I.KTTRE XIV
Lettre du même à M. rarchevêqiie cl Embrun, du 5 avril 1726, dont il déposa copie entre les mains de M. de Sacy.
(( Monsieur, je suis bien fâché de mourir sans être en état de vous payer; j"ai fait les derniers efforts pour vous payer ce que je vous dois; mon impuissance vient de votre sœur. Après avoir eu avec moi un commerce d'amour pendant trois ans, aux yeux de ses domestiques et des vôtres, elle s'est emparée de tout mon hien, abusant de la confiance que j'ai eue de le mettre sous son nom. tlle m'a mis dans la cruelle nécessité de périr. Si vous voulez éviter la punition de Dieu, envoyez-la dans son couvent, dont elle n'est pas assurément sortie canoniquement. Je suis, etc.
Lettre A7P.
A Paris, ce 13 mai 1726.
Je retrouve toujours. Monsieur, votre cœur et votre esprit dans tout ce que vous écrivez; votre lettre du 8 mai, au retour de votre campagne, est pleine de l'un et de Taulre, et je vous en remercie bien. Ce qui regarde M"" de Saint-Cyr est extrêmement forl, et j'ai été bien louché a de l'honnêteté qui est le pivot de la plupart des lois. » J'ai fort connu aussi la présidente de Thorigny ; elle étoit bruneavecdes traits fins et délicats, etétoit passablement galante, ce qui ne g;\te rien à une jolie femme. Je ne parlerois pas ainsi de la mienne, mais je n'en ai point.
M"'^de'rencin est fort malade à la [îastille ; la mort mettra peut-être ordre ;\ cette affaire, et elle fera bien. On continue toujours l'instruction. Elle aiinoit tant les modernes, (|u'on assure que La Motte couchoit avec elle, et qu'un valet de. chambre surprit le bonhomme, qui, n'ayant pas la légèreté d'un ancien, se trouva fort embarrassé dans sa T. m. -7
4IS (ORRKSPONnANCK INl^'JMTK.
retraite. Le vers de la Fontaine est clans une pi^ee manuscrite ijiril lit, sous le titre de Lamentabilc Carmen^ après la i)erte du procès de M""^ de la Force; c'est une lettre adressée à M. le prince de Conti. Je croyois que vous la coiinoissiez; elle est merveilleuse, vous l'aurez quand il vous plaira.
Je ne sais ce que c'est que le brevet du chevalier de Rohan : celui du Cymbalum est trop savant. Mais voici une belle découverte. Le régiment de la Calotte a son origine très-ancienne dans Tliisloire de Pologtie : du temps de Sigismond-Auguste, il y avoit un établissement tout pareil d'une société qui s'appeloit la république de Babine {Resp. Babinensis)y on y doniioit des brevets et des charges aux calotins de ce temps-li\, et un historien de Pologne nommé Stanislaus Farnitius, dont le livre est imprimé à Cracovie en 1587, a fait une longue narration de cette société, en termes très-latins et très-plaisants; il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil !
J'ai tout Pextrait du livre, qui est long, et je vous le ferai copier, si vous ne le trouvez pas à Dijon.
C'est M. Tabbé de Livry, qui en s'instruisant de Thisloire de Pologne, où il est nommé ambassadeur, a fait cette découverte qu'il a communiciuée. (On dit qu'il en est aussi parlé dans Hartnok, ïh Hesp. polonica, imprimé à Leipzty en 1(J72 et à llallemonde en 1698.)
Riez, .Monsieur, de ce qu'on a ri si longtemps des mêmes choses et de la même manière. Vous ne vous en seriez jamais douté. Dieu sait couime les chefs de la Calotte sont réjouis. On a été se faire écrire à la porte d'Aymon et de .Saint-Martin, et voili\ de quoi décrier les historiens de Louis XIV, qui ont omis cette grande particularité dans sa Vie. J'aime bien Sigismond-Auguste, qui demanda au général s'ils n'avoient pas aussi un roi : on lui répondit qu'ils n'avoient garde d'en élire un autre que lui de son vivant, et il prit la chose en riant, /(isilplicidissime humanlsslmua ar heniynis^imuê reoCf etc.
LKTTRK XIV^ 410
A propos de Pologne^ on ne cloute point que la Reine ne soit grosse depuis la fin d'avril, et nous croyons déjà tenir un Dauphin.
La duchesse de la Ferlé est toujours morte, et est bien là. J'ai été ravi de la voir placée parmi les Tisiphones elles Alectons où vous la mettez.
Elle dit à son confesseur, qui l'exhorloil à la mort : a Avezvous connu M. Du Charmel (1); vous le croyez sauvé; s'il l'est, je le serai aussi et plus que lui , car c'étoit un dévot qui étoit fripon et qui trompoitau jeu. » La bonne dame a oublié de faire une substitution, et il arrivera quelque jour des petites Saint-Cyr (qui sont déjà grandes) et qui demanderont partage avec son petit-lils.
L'abbé Margon est sorti de la Bastille, depuis quelques jours, et est exilé je ne sais où. Le trio n'est plus qu'un duo. M. Leblanc a quitté son frère. L'évèque de Lisieux est venu se mettre en pension à Baveux avec un laquais, chez de bonnes gens comme Philémon et Baucis, qui croient avoir Apollon avec eux. M. de Belle-Isle débite un grand Mémoire sur les torts qu'on lui fait dans son échange : on le dit bien écrit. Je ne l'ai pas encore vu , mais ce sont des manifestes après la paix, ou des factums après le procès jugé.
On travaille au procès de ce lieutenant général d'Étampes qui a tant écrit de mémoirea pour sa justification , etcpii paroit un grand scélérat dans une Requèlc que l'on vient de donner au public contre lui sur un incident de disjonction qu'il a forjiié; on le doit plaider les deux chambres asseiid)lées. Tous les faits affreux de cette affaire sont dans cette Requête^ qu'un procureur bon criminalisle a dressée, et qui est curieuse. Le fait de M. de Vremin n'y est pas oublié. Cet homme s'appelle Marin Le Roi, seigneur de Gomberville, et doit être le fils ou le petit-fils
(1) Voir, sur ce Du C//a;?ne/,Sainl«Slmon. Mémoires, i. \'\ p. .lîJi ; t. III,
p. ni-ns; t. vn, p. 33, y».
4J0 COKHKSPONDANCK LNKDITK.
lie cet académicit n. Tar roUc ilisjt)nclioii , un voit qu'il voudroit être pendu trois ou quatre fois, mais je crois qu'il ne le sera qu'une bonne. La Hcquète parle de « protection respectable », et je ne sais de quoi on veut parler ni pounjuoi on en a parlé.
Avez-vous ouï parler de la découverte, faite par M. le comte de Charolois, de plusieurs lettres qu'on écrivoii ù la de Liste, et qui étoient en dépôt chez une blanchisseuse? Il y en a de tous ordres et île tous états, des gens de la cour, des gens de wbe, des ducs, des pctits-mallres et seigneurs, et jusqu'à des danseurs et des cordeliers. Le Prince a vu là bien des choses contre lui , et il faut que les gens soient bien fous de ne pas laisser un prince tranquille dans ses plaisirs. Il y a tant d'autres endroits où se pendre. Savez-vous Texilde M""" Crozat?
Bonjour, Monsieur; mille tendres amitiés et respects.
Lettre XV,
A Paria, ce 21 mai I72G.
Voici, Monsieur, trois nouveautés. M. l'abbé de Livry ne méritoit pas pour sa découverte d'avoir un brevet, mais Mumus, (\u\ rit d(; tout, lui en a donné un , (pie l'on dit être de l'abbé Margon, sorti dei)uispeu de la Bastille, et qui a signalé sa liberté par cette satire. Vous y verrez diverses leçons et je crois la première meilleure. L'épigramme contre Crébillon a élé faite exprès pour être un peu lycosonmène et répondre au style de I*yrrhus. La chanson sur hî Journal dénote l'abbé Desfontaines, et l'abl>éBignon <pii a permis cpi'nn ait mis dans le Journal un Avcrttsscmenl de Tabln' Bidiard sur des Varallèlvs «pi'il médite, qui offensent bien des gens, et surtout M. le l.aidi! des sceaux. Je frois rju'il mancfuc un vers à la ciianson, je le rétablirai :
La Heine n'est plus grosse.
/ LETTRE XVP. 4JI
J'ai reçu le paquet où étoitle discours de Bayle sur le Gustave , la lettre de Chambord et celle de M. de Boulainvilliers; je la crois d'une autre personne que de Tabbé de Bragelonne, car elle étoit adressée à iM. Paris Talné avec de grands éloges, et cet abbé n'avoit jamais été un élogiste. Je sais que la famille de M. de B.... n'en fut point contente lorsqu'elle parut : c'est moi qui ai ajouté les apostilles du père Lelong. On voit un recueil de chansons et vers sur la Constitution , que Ton dit être trèsbien imprimé; il y a des figures, et môme les chansons sont notées. Le Plnlotanus y est entier.
Je veux vous consulter sur une question de légitime très-difficile.
Lettre XVr.
A Paris, ce 2 juin 1726.
Je dois réponse à vos deux lettres des 23 et 30 mai , Monsieur, et je me hâte de la faire pour vous entretenir dans votre campagne, où je voudrois être. Ce que vous dites de la Mère Folie de Dijon et de ses associations est merveilleux. Voihà une découverte qui vaut bien celle de Farnitius. Je vous demanderai quelque jour les brevets, les arrêts, les lettres patentes et le reste; je crois me souvenir que M. de la Monnoyeen a parlé dans son Glossaire. Le général de la Marotte française voudroit bien avoir toutes les pièces dans ses archives; ils viennent de faire imprimer le brevet pour la suppression des faux brevets, et l'ont donné au Hoi avec des notes; je veux avoir cet imprimé. Ce n'est point l'abbé Margon qui a fait celui contre l'abbé de L., car il est toujours à la Bastille, et un frère qu'il avoiten Languedoc s'est enfui en Espagne. Voilà, comme disent les bonnes gens, un beau dêbla\ .
L'exil de M""" Crozat n'est point au net : elle étoit, dit-on, janséniste; elle écrivoil des lettres aux évêtpies; je l'ai-
4M CORRF-SPOMDANCK INKIM'IK.
mois mieux i|iian(l elle iaisoit ramoiir, car ollc Ta fait, et comme elle étoit eurieiise de liltératiire , son amant se. mil à apprendre le grec, et faisoit dëjà des odesanacréonliques (juand il mourut. Il pouvoit faire tout autre chose, car il étoit iralant , bien fait et riche. U vaut tout autant vous le nommer, c'était M. Ponthon. Je n'ai point encore vu le Mémoire de M. de Belle-Isle. On dit qu'il est bien écrit , cela sera bon per la curiosita.
L'affaire des chanoines réguliers d'Auxerro est affreuse ; il ne falloit pas la tuer. Que sont devenus les bons pères? En a-t-(Ui nouvelle? C'étoit un bénéfice assez l)ien desservi , que d'être sept autour de cette jeune fille.
Votre idée sur Voltaire est plaisante; il est allé s'entretenir avec le vieillard qui en dit tant à Henri IV, et pourra bien lui dire quelque petit mot c\ l'oreille sur les coups de bAton futurs.
On /ait renqu«He de M"* de Saint-Cyr, le duc de Bouillon et le prince d'Auvergne ont dit : Nous avons ouï dire à Mfi'lame ma mérv avoir vu M""' de (Ihoiseul grosse v\\ 1007. (^est un ouï dire (ju'on a (jualitié et qui fait rire. M. de Vendôme a dit plus, car il a dit l'avoir vu. Il y a jusqu'à dix-sept témoins entendus. La cassation de l'arrêt a été disculée dans un conseil chez M. le Duc : tous ont été contre. M. le Garde des sceaux, que l'on savoii élrepour, n'a point été admis dans ce conseil. On dittju'on va tent^T la cassation an conseil j)rivé. Cependant la preuve se fait.
On voit deux arrêts, l'un du V mai, qui port<'siq)pression du rérpiisitoire du procunîur général de Hretagm* , A qui on enjoint d'êtn; plus circonspect î\ l'avenir, dans les affaires concernant les évêcpies et le clergé de Krance (on ne dit rien des autres . Le deuxième supprime un écrit imprimé sous le tilre de l{r(juète à Son Eminence M. le fanlnml dp Soailles. Il est signé de -i.'J curés de Paris, IVO du diocèse et '400 ecclésiasticpies L'arrêt est (]ii \H mai 1710.
LETTRK XV l«. 423
Je vous envoie le jugement du 2ï mai contre Etienne Benjamin Deschauffours , qui a été brûlé vif pour sodomie.
Le jugement a lâché le mot et a fait plus que saint Paul. Les Anglois ne font que les pendre, parce que nous les brûlons. La Gazette de Hollande du -21 mai en parle à l'article de Londres.
Le jour de l'aventure de Deschaufiburs, le feu prit au collège des Jésuites, et on fait dire en prose au principal du collège : a Je ne sais comment cela est arrivé, car j'avois fait ma ronde exprès partout, tout étoit en ordre, et il faut que l'on ait mis le feu pour avoir le plaisir de faire l'épigramme que voici :
Lorsque Deschauffours ou brilla Pour le péché philosophique Le feu, par vertu sympathique, Passa jusque chez Loyola.
Discours du Roi en son Conseil.
Le 15 julo 1726.
Il étoit temps que je prisse moi-même le gouvernement de mon Etat, et que je me donnasse tout entier à l'amour que je dois à mes peuples, pour leur marquer combien je suis touché de leur lidélilé.
Quelque sensible que je sois au zèle qu'a montré mon cousin le duc de Bourbon dans les affaires dont je lui avois confié l'administration , et quelque affection que je conserve toujours pour lui , j'ai jugé nécessaire de supprimer et d'éteindre le titre et les fonctions de premier ministre.
J'ai déjà donné ordre de faire part à mon I^arlnnent de la résolution que j'ai prise de prendre en main h* gouvernement de mon royaume, et la même chose sera faite à l'égard de mes autres Parlements. J'en ferai ins-
!J4 COUIIRSPONDVMIK IM.DITK
Iniire, par dos letlres particulières, tous les gouverneurs et les intondants de mes provinces, et j'en ai fait donner part aussi à tous mes ministres dans les cours étrangères.
Mon intention est que tout ce qui regarde les fonctions des charges auprès do ma personne soit sur le même pied qu'elles ôtoient sous le feu Uoi mon hisaïeul.
J'ai choisi à la place tlu siour Dodun, (pii m'a demandé la permission de se retirer, le siour l*ollolior-L)esforts, pour remplir la place de contnMour général de mes iinances , et le sieur de Bretouil m'ayant demandé la même permission . j'ai nommé le sieur Le Blanc à la charge de secrétaire d'État delà guerre.
Les conseils se tiendront exactement dans les jours qui y sont destinés, et toutes les affaires s'y traiteront à l'ordinaire.
A l'égard des gn\ces (pie j'aurai ;\ faire, ce sera A moi que Ton parlera, et j'en ferai romotlre les ^înnoirea à chacun do mes secrétaires d'État ou au Controh ur général de mes finances, suivant leur département. Je leur fixerai des heures pour un travail particulier, auquel l'ancien évoque de Fréjus assistera toujours, aussi bien qu'aux autres détails dont différentes personnes ont soin en vertu des charges (pi ils remplissent.
Enfin, je veux suivre on foui l'exemple du feu roi mon liisaleul.
Si vous pensez (jii'il y ait (piohpie chose de ])lus à faire dans ces premiers moments, vous |)ouvez le proposer avec conliance, et j'attends de votre zèle pour mon s<;rvice que vous me second(;rçz dans h; dessein où je suis de rendre mon gouvernement glorieux en le rendant utile à mon Étal et à mes peuples, dont le bonheur sera toujours le premier ol)jet de mes soins.
UnRK XVir. 4*26
Lettre XVir.
Ce M (\c juin 1726.
Je ne vous ai point, mon cher Président, écrit sur-lechamp le grand événement qui est arrivé, et qui est de très-grande conséquence, pour notre pays et pour les étrangers, sur qui cela pourra influer, parce que je crains la curiosilé que Ton peut avoir les premiers jours de savoir ce que Ton écrit; j'ai laissé passer deux postes, d'autant plus qu'on n'a été bien sur de la vérité de tout ce qui est jusques à présent, que de samedi au soir, car Ton a fait chaque heure du jour, depuis mardi au soir, mille nouvelles différentes, dont il n'y a pas un mot de vrai .
Mardi au soir, M. de Charost vint chez M. le Duc, à environ sept heures; on lui dit qu'il travailloit, il attendit environ trois quaris d'heure. Le prince étant averti, sortit, et dit à M. le duc de Charost qu'il étoit pressé d'aller trouver le Roi à Rambouillet, qu'il remit au lendemain ce qu'il avoit à lui dire; le capitaine des Gardes lui dit à l'oreille qu'il avoit à lui parler de la part du Roi ; sur cela , ils rentrèrent dans le cabinet. On lui donna l'ordre du lioi , qui étoit que voulant gouverner à l'avenir par luimême, il supprimoit la charge de premier ministre; qu'il le remercioitdeses soins, et qu'il lui ordonnoit d'aller à Chantilly jusqu'à nouvel ordre. Cet ordre étoit de la main du Roi; le premier mouvement fut vif, ce qu'on ne sait point ; après il dit qu'il obéiroit. Il demanda : « VA mes papiers?» On lui répondit qu'on n'avoit point d'ordre sur cela; il fît quelque triage de ses papiers, en brûla quelques-uns, en prit d'autres dans sa poche, cl remplit une cassette d'autres, disant que ceux-là étoient les papiers du Roi, et que tous les autres qui restoient étoieut à lui. H écrivit àM""" la Duchesse, on dit à peu près en ces termes :
4M CORRKSPONDANCK l!Sb.niTE.
«Tous les joins se suivent et ne se ressemblent pas; hier j'étois Cësar, aujourcriiui je suis Pompée, je vais à Chantilly; je compte, helle Maman, ([ue vous me conserverez toujoui's vos bonnes grftces. » On lui demanda sa parole, qu'il donna, et puis il monta dans sa chaise, qui Taltendoil depuis lonertemps, pour aller à Hambouillet, et partit, aprt's avoir Lrracieusé tous les courtisans cpii Taccompai:ni»ient, et (piand il fut hors do portée qu'on rentendit, il dit à son postillon : u A (Chantilly 1 » M. deSainl-I*ol,exempt des (iardes, lejoiirnit et l'accompagna jusqu'à Chantilly, et vint, le lendemain matin, rendre compte au Roi qu il Tavoit laissé à Chantilly. On dit qu'il y avoii un détachement de Gardes du corps, en cas qu'il lit résistance, mais ipii ne parurent pas, et il n'en a point eu il Chantilly. La veille et le même jour, le Hoi avoit beaucoup badiné avec lui. et en partant, à quatre heures et demie, il lui dit de ne se point presser de faire ses affaires, sur ce qu'il lui en avoit dit qu'il en avoit, qu'il pouvoit partir à huit heures du soir, qu'il arriveroit toujours assez \ùi pour le souper, et en montant en carrosse, il dit au duc de Charosl, à qui il venoitde donner ses ordres, d'où venoit qu'il ne monloit pas avec lui. Ce dernier s'excusa sur ce qu'il avoit (juelrjues affaires, il répondit : « Puisque cela est, il faut que le duc de litH'res vous attende pour vous mener. » Di-s que le prince fut parti, M. de Fréjus porta la lettre du Hoi à la Keinc, (ju'on dit conçue en ces termes : «Je vous prie et vous ordonne de croire tout ecfjue M. de Fré'jus vous dira de ma ])nrt, et de ne m'en parler de votrr vie. » Si ce ne sont pas les mêmes termes, c'est cpiasi Vrquivalent, mais on me la dit connue cela sur-le-champ. M'" de Clermonl partit pour Chantilly, avec M"* de Prie et M"* de NcKle. M. de Fréjus écrivit à M""' la Duchesse la nuit, qui éloil à Saint-Maur; elle vintà Paris, envoyadcmander permission pour aller voir son fils, cl le soir du mercredi y alla. Kn arrivant, elle dit (pi'ellene vouloit point voir M*^' de Prie; ver» l'heure du souper, le prince
LETTRE XVU^ 427
dit qu'il étoit malade; madame sa mère tint sa table , et lui soupa dans sa cham])re avec M'"*^ de Prie.
Le lendemain jeudi, M^'*^ de Clermont fit ce qu'elle put pourengager la princesse à la voir et qu'elle pût dîner avec elle, mais inutilement; cependant elle y a resté jusqu'à samedi au soir. Étant revenue à Paris, elle reçut, avant de partir, une lettre de M. deMaurepas qui lui marquoit, de la part du Roi, d'envoyer la démission de sa charge, et lui conseilloit d'aller danssa terreauprèsde son mari. Elle restera à Paris deux ou trois jours, et puis exécutera le conseil de M. de Maurepas.Du Verney a eu ordre de donner la démission de sa charge ; à cinquante lieues éloigné de Paris; la place de surintendante supprimée; toute la maison de Condé a ordre de ne plus approcher de la cour plus de quatre lieues. M. Dodun et M. de Breteuil ont donné la démission de leurs charges, et se sont conduits avec esprit, fermeté et beaucoup de décence. M. Desforts est Contrôleur général, aux conditions qu'il a exigées; il a la recette et ladépense, conserve sa place au Conseil Royal, et ne veut pas entrer en fonctions qu'on ne nomme des commissaires qui fassent un état exact de la situation" des finances, des dettes et des revenus du Roi, afin qu'on ne puisse pas lui imputer le mal qu'il n'aura pas fait. Dés que M. le Duc fut arrêté, on envoya ordre à M. Le Blanc de revenir, et permission à M. de Belle-lsle pour son retour. Le premier arriva jeudi au soir à Paris, et samedi, il prêta serment de la charge de secrétaire d'État, et mon pauvre ami M. de Breteuil ne conserve que sa place de Chancelier de la Reine et de Grand Prévôt de l'Ordre; on lui donne une pension de 14,000 fr. et un logement à Versailles. Jl a été assez gracieuse du Roi , qui lui a dit qu'il vouloit le voir souvent; tout cela est bien peu de chose. M. de Fréjus a un brevet pour (|ue les ministres et secrétaires d'État viennent travailler chez lui, et que tout ce qu'il décidera, en l'absence du Roi, sera aussi bien dé('id<'' (pie s'il étoit présent , c'est-à-dire les pn'Togalives
42S (.OI\l\LSPOM)A.NCb: IMlDITr.
(lo lieutenant général ihi royaume sans en avoir le titre. On débite dans le public plusieui's autres ehangenients, mais jusquesà présent il n'en est rien; on parloil beaucoup du (iarde des sceaux, et ijue M. de lUancmesnil auroit la place , d'autres que le (Chancelier reviendroit, mais il n'en étoil rien hier. On avoit parlé d'un conseil, Jes premiersjours, mais il n'y en aura point. On prétend que c'est pour exclure tous les princes d'entrer dans Tadministralion. Le prétexte de ce grand changement est pour faiie la paix avec l'Uspagne; si Ton convient avec cette puissance, il faudra de grandes négociations pour éviter la guerre avec l'Angleterre et la Hollande. Il y en a qui disent que le prélat se repent de sa manœuvre, <jui est plus forte qu'il n'en peut porter. Les princes demandent les pensions qui leur sont dues, les chefs des grands corps demandent à rentrer dans les prérogatives de leurs charges; le général de l'infanterie, celui delà cavalerie et toutes les grandes maisons demandent les survivances cpi'ils n'ont pu obtenir sous les derniers ministères, enfin la cour me paroit devoir être bientôt trèsfort •agitée. M. le Duc paroit conten* et tranquille dans son château; tout le monde redoute le retour de M. de Belle-Islc. Adieu, mon cher Président, je vous embrasse de tout mon ca^ur.
Lrllrr Wlïl'.
A Pari», ce •>« jiii» 1720.
MfKjnus ah iulrfjid f'ranconun iiasciliir ordo.
Voici, Monsieur, un ordre nouveau de choses et d'aftuires. \jt Hoi a pris le gouvernement de son État, et a supprimé le premier ministre, qui est à Chantilly de mardi dernier. Il ne s'y attendoit pas, ni tous ccu\ «pii le conseilloient.
M. h', «lue de Charost lui en annonça la nouvelle, et lui