I.F.ITRK XMIF
remit la lettre écrite de la main du Roi, à laquelle il obéit sur-le-champ. En même temps il y eut un ordre à M. Le Blanc de revenir; il est revenu bien vite, et on Uii a donné la place de ministre de la guerre, qui a été ùtée à M. de Breteuil; on donne à ce dernier 16,000 fr. de pension. M. Dodun a été remercié, M. Pelletier-Desforts a le contrôle général des linances , et il l'a en plein, sans distraction de la dépense ; le S"^ Boulogne sera son commis. M""^ de Prie est exilée en Normandie, et a eu ordre de se démettre de sa place de dame du palais de la Reine, ce qu'elle a fait; on lui donne son mari pour corupagnie dans son exil. Les Paris sont tombés de leur haut, ils sont exilés tous quatre. L'aîné va à Périgueux; La Montagne, en Dauphiné dans une terre à lui; Montmartel, garde du Trésor Royal, va à Saumur; son premier commis fera son exercice cette année. Et pour le célèbre du Verney, il a été exilé à 50 lieues, dès le commencement, et s'est démis par ordre, de sa charge de secrétaire des commandements de la Reine; il est en Champagne à une terre d'un de ses amis. Au milieu de ces chutes, M. Bernard se soutient; il a reçu une lettre très-gracieuse de M"*" de Fréjus, qui lui dit qu'on ne peut être attaché au Roi et à l'État qu'on ne le soit à lui , qui les a si bien ser\ is, et qu'il souhaite de tout son cœur que cela dure encore longtemps; j'ai vu cette lettre, qui est du 15dejuin. M. Fagon quitte sa charge (cela n'est pas sûr) d'intendant des linances, et demeure conseiller d'État et au Conseil Royal ; iM. Desforts reste aussi dans sa place de conseiller au Conseil Royal, et il eu prend la qualité, dans l'arrêt du 15, publié le 18, où h; Roi, en augmentant les anciennes espèces, a annoncé qu'il se chargeoit du gouverneiUL-ut de son État. Cette; augmentation est le premier effet de ce changement, et plait beaucoup au public. Le Roi a fait part au Parlement de son dessein, et S. M. en sera remerciée par M. le l*ellelier, à cause que la petite vérole est chez M. le Premier Président. M. le Contrôleur général a déclaré aux iiiteu-
4S0 (:or!\kspo.m)ani:k inkimtk.
dants des linances que lintontioii du lloi rloit de mettre les affaires sur le pied qu'elles éloient du temps de Louis \IV ; ainsi ou va faire des fermiers généraux et des sous-fermiers, et il n'y aura plus de régie. Nous verrons encore d'auti*es changements , et il faut espérer que tout ira mieux. Les actions ont beaucoup baissé, puis elles sont remontées, et on dit que M. le ContreMeur général a dit à la Compagnie qu il ne eonq)renoit pas ce que c'éloit qu'un dividende ii\e. Le change avoit baissé, mais il a aussi remonté, par le moyen de M. Bernard, qui a pris sur cela de Irès-nrands engagements. Que vous dirai-je encore? La Surintendance des postes sera supprimée, à ce qu'on prétend, et ne fera plus de jalousie , et on croit que les Ponts et chaussées seront donnés à M. de Breteuiletôlés à M. Dubois, dont le nom est oublié.
M"* de Clermont ne revient point de Chantilly ; on ne doute pas que sa charge ne soit supprimée. Il y aura aussi des changements dans les dames du palais de la lieine, et il faut bien (pie tout s'en sente.
On me parle de rétablissement d'un Conseil , mais cela n*est pas encore bien au net. M. le comte de Charolois parolt tous les joui'S aux Tuileries. Le Koi parolt très-content, et a traité cette affaire avec une prudence et un secret admirables.
LH(n' A/A'.
A Paris, ce 20 Juin \TlQ.
\At Koi se porte beaucoup mieux ; on chanta un le Deum hi<T, et on fit des feux pour -a convalescence, et il alla A Trianon.
On a fait une opération à M. Le Blanc sur le foie, il a |>eu de fièvre, la suppuration n(; va pas trop bien; on esp/'re, je crois, contre l'espérance.
La Heine a été saignée du pied liier : M"'" la duchesse
d'Orléans la jeune a été aussi saignée deux fois : voilà bien du sang royal répandu.
M. le duc de Luxembourg est aussi mort hier.
M. l'évèque de Rennes a interdit tous les Jacobins de son diocèse, au sujet d'une thèse qu'ils vouloient soutenir. L'évèque de Boulogne, qui avoit permis à une religieuse d'aller aux eaux , que le couvent ne vouloit pas laisser sortir, a été un beau soir faire enfoncer la première porte du couvent, la seconde et les autres, a enlevé la religieuse, déposé la prieure, son prieuré, et changé tout l'ordre du couvent.
Voilà tout ce que je puis dire aujourd'hui. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Lettre XX\
A Paris, ce lundi 1" juillet 1726.
11 sortit avant-hier trente personnes de la Bastille. M. Amelot de Chaillou, intendant de la Rochelle, est nommé intendant des finances en place de M. de Monchéne.
Le Roi a donné le régiment de Vendôme au comte d'Aurois. Il y a quelque temps que M. le comte de laiMarche a eu celui de Brie.
M. le Premier Président a eu l'agrément pour M. son fils de la charge de président à mortier.
M"'*" d'Alincourt a été nommée à la place de M"'" de Prie chez la Reine.
M. d'Uxelles a travaillé avec M. de Fréjus et iM. de Murville. Mais on assure qu'il n'a pas voulu être du conseil suprême.
On dit que le cardinal de Gesvres présidera à l'assemblée du clergé, indiquée à Melun pour le 23 septembre.
La Reine va souvent à Saint-Cyr. F^lle fait accommoder l'appartement qu'avoit M'"*^ de Maintenon, et (pielques apparte enls pour les dames de sa suite.
■ISÎ COnUKSPO.NDA.NC K IM.DITK.
On parle îles suppressions des eharires de surintendante de la maison de la Keine, et de surintendant des l>;\tinients, et de la eonimission de i^énéral de l'infanterie.
Il y aura incessamment un lit de justice; on croit que le réiahlissement des enfants des princes légitimés en est le principal motif.
M. le vicomte deTavannesn\i plus son logement à Versailles. 11 a été donné à M. de Canilhac des Mousquetaires.
Ouatre Fermiers généraux, que le Uoi n'a pas encore nommés, auront le droit de se choisir trente-six associés, dont ils demeureront garants, elles fermes vont éti'e remises au 1" octobre sur l'ancien pied.
M. le Duc étoit incommodé ces jours passés, il se porte hien aujourd'hui. M'"*" la Duchesse est à Versailles, d'où M. de Clermont partit hier au soir pour (chantilly.
M. le Duc a permis aux sieurs Chazot, (Miamplette, Lamotte, de tioze et quatre de ses gentilshommes ordinaires, d'aller vaquer à leui-s affaires, à condition que l'un d'eux seroit toujours i\ Paris.
Avant-hier un fermier de M. de Prie, d'une de ses terres, lui apporta un coq en vie , (jui a deux cornes trèslongues sur la trte et fort dures. Bien des gens ont eu la curiosité de voir cet animal extraordinaire. Je le sais d'une personne qui a vu le coq, et qui m'a dit cjue les cornes étoient dures, et longues chacune de trois à quatre pouces.
M. le comte de Tavannes sera avant la lin de ( (; mois à Dijon, pour se faire recevoir dans la charge de lieutenant du roi de l'Auxois.
On saura dans peu celui (]ui doit rc'iiipiii' la place d agrégé darjs ll'niversité. Il y a appaimc»; cpie c'est celui qui ramanr|uée deux fois, et je crois (ju il nt; la mancjuera pas unr troisiiMue. C'est AI. le Duc (\\\i décide.
Lettre XXP.
A Paris, ce f 2 Juillet 1728.
Les événements publics sont bien décrits dans le passage de Tacite que vous m'avez cité, Monsieur, dans votre lettre du 27 juin. Ils augmentent tousles jours, et voici un malheur au milieu du bonheur. Hier, M. de Trainel, gendre de xM. Le Blanc, mourut de la petite vérole à neuf heures du matin. Il n'étoit arrivé de son régiment que le vendredi, il tomba malade le samedi, et le voilà mort le jeudi suivant. Il avoit fait des actions merveilleuses pour son beau-père, qui lui, de son côté, a eu une faiblesse dimanche dernier, et a une fièvre lente dont on ne dit pas de bien.
Mais on ne peut employer que des hommes dans le gouvernement des hommes, et c'est bien peu de chose que l'humanité. On parle beaucoup d'un lit de justice, où il se traitera bien des choses, que nous saurons quand il sera tenu , car je ne suis pas de ceux qui devinent, et j'aime à être surpris. On attend de Home un chapeau pour M. de Fréjus, qui le mérite bien; le bruit est qu'il en est assuré, mais je ne sais s'il y a de quoi contenter les couronnes. Charles-Quint fit bien son précepteur pape.
Les fermes générales sont adjugées à 80 millions, et on dit qu'il y a encore beaucoup à gagner à ce prix-là : il faut que les financiers gagnent. Il est serti bien des gens delà Bastille et autres prisons; MM. de Belle-Ile paroissent; le fameux Menk est au jour, mais on a remis à la Bastille un Marigny pour tenir la place des autres; c'étoit un es[)ion de M. Le Blanc, qui a été depuis espion contre lui et une sorte d'aventurier. Les Paris sont dans leur exil ; on avoit cru que Du Verney étoit en Lorraine, et M. le duc de Lorraine a envoyé des gardes pour l'enlever à Sampigny, T. m. 2»
^34 ronurspoNDANcK iM:niTK.
qui est la terre de sou tVt»re, mais il u'y étoit pas; il est auprès de Lauures. Ou a aussi été dans ses maisons i\ Paris et à Versailles pour saisir ses papiers, mais ils n'y éloient pas non plus. Il court un pout-neul' de dix couplets sur tous ces événements, (jui est assez pont-neuT, et le public l'ail une médaille de la fuite des Paris, l'alné à la tété, les trois autres suivant, et toute leur cohorte ensuite, avec ce vers d'Ovide :
Kl PAris, et fratros, et qui rnpucre sub illo.
lout ce que* nous avons vu jusqu'ici de déclarations el d'arrêts est fort utile et marque une l'ort jurande attention.
M""' de Tencin est jugée ; la mémoire du défunt est condamnée, son nom rayé des registres du (irand-Conseil, ses biens confisqués, son prétendu testament brûlé, et la dame, avec d'autres accusés de sa famille, déchargés de Paccusation. Permis de publier et afiicher l'arrêt, et il est au coin de toutes les rues. La chanoinesse est à Passy, où elle prend des eaux et est assez mal. La voilà innocente et elle va mourir.
On a jugé un incident du lieutenant général d'Étampes; le notaire et autres (jui avoienl reçu et ménagé les déclarations contre M. de Vrevin ont été blâmés ; le fond est encore à juger.
En ce moment, je rerois, de la part de M. Tabbé d'Olivel, un petit inq)rimé intitulé : Apolufjie de M. labbé d'OlIvel, de t'Académie franroise, où il répond, sous le nom d'un tiers, à deux extraits i]u Journal de Trévoux qui Pont attaqué; il a raison, mais il a affaire à forte partie, et je crois qu'il n% st pas au bout: cela est bien écrit, et il est bien prouvé'cpie M. Huet est auteur du Traité dv la foiblexue de iespril humain^ et c'est une chose bien imaginée d'avoir intéressé TAcadémie francoise dans sa querelle. Ce fait va devenir un point hislorifjue de littérature, sans aucun préjudice de la question de droit, qui est un |>eu gaillarde. Il me semble que je n'aurois pas dit (p. 43)
LETTRE XXll*. 435
ce que c'est un de ces travers par où Dieu humilie quelquefoisles grands hommes, » car on dit que ce livre n'est dangereux que pour les ignorants, et je me souviens bien de l'article de Charron dansBayle, où il traite une pareille matière. Au reste, il est plaisant que l'approbation de Blanchard soit du 2i de juin, et, dans V Apologie, il y a des pièces datées du 25, 27 et 28 de juin. Voilà de quoi exercer la critique.
L'attestation de M. Boivin et de M. de laMonnoye n'est pas Ijien juridique ; ils dévoient dire : « Le manuscrit représenté par M. Boivin et à lui remis par l'Académie. » Je ne sais ce que Ton entend par : u les particuliers dans l'acte du 25 juin » ; l'Académie françoise doit-elle parler ainsi de gens de leur corps qui voient un ouvrage mis sur leur bureau? Je ne le crois pas.
Connohsez-\ousV Histoire des quatre Cicérons, ïmpvïmée chez Huet, 1714, in-12? Elle est bien écrite, et apprend bien des particularités de cette famille chère aux orateurs; j'ai appris qu'elle est de M. Macé , curé de Sainte-Opportune; l'approbation, qui est de M. d'Arnaudin, ne le nomme pis; mais elle le loue beaucoup, il dit, dans la /Ve/ace, que Bayle (lettre C) a mal parlé du fils de Cicéron, et il n'y a point d'article de Cicéron dans Bayle, et il ne parle de ce (ils nulle part. Voyez la Table.
Lettre XX1I\
A Paris, ce 23 juillet 1726.
Je suis fort en peine de votre santé, Monsieur; je n'ai point reçu de vos nouvelles depuis le 27 juin, et nous voilà au 27 juillet; c'est un mois bien compté, et puis-je me passer de vous pendant un jour? Je sais bien que la iii) du Palais est pressante ; mais l'amitié ne l'est-elle pas encore davantage? Enfin, je crains tout, et je vous prie de me rassurer sur tout ce que je crains.
48G (.OURKSPONDANCE IM^.DllK.
On est dans la douleur. Le Roi se trouva niai avanthier; cela ne parut rien, et il alla i\ Uamhouillel l'aprèsdlnêe ; mais la fièvre le prit ; il fut saigné hier à Uainbouillet et ramené le soir à Versailles avec la fièvre. Je ne sais point de nouvelles d'aujourd'hui encore; nous avons bon besoin que Dieu nous le conserve.
L'affairt' dv M'" de Choiseul est finie ; il y a arrêt contradictoire du 18 juillet, qui juge son état, et la maintient dans le nom de Choiseul. Les parties étoient presque d'accord ; les avocats ne diront que deux mots. On a inlirmé la sentence, seulement en ce qu'elle adjugeoit •20,000 fr. de dommages et intérêts. Les gens du Roi ont encore conclu à la suppression du registre ; mais Tarrèf ordonne que le registre sera tiré du dépôt du notaire, pour être apporté au greffe de la Cour et y être gardé. Enfin voilà un grand arrêt pour les femmes, moyennant lequel, etc. Je renvoie le reste i\ maître François, qui s'en explique en vrai pantagruéliste.
M. le duc de la Force est mort sans enfants ; le duché passe à M. deCaumont, son frère, et fait la veuve de Michel de la Brosse, caissier de Bourvalais, duchesse ; à la vérité, elle est de bonne maison ; elle est la Frette; mais sans le caissier et la caisse, où l'on disoit qu'elle avoit mis la main, elle ne seroit pas duchesse. Par cette mort, il y a une place vacante à l'Académie, et la protection de celle de Rtjrdeaux, (jueM. de Caumont prendra, car il est poète, et fait 22 couplets de chansons, slans pcde in uno. Je ne crois pas que l'académicien successeur embarrasse sa harangue de la justification du défunt sur l'arrêt du Parlement qui l'a si l)ien noté.
Nous avons un mariage déclaré entre M. le manjuis de Mancini et madame de Louvois ; il y a une petite-lilh^ de dix-huit mois, une grossesse de quatre mois et demi, el ils sont mariés depuis deux ans; calculez tout cela.
Voici des nouvelles du Roi ; il est arrivé de Rambouillet à quatre heures; il a été saigné (bi pierl à deuv heures du
LETTRE XXIF. 437
soir ; aujourd'hui tout le jour il a été mieux, avec un peu de fièvre, mais sans redoublement; il n'y a point de venin.
26 juillet.
Je reçois en ce moment votre lettre, qui me rassure contre toutes mes craintes, et voilà un bon jour pour moi. M. Le Blanc ne se porte pas encore bien; il prend des eaux de Vais. Nous n'aurons point de lit de justice. L'arrêt de prorogation de différents droits du 12 juillet et les lettres patentes enregistrées avec réserve de supplication pour les ôter, aussitôt que l'état des affaires du Roi pourra le permettre, en ont épargné la tenue ; cet arrêt est court et dit beaucoup en peu de mots, à la différence de nos anciens orateurs financiers.
Vous m'apprenez des nouvelles de Du Verney : sa charge vient d'être partagée en deux; M. delà Vieuville en a une, et M. de Brossoré, conseiller au Parlement, a l'autre. (Vest un ami de M. Desforts et grand ami des dames; il sera bien dans une cour féminine. Paris Talné, qui n'avoit pas passé Amboise, a obtenu d'aller à Tout en Lorraine, et il ne sera pas loin d'une de ses terres ; voilà déjà des adoucissemeuts.
L'/l/)o/o(//ede l'abbé d'Olivet est très-bien reçue; M.Blanchard est un laïque (et non un abbé} qui est attaciié à kl maison de Villeroi. Je ne savois pas que le P. Desmolefs fût l'auteur du recueil.
Il y a plus d'un an que mes anecdotes ont cessé; le goût m'en a passé, et je ne sais s'il reviendra. J'ai vu la 2' édition de la Satire Mcnippée en 2 volumes in-8% où il y a beaucoup d'adhérents. Il faut que j'écrive à l'abbé Leclerc; je suis en faute avec lui.
438 rORRKSPONDANCE INÉDITF,
Leltre XMir.
A Paris, ce 6 août 1726.
Je viens de recevoir votre dernière lettre, qui est du 3 août ; je ne sais ce que c'est que l'aventure de M. Boudin (elle est vraie, mais comme il est apoplectique, cela a fait plus de pitié que de plaisir), mais bien de M. Bontempsà qui le Roi fit kk dans la main. M"' de Clioiseul a le nom et pas encore les biens; il faudra plaider pour cela. La mort du duc de la Force va déranger l'abbé d'Olivet, et les journalistes lui préparent une réponse qui ne sera pas le dernier écrit sur cette affaire. J'ai lu le livre de M. Huet; j'aime mieux l'article de Pxjrrhon 1) de Baylc, que tout ce livre-là, bors les noms des pbilosopbes épbectiques, apporrbétiques, etc. Il est plaisant de voirCrébillon î\la suite d'un exilé. In cœlum jusseris ibit, c'est une épigramme de dire qu'il court après les catastroplies. Je ne saurois vous dire d'où vient l'interruption des Anecdotes, car qui est-ce qui peut rendre raison de la combinaison de nos esprits animaux, de nos imaginations, etc.?
Foppens (isi un fripon, et je ne sais comment appeler .M. (iodefroy; mais comment vous èles-vous dessaisi de votre Journal d Henri lll pour enricbir ce fripon-là, qui nous donne des Satire Mènippée tous les quatre ou cinq ans, et qui va attendre, pour donner Henri lll, que cela soit débile?
Je crois qu'il y aura bien des fautes dans le Boulainvilliors, car les copies en sont pleines; le style est cliarmanl, mais c'est un roman de politique. Je retirerai le pacjuet.M. Bargeton va être enrb.intè. Je n'ai point vu les pièces de Bousseau à part. L'évAcpie de Bennes a interdit
0; Ajoiiteï a l'article de /'yriTion celui At 7Jnon el V Erlaii cUsemfnt %w
\rs I''rrrfir,nirn% > \f>f^ ftr yffnn'n ,
tous les Jacobins de son diocèse. — M. Le Blanc n'est pas bien. Ses successeurs se remuent déjà.
Lettre XXI V\
A Paris, ce <3 août 1726.
Votre iemme pendue est très-bien pendue, et je la pendrois sur le crime seul de décacheter des lettres. Ce crime étoit sujet à la loi Cornélia De Falsls. MM. de Beaune vont être bien étonnés, et en vont dire de belles.
Vous savez la mort de M""* la duchesse d'Orléans : elle est bien regrettée; elle étoit aimée de tout le monde, et étoit attachée à ses devoirs uniquement. On va l'enterrer au Val de Grâce; le deuil en est pris, et on cherche déjà à la remplacer, mais cela sera bien difficile.
La Heine est très-malade : elle est enflée ; on dit que c'est la suette, et les médecins la saignent beaucoup. Le Roi se porte très-bien ; voilà bien des événements. M. Le Blanc est toujours de mieux en mieux, et on espère. M. Desforts rapporte les affaires importantes de la guerre : le reste se fait par les commis. J'ai mal dit qu'il signoit, c'est M. de Maurepas.
Il y a un arrêt du Parlement entre M. le prévôt de Paris et M. le lieutenant-criminel. L'audience commencera à 8 heures en hiver ; on s'assemblera pour l'audience dans la chambre du Conseil ou Buvette, et non au cabinet du lieutenant-civil. Le prévôt de Paris opinera le premier à Taudience et à la chambre du Conseil, après le rapporteur; il vpuloit opiner le dernier partout, et cela étoit bien commode pour voir passer les autres et apprendre son métier. Mais on ne l'a pas jugé ainsi.
Le fils de M. de Luxembourg avoit la survivance longtemps avant la mort de son père ; il a tous ses biens, ses gouvernements, ses dignités.
J'ai lu ces Leltrca d Françoia et des Àiiglois: c'est un
410 i:ORRKSl»()M)A>CK iM:nnK
Suisse qui a fait ce livre, et qui a parlé de lîayle i\ la Suisse, ainsi que beaucoup (Vautres choses, où il est plus diffus que savant.
Fontenelle est encore 1î\ bien accommodé; maisavezvousouï parler du Dictionnaire néologique e[ delà Vie de l'antalon Phœbus (piiy estjointe? Le />/c/ionnaire est composé de termes de ces Messieurs du nouveau style, par ordre alphabétique. La Vie n'est pas si bonne que le Torsac; c'est un genre de satire nouveau ; T/iuteur est l'abbé Desfontaines ; cela est très-plaisant. On fit autrefois le Dictionnaire des Précieuses qui adonné cette idée ; vous verrez l;i le P. du Cerceau et Je P. Corbeville en bonne posture. Pissot vend cet ouvrage sans privilège et nom d'imprimeur.
On vient de me dire la Reine fort mal.
Il y a un arrêt du Parlement de ce matin^ pour découvrir la châsse de sainte Geneviève.
Lettre XXV'.
17 août \7K,
Vous trouverez dans le pa(juet une lettre de mon poOte de Chartres, avec uneépigramme qu'il trouve excellente et moi non.
J\ii vu hier le convoi de M""" la duchesse d'Orléans, qui étoit fort triste et point du tout magnili(|ue; cela n'étoil pas assez éclairé et finissoit tout court par le char, après lequel étoit un carrossedorédel'archevécjne de Kouen,son premier aumônier, ptiis fjuehjues gens du guet et le [xuipie.
I^Tournelle de Kouen instruisoit un procès criminel à toute une famille, père, mère, fille, servante, accusés d'avoir étranglé le fils aîné de la maison pour favoriser un cadet. l>e procureur général est entré '^ la Tournelle, a dit qu'il ne pou voit ni ne devoit donner sa conclusion,
LETTRK XXV. 441
parce que l'instruction étoit mal faite, et qu'il concluoit à refaire toute la procédure. Le peuple de Rouen cependant s'assemble, au nombre de 8 à 900 hommes, à deux ou trois fois, et demande le jugement; la servante convient du fait et a indiqué une chemise pleine de sang et une corde jetées dans les latrines que l'on a trouvées. Au milieu de tout cela, est venu un arrêt du Conseil d'en haut qui renvoie l'affaire à la Grand'Chambre de Rouen, qui casse toute la procédure et qui ordonne qu'elle sera refaite à la requête du Procureur général. On veut faire rétracter cet arrêt : imaginez-vpus le beau bruit à Rouen. Le procureur générall'est malgré le Parlement; il est ami du premier président, on croit qu'il viendra à bout d'innocenter cette famille. Cela ressemble beaucoup à l'affaire du lieutenant général d'tltampes ; les témoins contre M. de V. ont été jugés, blâmés et bannis.
On a arrêté et mis à la Bastille le fameux calculateur Barème, qui a mal arrangé quelques zéros, et de millions en a fait des mille.
M. Bouret, de la rue Vivienne, qui vendoit les charges municipales, a été aussi arrêté en même temps, et scellés apposés chez lui par M. Hérault. Je suis fâché de celui-là que je connois; il étoit protégé par M. Dodun et a eu un frère conseiller au Parlement qui étoit un grand magistrat.
Au moment que je vous écris on crie, dans les rues, des prières publiques pour la Reine qui est bien malade. Le mandement porte que c'est le Roi qui demande à Dieu la conservation d'une princesse qui lui est si chère et que ses grandes vertus rendent précieuse à l'Église et à l'État.
A Paris, ce «7 août \12f>.
M"''deTencin s'en va en Dauphiné et le Monseigneur à Embrun, où il va se retrancher dans son séminaire. Le monde ne parle guère que de ce qu'il voit, et c'est bien fait de le fuir lorsqu'on veut qu'il se taise.
443 r.OKKF.SF()M)ANc:K INKDITF
Letln WVr
A Pans, ce «9 d'août «726.
Aujourd'hui, on doit reniplir la place de M. le duc de la Force à l'Acadciiiie francoise. Ce sera pour M. de Mirabeaud, traducteur du Tasse, quiestunde nos néologistes, et un monopoleur de mots. 11 n'a pas marqué beaucoup d'estime pour Despréaux dans sa PrcfacCy et le voilà reconnu digne académicien. Je me ressouviens toujours de cet oiseau cpù a le bec rouge, qu'il a comparé aux lèvres d'une belle lille purpiireo ros(ro) , et je le renvoie à M'" iliccol'oni pour la lidélité de sa traduction.
Je n'ai point encore vu la lettre du P. Baltus sur le Pt/rrhoniswcy je crois (ju'elle a été annoncée avant que d'ùtre publitpie. Je n'ai point aussi vu ]*fjrrliHs; vous en faites un jugement aïKjuel je me tiens, et ne veux point inc fatiguer à lire de mauvais verset des tragi-comédies (pron nous don ne pour des tragédies. Jugez de notre goùl, puis(ju*on s'iîst tué à la représ(Mit;ition de cette pièce.
.Me voilà bien surpris cpie vous ne connoissiez ni Foppensni M. (iodcl'roi de l'Ile ; permettez-moi, Monsieur, de vous faire (ju(l(|ues cpiestions. Où est votre manuscrit? .\vez-vous donné les (jualre volumes à ce frère aîné? Kstil mort? Kst-il ^i» vie? N'avez-vous point retenu copie de voire manuscrit? Si le frère aîné est moit, a-t-on retrouvé votre manuscrit après sa mort? Pour moi, je vais m'armer pour retrouver cet ouvrage, et pour vous venger de Veiiqulnaudement. Le Foppens va l)ien gagner, et peutêtre [dus à la suppie*-sion du manuscrit (pi'j\ l'édition.
\a's surinteiidanres sont supprimées : il n'y a jilus ni sunnt«*ndanl des post<'S, ni des bâtiments. M. (rAiitin est devenu d'évèrpu- meuni«r, cl d'ordonnateur, directeur rom[)taîde.
Monsieur le Duc perd cent mille écus par an aux postes ;
on lui a ôté aussi une grande pension qu'il s'étoit réservée comme surintendant de l'éducation du Roi, et quelque autre pension pour les conseils; enfin on lui ôte tout, jusqu'à ce qu'il aime.
Je viens d'apprendre que la Reine est bien mieux et hors de tout danger. Les prières ont fait leur effet. On ira à Fontainebleau au commencement de septembre. Nous entendrons M. Madot à l'ouverture de l'assemblée.
La résolution de M. l'archevêque de Lyon est belle; le voilà entre les mains de l'abbé Leclerc, qui le va bien prêcher et endoctriner, et le délivrer de cette M'"^de Costa, dont l'apoplexie l'a dégoûté.
Vous pourrez contenter, Monsieur, votre extrême envie d'avoir l'écrit de M. Arnaud contre le P. d'Orange, il est dans un paquet chez le sieur Martin ; dites qu'on vous l'envoie, car ils ont parlé de retardement, et mon ami , qui me Fa prêté, sera bien aise de le revoir.
Lettre XXVIK
A Paris, ce 23 août 1726.
Je me hâte de vous écrire, Monsieur, puisque vous irez l)ientôt à la campagne et moi aussi, et que nous serons privés de ce doux commerce pour quelque temps. Si je vais en Bourgogne voir M'"*^ de Tenance, je vous le manderai. Elle est dans l'aftliction, car ce B. qui est à la Bastille est de ses parents et il doit être bien connu à Dijon, M"" la P. Maillard ayant demeuré longtemps chez son père, qui n'étoit guère plus honnête homme que lui, et y ayant marié ses filles. Ces fripons-là affligent bien les familles. M. de Vernicourt, inspecteur de cavalerie, qui est un de mes bons amis et que monsieur le marquis de Pons logeoit chez lui, est aussi des parents de ce B. et il s'est enfui dans sa terre auprès de Fontainebleau, pour ne point voir tout ce malheur 11 v a des commissaires nommés.
lit rOHUhlSPOÎSDAM.K IM-OITK.
M. Chopin instruit raffaire, on dit (jiic Du Verney y est nit'lé et cpril a eu VOO.OOO IV. des t,VOO,000 fr. dt^ournés, mais on prétend qu'il y a un hillet de lui, et qu'il sera ijuitte en payant. J'ai appris aujourd'hui que PAris Talné a été quelques jours à Saint Dizier, et qu'il doit être A présent à Toul. Celte disgrâce lui a guéri sa goutte; il marche sans être soutenu de personne. On lui avoit préparé de grands festins, mais il ne vit que de chocolat et de lait, et sa suite a profité des préparatifs; c'est un terrible remède pour la goutte que d'ùlre exilé. 11 vaut encore mieux crier dans sa maison et dans son foyer. M. le Duc e:5l à Chantilly, maigre, décharné, et n'a qu'une trèspetite compagnie dans le plus beau lieu du monde. L'appartement fait pour le Roi est complet, et un chef-d'œuvre d'architecture. Celui de la Reine est petit, mais d'un goût exquis et les meubles de même. Le prince dit que toute sa peine est de ne pouvoir découcher sans désobéir au Roi, et que du reste il ne s'en soucie point du tout. Il se porte assez l)ien, il mange bien, il chasse, et n'a autour de lui que sa maison qui est fort nombreuse. J'ai vu un grand seigneur qui en revenoit, et qui l'a laissé avec M. de Fimarcon tout seul d'étranger.
La Reine se porte beaucoup mieux, et dort des neuf lioures de suite, mais on ne croit pas qu'elle aille à Fontainebleau.
Je voudrois bien voir la bllre de votre pendue ; voilà une mort à l'angloise. On me dit hier un meurtre affreux, Trivelin disoit : Ohlme che il mondn s'impnlanisce ; pour moi, je dis qu'il se déshumanise. Le vicaire de Jativnj, près l*aris, avoit une habitude dans la paroisse ; le curé son oncle l'en a repris, et l'a menacé de résigner sa cure à un autre. I>c neveu l'a assassiné de trois coups de poignard et d'un coup de pistolet, et après ce beau coup, il s'est tué lui-même avec le 2' [listolet qui restoit, et on a trouvé le curé et le vicaire morts l'un sur l'autre. On ne vit point comme cela dans les forêts et chez les ours.
C'est M. le lieutenant criminel qui prend les opinions, et cependant le prévôt opine le premier ; ils disent que c'est comme le plus digne et comme les présidents au Parlement. Le prévôt a tenu deux séances de suite. Le lieutenant criminel a prononcé : a M. le prévôt de Paris dit et nous disons; quoique l'arrêt du Conseil pour 31. le prévôt de Paris dit et ordonne. Sur quoi querelle nouvelle sur la contravention et empêchement aux greffiers de délivrer les sentences. Je ne sais comment le lieutenant-criminel se tirera de là.
Savez- vous qu'il y a une édition nouvelle des Quinze joies de mariage j et du Blason des fausses amours à la Haye, in-12, Rogissart, 1726? Ces Quinze joies sonij)e\i de choses, mais je trouve le i5/a5o/i excellent, pour ne pas dire merveilleux, et suis bien trompé si cela n'est de Villon, et non pas de ce Guillaume Alexis, moine de Tyr, à qui on l'attribue. Je n'ai guère rien vu en poésie ancienne de plus vif, de mieux tourné, et, qui plus est, mieux construit en notre langue, car le tour est tout aussi neuf et même plus françois qu'aujourd'hui, et sans doute M. Patru avoit raison d'admirer Villon, pour cette propriété de la langue françoise, que je retrouve au suprême degré dans ce Blason. 11 n'y a presque pas une stance qui se ressemble. C'étoit là un maître moine, et je trouve qu'on ne l'a pas assez loué. La Fontaine l'a voulu imiter dans sa pièce :
Un beau niatiu Trouvant catin,
qui est fort bonne; mais il me semble qu'il y a encore plus de finesse aux anciennes stances, et je me suis écrié tout seul plus d'une fois en les lisant à la campagne, ces fêtes dernières. Je vous fais la confidence de tous mes plaisirs, et je vous quitte pour mettre la main à (]uel([ues fjictums, pour finir notre carrière honorablement. Vale, amanlissime Prises.
446 CORRESPOND ANCr. IM^.niTK
Lettre \\ »///'.
A rarl% ce <0 octobre 1726.
Je ne suis, Monsieur, ni ù la Trappe ni clans une lie enchantée; j'ai élé à Fontainchleau v\ dans une terre voisine penilaiit (juinze jours et ne suis revenu que d'hier. J'ai vu hi Cour de pros; le Roi est fort grand et a crû depuis sa mahidie; il a toujours la même ardeur pour la chasse et ne passe aucun jour sans y aller. La Reine se porte bien et a meilleure grâce qu'on ne dit.
Le nouveau cardinal a Tair gai et vif, et le chapeau le rajeunit. Il n'y A point de changement au ministère, et mùme le cardinal, par une lettre, a marqué que le Roi éloit content de ses ministres, et qu'il ne songeoil point à rien changer.
M. le Blanc a eu une courte indigestion; les l)ureaux sont î\ Versailles, et il travaille comme un ressuscité de toutes façons; voilà à peu j)r<''s une idée de la Cour. Lf clergé a fait une harangue par M. d'Aix, son président, qui, ii la manière des nouveaux harangueurs, a resté court et n'a rien fait qui vaille. Il a voulu prendre sa revanche dans son discours à la Reine, et il a fait de même. L'am- Lassadeur de Venise, (]ui a eu son audience de congé, a Lien parlé dans sa langue, et la lieine en fut si ennuyée «pi'il lui en prit un tremblement par tout le corps.
Mon ami veut bien que vous gardiez le livre de M. Arnaud , et vous en fait présent ; je crois que vous avez adressé pour lui un des exemplaires de votre Regrés. Le fait du roi(iuillaume, qui no parlici[)e point à la Cène, devoit être public, et );• révil.ilion \i\>t\ étoif pas si mauvaise.
L'affaire de Bouret prend son cours; il avoit donné requête jKMidanl l'information pour réclamer le privilège de sa noblesse et être renvoyé dans la Crancrchambre assem-
LETTRE XXVnr. A47
blée ; les lettres patentes le lui ont même réservé ; cependant on n'y a pas fait droit. Le Parlement a arrêté que ces réclamations dévoient se faire de vive voix et par requùte signée de l'accusé; il n'a pu parler ni signer, puisqu'il étoit à la Bastille ; ainsi il a été décrété de prise de corps le 1" octobre, transféré le i, à six heures du matin, à la Conciergerie, interrogé le même jour depuis onze heures jusqu'à deux et depuis quatre heures jusqu'à neuf heures du soir, et depuis il a été mené chez lui deux fois pour lever son scellé, qui n'est pas fini encore. Barrème a été aussi décrété aujourd'hui de prise de corps. La question est de savoir si on a bien jugé au préjudice de la réclamation, qui se peut faire en tout état de cause, l'ordonnance ne parlant ni de vive voix, ni de signature, et la requête étant signée de la femme de l'accusé et d'un procureur non désavoué. L'ordonnance de Moulins, article 38, parle de l'instruction aussi bien que du jugement ; le décret n'est pas un jugement; il y a eu bien de la difficulté sur cette requête.
On dit que les Paris, qui vouloient d'abord se déclarer pour leur frère Du Verney, se sont déclarés contre, et ont remis un mémoire à M. Des Forts, où ils disent que depuis le mois de mai Mlï, ils se sont séparés de lui et qu'il a fait tout ce qu'il a voulu sans eux. Ce mémoire est certain et assez bien écrit, à ce que l'on dit ; il pourra m'être remis.
On parle de décréter M. r»onnier, trésorier de Languedoc, qui a, le premier, manié cette affaire et l'argent, et à qui il en est resté, dit-on, une bonne partie dans les doigts. Il a une bonne protection qui le pourra tirer d'affaire.
J'ai vu à Fontainebleau les trois volumes des OEuvre^ de La Fontaine, in-i"; l'impression et le papier sont fort bien, mais il y a des fautes. Le premier tome contient les ConleSy le deuxième les Fabien, le troisième l*si/clié ^ Adonis, le Quinquina, Climène et la Captivité de saint Malc. Il y a encore de (juoi faire deux tomes des anciens recueils imprimés et des manuscrits, et on dit (jue l'abbé d'Oli-
-14S CDKRKSPO.NDANCK IISf:i>lTK.
vel les donnera ; il l'auclroil qu'il ait pris les copies des Lettres à sa femme et autres (|ue jelui ai communiquées. Tant mieux pour le publie.
J'avois déji\ vu l'épigramme: qnid miki reddat ager et Tavois trouvée fort jolie. Notre poOte chartrain prépare presque tout Martial imité et continue le lioman ComKjuv. Voilà de grands desseins. Il est assez bon poète, mais le continuateur de Scarrou n'a été ni ne sera (1).
On me mande que l'on fait réimprimer le Sancbez De Matrimonio avec des figures de Picard ; ce seroit là une assez bonne critique, et une morale pratique très-singulière.
Je viens de lire une belle requête au roi de la princesse de Montbéliard et de ses enfants, contre un autre prince de .Montbéliard, qui les soutient illégitimes, et ce qu'il y a de singulier c'est qu'on le soutient lui-même venu d'un mariaae nul. Ce duc de Montbéliard faisoit des enfants partout, et laisse là une belle dispute après sa mort. Celte pièce est fort solide, et on y traite la question des mariages inégaux en Allemagne, qui ne laissent pas d'être bons. Sui* quoi, on cite l'exemple du roi d'Angleterre régnant, dont la femme est lille du duc de Zell et d'une demoiselle
(1)11 al enfin t^'mpsde «lire (|ui riait ro porte «le Cliariros, correspondant asftidu et cauftlitjue <le Marais. CN tait Jacques Losrne de Monc Insnay, né le 4 mart 1666 a Vira, mort le 10 juin IT'iO, à Ciiartres. Fils d'un procureur au parlement de Paris, il manifesta de bonne heure un p)ùt Irès-vif pour leii lettres, et di*» l'â^e de f|uinz<' an», pui)lia <lans le Mercure quelques épigramme» iinitéeii de Martial, qui lui valurent h's fi rn ilatious et les enroura- Remenls de Bayle. Il hit reru avocat, mais il se consacra ••xclu>iveuiHitt l\ la culturedcs lellreM. Il a donne cinq piec»-» à l'ancien Tliéûtre-llulien : Lu Cause des fcinmet (M>87), /m Crtltqur de la Cause des Femmes {\6^fi), Mezzelin, grand sophi de /Vrjf (IflhO), Le l'/nnii ou la Femme fiddle (Hi*.M) et /.es Souhait* (1093). CV« pi^ce*. impriujrcs dans le recueil de Ciherardi, hirent appUudie«, Mirtout le /'//c/ki^. Morulionav était un des familiers de llodeau, H len\>\u% àMUlu*. Il a lain»*' un HoLiana ou Futreliens arec Despri^nux, qu'on tfoufe dan«» le» ('•ditions de IJoilcau donn«'v8 jMr l'alibé Snucliay et Siint- Marr. C'#^l en 1720, qui- Mondiesnay, qui avait épousé une demoiselle de Ctiartre*, t'y retira. Le* ouvrai^eA dont parle Marais Hont deuieurén inanuscriU, «'ils oot t\f achevé*
LETTRE XXIK^ 44d
poitevine, nommée d'Olbreuse, qui étoit auprès de la princesse de Tarente.
Je vous quitte, Monsieur, et vous embrasse mille fois.
Lettre XXIX'.
À Paris, ce 22 octobre \72j6.
Votre lettre du 17 de ce mois, Monsieur, est pleine de choses curieuses et savantes. Je crois que l'aflaire de Bouret est différente des autres, parce qu'il y a une commission contre lui où il est expressément nommé, que le corps du délit y est bien qualifié, et qu'il n'a pu ignorer que l'information se faisoit contre lui, que les lettres accusent et déclarent même criminel, en sorte que c'est comme une dénonciation publique. L'ordonnance dit qu'on peut réclamer en tout état de cause; l'information est un état de cause pour le criminel dénoncé , puisqu'il peut prendre droit par les charges, ou que, s'il ne veut pas répondre, les charges sont contre lui. De plus, le décret par arrêt est un vrai jugement; l'ajournement personnel emporte interdiction; le décret de prise de corps fait perdre la Hberté et l'honneur. La cause est ainsi jugée à l'extraordinaire. Or, tout jugement doit être donné par la Grand'Chand3re après la réquisition du renvoi ; et quand ce ne seroit qu'une instruction , l'article 38 de l'ordonnance de Moulins dit que ces sortes de procès des nobles seront instruits et jugés en la Grand'Chambre, etc. Toutes ces raisons n'ont servi de rien ; le décret a été donné. Mais voici plus : Bouret, mené le 12 octobre en sa maison pour lever son scellé, a réclamé de nouveau sa noblesse au commencement de la vacation ; on ne Ta écrit qu'à la fin, et on a travaillé pendant six heures avec le rapporteur conseiller des enquêtes (M. Goislard), après quoi il a été fait mention de sa réclamation. La Ghambro a demandé aujourd'hui une nouvelle requête pure et sim-
450 CORRESPO.NDA.NCi: LNÉDITE.
plo,où il ne soit point fait n^ontion de la première : sinon elle clitqiroUe va continuer linslruction, eton croit qu'elle le fera, voulant iiiuorer et la première reipule qui a été remise au greffe sans ordonnance aucune et les pièces jubliticatives de la noblesse qui y sont attachées; et comme OD veut que la requête soit signée, la chambre facilitera lu vue du prisonnier, comme on lit au procès de M. de Marillac dont vous parlez. L'accusé voudroit réserver l'effet de sa première requête pour revenir contre le décret, ou par opposition, ou par les autres voies de droit. Tel est l'état présent de la procédure. Barième a été décrété et n'a répondu (jue par dos calculs, qui ont lassé la tète ducommissjiire et la plume du gieflier : c'est un plaide son métier de calculateur. Je n'ai point encore vu le Mémoire des IWris; ce qui est sûr, c'est qu'il a été vu aussi bien que le résultat.
Mon ami qui vous a donné le livre de M. Arnauld s'appelle aussi Bourret, mais il n'est point de cette famille. Il a été trésorier de M"" de Nemours, et intendant de NeufchMel en Suisse, et a une bililiothèque très-grande et trèscurieuse, et est fort instruit des matières publiques. Il avoit un frère docteur de Sorbonne, (|ui est depuis ([uelques années curé de Sainl-i*aul. C est un de mes plus anciens amis; il n'a qu'une lille, nommée M'"*' de la Mésangèrc, qui est fort aiinal)le. qui sait beaucoup de choses et très-bien, et sans paroitre les savoir, et (jui joue parfaitement du clavecin. Vous voilà au f.iit du père et delà lille, et sans doute vous connaissez le gendre et sa mère dont Ui Fontaine a si bien parlé, et la grand'mère, M"* de la Sablière (j'ai eu l'e.vemplairedu licfjrès pour mon ami).
Il y a non-seulement une reipièle pour M"" de Montbéli.'ird, mais un Irès-loni: Mémoire^ en forme de manifeste, en Gb l»ages in-bjlio, sans les preuves. Je l'ai lu , il est tout des plus curieux et voudrois l'avoir : il y a là cies choses que l'on n'a jamais vues, des (pjcstions d'Ktat et de droit public qui nous sont prescjue inconnues, à
LETTRE XXIXV 451
cause du luthérianisme qui nous est étranger, une liste de ceux qui ont épousé les deux sœurs, une autre liste des mariages inégaux contractés par les princes, entre lesquels on trouve la Czarine, qui, je crois, n'a pas donné la commission à M. Cappon de la placer dans ce manifeste, non plus que la reine d'Angleterre et sa mère; enfin voilà du nouveau pour nous, et ce Sardanapale, comme vous le baptisez fort bien, nous a laissé de quoi nous instruire en ne faisant que se divertir; sur quoi je pense qu'il faut passer les bornes en tout pour faire parler de soi, et que la vie simple , unie et régulière , nous plonge souvent dans l'oubli. Mais sur ce, ne m'allez pas croire un Sardanapale et un homme à aimer les deux sœurs.
On m'a assuré que la nouvelle du Sanchez étoit vraie; cela sera bientôt publié. Vous souvenez-vous de ce qui est dit de ce livre dans la pièce de Margon sur son nom de Plantevil et de l'apostille en prose? Je ne sais si voiis avez cette pièce. M. Hermann, dans sa troisième Requête pour l'Université, ne manqua pas de bons traits contre le P. Caussin, à l'occasion du bon Sanchez, qui est représenté comme le soleil, lequel ne contenoit point de taches, comme un miroir auquel il ne reste rien des objets qu'il représente, comme un buisson ardent, etc. Cela est dans V Imago primi sœculi.
Je savois l'histoire moderne de l'abbaye de la Joie :1a révérende mère de nom et d'effet (1) vit encore à Parisdansun couvent, où l'abbaye lui paye une pension de 750 fr.; elle a soixante-dix-sept ans et ne meurt point. Sur cela, je m'avisai de dire à l'abbesse que c'étoit un douaire, et que les douairières vi voient longtemps. Ce mot de douaire a fait fortune et étoit arrivé avant moi à Paris. — Savez-vous le père de l'enfant? c'étoit M. deSégur, père de celui qui a épousé une fille naturelle de M. le duc d'Orléans.
(!) Vol^le8i!,«//rPsdeMadamp,elleR^/('W}0^rp5tleSûi>l^.ÇI»M0»,t. II, p. 52?
-4Ù2 coRi\fc:siH)>DA>CK i>;i^:Drri:.
Le P. du Cerceau a fait une réjmiisc Ir^s-sage cl trèspolie à VApuloijii' de l'abhé d'Olivel ; il lui a adressé la réponse à lui-inénie. Cela ne rei^arde (|ue le livre De i\atura ileoruiii: je ne sais de quoi rald)é s'est avisé d'aller rejoindre des phrases qui sont à huit pages Tune de raulre,et de se faire dire des vérités qui ne lui sauroient faire que du tort. Il n'est pas encore question du livre de M. llut't, mais ils lui promettent je ne sais quoi qu'ils lui tiendront, et au milieu de cette politesse, il y a de certaines ironies difliciles à digérer. Cependant l'abbé est i\ Gacé, qui laisse tondjer l'orage, et qui a bec et ongles pour se défendre quand il voudra.
Je n'entends point parler de La Fontaine a venir. M. Lancelot m'est venu voir, il y a deux mois, et m'a laissé là; je lui ai pourtant tout offert, et je ne sais ce qu'il fera làdessus.
On m'a parlé d'une Bibliolliique qui se fait en Hollande, où il y a de bons extraits et de bonnes pièces. La chanson de .M'"^ Deshoulières, sur la réception de Fontenelle à l'Académie, y est. Elle y parle de Benserade et de son Caractère des quarante académiciens; je n'ai jamais vu celte pièce. On ne savoil si c'étoit louange ou pasquinade Je V. Lelong en parle, n" 10, 08*2).
Il se débite en secret un recueil de quelques nouveaux brevets de la Calotte ; il y en a un affreux contre Samuel Bernard, sous le titre de : Lettres de Noblesse; j'en suis fâché; il est mon client depuis longtemps , et je lui ai trouvé de Irès-bonncs choses. Mais il faut bien que Momus rie, puiscjue son métier est de rire.
Je viens de voir un inq)rimé de 8 pages in-V : Jiqionse à la question : Si les mêdirius peuvent ou doivent prendre parti dans les afftiires de l lùjUse! L'allirnjative est sout<iiu«;, il y a de la science et de l'esprit, et cela regarde l'appel de 1718 de l'I'nivcrsité, où la Faculté étoit jointe.
Lettre XXX\
A Paris, ce t8 novembre 172fi.
Je ne manquerai pas de dire à M. Bourret toutes vos honnêtetés; il y sera bien sensible et vous communiquera sa bibliothèque quand il vous plaira. C'est à M. Trudaine que vous avez ouï parler de M"*^ de la Mésangère ; il étoit parent de son mari^, qui est le fils de la célèbre M"® de la Mésangère (depuis M""" de Noce), à qui La Fontaine adresse son Daphnis et Alcimadure. A propos de La Fontaine, toutes les campagnes sont couvertes de cette nouvelle édition : il y a mille fautes grossières^ et voilà bien du papier et de la peine perdus; ces misérables libraires mériteroient la fleur de lis pour avoir ainsi estropié de si beaux ouvrages. Ils n'auront point assurément nos manuscrits, et que dites-vous de ce brave M. Lancelot qui a présidé à la correction?
J'aurai ici le manifeste de M™^ de Montbéliard pour de Targent, et cela vous épargnera de demander ce que vous auriez peut-être bien de la peine à obtenir. Le passage de Tacite est merveilleux , et bien appliqué ; il caractérise les débauches des princes; c'étoit un bon frappeur.
Je croyois vous avoir envoyé la pièce de Margon sur son nom de Plantevit ou /cri7; j'en puis disposer, car elle est à moi, et vous l'aurez bientôt; je la joins ici pour prévenir votre joie. La mère de ces jolis iMessieurs est morte depuis peu àLodève, dans un couvent dont est supérieure unesdnir du cardinal de Flcury, et c'est par là qu'il leur donnoit quelque protection qu'il a bientùt retirée, hors à Tabbé de la Pause.
La chanson de M""* Deshoulières dont je vous ai parlé fut faite à l'occasion de la réception de M. de Fonlcnelle à l'Académie. C'en est une autre que celle où il est parlé! de l'abbé Testu ; la voilà immortalisée dans cette Biblio-
4S4 CORRESPOWDANCE IM^DITE.
thèque françoisey aussi hien que le mariage de M"' Lefèvre avec le libraire Lesuier, et je ne sais quel concubinage elle eut avec M. Dacier avant de Tépouser, dont est venu une religieuse encore vivante à Longchainps, où j'ai été depuis quinzejoui's. LMr/s inséré dans cette Bibliothèque sur ces deux faits, manque en deux points; Tun en ce qu'il croit qu'il n'a point été parlé de la date du mariage fait en 168*2 avec M. Dacier que dans l'Â'/o^e de M"'* Dacier après sa mort, et Bayle en a parlé dans les Nouvelles de la Jiéjiublique lies Lettres deuo\emhve 168V, un an après, et il l'annonce avec ses grâces ordinaires. L'autre est qu'il croit cet Éloge fait par l'abbé liaguet, et il est de M. Burette, médecin, qui me l'a donné lui-même.
Nous avons des copies du discours fait par le cardinal de Fleury au Roi lorsqu'il lui donna le bonnet. C'est un morceau précieux, et de cette éloquence qui est toute en sentiment, comme disoit xM. de Cambray. Je ne sais cependant si les Anglois et les Espagnols seront contents de leur caractère, et si le roi d'Angleterre ne dira pas qu'il ne se laisse point gouverner, commele roi d'Espagne pourra dire que ses peuples l'aiment plus qu'ils ne le respectent.
J'ai vu à ma campagne une petite comédie qui devoit être jouée par les Danseurs de corde, et qui a été refusée à la police. Elle a pour titre La Rose ; cela est en chansons et 1 idée est prise du Roman de la Rose : il y a des choses très-fines, mais d'autres un peu fortes. C'est une jeune fille qui garde la rose, qu'elle ne doit donner qu'à l'bymen, mais bien d'autres en arrachent quehjucs feuilles et un jeune homme l'emporte sur un vieillard plein de pommes d'or et sur un bel-esprit qui est dans une liste si courte dans tous les pays, qu'il n'y en a que 40. FLncore, dit-il, que; dans certaines listes on a mis un Krrata où il y a : .lu lien de VO, lisez V.
On vous a peut-être mandé (|ue le Roi a voit pris la perruque; cela est vrai et cela n'est pas vrai. lia mis une perruque un jour sur ses cheveux sans les couper,
LETIRE XXXIV 455
puis il Ta quittée ; ceux qui l'ont vu avec cette perruque et qui sont partis de Fontainebleau le même jour ont juré un fait qui s'est trouvé faux le lendemain. Gela ne vous feroit-il pas pyrrhonien comme M. d'Avranches?
L'abbé d'Olivet a bien fait de ne rien dire sur la réponse du P. du Cerceau, qui ne lui fait point honneur; il répondra mal.
Le Recueil de la Calotte, de l'édition de Hollande, est encore désavoué par les gros bonnets du régiment ; mais cependant le coup est lâché.
J'apprends une triste nouvelle ; la peste est à Lisbonne, et voilà de nouvelles frayeurs. On parle aussi beaucoup de guerre. La famine est à l'argent. Que de fléaux! Mais qu'est-ce que l'amitié ne surmonte point? Gardez-moi, Monsieur, toujours la vôtre.
Je ne savois pas la mort de M. Boivin. G'est une perte presque irréparable.
Lelire XXXP,
A Paris, 4 décembre 1720.
L'édit de la réduction des rentes viagères, et l'arrêt portant réductions des charges employées dans les États du Koi, qui furent publiés hier, ont mis la consternation dans toutes les familles : chacun compte ce qu'il perd et ce qui lui est retranché sur sa vie. Vous finissez votre lettre, Monsieur, par ces termes aimables : VivamuSy ml Mara'siy atque amemus. Mais comment vivre, au milieu de tant de raisons de mourir*^ Le Parlement a mis une belle supplication au bas de l'édit, mais elle ne sera point exaucée. On dit que la dépense se trouve trois fois plus forte qu'elle n'étoit en 1688. Mais depuis 1088, n'y a-t-il pas eu deux grandes guerres, et cela n'a-t-il pas di\ augmenter nécessairement la dépense? 11 valoit tout autant ne point dire celte raison. Tous ces pauvres gens qui n'ont
4Ô0 CORRFSPOiNDANCK INÉDITE.
que 20 fr. de rente qu'on leur Ate, trouveront-ils aussi bonne la raison (jue leurs parties rondoient les Étals trop gros et retardoient la reddition des comptes? I/article premier de l'arrêt qui réduit les parties créées depuis 1()88, de quelque nature qu'elles soient, s'étendra bien loin, quoique l'article soit court, et voilà une précision financière qui a bien abrégé les longues et coûteuses opérations d'un visa. Enfin, Monsieur, il faut qu'on n'ait pas pu mieux faire, et que la nécessité de ces retranchements soit bien grande, puis(ju'on en est venu là. Ainsi, je répète avec vous, après toutes ces inutiles réflexions : Vivamus, mi Boeri, atque amemus, et j'ai toujours trouvé que l'amitié console de tout, et déjà ce que je viens d'écrire, et cette plainte que j'ai versée dans votre sein, a adouci la douleur que j'avois des pertes que font mes parents et mes amis dans cette occasion.
Le bruit s'est répandu dans Paris que M. de Sénozau a fourni les Mémoires de cette réduction.
F.t moi, je crois que cela est venu de soi-même, et que cela nous tiendra lieu du cintpiantième qui eût été plus onéreux par les suites.
Je suis bien aise que la folie du Margon vous ait réjoui ; il est bien fou, en effet, mais c'est un méchant fou, mais qui est [wurtant bon poOte, car il y a là un beau tour do vers, et difficile à attraper. Une dites-vous de la prose des Nole$ ? elle a aussi son prix.
Je chercherai la réponse du comte de Sponek. Je ne connois point ce M. Courchetol, mon confrère, mais c'(;st un homme à connoltre sur ce que vous en dites. Pour le Carnusat, à qui on attribue la Hihliothéque frnuçinsv^ je ne le croyois pas capable d'un tel ouvrage. On lui a donné deux ou trois calottes dans la dernière édition, sur ce (ju'il servoit de pupitre au maréchal d'Kstréesipii lui faÎMiit tenir les livres (pi'il lisoil. C'est une manière plaisante de lire. 11 a passé en Hollande, il a changé d'état, a pris femme au lieu d'un [letit collet; mais je ne crois
LETTRE XXXP. 457
pas qu'il ait changé de religion, car il s'est avisé, dans V Éloge de M. Dacier, d'élever beaucoup le catiiolique audessus du prolestant, et on lui a fait mettre un carton.
Il est bien qu'Anacréon ait instruit iM""'' Dacier. Ses Notes sur cet auteur sentent une personne qui en est pleine, et cette remarque vaut bien ses observations; mais si elle a eu un premier mari cocu, Anacréon Ta trouvée bien disposée.
Je n'ai point encore vu les Mémoires de littérature qui se donnent à Paris. La Préface de M. Huet me donne envie de les voir; j'aime son latin, je l'entends mieux que le françois d'aujourd'hui. Vous ai-je mandé que M. d'Aguesseau, avocat général, dans sa harangue à l'ouverture du Parlement, sur le Goûty a attaqué le mauvais goût du style et des pensées subtiles de nos modernes, et a félicité le Ijarreau de ce que ce mal ne l'avoit pas encore gagné? Voilà l'Académie un peu fâchée ; mais elle pourra nous objecter le Mémoire fait pour le marquis d'Oise contre la femme d'André, sur ce beau mariage fait avec une petite fille de vingt mois. Ce mémoire est d'un bout à l'autre plein de ce nouveau style, et il est de M. Bellanger, mon confrère (neveu de l'abbé iMainguy), qui se porte pour ami de celte secte nouvelle.
Je ne vous parle pas de La Fontaine, je suis vraiment indigné, et je donne ma voix pour le pilori du sieur L., qui, de serviteur de la bibliothèque Mazarine, s'est élevé à l'édition de livres qu'il n'entend point, et je ne sais comment au secrétariat des ducs et pairs. Je ne dis pas que mon indignation, que vous excitez, ne soit quelque jour utile au public.
Il y a eu une scène à Petit-Bourg, entre M. de Nesle et le prince de Dombes. Le premier dit qu'il n'y avoit que des sots qui entrassent dans le bois à la chasse. Le prince lui dit : tt Cela me regarde, je suis brutal. » Le marquis continue son discours sur le même ton. Le prince lit mine de lui jeter une assiette à la tète, on l'en empêcha; en
458 œRKKS^»ONl)A^CK INt'DITK.
sortant de table, le prince lui dit qu'il étoit un insolent, un faquin et un misérahle, qu'il lui donneroit cent coups de lK\ton partout où il le trouveroit; le manpiis prit tout cela en douceur et a paru dimanche au balcon de l'Opéra.
Ne dirons-nous rien du cahier du Clereé et des réponses que \v Hoi y a faites, ([u'\ sont imprimées? Cela no s'étoit point encore vu; il y a h\ bien des matières. La Constitution étant loi de l'Église, le Hoi veut qu'elle soit recrardée comme loi de son État; pour moi, je veux ce que veut le Hoi, mais que diront les Parlements de ce visa que Ton veut faire de tous les arrêts dont le Clergé se plaint ? Je crois qu'on a promis cela et qu'on ne le tiendra point; et puis l'article des appels comme d*abus et des mariages, quelle ample matière à discuter sur la déclaration promise? On dit que M. l'abbé Pucelle a déjà fait un Mi-moire sur l'abus. Je ne l'ai pas vu; mnis peut-on dire mieux que .M. Dupuy sur les articles 79, 80, 81 de nos libertés? Je me tiens là.
Je ris de ce qu'on me vient de dire qu'en cherchant les petites boites qui s'amassent pour les Chartreux de Hollande, on a trouvé une dévote qui avoit une cassette pleine des cheveux du F*. Quesncl , de la barbe du I*. d'Albizzi, et autres telles reliques, distinguées par étiquettes, comme la cassette de M. de Lauzun où il y avoit de uTands et petits cheveux dont parle M'"** de Sévit^^né , ktlrr* V7, à s<'i fdle, tome I. Voyez-la.
Le Roi a vraiment la perruque à présent, le prince Charles l'a prise nugsi ; il n'y a plus de doute sur cela. Vale, amanlmimc Bocri.
Lellrr \\\ir.
23 d(*ccnilirt' I7i(i.
On pl.iide tous les jeudi» à la Ciaud Cb.iinbre la cause de M. de. Tonnerre sur l'appel de sa mère; les avocalf
ont fini. M. Julien de Prunay a fait imprimer son plaidoyer, comme dans l'affaire de Choiseul. iM. Merruau fera un nouveau Mémoire, et il y en aura un petit de moi, qui aura son sel, car on m'a dit que j'ai rêvé consentement dans les Notes sur le contrat de mariage. Voilà, Monsieur, ce qui fait que je ne vous ai point écrit. Et puis j'ai un fort grand mal aux yeux, qui m'inquiète fort, qui m'ôteroitbien du plaisir et du travail que j'aime, s'il continuoit.
Si nous avons un bon arrêt, vous en aurez la nouvelle le premier. Je me prévaux fort de votre avis et de celui de M. votre confrère. — On a imprimé le Rousseau en 4 volumes, en Hollande ; le quatrième est un Supplément où il y a des pièces nouvelles, et entre autres celle-ci, que vous aimerez bien :
Depuis trente ans, certain berger normand, Aux beaux esprits s'est donné pour modèle, Et leur apprend à traiter galamment Les grands sujets en style de ruelle.
Ce n'est le tout : chez l'espèce femelle, 11 brille encor, malgré son poil grison; Et n'est caillette, en honnête maison, Qui ne se pâme à sa douce faconde.
En vérité, caillettes ont raison.
C'est le pédant le plus joli du monde.
Voilà ce qu'on appelle une épigramme de bon tour; aussi est-elle du bon faiseur, et il falloit bien aussi son coup au Fontenelle, qui ne change point de note pour cela, et qui a dit à M. de Mirabeau : « Vous savez bien qu'il m'a parlé pour vous. Ce n'est que les princesses d'Orléans. » Je n'ai ni le temps ni la force aux yeux d'en écrire davantage ; je vous souhaite par avance. Monsieur, une heureuse année; elle le sera beaucoup pour moi, si vous me continuez votre amitié. J'ose dire que vous le devez à mon tendre et respectueux attachement.
460 CORRESrONOANCK IM^OITK.
A r.iris, ce 23 décombrc 1726.
Roiirrol ost renvoyô à lalirand (-liaiiihro, on y procM^^de. M. Forraiulost rapporteur; il y a ilo nouveaux iiil(M'rouatoires sur les papiers trouvés sous les scellés; M. Du Verney n'est encore pour rien, il faut aller jusqu'au hout : je ne sais si le C. G. n'est pas, m lata (jravi culpa, qui est bien proche de ce que vous savez.
Lettre XXXIll.
A Paris, ce 30 décembre 1726.
Vous avez fait une bonne épigramme sur le pupitre du Oimusat, qui avoit dû être réservé îi un bossu ; je sais qu'il est auteur d'un Mémoire sur la vie et les ouvrages de plusieurs savants, dont on ne dit pas de bien. Je verrai avec plaisir lo journal où l'ai)!)»' Desfontaines lui a rendu ges injures, et chercherai le livre où est le discours de M"' deL., qui est une des caillettesdeFontenelle, j'ai vu autrefois d'elle une Instruction i\ son fils en N. S. je le reconnoltrai bien et verrai si c'est la même chose. L'observation sur l'urbanité, qui est autant rauleur que l'objet de l'ouvragCj est charmante. Je ne lis point ce journal, je le lirois si j'y rroyois trouver de ces traits-là, au moins ils me feroient rire.
Le P. d'Albizzi peut encore fournir de sa barbe, car il est vivant et retiré à Maubuisson, où on a soin de lui en dehors.
Je voudrois bien profiter de l'avis de votre deuxième lettre, rpii est de dicter, et des deux illustres exem|)les de MM. le président de Valbonnaysel de Fagnan ; mais je no pourrois jamais le faire parce cpi'avant (hi dicter il faut savoir l'affaire, et je ne la puis savoir (jue \mv mes yeux, ne pouvant me lier à un clerc ignorant «l dont la lenteur m'imi»atienteroit. Ce mal ne me vient point pour avoir
LETTRE XXXir. 461
trop la et écrit, car il m'a pris à la fin des vacances, où j'ai peu travaillé, et je suis bien plutôt échauffé, et c'est du rafraîchissement qu'il me faut. Votre inquiétude sur cela est des plus oljlig-eantes, et je vous avoue, Monsieur, qu'il me fàcheroit fort de perdre le commerce que j*ai avec vous, qui est tout le soutien de ma vie.
Vous aurez le plaidoyer des deux avocats dans l'affaire de Tonnerre. On dit que le vœu du bureau n'est pas pour nous; mais il faut aller jusqu'à la fin, et je viens encore de montrer à M""*" de Tonnerre la lettre où vous dites que vous en avez bonne opinion. Vous me direz ce que vous pensez de mon pelit Mémoire rêveur et si je l'ai pris
L'épigramme de Rousseau court tout Paris : Fontenelle la laisse courir, et les caillettes en rient.
On vient de don ner un livre où il y a trois traités de l'abbé Duguet, sur les Exorcismes, sur l'Eucharistie et sur l'Usure. J'ai lu une partie de ce dernier qui m'a paru excellent, bien prouvé , plein d'expressions fortes et lumineuses, et je crois que l'écrit à qui il répond fut fait par les théologiens du Mississipi, lorsque le monde étoit agioteur; il me semble que l'auteur étoit quelque Terrasson, ennemi d'Homère. L'abbé le mène rudement, et l'écrase de traditions, de conciles et de capitulaires : mais je ne sais que dire à l'usage de stipuler des intérêts, dans un pays et de n'en pas stipuler dans d'autres, et si l'on est damné du côté d'une rivi(\i'e, et sauvé de l'autre coté.
11 y a quelque négociation sur la Constitution, et des assemblées à Issy, lieu fameux de conférences ecclésiastiques, car c'étoit là où se traitoitle quiélisme entre l'archevêque de Cambray et l'évèque de iMeaux. On dit qu'il y a un bâton de maréchal de France qui en dépend, et que le cardinal de N. sautera le bâton. C'est un mot de ville.
On dit qu'on a trouvé, sous le scellé de M™'' dTlautefort, une lettre d'un procureur qui dit avoir donné quatre louis à un témoin qui déposera pour elle , une lettre de
4ùi CORRESPO^DA^CE INÉDITK.
M. Pothoiiin i\ la D"% qui l'excite à donner une terre à M. le prince de Conli, qui l'a si bien servie et qui la peut encore servir dans les suites de son affaiie, et un paquet où il yavoit dessus : Paquet à brûler. LaD"'" vouloit qu'on le mit au feu, mais il a été ouvert, et on y a trouvé une lettre d'un administrateur d'IuSpitaux qui mande à la défunte , que puisqu'elle désire élever un enfant, il lui en enverra deux des deux sexes à choisir. M. de Hautefort, qui est fAché du testament, a dit en plein scellé à M"' de Choiseul sur quelquesfaits qu'elle avançoit : « Vous en avez menti, je ne dirois pas cela à un autre qui porteroit votre nom justement, mais vous ne le porterez pas longtemps. » ImaLiinez-vous, Monsieur, les belles requêtes civiles que le public prend et dont il ne paye point les amendes.
L'évéque de Blois (Caumartin) est tombé en apoplexie; s'il meurt, place vacante à l'Académie, et ce sera pour quelque Mirabeau. Vous souvenez-vous du discours qu'il lilà l'évéque de Noyon qui prit le tout en louange? il n'a jamais été imprimé; je l'ai quelque part et c'est une cruelle dérision.
iJrouillerie dans la Comédie italienne : Arlequin y veut faire entrer une petite-fille qu'il a, Flaminia ne le veut point, dit qu'elle est trop jeune, et qu'elle n'a pas encore fait sa première communion. H y a une petite Le Maure qui est rentrée à l'Opéra, dont la voix est merveilleuse. Muraire en est sorti et a abjuré. On court au spectacle comme si les rentes n'étoient point retranchées. Le monde est toujours le monde et le sera toujours.
La princesse deConti a voulu voir son hls aux Jésuites : elle a parlé aux HK. VV. et leur a dit qu'elle leur donneroit .'lU^si le second, mais rju'il éloit bien vif et cpie d'abord (ju'il voyoit une fille, il se j(!toil dessus et lui prcnoit les trions. Ix* P. Sanadon lui a répondu : « Donnez-le-nous, Madame, nous lui f« rons bien chantrer de caractère. » Paris se réjouit à peu de frais.
ANNÉE nST.
Lellre r\
A Paris, ce 9 janvier 1727.
On a publié un arrêt très-singulier sur les découvertes faites chez les sieurs Bertier et Dille au sujet de la Constitution ; il est fort bien dressé et contient un résultat fort et précis. Je ne sais qui en est Fauteur, mais cela est de bonne main.
La Calotte continue toujours ses opérations cyniques, il y a un brevet sanglant contre M. le prince de Conti, et si sic in viridi quid in sicco ? Uy en a un autre contre M. le C. G. qu'ils font le bourreau du régiment, et ils lui donnent pour valets M. de Senez et la Porte fermier-général ; à la fin, tout cela pourroit mal tourner et le bourreau feroit sa charge sur Momus et ceux qui le font parler.
Le sieur Desmaizeaux fait encore imprimer Despréaux en Angleterre. Il a cinq ou six livres qu'il sasseet qu'il resasse. Il a écrit sur cela à un de mes amis, dans une lettre où il parle de moi, mais je le tiens quitte de son souvenir.
Lettre II'.
A Paris, ce 12 janvier 1727.
Vous me demandez si je ne suis pas revenu de la bagatelle : j'en suis bien revenu , car je n'y suis presque jamais entré; et ce que je crains, c'est que le vin ne m'ait échauffé. J'avois un médecin qui me citoit toujours ce vers de Martial :
Vinura Phryx, oculus bibit vencniim.
464 CORRESPOiNDANCK LNtDlTi:.
Si j'avois été en Bourgoune cliez mon amie où Ton m'atteiuloit et que ce vilain procès criminel ne m'eût point attiré à Paris, cela ne me seroit point arrivé, car j'aurois pris Tair cl du repos, et me serois amusé avec vous comme il y a deux ans.
M. de Lambert n'a ])oint été cordon bleu, cela est sûr. Le style de la marquise est bien facile à connoltre ; je saurai bientôt ce qui en est.
Je vous ai mandé que notre affaire est appointée. Je veux vous envoyer mon écrit par avance et peut-être dans cette lettre.
La question de rusuro est une mer sans rives et sans fond; je l'ai autrefois traitée, étant jeune avocat, sur l'usai^e des contrats pignoratifs. L'arrêt ordonna un acte de notoriété, et rejeta Tiniputation proposée par le débiteur des intérêts qu'il avoit payés ; je connois le livre de la Pratique des billelSy il est d'un M. le Coreur, grand janséniste, qui avoit même souffert un exil pour la cause. Il étoit confesseur i\ Saint-Germain l'Auxerrois, et avoit beaucoup de marchands pour pénitents. Il leur fit ce livre pour guérir les scrupules de leur conscience; mais M. Haillet lui donna un bon coui) de i)atte dans le premier tome des JiKjements des Savants , chapitre 6, et M. Arnaud [le grand Arnaud), prêt à soutenir la bonne doctrine, écrivit contre ce transfuge un traité imprimé à Bruxelles, où il y a une Préface excellente, et où ce pauvre casuiste est bien mal mené; il n'oublia pas aussi de mettre à la tête le passage de M. Baillet. Bayle parle du premier ouvrage dans la Hvpnhiuiue des Lettres de mai 168.J. M. Colbert n'a point eu de i)art à tout cela; quand il a établi la caisse des emprunts, il se passa de tous les théologiens, rpii disoient (jue l'argent étoit plus en [)éril que la conscience, et ils l'ont bien deviné, car cela est de- Venu billets d'État, puis billets de banrpic, puis rien. Il y eut encore contre ce casuiste relâché une petite Dissertation louchant iusurCf si elle est mauvaise de sa nature.
et on montre qu'elle ne Test pas^ mais qu'elle n'en est pas moins condamnée par le droit divin. J'ai deux exemplaires de cette dissertation^ et puis vous en donner un ; yaïdiUSsWe Traité de /'usure de M. Collet^ imprimé en 1G90, et qui est dédié à M. Bouhier, président à mortier au Parlement de Dijon, et que je crois être Monsieur votre père. Il y a là de bonnes choses pour défendre les usages de Bresse, et vous savez bien que M. de Perchambaut ayant joint à sa. coutume un traité favorable à l'usure , il fut condamné par un arrêt du conseil. Après tout, c'est une réponse bien courte et bien précise , de dire : Dieu l'a défendu, cela suffit. C'est la raison de iM. Arnauld, c'est celle de M. Duguet, et je ne vois pas que les ecclésiastiques aient voulu charger les peuples de cette loi, parce qu'elle leur est interdite, car M. le Coreur s'appuie sur plusieurs assemblées et contrats du clergé où ils s'obligent à payer à leur receveur dix pour cent, et lui permettent de prendre le même intérêt sur les taxés refusant de payer. Mais en voilà assez sur cette matière, qui est ici plus critique que Ihéologique. Je finis par dire que, dans les articles de morale présentés à la Sorbonne en 1717 par M. Ravechet, il est dit que l'usure est défendue : Jure cUvino et liumano.
A propos de calotte, il y en a une contre le lieutenant civil qui est des plus terribles, et voilà un déchaînement qui pourra bien à la fin
Envoyer tristement les plaisants à la Grève.
Je ne vous ai point parlé de l'aventure de l'abbé Montampuy, pour ne pas contrister un homme à qui la tête a tourné. On en a cependant fait ici des chansons, qu'on a eu Tinhumanilé défaire imprimer ; il étoit trop phiisant de voirie recteur-chef de l'appel de l'Université déguisé en femme et aller à la Comédie, pour n'en pas rire dans le parti que j'appelle //j/ù/j(?, mais chanter l'aventure, l'imprimer, la distribuer, cela passe la raillerie, et T. III. :}o
466 • COR[\KSPO^DANCK CStDITE.
l'homme en souffre trop pour ne pas hlAmer cette conduite. Mais où ne va pasOJ/um theoloyiciim [\)'f
Je ne sais pas ce que c'est (pie la chanson : Réveillezvous vite, de grâce. Adieu, Monsieur, en voilà trop pour mes yeux et nui lluxion, et les médecins mô i^'^ronderont.
Lettre IIP.
A Paris, ce 16 janvier 1727.
11 V a des Chansons à danser j sur l'affaire de M. de Montampuy; ainsi, non-seulement on le chantera, mais on le dansera, et voici une terrible confusion. 11 éloit avare; il trouva une occasion d'aller à la Comëdic pour rien; on lui donna un billet de vingt sous, mais on se moqua de lui, et on lui dit que c'étoit un billet pour une femme et qu'il n'avoit qu'à se déguiser en femme, ce qu'il fit pour gagner vingt sous : vous savez le reste. Voilà comme on conte l'histoire, car il n'est point fou, ou il ne l'a été qu'en ce moment. Le chapitre de Paris dit qu'ils l'auroient vouhi voir venir le lendemain au cho'ur en habit d'Arlecpiin. On dit qu'il voloitles bouts de chandelle dans les lanternes en Sorbonne. Tout cela est vilain, et l'avarice est bien vilaine aussi. Je n'ai pas la chanson tout entière; il y a 32 couplets; elle commence :
Voilii inalirre nouvelle l'our Ils docteurs de l'aris, I)ira-t-on, Mademoiselle, Ou Monsieur de MonUimpuy?
Kt allons, ma tour lourin-lle F.t allons. Jit.i tour hniriron.
On m'en a dit un bien mauvais contre l*ort-Uoyal, et cela va devenir un vaudeville calomnieux :
(I) ▼. Ultrei de M^^ Amé et le* Mémoires de Maurrpat.
Ce goût de métamorphoses Vous vient de vos devanciers, Chez les nonnes les plus closes Ils entroient en jardiniers.
Etalions, etc.
Il seroit plaisant que cette aventure fit finir l'affaire de la Constitution , comme la Satire Ménippée mit fin à la Ligue.
17 janvier 4727.
Je vis hier le projet de l'édition des Généralités de M. de Boulaiuvilliers, qui s'imprime en Angleterre par souscription ; cela n'est point beau^ il y a bien des fautes dans ce programme, qui a je ne sais quoi d'étranger, et on ne reconnaît point là le goût français. Les Hollandois le réimprimeront, et alors on l'aura bon. On a porté cet ouvrage en Angleterre^ parce qu'il est pour le peuple et contre le despotisme ; il paroitra avant Pâques , 2 petits volumes in-folio, 2 guinées.
iM. Desmaizeaux me fait demander si je n'ai rien à lui donner contre les jSotes de M. Brossette pour sa nouvelle édition de Despréaux; j'ai bien quelque chose, mais il ne l'aura pas; il fait aussi réimprimer les Lettres de Bayle augmentées, et il reviendra encore à Saint-Evremont; c'est son cercle.
Lettre IV\
A Paris, ce 2l janvier 1727.
Il faudra donc devenir buveur d'eau, et je ne croyois pas, Monsieur, recevoir ce conseil d'un Bourguignon. Les médecins m'ont ordonné je ne sais quels bouillons rafraîchissants qui m'échaulfent et mettent mon sang en mouvement; si l'eau en fait autant, il faudra en revenir au vin.
468 COKRESPONDANCK IISKDITK.
J'ai relu votre canoniste, (jui effectivement a bien du «•aquet, et (|ui ne se soucie pas tle perdre des paroles. Plumez'le-moiyje vous le recommimile.
Je prédis comme vous i\ Momus et ses adhérents (juehjue mauvaise catastroplie; ils abusent visiblement de la protection qui leur a été donnée contre le ridicule; il est temps d'y mettre ordre. La chanson contre le Montampuy ne tient pas mal son coin dans la calomnie ; il n'a point été pu-mis de lui donner une aventure avec une lilletpii lui donne ses habits et lui son cœur, et encore moins do dire ({ueses devanciers, chez les nonnes les mieux closes, entroient en jardiniers. Voilà M. de Ponl-Chateau bien marqué ; il a été dix ans jardinier à Port-Uoyal et est mort en odeur de sainteté. M. Dodart, médecin, lui lit une épitaphe merveilleuse, que vous trouverez au Nécrologc de Vorl-Hoijal, p. ii5i,et40 ans après sa mort, le voilà chanté et déshonoré. Le couplet de l'Lniversité, fille aînée de nos roisy que le recteur a voulu représenter, est une plaisanterie très-vraie, et à laquelle on ne pouvoit pas résister. On attribue cette chanson au P. du Cerceau, (|ui la désavoue. L'abbé d Olivet m'a donné son Apologie contre ce H. l*ère ; elle est bien écrite, mais il se sauve un peu à travers champs, et il auroit tout aussi bien fait de ne point écrire, car il n'aura pas le dernier. Jeudi dernier, à la réception du duc de Saint-Aignan, il lit fonction de lecteur, comme autrefois l'abbé de Lavau, (]ui lisoit les ouvrages des autres. 11 lut donc la Vieda Pierre Corneille laite par M. de Kontenelle, son neveu, et elle entrera dans VJIisloirv de l'Académie. Danchet lut aussi le discours que M. l'évè(|uc de Blois auroit dû faire comme directeur. Voilà bi(;n des leclun-s parmi des orateurs. Lamotte lut une Jùjloguc^ car il faut (|u'il lasse de tout. On fut fort content du nouvel Académicien ; et encore plus du P. Ilénault, qui donna un grand souper à l'Académie et aux dames qui a voient assisté à cette réception.
Je n^asjiure point du tout que la réponse à Le Coreur
soit de M. Arnaud ; je crois même qu'elle n'en est pas, car, dans une lettre écrite en ce temps-là pour soutenir cette réponse, il y a un grand éloge de M.Arnaud, du P. Quesnel et de M. Pascal, et il ne se seroit pas loué lui-même. Mais toujours elle est bien raisonnée, bien écrite et très-éloquente. Vous aurez l'exemplaire double, mais cette lettre n'y sera pas. Vous dites très-bien que si on avoit su le jésuite auteur de la Consultation sur les usages de Bresse, il auroit été bien relevé, et l'abbé Duguet a bien manqué de l'ignorer.
Desmaizeaux fera pis que des vignettes : il fera des Notes de sa façon, qui sont toujours basses et plates, et nous donnera un Despréaux aussi beau que sa Vie ; je sais qu'ils'estadresséàM. deValincourt, qui, sur son nom seul, a refusé tout éclaircissement, et moi de même. M Brossette aura besoin de corriger quelques endroits dans sa 2* édition, pour éviter d'être nommé plagiaire, et pour rétablir la réputation de son ami. Je ne sa vois pas qu'il travailloitsur Régnier; en remontant, les anecdotes sont moins claires et elles seront aussi moins curieuses.
On a frappé une médaille pour le nouveau gouvernement du Roi; Minerve tient d'une main la main du Roi, habillé en habit royal, et de l'autre, elle lui montre la Renommée au-dessus de sa tête qui tient le portrait de Louis XIV. Ces mots sont autour de la médaille : Exemplar regniy et dans l'exergue : Auclum rcfjimen restitutum 1726. Le revers est le portrait du Roi. Toutcela est bien gravé par Du Vivier. M. deLaunay, qui m'est venu voir, et qui a une vieillesse très-vive, m'en a donné une en argent.
J'oubliois de dire que Minerve met dans la main du Roi le globe de la France; cette métaphore-là ne fera pas faire de chansons.
Use répand je ne sais quel bruit contre M. de Rroglie, ambassadeur d'Angleterre, qui n'est pas bien à cette courlà. On en dit une cause que je ne puis croire vraie; il étoit
470 coRI\KSPONDA^c:^: i.nédite.
à table avec des seigneurs ; à la fin, on but aux maîtresses et on nomma une dame ; un \n\ lord ilit : Fi I elle a la i;ale; on prétend (|uerand>assadeurilit: ^f/est doiicla piincesso de Galles. » Sur (|Uoi, les Ani;lois furieux insultèrent S. K., qui ^l'eut que le temps de se retirer avec son mauvais mot. l*our moi, je crois (ju'un de ses pages n'auroit pas dit cela, et que ses ennemis font courir ce bruit.
Nous en saurons davantage au preujier jour. Bonjour, Monsieur; j'aime à vous écrire; dès que je vois une de vos lettres, je quitte tout, et je n'ai garde de remettre plus loin le plaisir que j'ai de vous répondre.
Lettre V\
A Paris, ce "O janvier <727.
Vous voulez savoir, Monsieur, des nouvelles de M. Milton? cela est bien facile; il n'y a qu'à ouvrir les Lettres du chevalier de Méré, imprimées en 1682 cbez Thierry. Il y en a plusieurs à ce M. Mitlon, et de sréponscs de lui, excellentes et pleines de goût et de rétlexions délicieuses ; c'étoit un homme plein d'un luxe savant, eruitito luxu : vous trouverez dans la lettre 17V (2* partie ), qu'il a fait un \Hiiii Traité sur C honnêteté, qui est dans le 6* tome des OLuvrei mêlées de Saint-Evremont, et dans la lettre 175, qu'il est surpris (|uc cela ait été inq)rimé et qu'il ne sait comment cela s'est fait; il est donc auteur. Il lui étoit venu un mal au cou comme à moi; il ne vouloit pas se montrer. M. de Méré lui donne en cela des leçons (lettre 107 y que j'ai prises pour moi, et c'est A vous que je dois ce remède; on rap|)floit par sobricpiel : Mittoti dTtiffne commeCaton d'Lli(iue,en faisant allusion ;\ son tic; il rassembloit des gens de bonne ronq»agnie chez lui, on eausoit, et on y jouoil, car il étoit grand joueur et alloitchez FrédfiC souvent. Il y a une lettre de lui, sur 1<; p.issagc du lUiin et la conquête de la Hollande, cpii vaut mieux que
LEITRE V^ 471
tous les discours académiques, et Despréaux pourrolt bien y avoir pris : Je t'attends dans deux ans aux bords de Vllellespont. Il dit eu style épistolaire : « Je trouve à redire « que le Roi en soit demeuré là ; il me semble qu'après « avoir si bien nettoyé le Rhin, il devoit faire un tour « vers le Danube, et de la façon qu'il s'y prend, je crois (( qu'il auroit pris Vienne et Belg-rade, comme il a pris « Rhimbergue et Vesel ; mais il faut qu'il ait eu ses rai- « sons, et l'année qui vient nous pourrions bien avoir « contentement. » Il dit plus haut : « Qu'après tous ces « prodiges, le Roi est à Saint-Germain, parlant de ses bâ- « timents et de toute autre chose, comme si de rien n'é- « toit ». Cela vaut bien nos poôtes et nos orateurs. Il faut vous dire encore que M. Mitton étoit trésorier des Gardes écossaises, bien établi à Paris, marié, et qu'il avoit un fils qui a succédé dans sa charge. Je pourrai vous en dire encore d'autres particularités que je suis à portée d'apprendre. J'ai su que son mal au cou augmenta, qu'il ne sortoit plus de chez hii, el qu'il est à peu près comme notre ami l'abbé Fraguier.
Dans les Lettres du chevalier de Méré, il y en a plusieurs à M'^^'iMitton; c'est la belle Landru, dont il est parlé dans les lettres manuscrites de La Fontaine à sa femme.
Je suis bien aise que mon petit Mémoire vous ait paru i)ien écrit. Je vous rends grâces de la loi qui dit : Et magna, et prohabiJi causa. Il y a ici une cause qu'on ne dit point, qui est que le mari avoit tué, je ne sais comment, le fils de Amelot, et on le maria dans la famille du Chancelier pour avoir phis tôt sa grAce, qu'il eut effectivement, étant sorti de la Bastille pour faire signer le contrat de mariage au Roi. Je vous dis cela à l'oreille.
On a répondu assez plaisamment à la chanson de l'abbé de Moutampuis, et on dit qu'il s'est approché des Jésuites en allant au théâtre, qu'ils exercent jusque dans leur collège ; c'est une rétorsion assez bien imaginée ; mais le pauvre recteur n'en est pas moins déshonoré. Au reste, le
l)riiit est public ijiie notre Cardinal a accepté on acceptera incessannnent, et que le c:«Miéral de l'Oratoire y a fait (le son mieux. Sa couirréuation v trouvera aussi son compte, et si quelque chapeau lui venoit, ce seroit un second Bérulle.
Ce que vous nio dites sur M. de Boulainvilliers est curieux; il étoit entêté de sa noblesse propre et niéprisoit celle des autres. Son ouvrage ne sera qu'une satire contre le gouvernement et les familles, et n'aura pas grand succès, à ce que je crois. Pour M. Brossette, on a toujours à lui reprocher qu'il a abusé de la confiance de son ami et qu'il n'auroit pas dû dire tout ce qu'il lui a dit. Le Clergé a fait publier la délibération qu'il a prise contre l'abbé d'Estival en Lorraine, qui a cassé les mandements de l'évéque de Toul, et a dû inviter chrétiennement les évèques à ne plus donner d'ordres et de pouvoirs aux Pré mon très en France.
Kn ce moment, on vient de me dire que les postes d'Angleterre sont fermées, et que les Anglois, grands décollateurs, ont ôté la tète d'une statue équestre de leur Koi et effacé sa figure sur les monnoies.
Voih\ d'étrang-es gens. 11 y a deux cruelles chansons contre le maréchal d'IIxelles et Tallard.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse.
Lettre Vr.
A P.iris. cf 10 février 1727.
Je vous ai dit, Monsieur, des nouvelles de M. Mitton ; il est mort, il y a environ quarante ans, rue du Hasard, où il dcrneuroit. Il étoit gentilhomme Ang(;vin. Il avoit une première femme (ju'il perdit; il en épousa une d<;u\iènie qui •'•toit .sa servante, pour avoir soin de lui et de .son cou ; il étoit toujours dans son lit sur la fin; il s'asscmbloit beaucoup de gens d'esprit chez lui, et c'étoit comme une
académie ; le chevalier de Méré, l'abbé Charpentier en étoient; il croyoit en Dieu par bénéfice d'inventaire, et avoit fait un petit Traité de Vimmortalilé de Vàme qu'il montroit à ses amis, et leur disoit à l'oreille qu'il éto.t de la mortalité.
C'est dommage que :
Tous ces beaux esprits Soient sujets à telle infamie.
Je croirois volontiers que, Plumez-le moi, vient du Plumate de Barlette; mais pensez-vous que La Fontaine fût grand liseur de sermons, et je vois que tous ses originaux sont des conteurs en titre. A tout hasard, plumez le canonintc, car il le mérite bien, nonobstant ses compliments hypocrites.
On ne parle plus du Montampuis; il y a bien autre chose sur le tapis. C'est la Clef du sanctuaire de la huile Unlgenitus, ou Explication de la doctrine secrète qu'elle renferme, adressée à tous les R. P. Jésuites, à Pont-à-Mousson, 1727. Cet auteur a voulu faire le Pascal ; il est vrai qu'il y a de bonnes choses, et même de vives et d'ingénieuses; mais quand il a voulu pousser la plaisanterie , il a passé le but, et s'est noyé dans l'impiété ou la polissonnerie basse, ce qui fait un contraste singulier ; je crois qu'il n'est pas difficile à reconnoitre. Il parolt aussi un mandement de M. Tévèque de Senez, qui est comme son Testamenl, où il persiste dans ses sentiments, et il a été imprimé dans Paris : on court après l'imprimeur, on donnera sa boutique, ses livres, son fonds, sa maîtrise, et, je crois, sa femme et ses enfants au dénonciateur; il y a des gens qui regardent la Bastille comme leur gite. On tient des assemblées à Issy sur un accommodement final qui se fera incessamment, et ce sera un procès bien fini, car il y aura bien des transactions, et cependant, croyez vous ipi'on puisse dire qu'il sera fini? Je n'ai pas vu le Testament de M. de Senez; on va le traiter ab irato^ et le reste.
4T4 c:ourksi>om)AN(:k imjmtk.
On parle aussi d'un accominodoinent entre ral)bë d'Olivel elles KU. P^res, mais c'est eoninio entre les moines et lestenl's,dit Uabelais, et je crois (|ue Jupiter le conciliateur n'y feroit iiuvre.
Le roi d'Espagne est venu voir Gibraltar, et s'en est retourné. Le roi d'Angleterre a dit à son Parlement que c'est qu'on veut ramener le Prétendant, et avec cet épouvantait, il va tirer des Anglois tout ce qu'il voudra. On parle toujours beaucoup de guerre, de levées de troupes, d'augmentation de vaisseaux, et cela s'exécute, mais on ne voit point d'artillerie, ni d'approvisionnements sur nos frontières, disent les militaires, et tout cela pourroit bien se réduire à des camps de paix. Dieu le veuille.
J'attends comme vous M. de La Motte au burlesque, car le bout-rimé, il l'a passé et y a exercé cette Muse non- Muse, (|u'il met à tout ce qu'il veut. Le Desmaizeaux est aunlessousdu rien.
Vniei une belle question. Il y a plusieurs duchés dans la succession de Condé : M. le Duc a pris Cbaleauroux et Kngbien; reste le duché de lîourbonnois; M™Ma princesse de (^onti s<eur veut l'avoir et le met au denier -l'y. Vient M. le comte de Charolois cpii dit : Je suis mjïle, je vous exclus, vous ne pouvez p.xs mettre un prix à mon bien, et puis c'est un Domaine cpii ne vaut pas plus du denier 15. On lui répond par TÉdit de 1711, des Pairies. Il dit : cet Kdit ne me regarde pas, je ne suis pas dans le cas de l'Kdit et n'en tire point nmw droit : il parle des femelles proj)riétaires et je suis niAle, prince du sang, et il s'agit d'un duché domanial. Je crois sa cause indubitable, et j'en ai fait une petite consultation. Sur cela, .issemblées à Chantilly depuis deux jouis. M. Tarlarin y aétret s'est trouv»'- de C4it avis. M""^ la iKichesse et les (l«ni\ princes y étoient; on fut convaincu du bon droilde M. le comte de Charolois, et après que tout eut été bien entendu. Monsieur le Duc, pur une générosité digne d'un prince du sang, dit ; le Duché est à mon frère ; il doit Ta-
voir sur le pied du denier 15, comme sont estimés les autres domaines dans le partage que nous faisons; mais après le partage signé, afin qu'il n'y ait point de procès dans la famille, je donne cent mille écus de ma bourse pour payer les dettes et augmenter les lots. Cela fut trouvé magnifique; on ne sait pas encore quel parti M. le prince de Conti prendra, et s'il aimera mieux plaider et entreprendre un procès que l'on ne croit pas soutenable, que de protiterde cette libéralité. Voilà, Monsieur, le fait et le droit. Lisez l'édit des Pairies, je crois que cela n'y a aucun rapport et que M. le Duc, qui pouvoit retenir tous les duchés en récompensant, laissant un de ces duchés sans le prendre, ce duché passe à M. le comte deCharolois, et que s'il n'en vouloit point, il passeroit à iM. le comte de Clermont, avant qu'aucune princesse y pût venir et y mettre de prix.
Je vous mande l'action de M. le Duc, qui doit être trouvée belle et grande partout, et surtout en Bourgogne. Adieu, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
Lettre VIP. .
A Paris, ce 22 février «727.
Vous voulez que je cherche le chevalier de Méré, après avoir déterré M. Mitton ; il faut faire tout ceque vous voulez. Le nom de famille du chevalier de Méré est Plassac : il est de Poitou, et parmi ses lettres, vous trouverez la vingt-neuvième adressée à M. Marilhac, intondant de Poitou, où il lui recommande son village. Dans le Mena- (jiana, tome 2, page 36'i., vous trouverez encore bien des particularités sur lui et sur son frère, M. de Flassac-Méré, qui a fait un traité de VJIonnêteti' et un autre de la Délicatesse, qui n'ont pas été très-bien reçus. Ces Messieurslà éloient fort honnêtes et fort grands puristes. M. Ménage dédia au chevalier ses Observations sur la langue
.176 COKRKSPONDVNCK IM.nHF..
française : « Ce chevalier croyoit (|iril n'y avoit que lui qui parloil bien notre lani^^ue ; il avoit un certain entiMenient sur le bon air (ju^il nuttoit par tout, et il ne irouvoit pus ce 6oM (iir ni dans Déniosthènes, ni dans (licéron; c'est un des premiers pei'sécuteurs des anciens; il n'aimoit pas l'urbanité romaine ; réloquence de Nestor, qui avoit la persuasion sur les livres, ne lui plaisoit point; enfin, ;\ mon gré, ce n'étoit qu'un précieux en paroles et en sentiments. » 11 en est encore parlé au Mèmujiana, tome 1, page 306. Je ne sais quand il est mort. Il vivoit encore loi*s du passage du Kliin, puisque Mitton lui en écrit. Pour xMitton, j'ai encore lu dans le Menaq'mnn , qu'il n'«''toit pas de grande naissance et on en fait un trio avec Voilure et M. de Gourville, comme gens qui, nonobstant leur naissance médiocre, n'avoient pas laissé de mériter Testinie des princes et des grands. Ainsi je le dégrade ^ de la noblesse que je lui avois donnée, car s'il eiU été gentilhomme, M. Ménage ne l'eût pas mis avec le fils d'un marchand de vins, et avec un homme qui avoit été laquais. Vous m'apprenez bien des choses sur lui que je chercherai ; il est plaisant que Dacier lui ait écrit sur la religion, mais est-ce bien bien à lui? Je le croyois mort dès 1G8V, et la lettre est de IGS."). Je n'ai ])')int encore vu ses bons mots; vous m'indiquerez les endroits où ils sont/ et je vais courir a[)rès'pendant mon carnaval, qui est un temps propre î\ cela. Je ne sais qui est L. I). F. cpii les a mis dans son portefeuille : ce n'étoit pas assurément un agent de change, ni un partisan. Martin, (|ui a donné et deviné, bien ou mal, beaucoup d'anonymes dans la lHhlIothn/ur (le du la]! n'a rien njis sur cela, n" 2()'f7. — Le genre de mort des deux amis m'est inconnu. Or, Monsieur, voil;\ bien des recherches sur ces deux Messieurs, et où est r;d>î)é Leclerc, qui demande iri dans Paris le jour de la naissance de Fontenelle, et qui ne sait pas (pie c'est une grande injure pour un homme si joli, presque aussi grande que pjur les caillettes qui l'udorcnt.
Plumer est un vieux mot de notre langage qui est figuré et proverbial : on plume l'oie sans crier; une courtisane plume sa dupe. Voyez Furetière sur ce mot : Je viens de l'ouvrir et j'ai trouvé que j'ai écrit autrefois à côté les vers de La Fontaine. Nicotdit : Plumer quelqu'un et^le vider toutnet, exculere aliquem.Le conte ne laisse pas d'être bon, et ces sermons en ont fourni à tous les conteurs.
La Clef du sanctuaire est un titre volé à une traduction du livre impie de Spinosa. Les jésuites ont beau jeu de dire qu'un autre livre a pu et du paraître sous ce même nom. Vous dites à merveille : ma foi! juges et plaideurs, il faudroit ^ouf lier. Les conférences n'ont rien produit; il y a des restrictions, des réservations, et tout cela est bien éloigné du purement et simplement que l'on demande. Cependant, notre cardinal dit qu'il est fâcheux de mourir hors la foi de trois papes, et une religieuse lui dit qu'il falloit prendre garde de mourir hors la foi de saint Pierre, qui est le premier pape.
La Reine étoit dimanche dernier à son soixantième jour ; c'est aujourd'hui le soixante-six, on la croit grosse. Votre nouvelle de Ratisbonne est bonne : on se ruine pour la guerre, et peut-être il n'y en aura point. DU nos homines quasi pilas hahenl.
Je suis bien aise que vous soyez de mon avis dans l'affaire des princes ; l'exploit est donné par la princesse, qui dit à son mari qu'elle ne veut pas qu'on lui fasse Taumône. — L'abbé Mainguy a fait imprimerie plaidoyer qu'il a fait sous le nom de son neveu dans l'affaire de la 0"*= Gardel, qu'il aplaidée. 11 y a tant d'esprit, tant et tant qu'il y en a trop, et avec cela, je vais rendre une Laïs aussi blanche que la Vierge. Le comte d'ilautefort est un autre que celui de M"'' de Choiseul.
Bonjour, Monsieur, c'est un remède pour mes yeux que de vous écrire.
Je rouvre ma lettre pour vous dire que la I)"'' Gardel a perdu sa cause tout au long. La sentence lui donnoit
478 CORRKSPONDANCE INKDnK.
'25,000 iV., raiTiM lui ôte tout. M. (.ill)ort a conclu de même, et voilà bien de belles paroles perdues, et qui pis est , une fdle déshonorée. On lui avoit olïert iO,000 fr. avant la plaidoirie. L'abbé M. n'en auroit pas quitté un denier, ni son neveu, qui quitte notre ordre pour se faire conseiller. Je n'y trouve d'autre ressource que d'épouser la D"'" qu'il croit si sage ; ce seroit une action héroïque et une l>elle rétractation de l'arrêt. Les requêtes du Palais avoient i>artaîj;é le legs par moitié, et on disoit qu'ils en avoient fait un demi-castor. { L'arrêt est du 2'* février.)
Lettre VIII'.
A Paris, ce 7 mars 1727.
Dt^s que je reçois une de vos lettres, Monsieur, je quitte tout pour la lire et pour y répondre sur-le-champ. Je vous remercie par avance des bons mots de Mitton : il faut bien que je les lise, puis<jue je l'ai déterré ; j'ai lu \c Mathana- 51 M5 1) et j'en ai beaucoup ri, quoique non académicien. J'ai trouvé écrit sur mon exemplaire à la réponse du Directeur, quatre nomssurqui Malhanasiui: Ta emporté, qui sont : CréhiUony Marivaux, La Visclède et Saint- Didier, et il est lx)n de les mettre sur le vôtre. C'est l'abbé Desfontaines qui est auteur de cette petite pièce, où il y a de l'excellent dans le ridicule. Je suis fAché que son enthousiasme soit pris de l'archevêque deCambray, dont je vois qu'il a imité tous les tours : mais tout cela ne corrige point les auteurs censurés qui rient avec les autres, et puis c'est tout.
J'ai vu la chanson dont vous parlez, cpii m'a paru trèspoétique, ^f 1)*' '-■\\'< ^i le fait du V. de la Borde est vrai,
(I) • Il parolt lin p<-lilérnt, disait Martin flans la IfUrr |it«'«:tMleiil»' : Rrcep- ■ tton de MuUinnuui n l' Amdcmir /rançnise rjuc l'on «lit fort plaisant. CVst • rucorc \"iô*t du TorMii, mais cela ne corrige \tenonni'. "
LETTRE VIIF. 479
mais je sais bien que celui de Guéret [Faisan), curé de Saint-Paul, ne l'est pas, car il est fils de M. Guéret, avocat, homme d'un très-grand mérite, premier auteur du Journal du Palais, qui a aussi fait de bons commentaires sur M. le Prêtre, et qui a montré un bel essai de sa critique dans les deux petits livres de la Guerre des auteurs et du Parnasse réformé. S'il n'étoit pas mort jeune, il eût poussé sa réputation au plus loin ; ainsi le chansonnier a été trèsmal informé de la condition du curé de Saint-Paul, qui, je crois, ne vaut pas son père.
Votre jugement sur l'affaire de M'**^ Gardel est merveilleux, et tout Paris crie contre cet arrêt, qui ne veut pas qu'une fille sauve son amant quand elle peut; il est vrai que son défenseur a nui à sa cause. La voilà bien tympanisée. Où est La Fontaine, pour en faire un Lamentabile carmen, comme il lit pour M"*^ de la Force quand son mariage fut cassé :
Pleurez, citoyens de Paplios, Jeux et Ris, et tous leurs suppôts, Gardel a sa cause perdue Après s'être bien défendue Par la bouche des avocats, Et je crois en tout autre cas.
C'est là où il dit qu'on avoit mis les parties dos à dos,
Après que la chose a longtemps Été tout d'un contraire sens.
Je serois charmé de voir le factum du prétendu prince de Montbéliard ; je le joindrois à l'autre, et vous remercie d'avoir pensé à moi pour cela.
Je ne sais si je vous ai écrit sur l'éloquent mandement de M. de Senez, qui est une espèce de rhétorique, exorde magnificjue, narration claire; preuves, répli([uc aux objections, et qui finit par une longue et palhéti({ue péroraison. J'aime bien ce qu'il dit que Vélcrnité sera assez
4S0 CORUKSPO.NnANCi: IM-.DITR.
lonyue pour nous reposer: v[ «n ttl". t, un icpos éternel est un lontr repos.
M. HoUin a répondu à M. (iibert par unt; lettre trop courte, et il arrive île ee différend que le livre de M. Kollin, quoique bien critiipié en plusieurs endroits, mais qui est composé de jrrAces et de choses qui plaisent, renq)ortera toujours sur la critique de son adversaire, qui tient du collège, et (jui a un peu trop orgueilleusement raison.
M. le prince de Conti a donné l'exploit pour le liourl)onnois ; il y est parlé de la convention faite pour le laisser à M'"' la princesse de Conti, que Ton veut faire jmsser pour une parole, mais vous savez la loi, qui ucsciunt jussuum elegenles id (piod sibi pulant compelerCy non umillunl. J'en ai fait un petit Mémoire dont je ne vous ferai pas un secret, personne ne Ta encore vu.
On donne demain des conclusions préparatoires dans Taffaire de Bourret, pour savoir si elle resterai l'extraordinaire, ensuite il y aura assemblée des (Chambres.
Je n)e servirai de votre remède d'eau fraîche pour mes yeux ; j'ai une sœur malade qui nrafllige fort. Voilà celte misérable vie, où on n'a point do repos.
Letlre IX'.
A r.irix, ce tO mars 1727.
Je vous dois, Monsieur, un vrai remerclment pour les bons mots de Millon, qui sont effectivement bons mots etdontM.deCaillieresauroitbien dû parler dans le Traité qu'il en a fnit ; vous avez bien raison de regretter le Miltoninnn: il eût bien valu ceux que nous avons, et même le ScaHyeranUf cpii n'est pas si grande merveille.
Je suis bien uise de vous avoir mis au fait sur M. (iueiel |>èreet de voir que vous reslimez; il le mérite. La paysan ne me paroU pas convenir à son (ils, quoi(iue<uré de village. Nous avons autour de Paris des personnes de fa-
LETTRE IX^ 4Sr
raille et très-habiles docteurs qui sont curés de campagne, et qu'on ne nomme pas paysan pour cela.
Vous aurez au premier jour la pièce de La Fontaine, qu'il appeloit LametUahile Carmen : je croyois que vous la connoissiez. Elle n'a jamais été imprimée, mais on la peut donner aujourd'hui, puisque le plaidoyer contre M"^ de la Force est entre ceux de M. Érard et qu'il est très-public. A propos de cela, le nouveau duc de la Force, frère du défunt, fut reçu jeudi au Parlement; son frère n'a point laissé d'enfants; celui-ci a trois garçons, et sa femme en accoucha de deux le jour que le Parlement jugeoit leur oncle, ou au moins pendant que le procès étoitsur le bureau.
Lisez le Testament de M. de Senez; quand il n'y auroit que la diction, elle est belle, et le repos éternel mérite bien d'être lu sur le papier. Le P. Bérard, son neveu, se défend d'en être l'auteur, mais on l'en croit bien.
\J Orgueilleusement raison n'est pas de moi : il est de Despréaux, qui le dit un jour à Kacine,surune contestation qu'ils avoient entre eux. Racine avoit raison et se moquoit du satirique, qui lui répondit : faime mieux avoir tort, que d avoir si orgueilleusement raison.
Je serai bien aise de vous voir à Paris, Monsieur, si vous y venez : mais y viendrez-vous? vous chargerezvous de cette grande affaire? Je sais bien que c'est votre ouvrage, mais ne faut-il pas préférer sa santé à tout?
Je ne connois point du tout M. (llioppin d'Arnouville; il a grande réputation, on lui vient de donner 2,000 écus de pension ; j'entrevois pourquoi on Ta chargé de celte affaire, c'est (ju'il a été rapporteur de celle d'entre la Chambre des comptes et la Cour des aides de Paris, ipii vient d'être réglée par la déclaration du 7 janvier 1727 et par l'arrêt du même jour, qui donne à la Chambre des comptes la connoissance des matières criminelles, dont elle n'étoit pas trop en possession, et qui fait revivre d'anciens édits de ir»(JG et 1507 presque oubhés; comme T. III. :u
482 CORRKSPONDAINCK INÉDITE.
donc il connoit ces matières, on Ta choisi, au lieu de M. de Pont-Carré qui Ven est démis. Je chercherai quelque reconiniandatiou favorite, mais votre nom seul, Monsieur, sera meilleur que tout ce que l'on cherchera et trouvera. Jaserai charmé de vous emhrasser, et si je puis vous soulager, je le ferai de bon cœur.
Ma sœur est toujours malade, et moi pas trop bien.
Lettre X".
28 mars <727.
Je ne puis, Monsieur, apprendre une meilleure nouvelle ; vous venez à Paris, et j'aurai le plaisir de vous eml)rasser et de vous dire tout ce qu'on ne dit point par lettres. Ma sœur se porte beaucoup mieux; mais pour moi , il m'est venu une fluxion dans la gorge, et j'ai encore été saigné hier; il a fait un temps si variable, que les corps s'en sont ressentis. Je vous réserve donc le Lamentablle Carmen pour vous le remettre à vous-même, et nous rirons en lisant celte lamentation.
11 faut que je vous trouve cette recommandation favorite; je la trouverai, car il me semble que je trouve tout ce qui vous plail. Je vais mettre en campagne les grands et les petits ; je suis bien aise que votre collègue soit en état de vous soulager.
L'aventure de la chanoinesse et son action sont bien singulières; cela épargne les frais de la procédure criminelle, il ast certain que le fait fameux n'est pas sujet au .serment suivant les exceptions des docteurs et de la glose, ce que Dumoulin appelhi infamiam irroganSj et comme il a été jugé par arrêt du 3 février 1009, rapporté par Pehiux, acl. 31 du livre 6 et aulres, mais le fait en question n'est tout an plus que demi-fameux, puisque la chanoinesse avoue le fait, et qu'à l'égard du cavalier, l'action e.st beaucoup diminuée par cet aveu qui ne le déshonore
pas. Je crois même que la chanoinesse eût pu se pourvoir par devant les mar échaux de France, parce que c'est une affaire d'honneur. Mais que veut-elle faire de ce serment, il ne l'épousera s'il jure qu'il a couché avec elle et qu'il n'a point promis de l'épouser ; il peut aussi jurer que d'autres y ont couché. Cette action pourroit devenir frustratoire, et ce seroit le cas de la rejeter, non comme fameux, mais comme inutile.
Je ne vous dis, Monsieur que ce mot avec mon bras saigné, et je vous embrasse.
Gibraltar va toujours son train, et doit être pris ou laissé à présent. J'ai lu les traités de la Triple et Quadruple Alliance. La Triple nous oblige à un contingent , ou à déclarer la guerre à l'agresseur, mais la Quadruple est survenue depuis, qui ne met le cas de la guerre que si l'agression est faite alio principe que les quatre contractants. Il faut donc que ce soit le traité de Hanovre qui nous engage à la guerre. Je ne l'ai pas vu.
Lettre Xr.
i avril «727.
Je vous ai promis. Monsieur, de chercher, et j'ai trouvé le favori et la favorite. On vous mènera en amitié. Vous serezconduit par un conseiller au Parlement de mes amis intimes, qui veut aussi que je vous mène chez lui, et il vous apprendra tous les chemins, et moUia fundi tempora. On veut vous consulter sur l'affaire de M''*Gardel, qu'on veut porter au Conseil; tout cela entrera dans notre négociation. Enfin, il ne se peut trouver rien de mieux. J'espère que vous me trouverez en meilleure santé ; ma sœur est beaucoup soulagée ; enfin, Monsieur, en vous voyant je n'aurai plus de mal. Je ne vous dis que ce mot aujourd'hui, et vous embrasse de tout mon cœur.
484 œl\R^:spo^l)A^c^: inédite.
Lettre XII'.
\\ avril 1727.
Il lie laiit pas Monsieur, vous renvoyer votre livre sans (juelquf conunontaire.
Lf^lnye de M. Tabbé Boisot, mort le i décembre 169i, donne une grande idée de lui; mais cet ouvrage ne sera pas condamné pour la précision, comme vous disiez le dernier jour de certain ouvrage fait à Toulouse. I.es poésies latines de vos conseillers sont tendres et gracieuses et ont je ne sais quoi de touchant. M. de la Monnoie y est toujours poOte et grand poOte.
Le projet de la Yie du cardinal de Granvelle fait bien regretter l'ouvrage entier; quelle abondance de faits curieux et de pièces rares! J'aime à voir Charles-Uuint qui prie le général de ses armées de lui bien garder le roi de France, quil lui a jnins et le demeurant; j'aime à le voir disputer avec M. d'Arras sur les récompenses qu'il lui refuse. Le caractère de I*bilippe U est aussi là très-bien dépeint, et riiistoire de Baïus et de sa rétractation ne sera pas ou'oliée par certaines gens; non pas qu'ils Tignorent, car dès l'année KiUÔ, ces mêmes lettres du cardinal et de iMorillon ont éléi m primées dans les Mémoires importants pour servir à l histoire de la faculté de Douai, et l'auteur des Grands Jlexaples i^tome 2, p. 72Î) et suivantes) n'a pas maujjué d'eu donner des extraits et d'en faire la critique, en parlant de l'affaire de Balus; et je vous dirai en passant (ju'on y trouve la Bulle de Pie V, qui fut imprimée sans points, virgules ni articles. Or, puis(ju'en 1(>Î)5 ces lettres ont été imprimées, il falbut ou (jue M. Pellisson eût montré la grande lettre de Tabbé Boisot, ou que l'abbé, qui étoit communicatif , eût donné ces pièces i\ d'aulies gens, qui en ont fait usage dans {'Histoire de Itouni. Je ne trouve point de date dans la grande lettre,
LETTRE XIP. 485
mais il est aisé de la rétablir, car dans le livre de la ToUrance des Religions de M. Pelisson, il y a des lettres de l'abbé, du 7 au 20 janvier 1692, où il parle à M. Pellisson de son trésor de Granvelle et de ses lettres sur Baïus qu'il lui promet ; et comme l'abbé est mort en 1694, ce projet doit avoir été composé dans l'année 1693, ou sur la fin de l'année 1692. Voilà une note chronologique qui ne déplairoit point à l'abbé Leclerc , et on y peut ajouter que V Histoire de Douai ne parut qu'en 1695, après la mort de l'abbé qui avoit fait cette découverte, pour ne lui pas faiçe de peine. Je vous exhorte toujours, Monsieur, à lire ce livre de la Tolérance, où vous trouverez toutes les grâces du discours jointes avec toute l'élévation de l'esprit, dans les lettres qui composent ce recueil, et la preuve de la bonne foi de M. Pellisson dans la composition de son Traité de l'Eucharistie, auquel il travailloit alors, dont il fait la confidence et le plan î\ M. de Leibnitz, ce qui détruit toutes les calomnies qui furent répandues lors sa mort. Il ne faut pas oublier ici qu'il y aura un grand supplément à faire à l'article de Ba'ius de notre ami Bayle, et je ne sais comment cette Histoire de Douai lui a échappé; il se seroit bien réjoui avec les lettres du Cardinal et de son grand-vicaire. Enfin, pour clore cet article de M. Boisot, je Vous répéterai ce que dit * de lui M. Pellisson : a C'est à nous à quereller un Franc- Comtois, qui vient disputer la politesse et la pureté à l'Académie francoise. »
On a bien fait d'imprimer entièrement la I>iss€r(aliou tlo M. Oudinct sur les trois médailles, et do dirr (prelles ont été données au Koi par M. Granier. \J Histoire de lAcaAéfnt> ne devroit pas avoir supprimé ce fait : il n'y aura peutêtre que moi qui osera (sic) l'écrire à la tète des médailles gravées dans cette histoire. Cette dissertation fait bien de l'honneur à M. Oudinet : je ne sais s'il étoit parent dus/re 0»r/inc/,lefaiseur de contrats, dont La Fontaine parle dans le conte des Troqueurs ; ce nom ne paroit point imaginé.
486 CORRKSPONDANCE INÉDITE.
Le poëte (jui a fait la pit'co de vers (p. 107) ne sera point exilé pourjaiisrnismt*, et railleur de la lettre p. 200, avec son style pieux et tlcuri, me jiarolt cacher l'abljùDuguet ; ce (pi'il dit sur la vieillesse est nouveau, et Vêtre usé n'avoil pas encore été dit que par quelque coquette précieuse. Votre Saint-BéniLTue n'est pas bien traitée dans le petit discoure de M. Bonillaud. Je vous ai aperçu dans un petit coin (p. 228) et j'ai été bien aise de vous trouver. Vous êtes partout, Monsieur, et y devez être, et jugez comment vous ùtes dans mon cu'ur, puisque j'ai tout quitté, consultations et procès, pour vous trouver ce petit morceau de littérature et vous remercier du livre que vous m'avez envoyé, et que je vous renvoie.
Lettre XIH'.
Ce 20 $('pt<>iiit>rc 1727,
Je vous ai rapporté, Monsieur, l'extrait de l'histoire de la lieutenance civile Uuzé. Son père, Nicole Quatre-Livres, est dans la liste des avocats de 152 V, rapportée par Loysel ( p. .j7V . Je ne trouve point, dans celte liste ni ailleurs, Sébastien Emenj, qui ne voulut point se charger de la cause de la duchesse d'Angouléme contre le connétable de Bourbon, qui fit une satire sanglante contre Poyel, depuis chancelier, qui fut exilé, qui se fit d'abord cordelier, puis chartreux, et qui pensa être leur général. Il a un article dans le dernier Supplément de Bayle. Je ne trouve point aus.si, dans le Ihaloijw (le$ Avocats^ le nom de Charruau, avocit do Villon. 11 dit dans son l" Tesiiiment :
Itrm doiiiu> ii mon avocat Maître (Guillaume Charruau Quoiqu'il niarrh.'iiidc ou ait cUit Mou brade, jf mh' tiiis du founau.
L'arrêt du 23 décembre 1522, contre la lieutenance
LETTRE XIVV 487
civile, est cité par Bouchel au mot AJuitèrey et il dit qu'il fat ainsi jugé par arrêt contre la femme du sieur de la Roche-Thomas, conseiller au Parlement, mais il ne date pas l'arrêt; il ajoute pour principe, que les enfants qui sont nés durant le mariage, en la maison du mari, sont réputés légitimes,- encore que par après la femme soit conilamnée et convaincue cV adidlère ; et c'est, dit-il, cequon dit en commun proverbe que tous fils de p ne sont pas bâtards.
J'aime bien la définition d'Aristote, qui dit que l'adultère est une curiosité de la volupté d autrui.
Je viens de trouver dans Brodeau sur M. Louet A. N. 18, l'arrêt de la lieutenance civile; il le date de 1 523, il nomme le mari Louis Ruzé et dit que l'arrêt est rapporté par Rebuffe, tome T"", et par Imbert in Enchiridio, verbo Mulier.
Je ne sais si vous avez lu un Traité des Amours des Rois de France par Sauvai, qui a été donné à part pour ajouter à ses Antiquités de Paris ; c'est un petit in-folio de VG pages. Il y a bien des curiosités sur les galanteries de François I*^"", qui pourroit l)ieu avoir donné la grâce à M'"'' Uuzé moyennant ses faveurs; il aimoit à tourmenter les maris. La chanson, Un cocu mène l'autre et toujours sont en peine, un eocu Vautre mène, est de ce temps-là, et il y en avoit une autre qui disoit :
Qui veut garder qu'elle n'aille du tout à l'abandon,
Il faut la fermer dans une pipe et la b par le bondon.
Je ne î^ais si Kuzé étoit parent de Martin Huzé, secrétaire d'État, dont le père étoit receveur de Touraine et qui eut une lille, Bonne Ruzé, dont sont venus les d'KfIiat.
Lettre A7P.
Je suis bien fâché, Monsieur, et de votre départ et do ne m'Cître pas trouve chez moi; il faut bien que je voui
4»8 COUK^:SPO^DAi^CE INÉUITK.
cmhrasîie avant ce triste jour. Je vous renvoie le Quelleuec, qui est assurément nueux digéré (jue le Sottisier de Siiuval. Vous avez là une idée de son style et de son histoire; je voudroisbien tenir le Poème de Louis XII. Je n'ai piis en ce moment le Sermon du Métropolitain y mais vous l'aurez dans une heure ; on y a fait une courte et bonne réponse dans des lettres imprimées, et pour avoir cette réponse, il a fallu que j'aie prêté ce sermon, qu'on me doit rendre ce matin. Jai aussi la dernière instruction de M. de Pamiers, qui est assez épiscopale et qui court après un < oncile ;-une lettre de M. de Montpellier à M. l'évèque de (Chartres, où il paioil (ju'ils se sont engagés tous deux trop avant; le dernier a soutenu qu'il n'a point dit tout ce qu'il a dit, et l'autre lui fait dire plus qu'il n'a dit. Toutes ces querelles polémiques ne sont pas toujours bien fidèles. J'oubliois la lettre circulaire de iM. de Senez, qui a été dans la Gazette dv Ilidlunde, et qui est de bonne main et en furme juridique de griefs (j'ai appris que le jugement est donné).
I.a nujine fiazeltc dit que 1 Université d Oxford a nommé le P. Courayer pour docteur en théologie, et en a fait expédier des lettres patentes ; je ne sais s'il y a des exemples de cela pour les catholiques. J'ai trouvé un abrégé du plaidoyer de M. de Lumoignon , lors de l'arrêt du 2 avril 1721, rendu contre le Métropolitain (1), écrit en ce temps-là, en marge d'un Mémoire imprimé, où il dit que la coniidence se peut définir : « une convention entre un collaleur et un coUataire, un résignant et un résignataire, par lafjuelle l'un des deux doit avoir le titre du bénéfice , l'autre les fruits; que c'est un dol qui se peut prouver par les circonstances du fait, (pii, dans la cause, étoit prouvé par le dessein et l'évémMuent, consilinm et eventui, et que la confidence étant certaine entre l'oncle cl le neveu, ni l'un ni l'autre ne dévoient avoir le béné-
<1) L*«bbé de Tcncio, arcli«'fô']iie d'Embrun.
fice. » Je vous parle, Monsieur, comme si je vous voyois, je vous embrasse et je vous aime de tout mon cœur, et j'en dis autant à M. Fleuchelot.
Lettre XV\
k Paris, ce 12 octobre 1727.
C'est avec le plus grand plaisir du monde que j'apprends^ Monsieur, votre retour heureux à Dijon, et que vous voulez bien recommencer notre ancien commerce; cependant, quand je pense que j'écris à un académicien de l'Académie francoise, je me sens un peu plus embarrassé, et il me semble que je dois un peu plus étudier mon style. Je m'imagine que l'Académie va amender l'usage à cause de vous. Monsieur, d'écrire aux académiciens absents; elle ne peut autrement se consoler de vous avoir perdu. Par ses lettres et par vos réponses, nous apprendrions le style épistolaire, dont nous n'avons guère de règles, et ce travail n'est pas indigne d'elle. En attendent cette instruction , je hasarderai de vous écrire comme je faisois, et votre amitié me passera mes fautes.
J'ai passé huit jours à Conflans-Sainle-Ilonorine, où se fait la jonction de la Seine et de l'Oise ; c'est un des beaux spectacles de la nature; il y a, dans ce lieu, un prieuré, sous le nom de la Sainte, desservi par l'abbé Tambonneau, où on conserve une relique singulière d'une grosse chaîne de fer qu'elle portoit dans un esclavage dont elle fut miraculeusement délivrée, et on entoure les femmes grosses de cette chaîne pour les délivrer heureusement. Cette dévotion a étéjusquesà la Reine, quia envoyé un corset et une chemise qu'on a fait toucher à la chaîne et à la châsse du corps de cette sainte, et même le prieur se flatte que S. M. y viendra elle-même accomplir un vœu qu'elle y a fait. Je ne sais si M. Thiers a parlé de cet usage local, dans son Traité des superstiliona ; j'ai encore appris dans ce lieu qu'en fouillant, il y a deux ou trois ans, dans
490 CORHESPONDANCK INKDME.
l'éi^lise du Prieuré, ou y a trouve'' plusieurs tombeaux (l'une pierre très-blanche, où les corps éioient presque entiers, et où il y avoit, dans chacun, deux lampes sépulcrales, d'une petite terre rouge fort légère et d'une trèsgrande anticpiitè. Le prieur a laissé dissiper ces lampes qui avoientun goût depjiganisme, etaime mieux la chaîne dont il entoure les femmes lui-même, ne s'en fiant aux soins de son vicaire.
Je commence par vous rendre compte, Monsieur, du profit que j'ai fait dans mon voyage, et de ces petites observations topographiques (pii ne vous déplairont pas.
Je ne sais encore rien de particulier du jugement de M. deSenez; on dit qu'il porte interdiction de fonctions épiscopales et sacerdotales, relégation dans ujt séminaire, partage des revenus, et qu'on va passer t\ M. de Montpellier. Aux autres, dit Frère Jean, aux autres. Voih\ une citation un iMiu trop gaie pour pareille matière ; mais il faut bien qu'elle passe- Je viens de lire la (iazette de Hollande du 10 octohrc,qui dit que le jugement est du 19 septembre, après trois monitions, publié le ûi , dans le concile, signifi/î le 22 à M. do Senez, cpii a apjjelé au concile général Tabbé do Falcon, vicaire général, avec h-ltresdes revenus, l'instruction pastorale déchu'ée téméraire, scandaleuse, injurieuse à l'Église et à l'Étiit, au Pape et aux évèques, schismatique, favorisant rfiér(«ie, etc. En voilà bien, et on ne se soucie pas dans cette matière que le plus fort emporte le faible. Le concile travaille aussi sur le P. Courrayer, qui sera jugé par bien des sortes de juges. J'oubliois (jue le Hoi est .sn[»plié de reléguer M. de Senez dans un monastèrt» pour y faire pénitence. Vous devez savoir s'il esta Autuu. On vient aus*ji de couper aux jansénistes les vivres des écrili». L'iriqirimeur (Osmunt hls-, (pli a fui en Hollande, a été condamner par la commission donnée à son sujet, uu carcan et âcinq ans de bannissement, suivant unedéclar«tion de 1717; il va 6U un Mémoirt aHttez bienfait pour lui, mai» %fx contumace a prévalu. On a aussi découvert
une imprimerie janséniste à Senlis, où il s'est trouvé plusieurs écrits que l'on imprimoit, et, entre autres, le Parallèle des vies et mœurs de M. de Senez et de M. V archevêque d'Embrun. L'imprimeur, entrant à Paris, donna un coup de fouet aux commis, qui l'arrêtèrent, et trouvèrent dans sa valise des épreuves toutes fraîches; cette cause tire à sa fin, dès qu'on prend la voie des peines canoniques et corporelles. Causa finila est.
La Reine est partie aujourd'hui pour Fontainebleau , malgré les réflexions anatomiques de Peyrat. Le roi Stanislas est venu et a été traité en roi à Versailles et partout où il a été.
M™* de Prie est morte à Courbespine en Normandie, le 6 de ce mois, après trois semaines de convulsions, de douleurs affreuses et une agonie de quatre jours. M. le comte deSenneterre a assisté à sa mort avec M"™*" du Deffant. Il y a longtemps qu'on dit qu'elle avoit la maladie de François Y\ Vous vous souvenez d'un couplet :
Elle a l'esprit par trop aigre Et trop de pertes de sang.
qui peut lui servir d'épitapheà la faveur d'un {illisible) en
disant : La de P fut la plus maigre des c de notre
temps. Le Roi hérite de 150,000 fr. de rentes viagères, et elle laisse en fonds, à ce que l'on dit, plus de quatre millions; elle a fait un testament et donne gros à un M. de Lestre, son cousin, qui lui étoit plus que cousin : le reste à ses enfants , un fils et une lille que M. de la Feuilladc^ a bien manquée. Elle n'avoit (jue vingt-neuf ans, étant née en 1698. Voilà une vie bien courte et cependant bien pleine d'événements, et qui mérite bien un Discours merveilleux, comme celui Catherine de Médicis, ou quelque Divorce satirique comme celui de la reine Marguerite. Il faut espérer que les auteurs d'anecdotes de la Minorité et de la Régence lui rendront la justice que l'on doit aux femmes de son rang.
192 œRRKSPOxNDANCK l^f:l)lTF.
Ce (jiie vous me dites des impolitesses de M. de Lévis à Téirard des dames me fait douter de sa i;éuéaloi;ie, et la Vieri::e ue lui diroit pas : a Mon cousin, mettez votre chapeau, » puisqu'il a taut de peine î\ Tt^ter.
J'ai vu M Fleuchelot, qui a bien du mérite et de l'esprit, et qui étoit votre digne collègue. M. et M""" Bourel et M'"' de la Mésangère m'ont bien chargé d'honneurs et d'amitiés [jour vous; vous faites tout le sujet de nos conversations.
Je remarque ici, à la lin, un arrêt rendu contre M. Rose, évècpiede Sentis, du 5 septembre 1598, après une instruction criminelle ; ce qui prouve (]ue le Parlement juge les évoques. L'arrêt est dans Hôuchel, au mot Ligue ; il est très-cui'ieux, et je ne sais s'il en est parlé dans votre recueil manuscrit des Jugements des Èvêques. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur. Je vous avois dit que M. Huet avoit travaillé à la Table de Bayle; ce n'est pas l'évéque, mais Gédéon Huet, ministre. Voyez la Table des Lettres de Bayle, au mot Iluet.
Lettre X\T.
A Paris, ce 15 octobre 1727.
Vous aurez, Monsieur, deux lettres par le même ordinaire ; celle-ci sera courte, et n'est que pour vous communiquer une nouveauté ancienne, tirée deNostradamus, et appb(ju«''e à Talfaire de M. deSenez. Je l'ai vue dans une Irès-ancienneédilion, non suspecte de fraude, comme celle c|ue lit faire M. le Prince pour intimider l'abbé Bourdelot (Lotbourde j qui en pensa mourii*, et dont Bayle parb» en général, dans le chapitre IV dti j)remior tome de ses /ii'ponses à un Provincial.
cENTtfiiE r*, n" 7.
Tard arrivé, Cexêcution faite
Ijt vftit cnnirnirr, httrcs au chemin prinsex,
Jj'M I onjurés .\ll (fiine serfr
l'ar ie /iosseau Senez tes entreprinses.
CENTURIE 6, n° 72.
Par fureur feinte d'émotion divine Sera la femme du grand fort violée Juges, voulant damner telle doctrine, Fictimey au peuple ignorant immolée.
Dans la première^ on voit les lettres prises au courrier; le nombre de quatorze qui est celui des Juges, le Rousseau, qui est le Cardinal, et Senez qui est Senez. Cela n'est-il pas clair comme le jour? et après cela, Monsieur, diles (jue Nostradamus n'étoit pas un grand prophète. J'oubliois bien le meilleur, qui est ; u XIV d'une secte », et voilà la secte molinienne, comme les jésuites l'appellent.
La seconde est plus générale, et peut recevoir plus d'application; vous ne sauriez croire avez quelle ardeur on distribue ces centuries.
On a aussi renouvelé une calotte qui fait l'abbé Tencin primat de la Louisiane , et on y a fourré quelques vers qui parlent de la récusation et du concile.
Vous avez vu autrefois cette pièce.
On distribue encore une réponse que l'on dit avoir été faite par M. de Senez, quand on lui a lu son jugement : Bonum cevlamen cerlavij cursum consummavi, fidem servati ; in reliquo reposita est mihi corona juslilix quam reddet mihi Dominus, in illo diejuslusjudex. On dit que cela est de saint Augustin. Il y a une autre réponse judiciaire par acte qui contient un renouvellement d'appel au Concile général, où il est beaucoup parlé du Formulaire et de la distinction du fait et du droit. (Vous trouverez, dans VUistoire de l Église en abrégé, en '•• volumes in-12^ l*aris, 171*2, tome 4, dix-septième siècle, clia[)itres \[\[, \[\, XXI, une courte instruction sur le Formulaire et qui est très-bonne ; cela abrège bien des lectures : cet ouvrage est de iM. Dupin).
Nos avocats s'assemblent encore sur l'appel comme d'abus du (Concile et des procédures qui y ont été tenues.
494 CORRKSPO.NDAxNC.E hNKDlTR.
On lîit qu'il y en a plusieurs moyens, et notamment sur les récusations juirét*s par les juges récusés, contre la disposition do ronlonnance. Je ne signerai celle consultation non plus que Taulre, quoique l'on me l'ait proposé hier, et c'est encore un secret que je vous coniie. On me doit donner le jugement et même les actes du Concile. Voilà le dernier état des choses. M. de Senez va, dit-on, dans une abbaye, je ne sais où.
La Heine est partie et a couché lundi à Petit-Bourg chez M.d'Anlin.
Lettre AT//'.
A Paris, ce 2 notcmbre kl'XI.
Voilà donc, Monsieur, notre commerce renoué. Nul ne protile plus que moi à ce renouvellement qui fait tout mon plaisir, et c'est l)ien à moi qu'il faut passer les solécismes «Il tout genre. Sa'pe solecisnium, elc. Vous allez être oc- (•ui>é à une élection à l'Académie : M. de Sacy est mort; sa traduction de Pline est excellente, mais ce qu'il a produit de Sun fonds n'est pas si bon, et son traité de IWmitié fut terriblement critiqué dans le Journal des Savants lors- (pi'il parut, et on m'a dit qu'il s'en est vengé dans un Discours sur la mort duprésident Cousin, auleur du Journal. M. Oespréaux ne pou voit souffrir celle amitié toute païenne et où il n*y a pas un mot du christianisme; ;\ l'égard de ses Mémoires et Faclums, il s'en faut bien que tout soit égal, le médiocre est bien proche du bon, et la précision n'étoil pas son auiie.
On parle d(* lui faire smcédur M. U; pi «Mclent de Mont#^qui<îu, cpii a c( rlaincîment beaucoup d'rsprit (;t du mérite, duquel vous jugerez mieux (jue moi, puiscpie vous alhz on étn* juge. J'ai commencé, Monsieur, à vous parler de l'Acad<imie cooime de raison, et je puis bien avoir fait des solécisDtch dans ce que je viens de dire.
Le Concile d'Embrun devient véritablement Concile de Cliésily où bien des gens, trouvent à grah^ler, comme faisoient les béats Pères, au dire de maitre François. Vous avez vu sans doute le jugement; l'évèque de Senez est actuellement à la Cbaise-Dieu, où on dit qu'il est bien traité. L'n poëte très-salirique et quelque élève de Rousseau, a fait seize couplets de cbansons, sur Tair des Pèlerins de Saint- Jacques, au sujet de cette affa^p^, et en voici un échantillon ; ,» •.:.
Te passerai-je sous silence?
Sœur de Tencm, Monstre enrichi par Timpudence
Etjp larcin? • .
.Vestale peu rebelle aux lojs
DeCitiiérée, Combien méritas-tu de fois
D'être vive enterrée?
Le reste est de la même force^ et le poignard y est enr foncé catholiquement. Il paroU un écrit qui a pour titre; Mémoire pour la cause de M. l'évêque de Senez, el Recueil contenant un grand nombre de faits fit de témoignages en faveur de la paix de Clément JX^ Il y. a, à la fin, une liste de huit pages de noms et de signatures opposées au Formulaire. On en voit de toute espèce, jusque-là que le nom du P. Massillon s'y trouve, qui peut-être ne pense plus comme autrefois par la vertu de Tépiscopat. Mais voici un autre évèque qui vient de rompre lu glace pour Tévèque condamné, c'est M. de Cuslres Honoré Uuiqueran de Beaujeu , qui lui a écrit que son jugement le couvrait dç gloire et ses juges d'une Infamie éternelle^ puis de sa même plume et dans cet esprit, il a écrit une lettre circulaire aux évèques de France, pour les faire déclarer contre le Concile. Il y parle de l'inondation de Toulouse et de Tinceudie de Narbonne, coanne de fâLcheux présages, et je ne voudrois pas qu'un homme qui paroU si zélé eût imité rorcheyêque d'Arles, qui imputoit aux Appelants les
496 CORIIESPONOANCK IM%l)HK
sauterelles venues dans le pays, dont les intercadences lîuccessives niarquoient la variation des esprits.
Iliacos extra imiros pcccatur et inlra.
M. Bayle m'a cité autrefois ce vers sur la matière même dont il s'agit qu'il avoit adjugée au pyrrlionisme, parce qu'il trouvoit, de part et d'autre, des arguments insolubles. Pour revenir au Concile, on m'a dit qu'on en imprimoit r///5/oir^ en Hollande, que les États-Généraux avoienl è.ié sollicités d'en empêcher l'impression, ce qu'ils avoient refusé, et que le libraire même n'avoit point été tenté d'une grosse somme qui lui avoit été offerte pour le supprimer. On dit aussi que l'on fait la Vie de l'évêque condamné; enlin nous allons voir une belle foule d'écrits, sans compter les estampes , car on prétend qu'il y en a une très-insolente qui représente la tenue du Concile.
Je vous ai parlé de la Calotte augmentée, et qui se trouve dans l'édition des Brevrla, sans l'addition. Vous me demandez d'où je saisque V Histoire de la paix deClément /A' est du P. Qnesnel. C'est la Bibliothèque Du Faj/, n* .'J33; mais Martin pourroit bien s'être trompé, en cela comme en bien d'autres choses, et j'ai trouvé que le I*. Quesnel lui-même, dans une lettre à M. de Cambrai, cite [Histoire et la Relation j et dit de la Relation qu'elle est plus étendue, ce qui me fait croire que V Histoire n'est pas de lui. J'ai lu autrefois cette lettre avec grand plaisir; elle est très-humi hante pour le prélat quiétiste, qui n'y a jamais répondu. I>a Relation dsi de M. Varet, grand-vicaire de M. de Loridrin, archevêque de Sens, û ce que dit l'auteur des Hexaples.
Vous avez donc lu \' Avis aux réfufjiés; il n est p(jint de M. Pellisson, et j'aime mieux niioncf-r à la criti(pie sur la conformité des styles, que de le donnera mon ami, qui Va toujours désavoué pendant sa vie, et cjui en parle, dans sa Lettre 103, comnie d'un livre déshonorant pour les réfugiés. Je m'en tiens à ce que m'a dit M. de Basnagc,
LEITRK XVlir. -197
exécuteur du testament de Bayle, le 21 d'octobre 1709, qu'il est persuadé que Bayle nesl point Fauteur de cet ouvrage; quun homme, qui est à Paris, lui avait confié le manuscrit et qu'il Favoit fait imprimer, et que c'est ce détroit oii il s^est trouvé qui embarrasse le procès qu'on lui en a fait en Hollande; ce sont les termes de la lettre que vous devez avoir, et que je répète, afin qu'ils se trouvent en plus d'un autre endroit, pour la justification de mon ami. Dans la dernière édition de ses OEuvres, on y a fourré mal à propos cet Avis : je n'ai pu l'empêcher.
M'"^ de Prie, la veille de sa mort, étant dans une espèce de transport qu'on croyoit faux, a chanté un grand air, avec toute la cadence et la mesure, et d'une voix charmante; elle donne à son fils les deux tiers de son bien, le reste à sa fille.
J'ai fait vos compliments à M. Bouretetàsa famille, et je vous embrasse de tout mon cœur.
Le Roi est tombé de son lit, en rêvant qu'on lui coupoit un liras; il s'est fait mal aux genoux, il a été saigné et garde le lit pour quelques jours.
Lettre XVIIP.
A Paris, ce 19 novembre 1727.
Monsieur de Sacy ne manquera pas de panégyriques, Monsieur, car le Mercure lui en a fait un d'avance tout des plus longs, ce qui embarrassera le successeur. On dit qu'il avoit une politesse soutenue, c'est dire, à ce qu'il me semble, en précieux, qu'il étoit/)réc/et/x; il parolt une Consultation et une Hequète de lui dans l'affaire de M"* Gardel, où il apprend poliment au public comment on peut dire en bon français qu'un homme se retire. En voulant justifier les lettres sur ce qui y est, il donne un e.\euq)le de ce qui n'y est pas. « Ainsi, par exemple, si l'on trouu voit dans les lettres de In 0"*' (iardcl (ju'elle eût eu T. m. 32
498 r.OI\RKSPOM).\N(.(': INKDITR.
« inarijiu' à M. il«^ Iléon (jik'Kjik' iiu|niëtii(lo sur Tétai où « elle se trouvoit depuis (|uel(jut's jours, (jui lui vni « donné sujet de craindre, qu'il n\n\t pas été aussi re- «( tenu et aussi précauliotmé contre les suites de leur « commerce, qu'il le lui auroit fait eapérer, etc. » Que dites-vousdecela? \ a-l-il une obscénité pareille et moins enveloppée et plus hors de saison, dans une affaire qui doitèlre vue à la Cour, el peut-ùtre par la Heine même et enlin par toute la France? Je ne sais comment les Lamberfins ont laissé passer cela, qui certainement fait grand tort à la mémoire du défunt, el j'en suis fâché pour TAcadémie; nous en avons été bien indignés, puis notre indignation s'est tournée en rire, M. Fleuchelol et moi. Ces beaux mots sont répétés et dans la Cotisulldtiony et dans la Requête ; je les avois vus dans la pièce manuscrite, et j'en avois fait rougir la demoiselle, qui devoit les faire <'>ter, mais le Lambertinaye l'a emporté, à la honte des l>onnes m<j*urs et des bienséances, et voilà un homme fjui meurt avec celte belle réputation.
Tout mourant est sujet a faire une sottise.
A propos des Lambertins,]e ne suis point étonné de leur approbation volu[)lueuse, car le S' de Moncrifj grand historien des ChatSj débite une fable de Tillwn et de l'Aurore ^ que l'on lit avec admiration dans ce chaste réduit, et celte fable, long^uement racontée, contient un sens des plus ol>scènes , et .'ippr.nd au monde non pas A se retirer, mais cond)ieN on peut fairi; en ne se relii*ant point; sur (juoi, chacune de l'assemblée compte sur ses doigts : ce n'est ï)as des l^ncor ou du
(!.'ilriil.itfiir (jiir lut I .mii.iiiI, f'roiiilliT t.ill.iit incc.sv.iiiiiiiriil^
c/*la s('ui liup l anlKiuilé; nos modernes veulent du nouveau, rt ce nouveau est abominable; cep(*ndant je vois tout l'aris, et les femmes et l<*s filles, courir après cette
LKTTRE XVIIl*. 499
nouveauté. Pierre Fredon le Monosillal)e et Ovide qui dit : Memini numéros suslinuisse noverriy n'y entendent rien près de ces auteurs de Lambertinage , ou de libertinage. Mais en voilà assez sur ce point, et le tout à votre oreille.
Je ne savois point, et peu de gens le savent, la nouvelle de la consignation à Saint-Étienne du prélat condamné. Le concile de Chesil fait toujours des siennes , il y a des Lanlurelu assez plaisants et moins virulents que les Pèlerins.
Arouet est ici, et l'air sent beaucoup la satire bastillable. On dit que bien des gens se vont joindre à Févèque de Castres, sur le point du Formulaire, et je crois le point non recevable par la bulle Vineam Domini, à laquelle on ne répond pas bien. La réponse aux treize griefs de la lettre circulaire de l'évèque de Senez m'a paru bonne, hors le reproche indirect de fausseté et de commerce avec une religieuse, qui est une mauvaise récrimination. iMais il faut attendre tout deVodium theologicum. Je n'ai point vu Testampe, le Brigandage d Embrun est une explication de cette estampe.
Rigaud a fait un portrait merveilleux de M. Bernard père, c'est un chef-d'œuvre de l'art; le Goustou en a fait un buste de marbre, autre chef-d'œuvre de son art, et le tout bien payé.
On en veut faire graver aussi une estampe, et l'abbé Boulier, pofHe latin, qui a senti de loin la récompense, a fait de son chef deux vers latins pour mettre au-dessous, vers impertinents et que j'aimerois mieux être faits par notre ami ; ces vers ont été rejetés, les voici :
Providus liic iirl)em civis nutrivit epenam Fniriihiis, et pntritTse prol).!! esse palrem.
Cela me tait vous dire que M. Hérault ayant été commis pour juger en dernier ressort le nommé Dubois, trésorier des deniers do police, pour l'achat dos bestiaux atin de procurer l'abondance dans Paris, on vient de décou-
500 CORUFISPONDANCK IM^niTl..
vrir que ce môme Dubois, (jui l'toit aussi irt^orier pour les blés d'aboiulance, en avoit t'ait des sociétés et soussociétés qui avoient fait des procès à rilolel-de-Ville ; sur quoi, on a renvoyé cette affaire de blés i\ la même commission, par arrêt du -2'^ soptenibre dernier. Ce Dubois est en fuite, et a l)ien fait. J'ai cet arrêt d'hier, et je ne sais sur (jui tombera la preuve.
Ou ;i pul>lié une jurande et touchante relation de la chute de la maison du Bon Pasteur par Tinondation de Toulouse; l'orateur chrétien n'y a point oublié le pathétique, et on y peut pleurer sans avoir le don des larmes.
M. le Duc est raccommodé avec le roi d'Espagne; on parle de cela comme d'une affaire d'État et de la plus haute politicpie contre la maison d'Orléans et contre celle qui la gouverne. 11 y a une calotte contre le duc de Nevers, je ne l'ai pas vue ; celle contre l'archevêque d'Embrun est imprimée. Le manifeste du comte de Montcmiicto contre le cardinal Coscia, qu'on a mis dans la Gazelle de Hollande est singulier, et il y a \\ des femmes du haut rang qui nesontpas bien traitées. Bonjour, iMonsieur, je vous embrasse de tout mon cœur. Le monde est toujours le même et sera.
lellrc MX'.
A l'aris, ce 2h noveiiilire t727.
Voici, Monsieur, une nouvelle qui peut aller toute seiile. .M. le Duc est raccommodé avec le roi d'Espagne, et ce raccommod«;ment en a amené un autre avec la (lour. M. le cardinal de Uohan est actuellement à Chantilly pour finir cette affaire, et on ne doute pas cpie dimanche prochain M. le Duc ne se trouve à Versailles, pour saluer le Hoi à son retour; toutes les mesures sont prises pour cela. Ixî Cardinal-.Minislre est aussi raccommodé, et a fait toute celle négociation, dont la maison d'Orléans n'est
LETTRE XIX». 50i
pas trop contente. L'affaire du Luxembourg n'est pas encore finie; il y a eu un ordre à la tante et au neveu de se retirer, mais il y a eu quelque suspension , et ils sont encore là.
J'ai vu le brevet du duc de Ne vers; il est au delà du satirique, et je ne sais comment on n'arrête point ces diffamations. Il s'est passé à Fontainebleau des choses qu'on ne pourroiidire^ tant elles sont vilaines, etilfaudroit avoir l'adresse de V Historien des Chats pour les conter; tant y a que le grand prieur, le duc de la Trémouille et le duc de Luxembourg ont ordre de ne se point montrer à la, Cour, qu'ils ont déshonorée, et on croit môme que le duc de la Trémouille n'entrera point en charge l'année qui vient.
iM. le maréchal de Villeroi est fort mal; il a versé dans son carrosse près de Villeroi, n'ayant point voulu prendre de flambeaux. Le Roi lui a envoyé un gentilhomme ordinaire, à qui il a dit qu'il mourroit content, puisque le Koi s'est souvenu de lui. M. d'Antinest aussi mal, ce qui n'empêchera le voyage de Petit-Bourg.
On ne parle que du concile et de ses suites. Le grandvicaire La Porte a excommunié l'abbé de Falcon et s'est retiré. 11 y a une espèce de testament spirituel de M. de Senez où il proteste de vouloir vivre, mourir et paroitre devant Dieu avec ses sentiments, et désavoue tout ce qu'il pourroit faire au contraire. On dit qu'il va paroitre sept ou huit pièces sur tout cela, et nous en aurons bientôt une bibliothèque.
M. de Montesquieu n'est pas encore nommé. On hii dit : « Si vous avez fait les Lettres Persanes, il y en a une contre le corps de l'Académie et ses membres. Si vous ne les avez pas faites, qu'avez» vous fait? »
M""' deChesnelaye est morte; c'étoit une petite femme, qui en valoit bien une grande. Sa mort a été très-ferme.
603 CORRESPONDAISCK 1M^:I)HE
Lettre AV.
A Paris, or 5 docembrc 1727.
M. le Duc n'est venu à Versailles que le mardi 2 décembre, à neuf heures du soir, et peut-être pour signaler le 2 décembre, (]ui est le jour où il avoit été fait premier ministre , et pour perfectionner quehjue prédiction. Il est venu loger au (irand-Mnîtrc. Le cardinal a été ce jour même une heure avec lui. Le lendemain, mercredi 3 décembre, il est venu au lever du Koi. Il a été introduit par le cardinal dans le cabinet ; il s'est jeté aux pieds du Iloi et lui a voulu baiser la main ; le Koi Ta relevé, cl l'a embrassé ; la conversation a duré un quart d'heure et demi moins une minute, à la montre des < courtisans. Il n'y avoit que le Uoi, le Cardinal et M. le Duc; elle a roulé sur ce que M. le Duc trouvoit le Koi grandi, et le Uoi a dit qu'il ne rétx^)it, et qu'il trouvoit M. le Duc toujours de méine. Le Koi lui demanda s'il étoit devenu médecin, et il lui a dit (pi'il avoit un bon remède pour la fièvre (ju'il avoit f.iit donner à hien des gens depuis peu, et cpi'ils avoienl été guéris. Le Kôi a dit (pi'il falloit donntîr ce remède au public ; le (l.irdiiial a demandé s'il n'étoit point devenu chimiste, et il a répondu (ju'il n'étoit point devenu assez fou pour cela. Il a été beaucoup parlé de chasse et de chiens ; et à la lin, le Cardinal lui a demandé s'il nesouhaitoit point voir la Keine, comme il le lui avoit dit. Il a répondu qu'il auroit cet honneur, si le Koi le [)ermettoit. Il l'a pernns, et sur cela il est i)arti ; mais il a envoyé savoir du Cardinal comment il verroit la Keine, ou on particulier ou eu public: ; on lui a donné la carte blanche, et il la vue en particulier j)endant une demi-heure; on ne s;iit pas ce (jui s'est dit. .M. le Duc a été voir Mesdames et ensuite toute la Cour en visite, M. le duc d'Orléans, qui n'y étoit pas, et tous les Ministres, < l on a été
LErrRt: xx\ 50s
infiniment content de ses politesses. 11 est revenu le soir à l'hôtel de Condé, oîi il y a eu des fusées volantes et beaucoup de joie. Le jeudi ï au matin, il a reçu toute la France qui l'a été voir, a été quatre heures et demie sur ses pieds, à parler, à aller, à reconduire. M. le duc d'Orléans y est venu, qui n'avoit pas l'air très-content et qui y aétépeu. Les maréchaux de France, M. de Villars tout des premiers, y sont venus, ainsi que M. le Premier Président et plusieursde MM. du Parlement, M. le Blanc, qui a été reçu à merveille. M""' la princesse de Conti, la princesse douairière, y a envoyé demander son heure, et il a répondu qu'il iroit chez elle, ce qu'il a fait ; enfin tout ce grand spectacle a fini par le retour à Chantilly, qui est aujourd'hui pour tout le monde, et qui ne sera effectivement que demain. Voilà, Monsieur, tout ce que je sais sur cela, et selon toutes les apparences, le raccommodement est vrai, sauf les rancunes intérieures. On ne parle point ici du mariage avec la princesse allemande.
L'équipée des Carmélites a bien étonné le monde. La reine d'Espagne, en y entrant, rompit son éventail, et dit : « Ma maison est rompue. » Sur quoi bien des dames s'en retournèrent à pied. Nous saurons comment le roi d'Espagne prendra cette fraude politique.
Le duc de Crussol se remit mardi en prison; il n'y a pas un témoin qui parle de lui, pas même par ouï dire. Question de savoir s'il est dans le cas de l'article 6 de l'édit de 1723 de la majorité, qui dit que les prévenus par noloriélé ne pourront être absous qu'après un plus amj)lcmcnt informé pendant un an, pendant lequel ils tiendront prison. Je dis qu'il n y est pas, puiscpi'il n'y a point de notoriété, et que la notoriété, qui est un cri public, doit être prouvée par quelqu'un du publicqui crie, et que l'article ne peut s'entendre d'une notoriété non prouvée, et seulement devancée, et qui est détruite par l'instruction. J'en
(I) Voir, sur Talfaire du duc de Crussol el son dud, Harliicr, I. ll,(;, 2G.
.,04 COKRESPONDAM b INÉDITE.
ai fait un Méuwire qui est secret , mais il ne Ta pas été pour M. Flouchelot, qui m'en a donné son avis.
M""* de L. a donc fait V Éloge du Sacy, elle en est bien lapahle, et cela ressemble fort à rinstructiou pour son jils, qui n'en a i;ii^re. Le successeur n'est pas encore désigné. L'abbé d'Olivet m'est venu voir et se porte bien. Nous avons bien parlé de vous ensemble; il m'a dit que le P. de M. n'avoit point de concurrents jusqu'il présent. Le dilemme seroit difficile à résoudre, mais on y trouvera quebjue réponse fine, dans la dialectique gTammairienne du style nouveau.
Le grand-vicaire de Tévôque de Senez fait des mandements et des instructions pastorales, où il parle de paix, de guerre , de violence , d'injustice , et met en pièces saint Chrysostome; mais je crois (jue cela ne va pas jusqu'à Senez et j'apprends que tout se soumet au Concile. On parle aussi du Concile national, et on nomme déjà Saint-Germain en Laye pour le lieu où il sera tenu. Je crois (pi'un concile universel ne mettroit pas encore les gens d'accord ; car on en reviendroit à dire que l'Kglise, même universelle, n'est pas infaillible sur les faits.
Mes confrères ont fait une longue Com^ullalion y que je n'ai pas encore vue ; on en dit merveille et on m'appelle poltti(iue, parce que jf ne la veux pas signer, rt moi je dis que je suis ignorant dans ces sortes de m.'dières. Je suis bien aise de la nouvelle dignité de M. l'évêque d'Autun , étant ami ancien de Madame sa sœur; il vous n dit bien des nouvelles, mais je ne crois pas celle du P. de la Borde, cnr il n'y a point (VInsIrurlion parliculièn; surle/ormj//a/rp attribué à M de Senez, et la sienne n'en parle cpie dans cinq ou six pages. Je sais l'histoire du commerce avec la religieiise, qui est une folie (pie je vous dirai une autre fois. Vous voilà donc avec la goutte; je vous plains et vous embrasse.
LETTRE XXr. 60j
Lettre XXl\
A Paris, ce t7 décembre 1727.
Votre avis. Monsieur, sur la notoriété est venu assez à temps et avant l'arrêt, qui a été rendu le 15. M. le duc de Crussol a été renvoyé absous. Les conclusions de M. le procureur général étoient à ce qu'avant de faire droit, on se retirerait par devers le Roi, en explication de l'article 6 de redit de 1723. Mais ces conclusions n'ont pas été suivies, et on a jugé que l'innocence étoit prouvée par la notoriété non prouvée, et la notoriété est même détruite. Mon Mémoire n'a point été imprimé, mais je vous en ferai donner une copie, et je crois que vous serez content du fond et du style.
M. le P. de Montesquieu a remercié l'Académie, le jour même qu'elle étoit assemblée pour l'élire. C'est M. le maréchal d'Estrées qui a apporté le remerciement. Je sais certainement qu'il a été tracassé pour \qs Lettres Persanes , que le Cardinal a dit qu'il y avoit dans ce livre des satires contre le gouvernement passé et la Régence , que cela marquoit un cœur et un esprit de révolte, qu'il y avoit aussi de certaines libertés contre la religion et les mœurs et qu'il fallait désavouer ce livre. Le pauvre père n'a pu désavouer ses enfants, quoique anonymes; ils lui tendoient leurs petits bras persans, et il leur a sacrifié l'Académie. Il faut donc chercher un autre sujet académique; on parle de Tabbé de Rotheliu, et peut-être de M. le Garde des sceaux. Dans l'oisiveté de l'élection manquée, on voulut faire un règlement pour les sermons du jour de Saint-Louis, et pour les joindre nu Recueil de l'Académie; il y eut du pour et du contre, et on ne régla rien.
Le livre de M. de Ramsay des Voyages de Cyrus fait grand bruit et n'en devroit point tant faire; je ra[)pelle un Télémafjue retourné; il dit qu'il écrira en historien, et
606 rO!\l\tSPONDAM:K IM DITK
la moitir du livre est plus i|iie poétique ; en d autres endroits, il resserre les paroles et non les ehoses, il mène Cyrus en Perse , en Kiiypte , en Grèce , dans la Judée , et fait si i)ien ou si mal (|u'il fait ressembler toutes les religions, et fait [)arler Daniel comme Solon ; cela est trop peu pour les siivants et trop pour les ignoranls. Ce n'est proprement cprune table ou titre de matières. Il parle en i»ref du mal physitjue et du mal moral, et ce Monsieur, cjui sait tout, dit que Bayle ne sait rien, et se contenloit d'effleurer les matières les plus graves ; qu'on ne le peut justifier d'avoir trop écouté l'obscurité désolante du pyrrhonisme, qu'il semble être toujours en garde contre les idées satisfaisantes sur la religion ; qu'il montre avec art et subtilité tous les cotés obscurs d'une cjuestion, mais quil en piésente rarement le point hunineux d'où sort l'évidence. Or vous remanpierez, Monsieur, quejustemenl hur la matière qui a fait parler l'auteur, bayle a fait d«' longues et amples dissertations et des justilications élotjuenlcs, et en a écrit assez pour engager Leibnitz à composer sa Tliéodicée conive ses sentiments; n'est-il donc pas bien sensé de dire qu'il ne faisoit (juVllleurer les matières les plus graves? c'est bien ce M. de Kamsay (pii n'est qu'un efjleurenry pui^fpio son livre est si court, et il se trompe aussi sur Ir pyrrlionismc, diMit Bayle s'est bien justifié, dans ses DisserlalionSy (jue liamsay n'a jjimais lues, puisqu'il ne sait pas que Bayle revient toujours se mettre sous le manteau de la religion, (jui (;sl un point assezlumineux. Je crois, entre nous, qu'à la fin le voyageur pourroit bien voyager à la Bastille, et, en pays d'iinjuisifion, il pourrait aller plus loin. L'article de J^oroas/rr* de Bayle vaut mieux que tout son livre, et dix lignes de TrAhnaque valent mieux (pie toutes ses descriptions aflVclées, esfpiisséeset déplacées dans un tel ouvrage. Il n'y a cjuà voir avec quelle précaution et (pulle admiration Leibnitz parle, danssa l/uofJicée, du Diclionnaireihi Biiyle au sujet de ces même» matières, et comme il corrige ce
qu'il est forcé de dire contre lui. Pour connoitre que M. de Ranisay ne sait ce qu'il dit, Leihiiilz dit que Bayle veut faire taire la raison après Tavoir irop fait parler, et qu'il appelle cela le triomphe de la Foi, et Kamsay dit qu'il ne fait qu'effleurer et qu'il nous laisse dans Tobscuritc désolante du pyrrhonisme et nous ôteles idées salisfaisanles sur la religion. Or, à qui croirons-nous, ou à l'auleur allemand qui n'étoit qu'un petit garçon, ou à l'auteur ///bernais-Français, qui a vu tous les pays, toutes les doctrines, toutes les mœurs, et qui a parlé à tous les philosophes de tous les temps? Je vous laisse à décider, Monsieur, ce problème philosophique. J'oubliois de vous dire que notre Varron cite un grand passage de la Consolalion comme de Cicéron , et comme il n'aime pas l'obscurité désolante du pyrrhonisme, il ne s'avise pas de douter que ce traité ne soit pas de lui, quoique Godefroi dise : Omnino hune lihrum Ciceronis non esse existimoy que Fabricius dise: ticeronem nunrjuam auctorem aynoscit, que les écoliers sachent bien à quoi s'en tenir sur cela, et que ce Cicéron-là s'est fait chez Vianelle ou Sigonius; mais en voilà assez et trop contre notre pérégrinaleiir. '
M. le Duc est retourné à Chantilly. 11 :y a en général un mariage, mais non pas encore désigné, et ce secret-là sera bientôt révélé à quelqu'un qui me le dira de bonne heure.
Je devrois commencer par vous dire la grande nouvelle venue d'Espagne. Le roi d'Espagne accorde tous les préliminaires, il rend le Frédéric j on lui rend ses galères, il distribue la flottille aux intéressés, enfin la paix arrive et M. de Rotliembourg l'a tirée d'un abîme politi(pie où elle étoit. La jeune Heine est toujours aux Carmélites, je ne sais qui l'en tirera. Je n'ai pas encore vu ce petit mariage des deux ouvrages de M""' de Lambert. La Consulfalion nouvelle s'efforce de paroltre. MM. Tartarin, (iuyot du Chêne et Chevalier n'ont pas voulu la signer en signant l'autre. Je, ne crois pas que V fnslruclion pastorale soit du P de la Borde, puisque le prélat est condamné après l'a-
LOè (.OHHI-:SPONDAN(.E INF.DITF,
voir reconnue ùtre tle lui : cela exclut tout désaveu. Je ne comprends rien ii M. de Langres, mais il en est bien capable. Valeatque iterum vale.
LfUrc \XI1\
22 décembre «727.
La notoriélé n'a pas été tout d'une voix, douze contre dix, mais le prisonnier est dehors.
On m'a assuré que le président de Montesquieu est rentré à TAcadémie, je ne sais par quelle porte.
L'affaire de Bouret va se juger, sa Requête est imprimée, je vous en enverrai une avec le Mémoire de M. de Oussol. Je suis pressé et n'ai à vous dire, Monsieur, que ce mot, en vous souhaitant par avance une bonne année.
retire VA///.
A Paris, ce 2.T décembre 1727,
}*' ne sais pas encore la porte par où M. le président de Montesquieu est rentré, mais il est rentré. Auroit-il désavoué ses enfants, et ma lii^ure des petits bras persans ne seroit-flle qu'une figure? Que ne feroit-on point pour <>lre d'un corps dont vous êtes?
1^ nouvelle d'Espagne, qui a été tenue assez secrète lM'ndantquel(|ues jours, est bien confirmée par le courrier «pii est arrivé à La Haye, le 16 de ce mois, et qui a été mise dans la (iazetle de HoUandc, à l'article de La Ildi/e. Nous allons voir rouler l'argent de lalloltillecpii étoit devenu rare. Il y a, dans celte HazeUe, une lettre du Pa[)e k M. larchevècjue d'Embrun, où il exalte fort le dernier roncile, et invite les autres métropolitains à en faire autant; c^îtle lettre a été pul)liée pour répondre à un Mémoire des Anti-Constitutionnaires donné d Komc, où ils
LETTRE XXIIF. 609
soutiennent que les évêques ne peuvent être jugés que par le Pape. Ainsi, on a des dogmes de rechange selon les occasions; la Consultation ne parolt pas encore; on dit qu'on l'imprime à Paris dans une cave, malgré la vigilance de la police, et qu'elle paroitra, au premier jour de l'an, pour les étrennes de 17*28. M. de Senez a écrit une lettre au doyen des Avocats et lui a fait présent d'une édition des Conciles, où certainement celui d'Embrun ne sera pas.
Le livre de Ramsay m'a fait relire les articles de Bayle, des ManichéenSy Marcionites, DauUciens, Zoroaslre etVÈclaircissemenl sur les Manichéens qui est à la fin du livre, et j'ai trouvé là que notre censeur, qui n'a point lu ces articles selon toutes les apparences, est un mauvais critique, et qu'il a mal dit que Bayle nous laisse dans l'obs* curité désolante du pyrrhonisme, puisqu'il nous laisse avec la révélation. Voyez, je vous prie, la conséquence qu'on pourroit tirer de là contre cet auteur, qui a cru pouvoir manier des matières bien supérieures à sa petite capacité ; j'aime bien la production des pièces dans l'article des Marcionites, et le pauvre Jurieu, qui est défendeur dans le procès, y est en mauvaise posture.
On voit un plaisant Almanacli du Parnasse pour 1728; il y a, à la tète, une figure d'Apollon avec les Muses, qui présentent à trois degrés différents Rousseau, Voltaire, Crébillon avec Racine le jeune; puis' on voit en bas le liourbierdu Parnasse, d'où on retire, ou bien on y va jeter, les tragédies et comédies nouvelles, les opéras, odes, cantates, églogues, noelssur les airs du Pont-Neuf, etc. Vous connoissez bien ces auteurs; sur le l)ourbier, on y voit la figure d'un abbé qui caresse une fille et un homme en épée et en bourse; ce sont les deux frères Pellegrins. La police a interditcette estampe, eton vend l'almanach, dont le Catalogue alphabétique contient cent noms et cent ouvrages qu'on ne connolt point, jusqu'à la Moravie, petite brochure, et aux autres ouvrages restés manuscrits. Le
510 CORRESPONDAKCK INKDITR.
Hajeunisiiement i/ju///t', qui est la fable deïiton, y est parmi les ouvrairos do Monorif , où ou n'a pas oublié les Citais^ clou y trouve uue pit'oo do Dominniue yn\ce vu province el qui a pour titre : La yotv à M ml a me ; ce catalogue aura sa place parmi les bibliographes, et est un nouveau la Croix du Maine.
Aujourd hui, à la séance dans les prisons, un prisonnier a pris robe, perruque et rabat, et sest mêlé parmi les avocats sortants ; mais il a été reconnu, sur le pas de la porte de la Conciergerie, et le pauvre jurisconsulte sans licence a été réintégré dans la prison : on l'appelle M. de Mainville. Je ne sais si c'est pour cause civile ou criminelle qu il est détenu; le tour n'étoit pas mauvais, s'il avoit réussi. Le jour du jugement de M. de Crussol, une femme qui cherchoit à gagner quelque pistole, vintà la porte de la Tournelle, où il y avoit deux cents laquais; elle dit qu'<dle vouloit entrer, (ju'elle savoit tout, (ju'elle vouloit tout dire; les laquais rentourérent et lui dirent qu'ils l:i feroicnt entrer quand on ouvriroit la porte; on Touvril, mais 1 affaire étoit jugée et cette malheureuse disparut.
Le lieutenant général d'Étampes a fait un Mémoire définitif dans son affaire, et ce M. deGond)erville a là bien d'autres intrigues à démêler que celles de Polixandre. Vous savez ({u'il est lils du lioudierville l'Académicien. M. l'abbé d'Olivet aura belle matière à écrire, s'il parle des enfants comme des pères.
Le Pape a fait cinq cardinaux ; il n'y en a point pour la France, parce c|ue .M, le cardinal de Fleury a rem[)li par avance la nomination.
On voit deux censures nous elles contre le pauvre I*. (^ourraver. C'est velltre harham inortuo leoni. M. Tarf hcNèque de Candjray a pris occasion de dire (jue les novaleui-s tiennent loujoursà Calvin ; son mandement est court, celui dellwiuvaisest plus long. Jedirois volontiers : uon bit in idi^m, mais chacun veut donner son coup et .se
signaler contre ce religieux qui, je crois, a dit plus qu'il ne pensoit.
Bonjour, Monsieur, je n'ai pas voulu manquer mon compliment; voilà la Chambre des comptes l)ien éloignée de compte; je crois votre goutte finie, et c'est encore un autre compliment que je vous fais avec le bonjour et bon an.
Lettre XXIV.
A Paris, ce 29 décembre 4727.
Vous me comblez, Monsieur, de toutes sortes d'honnêtetés, et je ne sais quelles grâces vous en renrlxe. Vous me mettez sur les rangs à l'Académie, vous me donnez votre voix, vous écrivez pour moi, il ne tient pas à vous que je ne sois votre confrère. J'accepte, Monsieur, cette nomination, qui me vaut une élection dans les formes, et comme la plus grande joie que j'aurois seroit d'être d'un corps dont vous êtes, j'en suis dès que vous m'avez nommé, et cet in petto me plaît plus que la chose môme. Je sais que votre amitié pour moi, qui couvre mes défauts, vou- (Iroit me voir en place; mfiis j'ai appris de M. Palru ( Lettre à M. Clievrier ) que quand le public nous examine lui-même, quand il nous voit de ses propres yeux, Tamilié ne le corrompt point, il en juge sans miséricorde, et quehjuefois même cruellement; or je crains cette cruauté, et je me liens à votre clémence, que je ne trouverois point ailleurs. Voilà, Monsieur, mes dispositions sur ce point. Vos lettres ne manqueront pas de faire du bruit ; mon nom sera mêlé avec le vôtre, on dira que vous m'avez jugé digue d'être un jour académicien; n'en est-co pas plus cent fois que je mérite? Du reste, je ne sais point encore comment les portes fermées se sont rouvertes; on aura peut-être abjuré les Lettres, après les avoir avouées, sauf à abjurer l'abjuration entre nmis, et ('ombi<Mi de
512 COHUISPONDA.NCK I.NKDirK.
peines cela n'aura t-il point données. Je nie souviens d'avoir lu dans V lliatoire de l' Académie de M. IVllisson, que M. du CliAtelet [\\m\ \h\\ lui l)ien lourinenlé par un écrit qu'il nia, qu'il avoua et cpii étoit bien de lui. Le jui^ement que vous faites de Kainsay sur mon rapport m'a bien fait rire : je le vois avec les habits brodés de son maitrc, qui ne vont point ni à sa taille ni à son air, et il n'y a rien de si vrai que ce que vous dites de Baylc, qui enfouçoit au lieu iVeflhurer certaine matière. Enfin, le pauvre Cyru^ a tant couru (|u'il est las; mais le public n'en a point }>itié et le laisse coucher dehors, avec ses instructions et ses religions, que personne n'écoute ni n'entend.
LesAnglois, toujours anglois, ont accroché la paix; nous ne la tenons pas encore, et le mal que j'y vois, c'est qu'il faudra nous battre avec eux et non pas nous battre contre euXjSi la guerre vient. La nouvelle des ports de lettres n'est pas vraie ; on a seulement fait un règlement pour diminuer les franchises et les exemptions qui étoient tombées dans un grand abus, et il y a un arrêt du Conseil sur cela.
N'ayez point regret à l'estampe de VAlmanach du Ihirnas$e\ on la vend en secret et vous l'aurez; il y a là de mes confrères in-petlo en très-mauvaise posture. Le Catalogue vous fera rire, et autrefois Despréaux, dans une lettre à .M. Arnaud, le fit bien rire en lui donnant la liste des (fKuires de Perrault où étoient : La Femme au nez de boudin j V Amant Godenoty etc.
M. l'abbé de Vertot m'a envoyé la 3*' édition des Révolutions de la tU'puhlique romaine. Je l'ai été voir; il est apoplectique, sourd et travaille toujours; il fait un Mémoire pour le prince de liirkenfeld, contre le prince de .Salzbak. 11 entend très-bien ces matières germani(iues. J'ai le commencement de ce Mémoire manuscrit, où il n'y a encore (jue la (jénéalofjic.
L'édition de la ( alutlc de HAle n'est pas la bonne; il y en a une Irè.s-jolie en petits caractères, et, bien loin d'éloiles, il y a des notes plus fortes que l'ouvrage; quand
LETTRK XX1V«. ÔI3
VOUS voudrez m'invoquer, le trépied est tout prêt, et je ne répondrai point en oracle.
La Consultation ne paroit point encore; on dit comme certain le concile de Narbonne, et cependant M. de Montpellier est très-malade.
Un page a composé une Relation du voyage de la reine depuis Weissembourg jusquà Fontainebleau; il y a mêlé des aventures sous des noms empruntés, mais les portraits sont faciles à reconnoilre, et plusieurs dames de la Cour ont leur fait. M. HérauK, à qui le manuscrit a été remis, a mis au bas : On pardonne les tours de page, mais on ne permet pas de les imprimer.
Je reçois, Monsieur, avec une reconnoissance infinie le compliment que vous me faites sur la nouvelle année. La continuation de votre amitié, si tendre et si flatteuse pour moi, sera toute ma satisfaction, et avec cela, je crois que je ne puis point veillir. Je vous embrasse et vous aime de tout mon cœur.
Lettre r\
A Paris, ce 21 Janrier 1728.
Sous son Homère et son livre de Fables
Bagage lourd, Houdard a succombé.
A l'aide ! à moi ! crioit le pauvre diable. ...
Ce sont des vers d'une allégorie faite par Roy, qui s'en annonce l'auteur. Il compare TAcadémie à un Coche dont Monius a pris le bail ; Momus mène le coche comme un fou, il verse, et on ramasse le corbillard et le panier; il y a des portraits très-satiriques, et trop satiriques On y parle d'un habit de vieux velours tanné donné par une sybille au vieux syndic des bourgeois de Cythère, et cette sybille estM°' de Tencin, et non la marquise, comme on l'a marqué à la marge. M. Fleuttelot doit vous envoyer cette pièce, qui pourroit bien faire remettre l'auteur à la Bastille, où il a déjà été ; il est enragé de ce que le public n'a pas goûté ses Poésies, et dans cette rage il mord tout ce qu'il rencontre ; je crois que si l'abbé Alari vouloit prendre la chose au criminel, Roy pourroit bien monter une autre voiture qu'un coche.
M. Fleuttelot s'est encore chargé de ma Requête pour Bouret et du Mémoire pour M. le duc de Crussol, avec des autorités que j'y ai ajoutées et que vous trouverez curieuses. Il y a des conclusions dans l'affaire de Bouret, on ne les sait point. Hallée, du Trésor Royal, persiste toujours j\ dire qu'il ne veut point du récépissé de cinq millions, et qu'il le donne au F\oi ; il a donné une requête, où il en demande acte, et voilà une belle restitution. Mais les
516 CORRKSPONDANCK INl^niTK.
héritiers Le Klanc la décrient et disent (juVlle est faite de leur bien. Barème a fait nn Mémoire où il i)arle du style indien ; il dit que tous les cœurs innocents sont ses débiteurs, et c'est une chose originale. Du Verney a fait faire aussi un Mémoire par M. Cochin, (jui y a mis toute son éloquence. .Mais je ne voudr()is])as (}u'il eiU dit (jue, dans les révolutions publiques, il ne faut pas s'en prendre toujours au.\ ministres. Ce foi/jours est terriblement signiiicatif dans la bouche de Du Verney. J'ai fait une Réponse i\ Barème, qu'on imprime et que vous aurez. Voilà l'état de cette affaire ; ce sera viande de carême.
Il y a ou une lettre de cachet contre l'abbé Gastaud, avocat du parlement d'Aix. 11 faut qu'il ait fait plus que l'avocat; cependant ses confrères le réclament comme avocat, et ont écrit deux lettres, l'une au cardinal-ministre, l'autre à M. le Chancelier, où ils soutiennent courageusement la liberté de la profession. Ils parlent des Consultations données à l'occasion des conciles de Bàle et de Constance, et du concile de Trente. Je connais bien celle de Dumoulin sur ce dernier concile, je ne connois point les autres; on rapporte dans ses lettres le fait de M. Marion sous Henri III. 11 est au long dans le Journal cF Henri ///, au mardi 1" août 1581 . (Et, à propos de cela, quand verrons-nous la suite de ce Journal P) Ils auroient pu parler du fait qui arriva en 1G03, doiitLoysel a conservé les pièces, et qui donna lieu au Dialoyue des avocats. Pour Tabbé Castaud, vous savez bien qu'il a écrit dans sa jeunesse VOraison funèbre de J/""" Tiquet, qui fut criticjuée par le P. Chau.ssemer; l'abbé y répondit, le moine réplicjua, cela fait un petit volume ;'il en est [larlé dans les Lettres de Bayle ou dans les iS'otes de la lettre 177, page 675, et d'un livre d'homélies de rabbé* rpii lut supprimé pour quiélismc, à ce que dit .Marchand. J'ai aussi trouvé cet abbé en bon lieu comme avocat; le -22 mai 171G, Je parlement d'Aix rendit un arrêt célèbre contre un mandement de M. de Toulon, auquel arrêt est inséré le
plaidoyer de M. de Gaufridy, avocat-général, qui fit un grand éloge de la Faculté de théologie de Paris. Sur cela la Faculté écrivit trois lettres, V^ au premier Président, 2* à Tavocat général, 3* à tout le Parlement, ou plutôt ;\ la Grand'Chambre. M. Gastaud fut chargé de cette dernière lettre; il la fit présenter par le greffier le 30 juin 1716 ; elle fui ouverte ; il fut arrêté qu'elle seroit enregistrée et gardée dans les archives de la Cour. Il y vint, il fut introduit dans la Grand'Chamhre. Le P. de MaUverny lui dit : (( Gastaud, la Cour a reçu avec plaisir la lettre que la Faculté de Théologie lui a écrite; elle vous ordonne de l'assurer de sa part que, dans toutes les occasions, elle lui donnera des marques de l'estime et de la considération que mérite un corps aussi célèbre que celui-là, et lui fera tous les plaisirs qui dépendront d'elle en justice.»
Gastaud fit sur-le-champ une assez longue réponse au Parlement, et écrivit, par son ordre, une lettre à la Faculté de Théologie de Paris.
Toutes ces pièces se trouvent dans un Recueil intitulé : Le témoignage de ï Université de Paris au sujet de la Constitution^ //1-12, 1716, sans nom d'auteur ni d'imprimeur; il y a plusieurs pièces curieuses dans ce Recueil.
On ne voit point encore la Consultation sur le concile d' Embrun, il y en a eu des exemplaires saisis à Chartres, où on l'imprimoit, à ce que Ton dit. On parle toujours du concile de Xarbonne et du National qui doit suivre.
J'ai lu depuis peu ï Éloge du Czar, par iM. de Fontenelle; le commencement est une cruelle satire de la Moscovie et la nation y est terriblement abaissée, pour relever l'empereur, qui y est bien lavé. H y a un beau trait sur le roi de Suède Charles Ml. u C'étoit Alexandre, s'il eût eu des vices et plus de fortune. »
Je viens de lire Y Éloge de M. Nexcton, qui est merveil leux, et qui ne pouvoit être fait que par un aussi grand mathémalicien que M. de Fontenelle, qui a su donner une idée nette d'une matière aussi inconnue. Le parallèle de
ji8 CORRKSPONDANCR INÉDITE.
Descaries et de M. Newton est de main de maître. J'admire et je n'aime pas trop qu'il dise que les affaires politiques consistent en des calcula fuis: cela nous rami>ne le malheureux Système ; et il auroit pu se passer de dire aussi, sur la mort de M. Newton, « (jue les facultés de son àrae étoient sujettes à s'éteindre totalcmenty plutùt (jue de s' affoiMir » ; cette extinction totale ne veut rien dire de bon, il laisse entrevoir du mortel, et on lui dira :
* Toujours souvient à Kobin de ses fliUes.
Il faut bien un petit mot de mon ami La Fontaine, pour linir et pour vous embrasser.
Je viens d'apprendre que M. l'abbé de Vertot est tombé en apoplexie; c'est la deuxième fois.
fMlre II\
■ A Pari», rc 8 février 172*.
On voit enfin laConsullalion si vantée; elle a 50 pnges d'im[)ression et est signée de 30 avocats, tant grands (pie petits ; elle est écrite du même style que l'autre, c'est-j\direen genre démonstratif et de déclamation. On s'y étend beaucoup sur le chapitre de la confidence (pii a Ibndé la récusation du {'résident du concile. Les avocats qui ont plaidé pour ou contre ont signé cet avis, et je trouve qu'ils ont tous tort, les uns étant engagés par leur témoignage, et les autres ayant, en (piehpie sorte, prévariqué contre leur [)arlie : et parlant de récusation, ils n'ont pas songé qu'ils étoient récusables. On prétend que les juges ne pouvoient eux-:nèmes juger leur récusation et (jue le jugement est nul d'ailleurs , parce (pi'il n'y avoil pas encore douze évéques assemblés. Il y a une grande ana- Jjr»c de la déclaration de 1720, mais cpjand on met la déclaration auprès, on trouve cette analyse fausse, captieuse, et même tronquée dan» les termes de Tenregis- Iremenl, car on nV parle point de ces mots : Pntir élre la
cessation de toutes 'poursuites, sur les appels interjetés, observée inviolahlementy et ces mots sont décisifs contre les appels et leurs suites. Comme on n'a pas voulu s'expliquer contre l'autorité du Roi et du Parlement, on a voulu les attirer à soi, mais cela n'y vient point du tout, et je suis étonné qu'on en ait usé ainsi puisqu'il n'y a qu'à lire. Je ne vous parle point de V Histoire du Formulaire, qui est longue, et à qui on veut donner de la connexité avec la Constitution, pour l'envelopper dans l'appel au Concile, mais cette liaison ne tient pas à un fil, et la compétence du Concile, sur ce point, n'est guère disputable, et l'appel au Concile général paroit caduc en ce point, puisque l'on soutient que le Concile œcuménique ne peut connaître des faits et qu'il s'agit du fait dans la position du Formulaire. A l'égard de l'ordination de cet ouvrage, elle est encore en trois parties : l"Za forme du jugement, 2^ La compétence du tribunal, 3^ Le corps du délit : et dans l'exécution ces trois parties rentrent l'une dans l'autre ; on ne sait plus où on en est, et il me paroit que cette pièce si attendue ne fait pas honneur à notre corps. J'ai jeté sur le papier quelques observations, que je pourrois vous montrer si vous étiez ici, mais je vous en ai dit assez et peut-être trop, et je ne veux pas m' attirer mes anciens et tout ce qu'il y a de merveilleux au Palais, qui a signé peut-être avec trop de complaisance, cette grande Consultation, o\\ on a fait aussi entrer du dogme, quin'yavoit pas trop à faire. On dit pour excuse : Omnis homo miles, et moi je dis que c'est ce qui fait les mauvais soldats, quand tout le monde s'en mêle. Je vous écris tout ceci sous le secret, je vous en prie; on dit que le P. Poisson a fait une réponse, et je la tiens dès à présent mauvaise; mais il a été arrêté au Conseil qu'on ne répondroit rien, pour ne se point attirer de répliques. Il y aura pourtant des réponses anonymes; et comment les empêclieroit-on? Je n'ai point encore vu la chanson sur l'air de Joconde, mais bien celle de Jean de Werth,
620 CORI\r.SPONDANCE INÉDITE.
^" 11 parolt une ode assez poétique qu'on attribue i\ Voltaire, mais elle n'est pas de lui, et je ne crois pas que dansTélat patient où il est, il voulût attaquer la société et le ministre ; il nous en mancpie quelques vers ; vous l'aurez quand elle sera compK'te. On avoit dit l'auteur du Coche enfermé et il le méritoit bien ; cela ne s'est pas trouvé vrai ; l'abbé Alary est bien tranquille.
Le Président de Montesquieu donne sa harangue à part, ne l'ayant pas voulu joindre avec cette lettre de M. Mallet qui est une satire. Je n'ai encore vu ni l'un ni l'autre; toutes ces tracasseries me dégoûtent.
Le P. Courayer est passé en Angleterre avec protestation qu'il conserveroit toujours sa religion, mais qu'il écnroit pour soutenir ses sentiments et ses livres. Qui amat pcricuîiun peribit illo.
L'abbé d'Asfeld est de retour, et a voulu avoir une lettre de cachet pour son rappel ; il est auprès de son frère, qui vient de perdre sa femme. Je ne crois pas qu'il fasse davantage d'homélies à Saint-Uoch. Le P. Surian y prêche le carême, et a commencé, le jour de la Vierge, à prêcher contre l'ambition ; ses ennemis disent qu'il n'a pas prêché d'oxemple. Le P. Maure est mort; il avoit assez bien commencé une carrière d'élocjuence; mais le P. Massillon vint se mettre dans son chemin et l'arrêta tout court, et on reconnut que ce n'étoit qu'un déclamateur.
On a imi)rimé la grande lettre élocjucnte de M. deSenez aux avocats, «-t une lettre tendre et bien tournée à ses religieuses de Castellane ; il leur dit, sur le grand-vicaire qu'on leur a envoyé : Priez Dieu pour lui ^ mais yardez-vous de lui . Vous savez sans doute les nouveaux cordons bleus du Roi et de la Reine ; j'en suis charmé pour M. de Nangis, frère de M"" de Tonnerre, car j'aime tout X fait cette famille. M. de Duras et M. de Tingri sont très-fAchés, et encore plus M. d'Avarcy, qui a une lielle lettre du Roi où le cordon bleu lui est promis, et cependant il a été oublié dans les deux promotions.
Vousa-t-on envoyé la Ca/o/fe contre le Chàtelet? le portrait de la Papesse, c'est le lieutenant-civil. Je suis plus confirmé que jamais dans le dessein de demeurer académicien in petto, c'est-à-dire dans votre cœur. Je suis bien obligé à M. de Valincourt d'avoir dit du bien de moi ; c'est à vous, Monsieur, à qui je le dois, et il n'a pu croire qu'un homme que vous estimiez n'eût quelque mérite.
Je n'ai point lu le livre de VArl d'aimer métaphysiquement. Je crois que c'est seulement le titre que l'on a donné malicieusement au dernier ouvrage de la Marquise, oii elle a pris le parti des femmes et a prêché l'amour platonique; c'est un petit livret qui esl devenu très- rare et qu'elle a retiré des mains du libraire. M. Fieuttelot l'a lu, et vous en parlera mieux que moi.
Enfin l'affaire dÉtampes a été jugée samedi. La Grand' Chambre assemblée a été en place depuis sept heures du matin jusqu'^ trois heures de l'après-midi : à l'égard du lieutenant général, hors de cour sur la prise à partie; et sur l'accusation, dépens compensés. Le greffier ( que j'ai défendu ) est déchargé de l'accusation et de la prise à partie, avec 2,000 fr. de dommages et intérêts et les dépens. Ils sont tous deux renvoyés aux fonctions de leurs charges. Voilà le descendant de Gomberville tiré d'affaire. Il a été sur la sellette deux heures et demie, et a très-bien répondu; il n'est point criminel puisqu'il n'est point condamné; mais n'ayant point de dommages et intérêts, il fauttju'il ait fait (]uel({uc faute qu'on ne sait pas, et j'ai vu dans le procès qu'il étoit très-violent pour un juge. Les conclusions étoicnt à le blâmer et à admonester le greflier : nascilur ridiculus mws, et les parties secrètes sont bien camuses. J'aurai soin de vous faire envoyer le Mémoire du L. G. qu'il vous a promis; il est sorti sur le champ, par le grand escalier du Palais, et je ne le retrouverai plus à la Conciergerie. On met d'aujourd'hui en huit jours sur le même bureau l'affaire de Bourel rt Barème.
.22 (;okki:si>o.\dam:i. lnedur.
Jf ne savois pas la mort de M. de Lauritu'e ;c'ctoit un grand jurisconsulte iVanrois, et outre les livres dont vous parlez, il a fait des Additions à r Indice de Kagueau «pii sont tr^s- curieuses; il eultivoit ces antiquités avec beaucoup d*a[)plication,ely a bien réussi. Je ne vois personne qui le puisse ninpUuer. Je n'en ferois pas à deu\ l'ois à votre place; j'enverrois à Barillot, à Genève, votre fragment du Journal d Henri III y et attraperois le Foppens, qui trompe si vilainement le public.
Lettre IIP.
A Paris, ce 7 mars 172?.
Il y a longtemps, Monsieur, que je n'ai eu Thonneur de vous écrire, mais je suis accablé de tous côtés. Le Palais est bien affligé de la mort de l'abbé Maiiiguy, qui s'est trouvé mal au proc«''s de Bouret, et le mal ne lui a guère duré. C'étoit un homme qui avoit de grandes qualités, une pénétration sublime et supérieure, une facilité de penser et de parler merveilleuse; mais je n'aimois point sii manière d'écrire, qui étoit trop pleine d'es[)rit, lro[> diffuse, et qui senfoit un [)eu la déclamation. On lui reprocha, en 1720, qu'il n'avoit [)asété tropfidèleau Parlenjent, et qu'il avoit négocié l'accommodemertt du corps de doctrine; on en fit même une chanson (jui ne lui feroil pas une belle épitapbe, mais, au sur[)lus, c'étoit un grand juge, et il est diflicile de le remplacer.
La (onsnltnlion des avocats est toujours sans réponse. On prétend (jue lesévèquesla vont censurer; c'est une nouvelle (pie j'ai ap[)rise dans une gazett^î Irès-curieusc, (|iii se débitr* ici (furtivement /, et (pii a pour litre : IS'ouvellea ecclésiastiques : 'i il y en a déjà deux; c'est une feuille
(t) Voir, lur ce »ingulifr et liauJi joiiinal, durit la Iung<>vit4.' (;uKiici>ai«f(; k^ »i«la, (le i7?8 .1 IT'.i3 .1 toute* l*-^ |>"iir»iiito ou .i luiitc» le» cuiitiadidiuiio, le
LETTRK III'. 523
in-V% imprimée d'un caractère fort menu. Je vous l'enverrois s'il n'y avoit pas de danger, et vous seriez bien aise de voir tant de faits rassem])lés par un homme qui a certainement de l'esprit et du malin. La première est du 23 février, lacleuxièîiie du 28. J'ai appris la mort du frère Chanterlin^ chartreux, qui, en mourant, a appelé, adhéré, opposé et approuvé la conduite des Pères fugitifs; l'acceptation de M. de Saint-Malo, depuis qu'il a gagné un procès au Conseil contre son chapitre -, la rejection du dernier bref du Pape, approbatif du Concile, parce qu'il menace les évèques désobéissants de les punir, le renvoi de ce bref cà Rome, d'où il ne reviendra peut-être pas; la relation du cardinal de Polia'uac sur sa conduite à Rome, au sujet du cardinal de Noailles; le Mémoire des jésuites au roi d'Espagne contre la bulle Prcliosus , et contre le § il, qui est contraire à la Constitution ; la promotion de M. Fini au cardinalat pour avoir [dit le Gazelier) fait une fausse addition au concile de Rome ; le décret du 7 février, par lequel le recteur magnifique de Louvain a interdit le fameux Van-Espen, ce grand canoniste, et a finictionibus acatlemicis, dont ayant appelé ; les lettres que le cardinal-ministre a écrites à M. de Pamiers, aux prières du(|uel il se recommande, et à M. de Castres, dont il demande l'amitié, à ce que dit encore le beau gazetier ; les tentatives de l'évècjue de Boulogne pour détruire la maison de l'Oratoire de cette ville; le mot plaisant des évèques constitutionnjiires, qui disent que M. d'Eml^run devroit prier le Roi de nommer des commissaires qui revissent de nouveau l'affaire du [)rieuré de Merlon, pour le laver de l'accusation de confidence; le livre de V Histoire de saint Joseph ^ selon les divers sens que les Pères y ont
Journal de lînrbier ( /'evrirr, novembre 1731 — arril 173.> — mai 1733), el le cliapilre tles Journaux clnndfsfins, <bns le lome III 'le V Histoire de la Presse, de M. K. Ilaliii (i33-i»r)). On y tronv«ra le «lëtail biblK»Rrapliique et Ijlloraire. Marais, rféi l'apparition, nous donne, au jour le jour, le détail anecdoliqne, si précieux pour l'historien.
524 CORRKSrO.NDA.NCK I.NKDITR.
aperçu, où il y a des ressources pour les temps d'affliction; le procès-verbal d'un miracle arrivé à Ttrecht, sur une personne [iwtu une tille^ (jui a proplnHisé qu'elle i^uériroit d'un mal incurable, si elle communioit delà main derArcbevtVjue et qui a été guérie, etc. N'en voiU\-l-il pas bien assez : il y a aussi un Mémoire et une Letlre du cardinal Hentivoglio sur la bulle Prcliosus (je n'entends pas ce mot • et Ion trouve dans la dernière des réflexions sur un mémoire imprimé à Grenoble ai/.r armes de M. de Tencin intitulé : Mémoire sur le concile d'Embrun, où l'on fait voir la justice du jugement rendu contre M. de Senez. Je n'entends pas comment on s'avise d'écrire encore (juand on a pour soi un concile, le Pape et le Uoi ; j'intitulcrois ce mémoire : Factum pour le concile d'Embrun, intimé, contre M. de Senez, appelant, car c'est une réponse aux moyens d'appel, et il sendde que c'est l'approuver que d'écrire après le jugement. Où est M. Fleuttelol? nous aurions bien lu tout cela ! nous aurions bien causé, bien critiqué, bien ri de toutes ces pièces différentes. Mais il est avec vous. Monsieur, il est consolé de tout, et moi je n'ai plus ni l'un ni l'autre, a Télémaque, dit quelque part Eucharis, je n'ai plus que vous » : je n'en [)uis dire autant, car je n'ai plus rien, notre plénipotentiaire de l'àme du jour ce n'est rien : j'embrasse ici M. Fleullelot s'il est arrivé, et vous prie de parler quelquefois de moi ensemble.
Il court une lettre (jue je n'ai pas encore vue, contre M. Aubry, qu'on accuse d'être ou prévaricateur ou calomniateur, et on lui donne à cboisir, non pas pour son bonneur qu'il n'estime guère, mais pour son intérêt; nous en verrons i)ien d'autres.
Hoy a été arrêté, mis ;\ Saint-L;izarc pendant (juelques jours, puis, \ la prière de sa familb', on l'a exilé* à rinquantc lieues d'ici, où il va faire des Tristes ci des E le- (jieff qui ne ressembleront point à celles d'Ovide. Voilà bien du monde vengé et l'Académie bonorée.
On a déjà travaillé plusieurs séances au procès de
Bouret. M. Fleuttelot vous aura remis mes requêtes et mémoires, qui vous amuseront; les conclusions sont au blâme, mais on croit qu'elles ne seront pas suivies. L'ahljé Mainguy manque bien là; il prenoit l'affaire à merveille et vouloit tout civiliser. On est embarrassé sur le payement du billet de sept millions, et c'est merveille que de Toir les écrits d'Hallée, qui veut donner 5 millions au Roi, et ceux des Le Blanc, qui disent que c'est un vol fait à leur oncle. Nous en saurons tous le tu-aulem cette semaine.
Les Paris ont gagné encore leur procès sur la cassation contre les Orcelle; néant sur la requête. Il y avoit quarante-deux avocats pour la cassation ; j'étois tout seul contre, et j'ai défait toute cette armée par une Consultation contraire.
Le P. Courayer a été très-bien reçu en Angleterre par le Roi, par les évêques, et il a déjà eu pensions et présents. Les Anglois veulent qu'il soit catholique.
Bonjour, iMonsieur, je vous embrasse de bon cœur. Le marquis de Pons, votre ami, a loué la jolie maison qu'avoit Launay, des Médailles, au bout de la rue Richelieu. C'est un Trianon ; j'en suis bien aise, je Tirai voir, je me promènerai dans son jardin au bon temps, et nous parlerons de vous.
Je vous prie de songera mon manuscrit du P. Caussin, qui est curieux, et quand vous aurez fini, de me le renvoyer par une voie sûre.
Lettre TV.
41 mars 1728.
Voici, Monsieur, l'arrêt rendu dans l'affaire de Bouret, aujourd'hui 11 mars :
Bouret et Barème admonestés, 3 fr. d'aumône; Selvoix, aux galères pour trois ans par contumace ; l)u Verney, déchargé de l'accusation.
556 r.ORRESPONDANc 1. IM.DITK.
Houret, Barème et Selvoix, coiulainiiés solidairement et [Kir corps i\ payer au Roi le billet de 7 millions ; renvoyé à l'audience sur les demandes respectives de Bouret et Barème, en dommages et intérêts hors de Cour.
Tous dépens compensés entre les parties.
M. Du Verncy est hors de la Bastille, même avant l'arrêt. La lettre de cachet lui permet d'aller deux jours à Plaisance^ huit jours à Soissons et de là à Chaumont-en-Bassigny en exil.
Je suis hien heureux d'être quitte de cette affaire, qui m'a donné tant de peine. Je vous prie, Monsieur, de communi(|uer celte lettre à M. Fleuttelot, s'il est arrivé.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
A Paris, ce H mare 1728.
.M. le marquis de Pons n'a pas encore la maison ; je no sais s*il l'aura, les puissances s'en mêlent. M. de Senez a fait dénoncer à M. le procureur général son appel comme d'abus du concile et ses autres appellations, par un huissier (jui est caché ; cet exploit dénonce l'appel de M. d'Amiens, page 9 d'une bulle de Pie H , qui condamne les appels au concile. Celui d'Embrun se sert des mêmes termes de cette bulle. On vend ici les actes du concile d'Einbrum imprimés à Grenoble.
11 y a de grands Mémoirea dans l'affaire du comte d'Kvreux, qui doit être décidée mardi prochain.
Lettre V\
A Pari», ce 22 man «72*
Je suis bien aise que l'endroit du Mémoire de liouret où j'ai parlé de Monsieur son frère vous ait touché; il éloil fait pour cela, et il a fait son effet. Je ne tiens pas Boun-t pour condamné, mais jugé; il ne paie ni amende, ni dommages et intérêts, et ne paiera même le billet (|uc comme endosseur, avec son recours contre Barème. Ce
LETTR?: \r 527
n'est pas peu d'avoir fait passer cet ordre pour un endossement, et lanovation publique, qui ne s'étoit pas encore proposée, a eu son effet aussi. Avez-vousle deuxième mémoire contre Barème? 11 y a des choses plaisantes sur le style indien. Enfin m'en voilà quitte.
Voici bien une autre besogne. Douze évéques, dont je vous envoie la liste, ont écrit au Roi contre le concile, et lui ont présenté leur lettre depuis deux jours; elle ne paroit pas encore, je ne sais quel parti on prendra à la fin. Il y a une nouvelle édition, très-mauvaise, de la Consultation des 50, les pavés en fourmillent. Les Nouvelles ecclésiastiques se donnent toujours; en voilà déjà quatre; cela sera curieux à garder : ils y ont mis la mort de Tabbé Mainguy et son appel de 1717 ; mais, en 1720, il avoit bien changé de face, moyennant, dit- on, une petite conversion pécuniaire de 100,000 fr. de billets de banque en argent. Il avoit un neveu dont il vouloit faire un irrand homme, il n'en a fait qu'un petit qui a eu de sottes aventures; il s'en est chagriné et il est mort. L'abbé Pucelle est à la campagne et se porte mieux.
L'affaire de M""^ d'Hautefort fait grand bruit. Je vous garde un exemplaire des lettres de son mari; et ce qu'il y a de particulier, c'est que, depuis sa mort, elle a écrit ([u'elle n'étoit point mariée, et ses lettres sont aussi imprimées; mais c'est qu'elle vouloit détourner l'attention, afin qu'on n'allât point supprimer par autorité son contrat de mariage et sa célébration , puis quand elle en a été sûre, elle a dit : « Je suis mariée, » mais avant qu'on ait débrouillé tout cela. Tondit: aC'estune friponne.» et bien des gens le croient, non pas moi qui ai vu tous les originaux. Elle est toujours cachée. Question : Si ayant brisé l'arrêt fait en vertu du décret , elle doit se représenter avant de poursuivre son appel. Lîi plainte est arrivée. La mère demande sa fille. J'ai autrefois traita* celte matière d'exhibition sur une fille enlevée à son père, cpi'un amant avoit mise dans nn couvent. L'amant disoit : «Je ne
528 œi\RKSPOM)ANCK IM-.DITK.
l'ai pas ; allez la prendre. » Les religieuses disoient : a Prenez-la, si vous le pouvez. » La lillo faisoil la rétive et ne vouloit point retourner chez son père ; il y a eu plusieurs arrêts, qui ordonnèrent que Taniant resteroit en prison jusqiWà ce qu'il Teùt représentée, et à la lin, il fallut bien la rendre. Toute la Cour est partagée sur cette aiïaire, et le bris de l'arrêt arrêté à Néautle est un incident singulier.
J'entenils dire (juelque chose de Fédition du poënie de la Ligue. On dit qu'il en a oté le duc de Sully, A cause des coups de biVlon que le poëte a reçus à la porte de l'hôtel de Sully. Voilà une circonstance plaisante, mais cela ne fera que renouveler l'aventure, car on dira : a Pourquoi donc a-t-il oté iM. de Sully? » et si on ne Pavoit pas ôté, personne n'auroit fait cette question. Pra'fuhjehant Cassius atque Brulus eo ipso quod ef/iyies connu non visebantuKj dit Tacite, sur ce qu'aux funérailles de Junia l'image de Cassius et de Brutus ne parut point.
Mais en voici bien d'une autre. La veuve Pissot va débiter, en trois volumes in-12, plusieurs ouvrages de La Fontaine, et elle dit que cela vient de moi. Tout ce que je crains c'est qu'on n'y ait mis cette Vie que j'avois faite en m'amusanl ; et cependant je ne l'ai jamais donnée qu'à vous, Monsieur. On dit que c^est un parent dePabbé d'Olivetqui est l'éditeur. N'auriez-vous point prêté mon manuscrit, dont quelqu'un auroit abusé? Je suis dans une vraie peine. Je saurai le nom de baptême de M. Fuet, il est de mon banc et est des ÔO , il sait bien des choses. Votre chapitre (Wimadis est charmant. Je ne m'en vanterai pas. Bonjour, Monsieur, je vous endurasse.
Leitre VP.
A Paris ♦ avril 172H.
J'ai vu, Monsieur, la Lettre des douze évèques. Elle est mieux fuite et mieux écrite que la Consultation; on com-
mence par plusieurs faits, qui sont déniés de l'aulre côté, et il semble qu'on demande une enquête, ce qui paroit bien extraordinaire. On parle de la récusation jugée par les récusés eux-mêmes, et ce point, comme vous l'avez bien dit, méritoit bien d'être approfondi et discuté. On cite la lettre du clergé de 1G50, pour l'usage de donner le choix des comprovinciaux défaillants à l'évêque accusé, et il est vrai qu'on ne lui a pas donné ce clwix. Ce qui est dit des routes différentes des évèques dans une cause obscurcie par des nuages est assez bien touché ; on cite sur cela un ouvrage de M. de Meaux, Defcnsio Cleri Gailicani, que je ne connois point, et que je crois encore manuscrit entre les mains du Roi ; à l'égard de la suspension que l'appel au concile universel forme, personne n'en doute, mais peut-on dire cela au Roi, après la déclaration de 1720, qui a déclaré cet appel non pas nul, mais de nul effet?
La précipitation est encore assez bien touchée, mais je ne vois pas qu'on puisse douter du corps du délit après ce qui est exprimé dans le jugement du Concile. Enfin, on demande le cours ordinaire des tribunaux. Et qui est-il? Est-ce Vappel comme d'abus? Est-ce l'appel simple ? Pour bien considérer, voilà une affaire qui se brouille. On dit ici que la lettre a été renvoyée, d'autres disent que non. Le cardinal de Bissy vouloit tout mettre à feu et à sang, mais on n'a pas suivi son avis. A Sencz, le grand-vicaire de révoque poursuit celui du Concile, et lui a fait déjà une monition pour venir à l'excommunication. Nous verrons les suites.
Nous verrons à la rentrée ce que deviendra l'affaire de lîautefort. M. de Surville a publié des lettres de la mèro et de la fille, écrites depuis la mort, où elles disent toutes deux qu'il n'y a point de mariage, et cependant il y en a un; elles disoient cela pour amuser la famille, et pendant ce temps-là, on s'assuroit dos pièces que l'on a et que j'ai vues. Voilà une matière do tragédie. Les dames ne se
T. tu. 34
Sao CORKK.SPONDANCE INfcDITE.
montrent point encore: il n'y a point tVarrAt de défense. Les noms de Kerkabii et do Kersauzon, assez barbares, vont ôlre l)ien connus.
Vous dites plaisiunment : Cujum pecus en parlant de la nouvelle veuve ; elle tient toujours à l'ancien pasteur, mais on lui donne deux tuteurs honoraires avec elle, et la petite pastourelle est déjà au couvent.
Le prince d'Auvergne m'a envoyé son livre, où il y a plusieurs pièces rares. Je les fais copier; je n'ai pu y mettre le nez, parce qu'il est si musqué, que j'en ai pensé mourir sur-le-champ ; mais un calotin de mes amis, et bon connoisseur, en fait le choix et vous en aurez votre part.
A propos de calotte, on a imprimé en même cahier : Le Cochcj le Temple de rignorance et les Statuts d'une nouvelle académie. L'auteur de tout cela ne pense plus guère à se faire imprimer. Savez-vous que M. le Président de Valbonnaisa été fait académicien , correspondant honoraire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres? C'est une place que l'on a faite exprès pour lui sans tirer à conséquence. Bonjour, Monsieur, et à M. Fleuttelot, (juelque part où il soit.
Lellre VU-
A Taris, ce 6aTril 17211.
Vous nous avez donné bien de la peine et bien du plaisir, Monsieur, à l'ami IJouret et à moi, avec votre Ffenricus : après avoir liien feuilleté toutes les Prof/i/mnasmata et tous les Ilenricus, nous avons trouvé que c'est Henri second, roi de France, qui a fait faire un recueil d'arrêts de son conseil de l'année 15,j(i. Vous le trouv«Tez dans la Bibliotheca Tellfnana,ï()\. '2'M sous ce titre ;
Dicvarrhiœ llenriri II rerjin Pro(j\jmmmnata,ou Arrêts du Comeil rendus par le roi Jlenri JJ en 155G, in-8'(Il n'est
LKÏTRE VIIIV Ô3l
fait mention ni de l'imprimeur, ni du lieu ni de l'année de l'impression.)
Dans la Bibliotheca Thuana, tome I , p. 250, ce même livre y est rapporté sous le titre de : Arrêtés royaux, par Raoul Spifame^ in-8% et on y ajoute : Ce livre est intitulé : Dicœarchx Uenrici régis cliristianissimi Progymnasiala.
Voilà certainement le livre que vous cherchez, et vous l'avez peut-être dans votre bibliothèque ; si vous ne l'avez pas, il faudra recourir à M. Brillon. Mais toujours vous ne perdrez pas patience en attendant, et vous serez bien aise de cette découverte. Ce qui nous a induit en erreur.
Reste à voir le livre lui-même, et nous pourrons l'avoir en bien des endroits; je suis persuadé même que vous Tavez quelque part à Dijon. Je ne sais pas bien qui est ce Raoul Spifame : est-ce l'éditeur ou Timprimeur ? et qui étoit-il si c'est l'éditeur? Je ne crois pas qw'il fût parent du fameux évêque de Nevers, qui s'alla faire décapiter à Genève, et dont Bayle a fait un article bien curieux.
Le Defemio Cleri gallic. est un manuscrit de M. de Meaux que M. de Troyes a remis au Roi. M. de Meaux écrivoit bien en latin, témoin : Ludovici Delphini, ad Lin oc enlem XI, qui est à la tête de la Politique tirée de l Écriture y in-4-\ Bonjour, Monsieur, je vous embrasse cent fois.
Lettre VTIP.
A Parii, ce 9 atril if 29.
M. Brillon n'a point le livre en question, Monsieur ; il lui avoit été donné par un libraire qui ne Ta plus; je 1 ai fait chercher inutilement ailleurs. Je pense que ce livre sera dans la bil)liothè(|ue de M. le Chancelier, je l'y ferai cliercher, ou il sera dans la bibliothèque de l'archevêque de Reims, au dépôt où elle est. J'aime bien : «des ordures de justice fort couvertes, que ledit sieur veut être découvertes pour le bien de sa justice. »
:.32 CORRESPONDANCE INf.DlTK.
Icltre f\\
À Paris, c« 26 arril 1728.
Il est certain, Monsieur, que c'est une plaisante découverte en critiqueque le livrede Raoul Spifaine, dont personne n'a jamais parlé et qui a trompé les Tliuana , les Telleriana, etc. Où est notre ami Bavle? il auroit mis un beau Supplément à Tarlicle de Spifame, mais iM. le Laboureur n'en auroit-il point parlé à Fendroit que Bayle marque, où il n'a mis que des petits points? Le pauvre y\. Brillon doit se cacher, d'avoir crié que trois parlements avoient été mis en ajournement personnel pour comparoître devant un (juatriéme. C'est à vous, Monsieur, à qui on doit ce point de critique, que je n'ai point abandonné jusqu'à ce qu'il ait été éclairé ; il faut bien que vous trouviez le livre quelque part.
On m'a remis le manuscrit du P. Caussin, où j'ai vu plusieurs fautes corrigées de votre main, ce qui m'a fait grand plaisir, el c'est à moi à vous remercier.
On vous a donné quelque mauvaise copie du Mémoire du duc de la Trémouille, il y en a plusieurs de cette sorte ; c'est (pie les copi>tcs ont mis dans le corps [)lusicurs choses qui doivent être à la marine, et cela fait un galimatias où on n'entend plus rien. J'en ai eu une copie très-bonne avec les notes en marge, et vous enverrai quchpie jour ces notes à part. Les scribes anciens nous ont bien donné de ces sortes d'interpolations, et le P. Hardouin n'a pas tort partout. J'ai aussi le Mémoire attribué au duc de Saint-Simon, qui contient des faits curieu.x et quelques pensées, mais le tout mal en ordre. Il se fait ici une assemblée de trente évèfpies au Ixjuvre, chez M. le cardinal de Hohan. On examine la Conisulladon des avocats, j)our la censurer, puis on vierjdra à la lettre des \ll, et on travaillera à l'accf'ptalion du concile. Celte uss/imblée s'aj)-
LETTRE IX«. i33
pelle déjà le Concile de Trente. Les XII évêques répondent au ministre en particulier^ et sont étonnés qu'il ait parlé de Tunion des deux puissances, n'y ayant point eu encore de bref reçu par lettres patentes.
M™^ d'Hautefort a un arrêt des défenses, elle a donné une requête assez bien faite pour y parvenir ; elle est imprimée, je tâcherai d'en avoir une pour vous. La dame est à Paris, et se montre ; elle est dans la rue Cloche-Perce, à l'hôtel de Brie. On dit beaucoup de bien de sa vertu et de sa noblesse, et cette affaire ne fera point d'honneur aux d'Hautefort. On va plaider l'appel respectif des deux procédures criminelles; celle de la dame est la première en recelé et divertissement, et elle dit : a Rendez-moi mon contrat que vous avez. »
L'affaire de M. de Fargis n'est pas encore finie ; cet enfant est bien difficile à baptiser; à la fin il s'appellera Durieu, et non Deirieu ni Derieu, et MM. de Rieux seront contents, et MM. les princes lorrains aussi, qui ont soutenu leurs parents avec honneur et gloire. Il y aura de nouvelles lettres patentes, que le Parlement ne sera pas fâché d'enregistrer, depuis qu'on a évoqué l'opposition qui avoit été faite aux premières.
Je vis hier un gros manuscrit : Traité des sièges y sur l'attaque et la défense des places de guerre, par M. de Vauban. Il est dédié à M. le duc de Bourgogne. Il le prie de le garder pour lui seul et de n'en point laisser prendre de copie, à cause que les ennemis en pourroient profiter, et cependant cela commence à se répandre, et on le vend 50 fr. Ce M. de Vauban auroit bien pu ne point écrire; je vois qu'il a plus nui que servi par sa Dimeroiiale, et ici il apprend à prendre les places qu'il a faites. Bonjour, Monsieur, je souhaite que le beau temps vous délivre de votre goutte et vous rende une santé parfaite. M. Brossetle est à Paris : il va faire imprimer son J{éfjnicr,ei s*il nous apprend les Fillon du temps de Henri IV, ne seronsnous pas bien aises?
>3« CORRESPOISDAISCl': INÊDITK
Lettre A*.
A Paris, ce 2 mai <72(i.
Voici, Monsieur, deux arrêts qui ne sont point de Raoul Spil'iune.
Le V% du -28 do ce mois, est rendu dans l'affaire do M. de Massol : M'"*" Des Garennes (Geneviève Lefebvre de Cauniarlin]etlepèreAinl)roise, Carme déchaussé, mandés et admonestés; la copie du testament déchiré, puis brûlé, rétablie comme original ; sur la demande en délivrance du legs universel, les parties renvoyées à fins civiles. M""" Desgarennes et M. de iMassol condamnés solidairement en 3,000 fr. de dommages et inlércls envers la demoiselle Séron et en tous les dépens. Enjoint à M. de Massol d'être plus circonspect à l'avenir. Ce Caumartin étoitM. deCaumarlin Saint-Port, maître des requêtes, ambassadeur en Suisse ; .M"''des Garennes est sa lille ; M. de Massol, gendre de M"* des Garennes, et a épousé sa lille unique. Il n'a tenu qu'à .M. de Massol d'accommoder ce procès pour cent pistoles, mais il a aimé l'argent plus que l'honneur, et celui de sa belle-mère, car il s'agissoit dans ce procès du testament deJacquesde Thiardcpii éloit un biVlard (ju'ellc avoitcu de[juisson veuvage, de M. de Hissy, environ vers 1095, et elle étoit veuve dès 1009, n'ayant pas vécu un ail avec son mari ; le bâtard étoit mort dès l'année 1719, et on ne pensoit plus à lui ; on l'appeloit dans le monde l'abbé de Saint-Sauveur. J'ai vu son portrait, et c'étoit un très-bel homme. La pauvre dame, à moitié interdite el comme iml)écile, a été admonestée, i\ près de cpiatrc-vingts ans, el le lion I*. Ambroise, (jui a trouvé dans les casuisles de son ordre qu'il étoit permis de brûler le testament d'un bâtard, a appris, par l'aduionr-station qui lui a été failiî, qu'ils u éloienl (jue des ignorants. Je soupronne (pic (Vst co bon p«'rr qui a conseillé aux Hautefort de sup-
primer le contrat de mariage et le testament du comte d'Haulefort; il s'étoit confessé à un Carme déchaussé. M. de Massol ne se console pas des 3,000 fr. dédommages et intérêts et des dépens. 11 ne se soucie guère de l'injonction ; il dit qu'on en a fait autant à M. le duc de la Force et qu'on l'a traité comme un duc et pair, et peu s'en faut qu'il ne se croie de la cour des pairs sur ce titre.
L'autre arrêt est du 20 avril ; il ordonne que le 31émoire, fait pour M. de la Trémouille , sera brûlé par la main du bourreau, et M. Ferrand, conseiller d'Étal, qui sort de chez moi, vient de me dire que cela a été exécuté surle-champ; cependant j'étois au Palais ce jour-là, et je ne vis point cette exécution. Pour l'arrêt, il est très-certain; cela rend le Mémoire plus curieux; les copies en sont mauvaises, mais j'en ai une bonne; il y a des insolences, des ironies piquantes, et le trait « de la personne de son nom qui a rendu service aux princes », est ce qui a le plus excité la vengeance publique et particulière. Je n'ai jamais bien compris cette tradition historique. Le mari fut blessé à Coutras le 2 octobre 1587, il mourut le 5 mars 1588; sa femme accoucha d'un posthume, le i" septembre 1588; il vint moins de six mois après la mort de son père. Filius est quem nupliœ demonstrant. Je sais les deux procès qu'on lui lit, en 1588 et 1595, sur la complicité prétendue delà mort de son mari, dont elle fut déchacgée par un dernier arrêt, rendu au rapport de M. de Thou. Je sais que Clément VIII voulut qu'on retirât le jeune prince des mains des huguenots; qu'il fut retiré, et qu'en 1595, âgé de sept ans, il fut reconnu pour premier prince du sang par le Parlement, qui lui lit une députation sans exemple, et dont il est parlé fort au long dans une Relation de ce qui s^est passé au Parlement le 23 juillet 1610, lorsque M. le prince de Condé (qui est le posthume) y alla, à son retour de Mihm et après la mort de Henri IV. Cette relation est dans le Traité de la majorité des rois, de M Dupuy, in-V^, p. V9G. Je sais ce qui est dit de
53« CORRl-SPONOANCK INI^DITE.
cette reconnaissiince dans le Journal de Henri ///, lome H, p. 270. Mais je ne vois point de procès sur Tétat d<5 l'enfant, ni de consultation de la Faculté, ni rien qui y ait rapport, et je ne suis point étonnt^ que le Parlement, qui iit cette grande action en 151)5, la soutienne dans tous les temps; non que cette comtesse de la Trémouille ne soit très-suspecte, mais la filiation démonstrative est plus forte que tous les soupçons, nous l'avons bien dit des fois.
.M. Le Blanc s'est fort bien porté de son opération : on lui en a fait encore une autre hier, et on lui en fera tant qu'il ne lui restera plus rien de mauvais dans le corps. On dit que les prétendants ont Tœil un peu abattu.
L'évèque de Baveux est toujours mal; on croit pourtant qu'il peut bien vivre encore un mois. On a fait pour lui une réponse à la lettre de M. de Maurepas, et elle parolt de bonne main. L'assemblée, que les jansénistes appellent forluilc, va son train ordinaire et nous en verrons le succès. L'objet principal est la Conaul talion et la Lettre des douze évèques. Le second ordre du diocèse de Paris a adhéré à cette lettre en grand nombre. Les Nouvelles ecclésiastiques se débitent malgré la prison de l'imprimeur; il y a des faits curieux, et le gazetier est malin; leP. Thuillier y est mal accommodé; et je vous remercie de votre arrêt contre la Cour des comptes. M. Ferrand m'a dit qu'on lui en avait envoyé un.
Le mariage de M. le IMic avec la princesse de llesse- Bhinfeld est public, M. de Fortia va pour les articles, je crois que M. de Tavannes ira au-devant et peut-être jusqu'à Kottembourg.
M** de Caramanesl nommée dame d'honneur; il y aura des dames de eompagnin, (pii ne sont pas encore nommées. Knfin, nous aurons une jeune princesse de plus, et cela embellira un peu la Cour, qui est un peu triste. Bonjour, .Monsieur, je vous emi^rasse de tout mon cœur et l'ami M. Fleutldot.
L'affaire de M. de Fargis n'est pas encore finie, mais
LETTRE XF. 587
ce sera pour aujourd'hui au Conseil royal, et je vous en dirai des nouvelles au premier ordinaire.
Je vous prie de me faire faire une copie de la lettre où je vous ai parlé de la découverte de Raoul Spifame; je n'en ai pas la moindre note, et je n'ai songé qu'à vous.
Lettre Xl\
A Paris, ce 7 mai 1728.
Je ne sais comment les deux endroits de Loysel m'ont échappé, il étoit tout naturel d'aller \\; j'ai bien ri de la robe que Haoul Spifame portait au serment et que Loysel lui passe comme M. Brillon ses arrêts. Dans VIndice alphabétique il a y îrois Spifame avocats, mais il n'est pas dit que Raoul fût frère de l'évèque de Nevers, ce qui est pourtant certain, et il falloit que M. Jolly, qui nous a donné ces Opu!>cides et qui y a ajouté bien des choses, n'eût jamais lu le livre en question : on ne peut pas tout savoir. J'ai vu un autre exemplaire de ce livre, tiré de la bibliothèque des Quatrc-Nations, mais il y a bien des feuillets de manque et d'autres transposés, et il est tout à fait défectueux : c'est la même édition, ne croyez pas qu'il n'y ait jamais eu de privilège; notre Raoul faisoit de tout, et dèfaisoit tout à sa fantaisie. Mais une chose singulière est qu'il a fait un arrêt pour faire commencer l'année 1556 au 1 "janvier et finir au dernier décembre ; ce qui ne fut ordonné qu'en 1563 par l'ordonnance du Roussillon, comme vous savez, à quoi le parlement de Paris ne se conforma qu'en 1566, ne voulant peut-être pas suivre le sentiment de ce Raoul Spifame, qu'il avoit interdit dans son temps, non plus que les Huguenots n'ont pas voulu suivre le calendrier Grégorien , parce qu'il vient d'un pape.
J'ai trouvé dans un livre intitulé : Histoires admirables et mémorables de notre temps, recueillies de plusieurs
5S8 (:ORRESrOM)A>Cl!: irSEDlTE.
au(eurSy mémoires et avis de tiivei\^ endroit», imprimé A Douai en 1(H)V //j1-2, uii chapitre onlior sur le procès de Pellisson et Taboue ; c'est le -i** ) , où il y a le lait «le Taffaire tris bien dressé et de main de maître, et ensuite et tout au long le dispositif (2 derniers chapitres) de Tarrùt du 11 octobre lôGG, donné au parlement de Paris avec les commissaires nommés par le Uoi, et cet arrêt m'a paru aussi très-bien dressé et mieux qu'on ne fait aujourd'hui. Apparemment vous connaissez ce livre, qui a aussi été im[)rimé à Paris avant cette édition de Douai, où les censeui-s ont retranché plusieurs endroits, comme l'éditeur eu avertit dans la Préface. On voit là plusieurs histoires singulières, entre autres en 1517 une d'un Modénois (|ui se tua chez sa maîtresse qu'il appelait la Calotte, ce qui m'a fait souvenir de la Fresnaye, qui s'est tuéchezM'»''Tencin : ainsi il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Je vous dirai ici (jue Raymond Pellisson est un des ancêtres de M. Pellisson, à ce que dit Bayledans son article, où il cite un grand endroit de liorel, qui nous apprend aussi qu'un Jean Posselius a fait un livre exprès des louanges de ce Kaymond Pellisson et de la ville de Chambéry, imprimé à Lyon chez (iry[)hius.
Sur le P. Caussin et sone.vil, voyez la Kêponsc de l Uuiiersité de Paris à l ApoUujivpour les JésuiteSy l'aile par le P. Caussin; il y a là dedans bien des choses curieuses et des reproches, sur cequ(; le révérend se seroit raccommodé «ivec la société pour revenir de Utiimper-Corenlin, et malgré tout le mal cpielle lui avoit fait ; il y a, à la tôte de celle liéjjonse, une troisième requête de l'Université, présentée au Parlement le 7 décembre iCïï, et deux extraits dcla^azc^/edeParis du -28 mars et du 26 décembre 10:i7, (jui annoncent le choix du P. pour confesseur du Koi, cl '•nsuite sa disgrâce ci l'éloigtiement de la Cour, parce qu'il ne s'y gouvernoit pas avec la retenue qu'il devoit cl que sa conduite étuit si mauvaise, qu'un chacun et même son ordre a liien plus d'étonncmenl de ce qu'il a
LETTRE Xr. 539
tant demeuré en cette charge que de ce qu'il en a été privé. Le cardinal de Richelieu tît Tofiice de gazetier.
L'arrêt du 30 avril qui ordonne le brùlement du manuscrit fut exécuté le même jour, et ensuite il a été imprimé et publié dans les rues. M. Gilbert dit, dans son plaidoyer^ que celui dont on a fait l'apologie dans ce manuscrit en a fait un désavœu des plus solennels, et que les faits n'en sont pas vrais, comme ils l'ont appris par des témoignages très-respectables.
11 est nouveau que Ton supprime un manuscrit, cela n'a guère d'exemples. Je pourrai vous envoyer les deux Mémoires.
Il y a un schisme parmi les avocats. M. Favier a écrit une lettre à M. Tarchevéque d'Embrun contre la Consultalion. Celte lettre est imprimée et signée, et on est étonné au Palais de ce procédé, vu qu'il pouvoit faire, comme avocat, une consultation contraire : je n'ai pas encore vu celte lettre.
Quelqu'un a mis un écriteau au-dessus de la porte d'un loueur d'Anes et d'ànesses : Ici est le concile d'Embrun. L'ànier en a fait sa plainte; un commissaire y est venu, qui en a fait un procès-verbal et a ôté l'écriteau, et en a fait son rapport à M. Hérault.
On dit que les évéques ont fait un avis doctrinal et qu'il y aura lettres patentes; mais il ne peut pas y en avoir sur un avis fait par une telle assemblée, où le Clergé n'a pu prendre de délibération et où ses agents ne sont pas. M. le cardinal de Fleury a signé, le cardinal de Gesvre n'a pas voulu signer. Voil{\ encore matière à de belles écritures. M. Favier a dit qu'il n'y avoit pas dix avocats dans Paris qui sussent ces matières.
540 CORRKSPONDANCK IM^DITE.
Le((rc XII* .
A ruris, ce U mai 172g.
Jo ne vous envoie point l'arrêt de la Tournelle, qui est fort court, et qui dit peu pour les gens qui ne savent pas de (|uoi il s'agit. J'ai vu le Mémoire des princes du sang, contre celui do M. le duc de Saint-Simon ; il y est trèsmaltraité et la dignité des ducs aussi, que Mézeray dit être plus éloignée des anciens pairs, que le Pygmée n'est du colosse de Rhodes. On le fait souvenir du temps qu'il étoit page, et qu'il ne craignoit pas le tonnerre que le maître craignoit, et que c'est à cette occasion futile que son élévation est due. Il a beau, dit-on, désavouer le Mémoire, on le reconnolt à son laconisme dur, sec, bouillant et inconsidéré. Le reste est sur le même ton, et très-insultant pour les ducs faits par Henri IV, qui ne devroient songer qu'à oublier la rébellion de leurs pères, et à faire restitution ; j'aurai une copie de ce Mémoire, et quand j'aurai tout vous l'aurez.
L'affaire de M. de Fargis n'est pas encore finie. Vous la comparez î\ merveille à l'embarras du sénat sur la sauce de la carpe de Domitien; si ce n'est que le sénat de Paris réclame ses droits offensés, et ce rien dans le fond a fait dans la forme une affaire d'éclat entre le Parlement el le Garde des sceaux, qui rend la justice souveraine perplexe sur la décision. Où est Haoul Spifame? il auroil bient<*)t trouvé le dénomment dans la Dic^rarchie, et cela étoit digne de lui.
M. \jC Blanc est fort mal. Il a reçu ses sacrements, fait son testament, dit ses adieux A sa fille, et il n'y a plus de ressource qu'à lui scier l'os de la hanche, dont il n'est |)as en état de soutenir l'opération ; il a pris pour "25,000 fr. de gouttes du général de la Mothe, et tout cet or n'a fait qu'appauvrir sa santé.
Nous sommes inondés d'écrits sur la matière du con-
LETTRE Xir. 541
cile. On voit une quatrième édition de la Consultation qui est magnifique, avec une lettre de M. de Senez à la tète, et une Question sur le pouvoir des avocats qui est à la fin : cela est imprimé comme au Louvre. 11 y a une troisième lettre à M. Aubry, où on lui prouve que le concile a été tenu pour des causes indépendantes de l'appel et de pure discipline, puisqu'il ne s'agit que d'avoir parlé du Formulaire comme d'une vexation; d'avoir mal parlé de la Constitution qui est un ouvrage de deux papes et approuvé par plusieurs évèques et le Roi ; d'avoir dit du bien du livre du P. Quesnel et l'avoir conseillé, dans le temps qu'il est proscrit par ses approbateurs, et d'avoir excité ses diocésains à la rébellion après sa mort : or l'appel au concile n'est point fait pour tout cela. Cet avocat de Provence dit qu'il sera bientôt assisté par un théologien, mais ce théologien est l'abbé Desrues, qui a été blùmé par arrêt, ou le P. Poisson, cordelier, qui ne vaut guère mieux, et voilà de vilains avocats. Vous voudriez quelque écrit du style des Provinciales. Mais, Ubi prenus! Bonnes gens, je ne vous vois point, fai beau chausser mes lunettes. La censure ne paroit point encore, on l'attend et le contredit est tout prêt. iM. Tévèque de Bayeux a signé l'opposition nouvelle faite es mains de M. le P. G. contre tout enregistrement de lettres patentes. Ils sont neuf, et le cardinal de Noailles à la tète. Le prince prélat se meurt, et M. Petit- Pied ne le quitte point. M. Favier, avocat, qui n'est point des 50, a écrit une lettre à M. d'Embrun qui fait bruit au Palais; je ne l'ai pas encore vue. Enfin je ne sais quand et comment tout cela finira. Le mariage de M. le Duc se fera à Chàlons. M. de iMatignon part pour le Roi, M. de Tavannes pour le prince, M. de Fortia pour les articles.
J'ai fait tirer plusieurs pièces de chapelle du Hvre du prince d'Auvergne, et cela sera encore pour vous, car je n'ai rien à moi, mais je vous voudrois à Paris où vous n'avez point de goutte, et où nous disons tant de choses qu'on n'écrit point.
54J CORRF.SPONDANCK IM-DITi:.
Je ne sa vois pas que M. Vi\\)hé Frapnior fut mort , je l'appris hier. Je vous fais mon complimeiil sur la perle de ce diirne auii, qui n'est pas facile ù r«''paror. Il y avoit (pielque temps qu'il n'étoil plus; l'abbé irOlivet avoit soupe avec lui la veille de sa mort; je ne le vois point. J'ai parlé à la veuve Pissol, qui m'a dit qu'elle donneroit deux volumes de la Fontaine après la Pentecôte; la Kelalion de Limoges y est, et nos pièces nouvelles, et un abrégé de la Vie, qui n'est pas mon ouvrage.
Lettre XIIV
46 mai 472S.
Rome, je le vois bien, il faut te dire adieu, . Si de vivre en chrétien je veux avoir la gloire. Une bulle déjà dispense d'aimer Dieu, Une autre bulle aussi peut dispenser d'y croire.
Vuilà. Monsieur, uneépigramme delafacon de nos jansénistes, et il y avoit longtemps qu'on n'avoit vu les poètes se mêler de cette affaire. Racine le fils, qui a fait ou adopté un jjo^me sur la Grâce, vient de se marier, et ne pense plus guère à faire des vers. L'auteur de l'épigramnje craignant l'alhéismc a fait une pointe assez athée, v\ tout ceci ne dit rien de bon.
11 parolt une nouvelle Instruction pastorale de M. de .Montpellier, contre le concile d'Lmbrun, qui est une vraie satire contre plusieurs personnes. On ne peut pas voir un style plus vif et plus véhément, et celle dévotion n'est pas de la douce ; il y prône un miracle fait en Champagne, comme il a déjà prôné celui du faubourg S.iint- Antoine, et je ne s<iis pas comment un si grand homme s'amuse à relever des miracles qui, sup|)osés vrais, ne font rien A la cause, jiniscpie hieu seul peut le savoir. Je suis aussi étonné de voir que, de piirt et d'autre, on emploie les termes de l'Kcriture, les passages des Pères, et qu^oD fasse des ouvrages de marqueterie, où on place
LETTRE XniV ',43
tout ce qu'on veut ; il faut le voir préparer ses diocésains à quelque concile contre lui, et à se bien révolter contre ceux qu'on mettra à sa place; il y a seulement quehjues remarques sur les formalités du Concile, qui peuvent passer pour bonnes; il ne manque pas de parler de la Consultation comme d'un chef-d'œuvre, et il a trouvé dans saint Basile un grand passage de deux pages, par où il fait la clôture de cette pièce. Ce qui est singulier, c'est qu'il tire avantage de ce que le Concile n'a pas condamné M. de Senez comme hérétique, et il conclut que le jansénisme n'est donc pas une hérésie, quoique depuis soixante ans on l'ait voulu faire croire. Il faudra voir cette pièce, à cause du style acre et dévot et du fait du miracle dont on ne parloit plus.
M. Le Blanc est toujours fort mal : je Vai vu vif , je Vai vu mort, je Pai vu vif après sa mort. Voilà tout ce qu'on peut dire de son état. Les prétendants sont atterrés et on ne nomme encore personne.
Les plénipotentiaires du Congrès sont ici ; M. Bernard leur donne souvent des fêtes, et il est bien aise de rassembler toutes les nations chez lui, puisqu'il entretient un commerce partout.
L'affaire de M. de Fargis a fait souvenir du po^me de Voiture, pour un Saint-Germain à qui il donna un nom, où entroient toutes les lettres, hors quelques consonnes qui disputoient sur leur exclusion .
Sur le nom de Fnrgis le Sénat incertain
Devroit faire comme Voilure
Pour le poëte Sainl-Ciermain ; Des leUres d'alphabet il fit une garbure :
Ainsi s'appeleroit Fargis
INIons Deldudefarriengis.
Ils disent qu'une garbure est un pot pourri de plusieurs viandes, et voilà aussi un vrai pot pourri. — Bonjour, Monsieur, je n'ai que ce mot à vous dire aujourd'hui et à vous embrasser.
544 C.OKRKSPONDANCK IISKDITE.
Lellre XfV
A Paris, ce 17 mai ilJ».
Depuis ma lettre écrite, Monsieur, j'ai appris par M. le prince Charles, cjui a été ce matin à la cérémonie du Gordon bleu, et parrain du prince de Lixin, (pic le cordon de M. le cardinal (ialtieri a été donné à M. le cardinal de Polignac : ainsi il n'est pas si mal en Cour que l'on le disoit, et les lettres qu'on a données comme de lui dans une certaine Iklaùon peuvent bien être fausses. M. le duc de Gèvres a reçu l'ordre et est venu, quoique malade, de Saint-Ouen, où il s'est retiré, pour ne pas remettre cette cérémonie en un temps où il ne seroit peut-être plus temps. M. Le Blanc est à l'extrémité : on ne doute pas que M. dWn^^ervilliers ne soit son successeur. La petiteiille de M. le duc d'Orléans est morte, on l'enterra comme incognito, et on n'en portera pas le deuil ; elle étoit toute contrefaite.
Le mal est (pie Monsieur le duo de Chartres est aussi malade. M"" Bri(;onnet, petite-lille du président Croizette, est morte de la petite vérole à vingt-quatre ans. Voilà les nouvelles les plus nouvelles.
Lellre AT'.
A Pari«, ce 20 mai «721
M. Le Blanc est enfin mort hier ;V (piatre heures du mutin ; sa place n'est point (encore remplie. Il y a, commcî vous pouvez croire, de belles intrigues pour l'avoir. Tout le monde la donne à M. d'Angervillicrs, et moi, qui ne suis point du métier de Mars, je ne la lui dispute pas; M. Le BrelcBl sur les rangs, M. d(î Breteuil n'y est plus et d'autres s'y fourrent. On dit (jue le dél'unt a abusé de sa con-
valescence, même dans ces derniers temps, et celle qui l'a tuë a fait là un beau coup d'épée.
On verra bientôt si Spifame est dans la Bibliothèque Colberline; s'il y est, prenez-vous-y de bonne heure, car beaucoup de gens le cherchent depuis ma découverte. Lisez les Histoires mémorables, vous serez très-content de cet article que je croyois qui vous étoit connu et que je suis bien aise de vous avoir révélé. iM. Pellisson dit luimême, dans son Histoire de VAcadémiey qu'il étoit parent de Dubourg, et ils étoient entrés par les femmes dans la famille des Pellisson de Chambéry. Ainsi Borel n'a rien dit que de vrai, en les faisant de la même famille.
Je me souviens d'avoir vu la Cour sainte du P. Caussin chez de bonnes femmes. Je le veux lire à la campagne et en rire, puisque vous en avez ri.
Bayle, dansFarticle Caussin, en parle comme d'un livre qui a été traduit en latin, italien, espagnol, portugois, allemand et anglois. Comment toutes les nations se sontelles réunies dans l'estime d'un livre ridicule? Il y a une Addition qui est bien fausse dans la nouvelle édition de Bayle ; on y donne le sujet de sa disgrâce à un livre qu'il publia en 1650, et elle arriva en 1627.
Les jansénistes disent que le Concordat n'étoit qu'une matière de discipline et non de dogme, ce qui lit que l'appel n'arrêta point l'exécution de la bulle, au lieu qu'il doit l'arrêter en matière dogmaticiue, pour ne pas tomber dans une hérésie provisionnelle. Ils disent aussi que les fausses Décrétales ne laissent pas d'avoir une autorité, parce que le faussaire au moins rapportoit l'histoire de son temps.
Uparoltune suite des Nouvelles ecclésiastiques ydu. 4- mai 1728, qui est très-curieuse ; on y trouve plusieurs pièces : une lettre du roi de Sardaigne à iM. de Glandèves, avec un arrêt du sénat de Chambéry, qui déclare le procédé de l'évêque de Grenoble abusif, en ce qu'il a exigé des signatures du Formulaire des sujets du roi de Sardaigne, T. lu. 85
546 CORRl SPONDAKCK IM^.DITE.
qui ne Ta jamais (.leinaïul»', et au surplus on dt^fend i\ cet év(^que, par forme d'exhortation, de faire si!;:ner la Formulaire à peine de 1,000 fr. d'amende, et aux sujets à peine de 500 fr. On y trouve aussi la lettre de M. de Bayeux i\ M. de Maurepas, (pii est de bonne main, une traduction du bref du Tape approhatif du Concile, avec la différence des deux éditions ; mais ce qu'il y a de plus curieux est un Mémoire, qui s'est répandu à Rome avant ce bref, et sur lequel le bref paroit avoir été dressé, où on a conservé le droit du Pape, dans les jugements des évéques, suivant le concile de Trente, et il semble que le concile d'Embrun n'a jugé qu'une cause mineure, après avoir réservé la majeure au Pape. C'est un lin Italien qui a dressé ce Mémoire : voilà les évoques bien attrapés avec leur concile.
Lettre XVF
A Parii, 00 2.1 mai 1728.
Voici, Monsieur, une nouvelle qui ne vous étonnera point : M. le cardinal de Noailles a rétracté tout ce qu'il a fait dans ces derniers temps, et la requête au Hoi de l'opposition entre les mains de M . le procureur général, et a déclaré que le tout avoit été fait par surprise. Il veut mourir dans les bonnes grâces du Pape et du Hoi; je ne sais si on lui a montré la déclaration que le cardinal (iualtieri a faite à son sujet , où il dit (ju'il n'avoit jamais approuvé ce que M. le ciirdinal de Noailles avoit fait sur la Constitution, quoique son ami, et où il a nommé les jansénist^îs hérétiques. On voit cett<; déclaration imprimi'e en italien et en franrois, etje ne doute presfjue p;is(ju'on ne s'en soit servi, pour tirer cette d<Tnière rétractition, qui ne sera iMîutnHre |)as la dernière ; ce seroit une belle histoire à faire cjuc œlle de ces variations. Il reste encore huit évéques opi)osants. Nous avons vu ici le bref du
LETTRK XVP. 547
Pape, et le Mémoire italien sur lequel il a été dressé ; il n'y a pas d'apparence que ce bref passe jamais au Parlement. Tout ceci commence à tendre à sa fin. L'asseml)lée fortuite n'a point fait de censure de la consultation des avocats, mais elle a répondu à 14 articles proposés par le Roi. Nous verrons bientôt cette réponse et alors nous en parlerons.
M. d'Angervilliers a la place de M. Le Blanc et il en a fait serment dimanche entre les mains du Roi. Ce qu'on dit de M. Le Bret n'a nulle apparence, il n'est point venu ici, et on n'a point pensé à lui.
L'intendance de Paris n'est pas encore donnée. On croit qu'on pourroit bien faire revenir de Strasbourg M. de llarlay ; il n'aura pas à Paris de démêlé avec les commandants, et trouvera un opéra tout établi. Le Roi esta Raml)ouillet avec M. le cardinal de Fleury ; il partira le V pour Compiègne, et il est sûr que M. le Duc sera du voyage.
Ce qu'on vous a mandé du mariage rompu est trèsvrai, mais il y avoit encore un article ; c'étoit d'avoir son directeur à manger avec elle deux ou trois fois la semaine^ et ce directeur est du parti ; le pauvre mari court encore ; il marie sa fille, qui n'est pas plus haute que cela, à M. de Pont-Saint-Pierre, et M"*-* de Pont-Saint-Pierre épouse M. du Palais y l). On marie aussi le marquis de Ménars à une demoiselle de la Rivière. Tout cela vaut mieux que les Consultations, les rétractations et les oppositions.
On voit une pièce de vers : Jansénius, poème héroïque. C'est une des belles versiiicalions que l'on ait jamais vues, mais la plus extravagante idée qui soit passée par la tète d'un fou. Dieu envoie Jansénius à M. le cardinal de Fleury,
(I) U s'agit ici de Adolphe-Charles de Romilley, marquis de la Chesnelayc, qui épousa, au mois de juillet 179.8, Anne-Diane-Dau\et des Maresl. Sa lille, Chatlotle-Maigiiorite de Homilley de la Chesnolaye, alors à^^c^e de (iiialor/e ans senh'ment, épousa, le 9.) mais 1728, .Miclifl-Charle-;-l)orotliée de lUuirlierolles, comte de Pont-Saint-Pierre, mcstrc de camp du réniment Royal-Cravate. Elle uiourut à Paris le .; décemhre 1700, ft^éc de quaranhvsix ans.
r,48 (:oi\rvKsroM)ANc:i: iM:i)iri:.
pour lui ilonner des avis sur sa coiuluile. Jansénius ne sait ce qu'il dit, et cela iiuit j)ar(Us inalécliclious et i\ envoyer le cardinal au diahlo.
On fait pourM.de Farijfis deux connnulations totales, on lui (Me tout à fait le nom de Kieux, et comme il n'a point de terre de ce nom, on érige sa terre de LtWi en baronnie de Fargis, afin qu'en s'appelant Lévi, il n'eût pas encore rencontré (juelque opposant à la l'amille de la Vierge, qui est bien plus ancienne que celle de Uicux. Au reste. Garbure est un nom Béarnois et qui est du francois de cuisine.
On dit que la place de TAcadémie est destinée à l'abbé de Uolbelin, el je n'ai garde aux descendants du bAtard d'Orléans.
Il y a une Relation historique du concile d'Embrun en 5î volumes in-12, en forme de lettres. C'est un bon ami du concile qui en est l'auteur; il y a beaucoup de pièces et cela rend cette Relation curieuse.
J'ai vu M. Brossetle un moment; il m'a entretenu de son Régnier^ et je crois vous avoir déjà mandé qui étoit La Macette et ses compagnes. Pour l'abbé d'Olivet, je no le vois point; il dira qu'il ne me voit point, mais je n'en ai pas 11.' temps. Il m'a communicjué son JlistoirOy j'y ai fait quelcjues noies, et je crois (ju'il n'en a pas été content. M. de Bayeux est toujours mal. M. IN'tit-Pied ne lui parle de rien, il le connolt de tout temps et il n'y a que de l'amitié ; d'autres gens se mêlent du reste.
Lettre XVir.
A Parif, ce 2 Juin 1728.
Le dernier état du procès de M. de Far;^is, est que l'on efface tous les trois noms, et qu'on le remet en tel état qu'il étoit, avant que d'être né, pour le faire baron de Fargis, en érigeant sa terre de l^'vi en b ironnie sous
ce nom. Adam le nomenclateur v seroit embarrassé luimême, aussi bien qu'Apollon son serviteur.
Vous savez la rétractation du cardinal de Noailles, ou plutôt le désaveu du pouvoir dont on s'est servi assez incivilement^ lui présent à Paris. Dieu sait les cris et la bouffonnerie de la muse des enlumineurs que Ton va entendre.
Il a raison, car il vaut mieux, Dit un proverbe des plus vieux :
Se dédire, que se détruire.
C'est bien cette fois qu'on va l'appeler sa Reculante Eminence :
Et Noailles jusques au bout , Sera semblable à la pendule, Qui va, qui vient et qui recule.
Je n'ai point donné d'avis exprès sur la rareté du livre de la Dlcœarchle; mais les recherches ont réveillé les gens, et je crains que l'ami B. toiit le premier n'y pense. Si le livre est dans celte Bibliothèque Colbcrtienne^ ce que je n'ai pu encore découvrir, n'ayant que le deuxième tome, étonné qu'on mette en nombre de livres, des arrètésdes monnoieset autres paperasses, qu'on ne meltroit pas à la voirie des bibliothèques.
On a publié hier une Déclaration du Roi du 10 mai, enregistrée le 21) mai, qui ordonne que tous imprimeurs qui seront convaincus d'avoir imprimé, sous quelque titre que ce puisse être, des Mémoires, Lettres, Relations, Souvelles ecclésiastiques, ou sousautres dénominations, des ouvrages ou écrits non revêtus de privilège ou permission sur des disputes nées ou à naître en matière de religion etc., seront condamnés au carcan, et, en casde récidive, aux galères pour cinq ans. Il y a d'autres articles, mais celui des colporteurs (qui est le dixième) ne me paroit point assez développé, ni bien dressé, et voilà encore matière à dispute. Ce qui est plaisant, c'est que du cùlè du Concile, on
550 CORUr.SPO^ÏOANCK lIVr.DITK.
a fait Mémoire du (o»ri7c. Relation du Concile, et \e Journid du Concile en lettres, et ils sont les premiers condamnés. Les yiouvellefi ecclésiastiques ne viennent qu'après, et il est vrai qu'elles étoient bien hardies, mais aussi tr^scurieuses, et la peur du carcan va nous faire perdre toutes CCS curiosittVs. Je ne crois pas qu'on ait envoyé iV iM. Fleucbelot ces youvelles ecclésiasliques ; il m'a écrit que tout lui avoit n^auipié, et il me parolt ignorer les choses les plus puhlicjurs ; je lui ai répondu, et l'ai un peu mis au fait de tout. Quant à l'original de l'opposition des huit évéques, il subsiste toujours, hors la signature du cardinal de Noailles désavouée.
J'ai retrouvé un écrit en 1717 contre l'appel des quatre é\èques, et contre le Mémoire qui avoit été fait pour le soutenir, et dans cet écrit qui est intitulé : Dissertation sur l'appel y etc., et qui est trts-bien fait, il est beaucoup parlé (lu concordat de l'appel qui fut fait alors et du traitement fait i\ l'Université; mais il n'en tire pas la conséquence de la non-suspension comme vous faites; il parolt que cette dissertation est oubliée, et c'est pourtant un des meilleurs ouvrages qui aient été faits sur cette matière, du côté des acceptants. Il est bon de le joindre au Mémoire sur rappel^ cpii fut augmenté de plusieurs faits dans une deuxième édition, pour prouver que l'appel étoit suspensif, suivant le principe posé par M. de lïarlay, i)rocureur général dans l'affaire d'Innocent XI, et celte grande autorité, jointe à celle du cardinal d'Ostie, a mis bien des gens dans ce parti.
Je ne sais si je vous ai parlé de la Lettre des deux évèques dl'trecfit et de Uahijlone ;\M.deSenez; c'est comme un Supplément de la Consultation des avocats, où on a ajouté plusieurs preuves tirées du droit canonique et de Vllistoire de CfUjUse: on dit que cela est de la façon deTcvèque de Habylone, qui s'appelle Varlet en son nom, et est frère d'un procureur au parlement de Paris; il a prêché comme missionnaire aux Indes orientales
LETTRK XVII«. 551
et occidentales; il a eu cet évèclié in partibuSj dont il a été prendre possession sur les lieux, et d'où il a été rappelé par la cour de Rome ^ "pour s'être brouillé avec le Nonce à Paris avant de partir ; de là il a passé en Hollande, il a sacré l'archevêque d'Utrecht en janvier 1725. M. Vanespon, ce fameux canoniste, a fait une réponse à ce bref, qui a été condamnée par arrêt du conseil d'État de Bruxelles, du 12 septembre 1725. Et ce sont aujourd'hui ces deux excommuniés qui se joignent à M. de Senez et le comparent à saint Jean Chrysostôme et le mettent même au-dessus de lui ; ils ont oublié de parler de la bulle Vineam Domini, et ils tronquent aussi la déclaration de 1720 et l'enregistrement.
Le Roi part le k juin pour Compiègne. M. de Zinzendorf arrive pour le congrès; un de mes amis l'a vu passer en Alsace et me l'écrit. J'ai trouvé dans la Bibliothèque Colberdenne un livre intitulé : Le séjour royal de Compiègne depuis Clovis jusqu'à Louis XIV y par Antoine Charpentier; Paris, 16V7, in-i^. Ce livre a été inconnu au P. Lelong, qui n'en parle point sur Compiègne.
L'épigramme est de Rousseau. Voici comme elle est :
Rome, je le vois bien, il faut te dire adieu, Si de mourir chrétien je veu\ avoir la gloire : Tne bulle d<ja me défend d'aimer Dieu, Une autre pourroit bien me défendre d'y croire.
T'ne ode sur la Grâce, faite par un curé (M. Pradé) du voisinage de Toulouse, a remporté le prix des Jeux Floraux ; il y a trois ou quatre belles strophes. Vous pensez bien ce qu'on dit de la grùce efficace et triomphante sur ce prix remporté.
On plaide l'affaire de M""* d'Hautefort, sur les deux oppositions aux deux arrêtés de défenses; il y a h\ un faux principal contre l'acte des célébrations dont on ne voit point l'original.
653 CORRESPONDAiNCK INf.DlTK.
Lettre XVJIP.
A Paris, ce 9 juin 172^.
Votre lettre du 3 juin, Monsieur, me confirme de plus en plus que la goutte vous a quitté. Tout est plein ici de nouvelles. Malgré la déclaration du Roi , il y a des Nouvelles ecclésiastiques du iï de mai, où on trouve bien des curiosités, entre autres trois lettres de l'abl)é Tencin à un petit chanoine dcMerlou, qui justifie la confidence avec le neveu; elles sont écrites dans le temps de la prise de possession, et on les a volées à ce chanoine, et les voilà au grand jour. M. l'archevêque d'Embrun ne croyoit pas {[ue cela se découvriroit ainsi, et je ne sais comment il va se tirer de ce pas. On parle d'une lettre écrite de la part du Koi aux huit opposants qui restent, et à laquelle M. de Troyes a déjà répondu que l'indignation du ciel est plus à craindre que celle du Koi, que le poids de l'enfer est éternel, et qu'en matière de religion, c'est aux évoques à donner des ordres et non à en recevoir. Voilà la substance que l'on m'a dite. Vn savetier, M. Nuguct, qui a eu la pension du clergé du I*. Alexandre, a fait un écrit contre les avocats; je ne l'ai pas encore vu, il est imprirné et on dit qu'il y a des choses assez plaisantes, et qu'il soutient (|uc les souliers sont plus anciens ((ue les procès, (hnnis liomo miles. On a affiché cent mille écus à gagner pour rpù retrouveral'espritet rhonn(îur du cardinal de No.'iilles, et raffiche dit que les fonds sont entre les mains de sa famille, qui lui a fait faire cette dernière démarche.
Les Jansénistes ont im[)rimé une liste de sept ou huit cents noms de ceux rpii ont a[)pn)uvé la lettre des douze évèfjues et archevêques; le (Cardinal à la tète, il y a un Ix'l Averlissement iicaiUi liste, avec un jmssage de saint Cyprien : llli sunt l^cclesia, plebs sacerdoti aduuata et pastori iuo grex adhœrens ; mais ils ne savoicnt pas que le
LETTRE XVHl^ 553
pasteur alloit abandonner le troupeau , et ainsi on ne sait pas où est TÉglise. C'est un plaisant contraste de voir cet éloge en même temps que le désistement.
Votre nouvelle de M. de Courson n'est pas bonne : c'est M . de Harlay qui a l'intendance de Paris, et on lui a écrit : « Paris ou rien » ; il a mieux aimé Paris. Vous en aurez les comédiens à Dijon, et ainsi vous en rirez.
J'ai découvert que Bayle, au mot Bufpy rapporte un passage du P. Richeome , où il est parlé de Pellisson et Taboue, et du mot que dit Henri II sur les deux jugements rendus, l'un selon la conscience et l'autre selon le droit. J'étois bien étonné que mon ami n'ait pas parlé de cela dans quelque petit coin. Et voilà encore Richeome que je vous adresse. Je fais veiller à la vente afin que le livre ne nous échappe pas.
Il y a un dernier changement à Fargis; il s'appellera du Rieu du Fargis, la terre de Lévi, ou le nom de Lévi commué en Fargis; voilà la dernière façon, et comme c'est le temps des désistements, MM. de Rieux se sont désistés de leur opposition moyennant cette commutation. Les lettres portent : a en considération des services que ledit de Rieu de Fargis a rendus. » J'ai vu le désistement et non encore les lettres.
M. Rrossette m'a montré un Averlissemenl sur son Régnier. L'abbé d'Olivet m'a fait voir deux volumes du La Fontaine; il n'y a point d'ordre chronologique bien suivi, cela est exactement imprimé; tout ce que j'avois y est ; et les quatre lettres à sa femme, et la lettre sur M"' de la Force; je trouve qu'ils ont bien fait; ils y ont mis VFunuque; la Fêle de Vaux n'y est pas, qui est une pièce excellente ; je la leur donnerai ; dans le troisième tome, il y aura les fragments du Songe de Vaux; on dit qu'ils en ont cinq ou six qu'on n'a point ; je n'ai trouvé dans les deux volumes que deux pièces que je n'avois point vues ; cela a été acheté de la veuve du fils de La Fontaine. Je crois tout ce que me dit l'abbé ; il ne me parle plus de son Histoire
554 COI\I\KSPOM)AM:K liNKDlTK..
ni moi i\ lui. Il dit qu'il prend tout ce soin par p^énërositë, ot moi je vouclrois bien que ces libraires me donnassent (ju^lquos exemplaires , pour ce que je leur donne ; c'est une nation inirrate, et je no sais si l'abbé est si généreux qu'il le dit.
.M. Brossette m'a parlé du nouveau Richelct^ (pii n'aura que 3 volumes in-1'olio, et où M. Aubcrt a fait entrer beaucoup de dissertations sur le droit et sur l'histoire ; ce sera là un plaisant Diclionnaire de langues. L'abbé Leclerc de voit donner ses Vie^i à part.
Voici bien d'autres livres, écoutez '.Voltaire a fait en anglois un Esi^ai mr le povmc épique ; il est traduit en francois; s'il ne parloit pas si mal d'Homère, je trouverois l'ouvrace très-bon ; il parle d'Homère, de Virgile, de Lucain, du Trissino , du Tasse, de Camof'ns, d'un Espagnol qui a fait le po»'me d'Araucana et de Milton, Anglois qui a fait le Panidis Perdu ; il y a des choses nouvelles qui méritent d'être réfléchies et cultivées, et une critique sens^ et «igréable. La nouvelle édition est proscrite de la France.
Écoutez encore. J'ai lu et tenu V llisloirc du prince ApjiriuSj tirée dpa fautes du woiidc dejniis sa création, (router en 1722 dans les papiers du roi de Perse détrôné. Imprimé à Constantinopley 1728. Apprius est l'anagramme de Priapus, et sur ei'la imaginez-vous tout ce (pii se peut passer par la cervelle d'un homme d'esprit et libertin. Tout y est sous des noms allégoriques, dont on donne ;\ part l'explication manuscrite, les Duehaufour, les tril)ades, la Frigalia, le diable, et pis cpie le diable est dans ce livre écrit en franmis avec beaucoup de soin et d'imagination, et (juand vous avez la clef, vous trouvez des horreurs et de» ordures affreuses. Ce livre se vend au poids de l'or; je srjupronne un homme qui est à Vienne (1). Je n'en dis pas davantage.
'1) Rooiieau. Ce ll^rp, comme nooi la fcrroni, (toll de Pierre-Françoli 5o-
LEÏTRK XI 555
L'abbé de Rothelin est, à ce qu'on dit, nommé pour l'ambassade de Turin ; j'aimerois fort être ambassadeur à Dijon et à me réunir à vous, Monsieur, et à M. Fleuttelot.
Lettre XIX\
A Parisice \7> juin 4728.
M. l'évéque de Bayeux est mort le mercredi 0 de ce mois, à quatre heures et demie après midi, après avoir reçu le Viatique à quatre heures. Il a été enterré à Royaumont auprès de M. de comte d'Harcourt et auprès de M. le comte d'Armagnac, ses père et grand'père. M. le prince Charles est revenu de Compiôgne pour lui rendre ce dernier office. Voilà, Monsieur, encore un opposant de moins, de l'autre cùté. L'ancien évéque des Viviers, Ratabon , est aussi mort, et il y auroit de quoi faire un beau Dialogue.
Hier 12, à sept heures du matin, un exempt et un commissaire allèrent chez M. l'abbé Petit-Pied; on le trouva dans son lit : on lui montra une lettre de cachet pour la Bastille, et on mit le scellé sur ses papiers ; il se leva, s'habilla et demanda permission de prendre un bréviaire dans son cabinet, on le laissa entrer sans le suivre; mais il descendit par un escalier dérobé et sortit par une porte de derrière rue Montmartre, pendant qu'on l'attendoit à celle de devant dans la rue du Jour. Ainsi la proie fut manquée,eton ne sait absolument ce qu'il est devenu (1). Le P. Quesnel a bien échappé au travers d'une muraille, celui-ci peut bien échapper par un degré pratiqué dans sa maison; ce degré, bAti par le père de l'abbé pour
dart de ncauchamps, né à Paris, le 12 mars 1701. L'imprimeur fut condamne ai) bannissement et à une forte amende. (1) Voir, sur celte évasion, les Mémoires de Mauiepas.
6S6 CORHRSPONDANCE IM.DITK.
s'approcher do TÉglise, n'avoit point été fait pour s*enfuir :
Un pavillon tout nu bout du jardin Vint ;i propos : niossire .\ld»ibrniuliii >io l'avoii lail hàlir pour cot usage.
Imité de Vii'gile :
Aow hoc quxsitum munus in usas.
Apparemment on veut savoir si M. de Bayeiix a fait (piebpie acte à sa mort, mais on assure qu'il n'en a point fait. l*endant la maladie, on a payé les créanciers les plus pressants et privilégiés.
Il parolt une Lettre de M. lévêquc de Castressm Roi, en IG pages in-V% qui est fort éloquente ; c'est contre le concile d'Kmbrun ; elle est datée du 8 décembre 1727. Ce prélat s'efforce de prouver que la Constitution n'est point loi d'Ktat, à cause des modilications des parlements sur la quatre-vingt-onzième proposition, dont le Concile n'a [K)inl parlé, et il n'a point parlé aussi de toutes les autres explications de 1717 et de 17i0.
Ce que Ton a dit de la lettre du Roi aux opposants et de la réponse de .M. de Troyes est apocryphe.
M. l'évéque d'Auxerre a eu permission de revenir à Paris pour quelques jours, [)our voir M. de Caylus, son frère, qui est arrivé d'Espagne.
Je suis étonné que vous n'ayez pas le grand Mémoire liisloriijue qui fut fait pour l'appel en 1717, et dont il y a eu deux éditions, une in-^^% l'autre in-8". M. dellarl.iy, procureur général, dans son discours (pi'il fit à l'Cniverhitéle 8 octobre 1(>HH, ai)rès avoir établi l'ciffcl suspensif, dit : aVou5nousavez,Monsieur,ens«'ignédèsran 1 V91,ces règles sur l'effet des a[)[)<llati(jns, et nous avons même cet a\antage, à l'égard des dernières, qu'ellesont été aj>prouvëespar le cardinal d'Ostie il y a plus de quatre cents ans, cl que le sentiment de ce savant canoniste a été suivi par
tous les autres Italiens qui ont écrit depuis ce temps avec réputation. » Il faut qu'il y ait quelque autre livre du cardinal d'Ostie. M. de Harlay n'étoit pas sujet à «e tromper en matière publique.
Il est singulier que le P. Follard remplace nos petites tragiques et qu'il fasse verser des larmes à Lyon, pendant qu'on n'en sauroit tirer de Paris. Il y a un autre M. Follard qui s'est associé avec le P. Thuillier pour Polybe, et c'est un commentaire aussi original et aussi hardi qui s'en soit jamais vu. Tous les généraux y sont nommés et les vivants môme y sont repris très-franchement. M. le Blanc protégeoit l'auteur, mais le voilà mort, et peut-ôlre M. d'Angervilliers arrêtera cet auteur, qui écrit un peu trop militairement, et nous n'aurons pas le reste de l'ouvrage, qui doit avoir 8 volumes in-4.°; les figures en sont fort belles (1). A propos de M. Le Blanc, M.Bernard, maitre des requêtes, a acheté la charge de grand'croix, prévôt et maitre des cérémonies de l'ordre de Saint- Louis; il aura le grand cordon et la broderie d'or, et c'est une sorte d'illustration. L'édit de 1719, qui a créé ces charges, n'a jamais été registre au Parlement.
On plaide M°" d'Hautefort, il n'y a point de mémoires nouveaux. On ne voit que les lettres de part et d'autre ; le public est fort mal disposé pour les Ilautefort.
Je ne vois plus mes porteurs de Nouvelles: il y en a du 25 que je n'ai point vues. M. d'Embrun a encore un procès où il s'agit de confidence au Parlement, au rapport de M. Racine ; j'en ai vu et non pas lu le factum, mais cela viendra. M. de Celi n'est pas encore arrivé, il prétend qu'il
(1) Jean-Cliarles, chevalier de Folard, célèbre tacticien français, célèbre à d'autres litres par Tamitié filiale que lui porta le marécbal de Saxe, et par la part qu'il prit aux querelles du jansénisine et à l'affaire dos Convuisioimain'S. Un des personnages les plus originaux du dix-liuilième siècle. Ne à Avignon le 13 fevrit-r 1669, mort dans la même ville le 23 mars 1752. Son curieux et liiiuioii^licpn; ('om)ne)U(iirc (]v l\)\\\»'. parut à Paris, I72I-I730, G vol. in-4". La meilleure édition est celle d'.Xm^lerdam, 175.'{, 7 vol. in-'«".
558 CORRESPONDANCb: INf:niTK.
faut lui faire son procès avant de le révoquer. 11 fera tuut qu'il n'aura rien.
Le congrus doit s'ouvrir demain, et il y aura de grands repas ^.ar le Cardinal, dont les tables seront tenues par M. de Contade, M. de lirossorë et M. de Verneuil. En ce moment, on vient me dire (jue le Cardinal est malade et que ce congrt-s est remis. Je n'en crois rien.
L'appel de 1V91, fait par TUniversité de Paris, est au sujet d'une imposition de deniers faite par Innocent Vlll, Histoire universelle^ t. V, p. 79V-795; Preuves des Libertés, ch. 13, n" 10; ihid., 803-80V. C'est d'un appel dont parle M. de Harlay, et il est expliqué au long dans le Mémoire sur 1 i[>pel. Ce mémoire ne parle point du cardinal d'Ostie, quoiqu'il cite une infinité d'auteurs.
Lettre XX\
A Paris, ce 24 juin «728.
Hier 23, fut jugée l'affaire de M'"*' d'ilautefort, après plusieurs audiences; l'arrôt ordonne qu'avant faire droit, la procédure commencée au Chàtelct par la dame et le^ monitoires seront continués jusqu'au décret inclusivement, el cependant la procédure commencée à Laval par M. d'IIautefort (sursise)', le décret d'ajournement personnel contre le curé de Saint-Quentin , converti en assigné pour être ouï : dépens, domma^^es et intérêts réservés. Voilà, .Monsieur, un grand interlocutoire, où toutes les deux parties gagnent; on a suivi les conclusions de .M. Talon, si ce n'est qu'il avoit demandé à être rcru opposant à un arrêt qui avoit reçu M. de llautefort appelant de la procédure du Cli/Vtelet et même comme d'ahus du moniloin;, toutes choses demrurant en état, et son o[)positton étoit en ce que l'urrèl avoit élti rendu .sans gens du IU)i et sans avoir vu les charges, ce qui est contraire à l'ordonnance , article 9 du titre 7 de l'ordonnance de
LETTRE XX^ r,59
1 670, article 4 du 26 ; mais celte opposition n'a pas été reçue; et l'arrêt en dit tout autant, en ordonnant la continuation de la procédure et du monitoire. La question étoit grande et difficile, sur la récrimination de la procédure de Laval, que l'arrêt tient sursise ei qu'on soulenoit nulle. Il y a un faux principal contre l'acte de célébration et contre quatre lettres où il est parlé du mariage et contre la quittance de dot , et l'arrêt de la main de M. d'Hautefort comme les autres lettres. Pour l'acte de célébration , je ne doute pas qu'il ne soit vrai , si le greffier n'en a pas mis un faux à la place, comme il pourroit bien être, puisque c'est une feuille volante, et que ce greffier est témoin de Laval. Il y a deux Mémoires, l'un de M. Cochin, l'autre de M. Aubry, qui sont très-curieux et très-rares; il n'y en a pas pour les pages, et je n'en ai encore pu attraper qu'un de chaque.
Toute la Cour, de ce qui n'est point à Compiègne, étoit à cette cause, et est venue entendre des choses bien désagréables à la famille d'Hautefort.
Hé! que diable alloit-elle y faire, Falloit-il là montrer son nez?
Mille brocards se sont donnés, Bons et mauvais , de toute espèce.
Le fond de tout ceci ira, si je ne me trompe, à déclarer les pièces vraies , et si la célébration est fausse, il y aura bien quelqu'un de pendu.
Le conseil que l'on a donné à la demoiselle de désavouer son mariage, après la mort de M . d'Hautefort, est un conseil manceau, qui n'a pas été trouvé bon dans le public parisien , et après tout, M. de Hautefort gagnant cette affaire , n'en souffrira pas moins dans son honneur, pour avoir* agi comme il a fait contre une tille de condition et d'une vertu reconnue partout pour irréprochable; et pour l'avoir voulu livrer à ses juges; d'où elle s'est tirée comme par miracle.
SCO (:OI\RhSPO>DA;Nc:K ÏMU)ITK.
M. IVtit-l^icd a fait le second tome do cette dame. On |>arle d'une estampe où on voit une cage, au haut de laquelle il y a un trou d'où sort un petit oiseau, et au bas un chat avec un iiomme, représentant M. Hérault, et avec cette inscription : Les petits pieds ne sont pus pour tous.
Autre figure de M. de Céli avec tous les attributs de la folie et ce mot : fa*// cœlorumque virtutes. Cela revient i\ce (]ue dit Scaliger. Omnes JlarLvi sunt bizarres. (11 est à Paris d'hier et a été à Compiègne. )
Nous ne voyons point encore l'ouvrage du Louvre. On dit qu'il est à Kome et il est peut-être sous la férule de quehjue congrégation, qui ne le passera pas comme il est. Cependant les jansénistes vont toujours leur train et on dit (ju'il y a une Histoire du concile de leur façon ; je ne sais qui est leur Fra Paolo. Je n'ai pas vu les dernières iVouvelles Ecclésiastiques ; on avoit cru en découvrir l'auteur, mais ce n'étoit qu'un homme qui couchoitavec la femme du gazetier pendant l'absence du mari, et la police n'a pas voulu troui)ler ce ménage, où il n'y a point de venin. On ne recherche point aussi V Histoire du prince Apprius. C'est un M. Beauchamp, secrétaire delà Connétablie, (]ui demeure chez le maréchal de Villeroy ; il a fait cela à Lyon avec (ju«*lquev; amis pour s'amuser, puis il a fait la sottise de le faire imprimer, et on n'en parle prestpie plus, parce que toutes ces anagrammes ne sont pas faciles à retenir. Je vous assure qu'il m'a ennuyé, loin de me rajeunir, et je m'étois déjà souvenu d'il mondo inveccliiando siniputanisct, que j'ai vu dans une lettre de Ihissy.
J'ai retiré le pouvoir de celui (jui devoit enchérir le l)icearchia', parce qu'il auroit été sur vous. Je ne crois [ms que l'ami iJouret y .songe, il a trop à l'aire i\ démêler les intérêts des puissances dans le congrès, dont tout le secret lui est dévoilé.
Pour moi, en vérité, je n*en sais rien, et j'aime mieux ce que vous dites du désir de nous rassembler tous trois.
LETTRK XXI'. 561
VOUS, l'ami M. Fleuttelot et moi; nous en dirions de bonnes et de belles. Et pourquoi cela n'arriveroit-il pas?
Ce seroit un très-aimable congrès.
J'ai donné la Description de Vaux sur la périlleuse parole de l'abbé d'Olivet. On lui demande son Éloge de La Fontaine, qu'il a grande envie de donner, mais c'est comme s'il se faisoit l'éditeur, et je ne sais si l'Académie doit le souffrir.
Lettre XXP.
A Paris, ce <•' juillet <72ê.
On ne parle ici que de l'affaire de M""' d'Hautefort et la Cour même est contre la Cour. L'acte de célébration est un peu léger, mais je crains qu'on n'ait pris la commodité du détachement de la feuille pour y substituer un faux. Cela devient une affaire majeure et des plus importantes.
11 y a un bref qui défend de lire la Consultation à peine d'excommunication . Si les lecteurs sont ainsi traités, que seront donc les auteurs? Nous verrons s'il y aura des lettres patentes sur ce bref et ce que le Parlement en fera. Voilà matière H de nouveaux traités et à de grandes questions, et je ne sais si les foudres du cabinet ne seroient pas meilleurs que ceux du Vatican.
On a arrêté une dame qui, sous son panier, avoit une grande partie de l'édition de la nouvelle Histoire du concite d'Embrun. Vous verrez qu'on va aussi excommunier les paniers; la dame entroit dans une brouette par la porte de la Conférence, à sept heures du matin. On la mena chez M. Hérault; elle ne voulut jamais dire d'où elle tenoit tous ces livres, elle dit qu'elle étoit Italienne, née à Rome, son mari sculpteur, nonmiéThéobon, et tout ce qu'elle faisoit que c'éloit par motif de conscience. On n'en put rien tirer autre chose, et elle fut menée à la Bastille; elle est mère d'un dcsCumaldules exilés. Cela rend T. m. 3G
563 CORRESPONDANCR l.NI.OITF.
cette Histoire trùs-chùre. Les Aoi/rr/Zos ecclcsiindques vont toujoui^s leur train ; il y en a du 10 juin que je n'ai pas encore vues. Le bruit est fort grand (jue M. de Tenein va être cardinale et que le cardinal Ultoboni a demandé le chai>eau pour lui. Ce seroit une belle couverture à la confidence, car ils ont os aperlum ad omnia bénéficia , et je crois qu'ils sont simoniaques.
Le départ de Beaune de M. Petit-Pied est du 19 novembre 17*2i. Il écrivit de ce jour-là une lettre à son frère, qui est dans Y Histoire du cas de conscience, tome VI, avec les déclarations du Roi données en 1705 et 1706 contre les infracteurs des exils. On a fait une épigramme qui met son chat dans V Histoire des Chats , et cette imagination est plaisante.
Je suis bien aise de savoir la patrie de Fauteur d'yi/7prius, il faut connoître les grands hommes et savoir où ils sont nés, pour ne pas tomber dans la dispute d'Homère. Mais à propos, j'oublie bien de vous dire la réception de Pabbé de Kolhelin et le discours de l'abbé Gédouin, qui a désavoué pour l'Académie le mépris qu'on a fait d'Homère dansquelques ouvrages, disant : «que ce sont comme des hérésies qui ne touchent point au cœur de la religion. » .M. de la Motte cria connue un aveugle qu'il se vcngeroit quand il seroit syndic, et il médite déjî\ la mort de quelqu'un de ses confrères pour avoir occasion de se venger pleinement. H lut deux Psaumes, ce genre de poésie lui raanquoit, et l'assemblée finit i)ar la lecture que fit l'abbé d'Olivet des Éloges de Conrart et de Chapelain. L'Académie aura été bien étonnée d'entendre louer la Pucelle comme un beau po<Mne. J'avois pourtnnt retranché cet f:io(je dans ma petite révision, et je crois cpic l'Académie pourra aussi bien le désavouer un jour (juc; le blâme dHom«-re. C'est vraiment une plaisante idé»! d'aller louer Chapelain sur sa poésie, après ce (juc tout le monde en sait et ce qu'en a dit Despréaux, et de promettre encore douze chant» de la Pucelle pour la parfaire, comme
LETTRE XXr. 5G3
faisoit M. Huet. Le secret du congrès communiqué i\ Tarai B. n'est qu'une plaisanterie sur ce qu'il croit savoir tout ce qu'il y a de plus caché dans les négociations, et ne parle qu'à l'oreille de ce qui est dans les Gazettes : voilà l'énigme. M. de Zinzendorf a été très-haut, il n'a pas voulu qu'on ait d'ahord bu à la santé de Louis XV et a dit qu'il boiroit à la santé de l'Empereur, mais cessantes n'ont point été bues, et cela a épargné le canon c|tie l'on devoit tirer. Ce plénipotentiaire va en Styrie recevoir un petit présent de 200,000 écus, qui lui appartient comme chancelier, et de là, il revient au congrès. Les Anglois trouvent à qui parler. Mais voici bien une autre nouvelle. Le cardinal Albéroni retourne en Espagne prendre le ministère; il est déjà parti et peut-être arrivé; il en va faire de belles, s'il continue ses projets, et on craint bien que l'or des galions ne reste entre les mains du Roi (ou de la Reine). J'aime bien ce qu'il répondit un jour à notre roi d'Angleterre, qui se plaignoit qu'il lui parloit trop haut : « J'ai bien parlé plus haut à de plus grands rois que vous en parlant pour vous, yy
Epigramme.
Le chat de Petit-Pied doit avoir une place
Dans V Histoire des chats qu'on vient de mettre au jour.
Rien ne peut mieux prouver son mérite et sa race,
Que d'avoir à Tapiu joué le plaisant tour
Qui lui fait, l'amusant avec son hadinage,
Echapper cet oiseau qu'il tenait dans sa cage.
Sur Vair de Jocondc.
Tapir), qui fonds comme un vautour
Sur tout bon janséniste,
En vain tu devances le jour
Pour le suivre à la piste.
-Petit-Pied à ton compliment
Déloge sans trompette,
Et te laisse fort poliment
Son chat pour annisctle.
On vient de snpprimer un livre de Mémoires (Van homme depuis sa retraite: il y a des choses fort hardies contre le feu crand-duc, et Tenvoyé s'en est plaint. Le censeur est M. Blanchard, qui a été censiirtS et (]ui n'y prend pas garde de si près. On dit (jue le livre est très-bien (^crit.
L'abbé l). vient de m apporter son É/or/e de La Fontaine, je ne Tai pas encore lu ; je sais dèjiV qu'il n'a plu i\ personne, et lui ai dit par avance qu'il passeroit pour éditeur, s'il le mettoit à la tète de l'édition, et que ses ennemis en pourroient tirer avantage contre lui, comme de l'édition du Pyrrhonisme de M. Huet.
Lettre XXir.
A Paris, ce f8 de juillet 1728.
Enfin, .Monsieur, nous avons VAvis des évoques, l'arrêt du conseil qui le confirme, et si vous voulez encore le bref du pape qui excommunie. Voilà la consultation entre deux l)eaux draps blancs. J'ai lu l'avis, qui est bien écrit et d'une sim[)licité noble. Mes confrères se sont allés embrouiller dans la théologie et ont fait des hérésies sans y penMT, et je crois qu'ils seront bien étonnés de l'avis de lie (lominis. On auroit pu, ce me semble, sVtendre davantage sur l'exposé de la déclaration de 1720, qui ne parle point comme la consultation, et sur l'enregistrement qui a été tronqué. Il y a un petit mot sur le concile de Douai et sur la fausse décrétale du pape Zéphirin, et apparemment ces Mémoires ne sont venus aux évèques que sur la lin de l'assemblée : ils n'ont pas dit un mol du concordat, qui est un si grand exemple; chacun a sa façon de penser, mais enfin ils ont conclu })ar des qualifications très-fortes et en grand iiofnbre, (pie l'arrêt du conseil a réduites à trois : V^ Propositions opposées à la doctrine de C lùjlise. 2' Injurieuses à son autorité. 3' Cou-
traires aux lois de VÈtat. Le Vu deTarrét, qui contient un abrégé de VAvis des évêques, est fort bien dressé, et je suis fort trompé si ce n'est l'ouvrage de M. le Chancelier. Il paroit qu'on a voulu ménager les avocats, à qui l'arrêt fait un compliment. Mais je ne sais s'il leur est favorable et honorable de penser qu'ils n'aient fait que souscrire la consultation condamnée. — On a joint à cet Avis des évèques la Lettre du Roi à M. d'Embrun, qui est approbative du concile ; elle est du 28 décembre 1727 ; nous l'avions déjà vue, mais nous n'avons pas vu encore une autre lettre du Roi du 29 de mars 1728, aussi à iM. d'Embrun, où il est autorisé à donner au public les Actes du Concile^ le bref du pape qui le confirme, et une lettre de cet archevêque au pape, où il prévient les mauvaises interprétalions de ce bref. Nous apprenons, par cette lettre du Roi, qu'il n'est pas besoin de lettres patentes dans le cas des conciles, et que, dans les affaires de cette nature, la forme ne doit pas l'emporter de façon que le fond puisse en souffrir : ainsi on met le pape bien à l'aise et nous nous désistons de nos libertés suivant les occasions. Vous pensez bien que tout cela ne demeurera point sans réponse. Déjà on dit que l'on imprime X Avis avec des notes à côté, et M, de Senez, qui a tout le temps d'écrire, vient de publier un Mandement ou Instruction pastorale de 2i0 pages in-4% sur la visibilité de l'Église; que l'on dit qui sert de réponse par avance à une partie du jugement des évèques. Comme sa plume est belle et féconde, il va entraîner bien des gens, et comme il y a une telle prévention dans le public sur tout ceci, je crois que si la vérité elle-même se montroit en personne, on la quitteroit pour aller de l'autre côté. Le fait est certain que M. d'Kmbruu a la nomination du roi d'Angleterre pour le chapeau de cardinal, et qu'elle a été insinuée au pape le 20 de juin dernier; ainsi nous le verrons bientôt avec la calotte, qu'il défendra bien contre tous les orateurs jansénistes, comme dit le cardinal Albéronidu pape d'au»
6Gt> COKUF.SrONDANCK IM'.nH K.
joiircriuil, iiiii ayant voulu lui faire quitter la perruque, il ilit : « V ai bien défendu ma ealotte contre son prédécesseur, je défendrai l)ien ma perrucjue contre lui. »
Nous attendons avec impatience les couches de la Heine. On a fait des prières publiques sur un mandement du cardinal de Noailles. Ce cardinal est bien i\ la Cour i\ présent. Le cardinal de Fleury Test venu voir et M. le garde des sceaux; les.Youvf //rs ecclésiastiques, qui continuent toujoui*s, ont raconté à leur manière la visite de ce dernier. Hier, 17 juillet, on enregistra au Parlement le contrat de mariage du Koi , qui ne Tavoit point encore été. La Reine est prise avec ses droits, il y a un douaire de 60,000 ëcus d'or, etc.
M"* d'IIautefort continue ses preuves en exécution de Tarrèt; on dit qu'elle en a plus qu'elle n'en veut de la soustraction de la cassette, et que cette affaire ayant fait un grand éclat, il vient des témoins de tous cAtés qu'elle n'auroit point eus dans le secret et la solitude de sa première information. Il y a dans le Journal de r Hstoile (année KiO'J; un fait qui regarde cette famille d'IIautefort ou Saint-Cliamans, sur le lieutenant général de Tulles, ;\ qui ils auroient fait donner les étrivières, et qui donna lieu à une bonne réponse de Henri IV. Ne sauriez-vous point. Monsieur, la suite de l'arrêt de Bordeaux du 1" mai 1008, noté dans la marge de cet article? Vous saurez cela certainement, et sur ce, je vous somme du supplément que vous devez au public.
M"* de Clioiseul est morte iuleslal, sans réconq)enser ceux qui ont travaillé pour elle, et elle disoit de M. Le Normand : Verrai-je toujours cet homme sur mes quatre quartiers ! Il a un procès pour sa vaisselle, qu'il lui avoit confiée. Je vous envoie copie du billet de renterrcmenl de cette demoiselle, qui est curieux à garder, et qui sert une naissance douteuse.
J'ai vu un dernier fragment du Soiuje de Vaux qui est merveilleux. C'est un songe où b» po<*te voit une Aminte
LETTRE XXIIP. 667
endormie avec un linomple qui lui couvre la gorge. Un rossignol la réveille^, elle parle d'amour à celui qui se trouve auprès d'elle, et cela est si galant et si délicat en même temps, qu'on voudroit tenir et la maîtresse et l'amant pour les embrasser tous deux.
Je ne croyois pas que ma lettre finiroit ainsi.
Lettre XXIW.
A Paris, ce 26 juillet 4728.
J'ai relu plusieurs fois VAvis des Évêques; il est trèsbien et je le crois de la même main qui a fait la Censure dii P. Courayer; tout Paris court après. Le bref approbatif du concile d'Embrun n'est point contre le Pape, car ce bref fait entendre que le concile a réservé la majeure, qui appartient au Pape, n'ayant point jugé l'hérésie et n'ayant point imposé la peine de la déposition. Le président est trop bien avec Rome et on attend trop pour n'avoir pas ménagé cette cour; dans ï Histoire de ce concile (qui est de M. Petit-Pied) on explique bien cette intrigue, et vous avez dû voir dans les Nouvelles Ecclésiastiques un mémoire traduit de l'italien qui met les gens au fait sur cela ; il est sûr que le 2J juin, la nomination du roi d'Angleterre a été insinuée au Pape, quoi que la famille en dise. A l'égard de la forme, ce n'est pas de la forme du concile dont il s'agit, mais de la fornie du bref, qu'il faudroit revêtir de lettres patentes; mais ils disent que cela est inutile, et je crois que Rome gagne bien plus en tout cas qu'elle ne perd. Nous avons deux ouvrages nouveaux; l'un du cardinal de Bissy, décent cinquante pages in-V", fort serrées, qui est une Instruction contre l'appel au concile général. C'est un ouvrage fort travaillé, qui répond aux Mémoires faits en 1717 pour soutenir cet appel, et vous voilà, Monsieur, obligé de les avoir si vous voulez entendre cette Instruction. Ce n'est
568 CORRKSPONDANCE INÉDITF.
pas que les objections, qui sont au nombre de 'i'2, sont ir^snettement rapportées, et les réponses paraissent fortes, savantes et d'une main babile qui a bien discuté des faits anciens et modernes de Thistoire ecclésiastique. Il y a aussi, dans cette Instruction^ plusieurs preuves nouvelles de l'acceptation des églises étrani;rres, et Tunanimité ne fait que croître. L'autre ouvrage a pour titre : La Calomnie jwrtce à l'excès contre les appelants^ par MM. de Marseille, de Cambrai et de Bcauvais ; il est d'un bon orateur (jui s'appuie de plusieurs passages de MM. Pascal , Arnaud et Nicole, et qui raisonne conséquemment. Il s'agit des reproches que ces prélats ont faits aux appelants de ne pas croire la présence réelle parce que le P. Courayer, qui est appelant, ne la croit pas. Ce sophisme est très-bien détruit dans cet écrit, où on dit ;\ M. de Cambrai qii*il ne connaît guère mieux les sentiments des novateurs dont il parle, que les opinions des talapoins de Siam ou des bonzes de la Chine ; et à .M. de Beauvais, quil n\'toit pas fort nécessaire que pour calomnier les disciples de saint Autjustiny ce prélat rompit un silence qui, contribuant à le faire oubliery lui était si avantageux. Je vous rapporte ces deux traits pour vous mettre en goût de cet écrit, qui vaut la peine d'être lu et d être gardé.
Il parolt dcsyouvelles Ecclésiastiques d'une édition nou* velle; on a interrompu les anciennes et c'est un autre chiffre , elles sont du 20 juin et 5 juillet. La procuration du cardinal de Noailles pour s'opposer y est entièrement, un bref à M. de Carcassonne et beaucoup de pièces sur les religieuses de Caslellane. (jiii sont plus obstinées (juc celles de Port-Uoyal , cl qui savent la procédure. On y parle du l)ureau d'adres.ses qui s'y tient chez M""'deTencin sur le détail des affaires du (Concile, et où se rendent plusieurs évèques. Le cardinal de Noailles a accepté, son acceptation a été envoyée à Home; nous verrons ce qui en reviendra, Ir jubilé au moins.
L'i visibilité de l'É^li.se, (pie traite .M. de Senez, est sur
LRTTRK XXIII*. 509
la question de savoir si, en certains temps, l'Église n'est pas plus visible dans le petit nombre que dans le grand ; je ne l'ai pas lu, mais je m'en doute, et iM. de Montpellier a déjà écrit sur cette matière deux lettres à M. de Soissons en 1727. Avec ces beaux principes, nous deviendrons tous pyrrhoniens si on n'y met ordre.
M. de Bentenrieder est mort à Soissons. 11 est fort regretté. l'Empereur, la France, le congrès, tout perd et je ne sais qui le remplacera. Rigaud est bien vieux à présent pour peindre toute l'assemblée, et c'est bien dommage que ce grand homme, qui vient de mourir, ne soit pas dans le tableau, avec ses sept pieds deux pouces. Le tableau du duc Charles tenant son parlement à iMalines devoit être bien curieux et on l'eût pu mettre au Palais- Royal, mais on n'est plus au temps du bon goût.
On parle beaucoup de la Henriade et du portrait de M. le duc d'Orléans et de celui de Duplessis-Mornay que l'on dit fort travaillé. Ce qu'il dit contre Rome a fait supprimer ici son poëme si exactement, qu'on ne l'a point pour or ni pour argent, et je n'ai encore pu le trouver, quelque recherche que j'aie faite; je pense comme vous sur son talent merveilleux et sur le jugement qui n'y répond point.
Je n'ai pas ouï dire qu'il y eût un quatrième volume du Recueil de Bayle oii sont ses lettres ; elles ne pourroient pas faire un volume in-folio, je voudrois bien (ju'on y mit celle où il adjuge au pyrrhonisme la distinction du fait et du droit, après avoir lu les ouvrages de M. de Cambray et du P. Quesnel, et où il dit que de part et d'autre il y a des arguments insolubles.
Il me semble que vous ne devez pas tarder un moment à envoyer votre manuscrit à Genève; on y imprime bien et en bon papier, et l'homme de Bruxelles, (jui est un Arabe, ne mérite aucune complaisance.
Il m'est tomlié entre les mains un écrit de cincpjanle pages grand in-quarlo bien iinpriin*'', (pii a pour litre :
570 i:OKKKSl»OM)AN(:K I.NKDITK.
Défense de Monsieur Le Blanc. Il a été fort peu vu et a été donné i\ peu de gens dans le temps du procès. On y fait un grand éloge de ce niinislre et de tout ee qu'il a fait avant de l'être, et entre autres la construction du fort de Mardik, qui parolt un ouvrage des dieux. Puis il y a des portraits affreux d'Arnaud de Boesse etde l'ahbé Margon, qui sont l)ién représentés, et la matière de l'accusatioii assez bien débrouillée, pour un liomme qui n'est pas du métier. L'abbé Lenglet est auteur de cette défense , à ce que Ton m'a assuré, et c'est une pièce c\ mettre dans votre trésor, si vous la pouvez avoir. On n'a fait que me la prêter, el je l'ai dévorée.
Je suis dans de belles affaires. M'"*" de Sainte-Maure est allée aux eaux de Forges, et son mari, qui n'en veut point quand il l'a, la veut quand il ne Ta point. 11 a fait des plaintes de son évasion, a donné une requête à M. le lieutenant civil pour la ravoir, et lui a envoyé un sergent exprès à Forges : la fontaine en a été troublée, les maladéh étourdis, les sains enragés et le sergent a pensé être noyé. La dame dit qu'elle restera jusqu'à la lin de la saison , el nous cherchons dans les livres si le droit d'un mari va jusqu'à pouvoir interrompre le cours de la saison des eaux quand elle est commencée. Zacchias en devroil bien dire quelque chose dans ses Questions médico-légales.
Lettre XXIW
A Pari», ce «OaoAt 172J<.
.Nous avons enfin les Actes inq)rimésen grand inVà lirenoblc et Irês-magnificjucmont; ils sont en latin et en franeois. En les ouvrant, j'ai aperru une plaisante folie ; après une prière qui est très janséniste, il y a Tuni suhdiaronun erigenssesey cecinit : F^rigite vos erertis omnibus, etc., je croi«^que le traducteur auroit tout aussi bien fait de se servir du verbe surgere , ou tout franchement du mot levait,
comme dans le bréviaire, mais on a voulu mettre de beau latin, et celui-là n'est pas trop l)eau, }\. de la Monnoyc qui a remarqué dans plusieurs auteurs de ces sortes de rapports de langue , aura bien ri de celui-ci s'il peut encore rire. J'ai vu aussi, en parcourant ces Actes, qu'on y avait mis la sentence et l'arrêt contre M. rarchevèque d'Embrun. Et la postérité n'avoit pas trop à faire de ces pièces dans un Concile. Je remets à un autre temps à éplucher ces Actes ; il y a bien des pièces curieuses à la fin et entre autres le bref du Pape et la lettre pour l'imprimer. Il devoit y avoir aussi une lettre de M. d'Embrun au Fapc sur ce bref, mais elle n'y est point.
Il y a longtemps que nous n'avons vu de Nouvelles Ecclésiastiques. Le grand nouvelliste a été arrêté. Le parti contraire fait mettre dans la Gazette de Hollande tout ce qu'il peut, et on y met l'avis des évêques tout entier, ce qui la remplit assez inutilement.
M . Bouret m'a dit qu'il n'avoit point encore vu le 4.*^ tome de Bayle, et il ne sait pas même qu'il yen doive avoir un. Je ne sais pas de qui sera la Vie; il y en avoit une assez bonne à la tête du Supplément de Genève, hors qu'elle le soutenoit auteur de l'/lr/^aax Réfugiés, par des raisonnements peu solides.
J'ai vu la Henriadein-Vl, imprimée en Hollande, avec des vignettes au long des pages. Un de mes amis l'a et mo la prêtera tant que je voudrai. Ainsi je n'irai point à M. le cardinal de Uohan, si ce n'est pour voir l'édition anglaise.
On voit deux Lettres de M. Favier sur la matière de la confidence; la première est bonne, et je l'aurois mieux aimée dans le Concile que la sentence et l'arrêt. Les iSduvelles manuscrites portent que M. l'archevêque d'Embrun fait un nouveau procès à M. l'abbé Veissière : cela n'est point vrai, cet abbé est mon voisin, il n'en a point entendu parler, et Je ne sais sur quoi ce procès pourroit être fondé.
572 CORKKSPONDAxNCK INKOITK.
Il n'y a rien de nouveau dans le proc(*is de M"' de S:»into-Maure; son mari lui a donné temps jusqu'au 2 septembre : elle ne l'a pas voulu prendre de sa main, et le lieutenant eivil a renvoyé à raudience où on n'a pas eneore paru, et pendant ee temps-là les eaux se prennent. 11 n'est ijue trop vrai (pie M™' la présidente d'Aligre y est mourante. M™' de Sai nie-Maure me mande d'elle que depuis quatre jours elle ne pouvoit plus ni rien prendre ni rien rendre. C'est grand dommage.
Vousai-je parlé d'un procès de séparation qui est pendant à Chartres entre M"" de Marchainville, autrefois demoiselle de l'Aigle, et son mari? Il y a un Mémoire fait pour le mari d'une main fine, délicate et légère, et c'est une vraie pièce à avoir : mais elle est à Chartres. Je n'ai plus de commerce avec mon poiite, qui sûrement n'en est pas l'auteur.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur. Je suis dans deu\ beaux accommodements de la martjuise de la Ferté avec sa tante, et de la duchesse de Phalaris avec M. de Rovze et .M. de Béthune : cette duchesse est fort aimable et M. de Uoiz^^ un très-honnête homme.
Lettre XX W
A Paris, ce IS août I72H.
Vous m'avez demandé. Monsieur, une (piestion de notre |)ays;je vous en propo.se une du vôtre où je suis arbitre, l'.ir un contrat de mariage passé i\ liriord, pays de Bugey, on a stipulé im augmcnt do 80,000 fr. au |)rofit de la femme ; la dot est de 85,000 fr., la femme a obtenu sa séparaticm dr biens, il est (piestion de liquider ses droits sur sexbiens substitués.
On prétend que l'augment est trop fort, qu'il doit être réduit a'/ lefjitimum modum, c'est-à-dire à la moitié de la dot, et qu'ainsi cet augmcnt sera réduit à '12,000 fr. sur
LETTRE XXVr. 673
les biens substitués, sauf à la femme à exercer ses droits entiers sur les biens libres : l'usage du Bugey est-il de la moitié?
La femme séparée prétend qu'elle doit jouir de son augment du jour de sa demande en séparation, que le fonds lui en doit être remis ou au moins qu'il doit être fait sur les biens substitués, et qu'elle en touchera les revenus dès à présent.
Il y a encore, par le contrat de mariage, une pension viagère de 6,000 fr. en cas de survivance.
Les substitués disent que cela fait deux douaires, et que tout doit être réduit à la moitié de l'augment.
Autre stipulation de 15,000 fr. de bagues et joyaux pour la femme, soit qu'elle survive ou ne survive pas, et qu'il y ait enfants ou non.
La femme les peut-elle demander dès à présent? les substitués le refusent et disent que c'est un avantage exorbitant, à remettre après la mort du mari.
Je vous dirai les noms, c'est M™^ la duchesse de Phalaris contre M. de Royze, conseiller en la cour, et M. le duc et M'"'' la duchesse de Béthune substitués. Je suis pour la dame; je ne veux pas faire de difficulté, mais je suis bien aise d'avoir votre avis, et d'être instruit des usages et de votre jurisprudence. Dans votre réponse, je vous prie de ne pas mettre de noms. Je penche assez à la réduction à la moitié de l'augment, mais je ne me rends pas sur le revenu qu'elle devroit avoir à présent.
Lettre XXVr.
A Paris, ce 20 août <7'2».
Les Actes du Concile sont un peu tombés de prix, on les vendoit huit francs, ils sont i\ sept et on n'y voit point encore de réponse, mais il y a bien. Monsieur, (pichpie lioiinête janséniste qui les sasse et ressasse; on pourroit
574 r.0RRFf;P0NnANCF, IMniTF.
employer que Vcrigite, qui fait souvenir du salainalec lyonnoisou héarnois; les Latins hlAmoient dans Tt^rence ovriyeaurea, Le3i<''/m(/Ki«a, tome 11, pap^ l'20, en parle et M. de la Monnoye y a fait une plaisante iiihlilion sur le \\ Mainl)ouru : ce (pril dit sur la même matière au tome I, p. ;î34 et :î3ô) contre Despréaux et M. Arnaud, m'a toujours paru une petite chicane facile à relever quand on a recours à l'original. M. Chevreau étoit aussi trop puriste, miis on ne peut trop Tùtre dans le langage de VKirlise. Revenons à nos moutons, c'est aux Actes et à VAvis des évéques. Vous trouverez, à l'article 86 de cet Avis, qu'il est parlé du concile de Douzy, mais en peu de mots, et avec des citations qu'on peut rechercher. Ceux qui vous ont parlé de l'écrit de M. le cardinal de Bissy comme d'un ouvrage solide ont raison. 11 ne me sera pas difficile de vous faire avoir les deux lettres deiM. Favier; la dernière répond assez mal aux lettres qui ont été insérées dans les i\ouvelles Fcclésiastiques écrites A M. Rhuharhe. Mes confrères tournent le dos à M. Favier, et en font autant X M. Capouet même ;\ M. Noi'iet, et la prévention n'est point guérie par tout ce qui s'est fait contre la Consultation.
Voilà encore deux mandements nouveaux, l'un de M. de Montpellier contre le Testament spirituel de Vancien évéfjue (J'Apt, qui est une pièce originale que le mépris auroit fait tomber d'elle-même; l'autre est une luslruc' lion de M. de Uhodez, contre des troubles qu'il craint dans son diocèse. L'évêque d'Agen se meurt. Le cardinal de Noailles lui écrivit, en 1711, une lettre très-simple et trèsnaturelle, et de la disposition où il étoit sur le livre du I'. Uuesnel lorsqu'il l'approuva, et où il espéroit de se trouver en cas (pi'il fùl censuré. Il y rap[)orte le mot d'un ancien '.In necessariis unilas, in dnhiis lihertas , in omnibus rharitas. J'ai été rechercher cette lettre dans mon recueil de 1711 ; elle est curieuse par des personnalités et par des faits qui regardent bien des gens cpii m- sont plus.
LETTRE XXVr. 575
Le k* volume de Bayle est à Paris : il contient les Lettres et d'autres œuvres. On m'a dit qu'il se vendoit 20 francs, je le saurai plus certainement ; on m'a voulu vendre les i tomes reliés 90 francs.
La récrimination n'est point de M. de Montpellier, mais d'un anonyme qui a fait un gros volume , qu'il a dédié à iM. le cardinal de Fleury. Je ne l'ai fait qu'apercevoir, c'est un in-4." qui m'a fait peur, et ce pourroit bien être un réchauffé de la sixième colonne des Hexaples.
L'affaire de M'"^de Marchainviile est une vraie comédie ; elle dit que son mari l'a battue à l'Aigle ; elle cogna du pied sur un cabinet où on jouoit; la compagnie monta; on fit venir un chirurgien et un maréchal pour visiter la plaignante, qui se trouva sans contusion, et qui seulement crachoit du sang ; mais par malheur elle cracha un bout de cure-dent qu'elle s'étoit mis dans la bouche pour attirer ce sang-là; et voilà la matière de la séparation.
Mon poëte de Chartres m'écrivoit tous les ordinaires, c'est-à-dire tous les jours, et vouloit que je lui répondisse exactement; j'y ai renoncé, et je suis bien dans quelque épigramme.
Je ne dis plus rien du préciput , dès qu'il y a bagues et joyaux ; mais dans un contrat fait à Paris, on n'y trouvera pas cette dernière clause.
J'en suis à présent sur la question que je vous ai consultée pour M"" la duchesse de Phahiris. J'ai lu les Usages de Bresse et le commentaire de M. Collet, qui cite bien des arrêts, il paroit qu'il y a augnient, et douaire ou pension, et qu'on donne la pension à la femme pendant la vie du mari en cas de séparation, mais qu'on ne lui rend point sa dot, ce que je n'entends point. Je vois bien qu'on ne donne pas l'usufruit du gain de service à la femme séparée, mais il ne dit rien sur Taugment dans ce cas. J'attends les réponses de l'oracle, el je profiterai de l'avis sur la régence.
J'ai dit à M""" de Sainte-Maure votre bon mot sur la ma-
570 C0R1\I>P0ND\N(,R INÏ^OITK.
iiière dciiu'ltre sou injiri i\ la raison il\ je la plains crentreprcndre une affaire éiialtMnent fâcheuse, de (juclque manière iju'elle tourne : elle est revenue des eaux en bonne santé, x?t elle va la perdre en plaidant. M"*' la présidente d'Aligre va beaucoup mieux; ce sont des vajKHirs qui se sont dissipées et que la lancette d'Autriche guérira tout à fait.
J'espère aller î\ Sévigné chez M°"de Tenance, qui veut me mener chez M. d'Hautefeuille , et j irai aussi i\ Sautourchez M"'*" de Moncley et M"'" de Vaudrey. Je m'approcherai de vous, Monsieur, et j'entretiendrai toujours notre commerce. Mon Dieu! tout ceci n'est-il point un songe?
Le Roi est allé à Fontainebleau, la Reine se porte bien et doit venir à Notre-Dame. M"" la Duchesse fait la folie de Paris.
Lettre XX VIP.
A Paris, ce 10 octobre 1728.
J'ai été, .Monsieur, (juchjue temps à la campagne chez M. D'Oreiuieux, où éloientM"'de Kerkabu et M""" sa mère, dames de mérite, d'esprit et de courage, et qui pousseront loin l'affaire, qui est bien autre chose que ce que vous jHîDsez. 11 ne s'agit point du tout du mariage à présent, mais de la suppression du contrat de mariage et testament fait à Hauterive, et de la minute de ce contrat, qui esl aussi supprimée, et de l'enlèvement, où on s'est servi de lamaiiide la justice, [)our parvenir, dit-on, j\ un plus mauvais coup rjue l'évasion de la prisonnière. Il y a milh; et mille circonstances: faux principal contre Taclc de célé-
(I) I«a Correipondance du président Donhior avec Marais eut coDRervée À U Kibliotlicqup Imfiériale, Miisie n" 170 du fon'U Hoiiliirr (20 in-4°). Noiih y atofn rain('fnr>ii( rliercli<'' la lellre <)»• |.i fin «1»* jniljft on du coinrnpnrornont d'aoôt <|(ii ronlient la filaioanle Holiilion du K|)iriliii| l'rf^iijirit II y a juste- OMtnl uo<; bcuoe a cet endroit.
LRÏTRE XXVir. 577
bration, qui est très- vrai; faux incident contre des lettres qui sont aussi très-vraies; enfin, c'est une affaire des plus graves et des plus majeures qu'il y ait eu depuis longtemps. M™* d'Hautefort (car on ne l'appelle point autrement là d'où je viens) n'est pas bellcj ni grande, mais elle a des grâces vives et gaies ; elle parle avec une grande précision, sait son affaire mieux que ses avocats. Enfin, Monsieur, voilà l'enchantement où j'étois, et je ne dis pas que je n'y retourne, car cela est proche de Paris, et j'en ai des nouvelles tous les jours; ce petit éloignement n'a fait que ranimer votre amitié, dont je vous rends mille grâces, et c'est une occasion pour vous renouveler la mienne.
La Reine est venue ici lundi dernier, et a été à Notre- Dame et à Sainte-Geneviève. Le cardinal de Noailles lui a fait un discours fort touchant et qui a été imprimé. 11 a fait aussi un mandement pour avoir un dauphin, dans lequel saint Augustin estm.is en pièces, qui n'aguèresongé aux dauphins. La Reine est restée à Petit-Bourg, parce qu'il lui est survenu un empêchement qui l'a fait séjourner au lieu de continuer son voyage à Fontainebleau ; mais cela ne durera pas.
Hier on arrêta un abbé Gallard ou Gaillard, auteur des Nouvelles ecclésiastiques; eWes étoient curieuses, surtout dans Tarlicle de Rome et pour les pièces qu'on y inséroit. Voilà une perte pour le public. Le courrier Bannières est revenu de Rome. Le cardinal de Rohan est ici. M. le cardinal de Fleury vint hier au soir à Paris. On croyoit que le mandement du cardinal de Mailly seroit publié ce matin et on dit l'affaire finie; cependant il ne l'a point été et on ne sait point absolument où on en est.
En arrivant, j'ai trouvé qu on débitoi t les (^Euvres diverses de La Fontaine, en 2 volumes in-12, assez bien imprimées. On y a mis deux petites comédies du Florentin et Je vous prends sans verly que je ne crois point de lui, et je ne sais où s'est égaré le goût de l'éditeur, qui se connolt n)al en poésie. 11 y a à la tète une lettre du V. Pouget, do T. III. 37
«7» r.ORRESPONDA.NCr. I.M.DITR.
rOratoire, sur lu conversion de La Fontaine et la rétractation de ses Contes. Le roman de Psijclu' y est aussi, et toutes les pièces que vous savez, et dont j'ai fourni une partie, que je suis bien aise de voir entre les mains du public.
A ce propos, je vous fais souvenir, Monsieur, que vous devez au public le Journal cF Henri IV, et j'en parlerai toujours jusqu'à ce (jue vous l'ayez donné.
Lettre XXVIIP.
A Paris, ce 12 octobre !72«.
Je vous écris de nouveau. Monsieur, pour vous prier de solliciter vos amis de la Ciiambre de vacation, dans une affaire de M. le prince Cbarles dont M. Fleuttelot est instruit; on la juge incessamment. J'ai vu M. Tabbé Bouliierde Lanternay dans la liste, et je ne doute pas que vous ne vouliez bien lui recommander cette affaire, au président et au\ autres ; elle est plus d'bonncur que d'intérêt. Le rapporteur est M. Morel, conseiller de la Table de marbre, M. Séguin procureur général. Le prince vous aura grande obligation; il a écrit ;\ M. Fleuttelot, pour qui il a remercié le chancelier, (pii lui a dit mille biens de lui; enfin vous savez. Monsieur, comme je m'intéresse à tout ce qui regarde ce prince, dont je suis le conseil et Fami.
11 y a eu un dîner hier chez le cardinal de Noailles, où étoit le cardinal de Fleury. Voici le résultat, tel qu'on l'a dit : Le cardinal de iN«jailles a accepté la < onstitulion purement et simplementj et rétracté ses Instructions de 1711). On va envoyer cela u Koine, et les curés ne le puhlieront pas. Ensuite il y aura un mandement, où il ne sera point parlé de Constitution, et où seront insérés les 12 articles.
Ia; Pape donnera un bref contirmatif de cette doctrine, qui sera accepté en France, et publié avec le mandement
LKTTRE XXIX«. 579
par les curés du diocèse. Voilà un bel arrangement, mais si le Pape vient à mourir (et, comme dit le proverbe, le Roi ouVâne, etc..) je ne sais si on pourra tenir cette parole. Que dites-vous de cette négociation théologique, et de ce détour qui fait une sorte de contre-lettre à la convention ? Heureux si cela finit toutes les disputes! On a arrêté un abbé Gaillard chez qui on a trouvé des minutes de la Gazette ecclésiastique, et qui sera obligé de nommer l'auteur.
On parle aussi de la fin du congrès. Le Port-Mahon rendu à l'ELspagne ; le port de Gibraltar ouvert à toutes les nations, le commerce d'Ostende suspendu pendant quatorze ans, et tout cela va être signé; mais s'il est ordonné d'en haut qu'il y ait un train de guerre sur la terre et des hérésies, comment cette ordonnance s'accomplirat-elle, après tous ces traités? Nous aurons donc la paix partout et M. le cardinal deFleury va avoir bien de la gloire. Amen. Ainsi soil-il.
Avez-vous la nouvelle édition des OEuvres de La Fontaine?Touty est, hors la ballade d'E.sco6rtr elles Stances, qu'on n'a pas osé donner. Avez-vous aussi la Critique du Cf/rus de Ramsay? Elle est plaisante, vive, ingénieuse, et on la dit composée à Véret par M""" la princesse de Conti, ou du moins sous ses auspices, et je ne doute pas que Tabbé de Grécourt et Roy, qui est exilé en ce pays-là, n'y aient eu pnrt. Quand nous n'aurons que de pareilles guerres, il y aura de quoi rire, et .les Voyages théolo- (jiques de Cyrus, comme on les appelle dans la Critiquey ne feront pas beaucoup d'hérésies.
Bonjour, iMonsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
Lettre XXIX'.
A Faris, ce 16 novembre 1721.
J'ai appris par M. Fleuttelot, Monsieur, (]uc la goutto vous avoit quitté, et je vous fébrite d'être débvréd'un si
ôso (:oR!irsroNn\>(:K im-i^tk.
mauvais IkMc. Ma dornirre luttre i\ ce digne ami voiisap- [)reiKlra bien des choses; je lui disois le voyage du Hoi relardé, mais au contraire, il est avancé au lî); la rt^gle des ijuarante jours s'est trouvée celle t'ois-là abusive, et il n\ a jamais «mi vérol«^ si saine. Sa qualilication est (//srrèle, béniyne.
Voilà les médecins bien glorieux et les politiques bien muets. Le mandement fo/j/rema/i(/e fait bien du bruil, et vous saurez par celte même letlre beaucoup de particularités; mais (l('i)ui>, j'ai vu le second Mémoire sur les projets des jansénistes, imprimé avec permission; c'est la suite de la lettre de l)om Thierry de Viaixnes, adressée à M. Petit-Pied. 11 y a là toutes sortes d'emportements et de fureurs contre les puissances, et le plan d'un Traité foncier sur les conciles qui mérite d'être lu.
Ce bon père est un illuminé qui parle de la part de Dieu, de qui il a reçu l'inspiration de ne plus prier pour les jésuites, mais au contraire, il conjure sans cesse le Seigneur et surtout en céléjjrant les saints mystères, d'en délivrer rKglise, et sans doute il ne les oublie pas aussi dans ses litanies en récitant le Libéra nos, Domine.
Je vous prie de me dire votre avis sur la question secrète du mariaue secret. iNe croyez-vous '[)as qu'on peut être admis à la [ireuve de la célébration non signée? Cela ne fait pas une nullité, etl'ordonnance n'enjoint des peines qu'aux curés qui tiennent mal les registres. La diflieullé est sur le propre curé, qui a donné une permission de se marier ailleurs, laquelle est bien libellée dans l'acte écrit de la main du curé, mais elle ne se trouve plus. Le curé (iui devoil l'avouer est mort. Il faut vous dire encore que dans cet acte il est fait une énonciation exacte de la première femme du mari, et de la mort du |>remier mari de la femme, leurs extraits morluaires y sont datés, et «lans h'sbans publiés à Saint-Kustache il y a : veuf de... cl: veuve de... La famille est fort lâchée de la déclaration ptd>lir|ue de ce fnariage cl le nie hautement. Le dé-
faut de signature vient de ce qu'on a voulu tenir le mariage plus secret. Mais le voilà déclaré avant la mort, déclaration pourtant équivoque, puisque d'un côté on dit : Ils sont mariés! et de l'autre côté : Ils ne le sont pas î
Je me trouve embarrassé dans une autre affaire. J'ai pour cliente >r^ de Courchamp, maîtresse des requêtes (1)^ qui demande la séparation de corps et de biens d'avec son mari. Il y a eu plusieurs arrêts de la Chambre des vacations qui ont ordonné qu'elle se retireroit à l'abbaye de Port-Koyal, d'où elle pourroit sortir avec une touriêre. Ces arrêts n'ont pu s'exécuter, par plusieurs difficultés que le mari a apportées, en ne meublant pas l'appartement, en faisant refuser la cuisinière, etc. Le public, qui dit tout ce qu'il ne sait point, veut que cette dame soit aimée par M. le comte de Charolois, qui dit, lui, qu'il ne la connoit point. On dit que la nuit du mardi au mercredi dernier, des particuliers qui ont pris le nom du I*rince ont attaqué la porte de Port-Royal et fait grand bruit, demandant la dame, qui certainement n'y étoit pas, puisqu'elle n'y a jamais demeuré. Il est très-certain que le Prince n'a nulle part à cette action nocturne, et ceux ({ui l'ont nommé ont commis un grand crime. On soiip-
(0 Nous lisons dans les lettres de Mi'^ AissCy sous la date d'octobre 1728 : '< M. de Ciiatolois vit toujours avec la De Lisie, dont il n^est plus amoureux ni •« j.tloux. Il a une anire niallrcsso, qui a ëté très-serrctc, «t qui n'i paru que " par un éclat violent : «'Ile sVst jelée dans un couvent, pretomlant que son ■ mari avoit voulu renipoisonncr. Elle se nonunc M'"* de Courcliauip. Elle « ot sdMir (le celle «lame Du Puis qui a éU" si hcllc. >' Il s'a^^it dans (ellf U lire, comiiie dans Marais, (rAn^éli(|iie-S('l)aslienne Uuau du Troncliol, née a Paris le 14 mars 17()9, mariée le 13 juillet 17l>.'l à Jean-[.ouis Guillemin, baron de Courdiamp, inailre des reqnôUs. <■ M illraitée par la belle-mère et par •ion " maii, dit une note de l'indisciet »'l go^^uenard i;eii«'alo;;i-«lt' IJerlin du Hoelieret, oux manuscrits du cabinet des litres à la iSibliolbèipie, elle le lit a>sipner à ."-«'(.aralion, et fut ntaiiresse ( 172Sj de Louis de Htiuiliorï, eomle do • Cliaroldis. Elle est toujours en am.i/.oneel se fait a()peler dans l.imaiscui Mon •' sieur le Chevalier ». Il est aRsez souvent question de celte j^alantc cliente de Matais dans les Mémoires de liarbier, dudn( de Luynes, ded'.\rt;enson, etc..
éSa CORRESPO.NDA.NCR liNROlTE.
çonnele mari, ou au moins ses domcsli(|ucs, (ju'il a fait asrir. Voyez quello aventure, et (jue peut-on faire en pareil eas?Le singulier est que M. le premier président est parent tn^'s-proche du mari. Je voudrois accoumiodcr cette affaire, mais
L'IIyniPiiéo et l'Amour Ne sont pas iicns à cuire eu même four.
Sur l'information qui a été prise du fait par ordre de la police, il ne s'est trouvé aucun témoin qu'un portier qui Va dit à Tabbesse, et ce portier est congédié. Ainsi, rien de positif, et il ne faut pas conter cette histoire.
J'ai expliqué à M. Fleultelot mes conjectures sur M. de Valincourt et M. de la Monnoye. Ne vous a-t-on jamais dit (jui M. de Valincourt a désigné ou voulu désigner par le portrait satirique qui est dans son Discours?
M. Brossette est ici : il fait imprimer son Régnier en Angleterre. 11 y a corrigé la faute (pi'il avait faite sur Gallet dans les Moles de Dcs[)n''au\ , où il a dit (ju'il avoit b;Vti l'hôtel de Sully. Point du tout, cet hôtel de Sully éloit une ehaml)re garnie qui portoit ce nom, où demeuroit (iallet et ou il n'a jamais bâti. Je suis toujours étonné que Despréaux ait pris pour son conlident et même pour consultant de ses vers cet avocat lyonnois dont le mérite est fort mince.
Je viens de voir le po<'m<' d'Arouet imprimé à F^a Haye en 1728. il est intitulé : La llcnriadcy de M. Arouelde Voltaircy donnée au public par lui-méiney et non pas en mi<îux. Il a mis au 7' chant une tlu'ologic affreuse et brùlable. Il amène aux pieds de Dieu toutes les nations pour rtr»* jugées.
I>a Mort fit à 8CS pieds, elle amené a la fois
fvC Turc et l'Indim, le Juif et le Chinois.
I>e (Jervis ctonn«', d'uin* vue inquiète,
A la droitf de f)i«ii Hierclie en vniii son prophète
LETTRL XXX*. Ô83
Dieu ne les punit point d'avoir Terme leurs yeux Aux clartés que lui-même il plaça si loin d'eux; Il ne les juge point, tel (ju'un injuste maître, Sur les chrétiennes lois qu'ils n'ont pas pu connaître, Sur le zèle emporté de leurs saintes fureurs, Mais sur la simple loi qui parle à tous les cœurs. La nature ici-bas, sa fille et notre mère, >'ous instruit en son nom, etc.
Kn un autre endroit, saint Louis dit de Dieu :
Il ne sait point punir des moments de faiblesse, Des plaisirs mensongers, pleins de trouble et d'ennui , Par des tourments affreux, éternels comme lui.
Vous verrez que ce fou-là dira que ce chant est un songe et qu'en songe on peut être athée , spinoziste , naturaliste et tout ce qu'il vous plaira, sans aucune conséquence. Nous n'envierons pas à l'Angleterre ce déserteur de notre patrie. Je finis en vous embrassant; et je voudrois bien que ce fût de plus près; je vous dirois bien des choses à Toreille. M'"''de Sainte-Maure me charge toujours de bien des compliments pour vous quand je vous écrirai.
Lettre XXX' .
A Paris, ce 24 novembre 172?.
V^otre lettre du 21 novembre, Monsieur, me confirme dans votre intervalle de santé que je souhaite qui soit long. La question du mariage secret est terminée par la mort du mari ( 1 j, qui mourut hier à Madrid sur le midi, sans aucune agonie, et à qui, après bien des consultations de médecins, on n'a trouvé que l'clme malade. Voilà donc la charge de Garde des sceaux, qu'il avoit réservée, éteinte. La veuve demeurera secrète comme le mariage, parce
[\j M. «rArmenonville.
hf^4 rOUKESPONDANCE INI-'DITF.
qu'ell»^ lui a donnc^ une parole qu'elle veut tenir. 11 a fait un testament dans lequel on croit cju'il lui a laissé qucl- (jue pension comme i\ son amie, et on s'en tiendra i\ ce legs sans faire d'éclat. Vos raisons dans la question me paraissent fortes, mais la pul)lication des trois bans, et une sorte de cohabitation depuis sept à huit ans, puis- (ju'elle demeuroit dans une maison qui communiquoit par un jardin avec celle du Garde des sceaux, auroient bien pu aider la preuve. Vous avez grande raison de dire (pie les curés devroient tenir registre des permissions de se marier ailleurs^ puisqu'il s'ensuit la validité ou la nullité des mariages. Mais aussi ce seroit tenir un registre public des mariages secrets. Je ne sais comment les Bignon, qui avoient de si grandes vues, n'ont pas songé à cela. Pour le fait de la déclaration, elle ne s'est faite que dans la famille, qui l'a déniée depuis dans le public. La femme n'a jamais voulu rien faire de sa part, quoique excitée par bien des gens; mais enfin voilà le roman fini, et si Saint-Évremont vivoit, il y auroit de quoi faire un beau dialogue sur la veuve de Maurin.
I/affaire de M""'de Courchampa fait beaucoup plus d'é clalettrop. Le mari s'ap[)elle GuillemiU; sa mère est Bailleul, et ils sont parents de M. le[)romior président; Courchamp est le nom d'une terre, il est maître des requêtes. La femme est fille de M. du Tronchet, fermier général, qui a encore d'autres tilles. La cause ne se plaidera point; il y aura une sentence de séparation après une enquête de la part de la femme, à qui le mari ne répondra rien, et il rendra la dot. Le fait incident de IN)rl IU>yal n'est pas encore éclairci ; le portier est ;\ la Bastille, et on ne sait qui, du mari ou de rabt)esse, l'a fait parliT. J'ai fait d(î ma part tout ce que j'ai pu pour accommoder l'affaire par uur transaction hotin f/ratia : on ne l'a point voulu, et le mari a fait signifier j)ar un acte cpi'il étoil trop lieureux de se d<'faire d'une fftnmc de son caractère ; cpi'il ac- (juiesroil à sa demande, et qu'il étoit prêt d'en passer
sentence; lequel acte a été pris pour injure et employé pour moyen de séparation. La dame a dix-neuf ans.
Bel âge pour soutenir thèse, Thèse d'amour.
Vous trouvez avec raison que notre ami La Fontaine a fait bien de mauvaises choses dans sa jeunesse. Mais de quoi s'avise-t on de les donner au public, et pourquoi M. l'éditeur va-t-il chercher un Eunuque ouhVié, où il n'y a ni rime, ni raison, ni sens? Notre poCte couroit;, en ce temps, après ce style qu'il a attrapé. Malherbe et Voiture pensèrent le gâter, il le dit lui-même; mais à la fin il vit le faux des brillants, il trouva la nature au gîte et la prit, et ne l'a point quittée depuis. Vous trouverez, dans les dernières Lettres de M""" de Sévigné, le jugement qu'elle fait de certains ouvrages de La Fontaine qui ne lui plaisoient point, et ce jugement est meilleur de beaucoup que celui de l'éditeur, ({ui a tout mis pour remplir les trois volumes. C'est comme M. Brossette, qui a fait imprimer, dans son Despréaux, la satire cruelle de M. Huet contre Despréaux lui-même, et qui envoya à Rousseau un exemplaire de son livre, sans prendre garde que M. Huet avoit parlé des coups dé bâton qu'on lui venoit de donner. Je sais ce fait de M. FJrossetle lui-même, et c'est lui aussi qui m'a dit le fait de l'hôtel de Sully. Il prépare une nouvelle édition de son Héfjnier, commentaire d'où je veux qu'ilote la criticjue de M. Huet ; mais je crois (ju'il n'en fera rien.
Je ne vous dis plus rien sur M. de Valincourt et M. de la Monnoye. Je trouvois le trait trop noir; mais qui a-t-il voulu désigner? faudra-t-il laisser cela à rechercher aux Saumaises futurs?
Je vous avoue que votre question d'im[)uissance est si îiouvelle, si singulière, si bizarre, que je ne puis vous dire encore mon avis, et ne puis m'en rapporter qu'à vous, qui avez si bien traité ces matières. Il nif semble
SS6 C.or\RKi5PO>DA>Ci: INF.DITR.
«luo le inélro[)olitain qui a oriioiinô hi nouvelle visite n'a pas mal reiuoutré; il est i\ craiiuhr que les maris et les femmes, cV accord sur une impuissance fausse, ne se démarient, et il en est comme des acquiescements aux séparations de corps. •
Je ne siiis rien de nouveau sur la Constitution ; je savais votre M. Bail vu et j'ai demandé à M. Fleultclot Télat de la succession de Tabbé d'Orsane.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur. J'aurai un Voltaire (VAngleterre par un Anglois du congrès.
Lettre WXr.
A Pans, ce ei décembre 1728.
Je réponds, Monsieur, à voire lettre du 7 décembre, et vous dis d'abord que le mariage étoit l)ien vrai, qu'il a été Irés-infructueux à la daine, qui est fort désintéressée cl qui n'en a jamais rien tiré, et (pi'elle a une lettre, du jour (ju'il a remis les sceaux, où il lui apprend la nouvelle, comme ayant fait ce qu'il lui avoit toujours dit qu'il feroit^ qui étoit de les remettre au retour de M. leCbaneelier. Je n'ai réservé, dit-il, que le titre et la ditjnitr de ma charge y il ne ni est rien resté que ce que Dieu m'a dontic d'ailleurs, dont vous faites la meilleure part. Ce sont les propres termes de cette lettre, que peu de gens ont vue, t'i qui pourroit servir d eclîiircissement à celte époque et au mariage même.
Il est plaisant, connue vous dites, (pi'ou ne se lieun»: plus cocu dès qu'on est séparé. La Fontaine n'a point trop caclié qu'il l'étoit volontaire ; mais si le premier n'a point parlé des séparations, il a au moins parlé des mariages secrets, dont il trouve l'invention fort commode; c'est dans une de ses lettres ii sa femme, et je soupronne que M. de Fontenelle, qui en parle aussi dans ses Lettre»
LETTRE XXXir 687
au chevalier d^ H er ... {\ai deuxième, où ilparledeDorigny, qui est un nom supposé, le vrai est Landon , qui épousa depuis iM.Biton, receveur général des finances de Poitiers', pourroit bien en avoir eu quelque vent. Je n'ai point \\\, Dieu merci, ces OEiwres posthumes de Sarrazin, et je suis grand ennemi de ces éditeurs qui veulent tout donner, bon et mauvais. Je ne nomme personne, mais je m'entends et vous m'entendez aussi.
Le procès d'impuissance est bien singulier. La femme a raison de dire : « Je ne me soucie guère que vous soyez puissant ou impuissant, si vous n'avez point consommé. Or, vous en convenez : j'ai donc pu me faire religieuse. Dummodo carnalis commixtia non intervenerit, dit le chap. Vcrum est de conversione conjugator. Il y a pourtant àcraiiidre que l'aveu du mari ne soit une collusion, et c'est pourquoi la première visite me paroit dans la règle, mais non la seconde, et puisque la femme a commencé par intenter l'action d'impuissance et non par se faire rendre le devoir qui est une autre action, il a bien fallu ordonner la visite. Quant à l'arrêt, il me paroit que l'official métropolitain avoit mal jugé de défendre la profession dans ce cas, mais que ce n'est pas un moyen d'abus, puisque cette voie de profession n'est fondée que sur les canons. Je ne connois pas les conférences sur le mariage, j'ai remanjué que M. d'IIéricourtne cite pas le concile de Trente sur ce mariage , mais les cap. des papes Alexandre III et Innocent lU, et c'est une omission , le concile de Trente en ayant fait un canon exprès. (Session 2V, can. G.)
Je suis charmé que vous ayez le l^eau Hecueil d'arrêts de Spifame; vous allez bien rire, au milieu de votre goutte même, quand vous verrez toutes les visions de ce fou, qui faisoit des calottes dès le temps de Henri H, et que l'on a [)rises en notre temps pour de vrais arrêts. Si vous avez gardé mes lettres, vous pouvez les confronter avec ce merveilleux ouvrage. Je souhaite que votre édition ne
S%ê COlUlKSPONDANCb: INKDlTr.
soit pas défectueuse, car celle du collège Mazaiin l'est beaucoup.
Je ne C(MU[>rtMuls pas coniincnt le nicfiouuairc de Richelet peut contenir trois volumes in-1'olio. Le premier iu-V" valoil mieu\ «pie tout cela. On y trouvoit, au mot Velours : Kscohar fait un chemin de velours y qui est le refrain d'une ballade de La Fontaine que Ton ne retrouve pas dans le dernier recueil. Je sais que l'abbé Leclerc y a joint une Bibliothèque d'auteurs, et que M. l'abbé de Pomponne a fait mettre plusieurs cartons en bien des endroits. L'abbé Leclerc a parlé comme dans ses Remarques sur Moréri, il se sera fait de belles affaires avec gens (jui ne lui pardonneront pas. Il ne devoit pas avouer que les lii)raires l'ont pressé, mais tout le travail des auteurs devient mercenaire, et je ne veux sauver de tout ce grand Dictionnaire que ce qui sera de vous, et l'ancien Jiichelet quiétoitun bon ouvrage. Pour cette Hibliothèque dcVi\\)h(i, non erat hic locuSy et s'il en faut faire une de tous les auteurs cités dans un Dictionnaire de langue, ce sera donc une Bihliothèque universelle.
M. Fleuttelot m'avoit déji\ manib' le dessein de M. le chancelier, et je lui en ai dit mon avis, (ju'il vous montrera. J'en pense comme de laccord des religions. Je suis à présent sur une question de donation faite par un paralytique, qui à peine pouvoit articuler, et ducpiel lestémoins disent qu'il lioit quand il voyoit des femmes, et (ju'il avoit fort envie de se marier. Le donataire soutient (pie la paralysie n'avoit pas gagné le dedans, puisqu'il avoit de si bons signes de santé. L'héritier soutient le contraire, et voilà une belle question à traiter dans vos Mémoires sur les donations.
1! paroU une chanson ironicpn* suf l'acceptation <t le mnnd<inent de notre cardinal; elle a plusieurs couplets et plusieurs portraits, et l'auteur a manié assez bien sa ligure, et même l'expression en est [lolie et les vers bien faiU. \jo tout, sauf la lettre de cachet et la Bistillc; il y
est parlé d'un poëlereau qui a fait un poëme de la Triple Ingratitude contre le cardinal-ministre; je ne sais ce que c'est et ne 1 ai point vu.
M. de iMoncrif, qui doit une belle petite rente d'ordures au public tous les ans, vient de donner la fable d'Tlysse et Circé, qui sont métamorphosés en moineaux, et qui, las de Tètre, reprennent leur première figure pour avoir un cœur qui leur manque. Circé auroit eu plus tôt fait de donner tout d'un coup à Ulysse le talent des moineaux, que de le faire ainsi habiller et déshabiller pour le refroidir, et fournir une mauvaise fable à notre poëte, qui après avoir rajeuni Titon, vient faire un moineau du sage Ulysse, et l'a mis avec Circé dans un pot à moineaux.
On voit beaucoup de Mémoires manuscrits sur le commerce, qui doivent être traités au congrès, et j'en viens de voir un singulier sur le rétablissement du prétendant en Amérique, dans un pays disputé parles Anglois et les Espagnols, moyennant quoi on rendroit Gibraltar à l'Espagne, et l'Angleterre s'acquitteroit en partie avec le Prétendant.
H paroit de l'abbé Desfonfaines une Lettre au signor Riccoboni (iLe/<o) sur son Histoire de la Comédie italienne, où il soutient que les François n'entendent point la tragédie ; qu'ils ont de mauvais gestes, que Baron lui-même n'en a pas de bons, etc. L'abbé lui écrit sous le nom d'un comédien franrois, et les comédiens en ont été si contents, (ju'ils lui ont donné une entrée gratis pour toute sa vie, et cela est plaisant pour un prêtre.
Le Czar a fait distribuer à l'Académie des sciences les médailles d'or que l'Empereur son père leur avoit destinées. 11 y en a de trois modules.
M. de Fontenelle en a une du grand, et je ne sais si son Èlofjc f unèbreieiuév'iio'd. \ [)ro[)o^ (ï fJ loge fiuiébre ,}»{. (ï \ngers n'a pas réussi dans celui de la reine de Sardaigne, et cela a fait souvenir de l'oraison funèljre de celle dont parle l'abbé de Saron.
590 r.ORRESPONDAM.i: INROITIv
Il y a (le mauvais liruits sur M. Choppin, votre rapporteur, et on ne dit pas moins qu'il a Tait le second tome de M. de Talliouet ou de M. Arnaud de Bouexe, et qu'il a malverst* dans les eommissions de Le Blane et d'Hoguer, jusque-là qu'il a pris des sommes très-considérables et des meubles, et que Ton lui va donner des commissaires pour le juger. Voilà une réputation qui est arrêtée en beau chemin ; aussi alloit-elle trop vite pour ne pas se briser.
Ce bruit est public dans Paris, et nous en saurons bientôt la suite.
Lettre XXXir.
A Paris, ce 48 décembre 1721.
Vous m'avez demandé, Monsieur, des nouvelles de Geilkt, grand joueur du temps de Henri IV, et vous ne me demandez rien de Maurin (car c'est ainsi qu'il s'écrit et non Morin ; Maurin donc étoit un gentilhomme de Bézi»Ts, né avec une fureur extrême pour le jeu; il jouoit dans son pays avec M. le duc de Verneuil, qui en étoit L'ouverneur, avecM.deHezons, intendant, et ruinoittoul le monde et se ruinoit lui-ménio. Il se maiia aune lille d'un conseiller de Toulouse, dont il a eu (piatre enfants, l'un mort A la guerre, l'autre actuellement vivant, brigadier des armées du Uoi, connu sous le nom de Conssan, et établi à Montauban, et deux lilles (jui sont dans une communauté à Béziers. C'est de cette ])remièr(; femme dont parle Saint-Kvremont quand il dit feue M"" 3fauriti. Notre homme voulut avoir un plus grand théàtir (pie le \/,\t\- L'uedoe; il vint à Paris, joua avec hs plnsL-rands jou<Mn's, s'abîma de dettes, et A la mort du maréchal de la Ferté, on le cacha dans nn grenier, d'où, avec mille pistoles (pie M. de Scssac lui fil avoir, il passa en Afi;ilelerre. C'étoit le temps de la fureur de la bas.selte : il y (ailla chez
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M"*^ cleMazarin, et y gagna des sommes immenses. A cette occasion, Saint-Évremont fit quatre pièces charmantes, ironiques, dans le goût de louer malignement, et y contrefaire si bien le caractère de Maurin, jusqu'à son grasseyement;, que les vers, qui certainement ne sont pas bons, paroissent admirables, et qu'on croit être dans la chamljre de }>V°'^ de Mazarin, et voir ce petit homme jaune, fluet, gascon, à côté de la plus belle femme du monde. On apprend là qu'il épousa une seconde femme. C'étoit une personne de qualité, fille d'un mylord, dont il a eu une fille qui est religieuse aux Angloises à Saint-Germainen-Laye. M"^ Maurin envoyoit quérir beaucoup de choses à manger et ne laissoit pas de se mo([uer de son mari, qui, de son côté, ne tailloit pas bien fidèlement, à ce que dit Saint-Évremont. Il lit là une fortune de plusieurs millions qu'il apporta à Paris. Sa seconde femme étoit morte en Angleterre ; il en épousa une troisième à Paris, qui étoit une fille de condition de Picardie, belle, bien faite et qu'il vit dans un couvent; elle n'étoit pas riche, les équipages de Maurin et ses grands biens la tentèrent, et elle tenta d'autresgens.Maurinvoulut montrer àM'"' de Mazarin qu'il avoit une belle femme ; il la mena en Angleterre, où elle a été près de deux ans, puis il revint à Paris encore assez riche, mais à la fin il perdit tout ce qu'il avoit, et il se retira avec sa femme à une petite maison à Boulogne près Paris, où étant tombé malade, sa maladie dura quinze mois et il mourut en 1711. Pendant ce temps, sa femme lui apprit sa religion ; il n'avoit jamais vu que des cartes, il ne croyoit pas qu'il y eût un Dieu et qu'il y put en avoir; ce seroit une chose curieuse de vous dire les compliments qu'il faisoit à Dieu lorsqu'il l'eut connu, et à la fin, ilestmortdansunegrandesainteté. Venonsàla veuve. M. d'Armenonville l'avoit connue et bien aimée ; il la vit après la mort de son mari, l'aima encore mieux et plus commodément. Bref, M""" D. étant morte, il l'épousa le 11 août 1717, à Laqueueen Brie, chez M'"'' de Uueuver-
Ô92 COKKISPONDANCK INRDMI:.
Nillr. ijui rloit son .unie, et ijuaud la ci-rrinonio fut faite, la messedile, l'acte de célébration écritsur le registre, un niailre d'hôtel vint dire qu'on avoit servi. On courut à la soupe, on ilit qu'on signeroil a[)rès dîner; mais, après dîner, on lit quelque chose qui étoit plus pressé que la signature. Tant y a que personne ne signa. On revint à Paris ; la dame logeoit déjA dans une très- jolie maison proche la porte Saint-Martin, mais c'éloil trop loin venir chercher sesamours. il la logea donc, ily aluiitans,comme sa femme dans une maison derrière la sienne, et qui avoil une porte de communication par un jardin. J'y ai mangé quelquefois avec lui : le secret étoit très-bien gardé; il s'est révélé, je ne sais comment, pendant sa dernière maladie, et à la tin il lui a fait un legs de 2,000 fr. de rente viagère par son testament dont elle est très-contente, disant avec une franchise picarde et généreuse : « Eh bien ! j'ai été la femme secrète, je serai la veuve secrète. »
Elle a, du troisième mariage de Maurin, une tille sage, aimable et liès-bien élevée, et que M. 1). auroit bien pu marier ; mais il songeoitàla mère, qu'il aimoitavec passion, comme elle, lui ; et il ne lui donnoit rien, pas même un équipage. J'ai oublié de dire qu'elle s'appelle d'Angluze, (pie l on dit bonne noblesse de Picardie, et qu'il y eut, lors (lu mariage, trois bans publiés à Saint-Eustache, unr permission du curé de se marier ailleurs, et que cette M"' de Queuverville, qui vient de se marier follement à soixante ans à un M. d'Merbouville , gentilhomme nor- 'mand, prêta sa maison et son curé [)oui faire le mariage, où il y avoit encore deux autres témoins qui sont vivants. Voilà toute l'histoire que je vous fais, entre nous deux et M. Fleutlelot pour tiers, et [luis i)lus. Uelisez Saint-Evremonl aux pages 299, 305, .'J85 et 4'f5 du d(.'uxième tome in-i* de la belle édition d'Angleterre, et je suis sûr que vous serez charmé de ces pièces, et du génie critiijue qui y est répandu et où Saint-Évremont excelloit. il lui en coula bon pour l'avoir exercé sur le cardinal Ma-
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zarin, et il s'en vengea galamment par adorer sa nièce et avoir rendu sa beauté immortelle.
Al. le marquis de Pons m'est venu voir ces jours-ci avec son ami M. de Vernicourt. Nous avons parlé de votre goutte et de votre gaieté pendant qu'elle vous tient.
Lundi dernier, il devoit y avoir une belle musique aux Petits-Pères, pour le service de M'^'^Rochois (1) . Tout l'Opéra s'étoit préparé pour chanter une messe en faux-bourdon, et mille personnes assemblées. Et voilà le cardinal de Noailles qui envoie congédier la musique et les musiciens, et toute l'assemblée qui s'en retourna très-honteuse, et qui de dépit se fit toute janséniste à la façon du maréchal d'Hocquincourt.
Je viens de lire, dans la (ja3e/(e^'/l?ns/erf/am, qu'on vend à Amsterdam, chez Pierre Humbert, les Lettres de Bayle publiées sur les originaux avec des Remarques par M. Desmaizeaux, 3 vol. in-12.
Il y avoitdéjà des Remarques de Desmaizeaux dans l'édition qu'a donnée Marchand.
Il en aura peut-être ajouté , car c'est un grand ajouteur, et je prévois que cela ne vaut pas grand'chose. Je ne sais ce qu'il veut dire, publiées sur les originaux, les autres ayant été publiées sur les originaux ou plutôt sur les copies que l'on en a envoyé , comme j'ai fait de ma part. C'est une querelle qu'il a avec Marchand depuis longtemps. Il faudra les voir et je vous dirai ce que c'est.
lettre XWlIt.
A Pans, ce il litccnilnr M 1^.
Je n'y puis plus tenir, Monsieur, il faut (jue je vous écrive, et que j'interrompe l;» lecture que je fiiis de vos Observations (qui m'ont été remises) contre les remon-
(P Marlho Le Rocliois, célèbre aclrirc, aiiiK^e de Cliaiilit'ii.
5ÎM COKKKSI'OMIANCI. IM.Dl I I
li'ances île ce Gros-Jean (1), pour vous dire que je n'ai jamais vu plus de science, plus de netteté, plus de solidité , plus de plaisanterie, en un mot, plus de sublimité, plus d'excellence cpie dans ces admirables Oltservdtlons, où j'apprends et où vous apprenez à tout le monde mille choses «jue l'on ne savoit pas bien, et ipii ne sont bien disposées que dans votre tète et que dans votre esprit. Qu'est-il devenu, ce (iros-Jean, avec ses impertinentes RemotUranceSy ses fastidieuses lettres, son style qui parolt si plein et tjui est tout vide, ses phrases arrondies jusqu'au point, son ignorance hardie et opiniAtre, et surtout son indécente rusticité, qui lui a fait entreprendre un tel cond)at du nain contre le géant? Kst-il mort de douleur? a-t-il quitté la province, ou fuira-t-il devant la face de son juge, de son censeur, de son supérieur et de son maître? Je ne crois pas ([u'il s'avise de parler davantage d'anachronisme, et qu'il relira souvent son W Petau, avant que de parler de quelque point de chronologie. Ouand il voudra apprendre à parler, A écrire, i\ décider si la Bourgogne est pays de droit écrit ou coutumier, il n'aura qu';\ lire la colonne opposée A la sienne, et il y apprendra tout ce qu'il ne sait pns; une chose peut l'excuser; c'est que, sans son fade écrit, plusieurs points que vous avez traités si nettement, et avec ccîtte force et cette énergie qui vous sont particulières, seroient demeurés sans éclaircissement, et je suis d'avis que pour le consoler, on lui fasse une députation, comme A un grand personnage, pour lui rendre grâce de ses ncmoulratices, qui ont produit de si beaux fruits. Maison a-t-il pris ce mot de /{emoulrances, lui qui fait le poli et le gracieux? Dès (pi'il n'est pas employé dans le sens des ordonnances, ce n'est plus fju'un terme praticien, tiré di* cm's écritures A la toise dfnit lui parle son charitabhî ronfi-én*, qui n'a p.is trop
■M, r|in a?ai( itluti-, non sans ni<iii(;niti*, li f>is • l< M . Ir* i»r<Hi(|i'nl lionliitT.
déguisé son style, pour n'être pas bien connu, et qui pourroit bien être recherché par FAcadémie des belleslettres pour être un de ses grands ornements. (Enfin, Monsieur, je n'en suis encore qu'à la moitié, et je ne puis vous dire l'exclamation que je fais tout seul, au coin de mon feu, à chaque trait que vous lancez contre ce pauvre remontreur, et combienje dis pour lui : Satis est, Domine, salis estl Voilà certainement de bonnes étrennes que vous me donnez; je vous défie d'en trouver de meilleures. Et moi, que puis-je vous donner qu'une admiration perpétuelle et une reconnoissance infinie, ou quelque petit conte comme celui de Maurin, pour amuser votre goutte et vous distraire de vos grandes occupations et de cette science enseignante qui instruit le monde et qui accable ses Gros- Jean?
Je m'imagine qu'à la fin je vais le voir écrasé, et qu'il n'en restera miette, et je ne me coucherai point que je n'aie assisté à ses funérailles tragi-comiques.
Je n'ai point encore vu le Mémoire dans l'affaire de V Impuissance ; je le lirai avec grand plaisir et vous en remercie de tout mon cœur. Vous m'avez dit dans votre billet un mot sur l'abus d'avoir jugé contre les saints décrets, mais ne faut-il pas qu'ils soient reçus dans le royaume par quelque solennité ou au moins par quelque notoriété, et celui dont il s'agit n'est-il pas si rare que la notoriété lui manque?
Au moins, Monsieur, je ne remontre point, et je crains les verges.
Je verrai M. le marquis de Pons; il m'est venu voir avec M. de Vernicourt, et j ai tâché de lui rendre service ; je profiterai des agréments du mari et de la dame, mais je voudrois bien que vous fussiez en tiers ou en quart, pour y entretenir cette gaieté qui vous suit et que la goutte ne fait pas fuir.
On rt'proclie à la liochois (|u'ellc a élevé des nièces et autres personnc.s au (liéàtir jusqu'à s.i ni<»rt ; mais c'est
59f» (.okri:spom)vn(:k im ditk.
une querello dWllomand, cl nous avez bien raison de i\\ve : (et hotnnw assurcment n'uimc pas la mustr/ue.
Je forai rochorcluT les l.eUres de lîayle, de noire Desmaizeaux, (jui est un autre (iros-Jean : je savois bien (]ue le Spilauie vous i'eroit rire ; mais que dites-vous de notre Hrillon qui a pris ce livre-h\ pour un arrùliste? Que de coups de fouet? Mais il faudroit un jubilé pour tous ces gens-là, et on nous le refuse.
Je sais ijue le ribaud dont nous parlons est entre les mains de ses confrères, qui l'examinent. l*our celui-là, il mëriteroit un peu les lies, s'il est coupable de ce qu'on lui impute.
Je n'ai point vu l'abbé d'Dlivel, il sera éditeur perpétuel; je sais qu'il a été en Normandie avec les iMatignon, et c'est là où il a apparemment arrangé cette édition. Je ne le crois pas Grec, pour Latin passe, et François comme il vous plaira.
Voyez la lettre de l'abbé Bocliart à l'évéque de Clermont son oncle, en lui envoyant liji lettre du P. Lctellier et un projet de mandement du 15 juillet 1711 ; il lui [Kirle d'une oraison du 1*. Massillon pour Monseigneur, et il ajoute : «< La pièce de M. révè(|ue d'Angers i)aroit imprimée, elle estsiftlée de tout le monde ».
1 IN lU \()\n. TIUUSIK.Mi:.