L\ CALOTTE
L'Aral}*; Cid Ben-Angeli.
liistorieD de I)ou Quichotte,
LETTRK l'^ 279
Et les modernes Langeli,
Tributaires de la Calotte ,
En parlant des coureurs de nuit,
Ont prophétisé ce qui suit :
Sous le règne du plus aimable
Et du plus aimé de nos rois,
Je vois chez vous, peuples gaulois,
Renaître la fleur véritable
Des braves chevaliers errants
Oubliés depuis trois cents ans.
Ordre sans pair ! voici ton maître,
Haut à la main, prompt au pari,
Dégaineur très-bien aguerri,
Sur quelque point que ce puisse être.
Proposant toujours paroli;
Friand de dangers magnifiques
ï^t chef des géants Helvétiques.
Calotins, soyez luy sujets!
Je vois pleurer cet Alexandre
Si sa valeur manque d'objets.
11 cherche géants à pourfendre
Comme lapins dans les filets,
Pucelles mêmes à défendre
Contre ravisseurs indiscrets.
Mais, sexe bénin, tu te tais.
Et fille en ce point outragée
N'exige plus d'être vengée.
Où donc notre nouveau Roland
Exerccra-t-il son talent.^
En vain la noire et sourde envie.
Veut ternir l'éclat de sa vie.
D'un enchanteur malicieux
De ÎNIauconseil , l'avis perfide
Dans la nuit vers Nully le guide.
On lui bande même les yeux.
Monstres, sorciers, triple Euménide,
Tout l'enfer l'attend en ces lieux ;
Du labyrinthe de Thésée,
De l'antre de Montésinos
La sortie étoit plus aisée.
Lune, propice à nos héros.
Et ma déesse tutélaire ,
Dérange ton cours ordinaire.
3^0 COHUKSPONDAM.K IM^.DITK.
Tu refuses ton luminaire, S'écria-t-il ; mais aide et sers Un preux si soigneux de te plaire Et sauve-le de ces déserts.
Miracle qu'où ne pourra croire, Des Calotius le grand flambeau Luit pour lui seul et pour sa gloire, Car pour tout autre la nuit noire épaissit encor son bandeau ; Kt, somiant du cor, la victoire Le conduit à Fontainebleau.
Jventurede M. de Courtanvaux, qui a parié qu'il revicmlroit la nuit, a cheval, de rendrait de la fort'l de Fontainebleau quon roudroit lui marquer, en un certain temps ; il a f/agné le pari de 30 minutes, et est revenu au milieu de toutes les roches^ sans aucun mal.
Lettre II .
A Paris, ce 9 de janvier 1725.
Je nesais [iounjuoi M"'' dcsHouli^res, qui ne inanquoit point (3'es[)rit, n'a pas fait la Vie de sa niùre. J'ai connu celte demoiselle, dont l'aldjé Halthazar, changeant de goût, étoit devenu amoureux, et il Ta aimée tendrement jusqu'à sa mort (je dis celle de l'abbé), car elle lui a survécu. Elle a fait un teslament, dont elle nomma exécuteur testamentaire un de mes amis, nommé Anfossi, qui r.std\\vignon , qui a été commissaire des guerres, et qui avait épousé M"* de Vence, dame de qualité de Florence; mariage qui a été secret, et (jui depuis, fit tourner la tête à la dame, désespérée d'une alliance (pie sa famille désapprruivoit. i Voyez Tartide IlénauU dans Hayle, où il est parlé de .M'"" des Houlières et de son incrédulité. )
J'ai vu le Mémoire de M''' le prince Frédéric d'Auvergne, contre M*^' l'archevêque de Cambrai, au sujet (hi prieuré de Saint-.Martin des Champs; il est très-bien fait; la matière des coadjutoreries y est traitée par principes, d'où on lire quatre moyens d'abus : V le prieuré de Saint-
Martin n'est pas de la qualité requise pour obtenir une coadjutorerie ; 'T il y a défaut de cause canonique, ni utilité^ ni nécessité; 3° la fulmination de l'official a été faite sans formalité; 4° la coadjutorerie en question est contre les droits du Roi et de sa couronne. Cette dernière partie est belle, et prouvée par des exemples célèbres. Ce Mémoire sera publié partout, on en fait déjà une 2^ édition ; de plus, on donne à part un Mémoire manuscrit où on examine la tonsure, qui est faite avec dispense, su]per defectu natalium , par l'arcbevéque de Paris, sous le nom de Charles de Saint-Albin. Et l'extrait baptistaire est d'un curé du Mans, en 170i, sur une naissance déclarée de 1698, de Coche et sa femme, sans qu'il y ait de dimissoire de Févéque du Mans, pour la tonsure à Paris. Je vous ferai faire une copie de ce Mémoire, Monsieur, s'il me revient ; et demanderai un exemplaire de l'imprimé, si vous ne l'avez d'ailleurs.
On a recommencé hier à rapporter les informations dans l'affaire de M. le Blanc, toutes les Chambres assemblées. M^' le duc d'Orléans, le prince de Conti , le maréchal de Villars, le maréchal de la Feuillade, le duc de Brancas y étoient. Ce fait est de La Combe, qui a été mis en chartre privée chez la Barre, par ordre de M. Le Blanc, et qui s'est trouvé pendu à la quenouille de son lit.
Les actions tombent beaucoup , le commerce est d'une inaction inouïe, même pendant la plus grande guerre. On assuroit hier qu'il y avoit eu 177 lettres de change de la Compagnie des Indes protestées en Hollande.
Je viens de voir un arrêt assez singulier : les juges de manufacture de Sedan, pour arrêter une fraude qui se faisoit sur les draps de différentes sortes, ont ordonné qu'il scroit mis un plomb aux draps fins, sur lequel seroit représenté le I\oi à cheval , avec cette inscription : Louis Xy restaurateur dea Arta et du CommercCy et au revers, les armes de la ville de Sedan et la légende : Draperie royale de Seîlan. Le conseil, qui n'a pas cru que des
:s2 corrkspom^AiNcf: im'ditk.
juges iiiférieiirs pussent diuiner des noms, tlos attitudes^ et des inscriptions au Koi , a adopté cette inscription équestre, par un arrêt ilii IV novembre dernier, «jui n'a paru que depuis peu. Je fais d'autant plus volontiers cette reniarcjue qu'autrefois M. Bayle et moi avons reclieixhé Tori^ine du surnom de Grand donné au feu Roi, et sur cela vous pourrez lir(3 la LcUrc l'Jl de son Reçue iL p. 728.
Lettre lll.
A Paris, ce 16 janvier 1723.
Je viens de lire VOnmon funèbre du roi d'Espagne, par l'abijé Mongin, et j'en suis encore tout en larmes. La nature seule les arracheroit, sans l'éloquence, et toutes les circonstances (jui accompagocnt la vie et la mort de ce jeune roi sont si touchantes qu'il n'y a jamais eu un si l>eau sujet de pleurs. L'orateur l'a fort bien compris, cependant avec plus de force que de grâces. Les traits sont grands, mais il me semble (j[u'il y manque je ne sais quelle élévation tendre qui perce Tàme, et (jui devroit porter dans le cœur un genre nouveau d'affliction. Vous me direz, Monsieur, que le discours a fait son effet, puisqu'il a tiré des larmes, mais ne passent-elles pas par bien des canaux; quand cette tendresse y manque, sont-ce.là ces larmes précieus<:s dues à une si grande douleur? Et ne faut-il pas un Cicéron plutôt qu'un Démosthènes dans un spectacle si touchant? Le texte est beau et bien applicjué : Comumiiuitus inbreviexplcvil tcmpora mulla (.S'a/;, chap. ^.) Cette oraison a été prononcée à Notre-Dame, le 15 décembre 172V.
Après avoir pleuré, il faut un peu rire. L'on m'a apporté une traduction de tous les ouvrages de Virgile, en vers, par les frères Hobert et Antoine Le Chevalier d'Agneaux, de Vire en Normandie, imprimée très-exactement, avec le
LETTRt: m\ 283
latin dans la marge, à Paris, in-8° en 1583, par Guillaume Auvray. Ces deux chevaliers n'ont pas oublié la moindre épithète dans leur traduction, et ils s'en vantent dans leur Préface ; ils paroissent même avoir assez bien attrapé le sens en quelques endroits, et leur ouvrage paroissoit si beau en ce temps-là, que Du Perron (qui fut depuis le cardinal Du Perron) leur adressa ce sixain qui est à la tète du livre.
Un imagier tira Timage d'un visage Et la tira si bien en sa perfection, Que le visage fut l'image de l'image.
Mais votre œuvre est si belle en l'imitation Qu'à cette heure Virgile en son propre langage Est la traduction de la traduction.
Je viens de m'apercevoir,^ dans VAvis de l'imprimeur de Le Chevalier, que c'est une 2* édition. Il y parle de la'peine qu'il a eue dans une œuvre bâtie devers de deux langues, de rapporter, page pour page, les uns aux autres.
En effet, il y a beaucoup d'art dans cette impression, dont les caractères sont d'ailleurs très-beaux , et on peut dire que c'est un chef-d'œuvre. Les traducteurs disent au 1. 8 sur ces vers :
Vulcanum alloquitur, thalamoquc haec conjugis aureo
Incipit etc
Va parler à Vulcain et sur sa couche d'or
Ces choses lui commence
Ce dit, deçà delà l'alléchante déesse De SCS bras blancs, tordant, l'échauffé et la caresse D'un mol embrassement. Lui sentit rallumés Aussitôt dans son cœur les feux accoutumés; En ses moelles entrée est la chaleur connue, Et par ses os mattez est secrète courue.
Je crois que vous rirez bien de cette traduction si littérale et qui ne laisse pas d'avoir sa naïveté ; il y a encore ces vers assez bien :
Quod fïeri Jerro Uquidove potest electzo, etc. Ce qui se peut de fer ou de fin alloy faire,
2SI CORKKSPONDANCE INKDITK.
Aiitiinl qu'ont mos souOlels et nu's feux do pouvoir.
Ayant dit la parole,
ht' rlior> iMubrasst'UU'nls désireux il l'accolle,
r.t do sa bion-aiiuoo aii iiiron olondu,
Par ses membres rocoii le doux somme épandu.
J'ai trouvé avec plaisir votre nom, Monsieur, clans le journal de novembre dans l'article de Quarré-les-Tomhes ; mais est-il vrai (|ue votre livre dise que cet endroit étoit la bouliciue d'un faiseur de tombeaux? Je ne puis croire cela que vous ne m'en assuriez vous-même.
Dans l'article de ce journal où il est parlé des œuvres de M™" et M"' Deshoulières, on annonce un couplet de chanson par où on dit que la chanson commence, ce qui ne se peut pas, et en effet, il y a 5 ou 6 couplets auparavant. Vous aurez sans doute «ces couplets, que lit M'"*" Deshoulirres contre l'abbé Têtu, lors de la lecture de l'epitre de la damesur le siège de Mons, (pii ne fut pas approuvée de tout point; si vous ne les avez pas, je vous les enverrai.
Je tinis ici ma lettre, Monsieur, parce que je suis accal)lé d'affaires et de chagrin de la maladie de ma sœur qui me gouverne, et qui a une fièvre triple quarte, à ce que disent les médecins.
retire I y.
A Paris, ce 27 janvier 1725.
On ne parle ici que de l'arrêt rendu sur M. le Blanc; il n'y a pas eu deux voix, on a élé seulement partagé sur la forme. Les uns vouloient : Sans s arrêter au réquisitoire du procureur (jénéraly les autres Vu les conclusionSy et ce dernier, comme plushonnête, est passé, quoiqu'on nes'y arrête pas. L'arrêt ordonne que les procès en question seront continués en la Tournelle, suivant les derniers «Trements, aux termes des lettres patentes et des arrêts rendus en conséquence ; il y a eu une voix pour décréter d'assigner pour
être ouï M. Arnaud deBoesse, qui a entendu quelques témoins chez lui, et rédigé leurs dépositions avec son secrétaire; cette voix solitaire n'a point été suivie. xM. le Blanc est cependant toujours à Vincennes, dans l'appartement où étoit l'abbé Servien ; quand il en sortit, il dit au Régent «qu'il pou voit disposer de son appartement. » Je crois que l'autre en voudroit bien dire autant. Les trois ducs, qui ont fait une apparition dans cette affaire, ont été chansonnés (assez mal), mais c*est toujours une chanson qui fait une époque. Je vous l'envoie.
On voit un écrit in-V°, 15p., intitulé : Réflexions sur le bref de noire saint-père le pape Benoit XIII, du G novembre 17'2i, adressé aux Dominicains; cela est hardi, vif et bien fait, et quoiqu'on y garde le respect pour le Pape, cependant il paroit que l'on explique un peu son bref contre son avis, et on assure qu'il ne fera pas certaines choses que peut-être il fera : L'auteur dit : sans faire lepropliètey et c'est le faire que d'assurer l'avenir. Il y est parlé (p. li) d'une déclaration sur la Bulle du jubilé, où le Pape a suivi les lettres Pastoralis Ofpcii sur la séparation de la charité et de la communion ecclésiastique, d'avec les évêques non acceptants, et les termes en sont rapportés, qui sont bien formels; je n'ai point vu cette déclaration. D'un autre cùté, jesais que tout ce qui vient de Rome s'adresse à présent à notre cardinal, et le bruit court qu'il a été présenté une supplique au Pape, pour faire publier la bulle de Paul V, rendue après les congrégations des Auxiliiy ou qu'il convertisse son dernier bref en bulle. Voilà une affaire qui prend bien des faces depuis quelques années. A ne la prendre que du côté de l'histoire, c'est un morceau très-singulier; aussi disons que V histoire de la Constitution, qui devoit servir de préface aux Hexaples, paroit en 12petits volumes (in-12) et sans doute les auteurs n'auront pas oublié r//i-(/Ma?7o pour faire un tout complet.
J'accepte la latinisation de mon nom, et suis chaiiné, Monsieur, de vous avoir pour parrain.
C()RRKSPOM).\>CE INh'DlTK.
Avez-vous les Antiquitc:i de Pari:>, par Sauvai ? Il y a là de très-bonnes et île très-nuuivaises choses. 11 a puisé dans d'excellentes sources. Il avoit de la science et du goût et écrivoit mal. Ce qu'il dit de l'entrée des carrosses dans le Louvre est recherclié et trtVvrai, et j'en ai fait autrefois un mémoire qui y est conforme. Il parle de M. Pascal comme d'un machiniste et astrolocrue; et il est plaisant qu'il dise que, sans sa mort, il auroit attiré une bonne influence sur les carrosses de son invention ; cela est bon à ajoutera l'article de Pascal dans Bayle. L'histoire des Loteries ([ui est au 3'' tome est bien écrite, et contient des faits curieux et singuliers. Laboureur y est bien maltraité; je ne la crois pas de Sauvai.
Les journalistes ont parlé de ce livre sans indiquer cette histoire ; ils croient les Comptes de la Ville qui sont à la fin du troisième tome inutiles, et je crois que MM. de Villeroi auroient été fort aises qu'on n'y eût pas vu (p. 52G) un Simon de Neufville, receveurde Paris. Je ne sais pasconmient on a laissé imprimer ce livre, où il y a plusieurs discours hardis sur les Kois, sur les grands seigneurs, et un certain esprit satiri(juc, (jui réjouit aux dépens du prochain : ce que nos censeurs n'aiment point. Nos journalistes me paraissent froids et ignorants des faits conformes.
L'on vient de renvoyer à Lyon une femme qui disoit la lM>nne aventure et (jui avoit suivi le maréchal; on a aussi arrêté plusieurs copistes (]ui lenoient bureau de manuscrits de toutes matières et peut-être les histoires dti M. de Boulainvilliers, qui ne sont bonnes (pie pour leca- )>inet.
M. du (>)rn«;t, l'un de nos plus célèbres consultants, est mort le 2V de ce mois, Agé de quatre-vingt-un ans; il a travaillé jus^fu^à la fin de sa vie, et écrivoit tout de sa main ; c'éloit une lète merveilleuse, pleine de science et de droiture, cl d'une nellclé incomparable;. Lu même tr-mpM, est mort M. Macé, qui avoit aussi un fort grand më-
rite et beaucoup de sens; il n'avoit que soixante ans. Et nous venons de perdre encore deux frères, MM. de Troyes, l'un à midi et l'autre à minuit; ils ne s'étoient jamais séparés et ont encore été unis à la mort. Triste union ! J'en parle à cause de cette singularité.
Vous avez raison, le Roi décidé et le pléonasme décide sont du même goût, l'un est peut-être le père de l'autre. Il y a aussi du galimatias mystique dans cette oraison funèbre, en deux ou trois endroits : un sujet aussi grand demandoit un Polignac ; vous voyez bien que j'entends parler du discours que cette Éminence fit à l'Académie en 1704, et qui est. à mon avis, un des plus beaux morceaux de notre éloquence françoise. J'en parle à M. Bayle dans une des lettres que vous avez, et dont l'original m'est revenu.
Voici une découverte que je viens de faire à propos de la matière de l'autorité du Pape et du Tasse, que vous ne croiriez pas être ensemble. M. Diipin, auteur anecdote d'un Traité de la puissance ecclésiastique et temporelle (imprimé en 1707, sans nom d'auteur ni d'imprimeur, in-8°), cite, à la page 172, un arrêt du 1" septembre 1595 contre une nouvelle édition de la Jérusalem délivrée du Tasse, où il avoit fourré 19 vers contre Henri III et Henri IV, à propos des fulminations faites à Rome, ei pour persuader qu'il est en la puissance du Pape de donner le Roi au royaume et le royaume au Roi. Je n'ai pas trouvé cet arrêt dans les registres du Parlement ; il faut qu'il soit d'une autre date, et il est question de savoir dans quelle édition ces 19 vers se trouvent. Je vois, dans les Catalogues, une édition de Venise de 1595, ce peut être celle-là, mais le Tasse étoit mort dès le 27 mars 1595. Vous voyez le livre, et il n'y a plus qu'à le prendre sur cette matière de l'autorité et de l'infaillibilité du Pape. J'ai toujours admiré l'avis de Messieurs les gens du Roi, donné en 1065, qui est inséré tout entier dans le Recueil des censures de la Faculté de tlu'ologie de Paris imprimé en 1717 p. 50), dans la cbaleur
288 (:oi\i\ksih).\dam:k lnéditi:.
lie la Uégeiice, et on trouve encore dans ce recueil (p. 18i) le serment de sui)rémalie d'Angleterre, (ju'il est bon d'avoir devant les yeux, quand on lit les dissertations sur les ordinations anglaises, si agitées aujourd'hui. J'oubliois de vous dire que j'ai un .}fémoire du prieuré de S. -M. des Champs pour vous.
Lettre P.
A Paris, ce 6 février 1725.
Je me doutois bien. Monsieur, que vous aimeriez ces trésors de Bayle et cette écriture (// proprio pu<jno , mais je nepensois pas (juc vous les laisseriez là pour ce Recueil indigeste d'observations, quej'aijetéessur le papier, pour m'amuserdans un temps de maladie. Je n'ai point d'autre édition de Tugereau que celle qui «.stdans Bouchet; quand j'ai écrit, j'avois certainement les 3 éditions, et je ne m'y suis [Kis trompé. Voyez les iVo/esdciMarchanJsur les lettres 18G et im de Bayle, où il parle des éditions de 10 1 1 et 1G12, de celle de Bouchel, et encore d'une autre de 1055. Voyez aussi l'article (Juellenec et l'article Roberly dans la dernière édition du Diclionnaire y où les additions sont rapprochées; vous verrez que nous avons fort agité la matière, et même les dévots m'en ont voulu faire un scrupule, depuis que les lettres de Bayle ont paru ; mais c'est un scandale njal pris, et c'est comme s'ils re[)ren()ient les auteurs du Recueil de .M. deGcsvres. Al'égardde l'abulilion du congrès, l'arrêt du parlement de Paris ne s'étend pas hors de son ressort; il y a encore beau jeu pour les accuser d'im[)uissance. Ce qui rend cette praticjue inutile, c'est qu'on ne voit point, dans aucun auteur, que jamais mari ait été vaincjueur dans le congrès. Despréaux s'avisa de critiquer cet usage dans une satire; il étoitami <!•• MM. de L'imoignon, fpii lui promirent à la prennère occasion de donner à sa s^itirc la forme d'arrêt; et on lui tint parole.
De là Despréaux tiroit l'utilité des satiriques dans l'État, et je l'ai vu s'en vanter.
Je ne sais pas précisément la profession de Tagereau ; on voit dès les premiers chapitres qu'il dit : Qu'il ne se voit point ou peu deprocès, où la vérité soit plus cachéey etc. ; c'étoit donc un homme de procès^ et peut-être quelque greffier d'ofûcialité, car il parle plusieurs fois du procès de Bray. Marchand l'appelle , dans sa Table des Lettres, avocat au parlement, à la lettre T, et il l'a dit après Bayle ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est point dans la liste des avocats de 1599, qui est dans Loysel, mais aussi, cette liste n'est pas bien entière : il pilla Hotman et les autres, le plus qu'il put, et donna un peu plus d'ordre à la matière comme vous l'avez remarqué. Anne Robert fit une description bien obscène de la visite; je la soumis à Bayle, qui ne l'a pas oubliée dans son article Robert, non plus que les termes de la Novelle. Les traités d'Hotman parurent dès 1581; je trouve ces mots écrits de ma ujain sur ce qu'il appelle second traité : Ce n'est pas un second traité, c'est le même traité que le premier, si ce n'est que dans celui-ci il y a beaucoup de choses libres que l'on a retranchées dans l'autre, en sorte que celui-ci est plutôt le premier; cependant il paroit mieux ordonné, et il y a des choses contre la visite de la femme, et sur la procédure, qui ne sont pas dans Vautre; cela fut réitnprimé en l(ilO. Tagereau se mit sur les rangs en IGll et 101*2. Apparemment, il y avoit quelque affaire qui renouvela ces questions. » Vous trouverez aussi plusieurs éditions du Capitulaire de Uouillard, et la remarque de Bayle sur ce mot Capitulaire, car il ne lui échappoit rien. Je n'ai point le factum d'Hotman pour Bray, ni la réponse de Pasquier. Je soupçonne que le traité d'Hotman de 1581 est la même chose que ce factum. Tagereau parle plusieurs fois de ce Bray.
J'ai vu et tenu l'écrit de M. Arnaud contre le [)iincc d'Orange; il étoit très-violent, et il ne seroit pc;it-è!ro [):is
T. III. l'J
590 COURKSPONDANCK LNKDIli:.
difticilede lo retrouver ; cela nV4oit pas plus i;raiuî qu'une Gazette de UoUuntli\ et étoit inipriuié de niùnic.
Je ne vous dirai rien des harangues dont vous nie [>arlez, ne U*s ayant point lues : on n'étoit pas content de M. de Valincourt, parce (juil senil)loit avoir voulu instruire un I*remier Président sur les fonctions acadéniiijues : mais le Premier l*résident en a profité, puisqu'il alla à TAcadémie le jour de Saint-Hilaire.
M. de la Feuillade est mort à Marly : punition dit Ilomcrusei vengeance divine. Il a fait un testament dont le duc de Kichelieu est exécuteur; le tabellion de Marly ne savoit ce qu'il faisoit, le testateur dit aux médecins : a 11 faut que je meure et que je corrige encore cet Ane-là; » tout cela s'est fait en 2V heures. Il a nommé pour héritier un d'Aubusson de Mireraont, qui est bien éloigné. Il y a encore des chansons, mais c'est vellere barbam mortuo Leoni. (Elles sont dans l'enveloppe.)
On voit un écrit très-violent, qui est intitulé Le Faux Prosélijte, contre le P. Petit-Didier. L'auteur ne ménage ni Papes, ni rois, ni cardinaux, et pour prouver l'autorité du petit nombre contre le grand, il rapporte un ouvrage de saint Athanase, ou à lui attribué, où le Père dit qu'il aime mieux suivre Noé dans l'arche, que de se noyer dans le déluge, suivre Loth dans sa fuite que d'être brûlé à Sodome, Tu si placet cum herba Sodomissociare, ego Lot/io
comesero vicV Voici la traduction : « Joignez-vous à la
société des Sodoraites si c'est là votre goût, pour moi j'accompagnerai Loth, quoiqu'il soitseul dans sa fuite. » Que dites-vous de cette citation?
Lettre VI'.
k Pan», ce 17 février I72S.
J'ai eu l'honneur, Monsieur, de répondre à votre dernière lettre sur Tagereau, et vous avez dû recevoir une
LETTRE VF. 291
autre lettre précédente, où il y avoit bien des choses. Aujourd'hui je commencerai par vous dire qu'il est sûr que le Journal de Henri III complet est imprimé, et qu'on en doit avoir à Paris incessamment : ainsi, voilà le temps de songer à en avoir des exemplaires pour vous, puisque vous avez fait un si beau présent au public, et je vous prie de ne m'oublier pas, comme vous me l'avez promis.
J'apprends que, par permission tacite, Coignard va imprimer louslesouvragesde La Fontaine, tant tables, contes, que autres œuvres, et que notre ami l'abbé D'** [d'Olivel) a part à cette édition . Je ne sais si on y fera entrer les pièces manuscrites et je ne comprends rien à cela : je garderai toujours mon Ilislolre pour mes amis et pour moi , et je n'ai point du tout regret que le public ne la voie pas, car je le crains.
On voit une Apologie pour M. de la Molle, qui est une pièce terriblement ironique : cela est imprimé avec privilège. 11 y a, à la page i2, un portrait de M. de Fontenelle , si ressemblant et si spirituel en même temps, qu'on ne peut savoir mauvais gré à un homme qui nous a si bien peint. L'auteur est AL Bel, conseiller au parlement de Bordeaux, qui a mis là beaucoup d'esprit, de plaisanterie , d'ironie et môme de pyrrhonnisme. Je ne suis pas toujours de son avis sur les vers qu'il reprend.
Je vous ai parlé du Mémoire du prince Frédéric sur le prieurédeSaint-Martin'.M.l'archevèquedeCambraiyafait une réponse sage, modérée, sensée^ et dont l'objet se réduit à dire que la coadjutoierie ayant été accordée par le concours des deux puissances, elle ne peut être contestée. Il a joint à son Mémoire les lettres patentes, les consentements du coUateur et les deux arrêts du Parlement, dont le dernier est rendu sur la propre requête de l'abbé de Cluny, etlui en donne acte, en enregistrant les lettres avec cette réserve : « Sans tirer à conséquence, el sans préjudice
292 (:ouuespom)am;k i.m.ditk.
lies iiroits du Roi , des usaycs du royaume et des libertés de r Église (jdllicane. »
Le Pape, de son cùté, a déroiré à toutes dispositions canoniques ijui seroient contraires. Voilà le Pape et le Koi bien d'accord sur un droit purement positif; ainsi on prétend ipril n'y a point d'abus. Ce Mémoire est de M. Le Normand, qui est bon ouvrier en toutes matières. Je n'ai pu en avoir '1 exemplaires, mais j'en ai 2 de Tautre. Je ne crois pas qu'on pousse la question jusqu'à dire que le Kégent n\i pu donner ce concours, pour le Roi mineur, comme on l'a jugé autrefois, par d'anciens arrêts qui s(Mit rapportés à la fin du Traité de la Majorité du Roi par Dupuy, en matière de réi,'"ale et aliénations de domaines; mais il sera toujours singulier de voir ces lettres accordées à Charles de Saint-Albin , acolyte du diocèse de Paris, de l'avis du duc d'Orléans, Régent du royaume , qui étoit son père, et qui fait déroger le Roi à toutes les ordonnances et usages du royaume à ce contraires, pour ce regard seulement et sans tirer à conséquence. Du reste, je crois que M. de Cambrai n'est pas loin de gagner sa cause , qui est bonne avec ces titres, et encore avec la lin de non-recevoir qu'il oppose à l'abbé de Clunv. (pli ne pouvoil plus conférer après son consentement [)ublic. On ne comprend rien à ce procédé.
On va trav.iiller, la .semaine qui vient, à la Tournelle, à Parfaire de quatre assassinats. D'un autre coté , il y a une commission pour revoir les comptes de Fargés, qui a eu les fourrages et les vivres. Il y aur;i un procureur-général à celte corn mission, et on ne sait pas quel effet cela pourra produire contre les ordonnateurs ; c'est une terrilile chose que d'avoir affaire à son maître. Ix'S gendres de Fargés ne sont point trop contents, comme vous pensez, et il y en a un cpii est doublement fâché , car s'élant plaint de ce qu'il ne mangeoit point avec le Roi, on lui a dit (pi'il n'éloil point gentilhomme. C'est M. de Sainl-i*ierre de Crêveca'ur; et là-dessus, voilà belle matière d'écrire
LLTTRK VI'. 293
pour l'abbé de Saint-Pierre, qui, je crois, va interrompre son ouvrage : De la Manière d'abréger les procès, pour travailler à sa e"énéaloîiie.
A propos de généalogie, la mort de iM. de La Feuillade en a bien fait rechercher : le grand-père de M. le duc d'Elbeufavoit une sœur, Éléonore de Lorraine, qui épousa un Gouffiez, duc de Roanne, en lGOO,dont vint le marquis de Koannez, qui mourut avant son père et laissa un fils et une fille : le fils étoit grand janséniste, dévot, fort abstrait, renonça à son duché en faveur de sa sœur qui épousa M. de La Feuillade, à qui elle apporta ce duché, et celui qui vient de mourir est leur fils : ainsi le duc d'Elbeuf d'aujourd'hui est au 7* degré. Mais il va une vieille Jacqueline dWubusson, qui a cent ans, qui fut mariée en 16ii à un la Roche-Aimon, et en 1G50, à un Beaupoil de Lanmarie qui est encore vivante, et qui est propre sœur du grand-père du dernier mort et est au i*^ degré : tout ceci n'est que curiosité, car il n'y a pas d'apparence que le testament de Marly soit contesté, et déjà les deux dames légataires particulières, et qui se seroient bien passées du souvenir du testateur, qui les devoit laisser dans la prélérilion, ont renoncé à leur legs en faveur du légataire universel, qui est au 20 ou 2V degré, par les d'Aubusson. Il y a aussi des Gouffiers-Boissi de Carava qui sont au 9*^ degré; mais le testament les exclut tous, parce que les biens sont en pays de droit écrit , et qu'il en a pu disposer librement, hors ce qui est substitué qui passe à ceux qui sont appelés; le duc de Richelieu, exécuteur du testament, se fait un honneur de cette exécution.
Les poètes se sont exercés contre le ministre des finances et contre sa femme par deux chansons qui sont bonnes à mettre dans le Sottisier, et à l'époque du voyage de Marly (il avoit fait faire trois habits galonnés pour ce voyage).
L'abbé Nadal s'est avisé de faire une Afarianne, (pii n'a pas eu plus de succès que celle de Voltaire.
'204 COKRKSl'ONDANCK INf:DITK.
Le parlerre a doinaiulé celle du dernier, (lui étoit présent à la représentation, mais on ne croit pas (jif il la donne. Il y a une nouvelle actrice, jeune et jolie, qui attire tout Paris : elle a de ij;Tands talents pour le théAtre , mais sa voix est un peu basse et rauque ; à force de parler, l'organe se développera, mais elle est encore bien loin des Cham[)meslé et des Raisin; je nomme cette dernière ;\ cause du son de sa voix, qui étoit si touchant, et qui faisoil de si grandes impressions dans le cœur. Je m'amuse un samedi au soir, à ni'cntretenir avec vous, Monsieur, et à vous écrire tout ce que je vous dirois si j'avois le bonheur de vous voir, non pas tout , car nous dirions bien davantage, et voilà le malheur des éloignements.
LeUre Vit.
A Paris, 18 février 1723.
Je réponds sur-le-champ à votre lettre du 14 février. On est mal informé, Monsieur, sur Taffaire de M. Le Blanc. Il avoit des lettres de vétéran , et sans cela le parlement n'en auroit jamais connu toutes les Chambres assemblées. Vous voyez bien que le fait eût été l>ientôt vérifié, et qu'on n'auroit pas fait tant de séances pour voir tout le procès, et l'instruction des quatre assassinats, si Taccusé prétendu n'eût été certainement privilégié.
Le renvoi à la Tournclle n'est qu'avec les autres accusés, que la Tournelle peut juger, et ne regarde point du tout M. Le Blanc, qui n'est pointaccusé, etqui ne l'étoit que par le réquisitoire de M. le P. G., qui n'a point été suivi. Outre cela, l'arrêt ne prononce point par renvoi, mais il ordonne que les procès en (juestion seront continués en la Tournelle, et ils ne peuvent être continués qu'aux accusés; c'est donc une mauvaise interprétation qu'on donne à l'arrêt, de prétendre que M.* le Blanc soit renvoyé à la Tournelle, et quelqu'un, tkins doute, aura fait
LETTRI-: VIF. 295
courir ce bruit dans le parti contraire. 11 paroU à cette occasion un brevet contre le P. G. qu'on fait P. G. du régiment, et qui est terriblement noté, dans cet arrêt poétique, aussi bien que xM. de La Feuillade, elles deux dames légataires, qui n'avoient pas trop affaire à tout ceci : je n'ai pas encore vu le brevet, mais on dit qu'il est de main de maitre, et de quelqu'un qui cherche à loger à la Bastille. Cet arrêt fait bien entendre Tautre.
11 fait bon, Monsieur, de vous mettre sur les voies, et le gibier ne vous manque point, et Scaliger, avec sa sagacité, n'y fit jamais œuvre. Je vais chercher la Gerusalemme Conquistalaei vous enverrai les 19 vers en question; les Jugements des Savants, de Baillet, m'avoient appris cette Jérusalem si oubliée. Du reste , j'ai vu quelque part contredire le conte de Balzac, et je ne sais si ce n'est point iM. de Thou ; du moins il a décrit la folie du Tasse d'une manière si sublime, qu'on chercheroit à être fou à ce prix-là.
Je suis bien aise de vous avoir indiqué Bayle sur Virgile puisqu'il fait pour vous. Je reviens à votre sentiment sur les Plaisirsd Hyménee, et pour ce qui est des obscénités de notre langue, je vous renvoie à YÀpologie de Bayle qui est à la fin de son Dictionnaire, et qu'il fit pour se justifier de mes reproches.
A propos, vous ne me parlez point, dans votre dernière lettre, ni de la Harangue de M. de L., ni des autres pièces qui y étoient jointes : je vous prie de vous en souvenir, et de me dire si vous ne trouvez pas le style de Bayle dans cette harangue, et si celui qui le menace de la part de la reine de Suède n'étoit pas un maitre homme.
Vous serez content de Sauvai : on voit qu'il a toujours cherché la vérité, et qu'il l'a dite sans fard; c'est un plaisir de voir l'histoire des Haudriettes, que le cardinal de la Kochefoucault détruisit pour en faire l'Assomption. — Il y a un conte d'Henri IV fort plaisant, qui se passa avec un batelier qui ne le connoissoit point, qui lui dit « queleUoi éloitun bonhomme, mais qu'il avoit une p...
2i)fi (:orrksP()M)anc:k LNKnin:.
(jui niantreoit tout, et (ju'on iic scroit pas fâché si el Je éloit à lui tout seul, mais qu'elle étoit à bien d'autres»; cela est-il dans votre Sauvai?
La reine d'Espagne viendra hienlùt : elle sera à Vincennes. Sa caniaréra niayor est la duchesse de Liria , ses dames du palais sont : M""* de Berghe, de Robec et de Nevers, Beauffremonl, d'Arpajon et Nantis.
On a su que l'cvôque d'L'sez (Poucet delà Uivière) a donné un soufflet à l'évèque de Saint-Papoul (Ségur) et que celui ci y répondit : a Votre maître et le mien nous défend la vengeance. » Cela s'est passé aux Étals du Languedoc.
L'abbé de Li vry a quitté le Portugal sans prendre congé, parce que le Mendoze ne l'a pas voulu visiter : l'ambassadeur de Portugal est aussi parti d'ici.
Lettre Vllt.
A Paris, ce 23 féyrier 1725.
Vous avez fait, Monsieur, plus à Dijon qu'à Pari s; je n'ai j)oint trouvé la Conquislata à la bibhoth^que Mazarine , et, chez M. de la Monnoye, je n'ai trouvé qu'une édition de 1609 à Venise, où les dix-neuf vers ne sont pas. Les Vénitiens, qui étoient de nos amis, et que l'interdit avoit f«^chés, retranchèrent ces vers, suivant l'arrêt du Parlement. Cet arrêt fut rendu depuis la mort du Tasse. Il les ajouta ex{)rês, car cela n'étoit pas dans l'édition de 1581 , comme l'arrêt ledit, et L'Angelier, im[>rimeur de la Ligue, eut tort de les débiter dans Paris, après la réduction de Paris. — Henri IV avoit été à la messe, dès le 25 juillet 150.'^, mais, à Home, on.n'avoit pas grande foi à celte messe; rpioi qu'il en soit, le Tasse n'avoit (pie faire là, et écrivit en faux courtisan.
Votre trouvaille du Fartum de Pa.squierest singulière; il mériteroit bien d'êtrq mis dans ses OEuvres. J'avois
LETTRE Vlir. 297
presque deviné que Touvrage de Hotnian éloit aussi un Faclum. Quand on cherche bien , on trouve tout.
Je ne connois point ce Jugement de Cléante : je ne sais si Barbier d'Aiicourt savoit assez le Palais pour faire le portrait de tous ces habiles avocats : j'ai ouï dire autrefois que cela avoit été imprimé, je m'en informerai. Il est vrai qu'il seroit utile de continuer l'histoire de Noisel, mnis où sont les continuateurs? Ubi prenuSy comme dit Panurge. M. Baylevouloit m'engagera ce travail, et je lui répondis comme vous verrez dans mes lettres.
Montaigne disoit qu'il falloit mettre des commis à la porte des villes pour arrêter les fausses nouvelles; celle du combat de M. de La Feuillade est des plus fausses : il avoit une bonne gangrène dans le corps, qui a sorti par le fondement, qu'il tenoit bouché, depuis quinze ou seize ans, avec un tampon ; son valet de chambre prit cela pour une hémorroïde, mais la Peyronie vit tout d'un coup ce que c'étoit, et le condamna. Voilà le combat qu'il a eu ; on disoit ici que c'étoit avec le comte de Bavière, qui étoit malade en ce temps-là, et tout cela est fausseté. Vous trouverez ci-joint le brevet qu'on lui a donné encore après sa mort et à M. le P. G. et aux dames : on a fiât recherche de l'auteur, il a été découvert, à ce que Ton dit, mais la vengeance a été suspendue quant à présent. Je ne sais qui est un homme assez fou pour se hasarder à un pareil ouvrage. — Le Koi est tombé malade mardi, et a été saigné du bras le matin et du pied le soir; c'étoit une fausse pleurésie, gagnée à la chasse, et en abattant un arbre : il se porte beaucoup mieux, ce n'est rien.
M. delaMonnoye seporte très-bien, j'ai été deux heures avec lui et ne me suis point ennuyé. Nous avons bien parlé de vous, Monsieur; son ouvragedeLaCroixdu Maine et de Verdier n'est pas au goût des imprimeurs, et un P. Rivet, bénédictin, qui fait une Bibliothèque de tous les auteurs francois, pourroit bien arrêter la sienne. J'en suis très -fâché.
3U8 C0I\ï\F5P0M)AM:E IM^.DITR.
Mil Sieur se purlc beaucoup mieux, inoyounaut des bouillons auiers où il entre du (juinciuina. Je vous rends mille grinces, Monsieur, de la pari que vous voulez bien y prendre.
Lettre 1\'.
A Paris, ce 37 février 1725,
Je vous envoie, Monsieur, le fragment du 4*^ livre de \Kiiéide,a\ec quehjues corrections et des restrictions assez heureuses; Tentliousiasme me vient en lisant vos beaux vers, et en les relisant, plein de cet enthousiasme, je de^ viens poëte, et je fais des vers sans aucune peine en changeant ceux qui ne me plaisent pas tout à fait : vous permettez quelque critique amie, et il faut bien la donner ; je la tiens de vous.
l>e Parlement a confirmé la sentence des requêtes du Palais, (pii a perniis le compulsoire du registre de Taccouchcur, dans Taf taire de M"'" de Chuiseul. Les conclusions de M. (iilberl, avocat général, alloient à joindre la requête sur ce fait à la demande en preuve par les témoins : elles n'ont point été suivies.
Voici un distique contre le Procureur-Général, qui est dans le même cas, et qui est poursuivi par les portes en toutes lang-ues.
Nilitur obcuris facdare co\or\\niS album Censor : at arbilrio judicis aihus crit.
Ola est digne de Martial, à cause de la pointe et do l'allusion. Je voudrois bien les 19 vers entiers du Tasse qui sont dans la Conquislata.
Le cardinal de Hourbon étoit mort en 1590 ; (piand il h s ajouta, c'étoil une malice du po(ite, puisque l'ouvrage avoil paru dès 1.j81, sansœs vers. — On soutient ici que le traducteur dernier ne sait pas l'italien, (|u!il n'a fait que
traduire le françois de Beaudouin, et que la preuve en est éclairée, en ce que Beaudouin a mis de sa tète des choses qui ne sont point dans le Tasse, et elles se trouvent dans cette traduction nouvelle. C'est l'abbé Conti qui le soutient. J'ai bien ri en lisant la traduction d'un oiseau qui avoit ;)urpu?'eo ro&tro, par ces mots : « qui avoit le bec de la couleur des lèvres d'une belle fille. » M. le traducteur les aime apparemment avec des lèvres vermeilles.
Les ambassadeurs et envoyés portugais sont partis, à leur grand regret, pour aller à Cambray, don Luis se trouvant très-bien à Paris avec M^^'^de Polignac, et il a fallu renoncer à Paris et à ses amours, par la belle affaire de l'abbé de Livry, que l'on soupçonne avoir mieux aimé être en Espagne qu'en Portugal, et avoir rendu l'incident plus difficile, pour avoir l'occasion de quitter Lisbonne qu'il n'aimoit point. Ce sont les Portugais qui ont lâché cette conjecture politique en partant.
La commission contre Fargès n'est point accompagnée de procureur général, ni déjuges, les commissaires verront les comptes et donneront leur avis au conseil. Ce sont MM. d'Ormesson,de 5at(wo/if, Baudry, Parisotetdeux autres. Fargès dit qu'il est prêt de montrer les fonds du ministre et que le reste s'est fait par Duché, son commis, qu'on tient prisonnier depuis deux ans.
Le libraire quia imprimé les Antiquités deSauval donne aux souscripteurs un Supplément de VO pages in-folio, intitulé. Amours des rois de France sous plusieurs races; il y a là des choses très-plaisantes et très-hardies, mais il y en a beaucoup prises des Dames galantes de Brantôme, qui, du temps de Sauvai, n'étoient pas imprimées. Il finit
cette belle histoire amoureuse par les vér ; il cite Cia-
conius sur la v du cardinal Briçonnet; il laisse en
blanc d'autres noms, de peur de fiélrir la pourpre, cela
s'appelait la V cardinale, et le dernier trait est une
épitaphc d'un M. de Brouage contre son père et sa mère :
300 COKRISPONDANCE IISKDITK.
Ici dessous la mort rongea Deux corps qui ont rongé Brounge ; Ils auroicnt rongé davantage, Mais la v les rongea.
Notre auteur est si exact qu'il recherche le premier qui a été scdomile en France, du moins publicjuement. C'étoil un procureur de la cour, qui abusa de ses clercs, et il nomme doux Auj:uslins (|ui dévoient guérir Charles VI de sa folie. On leur avait donné la Bastille pour préparer leurs remèdes; ils y trouvèrent h public à tous venants : ce Supplémenl deviendra rare. Voici encore des chansons contre le Contrôleur-Général et sa femme. Dodun.
Le jeune comte de Hoye, fils unique du comte de Roussy, vient de mourir d'une fluxion sur la poitrine ; il n'a que trente ans. Sa veuve est dans le dernier désespoir, ils s'ainioient beaucoup; il laisse deux lilles et sa femme grosse. I^e comte de Koussy est mort il y a deux ans, le manjuis de la Rochefoucauld, depuis quatre mois, et voilà l'alné qui s'en va.
Lettre X'.
A Paris, ce 5 mars 1725.
Il me vient de tomber entre les mains un po^^me latin de plus de 800 vers, qu'un Allemand, cpi'on dit dragon elâgé de vingt-cinq ans, afait imprimer à Hanovre, d'une édition royale et magnifique; c'est un Éloge du roi d'Angh terre Georges; il met son héros au-dessus de tous les héros anciens et modernes, et fait, dans son latin sauvage, une description poétique de plusieurs guerres, que je ne reconnais point : mais ce qui m'a frappé le plus, c'est ce qu'il dit de la France ; il nous traite très-indignement, et comme si nous étions en guerre ouverte, ne pensant ni aux traités ni au congrès de Camhray. J'ai cru, Monsieur, devoir vous instruire de ce fait qui est un peu changé; je
LETTRE Xl^ 30i
ne crois pas qu*on se fâche ici contre ce poëte comme le Parlement fit contre le Tasse. A propos du Tasse, sa Vie par l'abbé de Chaine, imprimée en 1690, que je n'avois pas lue, me parait un chef-d'œuvre; rien n'est plus inté- /ressant; la description de sa folie, qui n'étoit point folie, est une chose merveilleuse, et je vois qu'il a été fort honoré en France, jusque-là que Charles IX lui accorda la grâce d'un homme que ce roi avoil résolu de faire mourir : Balzac n'a donc fait qu'un mauvais conte, et quand le Tasse demandoit à sa chatte de l'éclairer avec ses yeux, c'étoitpourse moquer de l'étatoîi on l'avoit réduit dansson hôpital. Je viens de trouver, dans une édition de 1009 de la Jérusalem conquise, les 19 vers, qui sont aux stances 75, 76 et 77, et où la France est presque aussi maltraitée que par le poëte allemand. Cela n'étoit point ajouté à l'édition de 1581, comme le dit l'arrêt, puisque la Conquislata n'a paru la première fois qu'en 1593. Vale Prœses carissime et me ama', je crois que vous trouverez le poëme latin une vraie querelle d'Allemand, elle proverbe est ici vrai, au propre et au figuré.
En parcourant la Conquistata , je me suis aperçu que tout ce 20' chant est un songe de Godefroy, qui voit, en rêvant, le ciel et les princes et les papes futurs, et que Voltaire a pris de là le songe de son poëme de la Ligue, où Henri IV voit tant de choses; il a ajouté, dans la dernière édition, quelques vers pour M. le Duc, comme le Tasse mit pour Sixte-Quint qui régnoit alors. Ce songe n'est donc pas nouveau parmi les poëtes, et il faut quereller le poëte italien avant le poëte français qui l'a pillé.
Lellre Xt.
A Paris, ce 6 mars iilH.
J'ai reçu. Monsieur, votre lellre du 3 mars 1725, et je vous rends toujours de nouvelles i: races. J'ai cru que vous
303 COKRKSrO.NDANŒ IMiDlTE.
éliezcerlainement informé de rélutihi7oMnm/(/f//<'/<n 7//, et que vous saviez où en éloit l'iniprcssion, puis(]iie vous avez fourni le nianuscrit; mais je vois que vous n'en savez pas plus que nous à Tégard de l'abl)!» D. et de La Fontaine ; mon parti est pris de n'en rien donner au public; mais vous aurez (juand il vous plaira copie de mon ouvrage.
Ne soyez point en peine du Mémoire de l'archevAque de Camhray : j'en ai un pour vous, mais on y répond ; vous aurez aussi la réponse, et vous aurez les trois pirces ensemble. L'archevêque de Vienne est piqué sur le procédé, et je crois qu'au fond il soutiendra que le concours des deux puissances n'est pas un concours, mais un abus de la puissance. M. Le Normand; a les deux talents, de plaider et d'écrire, et peut être appelé judicieux parce qu'il parle et écrit d'un grand sens.
L'abbé de Saint-l*ierre peut bien parler de procès puisqu'il est Normand ; c'est pour son neveu et pour son frère, qui vient d'essuyer le trait sur sa noblesse, et ce fut à son frère à (jui arriva l'affaire dont vous parlez sur la queue du manteau. L'arrêt pour la commission de Fargès est public et ne lui fait pas honneur, car on dit qu'il ne cherche qu'à éluder le payement de ses dettes.
M"* de Coligny est morte et a pris trop chaudement la mort de son ami, et le brevet de la Calotte; elle avait beaucoup d'esprit et encore plus de galanterie. (1)
Je connois ledit de Louis \1, et il en est parlé dans les notes de V Hisloire du Dauphiné ; pour la Kote, je crois ses décisions bonnes, mais elles ne sont pas souveraines. Je consulterai Zacchias à cause de lalTaire de Choiseul, et de l'axiome : Filiuij et qui a été fait par quehjue jésuite qui aimoit les femmes.
Je consens que vous preniez copie de la llnratKjue de
(1) fille était tille du manjui» de F^attsay, auteur du Hccucil de iUf/i'rentcs rhoiet,km\ de I^w^ protecteur de Pirori.
LETTRE XF. 303
M. de L., mais sous cette condition que vous ne la donnerez à personne. M. le l)aron d'Hœndorff en avoit eu une copie qui m'avoitété dérobée, et on l'eût imprimée en Hollande si je ne m'y fusse opposé; on ne l'a pas trouvée après sa mort, et je ne sais où elle est. Je serois bien aise d'avoir la copie de la lettre de la reine de Suède au cardinal Azolin , sur qui Coulange a dit en parlant de cette reine :
Mais Azolin dans Rome Sut charmer ses ennuis ; Elle eût sans ce grand homme Passé de tristes nuits.
Vous me ferez plaisir de m'envoyer aussi, quand l'occasion se rencontrera, le Jugement des AvocalSj par Barbier d'Aucourt. Je connois de lui deux Factums pour le Brun, faussement accusé d'avoir assassiné la dame Mazel, sa maîtresse.
Je suis plus savant sur la Conquislata, J'ai vu à loisir l'édition de 1609 , et les 19 vers s'y trouvent au 20^ livre, aux stances 75, 76, 77. L'arrêt n'est point exact : il nomme la 1*"*^ 2^ et 3^ stance, et cela se rapportoit à la feuille où elles étoient, et non au nombre des stances. Je vous ai remarqué les autres erreurs de fait de cet arrêt, et surtout le songe pillé par Voltaire.
Je mettrai sur mon Bayle, à l'article de Uuellexkc, qu'il fut condamné au Congrès. Je ne sais s'il y alla et s'il en revint vainqueur et s'il peut dire : Veni , Vuli y Vici. On est tombé sur M. de La Feuillade plus que sur un autre, parce qu'il faisoit le héros et le vertueux, et que tout l'a abandonné en un moment ; mais, comme dit Suint- Évremond :
« Tout mourant est sujet a faire une sottise. »
Il paroit un Mémoire en 16 pag. in-folio, intitulé : Mémoires, sur les vexations qu exercent les libraires et imprimeurs de l*aris : il est écrit très- vivement et par quel-
304 COUKKSPO.NDANCi: irSÈDlTE.
ilirun piqué au jeu ; ils y sont tous par leur nom.
il y a 3 articles; le 1" : Des vexations exercées sur le public, où on voit, entre autres, que Colonihat gai^ne sur son Ahmmach 23, 700 IV. par an, toutes dépenses déduites; le 2^ article est : Des vexations contre les auteurs, et là on met les comédiens bien au-dessus des libraires, et on dit (ju'Emeri a été Trivelin d'un vendeur d'orviétan ; le 3* est : Des vexations contre les compagnons imprimeurSy cela contient un grand détail écrit avec vérité, et c'est un homme qui s'adresse au public, n'ayant rien gagné du côté des juges. 11 iinit par dire que ce n'est point pour scandaliser qu'il produit ce Mémoire^ c'est pour arrêter une violence si tyrannique qu'il n'y a point d'autres moyens de s'y opposer qu'en criant bien fort : Au voleur I
J'ai lu les Annales de la Monarchie française par Linicrs, qui est un in-folio magnifi(]ue, imprimé à Amsterdam, chez L'Honoré et Cliàlelans. Il y a à la tcle une estampe très-bt'lle de i'icard, où est représenté le Temple de Mémoire ; on y voit en haut Louis XV et l'Infante, audevant iHijtoire à qui la Vérité conduit la main, etc. L'ouvrage est dédié au roi Louis XV : Vl'Jpitreesi courte et bien faite. Mais, dans la Préface, où l'auteur traite l'utilité de l'histoire, il parle contre le despotisme, contre la molles.se des Parlements, et il paroit que l'auteur, qui n'écrit pas mal, oublie le roi à qui il l'a dédié. Il y a trois parties, ou trois tomes en un. Le 1" contient les annales depuis IMiaramond jus(ju'à la majorité de Louis XV. 11 n'y a rien de plus abrégé : mais ce (|u'il y a de singulier, c'est la descrii)tion du système de Law, de la folie des Franrais, et du jeu que l'on a joué pour tirer l'argent et le mettre dans les coffres du roi : cet endroit est légèrement écrit et nouveau. Il y a aussi un article sur la Constitutionf' mais trop court. Le 2** tome contient les preuves généalogi(jU(.'S de la maison do France; , et c'est pour rnui 1 ouvrage du I*. Anselme en
LETTRE Xll«. 305
26 chapitres. On ne le nomme pas, la Préface dit seulement que c'est une pièce d'une autre main, que les Annales, dont Timprimeur avoit le privilège. Ainsi^ M. de Liniers est un grand plagiaire. La 3** partie contient les médailles gravées pour tous les rois, jusqu'à la majorité dernière; dans une page sont les médailles gravées : une colonne contient la face, l'autre colonne les revers , et entre les deux colonnes , la place occupée de la gravure de toutes sortes de maisons royales , cérémonies , plans de place, etc. , ce qui est très-bien imaginé. A la page vis-à-vis est une explication courte de ces médailles et des devises; j'oubliois qu'après les généalogies, il y a plusieurs tables généalogiques de la maison royale et des alliances. Enfin tout cela doit être bien cher et ne vaut pas la dépense. J'ai le livre dans mon cabinet , et sous mes yeux, et j'ai cru vous faire plaisir en vous faisant cette description.
LettréXIP.
; A Paris, ce 9 mars 1725.
Le Czar est bien mort, et on dit que c'est de la façon de la Czarine, qui avoit un amant qu'il a fait mettre en quatre quartiers : elle lui a toujours gardé cette rancune , et l'a fait empoisonner; elle n'a, dit on , fait que le prévenir.
M™" de Coligny est morte en vertu d'un talisman fait en tel pacte, qu'elle auroit l'amitié de M. de La Feuillade toute sa vie, mais qu'ils mourroient presque en même temps. Il y avoit un premier talisman pour l'amour, mais il ne devoit pas si longtemps durer, elle le rendit par force, et, dans le moment, le tonnerre tomba fort près d'elle. Voilà les contes qu'on fait sur cette mort.
Voici une autre mort non contestée. Lempereur, soldat accusé d'un des quatre assassinats, a été juiié, roué
30r. CORRKSPONOANCK INKDITE.
vil", cl a[)[)li(jiK' à la (|uoslioii, où il n\i rien dit; par accoiniiuuloment de l'ami lie , un de ses frères prisonniers (jui a déserté deux fois et qui ne peut envier la njort, s'étoit dit le meurtrier, pour sauver son frère; mais la cour n'a pas homologué cet accommodement héroïque, et on n'a pas voulu mettre ces fripons parmi les héros.
M"" Duelos, célèhre comédienne, se marie à un jeune homme de seize ans. Ce jeune homme, tout nu , se sauvant d'un ineendie, frappe à sa porte, elle lui ouvre, le met dans un bon lit, et voit le lendemain qu'il est beau et fait comme l'Amour. Elle l'épouse. N'y a-t-il pas là de quoi faire une belle ode anacréon tique? Ce mari s'appelle Duchemin et est lils d'un comédien ; elle lui donne beaucoup.
Le comte de Verdun est tombé en paralysie, tout d'un côté, mais cela n'a pas t^agné la langue, qui est toujoui-s bien pendue, et même la goutte se fait sentir du coté paralytique; cet accident l'a pris sur lo degré de la Comédie, et les premiers secours lui ont été donnés dans le foyer, et il sera bien fiVché de nr. pas être aux noces de la Duelos. M"* Lecouvreur se marie aussi ; je ne sais î\ qui (1).
Le testament de la marquise de Leuvillc est contesté par ses frères, MM. Thomé : on le plaide ; elle a tout don né iï un petit Caste 1 m oron. On prétend le testament suggéré , et fait ah iralo, car elle a dit : « Je laisse ;\ mes frères les prétentions que j'avois contre eux, et le repos qu'ils m'ont r'ilé toute ma vie; » mais c'est une collatérale. C'est M. I>j Normand (pii plaide pour MM. Tliom*';; ils disent que c est un iidéicommis pour .M de Leuville, Fii.tis M. de Oihtelmoron n'a pas envie de rendre.
(i; CdU; nourellc m se rcalÏAa pas.
LETTRE XITI*^. 807
Le4lre Xlir.
A Paris, ce II mars 1713.
La mort du Czar m'a fait relire le petit livre intitulé : Relation curieuse et nouvelle de Moscovie, contenant, etc., imprimé en 1698, in-12, chez Auljourg, et dédié au Koi ; il y a des choses fort curieuses sur les troubles de 1687 et de 1689, et sur les intrigues de la princesse Sophie, qui voulut faire assassiner le czar Pierre, et dont la conjuration fut découverte. L'auteur est un M. Foy de la Neuville, qui étoit de Beauvais, et qui éloit un des grands courriers et voyageurs que l'on ait jamais vus. Il explique au Roi, dans son È pitre, une partie de ses voyages, et comment celui qu'il fit en Moscovie , comme homme du Roi, étoit par ordre du marquis de Béthune, ambassadeur en Pologne; il n'y a qu'à lire celte Épilre, et tout le livre, qui est court, pour connoitre cette vérité. Cependant voici ce que dit très-faussement l'abbé Lenglet, dans sa Méthode pour étudier V histoire^ P^ige 236, 1. 1 : « M. Baillet, qui paroit avoir eu envie d'écrire sur toutes sortes de matières, a publié aussi une Description de Moscovie qu'il a fait imprimer à Paris en 1698, sous le nom du S'' de la Neuville, ouvrage aussi peu exact qu'on devuit l'attendre d'un homme qui n'avoit vu la Moscovie que de son cabinet, )> et l'aljbé ne fut pas content de celte impertinence. Il avoit mis dans son Catalogue qui est à la fin du 2*^ tome (p. 309), le titre de ce livre avec le nom Balt. Ilezeneil de la Neuville ( ce qui est une fausseté), et puis à la fin du titre ; Cet ouvrage est de M. Baillet, qui a mhV anagramme de son nom : Baillet de la Neuville en liez, qui étoit le village où il étoit né.
Fiez vous, après cela, à vos l)ibliographes; celui-ci n'aime point Baillet, il lui fait faire un livre qu'il n'a jamais fait, il met à ce livre un nom ([ui n'y est point, et
80e CORUKSPONDANCR INKDITK.
parce que Baillot s'est déi;iiisé, ilans son UiMolre de IIollanile, sous le nom de la Meuville, il veut (ju'il soit auteur de ce livre l'ait par un vrai la Neuville, qui a élu en iMoscovie par ordre du Uoi, t|ui a tout vu par ses yeux, et il dit que cVst un livre peu exact fait par M. Haillet, qui n'a vu la Moscovic que dans son cabinet. Lenglet est donc ici un faussaire et un imposteur, qui n'a jamais lu le livre.
Je connois un homme de Beauvais, qui a fort connu ce M. de la Neuville, qui s'appelle Foy de son nom de famille, et cette famille subsiste encore dans Beauvais avec honneur. Je ne croyois pas que la mort du Czar m'eût donné matière de critique , pendant que les politiques sont déchaînés sur la succession de l'Impératrice, dont vous aurez vu la reconnaissance faite par tous les États dans la Gazette de Hollande et l'ordonnance à ce sujet.
Dans la préface du Dictionnaire du CommercCy il y a un bel éloge du commerce des Moscovites, et du czar Pierre, qui a commencéàrinlroduiredés 1G97. Je vois pourtant, dans le petit livre de la Neuville, que le prince Galitzin avoit déj;\ bien commencé A policer ses peuples, et peut- «Mre le O/ir a-t-il suivi ces Mémoires. Vous serez content des livres de l'idibé Le Clerc, mais je ne sais de quoi il s'avise de vouloir critifjuer Baylc;; il n'atteindra jam.iis à son style et à son esprit, et quand il voit que Leibnitz, en écrivant contre lui, ne cesse de l'admirer, je ne crois pas rpi'il y ait beaucoup à faire pour d'autres, si ce n'est quehpie date ou quchpie connaissance de livre que Bayle n'a pu avoir. A l'égard de ses opinions, il s'est bien justifié dans ses Eclaircissements , et je ne (Tois i)as (jue M. l'abbé puisse rien dire de; plus fort que le V. baubrussel, qui le pille en le critiqn.int.
Je n'ai point ouïdin; (pici .M"" de l*. «mi lût où vous dites, ou elh: tiendroit peut-être cette faveur de l'ambassadeur lui-même. Si vous achetez Sauvai, il faut avoir l'addition. Il n'a |>ns manqué de parler du maréchal de Bais parmi
LKTTRE XI V«. 309
les non-conformistes. Et il dit que, sous le règne de Philippe de Valois, deux clercs accusèrent Durand, procureur, d'avoir fait avec eux le péché pour lequel le maréchal de Rais fut brillé. M. le maréchal de Bezons a vu M. Le Blanc à Vincennes.
Lettre XIV\
A Paris, ce 18 mars 1725.
Le bruit sur la Czarine s'est apaisé tout d'uu coup; elle est Impératrice, elle joue un grand rôle dans l'univers, c'est assez pour la respecter. Le Czar ne l'a pas nommée en mourant pour lui succéder; cela étoit déjà fait par une déclaration du 5 février 1522, où le Czar avoit indiqué pour son successeur, celui ou celle qu'il choisiroit; il Fa choisie, par une autre déclaration du 12 novembre 1723, et l'a faite couronner Impératrice en 172 V : voilà son titre; les serments nouveaux sont faits à elle et aux successeurs qu'elle voudroit nommer et établir. Déjà, elle a pris le parti des puissances protestantes, dans l'affaire de Thorn ; elle a fait une conquête en Perse ; elle envoie à la découverte d'un passage pour aller en Amérique, et peut-être trouvera-t-elle un nouveau monde. N'est-ce pas là une digne héritière du défunt? S'il en arrive des guerres dans le Nord, cela ne nous fera pas grand mal.
Car que me chaut que le Nord s'entre-pille ?
Je mettrai ici, à cause du Nord , la lettre de la reine de Suède, dont je vous remercie; c'est une vraie gasconnade ; elle étoit bien fâchée quand elle écrivit cette lettre, et qui auroit vu le fond de son cœur, comme elle dit, y auroit vu bien de la colère, et peut-être un dépit secret contre la religion du pape, qui lui (Moit sa pension. Je ne sais de son amitié avec l'Azolin que ce qu'on dit Cuu-
UIO i:OIUU^SI*OM)ANc:E l.NKDUh.
laime , mais les chansons no se font pas pour rien ; c'étoit une étranire foniollo. Je suis toujours l'i\c!ié (pi'elle lit venir hescartes en Suède, et de ce qu'il eut la sottise d'y aller mourir de froid. Les Mémoires de iM"" de Motteville la noient bien , et c'est peut-être un des meilleurs endroits du livre. Je trouve, au reste, les lettres à Bayle plus françoises que celles au cardinal, où il me semble qu'il y a de rislamisme.
Le Mémoire de la vexation des imprimeurs fait f;*rand l»niit ; un a fait des recherches partout, et juscpie dans l'Imprimerie Royale, pour découvrir Timprimeur et l'auteur, et on n'a rien trouvé. L'opposition que vous faites entre ÏAlmanach, qui enrichit Colombat, et la Bible, qui ruine Vitré, est excellente, aussi bien que l'expédient de taxer les feuilles, qui a lieu en Espagne, et on m'a dit en Allemagne aussi; mais il y a un dessous de cartes que nous ne voyons point, et qui cause tous ces abus. On dit qu'il va paroitre un second Mémoire y qui contiendra plusieurs faite : le i*. Montfaucon en fournira, et d'autres auteurs encore, et peut-être à la lin les censeurs publics s'élèveront.
Je vous conseille de faire venir la Vie du Tasse, si vous ne l'avez pas; c'est un diamant, et j'en ferois ma maitrcs.se si ce n'étoit pas la Vie d'un Italien. Je ne^ renonce [>ourtant point aux autres, je dis comme La Fontaine :
Ai-j> passe* le temps d'.'iimiT?
Vous ne trouvez point de fécondité dans Voltaire ; je ne suis pas tout à fait de cet avis, et je trouve qu'il est rcscrré par art, que lui-même il rcîtranche de sa fécondité, [)our ne pas tomber dans l'excès , et (jue ce (jui lui reste étant fleuri et gracieux, il ne tombe jmint dans la sécheresse, ce qui peut lui conserver la qualité de fécond.
Venons à l'aljbé Le Clerc ; vous trouverez un vilain portrail, qu'il fait de Bayle, cl il est si peu disjms/i à lui pardonner qu'il le veut faire pa.sscr pour un débauché (et je crois qu'il avoit tout au plus fait Jurieu cocu, qui l'étoit
de la façon de bien d'autres), il le reprend sur les centuries de iMagdebourg, et à la fin il se trouve que c'est l'abbé qui a tort, et vous avez dû voir dans la lettre que j'avois destinée à l'abbé (et que je lui envoyai malgré son ancienne date) qu'il reprend Bayle dans l'article de Lebrun, sur un point de communauté de bien, où l'abbé dit : Cela est faux, où il montre qu'il ne sait ce qu'il dit et qu'il est un très-mauvais praticien ; il n'y a qu'à ne point parler de* ce qu'on ne sait pas.
On garde ici un grand silence sur le renvoi de l'Infante. 11 est certain ; mais de savoir quand et comment , c'est ce que l'on ne sait pas. On attend un courrier qui est allé de la part du Roi en Espagne, et qui a été précédé d'un autre de l'ambassadeur. L'Espagne a dû s'attendre à ce retour; le Roi n'est pas de pire condition qu'un de ses sujets qui romproit un mariage accordé par son tuteur contre les intérêts de son pupille, et par abus de son autorité. Vous vous souvenez sans doute de la lettre du 6 mars 1722, pour le Te Deum de l'Infante arrivée, dont on fit une critique en ne la faisant qu'imprimer en caractères différents dans la ^a^effe^/e Hollande, et qui fut si plaisamment parodiée contre le cardinal Dubois, qui l'avoit fait faire par les gens du nouveau style. Le septième couplet étoit :
Toute l'Europe m'applaudit, I/Einpcreur lui-niènie y souscrit; Peut-('tre il s'atteud à la niche Que l'on fit à Margot d'Autriche.
IVIais Ta-t-on fait venir ici Pour la renvoyer sans mari ?
L'affaire de Thorn remue toutes les puissances protestantes; il m'est tombé entre les mains une copie latine du jugement qui fait la querelle; c'est une pièce curieuse pour la forme et par le bruit qu'elle va faire en Europe. Les accusés ne sont condamnés qu'après le serment des accusateurs, qui jurent que les accusés méritent les peines criminelles.
313 CORHKSPONDANCF IM-.DITK.
I;*ahl>c lA'ni;lot rtoit un ii^norant hardi et malicieux, qui a lini par se faire inellre prisonnier (t), et je ne sais ce qu'il deviendra.
Lettre AT'.
A ParU, ce 5 avril 172.5.
Je VOUS renverrai \c Jugement des Avocats à la première occasion ; cela est superficiel et mordant.
Barbier d'Aucourt n'en parloit pas en connaisseur :
Felices essent artcs, si de lis soli arlificii jiidicarent.
Je ne sais ce que c'est que l'Apologie ironique de Voltaire; c'est assez qu'il y en ait une, nous en allons avoir cent. La Fontaine a dit :
N'allendez rien de bon du peuple imitateur. La pire espèce, c'est l'auteur.
La comédie du youveim Monde a paru, il y a deux ou trois ans; des petits enfants y jouoiont, et l'un d'eux y représentoit TAmour; on y couroil, il y avoit de l'esprit, mais les vers étoient lâches , et je ne sais qui en étoit l'auleur : on disoit le président llénault, mais cela n'étoit pas vrai. Vous me mettrez sur la voie, et je la suivrai. Les Critiques de la traduction du Tasse me sont aussi inconnes.
On débite un petit ouvrage, de 82 pages in-12, avec a[)probation et privilège, qui a pour titre le Temple de Guide, qu'on veut faire croire traduit du grec et trouvé dans la bibliothècpie d'un évoque grec; mais cela sort de la tête de quehpie libertin, qui a voulu envelopper des ordures sous des allégories, et qui n'y a pas mal réussi,
(I) Voir Vou\r»f,K inliliili* : Détention des p/iitonopfiet et tjensde Lettres Û ta Hasiille^ fur Dclurl. UiiglelUiifreMioy y ami artidu in ter esta ri t.
s'il n'avoit pas voulu avoir trop d'esprit, et affecter, d'autres fois, une simplicité qui le fait tomber dans des pensées grossières. Si ce manuscrit s'étoit trouvé dans la bibliothèque de Ninon, je n'en serois pas étonné, mais je le suis de voir, au milieu de Paris et de la Semaine Sainte, un pareil ouvrage approuvé; l'addition de la fin , où l'Amour fait revenir ses ailes sur le sein de Vénus, n'est pas mal friponne, et les femmes disent qu'elles veulent apprendre le grec, puisqu'on y trouve de si jolies cures.
J'ai vu un ouvrage que je ne crois pas tout nouveau, qui est un appel au concile de l'abbé Margon , d'une Constitution imaginaire du pape Clément XI, qui supprime son nom de Plantevil. Vous savez qu'il est de cette famille de Planlevit de la Pause, dont il y a un évèque de Lodève qui étoit savant dans les langues orientales et qui a beaucoup îravaillé sur l'Écriture. (Voyez la Bibliotlieca sacra, du P. Le Long, page 908. ) Cet appel est en beaux vers françois; cela est de la dernière folie et de la dernière force; il parcourt l'Ancien et le Nouveau Testament, les figures, les types et les paraboles, il dit que cela est un tour des jésuites, et, sur cela, il discute plusieurs de leurs ouvrages qui sont favorables à sa plante. Les Exercices de saint Ignace n'y sont point oubliés : il y a de longues notes en prose, pour éclaircir les endroits obscurs, et ces notes sont fort utiles : enfin ce poëme est si bon et si mauvais, qu'on fait fort bien de renfermer celui qui l'a fait, car il y a tout à craindre d'un esprit si vif, si critique et si malin : j'en ai une copie.
J'enverrai ma lettre à l'abbé Le Clerc; la date n'y fait rien, et c'est la commodité de la littérature qui est toujours nouvelle. Je reprochois autrefois à M. Bayle ses obscénités, mais il fit un grand Éclaircissement sur cela, auquel je vous renvoyé et qu'il faut lire avant de le condamner. Je savois l'histoire de la femme de Juricu, de Basnage, et elle est quel(|uo part dans mes lettres à M"" deMérigniac.
311 CORIIKSPOÎSDANCK INKDirK.
L liifanto o>l partit' aujourtriiui [)()ur l'Espai^iic, et cela va faire une lielle époque dans noire histoire : on est allé en poste au-tlevant de la reine d'Kspaune et de M"'' de Beaujolois, qui sont i\ Bayonne, ou qui doivent y <>tre. On ne nomme point encore la reine de France; les uns disent une princesse de Hesse-Rhinsfold, sœur de la princesse de Piémont (jui est i\ présent à Annecy, aux Filles de Sainte-Mario; elle est catholique, fort belle, et a quatorze ans : voilà hien des avances pour être reine. L'ahhé de Livrv revient, et a fait là deux vilaines ambassades; quand il voulut être auditeur de rote, et qu'il ne le fut pas, il n'en lit pas une meilleure : cela, le devroit guérir de l'esprit de négociation.
Le duc de Bouillon se trouve bien de son mariage; ils disent à la cour que c*est un cerf à sa quatrième tète. Son gendre, le duc de la Trémouille, dit en répondant à son Ixau-pùre, cjui lui reprochoit d'en mal user avec sa fille, qu'il n'étoit encore (ju'à sa première, et qu'à sa quatrième, il sauiHjit mieux comment il en faut agir avec sa
femme.
L'histoire du cordelier et du minime, qui ont débauché les deux jacobines de Chàlons me confirme dans la pensée que les moines et les nonnains sont faits l'un pour l'autre; c'est un monde à part, qui a ses règlements et ses dérèglements, et s'ils ne se mèloient que de galanterie, et non de théologie comme Luther, cela ne m'étonneroit pas plus que les aventures de notre monde. Vous a-t-on mandé celle de Marly, d'une dame vertueuse et d'un abbé, que la calomnie a voulu noircir? L'abbé en a eu un logement qu'il n'auroit pas eu sans ce bruit; peut-être a-t-il encore eu les bonnes grâces de la dame. Ce sont leurs affaires.
Adieu, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
Lettre XV 1\
10 avril 1723.
On dit que le Temple de G^nîc/eest de l'auteur des Lettres Persa/ies; cela peut être. D'autres disent du président Hénault; je n'en crois rien : il est trop François pour donner un air grec à un ouvrage. J'ai copié de ma main et avec une grande exactitude V Appel en vers et les notes en prose : il manque pourtant un vers. Cet ouvrage n'est pas d'aujourd'hui, car il y a déjà quelques années que l'abbé, en pointe de vin, le récitoit à des femmes, qui m'ont dit l'avoir entendu; mais cela n'en est pas moins original et nouveau, pour ceux qui ne le connaissent point. Vous pouvez compter de l'avoir, tout ce que j'ai étant à vous. Le fragment de l'Histoire de Gustave est très-gros, vous l'aurez aussi un jour. Je vous félicite sur la découverte du trésor de la reine de Suède, et de ses parties les plus secrètes. Nous n'en parlerions pas ainsi si elle vivoit; elle vouloit tout faire et qu'on ne dit rien d'elle , témoin Monaldeschi. Il y en a un article bien frappé dans les Mémoires d'Amelot; elle seroit bien étonnée de se voir ainsi traitée par les savants qu'elle aimoit.
L'histoire de Marly est que les gens de M. le prince de Conli, s'étant amusés à regarder à travers la serrure de la porte de M""' de Poitiers, ou par la fente d'une cloison, ils la virent avec l'abbé de Vauréal, qui nedisoit pas son bréviaireà l'usagede Paris, maisàrusagedeUeims, comme dit Rabelais, et qui lui en entonna trois leçons. Le prince, de retour de Paris, où il étoitallé, demanda : « Quelle nouvelle?» on lui dit celle-là indifféremment; il la dit au premier qu'il trouva, et Dieu sait le chemin qu'elle fit, et le bruit des prudes qui disent que cela est faux. Mais faux ou vrai, il y a des chansons, il y a des tabatières, où l'on voit les trois placets qui servent de temple à cet amour :
aifi CORKKSPONDANCK INKDITK.
la tlain«\, clc^csptTt'O, a chassé sa IViniiiL' tlL'Lli»inil)ro, parce qu'elle n'avoit pas mis de portières.
Ju vénal tlisoitdeson temps :
f'ela tegant rimas; Jun(jc osda; toUilo lumen E medio; taceant omnes, prope nemo recumbat.
El Martial, grand docteur dans col art do boucher les fentes, disoit :
Contenlus non es foril)US, velofjiie, sernque, Oblinitur nunimff si qiia est suspicio viniae.
Or, pour n'avoir pas lu ces deux bons poëtes, la pauvre M"*" de Poitiers a été à découvert, et la voilà la fable de la Cour : les coquettes en rient, et disent que les prudes sont des coucheuses. On va rechercher Diane de Poitiers et ses aventures galantes avec le père et le fils. Enlin, jusfpi'Ace qu'il vienne une autre histoire, celle-ci tiendra le tapis, et elle paye bien celle de votre cordelier et de votre minime avec les deux jacobines; à tant, je n'y pense point en mal, et j'en suis f;\ché pour la pauvre dame, quni(|uo j'aie perdu mon procès contre elle dans la substitution de Hyc. Le plaisant est (jue l'abbé se fî\che, et va dis<'int qu'il n'est pas si sot d'aimer une si laide femme, et que, depuis l'aventure, on lui a donné à Marly un logement qui lui avoit été refusé.
Il vient de mourir un jeune homme de vingt-huit ans, fort riche; c'est .M. de Meslay, qui étoit introducteur des ambassadeurs depuis un an, fils unique de M. Houille de Meslay, qui a fait ce singulier testament dont l'Académie des sciences profite. Ce jeune homme en pronoit partout où il en trouvoit : son père lui avoit laissé sa goutte et son bien; il entretenoit cette goutte tout de son mieux : elle lui a remonté; enfin le voilà mort, en dix ou douze jours de temps, au grand contentement des collatéraux, au grand désespoir de cpielques femmes, et à la grande satisfaction de (piehpios maris.
(A'f me citez }/as nur celle nouvelle.)
LKTTRE XVIF. 317
M"*' de Prie, âgée de sept ans et demi, fut accordée hier à M. d'Aubusson, âgé de dix-sept ans, héritier de M. de La Feuillade; la petite personne est fille de M""' de Prie, et il y a de quoi faire un duc au mari. Voilà une double bonne fortune qui est venue en môme temps à un page.
Voltaire a fait jouer sa Mar/anne mardi : elle parut un chef-d'œuvre. L'abbé Nadal luiavoit dit quelques injures et à son ami Thiriot dans la préface de sa Marianne imprimée; la préface a été supprimée par ordre, et Tami a écrit à Fabbé une lettre que Ton dit très-ingénieuse et qui paroit. Ces combats d'auteurs ne laissent pas de réjouir.
La Reine n'est pas encore déclarée; aujourd'hui on dit la princesse de Hesse-Rhinsfeld , le lendemain, c'est la princesse fille du roi Stanislas, et je vois beaucoup de monde pour celte dernière. L'Infante est en chemin ; on attend qu'elle soit hors du royaume pour faire la déclaration.
J'ai lu la harangue de M. de Valincourt dans la Gazette de Hollande; je crains bien que notre ami M. de la Monnoie ne soit l'objet de son amère censure. N'y avez-vous pas pris garde?
Il y a une réponse de l'archevêque de Cambrai ; ce ne peut être que redite, ou, s'il parle de la naissance, il ne peut rien dire qui vaille.
Lettre XVIt.
A Paris, ce 19 avril 1725.
Je vous envoyé. Monsieur, mes folles remarques sur la suite de la traduction. Je ne puis m'empècher de vous dire sur le speluncani Dido, etc. dont nous avons tant parlé, que saint Ignace se servit un jour de ce vers pour exorciser une possédée. Vous trouverez cela dans Bayle à l'article de Loyola, que je consultois tout î\ riicure, sur
S1« CORRESI^ONDANCK INKDITE.
le livre des Exercices de saint Ignace, dont l'abhé Margoii parle dans son Api>el parodié. Bayle ne dit pas tont sur ce livre, qui fut traduit (Mi deux versions latines en munie temps en 15i8, Tune mot à mot, l'autre qui se contentoit d'exprimer le sens avec lidôlité, et c'est cette dernière qui fut imprimée à Anvers, en 1G73, in-8% avec i)lusieurs tiirures assez helles. On y trouve la bulle de Paul 111, du 31 juillet i')\Sy et les approbations dos réviseurs sur les deux traductions. Je n'ai point lu l'édition laline ; mais l'abbé Mariion dit que saint Ignace, voulant que dans la méditation on se représente des objets réels, il a dit : (Juartum punclum erit tangerc, allreclare, dcosculari,per inlimnm tact uni ; c'est-à-dire, en jouir par idée cl par attouchement intérieur, car, dit-il dans sa note, .s'// eùtpermis l'extérieur, il eût perverti les jeunes novices, qui, ardents et forcenés par une telle façon de méditer, se seroient emportés jusqu'à se ruer sur ^/e.s anges déplâtre, sur les statues et tableaux des autels. Voyez, dans votre édition latine, si vous trouverez ce C^<a''/u?/j/yuric^um, que le poète exprimeainsi :
D'Ignace la rcj:lc indulficnto
Au pécheur tout sucre et tout miel,
Sacliant qu'ici-has nul mortel
rSe se detaclic de sa plante^
Voulut la dresser vers le ciel,
l)iv(Tlir l'appétit charnel
Par l'appât des saintes images,
Des anges, des saints personnages;
\as incarner dans notre esprit
Jusques a croire qu'on les touche,
Qu'on prend un baiser sur leur bouclic :
Voila ce qu'Ignace proscrit, etc.
Je crois que cela vous fait venir l'eau à la bouche sur notre [Kj/-me ; vous l'aurez.
Je n'ai été savant sur les portes fermées que depuis raventure. Je lisois par hasard un matin le Juvénal de Uigaull : ces deux vei-s me frap[)èrent comme lails exprès, et dans ses IS'oles, il cite l'épigramme de Martial, et même
LETTRE XVIF. 319
encore une autre dont je vous ai fait grâce ; voilà toute ma science qui n'est que de droit et non défait. Je suis de l'avis de M""^ Bouvillon qui vouloit le verrou et qui disoit : « fermée pour fermée, il vaut mieux qu'elle ne se puisse ouvrir que de notre consentement. » (Roynan Comique.)
La dame que vous nommez étoit brouillée avec le défunt plus d'un mois avant sa mort; il avoit même tourné ailleurs, et en vouloit à M"'*" de Blagny et à M"'' du Franc, cherchant à se fixer, mais la mort y a mis bon ordre. Le testament du père fut confirmé par arrêt du 6 septembre 1718, au profit de l'Académie des Sciences, à qui il avoit fait deux legs de 125,000 fr. Ce testament (il est du 12 mars ilik) fut imprimé alors, avec des Notes curieuses, et je l'ai retrouvé ; il porte que si la ligne directe de son fils venoit à manquer, il veut qu'en ce cas seulement, il soit fait ouverture d'un paquet cacheté de son cachet, suscrit et paraphé de sa main, pour être exécuté selon sa forme et teneur, et pourvu à la substitution : ce sont les termes ; ce paquet est attaché à son testament, par trois endroits découpés et redoublés de petits rubans rouges cachetés; on m'a dit qu'il avoit été ouvert, et qu'il y avoit une substitution, au fils aine et descendants de M. Rouillé du Coudray, de la terre de Meslay, et d'une maison sise à Paris, mais je ne sais si cela est bien certain. Les Bouillon ne sont point héritiers, il y a trois tantes plus proches , M"'*" la duchesse de Richelieu, M""" Bouchu , et M'"*" Bossuet, qui n'auront pas grand'chose si la substitution a lieu, car la légitime est bien entamée, et il avoit fait un étonnant marché de sa charge, dont il doit encore 100,000 éciis.
Je suis bien curieux de votre Congrès et des critiques de Bayle. Je n'ai pas encore envoyé ma lettre à l'abbé Leclerc : je ne sais pas son adresse.
M. de Valincourt a beau dire; la vieillesse indigente n'appartient point aux courtisans de la Marquise, mais je crois bien qu'ils ont leur fait sur le recueil des folies
320 a)RI\^i5l>o^DA^CK iM:i)rrK.
de jeunesse, qui se reoouuoll dans les œuvres de F. redonnées depuis pou.
Le nom que vous cherchiez est certainement M. de la Hoijue; j'ai vu cent lelUvs de lui à Bayle, plus belles l'une que l'aulre. LWvis aux réItKjics, s'il n'est pas de Bayle, ne peut être que de lui. Je dis s'il n'est pas de Bayle, car, entre nous, j'ai bien de la peine ;\ ne le lui pas donner; mais il ne faut pas le dire au pul)lic , puisqu'il l'a toujours dénié , et que ce livre ne sert qu';\ décrier sa mémoire dans son parti.
Le mot du comte de Grammont, qui était três-lnimble serviteur du itiiftistre qui seroilnomméyx'iciïidc plus loin, et j'en ai trouvé la source dans ce même livre de VAvis aux réfufjiés. Lokiirt, gouverneur de Dunkercjue, attaché à Cromwel, étant ambassadeur en France pour lui, vit que son parti chanceloit; il se disoit tout haut : Vambassadeur du parti qui prévaudrait et le très-humble serviteur des événements; et ce mol est rapporté à la lin de V Histoire des troubles de la Grande- Bretaijne y par Salmonet, à Paris, en IGGl. Disons comme sur tout ce qui se passe.
On parie toujours pour la Princesse polonaise : sa maison se fait. M"* de Clermont en est nommée Surintendante, au grand déplaisir de M'"' la princesse de Gonti, cjui s'étoit raccommodée avec son mari dans le dessein d'avoir celte place; mais on l'a donnée, le jour même de la réconciliation, et son mari lui reste, qui, de dépit, s'en est allé i\ risle-Adam, et n'a pas même couché avec elle. La princesse de Glermont sera nommée .M"" de Bourbon. La dame d'honneur est .M'"*" la maréchale de lîoullers, le surintendant M. d'.Vngervilliers; on ne parle plus de l'Infante qui fait sa route. Je lisois hier les lettres patentes du comte Kobin, qui lui ont été données et en Kspagne et en France, en considération de la négociation de ce mariage, et enregistrées dans toutes les cours : il n'en restera cjuc cela et les médailles.
Le gendre de M"*' de Prie a eu le régiment Koyal-Pié-
LETTRE XVIIF. S2t
mont, en le payant bien àM"**^ de Germinon, la veuve de celui qui Tavoit. M"*^ de Manicamp , après avoir bien fait la matrone d'Éphèse(l), épouse M. de Châtillon; et voyez riiabile prévoyance des hommes : le chancelier Voisin a fait donner le grand bailliage d'Haguenau à M. de Châtillon et ses descendants mâles : il n'a qu'une fille de son mariage avec M'^*^ Voisin , qui sera privée de ce beau morceau qu'on a enlevé aux Mazarins, et les mâles de ce nouveau mariage en profiteront; ce n'étoit pas la peine de faire une injustice. On voit ici les XII propositions du Pape dont on ne veut pas , et la Lettre de M™^ de Chelles, où elle fait profession de foi de jansénisme et qui pourroit bien être politico-théologique.
J'ai oublié de vous dire, en parlant de M. delà Roque, qu'il a été secrétaire du conseil du dedans pendant la Régence ; il demeuroit alors chez l'abbé Fraguier; mais après la destruction des conseils je ne sais ce qu'il est devenu, et je sais qu'il se plaignoit fort de son infortune, ayant tout pe du nu papier.
Lettre XVfTr.
A[Paris, reO mai 173'J.
On m'a remis. Monsieur, votre manuscrit sur la Dissolution (lu mariage par C impuissance de Vliomme (2), avec votre lettre, dont je vous rends mille très-hundjles grinces. J'ai déjà parcouru cet ouvrage, et me suis arrêté i\ la fin du premier chapitre, où il me p-iroit que vous traitez M. Ravie un peu durement, en disant (ju'il n^est sur ce
(1) Voir dans Pt'trono riiisloire (!»» rollr matrone (rKplH'sc . vi'iive iiicoiisolablc el hifiitôl (onsolro.
(2) Ce Traite fui iiii|iriiiu'. inal^r.'- l'inlnition de rauloiir <!»• Ir cmh^mv» r inaniiscril. LxiTrmlHmrg, Voii «Icii Kraglli, 1735, iii-S".
322 CORRKSPOM)ANCE IM.hlTK.
point, ni tlu''oli)gicn, ni j»liiK»>(>[>lir ; il ni»' scinhlo (iiic c'est parler avec inveolive lir lanto viro , et je ne sache encore (jue Leeleic , son ennemi ea])itiil , (|iii ait dit i\c lui . Mec rêvera in phi hisophlvis ultra scolanim Pcripaletirannn et Cartesianantm vuhjaria placitaprotpcssuseral. . . intheoloijicis verô plauè hosprs eral ; mais il n'ajpersnadé cela à personne. Pour revenir au fait, M. Hayle est bien mallieureux sur cet article de QuelleneCy car les scrupuleux lui en ont fait une vraie querelle, comme vous voyezdans la 2' édition, et vous. Monsieur, vous lui en faites une sur ci' (|u'il prend un parti de bienséance contre lesfemmesqui entreprennent ces sortes de procès. Disons la vérité. Monsieur, ces sortes d'actions des femmes, comme dit Hayle, ont je ne sais quoi qui ternit la réputation... ^u la manière de procéder qu'il faut qu'elles suivent; voilà son principe, et vous ne sauriez disconvenir de ce je ne sais quoi, qui est mal fondé si vous le voulez, mais qui, ayant pour soi Topinion des hommes, qui fait beaucoup en matière de mœurs, il suit de h\ «pif .M. Hayle, en soutenanUclte opinion , est un x rai philosophi' moral ; »;joutez ces mots : vu la manière de procéder qu'il faut (ju'rllcs suivenlj et cette manière il la détaille , c'est-à-dire l'interrogatoire, la visite dont vous trouverez une descri[)tion naturelle dans l'article liohcrl^ el le combat du conirrès qui avoit lieu au temps de (Jnellenec. Or il n'y a personne qui ne sente (]ue cette procédure nécessaire a je ne sais quoi qui ternit. L'on a beau dire, une femme qui se fait visitei-, i\\\\ lépond à toutes les curiosités impudifpies d'un int(;rr(>.i:ateur et qui soutient le con,i:rès, aura toujours contre elle le je ne sais quoi, ci plus (pie le j<; ne saisipioi. M. Hayle a d'ailleurs ws autorités : il cite ses garants tcnit au long, il vous met les livres à la main, llolman , Tagerau , Houillard , Hol>€rl; c'est donc à eux qu'il faut s'en prendre, non à lui, et vous ne pouvez pas diie cpi'il traite la matière avec tout le sérieux d'un [>liilosoj>he <t d'un tln-ologien ,
[LETTRE XVIIP. 323
car il n'y a rien de moins sérieux i]iie cet article , qui a été trouvé trop peu sérieux, et qui finit par le conte du Meunier et de sa femme a Jacob^ pourquoi ne faisois-tu pas de même quand nous étions chez nous? » Pour la théologie, il n'y en a point : ce n'est qu'une moralité bienséante et dont on devroit tenir compte à l'auteur qui n'est pas toujours si sage. Je sais bien qu'il y a du danger pour le salut d'une femme de rester avec un impuissant, mais il ne s'agit point ici du salut, il s'agit de l'opinion des hommes, et de l'usage de la société, dont Bayle parle seulement, et qui ne mérite donc pas de repréhension de ce côté là. De plus, vous voyez que les canonistes voudroient qu'on pût retenir les femmes VisororeSy il y a donc des cas où la pudeur s'oppose à ces actions, et on ne les permet qu'à celles qui senieni stimuli caniis : or croyezvous de bonne foi qu'il n'y ait pas le Je ne sais quoi qui ternit à une qui avoue les aiguillons de la chair, et qui est supposée nécessairement les avoir, puisqu'elle ne peut vivre comme sœur, ni même se séparer volontairement, comme on le fait tous les jours, en prenant des demeures différentes?
Enfin , Monsieur, je ferois un beau plaidoyer pour mon ami, si je le voulois, mais je ne veux pas plaider contre vous, je demande seulement que les termes, certainement trop durs, soient réformés, et que vous marquiez quel étoit son avis dans cette matière, qu'il avoit pris dans Hotman et dans Tagereau. Je plaiderois bien aussi si je voulois pour l'avocat Gaufridus de Ileruumvillay cité par Jean de Salisbury, sur ce que vous dites qu'il fitl'ofiice de juge en l'interrogeant, car nous interrogeons tous les jours pour donner des avis sûrs, et il m'est venu depuis très-peu de temps qu'un gentilhomme ayant enlevé une demoiselle qu'il m'amena et voulant prendre des mesures pour une retraite dans un couvent au lieu de se marier, je m'avisai de demander si elle n'/'toit point grosse , ce qui dut lui faire de la peine; elk' m'avoua le
324 (:oI\I\^:spo.M)A^(:l^ lnkditk.
fait, et sur cola je l'onseillois lo inariaL^^c , (|iii doit se faire ces jours-ci , avec des soinnialions à la mère du gentilhomnio, (|ui n'a que vingt-six aTis, et qui ne se soucie pas d'èlre déshérite.
Ainsi, MoiLsiour, je crois que les interrogations nous sont quelquefois permises, non que je défende celle de Gaufridus, qui éloit indifférente et inutile, et que Jean de Salishury a embellie à sa manière; mais il faut avouer que c'e^t une curieuse recherche de Bayle sur celle question.
La Biche en rut mériteroit bien aussi (juel(|ues remarques; la critique de Ha vie ( qui est dans l'article de Barbe que vous ne citez pas) tombe aussi bien sur Horace et sur Juvénal que sur Despréaux, qui ne répondit point, parce qu'il n\i jamais répondu à tous ceux qui ont écrit contre lui. 11 ne faut donc pas dire qu'il n'a pas osé réplifjuer ; cela ne le regardoit pas seul, mais les poOtes de l'antiquité, et je puis vous répondre qu'il admiroit Bayle, même dans ses répréhensions, comme vous l'avez pu voir dans mes lettres, où vous aurez remar(|ué ce qu'il répondoit en conversation X ce sophisme tiré des animaux et à la criti(pie de Bayle {nota que Bayle met sa criticpie conlre Despréaux dans la bouche d'un sophiste , VV'2, deuxième édition.
Du reste. Monsieur, j'admire votre dessein : je me prépare à bien profiler de vos recherches et de votre érudition , mais je ne sais pas si n'y ayant point de cause pii- ))lique sur cette matière, il est permis de l'agiter sans nécessité aucune. Tous les trailés que nous avons sur celi ont été faits dans les temps des occasions et des procès. Et je crains le je ne sais quoi, (iardons cela pour nous dans le cabiriel, et ne le montrons cju'aux mal mariés; que diroit le duc de Gesvres, aujourd'hui favori du roi, «'il voyoil renouveler cette question ?
J'ai fait une consultation sur la malit're d'impuis.sancc dans le ciisd un second rapport, que je veux rechercher ; il y avoit de la physique tirée d^un manuscril de M. llo!)i-
berç, qui savoit cette nuitière, où il ctoit grand maiire et avoit de grands disciples.
Ce seroit une chose curieuse de savoir où la femme de Quellenec avoit porté son action, car étant de la religion, elle n'avoit pas sans doute reconnu rofiicialitéetrévèque le Grand conseil avoit ordonné le congrès : elle plaidoit donc devant les juges laïques, et l'éclat n'en étoit que plus grand.
Lettre XIX\
A Paris, ce 6 mai 172."».
Je vous remercie de Fendroit des Exercices de Saint- Ignace; il eût bien pu se passer de dire Deosculeri vesttmenta, loca, veslifjia. Cœteraque personis lalihus conjuncia, et c'étoit une belle occasion pour un satirique. 11 est encore parlé de cette pratique d'appliquer les sens dans la Briève instruclion qui est au commencement du livre, où il est dit: a .l/)/;//(^uc:; l'ouïe, le goût, l'odorat, Fattoucliement, chacun à son objet propre; mais en cas de ne trouver des objets propres et corporels, alors il les faut prendre métaphoriquement et spirituellement. »
L'article Je Retzaservï à son fils. Étant àlaGuadeloupe, on le vouloit employer à la patrouille comme les roturiers ; il s'en voulut dispenser comme nohlc, mais ses titres étoient bien loin; il les trouva par hasard dans la bibliothèque des Jacobins, où étoit le Dictionnaire de Bayle,et l'article de son père, fils d'un secrétaire du lloi, lui servit de privilège et de distinction dans l'Ile; il a depuis épousé la hlle dun gros négociant de ce pays-là, et M. Houel lui vient de vendre son marquisat de la Guadeloupe, ou Houelhourg. Qui eùtjamais dit que cet article, mis dans le Dictionnaire, eût produit de ces événeniciits?
Laissez dire les sots, le s;ivoir a son prix.
326 (:0RKKS1H)M)ANCK iSKOriK.
Puisque Hayl»' a clôniô toute sa vie être Tauteur de IMri.s aux rcfuyiéSy il Ten faut croire, malgré la conformité du style, qui est trompeuse.
Si je puis déterrer M. de la Koque, je saurai ce qu^il m'en voudra dire.
Je ne vous écris point la liste delà maison de la Reine, que sans doute vous avez eue. Nous sommes toujours dans rincertitude, et il n'y eut jamais secret mieux gardé. Les fainéants, commentateurs des bruits de ville , comme lîavle les appelle , ont à présent bon temps, et vous ne sauriez croire jusqu'où est poussée cette licence sur les défauts des princesses qui peuvent être appelées à ce haut rang. Henri IV disoit bien que si Ton pouvoit obtenir une femme par souhait, il voudroit en avoir une qui eût, beauté en la personne, pudicité en la vie, complaisance en rhumeur, habileté en l'esprit, fécondité en génération , éminence en extraction, et grands Etats en possession; je crois, mon ami (disoit-il t\ M. de Sully ) que cette femme est morte , voire peut-être n'est pas encore née, et n'est pas prête ;\ naître : vous savez qu'il fait ensuite le portrait des princesses de l'Europe, et c'est là où il dit ce plaisant mot de sa nièce de Guise, qui aimoit bien autant les poulets en papier qu'en fricassée, et où il dit tant de mal de la maison de Médicis, dont il prit pourtant la fille. Si nous avions aujourd'hui de pareils récits, les nouvellistes ne nous cnnuyeroient pas tant. L'Infante est toujours sur sa route et avance vers l'Espagne.
Vous voyez à Dijon la Gazette de Hollande ; vous avez dû y trouver les douze propositions et la lettre de l'abbesse du sang royal, qui s'intitule Altesse Royale; il n'y a plus à Cliellcs de Rarnes, confesseur qui fasse des dissertations contra equivocaliones , mais il faut pourtant qu'il y soit resté quelcpie chose de son esprit. Ce fut là rju'il fit ce livre, dit le Mercure français, tome XII, page Vôl, et Baylc en son article.
Le testament de M. Meslay père a été ouvert; la sul)stitution de Meslay est de deux maisons de Paris, et est au profit du fils de M. le prince de Talniont et de ses descendants, et des filles à leur défaut. Les du Coudray sont bien trompés : on se prépare déjà à contester ce testament. Un curieux de voluptés m'a dit que l'aventure de l'abbé de Marly éloit décrite dans le Colloquium VU de Julie et d'Octavie (qui n'est ni de VAloijsia Sigea, ni de Meursuis, mais de Jean Vestrene, jurisconsulte bollandois), et qu'on y trouve la cloison disjointe , percée , et les spectateurs placés pour voir les Théodores et les Crisogons , en bonne fortune avec des prudes. Ce ne sont pas là les Colloques de saint Ignace ; voilà encore une recherche à faire .
Lettre XX'.
A Paris, ce i7 mai 1725.
Vous voudriez, Monsieur, que Bayle ne fût pas livré au préjugé du commun des hommes, mais il est bien difficile de se défaire de ce préjugé, en matière de pudeur, et il faut qu'il soit bien fort, puisque lui qui a été obligé de faire l'apologie des obscénités, s'en est détaché en cet endroit, et que vous-même, Monsieur, qui le condamnez, n'avez pu vous empêcher de dire, qu'on ne peut nier qu'il n'y ait quelque sorte d'indécence dans la visite de la femme, ce qui revient justement au je ne sais quoi; s'il avoit lu saint Ambroise, il y auroit trouvé : Addkenlnr sacrée virgines ad hujus modi ludihvia, qux et visu et auditu, horrori et pudori sunt. Il n'en a pas tant dit que cela; j'espère donc, Monsieur, que vous adoucirez vos termes contre lui, et aussi bien (jue contre Despréaux, qui n'étoit point obligé de répondre à tous les livres où on parloit contre lui, et qu'il pouvoit ne pas connaître.
Bayle, comme philosophe , est de la secte des Pyrrho-
318 (:OI\[\KvSI'()Nn\N(.K iM:mTK.
niens. Vou> veiirz ailleurs (juil dit (lu'il y a un mariage naturel entre tous les hommes et toutes les femmes, et que la inulité n'est pas si bh\mable.
Mais ne penlons point de vue votre Disserlallon : j'avance dans ma lecture avec grand plaisir, votre critique est nette, forte, et développe la matière avec une clarté merveilleuse. Je commence à croire qu'il ne faut pas attendre le temps d'un procès d'impuissance, et qu'on ne peut trop tôt mettre entre les mains des juges un si i)eau traité : je voudrois seulement que votre long chapitre 2' fut divisé par sections avec quelques petits titres autres que les apostilles de la marge, afin de reposer le lecteur qui prend du relâchement dans ces divisions. Il me semble que vous parlez de la cohabitation triennale, sans trop l'annoncer, et sans en faire l'histoire , mais vous parlez à gens instruits, et dans cette supposition c'en est assez dire. Je me prépare pour une campagne d'où je ne viendrai qu'à la Trinité et je vais acquérir bien de la puissance contre les imi)uissants.
J'admire en ce moment le sens que vous avez donné aux passages de saint Ambroise et de saint Cyprien, et la bévue où sont tombés tous les auteurs qui n'ont [)oint remonté aux sources. Mais cpiel travail pour les hommes de ne vouloir en quehpie sorte point n'être homme, et ne point errer.
J'ai envoyé ma lettre à M. l'abbé Le Clerc, qui m'a aussitôt répondu, et me dit qu'il a beaucoup parlé de moi avec un abbé Tricautque je ne connois i)oint, et cpii lui a donné votre connaissance ; il me promcdson livre, el il me fait une longue histoire du secret qu'il y faut garder : il ne sait comment me l'envoyer : je voudrois qu'il lut à Dijon , el de U il pourroit venir à Paris. Il me [)arle de son livre sur Bayle, cpii ne contiendra (pie des faits et des additions et supplétnents. Tant mieux, il dit (ju'il a corrigé 10.000 fautes dans Moreri, M. de la Barre 10,000 autres : voilà bien des fautes, sans celles cpii restent; je ne
LETTIIE XX^ 329
sais si la dernière édition est purgée de toutes ces fautes. Il me doit encore écrire; je lui trouve Tesprit vif et fort décidé, et même bon homme, car il me fait déjà des confidences sulpiciennes.
Il y a un arrêt du 28 avril, qui ordonne que l'écrit imprimé, ayant pour titre : Lettre de Son Altesse Royale M""" d'Orléans y ahhesse de Chelles, à une de ses amies , sera supprimé; on lui apprend là qu'elle n'est qyi* Altesse sérétîissime et que l'auteur ne sait pas les rangs.
L'arrêt du 21 avril, rendu au conseil sur l'édition des ConcileSf qui fait le procès au Parlement et à la révision, fait grand bruit; il a été arrêté qu'on feroit des remontrances. Cet arrêt est rare, je n'en ai pu avoir; il est dans la dernière Gazette de Hollande. Voyez avec quelle adresse il est rédigé.
Les Mémoires sur le prieuré de Saint-Martin sont vniiment des avocats qui les ont signés: je sais certainement qu'ils y travaillent l'un et l'autre, et M. Cochin vient de déduire encore d'excellentes observations sur le droit du Pape et sur les fins de non- recevoir.
Je vous remercie de vos nouvelles de Strasbourg ; vous en savez plus que nous, car il y a une chanson qui dit :
Mais par quelle route I/irons nous chercher?
>ous n'y voyons goutte, Pourquoi la cacher?
Charmante anonyme, Viens donc promptement, La France t'estime Sans savoir comment.
C'est sur un vieil air du temps de Malherbe et d'Anne d'Autriche, et qui donna lieu à une parodie contre le po(qe et qui finit ainsi :
Ce hrave Malhcrhe.
Donnons-hii de l'herbe Car il a hicn taim.
SSO (:l)KRKSPO^I)A^CK lM,mTK.
c'est M. de la Monnoio (jui m'a appris \c nom de Vestrène; cela est dans ses Rvmarques sur Haillet.
Lettre XX I\
À Paris, ce 27 mai 1725.
Je viens de finir, Monsieur, la lecture de votre Discours sur la dissolution du mariage par F impuissance de rhommey et je ne puis vous dire le plaisir qu'il m'a donné. Tout y est recherché, vrai, fortement exprimé et nettement, avec le ton qui convient à un grand magistrat. J'admire jusqu'où vous avez porté votre critique ; vous nous apprenez cent choses que nous ignorions, et Ton seroit bien heureux si toutes choses étoient ainsi étudiées et approfondies : Joannes Andréas et Ancharanus sont de bons témoins de l'antiquité du congrès, et surtout le premier, qui en parle si positivement. Bayle a fait un article de ce savant canoniste, et a rapporté un petit conte de lui qui est dans les Facéties du Pog-ge, et que M. de la Monnoie lui a communiqué, où on voit (jue le bon Jean André étoit bon juge de cette matière. L'histoire que vous faites des deux ouvrages d'Hotman et de Tagereau , et du procès d'f^tienne de Bray est merveilleuse, et le Factum de Pasquier, si peu connu, vous a bien servi : il est étonnant que le passage de Christinaîus, qu'on avoit sous sa main, ait échappé à ceux qui ont parlé des usages des Pays-Bas, et vous distinguez si bien les abus des congrès qu'il est impossible de n'être pas de votre avis pour l'admrttrf dans le cas où vous le posez, qui, à la vérité, est très- rare, mais qui, étant possible, exige la nécessité du remède. C'est comme si l'on accusoit un homme d'être aveugle, et qu'il dise : « Donnez-moi un livre et je vais lire devant vous. » Le Parlement de Paris seroit bien surpris s'il voyoil vos remarques contre l'arrêt de 1077. Je voudrois seulement y adoucir quelques termes un peu trop
personnels contre les juges (j'en ai fait la remarque sur un papier séparé , que je vous renverrai avecle Discours). Il me semble nécessaire de marquer le temps où florissoit Jean-André (1330), et sa mort en 13'i.8, et aussi celle d'Ancliaranus , et même quelques termes propres de ce dernier : je voudrois aussi quelques citations de Pasquier sur le démenti donné à Hotman, parce que, ce Factum étant très-rare et presque perdu, on ne peut l'aller consulter. Enfin, Monsieur, cette Dissertation est très-digne d'être publiée, et je change d'avis sur le secret que je voulois qu'on y gardât. Quand je dis publiée, c'est à la manière que vous l'entendez. J'espère que vous ôterez ce qui regarde Despréaux et Bayle à la fin du dernier chapitre. Cicéron dit quelque part : MuUiim parcendum est carltati lioniiniun ne offendas eos qui diligunlur. Despréaux n'a pas plus répondu à la comparaison de la Biche en rut^ attaquée par Bayle, qu'à la critique qu'il a faite du sac ridicule de Scapin, à l'article de Molière, du portrait d'Alexandre à l'article Macédoine , et à je ne sais combien d'autres endroits, et pour Bayle, voyez connue à l'article lV Alphonse il parle en théologien. Ce qu'il a dit sur Quellenec est suivant le préjugé de la pudeur, qui est l'ornement des femmes, préjugé qui lit abolir l'inspection des hommes pour déterminer la puberté, comme il est marqué par l'empereur Juslinien, Livre / "", Titre 21 , et laquelle inspection n'avait jamais eu lieu pour les femmes : Quod in feniinisantiquis inipudicuni esse visuni est; parce que, dit élégamment M. INllisson dans sa paraphrase, les anciens crurent que la pudeur étoit plus naturelle à leur sexe et qu'cdle lui étoit échue en partage. Vous voudriez que la philusuphic corrigeât les préjugés; je le voudrois bien aussi, mais corrige-t-elle la honte du cocu, qui ne peut mais de la galanterie de sa femme? y a-t-il préjugé plus extravagant? et cependant mettez le remède de la philosophie i\ ce mal et vous ne le guérirez pas : qu'un homme se vante de garder 1. III. 2i'
332 CORRKSPONnANCE liNfcDITK.
tiilélité À sa femme , (ju'il entreprenne un procès de dissolution parce (pielle stM'oit arcliar, on se mocjue de lui ; ainsi le monde est fait , et nou*^ n«* le réformerons pas. Mais avant d'attaquer la philosophie de Uayle, il faudroit détruire les principes (pfil élahlil dans ses Prusirs sur les coméfes y H\'l et suivantes, où il établit (]ue les lois humaine? sont la vertu d'une intinitéde gens, cpie la reli- ,iL:ion y a peu de part , princii^alciiKMit dans les femmes, et (pi'il faut (pi'il y ait (piehpie autiv principe de leur chastelé (pie celui de la conscience. Or, dansée principe, il a bien pu hlAmer une femme qui entreprenoit un procès contre l'honneur des lois humaines : reste î\ savoir si celte philosophie est bonne ; mais ce seroit une longue dispute ; il vaut donc mieux , Monsieur, laisser notre philosophe en rej>os ; il ne bsoit canoniste aucun, et si vous voulez de lui une ancienne origine du congrès, c'est (ju'il l'cmanpiecpi'Olympia, soupçonnant son tilsAlcxandre d'impuissance dans sa jeunesse, le lit coucher avec une belle • courtisane tln-ssaliennc nommée (lallinexa, à (pii cependant il ne lit rien ; sur cpioi lUiylc dit (pie la nature, qui en toute autre chose avoit été diligente pour ce prince, fut paresseuse et se leva un peu tard poui* ce poinl-hi. N'est-ce pas là vérilabhMuent un congrès bien autorisé? Kn faveur de cette recherche pardonnez à Haylc, et je vous demande aussi grAce pour ce ^r/i^// avocat (je n'aime pas ce terme, peu usité en matière grave) mm ]}lus (jull fil le juge en interroffeaiit sa partie, car il ne le fit pas, puisque Tofticial même n'eût pu rinterrogcrsurce point , el(jiie d'ailleurs il nous ( st nécess.iii-e (rinteri'oger pour nous instruire, mais ilon j>as d(* mal interroger. Je n'oublici-a pas le po<*me de l'abbé Margon en vous renvoyant votre Discours; il y a dans Hayle un article de Phnilrvit fie In Pause, où vous trouverez aussi le nom de Margon , et comme IWiyle a bien conjecturé sur le château (jui porte ce nom.
J'aurai l'honneur de vous solliciter bientôt pour nii
LFTTRI-: XXll^ 333
procès renvoyé à votre parlement entre M. le comte de Sainte-Maure et de M. de Bourdeille : c'est pour le comte que je prends intérêt.
Je ne veux pas finir sans vous dire que le Parlement, qui a rejeté le congrès par pudeur, vient d'admettre la représentation du registre d'un accoucheur, où il y a plusieurs secrets. Le duc de la Vallière a voulu voir le registre entier, depuis l'arrêt : il a trouvé quatre articles concernant M""^ deCh., autres que ceux dont la demoiselle vouloit se servir, et ils se trouvent datés l'un de 169i, l'autre de 1G98, quoique le registre commence en 1695 et finisse en 1G97. Appel de la sentence des Requêtes du Palais qui a ordonné l'extrait de ces articles. On conclut à voir le registre entier ou à la suppression du registre. La cause va être plaidée de nouveau à la Grand'Cliambre avec les gens du Hoi : et tel est le danger de ces registres qui offensent la pudeur. Bonjour, Monsieur; je vous embrasse de tout mon cœuret vous remercie de même.
Lettre XXIF.
A Paris, ce 27 mai 1723.
il n'y a encore rien de décidé pour la Ueine, qui est toujours anonyme. Cependant, Monsieur, on ne doute pas que ce ne soit la princesse de Pologne, et on travaille tous les jours à sa maison. Les Espagnols n'en ont pas été si fâchés; ils ont pris tous les présents, jusqu'aux poupées, et n'ont pas renvoyé cette belle toilette d'argent (jui est un chef-d œuvre de l'art. Nous attendons la reine d'Espagne et M"*' de Beaujolois. Il y a beaucoup d'ouvriers à Chantilly : on y fait un appartement pour la Heine, et nous saurons bientôt son nom. Déjà chacun lit les Histoires de Pulofjnej la curieuse lielcUion de .M. le Laboureur imprimée en 1GV8, celle d'IIautcville en 11)88, et VOrbis polonus de Simon OUolski, iuiprimé à Cracovie en IG'i-l,
ZU CORRPSPONDANCK LNKDITR.
où on trouve toute la noblesse ilu i>ays. Lisez l'artiele Lismanin dans Bayle, vous y trouverez bien des particularités polonaises, el dans Tarticle iV Aragon (Isabelle). Que dites-vous d'Ililarion de Coste (|ui dit que la reine Bonne- Sforce, mère de Sigisuiond-Augustt*, se maria en Italie à un homme de basse condition nommé Pnpacaudaf M. de Tliou dit : consuetwiine cujusclam Papacodœ non honeslé uscif ce qui siijnilie ;\ mon avis (juebjue domesti(]ue ou ciiudataire du pape, et je suis bien étonné que Bayle a passé ce Papacawia au minime. Mais voici bien pis; Du H ver a pris ce cujusdam Papacaudiv pour une femme, et dit que cette reine fit habitude avec une certaine Papacauda, avec laquelle elle se gouverna très-peu lionnêle' ment ; ainsi, sans beaucoup de façon il en fait une Lesbienne, en changeant le sexe, et par cette métamorphose fait là une faute bien plus que grammaticale. Voih\ un j)elit plat de critique, que je vous sers, et que je ne croyois pas trouver à l'occasion des noces de la Heine.
Il n'est plus question que de po/Miies épiques. Clovis parolt , il n'y a encore que luiit chants. Le po(He ne se contraint pas de prendre dans Virgile les plus beaux endroits; vous y trouverez un double système des dieux et des anges, parce que son héros est païen et doit être chrétien ; l'imagination en est assez heureuse, il y a de la fécondité, mais de la dureté dans les vers. Un autre poC'tefait comme une parodie du po^^me de La Ligue ; et son héros est Cartouche, il y fait entendre des vers entiers de Gjrneille et autres, c'est une espèce de centon d'une nouvellesorte, etcelaest, dit-on, fort ])laisant ; mais ce qui fait bruit, c'est un autre po«'me de la Dhnoniade , ou la Magie démasquée , cjue l'on dit merveilhîux, et où les illusions de cet art que le po^^te attacpie, sont si vivement décrites que l'on croit être au Sabbat aver tous les lutins. L^nutcur, qui se cache , est M. Bosc, autn^fois maître de» requêtes et surinlend.ini de M""" la Danphine, (]ui , ne sachant plus de quel bois faire flèche, s'est mis à décrier
le diable, et je crois que son poëme se vendra plus que le Monde enchanté.
M. Paparel vient de mourir : il avoit été condamné à mort sans l'avoir trop mérité; on l'a taillé, sur la fin de ses jours, sans avoir trouvé de pierre, et s'étant retiré dans une communauté de la paroisse de Saint-Sulpice , après avoir été confessé par un père de l'Oratoire, on a trouvé sa confession nulle , et on l'a fait confesser de sa confession. Voilà un homme assez maltraité dans le corps, dans l'àme et dans la fortune, il étoit si extraordinairement composé qu'à lui tout cela passe pour ordinaire.
Je finirai par un mot de Bayle qui terminera notre dispute sur lui : (( Si tous les hommes étoient philosophes, on ne se serviroit que de bons raisonnements, mais dans l'état où sont les sociétés il faut quelque autre chose que la raison pour les maintenir » ( Luhienelski, note G.)
Depuis ma lettre écrite, la Reine a été déclarée ce matin dimanche 27 mai, au lever du Roi; c'est la princesse Marie, fille du roi Stanislas.
Lettre XXni\
À Paris, ce 13 de juin 1723.
Votre lettre m'a paru courte. Monsieur, et à Dieu ne plaise que j'en sois fatigué. J'ai encore relu votre ouvrage, et j'en suis charmé de plus en plus. Je suis d'avis qu'on l'imprime, et d'y joindre le Faclum de Pasquier : ce sera deux pièces bien curieuses ensemble. Vous ne vous rendez point sur Bayle ni moi non plus; il a suivi sa philosophie et vous dites qu'il a suivi le préjugé vulgaire , c'est de quoi je ne suis pas d'accord, ou je dirai que ce préjugé est pkis fort que la philosophie, comme il y a des maux plus grands que les remèdes. Enfin, si vous étiez résolu d'en parler, dites donc qu'il a suivi les préjugés, lui qui s'est attaché à en être le critique, et qu'il a man-
386 cor\nK8iH)M)Ai\'(:i!: lnéditi:.
que, faule de lire les Canonisles, cju'il ne faisoit pas profession de lire. Je vous remercie du Conte des paires allemands que y ne savois pas : il nous vient de bons mots de ce pays d'Italie : et ce sont des hoinmes faits autrement que les autres, n'y eût- il (juc le Pape, qui est thomiste et augustinien, et (jui fait recevoir la Constitution dans son concile. Noire ami Bayle avoit bien raison de renvoyer cette matière au pyrrlionisme et de dire :
Iliacos cxlrà niuros peccalur et inlrà.
CVst dans une lettre qui n'est pas imprimée et que je crois que vous n'avez pas vue.
Votre Eclaircissement sur le Pappacoda nv instruit fort, j'ai été trompé par Torthograplie Pappacauda de M. de Thou, qui m'a j)aru être quoique composé satiricjue et non un nom de famille, llil. de Coste dit qu'il étoit de basse naissance. Vamiralo ne fait donc rien là.
Vous auriez bien deviné la Ueine : mais je crois que Moslradamus a mal deviné dans la prophétie qui est la l)énulti«"-me de toutes, et qu'il n'en coûtera pas un cheveu à la princesse.
Peu après l'alliance faite, Avant solenniser la fête, Î/Knipereur le tout troublera, Kt l.i nouvelle niariée.
Au franc pays par sort liée Dans peu de temps après mourra.
Je ne sais si l'abbé Le Clerc vous enverra son livre : on m'a enseigne un M. Gaudin à Lyon qui doit le lui demander, et me l'envoyer par quehpie commodité; maisj'aimerois mieux , Monsieur, qu'il |)assAt par vous. Vous devez avoir lu (lotis h présent; hf po/^e a fort imité ou plutôt traduit Virgile. La Fontaine a rlit :
Qu<l(pi<s injitaleurs , sol Ijél.iil, je r.i\oue, Suivent, en vrais moutons, le pasieur de M.inloue.
Voilà qui est fuit pour lui. On a fiit ui.«,' LcUi\' apolo^
LETTRK XX1II«. ' 337
gétique de ce poëme^ et c'est une M"' de Goniez qui en est Fauteur. Mais notre (M. B. ) Démoniaque a fait une critique sévère et du poGme et de l'apologie; je l'ai vue manuscrite, il a beaucoup d'esprit et cela vous réjouira, car on va l'imprimer.
Il y a arrêt qui ordonne que le registre de Leduc sera apporté au greffe de la Coar, pour être dressé procèsverbal de la forme et teneur par un commissaire de la Cour, ensuite porté chez M. de la Malmaison pour reconnoitre ses cachets; après quoi rapporté au greffe de la Cour au commissaire, pour le registre être par lui décacheté, visité, le nombre des pages mentionné; et il y a des blancs dont il dressera encore procès-verbal, et venus ouverts es ma/zis des gens du Roi, et sur l'appel, les parties viendront plaider à la huitaine à huis clos.
Voilà bien de la cérémonie : tout cela est pour avoir ou pour rejeter un commencement de preuves par écrit, sans lequel on a cru qu'il n'y avoit pas lieu à l'enquête.
Copie (Cune lettre écrite de Colmar, le 19 de juin, par le premier Président de la V'^ chambre de Colmar, en Alsace^ à un conseiller cr Alsace qui est à Paris, où il la reçut le samedi 23 de juin 172Ô.
((Depuis ma lettre écrite, j'ai vu un nommé de la Brosse, lieutenant de la maréchaussée de Melun, inspecteur de celle d'Alsace, du Comté, des Trois-Évêchés, etc.; il vient de Weissembourg, où il s'est trouvé, lorsqu'un jeune homme est venu donner un avis important à M. de Har-^ lay-Cèli, lequel, depuis quelque temps, tient là une grosse table pour soulager le roi Stanislas. Voici ce que m'a raconté de la Brosse : ce jeune homme cherchant de l'emploi dans les troupes étrangères , on lui promit une compagnie d'infanterie avec 1^000 ducats de gralilication, à condition de portera Weissembourg du tabac à vendre; qnf',rommcce tabac à fumer étoit excellent, on ne inan- T. m. '2'i
338 CORUI SPONDANCF, IM'.DlTi:.
qiieroit pas. le trouvant i\ bon inarclu^, de lui en demander; qu'alors il en iroil ohorcherdu lUi^'ine, qu'on avoit enq>oisonné, et qu'il dt'hiteroit au roi Stanislas, (|uifunie une partie de la journée.
Le dénoneiateurdit que l'entrepôt où rtoit cet excellent tabac î\ fumer cl qui étoit empoisonné , étoit chez un bailli de M. iKlecteur palatin, qui demeure au cluUeau de Falkembourg, situé sur la montagne, A gauche de Landau, dans le terrain dont les limites sont contestées entre la France et le Palatinat; aussitôt, M. de Harlay monta à cheval avec de la Brosse, une brigade de maréchaussée, M. de Mauconseil, dont le régiment est la garde du Koi à Weissendjourg, et un détachement de 30 grenadiers; ils marchèrent toute la nuit, arrivèrent i\ Falkembourg avec le dénonciateur, investirent le cluUeau, prirent le bailli, et trouvèrent la caisse du tabac t\ l'endroit indiqué ; elle éloit dans un lit entre deux matelas. Sur-le-champ, M. de Harlay pnqïosa au bailli d'en prendre ; il le refusa, dis.uit (pi il étoit empoisonné; on lui demanda d'où il l'avoit, et il l'avoua; sur quoi, procès-verbal fui dressé, signé du bailli et des personnes ci-dessus nommées, et on emmena le bailli dans les prisons de Landau, où il est. Au retour, rintendant trouva, chez le roi Stanislas, un gentilhomme de rKlecteur (pii y venoit faire des com[>liments; il lui remit une copie de son procès-verbal pour la porter au prince son maître, et en même temps il partit un courrier potir la Cour le 13 du courant. »
Voilà une aventure bien extraordinaire et un coup de main fait par M. de Harlay sur un oflicier de l'Electeur palatin dans un pays (]ue ce i)rinc(î prétend lui a[»partenir : cette affaire peut avoir de grandes suites.
Une autre lettre porte que ce tabar eiiqmisonné étoit «nvoyé par un ministre du roi Auguste de Pologne.
A Pifis lundi ndft Juin.
LF.TTRK XXIV. 839
LellreXXIV.
A Paris, ce 27 juin «723.
Nous avons le Catalogue de M. du Fay, ou Bibliotheca Faijana, fait par iMartin, le portrait et la Vie ou Éloge à la tète. 11 y a là un nombre prodigieux de. livres rares et d'éditions curieuses ; et le Catalogue seul est une curiosité ; il est très-bien dressé : Martin y a mis quelques Notices d'auteurs, et je ne sais pas s'il a toujours rencontré; par exemple, il dit que VAvis aux réfugiés est de Bayle, et vous savez ce que nous en pensons et ce que m'a écrit M. Basnage : il n'est pas permis d'attribuer publiquement un livre à un bomme qui l'a toujours désavoué, et dont l'attribution fait lortà sa mémoire. On dit qu'il a fait les Nouvcllesde la llépublique des /e^/res jusqu'en avril 1689, et il a lini en février 1087. GabaliSj à ce que dit iMartin, est pris de Borri ; cependant je ne vois pas d'édition de Borri avant Gahalis : celle du Catalogue est de 1681 et Gabalis est de 1670. C'est décider bien hardiment ce problème que Bayle n'a pas voulu décider. Je vois bien des gallicismes dans Borri et peu d'italianismes dans Gabalis. Qu'en pensez- vous, Monsieur?
Je ne croyois pas M. du Fay si ha])ile et si latin : il étoit même très-bon grec. L'original ou PEsquisse de Servet sur la Trinité est une pièce bien curieuse, puisqu'il ne s'en trouve aucun exemplaire imprimé. Vous verrez une grande quantité d'éditions de Bible et de Nouveau Testament très-curieuses : il y en a même quelques-unes qui ne sont pas dans la Bibliotheca sacra du P. Lelong. Je ne sais si on a encore la folie des romans de chevalerie, mais il s'en trouve ici un beau recueil : j'aimerois mieux nos anciens et vieux polies gaulois, qui nous apprennent nos usages, mais qu'est-ce (jue ces romanciers nous npprennent? et le seul Don Quichotte^ re livre mcrveil-
140 CORUfclSPO.NUVM.K IM.DIIi:.
leiix, que Saint-Kvrcnioiul prôfcroit ù lous les livres du monde, ne les a-l-il pas tous détruits?
H pleut toujours ici; nous allons avoir une procession générale de la châsse de Sainte-Geneviève, elle n'est pas cependant encore indiquée : on va aux astrologues auparavant pour savoir si cette conjonction humide et ce uimbosus Orion , [kuI encore durer ou cesser. Sauvai parle de cette consultalion astrologique, qui se fait en ces temps-là. Pour moi, je suis hien fâché contre ces hyades fangeuses, qui gàffcnt les hiens de la terre et les chemins, et, qui plus est, la sanlé.
Un mé dit hier qu'une madame de la Roche-Ballant, qui est Vassé en son nom et du pays de ïouraine, a tué son heau-frère d'un i)on coup de fusil qu'elle lui a tiré d'une fenêtre lorsqu'il venoit pour la faire sortir d'une terre, qu'elle étoit condamnée do lui délaisser, dette héroïne est venue ici pour demander sa grâce, et elle pourra bien v laisser sa tête.
Lellre XXW
A Paris, ce 29 juin 1723.
Uuand j'ai reçu votre lettre du 26 juin, iMonsieur, j'étois fort en peine de vous, mais elle m'en a tiré trêsagréablcment. Je relirai encore votre Disserlalion avant de vous la renvoyer : de privilège, je ne crois pas que l'on en donne, mais il ne vous est pas difficile de trouver un lil>raire, qui vous en aura obligation aussi bien que le public, et y joignant le lùirtum de Pascjuicr, ce sera la grâce entière.
.M. l'abbé Leclerc est pi(pié au jeu , pui.scju'il veut me faire une lettre de 400 pages; mais je ne crois pas que j'y réponde. Comme il est accoutumé à trouver des fautes ou à en chercher, je crains «jii'il n rn mette où il n'y en a point. Voyez ce qu'd a repiis dans Ilayle sur les
centuriateurs de Magdebourg; tout cela aboutit à faire voir que la critique de lui-même, abbé Leclerc, n'est pas bonne. Sa communauté de M. Lebrun est pitoyable; il croit que M. Arnaud ni M. Baillet ne peuvent pas dire un mot de bien : je crains que ce ne soit un liomme de parti, qui voitdes fautes chez tous ceux qui ne sont pas du sien. Enfin, attendons sa lettre, et, quand nous la verrons^ nous verrons, comme disoit Buisse. Dès à présent, Monsieur, il consent que vous en preniez une copie, je n'en ai point gardé de celle que je lui ai écrite.
La citation, Iliacos, etc., n'est pas dans les A^^^res imprimées de Bayle, mais dans une qui ne Test pas, qui est du 16 avril 1705, et que je vous ai envoyée; pour celles que vous me datez, ce sont les miennes et non pas les sien- . nés, je viens de les vérifier.
La prophétie n'est pas du style deNostradamus, elle est pourtant imprimée avec les siennes en 16'i.9 : mais le prophète n'a pas dit vrai, oua parlé d'une autre alliance, car celle-ci va se finir, et M^'le duc d'Orléans fut nommé hier pour aller épouser la princesse à Strasbourg. L'affaire du poison fait grand bruit : je croyois les intendants chargés de la police, justice et finances, mais non pas du militaire et d'hostilité en pays étranger : celui de Strasbourg a pris les troupes du Roi et est allé enlever un homme en Allemagne. Ce cas n'est pas dans (Irotius. M. Duliourgse plaint des officiers qui ont obéi et les a mis aux arrêts; r Allemagne peut aussi se plaindre de ce qu'on a pris un criminel danss')n propre pays, non réfugié, etqui n'étoit pas dans le cas d'être /i'rre, puiscpfil ii'étoit pasun sujet français, qu'il u'avoit pas même offensé le Roi, et que le Koi offensé n'est pas roi chez bien des gens. Donnez cette question à des jurisconsultes allemands, vous allez voir de gros in-folio. Et M. de Harlay a tranché militairement la qucîslion, sauf les satisfactions.
Le roi Stanislas est venu, à ce que l'on dit, à Strasbourg. On ne sait encore d'où lui vi<Mit ce coup (ju'on lui pré' T. Frr. "2*2*
542 (JORRKSPO.NDANCE INflDITE.
paroit.Ouditbt'aiicoiiiulebitMule la princesse, et, quelque ihoso (ju on en ait publié, il n'aura pas besoin de consulter sur elle les Ihciu^ et les François d'Arezze, comme on lit autrefois pour la tille du marquis de Mantoue, accordée au lils de rrauciMS St'oire, duc de Milan.
Ce duc vouloil cpic la tille nuda à (juibusilam medicis à iicvu:>sis conspicercturj ut lune dctnjcrctur si (jua puclLv cssvt defornufas : les avocats étoient de cet avis et Tiraqueau n'ose pas être d'avis contraire. N'est-ce pas là une plaisante (juestion? Cela seroit demeuré caché dans les livres, sans notre ami Bayle, et vous allez encore dire , Monsieur, que j'y trouve tout. (Voyez l'article Sfonr François, Dictionnaire critique, S.) Tout le monde pense de r/or/5 comme vous pensez, on n'en parle plus : la criticpie
de M. B , cpii ne veut pas être connu, le ressuscitera
un peu, et puis ils retondjcront tous deux dans le néant. H n'y a point eu de criti(pu' avant l'Apo((,(/ie de M""" (iomez; ce n'est (pfune fiction pour louer le livre et l'auteur tout à son aise. Je vous remercie bien des observations que vonsavez ajoutées sur les victimes humaines, et de l'ironie d'Ovide sur les hommes.
Si vous n'avez encore rien reçu des Édits, c'est un bon auffure. M. de Vauban eut mieux t'ait de fortitier des places toute sa vie, eùt-il dû tortiller Sainl-Deiiis et Vau^ii-ard, que <ralleiima,t:incr celle dime dont on a pris l'utile et laissé l'onéreux. Il y a plus de vin,t;t ans (pie j'entendis un L^rand mairistrat blâmer ce projet ])ar l'abus (pi'oii en [lourroit faire ; tout le monde s<* plaint et vous pouvez juger que les poètes ne sont pas les bras croi.sés.
Il y a aussi un lirevet affreux contre M. le Duc ; et il a raison d'cnùlre outré, car c'est une satire des j)lus fortes ctdesplus picpiantes contre dni et contre tout ce (pii lui est attaché. On propose un prix à celui (jui en découvrira l'auteur; l'ancienne (juerelle de la naissance de t.')8K n'y est pa»» ouitliée ; mais il faut ^ître bien fort pour écrire contre celui qui peut [iroscrire, et, sur cette naissance
LEÏTRK XXV^ 343
je vois le monde peu instruit dans le fait historique.
Le Parlement a donné un arrêt, le 27 juin, qui ordonne la procession de la châsse de Sainte-Geneviève. Il n'y a pas, dans cet arrêt, un mot de la pluie, ni dans le discours des échevins, qui demandent cette procession comme une ressource à tous leurs malheurs^ ni dans le discours de l'avocat général, qui dit que ; « de trop justes raisons excitent h désir des citoyens de cette grande ville, pour qu'on puisse différer plus longtemps de les satisfaire. » Quepensez-vous de ces termes suspendus et indéfinis? et croyez-vous qu'on ne demande que du beau temps à la sainte, et qu'on ne demande pas aussi le bon?
En attendant ce miracle, il n'est bruit ici que d'une hémorrhoïne qui a été guérie d'une perte de sang de treize ans et d'une paralysie de dix-huit mois, à la procession de Sainte-Marguerite, le jour de la Fête-Dieu. Cette femme, pleine de foi, se jette à terre devantle Saint-Sacrement qui passoit : elle se releva, suivit la procession à pied et revint de même, et elle se trouva guérie de tous ses maux; tout Paris y court. C'est une femme simple, de bon sens, femme d'un ouvrier en cabinets, rue de Charonne (nommé La Fosse); on en a fait les informations, elles ne sont pas encore puliliques, parce qu'on veut être bien sûr que la nature n'y a eu nulle part, et on fait toutes sortes de recherches. Est enim periculum ne neglectis iis impia fraude aul susceptis anili superstitione ohhgemur, dit Cicéron.
Et sur ce, je vous embrasse de tout mon cœur. On vend la bii)liothêque de M. du Fay : les livres s'y vendent très-cher, malgré la rareté de l'argent. N'y achetezvous rien?
30 juin.
Depuis ma lettre écrite, j'ai reçu les trois volumes de ra])bé Leclerc, parla voie d'un marchand de Lyon (]ui a maison à Paris, et qui se trouve justement mon client. Je suis aussi chargé d'une très-grosse affaire pour le
344 c:()i\iu:si»oM)A.N(:i: iNKDiir.
niallro de la clilii;cncc ilo I.yon, qui est M. (^limiet , et je ferai venir par là tout ce que je voudrai : il faut avoir lies auiis partout.
L'ahhé Leclerc a joint à ces livres une petite lettre où il me menace de sa grande lettre de tiOO pages, et dit qu'il y justitie amplement le jugement (ju'il a poité do, Bayle, qu'il n'y traite ni de sa théologie )n de sa philosophie y tii de s>on penchant an tarpito qnium, ce sont mes phrases qu'il me rend, qu'il se retranche sur la critiijue et (pi'il rapporte des fautes en grand nombre, qui peutêtre me surprendront, qu'il a écrit sans invective, comme il auroit écrit à Hayle lui-même, et comme il écrit aux savants en leur marquant leurs fautes, qu'avant quinze jours j'aurai une bonne portion de celte lettre, que si ce commencement est de mon goût, il continuera, et que j'aurai le reste avant la fin d'août. Il me marque que cette longue lettre, apr^s Tavoir relue, lui parolt très-bonne et trAs-curieuse, quoicpi'il n'y ait travaillé que vingt-cinq jours , mais qu'il ne doit pas prévenir mon jugement, auquel il se soumet de trés-bon Cdur. Vous entendez bien, Monsieur, ce que c'est que cette soumission , et (pie c'est tout au plus une soumission respectueuse à la manière des jansénistes. Nous verrons donc cette lettre du grand Aristarque de I.yon , et je n'aurois jamais cru ([ue mes petites observations sur son livre, dont je vois qu'il n'a pas été content, auroient produit cette grande lettre qui vadevenirune piècccurieuse. C'eî-lcette fois-l;\ qu^on peut dire : Mardi parvus oni/xeliciet cadum. Je vous [)rie (|ue ce que je vous ai écrit sur lui ne soit (pie pour vous (30 juin). J'apprends en ce moment cjue M^' l'évéijue de banures (abbé d'Antin ) vient d'être re(;u à l'Académie francoisc, qu'après son discours, qui a été ap[)laudi, on a lu la Vie de M. Pellisson, par M. l'abbé d'Olivet, notre ami, (jui a été trouvée merveilleuse; et ce qui m'en a plu davantage, c'est qu'il a dit : « (|ue les lettres de .M. IN llisson et de M"* Scudéry [lendant cinquante ans, sont dans la riche
LETTRK XXV^ 3^5
et curieuse bibliothèque de ^\. le président Bouhier, dont il fait part libéralement à tous les savants, et dont lui, abbé d'Olivet, a profité, dans tous les ouvrages qu'il a faits. » Cette reconnoissance si bien placée m'a fait grand plaisir, et pour vous, Monsieur, et pour notre ami. Je me souviens d'avoir lu autrefois un Éloge de M. Pellisson qui ctoit très-bien écrit et qu'on mit dans le Journal des Savants : je crois qu'il étoit de l'abbé Boquillon.
On a arrêté dans un café un homme qui débitoit des charges créées pour la ceinture de la Reine, et qui se disoit assuré de la préférence. Cet homme a nommé le marquis d'Entragues, qui avoit la parole d'une dame qu'il a aussi nommée. Le marquis, qui Ta su, s'est enfui et a quitté Chantilly , et on dit qu'il a passé en Hollande : cela n'est pas encore bien au net.
Je ne sais si l'abbé d'Olivet se sera souvenu de ce beau trait de l'archevêque de Cand)ray (Fénelon) qui succéda à M. Pellisson à l'Académie, où il dit que la mort vint sous l'apparence du sommeil, mais qu'elle le trouva dans la préparation des vrais fidèles; c'est là aussi où il dit du même M. Pellisson, qu'il osoit heureusement; et encore ce beau mot, que je n'ai jamais oublié, « que la passion est l'àme de la parole. »
Je viens de relire l'article de Bayle et celui de Baillet dans les ObservadofiS de l'abbé, ils sont très-méprisants ; et il me seinble qu'il ne lui convenoit pds de parler ainsi de si grands hommes. Quand je vois un Loibnitz appeler le livre de Bayle un Dictionnaire merveilleux , dire de lui que c'est un des habiles hommes de notre temps, dont l éloquence étoil aussi grande que la pénétration, et qui a donné de grandes preuves dune érudition très-vaste; que jamais Arcésilas ni Carnéade n'ont soutenu le pour et le contre avec plus d'éloquence et plus d'esprit » ; et (juand il parle de sa mort : // vient de nous quitter, et ce nest pas une petite perte que celle d'un auteur dont la doctrine et la pénétration avaient peu d'égales », je suis l)ien étonné
S46 COHIIKSPONUA.NCK LNKDITK.
de voir un critique, (oui îles [Ans nouveaux et des plus inconnus, donner son avis si hardiment : Je crois ([u'il ne s'est pas donné la peine de lire les tpiatre Apoloifies de Ba\le, tt il faudroil y répondre, avant (]ue d«' rall.ujncr sur l'athéisme et les obscénités : pour la partialité des auteurs protestants, cVst comme si Ton nous disoit (pic nousavonsde la partialitépour les catholiques; et en ce qui reirarde les maurs ri'(jlvcs. Monsieur, le crilicpie va un peu dans le fond de la conscience, où il ne doit point fouiller. Je sais bien ce qui arrivera de cette grande lettre de GOO pages, il y aura peul-èt4'e 000 fautes corrigées ou plus, et ce sera GOO endroits qu'on relira avec grand plaisir, parce que ces fautes de fait seront environnées de traits éloquents, vifs, agréables, et qui feront toujours admirer l'esprit et la pénétration de l'auteur critiqué. Cela me fera peut-être lire des endroits que je n'ai jamais lus. (Je suis bien fî\ché de n'avoir pas retenu copie de ma lettre à l'abbé, qui contenoit plusieurs crititpies. Vous m'en aiderez, si vous en avez gardé copie, j J'ai vu le poc'ine de La Démoniade j manuscrit; c'est le diable et la confusion de l'enfer. Le 1*' chant est une invocation aussi longue que celle du po^'Mue de La Mafjdeleine. Le 2° est pour l'astrologie judiciaire, le S*" est contre, les ï% y, et 6*^ sont dcsdescriptionsd'enchantement pour faire peur ;m\' petits enfants : je ne sais pas ce que sera le 7% l'auteur dit que ce sera merveille, et pour moi, je crois (ju'il ne faudra point de signe de croix pour faire fuir tous ces dén)ons-là,*et moins tpie j)OMr le diable de Papefiguières, qui se signa lui-même.
l/affain; du prieuré de Saint-Martin aélé rapportée chez M. de Ch.lteauneuf, prévôt des marchands comme plus ancien. Il y a eu deux séances; le greflicr a été renvoyé cpiand on a opiné, afin cpi'il n'entendit pas les débats des opinants; enfin; l'avis a été signé, il est tenu secret, mais un dit à roreille que le prince Frédéric a été déclaré non-rccevabic : cela laisscroit toujours (piestion
LITTUE XXVr. 347
entière en autre cas. L'avis a été remisa M. de Maurepas, et l'affaire ne sera décidée qu'à Fontaine])leau. Le roi Stanislas est fort ami du prince Frédéric, et lui a écrit depuis peu; il l'appelle : a Mon cher prince. » Voilà, iMousieur, une longue et trop longue lettre écrite à plusieurs reprises. Je verrai avec plaisir la suite de Didon. Le poëme des Géants est réclamé par un homme qui est à Liège, et qui dit qu'on lui a volé il y a huit ans cet ouvrage avec d'autres papiers.
Lettre XXV t.
A Paris, le 8 juillet 1723.
Le jugement que vous portez du Catalogue de M. Du Fay est excellent : ce n'est pas là une bibliothèque, c'est une boutique de livres curieux, faits pour vendre et non pour garder. Je vois que M. l'abbé Leclerc n'a que l'édition de Genève du Dictionnaire de Bayle, qui est pleine de fautes : s'il a travaillé là dessus , il aura fait un Errata plutôt qu'une Critique.
Martin vous a appris le nom de l'abbé de Saint-Réal, mais il n'a pas dit celui de l'abbé* de Villars, qui étoit Koquefeuille. Je ne sais pourquoi il attribue le Junius Brutus à Béze, il y a longtemps que cette antiquaille consistoriale est décriée, et depuis la Dissertation expresse qu'a faite Bayle sur ce livre, on ne peut pas douter qu'il ne soit d'Hubert Lenguet. Je ne sais même si ÏAvis aux réfugiés ne s'en explique pas trop clairement pour qu'on ne puisse pas dire que la Dissertation et l'avis sont de même main. Ceci soit dit en passant.
A propos, j'entends dire partout que l'on imprime tout La Fontaine à Paris, par permission tacite, et on y imprime aussi le Dictionnaire de Bayle par même permission, que nous pourrions mieux nommer avec Rabelais une permisHon pécuniaire.
318 (:()PxRrspoM)A>(:K iM:i)riK.
Depuis le coininoiuonionl de ma lettre, rineident de M"*" de Clioiseula été jugé; elle Vi\ iiairné. Le registre est adnns, avec les articles remarqués dans la sentence des reijuètes du Palais, ijui est eonlirmée; mais cependant c'e^t toujours sans préjudice du droit des parties au principal, etc. L'arrêt est du 7 juillet.
Nous avons eu, le 6^ la procession deSainte-ficneviève, avec toutes les cérémonies ordinaires, où tout Paris a couru et s'est étouffé; Tarrèt (jui Tordonne n'a point parlé de pluie: aussi a-t-elle toujours duré depuis, mais non pas si frérpicmment. H est Lien i';\ehcu\ que vos prés soient perdus et coml)ien de malheurs ensemble î
Nous enterrâmes hier M. Vésin, ancien avocat; M. Legendre étoit mort quelques jours auparavant : voihl une mauvaise année pour les avocats, et Paris se dégarnit Lien de bons conseils. Le billet d'enterrement est curieux pour toutes ses qualités: « ccuyer, ancien bé\tonnier, conseiller secrétaire du Uoi, maison, couronne de France et de ses finances, seigneur de Saint-Leu, administrateur de rH(*)tel-l)ieu, de l'liô[)ital des IncuraLles et celui des Cent Fdles orphelines de la Mis<''i icorde » ; il n'y avoitqu'à mettre tout court : avocat, et c'étoit un grand éloge, puisqu'il y a excellé, et dans la partiesavante, qui est le droit. Il n'est pas mort sans langue comme ceux dont parle .Menizau, in silvn nujfl, où il dit (jue les habiles avocats : jtlus nierentur fjudin fralre!sj)redicalore!i.
Notre héroïne de Touraine s'en est retournée sans grAce et finira peut-être par quelque mort romaine.
Je vous rends gr;\ces , Monsieur, de vos circonstances sur l'affaire d'Alsace; le succès justifie ordinairement les cntrepris(?s téméraires; mais on dit que l'intendant, qui a fait le métier des autres, n'a pas fait le sien, et qu'il a ouLlié de cacheter les pacjuelsde tabac saisis, en sorte que le corps du délit manque. On dit aussi (pie Taffairo est accommodée avec les puissances qui pourroient se plaindre, et que M. de Mauconseil n'étoit pas à l'action.
LETTRt: XXVIF. 319
(Notez que Mariana, qui permettoit de tuer un tyran, ne vouloit pas qu'on l'empoisonnât. Bayle, Mariana, note 9.)
Je vis hier dans le Journal des Savants^ à l'article de la nouvelle édition de Cicéron, de Westein , que l'éditeur s'est servi de vos Notes sur le livre De la nalare des Dieux, que vous avez jointes à la traduction de Tabbé d'OUvet, et qu'il a rejeté celles de Lescalopier.
Je vous demanderai toujours des nouvelles du Journal de Henri III, tant que j'y verrai là l'œuvre que vous pouvez si bien remplir.
Je vous renverrai votre Dissertation, que je relis avec grand plaisir.
Je n'ai point vu le Manifeste prétendu, qui est une pièce faite ici et une pure satire.
Il y a un brevet pour le curé de Saint-Sulpicc, qui avoit préparé, pour la procession de la Fête-Dieu, des anges garnis de rubans de différentes couleurs pour en distinguer les ordres.
Lettre XXVII'.
A Paris, ce 29 juillet 1723.
Je tiens sur les fonts un Margon, frère de l'ablié, et qui ne vaut pas mieux que lui. C'est une affaire criminelle; l'abbé est sorti hors de la Conciergerie et est relégué à Béziers, qui est son pays. La Barre et La Guillaumière ne sont pas encore jugés; on y va travailler.
On a arrêté et mis à la Bastille une M""" Legrand , qui éloit, depuistrente ans, chez M"" la duchesse de Mazarin ; elle avoit pour ami un intrigant appelé le commandeur de Toul, de l'ordre du Saint-Esprit de Montpellier; il vint demander retraite à Tliùtel de Mazarin , parce qu'il étoit suivi ; on la lui donna innocemment. On fut averti qucltpics jours après (ju'on le cherchoit : M™' de Mazarin bonnement, lui donna la chaise de poste de son mari, (jui
350 COHI\KSP()M)A.Nt:K IM:i)lTK.
rtoit à Monceaux, et le fit mener justjuW Hondi [)ar un laquais, (Von il s\mi est aile'-. I.e lendemain, un exiMupt vint pour le prendre A ^lu^tel de Mazarin; il n'y éloit plus; on arrêta la pauvre M"'" Legrand, et on a aussi airtMé la femme d'un tapissier chez (pii il a loyé et le garçon du tapissier, cl M"*' de Mazarin ayant écrit son aventure X son mari i\ Monceaux, parce même Lupiais, on a arrêté oc la(juais, au retour, avec la réponse de M. de Mazarin, (|ui a pourtant été rendue. Voilà toute l'histoire au vrai. M'"" de * Mazarin est fort étonnée, car il n'yalloit pas moins pour elle que d'être arrêtée aussi. On prétend que cet intrigant est un desafficheursdeplacardset faiseur d'estampes contre le ministre, et M. le Duc est fAché avec raison qu'il se soit échappé, et le veut avoir, mort ou vif.
On vous a bien dit (jn'il y a eu une sédition pour le pain au faubourg Saint-Antoine ; un mous(pietaire passant a été tué; on a arrêté deux séditieux, (|ui ont été pendus le 17, par le jugement [iréviMal dans la (irande- Hue du faubourg avec grande compagnie; ces deux hommes s'appellent Philippe Auger et Antoine Aubrot, et Sont déclarés : dùement atteints et convaincus d'avoir eu parla la sédition et à l'émotion pojndaire arrivée au faubourg Saint-.\ntoine, et d'avoir pillé le pain dans les boutiques de quelques boulangers mentionnés au procès.
Je vous assure que je ne répondrai point aux GOO pages ^Ic l'abbé Le Clerc ; ne les avez-vous pas déjà reçues? Je lecrois honteux du iiimio onuimlos.vpe. A [)ropos, on vend par-dessus les maisons les livres de la bibliothèque de M. Du Kay, et apparemment vous en savez des nouvelles; on s'arrache des mains toutes ces curiosités et l'cs édifions si rares, et les reliures, car tout y est. La Missa latitia a été vendue 100 écus, etc. Un Cicéron de Kome , 220 fr. Us lettres de Bayle, que vous me demandez, et dr)nt vous avez vu les dates dans les mi(;nnes, sont dans le recueil in) primé : cela est facile à vendre.
LETTRi: XXVIIF. 351
C'est une chose bien curieuse à voir que le recueil des lettres de M. Pellisson. Je vous le demanderai, car c'est mon héros pour la langue , et pour les grâces qu'il y a avisées, et pour des tours françois qui ne sont que chez lui. Ses Chimères de Jurieu valent un ouvrage de Cicéron , et on n'en parle point. Son petit Traité de l'Eucliarislir, qui n'est pas fini, est un chef-d'œuvre; et ses Lettres à M. deLeihnitz, que n'y trouve-t-on point sur la métaphysif[ue, sur la scolastique , sur Aristote, sur Descartes, sans compter ce qu'il dit des romans pour amuser les dames, sous les yeux de qui ses lettres passoient?Il a fait trois Eloges du roi qui sont dans le recueil de ses lettres, j'en ai fait à cette imitation trois au commencement de la Régence, qui sont à la lin de trois requêtes pour des Indiens que je vous ai données et où vous n'avez peutêtre pas pris garde.
Le poëme des Géants est réimprimé à Liège, et changé ; je ne sais s'il est meilleur que le parisien, l'épigramme : Plus n'ont voulu l'avoir fait l'un ni l'autre , n'est pas de La Fontaine, mais de Racine.
La Démoniadeesiy je crois, disparue par quelque signe de croix, je n'en entends plus parler.
Lettre XJCVIII'.
A Paris, ce mercredi ••' août 1723.
Voilà donc le contrat do mariage du Roi signé. M. le Chancelier est bien fAclié d'être à Fresne, et d'avoir laissé cet honneur à M. le Garde des sceaux. iM. le maréclial do Villars, M. de Morville , M. de Maurepas et iM. Dodun ont aussi signé. On ne dit pas les conditions. Tout le monde est parti pour aller quérir la Reine. Il y a de grands préparatifs à Bruxelles pour recevoir l'Archiduchesso ; sesdamosd honncursonl nommées et valent hioa les nùtres : M*"" la comtesse do , la princesse de
332 (:oi\iU':sih)M)a.nc:k im:i)i i k.
Home, la conileMse crApreinonl, la coinlesse de (iaiires, la marquise de Losllios et la inai'tjuiso de Conllaiis.
On a fait un feu ;\ Ihuxi'llcs où il y avoil un chronoeraphe ijui a fait une affaire poliliiiue, pane (|ue Tauleur a appelé rKiui)ereur et le loi d'Kspai;ne Puri/icis Ifispani.r rvijihns. I^'auibassadeur trKspa;^ne s'est plaint; on lui a fait satisfaetion, en lui disant (jue le compositeur etoit un iunorant; mais pour moi, je le crois plusllat'eur et courtisan (pTiLinorant , et que malgré la paix on n'a pas été fi\clié à Vienne de voir encore celte qualilication, d'autant plus que le traité porte que les deux princes conserveront pendant leur vie les qualités qu'ils portent et (pi'ils ont prises. Lechronographeestdansla6rar.e//e de Hollande du -27 juillet, et ce qui est singulier, c'est (piaprèslefeu tiré, l'inscription n yétoitplus, et avec tout ce hruit, la voilà pul)liée dans les nouvelles puhlicpics et elle resterai! perpétuité dans les monuments de riiisloire. Ne valoit-il pas mieux ne rien dire?
J'ai vu, dans la mème(/a:c//e, un trait fort malin contre notre hémorrlioïsse. On parle d'un certain miracle d'un curé de cette ville très-zélé «t trés-habile, qui n'a pas eu le succès attendu, .\insi on veut faire croire que c'est le curé (M. Goy, fameux janséniste et auteur de La Vérité rendue sensible qui a sui)posé ce miracle. Je sais une personne assez incrédule qui a été voir la femme, et qui Ta trouvée très simple et très-naturelle en tout ce (pi'elle dit. Klle n'est point cachée, on y va de toutes i)arts ; mais il faut la vérilicîdion de l'évèciue, qui sera encore attaquée si elle vient.
L'ilnl)liotliè(jue de M. Du Fay se vend toujours au plus cher. L'///.s/oirfd( .M. de Thon, V.j-ifr. llsont voulu vendre d'anciens romarjs manuscrits 2r>0 fr. pièce, mais ils sont demeurés faute d'enchérisseur. \.' Index nlphdhelicus est fait elsc joindra au ( alulofjue. On vend en Hollande celle du cardinal Dubois. Il m'est tombé entre les mains une affaire qui le H'iinnh' iridirrctcment. M" Ch.nimont, fpii
avoit besoin de lui, lui fit donner une tapisserie de VArt militaire par une M"^ Desbordes. Le sujet ne lui plut pas, il la rendit à cette demoiselle; qui en a fait son profit. Le cardinal meurt le 10 août 1723; le 13, M""*^ Chaumontfait plainte que cette demoiselle lui a volé cette tapisserie : on la revendique chez le marquis d'Aulède, qui Ta achetée de tapissiers à qui la fille l'avoit vendue. Le lieutenant criminel a jugé la revendication valable, condamné M. d'Aulède par corps à rendre la tapisserie aux Chaumont, et les tapissiers à rendre 9,000 fr. à M. d'Aulède, et la fille à les rendre aux tapissiers. Appel. Je suis pour les appelants. N'est-ce pas k\ un beau procès? Je cherche des autorités sur cette matière et j'en ai déjàtrouvé beaucoup. Mais que va-t-on dire au Parlement sur celte indigne action? Cette Desbordes s'est dite quelquefois chanoinesse de Poussay.
Lettre XXW.
A Paris, le U d'août 172j.
J'attends la lettre de l'abbé Leclerc. A la fin de la dernière édition de Bayle (tome^i) il y a des Remarques critiques que je crois de Le Duchat, et il en a fait une sur Tiraqueau, sans rien dire de cette bévue de M. de Tliou.
Je^viens de voir, dans ces mêmes Remarques, un article de Sanchez, où il y a un jugement bien curieux de son livre De Matrimouio. Je ne crois pas qu'on puisse s'exprimer plus fortement dans notre langue, et il faudroit bien savoir qui estauteur du Franc Archer de la vraie Église, etc.; il dit : En bonne foi, est-ce affaire aux prêtres de mettre leur nez dans les courtines du mariage t ai je serais tenté d'ap- [)liqucr ces mots à votre M. Gibert, qui se sert de jaculation au lieu tVéjaculation, qui a pris ce substantif dans
les oraisons jaculatoires, et (|ui se sert de d e, que l'on
ne voit point dans tous les auteurs qui ont trait»'- ers ma-
T. III. U'.i
354 CORRKSI'O^DA^CK IM'.OITK.
titres et « dans les plus beaux architectes linanciers de luxure w pour se servir des termes de notre Franc Archer.
On me mande irAnuleterrecjue les souscrii)tions y sont abolies, que les journaux les ont tant raillées qu'on n'en ose plus parler, et qu'on annonce les livres avec cette note : // aéra imprimé sans souscription, By nay ofsuhrription, et qu'on ne veut plus entendre parler de VJIisloirc (lu Danube, que les souscripteurs ont coulée à fond.
Je nesuispas si scrupuleux (jue vous pensez sur la reine de Tyr, mais j'ai trouvé plaisant de renouveler cette hardiesse de Voiture, qui, au milieu de la Cour et de ce qu'il y avoitde plus grand, hasarda cette équivoque, que la Reine même ne désapprouva pas.
La Critique de Clovis piirM. Bosc paroU : cela est assez bien écrit, mais long, diffus, et il y a plus d'esprit que de science : il a aussi critiqué les Géants, qui n'envaloient |>as la peine. Le Temple de Gnidc a passé aussi par son étamine, et ces deux dernières ne paroisscnt pas encore. Mais il veut critiquer tout ce quia paiu, qui paroU et qui paroltra, et tout cela pro pane Icclando.
Voici deux épigrammes de mon poëtc de Chartres, (pii m'écrit quelquefois de vraies satires en prose :
Qu'est-ce donc que la Cloévide ?
Disoit un prri.it i^mor.'int ;
Bon ! reprit ecrt.iin omi d'Ovide,
C'est un mal pire encor que n'est le Childebrand.
Danehet, >a<I.'il et Saint-Didier, Conipa^nons de metnc métier Travaillent tous trois sans mesure A copier dans leurs ('crits Les trois plus fainrux beaux esprits Qu'ait jamais produit la nature :
l)an<hct prend le style et le ton Du Ires-patln'tique Pradon, .Nadal nous rend l'abbé de Pure, Kl «lu proplietc Desmarais Saint-Didier a pris tous |p8 traits.
Çà, ça vite, M. Titon, Sur notre posticlie llélicou.
Par nouveau renfort de sculpture, Arrangez sur le piédestal Dancliet, Saint-Didier etNadal, Qu'on voie armés du même archet Saint- Didier, Nadal et Danchet, Et couverts du même laurier Nadal, Danchet et Saint-Didier.
Lettre XXX'.
A Paris, cc22aofit 1723.
Nous avons pourtant le miracle jugé et vérifié par un mandement du 10 août dernier, donné par notre cardinal, après information, rapport de médecins, avis de théologiens, etc. Et voilà, Monsieur, de quoi confondre les incrédules. Le récit du fait est très-clair et très-touchant, lesdiscours préliminaires et postérieurs pourroient être plus précis, et même moins chargés d'anciens miracles, à ce qu'il me semble, mais chacun a son style et sa manière de composer, et, au fond, le fait, prouvé comme ii l'est, ne peut passer que pour miraculeux.
Vous trouverez l^on que je vous fasse part du mariage de M'"*^ de Lanjamet avec M. de BrilhaCy ancien capitaine aux Gardes, et A, présent gouverneur de Thionville. La dame a eu l'honneur d'en faire part au Roi, qui a toujours eu de la bonté pour elle, et ils se doivent marier samedi prochain à Nointel. Comme la dame est ma parente, fille de feu M. de Retz, avocat célèbre, cette alliance me fait grand plaisir : Tépoux est un très-bravo et très-honnète homme, et frère de M. le Premier Président de Bretagne, et leur mère était Auzanet, fille du célèbre avocat de ce nom, et il est assez singulier que les filles de ces deux avocats se trouvent réunies dans une même famille. M. de Piclz est celui dont vous trouverez l'éloge dans Baylc, quoif[ue, par une erreur assez grossière, on
:i;,r, ^.OI\l\KSPOi^nA^(:F: IiNKniTK.
ail oublié son nom ilans la liste aiphaiiétique des noms.
Je viens de trouver, dans de vieux papiers, une lettre de.M.lVUisson, «n prose et en vers, du IV oetobre KiOH, (pii est une description d'une fùto de Chainl)ord, adressée A M"' de Seudéry, ou à M"'" de Lenclos (car il y parle du palais des Tournelles. Je ne sais si elle se trouvera dans les vôtres. J'ai aussi la liarangue qu'il fit pour les ambassadeurs, défilant à leur audience de congé en 11)87. (lliamiiord devient important par le séjour du roi Stanislas.
Voltaire vient de donner une petite comédie do /7/idiscvet, à la suite de sa Marianne; on dit (ju'il y a beaucoup d'esprit : cependant elle a dé[)hi et à la Chambre basse, «jui y a trouvé peu de règles du théâtre, et à l;i Chambre haute, qui s'y est trouvée trop bien dépeinte; il veut être à la l'ois poOlc épi(]ue, tragique, comique, safiri(iue et, par dessus cela, historien, et c'est trop.
M. leducdWntinafaitdes compliments qu'on dit dresses dans l'Académie de Ma{-(nnicri('y mais les réponses auroient été faites ailleurs.
liéponac du roi Slanislai^.
Monsieur, Je suis trés-oblIgé au lioi cjui, non content de in'avoir donné un asile dans son royaume, me donne encnre place dans son cœur, dont je fais plus de cas que de la couronne brillante (pi il met sur la fête de ma fille.
lU'ponsc (le la reine (femme de Stanislas).
Monsieur, s'il m'éfoil aussi aisé d'exprimer ma joie qu'il nj'est naturel de la sentir, vous verriez mon cœur \ découvert, «t 1 1 réponse (]ue je vous dois faire est (jue je soubaiterois (pielle vous pût p<'r>uader la scinsibilité avec laquelle je recois le plus glorieux ornement de ma vie.
Im j)riiiir^!ir Munr.
Monsieur, pour répondre à la d( niandr rpie vous me
LLTTRK XXXP. 3J7
failcs au nom de S. M. Très-Chrétienne, je n'ai d'autres paroles que pour adorer la Providence divine, respecter le choix d'un grand roi et me conformer à sa volonté.
Lettre XXXr.
A Paris, ce i*' septembre 1723.
Les expressions du Franc-Archer n'ont pas manqué de faire sur vous l'effet que je m'en étois promis. Je voulois en savoir Fauteur, et aussi l'auteur d'un libelle intitulé: Passe-Partout des Jésuites, qui fut fait après leur rétablissement, qui est plein de vers latins et françois, et dont la prose est d'un style fort et nombreux. C'est une plume protestante comme celle du Franc- Archer. Pour Sanchez, je veux en faire l'épreuve sur les questions de droit dont vous me parlez : car pour les cas de conscience, qui apprennent, comme dit lEspagnol, à chicaner avec la loi de Dieu, [pleylar con la le di Dlos),ie crois que chacun en porteen soi la résolution; non que je ne convienne qu'il n'y ait d'excellentes choses dans les livres des casuistes , comme dans ceux des scholastiques, mais l'usage en doit être réservé aux confesseurs et aux controversisles. Et à propos des scholastiques, trouvez bon que je vous renvoie à ce (ju'en a dit Pellisson dans sa première lettre à Leibnitz (sur la tolérance des relifjions) où vous verrez un jugement exquis éclater au milieu des grâces de la langue et de la beauté du génie de cet homme incomparable; ce que je vous remarque pour répondre à la critique de Chapelain, dont vous m'avez envoyé un morceau, qui ne parle point de ï Histoire de i Académie, si judicieuse, et qui s'amuse à louer les vers d'un homme (]ui n'a jamais été po<He qu'en badinant avec ses amis. Je crois donc que Chapelain a lui-même manqué de jugement, en Tolant à Pellisson, et n'y eùt-il que la paraphrase du V livre
ZÔS CORUFSPONDAISC:!-: LM^:niTK.
des Instttutcs qu'il avoit faite ;\ dix-neuf ans, qui est pleine des réllexions les plus saijes et les plus sensées, il n'eiU jamais dû parler ainsi de lui. J'avois toul à riieure eetle paraphrase i\ la niain^ ♦^'1 .1 y ^i remarqué qu'à la prc-. mière édition il y a une loni:ue ÈpUredédiculoirc au chancelier Séguier tjue Von a retranchée de la deuxième. El voilà encore matière i\ plainte nouvelle sur ces omissions.
11 n'y a point trois épigramanes (dans la dernière lettre); il n'y en a que deux, fa, ra vile, M. Tilon est la suite des vers précédents et la sculpture rime à Vahbé de Pure : cela n'est point du poêle de ('harlres, mais elle lui a été envoyée de Paris et il y a l'ait cjuehjues corrections. On la dit de Voltaire, qui facil omnia belle. Sa comédie a assez de succès. 11 va épuiser son génie et bientôt il n'y aura plus rien dans son sac. Après tout, ce qu'il en a tiré me parait meilleur (jue ce que font ses camarades les modernes avec toutes leurs études. Et que nous importe si un fonds produit de lui-même de meilleurs fruits que ne feroit un fonds pesamment cultivé.
Il est vrai (jue le mandement est long et très-long, et (jue le fait est comme noyé dans ce déluge de paroles. .Mais cependant l'incrédulité y est forcée, puiscjue les preuves sont ouvertes à tout le monde dans le secrétariat de l'archevêché. L;i procession ordonnée a été faite à Notre-Dame, rilémorhoïssc y étoit en personne, un cierge à la main, et le peuple étoit en foule comme A la procession deSainte-iieneviève.
Je vais vous faire copier l.i llvlutiini d(! (hambord de 1008 et la harangue des Siamois; je vous enverrai le tout avec votre Dissertation sur l'impuissance, dèsqueje pourrai respirer. Le l'alais est sur s<*s lins, l'argent n'est point rare chez les plaitleurs, non plus ici qu'à Dijon. Le pain est à six sous; on a renvoyé M. d'Ond^reval et le prévôt des marchands pour contenter le peuj)le, qui ne sait à qui s'en prendre. Nous attendons la Keine, le 5, à Fontai-
nebleau. Il y a je ne sais quel bruit de guerre qui souffle du côté de TEspagne, mais que le vent emportera; ils n'ont guère plus d'argent que nous.
Il y a un arrêt du Parlement, du 21 aoûtç, qui ordonne qu'il ne sera fait que deux sortes de pain, très-blanc et bis , sans en dire les raisons. Mais on les trouve dans un plaidoyer de iM. Le Nain, inséré dans un arrêt du 7 juin 1709 , où il dit que cela s'étoit pratiqué à Paris en 14-36 et 1437.
Lettre JCXXIP.
A Paris, ce 10 septembre 1753.
On m'écrit de Fontainebleau, Monsieur, que le Roi, depuis son mariage, est gai, parlant et empressé : que la Reine estcliarman te, qu'elle a une très-jolie physionomie, un son de voix aimable et très-gracieux, qu'elle n'a pas un moment de repos, et les récits, dit ma lettre, ne nous apprennent pas que les nuits soient plus tranquilles. Elle a quitté le rouge, le 7 septembre, surlendemain de son mariage; mais la cour» ne l'a point quitté. Elle est arrivée accablée de dettes, parce qu'elle a emprunté pour satisfaire c\ ses libéralités.
Enfin ces commencements sont tout à fait heureux.
La lettre de cachet au Parlement, et pour le Te Deum au Cardinal, qui est la même, s'est servie d'un mot trèstouchant de communes espérances du roi et des peuples. La phrase est pourtant un peu changée , car dans la lettre au Parlement il y a : « Nous avons cru ne pouvoir mieux fonder nos communes espérances, que sur les vertus et la pieuse éducation de la princesse Marie. » Et dans celle du Cardinal il y a : a J'ai cru que nos communes espérances ne pourroient être mieux fondées, etc. » Il y a un arrêt du 7 septembre, qui ordonne un jour férié pour le 10 et que les boutiques seront fermées, et les gens du Roi ont dit (pic
SCO c:oiuu:sio.M)am:i-: inkditi:.
resl plutôt pur ^/cs acclamations que par des (liscours qu^on peut (litjncmcut applaudir à riicurcuscsoletuiiti' du mariaije du Roi.
M. lie la Vrilii^re est mort le nu'^me jour, 7 septembre, à Fontainebleau, où il ëtoit ; il y étoitallé, quoique malade et avec une jaunisse qu'il avoit prise de chagrin ; mais il a voulu mourir au lit d'honneur; il avoit rapporté plusieurs affaires au Conseil des dépèches, le samedi 1" septembre, et entre autres celle de l'héroïne qui tua son beaufrère, il y a quehjue temps, d'un coup de fusil ; sa grAco lui a été accordée, le beau-frère a été bien tué, et le secrétaire d'État est aussi très-bien mort. Le roi avoit donné la survivance à son lîls, le jour même de sa majorité; on lui conserve tous ses départements. Il reste une belle veuve, qui est bien fâchée de n'être pas duchesse. La bellelille est à Hanovre ; je ne sais pourquoi on remarie déjtV la veuve î\ M. le duc de Charost.
I>e maréchal de (irammont est mort après une longue maladie, et n'est pas trop regretté dans le régiment des (iardes. Je ne sais si la survivance sera conférée ù son lils. ( // u est pas mort encore, et se porte inieux).
La misère publi(|ue est toujours très-gi-ande : le [)ain est à huit sous la livre, et n'est pas bon ;\ manger. Les marchés sont toujours garnis de gens de guerre, de crainte (les séditions , famés mayistra peccandi durissima necessitatum ; on prêche la joie aux peuph's, uvd'ii> arduum est ad venlrem verba facere^ qui carealauribus, disoit Caton, en commençant une harang-ue, et nous aurions besoin de l'élo(|uence d'Apollonius de Thyane , qui apaisa une révolte causée par une famine forcée, en ne faisar)t(pie se montrer et en ne disant pns un seul mot.
I>a ville emprunte un million pour acheter (hîs grains qu'elle vendra à perte. C'est l'ouvrage d<} notre nouveau prévit des marchands, (pii aura les présents de la Heine.
.Me voilà, Dieu merci, en vacances. Le procès de la ta-
LETTRK XXXI 11^ 361
pisserie du cardinal Dubois a été partagé, le dernier jour du J-arlement, et renvoyé pour le Parlement prochain; il est assez plaisant qu'on soit partagé pour savoir si la tapisserie est volée ou non.
Lettre XXXIIF.
A Paris, ce 20 septembre 1723.
Vous m'avez fait un vrai présent, Monsieur, en m'envoyant vos articles des deux Accurse et de Nicolas DuvaL J'admire comment vous avez démêlé la suite de la vie de ces deux Accurse et montré à notre hypercritique qu'il fonde ses censures sur ses idées présomptueuses et non sur les livres. Le voyage d'Accurse le fils en Angleterre est indubitable , et cela est encore moins étonnant que d'avoir vu passer Descartes en Suède, pour aller entretenir de sa philosophie une reine qui le faisoit lever à quatre heures du matin et lui faisoit passer le pont de Stockholm, pour venir la trouver dans sa bibliothèque et y mourir de froid.
. Dans le Recueil, des Èpîlres et Lettres de M. de La Chambre, de l'Académie françoise (16Gi, Paris in-12 , page l'*8 ]y if y en a une à M. Pellisson , où il lui dit (ju'il ne se peut faire que l'Académie ne soit à la veille de se dissoudre si les choses restent en l'état où lui (Pellisson ) les a mises,, « et que vous naycz un très-sensible re- (jret d'être cause de la ruine , de la plus belle et de la plus célèbre compagnie qui soit au monde; c'est vous en dire assez pour vous faire penser aux moyens d'empêcher ce désordre. Pour moi, je vous confesse que j'ai tant d'amour pour elle, que je n'épargnerois pas les choses (jui nie sont les plus chères pour la conserver, et si l'amitié que vous m'offrez ne me laisse pas cette liberté, je vous prie de trouver bon que notre réconciliation se re-
362 CORKF.SPONDANCK INKDITK.
nielle en un aiidv teni[)s >> (Icllo lettre
est de Tannée 1G58.
Je ne sais pas ce que M. IVllisson pouvoil avoir l'ait contre TAcadémie en ce temps-là, lui qui eu a voit l'ait V Histoire en 1(>52, el (jui y avoit été admis eouinie surnuméraire et sans place vacante. Ce fait est bon à cncjuêrir, et il me semble que notre ami M. ral)bé d'Olivot, historien de l'Académie, doit l'éclaircir dans la Vie do M. Pellisson ou ailleurs sur Tan 1058 (1).
Je vous remercie du nom du l^aron de Chandicu que je ne savois point auteur du Pcn^se-partont , mais ce colonel savoit bien des faits singuliers et rares, quoique Jurieu l'aitbien maltraité dans son Esprits de M. Arnauld, et Tait appelé le grand auteur des petits livres.
La conclusion du mariaî^e du roi a produit bien des Iiaran- ^les. Le cardinal de Uohan, qui a parlé le premier, a pris le meilleur. M. d'Angers a déclamé et f.nt presque un roi delalU'ine, en parlant de sa puissance et de notre soumission. M. de Luron a mis du merveilleux et du nouveau. M. de lUois, pour l'Académie francoise, a fait une figfure où il a rapp«'lé des sujets tristes, et non erat liir locus ; il a aussi fiiclié les grands, en disant que l'Académie présente ce que TLiflise, l'Ktat, les armes et«la politique ont de plus grand ; le correctif ne devoit pas manquer îV Tacadémicien. Notre Premier Président a demeuré court, lui qui a tant parlé en public. L'avocat général de la Cour des comptes a harangué M""'d'Estrées au lieu de la Heine. On voit la harangue des Juifs de Metz, qui n'ont pas oublié la reine de Saba, Esther et Judith dans leur élorpience judaïque; cnlin tout est harangue, harangueur ()\ï harangué. Li reine répond X tout avec grî\ce, c^sprit <'t niruh^r!*', i-\ i']\i' f<\ h' rhrirriie de toute la cour. Lescon-
(1/ Voirie livrR rmnld»; M. Marron sur l'dhison (|)i«lirr). - L'iltslohc df C Académie franraite, par rdliftfvon cl d'Olivcl ne c<»nlienl rien sur ce différend.
seils du roi son père ont produit une impertinente parodie (que je n'ai point vue) : car le diable circuit et rode toujours, pour détruire Touvrage de Dieu, et c'est ainsi qu'on débite dans Paris une lettre contre le miracle de la rue de Cliaronne.
Le pain est encore à six sous aujourd'hui et on n'y comprend plus rien. M. Bernard a prêté un million à la ville pour acheter des grains; il ne veut point d'intérêts et on le payera quand on le pourra. On lui a écrit une lettre pour le remercier. On est surpris de voir les halles et marchés pleins de blés et le pain cher.
Le dernier Journal des Savants de septembre est trèssavant et très-bien fait. 11 y a une rétractation de ce qui a été dit contre l'auteur de la Préface de la Bibliotheca Fai/ana, et M. le procureur général a encore blâmé personnellement le journaliste, qui avoit voulu pantagruéliser. P^nfin cette bibliothèque est vendue , et le fils sait à présent le profit qu'il y a à faire sur les livres. On a retranché de l'histoire de la ville de Paris du Père Félibien, ce qui étoit dit sur les liljraires, dont l'office étoit de vendre des Heures aux portes des églises; mais il est tombé une vraie feuille es mains de M. d'Agoumer, qui s'en servira en temps et lieu pour l'Université.
Pour cette fois, le maréchal de Grammont est mort; je l'ai vu en plomba Saint-Roch.
Lettre AXV/P.
A Paris, ce 30 septembre I7i"î.
Tout le monde est à Fontaineldeau ou dans les campagnes; le Koi est toujours fort attaché X la Reine et cependant va toujours à la chasse comme il alloit; la Reine très-dévote et fort aimée; il y a eu beaucoup de liarangues, et ce n'est pas celle de TAcadémie franroise qui est la meilleure; on ne sait comment M. de Blois s'est avisé de
3r,4 i:oiuusi'i).M)A>t:K im.duk.
inrler dos larnios parmi la joie, et de parler contre les hiciisranees : cela remet en mémoire la n'ponse iroiii(nio (ju'il lit à M. révùque de Noyon, lors(|ue ce prélat si lier de sii naissmee fut reçu à l'Académie.
Voyez, dans le V. Montlaucon, son chapitre de Priape : vous y remarcjuerez une addition dans le latin qui n'est pas dans le francois, et cela en vaut bien la peine.
Lcure XXX r.
A l'ai is, 10 2 octobre 172.").
Saumaisca ajouté à Descartes pour le voyage deSuède, et lui donne un bon compagnon; j'aime bien la visite que fit la reine Christine ;\ Saumaise dans une maladie, où elle le trouva qui, pour se consoler, lisoit le Moj/en de Parvenir^ dont elle fit lire un chapitre à la belle Sparre, sa favorite. J'ai su d'un homme qui alla voir M. /*rt/ru deux heures avant sa mort, qu'il le trouva avec un livre que le mourant serra dans son lit; puis, voyant que c'éloit son ami, il le retira, lui montra (pie c'étoit les fpuvres d'Horace, et lui dit : ]'ons voyez, mon ami, comme je lâche à passer ces dernières heures. Cela m'a été dit autrefois par un abbé de Bourges (frère de M. de Bourges, médecin;, à qui le fait est arrivé.
On avoitl'esprit étrangement fait du temps de Pasquier; il admiroit Bonsard, que nous ne voudrions pas lire à présent, et je ne m'étonne pas qu'il adminVt le Val Ehjsien du premier président de llarlsiy : vous dites fort l»ien rpi'il y mancjuoit la viole [)()ur f.iire l'entrée de ballet. Disons la vérité, tous ces iMessieurs-lj\ étoient tro[) graves pour être plaisants; il n'y a que leur langage ancien que je voudrois qui ciU été consca'vé, et je sais bon gré à M. de Cimbray (Fénelon^ d'avoir dit que ce langage se fait regrifltcr, parcequ'il avoit je ne sais quoi de court, de naïf, de hardi, de vif et de passionné. N'est-ce pas h\
LETfRE XXXV^ 305
une belle description, et n'admirez-vous pas cet homme, qui a toujours des termes propres à exprimer tout ce qu'il pense, et qui voit dans toutes choses ce qui y est? . Je pense sur Colomiès et sur Jiirieu comme vous pensez, et je ne serois pas fâché que Bayle ait fait Jurieu cocu. J'ai toujours regret à une lettre de Bayle sur la génération, où il contoit à son ami une aventure merveilleuse qui lui étoit arrivée, et qui étoit pleine de galanterie philosophique; cela est resté à un neveu qui a été son indigne héritier.
Nos harangues font honte à tous nos orateurs, et encore plus à l'Académie, dont le métier est d'en faire. Où est M. de Toureil,qui fit trente-deux complimentsà différentes personnes sur le même sujet? Celle des chanoines de Maçon à la reine de Suède est dans un petit in-12 (Barbin, Paris) imprimé en 16G0, intitulé : Recueil des harangues qui ont été [ailes à la reine de Suède, en toutes les principales villes de ce royaume, depuis son entrée jusqu à sa sortie. On y trouve aussi les raisons et motifs de la conversion dans un écrit particulier, et il y a dans telle de ces harangues plus d'esprit que dans celles d'aujourd'hui. 11 me semble que M. Patru n'excella pas dans la sienne; elle est dans ce recueil, qui est terminé par une grande ode de M. Chevreau, secrétaire des commandements de la Reine, et par plusieurs sonnets et autres poésies de Leclerc, Duteil, Tristan L'Hermite et autres. H y a aussi trois portraits de cette reine, dont deux sont de main de maître : je crois que M. Bautru en a fait un. On y trouve qu'elle avoit appris la langue française à Stockholm, d'un précepteur liégeois, qui avait fdclcment conservé la diction et la prononciation de sa patrie, qui l emporte sur toutes les pernicieuses élocutions des provinces vallonnés ; cei^end'dni eWc leparloil sans accent, ce qui est si rare, dit l'auteur, qu'il n'y a (jue fort peu de François naturels exempts de quelque prononciation municipale. On dit que notre Ueine le parle aussi très-bien; je ne sais qui a été son précepteur.
S6« CORRFSrONDANCR IM'.niTK.
Le recueil des ÈpitreSy Lettres et Préfacer do M. de la Chambre y que vous iieconnoissezpas, est un in-l:î imprimé chez Barhinon IGtiV. H y on a une ;\ M. Brùlart, premier présidoiit de Bourgogne de Tannée, sur son retour, après un exil ou (juelque disgrAce. Le style de ces lettres est bon et éIo(|uont, maislos pensées n'en sont pas toujours justes. C'est i\ M. Tabbé d'Obvet î\ deviner colle i\ M. PoUisson : votre conjecture me paroit très-bonne.
On vient de me dire que M. le duc d'Orléans a pensé être tué hier i\ la chasse : le cerf a frappé rudement de son bois le derrière de son cheval, le cheval a sauté , jeté le prince d'un côté, et le cheval est tombé de l'autre; mais on dit(|u'il n'en est point arrivé de mal : on n'en chasse pas moins. Toutes les dames d'Orléans, T Altesse Royale et la Duchesse, sont venues ici. La Heine, dit-on, se plaint que l'Altesse Royale l'est venue voir en écliarpe, les autres se plaignent que la reine ne leur a point rendu de visite. Sur cola, il s'est fait une tracasserie de Cour, et les voih\ revenues au Palais-!U)yal. Du reste les oracles ont cessé, et les merveilles ne sont plus si merveilleuses. Je vous ai dit un mot du Montfaucon sur Priapc, je m'étonne qu'il n'ait pas cité en cet endroit l'Kci iture Sainte, qu'il doit mieux savoir que les auteurs profanes. (Livre 3 des Uois, chapitre XV, verset 1 3, f. -2 des Paralcpipèdcs, chapitre XV, verset 10.)
Lettre XWVJ .
A Pari*, on 17 octobre 472.1.
Ixî por-mc de Cartouche paroll; il expire sur la louc et il n'y a point d'Iris rjui le délivre ; oii ne sait si cela est burlesque, comique, héroï-comique, et tout ce qu'on en peut dire, c'est que c'est un poOme eartou<hirM ; il y a de l'esprit, du feu, une assez grande facilité dans la versilicalion, cl je ne sais quoi de bouffon rpii h fait lire. Per-
LETTRE XXXVr. 367
rault disoit du Lutrin que c'étoit du burlesque à l'envers : cela se pourroit mieux appliquer à ce poëme-ci; il y a déjà deux éditions, et voilà un héros d'une nouvelle façon qui pourra dégoûter les pot'tes de chanter d'autres héros, et les héros d'être chantés par les po(ites. Vous rirez bien quand il dit :
 mon secours Iludart, Saint-Didier et Vol taire,
Et quand il fait aller Cartouche en Angleterre, et quand il le fait consulter une sorcière, etc.
J'ai lu le Vasari, et j'y vois que Cimabué est le premier peintre de l'Italie, né en 1 *2 VO, mais je suis l)ien étonné de le voir peintre comme par infusion, et faire tant d'ouvrages d'un art qui devoit être nouveau. Ou les Grecs n'étoient pas si ignorants, ou il avoit appris d'ailleurs. Je crois au reste la plupart de ces portraits anciens faux comme ceux de Mézeray; mais à propos de Mézeray, il est plaisant que M. de Boulainvilliers lui reproche que l'original de son Histoire vienne de ce qu'il avoit fait un recueil de ces portraits, qu'il vouloit orner de quelques discours, et sur cela il est devenu historien. Voyez la première lettre de Boulainvilliers, sur les États généraux et sa préface sur Saint-Louis. Sur la foi du P. de Montfaucon, j'ai consulté M. de la Chausse, qui a donné d'étranges figures du Priape, et ces païens-là étaient ou bien simples, ou bien libertins.
Vous m'avez fait un bien grand plaisir en m'apprenantlc fait anecdote de l'abbé de la Victoire et du grand Prince, qui est bien singulier..' Je vous dirai sur cela (jiic ce Prince aimoit tant ce livre ( Àloysia ) qu'il le fit inq)rimer à ses frais et n'en fit tirer que peu d'exemplaires , dont j'en ai vu un ; il n'y a point de lieu d'impression ; au milieu de la première page se trouvent ces mots : Joannia Mcursii KU'ijanCur lalini scrmonis , ce sont les pr()[)res termes. 11 est divisé en trois parties, avec des chiffres
36S i:c)I\i\i:spo>danc:k iisRdite.
tlirterents, et linil pjir un i)L'lit imi^nio Tuhcronis Genilhliacon : l'édition est fort belle; Ton m'a assuré que c'est celle île M. le Prince.
N'avez-vous jamais entendu dire qu'il lit imprimer un .Vos /fd (/a m M s, où il avoit fait mettre des centuries sur Tabbé Bourdelot, lequel en pensa mourir de frayeur? On ne le lit revenir ipi'en lui a[)prenant la tromperie cpii avoit fort réjoui le l*rince. La vie des hommes est un de leurs jeux nos homines quasi pilas habent.
Je n'ai jamais vu les vers contre M. Houille du Coudray, ils ne sont pas dans l'édition de Gaeon; j'en ai ouï parler dans le tem[)s. Ce m.iijistrat est haljile, il est même très-bon puële latin, et j'ai vu un abrégé du procès de Caille, qu'il avoit fait dans une latinité très-élégante. 11 est aussi fort savant dans notre ancien droit et nos vieux titres; avec tout cela, il est musicien et a été trèsgalant dans son temps, mais la galanterie ne l'avoit pns poli. Il est fort bien avec M. le Garde des sceaux, qu'autrefois il n'aimoit guère.
J'aime bien Montaigne avec ses naïvetés et l'aveu de son impuissance passagère, que sa fille d'alliance avoit retranchée.
M. Coste a bien fait de rétablir ce passage. Il me semble cependant que Montaigne, qui dit qu'il n'a point di; mémoire, en a plus que personne, et je ne sais si ses citations fréquentes, qu'il enfile quehpiefois comme le docteur de la Comédie-Italienne;, n'ont pas je ne sais quoi de pédant. C'est une recherche (jue lui fait le père Mal branche et qui n'est pas sans raison.
Mon poêle de Chartres me mande qu'il continue le Jiomati Comique sur des Mémoires de M. Despréaux, et (|ue Balzac ayant remarqué qu'il étoit surpris que Montaigne, après avoir été conseiller au parlement de Bordeaux, eût manqué j^ représenter riiumeur des juges , la misère des plaideurs et les stratagèmes de la chicane, cela entrera comme un éj»isodc dans la continuation du roman. La
LETTRE XXXVIP. 369
Fontaine a bien fait venir d'aussi loin l'épisode du Pleur et du Rire dans sa Psyché.
L'entrevue du Roi et de la Reine avec le roi Stanislas s'est faite à Beuvron lundi. M. le Duc a voit été les voir auparavant à Villeneuve-le-Guiart avec M. de Breteuil. La grand'mère a passé droit à Chambord. Toute la chasse a été à Beuvron; on en revient fort content.
Depuis ma lettre écrite, j'en ai reçu une de ra])bé Leclerc, où il me marque qu'il est tout prôt de m'envoyer son manuscrit, qui est de 500 pages , pourvu que je le lui renvoie dans quelque temps. N'ayant pas eu le temps de le transcrire, il me laisse le maître de corriger et d'effacer; tout cela vient bien tard : je ne sais encore ce que je ferai.
Le marquis de Brancas est en fuite : cela passe pour un assassinat de sa part.
Lettre XXXVIP.
20 octobre 1725.
Voici, Monsieur, ce que j'ai appris de plus sûr du combat de Vincennes, mais il faut le tenir secret. La princesse de Berghe, fâchée de sa disgrâce, causée par le duc deNevers, a cherché à s'en venger, et amis dans son parti le marquis de Brancas, à qui ellea, dit-on, fait de grandes promesses. Le Marquis, depuis ce temps, a cherché querelle au Duc. Le jeudi, 11 octobre, au matin, il onvoya son valet de chambre, nommé d'Aumont, cherchera Paris une épée qui avoit le fil. Le soir, après le souper de la Reine, il dit au Duc qu'il avoit à lui parler. Le Duc dit qu'ils n'avoient qu'à se mettre dans l'embrasure d'une fenêtre. Mais le Marquis dit que la conversation pourroit être longue, et il l'entraîna jusque par delà le pont, eu \iù disant qu'il y avoit eu un conseil î\ Bagnolet ce jour-là , qu'on y avoit pris une résolution contre lui Marquis, et T. m. 21
370 CORRKSPONIUNCK IM^OITK.
qu'il vouloit la savoir. Le Duc refusa toujours de s'expliquer. Sur ce refus, le Marquis lui dit : u L'cpéc à la main ! » Le Ducn'avoil qu'une t^pce de deuil , et la tira; le Marquis lui porta un coup cjui traversa les deux inanioUes et qui n'entra point dans la capacité : en retirant son épée, le Marquis demeura découvert, et le Duc lui porta un coup dans la poitrine, qui n'entra point, et qui fit tomber le Manjnis, ce qui fait croire qu'il étoit maillé. Alors le Duc lui lit une passe au collet et voulut lui faire rendre son épée, et la lui arracher; mais, comme elle avoit le fil, il se coupa tous les doigts de la main gauche. Dans ce moment, ce môme d'Aumont, qui les avoit suivis, donna un coup d'épée dans la cuisse au Duc, un peu au-dessus delà veine cave et un autre par derrière. Le Duc cria: «Au meurtre ! on m'assassine ! » On vint à lui ; le Marquis et d'Aumont s'enfuirent, et montèrent dans une chaise qui étoit dans le bois. Le Duc est resté à Vincennes, et ses blessures sont légères. On dit qu'il a la goutte, et effective'ment il Tavoit ce jour-là , et avoit une canne à la mai'.i sur laquelle il s'appuyoit. On n'a rien fait en France sur cela; le tout a été mandé au roi d'Espagne, de qui on attend la réponse. La Reine a voulu que M. de Br. revint, et il est revenu, le jeudi 18, à Vincennes, oii il a fait les fonctions de sa charge ; mais vous pouvez croire comme il y est regardé ; les blessures du Duc seront bient(M guéries; on le voit dans son lit ou dans son fauteuil comme s'il étoit goutteux. Je vous laisse faire les réflexions nécessaires sur cette belle expédition , où il entre do la vengeance et de la galanterie, de la poltronnerie, de l'assassinat, et toutes sortes de passions.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
LETTRE XXXVIIR 371
Lettre XXXVITP.
A Paris, ce 2A octobre 4725.
J'ai reçu, Monsieur, le gros paquet où est la lettre de Thypercritiqiie,etqu'ilne me veutenvoyerqu'à condition que je la lui renverrai, condition singulière pour une lettre, mais j'en ai assez de l'échantillon, qui me fait juger de la pièce. Je l'ai lue à Auteuil où je me suis trouvé alors. Je n'ai point été étonné de toutes ces fautes remarquées par M. l'abbé; je crois qu'il en eût pu remarquer encore plusieurs autres, mais cela ne me fait point désister de l'estime que j'ai pour notre critique (Bayle), pour sa science, pour sa pénétration, pour la netteté, la force et l'agrément de sa diction, pour sa manière de caractériser les grands hommes, pour sa philosophie et sa métaphysique, etc. Il a pu errer, mais qui est-ce qui est exempt de fautes? J'aime à le voir corrigé, il m'en plaît davantage, et c'est un nouveau plaisir pour moi de repasser sur ces articles. M. l'abbé Fraguier, A qui j'ai parlé de cette lettre à Auteuil, où j'ai eu l'honneur de diner avec lui . dit fort bien que Bayle peut avoir manqué, en suivant les Mémoires nouveaux, mais qu'il ne s'est point trompé sur les Mémoires de deux ou de trois mille ans, c^est-à-dire sur toutes les philosophies anciennes, qu'il a si bien éclaircies, et tant d'autres matières de littérature qu'il a épuisées. Tout cela n'est point M. l'abbé Leclerc , et je vous assure que je ne contesterai point avec lui, étant prètde lui passer toutes ses remarques, horscelle où il dit que Bayle, ayant employé beaucoup de Mémoires que je lui ai fournis, ayant parlé de moi avec éloge, il n'est pis surprenant que je sois prévenu pour lui, et qu'il en auroit fait autant. Mais vous avez vu. Monsieur, par mes lettres et mon Rcrucil d observali(ms de 1698 que j'admirois Bayle bien longtemps avant qu'il p;irl;\t de moi ,
S7Î coR^KSPo^^A^cK inéditk.
puisqu'il n'en a parh' que dans rédilion de 1702. Ainsi, voilà l'observation incivile de M. Vixhhé bien nulle, et s'il juge ainsi sur les apparences, il est fort sujet à se tromper.
M. l'abbé Fraguier m\i appris (ju'il y a, entre les mains de M. de La Koque, un manuscrit de le Fèvrc surle Sacrement (le Pénitence, où il y a nn chapitre : De la manière (ie.<e confesser sans dire tout. M. l'abbé Leclerc, qui sait tout, ne sait pas cela. J'ai aussi appris de M. Fraguier que vous étiez en dispute avec lui sur la harangue des Siamois (que vous croyez de M. Pellisson aussi bien que moi), mais il m'a assuré qu'elle est du père Verjus ; (ju'il était lui, abbé Fraguier, alors jésuite, que cela passoit communément pour son ouvrage, que le P. Verjus, directeur des Missions, et conducteur de ces ambassadeiirs , n'avoit pas liesoin de M. Pellisson pour l'aider, parce que ce Père avoit beaucoup d'esprit et érrivoit très-l)ien, comme ou le voit dans la Vie de saint François de liorfjla, et il ne fait pas le moindn» doutr sur ce fait, sur le(|U('l M. de Valincourl lui a écrit votre sentiment. J'ai été charnu; de la conversation savante et polie de M. Tabbé Fraguier, et je me suis bien honoré de votre connoissance. Je vous renverrai, aussitôt après les fêtes, tout ce que vous me demandez et j*y joindrai le Gustave.
retire \YV/V .
A Grmlmi!», r «• îi novnnlire il'li,
J ai eu re^n.'l à (juiltrr M. l'abbé Fraguier; il est bien défini : Vir paucorum Aow//n/m. J'ai peu profité de sa conversation, parce rpf il est Irès-incommodéde son torticolis, elque l'on voit qu'il souffre beaucoup à parler et à lire. Je lui ai laissé nn vobimr rie l'abbé Leclerc : il me dit plaisamment : Si c'est un livre qui ne se vend points c'est donr un livrp (/ni ne se lit jiaiuf. Il im- trouvera là ni Pla-
LETTRt XXXIX*^. 373
ton, ni les dieux d'Homère, et je crois qu'il en sera bientôt las. Il est très-fort pour le père Verjus comme auteur de la harangue des Siamois, et m'a assuré bien positivement que M. de La Roque avoit le manuscrit de Jacques Lefèvre. Pourquoi ne pourroit-il pas subsister? Les protestants, qui le regardent comme un homme à eux, auront eu la curiosité de le conserver, et de là, il a passé, de main en main, à La Roquepère, qui étoit un savant ministre. Cela est aisé à éclaircir.
Je crois que vous avez présentement le poëme de Carlouche; il vous fera rire. C'est un centon d'une nouvelle sorte. Voltaire désavoue vilainement son poëme, après l'avoir bien vendu; ce désavœu est dans la Préface de sa Marianne; on lui a répondu par un petit écrit de Vérités lilléraireSy qui contient une critique de sa Préface et de sa pièce, et cette critique seroit bonne, si Fauteur n'éloit pas un homme du nouveau style, et plein d'affectations dans lalangue, qui rendent les pensées obscures.
J'ai fort connu M. de Boulainvilliers; il me semble qu'il n'étoit point fanfaron, son style est noble, élevé, et fait paroitre je ne sais comment toute autre langue barbare , comme disoit l'abbé Bignon de l'abbé de Bussy. La question est si ce qu'il a écrit dans ce style est bon, et si toutes ces Jlisloires, réformées à sa façon, ne sont pas des romans de noblesse. M. l'abbé Fraguier rit bien de ce qu'il a écrit sur Spinoza, qu'il n'a jamais entendu, non plus que Spinoza ne s'est entendu lui-même; il est mort sur V Histoire de Mahomet, qu'il n'a point finie, et dont il m'avoit prêté quelques cahiers, dans ce style merveilleux où jenecessois de l'admirer; mais, dit notre abbé Fraguier, cela ne pèse guère, et il a raison. Nous avons eu ici M. l'abbé de Verlot, qui sait beaucoup et qui fait imprimer à force son Histoire de l'Ordre de Malte. Je voudrois qu'il eût le style dont je viens de parler, car le sien a je ne sais quoi de trop spirituel et affecté pour une histoire. 11 est venu à sa connuanderie de Santony, proche
374 COllUESPO.NDA.M.K INKDITK. '
iirosbois, tjue l'Ordre lui a donné avec la croix, avec dispense de Rome, parce qu'il est ent;agé dans des vœux de capucin transféré k Cluny.
Montaiirne a eu beau cacher son titre de conseiller au parlement de Bordeaux, M. de Tliou ne l'a pas oublié. Je ne sais pas si Bayle t'aisoit de grands recueils; je n'en ai point vu après sa mort et j'ai vu tous ses papiers ; je verrai le livre dont vous me parlez, 3IémoircSy etc. Le /)/scours historique sur Gustave n'est point entier; il n'y a que les deux chapitres que j'ai, qui sont longs, et son héritier n'en a pas davantage. Je l'aurois donné pour mettre dans le recueil in-folio, s'il n'offensoit pas des gens qu'il ne faut jamais offenser. Vale itenim atque vale, illuslrissimc et carissinic Prœses.
Lettre XL.
A Grosbois, 10 novembre 172.%.
Je vous renverrai incessamment. Monsieur, la longue et éternelle lettre de l'abbé Leclerc ; non est in lanlo corpore mica salis. Je lui avois bien dit que pour vérifier sa critique on iroilà Ilayle et (ju'on restrroitsur Bayle sans retourner à sa critique : c'est ce qui m'est arrivé, car l'article ci'usuré m'amuse, puis me mène au suivant, et j'oublie .M. l'abbé. N'est-ce pas Platon qui dit à Xénoci'ate : .Sacrifiez aux Grâces? W faudroit que quelqu'un lui dit aussi cela dii malin au soir, mais je ne sais s'il scroit exaucé dans son invocation, car il y a des gens que les grAces fuient comme ils fuient les gr«^ces. Tant y a que M. l'abbé aura beau prêcher et pétrociner, même avec de belles graphides et diatyi)oscs «pi'il n'a ])oint, et il sera bien ébahi qu'il ne m'aura rien persuadé. Ce n'est pas à lui «pi'jl ap[)artient de faire des caractères généraux; ce n'est (pi'aux grands hommes qu'il est donné de faire de pareils traits.
Sur la difticultéque fait M. l'abbé d'Olivet de parler de l'affaire de M. Pellisson, je crois, et mon avis est (comme le vôtre, Monsieur) qu'il en doit parler, mais avec modération et avec la politesse qui convient. On fait tout passer, car tout passe, dit La Fontaine, quand le.mot est bien trouvé, et M. Fabbé d'Olivet est tout propre à le trouver et à l'employer bien. La lettre publique de M. de la Chambre engage à cet éclaircissement, n'y en auroit-il rien dans les registres de l'Académie ; s'ils en parloient, autre engagement plus grand encore. Je crois la lettre mal datée de 1658 et qu'elle doit être de 1659, comme vous le dites. Enfin, je suis d'accord avec vous sur tout cela et je crois que la Vie de M. Pellisson demande qu'on explique ce fait. Je ne sais pourquoi vous appelez iM. delà Chambre domestique du chancelier Séguier; je crois qu'il étoit son médecin.
45 novembre i72S (Paris).
J'apprends que le prévôt de Paris a gagné son procès contre le lieutenant civil. J'ai fait les premiers Mémoires historiques et chronologiques pour M. le prévôt de Paris, et ai défriché cette affaire. Les derniers Mémoires j où il y de la déclamation et des injures, ne sont pas de moi ; je ne sais pas encore le détail : on dit que la voix délibérative, la séance libre et volontaire, les placets, les référés sont accordés au prévôt de Paris. Nous aurons l'arrêt, qui nous instruira; il est du 10 novembre au conseil des dépêches; on nous donnera aussi a[q>aremment celui du 21 octobre pour M. Farchevêque de Cambrai contre le prince Frédéric.
M. de Fontenelle a fait Féloge du Czir à Fouverture de l'Académie des Sciences; on en dit beaucoup de bien, sauf le style.
376 CORKKSFOM)A>CK i^^:DlTK.
Lettre \LI
A Pans, ce 24 iio\rn«br(^ 172%.
Lisez le poème de Cartouche , vous y trouverez du dramatique, uue narration serrée et nette, et je ne sais quoi qui court à l'événement. C'est un Homère à sa façon, (juoique mon poëte de Chartres me mande (ju^on le vend i fr. et que cela est trop cher pour des hujuais. Voltaire vient d'ohtenir une pension de 1,500 fr. sur la cassette de la Heine. 11 suit la cour et en man^e les chapons, (iacon se meurt, s'il n'est mort; la tète lui a tourné; cela ne pou voit lui manquer. Roy fait un poëme épique sur la découverte des Indes, et un ballet des Stratagèmes de l'amour; le premier des Stratagèmes est l'aventure du fleuve Scamandre, dont la Fontaine a fait un très-joli conte et Bayle un article qui ne vaut guère moins. Voil;\ les nouvelles des poètes, à (juoi vous joindrez deux épigrammes tle notre Chartrain, (jue je mettrai au bas de cette lettre.
L'évèque de Beauvais n'a pas fait le tome 2" du cardinal Odet de Chàtillon , mais il Tauroittait, si on ne lui avoit procuré une retraite forcée dans le noviciat des Jésuites^ où il est enfermé par avis de parents. On dit de Tévéque de Hennés (|ue, pissant à la porte de l'assemblée, on l'avoit voulu faire aller plus loin, et qu'il dit : Laissez-moi, je fais de l'eau bénite pour le second ordre. Cela ne ressemble point X ce conseiller dont parle Montai^'^ne, qui après avoir rapj)orté une fjTande affaire, fut ••ntendu au pissoirdii Palais disant : Mon nobis Domine, non nobis y sed nomini tuo dagloriam.
On ne s«'iit pas encore le détail de l'affaire du Prévit de Paris ; le lieutenant-civil est fort humilié. Le Prévôt a droit de voix délibérative toutes les fois qu'il lui i)laira aller au Clh^itelet; le lieutenant-civil dira : le I*rév(M de Paris dit et ordonne : le Prév6t n'ira point aux audiences
LETIKK XLir. 377
OÙ les lieutenants jugent seuls, parce que, en cas de partage, il n'y auroit point de voix conclusive. Dans les cérémonies^ le Prévôt ne précédera point le corps, mais ira au côté droit du lieutenant-civil. Défense au Prévôt de s'attribuer autres droits que ceux réglés par Tarn^t , ce qui est un Hors de cour sur les autres demandes. Voilà ce que je tiens de bon lieu. Je ne sais si je vous ai donné mon Mémoire. Il y en a un très-court, qui contient un abrégé historique et chronologique de la charge , que j'ai fait pour soulager M. de Maurepas dans son rapport ; je n'en ai plus.
On attend le retour du Koi à Versailles; l'abbé de la Pause, frèrede l'abbé Margon, y prêchera l'Avent. La mère deces Margon est retirée dans un couvent àLodève, dont la supérieure est sœurdciM. de Fréjus, qui protège ce prédicateur. Le bruit court que la Reine est grosse, mais ce n'est qu'un bruit. On voit une ordonnance du roi Stanislas pour l'ordre de sa cour : Messe à 6 heures pour la cuisine et les bas officiers, messe à huit heures pour les autres officiers, messe à onze heures pour la Reine. Il y a des amendes sur les gages contre ceux qui manqueront.
Lettre XLIP.
A Pans, ce 13 décembre 1723.
J'ai reçu une lettre de M. l'abbé Leclerc, qui me dit ingénument qu'il a écrit contre Bayle, parce qu'il a été scandalisé de ses réflexions en matière de religion , qui ont introduit un certain libertinage d'esprit. Ainsi, le scrupule a été le fondement de la critique sur d'autres articles qui ne traitent point de religion. Il ne me parle plus de m'envoyer sa lettre, je vous renverrai la vôtre.
M""" de Curzay vient d'épouser M. de Mauconseil, (jui est grand veneur de ce Roi Stanislas), et sa femme sera
S78 CORIUSPO^OA.NCK IMPin..
(hune triioiniour de la Keine; les médisants disent que M. de Cur/.ay n'est point de la noee parce ([u'il est parent trop éloiirné. C'est une é[)ii:rainnu'; voici les deux que je vcmis ai promises.
C'e>t tiansiT sur la corde, î» ce que dit Horace (1), Qu'oser jusqu'au cothurne élever son audace; La France jusqu'ici n'a vu que deux auteurs
En ce genre vraiment hahilcs ;
Or ce sont là les grands sauteurs :
Les autres ne sont que des Gilles.
Petits républicains du café du Parnasse (2),
Pourquoi tous les trois mois tjut-il qu'on vous déplace ?
(lein f.iit peu d'iïonneurà votre souverain :
11 est honteux pour un tel doge,
Qu'a chaque terme on vous déloge,
A peu près comme mauvais train.
On voit deux longues Lettres d'un médecin de Paris à un médecin de province sur le miracle. 11 y a là de la théologie, de la médecine et peu d'ordre. On dit M. Hecquet Tauteur; cela est édifiant pour un médecin. Quand je vois Kpicure dans un temple , je dis qu'il y a des dieux.
Je n'ai jias encore vu M. de La l»0(pie , mais j'ai appris sa demeure. Le livre contre l'abhé de la Trappe est apparemment l'histoire de sa conversion , où on a mis la tête de .M"*" de .Monhazon séparée de son corps, qui effraya l'abhé et le fit moine , ce que je crois un conte. Vous connoissez sans doute les quatre lettres qui furent écrites au même abbé, sur le Trahi' des éludes monastique», et imprimées î\ Amsterdam chez Desbordes, en 1002, in-12. Filles sont Ir^s-bonnes et fort vives, et pleines de traits personnels contre la science.
(1) lUi perexllnclum Ume.m mihi pcjwic vi.lelur,
Ire poeta. meum qui |>«tIiis inaniter an(;it. (t) !>►» beain esprit^ 'In caf*- • ii ont « liaiig«r «!«• trois depuis un an.
LETfRE XLir. 379
Il y a une nouvelle édition de Cartouche ; on ne la vend plus que 26 s. Vous avez fort bien placé Gacon avec Cerbère : il avoit un prieuré auprès de Chantilly, qui a été donné au chevalier de Castellane, qui, s'il mord quelqu'un, ce n'est pas des poètes. J'ai vu la Préface de Marianne et l'ai admirée comme vous : cela est digne des plus grands maîtres, et marque un beau génie, à qui tout est facile; prose, vers, etc. Roy va donner son opéra : il y a, dans le Prologue , que le mariage du Roi esf la fête du monde. J'aime i)ien votre épigramme sur les épigrammes : elle est Catullienne; notre Chartrain joue les mots et même les plus bas, son esprit baisse.
[j'arrét du Prévôt de Paris est arrêté, cela veut dire sursis. M. le lieutenant-civil a trouvé un traité, fait entre M. de Bullion père et M. Le Camus, où le Prévôt a vendu ses droits au lieutenant-civil pour de l'argent : il a donné une nouvelle requête; elle a été communiquée , et on attend la décision. La question est de savoir si on peut déshonorer sa charge , mais ici c'est au fils que cela se dit, tenu qui est des faits du père, et voilà une question désagréable.
Nous sommes entourés de morts : iM. Bignon, ancien Prévôt des marchands ;M. Pelletier de Souzy; iM. Desouvre, qui est mort justement le ïO^ jour d'un coup de tête négligé; la princesse de Montauban, à la mort de qui M. le duc d'Orléans gagne une belle maison de 20,000 fr. par an ; elle a fait renouveler la chanson de M. Terrac et d'autres encore ; elle est morte intestat et M. de Ramier n'en est point du tout fAché; l'archevêque d'Auch, dont M. le cardinal de Polignac hérite de l'archevêché, sur lequel il y a 20,000 fr. de pension entre plusieurs et entre autres 3,000 fr. à l'abbé Colibaut, conl'esseur de M"' de Mazarin en Angleterre, puis de la princesse de Modène, et à présent, aumônier de M. de Morville, avec qui il avoit été en Hollande. On m'a dit hier qu'il y avoit des nouvelles Lettres de M'"^ de Sévigné qui se vendent secrète-
880 CORIIKSI'ONDANCK l.NKDm:.
nient. Valc atque iterum vale, cliirisaimc et amatissiwe
Lcdrc XLlir.
A Paris, ce il (It'ceml.rc t72."S.
Nous approchons de la fin de Tannée, Monsieur, et il faul espérer que nous en aurons une meilleure; je vous la souhaite par avance de tout mon cœur. Il s'est ici passé une chose (|ui fait beaucoup parler et qui peut-t^tre n'est rien. M. de Fréjus est allé à sa maison d'Issy le dimanche 16 au soir; il n'est point revenu le lundi et mardi; le mercredi au malin, le Uoi l'a envoyé rechercher, et il a paru à la Cour. Voilà bien de quoi l'aire raisonner les polili(|ues, car on prétend qu'il y avoitdu mécontentement dans celle retraite, qui s'est faite après une. très-secrè'e conférence de ce dimanche 16. Après l'exil du maréchal de Villeroy, il s'en alla et revint de même.
Le procès du Prévôt de Paris est enfin jugé tout à fait ; le premier arrêt subsiste et il est comme je vous l'avois mandé. Il valoit toutautatit s'en tenir là que de faire une démarche sans succès. Mais la famille de .M. le lieulenant-civil a cru réussir; l'acte dont je vous ai parlé i)'a pas été produit, on en a seulement parlé dans le monde, et ce derniec incident n'a rouh'; que sur un arrêt de Ififi», (pii régloit les séances du Prévôt à quatre par an, à ce que l'on dit , car je ne l'ai pas vu. Enfin l'utile reste à la charge du lieutenant-civil , mais l'honorificiue est fort diminué, et nous allons voir comme le Prévôt de Paris en usera; il y a des gens (|ui vendent tous ces 3/cmoirex.
La mort de .M. Pelletier deSouzyfail une dispute entre M. le (iarde des sceaux et M. d'Argouges, sur le doyenné du conseil. On [>rétend que .M. le (iarde des sceaux ne peut prendre date de son intendance de finances, cl que
LETTRE XLIIF. 381
ce ne doit être qu'une qualité honoraire de conseiller d'État et non une titulaire. Cela fut pourtant jugé pour M. de Caumartin , qui éloit au même cas, mais la faveur y eut, dit-on, plus de part que la justice. Il semble que M. le Garde des sceaux se ménage une place suivant les événements, qui sont très-casuels.
Avez-vous une Dissertation sur les deux Hi^oires de Mézerai et du P. Daniel? Cela est fait par un Anglois, chapelain de la princesse de Galles, et à elle dédié ; je ne Tai vue qu'en passant, et il m'a paru que c'étoit une déclamation où on fait entrer de vieilles controverses et des arguments usés et réfutés; l'auteur prétend que la morale, la religion et la politique de Mézerai valent bien mieux que celles du Jésuite, il tombe, de temps en temps, sur les jansénistes, et maltraite M. de Tillemont sur Fauste de Riez, ce qui me fait croire qu'il auroit pu voir les Mémoires de notre abbé Leclerc, qui a fait un grand article sur ce Fauste. 11 y a beaucoup de lieux communs sur la manière d'écrire l'histoire, enfin il élève très-haut VHistoire du père Daniel, et si haut, si haut, qu'il la préfère à toutes nos histoires; puis, de cette hauteur il la laisse tomber, pour lui faire une plus forte blessure. L'ouvrage est une assez grosse brochure in-V°, imprimée à Amsterdam.
La compagnie qu'on appelle de Barbin a obtenu, depuisplus de six mois, une permission tacite d'imprimer tout la Fontaine : FahleSj Co/i/e.s, etc.; ils me sont venus trouver. Ils sont peu instruits, ne connoissent pas un des recueils anciens, et n'ont pas une seule pièce manuscrite ; ne voilàt-il pas une belle disposition ? ils imprimeront d'abord les Fables, les Contes^ et la Psi/chéin-k''y avec des encadrements gravés autour des pages, comme au Boileau de Hollande, ce que j'ai fort condamné, mais cela leur a été mis en tète par quelque amateur (jui n'en démord point. Ainsi voilà tous les desseins de M. l'abbé D. et les miens évanouis; je ne donnerai ce que j'ai qu'à bonnes enseignes, et lu
SSS œURKSPONOANCK INKIMTK.
l'rèface pourra bien ùlro réservée pour votre hihliolhéque, ne voulant pas ni'exposer aux reproches des sots, qui ne me pardonneroienl pas cette petite débauche d'esprit.
11 y aura un second recueil pour tout ce qui ne sera conte, ni fable, et je pourrai aider ni des recueils anciens et des pièces manuscrites.
L'hiver est très- fantasque, il a tonné el éclairé le mardi 18, et fait un orage affreux, Phrénétici Scpicnlnonum filii, éloient tous déchaînés. C'est un mot de Varron, que vous trouverez dans une description d'un pareil orage de décembre ^ République des Lettres^ janvier 1685, article 6), car tout est dans Bayle.
ANNÉE n26.
Lettre F'.
A Paris, ce 2 de janvier 1726.
J'ai toujours pensé de Mézerai comme vous. Il ne parsema son Abrégé de traits satiriques, que pour le faire purifier la grande Histoire , qui n'étoit pas toute de lui, et on s'aperçut à la fin qu'il n'étoit point historien. Pour le P. Daniel, il manque, à mon avis, une certaine force dans son style, qui le fait languir : je ne trouve pas aussi qu'il soit instruit des matières comme M. de Thou, et par exemple ce qu'il dit du concordat et de l'opposition du Parlement ne vous met point assez au fait; il faudroit être jurisconsulte, magistrat, théologien, canoniste, guerrier, il faudroit être tout pour bien écrire l'histoire. Mais qui peut avoir tous ces talents? Contentons-nous de dire que nous n'avons rien de meilleur que V Histoire du Jésuite, et souhaitons-en une meilleure encore. Surtout je voudrois une bonne traduction de M. de Thou, afin de montrer un modèle c\ nos historiens, qui lisent peu de latin, ou ne l'entendent pas. Si M. de Boulainvilliers n'avoit pas ses sentiments nobles et républicains, il avoit le plus beau style du monde et des tours inimitables ; mais, avec lui, on est réduit au roman ou à la Bastille, et ces manuscrits tant recherchés resteront dans les bibliothèques. Voici ce qu'il dit du père Daniel, dans la Préface de son Saint-Louis : a C'est un auteur qui n'a écrit que pour écrire, qui a employé la plume de ses confrères quand la sienne vouloit se reposer, qui n'est pas intéressé à rien qu'ii renverser l'ordre commun; les hd-
384 r.ORRFSPONOANCE IM'JMTK.
tards chez lui sont légitimes et les légitimes sont bâtards; les malheureux sont toujours coupables, les heureux sont toujoui-s innocents; Louis XI, prati(iuantlesrubri(jucset la duplicité la plus noire, est un prince hal)ile et le docteur npprouvé de tous les rois ; Charles Vil, victorieux et con- (piérant de la France, ennemi de la dissipation, connoissant et récompensant le mérite, cpielquefois trompé par l'amitié, est un prince faible et débauché, parce qu'en sa vie il a eu une maîtresse, assez courageuse pour n'emplover ses charmes ([u'à l'amener î\ chasser les Anglois hors de la France. » J'ai copié ce passage entier, pour vous faire plaisir, et vous donner un échantillon de Boiilainvilliers , ou noulainvillcry car c'est ainsi qu'il écrivoit son nom, dont il étoil très-jaloux.
Pour le chapelain de la princesse de (ialles, c'est un véritable capelan, dont le goût ne décidera point sur la bonté de nos Histoires. 11 fait le controversiste hors de propo^;, et il mefaitsouvenir deLevassor, cpii, au sujet desderniers siicrements donnés à Louis XIII, fait une dissertation sur rextrême-onclion.
J'ai pesté le premier contre les encadrements de nos libraires, qui sont plus sots que des enfants avec des images. Les Contes sont déjî\ avancés; il y a 17 feuilles imprimées; ils suivent Tordre de l'édition d'Amsterdam de lG85,qui n'est pas le vrai î C'est un M. deSaint-Gelais qui prend ^oin de l'édition; il n'est pas sans esprit, il avoit commencé à faire, en 171G, une Histoire journalière de Paris, cpii marcpie du goût, et cpii a été arrêtée après le 2' volume, tpii se devoit donner tous les trois mois; il vif-nl de faire la Description de tous les tableaux de M. le duc d'Orléans, avec la Ki> abrégée de chaque peintre ; on va rimprimer, on en dit du bi. ii. Les peintres Font nommé secrétaire de l'Académie de peinture et sculpture, et il entreprend une Histoire de cette académie, comme on en a fait une de tous les autres. Je le vis lii< r, premier jour de l'an, chez M. de Launay, dircot«'urde la
Monnoie des médailles, où j'appris toutes ces choses, et où je vis une médaille de la Reine, dont la figure plaît beaucoup, et qui a été gravée par un du Vivier, Liégeois, homme de trente-deux ans, très-excellent graveur, etqui a beaucoup du goût de Varin. Pour revenir à nos moutons, qui sont nos Contes et notre La Fontaine, cela ira comme il pourra, et comme vont toutes les choses de ce monde; je vois les libraires ignorants et avides et peu curieux, et je suis étonné comment il échappe même quelquefois quelque chose de bon.
L'abbé Brissart est le secrétaire du bureau de la librairie, qui a pour chef M. de Vienne, chez U. le Garde des sceaux, et iM. Rassicod est le censeur que Ton vous a donné, qui est le fils de celui dont nous avons les Xoles du Concile de Trente. Le premier a fait sa fonction quand la distribution est faite ; le second n'aura qu'à admirer et à approuver.
Je n'entends plus parler des Lettres de M'"^ de Sévigné. Nous avons la déclaration qui modifie le service des conseillers à cinq ans dans les affairesdu Koi, et apparemment vous l'avez aussi, et ce n'est pas mal se tirer de ce pas, à ce qu'il me semble. Je vous renverrai tout ce que vous me demandez avant la fin de ce mois, et j'y joindrai même le Gustave, et je ferai toute ma vie tout ce que je pourroi pour conserver une estime aussi précieuse que la vôtre. Bonjour et bon an, Monsieur; je vous embrasse de tout mon cœur, et fais pour vous tous les vœux les plus vifs et les plus tendres.
3«« COR RRSPO.ND ANGE I^'î:mTK.
Lettre II'.
A r.iiis, ce 2U ilo janvier 1726.
Jo ne vous parle qu'avec douleur de l'accident arrivi' à M. de Valincourt, qui a été frappé du plus grand mal dont un homme, et un homme de lettres, puisse être attaqué. J'ai autrefois travaillé dans un procès d'incendie, ou je frémissois à chaque ligne, et cela porta dans mon ouvrage une certaine horreur, qui affligea et attendrit les juges, et je gagnai mon procès : cela est imprimé, et je tâcherai d'en trouver quelque exemplaire. Voilc\ donc le pauvre M. de Valincourt privé de toutes ses consolations, de ses livres, de ses manuscrits et de tout ce qui faisoit sa joie dans un Age avancé : après cela, il n'y a plus qu'A mourir. Comme il est de vos amis, j'y ai pris, outre la part de l'humanité, celle de l'araitié, et j'ai senti tout ce que vous avez senti : mais n'avcz-vons point perdu, A ce feu, qurhpieslivres, quelques manuscrits, et n'y a-t-il point ici douleur sur douleur? Je vous prie, Monsieur, de me le dire, et de me communiquer votre tristesse pour la dissiper un peu.
On vient de nous donner un morceau précieu.x du défunt ablié de Chàteauneuf : c'est un Dialogue sur la musique des anciens; il est fait à la manière de Cicéron, que l'on reconnolt partout, et il yen a bien des endroits cités : cela est plein de grâces, de tours aimables, de réflexions sensées et judicieuses, et les interlocuteurs fini.ssent trèsg.il.imment par VÈloye de Léontium (ou Ninon), chez (jui la conférence s'est tenue. Vous trouverez dans cet lUoyc des traits fins, nouveaux et délicats, et vous ne serez pas ïiiché qu'on conserve la mémoire d'une personne si illustre en son genre. Je voudrois qu'on y eût pu conserver quelques-uns de ses bon» mots, comme celui : Le bonbilUl qu'a la ( liàtre^ Saint-Kvremont étoildesesamis.
LLTTRE Il^ 387
et, dans l'édition de Londres, il y a quelques-unes de ses Lettres : mais le même Saint-Évremont ne l'a-t-il pas déshonorée dans cette élégie si mauvaise et en si mauvais vers (tome I, 97, édit. dWngl.), où tous ses galants sont nommés en marge, Villarceaux, le duc de Chàtillon, le maréchal d'Alhret, le duc d'Enghien, et c'est de ce dernier dont il dit si grossièrement :
Ce même duc alloit souper chez vous.
Comme un liéros jamais ne se repose, Après souper il faisoit autre chose; Et sans savoir s'il poussoit ses soupirs, .Te sais au moins qu'il aimoit ses plaisirs.
Cne ligne de notre Dialogue vaut mieux que tout ce que notre Normand Pétronien en a dit. Vous n'ouhlierez pas VArt de limilalion ou de contrefaire, dont je n'ai rien vu d'écrit nulle part, et cette scène de Molière sur son Tartufe, ni l'article de Bayle, de Leontium ^ car il faut hien que Bayle soit partout, et comhien n'auroit-il pas été charmé de V Éloge de notre illustre et de laliherté dont nous jouissons encore, puisqu'on a pu permettre de le donner aupuljlic. Il y a, di(-on, une critique du Dialogue, que je n'ai point vue encore : c'est quelque moderne qui n'a pu voir les anciens loués et notre musique ahaissée. Mais nous ne sommes pas si vifs, ni si chauds que les Grecs. Je m'imagine qu'ils avoient l'iVme d'une îVme au lieu d'un corps, et voilA de quoi faire et ressentir de honne musique.
On continue de plaider la cause de M"*^ de Saint-Cyr à huis clos. M. Normand, qui avoit préparé un hel exordc pour le puhlic, n'en a pas eu la gloire; M. le président Lamherl, maître de la police de l'audience, a vouhi cette clôture, et c'est peut-être le seul service que l'on peut rendre aux p. ad., quoiciue cette affaire me paroisse toujours très-odieuse et très-hlAmahle dans ceux qui savent le secret et qui le violent.
On plaide au grand conseil le testament ou codicile
3S8 (:oRrj.spoM)AM;i: im ditk.
secret de M. de M(»sluy. J'ai vu \cMcmnirc de M. Normand jH)nr le prince de Tahnont ou son lils : il est fort sensé, la inalit'^rc de droit y est l>ien développée et dégagée d'épines des ailleurs suhstitulionnaires. La cause est nouvelle. Le testateur eût pu dire dans le codicile, je substitue, au lieu de j'//is///u(*, mais, en pays coutumier, cela est synonyme, elTespril du testateur y est toujours. Je n'ai pas vu encore le Mémoire contraire. La question sera décidée au premier jour.
On dit mille biens du duc de Richelieu en Allemagne ; il soutient trés-luen le nom qu'il porte, et est tort au goût de la nation germanique. Qui l'eût cru?
Lettre IIV.
A raiis, ce ^\ janvin- 172(3.
Vuilà donc um* h'ttre de vous, Monsieur, et de votre main ; j'en suis ravi et vous en remercie. Je voudrois bien avoir réloqu»*nce , l'élégance, la vivacité, le tour, la nouveauté de M""* de Sévigné, pour vous écrire et vous dire de ces choses cpi'on ne dit point ;\ d'autres. Avez-vous vu .*ies deux derniers volun)es de Lettres f Si vous les avez, vous êtes bien lnureux; si vous ne les avez pas, vous le savez, elle est inimitable ; de rien elle lait quehjue chose, et (piebpiefois de qu«dque chose, rien. Mais cVst un rien que Ton aime mieux (pie tout.
Ce .sont des lettres à sa lille, où il y ;i plus d'amour que les amants n'en ont dil. d«j>uis que l'on a commencé d'aimer; enlinj'en suis enchanté, «tje ne finirois point mes louanges, si je les louois comme il faut. 11 y a de bonnes pctit<-s anecdotes, des traits philosophi(jU(îs , en un mot de tout ce qu'il faut pour plaire, et j'ai bien regretté ma pauvre M"" de Mérigniar, rpii en étoit folle. Ils disent que la publication d',' ces lettres est une inlidélilé, et (pie celle de M""' de Simiane n'est pas d'elle. Je le crois aussi,
LhLTTRK 111'. 389
mais, M. le voleur, vous avez bien fait, vous ne serez pas puni pour cela, et vous auriez été couronné à Lacédémone.
De la joie je passe à la douleur.
Je suis pour vous contre les ignorances du P. Daniel, qui n'a pu s'instruire de bien des choses, ou plutôt je suis contre les hommes, contre la brièveté de leur vie . enfin contre l'humanité, qui est si courte de corps et d'esprit. Voilà pourtant un Anglois {Journal de décembre 1725, pages 751,752,) qui nous donne des secrets pour vivre longtemps , et qui nous fait des listes d'hommes centenaires, centenaires et demi, qui ont vécu dans son pays comme des patriarches. Mais que dites-vous (73i)de cetautreAnglois,qui a trouvé par sa perspicacité, qu'Adam et Eve n'avoient point de nombril, qu'ils n'en pouvoient avoir, et qu'ils portoientavec eux la preuve physique de la création, dont la tradition ombilicale ou plutôt a-ombilicale s'est transmise juscju'à Mathusalem et de làà Noé, etc. ? Voilà tous les rabbins bien sots de n'avoir pas inventé cette invention , et les androgynes dont parle notre Bayle sur l'article àWdam (car il parle de tout, hors du nombril qui ne lui est pas venu dans la tète); voilà, dis-je, les androgynes bien détruits, car je m'imagine qu'ils se tenoient par le nombril. *Je veux apprendre l'anglois pour lire cela dans l'original ou dans le journal de Londres.
Il y a bien des ouvrages de M. de Boulainvilliers, je vous enverrai une Lettre qui fut écrite , lors de sa mort, où il y en a un jugement assez vif. Son Mahomet est fou, mais bien écrit. Il faut avoir ses manuscrits dans une bibliothèque et non au delà.
Je ne sais encore ce que deviendra La Fontaine; ce qu'il pourra. Je n'ai pas le temps d'arranger cela à présent, et puis, il y a dans ma Préface des petits coups de patte sur le commentateur de Despréaux dont vos gens de Genève sont amis. Il n'y auroit qu'à adoucir ces endroits ; ce seroit un bon Inui" à faiic m rr^ rnradrcni'^.
390 CORRKSPO^DA^(:K INÉDITE.
M'"'ileSévigné, danslalettrcdu 13marsotclii 0 mai 1671, parli' de La Fontaine et de deux livres (|u'il venoit de donner. Mais elle ne parolt pas contente de ce qui n'étoit ni conte, ni fable; elle dit qu'elle voudroit lui a faire une « fahle (jui lui fit apprendre combien cela est misérable M de forcer son esprit i\ sortir de son genre, et combien e la folie de vouloir chanter sur tous les tons fait une « mauvaise musique. Il ne faut point, dit-elle, qu'il sorte « du talent (ju'il a de conter. »
Ainsi, adieu le Songe de Vaux, les Odes, les ÉlégieSy la petite comédie de Climèneci autres qui sont dans ces deux volumes de KiTl, et adieu mes louanges, que le public sacrifiera à cette badine critique! Qui se seroit attendu à cette aventure? Je commence à être fâché après le voleur, et je v<'u\ (ju'on le pende.
Hier il arriva une chose singuli«''re au Palais. Il se fit une assemblée des chambres au sujet de M. Vrevin, conseiller de la (irand'Chambre, qui instruit le procès criminel du lieutenant général d'Étampos (procès obscur et où on ne voit goutte.). M. Vrevin a entendu des témoins ; ces témoins disent qu'on n'a pas voulu écrire ce qu'ils ont voulu dire, et en ont fait une déclaration devant un notaire d'Étampes; cet honnête notaire a écrit une lettre à M. Vrevin pour lui en donner avis, et lui dit qu'il a même adouci dans son acte certains termes, parce qu'il sait le respect qu'il lui doit. .M. Vn;vin a dénoncé la lettre; arrêt qui ordonne que la minute de l'acte sera apportée, et elle l'a été ; autre arrêt d'hier qui décrète de prise de corps le notaire, les témoins et d'autres gens de cetle fanende. A la porte de l'assemblée, le lieutenant général faisoit débiter un placet imprimé, où il demandoit sa liberté par provision, pane qu'il a été sept mois au secret sans être interrogé, et que, depuis l'information, il y a eu Mjpt autres mois sans instruire. F^ncoreunefois, on n'y voit goutte ; mais l'assemblée ne se faisant point pour cela, le placet est demeuré par curiosité.
LETTRR \\r 391
La duchesse du Lude est morte : elle a fait un testament de Rabelais : elle donne plus qu'elle n'a. 20,000 écLis à M. de Raffetot parce qu'il avoit une mère Gram-
mont et à tous les GrammonL Le duc de Sullv, le
j et on dit que les legs particuliers épuiseront tout.
La marquise du Brossay a mieux fait, elle s'est mariée à un chevalier de Pont-Denis qui a pris le nom de marquis de Tournay; ils ont été mariés dans la chapelle de la grande princesse de Conty. Tous les amants quittent, ils craignent qu'on ne les épouse.
Lettre IV\
A Paris, ce 6 février 1726.
Je comprends toute la douleur de M. de Valincourt et la vôtre ; je ne sais point de circonstances de cet accident : on dit que tout a brûlé, même ses tableaux, et la vaisselle d'argent fondue.
Il est vrai que c'est une chose plaisante de voir un abbé louer Ninon , mais il n'avoit pas fait cela pour le donner au public, et on ne connolt point Fauteur. Quoi qu'il en soit, Ninon est très-bien louée et mieux que par Saint- Évremont. M. de la Châtre étoit amoureux d'elle à la fobe; il voulut avoir un billet, où elle lui promît de n'aimer que lui, et jamais que lui ; elle le lui donna ; deux jours après, elle trouva M. de Villarceaux ou un autre qui lui plut, avec qui elle coucha, et au milieu de ses plaisirs, elle disoit : Ah ! le bon billet qu'a la ChAtre. Voilà l'histoire que vous demandez : Tancienne Léontium n'eût pu mieux dire.
Vous trouverez les Mémoires sur le testament de M. de Meslay chez Monsieur l'intendant (]ui est partie au procès.
Le marquis de Prie est mort de chagrin ; l'Empereur lui a ordonné de faire satisfaction par écrit ;\ M. de Bonneval ; il est mort pour ne la pas faire. Le prince Eugène
:i9J (OUU KM'OM) A \c;i INKDITK.
est aussi dans cette affaire, on veut iju'il écrive, il ne le fera pas; tout ceci est une intrii^^ue et un dessous de cartes qu'on ne sait point. Tant y a (jue M. de lîonneval, (pii avoit tort, a raison.
Ne soupçonnez-vous pas notre ainl)assadeur d'avoir part à ce remue -ménage, où il pourroit entrer (piel(|ue tracasserie i:alante, à cause du nom de Biron qui tient aux Bonneval? On me dit hier (|ue S. Excellence va au carnaval de Venise et que M™*" de Modùne s'y doit trouver. Ce sera une assez jolie rencontre de bal.
Voltaire a eu des coups de hùton. Voici le fait. Ix chevalier de Uohan le trouve à rO[)éra et lui dit : Mons de Voltaire, Mons Arouet, comment vous a[)pelez-vous? L'autre lui ditje ne sais quoi, sur le nom de Chabot. Cela en resta là. Deux jours après, à la Comédie au chauffoir, le chevalier recommence; le poOte lui dit qu'il avoit fait sa réponse à l'Opéra. Le chevalier leva sa canne, ne le fr.ippa pas et dit (ju'on no devoit lui répondre qu'à coups d(î l)àton. M"" Le Couvreur tombe évanouie, on la secourt, la (juerelle cesse. Le chevalier fait dire à Voltaire, à deux ou trois jours de là, que le duc de Sully l'attendoit à dîner. Voltaire y va, ne croyant point que le message vint du cht-valier. Il dîne bien , un lacjuais vitMit hii dire qu'on le demande; il descend, va à la porte et trouve trois Messieurs garnis de cannes qui lui régalèrent les épaules et les bras gaillardement. On dit que le chevalier voyoil ce frottement d'une boutique vis-à-vis. Mon poCte cric comme un diable, met l'épée à la main, remonte chez le duc de Sully , (pii trouvji le fait violent et incivil, va à l'Opéra conter s«i chance à M"" de Prie (jui y étoit, et de là on court à Versailles, où on attend la décision de celte affaire, qui ne ress<Mnbh' pas mal à un assassin.il. Mais les épigramiiH's a.ssassines pourront fainî excuser le fait.
LeUre Y\
A Taris, le <5 février 1726.
Je vous envoie une pièce de vers toute fraîche contre M. de Fontenelle : cela est fort malin, et la prescription de quarante ans, quadraginta annonurij n'a servi de rien contre la critique ; c'est pis que des coups de bâton. On ne parle plus de ceux de Voltaire: il les garde : on s'est souvenu du mot de M. le duc d'Orléans, à qui il demandoit justice sur pareils coups, elle prince lui répoTidit : On vous Va faite. L'Évèque de Blois a dit : Nous serions bien malheureux si les poètes n'avaient point d'épaules. On dit que le chevalier de Kohan étoit dans un fiacre lors de V exécution^ qu'il crioitaux frappeurs: Ne lui donnez point sur la tête, et que le peuple d'alentour disoit : Ah! le bon seigneur ! Le pauvre battu se montre, le plus qu'il peut, à la cour, à la ville, mais personne ne le plaint, et ceux qu'il croyoit ses amis lui ont tourné le dos. Le bruit court que le poëteRoy a eu aussi sa bastonnade, pour une épigramme qu'il avoit faite contre des 'gens avec qui il de voit souper et qui lui firent fermer la porte. Enfin voilà nos poOtes :
Fomiidine fiistis Ad bene dicendunidelectandumqiie redacti.
A Rouen un homme est mort ; il a laiss('' sa veuve, (pii, pour se consoler, faisoit coucher sa femme de chambre avec elle. Au bout de quel(|ue temps la fennne de chambre a paru grosse ; sa famille a voulu savoir le père de l'enfant; elle a répondu : Je n'îii jamais couché qu'avec Madame. On est venu à Madame, ([ui a dit : Cela est vrai, c'est moi (]ui l'ai fait ; j«' ne suis point femme, je suis homme; sur cela trois procès. Les héritieis du mari disent qu'ils ne doivent pas de douaire : la veuve mascula dit qu'elle est l'ainé d'une grande maison et demande
T. IIF. 25*
3»4 COI\RFSPOM)ANCK LNKDlTt.
partage, vi la IViniiU' tleihainhre veut des dommages cl intérùts. Amutus Lusitaims rapporte, dans la cure dixhuit de la septième eenturie, (pi'il \ avoitî\Tln'ssaloni(pic deux femmes turtpies, dont Tune étoit veuve et l'autre avoit un mari, «t (pi'cn eouchant ensemhle la mariée engrossa l'autr»', en lui eomuuini(]uant ce ipi'elle tenoil de son mari. L'affaire de nos Normandes est d'une autre esprcetoutc naturelle,'mais comment le défuntcn usoit-il? Voilà de (pu)i bien raisonner, et, si M. Lamzev( rde avoit su ce fait, il en auroit orné son Jlisloirc desmâles^ dont Bayle a piirlé dans la Ri'jfuhlique des lettres^ août 1()8G, où j'ai j>ris le conte d'Amatus Lusitanus : car il faut toujours faire l'honneur à Bayle qui a tout dit : la vengeance que l'auteur des vei*s sur F.... a prise sur ce que Bayle avoit été sa dupe est un peu cruelle ; mais aussi le Normand «'scroqua un éloge et eut encore le })laisir malin d'avoir abusé de la crédulité de ce grand homme?.
Savez-vous l'histoire de M. de llautcvillc , conseiller au (îrand-(^onst'il, qui a écrit deux Irttres à M. le Duc sous un faux nom, pour l'avertir d'unr conjuration (pie M. de Hauteville faisoit contre lui ?M. Héraut est venu le trouver; il a dénié jus(ju'î\deux fois, lia écrit une troisième lettre; on lui a dit d'écrire à M. le Dm (pTii u'étoit point capahlr d'un pareil «rime. Il a «'crit devant M. Héraut, rpii a reconnu sur-le-champ la même main des autres lettres; on l'a arrêté, il est à la Bastille C'est un jeune homme qui est bon conseiller, mais cpii boit trop le soir, et elont la rai.son est détrônée dans une des provinces de son «'nqure, comme ditepiehpie part M. Pcllisson. (Ju'est-ce que riiomme, et quelle scène ne joue-t-on |)oint sui* ce gFcind théAtre du monde? il n'v .ique ramilié de bonne, et je m'y tiens, amicisximr.
M. le président d'Alitrre épouse iM "" Duret de Vieuxcourt, fille du président du (iiand-i.'onseil. Klle est jolie, bien élevée et a de Tesprit; mais le marié eût pu inic^ix se mariei , nu l'illustration des Chanceliers «'t (iardcs des
LtTTRK V^ 395
sceaux, et qu'il a V0,000 liv. de rente. M"' de Coigny épouse le fils de xM. de Croissy.
16 février.
Ma lettre étoit écrite^ Monsieur, quand j'ai reçue la vùtre du 11. Le nom de Sévig-né est à la tête des Lettres : Marie Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné. Ceux qui trouvent les tendresses fades de la mère à la fille, ne pensent pas que cela ne se devoit pas donner au public ;, et que ces tours variés de tendresse maternelle pourroient servir en amour. L'éloge que vous faites de M. Begon est merveilleux, on ne peut plus ressembler à Cassius Severus et pour l'esprit, et pour l'ironie, et pour l'urbanité, et pour la force, et malheureusement encore pour cette amertume qui est quelquefois ridicule. Je n'ai dit que deux mots, il ne m'appartenoit pas de le louer en le critiquant. (Voir l'article de Cassius Severus dans Bayle.) L'exil de vos Messieurs est fort affligeant. Je vous rends par avance mille très-humbles grâces de votre Traité sur VÈdil de Saint-Maur ; le secret sera inviolable, j'en sens toute la conséquence, et le présent, si bon par lui-même, ne fait encore qu'augmenter de prix par cette amitié.
L'Anglois qui a ùlé le nombril à Adam et Eve me plait plus que le Suisse qui veut ôter la réputation de Bayle ^ dans ces Lettres sur les Ànglois et les FrançoiSy où notre ami est si indignement traité; M. de Fontenelle, qui n'y est pas mieux, se peut consoler d'avoir un tel compagnon.
Vous me consolez aussi sur La Fontaine avec votre jugement contre celui de M™" de Sévigné. J'ai toujours du scrupule sur Genève à cause de ce que je vous ai dit de M. Brossetle. Le carnaval me donnera des conseils sur cette matière. — Ce n'est pas la faute du conseiller qui n'a pas interrogé plus tôt, il ne le peut que quand il est commis, et ne peut informer que lorsqu»^ les témoins lui sont présentés; il y a des dessous à tout cela. Je n'ai
3U6 ia)1uu>1'i).m)am:k im.duk.
j»;is vu la (Irit'uine de Voltaire, le dit'u /V/ est ilans le 3îonlaucon, et e'esl M. Haiulelot qui l'a senti le premier. — Tartout on dit : la paix! la paixî et c'est à l'accession des HoUandois que nous la devons, et à je ne sais quel niouvenient du Turc, qui est (luelquefois pour nous le Saint- Père le Turc.
Lellre Vl\
H niais 172».
Jaictibien malade, Monsieur, saigné, purgé et le reste qui est une foiblesse dont je ne reviens pas. Voilà pour- (juoi je ne vous ai point écrit, et j'y ai perdu toute ma joie; je suis bien aise que vous ayez reçu le paquet, que vous approuviez mes écrits et Téloge de M. Bégon. Vous ne me dites rien du Gustave. Je n'ai point vu votre Traite sur redit de Saiut-Maur y ni celui qui dcvoit me le rendre, dont je suis très-aftligé; j'espère que cela viendra.
La Cour des aides a ici un procès contre la Cour des comptes, et il y a un Mémoire pour cette Cour, avec une vingtaine d'arrêts anciens et nouveaux qu'ils ont fait imprimer; les c(>lporteurs crient dans les rues : vitujt-cinq arrêts d'aujourd'liui.
La cause de M"* de Saint-Cyr a été plaidée aux requêtes du Palais; elle a été partagée cinq contre cinq , ainsi appointée; il y a appel -X la Crand'Cliambre. Klle peut perdre son procès, si elle est déboutée de la preuve. I>es esprits commencent i\ croire l'affaire diflicile , et elle Test. Le Mémoire de M. le Normand a paru ; les faits dont il rlcmande la preuve paroissent combattre, la présomption «le la paternité d«'*iiionstrative.
Voltaire «st toiijour»- battu, on lui a donné un brevet de ijrand hâlounirr du légiment; il est assez i)laisant , mais mal rinïé ; je tâcherai de vous l'envoyer avec celleci, si j'en ai copie.
LETTRE Vir. 397
On a débité un Mémoire imprimé sur la dispute de l'ambassadeur de Malte avec la petite Prévôt ; il s'est vendu dans rOpéra, cela est très-vivement écrit, et la matière n'en valoit pas la peine; il est également déshonorant pour les deux parties. On l'attribue à M. Raymond (le Grec), et je n'en doute point (1). Je n'ai que ce moment pour vous embrasser. Je suis accablé d'affaires , de foiblesse et de mille soins. Adieu , Monsieur, encore une fois.
A Paris, ce H man 1726.
On a amené icitrente voleurs et assassins, qui sont d'une autre ligue que Cartouche, qui ont fait tous les vols et meurtres depuis dix ans dans les provinces. Tout est pris, la race est éteinte, et nous ne mourrons plus que de notre belle mort, ce qui est encore trop. L'attribution est au lieutenant de poljce, au prévôt des maréchaux de Bretagne, qui a fait toutes ces captures, et au Chàtelet. 11 y a une autre attribution pour des gens accusés du délit de l'épine, dont on tenoit boutique ù Paris; ce sera une belle curiosité.
On ne parle plus que de guerre partout. Vous voulez donc la guerre, peuples insensés, eh bien ! vous l'aurez, disoit autrefois le cardinal de Polignac.
Votre ami le Nonce en Suisse a une belle affaire, voilà le Pape fâché et une guerre sainte. Que dites-vous de l'inscription en faux contre le concile de Kome? Cela sera très-plaisant, et il ne manque plus que cette façon à la Constitution. Jecroyoisne vous écrire qu'un mot, mais je ne vous saurois quitter, et vous avez encore une page très-mal écrite.
(I) On le Iroiive dans les Mélaurjes de Bois-Jourdain.
S98 CORRKSPONDANCK IM.I)HR.
Lettre VJl .
\ Paris, ce 22 mars 1726.
Enfin, Monsieur, votre Traité sur rjùlit des mères et la substitution impillaire m'a éiv remis, et j'ai été bien payé de mon attente. Je l'ai lu sur-le-ehamp d'un bout à l'autre, j'en ai admiré la netteté, la solidité, l'ordre, la précision et la doctrine, et quoiciiril soit court, c'est un i:rand 'travail, piiisipie c'est le résultat de l'étude de plusieurs lois et de plusieurs docteurs. J'ai été un peu l'àché de voir Ricard si souvent en faute, parce que c'est un de nos auteurs le plus judicieux et le moins fautif; mais il manquoit de ces belles et grandes lumières qui prennent les choses dans leur origine. Pour l'histoire de l'Édit, M. deThou parle ouvertement des instances de l'évéque Montluc pour le faire rendre , et il dit ipie le roi étant encore à Sainl-Maur, l'ambassadeur d'Angleterre y vint demander la restitulion de (Valais, '\ quoi ly chancelier de l'Hûpital r<'q)(»n(lit fortement, et tout son discoursest rapporté. Le chancelier éloil donc en ce temps-là en [>leine faveur; ce n'est que sur la lin de cette année qu'il commença à en déchoir, et je ne sais si M. de Lansac n'étoil pas cette année-là en Hongrie, car il étoit toujours par voie et par chemin. Quoi r^u'il en soit, l'anecdote est très-curieuse, et j'ai relu avec plaisir les vers de M. du Ménil qui étoit un grand honnne, et qui avoit travaillé à la rédaction de l'Ordinaire de Moulins, avec le chancelier de 1 Hôjiital. (^e qui me fait croire encore cpie le chancelier a eu peu de part à l'édit, ('«'st (pi'il parloit bien l;i langue etsavoit bien uiia loi témoin cet^ Ordinaire de Moidins); et dans notre (Aïi je trouve deux défauts insupportables de conslruclion. Trouvez bon, Monsieur, que j'ajoute celle petite remarque grammaticale à vos savantes observations.
Lettre VHP.
A Paris, ce 2 d'avril 1726.
Vous me donnez. Monsieur, un beau lièvre à courir. Je n'ai fait que le chasser sur les terres de M. de Thou luimême, et j'ai trouvé qu'il s'est contredit grossièrement, car, au livre 41, il parle de Pierre de Monluc (fils de Biaise) qui avoit été tué à Madère deux ans auparavant , c'est-à-dire en 1565 , ad Maderam anle hiennium inlersecto. Et au livre 44, où il décrit le pillage de Madère en 1658, il y met la mort de ce même Pierre de Monluc qui prélendoit faire de belles expéditions maritimes et qui furent arrêtées là sans aucun souci par un coup qu'il reçut dans la cuisse, dont il mourut. M. de Thou le nomme Pelrus Monlucus, Blasii famosi illius ducis filius , il dit qu'il s'étoit d'abord appelé Bertrand, Bertrandus primum appellalus, et c'est le nom que lui donne le Père Anselme. Il marque qu'il avoit emmené son jeune frère Fabien avec lui , et ce Fabien se trouve aussi dans la généalogie ; il l'enterre' aussi aux Cordeliers de Madère comme le père Anselme. On ne peut pas douter que ce ne soit le même dont il est parlé en l'année 15G7 , et il ne pouvoit pas être mort en 1565 à Madère puisque ce pillage de Madère n'arriva qu'en 1568. Comment accorder M. de Thou avec lui-même? pour moi, comme dit M"'*^de Sévigné,je n'y entends plus rien , et je jette mon bonnet par-dessus les moulins. Se peut-il qu'un si grand historien, en deux lieux si proches l'un de l'autre, ait parlé si différemment? Vous avez raison de dire qu'il n'est pas toujours si exact qu'on le pense : mais ce qui m'embarrasse, c'est que voilà toutes les conjectures sur iHdit attribué aux instances de Biaise de Monluc nulles; car si Pierre de Monluc est mort dtîpuis YfUlit, ce n'étoit donc pas la crainte de la mort du petit-lils, que l'on croyoit unique,
400 CORRKSPOMVANCK INr.DlTK.
(jui l'a lait sollioittM', il co m'aiul-[)«''ri' auroit «m dos Irayeurs \nv\\ ilrplarro^. On pourroil pourtai)t dire qu'ayant inslitué son (ils pur son contrat île niariage [)our son donataire, et les voyant partir pour nu voyat;c de lonsr cours, où ils pouvoicnt [)rrir d'un uiouicut à l'autre, le grand-père prit la précaution de Tcdil; par la crainte de ptrdi'c le petit-lils unique (ipii ne mourut pourtant qu'en 139G\ Je n'y trouve que cet expédient ; autrement, Monluc n'a pas peut-être plus de part que vous ni moi ùi cet édit bâtard. Le dernier compilateur du nouveau Mnon a mis dans le Traité de Mellier une note où il place la mort du lils avant l'Édit, et l'ait le petil-fils d'une conq)lexion très-faible , et tout cela ne se trouve point vrai ; il parle aussi de la description pathétique qui est dans le Préambule y ci eWc est effectivement singulière par la répétition de ces trois voit qui fait une représentation très-triste dans une famille; mais cela ne peut point s'ap[)li<|uér à celle de Monluc, et celte belle histoire nVsl [»eut-èlic (|n'un faux biuil^ qui a lr()nq)é M. de Thon , M. de Thou a trompé Mornac, et nous voilà tous trompés. Du moins M. de Thou est dans une erreur bien claire < t est convaincu par lui-même de fausseté. Il n'y a que le |>ère Anselme (\m est bien exact dans cette généalogie. Biaise, qui fut maréchal de France , étoil frère de révècpic de Valence; Biaise eut, entre autres, Pierre Bertrand dit h; (ajiitaine Pcrrot et que du Ryer écrit Peyrot, et Fabien.
Pierre eut Biaise second, Fabien eut Ad rien et Biaise troisième, et d'Adrien vint une fille qui fonditles Monluc dans les S^jurdis : or, mettez-moi là la nécessité de FÉdit si vous pouvez. Je crois qu'on ne la trouvera que dans les précautions dont j'ai parlé, prisesà cause du voyage de nier. Du reste, ce Biaise de Moncluc étoit un maltie homme quand il poursuivoit la reine de Navarre pour Fempùch<T d'entrer sur ses terres; il disoit rpi'il vouloit savoir s'il faisoil aussi bon rourher <ivec une reine (ju'avec une
LETTRE VIIF. 401
autre femme. Et pour l'évêque de Valence, c'étoit un grand négociateur et qui avoit des expressions très-fortes. Deux frères comme ceux-là pouvoient avoir tous les édils qu'ils vouloient, et le bon chancelier de l'Hôpital étoit alors dans un état à ne rien refuser. Vous avez fait un portrait court et vif de M. de Lansac, qui les aidoit bien, et je crois sans doute que le chancelier étoit alors à SaintiMaur, puisqu'il eut une conférence avec le S. Ambry de Calais, aussitôt après.
Plusje lis votre livre, plus j'en admirela clarté et la force. Ceux que vous ne convertirez pas sont des inconversibles.
Je suis enchanté, Monsieur, de la manière dont vous parlez des Lettres de M"'*^ de Sévigné ; elles m'ont fait la même joie, et je les relis comme elle relisoit les lettres de sa fille, pour faire durer le plaisir.
Si vous avez le Mémoire de M"*^ de Saint-Cyr et que vous n'ayez pas le plaidoyer de M. de la Vallière, je pourrai vous faire donner ce plaidoyer, que l'on m'a même donné pour vous.
L'affaire se plaide toujours et on commence à croire que les présomptions de la paternité démonstrative sont combattues par d'autres présomptions. On voit un Mémoire de M. Girardin contre M. de Vauvré son frère, et M""" sa mère : cela est affreux, et voilà une vilaine famille. Je n'ai pas encore vu l'arrêt de Hrctagne contre le Clergé ; le procureur général est mandé, et est à la suite de la cour; on plaide la cause d'un joaillier qui a fait une société avec Dieu, parce que les hommes l'avoient toujours trompé; il est mort; l'Hôpital général demande la part à Dieu. 11 y a àes>Mémoires imprimés (1). J'en ai vu un autre des légataires, de M. de Cavoye contre M""-' de Cavoye, où on dit qu'elle est conseillée par un directeur qui fait des bâtiments, et qui a besoin de grues. C'est un bon mot du
(I) Bien curieuse affaire, donl les pières se Ironvent dans les Causes ce» lèbies et intéressantes de Gayol do Pitaval.
403 œURKSPONOANCK LNKDITK.
Récrenl sur le curé de Saint-Sulpice, et c'est de lui dont le Mémoire veut parler. L'évùque de Saintes a fait un mandement où il a mal parlé de notre cardinal ; les curés de Paris demandent réparation pour lui.
11 V a un irrand arrêt du Conseil, qui maintient le Roi dans la souveraineté de propriété du Kli6ne, dans tous son cours, malirré les prétentions de l'avoué et syndic dWvignon. Le Pape perd ses procès comme un autre, mais il veut rcîraLinor sur le si)iriluel. L'arrêt contient un précis exact des Mémoires respectifs, ceux d'Avignon, ceux du syndic de Languedoc, et le dire de l'inspecteur du domaine. Cela est curieux. L'arrêt est du 22 janvier 172G. Voltaire est disparu, OEdipe s'en va, et les Slralagèmes sont morts en naissant. Le prince de Conti a dit ; Aris, par quel ballet faut-il vout ? (illisible. )
Je crois que vous avez vu à présent le Mémoire dans l'affaire de l'ambassadeur de Malte contre la petite l'révot . 11 y a de la malice, de l'esprit, des traits. On l'attribuoit à M. Raymond le Grec), mais j'y ai trouvé des pbrascs de province qui ne sont pas de lui ; d'autres disent M. de la Popelinière ; et enlin on me dit liier Saint-Jory, et cela peut bien être. 11 avoit fait un Mémoire plaisant pour M""* de Klingin contre son mari. J'ai une copie du Mémoire maltais, et vous l'aurez quand il vous plaira. Et le Gustave j le lisez-vous?
ÏAiire 1\ .
APdrls, ce 5 avril 1726.
Je cours toujours le lièvre, et suis bien trompé. Monsieur, si je ne le tiens par les oreilles. M. de Tliou a trèsbien parlé (piand il a dit, en parlant de l'Kdit, que Pierre de Montluc étoit mort deux ans auparavant à Madère , et il s'est trompé quand il a mis ce siège de Madère en 1568, et le père Anselme s'est trompé après lui. Voici ma
preuve, tirée d'un bon auteur, car c'est M. de Montluc luimême dans ses Commentaires, que j'ai refeuilletés avec plaisir. Vous y verrez qu'à la fin du 5* livre, il parle de la paix des premiers troubles (qui fut faite par l'édit du 15 mars 15G2, et confirmée par les déclarations de 1563) . (( Voilà, dit-il, la fin de la guerre des premiers troul}les, où je me suis trouvé, et ce que j'ai fait en iceux ; » et plusbas : (c Voilà donc notre Guyenne perdue et reconquise, et puis maintenue en paix, pour le bien de tout le peuple et particulièrement pour mon grand malheur. Car mon fils, le capitaine iMontluc, etc. Je ne veux m'arréter plus longuement sur le dessein de cette malheureuse entreprise, en laquelle il perdit la vie , ayant été emporté d'une mousquetade en l'ilc de Madère, où il fit descente pour faire aiguiade. » Il finit par là son Livre cinq, et il est bien clair que celte entreprise ayant été faite après la paix des premiers troubles, cette mort a dû arriver vers 156i ou 15G5, et par conséquent avant l'Édit; suivez les Commentaires; le G' commence ainsi : «La France jouit cinq
ans de repos avec les deux religions ; » puis
il parle des seconds troubles, et de la paix qui se fit par l'édit du 23 mars 15G8, qu'on appelle la petite paix, et il ne dit plus rien de son fils, que pour le regretter et pour le pleurer, comme mort à Madère. Il en parle même dans le livre 2* dans une occasion touchante, et à la fin du 7*-' livre il dit : « J'ai perdu trois enfants à leur service (des rois) : Marc-Antoine mon aîné ; Bertrand, auquel ])ar chieffre je donnai le nom de Peyrot , qui est un mot de notre Gascogne, parce que ce nom-là de Bertrand me déplaisoit; et Fabian , seigneur de Montesquieu. Dieu m'en a redonné trois autres, car j'ai du second Biaise, et du dernier Adrien et Biaise. » Vous trouvez là l'origine du nom de Peyrot, et la généalogie du père Anselme , qui pourroit bien s'être trompé au contrat de mariage de 15G6 comme à la mort do I5G8, mais il (Peyrot) eût pu avec ce contrat être mort en 15C7, et on n'en peut
401 (:()l\UKSPOM)ANCK I.Nh'DlTK
pas douter, après ce ipie dit son p» rt\ Avor (ont cela, je n'assurerois pas encore que TKdit tVil donné i\ cette occasion et à riustance des Monllur*. Biaise étoit toujours en (lUyenne en ce temps-l;\ : il étoit tantAt bien, tantôt mal, et plutôt mal (pie bien à la Cour, dont il se plaint souvent. Il dit (pi'il n'a pas 'i.,500 IV. de rentes; il ne parle point de ses grands biens prétendus donnés à son lils, et croyezvous que s'il avoit eu la faveur singulière d'un Édit fait pour sa famille, il eût osé écrire comme il a écrit, et qu'on ne verroit pas quelque part des traces de cette faveur?
Je trouve seulement, au contraire, dans le livre 6*^, qu'après avoir rapporté les récompenses faites aux capitaines romains, il dit : « Puisque la justice de France est régie et gouvernée par la loi des Romains , c'est bien raison que les rois de France se gouvernent par leurs coutumes. T> i*uis il souhaite que le Uoi fasse brûler tous les
livres des rois, suivant lescjuels sa justice juge Il
dit qu'il n'y amonanjue en chrétienté (jui s'aide de ces lois, que les rois de France; tous les autres ont des lois faites par eux pour abréger tous procès, ouï même Héarn et Lorraine, tpii sont aux coins du royaume; il s'emporte enfin contre les juges et les avocats, et certainement, ce n'est pas là le discours d'un homme (pii avoit obtenu dans sa famille une abolition du droit romain. Lisez cet endroit, et vous verrez de plus en plus la nullité des conjectures sur TKdit; il parle encore, sur la lin de ce livre 6', d'un testament qu'il lit dans une maladie, et il remanpie cju'il n'en avoit jamais fait, pour maladie on blessure (pi'il eût eue. (>elle maladie est d(q)uis la mort de son lils Pevrot. Comment donc l'avoit-il institué héritier, et faudra-l-il remonter à ce contrat de mariage, dont parle le commentateur d«; Mellier, où il fait donner de grandes terres par un homme cpii étoit un cadet de Gascogne, et (pii, après tous ses services, n'avoit j)as V,.jOO fr. de rentes? Nous tenons le lièvre. Monsieur, les
Montluc n'ont point eu part à cet édit , et c'est une de ces traditions historiques que la critique met à néant quand elle s'en mêle.
Ajoutez à ce que je viens de dire : V que Biaise de Montluc, dans le 7' livre, cherche à décharger sa femme des recherches qu'on pourroit faire contre elle pour son argent, et qu'il recommande les filles qu'il avoit d'elle, ce qui fait voir qu'il n'étoit point tant ennemi des mères; 2* que l'évèque de Valence, son frère, eut un fils naturel, qui fut aussi maréchal de France, et qui lit de grandes alliances, et dont les lettres de naturalité sont du mois de janvier 1567, au temps de l'Édit ( P. Anselme) : or, cet évêque, qui faisoit légitimer son fils, auroit-il travaillé à assurer la fortune de son petit-neveu, ou dira-t-on qu'il aspiroit à la succession de son neveu, pour son fils quoique légitimé? La proximité des lettres de légitimation et de l'Édit laisse là quelque doute, si je ne voyois que les iMontluc n'étoient pas riches, et n'avoient pas besoin de s'opposer à la succession des mères, eux qui avoient leurs biens par les femmes. Mais nous sommes bien bons de nous tant tourmenter; les biens de Moaitluc étoient en Guyenne et en Languedoc, et ces deux Parlements n'ont jamais registre l'Édit. Or, n'étoit-ce pas une belle grâce de donner un édit exprès pour assurer des biens dans un Parlement où l'Édit n'a point été reçu? Je ne sais comment cette réflexion si simple ne nous est pas vcHiue d'abord, et voilà bien des recherches inutiles. Le lièvre étoit au gile, et nous ne le voyions pas. Cela m'aura toujours donné le plaisir de vous écrire.
Lellre X\
A Pam, lo \2 ilavril I7:0.
Voici, Monsieur, une belle affaire qui va' encore vous dire ce que c'est (jue l'homme. \jn M. de la Fresnaye, con-
406 CORRESPOM)A.Nn: IM.DITK.
scillcr au C.rnnd-Consoil, qui avoit eu tics affaires d'amitié et crintérAlavec M*"' de Tenein, va ehezelle, samedi dernier 6 avril. Ils eurent quelijue diseussion; il passe dans un eahinet pour écrire une lettre, et là, il se met sur un ranapé, et se donne un bon coup de pistolet, avec quatre l)alles dans le cœur dont il meurt sur-le-eliamp; le canapé en frémit, non hoc servatum munus in usus. La dame en gémit; on avertit le Premier Président et le procureur général du Grand-Conseil, qui le font enterrer, la nuit, en secret, et le lendemain, chacun conte l'histoire à sa manière, et il y en a cent. Le (Îrand-Conseil met un scellé sur ses effets, le ChAtelet contre-scelle. Conflit de juridiction. Mais en voici bien d'une autre. Le mort avoit déposé, avant de mourir, son testament à M. deSacy, avocat au Conseil, avec un autre papier cacheté, et la suscription du testament porte qu'il sera ouvert en présence de ses créanciers : on les assemble. Oncroyoit aller trouver un arrantrement pour ses affaires. Savez-vous ce qu'on trouve? un Mémoire affreux contre M""' de Tenein, où il dit que c'est un monstre, que l'on doit chasser de l'État; que si jamais il meurt, ce sera elle qui le tuera , parce qu'elle l'en a souvent menacé, qu'elle doit encore tuer un homme, qu'il nomme; qu'il la vue coucher avec Bl. de Font<melle, et avec d'Argental son neveu; qu'elle est capible de toutes sortes de mauvaises actions; qu'il en avertit M. le Duc; qu'il ne lui doit rien, quoiqu'elle ait un billet de 50,000 fr. (h; lui , et le reste.
Surcela,etsurd'autresindices, M""'deTencin a été décrétée de prise de corps, arr/'tée, et menée a u Chàtelet, 1 0 a vri 1, îionze heures du soir, avant hier ; lecorps du défunt, exhumé de i'églis*.* de S.iint-Koch, est porté au ChAlelet, où il doit lui ùtre confronté, et on fait actuellement le procès au cadavre. Le second paquet n'est [»oint encore ouvert; s'il ressemble au premier, ce sera un beau codicile. Coml;ieri de réllexions ne peut-on pas faire sur tout ceci? Et quel démon d'homme, qui va se tuer chez cette femme, pour faire
LETTRE XF. 407
croire qu'elle l'a tué^ et qui la déshonore, dans un écrit qu'il sait bien qui sera public. Le pauvre Fontenelle n'avoit-il pas bien affaire d'être mêlé là dedans? il en a de toutes les façons. Et que dites-vous du neveu qui couche avec la tante? M. l'archevêque d'Embrun, sacré de la main du Pape, donnera l'absolution nécessaire. On dit qu'il est fort en peine, car il a peut-être son fait dans le second paquet. Je me hâte de vous écrire cette belle aventure, qui est l'entretien de tout Paris. Ce M. de la Fresnaye a été avocat au Conseil, banquier en cour de Rome, puis conseiller au Grand-Conseil par faveur. Quand l'action s'est passée. M"™* de Grosley étoit avec 31™*' de Tencin et un grand-vicaire d'Embrun, que l'on dit qui est un mauvais prêtre, et il y a des gens qui prétendent^ qu'il a été tué du pistolet dont il vouloit tuer la dame. Tout cela s'éclaircira. Je vais à la campagne passer les fêtes, et vous embrasse toujours. Monsieur, de tout mon cœur.
Lettre XI\
13 avril <72G.
J'arrive du Palais, où j'ai entendu M. Gilbert, avocat général, dans l'affaire de M"° de Saint-Cyr. Après une grande discussion de tous les principes et des faits particuliers de l'affaire, il a enfin conclu à rejeter la preuve et à supprimer, même brûler le registre de Leduc. Il s'est déterminé principalement sur ce que le registre prouve une conception de l'enfant, du 28 décembre 1096, auquel temps M. le duc de Choiseul étoit à Turin, et a dit que ce seroit une preuve odieuse; mais l'arrêta été bien contraire à cet avis, caria preuve a été admise de plusieurs faits inscrits dans l'arrêt, sauf i\ faire preuve contraire, pour
l'enquête rap^iortée en la cour, être ordonné ce que de raison.
408 (:OI\UKSl>OM).\^CK IISKDITK.
Voilà, Monsieur, le sort de cette grande affaire; dans cette audience, les parties des deux côtés ont fait de bon et de mauvais sang. Mais celui de M"' de Saint-Cyr étoit bien rafraîchi en sortant : M. le prince de Conli a été des juges. On dit que M. l'avocat général a posé tous les principes de la preuve , dans les cas où il y a des circonstances fortes qui cutraincnt (il s'est servi de ce mot), et cprici ces preuves se trouvent et résultent de Tinterrogatoire de M. de la Vallière qui n'a pas voulu dire : Non, dans un article très-précis de l'interrogatoire du chevalier de la Vallière qui a dit : Oui, précisément, et de la lettre de M'"" de Tournon; et qu'à l'égard de la date du 26 décembre, elle se détruit par l'accouchement du 7 octobre, qui seroit à neuf mois et 10 jours, au lieu que M. de Choiseul étant revenu le 7 janvier, il a pu être père de l'enfant, qui est ainsi venu à neuf mois. Je vous écris ceci à la hâte, Monsieur, et linirai par vous dire qu'il a été beaucoup parlé de votre Traité sur VEdit de Saint- 3/ai/r entre les avocats de mon banc, en attendant la décision, et qu'il en a été parlé avec tout l'éloge qu'il mérite.
Je vous quitte, et vais à la campagne passer quinze jours j)our me reposer et reprendre ensuite avec vous le savant et agréable commerce que vous voulez bien me donner.
A l'aris, ( T samedi I" d'avril 1720.
Les opinions ont duré de|)uis onze heures juscju'à deux heures. M. l'avocat gén» rai a parlé deux heures.
Lettre Xir.
A l'ari», ce M avril 1726.
Voici ceque Ton sait depuis et qui est arrivé dans l'affaire de M"'' de Tcncin. Le vendredi cinq, à six heures du soir.
M. de la Fresnaye alla chez M. de Sacy, et lui déposa son testament, et un autre papier non souscrit. Il pria iM. de Sacy de déposer son testament à un notaire, aussitôt après sa mort. Le même jour, il alla chezM'"*' de Tencin, lui demanda main levée d'une opposition qu'elle avoit faite au titre de sa charge, et montra un pistolet pour se tuer; il s'en retourna chez lui. On le renvoya chercher, pour le détourner de ses idées noires; il ne voulut point revenir. Le lendemain, il revint à onze heures du matin ; il y avoit bien du monde chez iM"' de Tencin. Il parla comme un désespéré, et montra encore le pistolet, puis il demanda à écrire une lettre, comme je vous l'ai dit; l'abbé iMichel le suivit dans le cabinet et le laissa, puis il se tua. Le Grand-Conseil, appelé, fU informer comme d'un homme mort subitement ; il fut enterré avec force chaux vive à Saint-Roch. iM. de Sacy fut bien surpris d'apprendre qu'il fulloit sitôt faire l'usage du dépôt de la veille; il déposa le testament à un notaire, qui le porta à M. le lieutenant civil , et de là il passa au greffe criminel, parce que le Châtelet informoit de sa part. M. de Sacy fut entendu dans l'information du Grand-Conseil, et il leur remit le paquet séparé, après avoir dit ce qu'il avoit fait du testament, et voilà pourquoi ce paquet est au Grand-Conseil. Je vous ai dit ce que contient le testament. Je ne sais rien de l'autre pacpiet, sinon que l'on dit que ce sont des lettres de la dame, où elle lui parle d'actions mauvaises et même de tuer quelqu'un ; mais ce n'est qu'un bruit. Le corps a été exhumé, mais il n'a pu être transporté; on a cependant pu voir la place du coup; sur quoi il y a bien des raisonnements, pour savoir s'il s'est tué , ou si on l'a tué, à peu près comme dans cette affaire, où je travaiUai il y a trois ans, pour cette femme accusée d'avoir voulu tuer son mari, et qui fut veuve et innocente en mémo temps. Le Chùtelet a décrété la dame de prise de cor[)s; elle a été prise, le 10 au soir, et menée au Chàteltl, interrogée le lendemain pondant trois heures; elle avoit une
110 CORRKSPONHANCK INKDITr.
irrossc fièvre. Kllc donne une rctiiuMo pour rire élargie, sous telle garde qu'on voudroit , allendii sa maladie; on lui refuse et on ordonne qu'elle sera visitée par les médeeins du CliAtelet. Cependant elle faisoit une batterie du eùté de la cour, et le soir î\ minuit du 11 , on l'enleva, en vertu d'une lettre deeachet, et elle tut mise à la Hastille, où elle est. J'appris hier que le eonllit a été jui^é, et l'affaire renvovée au Ghùtelet; les discours de Paris sont infinis, mais voilc\ un homme pis qu'un diable; c'est à lui qu'on vola, il y a quelques années, une grande quantité d'actions chez un agent de change, et depuis ce tomps-h\,, il n'a pas été bien tranquille ; il accusa un certain chevalier de l'industrie, à qui fallut encore donner des dommages et intérêts. Il est fils d'un La Fresnaye, subdélégué d'intendant d'Alençon ; il avoit six pieds et plus de haut, et pouvoit servir les dames.
Je viens de recevoir votre lettre du 11 avril, Monsieur; il est vrai (pie M. dr Thou ne parle du siège de Madère qu'à la suite de nos expéditions d'Amérique; je me suis tromjV'en courant et ai pris le change. La date de lof).') est certaine. Vous avez dû recevoir une seconde lettr<^ pleine d'observations tirées des commentaires de Montluc, où vous verrez que l'Kdit ne peut avoir été donné en sa faveur; votre livre, fait pour la jurisprudence et non pour l'histoire, n'a point dû traiter cette matière, mais nous la pouvons traiter par amusement, et je tiens que l'Kdit vient d'un (Provençal comme vous soupçonnez, puisqu'il y eut encore une 2* déclaration pour l'expliquer en Provence.
Je soiihaito ardemment que vous preniez le livre des Lettres <]e M"' de Sévigné. si elles valent les autres; et pourquoi non? Ce sera une bormc chasse.
Je vous envoie le plaidoyer de M. de la Vallière et lo Mémoire de M"" de Tournon, par la voie de Saint-Martin , pièces inutiles X présent. Cela m'a été donné pour vous à l'hôtel de la Vallière. Il v a une addition de M"' de
LETTRE XIF. 41!
Saint-Cyr pour répondre à M"'*= de Tournon. Je ne Fai pas.
L'affaire de M. Girardin n'est pas encore terminée au conseil : elle est affreuse, et nous voilà dans des temps bien honteux pour les hommes.
Tout cela est la suite du papier^ et nos descendants en verront encore bien d'autres.
Dieu a gagné sa cause, et a eu, pour sa part dans la société, 8,000 fr. ; il n'y avoit que le diable qui pût être défendeur contre Dieu, aussi a-t-il été vaincu. Quand les Canonistes disent que si le diable pouvoit avoir un procès, on ne pourroit pas le condamner sans l'entendre, ils ne croyoient pas dire si vrai.
Voici vos lacunes remplies dans le brevet de Voltaire :
Et que vous preuiez pour supports Deux bras, puissants, nerveux et forts.
La 2' est :
Enjoignons aux caissiers d'État.
On croit que Voltaire n'a pas été si loin, et qu'il est autour de Paris, dans quelque maison de campagne.
L'auteur des Stratagèmes est Roy; c'étoit un ballet en trois actes, qui a tombé sur-le-champ. Ce sont les Strataf/èmes (Vamour; un des actes est le conte du Scamandre, mais quantum mutatus ab illo î
On ne parle déjà plus du Mémoire de l'ambassadeur; M""^ de Tencin est venue prendre la place, et demain elle la cédera aune autre. Je sais que Raymond a écrit à M'"* d'IIu mières une lettre, pour se défendre d'être l'auteur du Mémoire, que l'on dit très-vive et piquante contre la danseuse, mais je ne sais rien pour.
Bayle quitta bientôt son Gustave; il vit bien que ce n'étoit pas là sa vocation; c'est toujours un fragment de lui qui marque qu'il a (juitté une matière à laquelle il ne se sentoit pas propre. Sarrazin est cent pi(jues au-dessous de cela.Bonjour, Monsieur, je vous embrasse, et comme je serai
412 CORRKSPONDA.NCK IM^.DITE.
cjuinze joints en campagne, j'ai voulu vous écrire deux lettres, et vous faire cette petite provision pour les fûtes. Le Parlement de Metz a un brevet de calotte pour juger toutes les contestations (jui arriveront dans le régiment; et cela parce (ju'il a ordonné une satisfaction pour un brevet donné i\ Metz contre un liomme (jui en avoit porté plainte au parlement.
Lcllre Mir.
A Paris, ce 7> mai 1726.
Au retour de ma campagne, où je me suis assez bien porté, j'ai trouvé, Monsieur, vos deux lettres des 15 et 19 avril, avec le Mémoire contenant les treize propositions de droit sur la preuve et la paternité démonstrative. Je conviens de ces propositions, et M. Gilbert les avoit étalilies, Lorsqu'il n'arien citédu droitcanon, niMénocbias, et Mascardus; mais comme vous finissez par dire (juc les faits doivent être concluants et circonstanciés, cela nous rejette dans le fait, et j'ai toujours cru que les faits, loin dVtre concluants, ne tendoientqu'à prouver un accouchementsecretet cacbé au mari, qui ne pouvoit pasétre présumé père, puisciu'on ne vouloit pas qu'il sût qu'il l'éloit ; en sorte que comme vous dites que l'avocat de M'"" de Saint-Cyr ne l'a pas bien défendue, je dis que celui de M. le duc de la \alli«>re ne l'a pas bien défendu aussi, et qu'il devoit faire une analyse des faits proj)osés, imur montrer qu'ils tendoient à une preuve odieuse contre les bonnes ma-urs et contre la démonstration de la paternité, car le mari n'est pas père parce (pi'il est mari, mais il est père parce qu'on présume cpfil a pu faire l'enfant. Quoiqu'ilen soit, l'affaire est jugée, mais il court un bruit sourd d'une cassation au (>)nseil, et ce n'est pas chose Unie. Je garderai bien le Mémoire de vos propositions si savantes, si courtes, si fortes et si précises; ce que vous
LETTRE Xlir. 413
dites du registre de l'accoucheur n'est venu dans l'esprit de personne, et cependant cela est très-naturel.
L'affaire de M™MeTencin est affreuse; elle est toujours à la Bastille. Le Chàtelet fait l'instruction ; elle lui a été renvoyée par le Conseil, jusqu'à sentence définitive exclusivement. Le Grand-Conseil n'a rien fait qui vaille, et a plutôt agi contre le défunt que pour. Le testament court dans Paris ; je ne doute pas qu'on ne vous l'ait envoyé. C'est une pièce rare et bien folle ; la famille de M™^ de Tencin est désespérée. On dit qu'il y a lettre de cachet pour empêcher qu'on ne lève les scellés, où il peut y avoir des secrets d'État, et que même le premier interrogatoire, où elle étoit convenue de ses débauches avec le mort, a été réformé, cela ne servant de rien au fond de l'affair^. Le second paquet n'est qu'une lettre à l'archevêque d'Embrun, où il lui répète mille sottises contre sa sœur et Texhorle à la remettre dans son couvent; il est certain que le corps a été exhumé et même confronté à l'accusée. Ils s'étoient vus bien autrement que sur cette paillasse, et cela me fait souvenir du mot de La Fontaine, qui dit qu'on avoit mis M. de Biron etM"*^ de la Force, dos à dos,
Après que la chose a longtemps Été tout d'un contraire sens.
Si vous n'avez pas le testament, je vous en ferai faire une copie et je vous l'enverrai.
Vous trouverez ci-joint une nouvelle calotte contre l'édition postiche des brevets : elle est assez fine, mais il faut savoir son Cijmbalum miuidi pour l'entendre , et c'est ce que peu de gens savent.
Voltaire a été enfin mis à la Bastille; il avoit toujours sa folie dans la tête de poursuivre le chevalier de Kohan, fjui n'est pas si fâché qu'il soit là. Voilà un beau trio à la Bastille : M'"'^ de Tencin, l'abbé Margon et Voltaire.
Je n'ai point vu le brevet du parlement de Metz, mais j'ai vu l'arrêt de Bretagne, qui est bien extraordinaire, et
411 COURKSPONDANCK INKDITR.
assez mal coikhi. Ou dit que c'est un l)ôné(.lictin, hvre du procureur Lcénéral, qui est Tauteur de ce beau réquisitoire. M. le premier président de Hrilliac^ m'a montré une lettre anonyme qui lui a été écrite i\ l'occasion de cet arrêté, oii on le menace de Texcommunication et tout son Parlement, et où toutes les furies de Tenfer sont déchaînées, jusquelà qu'on dit qu'il est en l'état de damnation, et (jue son Parlement est traître à Dieu, au Iloi, et à TKtat. Je ne sais qui lui a écrit cette lettre, mais cela montre qu'il y a bien de raii:reur dans les esprits.
La duchesse de la Ferté est morte; on l'enterre au moment queje vous écris. Elle avoit soixante-quatorze ans, et c'est une belle Ame devant Dieu; elle a fait un testameni pour ses domestiques. Sa fdle n'est point du tout fâchée de cette mort, ni moi non plus, car il n'y a pas trois semaines qu'elle m'écrivit une lettre calomnieuse, où elle me disoit que j'avois écrit pour elle contre son mari, et que je soutonois le contraire aujourd'hui pour sa belle-SH'ur, et il s'est trouvé qu'il y avoit plus de huit ans qu'elle étoit veuve quand je l'ai connue et écrit pour elle contre un marchand ; depuis quoi je ne l'avois point vue. Je répondis de suite t\ sa lettre, et le ciel me venge. Bonjour, Monsieur, soyez le bien revenu de votre campagne, et aimez-moi toujours; je n'ai que ce plaisir-là dans la vie.
Testament Je M. de Ut Fresnmjc.
Sur l'avis et les menaces que m'a faites depuis longlcn)psM"*deTencindenrassassinerou me faire assassiner, el que j'ai m/jme cru rpiNdle exécuteroit, il y a qnehjues jours, sur ce qu'elle m'emprunta \n) de mes pistolets de poche que j'ai eu le eonrape de lui donner, et comme de ma connaissance p;ir(iculière elle a fait ce (ju'ellc a pu pour faire assassiner M. de Noce et que son caractère la rend capable des plus grands crimes, j'ai cru que la pré-
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caution de faire mon testament, ainsi qu'il en suit, étoit très-convenable.
Je déclare que je veux vivre et mourir dans la foi catholique, apostolique, et romaine, dans laquelle je persévérerai jusqu'au dernier moment de ma vie.
J'ai le cœur pénétré de la plus vive douleur en voyant que mon bien suffit à peine pour payer mes dettes; j'ai perdu plus de 500,000 fr. dans le cours de l'année 172i, et depuis ce temps, j'ai vécu dans la plus grande économie, me plaignant même le nécessaire pour tâcher de payer mes dettes; j'ai rempli enfin ce qu'exigeoit de moi .la probité, j'en prends à témoins ceux avec lesquels j'ai vécu. Je déclare que M. Cotlin m'a crédité de 80,000 fr., reçus de M. de Saint-Mars, sans que iM. de Saint-Mars l'ait approuvé en aucun temps; ainsi, M. Cottin n'est pas débiteur de M. de Saint-Mars de cette partie; c'est un témoignage que j'ai cru devoir rendre à la vérité.
^mc jg Tencin a à moi présentement entre ses mains un certificat de dix actions, primées par M. Chabron pour mon compte, ainsi qu'il le déclarera; outre cela, elle a un transport d'un contrat de 50,000 fr. sur l'ile de Uhé, que j'ai acquis de M. Poucet et mis sous son nom. M. Jourdain, qui a passé le contrat, a fait passer la contre-lettre à mon profit; elle a encore un contrat de V5,000 fr., ou du moins une obligation passée par de Masseau à mon profit, dont je lui ai fait un transport simulé. M. Chèvre, qui a passé le transport, a fail passer la contre-lettre ; l'un et l'autre le déclareront ; je lui ai remis le tout entre ses mains, aussi bien qu'un billet de V0,000 fr. dont je n'ai reçu aucune valeur, parce que ce dépôt, me disoit-elle, la rendroitsûre de moi. Elle est coutumièrc du fait. On trouvera, dans mes papiers, une protestation contre un billet de 20,000 fr. qu'elle m'a fait faire, qui a été remis par elle-même à M. Cottin. Je joins au testament une lettre quelle écrivit audit sieur Cottin dans une querelle que j'eus avec elle; cette lettre prouve le commerce qu'il y a
116 CORRK.SPO>nA>(:K INrtDlTK.
eu entre elle et moi. Quand j'ai votilii retirer mes effets, j'ai trouvé une scélérate, qui m'a dit qu'elle ne me rendroil rien que je ne lui payasse le billet de V0,000 fr., que c'étoit le moindre payement (ju'elle pût reeevoir pour avoir couché avec moi ; celte misérable a eu pour moi les façons les plus indii^nes, et si monstrueuses (pie le souvenir m'en fait frémir : mépris publics, noirceurs, cruautés, tout cela est trop faible pour exprimer la moitié de ce «jue j'ai essuyé ; mais sa grande haine est venue de ce que je l'ai surprise, il y a un an, me faisant une inlidélité avec Fontenelle, son vieil amant, et de ce que j'ai découvert, depuis, qu'elle avoit avec son neveu d'Argental le même commerce qu'avec moi. Cette infjVme a couché avec moi pendant cpiatre ans, au vu et su de tous ses domestiques, d'une partie de ses parents et amis, et, après cela, n'a pas eu honte de me traiter publi(|U(Mnent comme un valet, et par ses friponneries m'a mis hors d'état de payer mes dettes, sans jamais s'être souvenue un instant qu'elle seule avoit causé ma ruine, pour m'avoir lié malgré moi avec des fripons, avec lescpiels pourtant elle ne s'est jamais entendue, comme on l'en a soupçonnée. Je finis en réclamant la justice de M. le Duc et celle de M. le Garde des sceaux; ils ne doivent pas souffrir que celte malheureuse continue plus longtemps sa vie infâme ; elle est entrée religieuse au couvent de Monlfleury près Grenoble; ils doivent l'obliger d'y retourner, pour y faire pénitence de ses péchés. Les déclarations (pic j'ai faites par ce présent testament m'ont paru nécessaires pour Fintérélde mes créanciers. Je prends Dieu à témoin (pi'elles sont dans l'exacte vérité et (pie la passion ne m'y a rien fait changer ni ajouter.
A Pnriv Ci' 1K février 17:>r,.
Si()ni'' : Di; f.a 1'iii:s.\ayk.