwe des Hommes illustres du Za/j^ueJoc,etlepremierestIlelvia, mère de Cicéron, qu'on dit être néeà Albi. J'ai appris cela dans le Journal des Savants d'août, et l'on m'a aussi envoyé celui de septembre, où il y a une lettre de M. de Fontenelle, qui est bien fâché de ce que, dans le Carpentariana^ on attribue à M. Corneille, son oncle, lapièce intitulée VOccasionperdue et recouvrée. Je n'ai jamais vu cette pièce. Vous trouverez cette lettre assez mal écrite et pleine de fautes contre la construction. Voilà de quoi irriter encore les Calotins. Ces journaux m'ont aussi appris la nouvelle édition du poemede Voltaire, faite à Amsterdam, avec des additions et des poésies du même auteur. J'ai relu ici ce pocMne, dont la versilicalion me parait toujours merveilleuse, précise, et où il y a je ne sais (juoi de doux et de facile (|ui approche fort de la facilité de Virgile en latin ; or voilà de quoi couvrir bien des défauts et toutes ces inq^erfections que les critiques lui reprochent, car ils ne lui ôteront jamais cette harmonie (juil a donnée à notre langue, et c'est un grand honneur pour le poêle, qui, s'il n'est pas po(ite épique, est au moins un admirable versificateur. Je m'imagine que vous avez fait déjà venir le livre de T. iir. 17'
:G4 œRRESPONDAISCK INÉDITE.
la Science pratique lïe l'fmprimeriey qui doitt^trenn livre tivs-ourioux, s'il est hwu coinpos»'. Dans \c Dictionnaire du (ummcrce^ il y a, à rarticlo de V Imprimerie, bien des choses sur cet art, comuiesur touslesautres arts. Mais un traité singulier doit avoir épuisé la matière.
J'ai lu avec plaisir l'extrait du li\ re du père Laffitau des }ÎŒursdes Sauvayes américains, comparées aux mœurs des premiers temps ^ où l'on prétend (in'll prouve que les sauvages reconnaissent un être supérieur, elqu'il consacre par là un léinoignagede rc.vislence de Dieu, lequel consiste dans Taccord unanime de tous les peuples à reconnaître un Ktre supérieur et à lui rendre un culte. \\a\\e i iVdUssdContinuation dvs Pensées sur Icscométes jixiïré avantage de Tatliéisme des sauvages, qu'il atrouvédans les Helalions des voyageurs, et, s'ilétoit au monde, le P. l^iflitau trouveroil .1 tpii parler^; car de cet athéisme il ne concluoit pas(|uc la religion est Touvrage de la prudence humaine et l'artitice des législateurs (comme dit le Journal, «jui, }\ la vérité, ne nomme i);isBayle) ; mais il conclpoit que l'idolAtrie est pire que Tathéisme ; je lui ai autrefois écrit une lettre sur ce sujet, (pie je vous ai promise etcjue je vous enverrai cpiaud je serai A Paris.
On m'a «-nvové un couplet de chanson sur le duc de La Feuillnde; ce couplet s'est égaré et j'ai oublié un vers. C'est la duchcs.se de Villars (jui parle.
Sur l'air de Madjot In ravaudeuse.
Mdii paiivrr La IViiill^uU*,
Crois-moi, (juillons l'fL'ill.idr, h'U' le (lis fioiir loi, Car lu (lt'Ni«Mis trop fade De recevoir la loi Du borgne et de moi.
O» fragment peut se remplir sans beaucoup de jieine. Jf: finis sans cérémonie, puiscpie vous le voulez, Monsieur,
LETTRK IIP. 26.>
et je ne puis trop vous assurer de mon tendre et respectueux attachement; cela veut dire une vraie et fidèle ami lié.
Si vous voulez me faire Thonneur d'une réponse, c'est : A M. 3farais, chez madame la marquise de Tenance, à 5évigny, par Tonnerre.
Lettre Iir.
A Sévigny, ce 26 septembre \llh.
Madame de Tenance vouloit avoir l'honneur de vous écrire, Monsieur, depuis qu'elle a vu le petit conte de la Garde trompée, et a dit : u Je veux envoyer le mien à M. le président Bouhier, et je crois qu'il ne le trouvera pas mauvais. »
C'est donc par son ordre que je vous envoie une petite badinerie que j'ai faite pour elle avant son mariage. Elle est la Caliste du conte, et le berger est à présent M. l'intendant de la Rochelle. Vous trouverez le style moins marotique, et plus approchant de la naïveté galante que vous aimez. Mais comme vous savez, Monsieur, il faut juger de ces choses selon le temps et le lieu ; il y a dans Voiture des traits bons pour son temps, où nous n'entendons plus rien, ce qui ne nous touche f,'uère. Quel que soit le petit conte, recevez-le des mains d'une belle dame , qui a du goût pour ce qui est bon et fin, et qui ressemble toujours à Caliste.
Je ne. suis ici que son secrétaire; elle a écrit de sa main le conte de Perrelte, qu'elle trouve charmant. Vous ne lui refuseriez pas, Monsieur, quelque petit conte ou quelque galanterie de votre façon. Je vous embrasse, Monsieur, de tout mon cœur.
566 COI\KKSPO-NDA>CK I.M:i)rn
Lettre /P.
A Sëvigny, ce 24 octobre 1724.
Il y a longtemps. Monsieur, que je n'ai eu un si grand plaisir (jue celui de recevoir votre lettre, accompagnée de toutes vos bontés, de vos grAces, du Voyage de Vichy , et de riionneur (jue me veut bien faire S. Ém. M""^ le Nonce, dont les talents et le mérite me sont connus depuis longtemps. En lisantce Voyage, qui est un vrai poOme, je me suis cru transporté non-seulement dans les lieux que vous décrivez, mais sur le Parnasse même, tant cette description est poétique et pleine de grandes fictions. Il n'appartient qu'à vous. Monsieur, de faire des mariages des fleuves et des rivières, de mettre de l'amour dans les lieux les plus froids, et de faire guérir par le vin de Hourgognejles maux qu'on prend à Vichy et qu'on n'y laisse pas; cet amour de 1 1 i)alrie est tout à fait bien placé, et je ne saiss'il y a quelque sympathie dans nos esprits, mais en lisant je désirois trouver tout ce que j'ai trouvé, et c'est une jouissance de l'esprit (pii a une vulu[)té })articulière.
Je joins à ma lettre une feuille où vous trouverez un })revet de la Calotte très-hardi contre un ministre qui pourroit bifu faire casser le régiment, et l'épitaphe de Dufresny, qui est de notre poCle de Chartres, dont la fonction est de guetter tous les mariages et tous les enterrements et de les faire célébrer i)ar sa muse. Dufresny donc, Aon inepitaphiatus ahibit , comme disent les élèves, étoit un original en sa façon; il avoit encore le talent d'une certaine peinture ou estampe de rapport où il excelloil. Je sais qu'un jour notre por-te se morpiant de son tic, Dufresny lui dit qu'il aimoit mieux avoir un tic dans le visage, ({ue d'fn avoir un comme lui dans l'esprit, be po/Hc Ta attendu à sa mort, pour se venger par son épitaphe. Vous aurez encore le couplet de chanson entier, une épi-
gramme cl'Arouet, qu'il fit siu*-le- champ dans un repas, et les vers que j'ai remarqués, ajoutés dans le 8^ chant de l'édition dernière. Je n'avois pas vu l'ode qu'il a faite pour le prix de l'Académie ; il y a ajouté un petit prélude satirique, qui ne lui fera pas de bien dans ce corps. Je connaissois presque toutes les autres pièces, où il y en a de fort jolies, et d'autres dont il auroit du retrancher des impiétés assez fortes. C'est à M^'" de Monbrun, femme du marquis de Saint-Auban, qu'est adressée la pièce de la page 169: àM^^ de M. ElleestsœurdeiM''''de Villefranche. Dans le vers de cette pièce où il y a
Je cliantois la Uiiclos, ua autre en fat aimé.
11 v avoit :
D'Usez eu fut aimé.
La note de la page 167 sur l'éloge de i>F le duc d'Orléans: al auteur écrivit celte épilre avant le Système)^ mérite bien d'être remarquée, et d'être mise avec la vignette de la dernière édition de Bayle.
Je sais bien à présent ce que c'est que l'Occasion perdue et recouvrée : je l'ai toujours crue de Corneille, et si quelque jour un neveu de Fontenelle alloit dire qu'il n'est pas l'auteur de la Relation de Bornéo, je viens vous o])liger de le croire.
Je ne manquerai pas de vous envoyer l'original de la lettre même écrite à Bayle, car il m'est revenu; j'ai beaucoup égaré de celles qu'il m'a écrites; on en a imprimé
10 ou 12 dans la 1'*^ édition de ses Lettres, où vous les trouverez avec des notes de Marchand. iM. l'abbé d'Olivet m'a apporté de Londres une lettre de M. Desmaizeaux, quiet une espèce de courtier de savants , qui veut être savant lui-même, et dont la science m'a toujours paru très-stérile.
11 sasseet ressasse son Saint-Evremont, qu'il fait réimprimer en 5 volumes; il a réduit en 1 les 2 volumes de Mélanges curieux; il y mettra le Mémoire que fit faire M'"" de
568 CORRKSIHINDANCR INKIMIK.
Mazarin clans son procrs conire son mari, cl il dit qu'il n'y mettra pas le plaidoyer de M. Kvrard, parce (pi'il n'a pas été imprimé. Or, il l'a été plusieurs fois; il est dans le liecueil des plaidoyersde cet avocat, et voil;\ un homme, comme vous voyez, bien instruit. Il me parle d'une nouvelle édition «jui se va faire des Lellres de Bayle, et je ne sais s'il y joindra les Notes et cette longue Table où on trouve tout. Il me demande bien des choses que je ne lui donnerai pas, car c'est un Iracassier, qui a été cause que l'article du président de \uUy a été rejeté à la fin du Supj)lément dans le Dictionnaire. Il me parle encore d'un abréi^é de la dispute entre Girac et Costar en forme de lettre, qui est de Bayle. Je ne sais ce que c'est; j'ai l'original de la Harangue de M. de Luxembourg à ses juges avec la Critique j (|ui sont deux cruelles satires; il en est parlé dans les Lettres. J'ai aussi les deux premiers chapitres de r/Z/s/oirc du grand Gustave, qui forment un fort beau volume. Tout cela ira quelque jour dans votre bibliothé(|ue, et je voudrois bien retrouver des Lettres sur le Pyrrlwnisme historiquCy qui éloient merveilleuses, et qu'un de mes amis a égarées.
J'ap[>rends(pier.\cadémie françoise fait offrir à M. Portail, nouveau Premier Président, une place vacante (je ne sais de qui», mais il est sûr que le président Hénault est allé au Vaudreuil en poste [)our lui en faire le compliment. Je ne sais s'il l'acceptera. M. de Harlay et M. le (Chancelier n'en ont jamais voulu être, et il en coûta un terrible couplet de chanson à M. le Premier Président de llesme pour en avoir été. On se souviendra toujours de Juf/e qui te drplares, etc., couplet de Housseau rompilé [)ar <i.m»n. .\ [iropos de ce dernier, il est devenu biMiéiicier, et. a un pri«;uré près de Fontainebleau ; il est de tous métiers.
On nousa envoyé 'ir'\ la Helalion de ce qui s'est passé à la inorldu roi d'Kspagnc et au rétablissement de l'hili[»[)e V; elle est de l'abbé de Veyrac, et im[)rifliéc avec permission ; il me semble que cela est mieux qu'il ne lui ai)partient,
LF.TTRE V^ 269
et qu'une telle pièce devoit partir du Bureau cVÂdresse. Il y a beaucoup de commodités dans cette couronne, qu'on lègue par testament, qui se cède, qui se rétrocède, qui est réversible^ et dont on fait ce qu'on ne pourroit faire de plusieurs majorais d'Espagne, et dont le roi est propriétaire, car c'est le terme qui est dans l'acte d'acceptation. Mais cette matière est trop haute pour être ainsi traitée à la légère ; je vous la renvoie, Monsieur, et à M»*" le Nonce , dont les lumières sont faites pour traiter des couronnes, et qui veut bien quelquefois s'abaisser jusqu'à la politique. S'il est encore avec vous, il me permettra et vous aussi. Monsieur, de lui rendre de très-humbles grâces de son compliment, dont je suis peu digne, et de l'assurer, ainsi que vous, de mon profond respect et de mes tendres obéissances.
Lettre P.
A Sévigny, le *0 novembre 172i.
Je viens de recevoir. Monsieur, votre lettre du 4 du mois •avec ce Conte charmant, tiré du Bandel, dont M""" la marquise de Tenance et moi vous rendons mille grâces; elle vous remercie bien aussi de ce que vous avez fait pour son contrôle : xM. l'intendant de Paris n'a rien à voir là, car Sévigny est en Bourgogne et ne reconnoit que les États; je vous prie d'adresser toujoursla réponse àSévigny; que j'y sois ou que je n'y sois pas; M"'*^ de Tenance la recevra et décachettera votre paquet ; elle vous prie d'y joindre une copie du conte de la Garde trompée^ parce que quelqu'un nous l'a pris ici et on ne peut point s'en passer. Pour celui delà Douce r6//(/ea/ice,j'y ai reconnu. Monsieur, le tour et les grâces de mon ami La Fontaine ; je l'aurois cru de lui, s'il ne m'avoit été donné par vous : Monseigneur Handel aimoità conter de longues histoires, et l'on ne peut \)i\s abréger les faits : il n'y en a (jue i>liis d'art de les lier et
270 CORRKSPONDANCK IISF.DITE.
de les faire trouver courts. Nos clames disent que l'Italien outra un peu trop sii vengeance, et que c'étoit assez Savoir eu les faveurs de la dame , sans la mettre ainsi nue aux yeux des gens ; mais c'est (prelles ne savent pas ce que c'est (ju'une vengeance d'Italie, et sans doute, le galant poltron avait eu peur du sabre. Je ne trouve à redire que le mot de grue qui me parait un peu bas; ne vaudrait-il pas mieux dire la bêle ! Comme chez nous doit aussi se réformer, de crainte del)assesse. Chez lui Pompée aussitôt se transporte ; n'y a-t-il point d'ôquivotjue à chez lui?
Payeur était de cette catastrophe. Je crois qu'il vaudroit mieux dire dans.
La belle entre deux draps ne ft façon d entendre. Je voudrois sauver ces mots s'il se pouvoit; je sais bien que sur le conte il faut qu'elle soit dans les draps, mais ne peut-on pas l'y mettre sans le dire si nettement? La Fontaine ne la jamais dit qu'une fois.
Très-bien étoit accompli le mi/stère. 11 me semble qu'il faudrait mettre dans le cuur du galant un désir de vengeance, au milieu de tous ses plaisirs, et dire que la belle ne s'attendoit pas à ce qui lui alloit arriver.
Fait le plongeon; cette expression devroit se cbanger,» aussi bien qu'<ir«/à/ le calice ji\u\, quoique proverbiale, ne sied pas dans un pareil conte et encore moins à cette circonstance.
Voilà, Monsieur, tout ce que la critique la ])1 us sévère a j)U observer dans ce Conte, qui d'ailleurs ne peut se payer, et qui mérite tous les éloges dus i\ ce genre de narration.
Je retiens quelque yAir b; Vogage de liourbon, pour le joindre à l'autre.
LETTRE Vr. 271
Lettre VI\
AjVilleneuve-le-Roi, le 21 novembre 1724.
Vous voyez bien par la date de ma lettre, Monsieur, que je ne suis plus chez iM™^ de Tenance, et que je suis sur la route deParis; j ai reçu àSévigny votre lettre du 14, et je ne puis vous dire combien cette aimable dame a été touchée de votre politesse et de votre bonté ; on s'adressera au contrôleur de Noyers; on changera le greffier, ce sera le procureur fiscal, qui est un homme riche et le coq de la paroisse, et il n'a garde de prétendre d'exemption détailles, enfin, Monsieur, celameparoit en bon chemin, et c'est à vous à qui M™^ de Tenance en aura l'obligation ; je vous en remercie déjà par avance. Le conte que vous appelez long lui est resté; elle a dit que vous l'aviez envoyé pour elle, et si elle le payoit comme la personne pour qui il a été fait, ce seroit un double paiement en très-belle monnoie. La Fontaine, dans le conte des Oies de frère Philippe, se plaint de ce qu'il n'a rien gagné avec les femmes en faisant des contes.
Qu'ai-je gagné? Très-peu de chose. — Rieu.
Mais vous. Monsieur, n'en oseriez pas dire autant. Je vous ai envoyé quelques petites critiques, puisque vous en voulez, et je les soumets à la vôtre.
Je suis bien aise que vous soyez conteiît de mes lettres à M'"' de Mérignac.
Arouet a mis dans ses Additions au Poème des vers sur le caractère du roi régnant qu'il met dans la bouche de saint Louis.
Des François épuisés pour soulager les peines, A Condé de l'Empire il confiera les rênes.
Nous disputerons une autre fois sur la F*iuelle,
Qui tourne court avec un roi galant
Et conquérant, en amour comme en guerre.
272 COKRKSrO.NDA>'CK INKDITK.
Au lieu que hidou l' impératrice recevra ce sot mon voyai^eur qui lui donuoil du temps. Cela lui a lait vilaiu le •V* livre de V hnéiile, (jui est le plus bel ouvrage que l'esprit humain ail [uoduit.
Lettre Ml'.
A Paris, ce "o novembre 1724.
Enfin, Monsieur, me voilà à Paris.
J ai séjourné un jour li Fontainebleau, où j'ai trouvé la cour sur ses lins, et où d'habiles gens, qui approchent le Koi tous les jours, m'ont loué sa douceur, sa bonté, sa patience, son égalité, son amour pour Texacte vérité et surtout sa haine pour les flatteurs.
.Vrrivé à Paris, le Parlement est rentré le lundi -27. M. Talon, avocat général, a t'ait un discours merveilleux et digne du nom qu'il [)orte ; M. le Premier Président lui a répondu très-bien. Notre Ordre a été lui l'aire ses compliments. Laparoleétoit portée parM. Hobert de Saint-Martin, notre doyen, âgé de (]uatre-vingt-un ans, à qui ni la mémoire ni la force du discours, ni celle des poumons n'a point manqué.
M. l'abbé d'Olivet m'est venu voir ; il ma fait un portrait i)eu avantageux de la ville et de la cour de Londres, et des Anglais, et de leur science; il a vu M. Pope, traducteur d'Ilomére, cpii ne fait pas grand cas de leurs pointes ; il a vu au.ssi M. I)(îsmaizeaux, cjui par sa lif:ure est un pauvre cancre, et je Pavois déjà jugé tel par l'esprit. Vous avez vu des traits d'indignation contre; lui dans mes lettres à M"^'de M. Mais, à jiroposde l'Angleterre, connaissez-vous, Monsieur, un petit livre «|ui a pour titre : linnar- (fuensur IWrujIetene, où il y a un por-nn; latin H !>ci])uia; il contient des faits curieux et libres, et surtout celui delà prince ssc de PorluL'ul, qui fut retournée dans son pays jus-
qu'à ce que sa puberté parût, parce que les Anglois ne sont pas du goût des Vénitiens sur ce point, en sorte qu'il n'y eut brin qui ne coûtât beaucoup à la nation.
Il n'est bruit ici que de la traduction en prose de la Jérusalem délivrée du Tasse, par M. de Mirabeau, qui est auprès de Mademoiselle d'Orléans ; j'en ai lu la Préface et le premier chant. La traduction est belle, mais je crois qu'elle pouvoit être plus vive, plus animée : et pour la critique de cette Préface, n'en déplaise à l'auteur, qui dit que Despréaux étoit plus poëte que critique, qui le reprend sur le clinquant du Tasse, et qui allègue l'autorité de l'abbé Terrasson,jedisque Despréaux étoit grand critique , qu'il l'a montré par ses satires, qui sont des critiques en vers, et que son Art poétique est un des plus beaux ouvrages de critique que nous ayons, aussi bien que ses Réflexions en vers sur Longin. Il est vrai que le clinquant n'est pas partout dans le Tasse, mais son épisode d'Olinde et de Sophronie, dont le Tasse disoit lui-même : a Volui genio et principiindulgere, » les aventures d'Erminie au Tâchant, les plaintes aux arbres et aux rochers, les chants des oiseaux, les enchantements de la foret du 13^ chant, les chansons et les caresses d'Armide ;\ Renaud au li^ chant, tout cela est indigne du poème épique et a bien mérité le nom de clinquant. Je sais que le marquis Orsi a aussi censuré ce mot, mais c'est par amour pour sa patrie, et d'ailleurs je ne vois pas que M. Mirabeau, qui sait tant de choses, ait pris garde aux vers de VArt poétique, où Despréaux, censurantle Tasse sur le mélange du sacré et du profane, dit dans ces beaux vers :
Mais quoi que notre siècle à sa gloire publie II n'eût point de son livre illustré ITtalie Si son sage héros, toujours en oraison, K'eût fait que mettre enlin Satan à la raison. Et si Renaud, Argant, 'i'ancrede et sa maîtresse N'eussent de son sujet égayé la tristesse.
H n'est donc pas vrai qu'il n'ait parlé du Tiiss*» qnV-n
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passant, ot par une expression hasardée. M. Haillet, dans son Jugement lies smantSy en a lait un bon article, et aussi M. de Thou, en décrivant cette espèce de folie du Tasse, qui étoit plus réglée que la raison. Je vous renvoie au.v Additions Teissier, et je suis tout en colère contre ce M. de Mirabeau, qui croit élever son esprit en abaissant Despréaux, et (}ui cherche des garants comme ral)bé Terrasson. — Il en est comme du P. Courraycr, bibliothécaire de Sainte-Geneviève, qui a écrit une lettre violente aux Jésuites sur l'extrait qu'ils ont fait de son livre des Ordinations anglaises, et qui commence par une longue citation de M. de la Motte sur les véritables qualités des critiques, comme si un mauvais critique pouvoit donner des règles de ce qu'il ne sait pas. Avez-vous lu cette lettre? elle est manuscrite et contient d'assez bons traits.
Voici une nouvelle d'un autre genre : le célèbre abbé du Guet s'est avisé d'écrire une lettre à M*"" l'évéque de Montpellier sur ses remontrances au roi ; il y a mis son nom, il a désiré qu'elle fût imprimée, et elle Test; l'ouvrage est court et précis; mais grand , élevé, lumineux , hardi, plein de force, d'une diction élégante et dépouillée des Heure (jui n'ornent (pic trop les autres écrits de l'auteur; cette lettre fait beaucoup de bruit, on ne parle pas moins que de lui faire son procès. Pour moi, je trouve que l'abbé montre qu'il a bien plus d'esprit que l'évéque ; il commence où l'autre finit, et prend un vol rapide bien au-dessus de lui. Si j'étois M**" de M()nt[)eUier, je serois tr«'*s-fàché , et je ne sais si par dépit j(î ne me ferois pas moliniste, comme fit le maréchal d Ho('(juincourt, quand il aperrut les galanteries de l'abbé de Kaiicé pour M""" de Montbazon. On dit (pi<; ces jours derniers les jansénistes avoient entrepris de faire signer à 7 ou 800 personnes une autre lettre de sollicitation au même évèipie ; mais ces tocsins ne réussissent jias; ils ont fait imprimer en 2 volumes un abrégé des Urxajde^, (pii sont en 7 volumes in-<>*; enfin, ils ne finissent point d'écrire et d imprimer,
LETTRE VIP. 275
et comme disoit Bayle^ ils parlent toujours, en protestant pour le silence.
J'ai appris que les 12 années du Journal (V Henri IIIou Henri /F sont imprimées, et qu'il y a présentement 8 volumes. Je vous fais, Monsieur, mon remerciment et aussi pour tous les curieux d'avoir bien voulu communiquer au public un si excellent morceau; je voudrois déjà le tenir. — Je ne comprends pas le nombre de 8 volumes.
Les nouvelles publiques sont que le Roi ira à Versailles après-demain. Le cardinal de Noailles dit au père Suriani que le Roi revenoit exprès pour l'entendre prêcber cet Avent, et ne lui pas donner la peine d'aller à Fontainebleau; il n'y a plus guère que ce prédicateur qui ait un nom, et encore son éloquence est-elle un peu provençale. L'interdiction des Jésuites a ôté l'émulation, et nous verrons que nous serons obligés d'en revenir à la simplicité de l'Évangile.
La reine d'Espagne, devenue veuve, revient en France; il y en avoit une clause expresse dans son contrat de mariage, dans le cas qui est arrivé; on lui rend 2 millions en or et un en diamants, et on lui accorde 'i.00,000 livres de rente de douaire. M™^ la duchesse d'Orléans va tenir sa cour à Versailles et y fera ses couches.
Je vous écris ceci. Monsieur, avec un rhumatisme trèsdouloureux sur une épaule : excusez, s'il vous plait, mes fautes, car vous savez que, rhumatisme, invention du diable,
Rend impotent et de corps et d'esprit.
On crie dans les rues l'ouverture du jubilé; la bulle est assez latine ; je cherche les Lettres Vasloralis officii.
Lettre F'.
A Paris, ce 6 janvier 17-23.
Je VOUS ai envoyé les trois brevets qui vous manquoient; j'enjoins un 4% qui est en style prophétique, et que l'on dit être de Gacon. Le marquis de Courtanvaux, pour ou contre qui il a été fait, n'en est point fâché, quoiqu'on lui ait mis la lune dans la tête, et il vient encore de lai arriver une affaire. Il jouoit chez M™^de Curzay au piquet. Le vieux comte de Sainte-Maure s'offrit d'être de moitié avec celui contre qui il jouoit, et par ce droit de moitié, il s'avisa de vouloir conseiller ; ce que le marquis ayant trouvé mauvais, ils se piquèrent, et le vieillard le traita en jeune homme, mais jusqu'à le menacer de coups de bâton (ce fait s'est terminé à une main levée, encore un homme qui étoit présent m'a dit ne l'avoir point vu ; il y a eu un mot de brouillon) ; ils se levèrent, on les sépara. Le lendemain, le marquis alla trouver le comte, et lui offrit de deux partis l'un, ou de se battre, ou de lui faire satisfaction chez la dame : le comte accepta le premier parti. Le marquis lui dit : (( Je ne croyois pas que vous le prendriez, car je vous tueroi et cela me déshonorera. » Rendez-vous pris, le marquis s'y trouve, le comte y manque (suivant son usag-e et celui du l)rave comte de T.). Las d'attendre, le marquis va le retrouver chez lui ; il rencontre le duc d'Antiii qui en sortoit avec une lettre de satisfaction toute prête, qui a été portée chez la dame et dont chacun prend dos copies. Ainsi la querelle a fini par du papier, et le comte n'a pas cette fois envoyé un homme à sa place , comme
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il lit à M. do Chainaranle, (jui tua son dôputé (La Tourna un ofticier ijui fut bien blessé ). Tout Paris ne parle que de eette histoire, et la cjuestion €st, si dans Tordre des procédés, on pouvoit proposer un combat i\ un honiine âgé de quarante ans plus que l'autre , et si ce n'étoit pas le cas de se plaindre ou au Hoi ou aux juives du point l'honneur : « juoi (ju'il en soit, TatTaire est telle que je vous la dis.
On parle beaucoup d'un Mémoire dans l'affaire du prieuré de Saint-Marlin-de-Chanips , pour le prince Frédéric contre M^"" Tarchevéque de Cambrai : c'est une affaire de la Uégence. Je n'ai pas encore vu ce Mémoire; ']e tâcherai d'en avoir deux. Il yaeudanscetto affaire quelque simonie, du moins intellectuelle, mais le procès est devant des commissaires du conseil, et on ne croit pas que le Prince rattrape son bénéfice.
Lundi prochain, 'on commencera le rapport des informations où M. le Blanc est compris, pour savoir s'il sera dé<.rété. Cela se fera à toutes Chambres assemblées jusiju'à ce que l'affaire soit linie; les princes dévoient y aller, mais on dit à présent qu'ils n'iront pas.
M. Paris, garde du Trésor royal, cède sa charge à son frère, et on lui donne un brevet de conseiller d'État, qui est un titre sans fonction; il y en avoit plusieurs autrefois de celte sorte, qui furent supprimés tout d'un coup, cl on crioit : La défaite de 6,000 conseillers d'Étal par le général Pusiors. Ivcs quatre Paris ont chacun 25,000 fr. de pension, les pauvres gens'. H n'y a plus de caisse commune pour les receveurs généraux; on ira au Trésor royal comme on y allait, et seulement il y aura un commis pour la vérification des bordereaux de chaque journal : cette régie coûtait 500,000 fr. par an.
50UVEAU FHE.NOMKNE. BREVET QUE DONNE LE RÉf.IMEMT DE