‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 5)Chapitre 45 sur 53 · M coRRKSPO^UA^cfc: i^èduk · texte numérisé non relu

M coRRKSPO^UA^cfc: i^èduk

i|ik'l.a Fontaine bAlissoitses temples, quand il disoit sur \v UMiiplo de riiyinen et de Faniitié eoniu^ale :

Ah si mais autro part j'ai porté mes présents.

Vous aurez au premier jour une copie de ce Temple et et du Vireliiy aux HoUandois qu'une dame bonne connoisseuse donne à chapelle exclusivement à tout autre. Hier ;i janvier, au conseil des dépùches, il a été jugé que M"" de Sainte-Maure sera hypothéquée sur le brevet de retenue de son mari de •2r)0,()()0 liv resdu jour de son contrat de mariai:e. C'est un arrêt célèbre ; je na sais plus où le mari plaidera, car le Parlement, le bureau des cassations et le conseil des dépêches ont été contre lui ; il n'a plus qu'à en faire une affaire d'État et de nation et en faire quelque congrès.

M. le prince Charles va avoir une affaire à votre Parlement contre des appelants d'une ordonnance qui leur refuse un sursis de paiement de droits seigneuriaux. Ce n'est qu'une provision, qui est dans Tordre. Vous voulez bien, Monsieur, que je vous le recommande ; le procureur ira vous solliciter et vous portera un mémoire et un aussi à M. Fleutlelot.

Il a été fait des Norois chez M"' la duchesse du Maine, où sont tous les noms de nos astronomes et de nos mathématiciens, et les NoOls, quoique très-dévots, finissent par un coujilel où on dit (ju'on trouve dans les yeux de la Princesse ce qu'elle cherche dans les cieux avec ses lunettes; il faut avoir une copie de ces Noels et je l'aurai. On dit rjue l'affaire du catéchisme n'<'st pas encore accommodée. Le mariage de monsi(;ur Hérault est fait et le mauvais mot de Paris est cpic M. I*;"iris lui a noué l'aiguillette.

LETTRK ir. . 459

Lettre II.

A Paris, le 12 janvier I73S.

On a dù envoyer le Temple de IWmitié et le Virelai/. Je n'ai point le Temple du CmoxU, ni la Préface de Zaïre; cela viettdra. Je ne connoissois pas les Lettres de M. de Cambray; il faudra les lire et laisser là le mystique, quoiqu'il parle cette langue plus intelligiblement qu'aucun autre^ et qu'il ait sur cela tourné son cerveau à une certaine netteté et grùce qui lui est propre. Uamsay est bien loin, et très-loin de h\ , et je crains bien que sa réponse ne réponde mal; il y a d'autres gens intéressés dans la relation , qui pourront bien trouver d'autres défenseurs; mais que dire contre des faits prouvés par lettres? Les faudra-t-il vérifier comme celle du P. Tournrmine?

Le livre de M. de Crouzas ne se débite guère. On est étonné de ce gros in-folio^ qui est imprimé fort menu, et, comme vous dites, l'auteur auroit bien mieux fait de le faire défendre. Ce n'est pas là une lecture pour un malade.

Le Parlement jouit de sa gloire et est en pleine possession de toutes ses fonctions ; il y a deux arrêts du 5 et du 7 de ce mois, l'un qui supprime une tlièse de Sorbonne du 31 décembre dernier, où l'on s'expliquoit vicieusement et dangereusement sur nos maximes, et sur les questions présentes, et (]ui ordonne que le syndic, le président et le soutenant seront mandés; l'autre arrêt est une injonction d'être plus exacis et plus circonspects à l'avenir, et de veiller etc. ... à peine d'êlre procéd»'* contre eux ainsi qu'il appartiendra. Il y avoit des voix pour dire, à peine d'étrr procédé r.rlraordinairetnmt. M. l'abbé Pucelle , dans son avis, parla fort contre la continuation du syndic qui abusoit de ses fonctions , et qu'il en l'audroit en parler au Koi. Les

arn^ts sont imprimés avec les discoursclc M. Ciilhort cl sont retnanjuablcs par leur date et par leur temps. Comme on sortoil de cette assemblée dernière, où il n'y avoit que la Grand'dhambre comme à l'autre, on mil entre les mains de M. le P. P. une autre thèse plus dangereuse que l'autre, qui devoit se soutenir le même jour aux Cordeliers. L'ordre fut donné de ne la point soutenir, et elle sera bientiM supprimée; il y est parlé du salut des appelants, et on leur dénie la vertu de faire des miracles; c'est une nouvelle proposition théologique. J'ai oublié de vous dire (jue le W V. dit au syndic de luimême, en passant près de lui, que la cour auroit une attention plus grande que jamais à ce qui se passeroit en Sorbonne, et qu'il pensât bien à sa conduite. Ainsi le syndic n'a pas manqué de réprimandes. Le soutenant est

un (pii dit la messe de M""^ la Présidente et qui

ne demandoit que d'être condamné. Ces affaires publiques n'empêchent pas les particulières d'aller; on juge et les procès et les thèses, et tout le monde est content. L'affaire du catéchiste de Saint-André est accommodée : je ne sais pas commonl, mais elle est finie.

il y a deux dissertations ou traités sur les vers de mer qui man;-'entlesdigueset les pilotis, l'une par un M. Housset; l'autre d'un médecin d'Amsterdam. Cela doit être curieux, pourvu qu'on apporte le remède au mal et aussi prompt que le cachou l'est aux fluxions. J'ai voulu savoir ce que c'est que ce cachou, qui a été si longtemps ignoré, et fjui a été révélé par M. de Jussieu dans \cs Mémoires de rAradémic des Srimrrs de 1720, dont il est parlé au Journnl des Savants de 172V, p. iVV. Je me serois bien passé de cette science passive et ex[)érimentale. M""* la duchesse de Sully fait travailler à une apologie des nuiiurs (non de la doctrine; de M'"'" Cuyon, sa mère, par un P. de r(»ratoire, qui est un homme d'esprit et qui avoit fait ces jolis vers pour M. le duc de Saint-Agnan (juand il prit congé ÔH M'"' d'Aiguillon ; mais je ne sais si la doctrine

LETTRi: IIP. 401

n'influe point sur les mœurs, et comment on répondra ù toutes ces.... folies, après le V. de la Combe, et à la lettre de ce père Barnabile qui fut lue au l*ape et qu'il écrivoit à sa disciple , que Ton n'a pas manqué de rapporter dans le deuxième tome de la Relation du (juiétismc, p. 92 et 93. Hamsay, de son coté, a quitté la Vie de Turpiine , ei répond à la Relalion, Pour moi, je vois dans tout cela Torigine de la Constitution. Le cardinal de Noailles, qui étoit l'un des deux évèques, gagne son procès ; Albani devient pape '' Clément \l , il lui en fait perdre un autre , et voilà l'allure.

Je n'ai point encore ouï parler du [)résident au Grand Conseil qui a fait cette belle fontlation d'un prix de littérature. Je le saurai et vous le manderai.

Lettre Ht .

A Paris, ce 28 janvier 1733.

M. l'abbé d'Olivet m'a envoyé la Tusculancj avec les notes, dont je vous remercie. J'ai tout d'un coup couru aux notes, dont j'ai admiré la précision, la science, la netteté, et M. l'abbé n'a pas oublié d'y mettre votre lettre, qui est si belle et si honorable. J'aurois voulu le latin à côté du françois, et que les notes françoises eussent été plus rapprochées de la traduction ; mais apparemment on n'a pu faire autrement.

La Vie dr Ihujle par Desmaizeaux est inqirimée en deux volumes in-12 ; on y a joint le CaU'udarinm CnrUinnnum et les Actes du (\nisistoire de Hottrrdiim contre le Dictionnaire, qui valent bien tout le.L'^ros volume de .M. de Crouzas cpie personne ne lit.

M"* de l'ontaine-Martel s'est si ennuyée de rester dans le Temple de V Amitié toute seule avec Voltaiie, (ju'elle est morte. On dit (jue n'étant pas troj) disposée î\ tous ses sacrements. Voltaire lui dit «pie cela retomberoit sur lui ;

46) CORUKSrONDANCK lîSKDITK.

qu'apivs sa mort , on cliroit 411 il lavoit pervertie et iju'olle ilevoit les recevoir au moins par amitié pour lui, ce quelle lit sur-le-champ, cl c'est ainsi qu'elle a renq)Ii les devoirs de l'amitié. Je ne crois pas que M. d'Auxerre trouvât ce virtuel trop bon. On ne peut rien ajouter à votre sentiment sur Zaïre, c'est celui de tout Paris, et cependant on en est fou et on aime à y pleurer. M. de Camhray dit quelque part dans TéU'maque : On svnloil je ne 5a»s quel plaisir à pleurer ainsi : mais c'étoit bien dans d'autres occasions, vraies et naturelles, ce qui n'est pas dans /aire. On Ta imprimée avec une Epitre dcdicaloire à M. Falkener, marchand à Londres, qui est curieuse et longue, et en prose et en vers; mais tout d'un coup elle a été supprimée, parce que V. s'est avisé de beaucoup parler de la protection qu'on donnoit aux lettres sous le règne passé, et de dire que le défaut de cette protection annonroit la décadence. Cet homme est hardi; il dit tout ce qui lui vient dans la tête ; il est protégé lui-môme, car il a empêché qu'on ait imprimé la parodie italienne contre sa pièce, cpii étoit une criticjue pleine d'cspril, sous le nom des Enfants Irouvés. 11 y a quelque lettre de Rousseau contre lui, mais cela ne se donne i)as, et même ceux qui l'ont n'en conviennent point.

Il n'y a rien de tout ce qu'on vous a demandé de M. Aubry. M. de Kessye, qui est de ma chambre, m'a dit seule- • ment qu'il remettoit de lui-même tous les jours quelques procès et qu'il ne laissoit pas de venir aux audiences ; il est certain (pi'on lui .1 marqué quehiue mécontentement.

On vient de me donner le deuxième tome de la lielndtm du (juiclisme, cpie Ton dit cruelle contre M. le cardinal de H'HiilJon ; ces anecdotes sont bien curicMises. Kamsay n'y répond pas ; il travaille à la Vie de M. de Turenne, où il n y a point de quiétisme, où il n'y aura point de quiélisme. Quelqu'un m'adiltjue.M. de (^unbray avoit rétracté sa soumission au jugement de Home par un tes-

tament qui est à Sainl-Siilpice; cela seroit bon à creuser. La Grand'Chambre vient de donner arrêt dans l'affaire de M"*^ Kerbabu ou d'Hautefort. Elle a voit obtenu au Chatelet une sentence sur son état et ses conventions matrimoniales et une provision de 30,000 liv. L'arrùt joint la provision à l'appel et avant de faire droit ordonne que le registre du greffier de Laval où est Tacle de célébration de mariage, sera apporté au greffe de la Cour, dans un mois. On veut voir en original cet acte si fameux : de là, ou inscription de faux, ou appel comme d'abus, et tout au moins déchéance de tous effets civils, à cause du mariage tenu secret.

Lettre IV'.

A Paris, ce "îO janvier 1733.

J'oubliois de vous dire qu'il y a un fort plaisant sonnet sur l'affaire de De Bray dans les Fcmmea (jalantes de Brantôme (p. 9i-95^ tome 1 ) ; il en parle d'abord comme d'un homme qui auroit eu l'aiguillette nouée; mais à propos de cela, celui qui en a été menacé ces jours-ci Ta bien rompue et a trouvé quelque divinité contraire à l'autre, car sa femme est grosse.

J'ai aussi vu /dire avec VépUre ; mais on a retranché l'éloge de la Le Couvreur et le parallèle de ses tristes obsèques avec celles de la comédienne angloise Oldfied. La suppression de cette épitre vient d'un autre parallèle tacite du règne dernier avec celui-ci. Sur la [)rolecti()n donnée aux gens de lettres ; en quoi l'auteur a tort , car le Hoi fait beaucoup de choses pour les sciences, et les livres qu'on a été chercher en Orient le prouvent bien. Mais V. voudrait (pi'on le récompensât à chatjue sottise qu'il fait, sans quoi il tient le siècle pour un ingrat. J'irai voir la IhKjatcUe^ dont tout le monde dit du bien ; il y a un endroit où la Bagatelle dit à un auteur : Kst-ce que vous

^S4 c:oi\i\KSPO>nA>(:K i.nkdiiîv

lï aimez pas Zàire! l'aiilro lépoiid : Si jo raimc; t'Ue a (le si beaux yeux.

On ne in'avoit pas ironipé quand on m'a parlé de voire Dissertation sur le grand Pontife; je sais qu'elle a élé admirée, et c'est le sort de tout ce que vous faites.

Je serois l)ien aise d'avoir le De I^atnra, si vous en avez plusieurs exemplaires. J'aime bien vos notes courtes et claires et qui disent toujours quelque chose de nouveau; il me semble que labbé 1>. traduit bien, et voilà son fort. J'ai trouvé des cliiffres dans le texte latin des Tusculanes qui m'ont consolé de la division de la traduction et du texte.

Lesconvulsionnaires font une scène étrange dans Paris; mais saint Vincent de Paule vient de faire aussi un miracle subit dont on informe; nous ne vivons plus que dans le merveilleux. Les Nouvelles ecclésiastiques ont recommencé la septième année et toujours dans V incognito, ce qui est encore une merveille. La relation du Parlement réconcilié, tirée des registres, y est toute entière, et au moins on a cette curiosité au milieu des guérisons de M. Paris. On a fait paroltre deux almanachs jésuitiques qui ne valent rien, et l'auteur des M once lies lui-même les condamne. Il y a une Sarceladc toute fraîche qui est une harangue au Uoi ; la préface en prose paysanne est très-plaisante ; il y a une neuvaine qui est un gros livre

de prières pour les convulsionnaires; il y a Je ne

sais ce qu'il n'y a point.

J'ai lu le second tome du (Juiétisme. Voilà ce qu'on appelle des anecdofes. Le cardinal de Bouillon y est bien mal mené : cela est écrit divinement, et il ne sembh; pas que l'auteur y touche ; qn^.l homme !

LKrrRE v^ 46.s

Lettre P.

A Paris, ce 7 février 1755.

J'ai lu VOS notes sur la Tusculane avec grande exactitude et grand plaisir, et suis bien confirmé dans le premier jugement que j'en ai porté. Je crois que nos Français les goûteront aussi bien que les étrangers, mais il est certain que lesétrangers ont plus de goût pour celte érudition que nous, qui sacrifions un-peu à la déesse Bagalelle. La disposition des notes est embarrassante, mais j'ai remarqué qu'ayant d'autres notes sur la traduction, c'eût été un combat de notes et on n'eût pas su où aller. Je ne sais pourquoi l'abbé D. en veut tant à Bayle ; il l'a déj;\ maltraité dans son Histoire de l'Académie, où il n'avoit que faire, et ici il l'attaque, p. 80, à la vérité un peu plus à propos.

Le Voltaire est bien insolent d'avoir parlé et écrit de l'Académie comme il a fait; il se rend tous les jours indigne d'en être et môme de la société. Après la mort de son amie, il a assisté à l'ouverture de son corps et a voulu voir apparemment le siège de l'amitié, comme les dames voulurent voir le corps de Quellenec qui étoit accusé d'impuissance, après qu'il fut tué à la Saint-Rarlliélemy. H a écrit au cbevalier de Saint-Valier, qui lui demandoit s'il ne pourroit point avoir quelques livres de la dame, qu elle n'avoit que deux livres, celui de ses contes et celui de ses heures, qu'elle lisoit trop le premier et trop peu le second ; mais ce n'est pas ainsi qne lui-même en parloit de son vivant, quand il disoit qu'il seroit son directeur, et qu'elle auroit une loge à l'Opéra au lieu d'un banc à la paroisse. Fiez-vous i\ de telles cervelles. Il .iNuit encore amassé une cabale pour faire tomber (îustuve Wisa, qui est une tragédie de M. Piron, mais malgré sa cal)ale que l'on a fait taire, la [nècQ a été très-ap[)laudi<' et on T. IV. :n»

40Ù r.OIlRKSrON'DANCK IMiniTK.

va vivo hoiiloiix dos éloiîes larmoyants qiron a donnés A cette folle de /.iiin\ ijui n'a ni religion, ni nururs, ni vraisemblance. J'ai toujours l)ien reeret aux larmes que j'ai versées. Uousseau a écrit à un ;uni indiscret qui eiU j)u garder sa lettre pour lui ; cela va faire une querelle politique, où il y aura bien des injures, car ils en savert bien dire tous deux. Je ne sais pourquoi Rousseau se vante d'avoir été le seul, il y a vingt ans, à ne point admirer les odes de Lamotte; je lui nommerai un second quand il voudra, et un troisième, et peut-être irai-je jusqu'au centième : ces sortes d'arguments, tirés d'un noml)re précis, ne valent jamais rien. Si vous avez lu le deuxième tome du Quiélismey vous avez dû être bien content, et les Bouillon doivent être bien fâchés. Jamais homme n'a été plus honni.

Je suis bien aise de ce que vous me dites des poésies du chancelier de IHùpital ; c'éloit là un grand homme. M. de Thou faisoit aussi des vers. Quels esprits n'y avoit-il point en ce temps-là et au milieu des plus grands troubles? A propos, l'ex-bénédictin Prévùt, après avoir donné le premier tome de sa traduction, s'en est allé avec une lille et 4 ou 5,000 florins que les libraires lui avoient avancés. Je ne crois pas qu'il travaille au second tome à présent. Voilà la lin de tous ces moine?^ reniés. Je ne sais rien du de Thou d'Angleterre ni du Desmaizeaux. On a imprimé la Vie (h' Jiayle, in-12; il a fait réformer ce qui me regardoit. J'y ai relu avec plaisir ce qui regarde les prophètes de Dauphiné; il semble qu'on voit les convulsionnaires, mais nous n'avons pas un Pellisson pour combattre ces chimères, comme il lit avec les Chimères de Jurieu, qui est un excellent livre.

LETTRE Vil*. 407

Lettre Vl\

A Paris, ce II février 1753.

On crie fort ici contre le petit Avertissement que Talibé D. a mis à la tète du Songe de Scipion, où il dit, en parlant de Cicéron : Peut-on ne pas envier la félicité (run saye héros reçu après sa mort dans le plus brillant séjour des ctVt/j:? Dans quels registres a-t-il vu cette réception? Il faut donc envier la félicité d'un damne, dit-on à Paris, et on ne sait de quoi il s'avise de remuer cette question usée, sur le salut des sages païens.

Les youvelles ecclésiastiques ne finissent pas; il y en a une meilleure que la première. On vient de m'apporler un arrêt du Conseil du 10 février qui supprime une thèse de Sorbonne du 9, parce qu'il y est parlé de la question des deux puissances. Défenses à la Faculté de théologie de permettre aucunes disputes dans les écoles sur lesdites matières; enjoint au syndic de veiller à ce (ju'il n'y soit contrevenu dans les thèses, S. M. se réservant à elle seule de prendre les mesures convenables pour conserver les deux puissances. Voilà la Sori)onne entre deux puissances véritablement : le Parlement et le Conseil; je ne sais ce que le Parlement va dire.

Lettre Vit,

A Paris, Cii 20 fé>ricr 177.3.

Vous avez donc lu et dévoré le deuxième tome du Quiétismc. J'en ai fait tout autant. Je rechercherai l'arrêt de Dijon dont vous me parlez. Vous dev(»z savoir beaucoup de cette histoire, et y feriez de beaux conïmentiires; auroit-on cru qu'elle se seroit ainsi réveillée? C'est le P. de la Bletterie, de l'Oratoire, qui est char é de la juslili-

46$ a)KUi:sri)M)AM:i. im.duk.

édition de M""" Guyoïi, ("t Kainsay du uéiiéral. Voih\ de belles occupations. Que dilcs-vous du P. lîapin, qui a volé \esJariliii:>!

On vous a dû donner un Mémoire de moi pour M. de Saint-Georges de Uretagne contre une demoiselle amie nutrrfois du \\ de Uohan, car il ne voudroit pas donner une rivale à sa belle princesse d'aujourd'hui. Le procès est jugé. L'arrùt donne les lettres de change et le contrat de constitution à la lille, et même la dot (comique), mais on ne la doit payer que dans dix ans et on ne lui donne rien pour Tinexécution du mariage; les bonnes mœurs auroient demandé la nullité de la dot, mais la lille, le l'rince, tout cela a été contre le galant, elles juges pour la belle. La Fontaine dit quelque part en un cas pareil : Les jugea /îrent ce que j\iurais fait.

On débite des Motifs de l'arrêt du P. Girard, au moins de ro[»inion des brûleurs. Cela a été envoyé i\ M. le Chancelier, et passe pour un ouvrage merveilleux, grave, savant, envenimé, unchef-d'œuvrecriminaliste. Je ne l'ai pas encore vu, on court comme au fou après cet imprimé.

Lettre VUr.

A Paris, ce 28 février «753.

La fille qui a gagné son procès. Monsieur, fuit pul< lira et ne l'est plus ; mais son ancien amant, piqué au>if, est accouru de .Marly, a dit aux juges fout ce qu'il a voulu, et ensuite a été rendu l'arrêt des dix ans; ce n'est pas là la restitution de la dot, annua , bima , trima die.

M. Maffei est à Paris; il ne sait à qui parler, car tout le monde vput l'avoir; il demeure ru(; Traversière, quartier Saint-llonoré, à l'InMel Siiinl-Aiiloine.

1^ pompe funèbre de la petite Madame, (jui est morte, a éié fort belle , et extraordinaire pour une princesse de

LKTïRi: \lir. 409

son âge. Paris a vu cela avec douleur et curiosité et y étoit.

Vous aviez donc les motifs dans Taflaire du P. Cirard? Je ne reconnois point le style de M. le Chancelier dans la lettre qui est à la tète. Les motifs sont pénétiants. ingénieux, subtils. La dernière confrontation mutuelle frappe beaucoup ; cet écrit est encore plus couru à cause de la matière que pour le fond, et si les casuistes rigides permettent cette lecture, ils approuveroient la dissertation.

Je viens de découvrir une anecdote dans le 2" volume de la Belalion du quiétismc; il est parlé d'une abjuration faite par un Augustin déchaussé à l'inquisition. L'historien rougit d'en rapporter les termes; mais vous les trouverez dansBayle en son Éclairvissemenlsur les oburénités , à la fin du Dirt. où il rapporte partie de cette abjuration qui lui avoit été donnée par M. Silvestre en 1700, et oiî vous verrez des abominations qui ne peuvent venir que dans la tète de ces fripons de moines et que le quiétisme avoit rendues commodes. Je ne sais comment je me suis souvenu de cela, et c'est certainement l'acte dont il est parlé dans la UcUuion. Tout Paris est malade; le chiendent est devenu précieux et on manque de coquemars de terre.

Le 5' tome de M. Rollin sur Vllisloirc ancienne est publié ; c'est toujours lui-même ; ses vertus, ses grAces, son érudition ne le quittent point; il parle des jeux de la Grèce, des spectacles, du poëmedramatitjue, de l.i tragédie, de la comédie , des po«Mes, et il fait un grand éloge du P. Brumoy, qui Ta fort aidé; il parle aussi de la religion, des fêtes, des augures, des oracles, et à ce suj<»l autre éloge du P. F^altus et un petit coup en pass«'inl contre M. de Fontcnelle , qui a adopté dans sa jeunesse l'opinion de Vandale. Vous voyez qu'il rcconnoU le mérite dans les jésuites; et c'est un plaisir de lui voir en même temps faire dans sa préface l'éloge de Pabbé d'.Vsfeld ; on trouve dans ce volume l'histoire des deux Denys,

470 CORKK^POISDANCE IISKDITK.

tyrans et le vilain voyage de Platon que je eomparerois assez i\ oelui tle Doscartes en Suède, hors ([ue Platon ne mourut pas. 11 y a un chapitre particulier pour Déniostliènes, qui commence î\ le l'aire connoitre et qui prépare un volume suivant que nous aurons au mois cVaoïU. Sa Ijonté le porte à solliciter pour les parents de la Pucelle d'Orléans le rétablissement de leur noblesse et de leurs exemptions.

Lellrc LV.

A Paris, ce 12 mars !7ô.'.

J'ai été fc\ché comme vous que Bayle ne nous ait pas donné l'abjuration du moine toute entière; mais il n'a osé à cause qu'il donnoit un Éclaircissement sur les obscénités y et il auroit fallu un Éclaircissement de l'éclaircissement. C'est ma faute de ne lui pas avoir demandé celte pièce, car il me l'auroit envoyée, et il faut que nous tùchions de l'avoir par Desmaizeauv l'Anulois, puis([u'elle vient de M. Silveslre, médecin d'Angleterre et qui nous a donné le Saint-Evremont. Je ne sais ce que Desmaizeaux est devenu: il fait peut-èlre l;i Vie de Jurieu. La folio de la France est d'entrer dans la famille ;0U dans la caisse) de M. liernard,et voilà encore M. le marquis de Miropoix qui épouse la petite de Hieux , îVgée do onze ans, jolie comme un ange , la fille du président et de mademoiselle de Houlainvillicrs; elle ne risque que d'être duchesse et d'avoir tous les biens de la maison de Lévi. Au siècle prochain, on recherchera la famille de Bernard pour le nom, et il y aura quehpie riche (|ui sera bien aise d'y entrer. M. le comte du Luc a marié sa petite-fille à M. de. Nicolaï , qui a la survivance de j)remier président de la Chambre ; cela est bon pour tous deux ; la demoiselle; est fille du manpiis du Luc et on lui donne V5(),00() liv.; mais Iternard fait de plus l>caux mariages.

LKITRE XV . 47 1

Le maréchal d'Alègre est mort ; le gouvernement de Mefzestdonnc à M. de Belle-Isle, le petit-fils de M. Fouquet; et qui auroit dit cela il y a soixante ans?

Il y a une ordonnance du Roi contre les prétendus couvulsionnaires , qui leur défend de se montrer en spectacle à peine de prison et le procès leur ôtre fait comme séducteurs et pertubateurs du repos public, et à personne d'y aller sous peine de désobéissance; elle est du 17 février et a été aftichée partout ; mais les convulsions n'ont point d'yeux et ne savent point lire, étoiles marchent toujours ; \\ y en a des relations originales. Les Xomelh's ecclésiastiques vont aussi leur train, et celles du 9 février ont bien expliqué la thèse supprimée. Quand mes douleurs cessent, je lis, je m'amuse, et j'ai fini le 5* tome de M. Kollin,qui est comme les autres, hors je ne sais quelle lâcheté dans le style qui peut venir de l'âge. Vous y trouverez, page V38, Pélopidas béotarque, avec une louange qui pourroit bien tacitement retourner à M. Hérault; cela seroit plaisant, mais que dites-vous de la loi souveraine sur les sujets? Je vais être bien grondé des médecins et des gardes ; mais cela est fait, je leur ai escamoté cette lettre.

Lettre A'*".

A Paris. <e 19 mars 17"."?.

J'ai écrit en Angleterre au négligent Desmaizeaux pour avoir l'abjuration; nous verrons ce qu'il ré[jondra, s'il est encore au monde, car il y a un an que je n'ai entendu parler de lui. Il a été vingt ans X fain^ la Vir de Bayle; est-il possible (pi'il ne vous auroit point fait de réponse ?

Tout le monde dit comme vous : (?Me/ beau-père a M, de Mirepoixl mais c'est une affaire faite, et cela va son train comme si c etoil un mariage ordinaire. Il auroit mieux

471» (:(mKi:sPOM>.\.N(.K lnluiik.

fait de [>reiulre M"' du Luc, qui vient dVpousor M. de Nicolaï, ou M"*" de Lainoitinon, qui est riche et qui est à marier; mais on veut avoir une B..., il faut qu'il y ait quelques trésors cachés outre la dot , ou c'est un ensorcellement ; B. dit qu'il n'a plus qu'une chose à souhaiter, qui est de voir le roi Stanislas roi de Pologne.

L'ordonnance contre les convulsionnaires ne peut s'exécuter, parce qu'on ne sait où les prendre et qu'ils délogent toutes les nuits. Il y a un nouveau miracle à Blois, que l'évéque approuve, et c'est un ancien prieur de Saint-Médard, qui est exilé là, qui y est l'apAtre de M. IWris. vSi vous pouvez trouver le cinquirme recueil des miracles , vous y trouverez l'opération d'une convulsionnaire qui vous fera bien rire; elle m'a bien réjouie pendant ma maladie.

Pourquoi met-on deux /? à couvulsionnaire? il est ainsi imprimé à l'Imprimerie royale dans l'ordonnance du Hoi.

J'ai achevé le tome de M. Rollin avec grand plaisir; il cite Bayle sur Àrtémise, et n'est pas si scrupuleux que les Leclerc et les Crouzas. Il parle sur la fin de la puissance royale contre les peuples, et cela corrige le lieu que je vous ai marqué. Nous aurons encore un tome au mois d'août; ad crentum fcslituU.

Depuis ma lettre écrite, j'ai appris que le Temple du Goût par Voltaire est imprimé : cela est vers et prose; l'impudence elle-même ne peut «aller plus loin ; il parle mal de Corneille, de Uacine et de tous les autres portes : I^imolte et Fontenelle y sont en ])ièccs; Kousseau y est cruellement traité; Pellisson ne savoil pus écrire : on réduiroit Bayle à cinq ou six feuilles, on en Irouveroit bien moins dans .Marot et Rabelais; enfin ce nouveau Scioppius mord tout le monde, et cherche encore des coups de bAton ; après quoi, il ira apparemment .s'étahbr h la (^hine pour y trouver des gens d'esprit, ou pour dire qu'il est le seul qui en a dans l'univers. Que dites-vous de ce

LLTTRE Xir. 473

mirmidon? Je vais chercher ce beau Temple et en être TÉrostrate.

Lettre XP,

A Paris, ce <" mars 173".

On vient de m'apprendre la mort du P. Boursault, théatin, et celle du P. Riçlet, jésuite, qui ont été deux grands auteurs. Le premier est mort quelques jours après M"*^ Aïssé, qu'il dirigeoit. Nous avons perdu M. de Vrevin, conseiller de O'^ chambre, et l'abbé Drouin, qui ne tiendront pas le même chemin ; Tabbé n'a guère joui do son bénéfice. Il y a une petite brochure de Mercure ecrlésiaatique pour le mois de janvier 173:î, qui pourroit bien être du Nouvelliste du Parnas^se ; elle est jolie, et si elle continuoit, ce seroit comme un manuscrit de Naudé. Il juge les Nouvelles ecclésiastiques même. Voilà tout ce que vous aurez de moi aujourd'hui. Que ferai-je de la Bible? Je n'ai point encore de nouvelles de M. Rouillé. (X^la viendra.

Lettre Xir.

A Paris, ce 29 mars 1733.

Je n'ai pu encore trouver le Menure ecclésiastique de février; les porteurs des Nouvelles ecclésiastiques ne se chargent point de cette marchandise, qui est bannie de leur bureau, à ce qu'ils m'ont dit, parce que c'est un homme neutre, et par conséquent un traître qui en est l'auteur. Quiconque n'admet point les convulsions est pire que moliniste.

J'aime votre indignation contre le Tewplr du (ioût on du (léfjoût. On le vend j)ubliquement à Paris et on n'en sauroit fournir. Que dites-vous du pas de trois qu'il

474 (:ORKESl»O^DA^CK IMi:l)lTE.

fait danser par M. Hollin avec la Pellissier et la Salle, de Tair qu'a l'Aine d\Mre immortelle, de cette matit^re qui est renvoyée aux bancs de Sorhonne, du cardinal de liicbelieu, traité comme un péd^uit en présence de son neveu qui apparemment y a consenti, de l^ellisson traité comme un polisson, de Vllisloire de FAnidêmie, si déshonorée après avoir eu toutes les voix jusqu'à présent, de La Fontaine qui accourcit ses contes, de Bayle réduit à un tome, et voilà un petit vilain auteur, à qui on devroit faire passer la mer et l'envoyer iiUra sacramcnta. J'ai relu la Guerre des auleurSy de M. Guérct, dont il a pillé plu'iieurs traits, car ce n'est qu'un plaj^iaire. Est-il possible que le cardinal de Polignac et l'abbé de Uolbelin protègent un tel impudent, et qu'il s'en vante/

L'abbé Leclerc sera bien aise de se trouver dans le Journal des savants avec sa lettre critique, que l'on dit qui est décisive contre Bayle. Mais ce même journal fait un grand article d'un Traité du sublime de M. Silvrain, avocat, qui est un fou provençal, qui a pris l'ardeur du soleil de son pays pour du sublime, et qui n'est aussi qu'un barbouilleur de papier. Il y a dans le Mercure ( laïque) de tV*vrier une très-jolie critique de ce livre, ce qui doit rendre MM. les jo\irnalistes honteux.

Parlerons-nous de la Lettre de Louis XIV à Louis \V, qui a été brûlée par arrêt? C'est un des mauvais libelles qu'on ait vus : d'abord il y a quehjue politicpie, et vous croyez aller voir une division des intérêts des princes; mais bientôt la Constitution vient sur le tapis, et tout lo reste n'est qu'une satire grossière des gens qui sont en place. In M. Hobcrt, beau-frère du procureur du lioi, trouvé saisi de plusieurs exemplaires, a -été arrêté et mené à Pierre-Uncise pour ce bel ouvrage qui, de[)uis la réconciliation du I*arl<'m«'nt, n'avoit pas le moindre objet.

C'est une vraie curiosité que; la Hvlatiim de cette .uiciennc Cadicre, (jui se trouve dans un livre inq)rimé à

LtlTllE Xlll^ 475

Sens en 1G77; je vous en remercie, cela vaut bien la découverte de l'abjuration de l'Augustin. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.

On parle d'une chambre pour juger les convulsionnaires, dont M. Hérault est le président, et six maîtres des requêtes. C'est une curiosité de voir les discours de ces prophètes pendant leurs convulsions.

L'affaire du juge de Salers à qui on auroit donné des coups de bâton est jugée; le donneur condamné à neuf ans de bannissement et en 1,000 liv. d'intérêts civils par contumace, le marquis de Salers et son frère Millars admonestés etaumùnés, et condamnés aux dépens. Ces MM. de Salers portent le nom de Descorailles et descendent d'un biUard légitimé dans cette maison; un Descorailles, qu'on dit de Bourgogne, a donné une requête contre eux et demande qu'ils quittent leurs noms et armes. Le M. de Salers a été dernièrement blessé par Descorailles, qui a aussi blessé le second frère, puis le premier frère est revenu qui a aussi blessé Descorailles. Voilà un beau combat.

Votre gentilhomme Bressan est venu; je n'ai pu me charger de son affaire à cause de l'état où je suis. Je lui ai indiqué un autre avocat. .M. deCiteauxa donné à dlnor à ses filles depuis l'arrêt; ils feront mieux de s'accommoder.

Lettre Mil

A Paris, ce I" avril irw.

M. l'abbé d'Olivct m'a apporté lui-uiênie, Monsieur, le De yalura de la deuxièm»? édition et les Tuscnlttnes pour M. de Uessye. Je les lui ai remis le même jour, L«t je vous en fais de très-humbles remerciements. Ce De Malura a de beaux accompagnements de votre lettre et de vos notes si savantes et si clairei». Je ne connoissois pas la

.176 c;0!U\KSPO>D.\iNCK INKDIir.

ThcoUnjie des^ Philosophes^ hors que Haylo y est trailé à peu pr^s comme un athée, el il me semble que M. ral)hé lui en veut, svd tamrn. A récrard de Tapologie du livn» de M. Huet, elle est là hors de place et tout au plus auroit d\\ iMre mise à la fin du deuxième tome. Quoi qu'il en soit, je ne suis point étonné que ce livre soit parvenu î\ une deuxième édition, et mrme à une troisième, car il est excellent en toutes façons ; la traduction en a été bien Hifticile, et je ne sais si en certains endroits elle n'est pas un peu trop pédante, manquant de ce goût, de cette élégance et de ces grâces que nous avons aussi bien dans notre lancue que Cicéron dans la sienne.

J'ai bientôt eu trouvé le livre De la discipline el de la pénitence publique^ oi'né de toutes ces grandes approbations de Port-Royal et qui finit par la Relation de iM"° Gros, qui est une autre Cadière, en tous les sens ; car tout y est et il semble que la Cadière se la soit proposée pour modèle pour les livr<*s et écrits dictés du ciel, les extases, les sueurs de sang et les stigmates ; cela est tout à fait singulier; mais la Marie Alacoque ne fleurissoit-elle pas en même temps et en même pays que cette Jeanne Gros, et ne se communiquoient-elles point leurs visions?

Je viens de voir un arrêt du parlement de Bretagne, qui condamne au feu un imprimé qui a pour titre : Réflpjrions p<ntr les évéques de Irame. L'arrêt est du 28 mars ; cet arrêt est abominable; je vous en dirai seulement la première phrase. « />f».s évê(jues de Fronce, voyant l'aulo- • rite du Roi plier sous les violences du Parlement de Paris^ <i doivent enfin u tenir, parce qu'ils n'ont plus rien d'es- «( smtiel à espérer de la Cour en faveur de la reli(jion : ils u n^ peuvent que refjretler le tcmjis qu'ils ont perdu à atu tnxdre quellp vint efficacement à leur secours, n Voyez quelle fureur! Le reste est h\u'\i |)rès (h' même. G(»l arrêt est rendu sur le rérjuisitoire de M. le Procureur-tiénéral, qui est très-bien fait.

Le Temple du Goût est délesté et lu de tout le monde;

on le vouloit jouer aux Marionnettes, la police Ta empêché. Polichinelle étoit malade; arrive un médecin habillé de sa robe rouye (t ', qui lui conseille de se faire donner quelques coups de bâton pour se faire suer. 11 dit qu'il a déjà usé de ce remède, qui ne l'a point guéri; vient un autre médecin habillé de noir (2) qui lui ordonne un clystère ; il le prend, mais il lui donne la coli(|ue ; il crie, il est tout dégoûté; il faut lui apporter le Temple du Goût, et ce temple est une chaise percée; on l'amuse parce qu'il demande à être amusé; on lui apporte une Enéide de Virgile ; cela est mauvais, cela augmente sa colique, un autre ouvrage des anciens, encore pis, et il fait des cris horribles; on lui apporte un opéra, une pièce de Voltaire; ah ! cela est meilleur et il en veut bien faire un torchet. — La police est devenue bien diflicile; j'ai vu jouer des princes du sang aux Marionnettes, et on ne veut pas laisser un vilain Zoïle, à qui s'applique le décret d'Athènes: « Il est permis aux Clazoniens d'èlre sans pudeur. »

Enfin, après bien des audiences, les Chambres assemblées sur l'affaire de M. de Benoise, arrêt qui peruict d'informer contre M'"'" de Pleneuf et M. de Munchêne, des recettes au teujps de la mort seulement, sauf les actions.

Lellrr A7P.

A P.iri', LC I a\ 1 il I7'1.

La Bible vous est donc enfin parvenue, Mun.sieur, et voilà un bon livre pour le temps de IWques. Je ne puis vous dire de qui est la prélace, ni les notes augmentées, car il y en a. Je crois que plusieurs personnes y unt travaillé, et puisqu'il y a une approbation, il n'y a ri^-n de

(l;LeC. e).) L'abbé.

478 CORRKSPONDANCE INfcDlTK.

suspect. On n'a point parlé de celte Bible jusqu'ici, parce qu'elle n a point viv (lêl)itée et que le deuxit'nie tome est à l>eine commencé; quelque dispute est survenue sur cela et on est au bureau de la librairie entre les associés; mais ce l)ureau est long, comme vous le voyez vousmême. Nous n'aurons de nouvelles qu'après la Quasimodo; M. de Uessye doit vous remercier de votre présent, comme vous du sien, et vous allez vous croiser.

J'ai parcouru le De AV/fi/ra; j'ai vu Bayle blâmé et loué ; ou le déteste, puis on y renvoie pour reconnaître son agrément et son tour, ce qui m'a fait relire l'article d'.lmphiarail'i qui est charmant, et où il est parlé du procès des partisans qui disoient qu'il n'étoit pas immortel jjarce qu'il avoit été homme, et que ses terres dévoient payer le tribut. L'invention de mettre la recherche des faux cultes en parti seroit bonne pour ce temps-ci; j'ai trouvé dans vos notes plus qu'on n'attend dans des notes, et vous y avez mis des recherches historiques qui font grand plaisir. M. l'abbé D. est bien heureux d'avoir un associé comme vous. J'ai bien remarqué l'augmentation de vos notes.

Voici l'épigramme entière de M. de Caylus :

l):ins ton temple assez mal bâti î.e firain (reiicens (jue tu m'as drparti, .Semble exiger de moi d'ai)|)rouver ton ouvrage. Volt*'iire, accepte ce louis Et laisse-moi racheter à ce prix I«i liberté de mon suffrage.

Malgré tout cela, ce méchant petit ouvrage .se lit, et a même quelrpies approbations. Je n'ai point entendu dire que le cardinal de IVjIignac le blAmc, et croyez-vous cjue cela ait été donné au public, sans que ni lui, ni l'abbé de Hothelin, ni le duc de liichelieu en aient eu connoissance?

Je n'ai encore poiîit vu le petit po/'mc! contre! les convolsionnaires; ce Mercure ne se montre point. .\e pour-

roit-on pas appliquer aux convulsions ce que Cicéron dit de la divination : Sive vis, sive ara, sive nalura!

On dit que le sieur Robert n'est où il est que par sauvegarde, cuslodia, et pour le tirer des mains de la justice. Le poCteRoy auroit là une mauvaise affaire, s'il éloit l'auleur du libelle. Cela est pis que le trait du Temple du Goût, qui est à la page 16 et qu'on lui applique; il faut dire comme leC. deGranvelle : Le papier se laisse écrire et ce ne sont coups de poignards. — Roy se montre partout. Vous avez raison, et vous l'avez nommé le Silvain du sublime et celui du faux ; il a dans la tète jusqu'à des Mémoires sur les affaires d'État : n'est-ce pas là un auteur sublime?

Il y a eu un Mémoire dans l'affaire de Salers où j'ai réformé quelque chose. Gela n'est pas trop bon ; mais les faits sont curieux et cette fausse naissance et noblesse de Scorailles y est bien éclaircie ; le vrai de Scorailles a été fort blessé, je ne sais s'il en reviendra, je tâcherai d'avoir un de ces Mémoires ; c'est peut-être le frère de votre demoiselle qui est blessé (j'apprends qu'il se porte mieux ).

Je n'ai point vu la feuille imprimée des Ré/lrxions pour les écéqucs; mais j'ai vu un arrêt du Parlement de Rrotagne du 28 mai's, qui le condamne au feu, et qui a été exécuté le même jour ; il est rendu sur les remontrances du procureur général, à qui le Parlement auroit remis cet écrit; il est qualifié : contenant plusieurs propositions contraires à l'autorité du Roi, à llwnneur des ParlcmentSy aux libertés de l'KtjUse (jalliranCy tendant à sédition et à exciter iespril de rébellion parmi les sujets du Roi,

La première phrase est abominable, les évéques de France vinjaut l'autorité du Roi plier sous les violetices du Parlement de Paris, doivent enfin se tenir, parce qu'ils n'ont plus rien d'essentiel à espérer de la Cour en faveur de la religion. N'est-ce pas un crime de lèse-majesté ?

480 CORKKSPONDANCK INF:!)!! K.

Lettre XV\

A Paris, Cl' Il .iMil i7:j.n.

I/ahbé D. a été malade coniine les autres; il m'a paru changé. Je ne lui ai point parlé de Bayle, il n'auroit eu que de mauvaises raisons à me dire, car il n'en peut avoir de bonnes à vouloir toujours le harceler. A propos décela, je viens de recevoir une lettre de iM. Desmaizeaux, qui dit in'avoir envoyé une lettre pour vous et un Mémoire de M. Masson sur VabaUullms, par un professeur de Tubingue Tété dernier, mais je n'ai vu ni le paquet ni le professeur, non plus que je n'ai point vu Tubingue; il dit (ju'il vous enverra ce mémoire en droiture. Il m'apprend que les six premiers volumes de Thou sont imprimés; il y a trois mois qu'on en est au 7% qui est le dernier et qui contiendra plusieurs pièces rares et curieuses; la continuation du Higault est latin du GMome, l'ouvrage paroltra dans cinq ou six semaines; je lui avois demandé l'abjuration du moine quiétistc; il sait ce que c'est, mais il a perdu sa copie, et il n'est j)as possible, me dit il, de savoir ce qu'est devenu l'original de M. Silveslre; il croit avoir vu cela imprimé en Allemagne dans quelque recueil; il cherchera; nous voilà bien instruits. Il corrige encore 5a Vie de Bayle et en va envoyer une copie corrigée àGaneau pour mettre à la tête du Dictionnaire qui s'imprime à Trévoux. Le livre de M. de (houzas ne se vend non plus en Angleterre qu'à Paris, et voilà bien de la science anti-pyrrhonienne perdue.

Nous disons ici Fabcr, parce (ju'il a écrit en laliu , et on n'y connallroit i)as iùmre ; je sais (pi'il étoit père de M. de Vaugelas; il tn est parlé dans la préface des yu/\s//o;j.s alphahéiiqurs y qui lui donne le nom latin et le francois, et Simon, dans sa liibliothèqury le nomme Antonius lùihf-r; on ne le connolt au Palais cjue sous ce nom. Quoi rpi'il «n

LKTTRH: \V. 481

soit, son autorité est bonne, et TaiTét ausbi; il va mettre en i'uite bien des accusés.

On juge de l'affaire de MM. de Sallers comme d'un assassinat qu'ils ont fait de M. Descorailles. Je ne sais point encore comment il étoit entré dans celte affaire du procès et par quelle porte, car je ne l'y ai jamais vu; on sera bien aise qu'il réchappe ; tous les gens de guerre sont pour lui. Je n'entends pas dire qu'il y ait un décret de prise de corps contre les Salers; il faut voir un des mémoires de M. de la Renade, qui est le nom du juge battu.

Nous allons avoir effectivement un second Temple du Goût, qui sera la chapellede l'avarice ; l'auteuravait vendu son livre à un libraire, puis l'ayant fait contrefaire luimême, il le revendoit. Le libraire , qui ne vendoit rien, voyant Paris fourni, se plaint; ils viennent ensemble chez M. Hérault, qui donne ordre pour découvrir cette contrefaçon ; on y veille de près, et on découvre qu'elle vcnoit de la part de Voltaire lui-même, qui envoyoit dès quatre heures du matin chez la V'*^ Mazière chercher les exemplaires contrefaits. Voyez dans quel temple on peut mettre un homme de ce goùt-lù. On dit que liousseau a invoqué le démon Coupletgor pour se venger; mais on n'a encore rien vu de sa part. Le deuxième Temple réformera le premier.

Je ne sais comment vous n'avez pas eu plus lût la sentence de rofficialité de Toulon, qui ilécharge le 1*. (iirard. Klle a été imprimée dans le temps, et même in-fulio, pour joindre aux autres pièces de même taille ; elle est du '20 février 1732, signée le 23 duJit mois, et il est vrai cpie le dire du promoteur, (jui n'a point les pièces (|u'on a tirées de son greffe pour les porter au Parlement, où elles sont encore, et (jui ne laisse pas de conclure à la décharge (ou relax, comme ils disent) de Taccusé, ei^t une des grandes singularités que l'on ait jamais vues en matière criminelle et en délit commun; mais il y en a bien d'autres dans celte affaire.

4W ( OKKKSPONDANCK INKIMIK.

Nousattoiulons Li Oiiasiniodo pour votiv disseilation ; M. Kouillé consentoit à riinprcssion à Lyon, ù ouiiso qu'elle marchoit à Tombre du Frerct ; niais quand elle marchera seule, cela n'ira peut-être pas de mùine. M. le procureur général est Texéculeur testamentaire de M' 'Chausserais; elle lui donne sa vaisselle d'ari.'-ent, qui est, dit-on , de près de vini^t mille écus, et elle a fait ses légataires universels Tllùpital- Général et les Enfants trouvés, qui en auront beaucoup, et on leur a déjà apporté liO.OOOliv. en argent la veille de sa mort, qu'on croit être un avancement d'hoirie. Je crains que cela n'ait empêché M. le procureur général de voir nos pièces ces fûtes.

J'ai vu la dernière édition des Réflexions de votre confrère l'abbé Dubos bien augmentée; à l'ouverture de quelques chapitres, j'ai trouvé une matière tendre traitée durement, et des autorités d'Opéra déplacées dans le livre d'un ecclésiastique. Je ne dis encore cela qu'en passant; je voudrois y trouver du bon , du meilleur, parce que je le vois souvent et qu'on aime à trouver du mérite à ses amis.

M. Croizille, (|ue vous pouvez connoilrc, et qui a été à Home avec M. Crozat, est allé en Pologne pour quoique négociation secrète; il a tout l'esprit d'un galant homme et boira bien avec les Polonois.

h'ilrr \Vr.

A Pari», ce 19 avril t75S.

J ai étécharnjc, Monsij.Mir, de revoir votre main; mais le voyage que vous projetez à Montpelliei' m'alfli^^r. C est apparemiuent l'air de cette ville (pie M""' la présidente Bouhier cherche, car pour des médecins, il y en a l*aris et tw-nia de ceux de cette Faculté : on ne peut que louer votre amitié et votre complaisance, et c'est à vos amis à s'y soumettre.

LKTTRE XVF. 483

A propos de iMontpellier, on parle ici beaucoup d'une instruction nouvelle que Tévèque a laite (/// sujet des miracles : on Tannonce comme un chef-d'œuvre. Cette matière a déjà été beaucoup traitée, et il faudra voir s'il y a quelque chose de mieux que dans l'instruction de M. le cardinal de Noailles sur M'"'' de la Fosse.

J'écris à M. Desmaizeaux pour le mémoire de M. .Masson ; il doit vous l'adresser en droiture, s'il y pense, s'entend. Le détail du combat desSalers est conforme à ce que vous en dites. Pour l'intervention au procès, je n'en crois rien, et elle eût été inutile, parce que le Parlement ne connaissoit de ce procès que par commission et let-. très patentes, et cela eût passé son pouvoir. Trois jours avant le jugement du procès, j'ai vu la femme du juge, qui ne m'a rien dit de cette prétendue intervention. Il est vrai que la légitimation a été reprochée et imprimée et d'autres faits sanglants , mais je n'en ai pas la suite.

J'ai vu l'épigramme de Vliivulnérablej qui ne passe pas pour être de Rousseau. Et il y a aussi des Observations critiques sur le T€)nple du Goût , où il y a d'assez bons traits qui tombent personnellement sur Voltaire sans le dire. Il le n)érite; c'est un bon apôtre.

Parlons de votre dissertation ; M. le procureur général a dità M. de Uessyequesi elle s'imprimoit séparément, dans six mois il y auroit 200 femmes (pii demandcroient hur séparation et le Congrès, etcjui prétendroient la cassation du règlement ; il faut donc se ré.suudreau Freret; mais on dit que M. Brunet, avocat, qui en fait les notes, n'y consent pas trop. Il faudra savoir de Lyon si l'imprimeur, (jiii le désire, est d accord avec M. Brunet; nous tAcherons d'accommoder le tout avec .M. Houille cpiand il aura les pièces. M. deRessye vous rend mille grâces de vos compliments. Je pensois bien comme vous sur le deuxième tome, et que vous auriez peu de notes sur ces matières hébraïques.

Cequ«;\(Uis dit«*s *^ur hs lir/lej ious sur la jjoêsie «•>( mu*

^j^4 œUKKSPONDAîSCK^lNEDITK.

vraieépiin'ainnio, iiui vaut mieux que tout le livre : je iTai pas eu la patience d'en lire deux pages. On dit qu'il travaille aux Oritjines dv la monarchie française, et s'il va obscurcir encore ces obscurités, nous allons avoir une belle instruction. PourTabbé DO..., on lui adonnéuntraiidans la (ritiuue du Temple du Ci oui , en disant que VoUaire a parlé de ihisloire de M. Pellisson comme on pourrait parler de son dur et puéril continuateur. Voilà un beau décbainement de satires.

I.e l:i avril, le l^arleinent a donné un arrêt qui condamne au feu le libelle des Réflexion pour les évèques • de France. M. Gilbert n'en a rapporté que le sens ; en Breta^'ue on a rapporté les propres paroles, et cela lait plus d'impression.

Il paroU une brocbure de 75 pages in-12, sans nom d'auteur ni d'imprimeur; qui contient trois lettres écrites à un ami au sujet de la Relation du Quiétisme. Cela est fait pour la justilicalion de M""" Guyon. Le style en est bon , lin, délié et judicieux ; mais je ne sais s'il produira un bon effet, caria Relation est si séduisante qu'elle vous impose, et empèclie la vérité d'approclier ; il y a des faits curieux dans ces lettres. L'auteur a eu beau se cacher, on sait qu'elles sont du 1*. de la liletterie, [jctc de l'Oratoire, ami de M""^ la duchesse de Sully, qui est un homme de beaucoup d'esprit et (jui a fait le petit Peloton pour M. de Saint-Aignan , en allant à Rome, et adressé à M"' d'Aiguillon. Uue va devenir la Vie de M"" Guyon qu'on dit faite par elle-même, si ces lettres sont bien vraies.' Mais sa mémoire ne sera-telle pas un peu offi'Hsée de ce que son apologiste dit (lu'elle n'étoit pas belle et iraime-t-on pas inirux rester (juiétiste (jue de passer [»our laide?

Je remarque que ces lettres sont une espèce de factum, et que Tauteur y parle souvent en jurlsconsulle et expo.sc houvenl des maximes de la jurisprudence criminelle. Quelque avocat n'y auroit-il pas mis la main?

LETTBK XVir. 485

Le marquis de Lévy-Layran liis a été misa la Bastille, on ne sait pourquoi : on y a aussi mis un abhé Pelletier, auteur de livres qui viennent d'être dénoncés au Parlement et dont la saisie auroit été ordonnée par arrrt. Cette prison est une grâce contre les poursuites du Parlement.

On distribue un imprimé, en forme de remontrances au Roi. sur l'arrêt du 23 février, en ce qu'il adopte le concile de Constance, et les li""*^ et 17'"' sessions de ce concile excommunient et déposent môme de leurs dignités tous empereurs, rois, papes , cardinaux, en cas de contravention à ses décrets , en sorte qu'on dit au Roi : Le Parlement dit qu'il soutient votre indépendance, et en même temps il prend pour règle un concile qui fait dépendre les rois de son autorité. C'est une plaisante chicane, mais on fait tlèche de tout bois. Cet imprimé a été envoyé par la poste aux ministres étrangers qui sont en France. J'en ai vu un marqué 71 à la poste avec ces lettres : mars, qu'on interprète Marseille.

Quand vous serez à Montpellier, vous ne saurez tout qu'un peu tard, mais vous serez à la source des beaux écrits.

M. l'archevêque de Rouen est mort, et laisse une s\iccession bénéficiale. Metz n'est pas encore donné.

Letlre XV/I\

A l'.irK. rc 17 in.ii I7.T..

Enfin, Monsieur, je reçois de vos nouvelles, dont j'étois fort en peine, et je vois que vous êtes arrivé en bonne santé, hors votre main, qui est toujours malade et pour laquelle vos médecins de Montpellier, non plus (|uc les nôtres, n'ont point de remèd«?.

Il estsingulierque le (b'rniermand«Mnfnt du j>r«''lal soit si rare dans sa ville. L'airèt du Coiisril qui \o >up[)rime est du 25 avril, et il le qualilie contrnirr nu rrspert dû

486 COHRISPONDANCE IINÏ^Dlll:.

(i rFglisf et mi Hoi , icndaiif à émouvoir lea vsprifs et a (rimblcr la (raïuiuiUité puhUqHe. Dans les motifs, il est (lit qnon 1/ représente rK(jlise comme meuurée d'une destruclinn prochaine et dune révolution qui y fera succéder une Èt/lise tiouveUey composée de ceua' qui résistent à VÈglise présente : que (te si étranijes idées t/ sont annoncées d'un ton prophéiique et dans un style qui seroitplus convenable à une satire qu'au mandement d'un évéque. Voilà ce qu'il y a de plus fort dans Tarrèt; mais celte matière de miracles n'est pas pour cela abandonnée, cai* il paroit un gros écrit intitulé : Discours sur les miracles de }î. de PàriSy etc., qu'on attribue à M. le Gros, où il fait l'histoire chronologique des miracles de tous les siècles, depuis la naissance de Jésus-Christ , pour montrer qu'il y en a eu dans tous les temps, et il n'oublie pas même ceux de saint François-Xavier au di\-huilicme siècle ; et l'auteur a trouvé occasion d'y répondre au livre d'un anglican qui a écrit à ce sujet contre les catholiques en 1729 ; cette réfutation est bonne. Nous n'avons encore (jue la 1" partie de son discours : on nous en promet une deuxième, (pii prouvera la vérité itiduhitahle des miracles d'au jourd'inii, et encore une troisième. Ainsi nous allons être [)lus savants sur les miracles que sur la physique.

Il est vrai (pi'il y a un arrêt du (lons(iil, du T' mai. qui déclare nu! et (h- nul effet celui du Parlement du l't avril ; sur quoi le l»arlement a arrêté, le (> mai , (ju'il seroit fait des remontrances, et dans cet arrêté oîi a inséré la matière et le plan, et les consé(piences ;\ craindre de l'arrêt du 1" mai. Les remontrances ont été faites; on les dit bien dressées. !.»• Uni a rc-pondu (ju'i-lles passoient encore Tarrêt du 25 avril; (ju'il n'y avoit rien à craindre; que les évoques avoient déclaré ri même renouvelé depuis peu \oa\vh sentiments sur l'autorité du Hoi, et que le hoi pn-iidroit de son côté- toulrs les mo sures nécessaire'' pnur maintenir la tranqnilMté vA cnq.ê-

LETTRE XVH«. 187

cher les troubles et les divisions. Je ne puis encore vous dire ce que le Parlement fait sur cette réponse , car les Chambres sont assemblées pour cela au moment que je vous écris.

Voici où en est votre dissertation : M. le procureur général Ta rendue à M. Rouillé, eta dit qu'on ne pouvoit l'imprimer à moins qu'elle ne fiit traduite en latin; non pas qu'il n'en ait fait grand éloge, mais il voudroit une langue inconnue aux femmes et auxgensdu monde. M. H. me la doit remettre au premier jour avec le factum de Pasquier. Je ne crois pas que vous employiez à cela votre belle latinité. Je vous dirai que M. le procureur général a apparemment communiqué votre ouvrage à quelqu'un pour en avoir son avis, car on y a fait des observations qui me sont tombées entre les mains, et vous ne seriez pas en peine d'y répondre. Par exemple, on dit que l'impuissance] survenue après le mariage retient la femme dans tous les inconvénients que vous proposez et qu'elle peut donc y rester dans le cas de l'impuissance antérieure. Je crois que vous rirez bien de cette parité, où l'on égale le cas où il y a un sacrement à celui où il n'y en a point. Je pourrois vous faire voir ces observations, qui ne sont pas longues. Le grand argument est (jue lorsqu'il y a doute dans la preuve, il faut, selon vous-m^'uic, conserver le mariage. Or, on prétend qu'il y a toujours doute dans le congrès, même bien accom[)Ii.

Il faut laisser l'abbé Leclerc barbouiller son papier : on imprime à La Haye un autre Dictionnaire historique et critique en deux vol. in-fol., qui servira de supplément à Bavle, car il n'v a aucun des articles de Bavle dans celui-ci. On dit que c'est une traduction de l'anglais, et qu'il est conq)osé par une société de gens de b'ttrrs : voilà encore matière à barbouillage pour l'abbé.

Vous m'aviez déjà mandé le jugement du marquis de Mirebel. 11 y a une sorte de fondement , en ce que les informations porlent un' peu contre la mère, et les juges

4SS CORhKSPO.NDAM.K IM:i)H K.

n'oiil pas cru qu'il [n\[ y avoir uu vrai va[){ de \ iolencc Jors(|uo la ni^re ne s'y opposoit pas; il a fallu [)ourlaiit venger TolTense faite au pc're, ou lui donnant une espt'^ce de réparation d'honneur et civile. Je remarque que le jugement est contre nn coutumax (jui «'sl mis hors de cour, et c'est nn exemple à ajouter au dernier arnH. Je crois que vous allez encore rire de mon apologie pour les juges dWnxonne.

Voltaire vouloit donner nne nouvelle édition du Temple; on lui a donné Crébillon pour censeur, qui a voulu censurer. Ils se sont brouillés, et le public est privé de cette édition et l'auteur du profit qui lui en seroit revenu, auquel il vise plus qu'à l'instruction publiquesurle goût, qu'il ne connoit point.

I^s trois Lettres sur la Relation du quiétisme deviennent rares, on les retire. Personne n'y croit. Prêchez, dit-on à Pauteur, et patrocinez d'ici à la Pentecôte ( nous en voilà bien près), vous serez ébahi jjue vous n'aurez rien persuadé. Cela est pourtant bon à lire et à garder pour joindre ;\ la Relation, Je vous en retiendrai un exemplaire si vous voulez.

Mon Dieu î que vous m'avez fait de peine en m'apprenant la mort du bon abbé Parisot! Je Pavois vu depuis peu, il devoit me venir voir tous les samedis après dîner, et le voilà enlevé. J'en suis trés-fàché , je voudrois remplacer son zèle. Vous savez. Monsieur, que mon cœur est tout à vous par respect, par amitié , par tendresse, et vous pouvez en disposer absolument.

Arrêté du 11» mai 17:rJ, depuis la réponse aux remontrances.

.Xrrété qu'en tout temps et en toute occasion la rompagnie représentera au Hoi les consécpiences de son arrêt du 1" mai dernier, et combien il est important, i)()urriiilérél dudit îk'igneur Roi, cl pour le maintien de la tranijnillité p!iblique, cpron ne puisse révocpifT <ii doute la

LKÏTKK X^IIl^ 4S0

compétence de la Compacnie à l'effet (rempiVher qu'on ne donne à la Constitution Inigenilus le caractère de règle de foi, qu'elle n'a reçu par aucune décision de l'Église et qu'elle ne peut avoir par sa nature, et au surplus que la Compagnie persiste dans son arrête du G du pr<> sent mois.

Lettre XV lit.

A Paris, rc 2fi mai MVi.

Je suis encore plus fâché que vous, Monsieur, de notre éloignement et de la privation de vos lettres, puis(|ue c'est moi qui y perds. J'ai eu Tlionneur de vous écrire aussitôt votre première lettre reçue , et je ne comprends pas ce retardement. Je vous ai mandé la nouvelle des deux arrêtés, et je puis vous assurer que le dernier, qui est sur la réponse aux remontrances, n'est point désapprouvé à la Cour. Ainsi voilà ];i U(>(j\c de foi bien atta(juée; on parle aujourd'hui d'un Concile national , et VAhnanarh dit qu'on verra bien des évèques en campagne. J'ai bien cru que vous seriez content de M. de Montpellier. Li*s réflexions que vous faites sur son mandement sont excellentes; c'est un bel ouvrage, mais il ne falloit pas faire le mal si grand, ni parler de révolution^ ni prier pour les juifs. J'ai vu les Motifs pour le P. Girard, et les ai entendu crier î\la porte des Tuileries par un colporteur (pu disoit : Motifs du jufjemrtif du /'. (iirard, accusé d'avoir fait des miracles, et personne n'en acheloit.

M. l'abbé Bouhier m'a fait remettre h's drux volumes des Eutrctiois de (jcéron, sur la yature des dieux, dont j(' vous rends de très-humbles grâces, et je ne Ic^ <\\\\\\r point de vue, comme je ferois d'une maîtresse.

Votre dissertation me reviendra après les fêtes, avec le factum de I\isquier; on a birn prur du scandale des mœurs, et j'étois dernièrement consulté »iur un testament

490 t:ORr\ESI>OIMDA>c:K lISKOnt.

où le tolalt'ur a fait une fondation do deux prtMres dans un hôpital ^^qui n'a [)oint do lettres patentes), pour y instruire les enfants dans la morale chrétienne et suivre les préceptes enseignés par les prêtres de TOratoire du collège de ; il y a aussi un legs universel à cet hôpital, et je ne crois pas que les lettres patentes lui soient accordées par cette voie. Ne semble-t-il pas qu'il y ait deux morales chrétiennes? C'est un notaire de Paris qui a reçu ce testament nouveau.

J'ai beaucoup entendu parler de M. Bon, et il me semble qu'il avoit entrepris de faire de l'étoffe avec des toiles d'araignée. L'auteur du Speclaclc de la nature devoit bien en parler. Il y a une deuxième, même une troisième édition de ce livre qui est augmentée, et il y a une vignette qu'on admire fort à la tète de ces nouvelles éditions. Nous avons ici un autre M. Bon, conseiller et député du Parlement de (irenoble, qui est un grand jurisconsulte, fils de feu M. Bon, célèbre avocat en ce Parlement; il est fortcurieux en livres, et il en a beaucoup de son p<Ve. H est ici pour disputer contre l'intendant pour leurs e;iux et forêts, et est bien propre à obtenir ce (pi'il demande

On a men«'' M. le Dauphin vA les autres enfants de France à Meudon pour y rester. M. de Pellevé, le gouverneur, qui n'a pas la tête trop bonne, s'est avisé de se plaindre (ju'on ne l'avoit pas consulté, et a cru (pie c'étoil une offense j\ son gouvernement de Meudon ; il est gardé à vue. Un autre gouverneur, qui est celui de l'Ile de Ceylan pour l(;s Hollandais, s'est révolté, a attiré toute la colonie ;\ lui, et Me A ses maîtres le commerce de; la cannelle, qui est de plus de 15 millions par an. On y a envoyé de Batavia des troupes poui- !<• nieltre ;\ la raison, si on jK'ut.

1^ cardinal (loscia est jugé; vous le verrez d.ins la iiazetle flr Ifnllaude : privé de tous ses bénéfices à la n'Acrvc d'une pension do (3,000 se. ; <|uc les sommes

LK'IÏRE XVlll*. VJl

acquises par voies indirectes, seront converties en .lumônes; qu'il bonifiera les rloinniages causés à la Chambre apostolique, etc. Il me seml)le que voilà encore grande matière à liquidation; mais son argent le tirera de là, et même d'une prison au château de Saint-Ange, qui a été suspendue ; on voit des Ànerdolesde Validirntion du roi de Sardaigne, où il n'y a rien de secret que les traités contraires qu'il avoit faits avec l'Empereur et le roi d'Espagne au sujet de don Carlos. Voilà un étrange homme ! et aussi a-t-il étrangement fini.

Précis de la réponse du Roi aux rimonlranccs.

IT) mai 1733.

Les remontrances vont encore plus loin que l'arrêt du Parlement, ainsi le Roi ne peut que confirmer de plus en plus l'arrêt que S. M. a rendu, tant dans la forme que dans le fond.

Il ne falloit pas rappeler la crainte qu^on érige en dogme de loi les opinions les plus contraires aux maximes du Royaume : 1 Église ne s'élèveroit pas moins (jue les magistrats contre de pareilles propositions, et les évéques ont donné des témoignages de leurs senlimenls par les explications qu'ils ont données, en 17H, au sujet d'une des propositions de la bulle Vnifjenilus. Au surplus, le Uoi désire la paix aussi bien (|ue son Parlement ; il en a donné des marques dans une lellre qu'il a écrite à tous les évêques de son Royaume, et dont il parolt que la Compagnie est instruite. S. M. continuera de prendre les précautions nécessaires pour réprimer les troubles dont l'Église de France est agitée, et pour rétablir la tranijuillité publique.

Arrêté du Parlcmnit ni Ktnsét/unicc.

19 mai «733.

Arrêté qu'en tout temps et en toute occasion la Com- [)agnic représentera au Roi lesconséciucnces de son arrêt

40S (:oiu\K.*^poNnAN(:E iNKDrn:.

du 1" mai tlcrnier, o\ coml)ien il est important pour rinttMvt diulit Soigneur Koi, et pour le maintien de la trancpiillité publiipie qu'on ne puisse révoquer en doute la eomjKUence de la Compaiinie à reflet d'empt^cher qu'on ne donne ;\ la Constitution Unii/ctutua le caractère de règle de foi, qu'elle n'a reeue par aucune décision de l'Église, et qu'elle ne peut avoir par sa nature, el au surplus, que la Compagnie persiste dans son arrêté du 6 du présent mois.

Lettre XLV.

A Paris, cfi 1*' juin 1753.

J'ai eu l'honneur de vous écrire deux lettres, Monsieur, depuis que vous êtes à Montpellier, et je ne sais si vous les avez rerues. Je regrette tous les jours Dijon; il me semble que j*y portois les lettres moi-même et que j'en rapportois les réponses.

Il n'y a ici rien de nouveau que le schisme des convulsions. Les appelants sont partagés; les uns disent (|ue c'est œuvre de Oieu, les autres que c'est œuvre du diahle ; ils écrivent de part et d'autre ; nous avons un petit cahier imprimé qui a pour titre : Conp-d'oail^ etc. ; cela est d'un style élégant, sublime, et on voit le théAtre et le plan des convulsions toutes célestes, l/auteur parle d'après ce qu'il a vu, et il paroU qu'il a bien regardé et de près. D'autre part, il parolt une Hèpome à un écrit manuscrit qui a pour titre : Plan (jénvral dr l'œuvre des convulsions; et cette réponse, (pii est solide et modérée, vient aussi d'un appelant. On l'attribue à M. r.ibbé DugUft ; il infl celte (i-uvre dans le rang des Religieuses de Loudun, des filles d'.Vuxonne, de M""" Guyon, de Marie Alacocpn; et des fanatifpies des Cévennes. Ce qui vous svu'prendia, c'est querelle réponse se vend publiquement, et je crois qae M. rarchevôque de Sens ne sera pas routent de voir

LETTRK XLV. 493

Marie Alacoque en si mauvaise compagnie, ni M"*' de Sully sa chère mère, ni M""" Guyon, qui n'a rien gagné à sa belle apologie. Notre langue gagne à tout cela un mot nouveau c|u'il faudra mettre dans le Dictionnaire de l'Académie : on appelle conçu Isionnislea ceux qui prennent le parti des convulsions. C'est une secte qui méritoit bien un nom ; leurs adversaires n'en ont point encore, mais avec le secours d'un ami, ils auront bientôt un parrain. 11 y a bien de quoi rire des efforts que Ton se donne de part et d'autre, à établir ou détruire celte chimère, et de voir combien d'esprit perdu à tous ces écrits.

M. d'Anxerre ne quitte point M. de Sens; il lui a encore écrit une troisième lettre, et il le ramène fortement au vrai état de la question, que l'archevêque paroîl avoir voulu détourner. 11 y a une théologie logicienne qui met les gens au pied du mur, et cela est très-incommode.

On a imprimé les arrêts du Parlement, les remontrances qui sont fort bonnes, la réponse à ces remontrances, dont nous n'avions vu que de mauvaises copies, et l'arrêté dernier. Ce cahier de cinq ou six pages est plus curieux que toutes ces autres feuilles dont nous sommes inondés.

On commence à parler sérieusement du concile national; je sais que la lettre des évêques au Hoi est imprimée, mais on ne la montre pas. De savoir ce cjui se traitera dans ce concile, c'est un mystère, et les préparatifs ne peuvent être que longs; mais c'est iiin' leuvre, puisque œuvre il y a, qui est bien équivoque ou liien délicate.

Le mar(iuis de Ménars a étal)li sa femme la maltresse de sa maison; il s'est interdit lui-même voiontairciuenl, et il y a eu sentence ; la jeune dame, qui y a juis goût, le veut faire interdire en justice, et avoir sii curatelle; le mari s'y oppose, et dit qu'il leur faut donner un curateur à tous deux j à lui, parce qu'il n'y voit iioutte el cju'il n'a

4U4 COl\KKSPONl)ANCE INKDITK.

plus lie mémoire, et ;\ sa femme, parce (pren cinq ans elle a trouvé moyen de tléponser V0,000 liv. par an de son revenu, en ne lui donnant que quelques louis pour boire, et elle doit encore il), 000 liv. ; il y a un exploit imprimé qui met tout ce scandale au net. C'est le comble de Fingralitude, car cette belle danie a été mariée sans dot. . On a aussi imprimé le plaidoyer de La Salle fils contre La Salle père, qui a vécu quarante ans avec sa femme sans se marier, et cela au milieu de Paris ; c'est certainement singulier. La ciiuse sera jugée demain ; le père est dans la liste des miracles; le lils a pris pour avocat contre lui Mannoury, qui est avocat des Jésuites. Cela fait un plaisant contraste. Je n'ai plus qu'à vous embrasser, Monsieur, et à vous prier de ni'aimer toujours.

Lettre XX'.

Du 2 juin <733.

Ma lettre étoit cachetée. Monsieur, et je lai rouverte, quand j'ai vu la vôtre du 21 mai, (jui m'a fait grand pl.'iisir, et d'ap[)rendre que M""' la Présidente a bonne esp< Tance en ses remèdes.

On parle du Concile nation;d, comme je vous l'ai dit dans ma lettre, et il est certain que la lettre des évécjues au Koi est imprimée, mais elle est secrète; on dit que M. le cardinal de Bissy a dit tout haut que cet ouvrage ne dureroil pas huit jours, et que les évùques ai)pel.»nts y seroienl convoqués, mais pour s'y voir condamner. Le concile national a donc le droit du [provincial, el il se tourneroit en provincial pour juger les évèques , ipii ne |)cuvent être jugés (jue par W. métro[)()litain et les douze coinprovinciaux ou voisins. Si cela dure, nous verrons de \)c;\\i\ écrits, et il faudroit en avoir une bibliothè(|ue separé*'.

L'histoire* de la musique de la cathédrale de M. est

LKTTRE XX ^ 49.,

Jjien, comme vous dites, la matière d\in nouveau lutrin, mais où sont les Despréaux?

Bonnes gens, je ne vous vois plus, j'ai beau chausser mes lunettes. On ira à Toulouse, mais on n'y plaidera pas , et tout sera évoqué ; je le pense ainsi.

Je tacherai d'avoir les Lettres sur la Relation du quiétisme, quoique retirées. M""* la duchesse de Sully est allée à Montargis; ils disent à la Cour qu'elle est allée voir ses petits parents. Je ne sais si elle y aura porté des exemplaires de ces Lettres^ pour lesquelles on n'a pas eu beaucoup d'égard dans l'écrit de l'Anti-convulsionniste qui a mis M""*" Guyon au nombre des l'anatiques, et l'a collée avec Marie Alacoque. Je n'ai pas encore la dissertation et le factum; dès que je les aurai je Vous les enverrai par le Saint-Martin, avec la copie desobservations. Ceux qui vouloient votre dissertation en latin n'ont pas apparemment consulté les Conférences ecclésiastiques, car qui est-ce qui lit?

Je ne sais qui est ce hardi continuateur de Bayle. Nous le saurons et verrons comment il parle ; ils disent que c'est un Anglais. On imprime le Temple du tjoùt à La Haye; il n'en est plus parlé ici. Cela va faire le tour du monde et promener la honte de l'auteur.

Il a fait fort froid pendant ces petites vacances; je n'ai point été à la campagne. Il y a eu une inondation affreuse de la Loire à Orléans, où l'eau a été une pique et demie au-dessus du pont; c'est un ravage épouvantable là et dans plusieurs villes et dans les campagnes, et on compte la perte de plusieurs millions et beaucoup de gens noyés. Voilà de tristes événements : on ne manquera de les mettre sur le compte de la révolution et du retour des Juifs, dont Dieu nous garde.

La ChronoUujie des miracles est faite par un homme qui n'est pas crédule; il écrit d'après Vllistinre ecclésiastique de M. Fleurij, Haillet, Tillemont, etc. Et il est sincère jusfju'à rapporter ceux de saint François Xavier.

190 a)IU\KsPOM)V-\CK IM'.DITK.

Il me seiuhle que les attaques de voire main ne duroient pas tant à Dijon. Je crois que vous ne buvez pas de vin de l.aniruedoc et que votre Bouri^ogne vous suit. Je vous souhaite une prompte i;uérisoii. Dans le mémoire du iils La Salle contre le père, il y a une description de Saint- Lazare où il a été enfermé ; mais cela ne vaut pas Cliai)elle, ijui avoit un surplis et point de chemise, et un bénitier et point de chaud)re, etc.

r.etlre \XI'

A Paris, ce 9 juin ITri,").

Voilà donc, Monsieur, notre commerce qui commence à se renouer; mais je ne vois pas encore votre main, qui en est Tàme, et cela me fait bien de la peine.

Les évéquesont donné au Roi leur lettre signée d'une vingtaine d'entre eux, où : 1' ils le remercient de l'arrêt rendu contre celui du Parlement du 25 avril; 2' ils demandent un concile national, et je crois qu'ils ne savent pa.s ce (ju'ils demandent; T ils prient S. M. d'ordonner au Parlement de ne point connoltre ce (|ui est de foi, mais il y aura toujours la distinction de la police générale , et le vieux mol politique qui dit : La Keliyion dans VElal. 11 y eut en 171 G des écrits sur la demande d un concile national, l'un attribuée M. NoQct, avocat, Tau^reà M. Dupin, et ils furent imprimés à la suite du second tome du /^e;u"er.se//i('»< ^/c.s lihvrtés. il fait bon y recourir en ce temps-ci. J'y ai vu la diflicultéd'y juger les évê(jues, qui ne doivent Tùtre que par un concile provincial, il s'en trouvera bien d'autres, et déjà on dit : Si vous nommez la bulle rcf/le dv foi , vous allez ouvrir un schisme dans TKglise et vous demandez au Koi qu'il mette le feu dans son royaucne. Si vous n'y donnez pas ce nom ; il n'y a qu'à demeurer en repos, et ce scroit le meilleur parti. On .sait que .M. l'arche-

LLTTRE XXl^ 497

vêque d'Alby n'a point voulu signer cette lettre au Roi.

La dissertation n'est pas encore revenue, mais elle est en mains fidèles.

On commence aujourd'hui au rôle de Poitou une cause d'impuissance sur un appel comme d'abus de l'oflicialilé de Poitiers, qui a déclaré le mari impuissant, et le mari

prétend dans les visites avoir montré par deséj qu'il

ne l'étoit pas. Je ne sais de quelle langue on se servira pour rendre ce fait public, et nous verrons si on se servira de celle d'Anne Robert : je sais bien que le procèsverbal des experts en parle, mais c'est avec indignation et comme d'une friponnerie faite par un valet en leur absence. C'est justement pour cette cause que nous avons besoin de votre ouvrage. La femme étant parente

de M. de T a dit dans son interrogatoire que son

mari étoit impuissanl et très-iwpuissanl. C'est M. Normanl qui plaide pour la dame, et un jeune homme, lils de M. Polhouïn, pour le mari : on court là comme au feu.

Le jugement contre le cardinal Coscia est à Paris en latin; je ne Tai pas encore vu; il avoit bien pris de l'argent de gens à qui il n'a rien fait avoir. Question s'il est condamnable pour cela? Les Piémontais disent que ce qu'il leur a vendu étoit à eux, et qu'ils ne lui en demandent rien. On ne lui a point ôté son chapeau de cardinal; ainsi il reviendra toujours au conclave, et puisqu'il a de l'argent il se tirera d'affaire.

Le 12 de ce mois, il y a une assemblée générale à l'Oratoire, pour l'élection d'un général; ils ne trouveront pas un second Père de la Tour, dont l'esprit étoit propre à tout. Paris dit que le cardinal de Bissy demande à l'être, parce que os apcrlum habent ad umnia. Nous verrons sur qui le choix tombera aussi bien que dans l'élecliou de Poloi:ne. On a découvert que la reine d'Uspagne, qui a des vues pour rétablissement de sa famille, négocie de celte couronne pour un des infants.

M. de Loriere, conseiller au Grand-Conseil, vient d'être

408 œRlU.SrONDANCF. INf.Dl 1 E.

décrété (l'assigné j)i>iir Cive ouï par ses ronlivros, (jui Tout i*eveiuliqué dans une sotlc affaire, où il a fait décréter de prise de corps par un jui:!' do son village le frère de son fermier, qui est un hou bourgeois de I*aris, et il Ta fait conduire dans une prison qu'on appelle chartre privée, et lui a fait signer le cautionnenienl du bail, dont son frère s'étoit plaint. Le Grand-Conseil a réclamé M. de Loriére pendant (]ue Taccusation principale de banqueroute prétendue du fermier et du frère est à la Tournelle. C'est une vraie récrimination; je voulais cpi'on cassîU tout, mais ils ont décrété, puis l'extraordinaire viendra, et voilà un homme perdu. Sa femme, qui est Saint-Simon, s'en meurt de déplaisir.

M. le comte d'Évreux et M. Crozat plaident pour l'hôtel d'Évreux. Le comte veut le- retenir pour son remploi de propres; le père dit : Le remploi est ad mobile j et je vous fais des offres réelles de vous payer en argent, puis l'hôtel d'Évreux viendra dans le partage, et nous en ferons une licitation. Quifl jurisf Cthi se plaide aux iicquèles du Palais.

Le curé de Saint-Sulpice a été bien malade; c'est l'archevêque de Sens qui a fait ses fonctions à la procession de la Fête-Dieu, où étoit la reine d'P^spagne, et doit prêcher au premier jour à Saint-Médard : il est bien hardi.

Lettre XXir.

A Pari», tT 16 juin IT.'W.

Je VOUS ai parlé, Monsieur, dans ma dernière lettre, du procès d'impuis.-ance (juiest à la Crand'C^liandire. Dès que r.'ivoail du mari a voulu [larler desii bonne mine et de sa l>eauté, c|ui annonçoit d'autres lionnes parties, M. Tabbé l*ucelle a tourné la tète; ravocatcontinuant sur sa bonne conformation,rabl)é s'est inq)atienté,ets'est retourné vers M. le I». l'.,4ui h'esl levé aussitôt, et sans avoir entendu

LETTRE XXir. 499

la cause il est allé aux opinions, et a prononcé un appointement au Conseil sur Tappel comme d'abus, môme en droit, sur les demandes, quoiqu'il n'y en ait point. Ainsi vous voyez que le scrupule a gagné les juges, et il semble qu'on voudroit que les avocats fissent une traduction de leurs plaidoyers, comme on en demandoit une de votre dissertation. Voilà donc les impuissants en faveur; mais ce qui a été perdu dans les paroles sera regagné par les écrits, et on n'em[)êchera pas les factums des avocats, qui parleront leur langue bien françoise. Votre écrit est encore entre les mains de M. Houille; je n'ai pu le retirer, parce que j'ai une fluxion dans une oreille, qui m'a fait bien du mal et qui n'est pas encore finie; mais je n'en suis pas encore en peine : l'écrit est en bonnes mains, et dès que je sortirai je le retirerai.

Le curé de Saint-Sulpice a été bien malade; pendant sa maladie, on lui a escamoté un miracle dans sa paroisse d'une religieuse du Calvaire qui a été guérie par uneconvulsionnaire d'une fluxion sur la poitrine, et toute la communauté chanta un Je Deiim [»uur cette guérison à un salut de l'Octave du Saint-Sacrement. On en va donner une relation.

M. Hérault a reçu ordre d'aller interroger la religieuse guérie, car ce couvent n'est point sous la juridiction de l'archevêque de Paris; il est gouverné par MM.de Montpellier, d'Auxerreetdelroyes.On parled'un nouvel écrit signé par quatre cents curés contre le catéchisme de

Sens.

Il va un arrêt du Parlement, du 5 juin, cpii condamne au ieu un libelle envoyé de tous ccMés au sujet du concile de Constance, où les souverains sont soumis à son exécution à peine de perdre leur dignité. M. Gilbert a parlé là-dessus, et dit que cette objection nV'hl [ms nouvelle, mais sa réponse n'est pas bien claire : on u aussi brûlé un autre écrit séditieux d'un docleur à un A'reV/ur, qui annonce le schisnie ouvertement. On dovroit bien

500 CORUKSPONDANCE liNKDlTK.

s'abstenir d'écrire, i)uis(|ue tout cela va au feu. Il parolt une Vie de M. \icole , et Vhistoire de ses ombrages, qui est de main de maître, llseinble qu'il soit revenu au monde pour écrire sa vie : on n'y a rien oublié, pas la moindre l>elite feuille latine ou Françoise ; l'auteur a tiré parti de tout, et nous y apprend historiquement grande quantité de faits très-bien décrits et très-bien distribués. Les dates y sont exactes. J'ai bien ri de voir que quand M. Nicole étoit retiré avec M. Arnaud ù riiolel de Longue.ville , ils faisoient les faclums de M""' de Longueville contre M'"'' de Nemours sur la principauté de NeufcluVtel, et que M. Nicole ayant eu un méchant petit procès à Chartres, il fit deux traités, l'un du procès injuste , l'autre sur les Arbitrages. Enfin il écrivoit sur tout; il se brouilla avec ses amis qui vouloient employer sa plume à une matière qui ne lui plaisoit pas, et on lui reprocha tout doucement de la pusillanimité. Tout cela est fort curieux; j'ai été fAché d'y trouver des traits contre l'ami lîayle, (/u'il dit avoir l'esprit assez faux et nulle équité. C'est tine cJiose pernicieuse ^ dit-il, ijue ces petits censeurs tjui s érigent en tribunal , qui disposent de toutes les tètes mal faites, gui sont toujtturs le plus grand nombre. Voilà de belles et bonnes injures, qui .se rapi)ortent aux numéros de la République des lettres; mais il faut remarquer (]ue Bayle y avoit parlé d'un livrede M. Nicole d'une façon qui ne lui [)lut pas. M. Arnaud n'en pensoit pas ainsi; il ne le regardoit pas comme un petit censeur; il se donna bien la peine de lui répondre sur son démêlé avec le 1*. Malebnmche, et cela produisit de beaux écrits. Il y a un article de AVco/rdans le Dicitonnaire Clu Bayle; l'auteur de la Vie n'y ré[Kjnd pas et ne l'a peut-être pas lu. Il parle de son testament, qui a été imprimé avec des apostilles injurieuses dans le Uccueil des factums de Lyon, fait par le vieil avocat Aubert, (pii est mort cette année, j\ quatre-vingtquatorze ans; il est plaisant d'y voir l'idée des régentes que M. Nicole vouloit établir X Troyes et A Chartres pour

LtTTRE XXIII". 501

gouverner les jeunes filles. Et une de ces régentes étoit régentée par le valet cFun curé, qu'elle épousa. Comment une telle vision avoit-elle passé dans la tèted'un si^rand homme? J'aime bien sa modestie d'avoir abandonné à M. Arnaud la gloire du grand ouvrage de la Pcrpéluité de la foi, auquel il n'avoit pas travaillé. Mais vous aurez plus de plaisir à voir tout cela dans le livre, qui est bien écrit et amusant.

L'élection du général de l'Oratoire est faite ; elle est tombée sur le P. de la Valette , qui d'abord a fait le difficile pour accepter ; mais enfin il s'est rendu. Vous savez que c'est le frère de M. l'évéque d'Autun. Le général vaut bien l'évùque; nous verrons ce que ce changement va produire pour ou contre la congrégation. On parle toujours du Concile national, mais il n'avance point, et on commence à douter qu'il y en ait : ce remède est bien tardif. Le Parlement n'est point raccommodé avec ceux qui n'ont point suivi le grand parti : on refusa hier d'entendre le rapport que M. Le Rebours vouloit faire à la Chambre d'un procès de séparation de corps. La femme vouloit battre toute la Chambre pour se venger des coups que son mari lui a donnés; mais on en est demeuré 1î\, et on ne sait quelle en sera la fin. On dit cpie les nouvelles sont bonnes en Pologne pour le roi Stanislas. Ne voyezvous point à Montpellier un petit journal qu'on api)elle le Glaneur! L'auteur a de l'esprit et ne manque pas de malignité. Cela vient de Hollande , et je ne sais pas si on le laissera continuer : on arrêta autrefois l'Espril des Cours.

Lettre XXIir.

A Paris, ce H Juillet (m.

Je ne puis vous exprimer, Monsieur, la j<»io que m'a donnée votre lettre d'Aix du 2 juillet; elle est pleine de

Ô02 COUl\KSPOM)ANCfc: l^Fl)lTr.

choses aimahles et intéressantes pour vos amis, et on est bien aise (jue votre mérite soit reconnu et honoré par tous.

1/Académieauroithien vouhi (jiie vous eussiez pu profiter de la présidence à Marseille. M. Tahlié Dubos auroil mis cela dans ses registres avec grand plaisir; mais au moins la députation y aura sa place. Le Parlement d'Aix s'est faithonneuren vousen taisant et n'a pu le pousser trop loin. Ce cérémonial est trés-remarquable, ou plut^*)! il ne fera pas loi, ayant été appliqué singulièrement au mérite plus qu'î\ la dignité, etc'est une exception bien glorieuse qui vous suivra partout où vous voudrez aller. Quelle joie n'avez-vous pas eue de voir les originaux de M""" de Sévignéentre les mains de M'"*" la marquise de Simiane, sa petite-tille? Nous allons attendre avec grande impatience ce beau recueil, où tout sera et même le Journal du procès de M. Fouquet. Cela sera singulier, écrit de la main d'une dame qui n'aura mis que des circonstances qui lui peuvent être propres, et aura laissé la procédure au JoMf/ia/deM. d'Ormesson, (pie sans doute vous avez parmi vos manuscrits. I^'un ne nuira pointa TautrcNous trouverons là un beau feu et de beaux traits d'amitié, et on courra plus après cela qu'après le procès du P. Girard. Enfin, le voilà donc mort àOôle, le Vde co mois : on parle d'une déclaration qu'il a faite en mourant, mais on n'a pas grande loi pour ces sortes de testaments: il a uncsoile de bonheur qui est qu'il n'entendra point tout ce (jui va se dire, car les langues ne se tairont pas de si tùt sur ce procès. On dit qu'on cherche La Cadière, je ne .sais pourquoi mon his in idem.

Je voislûen qu'on vousa envoyé mes lettres, mais vous ne me parlez poir.t des Lettres sur le fjiiiétisme^ cpi'on a dû vous faire tenir. TcMit l'esprit rpi'on y a mis n'a p. is justifié la dame dont on a pris la défense.

J'ai vu ici un de vos exeiiqilaires des explications des marbres cvccf. — O'i-'^înl vous serez retourné à Dijon,

LKTTHE XXlll. 5ù3

Foccasion se présentera plus facilement de les envoyer ici, et je vous remercie d'avance. Nous n'avons pas encore votre dissertation; elle est toujours entre les mains de M. Rouillé; mais à la fin il faudra qu'elle revienne. Toutes ces négociations de livres et manuscrits sont trèsinfidèles, et dégoûtent fort les bonnes gens qui vont leur droit chemin comme moi.

On a beaucoup parlé du Concile national et de la lettre du Clergé, et puis tout cela est allé à vau-l'eau. On parle Jjien d'autres matières plus importantes; c'est la guerre, dont on ne doute presque plus. Il n'y aura point de camp. Tous ces militaires pacifiques fîeviendront devrais soldats, à qui la dépense au moins sera comptée. Ce bruit en apaisera bien d'autres; et quoique la guerre soit un grand fléau, on lui devra au moins cette paix, qui sera bien chère, puisqu'on ne la peut acheter qu'à ce prix.

On nous a donné la Relation du miracle du Calvaire, quiestcurieuse pour l'opération des convulsions : on écrit toujours pour et contre, et j'ai relu l'article de Marthe Brossier dans Baylo, qui m'a bien réjoui (1 ) ; il s'y :serl du mot de conviihiou.

A propos de Bayle, M. de Crouzas, dans son Pijrrhonisme, a une plaisante idée de dire que Bayle a voulu faire des athées, et que comme des athées ne s'occupent guère à des écrits sérieux, il a rempli son Dictionnaire d'obscénités pour réjouir tous ses bons amis les athées, et cette société dont ilestle fondateur. Je ne crois pas qu'il y ait rien de plus fou qu'une telle pensée. Peut-on imaginer de donner un dessein de suite à l'auteur d'un dictionnaire, qui fait tantôt un article, tantôt Tautro, elle déterminer à divertir son pulilic athée avec des ordures?Cela n'est cuèrecbaritableà M. de Crouzas, et est encore moins

(1) Voir aussi le ranimai «ro>'^al mit rc qti'il (iit de n lie Uro-icr, it rumine il prend lepaili «lu l'.irlcni. ii(. <|ui avoil rounu <le raMaio*. Won pour ce temps ci.

501 COKRKSPONDANCK I.NKDrrK.

sensé. Je ne connois son livre que par le Journal des Savants, et je n'en veux pas savoir davantage. L'abbé Leclerc aura fait un grand saut d'exaltation en lisant cette ingénieuse école d'atbéisme luxurieux. Les nouvelles de Londres sont qu'on aura incessamment r//t.s^jtre de M. de Thou.

Un certain Prévôt, ex-bénédictin, est arrivé là avec une suivante; il s'est avisé , pour gagner du pain, de faire un Journal qui s'imprime en France sous le nom de Pour et Contre. Je ne l'ai pas encore vu; mais j'admire comment un moine défroqué et ravisseur de filles peut trouver le crédit de faire imprimer des bagatelles au milieu de Paris, pendant qu'on refuse des permissions à des écrits savants et utiles.

On instruit une affaire criminelle en première instance nu Parlement contre M. le marquis de l'Aigle fils et M. de Brèves, accusés d'avoir violé une femme mariée qui étoit femme de cbambre de M"'*^ Hattc , femme d'un fermier général, avec qui elle ne demeure point. Cela est arrivé sur les sept liouresdu soir : les officiers du Châtelet ont négligé la poursuite. Le Procureur du Uoi a été mandé à laTournelle. On informe de la soustraction de la plainte et du viol , et le plaisant est qu'on a visité la femme violée quinze jours après le délit

Lettre XXIV.

A Taris, ce 20 Juillet 1733.

J'ai eu l'honneur de vous écrire, Monsieur, depuis votre lettre d'Aix, et je vous ai remercié de toutes vos bonnes nouvelles^ et surtout des Lettres de M""" de Sévigné, qui nous préparent bien de la joie. Je vous parlois du viol. \jc Parlement a fait imprimer son arrêt, qui est san- ^'Innl contre le procureur du Wo'i : la femme a été visitée iniitilement, l'acteur principal est i\ la tête de son régi-

LLTÏRE XXV^ 505

ment, pendant qu'on fait ici le procès à des quidams. On croit qu'il n'y aura point d'autre preuve, et que la violée en sera pour son viol, avec une pension qui lui a été donnée, si ce n'est qu'ayant changé les faits principaux de sa plainte dans sa déposition, elle pourroit bien ellemême être décrétée : on l'a entendue comme témoin, X cause de son désistement. C'est une assez vilaine femme, qui n'est plus jeune et qu'on pourroit bien mettre sur la liste de celles pour qui Panurge dispcndoit son argent, et qui n'avoient plus d'espérance d'être aimées.

Le bruit de la guerre a étouffé tous les autres; on ne parle plus du concile : on dit pourtant que la lettre des évêques se porte à signer dans les provinces. On nous donne dans les gazettes de Hollande des déclarations très-hautes de l'empereur. Un M. de Croisille que nous avons envoyé en Pologne pour une commission secrète en est revenu. M. le Garde des sceaux a eu un accident d'une portière de son carrosse qui s'est détachée et qui l'a blessé; il a été saigné deux fois et se porte mieux, et est sans danger. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Lettre XX V\

A Paris, ce i' juillet \i:i:^.

Je ne sais. Monsieur, comment vous n'avez point de mes nouvelles, car je vous ai toujours exactement écrit; j'ai répondu à votre lettre dWix, et maintenant je réponds à celle de Montpellier du 17 juillet,

11 est heureux que les grandes chaleurs ne vous ayent point nui dans un pays même déjà si chaud. Il suit donc delà qu'il faut de la chaleur i)our la goutte , et en voilà l'expérience. On m'avoit dit ici l'assassinat de M. de Gensolen, avocat, mais je n'en sa vois pas la cause, (jui est abominable; si les plaideurs qui perdent leurs procès prennent ainsi le train de tuer les avocats, que devicu-

506 COHRKSPONDANCE lîS^.DlTK.

dra notre ortiro c\ que deviendront tontes les faniillos cjni «Ml ont besoin? I.a veniieanco ne peut (Hre trop prande d'un tel crime; mais, comme vous dites fort hien, cela ne' l'essuscitera point le défunt, et le meurtrier est satisfait. Je regiftte d'autant plus M. de Gensolen que c'étoit un homme de mérite et votre ami. Vous ne m'aviez point parlé de son Traité du Franc-Alcu de Provence, et il est bien triste de ra[)prendreen celte occasion.

F!nfin, nous voih\ donc réduits î\ souliaiter de perdre nos causes, et nous allons voir une belle éloquence. En vérité cela fait tourner la tête; je croyois bien que les Provençaux se vengeoient par les chansons : Ti faro iuki canzotie: mais tuer, assassiner, empoisonner, c'est le partage des barbares , et le duc d'Épernon les connoissoit ))ien.

L'événement singulier de cette fonte de terre sans tremblement qui engloutit un village tout d'un coup est sans exemple. On a envoyé ici la relation î\ M. de Fontenelle, qui doit l'avoir proposée dans les Académies des sciences et des belles-lettres. Où irons-nous donc, si nous n'avonsd'un côté que des abîmes et de l'autre des assassins? N'est-ce pas 1;\ la tin du monde, le retour des Juifs et la venue d'KHe? Je ne garantis pas que les bons convulsionnistes n'en tirent de urands avanlaces et ne fassent de IkîUcs collections de tous ces faits.

On reparle tout bas du Concile , et on dit que le silence que Ton a gardé est tr^s-suspect. Il y eut en 1717 deux mémoires sur la tenue d'un Concihi national, l'un de M. Nouct, l'autre de l'ablM- Dupin. Je ne sais comment on ne nous réchauffe pas ces plals-l;\ , au lieu de nous donner des mémoires sur l'autorité du second ordre, que nous savons parcceur. Kn voilà encore un tr^s-gros de M. Legros qui vient de paroltre sur cette matière; il y a aussi les Auerdnirs rliinnises^ qu'on dit assez mal rangées; mais à la fin il y a un abrégé, qui vaut mieux. Je vous ai parlé de la Fie de M. Nicole. M. l'abbé de ronqmnne so

plaint fort qu'on y a atlrihné à M. Nicole les livres de la Perpétuité de la Foi défendue^ qu'il soutient être de M. Arnaud; et en effet le nom de M. Arnaud paroît partout dans les approbations, et c'e«^t lui qui en a fait l'épître dédicatoire, en l;itin, au pape Clément IX, où cependant il parle au pluriel et convient que ses amis l'ont un peu aidé.

La modestie de M. Nicole seroit un événement preque unique et au-dessus de l'humanité doctorale ou savante :

Auteur qui pour tout fruit moissonue Un peu de gloire : on le lui ravira, Et vous croyez qu'il se taira ?

Et puis, il y auroit eu là une certaine offense à la vérité, dont M. Arnaud n'étoit point capable.

Je vous remercie l)ien de vos Marbres f/recs, que je connois. M. de Ressye sera bien aise d'avoir quelque chose de vous, et je lui ai dit les honneurs que vous a rendus le Parlement de Provence, où il a pris une très-grande part. J'attends que M. l'abbé d'Olivet m'envoye votre présent, ou j'irai l'en faire souvenir. M. Rouillé est ;\ la campagne, e( ne ma encore rien remis; mais c'est un homme d'honneur. Je ne sais pas si le procès d'impuissance est distribué.

On plaide un incident du procès de Ker))abu sur la vérification du registre de mariage. Le viol ne va pas trop ))ien pour les accusés; quelques témoins ont levé l'incognito et le masque du quidam, et ou craint quohpie décret du procureur du Koi , ce (jui seroit très-désagréable. Je vous manderai ce qui sera décidé de l'affaire de Ménars, où il est cpiestion d'une double interdiction ; mais le mari restera toujours pour faire les enfants : ilen a déjà quatre. L'affaire de .M. de Lorière , conseiller au Grand-donseil, est étonnante; il est accusateur au Parlement et accusé dans sa compagnie, où on l'interroge tous les jours; il ne veut point entendre d'accominodc-

608 CORRISPONDANCE IM-I)ITE.

mont, et il sacrifie lui, s;i femme, son fils et ses autres enfants et son corps pour soutenir une misérable procédure qui est capable de le perdre. Oscclum insipicns et inficrtum !

Lettre XXVI\

A Pans, ce ««'août 1733.

Pour réponse à votre lettre du 22 juillet, je commencerai par vousdire, Monsieur, que M I{ouill(' m'a remis la dissertation manuscrite et le factum en trés-bon état. Ils ont beaucoup voyagé; mais enfin les voilà revenus, et ils ont bien instruit des gens dans leur voyage qui n^en font pas semblant. Ceux qui auroient voulu la dissertation latine en ont trouvé le françois très-bon, et voilà le procès qu'on fit à Joubert dont vous me parlez.

Qui ne seroit fâché de n'avoir pas ses Erreurs populaires en françois? J'en viens de relire une partie , et m'y suis bien réjoui; il écrit très-bien en sa langue; il ressemble fort à Rabelais, il a beaucoup de sensetde gaieté. Uayle en fait un bon article, si ce n'est qu'il dispute sur son Age, et Joubert lui-même a dit son Age et celui de ses frères et sœurs, qui étaient vingt, dans le chapitre oij il traite de la naissance des garçons ou des filles. Il est plaisant qu'il eût dédié ce livre à la Reine de Navarre, qui y auroit fait de bons commentaires. 11 en dédid une autre édition à M. de Pibrac, ce Caton qui étoit lui-même amoureux de la Reine. l^'Epitre de la 2" partie à M. de Villeroy est de Joubert lui-même; il est aisé d'y rcconnoltre son style, et surtout est singulière l'énumération des qualités d'un grand ministre. Je me suis arn'té A ce livre, qui vient de Montpellier et (jui fait honneur aux médecins de cette ville.

M. l'ablié d'Olivet m'a fait remettre votre explication de marbres antiques, dont je vous remercie. Vous me donnez le goût d'être de ce goût-là.

LETTRE XX Vr. 509

Nous n'avons pas encore vu le Procès du P. Girard avec les notes. Les adversaires diront qu'on en a retranche ce qu'on a voulu , et qui est-ce qui pourra les convaincre? Confrontera- t-on l'imprimé avec le secret du greffe? Cela parolt retomber dans le titre de Jnutilibus. Je crois que le P. Bouhours, loin de critiquer le poCte italien, crieroit comme un diable lui-même. La confession de mort ne m'est point encore apparue. Les méchants disent comme l'empereur de la Chine, lorsque le cardinal de Tournon s'évanouit danssonantichambre,prét d'avoir une audience qu'il poursuivoit depuis trois ans. C'est une anecdote qui est dans le livre dont je vous ai parlé, où il y a une relation mal traduite, mais un assez bon abrégé ;\ la fin. Nous avons plus (Yanecdoles que d'histoires publi(jues. Voilà encore un 3' tome des Anecdotes de la Conslilulion qui parolt^ et on dit qu'il y a au commencement un bel éloge de feu M'^^ le duc d'Orléans. On a débité un Mémoire sur les droits du second ordre du clenjê; mais il vient d'ùtre condamné par arrêt du Conseil du 29 juillet, comme contraire aux principes de l'ordre hiérarchi(pie et à l'obéissance qui est due à l'autorité de l'Église , tendant à soulever les esprits contre les jugements des premiers pasteurs et à troubler la tranquillité publi(jue : ce sont ses qualifications. C'est, dit-on, un ouvrage de .M. Legros; je crois vous en avoir parlé. On reparle du Concile: la Bulle est venue, les légats nommés; il se tiendra à Vernon ; la bulle sera regislrée au parlement de Uouen, et non à Paris; il ne durera que six jours, on y fera la besogne de six mois. Je vous dis tout cela de suite, comme les nouvellistes le débitent; et si cela est vrai, que ne verrons-nous pas de singulier et de nouveau?

On se prépare tout de bon à la guerre, qui peut-être ne viendra point, car cela se réglera selon ks événements de Pologne. Je viens de voir un homme qui en arrive, qui a assisté à la diéle , (jui a vu les deux [larlis des deux maréchaux concurrents prêts i\ s'égorger, puis, par le

610 CORRKSPONDA.NCK INKDITK.

déixirtement des deux, Tuit pur pitié et compassion de leurs frères, un troisième élu sur le champ, et eu uu momeut les esprits apaisés et les sabres remis dans le fourreau. Tout parolt l)ien disposé pour le roi Stanislas. Dieu le veuille! Le Primat est un grand homme, et cjui boit bien.

La déclaration du Uoi contre les juifs, du '2ï mars 1733, registrée au Parlement de iMetz, le IG avril, n'est point du tout approuvée au Conseil du commerce : on parle de la révoquer; on a plus besoin d'eux que jamais, pour les chevaux, pour les habits de soldats, pour le crédit. On n'a pas songé à la guerre, et il faut avoir tout présent (juand on attaque ceux qui ont de l'argent et qui en prêtent.

On demande 50,000 livr. à chaque fermier général : on vient de donner le vrai titre de Prince à iM. de Tingry, qui sera reconnu en cette qualité à la Cour. Tout cela fait dire qu'il y aura guerre.

Il se fait un beau mariage: M. de Mildebourg, frère de M. le prince dTscnghien, épouse M"'-' de Larochefoucaulfc, fille du défunt marquis qu'on appcloit autrefois le chevalier de Koye; elle est belle comme le jour, et c'est une lleur de quinze ans. M. d'Isenghien donne à son frère dès à présent 30,000 liv. de rentes. M""" d'Isenghien donne 20,000 livr., et comme ils n'ont pointd'enfants, les futurs auront tout. Cependant le iiiari va partir pour son régiment dès que la cérémonie sera faite, et les ris se tourneront en larmes.

Le Parlement n'eulend puiiil railleiicMians l'affaire du viol. L'L violée a été entendue en déposition; elle a rétracté sa plainte et posé d'autres faits. Arrêt du 27 juillet qui adécrété de prise de corps MM. de L'Aigle et de lirèves et le secrétaire de M. le Procureur du Koi , et la violée elle-même, qui a été arrêtée sur-le-champ et conduite à la Conciergerie pour avoir varié dans son interrogatoire; elle a persisté dans sa rétractation , et il seroit bien triste

LETTIŒ XXVP. 511

pour elle d'avoir trouvé un supplice au milieu de lu joie. C'est une maladie dont La Peyronnie ne guérit point. Le secrétaire a été interrogé deux fois sur la soustraction de la plainte. On travaille tous les jours sur cela à la Tournelle,etle public est dans une agitation surprenante, qui commence pourtant à avoir pitié de la violée. Je ne la trouve pas dans le cas de l'article H du titre XV de l'ordonnance, n'y ayant point de recollement, ou, s'il y en a, n'ayant point varié depuis le recollement. M. le Procureur du Koi n'est pas encore dehors, et si on l'attaquoit il faudroit assembler tout le Parlement. — Un colonel décrété est-il interdit des fondions de son régiment? Qu'ai Juris? — Ce viola mis le monde en goût d'en faire d'autres, comme il est arrivé dans le coche d'Auxerre, où un batelier, qui a voulu aller au secours, a été jeté à l'eau et noyé; on parle d'un autre, arrivé à xMarseille. Voilà tous les démons déchaînés et un rut que la chaleur a causé.

C'est une vraie découverte (jue vos Demoiselles qui ont des lettres de M""' de Sévigné; il faut les avoir.

M. de Francastel, du Collège Mazarin, est moit et a donné le portrait de Bayle au bibliothécaire ; il doit avoir des lettres sur le Colloque de Poissy et sur le Pyrrhonisme historique écrites de la main de Bayle; si cela est perdu, le grand dommage.

Je viens de recevoir l'arrêt du 27 juillet, augmenté d'un décret d'ajournement personnel contre un valet du Procureur du Iloi, que Ion dit avoir été chargé de porter la plainte à Amiens, où le Procureur du Uoi a une maison; ce n'est pas la minute, c est une e\[)édition, car la minute est chez le commissaire. La nouvelle du régiment n'est pas vraie, mais M. de Laigle en est parti depuis le décret.

it; CORRESPOiNDA.NCE INÉOrrE.

Lettre XX MI'.

A Paris, ce «2 août I75."î.

Je VOUS ai déjà mandé, Monsieur, (juej'avois entre les mains votre dissertation et le factum; vous ne serez pas fâché que je les fasse voir à M. Nouet, dont vous connoissez le mérite, et qui est un des meilleurs juges de cette matière. Je vous ai écrit aussi l'état de Taffaire du viol , qui est prise plus au sérieux. Le secrétaire de M. le Procureur du Roi est toujours en prison, malgré les conclusions qui étoient pour sa mise en libcrié. A l'égard de M le Procucureur du Uoi, ayant eu des voix à l'assigner pour être ouï et d'autres pour rajournement personnel, il a été ordonné qu'il en seroit référé aux Cliambres assemblées parce qu'il est Conseiller honoraire du Parlement; et cette assemblée sera bientôt. Que pensez-vous de cette rigoureuse procédure? D'un .uitre côlé, on informe contre Monsieur et Madame de Saint-Supply, chez (]ui l'insulte avoit été concertée en dînant. Et on informe aussi contre ceux qui ont suborné la violée pour lui faire rétracter sa plainte , et qui lui ont fait sa leçon, et on prétend que cela tombe sur toute la famille de M. de L., p«'*re, hlles, gendre, etc.; enlin on ne sait ce que tout cela deviendra : la violée est toujours prisonnière et au secret. Personne ne lui parle , il n'échappe rien du secret de l'instruction; le marquis est toujours à son régiment à Besançon, et on ne voit pas que laCour ait rien fait contre lui. Ce sont les dernières nouvelles de cette affaire. Il y a bien de la matière criminelle et des [)rincipe.s à discuter. I^s conclusions contre le Procureur duKoi n'étoient point au décret, mais la Tournelle a été plus rude. Ma dernière leltn; vous a appris l'instruction précédente; vous n<; m'en parlez point, et je n)e [)lains de vos postes de Languedoc, qui sont tardives cl où je n'entends rien du tout.

LKTTHE XXVir. 5t3

On dit qu'un va augmenter la Vie de 31. Aicole j où l'on a ouljlié plusieurs faits. Puisqu'on le veut, j'y consens, mais dans le temps on n'en parloit pas ainsi, et Tépilre adressée à M. Arnauld par Despréaux est une preuve contraire. J\ii les explications des Marbres grecs, et je les relis avec plaisir. Il y a bien de la divination dans cette science. Je crois qu'on est aussi aise d'à voir bien deviné que d'avoir résolu un problème de mathématiques. Ces obscénités en grec retournent à leur principe , mais on a Ijien fait de les mettre en francois dans la dernière feuille du Procès du P. Girard ; c'est le mot de l'énigme. Je vous ai parlé de Joubert dans ma dernière lettre, sur ce qu'on vouloit l'oblicer à parler en latin à la reine Mariruerite.

Un petit mot de procédure sur M"*-' Kcrbabu ; l'arrêt qui a mis hors de cour sur l'extraordinaire a dit : sauf à sc^ pourvoir à fin civile; elle s'est pourvue au Ch;\telet, et a demandé la communauté, le douaire, la dot. M. d'IIauleforta demandé son titre , elle a rapporté un extrait de sa célébration ; il a dit que c'étoit un acte sous seing privé et sujet à vérification; il a été débouté au ChiUelet et ordonné qu'il défendroit au fond. Appel de la première sentence, puis de la seconde. Arrêt qui ordonne sur le premier appel que le registre sera rapporté. Il l'a été, et .M. d'IIautelort soutient toujours que l'acte est sous seing privé, parce qu'il a été écrit sur un feuillet hors du registre et qui y a été attaché après coup. La dame soutient au contraire que c'est un acte public, tiré du registre et même du registre porté au juge royal; c'est sur cpioi ou plaide. Si c'est un acte et écrit privé, cela servira de moyen d'al)us contre le mariage : on voudroit épargner l'inscription en faux. S'il est acte public, la dame prétend sa demande bonne; mais on n'est pas encore à la lin; car quand l'acte seroit public, on soutiendra le mariage secret, incapable d'effets civils et ni de communauté ni de douaire. Kt pour la cpiittance des 75,000 liv., n'y ayant point de contrat de mariage, on la soutiendra

T. IV. ÎÎ3

àU CORKtlSPO.MJAM.K IM^DITK.

un avantage prohibé. Voih\ bitn de quoi plaider encore longtemps, et cela finira peut-ùtre par (|iielque soninic de grâce que la Cour adjugera à la pauvre demoiselle

pour le dégilt de son p L'affaire de M. de Ménars

n'est pas encore linie : on l'a plaidée plusieurs fois, et je ne sais conimenl le public, qui est i)our les femmes ordinairement, s'est lourné cette foisdu côté du mari, qui est le côté d'un interdit; mais on crie contre l'ingratitude, et cela devient un procès de morale.

J'ai vu un écrit encore manuscrit au sujet du concile national; il y a de bonnes choses, mais cela vient bien tard : on va apparemment le donner au public. Cela est très-court, et en est mieux.

Je n'ai point encore vu la procédure du P. Girard; si elle est vraie, nous en jugerons en connoissance de cause; si elle est fausse, renvoyée aux calendes grecques, avec Texplication des obscénités.

Votre premier consul a fait une harangue courte, qui a soulagé sa mémoire et qui ne ressemble pas aux Lellres de Brulus. J'en ai bien ri, j'en rirai bien encore, comme dit la chanson.

On plaide à la Tournelle la cause de M. de Loriére; le Grand Conseil instruit l'accusation incidente et non récriniinatoire. Esl bien mal conseillé qui soutient un pareil procès.

Le 15 de ce mois sera le mariage de M. du iMircpoix et et de M"" Bernard de Uienx ; celui de M. de iMildebourg est fait.

Je ne vous parle point de la guerre : on la prépare en Alsace, en WaVut, sur mer; toutes les troupes parlent, tous Jes officiei's généraux sont nommés, et cependant on n'assure encore rien.

Lellre XXVIir.

A Paris, ce 16 ao6t 17:^.

La cause de APKerbabu (d'Hautefort) a été jugée, Mousieur; il est ordonné que dans trois mois elle fera faire la vérification des signatures de son extrait de mariage, qui sont celles du curé, de M. d'Hautefort, de la sienne et des deux témoins. On a jugé que cet acte non inscrit dans le livre, mais attaché par une feuille séparée, étoit un écrit privé, et par cet arrêt elle tombe dans le cas du mariage secret. Cette affaire se brouille de plus en plus.

Les Chambres doivent être assemblées au premier jour sur l'affaire du procureur du Hoi, qui inquiî'te bien des gens et des familles entières.

Le bruit public est que l'Empereur a donné un contreordre à ses troupes de Silésie pour ne point entrer en Pologne, et en a rappelé une partie, ce qui fait croire que la Czarine ne fera rien de son côté, et que le Koi Stanislas, dont le parti est fort grand , pourroit bien être élu. Nous sommes tout près de guerroyer, s'il le faut, avec cent mille hommes sur le Khin et cinquante mille du côté de l'Italie. Cela est beau après vingt années de paix, sans compter les garnisons et les milices et le courage des troupes. Toutes les querelles d'Allemand n'ont abouti qu'à se retirer. C'estune grande nouvelle; mais il y aura des préparatifs perdus, et la question est si nous ne demanderons pas d'être dédommagés de nos dépenses. M. le maréchal de Villars n'est pas du nombre des généraux nommés, mais il est tous les jours aux Tuileries, entouré d'une foule de gens de toutes sortes, grands et petits, et il doit être bien content de sa fortune et de sa gloire ; ildisoil le dernier jour : a Le croissant esta droite nous gagnerons la bataille ; » et il croit toujours y être.

On prépare une grande fêle pour le mariage de M. de

:;iC CORUKSPOM^ANCK IM':i)lTK.

Miivpoixavec M"' Bernard, qui se fait demain; cl celui de M'' Mole sera pour le 20 sept(Mnbre. Aprrs cela le bon homme pourra se reposer et calculer ce qu'il lui en coûte pour toutes ses alliances. Il devroit bien payer quelque historien pour faire son histoire; il ne manque plus que cela à son orgueil; il y auroit bien quelques petits chapitres anecdotes et obscurs, mais quel est le héros qui n'a point de taches?

Le Hoi va passer deux jours à Chantilly, et M. le Cardinal y sera un jour; ce voyage politique fait bien raisonner, et peut-être se passera-t-il dans la forêt pour lapins trrande partie. M. le garde des sceaux va àCrosbois jouir de sa gloire de ministre étranger, qui est à son comble et qu'il mérite bien. Si la guerre se passe sans guerre, et (jue l'élection soit pour nous, ce sera une grande victoire. La division est dans le camp janséniste, ilsécrivent les uns contre les autres; ils ne peuvent s'accorder sur les convulsions, qui durent toujours sans qu'on ait pu encore trouver leur vrai père; il parolt un écrit sur les difficultés du concile, et on ne sait encore s'il tiendra; il seroit beau d'y renoncer, comme on a fait à l'invasion de la Pologne.

M. Paris l'alné est mort en Lorraine, d'une goutte remontée, et bien des gens voudroient qu'il fût mort plus tôt. Nous n'aurions pas vu ces étranges opérations qui ont calculé toutes les fortunes et les ont réduites en zéro.

Je ne sais à qui en veut M. l'évéque d'Aulun ; il a, sur (le simples mémoires, enjoint aux habitants d'Arnay-le- I)ncde démolir le banc de leur seigneur, après trois publications, comme nuisant au service divin : et ce seigneur ♦•si .M. le prince Charles, à qui il n'a pas fait la moindre honntlclé et dont il a mal reru les officiers quand ils ont été se plaindre à lui. Je vous en dirai davantage' une autre fois. Celte action e-^l des plus singulières, et ce prince ne méritoil point a.ssurément une pareille insulte. Je

voudrois que vous fussiez de retour à Dijon; en attendant je vous embrasse de tout mon cœur.

Lettre XXLV,

A Paris, ce 20 août 17^,

11 y a eu, Monsieur, asseniljlée des Chambres le 18 sur l'affaire du procureur duKoi; 21 voix pour l'assigner pour être ouï; 12() pour renvoyer c\ la Tournclle : ainsi voilà le procureur du Roi hors d'affaire pour quant à présent , car il peut survenir des charges. Le commissaire a remis l'expédition au greffier, le greffier au secrétaire du procureur du Roi, le secrétaire l'a envoyé à Asniùres, maison de campagne, par un postillon, le postillon, interrogé, dit qu'il ne sait à qui il l'a remise; ainsi la preuve de la soustraclioit ne tombe point sur le procureur du Roi. S'il l'a communiquée et qu'elle ait été déchirée par un grand, est-ce là une prévarication qui mérite un décret? Il est pourtant vrai qu'il y a eu une négligence.

A l'égard de la violée, elle n'a point été décrétée comme accusatrice, mais parce qu'ayant été mal entendue comme témoin, depuis son désistement, elle a rétracté les principaux faits de sa plainte et surtout le viol. Voilà ce qui la regarde, et son procès est fait dans la I" loi ad L. CornvL de falsis. 11 ne s'agit point ici du tout de recolement. Je conviens de vos principes sur l'ordre des faits justificatifs; le Parlement n'y a point contrevenu, mais on ne l'a point gardé dans l'affaire de M. de Lorière, conseiller au Grand Conseil, qui est accusateur à la Tournclle, et vu même temps accusé et décrété d'assign^.'r pour être ouï dans sa compagnie, qui l'a réclamé et qui le traite durement; aussi le mérit(jit-il bien, car son affaire est horrible; mais il faut garder les règles.

A ce que je vois, il y a bien eu des nullités dans l'affaire du V. Girard; il me semble qu'on les a relevées,

518 COHRl SPONDAKCK lISfiDITK.

mais on n'y a point eu d'égards, et cela auroit éternisé Taffaire. Nous n'avons pas encore vu cette procédure , qui sera curieuse, puisqu'elle est entii're.

Je n'ai pu encore voir le troisième tome des Anecdotes de la Couslitutioii. Le défenseur de M'"" Guyon a fait ie jurisconsulte, ce ijui n'est pas son métier, et vous avez raison : elle étoit encore trop jolie après sa petite vérole pour un vilain moine.

Ce que je vous ai mandé du concile s'est répandu partout, et on fait des écrits à ce sujet manuscrits.

Je sais ce qui est arrivé autrefois au P. de Perchambaut, qui ne se rendit pointsur l'usure, qui consultalaSorbonne, qui eut la Sorbonne contre lui, qui répondit à la Consultalion très-mal, et cpii a fait imprimer tout cela à la lin de sa coutume de Bretagne, in-12en 2 vol. Peu de gens savent cette matière d'usure. Collet s'y est abusé, cl même l'auteur de la Pratifjur des billcfs entre les négociants y qui étoit pourtant un homme de la morale sévère. Il y eut bien des écrits alors contre lui, et M. Petitpied, dans ces derniers temps, en a parlé sur les contrats usités en Hollande.

Iai Hoi a été à Chantilly trois jours, où on a bien chassé et joué ; mesdames les Duchesses y étoient, M"'' de Clermont, M. le comte de Clermont, M. le prince de Conti; les autres princesses n'y étoient pas. Le Hoi, en revenant, a vu les ouvrages cpie fait la Ville à la Porte Saint-llonoré, qui a été abattue. On recommence à dire (ju'il n'y aura point df guerre, le tenq)s s'avance; ce[>endant les fermiers généraux ont fait un prêt gratuit de huit millions , et la ville donne (i millions 500, ()()() f. pour des charges sur les ports, dont on lui cède les droits ; il y en a une déclaration du Ki'aoïU, registrée au I\irlement le 18.

J'enverrai le pacjuet à .M. .Martin; j'ai prêté la dissertation A M. .Nou^'t, (jui me la doit rendre incessamment.

Lettre XXX\

A Pari», ce 27 août 4753.

Je dois réponse à deux de vos lettres du li et du 21 aoùt,Monsieur, et je m'en acquitte. Nous n'avons point encore vu le Secret du procès du P. Girard; mais on débite publiquement une lettre du préfet du collège des Jésuites de Dôle au recteur de la maison du Noviciat de Nancy, où il y a un bel éloge du défunt, qu'on donne comme homme faisant miracles et prêt à être canonisé. Dieu paraît dii^posé à glorifier son serviteur : ce sont les derniers termes de la lettre, qui est suivie d'une autre lettre circulaire, autre panégyrique, et de tout cela on croit ici le moins qu'on peut.

Le 22 de ce mois, il y eut arrêt à la Tournelle contre M.deLorière, conseiller au Grand Conseil, qui casse toute la procédure judiciaire , déclare remprisonneinent de Dujardin injurieux, iécruu biffé, condamne M. de Loriére en 3,000 li v. de dommages et intérêts envers Floissac, son fermier, en 6,000 liv. envers Dujardin, î\ donner acte au greffe qu'il les tient pour gens de bien et d'honneur dans huitaine, sinon l'arrêt vaudia acte, condamné en tous les dépens, permis d im[)rimer l'arrêt ; cela fut suivi d'un applaudissement et battement de mains de deux mille personnes, et j'y étois. M. Jol y de Fleury, avocat général, avoit, je ne sais comment, conclu à mettre sur l'extraordinaire hors decour, sauf àsepouvoir à lin civile; ces conclusions n'ont point été approuvées, et déshonorent son nouveau ministère. M. de Loriêre plaida lui-même ce jour-là et plaida mal, et finit par dire , pour se concilier ses juges, (ju'à sa place ils en auroirut tous fait autatit que lui. C'est comme s'il leur avoit dit : Vous auriez été aussi fripons que moi. Le voilà quitte du i*arlement, mais il ne l'est pas du Grand Conseil, où il est accusé de chartre pri-

Page 1