‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 46 sur 53 · o (:ouKKSl»ONl)A^c^: im:i)hk · texte numérisé non relu

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véo cl clo Textorsion cruii cautionneiiu'iil; il avalera sa iiu'ilecine en deux vtMTes, comme on dit, et s'il ne prend congé de la compagnie, elle pourra bien le lui donner.

I/arrèl du Parlement leur donne une double leçon et do

sévérité et d'incomplaisance; le public est très-content de Tarrét, et non de Tavocat général.

L'affaire de M. de Laigle va toujours son train : on dit qu'il est à Besançon, clicz M. delà Neuville, son parent. Le dernier état est qu'il y a des conclusions à un ajournement personnel contre iM. de Saint-Supply, chez qui les accusés dln«''rent et s'enivrèrent le jour du délit, qui montra par sa fenêtre la porte où il falloit aller, qui dégagea ces messieurs après l'expédition faite, et qui a eu part à l'accommodement; c'est un ancien conseiller au parlement de Kouen, mais il ne l'est plus et n'est pas honoraire; il y aura décret aujourd'hui ou demain. Ce que vous n'avez pas entendu de la famille L., c'est la famille de Laigle, que l'on dit qui a fait leçon à la violée pour rétracter sa i)lainte; mais cette instruction ne se fait pas. M. le procureur du Iloi est tiré d'affaire juscpi'à nouvel ordre; s'il avoit été décrété, on dit qu'il y avoit deux cents dénonciations prêtes contre lui. On convient que le plaignant peut se rétracter, mais il ne faut pas qu'il reçoive de l'argent pour cela. Le régiment n'a point changé de maître; il est commandé pour l'Alsace, et c'est le lieutenant-colonel, M. d(^ la Clavière, (jui le conduit.

Le roi Stanislas a dîné le 2*2 -X Meudon, et en est parti en poste pour aller à Hrest joindre l'escadre qui le doit mener en Pologne ; la Ueinc s'est arrêtée X la Norville près Chartres et chez M'"" de Sabran, et a continué sa route vers Chambord. Leur sort est entre les mains de !)ieu et des électeurs. Vous souvenez-vous d'avoir lu Y llistinvc de la ncission de la Polofjnn df 1697, par la Hizardièrc? Cela est instructif pour ce temps-ci. Dans l'évangile dii jour de Saint-Ix>uis, indiqué pour l'élection il y a : « Homo rpiidam ahiit in regioncm longinquam ut acciprrrt regnum. » I-es

habitants disoient : « yolumus liunc regnare super nos. » Belle matière pour les spéculateurs. Enfin, il faut y être, car faute de cela^ M. le prince de Conti fut Roi et ne le fut pas.

Le mouvement des troupes est étonnant : il y en a tant en Alsace et dans le voisinage que les derniers régiments qu'on envoie ne peuvent pas passer Bar-sur-Auhe. Dans le Lyonnais, le Forest, le Mîiconnais, il y a plus de 25,000 hommes, et un officier de mes amis, qui a passé ;\ Màcon, y a trouvé les quatre bataillons du régiment du Roi : on ne doute pas qu'il y ait un traité avec la Savoie pour laisser passer en Italie. Avec tout cela, il n'y a encore rien de déclaré. L'Empereur a fait retirer les troupes de son camp de Silésie; mais la Czarine, Télecteur de Saxe et le roi de Prusse n'ont pas fait de même, et ils ont beaucoup de troupes qui peuvent troubler l'élection. 11 y a un écrit contre le roi Stanislas, et qui a été brûlé p.ir la main du bourreau en Pologne; cela fait grand bruit, car chacun demande satisfaction, et je ne sais qui apaisera cette querelle.

Il nous venoit de Hollande un petit ouvrage périodique sous le nom de (Jlaneur : Fauteur a joui du privilège de journaliste. Tout faiseur de journaux doit tribut au malin : il a cessé quelque temps par ordre supérieur, puis il recommence sous le nom de Secrétaire du Public; il écrit assez bien les nouvelles et raisonne en politicjue générale et neutre, mémo démêle bien ce (jui icgarde FAngleterre.

J'ai enfin vu le 3' volume des Anecdotes de la Ctnisiitution, qui est très-curieux. Le voyage de Tabbé Ciievalier à Rome est une vraie comédie italienne; l'auteur n'en restera pas lu, la main lui démange de nous écrire bien d'autres écrits. — L'archevêque d'Llrecht est mort, clou a fait son Êlntjr. — Les juges de Bayeux ont écrit une lettre à M. le Chancelier au sujet de révocation d'une procédure qu'ils faisoienl contre des chanoines de Bayeux,

5SS c:oRnKSPOi^DA^CE inkdite.

qui ont maltraité et injurié le cadiiviv truii appelant. In héritier normand en avoit l'ail plainte et t'ait informer; mais révocation va mis ordre. — L'archevêque de Sens et l'évêque d'Auxerre font toujours coml)at de lettres; il y a un méchant po^Mne du portefeuille du Diahle qu'on appelle Suilc (te Philotiuius, mauvaise suite sortie de la plume de (piehpu^ polisson.

Il paroit 2 volumes in-12 d'un livre intitulé : Causes célèbres et intéressantes, avec les JHfjements qui les ont décidées. C'est Martin Guerre. — Saint-Géran. — lîrinvilliers. — Le irueux de Vernon. — Caillé. — L'auteur Gavot de Pkaval, l)arbouilleur de papier.

Lettre XXXr.

A Paiis, ce 6 septembre <7:W.

J'entre en de bonnes vacations, Monsieur, puisque Je les commence par avoir l'honneur de vous écrire. Nous sommes dans une belle crise de guerre ou de paix. Le roi Stanislas est parti, les uns disent par mer, les autres par terre; c'est un vrai problème histori(jue, car nu Va vu s'endiarquer à Brest et on l'a vu aussi suivre le chemin de terre en poste. Quoi (ju'il en soit, il est parti, et tous les liruits des Moscovites entrés en Pologne deviennent incertains. S'il est élu, voilà notre ministère bien éelatant, et si la paix est au bout, quelle splendeur nouvelle!

Au Palais, on a expédié sur la lin bien des affaires; je vous ai mandé celle de M. de Lorière, qui doit être un peu consolé par la promotion de l'évêque de .Metz, (pii est cousin germain de .sa femme. Mais notre succession craint bien les procès des réparations, que ce prélat entend trop, comme il Fa fait voir à .N'oyon.

Voil.l M. ParchcvAque do Lyon bi<Mi (h';livré. « I d'iulres embarrassés.

M""^ de Ménars est interloquée ; avant d'y faire droit il sera fait une nouvelle assemblée de parents, au nombre de vingt, par-devant M. Delpech, qui donneront leur avis sur l'état et contestations des parties, et cependant le notaire séquestre recevra les revenus et en donnera tous les mois 800 liv. au mari et 1,200 liv. à la femme et aux enfants. Toutle reste réservé. Si les fermiers ne payent point, voilà des gens qui vont mourir de faim; leurs revenus sont dans le pays inondé. On s'est aperçu à la fin que la procédure étoit nulle, faute à la femme de s'être fait autoriser pour l'interdiction. M. Chauvelin, avocat général, avoit même conclu à la nullité; mais on n'en a rien jugé, et l'interlocutoire va la couvrir.

Le monitoire dans l'affaire du viol a été publié ; les curés y ont été embarrassés, parce que le mot de jouir par for-ce et par violence y étoit, et les dames y ont baissé leurs coiffes. Voilà une autre sorte de viol el de scandale. 11 y aura un autre monitoire sur la soustraction de la plainte, et le procureur du Roi n'est pas debors. Le décret est donné contre M. de Saint-Supply; il n'a pas encore été interrogé. Cette affaire est fort vive, la colère de la justice est terrible.

Le Hoi a usé d'une grande ci<''incnce en accordant la- Ijolition pour le crime de hi Lettre de Louis XI Va Louis A \ . Les lettres ont été pui)liées et enregistrées liierô, en présence de deux des accusés à genoux, l'imprimeur Mesnier et la petite imagére qui avoient été envoyés a la Conciergerie. Les lettres sont pour tous les autres accusés, M. Uobcrt de Stuel, l'abbt' litiion, (jUf l'on dit l'auteur, et encore un autre : on leur applicjucra le même remède quand on les aura envoyés à la prison de la Cour, et cela sera bien sot.

On parle d'un volume iViflùivres post/mines du V. Ilardouin, imprimé en Hollande, in-fol., où il y a un traité sur les romans des anciens (ju'il a fait modrrnt's. Mais voici bien une autre vision. C'^'^t un tr.iit*' rpii m pour titre :

$S4 CORUtSPO.NDANCE IISKOIIK.

Athei (ietectiy et ces athées dvcouverts sont janst^nistes. MM. Arnaud, IViscal, Nicole, le P. Muibranchc, elc.,y ont chacun leur chapitre et leurs preuves , et Dieu sait les belles plaintes et les gémissements que Ton va entendre. Ouel visionnaire que ce P. Hardouin, au milieu de sa vaste science î

11 paroltune requête au Roi contre les jésuites de Flandre, où on les soutient incapaliles de succéder après les premiers vœux. C'est rancienne querelle. M. (lodefroy, avocat au Conseil, est auteur de cette requête qu'il faut voir.

Lellre XXX H\

A Paris, ce U septembre 173.1.

Les réilexions que vous laites. Monsieur, sur le décret contre les accusateurs qui se rétractent sont excellentes. Je ne puis cependant vous dire si elles seroient appliquées au cas dont il s'af^-it, dont on n'en sait pas précisément la nature. Ce qui est fâcheux, c'est que celte prison est longue et se prolonge encore par les moniloires, et la pauvre violée voudroit peut-élre être à recommencer.

Je vous ai mandé par ma dernière mon avis sur le lome 3* des Àupcdoles, qui revient au v6lre. Il est plein d'esprit, de faits curieux, de portraits três-ressemblants et placi'îs dans leur jour. L'affaire du Grand Conseil y est bien décrite : l'auteur a fait sa cour à M. Hérault, alors procureur général, en donnant sa harangue entière, cjui est pleine d'éloquence et faite dans une occasion d'éclat; en tin, la mort du cardinal Dubois et celle du Uégenl terminent très-bien le volume, quoique les objets en soient tristes; mais ils sont vrais, et si cet historien continue, il n«)iis fera grand jilaisir. Ilien n'a paru du I*. Cirard, quede jtiloyables lettres que personne ne croit. Kl nous n'avons point vu /f Secret du procès.

Sur l'usure, je counois le livre du sieur Le Correur, qui auroit aussi Lieu fait de se taire que de se mettre sur les bancs à raisonner sur une matière délicate, et où on ne veut point de raison. J'ai vu beaucoup d'écrits, petits écrils, mais forts contre ce livre, et j'aime ce que dit M. Petitpied dans une lettre du 19 janvier 1729 (qui a été imprimée), que tout se réduite dire qu'il n'est point permis d'exiger l'intérêt d'un argent prêté précisément en vertu du prêt. Il fait l'histoire d'une déclaration que le Uoi Louis XIV voulut donner pour permettre un intérêt modéré dans les prêts simples. La Sorbonne fut consultée, M. Fromageau , Pucelle, Vitasse et lui Petitpied, et tout d'une voix il fut décidé qu'une telle déclaration étoit contraire à la loi de Dieu , et le iloi n'en voulut plus entendre parler.

Je ne sais comment il se trouve encore des poëtes possédés du démon Coupletgor, après ce qui est arrivé à leur chef, qui a corrompu un très-beau génie pour sacrifier à cette abominable satire. Je ne vous demande pas les couplets, parce qu'on ne connoit pas les masques ici, et ce seroit un sel tout affadi. L'Apollon de cette poésie est toujours à Bruxelles, assez mal à son aise, et qui a l.i douleur de se voir insulter par Volt.iire. On dit que ce dernier a fait des Lettres sur les Aiujluis, qui seront fâchés de lui avoir donné retraite et d'avoir nourri un serpent dans leur sein.

On est toujours dans l'incertitude de la guerre ou de la paix. On a écrit de bien des endroits que le roi Stanislas est élu; mais ce sont des nouvelles précipitées et prises dans quelques suffrages favorables, qui n'ont pas encore formé un dernier avis; les troupes de la Czarine sont entrées, mais elles sont encore loin de la capitale. On sait en gros que le roi Stanislas est parti ; mais de dire si c'est par mer ou par terre, c'est un fait inconnu, (pie la postérité aura peine ;\ démêler. LagendiU'inerie a été mander, puis contr'ordonnée, et on ne comprend rien A ces mouvements.

.-,26 (ORRISPONDANCF IM.DITF.

Je me mels de moitié avec vous du pari pour la paix.

Je vous ai parlé d'une saisie que veut faire M'"*" de Sainte-Maure entre les mains de M. Gaufridy et autres héritiers des Forcelet, que nous ne connoissons point. Mais puisque vous vous arrangez pour partir le '20 de ce mois, cela vaut mieux que toute cette procédure, que nous ferons faire par d'autres. Kl je vous aime bien mieux à Dijon que dans ce pays-ci, où les postes sont irrégulières, et où les physiciens sont supérieurs : quittez donc ce pays au plus tut. Ramenez madame la Présidente en bonne santé, et remettons-nous dans le cours de notre correspondance tendre et bien ordonnée. iMais il me semble que voilà un peu de néologisme : il vaut bien mieux vous embrasser en attendant votre retour et le souhaiter de tout mon cœur.

J'enverrai à M. Martin le paquet de la Dissertation, alin qu'il vous soit rendu au plus tut.

Lettre XXXIÏl\

A Paris, ce 7 octobre 17.")5.

Soyez, Monsieur, le bienvenu de tous vos voyages, et Dieu soit béni de vous revoir au milieu de votre patrie, de vos amis, de votre bibliothèque et d'un commerce plus famiber et plus sûr avec vos amis de Paris, dont je me flatte d'être du nombre. J'aurois l'honneur de vous dire d abord (pie M. de Plain, !<• fils, m'a remis votre lettre, et que sur-le-chanq) je hii ai donne une reconmiandation pour M. Piouillé, quoicpfil ne me paroisse pas que M. houille soit juge de cette affaire, mais les officiers de police de Lyon.

Je ne croyois prendre part à lu guerre qu'en général, mais je m'y intéresse de cœur, parce cpie M. h; prince Charhfs, cjue je croyois fixé dans sa charge de grand écuyer de France, vient d'être nommé, comme ancien lieu-

Î-KTTRK XXXIir. Ô27

tenant-général des années du Hoi, pour joindre les troupes qui sont en Daupliiné et delà passer en Italie, ou le roi de Sardaigne nous donne passage. C'est M. le maréclial de Villars qui a demandé ce prince , connoissant sa valeur et sa vertu; et aussitôt le voilà qui part, qui court à la gloire, qui quitte la Cour et qui nie laisse très-aflligé de ce départ. Car, quand le reverrons-nous ? Sa santé n'est pas bien forte, il s'en va bien loin ; l'entreprise de conquérir l'Italie est grande et immense, et peut être trèscourte ; mais aussi elle peut être longue, et que de dangers ne l'accompagnent pas! Je vous assure, Monsieur, que je suis très-fàché contre la guerre : on n'en sait pas trop le sujet. L'élection de Pologne a tr«''s-bien tourné : elle s'est conduite par un secret impénétrable, l'ne belle Hotte a servi d'illusion à toute TEurope pendant (jue le Roi alloit par terre; il est arrivé heureusement, il a été élunemine contradicente ; mais aujourd'hui l'unanimité est contestée : les troupes de LiCzarinesont venues, celles de rélecteur de Saxe s'y sont jointes, une partie de la nation s'est séparée. 11 y a eu, à ce que l'on prétend, une action, dont le roi Stanislas a eu grand'peine à se sauvera Dantzik, et on ajoute qu'il y a eu une seconde élection de l'électeur de Saxe. Je dirois à cela :

.Mais que nous cliaut que le Nord s'eulrcpille ?

si nous n'y avions pas un intérêt de gloire et d'affection tendre de parenté de famille. Ce n'est pourtant pas là le sujet de la guerre, car tous les préparatifs en étoient faits avant tout événement sur l'élection. C'est donc encore ici un secret impénétrable et qui ne nous sera découvert (|u'à demi dans le manifeste, si toutefois l'on en fait un, et si même il y a de la guerre ; plusieurs gens en doutent encore. Voilà où nous en sommes. Ceux du Rhin écrivent qu'ils le vont passer et assiéger Brissac. Les autres disent cpTon va faire venir aussi toute cette armée en Italie, et cpi'il n'y on aurarprurip. J.^*;nis rrsl<' à

62S CORRKSPOiNDAKCK INÉDITE.

Pari^ spectateur lie tous ces t^vt^nements, tlont jesuis le livs- !iuinl»leservileur;et irétoitnion prince, (ju'ilsin'enlrvent au moment mùme (juej'alloisme reposer i\ sa cainpni;iH', je n'y serois intéressé (jue comme François et bon sujet. Vous n'aurez ici proprement que la lettre d'un nouvelliste, et nous allons tous le devenir si cela dure. Vous avez dû voir la préparation d'un camp à Lyon. Le passage des troupes se fait bien tard; mais on ditqu'elles arriveront assez à temps pour tout prendre, Milimais, Naplcs, Sicile, Mantoue. Et que l'erons-nous de tout cela? J'en ai la tête tournée. Votre retour me console. Je vous embrasse, Monsieur, de tout mon cœur, et j'ai bien besoin de votre amitié dans l'état où je suis. Je vous félicite sur les manuscrits que vous rapportez. J'ai lu dans la dissertation de Bayle sur les libelles diffamatoires une partie des grossièretés ingénieuses de Burcard, et il n'y manque que le Secret du P. Girard.

Lellre AAA/P.

A Paris, ce \C) octobre 17S3,

Pour recommencer notre commerce, j'aurai Thonnciur de vous dire, Monsieur, qu'bier on distribua à l'Imprimerie royale un écrit qui a pour titre : Motif des Résolutions du Jtoi; c'est un vrai manifeste, (]ui annonce la guerre contre l'Empereur; le Hoi se plaint de ce qu'il s'est opposé î\ l'élection de Pologne, par lui et par ses alliés, et qu'il l'a personnellement outragé par dos déclarations ré[)andues partout : on y a joint quatre pièces pour servir de preuves. Voilà une affaire sérieuse. J'a|)prends en c»; moment de Font«iinebleau, par M. le prince Charles, (jui n'est pas encore parti, que nous avons passé le lUiin le IV, et que le fort de Kehl est assiégé; le Uoi l'a dit tout haut. M. le niaréclial de Villars partira le 20. Avec cela on croit qu'il se fera cet hiver quehjue bon traité qui ac-

LETTRE XXXI V«. i29

commodera toutes les parties, et que dt^jùles Anglois y travaillent. Le Roi leur a déclaré qu'il ne vouloit point de neutralité de leur part, mais une alliance, et s'ils la refusoient, qu'il leur déclareroit la Lj^uerre.

On ne sait où est le roi Stanislas; quelque part où il soit, il est bien malheureux. L'électeur de Saxe n'est pas encore élu. L'Empereur auroit fait une assez bonne affaire avec lui de le faire roi de Pologne, pour lui passer sa pragmatique sanction. Le manifeste en dit quelque chose, mais en termes enveloppés, eljil y a bien à deviner dans cette langue politique.

Ceux qui vont en Italie seront bien f;\chés d'en revenir sitôt si la paix se fait cet hiver. M. de Fontanieu est allé à Turin pour arranger le détail.

Je vais vous renvoyer par le sieur Saint-Martin la dissertation, le factumde Pasquier, des observations de je ne sais qui et deux lettres de M. Houille à moi, où vous verrez que M. le procureur général a empêché l'impression, et il me paroit qu'on ne peut l'ajouter au Freret après cette déclaration; cela feroit tort au li])raire et à l'éditeur, M. Brunet. Et peut-être s'en prendroit-onà vous. Quand M. Rouillé le perinettroit, l'éditeur auroit toujours droit de se plaindre, et le sieur de Plain eu souflriroit.

L'abbé Leclerc a trouvé moven de faire vendre ses Remarques, mais non pas de les faire lire, en les joignant au Bayle; même bien des gens n'aimeront point celte interprétation , et cela pourroit bien faire tomber l'édition de Trévoux.

J'ai envoyé à M. Desmaizeaux, parla voie d'une petite danseuse qui va à Londres, vos Observations sur les Marbres d'Aix.ie n'en ai point encore de nouvelles. Ainsi vous me ferez plaisir de m'en rendre un autre, et un pour l'abbé de Fontenay. Le grave Djsmaizeaux va être bien étonné de voir cette petite jeunesse porteur d'une telle antiquité.

J'ai la procédure du P. Girard, avec le grec et ce petit

630 CORRESPONDANCE INÉDITK.

paquet crorduresqui l'explique à la fin. Cela est bien fou. Au lieu de publier ce procùs, on Tauroit dû brûler; les témoins in rcUgione ont bien servi au pauvre défunt, mais non pas pour la canonisation.

Le livre du P. Hardouin fîiit grand bruit : on en soupçonne l'éditeur, qui étoit il y a deux ans en Hollande.

M. de Troyes vient de faire un factum en forme de mandement qu'il a imprimé avec l'arrêt contre les Jésuites. C'est une plaisante procédure ; l'ouvrage est beau et fort, et peut bien servir de compensation et de dos à dos.

Lettre AAAP.

A Paris, ce 20 octobre 1733.

On m'a remis, Monsieur, de votre parties trois exemplaires des Marbres. J'en aidéji\ donné un à M. l'abbé de Fontenay ; je garde le second pour moi, le troisième ira en Angleterre voir M. Masson quand je le pourrai; le quatrième que j'avois est allé réveiller M. Dcsmaizeaux, qui le recevra des njains d'une petite saltatrice, dont je n'ai point encore de nouvelles.

Nous voilà dans la guerre de tous les côtés, tout le monde part. La nation est comme une folle, et court à la vengeance de son Koi; outre les Motifs des résolutions qu'on vous aura sans doute envoyés, il y a un édit portant Déclaration aux Cercles et Princes de l'Empire, qui a été donnée en passant le Uhin, où le Koi leur dit qu'il n'en veut à aucun de leurs membres, qu'il déclare solennellement cpi'il ne veut point faire de concpiétes pour leur nuire, qu'il ne clierclie ([u'i\ [loursuivre THnipereur et se venger des mécontentements qu'il lui a donnés «\ la face de toute V Europe. Cet écrit est court, fort et n'a point paru imprimé encore au Louvre. On a passé le Ilhin le 13, 1 V et jours suivants. Le .siège de Kebl doit être bien avancé; il ne lais.se pas que d'y avoir de la besogne, si le

gouverneur a de quoi se défendre. On a pris ses mesures du côté de la Lorraine; nous en sommes en possession partout, et voilà la Champagne àcouvert des Allemands. La Fontaine disoit à ce même propos :

Ces gens-là ont des hanaps trop grands.

M. le prince Charles ne part que cette nuit de Fontainebleau. Je le croyois bien loin, il a été un jour à Villai-s, chezM. le maréchal, qui n'est pas encore parti. Le comte de Charolais, qui ne devoit pas partir, va sur le Khin, et part vendredi prochain; il a fait faire un grand équipage. Les autres princes sont allés devant, et courent tous à la vengeance du sang royal; car les Motifs parlent du sang. Je ne sais qui est Fauteur de ces Mo'ifii, où il parolt qu'il y a deux fins et deux mains. On ditM.de Fontenelle, cetpieje ne crois nullement, à moins qu'on n'ait voulu prendre un héraull octogénaire pour un héros aussi octogénaire.

Les nouvelles de Pologne sont bonnes pour nous; les confédérés se sont détachés, et sont revenus au Roi. .\insi nous aurons notre Roi, et nous ferons encore la guerre à ceux qui nous ont troublés ou cpii l'ont voulu. Les gens disent un mot de garnison sur l'Empereur : Vous avez voulu détrôner notre heau-père et nous drlrônerons votre gendre. Je ne crois pourtant pas (pi'on ail[)iis l.i Lorraine pour la garder; ce n'est qu'un enijimiit, dont lintérùt nous profite bien.

Nous lisons présentement plus de gazettes que de livres, et c'est dans une gazette (jue je viens de voir annoncée la nouvelle édition des Essais de Théodicée de Leibniz, avec une Vie de l'auteur et un catalogue de ses ouvrages. Cette Vie sera curieuse si elle est bien faite. Je ne sais où j'ai déjà vu son éloge, et jecrois qu'il est de M. de Kontenelle à l'Académie. On n'a pas oublié dans le catalogue le Spécimen de Rurchard, (piiaélé imprimé à Hanovre, en IGDG et IG97, sous deux litres diflérenls. J'en ai vu un

532 CORRFSPOM)ANCE INÉDITE.

fragment dans la dissertation de Bayle sur les libelles difraniatoires, et cela donne envie de voir le reste. Le manuscrit que vous rapportez contient apparemment ce spécimen et encore beaucoup d'autres choses que Leil)niz n'a point extraites. J'ai vu d ms la munie î^azette un Rousseau augmenté, un Roi de ^ Suède augmenté, un Temple du goût augmenté : voilà bien desaugmenlalions, où il devroit y avoir des diminutions.

Le de Thmi festinat lente. Nous allons avoir la traduction françoise avant que le latin vienne, et cela nuira à l'édition latine. M. Bukley a obtenu une diminution ou exemption de la taxe du papier, et va gagner sur les souscriptions; c'est ce que j'ai appris dans le petit journal du Pour et du Contre, qui ne vaut rien et que vous pouvez fort bien vous passer de lire, ouvrage d'un moine défroqué, et il faut que nous nourrissions sa défroque.

La guerre ecclésiastique va toujours, et le gazettier ne cesse point; il vient de donner la relation du chapitre général des Bénédictins, tenu à Marmoutier, qui est bien exacte, et ces morceaux sont curieux, mais pourtant le convulsionnaire a ses dépendances; cela est ennuyeux, aussi bien que Y Histoire de la Constitution, qui se continue et qui n'est (ju'une mauvaise gazette. Mais;\ propos d'histoire, je lisais hier celle de Lorraine du P. Calmet; il se moque de nous avec son style mou, doux et lade, frivole, bas, et qui sans les Preuves seroit un livre ;\ mettre au pilon. Je n'ai jamais rien vu de si plat, et cependant ce sont de gros in fol., cju'à [)eine on peut remuer, et qui serviroient bien au fort de Kehl k la place d'un boulet : je finis avec un peu d'indignation,et jesuis martial j\ ma manière.

Lettre XXX VI\

A Paris, ce 22 octobre 1733.

Outre les Motifs, on a donné au public, Monsieur, la déclaration pour les princes de l'Empire, qui ne porte point la peine de la vie, mais qui dit bien ce qu elle dit; vous la verrez imprimée. M. le prince Charles est allé à Lyon attendre M. le maréchal de Villars, qui a le titre de maréchal général, comme M. de Turenne, avec pouvoir de disposer de tous les emplois qui vaqueront, hors les régiments, en attendant le gouvernement du Milanais, que vous lui destinez. Voilà bien de la gloire. Il n'y a pas un seul Espagnol arrivé pour l'Italie, et on commence à en être fort en peine. La cavalerie espagnole, dont on vous a parlé, n'a point encore paru. Nos troupes doivent être à Verceil le 2 V, suivant le passeport ou feuille de route dont je vous envoie copie et qui contient les engagementsdu roi de Sardaigne ; cela m'a été envoyé par un ofticier de mes amis qui y est. On ne sait encore rien du fort de Khel, qui devroitêtre pris et repris, et qui n'auroil pas dû occuper un maréchal de France. L'occupation de la Lorraine fait grand bruit; mais c'est le sort de cet État. 11 ne parolt pas qu'il y ait encore matière de félonie pour le duché de Bar, le duc ne portant point les armes contre son seigneur et n'y ayant pas même de déclaration de guerre en forme. Croyez-vous que la justice se rende à Nancy au nom du Koi?

Ce n'est point la Salle cjui a porté vos observations sur les marbres ;cesi une petite hlle appelée droy/if, (jui a voulu prévenir la Salle ;maisj'appris hier que la deuxième fois qu'elle a dansé en Angleterre, elle s'est donnée une furieuse entorse, qui l'a'mise hors de combat : c'est un accident du métier. Je ne sais pas encore si elle a vu Desmaizeaux, et vous dites plaisamment (pr«'lle auroit dû être chargée des observations sur les Pri;q)ées.

SM CORRF.SPONDANCE IKf.DITF.

\\. lo marquis do Maffciest i\ Paris, et demeure rue Tra- Tersièrc, vis-à-vis une dame de mes amies. On lui doit faire voir au premier jour vos OhservationSy où vous le citez honorablement. Il travaille à son grand ouvrage. On m\i priHé son livre do Dvgll anfitealri, imprimé î\ Vérone, in-12, 17-28. J'en suis tout à tait content : il est plein do science, d'érudition, de critique, de politesse, et me donneroil envie comme vous, Monsieur, d'être antiquaire. J'aime cette langue italienne à la folie, et je suis bien aise que nos François aillent l'apprendre sur le lieu. Je prends les armes à ma manière.

Le P. Hardouin fera bien parler de lui après sa mort, comme il a fait pendant sa vie. Le prétendu éditeur n'aura garde de se nommer.

Je me souviens bien, du IV* livre de V Enéide de la traduction (jui meparoissoit parfaite; maisla poésie demande une dernière main, qui n'est pas souvent la dernière. Je suis bien d'avis de quelques courtes notes, je parlerai à l'imprimeur que vous me dites, et je vous en rendrai réponse.

Je vais pour quelques jours à Compiègne, comme vous me le conseillez. Le départ du prince Charles m'a arrêté aujourd'hui; les nouvelles journalières me retiennent, maisil faut renoncer à ce plaisir pour la santé, qui en est un plus grand. Le procès d'impuissance est appointé ; M. Soulet rapporteur. C'est bien ménager un tel mari que de ne l'appeler que malotru; je ne connois point l'auteur des observations contre votre dissertation. Je n'ai pas même à présent ces observations, qui sont dans les mains de M. de Uessye, et qui doit me les rendre au premier jour. Après quoi je vous remettrai le tout. Je ne sais si ce ne seroil imint M Brunet, éditeur des Libertés de V fUjUsv tjid- Hcanr, ou peut-être M. le P. G. lui-même.

Ja: roi dr Sar daigne, de Chypre et de Jérusalem.

Par le présent nous ordonnons aux conununautés cideMQS nommées de recevoir les troupes de S. M. T.-C.

ci-après spécifiées, et de leur donner le logement autant qu'il sera praticable au delà des monts , et elles seront présentées par toute la route des étapes par l'officier et commissaires des guerres destinés pour les accompagner et chargés de cette commission. Telle étant mon intention pour huit bataillons, faisanten tout 5,i80 hommes, etsix escadrons, faisantOGO chevaux, qui arriveront le 1'* de ce mois à Sezanne, et qui suivront leur marche comme dessous, etc....

Signé : C. Emmanuel.

Et plus bas : Fomana.

Lettre XXXVIP.

Fin oclobre 1753.

Nousavons vu aujourd'hui, Monsieur, la déclaration de la guerre, qui est du 10 octobre, où le Roi dit franchement que c'est à cause de l'injure que l'Empereur vient de lui faire en la personne du roi de Pologne, son beau-p^re. Cela est plus clair que les discours des Motifs, où il faut deviner. C'est dans cette déclaration qu'il y a peine delà vie, et elle a été apparemment publiée à latôte d(* Parmée, comme on vous a mandé. Il y est parlé des Motifs, qui ont été envoyés dans toutes les Cours de l'Europ»' : ils ont donc précédé. La tranchée a été ouverte le 19 octobre. Le 20 et le 21 les ennemis n'ont tiré que (juehjueK coups de canon, inutiles. La nuit du 21 au 22 ils ont fait un feu continuel. Celui (pii m'écrit, qui est un capitaine de cavalerie du siège, n'en savoit pas encore l'effet, parce qu'en m'écrivant il n'avoit encore vu personne revenu de la tranchée. M . le prince de Tingry l'avoil commandée et M le comte deTrémes, son gendre, l'y avoitaccompa^Mié. lime mande que M. le maréchal de Berwick a ordonné un détachement de cavalerie à pied pour la tranchée de 350 maîtres chaque jour, commandés par un colonel, un lieu-

tenant-colonel, sept capitaines, autant de lieutenants et de cornettes, pour les accoutumer, dit-il, auiiTand l'eu. Pour moi, je trouve que cVst 1j\ une terrible académie; le fort pourra bien tenir jusqu'à la Toussaint, pourvu qua les Allemands n'inondent pas la tranchée, auquel cas cela dureroit huit jours de plus. Ce morceau s'est trouvé plus gros qu'on nepensoit; le 22 au soir, nous avons du foudroverles ouvrages et démonter les batteries. — Un conseiller de Metz de mes amis, qui a une terre peu éloignée de Luxembourg, me mande qu'il a été obligé de déménager, qu'il y a un camp proche de Longwy commandé par M. deSilly, où il y a 10 ou 11,000 hommes, et qu'on a voiture c\ ce camp une quantité prodigieuse de grosses bombes, de grilles pour rougir les boulets et autres machines, avec les mineurs, bombardiers, canonniers et ouvriers d'artillerie, et qu'on ne sait pour qui cela est destiné. Je reçois une lettre de M. de Vernicourt de Lyon :il va en Italie et servira sous les ordres de M. le prince Charles, qu'on y attend aussi bien que M. le maréchal de Villars, dont la Gazette de France nous a appris le titre de maréchal général des armées du Roi. Celle de Hollande nous a dit la triste nouvelle de la deuxième élection en Pologne, de l'électeur de Saxe, qui est du 5 octobre. Ils n'ont point f/crdu de temps, car la convocation de la diète finissoit le 5. Voilà matière d'augmentation à la déclaration de la diète, et Tinjure complète. Le commandeur de Thianges, rpii a fait le Hoi sur la Hotte, est arrivé à Paris et a quitté tout ce théâtre. Je ne sais où il a laissé la flotte. Ceci n'a guère duré plus qu'une tragédie, mais il y aura encore quelques actes.

J'ai donné à M. de Hessye un des exemplaires de vos 3/ar^rcx, dont il rst bien aise et vous remercie. Ainsi M. .Masson .s'en passera. On im[)rimera magnifitpiement le IV* livre de ikuéidey sivous voulez me l'envoyer. Mais il y faut de petites notes sur le texte, comme vous avez dit î.«- sieur delMain sera à votre service quand il vous

LETTRE XXXVIl". 537

plaira, et je serai le correcteur. On ne m'a point encore voulu rendre les observations, ni me dire le nom de l'auteur. Je sais seulement que cela a été fait assez à la hâte, chez M. de Machault, à Arnou ville ; l'autre moitié du secret viendra bientôt, et vous aurez le tout incessamment.

Je n'ai été en campagne qu'un jour à Auteuil , où j'ai vu beaucoup de jolies dames, et pas un chapeau. Elles jouent, mangent et se promènent tristement. Il y en eut une qui dit qu'elles avoient quitté les mouches, le rouge et même l'eau de lavande. Cela seroit bon à faire une épigramme dans les Priapécs. M""" de Sainte-Maure se porte bien mieux. J'ai a[)[)ris (jue M. de .Mirepoix est avec son régiment dans la citadelle de liesanron. Est-ce \h. où doit être un Mirepoix et le gendre de iMutus? On dit M"*" de Brun retournée chez elle, et que M. de Ta vannes est revenu dans les terres de France par l'occupation de la Lorraine.

La (iazclle ilc France nous apprend l'effet de cette occupation, qui est faite sans préjudice à la souveraineté et aux droits du duc de Lorraine, et seulement pour empêcher les ennemis de s'en emparer. Je viens d'apprendre avec douleur la mort de M. (ioislard , conseiller de la Grand'Chaml)re. Il aimoit les ehevaux, il enavoit de neufs qui ont pris le mors aux dents ;\ sa terre; il s'est jeté hors de la chaise, il s'est rompu une jambe : on l'a mal raccommodée; on l'a rompue une seconde fois, et il est mort , au grand regret de tout le monde. Ou perd un grand juge, un homme habile , intègre et une des belles fleurs du Palais. Son fils étoit avec lui.

FIN DU TOMI Ol'ATUIKMF.

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