‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XVChapitre 1 sur 9 · DE 1724 A · texte numérisé non relu

DE 1724 A

(Eztraîtt)

ANNÉE n29.

Lellre I".

A Paris, ce 14 Janyier 1729.

J*ai continué^ Monsieur, de lire avec la même admiration et le même contentement l'ouvrage contre le Gros- Jean et me suis souvenu de Tépltre du valet de Marot :

Zon dessus Toell, zon sur le grouin, Zon sur le dos du sagouin , Zon dessus Tdoe de Balaam.

Ce docteur arcadique a été traité comme il a dû l'être par un homme comme vous^

Je ne vois point qu^un Rabelais, Un Hervet, un Saint-Gelais, Voisent écrivans contre lui,

disoit le valet de Marot de son maître, et notre docteur auroit dû savoir avec qui il avoit affaire avant que d'écrire; surtout le catalogue où V Indice des propositions réfutées m'a fait grand plaisir, et voilà une Constitution juridique qui ne trouvera guère d'appelants.

J'ai la aussi le plaidoyer ou Mémoire de M. de Varennes le jeune dans l'affaire de Y Impuissance , et je l'ai trouvé solide, éloquent et plein de bons principes. Je suis persuadé à présent qu'il y avoit abus dans le chef qui avoit ordonné la visite du mari, puisque le mariage n'étoit point consommé, et que c'est un article de foi de croire qu'en ce cas il est permis à la femme de se faire religieuse. Il faudra donc charger notre Credo de cet article, qui , dans la pureté, n'est pas trop pur.

Il est surprenant, comme vous dites fort bien, que les Loysel ni les Pasquier n'ayent point parlé du Recueil de Spifame, et que celte sorte de révélation nous ait été réservée après deux cents ans. Grâce à M. Brillon , cette anecdote auroit duré peut-être encore autant, mais il faut qu'il y ait des docteurs arcadiques qui réveillent les critiques, et qui instruisent le monde. Peut-être ce livre fut-il si méprisé dans son siècle, qu'on ne daigna pas le relever. Je ne sais si M. le Chancelier en sait l'histoire , mais je ne veux pas qu'il l'ignore.

Vous serez bien aise de savoir qu'aujourd'hui ik janvier, après trois ou quatre audiences au Châtelet, M"" de Sainte-Maure a été admise à preuve contre son mari, qui lui a fait toutes les chicanes imaginables. Il la obligée de répondre chez M. le lieutenant civil pour dire les causes deson refus de retourner avec lui. Elle disoit: «mes causes sont expliquées dans ma demande en séparation » et lui, il vouloit l'obliger de retourner encore chez M. le lieutenant civil, pour entendre ce qu'il avoit à dire à ces causes. Mais tous ces tours et retours ont paru des fuites, et la preuve a été admise. M. Cochin a très-bien plaidé pour la dame, qui est ma cliente et mon amie, et il a rap-

porté une lettre du mari^ sur laquelle il auroit pu demander la séparation sur-le-champ^ comme elle fut jugée autrefois contre M. d*Effiat.

On m^a assuré que notre ribaud a ordre de se défaire de sa charge, aussi bien que M. de Vougny et M. Desbonnelles, qui seront les assistants. Us n'ont pas pourtant» comme lui, dénaturé des tapisseries et des endossements ; mais l'un a eu un mauvais bruit sur un homme mort dans sa cave, et l'autre a bien fait des siennes, du règne de M. D. Il faut se rendre encore plus certain de cette nouvelle, c'est un de leurs confrères qui me Ta dit.

Je n'ai point vu l'édition des Poésies de MM. Huet et Fraguier ; ce dernier a donné, dans le 4* tome du Recueil de TAcadémie des belles-lettres , un discours sur V Ironie de Sacrale^ sur son démon et sur ses mœurs , où il donne un petit coup en passant à Despréaux pour avoir dit de Socrate qu'il étoit :

Trop équivoque ami du jeune Alcibiade,

et il me semble qu'il le justifie très-bien de la pédérastie dont il étoit soupçonné, hors qu'il fait entendre que ce philosophe s'y prenoit avec les beaux garçons à peu près comme le fondateurdeFontevraultavec ses religieuses (1). Et je ne sais si le défunt abbé n'auroit pas un peu mérité le reproche que l'on faisoit à d'Assoucy :

Cest dommage que dans Paris Ces messieurs de l'Académie, Tous ces messieurs les beaux esprits Soient sujets à telle infamie.

(1) Le 24 janvier, le président Boahier répond avec une liberté qai donne une idée de Tesprit, de Tagrémcnt et de ia hardiesse de ces conversations épistolaires, entre magistrats et avocats lettrés {sermo decinctus), et da perpétuel sourire qui animoit leur savante gravité. « Comme vous « Tavez remarqué, il {Vabbé Fraguier) y justifie fort bien ce philosophe « (Socrate) du soupçon de pédérastie, et il n'a pas oublié la plainte que ^ faisoit Alcibiade de n*avoir pu le faire succomber à son désir. Mais ce qu'il

Ne diroDS-nous pas un petit root de la ConstUulion ? Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours leur train, malgré les défenses; il en a paru une sur le Mandement de notre cardinal, qui est bien écrite, où il y a plusieurs faits singuliers qui passeront à la postérité. Les jansénistes donnent aussi leur Supplément aux preuves de la liberté de l'Église gallicane; c'est une liste très-eifnuyeuse de lettres de cachet et d'autres menues histoires de curés et de moines, où on s'intéresse peu. Je viens de voir, dans les Nouvelles du 25 novembre, qu'un capucin de Menin a dit en prêchant : « Si Jésus-Christ disoit qu'il a fait des miracles pour les appelants, je lui répondrois qu'il en a menti. Si Jésus-Christ disoit que le pape n'est pas infaillible, je lui répondrois quil en a menti et qu'il détruit sa religion. » Voilà un capucin aussi brave que le P. Valérien^ qui disoit: SJentiris impudentissime (1).

On a accordé la grâce de celte femme adultère pour être déchargée de la peine d'être rasée et enfermée. L'histoire de la femme du lieutenant civil Ruzé v a servi : nous allons entendre de beaux cris du mari ; mais il a été payé par le galant, et il a les biens de la femme qui Va fait cocu. Cela ne suffit-il pas?

u y a de plaisant, c*est qu>n traitant celte matière, le bon abl)é ait |)aru « ignorer la difrércnce que faisoient les lois pour Tinfamie , entre Vagent et « le patient^ et ne se soit pas souvenu <Je notre lloraco, qui se croyoit fort «« pudique parce qn*il avuil évité dans sa jeunesse le deruicr de ces écueils. •• (1) n Je ne sais si vous savez, écrit Uouliier le 2'i janvier, que notre grand « courrier, qui va de Lyon à Paris ^ avuit éié arrêté il y a un nmis et mis « à la Bastille comme poi leur des MmtVfUes ecclésiastiques , qu'il a\(»it « reçues <i*un libraiii> de Lyon, et qui ^Mnlpriment à Genève. On Ta condamné « à un an de IkiNlille, et ce nVst pas un ^land mallieur pour lui de ne point M courir lar le temps qu'il fait. Il tsl >urpr nant que cela n^ait point sus|)endu « un instant le ctuiis «!es IKourel/es ecd(^sins(t(/ites. Cela piouve qu'elles « sMnqirimt'Ut en diirérents eudioits el (pie leur auteur est hors du ro>aume. « On reroit pcul>-ètre aussi bien do les laisser aller leur train : Plus on b s «< défendia, plus on les recbercherarCo qui y est dit du capucin de Menin n'a « guère de vraisemblance. Mais cela est toujours bon pour faire rire les anti- » constitulionnaiies. •>

Letlre IP.

A Paris, ce 29 jaiiTler 1729.

Le Docteur arcadique n'est point de moi^ il est de Marot» ou de Charles Fontaine^ dans Tépitre à Sagon. Je de vois bien, Monsieur , ajouter les autres vers après le Zon, etc.

Ah! vilain, vous petez d^Ahan, Le feu Saiot- Antoine vous arde !

Çà, ce nez, que je le nazarde !

Pour Rapprendre avecque deux doigts A porter honneur où lu dois.

Enflez, vilain, que je me joue ; Sus après, tournez Fautre joue ; Vous criez, je vous ferai taire; Pardieu , ^K)n8ieur le secrétaire^ De beurre frais : Hors le mâtin!

Je me réjouis véritablement à copier ces vers qui sont comiques et satiriques, et qui viennent si bien à votre affaire. J'y ai remarqué que Rousseau* en a profité dans des couplets^ et je ne sais comment^ pour cette pièce seule , on n'a pas mis Harot au nombre des poètes satiriques ; il la fit sous un nom emprunté^ comme vous Tavez fait.

La sentence de M"^ de Sainte-Maure fait grand bruit. Les gens du roi ne se sont opposés à l'expédition de la sentence que parce que la communication de l'affaire leur a été refusée après l'avoir requise, et il y a arrêt qui reçoit le mari appelant et qui ordonne que sur les défenses demandées on en viendra avec les gens du roi , toutes choses demeurant en état jusqu'au samedi, qui est aujourd'hui. Cette communication n'est point d'usage, avant l'enquête, mais après l'enquête seulement, et même l'ordonnance 1667, au titre des EnquéleSj ne dit point qu'elles seront communiquées aux gens du roi;

elle veut, au contraire, que ces matières soient promptemenl expédiées. C'est une nouvelle querelle que Ton fait à M. le lieutenant civil, qui vient secrètement de M. le prévôt de Paris, qui est venu à une des audiences et non pas aux dernières. Cet usage a-t-il lieu chez vous dans les séparations de corps ou dans celles de biens? Si, avant ma lettre finie, il y a quelque chose de réglé, je vous le manderai. Il n'y a rien d'imprimé encore, mais on ne s'en tiendra pas. Je voulois épargner ce plaisir au public, qui rit de toutes ces causes.

Le ribaud n'a point ordre de se défaire : on me l'a voulu blanchir en disant que la tapisserie en question a été achetée à la vente <le Le Blanc par M. de Bournonville (Moret ) pour 9,000 francs payés comptant, et qu*il a cédé son marché au ribaud, qui Tachez lui; mais je trouve que c'est ce qui le noircit, car, étant commissaire, il ne devoit point faire ce marché suspect. La tapisserie vaut, à ce que l'on dit, 25,000 francs, et ce M. de B., son collègue, est entré avec lui dans d'autres affaires, où ils ont trompé M"*' Frondât, fille de M°* Dhonneur, votre amie, et je vous dirai sur cela que la jeune veuve vous ayant nommé, en me contant un procès qu'elle a, où j'ai autrefois travaille du vivant de son mari, je l'allai embrasser très-vivement à votre nom, et depuis nous avons bu ensemble à votre santé. Comme elle m'avoit parlé du B. , qui Ta voit trompée avec le ribaud, et que justement j'ai retrouvé ce nom dans la tapisserie, voyez si, en bon critique, je n'ai pas pu dire : Voilà mes deux fripons? et zon sur Vœil, zon sur le grouiriy etc. Le monde dit que les 9,000 francs n'ont pas été donnés par le B., mais par les héritiers de Le Blanc, qui cherchoient à s'attirer le commissaire. Qu'en pensez- vous?

En ce moment, on m'apporte un cahier de 26 pages in-4', imprimé à Paris et publié par M. l'archevêque d'Embrun. La T* pièce est une lettre à M. de Senez, du 3 janvier 1729, où il l'ijivite d'accepter de suivre l'exemple

du cardinal de Noailles, puis il répond à la lettre d'un anonyme qui a fait plusieurs remarques contre les Actes du concile (je n'ai pas vu cette lettre). Ces remarques ne paroissent pas tant sottes ; et enfin il dit qu'il ne cesse de demander à Dieu le retour de M. de Senez, tous les jours par ses prières : et ne craint-il pas qu'on lui dise que ses prières ne sont pas trop bonnes, puisqu'elles ne sont pas exaucées? La deuxième pièce est un bref du Pape à M. d'Embrun, où le Saint-Père dit qu'il voudroit faire beaucoup de choses pour lui et en trouver les occasions, mais que sa récompense est dans les mains du prince des pasteurs. Cela veut dire : vous serez cardinal en l'autre monde. La troisième pièce est une lettre de la supérieure c3e Gaslellanne aux autres communautés de son ordre, où elle leur marque son acceptation et son changement. Là <]uatrième est une sentence de Tofficialité de Senez, contre le S^ Etienne De La Porte, prétendu grand-vicaire de l'évéquede Senez, qui le condamne à trois ans de prison et à des jeûnes, et qui l'excommunie dans toutes les formes : mais ils ne le tiennent pas et il fait bonne chère, pendant que la sentence le fait jeûner au pain et à Teau. La cinquième est un acte du chapitre de Senez, portant désistement de l'adhésion à rappel du cardinal de Noailles, que le cardinal a lui-même révoqué. La dernière est une ancienne lettre, du 4 janvier 1728, de M. d'Embrun à M. de Senez, où il parle beaucoup du procès de confidence et simonie, et je ne sais pourquoi il réchauffe ce plat qui avoit été levé et à. quoi on ne songeoit plus. Ce recueil eût été, excellent sans cette redite , qui ne vaut rien quand elle seroit bonne.

Le Parlement vient de donner un arrêt et le cardinal un mandement pour nous faire manger des œufs ce carême. Cela a été fait pendant la gelée, le dégel est venu et les œufs nous sont restés. Le cardinal ne parle plus de la paix de l'Église dans ses mandements, afin qu'on les publie.

8 CORRESPOJNDAINCK INÉDITE.

Votre courrier qui portoit les Nouvelles ecclésiastiques étoit bien hardi. On a arrêté deux ecclésiastiques de la paroisse Saint-Gervais ([ui en débitoient; ils en ont été trouvés saisis; on les appelle Tabbé Ferlant et l'abbé Failly : celui-ci neveu d'un des avocats qui a signé la Consultation ; ils sont à la Bastille. Le lendemain, il y eut une Nouvelle où leur emprisonnement étoit marqué. C'est le diable qui s'en mêle (1).

Il est plaisant que l'abbé Fraguier ait ignoré une matière qu'il devoit savoir, mais s'il ne savoit pas les lois, au moins il devoit savoir Horace. La critique est fort bonne, et mériteroit d'être entre les mains de quelque Bayle pour en faire usage. Je vous enverrai la copie des lettres de la femme adultère; elles sont scellées, enregistrées à Bayeux, et cela sera bon à joindre à l'Histoire de la femme du lieutenant civil Ruzé. Je n'ai pas encore vu les Discours sur M. de la Monnoye, je vais les avoir sur votre parole, puisqu'ils parlent bien de nos deux amis (2).

(t) Boaliici' répond, le 11 lévrier, sur ces divers points : « J'admire votre « patience de pouvoir lire tous ces écrits polémiques, pour et contre la Gons- " titution. Pour moi, je n*en saurois soutenir la lecture, et je dirois volont tiers à tous : « Zon sur Vœil, zon dessus le grouin. Croyez- vous, de t)onne « fui, que l'invitation de M. d'Embrun fasse grand eiïet sur M. de Senez? Voilà •■ des paroles perdues. J'aime assez ce que dit le Saint-Pèrc à cet archevêque : •< que sa récompense est entre les mains du prince des Pasteurs. 11 se seroit « bien passé de fournir ce prétexte aux plaisanteries de ses ennemis, tant en « publiant celte lettre qu'en renouvelant Tliistoire du procès de la confi- M dence

» Il y a longtemps que nous sommes en possession des œufs en carême. M Je suis bien aise que vous soyez associé au même privilège. Sans cela, je

« crois que le carême alloit s'abolir insensiblement en votre ville Je serai

« fort aise d'avoir les lettres de grâce de la femme adultère. Voilà bien de « quoi confirmer Tancien dicton de nos docteurs que n hodie in Francia adul- « terium reputalur industria. »

(2) Itoubier avoi^ écrit le 24 janvier : « J'ai recula dernière poste, le Discours n de l'évêquc d* Angers à l'Académie et la réponse de l'abbé de Rotbelin. J'ai « été fort content de la manière dont Pun et l'autre ont parlé de notre ami la « Monnoye et de M. Bayle à son occasion. Car c'est sans doute lui qu'on a H voulu désigner, en parlant du plus fameux critique de notre siècle. »

LETTRE IIP. 9

M. Bouret va être charmé de votre souvenir, et vous écrira quelque belle lettre gratulatoire.

Arrêt du 29 janvier 1729 (samedi) qui ordonne que 'es parties en viendront à vendredi sur les défenses, et cependant la sentence en sera délivrée, sans préjudice des droits de ceux qui ont porté opposition à son expéditioi:^.

Lettre IIP.

A Paris, ce 2 de mars 1729.

J'ai été distrait, Monsieur, par bien des sortes d'occupa- ^^c^ms qui m'ont empêché de vous écrire, et qui m'ont ôté * agrément de ma vie. L'affaire de M™* de Sainte-Maure a ^*^^ plaidée sjjr l'intervention des gens du Roi, qui de- *^ ondoient la nullité de la sentence qui admet à preuve , rce qu'on ne leur avoit pas communiqué après Tavoir quis; l'arrêt met sur l'intervention hors de cour, sauf ^ donner leurs mémoires à M. le Procureur général, et % a dit qu'au surplus les parties en viendroient à un ois, toutes choses cependant demeurant en état, et cette ^tite queue de l'arrêt a arrêté la preuve ; on plaidera carême l'appel de la sentence qui l'admet. Les gens u Roi, de leur côté, font leur mémoire pour avoir un ^glement, et selon votre usage ils l'auroient , mais cela & mporte peu à la dame : son mari n'a point reparu ici, ^it je ne sais si son père est bien pour elle. Ce sont d'é- ^ ranges affaires que ces brouilleries de ménage, car 1^'arrèt, qui a débouté la femme ne la remet pas à son mari.

Samedi dernier se plaida pour M"* d'Hautefort à la

^ournelie et j'y étois; j'en sais bien mieux le conte,

iDème je pensai y être étouffé. Toute la cour étoit là d'un

côté et rien de l'autre, que la mère et la fille et la vérité

que l'on cherche. M. Aubry fit une narration assez

précise. Il en est resté au jour de la mort du oomtc d^Hautefort, où la cassette fut apportée, au moment quMl avoit 'perdu connoissance, par un valet de cbambn infidèle qui devoit l'apporter plus tôt et qui la livra au M. d'Hautefort d'aujourd'hui. On tira les clefs de la poche du mourant^ où on fut une heure, et c'est là qu'a été trouvée cette enveloppe fameuse à moitié brûlée, écrite de la main du comte, qui fait mention de son contrat de mariage, de son testament et du certificat de célébration.

11 y a des témoins des premiers faits; le dernier est dan* une révélation non signée, par un homme qui dit qu'il ne peut dire son nom parce qu'il craint d'être assassiné, et qui a joint cette enveloppe brûlée. On n'a pas pu, sui vant l'ordonnance, donner son nom et son domicile, puisqu'il ne s'eçt point nommé, mais il s'est nommé i d'autres; grande question, de savoir si Ton peut de mander à faire entendre ceux à qui il s'est nommé, aûr que la justice, instruite du nom, puisse suivre l'ordon nance et rechercher la vérité, l'enveloppe par elle-même ne marquant pas le temps où elle a été décachetée e brûlée. Dans les audiences suivantes, il faudra expliquei ce qui s'est passé depuis la mort, les lettres écrites par h mère et la fille, où elles ont dénié le mariage, les opérations qui se sont faites à Laval , lorsque la fille y a été; h recherche de l'acte de célébration qui s'est trouvé, leî procédures criminelles faites par-devant le juge de h pairie de Laval, par M. de Hautefort en faux principal les informations pratiquées, à ce qu'on prétend, par des émissaires présents, le décret de prise de corps sani fondement légitime, la capture faite à Paris, le 15 fé vrier 1728 à quatre heures après midi, la chartre privé< jusqu'à huit heures et demie du soir, les chevaux pris < la poste pour mener une personne en Normandie ave< passe- port, Tévasion surprenante de la nuit du 15 févriei à Néaufle, le procès-verbal de perquisition fait, non pai rhuissier qui avoit fait la capture, mais par un exemp

LETfRE III*. I

du guet, qui s'est dit porteur d'un ordre du Roi qu'on ne montre point, et cent autres faits plus intéressants, et qui mériteroient des Cicéron , pour les déduire avec la force et l'éloquence convenables. Tout le public est attentif à cette affaire. Les grands ne sont pas clans le cœur pour celui qu'ils accompagnent avec tant d'ostentation^ mais il faut des preuves aux juges. Ici je vous fais une autre question. Le juge de Laval, qui est un juge de seigneur, a-t-il pu informer d'un faux principal? N'est-ce pas un cas royal, et principalement quand il s'agit de la fabrication d'un acte de célébration de mariage, que l'on prétend avoir été inséré subtilement dans le registre du greffier royal? L'ordonnance permet bien à tous juges de coDnoltre du faux incident (art. 20, til. I", 1670), hors aux consuls et moyens justiciers. Tous juges n'ont donc pas le faux principal, et comme Tordonnance ôte aux art. 11 , lit. I*% et hautes justicières la connoissance des cas royaux, dont quelques-uns sont expliqués Qt dont les autres sont dits expliqués par les ordonnances et règlements, ne doit-on pas rechercher la nature du faux principal? Bornier le croit cas royal et rapporte un arrêt de 1667, qui en donna la connoissance au lieutenant criminel, au préjudice du prévôt. Mais je voudrois avoir quelque autre autorité. Le procès-verbal de l'ordonnance criminelle est merveilleux , sur cette matière en général; mais je cherche du particulier et du spécifique^ et je crois que l'acte dont il s'agit, intéressant le public et l'état du mariage et un greffe royal, est cas royal.

Nous allons voir de belles affaires sur la succession du ducdeSuUy.Lemarquisde Béthune-d'Orva/, quiestau huitième degré eten lignedirectedecelui pour qui le duché est érigé, rencontre en son chemin l'abbé d^Orval, son grandoncle, qui estau sixième degrés il est l'héritier; qui aura le duché des deux? L'abbé descend aussi en directe et est plus proche du premier duc qui est son grand-père.

mais le marquis descend d'une première femme de François de Bélhune, second fils de ce premier duc (Catherine de Caumonl), et l'abbé ne vient que de la seconde (Anne de Charville). Est-ce là la question de Toncle et du neveu, dont Henri iV disoit au cardinal de Bourbon^ qu'il Ja pourroit gagner au Chàtelet, mais que le Parlement la lui feroit perdre? L'article k de Téditde 1771 explique les termes et ayants cause, et les étend à quelque ligne et degré que ce soit; l'article 7 parle du remboursement, mais c'est lorsque le duché tombe à des filles. El ce n'est pas ici le cas. Le marquis aura-t-il le duché comme linéaly sans rembourser? L'abbé l'aura-t-il comme héritier et plus proche du premier duc? Aura-t-il au moins le remboursement dont Tédit ne parle pas? Voilà bien des questions pour ce carême^ et nous ne voyons point de jubilé.

Les fanatiques commencent à interrompre les prédicateurs. Cela est arrivé dimanche aux Nouvelles Catholiques; on cria à l'hérétique, et la maréchale de Noailles emmena le prédicateur dans son carrosse afin qu^on ne l'insultât point.

Lettre /P.

A Paris,' ce U mars 1739.

Je sais. Monsieur, le contraire de l'anecdote que le mari a débitée; il est vrai qu'il y a eu des temps de déni, mais ils étoient nécessaires ; c'est un homme qui ne dit point la vérité en cela ni en autre chose (1), et qui a si peu

(1) Marais était bien Vavocatdes femmes. On s^élonne et on suiirit du feu avec lequel il dénient te propos de M. de Sainte-Maure, mari de sa cliente, quand on sait quel était ce pro|)os. Boiihier avait écrit, le 8 mars : « Le mari n a dit ici une chose bien singulière. C'est que Madame sa femme n'a point <« encore voulu coucher avec lui, depuis son mariage. Certes, le cas est rare. n Vous qui aimes les anecdotes, en voilà une curieuse à éclaircir. »

de considération , qu'ayant fait impri.mer un grand Mémoire pour les droits de sa charge, où il a attaqué grands et petits, personne ne lui a répondu, et le Mémoire est demeuré dans les bibliothèques. Je ne sais si vous Favez dans la vôtre, il est bon à garder.

Je vous rends grâces sur les éclaircissements du révélant anonyme et faux principal. Cela sera mis en bon lieu. L'arrêt d'Angers est dans l'édition de Bornier de 1694, où les additions sont grandes et amples ; il n'est point dans celle de 1678 que j'ai. On l'imprime encore actuellement avec des additions nouvelles, et dans la précédente édition, on s'est avisé de mettre à la marge de l'article 29 du titre T*^ que Bornier s'est trompé en mettant létaux principal au nombre des cas royaux; mais je suis persuadé que c'est ce dernier auteur qui s'est trompé lui-même. On plaida mercredi pour la dame, on plaide encore demain. M. Aubry fait merveilles et Paris est bien étonné de tous ces faits nouveaux qu'il ne savait point; H. de Maurepas y est venu en personne.

Fallait-il là montrer son nez ?

Mille brocards se sont donnés, Bons et mauvais, de toute espèce, r.a plupart emportant la pièce.

Il n'y a point encore de mémoire de la part de la dame. On doit expliquer demain la procédure de Laval, où on prétend qu'il y a d'étranges corruptions de témoins, et mettez avec cela le faux principal non compétent; que va devenir cette procédure? Le registre de la poste où étoit le passe-port pour Normandie n'a point été communiqué ni compulsé, mais MM. les gens du Roi se le feront donner apparemment. M. Aubry a fort bien dit qu'on ne faisoit que bégayer l'année passée.

Je ne sais rien du prédicateur des Nouvelles Catholiques, sinon que c'étoit un père de l'Oratoire, qui parloit de l'amour de Dieu. L'aventure de Saint-Benoit a été plus

14 CORRESPONDANCE INEDITE.

forte ; Auclet, savetier de la Constitution , a interrompu les conférences ; il a fallu les suspendre parce qu'il est revenu encore un autre jour, et on a craint le scandale. Le curé le fit venir chez lui, et lui demanda s'il savoit le latin. Il dit qu'il en savoit un peu, et il lui donna à expliquer : A^e sutor ultra crepidam, ce qui le fâcha fort. Il y a plainte contre lui au Parlement, M. Pucelle est chargé du rapport. Mais en voici d'autres : on a répandu dans le public deux libelles des deux partis; l'un moliniste, où on ne parloit pas moins que de renouveler la Saint- Barthélémy, l'autre janséniste, où on s'adresse aux plénipotentiaires assemblés à Soissons, pour leur dénoncer la doctrine des Jésuites. €es deux libelles ont été condamnés à être brûlés par la main du bourreau, par arrêt du 8 du mois de mars, sur le réquisitoire et le plaidoyer de M. Gilbert de Voisins, et l'arrêt a été exécuté le même jour. Vous noterez que le premier libelle étoit attribué à un avocat. Notre b&tonnier s'est plaint et a parlé ; mais l'arrêt n'en dit rien, et M. le premier président, à qui on ne s' étoit point adressé pour cette dénonciation, a dit à nos députés qu'ils avoient de bons titres pour se défendre du soupçon de cet écrit.

Le cardinal de Noailles a donné une ordonnance où il révoque celle du 12 novembre 1716, où il avoit ôté les pouvoirs aux jésuites; il compte sur les paroles qu'ils lui ont données, de respecter les évêques, de suivre les avis de saint Charles dans l'administration de la pénitence, et la doctrine du clergé dans l'assemblée de 1700 ; voilà un grand adoucissement. On a dépoudré les confessionnaux et ôté les araignées dont parle Philotanus, et tout est entouré de dévots et de dévoles. Mais on n'a point encore revu de prédicateurs; ils paraîtront sans doute au jubilé, que nous aurons le quatrième dimanche de carême.

C'est le marquis de Boudeville, Normand, fils d'un inspecteur de cavalerie, qui a déclaré son mariage avec

1^ marquise de la Ferté; il est fait il y a cinq ans. La petite Livron est dans un couvent proche la Lorraine; le 'ïiariage a été rompu ; la mère avoit quitté son amant pu- 1>1 iquement et Ta repris de même depuis huit jours ; c'est ttxie folle (1) i

Je viens de perdre une bonne amie, fille de H. de BoulainvillierSy sœur de H*"^ de Rieux; elle étoit femme de M. delà Boissière, lieutenant du Roi de Dieppe^ neveu du P. de la Boissière de TOratoire ^ âgée de trente ans, ai-? mable^ spirituelle^ et la rougeole Fa emportée en six jours. Elle s'est obstinée contre les médecins, par des principes de son père, et n^a point voulu se faire saigner, et la voilà morte; son mari n'y étoit pas. Je suis très-affligé. 16 n'ai point vu la Bibliothèque de Tabbé Leclecc, je la chercherai. J^aimebien qu'il aille vous donner un nom oublié depuis trente ans ; il a beau parler contre Bayle, il aura peu de partisans (2).

Je vous ai trouvé dans la préface des Quêtions alphabiiiques de H. Bretonnier et suis bien aise de vous trouver partout (3). Bonjour, Monsiettr^Je m pais trop vous dire la joie que j'ai de- recevoir de vos lettres. J'y réponds sur^ le-champ, eiiquitte toutes occupations^ pour le faire.

(1) BoDbier répond à ces deuiquostioosde Mêrais<8 mars).

« Mai» à propos de prédicateurs, que dites-yous des jésuites qui viennent m de rentrer en grftce aùpr^s du cardinal de Noailles, et d'être rétablis dans « la prédication et la confession dans PaHs? Qoelle joie pour la société, quel « eoap de foudre pour ses adversaires ? Il vovs.en reviendra sans doute quel- « que chansonnette que vous ne nous laisseriez pas ignorer. Voilà aussi de « qnoi t)ien orner les Nouvelles ecclésiastiques.

« Je ne sais qoi est celui qu^a épousé la marquise de la Ferté. C^étoit m sans donte un mariage commence depuis longtemps. Mais. à propos de celui « de M"*^ de Mortagne^ qu^est devenu celui de la fille de votre bonne amie, « M"*' de Livron? j*ai peur que vous n'ayez perdu de vue cette dame. »

(2) An devant, do nouveau Richelel de Lyon. Ce irom était celui de Savigny, que le Président avait porté dans sa jeunesse.

(3) Bouhier remercie assez ironiquement le docte auteur de sa bienveillante mention. « Afez-^ous pris garde, écrit-il le *>.{ mars, à cette plaisante bévne qu'il a faite, en prenant Capella Tholosana pour un auteur .'

te œRRRSPOM)ANCE LNÉDITK.

Lettre P.

A Puis, ce 29 marf 1729.

L examen philosophique de la poésie n'est ^ à ce qu'o dit, qu'une brochure qui ira bientôt à la voierie des bi bliothèques. Ce M. Rémond, dans ses Nouveaux Dialogue des dieuXy m'avoit paru sophiste. Je crains bien qu'il le soit encore.

On continue de plaider demain l'affaire de M. d'Hautefort. Ilya deux grands If f moires, l'un de M. Aubry pour la^D"* de Kerkabu^ l'autre de M. Cochin pour le Marquis. Ce dernier est écrit avec une force surprenante, et il semble qu'il ait la vérité pour lui, quoiqu'il ne l'ait pas. L'autre est plus déclamé et plus abondant en faits et en paroles. Je vous en garde un de ce dernier, si vous n'eu avez point d'ailleurs, et pour celui du Marquis, il ne vous sera pas difficile d'en avoir. On a cité l'avis de Chopin sur le cas royal, il a été réfuté; la citation eût pu être plus étendue et plus appuyée, mais nos orateurs craignent d'être jurisconsultes. Il y a un arrêt qui permet de faire entendre les témoins qui ont ouï parler du révélant anonyme. Cette dernière information décidera; enfin tout est préparé pour juger samedi, et M. Gilbert parlera deux jours. Dieu sait les belles sollicitations de part et d'autre !

La grande affaire du duché de Sully a été décidée au Conseilj des dépêches pour M. Béthune, contre l'abbé d'Orval, qui ne devoit pas espérer de réussir dans cette entreprise. Je n'ai point encore les mémoires. II y aura une déclaration du Koi, en explication de l'édit de 1711, sur le cas où l'héritier se trouve plus proche du premier duc et du dernier successeur, sans être de la branche ainée. La question du remboursement y sera décidée apparemment, et si l'on rembourse aux filles, pourquoi non aux mÀles?

J'ai appris au Palais aujourd'hui qu'il y a une 3* Con* su/laf ton d'avocats^ signée de plus de 50, au sujet de H. de Senez et de son grand-vicaire, H. de la Porte : elle doit paraître au premier jour ; il y a aussi un écrit qui répond à l'avis doctrinal des évèques. Le savetier est hors de la Bastille. Nous ne verrons jamais de ffn à cette malheu* Teose dispute.

Je n'ai point encore vu la Bibliothèque de Tabbé Leclerc ^ on me Ta promise; je ne sais où il m'a fourré, je l'aime puisqu'il aime la vérité (1) .

Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur. M. de Honchesnay est à Paris à la suite d'un procès de finance où il n'entend rien, et il pourra bien faire quelque satire contre ses juges sUl le perd.

Je lui apprendrai qu'il est dans la Bibliolhique de l'abbé (2).

Arrêt du 2 avril 1729 dans la cause d'HauteforL

La Cour reçoit la partie de Cochin appelante, en adhérant à ses premières appellations; faisant droit sur les appellations et requêtes respectives, sur l'appel comme d'abus du monitoire, dit qu'il n'y a abus ; condamne l'ap* pelant (H. d'Hautefort) en l'amende et aux dépens.

Sur l'appel delapartie d'Aubry (M"* Kerkabu] des procédures du juge de Laval, admet l'appellation, et ce émen-

(1) « Vous (ent bien, écrivait Boubier, le 4 mars, de pareourir la Biblio» « thique de l*abbé Lecterc. Vous y êtes citéea deux ou trois endroits . 11 y a « par-ci par-là des faits assez curieux, entre autres sur les brouilieries et di- « veraités de sentiments sur la grAce entre MM. Arnaud et Nicole. Il possède t parfaitement Thistoire anecdote de ce parti, et il démasque fort bien Top'» ■ position de sa doctrine avec celle des thomistes, auxquels ils (les Jansénis-

• tes) affectent aujourd'hui si fort d'être attachés... Vous serez étonné de voir •I dans sa Bibliothèque M. de Losmede Monchesnay. Comment êtes-vous avec

• lai présentement, et ne vous envoie*t-il point toujours quelque épigramme «de sa façon?»

(2) Le président ignorait le prénom de Monchesnay et le demande à Marais. Il s'appelait Jacques,

le œRRESP07iDANC£ INÉDITE.

dant^ déclare toute la prooédare nulle^coadamoe la paA*tie de Cochin (Hautefort) en vingt mille livres de dommages

et intérêts envers la partie d'Aobry ( Kerkaba ) et aox dépens.

Et en i^OOO fr. envers la partie de Laverdy (coré de Saint-Quentin ) et aux dépens.

Sur l'appel de la partie de Cochin de la procédure extraordinaire faite au Cbàtelet^ à la requête de la partie d^Aubry, met rappellation au néant, et ordonne que ce dont est appelé sortira eiïet, et que la procédure sera continuée jusqu'à sentence définitive inclusivement, sauf l'appel en la Cour, et à cet effet les informations et autres pièces qui sont au greffede la Cour, seront reportées auCSiàtel^

Que dans trois jours la partie d'Aubry remettra au greGTe de la Cour les dix-huit lettres, la quittance de dot et le mémoire joint pour en être fait description, ensuite pwtées au Chàtelet et jointes au procès pour en être faite la vérification aux termes de l'ordonnance 1670 (titre 8); faisant droit sur Fopposition de Tappel d'Aubry» au compulsoire, fait chez un notaire, déclare le compulscHre nul avec ;dépens ( c'est le compulsoire du contrat de mariage) ; faisant droit sur les conclusions du P. G., les mémoires ont été imprimés , les informations demeureront supprimées.

Je ne puis rien ajouter. Monsieur, à un arrêt si grande si solennel, et qui a été rendu à la face de toute la France et de toute l'Europe, car, outre toute la Cour en seigneurs et en dames, qui accompagnoient M. d'Hautefort, il y avoit cinq ambassadeurs de différentes nations qui ont été témoins de la fermeté et de la justice du Parlement. Il est assez beau d'avoir ordonné 20,000 francs de dommages et intérêts, d'entrée de jeu, et d'avoir renvoyé au Châtelet pour faire le procès. Quelle affaire, quelle entreprise et aussi quelle justice ! Je vous parlerai une autre fois plus au long. Je suis dans une grande joie et je crois. Monsieur, que vous y prendrez part.

LETTRE Vil*. 10

Lettre Y¥.

• arrtl 17»

Je VOUS ai envoyé, Monsieur, Tfi^rèt d^Hautefort, que je crois qui vous a fait bien aise ; j'ai mis qu'elle déposeroitlesdix-huit lettres, mais cela n'y est pas et n'étoit que dans les conclusions. M. Gilbert a fait une action merveilleuse^ mais un peu conservatrice du droit des deux parties^ ce qui n'a pas plu j^ laTournelle, qui n)a point marchandé. On ne parle que de cet arrêt à la Cour, à la ville, dans le Ministère, etc. EtsiM""* la duchesse d'Aumont n'étoitpasaccouchéejus^em^entle lendemain de Tarrèt quilui donna les premières dpuleijii^, on aui'oit été incon^lâble.

\éà ^Çal^Xqqw^^y^yi^ de M. de Lfiurlère e$t

imprimé ç]bez Lemerçi^, rue saint Jacques, et chez Osr mont, sur le quai des Augustins. Je Tai vu, il y a bien des curiosités^ mais pas tantquejeproyois; ona mis une petite Préface où il est parlé des livres dont, il est l'auteur , et ils ont oublié le, Traité de Vamorti$sef(ient et les Notes s\xf Loysel. Voil^. uqe b^lle eiiac^titude.

Je vais çnvoyér incessamment le Mémoire de M. Aubry. Celui de M. Cochin ^t bien plus fort, mais c'est le faible, puisqu'il . a p^u, et aussi il parle en une demi-ligne de la capture qui tient quatre pages daqs l'autre Mémoire, et c'est justement cette capture en poste et nocturne qui fait l'arrêt. M. l'avocat général ne l'avoit pas oubliée, cpmme un sujet de préférence provisoire à la procédure du Çhàtelet.

Lettre VIF.

AParifl,oelOaTrU1730.

J'ai remis. Monsieur, à vôtre commissionnaire le Jfémotra de M^** de Kerkabu, et il y en a aussi un pour

20 CORRESPONDANCE ^tNÉDlTIi:.

H. Fleuttelot. Je vous rends gr&cés du tendre compliment que vous me faites sur cette victoire. Vous avez dit le mot en disant que tout Paris croit avoir gagné le procès ; véritablement| cela en est à ce point-là et il ne s'est jamais rien vu d'égal. J'ai vu hier l'arrêt expédié ; il y a quelques changements; il n'est point parlé des lettres^ mais seulement des informations et pièces qui étoient au greffe de la Cour ( c'est-à-dire l'enveloppe), qui seront portées au Chàtelet pour èti*e procédé à la vérification s'il y échet, et être statué sur le tout ainsi qu'il appartiendra; Sur le surplus des requêtes d'Aubry^ les parties renvoyées au Chàtelet pour y être statué. — Il n'y a pas jusqu'à sentence définitive^ mais cela s'entend.

HM. les gens du Roi n'étoient point de l'avis de l'arrêt. Us meitoient bien l'appellation à néant, et ce sur la procédure de Laval, et donnoient la préférence à celle du Chàtelet, mais ils ont fait entendre que l'accusé pouvoit rede» venir accusateur, si, pendantl'instruction jusqu'au règlement à l'extraordinaire, l'accusatrice manquoit de preuves, que ses informations étoient très-faibles, qu'à la vérité les lettres du défunt pou voient servir de preuves, étant vérifiées, mais qu'elles pourroient ne l'être point; que pour cet effet il falloit joindre au Chàtelet les procédures de Laval ( quoique informées ) ; que pendant Tinformation on n'étoit assuré que provisoirement que le décret et oit l'assignation, etc., que le premier jugement étoit le règlement à l'extraordinaire, lorsque la vraie accusation se déclaroit. Vous entendez bien. Monsieur, qu'il y avoit là bien de l'espérance vaine pour l'accusé; mais le Parlement ne s'est point arrêté à tous ces expédients, et comme il a connu qu'il y avoit la voie du fait, il a tranché le nœud ; il n'a pas ct*u que ce qui est nul puisse jamais revivre. Sur le cas royal, les gens du Roi ont dit que le cas n'étoit pas proprement royal, parce que le registre n'a pas été altéré, et quand il seroit royal, que tout juge est compétent pour informer, sauf à renvoyer au

LETTRE vu: 51

juge royal après Tinformation^ et en effets c'est Pavis de H. Talon dans le procès-verbal de l'ordonnance qui dit que cela ne fail pas nullité. — L'arrêt coûte, en contrôle seul^ 1 ,400 francs à cause des liquidations des dommages et intérêts. On dit que M. le Cardinal s'étant fait rendre compte de l'affaire par H. le procureur général^ qui lui a expliqué toutes les circonstances; S. E. a déclaré qu'elle ne savoit rien de tout cela, et qu'on Pavoit trompée. Le CbÀtelet va procéder à présent^ les lettres ne sont pas jointes au greffe de la Cour, question de savoir comment on va faire sur la requête renvoyée qui conduoit à la reconnoissance et vérification de ces lettres, n'y ayant point encore de décret.

Dans une grande affaire de H. de BéruUe^ où il y a du faux de la main du père, le Parlement^ les chambres assemblées, a cassé tout ce qui a été fait aux requêtes du ' Palais, depuis Jes moyens de faux admis^ et a ordonné^ attendu les privilèges de M. de Bérulle^ que l'instruction tle ce faux seroit faite les chambres assemblées. M. Gilbert a parlé à merveille sur la magistrature^ sur la vie simple qui y convenoit^ sur l'horreur des contre-lettres qui se sont trouvées et encore plus des faussetés, et on n'a point voulu entendre la restriction de se vouloir servir de la pièce pour l'honneur de la mémoire du père. Enfin voilà deux arrêts célèbres qui se sont suivis de près , et qui font grand honneur à notre Parlement.

Je ne sais comment j'ai oublié de vous dire que les gens du Roi ont été déboutés de leur intervention dans l'affaire de M"* de Sainte-Maure (M. d'Amezeuil, avocat dii Roi plaidant lui-même ), sauf à donner leurs mémoires à M. le P. G. ; ils y travaillent vivement et M. le lieutenant civil ne s'endort pas.

Madame de Livron n'est pas enfermée, mais elle mériteroit bien de l'être ; elle a repris son amant après l'avoir quitté; c'est une folle. Je suis bien aise que votre impri-

23 CORRëSPONDAUCE INÉDITE.

meur envoie plusieurs ' exemplaires de votre écrit. J'en avertirai mes a0iis« •

U est certain que Taffaire de Fabbé d'Orval n'est point finie ; ce que je vous en avois dit ne ae trouve pas

vrai* ;. I /.<•••.•;«.. '

L'affaire de l'opposition au mariage de M, d'Aguesseau est.termii^«.M, le^^ P.' de Rouen s'en est mèlà> le mariage est Cait^ ce dont je suis fort aise.

.11. de Gandelu> frère de It le duc de Gesvres , épouse M"' à^ Tingriy qui eoui^trisque d'être duchesse et gouver-

oante^dp Paa^i^..

, {^jubilé estouverty nous ne voyons que processions. LeNonce a un bref quiexclut les appelants et. réappelants; il le veut )ift<cher ,poi|r être plus-i^ cardinal.

La 3;* Cofi$ulMi(m n^ paroU pas ; M. de Senez la gardera^.dan«tSQn ^c^... , i

Lettre Vllf.

A Ptrii» ce as aTril 17281

Je n'ai pointrépondu à votre lettre du 6 avril. Monsieur, parce quêtai été à la campagne les fètei^i et qu'à mon retour, ayant appris la maladie d'une dame de mes amies qui esta Longchamps, j'y ai été et ai eu la douleur de la voir mourir devant mps yeux, le septième jour d'une fluxion de poitrine. Il y avoit entre nous une amitié de trente ans ; c'étoit la mère de M"** de Tenance, et une femme pleine de force et d'une tranquillité étonnante , parlant lentement, et qui plaisioit beaucoup quoique âgée. C'est une grande perte pour moi, çt voilà comment le temps emporte tout, jeunes et vieux.

L'arrêt d'Hautefort a été exécuté ; il a payé les 20,000 fr . comme contraint. Grande question de savoir s'il peut en honneur s'accommoder à présent. Pour moi, je pense qu'il vaut mieux .le Hsôre que de plaider contre Pc^ris.

LETTRE VlllV 23

Je saurai l'arrêt de H. de Bérulle plus exactement ^ je ne crois pas qu'on le donne au public.

On vient de publier celui d'une Madame de la Brosse, dame du Bourbonnois^ quia été insultée et fouettée par un ami de son mari. Cet ami est condamné à une amende honorable sèche^ nu tète^ et à genoux dans la chambre du conseil de Moulins^ demander pardon en présence de douze personnes, payer^2,000 fr. de réparations civiles, ne se jamais trouveroùelle sera, à peine de punition corporelle, l'arrêt publié et imprimé à ses dépens. On le publie à hauts cris dans la ville et dans les faubourgs ; il est sanglant, et l'affront l'étoit aussi. Je ne crois pas que cet homme ( qui s'appelle Aujai de la Buxerolle) retourne à fouetter personne.

H. de Gandelu a été marié, et on dit de bonnes nouvelles de la consommation; cela va réjouir toute la famille impuissante (1).

Le Nonce n'a point léché son bref : ainsi appelants et intimés gagnent le jubilé , et autres dévotions fort éd ifian tes pour le peuple de Paris. Cependant les deux partis vont toujours leur train à écrire Tun contre Tautre. M. de Senez a écrit une longuelettre à M. Tarchevêque d'Embrun, et l'appelle au jugement de Dieu, où il l'attendra et lui dira deux mots à l'oreille : c'est un trait de saint Grégoire.

(1) Le 7 mai, le président écrîvoit : « L^arfaire de la dame de la Brosse par- « rail des phia singulières. Noos saurons désormais combien il e» coûte pour « avoir le plaisir de voir de belles fessée. Mais je ne sais $'il y aurait beau- « coup de curieux, quand même il s'agiroit de voir un c. aussi beau que « celui de la maréchale de Rocbefort, duquel Coulauges a dit, à la fin d'une de « ses ehanflona :

Ce n'est pas un c. mortel.

« Je suis bien aise que M. de Gandelu ait réparé l'honneur de la famille que « vous appelez plaisamment impuissante. Vraisemblablement on a eu soin « de ne pas sehrir de pâté d'anguilles au festin de noces. » (Allusion au mets anqnel le due de Gesvres avoit attribué Tindisposition qui le rendit si ridicule.) V. le Recueil du procès d'entre M. de Gesvres et JW« de Atascranny, sa femme, cher aux curieuses égrillardes de la Régence. 2 vol. in- 12 (publié par Bougon).

Il me parolt quMl y a un peu de déclamation dans cette lettre^ qu'on pourroit appeler Epistoîaccia. Les NoutelUi ecclésiastiques se donnent toujours ; dans la dernière, il est parlé du savetier Nutelet, et de son affaire à Saint*Benolt, et de la dénonciation des avocats ; d'une autre part , le cinquième Mémoire des Projets des jansénistes est curieux et les faits en sont singuliers. Il est arrivé du bruit à Orléans^ sur ce que les curés n'ont pas voulu publier un mandement de l'évèque. Il les a interdits; ils ont appelé au métropolitain qui est Paris, et ils ont été rétablis. H. Tarchevéque d'Embrun a eu ordre de retourner à son diocèse; il avoit voulu brouiller le cardinal de Fleury à Rome, parce qu'il n'avoit pas voulu répondre comme il vouloit à la lettre qu'il lui avoit écrite contre le Parle* ment. La lettre du prélat à été renvoyée de Rome , et il va avoir le temps de tenir un autre concile s'il veut.

On a commencé bier à plaider la cause de M"^ de Sainte-Maure; elle étoit la seconde du rôle et estdevenue la première, et ils ont été sommés de plaida pendant qu'ils n'y pensoient pas. Ces affaires sont toujours f&cheuses, mais on est quelquefois forcé de les avoir, et voilà notre cas. Je dis notre, car la dame est bien mon amie.

Je n'ai point encore vu le livre de Tabbé Leclerc. M. de Monchesnay est bien en peine de savoir ce qu'on dit de lui, et le satirique craint la satire. Hais le bon abbé n'en est pas capable , si ce n'est contre les jansénistes qu'il n'aime point. La semaine qui vient, je serai plus savant.

J'ai vu un livre de VAme des bêtes, fait par un Anglois qui répond aux objections de Bayle dans l'article de Ro^ rariw: il en parle comme d'un chicaneur, d'un homme né pour brouiller tout dans les sciences et qui a porté des coups à la religion et à la morale. Cet Anglois, qui d'ailleurs a de l'esprit, ne sait ce qu'il dit sur Bayle, qui n'a parlé de l'&me des bétes qu'en tremblant, et après des préparations où il a montré le péril d'en parler.

LEITRE IX«. 35

Bonjour^ Monsieur, Madame Frondad m'a dit que vous vous mettiez au lait. Que ne fait-on pour ne point souffrir?

Lettre IX\

A Paris, ce 9 tuai 1719.

La mort de mon amie , le changement de la saison et le travail de Tbiver m^ont rendu malade, Monsieur; j'ai été saigné hier^ je suis triste et foible^ il me falloit votre lettre pour me donner de la force, et elle m'en a donné; il n'appartient qu'à vous et à cet esprit gai et vif de faire cet effet sur moi dans Fétat où je suis.

Vous avez dit, dans votre autre lettre, tout ce qu'il falloit sur le Mémoire de H''^ de Kerkabu, et je ne sais pas comment on peut se livrer au public avec cette nudité. Il faut que vous voyiez celui de M. d'Hautefort par H. Cocbin, qui est précis, serré, fort, et qui est une belle apologie d'une mauvaise cause.

Hais parlons du cardinal de Noailles : il a fait sa cour au Pape jusqu'à la fin, il a gagné le jubilé et fait toutes ses stations publiquement, et il est venu mourir dans le giron apostolique et romain. Les grands vicaires du chapitre de Paris ont fait un mandement du 5 de mai, qui contient son éloge en peu de mots , mais très-bien choisis, et qui dit tout ce qu'on peut dire à son honneur. La dernière affaire est expliquée très-délicatement par ces termes : Tout occupé d'éteindre les tristes dissensions qui affligeoient son diocèse , t7 a fait tout ce qui étoit en lui pour y rétablir la paix et la tranquillité qui avoient toujours été l'objet de ses vcbux. — Enfin le voilà hors de bien des peines. Il donncit tout aux pauvres. Il avoit une ordonnance de 7,000 fr. sur le Trésor-Royal , qu'il a donnée, trois jours avant de mourir, à un gentilhomme qui lui demandoit l'aumône, et sa maison étoit demeurée sans argent. Il a fait son légataire universel M. le

96 CORRESPONDAJMCE INÉDITE.

duc de Noailles^ qui aura les meubles et la vaisselle d'argent et la bibliothèque. La disposition des fonds est faite depuis longtemps. La place n'a pas été longtemps à remplir. C'est M. Tarchevèque d'Aix^ frère du comte du Luc^ qui n'est pas jeune ^ et qui aura de la peine pour quitter sa chère Provence^ pour venir habiter les bords de la Seine ; mais 100,000 fr. de rentes de plas adouciront ce mal. On dit que c'est un bon prélat, qui vit noblement et qui ne tourmentera personne. Dieu le veuille! Voilà les du Luc de Vintimille, des comtes de Marseille, bien contents, et aussi bien des mécontents qui se feront peut-être jansénistes par dépit, comme le maréchal d'Hocquincoart (1).

Il y a des Mémoires de M. l'abbé d'Orval et de H. de Béthune sur le duché, ils sont curieux ; l'affaire n^est point terminée : l'un veut que la dignité attire la propriété , Fautreqne la propriété' attire la dignité, parce qu'il en a- en même temps la capacité , et pour se rendre encore plus capable, l'abbé se toaiûej épouse H^'^ de Vattan , et va faire des ducs tant qu'il pourra. On travaille dégà aux ^ béguins du duc ; pourvu que la signora n'aille pas se tromper au sexe (2).

Je ne savois pas le c de M"^ la maréchale de Rochefoft; jeconnoissois bien ses grands yeux, mais cette autre partie est boimeà savoir, et digne d'orneple temple de Vénus Belle^Fesse^ pour qui certain poète dit qu'il auroit grande dévotion.

(1) Le 17 mai, Bovliier répond sur cet article : « Je ne doute paa que votre K archevêque ne soit regretté dans son diocèse. C'étoit un bon et vertueux « prélat, et qui auroit passé une vie fort heureuse s'il ne s*étoit pas sotte- « ment Tourte dans ces iffaires de Constitation^qui Tont tracMSé les; quiasa « dernières années. Je souhaite que IViiemple qu'il a donné de vouloir mourir « au giron de l'Église soit suivi de tout son clergé ; mais il en reste tieauooup « d^entélésque soii succssenr aura bien de la peine h convertir. Cest un très- « boooâte homme, et don^ les gens modérés seront oontents. Mais il est biea « Igé. pour une telle place. » . ,

(2) « A l*àge qu*a l'abbé d'Orval, quand on se marie pour avoir des enfants, « il faut se pourvoir d'iin coadjateur. » (Botthier):

L'archevêque d'Embrun est parti pour son diocèse. Le Président son frère m'est venu voir pour me dire que l'augment de dot est du total de la dot quand c'est un T€uf qui se remarie : c'est l'usage du Daupbiné. Est-ce ce* lui de Oijon^ sdr les appels qui viennent de Bresse ; et ce total prendroit-il sur les biens substitués? • . . Il faut lire tous les Mémoires des projets des Jésuites, surtout le oinquième, mais il faudroit y joindre la lettre de M. Petit-Pied^ qui est curieuse, sur la matière de l'usure et sur le figurisme. J'ai un double de cette lettre que je vous garde. H. Desmaizeaux m'a envoyé de Londres les Nouvelles Lettres de Bayle, ou plutôt la nouvelle édition en 3 volumes ; il y a 295 lettres, il n'y en avoit que 243 dansTédition de Marchand; il A retranché ses longues notes, et en a fait de courtes; il a fait aussi une Table plus courte ; cela n'est pas encore relié, ainsi je ne puis vous faire un plus grand détail. Il me marque que l'on fait encore une nouvelle édition an JHctionnaire de Bayle qui sera achevée dans trois mois, et il fait une Vie pour mettre à la tète de cette édition , n'étant pas content de toutes celles qui ont été faites jusqu'ici; mais je crois qu'on ne sera guère plus content de la sienne : il a de bonnes intentions qu'il ne pourra mettre afin. Il fera imprimer le Kalmdarium Carlananum ; il me demandé la Harangue de M^ de Luxembourg à ses juges, qu'il n'aura, point; il Tira s'il veui chercher .à Vienne, dans la Bibliothèque de l'Empereur, où il dit qu'elle est^

M. de Monchesnay court après son article , il l'aura triHivé chez Hontalant, qui vend le livre, et s'il veut me donn^ quelque ehose pour l'abbé Leclerc, je vous l'enverrai ; mais c'ast une étrange cervelle.

l'ai toujours entendu dire beaucoup de bien du régime diif lait pour les goutteux : mais je l'aime bien entremêlé deboûillon et r6ë. Vous me parlez de M:^ Frondad , je raime.bien aussi toute seule, avec son esprit, son sens^ etâesgr&eest ^ -j : >•..

J^ai écrit à M. Fleuttelot sur la mort de H. son père. J'ai le cœur ouvert aux douleurs; j'avois tout à Theure dans mon cabinet M. le duc d'Elbeuf^qui a perdu M** sa femme ; il n'en est pas triste : elle étoit séparée, la' dot rendue; mais il y a une clause dans le confrat de mariage qui porte 20^000 livres pour frais de noces^ qui sont laissés au mari en rendant la dot, au cas de la renonciation par père et mère. Il y a arrêt célèbre^ du 26 février 1718, qui ordonne dans ce même cas que les frais de noces seront rendus, la femme mourant avant le mari. Cest dans la fa* mille de M. Bernard. Quid juris?

Lettre X\

A Parb, ee SI Bii I71S.

Je m'échappe. Monsieur, des déserts de TArabie, et je cherche un refuge entre vos bras, c'est-à-dire que je sors de Ibl Bibliothèque de Tabbé Leclerc, où je n'ai presque trouvé que des sables secs et arides, des épines sans roses, et une perpétuité de doctrine sauvage et rustique qui m^a fort impatienté. La plus grande partie est un registre, baptistaire et mortuaire ; le reste est partagé entre les molinistes et les jansénistes, qu'il regarde comme les deux parties du monde, et hors quelque peu d'articles curieux, M. Tabbé m'a paru un homme grossier, bourgeois, bas, qui ne peut dire du bien de personne, pas même des plus grands hommes, et que Ton redresseroit en cent endroits, si l'on vouloit s'en donner la peine. Je ne vois qu'un homme qu'il veut justifier, et c'est Théophile (Yiaut), qu'il dit avoir été condamné à un bannissement perpétuel ; le bonhomifie ne sait pas que cette peine emporte mort civile, et qu'un arrêt n'est pas sujet à la critique sulpicienne. Qu'est-ce que l'article aride qu'il a Sût de vous, où il commence par votre naissance, où il dit un mot des Thérapeutes^ et puis il vous laisse là sans vous

LETTilE X*. 39

faire autremeotconnoltre? Voyez comme il parle des plus grands orateurs^ desFourcroy^ des Auzanet, etc.^ après cela, je n^ai pas été étonné que dans l'article Robhe il mette : H. V Avocat Marais^ qui est l'expression la plus plate dont on se puisse servir; en un mot, ce n'est qu'un pédant de collège qui ne sait point vivre, et qui ne mé* rite pas qu'on parle de lui davantage. J'aime bien qu'il croie avoir trouvé la mort de Blanche de Toumony parce qu'il a trouvé la date de son testament dans une généa-^ logie. Voilà un bon généalogiste. Hais que dites^vous de M. Auberti avocat de Lyon, qui va mettre toute sa science dans un Dictionnaire de langue? C'est une nouvelle manière de débiter ses collections, mais qui ira les chercher là? Ce ne sera pas moi, je vous assure.

Je viens de sortir d'une grande fluxion, et je suis un peu mieux. C'est H. Brossette qui m'a prêté le livre dont je viens de vous parler. Il m'a dit que son Régnier étoit achevé et qu'il sera bientôt en France. Au moins il n'aura point publié les secrets de Régnier, comme il a fait de ceux de Despréaux.

Notre nouvel archevêque est ici el reçoit ses compliments. Il parolt un écrit de son prédécesseur, du 26 février 1729, où il « déclare que par son mandement du 11 octobre 1728, il n'a point prétendu accepter la Constitution, ni révoquer son appel, ni révoquer l'instruction pastorale de 1719, ni approuver en aucune manière le prétendu concile d'Embrun , et la condamnation du saint évèque, contre lequel il a été tenu, pensant toujours à 6e sujet comme il s'en est expliqué dans sa lettre au Roi avec onze évéques, et déclare qu'il ne départira jamais de ses sentiments ni de son appel ». Cet écrit parott imprimé avec une note, que l'original est entre les mains de M. de Senez, et que H. le cardinal de Noailles, qui l'a écrit tout entier de sa main, a ordonné qu'il fût rendu public après sa mort. Or, si cela est vrai, comme il y a apparence, que pensez- vous de tout ceci? le jubilé n'est-il pas plutôt es-

SO C0RRESP0t9DANGE INÉDITE.

croqué que ga^é? Je ne erois pas que l'histoire fournisse Texemple d'une aventure pareille •

Est-ce imbécillité? Ëst^e fourberie? Est-ce religion? Dit-on le oui et ie non à la face de l'univers (1)?

Les NoUveile$ EeeliiiasUques se publient toujours. J'ai été étonné d'y trouver un écrit qui se fait sous les ordres du clergé, contre le livre des Libertés de l'ÈgUie gtUticemê ei contre k$prèuf>es. Cela s'imprime en Flandre avec approbation (3).

Avez-vons oui parler du podme de Hilton^ Le Paraâit perdu? On nous en a donné une traduction en 9 tomed, qui est certainement un chef-d'œuvre en^ les tradaotions; l'auteur est M. Dupré de' Saint-Haur^ trésoriet de France à Paris, et on n'auroit été jamais chercher dans cette compagnie un si savant homme, qui a eu le oonnlge de nous donner le poôme^ inconnu presque aux Angkiîs mèmci Vous y trouverez des beautés sans nombre, tie la magnificence poétique, des grâces^ de la tendresse odt il en faut, des pensées justes en même temps que sublimes'; enfin c'est le divin Homère^ et bien plus que cela, puis* que le fond du poème n'est point pris dans les fables^ mais dans la révélation. Si on en retranchoit quelques endroits un peu trop déclamateurs, je ne crois pas que

(1) Bouhier répond Je 4 juin : « J'ai tu le denier actç du feu cardinal de « Noailles, si toutefois on peut s'assurer que ce doit le dernier. Voilà sans dente « la plus émineiifè girouette qot ait jamais été. O VMlleiSê, nia mie ! yài-fè « donc tant vécu que pfjur cette infamie? On pourroit faire deaei fariaUduis « unetiistoire presque aussi grosse que celle de feu M. Bossuef. » :

(2) Bouhier répond : « Ne soyez point surpris que le clergé fasse écrire « contre le fivre Des tAbertésde V Église gallicane'. Dès qu'il pàmt, il M « regardé par les ecclésiastiques comme contraire k leurs intérêts. Vous la « verretdans les Mémoires de M. de Moncbal, archevêque de Toulouse, 1. 1^ N p. 45, où il s'en plaint fort amèrement, et parle des mouvements de l'aa- « semblée du clergé de 1640 pour le faire supprimer. Voyez aussi votre ami « Bayleen ses Nouv. de la Rép. des Lettres, da mois de jaillet 1685, art. i*% « sur la fin, où il dit que les libertés de TÉglise gallicane sont plutôt les Uber- « tés du royaume que celles du clergé. En quoi on ne peut douter qnll n'ait « raison à beaucoup d'égards. »

Tesprit humaia puisse aller plus loin ; il y a» à la tète du livre^ une Vie de Hilton ^ mais rarticle de Bayle est bien plus curieux : Addisson a aussi donné un Jugement sur ce poéme^ où il y a bien de la science et du bon sens^ et ce jagement tient une partie du premier volume. Je soupçonne que H. de Cambray n'ignoroit pas Tanglois et qu'il a fait usage de Milton dans son Tilémaque.

On finit jeudi l'affaire de M°"* de Sainte-lfaure ; il y a eu sept audiences : ce sera la huitième où M. Gilbert parlera, et la pauvre daipe saura son sort. J'ai appris qu'ils ont gagné le procès de Dqon. .

Pour vous i^endre votre 2* tome de VP^ Tiquet, qui a paru justement trente ans après le premier^.pour empèr cher la prescription, on exécute aujourd'hui le fameux Vivet et quatre autres deises camarades dont l'uns'appeloit son précepteur, et s'étoit retiré du monde^ ne donnant plus,qi]^^.de& leçppsde.meurtre.et de vol, à se9 disciples qui le cûosuUoient. (}uand on a voulu mettre Vivet 4 la questionnai a dit : <c Vous m'avez jugé à mort, je le mérite bien, n^ais jene. vous dirai rien .davantage de m^s com*plioes : il y eaa.pei^t^étre 50 autres outre ceux que j'ai nommés, mais je ne sais point leurs noms. )» On lui a donné une question légère ; il sera roué vif et expirera sur la roue. L'arrêt est contre 99 accusés; on va juger les autres aujourd'hui l'** juin; il y en a encoure dev^x qui ont pas^é }«( nuit à jaser. ' ! r y-s- (> i \

M"f.de Mortagne,. qui} voulait épouser le marqqis de l'Aigle,, l'a chaogé. pour le^ chevalier de «GréqiM,, qui n'a

(1) « NoB-senlement» répond Bonhier, je conncfis le Parodie perdu de Mil-

«Ipeo prèfr semblable, à celai que your Mies. Xe serai bien aise d'en poa- « voir jii^r ^ U^ traductjon que je vais faire venir.. Je ponnois fort MU- « Ion par les gran<is démâlèa qu^il a eus avec noire Sanroaise , et je serai « bven aisé^ à^ciiosé dé cela» 'de voir èA Vie, 1! a f^K' aussi d^ poésies la- « tmâf maiaiqÉB.|Mxii8/eh^iinalilenienl iusquesiai. •

ti CORRESPONDANCE INÉDITE.

qae vingt-sept ans. Le marquis enragé s'est opposé anxj: bans du cbevalier, et cela fait une plaisante scène. S*îl en vient un de dix-huit ans avant le mariage Cait, on verrai peut-être un troisième à cette comédie.

Lettre Xf.

▲a iMibovg de Paris, l«7 de Join 179§.

t Vous m'apprenez le gain du procès de H. de Sainte-- Maure, et moi je vous apprends le gain du procès de sa nièce contre son mari. L'arrêt est du 2 juin à la Grand^ chambrci après huit audiences^ sur les conclusions de H. Gilbert, qui a parlé avec une pénétration surprenante. La sentence qui admet la dame à la preuve de ses faits est surprenante. L'arrêt ajoute qu'elle se retirera dans un couvent ou communauté, où son mari lui donne 8,000 H* vres de pension et le premier quartier d'avance, et qu'elle pourra sortir pour vaquer à ses affaires. Le Parlement lui épargne ainsi deux ou trois appellations, qu'il auroit fallu essuyer; il n'y a point eu de Mémoires dans l'affaire pour amuser le public , mais la dame, qui parle mieux que nous n'aurions pu écrire, a très-bien expliqué sa cause à ses juges, et elle les a tous gagnés. Le mari est un peu honteux, et vous jugez de ma joie dans cette victoire. Le forte fiîia erat pulcra de M. de Chasseneuz n'y a rien gâté. On a lu des lettres de M. de la Neuville, qui est, comme vous savez, grand épistolaire, et qu'il se seroit bien passé d'écrire.

Je ne veux point de mal à l'abbé Leclerc sur ce qui me regarde, mais sur tant de grands hommes qu'il semble ne pas connoitre, et sur ce qu'il parle de livres comme un valet de bibliothèque. Il dit quelque part que M. de la Chapelle (auteur du Catulle) étoit abbé ; comment ne sait-il pas qu'il avoit été receveur-général des finances et marié? Je lui pardonne de n'avoir pas su qu'il voulût se pendre

LEITRE XF. 38

pour la femme qu'il épousa à Bourges^ et qu'elle le tira de la corde où il était attaché ; mais on ne peut pas ignorer le reste.

Le nom d^Èminente girouette que vous avez donné au cardinal de N. vaut mieux que toute cette Bibliothèque de Tabbéy et l'Histoire des variations et très-plaisante. Si quelque moliniste d'esprit vouloit s'en mèler^ il y auroit de beaux chapitres et le titre des chapitres seul réjouiroit tout le monde : mais ce parti-là ne sait pats rire.

Je n'ai pas sous ma main les Mémoires de H. de Mouchai sur les Xtbertés de P Église gallicane; mais j'ai une galerie où il y a une bibliothèque curieuse et où j'ai trouvé le tome indiqué des Bépubliques des lettres de Bayle, qui a été vérifié sur-le-champ; cet article est plein de sel : il est vrai que ces libertés seroient mieux nommées les £tbertis du royaume^ mais c'est toujours un droit ancien et à qui le respect est dù^ et il faut convenir que si on avoit laissé faire le clergé, nous serions dans un terrible esclavage.' Je me souviens d'avoir lu un écrit attribué à M. Tabbé Fleury {Uist. Ecclés.) qui se plaignoit au contraire de l'esclavage où étoit tombé le clergé^ et qui contestoit aussi ce nom de Libertés.

Hilton vous fera plaisir, j'en suis sur; sa Vie est meilleure dans le Dictionnaire de Bayle que dans le poème. Saumaise se vantoit de lui avoir fait perdre la vue et lui se vantoit d'avoir fait perdre la vie à Saumaise^ qui depuis sa mort) n'écrivit plus; mais Milton^ depuis qu'il fut aveugle, fit ce beau poeme^ où il chercha la lumière de l'àme ayant perdu celle du corps. C'étoit un démon d'homme à qui personne ne ressemble.

Je tiens à présent sous ma main le manuscrit de la Chambre des poisons [i) ; on peut bien l'appeler précieux^ et

(1) Marais avoit annoncé dan^ saleltre du 31 mai, cetle trouvaille en ces termes : « J'appris Iiier d'une dame que son père, qui éloit de la Chambre des • Poisons, écrif oit^ en deux vers latins, ce^qui se passoit à chaque séance. Elle a T. IV. 3

U œEB£SPO!(DA!ICE IKCDITE.

je poufBÎ bien Cure qoelqiie infidâHé po^Fi ce que c^est Cesl on vrai potaie, £nt en tou et peoUmètres Utios, dont U latinité est boBBe. foHe el éacreiqye; d^oB oMé «mt les vêts, de r«rfie oMé et tîsè-TÎf esIvBe prose française qui les expfiqme; il y mdea chiffres qui reoToyent à mie table pour eipfiqaer ki noms; mais malheoreaseiDeot cette taUe m se trairra pfos et a êlé sappriifiée. Ce qui console on pca. e*eit qvTI yailafiBone liste, par ordre de dates, des arvËtsioidiiB dans laclambre, oà les noms se Irtmient, mais il est dif fiole de les appliquer ao poème, qui ne dit qne les frite gêoérani. et oà, après on bel âoge dn Roi elle camdèiw de loos les jiKes, le magistrat qoi en éloit, frit nne description étonnante de tons les crimes qoi ont été punis es déoonrerfe, sans entier dans le détail des personnes qnj étoient renToyées àeette table. Voici ^idqnes artidea^ la liste des arrêts :

Par arréi dm ii mitil i%M.

Marnerite Gallard, TeuTede M. LeFéron, président ec la 3* chambre des enquêtes, a été bannie ponr nenf ans dv la préTôté et Tioomiéde Pacîs et condamnée i i,9M li^ d^amende pour aimr ^wiln empoisonner son mari.

Fmrmrrétâm lisMi ICM.

Rnua<oi»flairi de Montmorenev, doc de pair et maréchal de France* a été décfaai^ des

v--Hn « u

fifie; le liiHf f«tptwti1if<a Wfrf. » BaaIAtr, alléAé, rér— dit : • IJi dttfêHàifyières. Ua 4« aw imi «■ «T«a Iril asm* «r k» i

• et mt fi» rckêffm xv ftwm\ ■Maioii. H iw» ae

« i«KCB |MH«i • Manè AcHif, p 3I# As ■— intf* t. TII. èmt\tTwiÊMàm

v«f« btà» de œ môm c«rw«%. éeal w» kms rescn «k ée imt

LETTRE XIP. ^ 35

sations d'impiété^ maléfices^ et poison intentées contre lui.

Par arrêt du 19 février 1679.

Catherine Deshayes^ veuve d'Antoine Mau voisin , décédé depuis qu'elle a été arrêtée ^ nommée vulgairement La Voisin^ artiste de poisons , impiétés ^ maléfit^es prétendus magiques^ condamnée àlaquestion, à l'amende honorable et au feu vive.

Lettre Xn\

A Paris, le <•' JuiUet f729.

Depuis 'ma dernière lettre. Monsieur^ j'ai fait ce que vous m'avez conseillé. J'ai copié moi-même le poëme latiuy qui contient près de 900 vers; et la liste des arrêts^ je n'ai pu me confier à personne ; reste la traduction françoise^ qui est paraphrasée et qui peut donner quelque lumière sur des faits obscurs; mais l'ennui m'a pris et peut-être je m'y remettrai. Je vous enverrai ma copie et vous verrez*ce petit trésor que l'on ne croit pas que j'aie; je ne puis avoir rien de secret pour vous.

Vous avez su Taffaire de M. de Sainte-M. et comme il a été pris sur un fait socratique au milieu du Luxembourg: il a ordre de sortir de Paris pour six mois. Cela ne g&tera point l'affaire de sa femme, qui n'avoit pas besoin de ce fait, dont l'enquête ne dira rien^ mais qui est tout notoire à Paris et aux juges.

n y a un interlocutoire dans l'affaire de M*"^ de Courchamp; il est ordonné qu'avant faire droit, elle se retirera dans un couvent pendant un an^ où son mari pourra la visiter, et où il lui payera 3,000 livres pour l'année et encore 3,000 livres pour le passé. Ce jugement a eu beaucoup d'approbation, je ne crois pas qu'il y ait appel de part ni d'autre. M"" de Marchain ville , fille

36 CORRESPONDAISCE INÉDITE.

de H. de TÂigle, qui a été déboutée de sa séparation Chartres, où on avoit fait des Mémoires très-badins cent elle, vient d'obtenir une provision de 1,600 livres, à co ^ition qu^elle entrera dans un couvent et qu'elle sorti de la eommunauté de Saint-Roch, où elle est. Le Pari ment veut à toute force des couvents; mais Ubiprénu comme dit Panurge. M. de l'Aigle est retourné dans s( pays du Maine , veuf et non marié, sa fiancée Ta trom] et a épousé M. le comte de Créqui. Le marquis pèse Ta à présent.

J'ai lu dans Bayle ce qu'il rapporte de Saumaise cent Milton sur ses goûts d'Italie : mais où Saumaise avoitpris cela? Je crains bien que ce ne soit une injure pris dans un fonds contumelieux et fondée sur le voyaj dltalie seul, ce qui n'est qu'un mauvais mot.

Le marquis de Richelieu veut se marier à la présiden de Lisle pour faire cesser un ancien scandale, qui n'a p] pu finir plus tôt, parce que la marquise de Ricbelic ne fait que de mourir. M. d'Agénois est accouru poi s'opposer et a dit ses raisons à M. le cardinal, qui les trouvées mauvaises, sur quoi M. d'Agénois ne fit pas di ficulté d*avouer que lui-même avoit couché avec la prés dente, ce qui rendoit le mariage impossible. S. E. fi très-scandalisée de cet aveu et lui dit qu'il n'entro

f)oint dans de pareilles contestations qu'il auroit dû li aire , et le renvoya très-honteux.

Je n'ai point vu les Mémoires de Mademoiselle , il y quelques années que j'en vis le manuscrit, quim'ennu} comme vous. Je crois que j'en demeurerai là (1). On est au Ch&telet sur le procès du prêtre qui a fa

(I) Bouhier écrit le 14 juillet : » J'ai eu plus de constance sur les MénuÀr A de Mademoiselle fiai voulu voir l'endroit de M. de Lauzun et je l'ai troat a 11 mérite d'être lu par la singularité et la manière grande et noble dont c <i homme conduisit cette affaire, et Taveu que Mademoiselle fait des avanc « qu^elle lui fit. Cela est conté d'un air naturel et intéressant, quoique sai « élégance. »

LETTRE XIIV 87

sédition dans* Saint-André. Ce fanatique a cherché à se saaver des mains du juge ordinaire, mais H. le Cardinal a dit que c'étoit un cas privilégié y et vous voyez bien qu'on respecte les libertés.

J'ai fait relier les Lettres de Bayle de la nouvelle édition. M. Desmaizeaux a mieux qu'il ne lui appartient, ses notes sont en vrai style dénotes, courtes, instructives, et j'ai été bien étonné d'y trouver une Relation de la mort de M. Laine qui est fort curieuse et qu'il faut que j'aie écrite à quelqu'un en ce temps-là : ce morceau seul doit faire acheter le livre (1), il est parlé de la Relation de Bornéo de M. de Fontenelle , et ce qui est plaisant, c'est qu'un Italien (AurelioDellianzi, auteur du Genio vagante) Ta traduite en italien sans s'être aperçu de l'allégorie, et l'a fait approuver par un inquisiteur du Saint-Office. La bévue n'est-elle pas des plus singulières?

M. Brossette est toujours ici ; son Régnier est achevé, il doit vous en envoyer un exemplaire. On a fait en Angleterre une nouvelle édition latine de H. de Thou , et quelqu'un a fait des Lettres sur cette édition dont on parle assez. J'aimerois bien une bonne traduction francoise , mais il n'y a pays au monde où elle puisse èlre imprimée.

(1) Maraiâ doDtic de curieux déta'ds surccLaiiitS daus sa lettre du 14 Juillets « ÀTez TOUS pris garde à Téloge de cet liomme qui est dans le Parnaste <t françoisàe^i. Titon du Tillct ? Il y a inséré diverses pièces de lui ; il avoit été « à Constantinople, et vouloitqu^on crût qu'il avoit eu des aventures galantes « au sérail. 11 eu avoit môknc fait une relation dont je n^ai pu attraper que o ces quatre vers qui vous feront sans doute regretter ce reste comme à moi :

Poursuivant en chrétien cette sainte entreprise D'un senl coup jo vengeai Rome, Malte et Venise* Mabomet en pâlit et vit en frémissant Doubler sur son sérail les cornes du croissant.

« Peut-on rien voir de plus plaisamment et do plus follement imaginé ? Je a crois quec^est au retour de ce voyage quMl resta ici caché ()endant deux ou « trois ans, il y a environ quarante ans, sous le nom de Montaubaii. » La relation de la mort de Lain j dont parle Marais se trouve dans les Letlres à M"*' de Merignac. Voyez notre tome 1**^.

3s CORRESPONDANCE INÉDITE.

Il faudra ces vacances lire M. I^enet et peut-être les Mémoires de Mademoiselle. Ce M. Lenet n'étoit donc fils ni petit-fils de président : voilà des gens bien instruits. L'abbé Leclerc va bien mettre c^la dans son registre.

J'apprends dans les Notes de Desmaizeaux sur les Lettres de Bayle que H. LeducLat va nous donner un commentaire sur Rabelais fort augmenté : tant mieui.

On va juger le procès de M. le comte d'Évreux sur le retrait de Monsieur de Luxembourg; il vient de m'en voyer deux de ses Mémoires; les conclusions sont pour lui; je elbois sa cause lx>nne quoique obscui'e.

Lettre MW.

A PaHs, cenjotUet 1729.

La comtesse d'Évreux est moi te ; elle a fait un testament où elle donne 200,000 livres à sa nièce, M"^ du ChÀtel^ et de grosses pensions à ses gens. M. Crozat n'a pa mieux se venger du comte d'Évveux son gendre, qu'en voulant faire apposer un scellé chez lui; mais il n'en a pu. venir à bout, au moyen de la séparation et d'une transaction (jui j)orte quittance do la dot. Sur quoi, M. le lieutenant civil a renvoyé à Taudience , toutes choses demeurant en état. Voilà un nouveau procès pour le comte d'Évi'eux, qui doit savoir le chemin du Palais; le procès (ju il a contre M. de Luxembourg sur le retrait de Tancarville va être jugé : et après cela viendra celui de sa femme. Les conclusions de M. lé procureur général sont pour lui dans l'affaire do Tancarville , et cela divise le parquet, car, à l'audience, MM. les gens du Uoi étoient contre lui. Nous verrons, dan» le procès de la femme, ce que deviendra une dot restituée en papier (1).

( 1 ; « Ko ToMamcnt do M"'^ ïVËvrcux. !v|Hind Bouhior, le 26 juillet, détruit • oiistMiiblc Itfii bruits qui avaient couru do quelques enfants qa*on disoit " i|uVIIt» AToit faits iiico^uito. »

LETTRE XÏW. 39

H. le P. Lambert, prévôt dés marchands^ est mort peu

regretté/ & cause de tout ce qu'il a fait sur la capit^tion.

Le président Turgot est à sa plaoe. On dit que M. Chan-

v^elio, intendant de Picardie, la demandoit, ou on la

deioandoit pour lui ; mais on ne peut pas tout avoir.

' V. Turgot est neveu de Itf. le contrôleur général; c'est

une famille de Normandie qui a bien plaidé et doùt les

Arrêts sont rapportée par le dernier livre de M. Froland.

H y avoit une belle M"** Turgot, qui est mol*te il y

^ quelques années, et dont le mari a été intendant^ puis

'appelé au service des requêtes. d& Thôtel, comme on

"^ent de faire à M. d'Evry qui quitte Moulins, pour

montrer, disent les méchants, à jouer au piquet au Roi.

Home vient de nous envoyer une belle besogne, c'est

^no légende du pape Grégoire VU pour mettre dans le

^rSrioire ralriain: Cela est en deux leçons, où le pape est

lor^é d'avoir excommunié Tempereur Henri IV, de l'avoir

ppi^é de ses États, et d'avoir délié ses sqjets de leur

sejrment de fidélité. J'en écrits à M. Fleuttelot> qui.

V013S dira le passage (1). La page ou carton a été imprimée

^bez Coignard et est très-rare à présent, i) ne valoit

qo.*un sol d'abord. Bayle a fait un bon article de Gré-

go%fe Yii et en a bien jugé. Vous voyez bien. Monsieur,

T^^€ nous n'avons ici besoin de nos libertés; mais on dit

l^^OQ en restera à Tordre verbal de la suppression.

I^ Gazette de Hollande dit que le poôme de Milton est

'^^ traduit et qu'on en fait une autre traduction à La

™^ye qui sera plus fidèle. Je n'apprendrai pas Fanglois

P^ïJc en juger, mais nous trompera-t-on toujours? Vol-

''l^'^e est ici, qui est un autre trompeur, et qui ne nous

^^^^ pas vrai (2).

^^) Voici ce passage gros de tempêtes : « Henricum IV in omnia scele- *^'*^'9n gênera proiapsum, regnoprivavUet mbditos juramenii'fidû ab»ol' ^ . Tu auCem Domine, etc., > €^) H J'attends le poème qu'on m'énvoye, dit>on, d'une l'édition revue par

40 CORRKSPOINDAISCE INÉDITE.

Je suis puni d^avoir écrit contre une femme qui étoit accusée d'avoir obsédé son amant et d'en avoir tiré plusieurs actes; j'ai perdu la cause^ et cela m'apprend à n'écrire point contre les femmes. Vous aurez pourtant mon Mémoire^ qui servira de Relation de ma défaite.

On débite des Extraits de V Histoire ecclésiastique de M. Fleury touchant Varianisme^ pour servir à Phistoire des temps présents, avec une longue Préface où il est parlé du savetier Nuclet et d'un cordonnier des temps passés qui étoit théologien y et dont M. Bossuet parle dans ses Variations. (M. Fleuryy t. III, in-4^) •

Lettre XIV'.

A Paris, cç 17 Juillet 1729.

Je VOUS ai envoyé, Monsieur, par le dernier ordinaire, une belle botte de couplets qu'on attribue à l'abbé de Grécourt, qui n'y a jamais pensé; mais le Bénitier a fait souvenir de Philotanus et des pss que l'eau bénite faisoit sur la chair brûlante du diable, et on le veut prendre pour le Saumaise moderne.

Le courrier Bannières, si attendu, est arrivé et on n'a rien dit de ce qu'il a apporté de nouveau. Ce qui n'est pas un bon signe , à ce que disent les politiques , il y a eu une grande assemblée où beaucoup de gens ont été appelés, et j'y ai entendu dire que M. de Moras y étoit.

Barème, qui disoit que la succession de le Blanc lui devoit des sommes immenses, a perdu son procès contre elle au bureau de M. de Machault, et il y a cent mille écus de moins qu'il ue croyoit. Fâché de cette soustraction sur son calcul arithmétique, il a fait courir un Mémoire

» Tauteur de la traduction avec quelques Anglois. On dit que M. son frère, « conseiller au Parlement, nous en prépare une du Datitc. Ainsi nous allons « avoir la tête bien remplie d^cnfer, de diables, etc. » (Gtouhier.)

anecdole sur la cabale du bureau de M. de Hachault^ dont l'effet a été de le faire enfermer à la tour de Montgommery , et il ne plut à personne. Il valoit bien mieux ne faire que des tarifs que d'avoir voulu devenir financier et orateur; cela retient aussi le pauvre Bonret à la Conciergerie.

Le Parlementa donné un arrèt^ le 20 de ce mois, contre la feuille du Bréviaire romairiy sur les conclusions de M. Gilbert^ qui a très -bien parlé, et quia bien fait entendre l'excès où Ton s'est porté de vouloir célébrer dans un office ecclésiastique et de mettre dans la bouche des ihinistres de la religion ce qui tendra à ébranler les principes inviolables et sacrés de l'attachement des sujets a.u souverain. « Est-ce donclà^ dit-il^ le chef-d'œuvre de son zèle? etc. » L'arrêt fait un règlement pour les missels^ x^ituels et bréviaires , et le public a été bien content de csette remontrance. Il y en a eu une autre sur les curés €l'OrléanS| qui ont appelé comme d'abus du mandement de leur évèque. M. le procureur général y a conclu; mais le ministre a fait savoir qu'il y avoit un arrêt d'évocation au Conseil) et sur le rapport que M. l'abbé Pucelle a fait aujourd'hui) on a mis la décision à demain , où l'évocation . ayant le temps de paroitre , le Parlement aura les mains liées ; cette nouvelle est toute fraîche.

Le procès de M. le comte d'Évreux n'est pas encore jugé ; c'est pour cette semaine sans faute^ et H. Crozat lui en prépare un autre sur la restitution de la dot de sa femme y dont on a trouvé des protestations jointes à des lettres jdu mari^ et qui prouvent que la séparation a été forcée et la quittance aussi. Il est bien triste de mourir à trente-trois ans, d'avoir mené une vie si malheureuse, de laisser dès procès dans sa famille et d'être cependant né si riche. Voilà le fruit de l'ambition et de la mé- ^Uiance.

Le poète Roy a trouvé à se marier ici avec une fille d'un marchand : ses vers durs et obscurs sont trop bien

4ï oouiEsromjLSCi: ccfimE.

pftvûu Ihêvwst se suie à urne lart jolie fiDe, tout élGÔt acmcdê, mû les curéî opfostmi l'rwrammmMÊiemtitm detcomêdiqB: le gilaat se dit laif—fif et rAtmàèÊHU riy il éi —aiff : rCeiîae se ocmboU peut celle académk, et v-«âà le marôge reteidê. Le cbk de Sawl-SiilpKie a pne 1. rsKheréqve de vocilocr v4er iesComédieiis friAociê de sa paraisse. Le prébi a ^ qvlk éloîeol €mmèiitm$^ 4mMm H qae k«r aaiKSW êioiS à esx. Le caré, qû se ooBBott en bàtix»esti ci cimad «dificaftear^, a KpQttda ifall oocDoèssoît «b lenaîa s«r la pafowae de ^ pliKSspanefis, et doat 3 serait âcile de bire - A Faîks xûeax. Im dît le pfêiat ptoreiiçal/. perBvteK Yvire care de Saial-Saipioe av«c celle de Saint- Ajadtt» et ims aamnex pl«§ les ccoMdîess sor Tolre 9 Le c«K a'a pcàsl Toala eateadie à cette perct âee trar^etcebon âiota fiit pliiàrà loatle tVffdaat ks ImUb de ftîMae mt rieaMilt point, et la Jairnif me se pave poîst av^ee de faoss

LrtarvXf*.

ae TO« HlffiAffi pas assaDrâMat^ Sottsienr, à la cvhûsilè qiae je ie^mks esixÀe . et ifai «t toale des pins larcs et des pins noweUes^: }e fattripai kier dans nn coia et anssitdt )e ^>tts> la destiiuî : e c«4 «ne criti«|ne pins «pae bnrieî«]ne dTane paitie da pc^iaae de Klton , et je cras «]oe Fantenr, «{ai a de la kai^bcse et dn feu, n^en deoMuetmpa^là. JeTO»aâSu^qpeT»asen cirez bien; nufts il ne faal pas^ Ui>» toni :wnL et notK aaai H. Flantelot ddit ètK de U partie. Ce duUe dTlirimw qm a fait <^. a bien senti qw KhiM a n^s^ dn sacré et dn pfv>{à&e et qull a tait de cefi:aîcie5 oxaparainns qni mènkÀent d^flre mli^pcy^: il «$t fiaisanl et singulier a en a\H)ir fait des ciiansKsos $« ketes et si bien ri-

mées^ mais on ne lui avoit pas dit d'y mettre^ par-ci parlà, des impiétés qu'il hasarde très-ingénument. Où est Milton? Ne croyez-voiîs pas que c'est l'ombre de Saumaise qui est venue pour se venger de lui et qui s'est glissée dans le corps du poëte, qu'il n'est pas mal aisé de deviner? La poste va partir, je vous embrasse de tout mon cœur, et je ris avec vous d'avance. Le portrait des diables n^est-il pas bien original (1 ] ? Vale et iterum vale.

Je vous ai écrit cela moi-même afin que vous l'ayez vite, et pour vous marquer, Monsieur, combien je vous aime.

CBITIQUB DU PABADIS PBBDU.

Sur Taîr : Qu*on ne me parle plus de guerre.

Je chante la pomme funeste

Qu'Eve mangea, Et qui de la table céleste

Nous délogea^ Jusqu'à ce que le meilleur homme

Qui fut jamais.

De son sang payant cette pomme ,

Fit notre paix.

Vous en qui Virgile et Moïse

Mirent leur foi.

Dieux de la Fable et de TÉglise

Inspirez-moi.

Gomme Ossa jadis eut sa place

Sur Péiion, Oreb et Sinaî j'entasse

Sur l'Hélicou.

(I) Boohier, le 26 juillet, remercie Marais de son envoi en ces termes. « Je « vous dois aussi blendes remerctments pour la plaisante chanson sur le Pa^ « radis Perdu.., EUe est des plus gaillardes et je la soupçonnerois volontiers « de Voltaire, s'il ne m'avoit pas paru grand partisan de ce poème, que^la « chanson vent tourner en ridicule; je la donne donc à Roy, son confrère, qui « est à peu près de même caractère ; s'il pousse la chanson plus loin je vous « en demande la continuation. L'ami Fleutelot en a été régalé et Ta trouvée « très-jolie. »

CX>Ul£SP05DA5C£ I5ÉDITE.

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Ils ont la chair d'uQ rôt qui brûle,

Le front cornu, Le nez fait comme une virgule,

Le pied crochu^ Le fuseau dont doit Hercule

Noir et tortu, Et pour comble de ridicule

La queue au cul.

Le beau ftabbat, quand la brigade

Se reconnut !

Satan dit à son camarade :

Cher Belzébuth»

Que de hurlements pitoyables !

Parla mort-bleu!

Nous voilà faits comme des diables,

Malheur à Dieu !

Comme on voit hi balle de paume

Lancée en bas; Qui de revenir à son homme

Ne tarde pas, Dignes du nom d^anges rebelles

De ces bas lieux Revolons vite à tire*d'aile

Vers les cieux.

A ces mots, il se prit à rire

Du bout des dents; Mais Belzébuth lui répond : Sire,

Cherchez vos gens, 11 grêle un tant soit peu trop roide.

Foin du projet!

Le chat échaudé craint Teau froide.

Votre valet.

Satan^ reprit notre adversaire,

N*est qu'un benêt.

Contre lui pouvoit-il pis faire

Que ce qu'il fait?

Dis-moi, de quoi te peux-tu plaindre.

Pauvre innocent?

Il nous a rendu plus à craindre

Qu'auparavant.

46 œRRESPONDANCE INÉDITE.

^ Cette peau couverte d'écaillés

Sera pour nous Une forte jaque de mailles

Contre les coups, Voilà nos armes défensives ;

Et puis void Pour nos armures ofifensives,

Ces griCfes-ci.

Le diable dit ces mois infâmes

La tête en haut Et le corps à plat sur les flammes

Comme un crapaud.

L'on m'a dit comme une baleine,

Ons'abusoit, Puisque ma bourse n'est pas pleine^

Bien qu'il y soit.

Tels que des millions d'éerevisses

Dans un chaudron, Ou que des millions de saucisses

Sur le charbon, Tel il vit dans le vaste afai^

De cent façons Rôtir et bouillir de son crime

Les compagnons.

Hors du laC| d'où pas un ne bouge ,

Il s'élança Sur le rivage de fer rouge ;

Il se haussa Et fit à la gent scélérate

Quelques discours; Mais comme il se grilloit la patte

Il les fit courts.

Sus, Sus! cria-t-il de la rive.

Réveillez-vous, Que celui qui m'aime me suive.

Rassemblons-nous.

' Puisse le premier qui s'avise'

De dire : Non, Servir aux portes d'une église

De goupillon.

LETTRE XVP

00 tewB MU f 6Bt sv leur télé

Drw kscrâB; Le fer, la Ibodre, la tempête

Seroient moins craints; Les an^es, pour jeter Falanne

Da» le qoartier.

Tannait âA prenàre povr tonte arme

Qn'nn bénitier.

Le aolefl tenant à parotlre,

S nés nfuna Percent par nn troo de fenêtre

fl semble qne la pondre y pâme, 5ouscn vovons

Voler dans ce brillant eepnee Des toorbaions.

Rveille en nombre à ees atomes

Près de Satan, la noire troupe deÊmtémes

Tôle à rhistanL Ls noms de ces anges sinistres.

Si beau jadis.

Ont été bifTés des r^isties

Du Parais.

Lettre XV f.

▲ PirKœSaoftllT».

Ce n'est. Monsieur, ni Aroaet, ni Roy, mais Tabbé de Grécourt ou Tombre de Saumaisey qui ont fait les couplets. On ne dit pas qu'il y en ait d'autres. La deuxième édition du poème de Mjlton viendra de Hollande, et non d'ici. Si nous avons Dante, il faudra faire grande provision d'eau bénite.

Le président Lambert étoit très^dur sur la capitation et l'augmentation pour de petites gens qui ont crié, et le jour de sa mort, il a fallu empêcher par des commissaires le peuple de faire des feux.

Le procès de. M. le comte d'Évreux et du duc de

Luxembourg est accommodé. Ils ont donné leur blancseing à H. le premier président et à quatre de Messieurs qui ont réglé à 220^000 fr. que l'on diminue sur le prix de Tancarville. Le procès étoit tout rapporté* et il étoit difficile de prendre parti sans s'engager à une cassation ou à des divisions éternelles. M. de Luxembourg vient toujours à son but de payer la terre moins que M. son père ne l'a achetée.

M*"*^ de Hérode a gagné son procès ^ et H. de Hancini aussi contre H. le duc de Nevers.

. La légende de saint Hildebrand est bien fessée, et je ne crois pas qu on mette l'arrêt dans le 5rét?taire(l). Le Pape fait encore autre chose, il veut faire canoniser Marie d'Agreda; malgré les censures qui ont été faites de son livre et en Italie et en France, il a déclaré le livre bon et permis à tout le monde de Tavoir. Je vous invite à relire l'article de cette sainte dans le Dictionnaire de Bayle^ c'est un des plus gaillards, et je ne Pavois jamais si bien remarqué. C'étoit là un plaisant homme et une imagination bien vive ; le petit morceau de vision espagnole qu'il renvoyé à nos neveux est bien original^ et il a été bien hardi, à la fin de son article^ sur son terme carrer la figure.

Il y a deux avocats nommés pour travailler sur les JfémotVe^ des Parlements (2) : MM. Perrinelle et Matthieu, avec 2,000 francs de pension qui ne finiront pas si tôt.

Sauriez-vous quelque chose sur les premiers commis

(1) Bouhler répond le 2 août : « Tout le monde approuve ici l'art-êl du « Parlement sur la feuille du Bréviaire romain et les conclusions de M. Gil- « bert. On dit que l'Empereur et le duc de Savoie ont été bien plus loin, R ayant fait brûler la feuille par la main du bourreau comme^/ie belle petite tt horloge de bols. Il me semble que la Papimanie baisse un peu'de crédit dans « fesprit des peuples. »

(2) Le chancelier d*Aguesscau eut une grande idée, celle de ramener à l'unité sur les matières principales, testament**, donations, la variété inextricable des jurisprudences et des coutumes. CVst de ce travail émané des parlements consultés, que les deux laborieux et obscurs avocats avoieat été constitués réviseurs.

des secrétaires d'État , ils voudroient avoir droit de cornfnifimus, et je suis chargé entre nous de ce mémoire.

LiUre AT/f.

A Par». rcTil'joAt ira.

Une nouvelle d'hier^ Monsieur, c'est que M""' la marquise de Muy est nommée gouvernante de l'enfunt qui va venir, et si c'est un dauphin. imai:inez-vous quelle joie pour elle et quel déplaisir pour les autres sous-gouvernantes; il faut avouer que S. E. serl bien ^es uinis.

J\ijouliMMi \o!re mvH sur

la prévention du Pape aux arrêt!) Je Luutt et Brodeaux, le Pape doit être assez contentdt s purlt-inents >urco point. Notre archevêque n*a pas encore ^es bulles, il y a i|uelque brouillerie à Rome. Le Pape ne nous aime pas trop. Son Grégoire VU et sa Marie dWgreda lui tiennent au cœur.

Rien n'est mieux que ce que vous dites du curé de Saint-Sulpice. Une dame de mes amies disoit : u 11 ne veut pas qu'il y ait un plus grand comédien que lui dans sa paroisse, n

Le sieur Beauchamp vient de publier un petit roman à'Ismène et hménias^ et a mis son nom et sa qualité de secrétaire d'un maréchal dans le privilège qui est pour imprimer tous les ouvrages de sa façon. Voilà un beau privilège 1\

(1; Le 15 août. Bouhier rôpond : ■ Le roman tVlsininr, otc, de IJi'aucliainp, N est apparrinineiit une traduction nouvelle du roman grec de ce nom. Je «1 doute qu^il se vende aussi cher que &on Apprhis, qui a coûte à de cerlains 4 sots jusqu'à deu\ ou truis pistoies; il a encore coiMl' plus cher à soiiim- 1 primeur de Lyon, qui en a été condanmê à un baimis^mcnt hors du royaume " et à de grosses amendes , à ce qu'on m*a écrit. »

T. IT. i '

M CORRCSPONDA!«CE INÉDITE.

Leiire Wlir.

Voilà debellesnouvelleSy Monsieur ; lesjêsuitesoot perdu le procès des tableaux qui étoit aux Requêtes de rHùiel, et i) y a eu de beaux battements des mains, qui les ont suivis jusque dans les rues. On a agité la question de savoir s'ils êtoient capables de recevoir des legs. Les gens du Roi ont conclu à ce que, dans quinzaine, ils rapporteroient les lettn^ patentes pour cette capacité « mais la sentence les a condamnés à rendre tous les tableaux qu*ils avoient emportés avec dépens. On a jugé que récrit n'étoit ni dooa-* tion ni testament. M. Aubry a bien parlé du Taies quales, et a fini par dire que ctt écrit étoit Talis qualis, ce qui Eût une application assex beureuse. Tout Paris ne parle que de ce pivvès perdu. 11 y a un plaidoyer imprimé contiv eux que je n^ai vu. mais je doute qu'il aille aussi loin que celui des Pa:squier^. des Versons et de M. Duméoil qui stHit de Taun^v 15^%, Li oia>e a été jugée sur Tin- \alKtite de Tesi^rit, et ivla nV^a5|^*be pis que Ton parle de rincaivftcile à 1 avenir. IK%a> rafCAire dWubeVcourt, M. l!!^i tit un U-^AU r.>ca>.Hrv iv -jLr oocriser toutes les erivuts des artvtï>î<>; :î e^t lUns le recueil des factnms de l.\\>u et i>te Kicu u :\m aux v'>r: j>dâte*irs d'arrrts.

i>ïi Assut\* ^,>«r Vo.l;; vîc Nuiii-MA-r sera entièœment ré- \v\4;îf , r. \ A ,v3i5sej V :;^tç ,v.v«> q-jiM fa:: plùier le monde; WAs AU r*>xvn> il A.:rA ;>^:\vî.::; ;::i ion eîïet, puisqu*il î5o;> A ^î^^r^r^- Xv^ln? î*xrf ciî t<i >; ei^.'eiient. ie le drainai hîtT À M. N^xTv:* o,,; « v;, ^>: i^>^ :^,^i> j^g^ des Re-

Ta. îr,\^\v dAr> I Jf sv.--' >f • Ar.%^-irt d« TvV de belles- ]\ii^4;ïr> ;vcr li> Nt\ r; :jl.ï>cs .il "^a:. < : dAXi> ks Offtes de

l >*<K rî .V,; \v%5^ :r.v, X * ■:tcz ^ j. à .«.v,. c -:. e< iifC* grand au—

Lettre XIX\

A Paris, ce 17 août 1730.

On m^apporta hier de votre part et avec secret, MonsievLTy les trois volumes de Lettres de M. Pellisson, dont je vous fais un très-humble remerciment (1) . Je ne puis que louer votre générosité d'avoir bien voulu donner au public un si rare présent. J'en ai aussitôt lu quelques-unes qui m'ont enchanté par leur simplicité, leur exactitude, et une je ne sais quelle grâce qui ne le quitte point dans les moindres détails. C'est toujours M. Pellisson partout, et je suis, bien aise de le retrouver parce qu'il m'a plu de tout temps. Voilà tous les gens de guerre et les gens de la Cour qui vont être bien contents de lire ce Journal, où OD va trouver les campagnes du Roi, ses voyages et tous les incidents qui arrivent dans ces occasions. Il ne nous manque plus que les Lettres de M"' de Scudéry pour rendre le présent parfait. Je vous dirai entre nous que l'extrait de Tabbé d'Olivet m'a paru un peu trop sec, et surtout le chapitre de la mort; quand il auroit rapporté, comme historien de l'Académie, ce que dit M. l'archevêque de Cambray, son successeur, dans sa harangue à cette occasion, cela n'auroit rien gâté, et c'étoit un témoignage pris dans l'Académie même. Quoi qu'il en soit, ce que je tiens de vous, Monsieur, et de lui par vous, ne doit point être

(1) Boubier avait écrit : n Vous aurez ces jours^ci un livre nouveau tiré de « ma bibliotlièque ; ce sont des Lettres de M. Pellisson, écrites dans le cours « descampagpies où tt tnivoit le feu Roi tant à M"*' de Scudéry qu'à quelques « autres ; je l'avois fait copier sur les minutes que l'auteur avoit gardées . 11 « y a beaucoup de clioses curieuses. L*abbé d*0livet, qui les avoit vues chez N moi, a tant fait quMl m*a fait consentir à les rendre publiques. Je lui ai « mandé de vous en remettre un exemplaire de ma part. . . Si on osoit im- « primer de même mon Journal d* Henri IV, fj consenlirols encore à cause « de vous. Mais il y a des choses trop hardies et quelques-unes même de « gaillardes. »

repris, et je n^ai que des remerclments à vous faire de votre gracieux souvenir.

Dès que notre Palais me donnera un peu de relâche^ je vous ferai un paquet où vous trouverez le poème dont je vous ai parlé et quelques autres pièces qui vous amuseront. Je ne puis trop faire pour vous marquer ma tendre reconnaissance. •

On ne parle ici que de H. de Bonneval, qui ne sachant plus que faire, s'est faitTurc. On le dit bâcha de la mer, et on demande si ayant à présent tant de femmes^ la sienne ne peut pas demander un autre mari (1).

L'affaire de M"* de Chevilly avec messieurs ses frères est finie^ la transaction signée^ et je suis très-content d'avoir vu traiter cette paix.

Lettre XX'.

A Paris, ce 30 aoAt i729.

J'ai misy Monsieur, un paquet à votre adresse chez votre correspondant ordinaire, où vous trouverez le poème latin dont je vous ai parlé (2), un factum de moi dans Faffalre de Maslin avec Farrèt au bas, où vous verrez que ma défaite est bien moins grande, que Ton a conservé l'exception civile du fait d'adultère, et que Ton a débouté le mari de ses demandes en séparation. J'ai gagné plus des deux

(1) Madame de Bonneval s'en garda bien et honora ce veiiTage, que Tinconslance d^un aventureux mari lui faisait de son vivant, par une tendre fidélité Lien rare de son temps. (Voir Sainte-Beuve. Causeries du Lundi,)

(2) Bouliier répond, le 30 août : « Vous ro^avez fait grand plaisir de m*en « nommer Tauteur (du poème sur la Chambre ardente), je i*ai connu, et tout (I vieux qu'il (floit, on voyoit bien qu'il avoll eu du feu et de l'esprit. Vous « Tcrcz bien de tÂcher d'avoir la traduction du poème. Peut-être vous donnen ra-t-elle des lumières pour en faire la clef. J'ai grand regret de n'avoir « pas eu cet ouvrage du vivant d'un de mes grands-pères maternels qui avoit « été de In Chambre de justice; il m'auroit dévoilé toutes les épigmes de ces « vers. >»

tiers de la bataille, et il y a encore un champ ouvert pour gagner Fautre. Il y a un exemplaire de ce factum pour notre ami H. Fleuttelot. Vous trouverez aussi un autre Mémoire dans une affaire de religieuse et la Lettre de M. Petitpied dont je vous ai parlé, où il est question de FusiAre et du figurisme. C'est un double que vous pouvez garder avec toutes les autres pièces, hors le poëme, qui m'a donné bien de la peine à copier, ce que j'ai fait exprès pour vous. Il faut que j'attrape cette traduction françoise qui est à côté. Il y a des chiffres en marge dont vous ne devez point vous embarrasser, parce qu'ils renvoyoient à une table qui n'est plus, mais avec la liste j'ai déjà sup« pléé des faits que j'ai marqués aussi en marge, et vous en pourrez ajouter d'autres. Le poème vous parollra com« posé avec la facilité d'Ovide et peut-être avec sa superfluité. Entre nous, l'auteur est H. Turgot de Saint-Clair, mais c*est un secret que je ne dis qu*à vous et qui est bien placé. Dans l'éloge modeste qu'il fait de lui au nombre des commissaires, il n'est pas difficile de reconnoitre qu'il est le poète. Voilà une pièce rare et qui n'est plus unique.

Je vous ai remercié du présent des Lettres de H. Pellisson et garderai le secret. J'admire comment ces matièi'es de guerre, de fortifications, de sièges, coulent de sa plume comme si c'étoit son métier, et cela me persuade que les grands esprits sont de tous métiers^ Il y a de bonnes flatteries pour le Roi et il ne semble pas qu'il y touche. N'avez- vous point les réponses de M"* de Scudéry ? " cela interromproit le Journal ^ mais il en seroit plus orné. Puisque vous avez donné l'un, il faut bien accorder l'autre, il en est comme des faveurs (1) :

(1) « Voiis avez pu Toir par ma dernière que je n*ai point les réponses dii « Mii^de Scudéry; il faut que M. Pellisson ne les eût point gardées t'Ai* ^^i*^^ • ment son neveu qui étoit homme d*esprit, les auroit conservées, et ne me « lis auroit pas carli<H». u

M CORRESPONDAMCE WÊDITE.

Maînte fine a perda set gants.

Et femme au partir 8*est trouvée , Qui ne sait la plupart du temps Comme la cbc«e est arrivée.

Pendant que nous en sommes sur la séduction, je ne vois aucune raison de refuser le Journal de Henri IV, et c'est à cause qu'il est hardi et gaillard que j'en ai plus d'envie. Je ne demande pas un privilège pour l'impression ^ mais une bonne édition de Genève qui ne sera point retranchée, ou une de Bruxelles^ pour suivre le premier Joumalt si toutefois Foppens n'est point jin fripon. Cela ne peut point être plus hardi que ce que nous avons de l'ancien. On m'a envoyé d'Angleterre un projet de souscription pour une nouvelle édition de V Histoire de M. de Ihou en latin ; il y a deux feuilles de V Histoire qui en indiquent la forme et Texécution. Il y aura au bas les passages supprimés^ les variantes des autres éditions, et les noms latinisés seront mis en françois. Lô caractère est beau, il y a une feuille entière des souscripteurs anglois, où je trouve beaucoup d'avocats (1).

C est un M. Bukley qui entreprend cette édition, et qui a eu de bonnes correspondances en France et ailleurs. Avec 06 projet, on m'a aussi envoyé deux lettres de H. Bukley à M. Mead, docteur en médecine à Londres, où il y a des choses fort curieuses, et entre autres l'extrait de plusieurs lettres latines et françoises de M. deThou, qui sont encore manuscrites et que l'on mettra entières dans le septième et dernier volume avec plusieurs autres pièces appartenant

(1) « J« tuU bien lise qu'on réimprime en Angleterre V Histoire de M. de « Tbou non tronquée... Ce Kfie nuroit en besoin de noietea phMieurt en- 4 droiU, imiê tih» deniuideroient un bomme consommé dins notre histoire. « IVNMtottt In dsmière régence» Coutelier împrieM une fort belle lettre de ce « IMPésideut «u iwHklent Jeinnin, an sujet de ce que M. de Verdun liû nvoit Bé « firèMi^ |MHir U iMTvmière présidence du pnrWment de Péris. U doit y nvoir ^ un i|nin«l nombrî^ d*nulre$ lettres de ce ny4^mt pnmù les mnnnscnts que « M. Joly de rieury «voit tie M. le président de Meynacd qui Tcnoitnt de « MM. «lu ruv. •

à cette Histoire. Voilà une belle entreprise^, il faut que vous ayez ces deux lettres à H. Mead, où il y a de la critique, non pas si bonne que celle de Bayle, mais qui n'est pas à mépriser; c'est le bonhomme Desmaizeaux qui fait envoyer cela par T ambassadeur d'Angleterre. Je crois que Tabbé d'Olivet en a un exemplaire qu'il peut vous donner.

Je connois M. Pope et son mérite, et un Art poétique d'un si grand poète doit être un ouvrage excellent.

Lettre XXf.

A Par», ce 38 août 1729.

Védit de Saint-Maur est révoqué, Monsieur, et sans doute vous avez à présent cet édit de révocation pour le registrer. Depuis 160 ans qu'il dure il a fait assez de mal, vous y avez mis la main autant que vous avez pu , vous avez déchargé la mémoire de H^ le chancelier de l'Hôpital de l'introduction de cette loi barbare et hétéroclite, et vous en avez montré tout le danger. Enfin M. le Chancelier, dont le dessein est de tout réduire à l'uniformité s'il peut, et peut-être au droit écrit s'il osoit l'entreprendre, comme vous le verrez par l'édit dernier où il fait un si grand éloge de ce droit, est venu abolir cet ancien édit. Vous reconnoltrez bien qu'il est de sa façon et de son style noble et sublime, et vous n'omettrez pas de remarquer certainement que si la faveur a eu part au premier édit, elle a bien eu quelque petite part à ce second, où la Provence est si bien traitée et les engagements avec elle sont si publiquement reconnus. Quand la faveur ne fera que de ces coups-là, je l'embrasserai de tout mon cœur, et je me détermine à être courtisan. L'édit est donné à Versailles au mois d'août 1729, registre le 20 août; il prévient et prévoit les contestations passées et à venir, et votre livre servira toujours pour les succès-

sions ouvertes avant Tédit , sans compter les questions * incidentes de la substitution pupillaire et autres.

On a donné au public un arrêt du 15 février dernier, qui sert de règlement pour la coutume de Senlis^ et cela s'étendra à plusieurs autres. 11 juge que Fun des con* joints, soit qu'il ait des enfants ou non, ne peut donner aux enfants de Pautre conjoint, nés d^un précédent ma- * riage, nonobstant la distinction portée par l'article 283 de la coutume de Paris, qui ne s'étend point aux coutumes, où la même distinction n^a pas été insérée. Vous savez que cet article 283 fut mis dans notre coutume par une intrigue assez semblable à celle de Tédit de Saint- Haur, et que cet article a fait autant de procès que Tédit. Mais il est dans une coutume, et il faudroit des États pour le révoquer. N'est-il pas étonnant que les lois publiques aient de pareilles taches? Je travaille dans une semblable question sur la coutume de Vitry. J'ai fait une tradition et une Chronologie des coutumes et des arrêts ^ qui est un ouvrage critique, que je ferai imprimer le Parlement prochain, et j'aurai l'honneur de vous le présenter. On a mis, dans ce dernier arrêt, des motifs courts qui ont été dressés avec M. d'Àguesseau, avocat général, lequel avoit parlé dans cette affaire jugée à l'audience.

M. de Sainte-Maure a reçu ordre du ministère de se défaire de son régiment et d'aller recevoir la taxe au Trésor royal. L'oncle est allé à la Cour pour mettre le régiment sur la tête de l'autre frère, mais il n'a rien, et l'ainé voudra être payé. Cela ne nuira point au procès de séparation : voilà l'affaire du Luxembourg bien au net.

On est toujours dans l'attente d'un dauphin, nos grands vicaires ont renouvelé les prières.

Les Nouvelles ecclésiastiques nous annoncent une dénonciation de Y Histoire de M. de l'abbé Fleury dans les Pays- Bas. Si on nous ôte cela, où irons-nous? Il y a un codicile de H. d'Apt aussi plaisant que son testament. Bonjour, Monsieur^ de tout mon cœur.

LErrRE XXIl». 57

H. le maréchal d'Estrées sera reçu duc et pair demain Parlement.

LeUre XXIP.

A Paris, le 38 août 1729.

11 y a une jeune et jolie dame qui se meurt. C'est I^** d'Argeni, fille de M. Bontemps. Elle craignoit fort le ^onnerre^ il est tombé à Bondy où elle étoit, chez M. Pinstonneau; tout lui a remonté, le dépôt s'est fait sur la poitrine, et malgré six saignées du pied que les Chirac et les SSidobre lufi ont fait faire, on croit qu'elle va mourir; elle Q reçu tous ses sacrements avec bien du courage, elle s'a que trente-deux ans (1). On a bien du regret à mourir A cet&ge-là. Je connois un«galant homme qui s'en désespère; ce n'est pas son mari.

Tout le monde lit avec grand plaisir les Lettres de PellisBon , les gens de guerre encore plus que les autres. On y voit bien des gens loués; mais croyez-vous que les Girardin, lesLouvigny, de race huguenote, et les Parabère, avec le mot du duc de Veymar, soient bien contents?

On dit que H. deBonneval n'est pas Turc, mais qu'il est en Turquie; c'est un père Séraphin, capucin, qui a fait cette négociation -là. Le Grand-Seigneur a envoyé au devant de lui de beaux chevaux, des vestes, un turban , mais ce turban ne lui sert que de bonnet, et on croit qu'il porte des plans de quelques places des Vénitiens, desquels '1 n'a pas été content. Si cela est, il est pis que Turc, si pis y a, puisqu'il est traître à des gens qui lui ont donné titrai te.

Vous devez bientôt recevoir ce que je vous ai envoyé

(1) • Il est Iriitede ?oir périr d'aussi jolies femmes que M^e d*Argeni. • AC àistnate sit, malx (enebrXf vobis qu« amnia belta devoratis, » (Bouliier, «<>ûl 1729).

68 œRRESPONDANCE INÉDITE.

^ par votre correspondant, et vous aurez de quoi vous amuser. Vous me renverrez le poëme le plus tôt que vous pourrez , afin de faire écrire la prose à côté si elle me vient.

La nouvelle du cardinalat de Tarchevéque d'Embrun s'est répandue ici , et on dit qu'il a fait mettre dans le Bréviaire rofnain la feuille du Saint-Hildebrand. Cela seroit bien hardi, et je ne sais si le parlement de Grenoble le souffriroit. On dit que déjà H. de Montpellier crie ; voilà donc la mèche découverte; nos ennemis sont les ennemis de FÉtat, et la proposition 90 n'a pas été censurée sans raison. Le bruit est qu'il va écrire une longue lettre au Roi sur cela^ et j'ai bien dit qu'il y auroit une guerre nouvelle.

Notre archevêque a affermé son bénéfice 150,000 fr. et son secrétariat 125,000 fr.; il ôte notre bibliothèque de l'archevêché, et nos rieurs disent qu'on lui a dédié /( Cuisinier français avec des commentaires. Il doit avoir demain ses bulles. A Rome, ils ont voulu, avant de les donner, avoir des certificats des grands vicaires contre les rétractations et déclarations du cardinal de Noailles, fondés sur sa maladie et son imbécillité. On vient de me dire cette nouvelle, que je ne crois pas trop.

On m'a fait présent d'un manuscrit qui contient la défense de H. François-Auguste de Thou, décapité en lOt^S. Cela est composé de treize ou quatorze parties bien écrites et où on avoit reconnu le style de H. Dupuy. Je crois que c'est l'ouvrage dont parle le père Lelong, n" 1^355^ sous le titre de Mémoires et tnslruclionSy et que je viens de voir annoncer dans le projet de souscription d'Angleterre comme devant être imprimé au 7* tome de M. de Thou. Il y a des choses curieuses, savantes pour le criminel, recherchées pour l'histoire et horriblement satiriques contre le cardinal de Richelieu. Avez-vous ce manuscrit ? Si vous ne l'avez pas, je n*ai rien, Monsieur, qui ne soit à vous plus qu'à moi, et vous pourrez en user comme vous il

LETTRE XXIIK 59

plaira. Je vous embrasse de tout mon cœur. — On attend un dauphin d'un moment à Pautre.

Vous avez bien lieu d'être content si votre livre fait sapprimer Fédit de Saint-Haur : la brigue Tavoit fait naître et la science le fera mourir.

Lettre XXIII*.

A Parii, ce 2 leptoDbre 1729.

La souscription de V Histoire de H. de Thou est de 9 guidées, et elle se reçoit jusqu'au mois de novembre par H* Alexander, banquier à Paris, rue Sainte- Apolline. Je tâcherai de vous envoyer le prospectus avec les lettres à V- Iféad; les années seront marquées en marge, mais les ^inia manqueront, et je crois que l'éditeur n'est pas bal^Uc assez pour distinguer les sens précis, et pour coni^oltre le point de transition. La lettre sur la préférence Ae M. de Verdun ne lui est pas inconnue, je ne sais s'il ^ fboillédans le trésor de M. le Procureur-général. J'é- <^r'irai au sieur Desmaizeaux sur ce que vous me dites de l^ perfection de cet ouvrage.

L'alfiùre des tableaux des jésuites est accommodée; ils eu ont rendu 106 en nature et payé le prix de 25 qui manquoient, avec les dépens. Ils ont bien fait de finir ce pYocës, et auroient encore mieux fait de ne le pas com* mencer ; ils ont couru grand risque le jour de la sentence. Notre archevêque a déjà usé de son autorité : il a fait «ortirde l'Oratoire un jeune prédicateur qui avoit, dit-on, lait un parallèle du cardinal de Noailles et de lui ; cela ïi'étoit pas vrai, mais il y avoit quelques phrases prophétiques sur les mauvais pasteurs, et on en a fait une Application maligne. Tant il y a que Je procureur géné- ^ Ta mis dehors, et s'il ne l'avoit pas fait, la lettre de *^*chet étoit toute prête. L'archevêque n'a pas encore pris P^^ssession ; les uns disent que ses bulles ne sont pas arri-

véeS| d^autres qu'elles sont arrivées et ont été renvojéei à cause des clauses insolites. Le Saint-OQice a donné ni décret contre Tarrèt du Parlement de Paris sur la légendi do Grégoire VIL Ce décret a été affiché. Les Bénédictins^ Rome, que Ton poursuivoit pour je ne sais quoi, se son retirés à une vigne du cardinal de Polignac; les sbire les ont suivis y mais ils ont été arrêtés par les armes d France que le cardinal a mises sur sa porte. Le cardina Coscia a dit au cardinal de Polignac qu'il nesavoitpoii su religion, et Tautre lui a répondu qu'il ne savoit poii los matières d'État.

Voilà ce qui se débite ici. L*arcbevèque d'Embran fait un mandement sur la légende^ et cela fait croire qa' n'a |Kis la nomination que Ton dit. L*évéque de Metz c a fait aussi un sur la même matière, dont on parle beai ctmp ot qui est du style de son acceptation, qui éloit sintrulit^rtv Je ne Tai pas encore vu, mais j'écrirai à H. <

Brilhac à Thionville pour lavoir

La nouvelle du régiment de H. de S. M. <

un |>eu ohanjrve : Toncle a tant crié, qu'il est resté ta i ^eu« mais ou cr»it que ce n^esl que pour on temps.

\jt manuscrit de la Dtftnsf de H. de Tkoa est fbrt gi el \\Milient plusieurs^ pièces sêpaiêes <|m sont de ou habile. Cel^ii $cm imprime dans U Doordle éditilkii rili4Minr« aiiMÙ U Kvp^^ en deviendrai inatile. Voos \VM^viivKVrt le Ntu(^ de ortte editk«i : toQt ce que je s c>M .)ue Wpl^ onuKfe $«^Mur< d'Ançklem ont a ^HTtK d ib ii'eisite^Kle&t p^rùca qmtad oa ne leur ti

K«^js>k»$j^\vvijs»{v«r vTwr«rr'd'Ar«ttîs: Sir )«^^ «MuNm «mt Jtn^M^ rtc. . <f fapfwdf ea ce i ^(*^t 1^^ t^W ^ xwsi^rt K << ^i.^<ujif A {«r&i coaaoîasu vV* x^^( àf «w ^:^ 4Jass. it »:« >k V" de la Sa

eolaot mort^ et ne laisse point d'enfants à son mari^ qui fa taée en lui eu faisant. Je renouvelle donc mon Lamen-

' êHUcarmen :

Pleurez, dtoyeas de Paphos,

Jeux et Ris et tous leurs suppôts, etc...;

Le Parodié Perdu a ses beautés et ses défauts y mais ses I Iwaatés sont plus grandes ; les lieux que vous avez marqaéssont au delà du beau, et on doit beaucoup à celui qui nous a mis tout cela en françois (1).

Lettre XXI V.

A Parit» ce IS septembre 1729.

Vous pensez bien. Monsieur , qu'au milieu de toutes les Naissances de la naissance du Dauphin^ arrivée le 4 ^ptembre, notre commerce a* dû être \xn peu interrompu, fc vous renvoie à la Relation qui été faite de toutes ces joies au Bureau dadre$$e, où le détail est très-suivi jusfQao jour que le Roi est venu à Paris et a soupe à THô-^ tel-de-Ville. On y a oublié un Te Deum qui fut chanté fto Palais y le lundi 5^ en grande musique de la Sainte- Chapelle^ et Tinterruption du Palais le lundi et le mardi, âo rentra le mercredi^ au grand déplaisir de H*"' de Mar*

(1) n noot semble cnrieux de donner Popinion motivée du président Bou* ■r sur le poème de MOton» à titre de témoignage du goût IKléraire d'alors les hommes tes plus compétents pour bien juger. Voici ce qu'il écrit, le M août et le 7 septembre : « J'ai lu enfin le Paradis perdu. Il est difficile de « foir plus de feu et d'imagination dans un poème. Mais il y a trop de diables « et de diableries. Il y i d'ailleurs an trop grand étalage de science et de « dioses pédantesques. Le poème, à mon avis , ne commence à devenir gra* « ciea& que quand on voit Adam et Eve. Rien n'est plus joli que le dialogue

• CBtre elle et le serpent, à l'endroit où elle fait succomber le bon Adam.

« Il est sûr que le 7* livre du Paradis perdu est d'une beauté parfaite. « Il y a aussi dans le reste des endroits admirables, beaucoup de feu, de génie

• d même de savoir. Mais ce sont presque partout de ces beautés noires,

• teml^bbles aui peftuares do èucrcliin, qui n^onl pas asset d'agrément. »

cbainville, qui seule pleura ce jouMà, car elle perdit soi

procès contre son mari, par arrêt qui a confirmé la sen

tence de Chartres, malgré les conclusions de M. Gilbert

qui alloient à lui accorder la preuve de certains faits

Cet arrêt va rendre les séparations moins fréquentes 1

Parlement prochain, mais Texemple ne devoit pas tombe

sur une des plus jolies femmes que Ton puisse voir, c

encore moins dans un jour de fête «et de réjouissance

publiques. J^en ai été bien fâché, car elle étoit ma clients

et vous noterez, pour aggraver ma peine, que ce mèm

jour il y eut, le matin avant Taudience, un arrêt, au ra[

port de M. de Vienne, qui ordonna que M*"^ de Saint<

Maure se retireroit dans huitaine dans un des couvent

indiqués par son mari ; qu'il pourroit reprendre les mei

blés qu'elle a, et lui en donner de convenables pour !

couvent, et qui fait main-levée des saisies par elles fait

es mains de H. de la Neuville. Ainsi , Monsieur, la nai

sance du Dauphin n'a pas été heureuse pour les femme

Vous serez à peu près content de ï Histoire de M. c

Thou. Voici ce que porte le projet. L'auteur ayant spécifi*

« dans les Sommaires des Livres , les chefs ou principal

« articles de chaque livre , on a divisé le leicte en paragn

<c phes, conformémentàcescheCsetindiquéàlamargei'

c< vis-à-vis de chaque paragraphe, les matières qui y soi

a contenues, en se servant des propres termes du sod

c( maire. Par ce moyen, aussi bien que par la date des ai

a nées, qui esta la marge, et par les noms des rois qui soi

« aubas de la page, le lecteur pourra trouver toutd'aboi

c( les passages qu'il voudra consulter... Je vous transcr

les propres paroles. Dans l'exécution du Prospectus y c

voit, en effet, ces années placées en chiffre romains, L

divisions du texte relatives aux sommaires et les son

maires rapportés à côté de l'alinéa ; mais cela a Ta

grossier, l'article n'est pas en lettres majuscules, et il n

a point de chiffre qui marque la section ou le paragr

phe. Vous savez que le premier qui imprima cette hi

ioiie à Francfort y mit des articles et des sommaires ^ et cnéine quelques notes, et on lai chanta mille injur^, que j'apprends par les lettres de M. Bukley à H. Mead : appelait cette entreprise affreuse. Voyez le goût de temps-là! Enfin, comme je vous Tai dit, vous serez peu près content.

La souscription est de 9 guinées pour le pelit papier, paye quatre guinées en souscrivant et le reste en re- <2evant un exemplaire. La guinée pour remettre en Angleterre, vaut près du louis de notre monnaie (le grand ]papier 12 guinées).

Il vient de paroitre une LeUre à M. de Soissons (en 60 pages in-4°) sur les promesses faites à l'Église, où on réfute le système du prélat. Cela parolt avoir été fait dès Tannée 1723, et ce n'est que la première des quatre Lel" ires que Ton nous donnera. Il y a de Télévation et de la pénétration d'esprit. On y prouve qu'il y a bien des vérités révélées qui ne sont pas décidées, et que les vérités que rÉglise ne décide pas peuvent être très-importantes et même nécessaires, et que des vérités très-importantes peuvent être combattues par le plus grand nombre et mises au'nombre des erre^ursi, comme est Tindépendance des rois^ ce qui a donné lieu à Tauteur de traiter ce dogme historiquement et curieusement : c'est un morceau qu'il faut avoir.

Je me suis trompé si je vous ai dit que Tarchevèque d'Embrun ait fait un mandement contre la légende; c'est tout le contraire, on ne l'a pas encore vu ici. J'ai vu celui de M. de Metz, qui est bien fait, et qui fait sa cour au Roi , à l'empereur, au duc de Lorraine et à quelques autres souverains qui ont des terres dans son diocèse.

Notre archevêque n'a point perdu de temps : il a proposé Vaccéptation de la Constitution, dès qu'il a eu pris possession. Chapitre indiqué, le 7 ; il y a 25 acceptants pour accepter simplement, sept avec modifica lions et quatre refusants, qui sont MM. d'Eaubonne, Guichon, Courcier et Che^

valier^ dit \e Romain; il a fait an mandement assez mal bâti sar la procession générale pour le Dauphin ; il comùience par dire qnau milieu de la joie publique il est consolant pour lui de faire sa première fonction, etc. Je n'avois pas entendu dire qu'on eût besoin de consolation dans la joie.

M. d'Aguesseau^avocat-généraly est conseiller d^État à ]a place de H. Rouillé du Coudray. Il ne pensera plus an règlement général dont vous parlez, pour les coutumes semblables à Senlis; mais nous aurons toujours le parti* culier et les motifs courts avec le titre, qui est de sa façon. Je songerai à une chronologie critique et vous en aureat des premières.

Il me semble que vous revenez un peu pour Hilton; il a bien fallu mettre du noir avec les diables. J'admire comme vous le 9" livre et d'autres encore, et partout cette merveilleuse traduction, qui est un chef-d'œuvre.

Demandez aux Flamands ce qu^ils trouvent à redire à V Histoire de Tabbé Fleury, il y parle de l'indépendance des rois et on n^est plus de ce goût-là. Je ne sais ce que c'est que les Nouveaux Mémoires de V Histoire de Bour* gogne, ni Tauteur ni son sort.

Jla guinée est de 22 liv. 1 sh. et c'est sur ce pied que M . le Chancelier a souscrit; mais il a souscrit pour le grand papier.

L'acceptation parolt pure et simple par la conclusion capitulaire du chapitre de Notre-Dame , parce qu^elle y a été formée à la pluralité des voix, et on n'y a même pas fait mention des quatre opposants, qui ont fait signifier leur opposition par un acte.

Lettre XXV.

A Paris, ce 10 octobre ITtt.

J'ai fait des tours à la campagne. Monsieur, je suis re« venu à Paris et me voilà prêt à répondre à votre lettre

du 30 septembre. On m'a remis de votre part votre der- ^ nier écrit contre le Gros-Jean ou son apologiste, qui m'a paru vif, bien écrit, bien savant et bien plein des son marotiquessur le nez et sur le grouin des deux indignes adversaires que vous avez. Je vous en remercie bien ; cela me fait rire et m'instruit.

Vous avez dit plaisamment que votre province est trèspindarique. On reconnolt bien là l'auteur du Greffier solaire j mais non pas un député de l'Académie françoise, qui devoit parler dignement dans une telle occasion (1). Je mesouviensy à ce propos, de ce que dit Sarrazin contre de pareils harangueurs ,

Dont les uns vont tremblotant Et les autres barbotant.

Si bien quMl vaudroit mieux écouter des corneilles Que ces persécuteurs d'oreilles, Qui sont, sans en excepter un.

Les plus grands ennemis du goût, du sens commun.

Voilà une assez bonne critique de toutes ces harangues de réjouissance, et je crois que vous irez reprendre votre Sarrazin, pour lire cette pièce qui est charmante ; elle est adressée à M"* la princesse de Condé.

J'ai vu un M. Bret, doyen de votre université, qui m'a dit de vos nouvelles, et qui soutient que vous avez raison sur le droit écrit. J'en crois encore plus vos ouvrages que lui.

H°'MeHarchainvilleestencoreici;son mariluianommé un couvent à Chartres ; elle veut bien y aller, pourvu qu'il lui paye 15,000 fr. de provision à elle adjugée par arrêt pendant l'instance. Le mari dit que larrét définitif a éteint la provision ; elle dit, au contraire, qu'il faut qu'elle

(I) Bouhier a?ait écrit, le 7 septembre, que sa Tillcdc Dijon et la Bourgogne avaient célébré la naissance du Dauphin ayec des transports de joie et d*entl)ousiasme pindariques, raillant ainsi l'expression d'une. Iiarangue ofticielle dont Toraleur aTait dit que le peuple étoit le Pindare des bons rois,

T, IV. îî

66 œRRESPONDANCE ll^ÊDITE.

paye ses dettes et ceux qui Pont nourrie : matière à nou* veaux procès, et cependant elle est toujours à Paris^ triste, languissante, sans rouge, et elle en est plus belle.

M"^ de Sainte-Maur s'est présentée à dix couven ts nommés par un arrêt du 7 septembre dernier, et tous les dix Tout refusée ; je ne sais ce que la Chambre des vacations va ordonner. Vous dites qu'elle ne choisira pas ceux dont double est la grille et le trou très-petit. Ce n'est pas îrau qu^il y a, c'est tour y et j'ai remarqué cette faute dans beaucoup d'impressions des Contes delà Fontaine : Jrou ne dit rien ; mais tour grand ou petit est bien différent. Cette petite remarque en passant ne vous déplaira pas. Si vous avez souscrit pour V Histoire de H. deThou à Londres, voici une nouvelle qui vous fâchera contre les libraires.: une compagnie de Hollande annonce, dans la (razette du 7 octobre, qu'ils vont donner une édition aussi, et plus complète que celle de Londres, à un tiers moins. Hais on ne nomme pas cette compagnie de librairie, et leur Prospectus ne paroit pas. Voyez quelle friponnerie publique l Les Anglcis se dégoûteront peut-être, et nous n'auronsrien. J'écrirai<2i^ pendant à M. Desmaizeaux pour la Table. Si les HoUaadois ont vent des alinéas, ils y travailleront : il n'y en a^ pas mal dans le Prospectus anglois.

Le chapitre de notre cathédrale a gobé bien vite Vhameçon, mais ils sont accrochés par le défaut de formalités et de signature du greffier, et ils se sont avisés qu'ils avoient accepté le mandement d'un évèque mort, le cardinal de Noailles, dont la juridiction étoit finie. Dua autre côté, les curés sont fermes : celui de Sainte-Marguerite^ du faubourg Saint- Antoine, a monté en chaire, après un prédicateur minime qui venoit de prêcher pour la Constitution, et sur-le-champ le curé prêcha contre, en sorte que les brebis ne savoient sous quelle houlette se ranger. Le mandement de l'archevêque ne paroit point encore nulle part; on ne sait s'il sera donné.

L'évêque de Montpellier en a fait un contre la légende

LETTRE XX V«. ni

de Grégoire VII, mais il trouve qu*il n'a pas pris assez de précautions sur l'excommunication des rois, qu'il avoue un peu trop franchement pouvoir être faite. M. Dupuy n'est pas de cet avis-là sur nos libertés, et tient que le roi de France ne peut être elccommunié. On pouvoit un peu dorer cette pilule-là.

J'aurai certainement les Mémoires pour Phistoire de France et de Bourgogne après ce que vous m'en dites, et j'admire toujours comme vous enrichissez le public de mille choses quiseroient perdues sans vous. Ce bon bénédictin devoit bien avoir un meilleur sort (1). — Les Lettres de Pellisson sont très-bien goûtées par les grands ; les sots disent que c'est une gazette. Hais quelle gazette ! Voilà comme César les faisoit.

Lepoémelatin, quoique obscur, s'entend avec de Taflention un peu forte et avec la liste des arrêts. J'aurai quelque jour la paraphj*ase françoise, mais il faut que cela vienne de loin. C'est toujours beaucoup d'avoir tiré ce

(1) Bouliîer avait écrit, le 20 seplenibre : « Les Nouveaux Mémoires pour « VfAstoire de France et de Bourgogne sont imprimés tout non Tellement à a Paria chez Gondooïn, quay deCont», en 2 petits toI. in-4'*. Il y a un journal « très-curieux d^un iKMirgeois de Paris de ce qui s'y est passé depuis 1408 M jusqu'à 1449. Il faut le lire pour nous trouver heureux d^estre ni^ en ce « tiècle-ci, malgré même les événements de la rue Quinquempoix. Ce journal •( tel suivi d'une histoire très-curieuse de la mort fatale de notro duc Jean à « Monlereau, avec les preuves. Ensuite on trouve une julinité de choses cu- « rieuses, touchant Tétat de la maison de nos derniers ducs et leurs officiers. « Tout cela avoit été ramassé par uu bénédictin nommé don Guillaume Aitbée, ■ qui a passé ici 7 ou 8 ans, travaillant à l'histoire de notre province. Je lui ai •« fourni une l>onne partie des matériaux quHl a employés et lui ai fait ouvrir « les portes de notre chambre des comptes, où il a trouvé le reste. Peu après la « inort du feu Roy, comme il n*adhéroit point au parti de ses confrères tes « Auti-Constitutionnaires, ils lui ont fait mille niches, l'ont confiné en une pe- « Ute communauté près de Ne vers, et Tout enlin ohligô à se sauver. Il étoit « allé à Rome, où je crois qu'il avoit obtenu un Bref pour passer parmi les « bénédictins non réformés. Quoi qu'il en soit, il étoit allé à Paris, l'année dern nière, et y avoit fait marché avec des libraires, poui imprimer cet ouvrage, m lequel étoit commencé, quand il est mort de misère en un petit cal)aret a borgne, à ce qu'on m'a mandé. C'est dom Vincent Thuilier de Sainl-Ger- « main qui a achevé sa besogne. Voilà l'histoire que vousavei souhaitée. »

morceau rare et unique. Au reste, vous avez bien raison^ on ne voit non plus d^empoisonneurs que de sorciers de — puisqu^on les laisse là^ et je crois que si on en faisoit autant aux molinisteset aux jansénistes^ on n'en verroit pasH davantage : voilà comme le monde est fait, mais nous née le réformerons pas.

Je viens d'apprendre que Y Histoire de F Académie fran — çoise y de l'abbé d'Olivet, est imprimée en deux velu— mes in- V^ et aussi in-t2 ; elle se débitera à laSaint-Hartin^. et cependant je sais qu'il en doit partir demain un exem— plaire pour l'Angleterre, ce qui s'est fait sans que Tabbé le sache. Je ne croyois pas qu'il pensât à imprimer cette llisloire qui ne restera pas sans critiques; il ne lui fauf parler de rien jusqu'à ce qu'il ail présenté son ouvrage à l'Académie.

Les quatre grands vicaires sont H. l'abbé de Gontaut, l'abbé de Cosnac, M. Couet et M. Vivant.

L'abbé Couet est aussi officiai. Il y a douze lettres de cachet expédiées pour exclure autant de personnes de rassemblée générale de l'Oratoire qui va se tenir. M. Hérault est nommé pour y assister de la part du Roi. Le Parlement voudroit avoir M. Trudaine pour avocat général. . M. le procureur général en veut bien faire les fonctions pendant cinq ans pour y mettre son fils; il ne parolt pas qu'on incline beaucoup pour M. Chauvelin. La Ville a donné, hier lundi, un grand dîner au cardinal , à Farchevôqne de Paris et à tous les ministres françois et étrangers. M. Hérault y étoit.

On no cesse point les réjouissances publiques, et M. Bernard a eu son jour particulier pour un feu d'artifice et un repas de cent personnes. On ne doute pas que la reine Stanislas soit morte il y a quelque temps ; cependant on lui a envoyé un gentilhomme ordinaire, aussi bien qu'au roi Stanislas, et la relation publique le dit. Bon pour le pyrrhonisme historique.

L'affaire de Chessy est entièrement jugée : il y a plu-

LETTRE XXVr. 69

sieurs questions terminées pour et contre. On m'a dit qu'on vousavoit envoyé un mémoire imprimé sur la matière du douaire. M. Des Coteaux, mari de M™® de Chessy, fera imprimer la consultation; je ne sais s'il fera imprimer leur arrêt, qui doit être fort long et qui ne me sera pas levé sitôt, parce qu'il coûte beaucoup.

Lettre XXVP.

A Paru, ce 15 nofembre 1728.

Je n'ai point répondu plus tôt à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 octobre. Monsieur, parce que j'ai toujours été depuis à la campagne, où j'ai pris l'air et un peu de repos. J y ai lu les Notes du nouveau Régnier y qui m'ont paru une sorte à! errata propre à un correcteur, et elles m'a uroient fort ennuyé, si je n'y avois trouvé de temps en temps quelques citations de manuscrits françois qui y viennent d'assez loin, mais qu'on aime toujours à revoir. Je ne croyois pas M. Brossette si pantagruéliste. Je soupçonne que ces passages lui ont été légués par le testament de M. de la Monnoye, comme les tableaux que M"* de Richelieu vient de répandre dans sa famille (1) : du reste, rien n'égale la beauté de l'impression des vignettes et du papier, et l'on peut dire, à la louange des Anglois, qu'ils savent l'art de rendre les livres très-chers.

J'ai aussi lu la nouvelle Histoire de V Académie en deux tomes, dont le premières! de M. Pellisson, qui m'a fait dire en voyant le second : Catlivavicinia, Il y a deux morceaux excellents dans ce 2* tome, l'un de M. de Fontenelle sur Corneille, l'autre de M. de Yalincourt sur Racine,

(1) M*"* de Richelieu a donné un tableau à cliacun de ses héritiers et a fait an légataire universel qui n'est pas de sa famille (c'est M. de Noailles, second fik du duc).

et cela. augmente encore la Calliva vicinia; le surplus est moins l'histoire de TAcadémie que des académicieuSi et j'ai été bien étonné qu'en parlant de Bayle à propos de rien (1), Tabbé D. lui applique deux vers d'Amyot ?

Maudis sois-tu qui vas faisant recueil Des maux de ceux qui gisent au cercueil.

Et qu'il ait mis dans la table : Bayle {Pierre), censuré au sujet de son goût pour la médisance.

Voilà ce qu'on ne lui a jamais reproché, et M. l'Abbé, qui révèle la démence de l'abbé de Cassagne, enfermé à Saint-Lazare, etTinterdiction de l'abbé Cottin^ etladanse de H. Dubois, et la basse naissance de La Bruyère (sans compter le mauvais jugement qu'il en porte), ne mériteroit-il pas mieux Tapplication des deux vers du bon Amyot? Vous rirez bien de voir ce qui est dit encore sur l'article [Tome V^) de Desmaretz, que Bayle a donné trop déclaircissemenl sur les travers de cet homme, et qu'on n'a que de tristes réflexions à faire dans ce cas : ainsi il voudroit que Bayle ait fait un Dictionnaire moral au lieu d'un Dietionnaire critique. Vous rirez bien aussi de voir comme des auteurs décriés il prend en main la cause ; tels que Chapelain, qu'il nous donne pour un grand poète, Desmarets pour un homme d'un rare mérite, et ainsi de plusieurs autres, et j'ai trouvé dans l'article de Balzac sa critique bien courte, puisqu'il a mis Itiedans un endroit où il faut tue et qui fait tout le sens de la lettre qu'il rapporte. Hais peut-'ôtre Monsieur l'abbé a-t-il eu scrupule de rappeler cette rime peu chrétienne, et la morale l'a emporté sur la critique. Je ne vous dis rien sur l'article de La Fontaine, de celui de M. Huet et du plaidoyer qui le suit, où il soutient une mauvaise cause, et du peu de faits contenus dans cette histoire; et comme dans le récit du procès de Furetière il n'a point fait un abrégé du Mémoire de FAca-

(1) Article de Mézeray. ( ^'o(e de Marais,)

LKTTKE \\yV. 71

démitf donné au Conseil, et que H. Pellisson n'auroit point oublié, et enjGn de toutes ces réflexions hors de propos et inespéréei^ dans un pareil ouvrage.

Vous savez que je connois Tabbé, et qu'il m'avoit même communiqué son manuscrit (1).

Le nouveau mandement de notre archevêque avoit paru,, comme vous le dites, sage, solide et mesuré, mais il est venu des Réflexiom contraires assez bien écrites, qui jetteroient les gens dans le pyrrhonisme, si Ton n'y prenoit garde. Voilà une affaire interminable, tant que Ton souffrira tous ces écrits, auxquels on» pourroit donner fin. Cas Réflexions Axxvoxïi une suite. Il y a grand bruit, en Sorbonne, sur une lettre de cachet qui exclut de la Faculté les réappelants, et ceux qui n*ont pas signé le Formulaire. On a nommé des députés pour examiner les moyens d'éviter cette exclusion; ces réappelants ne sont point approuvés par aucun des deux partis; et en effet, si l'appel est bon, pourquoi réappeler, et s'il ne vaut rien, pourquoi réappeler encore? Le grand vicaire de M. de Senez a donné un mandement contre le nouveau grand vicaire du concile, qui a pris la place de l'abbé de Falcon. Mais à propos de ce concile, n'est-il pas singulier que notre archevêque n'en ait pas dit un seul mot dans son mandement, et que, pouvant ^'appuyer sur cette autorité, il n'en ait pas osé parler et qu'il l'ait comme abandonnée? Gela n'est pas dans les Hé/Imons et mérite pourtant réflexion.

L'évéque d'Auxerre a été excommunié à Rome, et son mandement brûlée Aussi il avoit bien à faire d'aller parler de la Ligue I On ne dit pas qu'il en ait été rien contre les autres évéques qui ont condamné la légende, dont il sera parlé longtemps.

(1) Je ne sais comment rAcadémie a approuTé cet ouvrage et Ta regardé comnte sien en cédant son privilège à Coignard, et vous trouverez cette cession asseï équivoque, {^ote de Marais.)

Vous VOUS êtes donné bien de la peine de copier ce poëme. J'aurai la paraphrase françoise^ mais elle sera longue à copier, et je n'ai plus de temps pour cela. Je pourrai peut-être vous envoyer l'original même; nous verrons. Voyez dans la Gazette de Hollande du. 25 octobre une grand apostille sur la contrefaçon méditée en Hollande àeV Histoire de M. deThou. Cet article estcurieux, et mérite d'être copié pour l'histoire de cette édition et de la littérature, ou de garder cette Gazette.

Je n'ai point encore vu YÈquilibre de M. Fouilloux, Vinquisition est grande sur ses livres. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur, et n'ai pas voulu donner cette lettre à M. Bret, qui vous dira de mes nouvelles de visu.

La lettre d'exclusion de la Faculté contient trois cas : 1° Les appelants et réappelants depuis 1720; 2° ceux qui n ont pas signé le Formulaire ; 3*^ ceux qui ont adhéré à M. de Senez, en quelque manière que ce soit; ce qui comprend tous les curés et prêtres et autres, qui ont écrit des lettres de félicitation sur la lettre des douze évêques au Roi, ou écrit à ce sujet.

Il paroit une lettre des grands vicaires, le siège vacant, écrite à M. le cardinal de Fleury, le 1" septembre, sur les vrais sentiments et sur la surprise des protestations et rétractations de Son Éminence.

On voit aussi un grand mandement de M. de Rayonne, et une rétractation faite par son chapitre de Tappel de 1719. Le chapelet défile, cependant on prêche à Paris; un vicaire a quitté la messe à moitié pendant que son curé publioit l'ordonnance de l'archevêque, et on lui fait son procès à l'officialité. TanltV ne animis celestibus irêB?

LETTRE XXVIl*. 73

Lettre XXYW.

A Paris, ce 29 novembre 1729.

On m'a remis^ Monsieur, le poëme latin, j'aurai la paraphrase françoi^e quand je voudrai , et je veux que sur celti votre curiosité soit entièrement satisfaite, car ce ne seroit avoir fait la chose qu'à demi. Je commence par là ma réponse à votre lettre du 26 novembre, dont je vous rends toujours mille grâces. J*ai bu avec M. Bret à votre santé, chez une dame de nos amies communes, et nous avons bien parlé du Sagon.

Il doit être à présent à Dijon. Je sais qu'il a passé quelques jours chez M. de Vaudrey.

Je viens de recommencer mon travail avec plaisir, car le fond de l'affaire de M"* de Chouppes ayant été rapporté chez M. de Saint-Conlest et au conseil, elles l'ont gagnée par arrêt rendu d'hier à Versailles, et voilà le 3* arrêt qu'elles ont pour elles contre un qu'elles ont fait casser. Elles sont très-jolies, et cela ne nuit point. A propos de Versailles, tout Paris s'y étoit rendu hier pour voir tirer un feu qui ne s'est point tiré. C'est un édifice digne des anciens, il est plus haut que les plus hautes tours, il y aura de belles décorations et de belles inscriptions, et vous verrez tirer tout ce feu-là dans votre cabinet sur quelque belle estampe, qui ne nous fera point la peur qu'on a ici, qu'il ne brûle le château.

La grande nouvelle est que le congrès de Soissons est fini ; tout a été signé en Espagne par M. de Stanhope et M. de Brancas, et ensuite tout a été conclu ici par les autres plénipotentiaires. On en demeure au traité de la Quadruple Alliance, et ce n'étoit pas la peine de tant assembler de gens pour s'en tenir là. Voilà comme M. de Riperda finit le congrès de Cambrai par le traité devienne. Les Anglois doivent être bien contents, car Gibraltar et

74 CORRESPO!IDA5CE l!lEDITE.

Pori-HaboD leur restent. Tous dos militaires, qui ne voient plos d*apparence de ^erre, et qoi voient leur art périr et leurs Daûmilles, sont désolés, et craignent la grande réforme que Ton va faire. L'Empire pourra bien ne pas approuver toute cette négociation, mais sera-t-il seul contre tous? Noos allons voir tons les étrangers retourner diea enx; les spectacles y perdront, et ils ne perdront pas beaucoup aux spectacles, s'Us ressemblent à la comédie de Philosophes amoureux, de M. Destouches, qui à peine i pu soutenir une représentation ! Cest une plaisante idée de marier les philosophes, de leur donner de l'amour, e de A^en point faire des philosophes.

J'ai vu M. Brossette et ses .Voles. Puisqu'il n'avoitqu'ui si petit présent à nous faire , il pouvoit s'en passer , e ne pas employer le temps de la vieillesse à réveiller de s vilains feux, et à donner des commentaires à ce qui n'ei doitpointavoir.

Vous remarquez bien qu'il nous avertit qu'un vers es de monosyllabes, et je ne sais rien de si écolier; je vérifie rai une autre fois les autres remarques, car je n'ai plus h livre et il est retourné à Lyon avec l'auteur, qui ne s'en va pas chargé d'une grande réputation sur ce nouvel ouvrage, dont les Anglois lui ont donné une centaine de pistoles, plus dupes en cela que dans le dernier traité qu'ils viennent de faire.

M. l'aUié d'Olivet m'a fait présent de son Hisioirej du 2* tome seulement. J*avois déjà acheté les deux; woui trouverez un bon style, beaucoup de faits recueillis avec un très-grand soin ; mais encore une fois, Bayle n'avoil que faire là ; je le lui ai dit à lui-même, il n'en a fait qat rire, et je ne sais pas comment, voulant critiquer un grand critique, il ne Ta pas fait avec plus de politesse et comme a £ait M. de Leibniz dans la Théodicée ; il est singuliei qu'un Alleoiand apprenne à parlera un académicien francois. Au reste, il n'y a pas une approbation formelle de TAcadémie, mais comme elle a un phvilégè pour faire

imprimer les ouvrages qu'elhvoudra faire paroitre en son nom, elle a cédé ce privilège à Coignard pour rimpre^ion de V Histoire de l'Âbbé, qui cependant ne parolt point au nom de TÂcadémie^ mais au nom de PAbbé seul. Je ne suis pas assez habile pour développer cette opération équivoque^ et^ tout bien considéré, il parolt qiie ce livre est imprimé sans privilège ; toujours entre nous.

Je commence à être bien las de la Constitution. Ce sont tous les jours des faits nouveaux; on refuse Tabsolution à des femmes qui' ne veulent pas accepter en mourant, et elles vout mourir sous d'autres paroisses. Un procureur de la Coura obtenu un arrêt pour faire confesser sa femme. L'archevêque, rendant une visite à une dame qui le voulut reconduire, il lui dit que si elle passoit, il Fexcom* munieroit; elle lui répondit : « H., la crainte d'une excommunication injuste ne m'empêchera pas de faire mon devoir, » et le prélat fut étonné de voir la proposition du P. Quesnel si bien appliquée. Le peuple Ta insulté le dernier jour en passant dans la Grève, mais il va toujours son chemin. Les jésuites prêchent FAvent ; Tévêque de ^ Sisteron même, quoiqu'il soit évêque, prêche ai|x Quinze- Yingts. Un vicaire de paroisse a quitté la messe à moitié parce quelecuré publioit le mandement de l'archevêque, et on a trouvé que saint Jean Ghrysostome en a fait autant en 4^01, car que ne trouve-t-on point en fouillant les archives ecclésiastiques ; il y en a pour tout le monde. Je vous entends sur le Journal (1), mais je ne vous entends point. L'abbé D. dit que vous allez faire imprimer celui de Henri IV. Je le voudrois bien.

Un homme habillé en moine a distribué, le jour de la rentrée aqPalais, un libelle affreux contre M. de Lévis elsafamille, et contre le cardinal-ministre; il est intitulé:

(1) Bouliier aT»it iarité Marais à faire un Journal des querelles entre les Jansénistes et les Jé#iiitçs.

76 œRRESPONDANCE INÉDITE.

Manifeste pour Vabbé Panseron ; je ne Taî pas vu, je le sais d'une personne qui Ta lu ; il est très-grossièrement écrit, et le faux moine a bien fait de s'enfuir. Je tâcherai de le lire ; il y en a eu 3 à !»00 distribués aux avocats après la harangue et dans la foule.

Il y a une nouvelle lettre pastorale de M. de Montpellier, au sujet de l'instruction de M. de Marseille contre le livre de la morale sur le Pater (70 pages). Un mandement de Tévéque de Troyes contre l'Offre de Grégoire VII (kk- pages). Les autres lettres et discours du cardinal de Noailles et des Nouvelles ecclésiastiques, du 15 et 20 septembre, 7 et 30 octobre. Quand tout cela finira-t-il ?

Lettre XXVItP.

A Paris, ce f 5 décembre 1729.

Le trait de notre Cicéron (1) est trop gracieux pour moi, Monsieur, pour que non-seulement je le passe, mais pour ne point admirer votre amitié , qui s'explique en toute langue et qui fait de si tendres applications. Je suis bien obligé à M. Bret de Tavoir ranimée. Ne vous a-t-il point parlé de M™* Frondât, avec qui nous avons dîné, et qui chanta si joliment? Elle plaide etThémis sera sans doute pour elle. Je n'oublierai jamais ce que vous dites avec une extrême galanterie, que Dieu estpour les gros escadrons, et Thémis pour les beaux yeux. On pouvoit dire pour mes clientes qu'elle est pour les gros tétons, afin de rendre le parallèle plus juste.

Le feu a été tiré hier à Versailles. Il n'a duré que quinze minutes. Tout Paris y étoit, et a eu un plaisir bien court. Il y a une petite description de ce feu qui paroit de l'/m-

{{) Non solum ex oratione, sed etiam ex vuUUt et oculis et fronte meum erga le amorem perspicere potuisses, avait écrit Boaliicr, à propos d'un entretien avec M. Brel, où il avait été question de Marais. .

LETTRE XXVIIl*. 77

primerie du cabinet du Roy y et cela est nouveau. Le P. Le* long a mis le roi Louis XV au nombre des auteurs et imprimeurs, page 895, à Taddition du nombre 102. Cette description sera curieuse par là^ car le reste est peu de chose.

La paix est faite; on n'en sait pas les conditions encore; on attend ce que dira Tempereuret s'il n'acquiesce pas, cette belle fille, la Paix, nous enfantera la guerre et avec elle bien des monstres. Les Anglois ont déjà fait leur réforme. Il n'y a pas d'apparence qu'on la fasse sitùt ici. Voilà de quoi entretenir les oisifs, et déjà la constitution tombe un peu.

Le mandement de M. de Troyes fait bruit. On n'en connoit pas l'auteur (c'est peut-être lui-môme) ; il s'est chargé d'une bonne cause, et il est assez difficile de ne la pas soutenir contre les excommunications de Rome et le feu du Vatican lancé sur nos évéques. Le Parlement a arrêté qu'il seroil fait des remontrances en tout temps et en tout lieu sur cette matière. Mais il y a des temps où on ne les écoute pas.

Voici un conte sur Tarchevôque. Il aime les écrevisses. Son maître d'hôtel en trouva 50 à la halle, qu'on lui voulut vendre 50 écus; le prix parut exorbitant; mais à la fin, on les donna. La poissonnière, après l'argent reçu, dit : Je sais bien que c'est beaucoup trop, mais votre maître a ôté les pouvoirs à mon confesseur qui n'a plus de quoi vivre, et je vas lui porter ces 50 écus-là. Ce seroit là un beau sujet pour quelque épigramme apicienne.

L'abbé d'Olivet a retranché de l'article de La Fontaine bien des faits qui n'auroient pas plu. et qui peut-être n'étoient pas plus vrais que le conte de l'écrevisse. Le mot de saint Augustin et de Rabelais a été dit dans une circonstance où La Fontaine trouva, à Château -Thierry, Racine couché dans son lit. Il le réveilla et lui fit cette belle question. Je tiens cela de notre poëte de Chartres, qui me l'a dit ce matin et qui le tient de Racine (il n'a rien fait

de nouveau). Vous avez raison de dire : cui frono. CSette critique de Bayle^ je la crois faite après coup. ModuU «1 circumspecto judicio de tantis viris prononciandum t$U L'abbé devrait avoir lu cela dans son Quintilien (1).

L'abbé Panseron est un moine qui plaide contre M. de Lévis. Je n'ai point encore vu ce beau manifeste, .qui est affreux à ce que l'on dit II y a un moine de Cluny arrêté que Ton en croit l'auteur, et il passera mal soq temps.

Mon docteur plénipotentiaire va^ètre enchanté. Il ne refusera pas l'exemplaire caria magnà, et je crois qu'il me dira le secret de la paix. Soyez sûr qu'on se gardera bien de parler de tout ceci. Je vous écrirai au premier jour et vous agirez ensuite comme il vous plaira. Ce que vous avez de M. de Peiresc, si vous le donnez^ fera une joie complète. Et moi, n'aurai-je rien? Je demanderai le petit papier, parce que je suis petit.

Le prima mensis a, tout accepté, a réhabilité le décret de H. Le Rouge, et tout ceci prend un train de finir. On voit la suite des Réflexions contre le mandement de Tarchevèque, qui s'en met peu en peine , et qui songe à se cardinaliser comme Rabelais dit que les icremsses se cof' dinaliserU à la cut(e. C'est une raison de les ruiner.

M. de Sainte-Maure vient de faire signifier à sa femme qu'il avoit trouvé un couvent, qui sont les Bénédiclînes anglaises du faubourg Saint-Antoine; elle l'a accepté et il y a arrêt qui dit qu'elle s'y retirera dans huitaine; ce même

(1) Boiiliier avoit écrit, le 7 décembre. « Eafin, j*ai lu YHistoirede notre Aca- « demie. Je ne l*ai presque pas reconnue de ce que je Pavois tue, tant notre n ami y a fait de suppression et avec raison pour la plufiart. Il y en a ponrlanl n que ne n'approuve point ; car pourquoi avoir retranché cet inimitable trait de « la Fontaine : Eh bien, je prendrai donc le plus long. Pourquoi avoir sup- « primé la belle action qu'il fit lorsque, ayant joué une fols par complaisance a pour M*"* de la Sablière, et ayant gagné un demi-louis, il en trouva sa pocbe n si horriblement chargée qu'il courut s'en défaire au profit du premier pauvre • qu*il rencontra? Cela valoit bieu sa comparaison de Rabelais avec saint Aufi gustin. »

LETTRE XiifX«. 7»

arrêt confirme toute la procédure^ que son mari soute- Doit oulie tant qu^elte n^avoit point été dans le couvent. Les amours vont être bien mal logés et bien loin; mais ceite règle est moins dure encore qu'en Bretagne, où après la séparation jugée^ les femmes sont obligées de rester en couvent, et c'est ce que Ton y vient de juger pour M'^ de la Rivière,' qui avôit épousé un H. de Horon , jeûne et riche, et d'ailleurs très-mauvais sujet.

SDB LA NÀISSANCB pu DAtPHIN,

Sur Fair : Tout cela m'est indifférent.

Mes^eurs du congrès dé Soîssons^ .. / Tous vo^ discours sopt des chansons; L*auguste enfant oui vient de naître ' .De la paix que vous bàlottez

Vous dità tous qtii eàt 1er mattre V Rendest-lui donc grâce,- et part«z. -

ï^ar ce premier trait en naissant Jugez de ses faits en croissant, ' Puisqu'en sa première journée 11 règle la paix des humaios.

A quelle haute destinée Portera-t-il tous ses desseins ?

Nous aurons la paraphrase françoise : cela dépend d'un Lane dont j'étudie les caprices. Nous aurons donc aussi le Journal. Je vous rends mille grâces de ce que vous me dites sur cela, et j'en ferai une légende à 3 psaumes et 3 leçons.

Lettre XXIX.

A Paris, ce 18 décembre 1729.

J'ai parole d'honneur de mon plénipotentiaire^ Monsieur, de vous faire avoir un exemplaire ^n grand papier

de V Histoire du P. de Tfaou, si vous voulez bien fournir les pièces que vous avez, et les autres que vous pouvez avoir, soit de M. de Peiresc ou d autre part. Puisque vous voulez bien être utile à cette édition, il ne faut pas exciter davantage votre zèle. Mais je suis chargé de vous dire que Ton commencera à imprimer en février prochain, et on voudroit bien avoir les pièces pour ce tempslà. Du reste, le secret sera inviolable.

M. le prince Charles a été en Lorraine avec M. le duc d'Elbcuf voir le nouveau prince; il m*afait présent, à son retour, de V Histoire de Lorraine du P. Calmet, en trois grands volumes in-folio, où ou renonce à la chimère de la descente masculine de Gharlemagne ; mais on établit évidemment la descente de Gérard d'Alsace, qui remonte en 1048 et qui rend la maison d'Autriche cadette de celle de Lorraine. VÈpUre dédicatoire est bien à Son A. R., la Préface est bien faite, et outre Y Histoire civiley qui commence du temps de César, il y a encore V Ecclésiastique dès évèchés de Metz, Toul, Verdun et de Trêves, et de tout le pays lorrain. Plus, des dissertations sur plusieurs matières, des canes, des plans, des tombeaux, des sceaux, des monnoies, et à la fin des volumes, nombre de pièces servant de preuves, et entre autres de vieilles chroniques françoises en prose et en vers, qui sont plaisantes en quelques endroits, et par exemple il est parlé de Tenlèvement d'une princesse par des voleurs et qu'un duc de Lorraine épousa depuis :

Grand pitié prit do cette dame Meiu'o ainsi par garçons infâmes,

Tniyants, glottons, hoiltiers, paillars Félons, meurtriers, larrons, pillars;

Par manièro douce et subtile, I^nir demanda d'où vient cette fille.

Ils n^|H>ndirent conum^ hurons :

Adielei-U, nous U \eudrons.

Je o*ai que faire de telle bague Qui est de virginité vague.

Ils répondirent entre eutx trois :

Saine et pucelle est de nous trois ;

Car vous savez qu*à tel métier Chacun voudroit être premier,

Et le cas bien entendu , Son corps a été bien défendu.

Notre historien, comme vous voyez, n'est pas trop cagot. Son style est bon, clair, et fait plaisir à lire ; il a oublié une table des sections ou sommaire de chaque livre , et une autre table des pièces qui sont dans les preuves , et déjà je l'ai un peu maudit ne sachant plus dans quel volume étoit la chronique de la princesse enlevée. Il y a une grande table des matières à chaque volume dont je le quitterois bien. On a fait quelques retranchements pour faire passer le livre ici , mais on le réimprimera en Hollande avec les endroits retranchés. Ce sont des masses énormes que ces volumes dont on auroit bien pu en faire six; il y a un catalogue alphabétique des auteurs qui parlent de la Lorraine, et cela est curieux et bien dressé. Enfin le P. Calmet a bien payé Tabbaye que le feu prince lui a donnée, et je ne sais qui lui payera son travail sur l'Écriture, où il a dit hardiment bien des choses qui dévoient rester dans la langue des rabbins.

Est-il d'usage en votre parlement qu'on mette en couvent des femmes qui plaident contre leurs maris , et cela se peut-il faire malgré l'évêque?

On ne parle plus que de guerre aprèsi avoir fait la paix. Ces deux extrémités se touchoient trop ; on ne parle presque plus de la Constitution , la légende va toujours son train , et au milieu de tout cela l'Opéra va aussi le sien. On joue Thésée , où on s'étouffe et où on m'a mené malgré moi. J'ai été bien aise d'entendre Lully et Quinault , mais ce n'est plus dans ces belles bouches d'autrefois qui perçoient les cœurs et qui enlevoient les âmes.

A tant, je vous laisse sur ce point et vous souhaite pE= avance une heureuse année; il me semble que celle-ci passé bien vite. Je vous embrasse , Monsieur, de tout me: cœur. Tout le monde estenrhumé, maison ne meurt poia comme en Angleterre.

ANNÉE nSO.

Lettre ^^

A Paris, ce 2 Janvier 1730.

VÀlmanach dfu Parnasse est supprimé ; il y en a un petit avec des figures en bois qui sont très-jolies et à garder^ o^estle.PétilMmanaçh de Paris. r » ..;,

Je ne croyois pas qn^il y eût tant de cha^ngem^nts dans V Histoire de Lorraine. C^est dans le pays qu^on a dit qu'il y avoit une contrefaçon en Hollande. La vieille Chronique en vers est plaisante; les paillards ne disent pas absolument qu^elle est saine et pucelle^ mais qu'elle Test d'eux^ et ils en rendent la raison. Voilà le bonhomme aux deux filles qu'il portoit : il répondoit bien que celle de devant étoit pucelle^ mais de celle qui étoit derrière il n'en vouloit pas juger .^ Il faut bien rire un peu entre nous en cette année comme les autres et rire le plus longtemps que nous pourrons. Les jansénistes rient bien. M» Tournély est mort, et labbé Cou^t. tomba hier. matin en apoplexie ; mais uno avulso non défiât alter.

H. Fabbé Lorancbet so porte mieux de $a foibliesse du jour de Noël qui lui cassa deux dents et qui devoit le tuer. M. l'abbé Pucelle a eu encore une attaque, mais petite. L'abbé de Thésut est mort et a fait son légataire universel M. d'Aguesseau de Fresne, et a fort bien placé son bien.

La grande nouvelle est la retraite du maréchal d'Huxelles, qui a écrit au Cardinal qu'à Tàge où il étoit parvenu^ il avoit pensé qu'U faltoit mettre un temps entre la vie et la mort^ et qu'il prioit S. Ë. de faire agréer sa

retraite au Roi voilà des relatifs équivoques, et le sens ne laisse pas d^ètre assez singulier). Ce nainistre éteint en a engendré deux autres qui sont gémeaux, M. d\\ngervilliers et M. Des Forts. On prétend qu'il y a eu quelque mécontentement ou du dernier traité , ou d'un titre de duc et pair refusé, et peut-élre ce n'est ni l'un ni l'autre, mais il faut bien laisser parler les courtisans et les politi ques.

Baron est enfin mort. C'étoit le Roscius de notre siècle. Il a touché jusqu'à son curé en mourant, et ce curé, plein desa victoire, ditàun homme qui étoit là: ((Monsieur^ voilà un bel exemple, vous devriez bien renoncer à la comédie aussi » ; l'autre lui dit : a Je ne suis pas comédien, je suis président du Grand Conseil. » Le conte est bon, et je veux savoir le nom du président. Bonjour, Monsieur.

Lettre //^

A Paris, ce 5 Janvier I7S0.

J*ai retiré le manuscrit et vous assure, Monsieur, après ravoir vu, que les articles qui conviendront ne seront copiés que chez moi, ayant connu l'importance de ces Anecdotes ; j'ai déjà marqué les articles qui peuvent ser- •vir à V Histoire de ThoUy et l'on ne copiera que ceux-là certainement. Il y a des choses que l'on est bien aise de savoir et d'autres qu'on ne devroit jamais savoir, parce qu'elles ne servent qu'à faire connoilre de vilaines intrigueset les vices abominables des princes. J'ai eu l'honneur de vous écrire une précédente lettre où je vous ai marqué ce que je ferai sur cette communication . Nous voilà plus que jamais en amitié avec l'Anglais, et il faut bien suivre les temps. OnditqueM.le maréchal d'Huxelles qui s' est retiré n'approuve pas trop cette alliance. On ne doute presque point d'une guerre avec l'Empire, qui révoquera son investiture éventuelle, comme chose contre le droit des gens

LETTRE IIP. 8S

et même de nature, dès que l'on s'en servira, de tourmenter des gens en possession de leurs biens, et à s'assurer leur succession avant leur mort. Tant y a que les Anglois ont obtenu ce quUls vouloient, et cela ne s'est pas fait, dit-on, sans permission pécuniaire : nous verrons comment nos grands ministres se tireront de tout ceci. Il faut bien lire le traité de 1718 , ceux de Vienne avec l'empereur et le roi d'Espagne en avril et mai 1725, celui d'Hanovre de la même année 1725, les préliminaires de 1727 et le dernier que nous n'avons pas encore. J'ai vu ceux de Vienne en latin ^ et j'ai connu que la traduction françoise est mauvaise. Voilà bien une autre besogne que la Constitu* tion.

Je vous ai mandé l'abbé Couôt malade^ ce n'est pas lui, c'est son frère l'avocat au Conseil. J'ai vu la réponse ou Réflexions sur le mandement de notre archevêque , en trois parties : il y a de bonnes cboses^ mais'cela est trop long^ et je ne comprends pas cette perte de paroles, qui noyent le sens tout bon qu'il est. Dans les dernières Nouvelles ecclésiastiques on trouve la protestation de 29 docteurs en théologie contre tout ce qui se va faire dans la Faculté ; elle a été signifiée, et c'est commesi on disoit : « Jeproteste contre l'autorité du Roi. » Les pouvoirs des pères de TOratoire sont réduits à trois, dont le P. Bérard^ neveu de H. de Senez, est un. On disoit que M. l'Archevêque avoit donné tous les confessionnaux des pères de l'Oratoire aux jésuites pour leurs étrennes; cependant le troupeau languit dans les pâturages déserts. Je ne vous dirai que cela aujourd'hui, et je vous embrasse de tout mon cœur.

Lettre Ul\

A Paris, ce 10 janvier 1750.

On m'a donné une médaille sur la naissance du Dauphin. C^est Cybèle qui tient l'enfant dans un lange avec

ces mots : Voiaorhis, et dans l'exergue : Natales Delphini, IV septembris MDCCXXIX; le revers représente le Roi et la Reine vis-à-vis l'un de l'autre.

Vous savez la mort de M. Tournély ; il s'est tué à faire un Mémoire pour prouver que tout ce qui s'est fait en Faculté^ en 171&, pour la Constitution a été libre, et que ce qui a été fait contre, depuis la Régence, a été forcé. Ce Mémoire a été approuvé dans la conclusion du 15 décembre 1729, qui contient six autres chefs, dont l'un est l'acceptation de la Constitution comme loi dogmatique de l'Église, un autre est la cassation et nullité de l'appelant et le reste; Sk docteurs se sont pourvus au Parlement contre celte conclusion. M. Pucelle a rapporté la requête; le Parlement y a mis un : Soil communiqué au procureur général, lequel a porté la requête à la Cour. Il n'y a point eu de conclusions, et il n'a pas même rendu la requête et la protestation qui y est jointe. Le 2 de ce mois, la conclusion a été relue et approuvée; un seul jeune docteur s'y est opposé et a dit que le Parlement étoit saisi ; il a été délibéré et dit qu'on n'auroit aucun égard àson opposition. C'est le dernier état de cette affaire. Les pères de l'Oratoire ont des pouvoirs pour confesser jusqu'au 1** mars. Les curés de Paris ont remis à l'archevêque un Mémoire contenant 28 difficultés contre son mandement. Le itfe* moire est respectueux et fort, à ce qu'on dit, et on y renouvelle un mandement fait à Aix contre un père de l'Oratoire, où le prélat condamnoit (dit-on encore) des propositions que Ton dit catholiques. Vous croyez bien qu'on va persécuter tous les ouvrages de l'archevêque, et fouil* 1er toutes les archives jansénistes pour le tourmenter.

Mon plénipotentiaire m'a fait dire qu'il étoit charmé du Recueil de V histoire de Bourgogne^ et les Anglois disent qu'il y a là de bonnes pièces pour eux. Il m'a demandé un Dictionnaire pour les vieux mots françois, et nous n'en avons point. Bayle déploroit ce défaut dans la Préface de Furetière. Je ne connois que le Dictionnaire de iVt-

LKTTRE lll^ 87

cot et quelque chose dans Borel. Savez-vous d'autres glossaires?

Avez- vous lu, lisez^vous, oli lirez-vous La grande et tmmiiable, el extraordinaire, et miraculeuse, et prophétique vie de la sœur Marguerite-Marie Alaeoque, religieuse de la Visitation de Paray, composée par M. Tévèque deSoissons? Il n'y a jamais rien eu de pareil. Voilà les visions bien consacrées par un évèque, et bien illuminées par un académicien françois. Quelles folies! et la crédulité la plus déterminée peut-elle en parler autrement? Mais il ne faut rien dire jusqu'à ce que vous ayez dit votre sentiment sur cette grande prophétesse, qui est de votre pays. Tout Paris court après ce beau livre, qui va faire plus de scandale que d'édification, malgré le Discours preliminaire.de H. de Soissons, qui y a mis toute son éloquence bien en vain. On pouvoit renfermer cela dans les monastères et parmi les nonnes, sans venir le dédier à la Reine et le mettre au grand jour de la Cour, où on a été bien étonné de voir H"* Alaeoque dire à Dieu : k Que voulez-vous donc que je fasse? ma volonté est plus forte que moi. — Mettezla, lui dit N. S. y mettez-la dans la plaie de mon cœur el elle y trouvera la force de se surmonter. — 0 mon Dieu! s'écria-t-elle avec transport, mettez-Fy si avant et l'y renfermez si bien qu'elle n'en sorte jamais. »

M. de Courson est conseiller au Conseil royal, M. le Bretet H. Lescalopier conseillers d'État; et M. Lescalopier revient de son intendance de Champagne, qui n'est pas encore donnée. M. le Bret ne reviendra de trois ans. Vous invez le changement du régiment des gardes dont M. de Contade sera étonné à son retour. Le chevalier de Chabannes a la majorité; c'est un homme de bonne maison, il est beau-frère du garde des sceaux par sn femme; mais ils ne sont pas bien ensemble et la majorité ne vient par là. La retraite du maréchal d'Huzelles vient de ce qu'ayant dit quelque, chose au Conseil contre le derâier traité, le Roi le signa sans égard à ses remon*

88 œRRESPONDANCe INÉDITE.

trances. Je n'ai pas encore vu ce traité. Le grand-dac &ê. écrit au roi d'Espagne , mais tout est fini et il n^y a plus que Texécution. On meurt assez communément à Paris^ et les Ânglois commencent mal Talliance en nous envoyant ce mauvais air.

Lettre /P.

A Paru, ce 17 janTier 1730.

Je n'ai voulu consulter tous ces traités que pour parler la langue d'aujourd'hui. Je n'irai pas plus avant. Il m'arriva ces jours passés qu'ayant un traité en anglois sur mon bureau^ ce petit Espagnol qui étoit chez H"*^ la duchesse du Maine l'aperçut et me l'expliqua sur-le-champ. Il n'a encore eu que 15 ou 20 leçons d'anglois. C'est un prodige. Il a son Homère dans sa poche^ qu*il entend comme madame Dacier et il en est à présent à l'algèbre. Il est fâché qu'on ne le mette pas dans la physique; mais il m'a dit qu'on lui préteroit en secret un Fourchai , et quMl l'apprendroit. 11 n'a pas encore 9 ans. Je trouve qu'il décroltau lieu de croître^ et il est comme un petit enfant de cire à mettre dans une niche. Il danse très-bien, il sait la musique^ il joue de la viole^ il déclame^ c'est un vrai prodige et dernièrement il étoit chez H. Rollin avec qui il dina^ et il parla six ou sept langues différentes avec tous ceux qui y étoient. Ce qu'il y a de bon pour la conservation de ce petit corps^ c'est qu'il dort 10 ou 1 2 heures.

L'abbé de Thésut a fait un legs de i 5,000 fr. à H*. Fuet, avocat, qu'il a nommé son exécuteur testamentaire. Je plains H*"^ de Romilly, dont on m'a dit beaucoup de bien, mais n'y a-t-il pas des réparations aux abbayes, et le légataire universel ne craint-il pas le mélange de biens d'église?

J'ai vu la Lettre de% curis de Parie, elle est courte, tendre et respectueuse. Je n'ai pas vu le Mémoire qui y est joint

et cette joDction aura bien fait perdre le goût de la

l^'fcfre. Je crois qu'on aura autant de peine à venir à bout

d^ ces curés qu'il y a de différence de Paris à Orléans.

Jf. de Laurière auroit bien fait un glossaire françois

s'Havoit voulu , car il avoit bien lu de vieux papiers, et

son style dur y auroit suffi. On voit dans les notes sur

1^ M^ndice de Ragueau des essais de cette science.

Tous m'étonnez bien de me dire qu'on ne connolt E^oiot la mère Alacoque dans votre pays. H. de Soissons ^n parle bien autrement, c'est elle qui a fait la Dévotion ^w Sacré Cœur de Jéstis-Christ; elle est établie à Dijon aux filles delà Visitation, et à Autun, et partout où il y a des ^^uvents de cette règle. Il faut avoir ce livre-là pour admirer le sérieux que garde l'auteur en disant les plus S^RQdes puérilités. Son bien-aimé lui prend son cœur, et 1^ met réchauffer dans la plaie de son côté, puis il lui ^cmet dans son côté à elle , et l'avertit que de temps en ^n^ps elle aura de grands maux au côté, mais qu'une ^^îgnée la guérira. Voilà le mal qui lui prend, elle ^^Hiande une saignée, la supérieure la contredit pour 'humilier, le médecin dit que la saignée est contraire, ^Ue est huit ou neuf mois à l'infirmerie mourante, et le 'Médecin à la fin consent à la saignée qui la guérit sur-Iec^^amp.

Il est parlé d'un père de la Colombière, jésuite, qui alla f^ire une mauvaise mission et dont il n'étoit à propos de parler dans un temps de congrès et d'alliance et par un ^v4que de Soissons. Il auroit aussi dû passer tous les <^tip8 qu'elle a eus à la tète , qui pouvoient l'avoir bien f^l^^ mais il a voulu tout dire, et j'en suis à présent aux diéiivrances des âmes du Purgatoire que son bien-aimé ^oi donne à choisir, et à la dévotion de M. de Marseille ^^^np le cœur sacré qui a délivré sa ville de la peste.

Vais voici bien une autre nouvelle : on voit un petit '^^^Ouscrit d'une relation de la délivrance de Louis XIV " ■* purgatoire obtenue à Notre-Dame de Liesse, par un

90 C0R1\ESP0NDANCK INÉDITE.

bon prètfe qui a mis son nom et sa demeure à la fin de cet écrit; afin qu^on s^adresse à lui eu pareil cas;' il s'appelle M. Briguet^ prêtre Irês^humble sujet de la Vierge y demeurant rue Pierre- au-Lard, chez M. Minet^ tailleur, et dit la dernière messe tous les jours à Saint-Eustacbe. C'est son adresse, et il y a en baut, n"* 21 , parce que c'est la 21' àme qu'il a délivrée du Purgatoire depuis 1724. Celle-ci a été délivréeie 15 août 1729, mais il y a eu bien de la peine , des cbapelets , des Ave , des larmes pendant cinq messes, et il a été vu un grand 5 qui a marqué le nombre. Le diable par malice, disoit : « Damné ! perdu ! » ; la sainte Vierge disoit le contraire et à la fin tant a été prié, pleuré, qu'un beau jour il parut une lueur assez claire, et c'étoit sa délivrance. Le prêtre demanda à la Vierge s'il étoit vraiment en paradis; elle répondit : Sans doute. Je vous prie de ne point rire, le sujet est trop grand et trop grave.

Je tâcherai d'avoir la Relation, qui est encore trèssecrète et que j'ai lue. Et sans doute M. de Soissons aura belle matière à la mettre en style académique (1).

H"*® de Sainte-Maure est dans son couvent des Angloises, d'où elle sort tous les jours, mais on est rentré à sept heures. La Saint-Victor a un procès contre toute la famille Descbiens, et débite un Mémoire sur leur origine, et où il y a de plaisantes phrases.

(1) Bouhier, alléché, ^rit le 21 janvier : « Ce qiie'vow me mandes de It délivrance de Tâme de Louis XIV est une de^t plus plaisantes choses da monde. Dé|ièchez-vous dVn lirer copie, car j*ai bien peur qu'on ne supprime incessamment la pièce et qu'on n'en enferme railleur. Il n*y a rien de plus singulier que ce n** des âmes qu'il Tait sortir du purj^atoire. Mais vons ne me dites rien du prix qu'il met aux délivrances. Ce seroit un point eMnliel k savoir. Vous sou?enez-vous de ce jésuite de Flandre, qui donnoit aux âmes dévoies des billels, qu'il liroit <lc Saint-Piern; en qualité de portier du Paradis, pour en ouvrir les portes à vue au porteur? Hm ! vafum insanm meniet! »

Lettre P.

A Paris, ce 21 Janvier 17.'(0.

Il ne faut pas vous laisser ignorer plus longtemps le cantique parisien sur la propbéiesse bourguignonne :

Sur l'air de Joconde,

Languet vient d*oroer les vertus De Marie Alacoque, Dans un livre obsoèoe et confus Dont tout Paris se moque ; Son frère même, le curé, S'écrie : A la bonne heure ! Voilà du papier assuré Pour habiller mon beurre.

Noire langue y a même gagné un mot , c'est qu'on ne dit plus des œufs à la coque, mais des œufs à la Soissons, et on appelle la bonne religieuse^ la mère aux œufs»

Je me souviens à ce propos de ce bon cordelier F. Lemarchand qui prêcha des sermons sur saint François et qui dit à la (in : Que celui qui ne veut pas me croire y aille voir, f aimerais mieux le voir que de le croire. M. de Soissons auroit pu mettre une semblable apostille à là fin de son livre, mais il lui en seroit peut-être venu une censure, comme au bon F. Lemarchand, si toutefois il ne faut pas un concile pour censurer un évêque, et en ce cas M. de Senez auroit un beau retour.

Vous trouverez cette censure du cordelier dans le livre de M. d'Argentré, Cof/cc/êojudtcforum, 1724, in-folio, et dans le Journal des Savants de mars 1725. Cela fait un parallèle assez juste. J'apprends que l'abîmé Séguy , le panégyriste de saint Louis, a fait un panégyrique de saint Sulpice, où il a fait entrer l'éloge du cardinal, de révoque, du curé, ce dont le saint auroit pu se plaindre

comme Tathlète à qui on vouloit faire payer un éloge qui avoit roulé sur les louanges de Castor et de PoUux et qui n'en vouloit payer que le tiers.

On réimprime^ dit-on^ cette Vie extatique^ mais on y met 80 cartons^ et par conséquent 80 extases de moins, et ce ne sera plus le même livre. Le peuple disoit à Saint'Sulpice : Tiens^ voilà Fauteur de Marie Alacoque, en montrant Tévèque qui étoit assis pontificalemenl dans l'œuvre de son frère le curé (1).

Il n'est question ici que du feu sur l'eau préparé par les ambassadeurs d'Espagne; il a été déjà remis trois fois. On devoit donner samedi le rppas et le bal à part aux princesses, mais elles n'ont pas voulu le recevoir pour ne pas fâcher Paris, et les autres dames que cette disjonction (pardonnez-moi ce terme du métier) auroit offensées les duchesses. Ce sera donc pour mardi, et j'irai comme badaud voir cette fête et le dessert en personnages sucrés qui sont en représentation dans le cloître des Petits-Augustins, où tout Paris les va voir. Il y a un livre avec des estampes, qui explique le feu. Si M. de Gaignière étoit au monde il auroit bien mis cela dans son recueil. Voilà bien des rhumes qui vont se renouveler et vos médecins aux aguets pour le lendemain.

M. le maréchal de Viileroy est fort mal : il a reçu tous ses sacrements et pourra voir bientôt la fin de sa dis« grâce.

Je n'ai pas vu le livre de H. de la Hothe où, donnant un Recueil de poésies et de théâtre, il veut persuader que la prose est meilleure pour exprimer les grands sentiments;

(t) « MaIs à propos de cette nouvelle sainte, savez- vous que M. de Soissons nVst que son troisième historien ? Le premier, m*a-t-on dit, est nn P. Gallifel, jésuite, qui est aujourd'hui à Rome assistant du général, et dont Tonvrage est latin. Le 2' qui a écrit cette histoire en Trançois est le Père de II Colomhière, autre jésuite, etc.. Je ne sais si les plus grands saints ont en autant d'historiens. » (Bouhier, 31 janvier 1730).

LETTRE VP. 93

et je sais qu'un poëte exilé a dit qu'on pourroit sur cela faire une épigramme qui finiroit ainsi :

Prenant le parti de la prose, Tu prends le parti de tes ?ers.

On propose pour rAcadémie H. de Verneuil, neveu do Tabbé Renaudot ou M. de La Faye. J'aimerois mieux le gazetier que le Hississipien ;

Ils dansent bien tous deux Mais Pierre danse mieux.

Lellre VP.

A Paris,'ce 27 Janvier 1730.

Le petit Espagnol est chez M""^ du Maine , il a fait une condition depuis M. le comte de Toulouse^ il a été chez M. Descazeaux. M. le comte de Clermont Ten a fait sortir, et Ta cédé à M""^ du Haine, qui a donné à son

* précepteur (Tabbé Duplessis) la place de son bibliothécaire et un logement et nourriture pour lui et l'enfant. Et comme cet abbé a fait quelques vœux monastiques dont il a voulu se relever , cela a été obtenu à Rome , et U fait à présent un noviciat à Cluuy qui sera court, après 9^oi il deviendra capable de bénéfices qui ne lui manqueront pas. Voilà toute l'histoire : l'enfant apprend ^ jouer des instruments, danse bien et danse tous les jours avec M"" du Maine, et le tout sans préjudice des '^'ïgues, des sciences et de l'algèbre. M. le duc du Maine ^^ est charmé. L'enfant lui écrit à Versailles quand il y

^^> et le prince corrige ses lettres ; il l'appelle : Mon petit

^^'itilhomme espagnol. Je pense comme vous que Fal-

^^Ore est de trop.

-^ous avons eu ici une grande fête de la part du roi I .Espagne. La description, comme il arrive souvent, est

^^n plus belle que la fête. L'illumination a été singu-

91 c:ORRESPONDAWCE INEDITE.

lière^ le feu a couvert tous les feux d^artifice dont la moitié manque y et deux montagnes qui dévoient jeter des flammes ont pris un rat et n'ont rien jeté. Le festin magnifique et fort confus, le bal plus confus encore, enfin voilà bien de Fargent perdu. Personne de la maison d'Orléans n'a été invité, et il y a eu exclusion foroielle, hors H. le grand prieur, qui y a été. Le détail de tout cela est infini, il y a eu une description avec plusieurs morceaux gravés que je n'ai point vue et que Ton vend.

Vous aurez la Relation de la délivrance de Pâme de Louis XIV. Ce délivreur n'a pas encore été enfermé, mais il n'échappera pas aux nouveaux grands vicaires, à moins que M. de Soissons ne sollicite pour lui. Son livre est fort augmenté de prix et donne matière à bien des plaisanteries.

Nos grands médecins plus ne craignent De mal ordonner quand ils saignent, Car, grâce à Languct récrivain, I^ saignée est de droit divin.

Il faudroit avoir lu le livre pour entendre cela. Les jansénistes disent qu'ils ont pour eux des saints comme saint Paul, saint Augustin, etc., et que les molinistes son! des Alacoques pour avoir des saints de leur côté. H. d( Soissons dit qu'il n'y a que des hérétiques et des sots qui trouvent son livre mauvais.

M™*' de la Fare (Paparel) a rêvé qu'elle voyoit M. d^ Courcillon (mort il y a dix ans) qui lui a dit qu'ell< ne verroit point le feu des ambassadeurs, et qu'ell< mourroit le jour qu'il seroit tiré. Ce rêve l'a si for effrayée qu'elle en est à la mort, et on ne croit pas qa'ell en revienne. Nous voilà dans le temps des illusions M"' de Saint-Victor est une femme avec qui La Cour de Chiens avoit fait un contrat de mariage et qui avoit tan de maris; il avoit reconnu 75,000 fr.; arrètdu3septembr dernier qui les lui adjuge avec les intérêts; elle poursui

LETTRE Tir. 95

la famille pour en être payée et leur dit des injures d'une sorte nouvelle. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse en attendant la relation des âmes, n" 21.

Lettre YIl*.

A Paris, ce29JniTier I7S0

On m'a remis, Monsieur, les deux volumes, dansTun desquels est la Continuation deRigaully partie 2* et &*, c'est le i08. Il y a,danslei09, plusieurs pièces curieuses appartenant à THistoire de Thou , mais on ne peut s^en aider, parce que nos gens n'ont plus la liste que je vous ai envoyée , et si vous l'avez, vous me ferez plaisir de me la renvoyer, sinon il faudroit écrire en Angleterre pour la ravoir. Ne l'aurez- vous point envoyée à l'abbé Parisot?

Avant de rien tirer de ces rares manuscrits , et principalement du 408 qu'il faudroit copier entièrement , j'ai fait réflexion comme ce manuscrit n'étantdans aucun autre endroit qu'à l'endroit d'où on l'a tiré , comme le P. Lelong l'a marqué dans sa Bibliothèque y n" 8553 , lorsqu'il sera imprimé , on verra bien où il a été pris , et M. le procureur général qui vous l'a si gracieusement prêté aura droit de se plaindre : et comme il y a dans ce manuscrit certaines choses hardies, on pourroit s'en prendre à lui , et lui à vous. Voyez , Monsieur, ce que vous voulez que je fasse et si mon scrupule est bien fondé. On a tiré de la Bibliothèque du Roi la première partie de Rigault dont la Préface a voit été supprimée.

Ces deux parties qui suivent ne devroient pas paroltre plus dangereuses , mais à cause de la négociation qui a passé par des mains directes , j'ai quelque peine à faire faire cette copie.

Notez que l'éditeur vient d'avertir dans la Gazette de Hollande qu'on lui fournit de plusieurs endroits des Lettres et autres ouvrages pour augmenter et armer son

édition , et qu'il s'en servira. Il auroit tout aussi bien fait de ne pas révéler ce secret au public, et cela réveil* lera peut-être le procureur général.

Je vois dans le père Lelong qu'il y a encore un volume 62' de Lettres et observations sur V Histoire de M. de Thou, et je no sais comment votre abbé ne l'a pas pris.

Je relirai encore ce manuscrit de Rigault, où j'ai vu plusieurs hardiesses et d'ailleurs de très-bonnes choses. Mais quand il n'y auroit pas deux traits hardis, je demande si ce livre étant en quelque sorte unique, vous ne craignez pas les plaintes qu'en pourroit faire M. le procureur général un jour. Du reste, soyez sûr d'un trèsgrand secret , et si la copie se fait , elle se fera sous mes yeux. Tirez-moi d'embarras et reconnaissez mon zèle et mon amitié pour vous , ne voulant pas que le plaisir que vous me voulez soit contre vous.

Lettre VIIF.

A Paris, ce 2 févrifr 1730.

J'ai relu la 2* et 3* partie de Rigault; il y a, dans la troisième partie, V Histoire de la fuite du prince de Condij où je vois que la princesse étant chez l'archiduc et buvant à la santé de la Keine , son mari dit : Laquelle ? et ce mot-là fut interprété X mal , comme s'il a voit voulu dire qu'il y avoit deux reines , Marguerite de Valois et Marie de Médicis. Sur quoi cette dernière dit qu'elle ne seroit point contente qu'elle n'eiU enfoncé un poignard dans le cœur du prince; il s'excusa dans les suites assez mal, et on voulut lui envoyer un Uibera médecin , qui avoit ordre de l'empoisonner, mais il s'en tira. VoilA ce que je trouve de plus fort, l^e prince fit un Manifeste dont il y a un abrégé, le continuateur le trouve ridicule. Tout le reste du manuscrit appartient à l'histoire publique, et à celle

des savants dont il y a des éloges à la Pin de 1609^ et entre autres de Scaliger. Quid juris? (1)

Je vous ai parlé de la censure de Rome ou décret du maître du sacré palais en 1609 contre Tarrèt de Jean Chàtely qui fut ôté de celui du 30 janvier 1610. Et sur cela, voyez le Journal de Henri III et IV (tome 2, page 298), où le Parlement voulant censurer ce premier décret , le roi Tempècha et dit qu'il y pourvoiroit par une autre voie et répondit à M. Servin qui lui en vouloit faire quelque remontrance : Il y a des fous à Rome aussi bien qu'à Paris. Or, puisque dans le 2"" décret, Tarrèt de Chàtel fut ôté, le Roi y avoit donc fait pourvoir, et il évita l'éclat que le Parlement pouvoit faire. Rigault n'a pas su ce trait-là, et voilà ce qui rend le Journal excellent. Souvenez-vôus de la parole que vous m'avez donnée de publier cette lacune de douze ans, qui doit être aussi précieuse que le reste.

Il y a un volume 632 qui contient Lettres, Mémoires et ObservalionSy et selon le P. Lelong, n"" 8542. Il faudroit tâcher d'avoir ce volume, pour voir s'il n'y auroit point encore quelque curiosité ou lettres. Les Anglois en ont beaucoup, comme vous verrez dans ces Lettres à M. Meady que je ne doute pasque vous n'ayez, etque jedemanderois si vous ne les avez pas, avec le projet de souscription.

Le copiste va toujours travailler et puis vous ferez la disposition.

Il a fallu que je copie de ma main le manuscrit cijoint, n'ayant osé le confier à personne. Je vous prie de me le renvoyer. Je vous embrasse de tout mon cœur. M. Fleuttelot m'a écrit que vous aviez la goutte, j'en suis en peine. Montrez-lui ce purgatoire.

(1) Le 7 féTiier, BouhLer répond par TaTis qaMl faut absolameot supprimer ce passage. Marais défère k cet avis et la copie faite sous ses yeux contient des lacunes volontaires indiquées dans sa lettre du 15 féTrier 1730.

Lettre JX\

k Paris, ce I*' féirrier 1730.

Depuis ma dernière lettre^ j'ai pensée Monsieur, que Touvrage étant latin, et ne devant paroitre peut-être depuis plus de deux ans d'ici , puisque ce sera dans le dernier volume des huit) tout ceci sera mis en oubli ou remarqué de peu de gens. Ainsi mon scrupule commence à s'affoiblir, et de plus il n'y a que deux ou trois endroits un peu forts dans ce latin^ qui est serré et obscur. Le 4.09 contient diverses pièces, des Notes de Duplessis-Momay, qui sont en François et excellentes, des notes latines de Clusius y d'autres de Gaspard Laurenlius^ professeur à Genève, des lettres des cardinaux Sforza, des notes de

P. Denaisius (je ne sais qui il est), etc Et à la fin une

vingtaine de lettres en original, écrites et signées de M. de Thou, adressées à Rome à H. Dupuy,enl60d, 1606 et 1607, où il lui parle de la censure que Ton préparoit à Rome de son Histoire, et se justifie noblement et vertueusement. Tout cela est admirable, et on sera bien aise de voir le fond de Tàme d'un si grand homme qui n'a pas cru que

ses lettres seroient jamais publiées

. . . y ai\^ Relation du Ptirgfafo/re, ilfautque jela copie moi-même ; vous Taurez au premier jour, et vous mettrez cela en bon lieu. On n'a encore rien dit au bon prêtre qui va toujours son chemin, et dit une très-longue messe à raidi à Saini-Eustache, comme il est dit dans son affiche.

Nous avons vu enfin le traité de Séville, qui tout doucement conclut à la guerre, comme celui des juges de H. Fouquet, qui conclut tout doucement à la mort. Ce traité est tout entier dans la dernière Gazette de Hollande^ et j^ai su certainement que le parlement d^ Angleterre ayant été ouvert, il a été contredit par 129 voix, mais

pprouvé par 269^ en sorte que la pluralité Fa emporté, la joie est grande à Londres.

Votre souscription est à Paris^ et celui qui me Ta dit l'a touchée et maniée^ et elle sera donnée en donnant.

Lettre X\

A Parit,'ce 0 février 1730.

Je VOUS remercie^ Monsieur, de la liste que vous m'avez envoyée. Il y a deux lettres dans le 408 de celles de cette liste. Mes scrupules sont levés depuis ce que vous m'avez écrit des MM. Dupuy. Rigault a fait l'Histoire de 1609 et 1610 jusqu'à la mort de Henri IV. Ce qu'il a dit sur la fuite doit être en bien d'autres endroits, vous avez va ce que c'est dans ma dernière. Le copiste travaille à force; il y a dans le &>08 des notes de M. Duplessis et autres qu'il faudra prendre ; l'éditeur qui est en Angleterre ne sait pas un mot de ce secret; il n'y a que le propriétaire et un de mes amis qui est avec lui qui soient Qu fait. Vous pouvez bien penser qu'on ne nommera personne.

La souscription est en lieu sûr et a été payée par celui cjui me l'a dit. Si vous avez besoin du 632 nous vous le tairons.

Faites-moi le plaisir de m'envoyer une lettre derecom- '^oaandation bien forte pour H. Ferrand, conseiller d'État. <!'est pour un M. de Neuville qui est dans les gendarmes contre une M"** de Conros; il s'agit d'un règlement de juge entre les requêtes de l'hôtel et le parlement de Bordeaux. M. Duportault y a fait un fort bon mémoire, et soutient le commissaire. Je m'intéresse fort pour ce M. de Neuville. M. Ferrand est du bureau où cela se rapportera incessamment et pendant le Harly; je sais qu'il est fort de vos amis. H. ou M"** de Neuville présenteront votre lettre : je l'attends.

On plaide à la Grand^Chambre la cause d'entre M"^ de Bacqueville et son mari. Il prétend compenser une pension de 6,000 fr. qu^il lui devoit donner, avec une pension qu'elle a du Roi pour avoir été conduire M"^ de Modène. Il dit que cette pension est de sa communauté; Texpédient que Ton a trouvé, c'est que le Roi a révoqué la pension, mais je crois bien qu'il y a quelque contrelettre dans le bureau.

M" de Sainte-Maure est dans un couvent et a converti ses soupers en dîners. Son mari fait courir le bruit qu'il la va accuser d'adultère. Et voilà une nouvelle scène.

Il court des chansons sur les Quélus et Maugiron du temps, mais cela ne se peut écrire et n'est pas trop bon.

M. le duc de Lorraine est toujours ici. Il se montre partout à TOpéra, à la Comédie, à la Foire, et il auroiteu un grand bal au Palais-Royal, sans la mort de M"* de Sforce.

On joue une pièce du Malade par complaisance ; il demande à sa garde : Comment mangerai-je mes œufs^ Marie? — A la coque, répond-elle. Cela a été 6té.

Lettre XI\

▲ Paiit, cerrérrierlTSO.

L'affaire que nous avons aujourd'hui avec Rome sur la légende de Grégoire VII m'a fait faire quelques recherches. J'ai trouvé que, le 26 novembre 1610, il y eut un arrêt contre le livre de Bellarmin, Tractatus depoiestaie summi pontifiais in temporalibus advenus Barclalum, etc. Mais cet arrêt est rapporté différemment : dans le Journal de Henri III, tome 2, page 350, il y a plusieurs qualifications contre ce livre comme dans une bulle de Rome, et dans les autres éditions de cet arrêt qui sont au Mercure français , dans le recueil appelé La Doctrine meurtrière, et dans Bayle à l'article de Bellarmin , ces qualifications

si longues et si for les ne s'y trouvent pas. D'où cela vientil? Â-(-on réformé Tarrèt dans les suites? On voit dans ce ^Jmmly pages 351 , 352, la plainte du nonce , la réponse da premier président de Harlay à la Reine qui vôuloit contenter le Pape et au chancelier qui Tauroit bien voulu aussi. Il y eut arrêt du Conseil qui ordonna la surséance decelui du Parlement, mais le procureur général fit saiser les copies imprimées de cet arrêt du Conseil : dans tous ces troubles , on pourroit bien avoir trompé le premier arrêt, que TEstoile a mis entier dans son Journal , ouaumoins l'avoir adouci. Le P. Lelong, n"" 2kk8, remarque un examen qui fut fait de cet arrêt et des remontrances de l'avocat général Servin en 1611 , par Michel de Marillac. Au n® 244.7, il remarque cet arrêt imprimé in-4' avec les remontrancesen 1610. C'est cette premièreédition qui pourroit instruire des propres termes de l'arrêt. Dans lerecueil ajouté à V Histoire de Louis XIII par Dupin , vous verrez au tome &• l'arrêt de 1610 comme il est dans le Journal de l'Estoile, et l'arrêt du Conseil qui ordonne que la publication et exécution dudit arrêt sera tenue en surséance. L'Estoile a bien remarqué que ce terme d'eœéctt/io» fut ajouté par le chancelier. M. de Troyes, dans sa dernière instruction, a cité cet arrêt de 1610, mais il nel'a iaitque dater. (Je crois qu'il s'en faut tenir à celui de Dupin.)

Autre remarque. Bayle , dans Tarticle de Bellarmin ,

ûote JV, cite Mayer de Bellarmini fide ipsis pontificiis du-

m qui a rapporté l'arrêt en latin et qui l'a aussi tron-

9^é, et il dit que Mayer renvoie au continuateur de H. de

^hoa. Or ce continuateur n'est point Rigault, qui finit à

'^ mort de Henri IV, et cet arrêt est depuis sa mort. Je ne

^Onois d'autre continuateur en litre qu'un homme qui

^*^ donné qu'une pré/ace (Lelong, 8552) ; etM. d'Espeisses

ï^îne vaque jusqu'en 1609(Lelong, 8554); qui est donc

^^ coQtinuateur à qui Mayer renvoie? Il n'a pas vucela dans

^^îgaull qui n'en a point parlé, ou s'il l'a vu, il y a donc

ItS CORRESrO!fD.V5tZ I5ÉOITE.

eoeore qodqoe eoottniuitHMi. Si Toosavex IbLjer, voy^ page IM citée par Bayle, et cetteqnestioD sera luenfôtttt^ minée.

Voosa-t-oo maiidé que M*' le oomle deCharoloisa Teodtr le daché de BoorboD noîs i H" le duc son frère, moyennant 2SO,000 liTres, (7,000 d'argent comptant et (5,000 hvm de renies payables sans ponToir être racheté pendant sa TÎe , sanf i faire le rachat après la mort ? Gda ne sort point de la famille et ne sera pas sojet à retrait , comme von pensez bien.

On rient de me dire qne Voltaire a retiré sa tragédie de Bmius des mains des comédiens : il y aroit là des traits répnbUcains comme sHl avoit encore été i Londres. Cest anx marionnettes qu'étoit le trait de Marie A la cofiu, ce qoi étoit bon pour Polichinelle.

Lettre XIP.

A Paritv ce 15 février iTSi.

On m*a remis de votre part. Monsieur, la Relation curieuse du libérateur du purgatoire. U est vrai qne le P. Gourdan ne passoit pas pour visionnaire^ mais il avoit bien des complaisances pour les bonnes gens qui vonloient savoir ravenir, et il y en a eu bien des messes à Saint-Victor.

J'ai déjà fait sur le Rîgault ce que vous avez imaginé. J^ai fait des coutures qui ne paroissent point. Je me suis chargé de collationner la copie et vous voyez bien que tout ira comme nous le souhaitons. Quand nous tromperions un peu les Anglois, ils Font bien gagné ,

Ou gagaeroot, car ce sont bons apôtres.

Vous n'auriez pas voulu ni moi qu'on dit du prince de Condé : h e palrimonio velut e naufragio solam sanguinis gloriam régis beneficio servaverat : quamque ab régis ftent-

LETTRE Xll«. 101

jfûiaie penderel uxorem jussu ejus venustatis spectatissimœ duxerat, et mares aulae tune erant vagis moribus indulgere. J'ai Mé le trait de menace de la Reine et le rebera qui o'estqa'un soupçon. J*ai aussi ôté un petit mot surlecourooDementde la Reine qui le désira beaucoup, Condœanas vmor addubitationis^ ce qui a rapport au cujusnam que je vous ai dit. Enfin , tout cela se tient très-bien , 1a perfection du sens y est et voilà le manuscrit copié. On a aussi pris dans le M9 ce qui convenoit.

ïais voici une liste des lettres de Caraden, de Lingelsbeim et de Casaubon que les Anglois demandoient d'àtioid, qui ne sont point dans les M6 et 409, et ils savent^ je ne sais pas comment, les numéros où ils sont que vous trouverez ici. Il faudra donc, s'il vous plaît, nous procurer c^ numéros dès que les 408 et 409 seront remis. Ce que je ferai incessamment et dès demain.

Soyez toujours sûr que la souscription est à Paris et que je ne remettrai rien des copies sans cela. J'ai conseillé à nos Anglois de faire imprimer la Relation du cardinal de Bentivoglio délia Fuga del principe de Condé poor ajouter à celle de Rigault. Le Journal de VEstoile ^ très-€urieux sur cela et dit des choses bien plus har- <^qne lui; le sermon du P. Gontier est dans tous les <feux {!)•

Je ne sais pourquoi vous n*avez plus la Gazette de HoU

^^^nde; elle n'est point du tout défendue. Je l'ai encore

'^« hier, et j'y ai vu un nouveau projet d'une Histoire

^^iverselle qui se fait en anglois et dont on donnera un

^olume traduit de trois en trois mois in-4**.

Âlacoque est toujours bernée, et jusqu'à une actrice de

( 1) ■ Je me soavieiis, écrit Bouhier le 2 1 février, d'avoir ea autrefois entre les lains une relation manuscrite dressée par le sieur Virey de Chalons-sur- Siâiie, secrétaire du prince de Condé, etc... » Cette Relation a été publiée, kabrjy par M. Halphen. Bouhier ajoute : « J'ai vu aussi plusieurs lettres AMmucrites de Fra-Paolo où il était parlé en termes peu obligeants des ^baiMlws de ce prince à Venise. »

l'Opéra, qui a un amant juif, et dont le mari fait cette question :

Pellissier a dit à Soissons :

Grave auteur d'Alacoque , Tu sais qu*uD rabbin suit Manon , Tu sais que je m'en moque :

Mais, s'il nous venoit un garçon, Prélat , daigne m'instruîre , Faut-il baptiser le poupon , Ou bien le circoncire ?

Voltaire a fait imprimer son Œdipe avec un discou. contre I^ Hotte sur la poésie, et on a traduit en ve françois XAri poétique de Pope.

Lettre XIIT.

A Paris, ce 19 lévrier 17».

M. Desmaizeaux vient de m'écrire d'Angleterre. La nou velle édition du Dictionnaire de Bayle est finie , il y me à la télé la r#> de Bayle^ qu'il a achevée, il m*en a envoyé les trois premières feuilles. Cela est assez exact et nettement écrit, mais je crains qu'il ne se jette sur la fin dans les questions qu'il croit savoir. Ce qui est singulier, c'esl cfue Bayle a>7int été catholique pendant dix-hoit mois, i voulut faire aussi catholique un de ses frères qui étoit mi nistrt\ à qui il écrivit une trés^longue lettre que Des maiieaux met tout entière dans cette Vie^ el il faut voir o qu'il y a dans cette lettre contre la vocation, et 1& pcr s^nmo dts réformateurs. M. de Meaux n*auroît pu riei dire de plus fort. IVsmaiieaux^ qui est en pays libre, s soucie i^u api^aremment du qu'en dira-l-on el de Tin dtwnoe de la publication de celle lettre doni il d qu'il a l'ori^iud. Souvenez-voos sor ce poiol de M. Brofl î5^^ttt^

Le quatrième w^ume des fWwcns êiwifnes de EmigU «

a.ussi presque fini. Les lettres y seront avec quelques notes de Desmaizeaux et encore quelques lettres nouvelles. On y trouvera aussi les deux premiers chapitres de Gus^ iave y et Desmaizeaux qui me dit que le libraire lui a déjà donné les trois premiers volumes pour avoir ce manuscrit que j'ai donné, me dit que j'aurai le k pour moi. Je n'ai pas trop compris ce partage, où il y a lésion de plus de moitié^ et j'en ferai ma plainte. Je vous avois bien dit que ces Anglois étoient ou seioient trompeurs, et je n'ai pas attendu longtemps à vérifier mon dire.

Ce n'est que par simple curiosité que je vous ai parlé des arrêts de Hariana et Bellarmin. Ne vous en donnez pas de peine, je ne croyais pas que votre manuscrit de l'Étoile passât la lacune des douze ans. Si vous n'avez pas les derniers trois mois de 1610, vous ne pouvez rien avoir sur Bellarmin, l'arrêt étant du 26 novembre. On reconnoit la plume et le sel du même auteur du Journal dans tout ce qui est à ce sujet et jusqu'à la fin. Et je vous dirai en passant qu'il n'a pas été bien sur la mort de la comtesse de Grammont (t. II, 335 ), ^t mourut^ ditil, en grande misère et langueur, avec soupçon d'avoir été empoisonnée par son mari, car il lui fit faire son procès pour adultère par son parlement de Bidache, qui la condamna à mort, et elle futdécapitée. M. de Gourgues y alla trop tard de la part de la Reine, ou plutôt sa visite ne servit à rien. Le conseil donna un arrêt le 16 janvier 1611 quicassatoute la procédure, mais cela ne rendit pointla vie à la défunte ; il futaussi ordonné que les juges qui avoient rendu l'arrêt de Bidache comparoitroient en personne au conseil, etc. Ce ne sont point là des arrêts de Spifame qui renvoya le parlement de Bourgogne à Toulouse, et ils ne sont que trop vrais pour cette Louise de Roquelaure, comtesse de Grammont, dont H. Godefroy a bien dit le nom dans sa note ; mais il ne savoit pas apparemment le reste, car il est homme à dire tout ce qu'il faut pour la vérité.

106 œRRESPOiNDA>"CE INÉDITE.

Il faudra trouver d^autres imprimeurs que les GéneYois. Vous n'en manquerez point ; mais premièrement il faut vous bien porter, et chasser cette importune goutte qui vous afflige tant. J'admire comme vous pouvez dicter avec vos douleurs, et votre complaisance pour moi est infinie et d'autant jins grande.

Alacoque est devenu un nom de carnaval; M. de SoissoDS pas9oit dans son carrosse ; les petits eniants crièrent qu'il y avoit un cheval déferré, un laquais descend « on lui présente un fer qu'il voulut prendre , on lui donne des verses surlesdoigtSsettooslespcJissoDS, au Ueude: «17 dbt^aiilil», crient: «jlterofiif », etkoocher de s'enfuir qui court encore. Vous pensex hîen qu'il y avoit là quelqu*un de Fècole janséniste. Les oonplets, les chansMkSs les vers^ sur cette Alacoqœ ne finissent point et <4i va iaii^ un rhcaeîl. 11 ne £uit qu'un nom makiMaiant poar raidrr un homme lîdkiile.

Voilà donc H. de la Faye de vos ooB&>èf«s. Le parti des M^rms en triomphe^ et ce ne deiwt pas être là le soo- OKswHur de M. de VaKnoMUl, Ae ne sais si ThisiMien de rAoadèHiie medm nn jonr dav^ k lîs^ des OEvrrcs dn «Km>el acadênnicieii les Uurts q« il fit piw pcoaver que le S\^$4èMe elkMl le sahil de la Fràftce, et qn on me pouvoit aK4ir le pa|iicr sàits iaize mamqBrr de parc4e an Roi. J'an^Ms «ae« aine le inHtze dans YAimàimie éts A» a«i «oiMiKiv des 4Ûorbn<ïie^ oc caloalatairs^

rt m

Aire ^>ie ^V^w ^f^fc^ i^s .%'^fiirs Ar\ AJM:i:û>, fnlls m^ont *et>s, vy ^iK^; *,;*«¥ '^if j^h«v Tiir.ina*^ « ie]^nviMiie^ et je

mettrai aussi à M. Fabbé P. (1) les deux manuscrits : on tra- Taille à copier quelques pièces du vôtre. Quand vous le pourrez, écrivez à l'abbé pour avoir les autres. MM. nos Anglois sont charmés, comme s'ils avoient conquis la toi- ' son y et dans un an le public sera bien aise. Je ne vous dis point les autres nouvelles; j'ai écrit à M. Fleuttelot qui vous les dira.

On pleure ici la mort du czar : il de voit se marier; il étoit fiancé à la princesse Dolgorouki qu'il avoit choisie; il avoit remis son mariage à quelques jours; la mort est venue entre deux et l'a enlevé. Les états ont nommé unanimement la duchesse de Courlande pour lui succéder, et c'est le prince Dolgorouki, père de la fiancée^ ministre vertueux et sage, qui a été lui en porter la Uoavelle. Vous savez les instructions qu'il avoit données à Sa fille quand il lui apprit qu'elle étoit destinée à être impératrice et comment le czar la lui demanda ; il y a de <]uoi en mourir, et voilà le sujet d'une belle pièce de tiiéÀtre, plutôt que d'aller chercher Callisthènes , pour &ire des remontrances à Alexandre sur ce qu'il vouloit être Dieu, à lui qui se sentoit au-dessus de l'homme. On dit que la petite Petronna n'a pu succéder parce qu*il y a des défauts dans sa naissance , que la duchesse de Mecklembourg, quoique l'ainée des filles de Jean, qui étoit l'ainé du czar Pierre , ne succède point aussi parce qu'elle a épousé un étranger, qui d'ailleurs est un extravagant, et que la duchesse de Courlande, veuve, a seule la capacité de succéder. Si elle avoit épousé le comte de Saxe, elle perdoit l'empire par ce bel amour; ^ais s'il n'est pas empereur il demeurera son amant, ^t je sais déjà que M. de HoUosking, l'ambassadeur du Czar, a pris cette voie pour se maintenir dans sa place. Je {^rle comme je puis et à la chaude de cette politique rus- ^ienne. Si le Mecklembourg^ qui résiste depuis longtemps

(1) Parisot.

108 CORRElSPOKDAlfCE INÉDITE.

à rempereur, toanioît sou extravagance de ce côté-là^ il pourroit iMen tailler des croupières moscovites i ces dames.

Lettre Jf.

A Par», ceSt fénier I7S9.

Tdl écrit à M. Desmaizeaux et lui fais un beau petit procès dont les raisons sont bien expliquées dans ma lettre. Nous verrons si je le gagnerai. Tai commandé pour vous un exemplaire de la Vie; on en tirera séparément, et je Fai prié de m eu envoyer deux, un pour vous et un pour moi. Je vous enverrai la feuille où est la lettre de B.^ convertisseur, et ce qu^il y a encore de singulier, c*est qu*il y en a une autre dans les notes écrites à M. Pinson, où il dit : Je demeurai à Toulouse pendant dix-huit mois, après quoi 1^ premières impressions de l'éducation ayant regagné le dessus , je me crus obligé de rentrer dans la religion où j'étois né. Cette lettre n'a jamais été imprimée. Le bon M. Desmaizeaux n'y entend pas plus de finesse. Vous me demandez ce que je dis du génie de mon ami et de ses variations, je ne dis autre chose sinon que c*étoit un pyrrhonien (!}.

J'ai tiré les faits de la comtesse de Grammont d'un mémoire imprimé pour les Grammont contre le procureur général de Pau, qui leur disputoit la souveraineté de Bidache. J*avois fait une histoire de cette souveraineté avec de bonnes preuves, et c'est uu ouvrage curieux. Je ne fus point content de cette vilaine duchesse de Grammont contre qui on a voit fait une paraphrase de Tode ; Ne sil oH'^ alla sibi oiiior pudori; on en prit un autre qui estropia

(I) O n*esl ïMLs Taris de Bdohier. » Et mol . je coadus , écrit-il le 4 mais « 1730. qu'U ne IVtoit pas, car âu fond de TAriH», il MdoQloit plus, et il étoit, « 4 moQ aris , ud déiste très-icddê. »

toute mon histoire^ et le procureur-général s'élant servi de l'arrêt du Conseil pour prouver que la souveraineté ^toit contestée par le Roi, il fallut renouveler cette douceur ; Infandum renovare dolorem, et montrer que l'arrêt de mort étoit un exercice de la souveraineté; c'est du se- ^nd mémoire que j'ai tiré ce que je vous ai écrit dans Dïon Histoire ; il y a bien d'autres titres et actes d'exercices^ et ce petit royaume qui n'a qu'une lieue en tout sens est véritablement un petit royaume , où il y a un parlement^ et une très-belle Coutume que j'ai vue en manuscrit et qui auroit bien dû être mise dans le coutumier général. Cette Coutume fut rédigée en l'année 1575 sur ane commission d'Antoinede Grammont, adressée àmaltre Cliarles de Romatès , juge des appellations et surintenàerni de la justice à Bidache. La commission est du 1*^ janvier 1575, et c'étoit des étrennes que ce prince donna à ses sujets ; il est appelé Sa Hautesse. Quelque jour je vous enverrai cette Histoire et les Mémoires impri-

On a publié ce matin l'arrêt qui condamne au feu les remontrances des fidèles à Monseigneur l'archevêgue de

ns; il est du 23 février et a été exécuté le même jour.

discours de M. Gilbert est fort et éloquent, mais on ne ^^ous a point donné l'arrêt contre les quatre brefs qui est ^^ même jour. Il faudra pourtant l'avoir.

La fureur contre Alacoque subsiste toujours; il y en a '^He censure très-vive dans les Nouvelles ecclésiastiques y ''Maison dit que le Journal des Savants en parle bien. Voilà Une consolation pour le prélat qui pourroit trouver dans *^ mystiques des exemplaires pour lui, comme M. de ^mbray en trouva dans une tradition chronologique de ^^^s livres. Je ne connois le codicile de M. d'Apt que par '* lettre de M. de' Montpellier. Vous aurez sans doute vu 'a i«ttre de M. d'Auxerre au Roi; la matière est nouvelle.

110 CORRESPONDAIIGE INÉDITE.

Lettre XVf.

A Parif, eeSnuBlTSO*

Le cardinal de Bissy se prépare à partir poor le Conclave^ et je crois qu'il sera le seul des cardinaux firaeçois. Le public parle du cardinal Alberoni ; mais le Sacré-Collége et le Saint-Esprit ne seront pas pour lui.

On poursuit toujours M. de Soissons sur son Alaooque. On vend des rubans à la coque, et le Roi lui-même lui a demandé s'il avait permis les œuCs dans son diocèse pour ce carême > à quoi il eut asseï de peine à répondre.

Un des colporteurs qui avait été pris à Rouen, a été condamné au carcan. Le jour qu'il a fallu Texposer, le peuple s*assembla et on le regardoit comme un martyr; il y eut même quelques prêtres arrètésqoi se préparoient à chanter le Te Deum, On ne lexposa pmnt, mais deux jours après il y a été mis avec grande compagnie d'archers, et il n a point chanté. Le jugement est aflicJié partout l^|ris. Il a répondu dans son interrogatoire comme un fanatique : il est l>anni pour six aas et on curé .de Rouen au^i« mais c\^t par contumace. * ^

Le Cisillislkéms de M . Pîion a regagné le public qai étmt contre « mais on dît qu'il y a de certains sentiments bas qui font voir que Tauteur n'a pas été élevé en bon lit>w t\

Ils ont auv llaliejis un S«aiji<Mi qui fait grand brait; c^est ^ uiK" traducf KH) faite par Romagnéià en vvrs Cramcois du .^ Stsii:^)!! ilalK^ . Il le dedame à merveille, mais les antrea ■■ acienrs fc^t piùe, iVi dit tcw jours Topén accordé i

LETTREJXVII*. tU

P. de Caxignan. Voilà des nouvelles de spectacle où je ne vais guère.

On imprime par souscription à Bruxelles les Mimoireg de Gastelnau avec les additions de Laboureur et d'autres qui feront 3 volumes in-folio. Et ce qu'on n'a point encore vu^ un sculpteur va faire aussi par souscription le buste de M. Arnaud en plâtre sur un buste original qu'il «à Bruxelles. Je m'imagine que la liste des souscripteurs découvrira les jansénistes, comme ont fait les listes des apjpelants, etque c'est un piège de sculpture. Je n'ai autre chose à vous dire aujourd'hui^ Monsieur; je vous embrasse et vous souhcûte une bonne année.

Tout est tranquille en Moscovie j usqu'à présent ; le jeune Q^ar a recommandé sa fiancée, mais je ne vois pas que les testaments des souverains soient bien exécutés.

Lettre XVIP.

A Parif, ce 14 mars 1730.

Je vous remercie du dispositif de l'arrêt contre le livre du C. Bellarmin ; il vient de paroitre bien au long (avec le discours du premier président de Harlay à la Reine lorsqu'elle le voulut faire rétracter ) dans une nouvelle consultation de 94 avocats pour M. l'évèque d'Auxerre. Je ne l'ai point signée^ quoique les principes en sont bons, parce qu'elle finit par àenx lignes qui attrapent les puissances^ les voici : Dans un €tutre t€mp$ on auroit épargné à M. Tévéque d'Auxerre l'embarras de se pourvoir contre le bref qui flétrit son mandement. Tous les évéques de France, tous les ordres de l'État se seroient empressés de le prévenir. Le temps, les évèques, les ordres de l'Étatj voilà tout en faute, et nous n'étions pas consultés sur cela. On en a déjà fait deux éditions ; dans la seconde on y trouve la traduction des deux brefs, l'un à^M^ â'Aitôefre.oÙMl.n'.est point parlé de brûler, flammis

113 œRRESPONDAIlCR mÉDITE.

addicelur ; mais cela est peut-être compris soos Y Et es^tera, qui est là aussi mai placé que dans Farrèté. L'autre bref est à celui qui est donné contre lesédits et arrêts des. souverains et des parlements, et il est bien étonnant : je ne connois point les deux autres. La consultation a pris beaucoup de choses dans le livre de M. Dupin de la Puissamce eccliiiastique. Je voudrois^ pendant que Ton y est^ que Ton réformât la formule de Tiutronisation du Pape qui dit : Accipe thiaram tribtis coronis omalam ut scias te euepa^ trem principum et regum reciorem orbis in terra, vicariam salvatoris Nostri Jesa-Christi. Cui est honor et gloria, etc. Ne voilà-t-il pas bien le temporel sur les rois de la terre bien distingué d'avec le spirituel. Il faudroit un bon arrêt pour supprimer la description des cérémonies où se trouve cette formule et qu'on vient de publier avec permission de H. Hérault, du 9 mars 1730^ sous l'approbation de H. Passard, censeur des petites drogues. Il me semble qu'on ne prend garde à rien. Si le Pape est le père des princes et des rois, ils tiennent donc de lui leur héritage et il les peut déshériter. S'il est le gouverneur du monde en terre, il y peut donc faire ce qu'il veut. Voilà ce que portent ses provisions et la condition de son élection, et puis on les conteste. Les cardinaux françois, allemands et espagnols ne devroient point passer cela; mais nous n'irons pas réformer le monde,

Sinete ire res quomodo vadunL

Les Noutelles ecclisiasUques parlent toujours de la Vie d^À^ lacoque, et en voilà déjà deux extraits très-curieux et qui valeut mieux que le livre où cela est noyé. M. de la Paye doit être reçu jeudi à l'Académie, M. de la Motte le recevra, et Dieu sait les belles phrases modernes et fondamentales du parti contre les anciens. Je crois qu'Homère et Virgile casseront les fenêtres pour s'enfuir. Il court une piiVe en vers intitulée le Chimiste, contre Topinioa de la Motte sur la poésie. Ce chimiste voulait décider

contre les odeurs, et il ne fut loué que par les punaises. Je n^ai pas encore vu la pièce. M. de Saint-Martin, qui aspire au génëralat de la Calotte^ ayant su qu^un soldat aux gardes n'avoit pas été bien traité par le parlement de Douai où il étoit allé pour faire entériner une gr&ce^ pourquoi on lui demandoit 80 fr. de frais que le soldat n'a point voulu payer, a écrit au Parlement une lettre que Ton dit très-impertinente. Le greffier l'a remise au procureur général, le procureur général au chancelier, et je ne sais ce qui en arrivera, sinon que voilà Saint- Martin généralissime de droit.

L'affaire de M. d'Orval n'est pas encore jugée. M, Trudaine^ qui doit la rapporter devant le Roi, est tombé malade. On dit toujours que H. de Béthune gagnera sa cause, quoiqu'elle ne soit pas bonne. M. d'Orval cependant a mis dans sa production un enfant dont Madame sa femme est grosse, et s'il arrive qn m&le, ce sera une pièce nouvellement recouvrée qui pourra faire une cassation : à ce propos, on dit M*"*^ de Lambert grosse. Apollon sera le parrain de l'enfant.

La nouvelle de l'Empereur mort est aussi fausse que celle du roi de Prusse, que l'on a dit avoir été tué dans une sédition excitée par son fils, qui avoit voulu se mettre entre le Roi son père et la Reine à qui son mari vouloit donner des soufflets ; la Reine les a eus, le fils des coups de bâton; le peuple s'est soulevé et voilà le Roi mort. Il n'y a peut-être pas un mot de vrai de toute cette histoire. Ce qui est sûr, c'est que le roi de Prusse a été à Dresde, à une noce où étoit le roi de Pologne, qu'il y a resté depuis le 17 février jusqu'au. 25, qu'ils se sont bien embrassés et ont bien bu ensemble, et que la Gazette de Hollande ne dit pas un mot au delà.

Le soulèvement du Mississipi est plus certain ; les sauvages ont coupé la tète à beaucoup de blancs et de nègres, ensuite ils les ont arrangés et leur ont fait danser lejcalumet sans tète. Ce fait est dans une lettre que j'ai vue

tu COHûLlSKfSDAXL I5EDIIE.

eo coAMilUlioij pyat un M. D qui a abaDdonné ses

ÏMM, eotiv: }e-<(peU il y a quatre habitations rainées y^r ce <knaier 6*SA£Xtt:. H. Kvlli. ?on associé, et le fils de IkoJli ftont da DocQbre Ge§ décapites, et an jésaite aussi ; et uu antre jéftoite y est mort de faim.

On crie l/eaocoup contre cet arrêt qui déclare nulles les priojies faites sur les actions; mais on ne se souvient pas qu'elles ont été condamnées dès 17âO et que la négociatiofi des actions a été fijée en 17^6 à la même forme des lettn^ de change ; cependant il faut enlendre les changeifjcnts que Ton fait dans le ministère et qui ne seront I>oint. — Je saurai la souscription de Castelnau.

V Idole de Bruxelles est charmante, et ce mot-là vaut cent épigrammes : il y aura bien des iconoclastes.

Lettre XYIIV.

A Paris, ce 24 mars 1730.

Je suis bien f&ché^ Monsieur, conirc cette gx>utte qui vous quitte et qui vous reprend sans raison. Noussommes ir.i dans de grands événements : H. Des Forts est renvoyé (il M. Orry est à sa place. On ne comprend ni le premier ni le second, et encore moins le premier, qui sort de là dans un ItMups de malversation, où s*il n'a pas de part, du moins il n'a pas assez contrôlé. Tout cela est une suite du Sysli'^nio : ce papier si aisé à détourner tente les gens, cl ou no sait plus ce qu'il devient. On dit qu'il y a des commissaires nouveaux (M. de Macliault et M. Fagon) jHHir examiner toute cette manœuvre. 11 y a un homme A la Uastillo qui a parlé et peut-être trop. Avoit-on cru tnmvtT un lalhouot dans un Des Forts? L'affliction est ,Kraudo dans sa famillo» et comptez combien de gens en placo ) pivuuout \\ix\\. Pour M. Oitv, on en dit beaucoup \lo hiou, 0»»iuul il éloit capitaine de cavalerie dans le iV^imonl de Itorry. il ne cr^woit pas devenir eontrùleur

LETTRE XVIIF. 115

général des finances. J'en reviens toujours au mot de Philippe de Commynes : // peut aussi bien empirer qu'amender.

Le Palais est furieux sur la Consultation : c^est àla pluralité des voix que les derniers termes sont restés, mais quelle pluralité ? peine en connoit-on les noms. M. Bargeton m'a dit qu'il étoit de l'assemblée générale et qu'il n^avoit jamais rien pu persuader. Ils disent bien ce qui se fit en 1616, où la mort d'un si grand Roi étoit encore toute chaude, mais ils ne savent pas qu'en 1609 le Roi lui-même renvoya M. Servin qui vouloit faire censurer le décret où avoit été condamné Tarrôt de Jean Châtel, et le pria de ne se point mêler de ses affaires en lui disant quil y avoit des fous à Rome aussi bien quà Paris. Je vis hier une lettre de remerciment de M. d'Auxerre aux avocats dont il a fait un parallèle avec les évoques, et cela me parut assez mauvais.

J'apprends en ce moment la mort de M"*^ d'Argcnis qui m'afflige beaucoup. Je l'avois raccommodée avec son mari. Elle a eu une peur du tonnerre qui lui a donné une grande maladie, il y est venu toutes sortes de médecins et à la fin elle y a succombé. M""* de la Fare est aussi morte de peur, et je mets à la fin de ce chapitre la mort de M"*Lecouvreur, qui n'a été malade que trois ou quatre jours, qui est morte entre les bras du comte de Saxe, qui ne l'aimoit plus ; et n'ayant pas eu le temps de renoncer à la comédie, on n'a pas pu obtenir pour elle un peu de terre pour l'enterrer. Elle a fait un testament dont M. d'Argental est Texéouteur, je ne sais en vertu de quoi (1).

(1) Le 28 mars, Bouhier répond : « La mort de La Lecou?rctir fait trcm- « bler; j'ensuis très-aflligé en mon particulier; j*avois quelquefois mangé < avec elle citez de mes amis, et lai avots trouvé un caractère très-aimable, « sans compter ces talents pour la comédie, qui m'avoient paru supérieurs « à ceux des Cliamproèlé, des Duclos, des Raisin, etc.... A la voix près, qu'elle « avoit moins toucliante et moins belle que les autres, clic Temportoit « fort, à mon avis, pour Taction et pour le jen naturel. Elle étoit, en son genre,

116 CORRESPONDiiNCE INÉDITE. *

Je ne me suis point trompé au nom de M" de Lambert; c'est la femme du fils qui étoit autrefois M*^ de Locmaria.

Le conte du Chimisle n'est pas long; vous Faurez au premier jour.

Le général de la Calotte est au fort TÉvèque. Il dit au cardinal^ qui vouloit Tenvoyer à la Bastille, que puisqu^il ménageoit les finances duRoi, il en coûteroità la Bastille 20 livres par jour^ et qu'au fort FËvèque il n'en coùteroit que 6.

Le cardinal ne trouva pas la plaisanterie bonne ; il lui dit qu'il iroit au fort TÉvêque, qu'il n'en coùteroit rien au Roi^ et qu'il y seroit longtemps. Tout le régiment y va manger tous les jours, et on fait bonne chère aux prisonniers qui vont tous devenir calotins.

Les Anglois disent qu'ils n'ont point de part & l'affaire du Mississipi : nous en usons bien avec eux sur Dunker* que, et les Walpole, qui étoient à bas, sont relevés.

Votre nouvelle de M"*^ de Listenoy est fort bonne à savoir; elle aura bien fait de s'évader comme M"* de Kerbabu fit à Néaufle. Son affaire est instruite : elle attend des conclusions du procureur du Roi, et puis le jugement, et puis l'appel, et puis l'arrêt. En voilà encore pour long- . temps, mais elle est patiente et courageuse (1).

R ce que Baron étoit dans le sien. Mais enfin iU ne sont plus Tun et Tautre. « On m'a mandé que M. d^Argental étoit son exécuteur testamentaire» mais « non son héritier, et que c'est un (idei-commis de la défunte pour faire « passer son bien à deux ou trois enfants naturels qu'elle a laissés. Go saura « liien ce qui en est. Il faut que M. d'Argental fût fort son ami. » (Voir aussi le Mercure de mars 1730.)

(1) La grande nouvelle dMci est qu*on doit amener incessamment à notre cbAteau la marquise de Listenoy qui y est reléguée par lettres de cachet. On dit que madame sa mère Ta demandé ainsi, pour arrêter le cours de ses amours, dont tous connaissez sans doute la singularité. La lettre est adressée à liuicndant de Franche-Comté. Le bruit court qu'elle s^est évadée, je vous luanderai la suite de celte afTaire (Bouhierf 21 mars). Le 28 mars, il ajoute :« La « marquise de Listenoy s'est en effet évadée et s'est, dit-on, sauvée en terre « papale comme d'Assoucy, avec le cher objet de ses folles amours. Ce qn'd « y a de bon, c'est qu'elle a passé ici incognito sans autre suite que la Lam-

M. de Sainte-Maure^ qui ne veut point donner copie de son enquête^ où il a fait dire par les témoins plusieurs sottises contre sa femme, a fait signifier quHl n'entendait point adopter certains faits singuliers, et ce n'est qu'à cette condition qu'il en veut donner une copie. Voilà matière d'une belle plaidoirie et toute nouvelle. L'enquête est nulle et il voudroit la conserver; qu'en pensez-vous. Monsieur? J'apprends que H"*^ la marquise de Fresnoy a quitté Monsieur son père et est à Paris. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse.

Lettre XIX\

A Parif,l6 8aTrUl730.

Je ne vous ai point écrite Monsieur, depuis le lit de justice^ parce qu'il y a tant de choses à dire qu'on ne sauroit dire , et tant d'autres qu'on ne sait point, qu'on est fort embarrassé. La Déclaration est publique , je ne sais pourquoi on a parlé de jansénisme dès le titre, car l'article quatrième, qui renvoie au cinquième de celle de 1720^ défend les noms des sectes. Je ne sais pourquoi on a parlé des explications dressées dans un esprit de concorde, le Pape ne les ayant jamais approuvées. Vous trouverez le Parlement loué sur ce qu'il a fait en 171 &^

• berf , qu'on dit très-bien faite, quoique un peu maigre. Elle' lui a assuré « 6,000 livres de rentes sa>ie durant pour ses bons et agréables services. »

Enfin, le 15 avril, Bouliier raconte la fin de i*avenlure: « Madame de Lis-

« tenoy a été assez sotte pour se laisser arrêter à Pont-de-Vaux. Elle est

« en notre château et on lui a donné pour la servir deux antiques sorcières

« qui sont très- propres à la guérir de son goût lesbien. Sa chère Lambert a

« été conduite à Paris où on croit qu*on va renfermer au couvent de Saint-

« Michel. On dit qu'elle est très>aimable et qu*il y a longtemps qu'elle auroit

« Toulu se dépêtrer de sa marquise, qui l'avait, dit-on entraînée par une do-

« nation de 6,000 livres de rentes sa vie durant. Je ne sais si ce n'est pas

« cela qui a le plus aigri madame sa mère. Elle a la liberté de voir ici ceux

« qui la vont voir, mais la presse n^est pas grande ; elle trouvera ici peu de

« prosélytes. *

lit œRREâPO!fllA!ICE ITItDITE.

et cependant il est dit que la Consiituiion tera exécutée selon sa forme et teneur j qooiqae le Parlement eût modifié trois propositions. L'impétration et la ^'acance des iiénéfices est bien plus claire dans Tédit de 1665^ et Tarticie cinq est rédi;?é dans une phrase si longue, qa^on en perd presque l'haleine. Quoi qu'il en soit^ la voilà i^assée. On a opiné très-hautement et il s'est dit des choses qu'on ne mettra pas dans le Procés-Verbal du lit de justice. On a dit à H. le Chancelier : Quantum mutatus ah il la , et on n'a pas pensé à tous les changements qui sont arrivés depuis 1715. M. Pucelle, Nigot, Robert, Guil- Ichaut, DuprédeSaint-Maur, Vrevin, Titon, de Majainville (abbé), se sont fort signalés dans leurs opinions, et H. Leclerc de Lesseville, conseiller d'honneur comme plus ancien de l'assemblée, voulut parler le premier, maison le remit à son rang, et à son rang il dit qu'il falloit se démettre de son emploi, puisqu'il n'y avoit point de liberté. Je crois qu'il n'en fera rien.

Messieui's des Enquêtes sont revenus le lendemain , et ont prié, même sommé M. le premier président de venir; il y est venu avec une lettre de M. le Cardinal qui défondoit l'assemblée, mais on n'a point reconnu cette-^ lettre, et on a demandé communication des registres pou y écrire une protestation; il a montré une autre lettre d M. le Chancelier qui défendoit cette communication, e.^ .sur-lo-cliainp il s'est levé , et a emmené le greffier. H sieurs du grand banc l'ont bientôt suivi et Messieurs de Enquêtes, sans chef, sans greffier et sans registre, n'oL pu rien faire et sont sortis mécontents. Ils attendent 1« Mercuriales ; les avocatsqui ne dévoient point rentrer soi revenus, dès le mardi matin, à l'audience de sept heui Ils avoient donné avis à la Cour, le samedi, d'une soutenue depuis peu aux Jésuites, où il est dit qu'on jamais besoin de conciles généraux [nunquam), et ce seroifc 3 une belle exclusion pour les appels au concile. Cet a^ est donné en vertu d'un ancien serment des

Quod in causis quas fovehunt si viderint tangi jus regium, ipsi de hoc curiam advtsabunl; dans d'autres éditions^ il y aadnionebunt. Nous verrons après la Quasimodo le succès de cette dénonciation. Je crois qu'après ce temps-là les esprits seront bien rassis; si on avoit attendu une quinzaine, il y auroit eu une belle foule de mémoires comme on fît à Pontoise. Il y a eu des placards au Palais pour prier sainte Geneviève de défaire Paris de la Constitution^ comme elle Ta défait d'Attila. Vous pouvez bien croire quelle est la désolation dans ôe parti ; mais il y a apparence qu'on ne poussera pas les choses à bout à Paris^ et que seulement dans les provinces quelques évëques useront de sévérité. Si tous les bénéfices étoient vacants, Rome gagneroit bien en provisions, et le nouveau Pape trouveroit bien de l'argent amassé pour la guerre d'Italie qui commence.

On m'a assuré qu'on n'en est venu au lit de justice qu'après avoir épuisé la matière d'un concile national qui n'a pu se tenir parce qu'il auroit fallu y appeler les évèques opposants et même H. de Senez, sans quoi il y auroit eu nullité et défaut de liberté. Il a donc fallu l'autorité du Roi, dans la crainte du schisme et pour le soutien de l'État. H. Talon fit sur cela un beau discours en 1664 quand il fit supprimer la lettre de M. Tévèque d'Alet. On le trouve dans le 2® tome du Journal des Audiences, avec les déclarations de 1664 et de 1665 enregistrées en deux lits de justice, et le procès- verbal et arrêt de 1665 signé Robert, qui ne s'est plus trouvé dans aucun des registres du Parlement en ces derniers temps.

Le Procés-Verbal du dernier lit de justice est tout dressé et on y a mis les trois discours de M. le Chancelier, du premier président etdeTavocat général, mais on ne sait s'il sera donné au public, car on ne manqueroit pas de critiquer, et les Nouvelles ecclésiastiques sont aux aguets. Je ne sais si elles continueront; ce sera là où la police agira sévèrement*

J20 CORRESPONDAKCE INÉDITE.

On D^a point de nouvelles da Conclave. Voilà la gaerre en Italie. M. de Maillebois y va lieatenant général avec trois bataillons d'infanterie pour conduire les EqMignols avec don Carlos. Ce petit feu pourra bien en allumer un plus grand Tannée qui vient^ et cette belle paix de Séville va enfanter la guerre. Les régiments du Perche, de Flandre et RayaURou$$illon sont de cette infanterie.

Je ferai remettre le lendemain des fêtes le volume 706

à Tabbé Parisot. Nos Anglois en ont bien assez ; on ne les

voulut point recevoir au lit de justice, comme Anglois;

ils se mirent à la suite de M. l'ambassadeur de Hollande ,

et entrèrent comme Hollandois. On les soupçonne de la

révolution du Mississipi et d'une autre qui vient d'arriver

en Amérique, où on auroit conjuré de tuer M*"* de Cham-

pigny et d'égorger toute la garnison du Fort-Royal. M. de

Champigny éloit venu à la Guadeloupe dans une flûte qu'il

a renvoyée avec 50 hommes, tant François que Suisses;

ils ont tué le lieutenant sur le pont, ont voulu tuer le

capitaine, qui, par gr&ce, a obtenu la vie. Us l'ontforcé de

les mener en mer pour piller; il les a adroitement menés

aune lie qui est aux Danois, comme pour avoir des vivres ;

il a averti du fait le gouverneur, qui les a fait prendre

dans le port, où on les a tous enchaînés et on les amène

en France, pour savoir l'auteur de cette conjuration : je

sais cette histoire de H. de Champigny, capitaine aux

gardes, frère de l'autre.

Je viens de lire dans la Gazette de Hollande qu^on imprime une nouvelle édition des OEuvre$àe M. de Fontenelle , plus ample que les autres, en 3 volumes in-&* et 3 volumes in-folio, avec des vignettes magnifiques; rin-4.' 25 florins, l'in-folio, petit papier, 40 florins, et le grand papier 80 florins. Voilà donc H. de Fontenelle in-folio et avec des images. Il a si longtemps amusé les femmes, qu'il faut bien à présent qu'il amuse les petits enfants. Et H. de la Motte, ne voudra-t-il pas tàter aussi de l'in-folio? Je vous souhaite de bonnes fêtes.

Lettre XX\

A Parif,ce10aTrlH730.

Je n^avois pas été bien instruit^ Monsieur, du lendemain du lit de justice. On entra à la Grand' Chambre à l'andience, et ensuite il se fit plusieurs arrangements sur la séance des prisonniers. Pendant ce temps-là^ Messieurs des Enquêtes faisoient des mouvements dans leurs chambres, au lieu de s'assembler au cabinet de la première comme il est d'usage dans ces cas. On députa M. Tabbé Guillebaut qui est de la troisième» qui alla dans chaque chambre, et qui fit si bien qu'il les assembla^ et on alla tous ensemble à la Grand'Chambrei où on trouva Messieurs en place : on finit ce qu'il y âvoit à faire pour la séance; puis M. le premier président leur dit que la cour voyoit bien le sujet de leur venue, que la veille il n'avoit pu rester après le lit de justice, parce qu'il y avoit des ordres du Roi très-formels de ne point rester; que ces ordres lui avoientété donnés par M. le Chancelier, et qu'encore aujourd'hui il y en avoit de nouveaux pour ne point délibérer sur ce qui s'étoit passé au sujet de lit de justice... II hésita quelque temps à les montrer, enfin il les montra, et c'étoit une lettre de M. le Chancelier, qui parloit d'abord de ce que M. le premier président avoit fait en ne demeurant pas la veille , en quoi il avoit obéi au Roi, et ensuite la lettre rapportoit l'ordre de ne rien faire davantage, de s'opposer à ce que voudroient faire Messieurs des Enquêtes, et en cas qu'ils persistassent, de se lever avec Messieursdu grand banc, de quitter la chambre, à peine de désobéissance. Cette lettre donna matière à bien parler sur l'ordre, sur la personne qui le donnoit ou qui le rapportoit; [quelques-uns vouloient que Tordre du Roi fût donné par un secrétaire d'État; il fut remontré à la <îompagnie qu'il étoit plus glorieux de le recevoir du

Chancelier, chef de la justice. Od disputa beaucoup pour en venir à une protestation^ et à une délibération qui fut toujours refusée. M. le premier président sembla se prêter en disant que si, par une acclamation qui scroit faite à nemine conlradicenie , on proposoit quelque chose ; qu'il pourroit le faire; bientôt la contradiction vint par H. le président Pelletier, qui dit que cet expédient seroit toujours contre les ordres, et cela en resta là : H. le premier président, tout en causant, se leva de sa place, passa le parquet parlant aux uns aux autres; la barre fut levée, il se trouva hors de sa place sans presque qu'on s'en aperçût, et se mit auprès de la cheminée, où on le joignit. C'est une vraie retraite d'un général. Là, ce ne fut plus qu'une conversation ; il fut dit que la Déclaration avoit été si retranchée, qu'elle ne pourroit faire grand mal; que dans l'exécution elle trouveroit bien des adoucissements de la part du Parlemont même; qu'il ne falloit point dire qu'on eût mis la main à l'encensoir, parce que celte loi de l'Église n'étoit À proprement parler qu'une loi de discipline, que la dis* cipline y entroit beaucoup plus que le dogme, et que le dogme roèmen'étoit pas proprement un dogme. Sur quoi quolqu*un dit en riant : Monsieur, vous êtes de l'Académie, vous ferez mettre cette définition-là dans le Diciionnoire. Cette conférence hors de place fut fort amiable en apparence, mais les cœurs n'en étoient pas moins irrités, et on revenoit toujours sur le point de laisser quelque chose dans les registres de la Cour. Enfin on se sépara , Messieurs des Enquêtes retournèrent dans leur chambre, et on dit qu'ils y ont fait un arrêté, dont on parlera à la Mercuriale ou à la première réception de quelque conseiller, si cela n'est arrêté par des ordres supérieurs. M. le prtnnier président est parti aussitôt pour aller au Vaudreuil faire placer un groupe dans son parc. Yoilà.. ce qu'un de ces Messieurs qui y éloit et qui en parl^ bien ma appris. On api^lle le Chancelier le chancelier^

LETTRE XXl*. IM

Muiatns, et il est bien singulier qu'on ne veuille pas penser aux changements arrivés dans la chose mème^ ni aux modifications faites à Pontoise, où la cessation des appels a été reçue pour être inmolàblement observée: il ne peut donc plus être question de Tappel dans le Parlement et en bonne règle tous les appels qui étoient portés lors au Parlement par les évêques, par l'Université, par la Faculté de théologie, sont jugés par cet arrêt, à quoi on ne prend pas garde, et j'en ai fait faire la remarque à ce magistrat, qui n'y pensoit pas.

M. le comte de Baujeu a été mis à la Bastille, pour avoir insulté H. d'Angervilliers et ensuite M. le Cardinal.

Lettre XXI\

ATrU 1730.

Vous savez ce qui est arrivé au Parlement, comme il a été mandé à Fontainebleau, la réprimande qui y a été faite sur les assemblées, que tout a été annulé par ordre du Roi, prononcé par M. le Chancelier^ et que cela a été écrit^ur les registres sans délibération. On crie beaucoup contre H. le Chancelier, contre M. le premier président, et les calottes ont déjà marché. Cependant les arrêtés demeurent dans les chambres et ne sont pas biffés. Nous verrons tout cela imprimé au premier jour. Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours leur train et seront curieuses à la postérité. M. Tévôque d'Auxerre a été obligé de se justifier au sujet d'une lettre qu'il a voit écrite au père Courrayer quand il étoit à Paris, et que ce dernier a fait imprimer dans les preuves de son Apologie. C'est un maître moine que ce père Courrayer, et on est heureux d'en être défait, car il a de terribles opinions sur la religion ; il ne peut à présent que gâter un pays déjà tout gâté. La lettre de M. d'Auxerre est dans les Nouvelles ecclésiastiques du 18 mars.

tu œRRESPO.NDAKCE INÉDITE.

M. de Montpellier vient de faire une Lettre de 25 pages in-folio sor la Légende de Grégoire VII. 11 y a de grands traits de science et d^éloquence, mais peu d^ordre; il y a aussi un mandement de M. de Castres sur la même matière et que je n'ai point encore vu.

On dit qu'il y a brouillerie dans le conclave et qu'à la fin les punaises les en feront sortir. Le Coscia y fait grande figure , mais on l'assommera peut-être en sortant Rome n'aime point les Bénédictins.

Lettre XXIP.

A Parti, oe il arril 1790.

J'ai été fort enrhumé. Monsieur^ et je le suis encore ^ ce qui m'a empêché de vous écrire depuis quelque temps ; il y a belle matière, car tout a été en mouvement au Palais depuis qu'on a rentré. Le jour des Mercuriales toutes les chambres étant assemblées, M. l'abbé Pucelle parla au bureau sur ce qui s'étoit passé le lendemain du lit de justice. Il entra dans le fond de la déclaration de Tédit de 1665, qu'il dit être resté sans exécution et aboli par la paix de Clément IX, qui avoit admis la distinction du fait et du droit, que lui-même il avoit signé le formulaire avec distinction, lorsque le Roilui avoitdonnéuneabbaye; qu'on vouloit faire perdre la mémoire de cette paix, que le Roi avoit regardée comme une grande action, puisqu'il en avoit fait frapper une médaille ; que depuis on avoit changé la légende de cette médaille dans les dernières éditions de ï Histoire mitalliquef mais qu'il avoit la première que le Roi lui avoit donnée, etc. Il dit que la Déclaration étoit apportée dans un temps où tout étoit en trouble par la légende de Grégoire VII, pai* les brefs de Rome contre les mandements des évêques, par l'interdiction de plus de trois cenlsdignesprêtres dans Paris, et qu'il sembloitqu'on vouloit tout sacrifier à la cour de Rome. M. lepremi^ pré-

LETTRE XXÏI». 125

sident répondit, et montra une lettre de M. le Chancelier qui portoit des ordres de ne rien faire. Cette lettre fut contestée par défaut de pouvoir : il en tira une autre du Roi à lui premier président, qui fut encore contestée , et un conseiller dit que c^étoit là des lettres de particulier à particulier, enfin il en montra une troisième du Roi au Parlement quHl voulut lire , mais on ditqu^elle devoit être présentée par le procureur général; il vint, il la présenta, puis on le fit sortir avec les gens du Roi, et quand elle eut été lue, comme elle étoil très-forte sur les ordres, H. le premier président fit entendre qu'il falloit obéir. M. le président Âmelot, qui voulut parler, ne fut pas très^» bien reçu, et on se leva sans avoir rien pu obtenir sur lés remontrances ni les protestations. Le jeudi et le vendredi on s'est assemblé dans les chambres, le résultat a été qu'on a fait une grande délibération contenant quatre articles : 1* Qu'il sera fait un procès-verbal de tout ce qui s'est passé le lendemain du lit de justice et depuis; 2* une protestation contre le refus de remontrer ou pro«> tester; 3* autre procès- verbal des voix du lit de justice, parce qu'on prétend qu'elles ont été mal comptées ou mal rapportées, et cela touche M. le Chancelier, 4^ Autre pro< cès-verbal du jour des Mercuriales. Cette délibération a été écrite dans toutes les chambres sur le registre des réceptions, et signée de presque tous les conseillers. Le samedi, on vint pour demander l'assemblée des Chambres et faire part de tout cet ouvrage, mais la Grand'Chambre étoit levée à huit heures et demie, à ce qu'on dit, sans affectation* On y a dû retourner ce matin, je ne sais encore ce qui s'est fait, mais je le saurai avant ma lettre finie. Les Chambres ont nommé chacune deux députés pour cette affaire qui fait grand bruit dans Paris, et qui a fait cesser toute audience et rapport dans les Chambres, dont les pauvres plaideurs, qui se soucient peu de la Constitution, sont impatientés. J ai une affaire contre la succession deTouvenot, notaire, pour une négociation assez suspecte^

19$ CORRESPOHDAflCE I5ËDITE.

mais il passe pour un saint, parée qu'il alla en Sorbonne signifier Tappel des quatre évëqnes , pourquoi il fat mis i la Bastille, et je tiens mon procès perdo. Je ne sais qoi

s'est avisé de dresser des remcnitraiices comme si elles Yenoient du Parlement. Cela est asses fort, et on y parle bantement de la dernière dénonciation des avocats sur la thèse du 22 mars; enfin voilà les esprits bien en mouvement, et je ne sais quand ils seront apaisés. On en est toujours sur le pouvoir et l'autorité du Roi dans les choses spirituelles. Il semble qu'on ne pouvoit pas dire que peramne ne puisse être pourvu aux ordres sacrés j etc., et on dit que c'est mettre un empêchement aux ordres qui sont purs spirituels.

En ce moment j'apprends que les députés ayant été demander l'assemblée des Chambres, elle leur a été refusée; que MM. des Enquêtes sontvenuseux-mémes; qu'elle leur a été refusée aussi, parce qu'il y avoit des ordres contraires; qu'ils ont demandé à remettre leur délibéra-» tion à la Cour ; qu'il leur a été permis de la remettre èsmains du greffier, à qui ils l'ont remise, mais que depuis elle leur a été renvoyée, ce qu'ils prennent pour une offense, et nous verrons ce qu'ils feront. J'oubliois de vous dire qu'ils n'ont pu convenir entre eux d'un président qui auroit dû tenir l'assemblée après que H. le premier président se fut retiré avec MM. les présidents à mortiers, ayant laissé plusieurs de MM. de la Grand'Chambre avec lesquels le président ne put être convenu ; c'est le grelot.

l>éjà les Nouvelles ecclésiastiques ont fait une Relation do la séance du lit de justice^ où vous pouvez croire que M. le Chancelier et M. le premier président ne sont pas bien traités. On rapporte les propres paroles du premier au roi Louis XIV, en 1715^ et à M. le chancelier Voisin, et on saute par dessus les quinze années depuis. Cette pièce sera curieuse. Ilsdisentque le duc d'Orléans a dit au Chancelier : «Passez, Monsieur, passez, » et cela n'est pas vrai, car il opina à lenregistrement pur et simple , et en dit

LETTRE XXllF. 127

même quelques raisons; un prince de la maison de Gondé dit : « Quand le Roi commande^ il faut obéir. »

Les capucins ont fait la cérémonie d'un sain t Martin qui a été docteur en droit civil et canonique ; cela a duré trois jours. Un prédicateur feuillant a loué les avocats ; un cordelier, le lendemain, a dit que le saint^ étant avocat, s'étoit renfermé dans sa profession et n'avoit point fait comme certains qui veulent décider des matières de religion. On n'auroit jamais cru que cette capucinade eût pu produire cet effets et voilà déjà les prédicateurs lancés. Le cordelier est le père de la Coste.

Lellre XXIlt.

AParis,ce28aTrill7S0.

J'ai vu hier un journal littéraire que je ne connoissois pas qui s'imprime à Toulouse. 11 est de 1730, tome 15, première partie : il y a un grand article des Mémoires pour urvir à rhistoire de Bourgogne, dont il a rapporté plusieurs morceaux excellents, et il en juge bien , mais en récompense^ il juge très-mal des Lettrée de H. Pellisson, ouvrage, dit-il, écrit dans le goût des Gazettes et d'une utilité à peu près égale ; il rejette les nouvelles que H. Pellis8(m tenoit de la bouche du Roi, parce qu'il arrive souvent que les souverains ne sont pas mieux instruits de la conduite de leurs ministres et de leurs généraux que certains maris ne le sont de la conduite de leurs femmes : celan'esUil pas bien appliqué à Louis XIV? L'auteur cherche à rendre suspecte la conversion de M. Pellisson. Je ne sais où il a pris qu'il avoit 20,000 fr. de rentes, et il cite les Lettres critiques sur le calvinisme y de Bayle, au sujet des al]gurations à quatre ou cinq pistoles, et sur tout cela il le tient mauvais historien et n'a point regret que son Histoire soit perdue.

11 y aà la fin un grand article qui annonce la nouvelle

128 œaUESPONDANCE INÊDIIE.

édition de Fontenelle^ et toutes les pièces^ dont il y a une qui a pour titre De V Existence de Dieu^ mais je n'y vois point la Relation de Bornéo y et ceseroit un avis adonner à rimprimeur.

M. Duperray, notre doyen^ est inort; il a fait bien des livres assez confus.

Lettre XXW.

A Paris, ce 12 mai ITSa.

Je vous félicite d'avoir M™* de la Vrillière à vos États (1). C'est une beauté de tous les pays et de tous les temps; elle a charmé l'Angleterre quand elle y a été ; elle y a fait de grandes passions^ et elle fera toujours partout l'effet que font les grâces. Homère avoit vu quelqu'un qui lui ressembloit quand il les a décrites. M"*^ de Listenoy est à Saint-Mandé, près Paris, et on dit que la liberté a été ren* due à H"® Lambert.

La pasquinade de Rome (2) est plaisante. Je ne Tavois pas vue ; il y a beaucoup de bruit au conclave. Le cardinal Alberoni a eu 26 voix; la Sua Coscia y tient son coin et a fait manquer la tiare au cardinal Ruffo.

Vous savez la mort violente de H. le prince de Courte-* nay. Voilà une vilaine fin pour une si grande maison. Il n'y a plus qu'un vieil abbé, qui n'a pas la vertu de Tabbé d'Orval. J'ai vu dans votre manuscrit des particularités^ sur les Courtenay^ contre lesquels il y a eu un ancieik. arrêt de la Cour des Aides qui les déclare déchus des pré«-' rogalives de la maison des fleurs de lis pour avoir pris les nom et armes d'autres maisons. Ils furent mis à la tailla sous le règne de Henri IV; il fut ordonné qu'ils prouvi^roient leur noblesse, et ils firent une production énorme

(1) Klle était Tenue délivrer sa sœur, M^bc de Listenoy. (i) Au sujet du feu Pape.

LETTRE XX V». 12d

de leurs (iires depuis Louis-Ie-Gros^ mais M. de Sully ayant

fait faire une fausse généalogie pour se faire descendre

lui-même d^un aîné de Courtenay^ le Roi, qui le sut, ne

voulut plus que Ton parlât de cette affaire^ et en fut fâché.

C'est un M. du Lys^ avocat général à la cour des aides, qui

dit tout cela en 1612 à H. Du Vair ou à M. de Peiresc et

qui montra Tarrèt à M. le chancelier de Bellièvre, lors

delà production de ce temps-là. Comme vous n^avez point

votre manuscrit^ il faut bien que je répare celte perte.

levous le renverrai incessamment. Il y a, dans le deuxième

k tome de la Satire Ménippée (Ratisbonne 1709 in-8% page

UO), une note curieuse sur cette maison.

La nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle parolt à Paris, on la vend 130 liv. ; je ne Tai pas vue, mais il faut f que Desmaizeaux ait achevé sa Vie, qui sera toujours ix>nne, quand il n'y auroit que la lettre controversiste de Bayle. Je n^entends pas dire que le quatrième tome de Bayle paroit encore.

On parle d^une calotte en prose contre M. de Soissons, qtiilefait historiographe du régiment, et d'une autre contre les chefs de la justice. Je finis, Monsieur, en vous ^Tubrassant de tout mon cœur. Avez-vous ouï parler de '^^rtnons choisis?

Ce sont ceux du père Molinier, qui étoit père de l'Ora- *oipe^ et il y a là-dedans une fécondité étonnante. Le ser- ^^on du Ciel donne envie d'y être et celui de Y Impureté a ^■^ bons traits contre les spectacles, et finit par un De ^^^ofundis.

I-« fils de M"** de Prie est mort aux Jésuites ; cette race ^^ étoit pas faite pour durer.

Lettre XXV'.

H mai 1730.

Tenez-moi grand compte. Monsieur, d'avoir écrit de 'wa niain toutes les abominations de la /^j/ramtdc que je

130 r.ORRUSWNDANCK INKDITK.

VOUS envoie et qoi vient de la plume de quelque furie. Je crois qu on a ressuscité Scioppius pour rassembler toutes ces injures. Notre langue est bien heureuse de ne pouvoir en exprimer de pareilles. Cest un partisan du cardinal Imperiali qui a fait cela pour se venger de son exclusion (1). J^ai vu par la même voie une traduction de la Thébdide de Stace en vers italiens^ imprimée à Rome sur la fin de 1729. — C'est un petit in-folio ; Tauleur est le cardinal Bentivoglio, qui a pris le nom d7sebuaggio Porpora , qui est son nom académique. Je ne sais de quoi ce cardinal s^est avisé d'aller chercher ce po(*tc pour le traduire.

La versification m^en a paru belle et même gracieuse. L'approl>a(eur dit : flo bensi amniirato nello mtdnimo una sonora armonia di verso e d^uno stile Horido insieme e robuslo.

N'auriez- vous pas mieux aimé qu^il eût traduit les Sihes?

LeUre XX Vt.

A Paris , i'e mardi 16 mai I7S0.

J*aime bien le cardinal Colonna qui se donne «^ u mouvement pour faire dire vrai au Malachie (2) . Il a écc^*i I de tous les côtés en ce pays-ci. L^histoire de ce concla''^^« sera curieuse. Je vous ai envoyé une pièce du Diable q| «ji est à la porte^ et qui a été trouvée dans quelques

(1) Le manuscrit contient à cet endroit ( p. 4C0 ) ce pamplilet en ren lalîA d'une verve violente et d*en comique faitiudie. On y peut juger si les bain conciovisfes sont des feux de imille.

(7) « Jamais il n\\ a eu de conclave n\ plein d^iotrigoes et de troaUesqKBC « celui ri, «Vrit ItouliitT le 13 niai. On mVn fait espérer une relation. Vo«mt « savez que, suivant la prophétie de Malachie, le pontife futur est désigné p^^ .. p.rcels(i colvnno. Cela favorise les e>ptTances du cardinal Colonnai qui »=*l •» undcsqualn- iHVtcndanIs, à ce que Ton dit. n

LETTRK XXVII^ 131

de Hilton. On dit que le Colonna joue très-bien du violon, et voilà de quoi accorder tout le monde. On devroit bien reprendre les errements de la déclaration (i) pour fixer Fàgedes moines à vingt-cinq ans, et des religieuses à 20. Hais aussitôt voilà tous les moines et les nonnes qui nous tombent sur le corps avec le concile de Trente qui a été exécuté en cette partie. Et qui pourroit résister à une telle armée?

Il est heureux que Taccident du plancher* de vos Requêtes du palais n\nit pas été plus loin. M. le premier président Pelletier a eu un pareil accident en sa vie et n'a pas porté grand sens depuis. Cette pauvre machine humaine est exposée à bien des maux. La nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle parolt avec la Vie faite par Desmaizeaux. Il m'a promis des exemplaires de cette Vie séparés. Le k* tome des OEuvres diverses ne paroit pas encore. Voilà tout ce que je sais, Monsieur, et vous embrasse toujours de tout mon cœur.

Lettre XXVlt.

A Paris, ce 21 mai 1750.

L'inscription pour le médecin est plaisante et autant jolie que l'autre est affreuse (2) . Vous avez bien raison , Monsieur, de souhaiter une relation du conclave par M. le cardinal de Polignac. Vous souvenez-vous de son discours de réception à TAcadémie, où il disoit : « Vous voulez donc la guerre, peuples insensés? eh bien! vous l'aurez, p J'a:i toujours admiré son éloquence, quoiqu'elle fût rabattue par la bataille d'Hoschedt quelques jours Après. Hais croyez- vous qu'il ait cet esprit qu'il faut pour <lémèler une intrigue comme le cardinal de Retz et pour

ft) Projetée par M. le Duc et que son exil Tcmpèclia do donner.

(?) Sur le médecîD du feu Pape. Bouliier la donne dans salellre du 18 mai.

132 COnRESPONDANCK IjNÉDITK.

le mettre sur le papier? Il en avoit le génie et le slyle.

Voici ce que je trouve dans une lettre de M. Desmaizcaux, du 16 de juin 1729. « On a imprimé^ à la fin du (piatrionie tome du Dictionnaire de Bayle, sa préface et ses notes sur les remarques critiques du Moreri de 170i; j'y ai joint quelques observations; cela fait dix feuillets d^impressiou ; cela sera précédé d'une espèce de préface où je fais entrer une anecdote au sujet de Scrvel. Vous avez vu sa lie écrite par M. de la Roche et insérée dans sa Bibliothèque anglaise. M. d'Almeverde vient do publier une autre Vie en latin, in-i*, sur les Mémoires de M. Mothem, imprimée en 1525 ( il dit plus haut 15;)5\ » l>ans une autre lettre dudit Desmaizeaux du 2t) n)ai 1729, parlant du Dictionnaire^ il dit : a On m'a <i écrit qu'on avoit rempli dans cette nouvelle édition les « citations qui étoient en blanc (dans le Supplément). <i Vous trouverez ;\ la tin du i* tome les Remarques cri — a /lyiifs sur Téditiou du Moréri de 170V imprimées à Pa — > « ris on 1700 et que M. Bayle lit réimprimera Rolterda] w avoo une longue préface et des notes. J'y ai joii u quelques notts ol cela est déjà imprimé et fait 10 à \x fouilles, p

Ainsi, Monsieur, le Dictionnaire est auîrraenté de ce est dit ci-dessus, et onooro de la Vie de Bayle et des d^ v Mémoires^ do la leino Christine, qui ne sont point dans ^^ I citre:^^ ol do r^rliclo do la République des lettres sur c^ 1 1 riMUo.

Il \ a doj.\ plusieurs {x^rlements qui ont enregislrc. M. do lionillo , pn^muT pn^idont de iirenoble, est mori; /»î,«./*\»n r; r^rigVMti.f jiriK^.

M ' do l.i IVdoxtrx* ost \c:v,:o ici à la place de son i«,uî jvur r< ivnvîro t .ttM de Brilbao a envoyé VT^ àt \Xi\\i\sXx |VHïr U v\ :;!rx\iirx\ Cestuae pUisanlerie ; ce qoi

LETTRE XXVIll^ 133

M- de Courtenay s'est tué lui-même de sang-froid ; il soupa avec sa femme^ lui tendit la main en sortant et dit : «Quelque chose qui arrive, tranquillisez-vous. » Elle n'entendoit rien à ce langage, A une certaine heure le lendemain ils y entrèrent, ils le trouvèrent en robe de chambre sur son lit, uu pistolet à côté de lui et tué de beaucoup de petits plombs qu'il s'étoit mis dans le cœur. On n'en avertit point M°* de Courtenay, qui alla à la messe à son ordinaire,^ et quand elle revint elle trouva dans sa maison M*"^ de Beaufremont, M. de Vertus son frère, un commissaire et puis M. le premier président y vint qui fit retirer le commissaire, dont on a eu bien de la peine à supprimer ou réformer le procès- verbal ; c'éloient les domestiques qui avoient fait venir ce commissaire pour leur décharge. On ne parle pas de son testament ; la généalogie est bien au long dans le P. Anselme. Voilà tout ce qui en reste.

M. le duc de Bouillon est enfin mort et a fait un grand testament pour les enfants de ses quatre femmes

et pour les gens de sa maison.

Lettre XXVIir.

A Paris, ce 2^ mai 1750.

U procès de M. d'Hautefort est jugé d'hier au Châtelet,

■Monsieur : M. d'Hautefort déchargé de Taccusation ,

H II ' Kerbabu condamnée envers lui en 10,000 livres de

dommages et intérêts, les autres accusés déchargés et ^nt chacun 100 livres et aux dépens. La sentence sera imprimée; les mots injurieux de la dernière requête supprimés, sauf à se pourvoir par action civile ; défenses au contraire. 11 y a eu appel dès le même jour, par la dame, 9oi espère tout autre chose du Parlement. Paris croit avoir perdu son procès et feroit volontiers signifier un *PPel en adhérant comme pour la Constitution. Vous

134 COKRESPOiMUNCK INKDITK.

aurez la requête de concltisions civiles qui explique bien les faits et qui demeure tout court sur certains moycDS qu'il falloit relever; entin ceci ne retsemble guère h la bataille de Tunnée passée.

Voici comme on dit à présent la mort de M. de Courtenay. 11 y avoit un chat qui venoit coucher dans sa chambre et qui Tincommodoit beaucoup; il dit qu'il en viendroit bien à bout et qu'il le tueroit, il Ta voulu battre avec la crosse d'un pistolet chargé^ on a même trouvé cette crosse cassée, et dans ce débat il s'est tué lui-même trùs-in volontairement, le pistolet ayant lâché. Il n'y a pas grand mal à débiter cette histoire quand elle seroit fausse, pour épargner à cette grande maison une extinction aussi triste. I^ P. Anselme et Dufournv ont dit toute la vérité sur la généalogie, et vous y trouverez jusqu'au défunt et madame sa femme, qu'il épousa veuve d'un Portugais.

Je vous ai envoyé les additions du nouveau Bayfe dan^^ un petit papier que je crains qui se soit échappé d^^ ma lettre. On m'a dit qu'il est parlé de moi dès ï Avertis sèment y îe ne sais ce qu'ils en ont dit. Je verrai tout cela ^i les citations du Supplément sont remplies, cela ser considérable.

Je suis pressé. Monsieur, et ne puisque vous embrasse i

Lettre A VIA'.

A Pari», ce • juiu 1730.

Le procè> i\o M • KerKibu e>t au Parlement ; elle a ^=^ arrèl de défenses et on aura bientôt un autre pour fair^ 1 n'»coleinent du prooès-voriKil de l'état des pièces fait ap«"^ le pnvuivur du Roi. et voir comment elles ont chao^S^ depuis. Olte affaire. Monsieur, nVsl pas finie, non pl^Js que celle de la Constitution. Le parlement de Rouen a opiné à dos romonlranoes, mais il a eu une lettre de ji»^sion ot a enregistré. Los XouttUt$ ecclésiastiques ont fiait

LErrRK xxlx^ 135

une relation de tout ce qui s^est fait à Rouen, et on y rapporte les lettres que H. le Chancelier a écrites à M. le premier Président et à M. le procureur*généràl, avec les remontrancesentières^ qui sont bien faites. Un monsieur de Uacquerville dit en opinant que, depuis quatorze ans^ on demandoit à Rome des explications sur les 101 proposilionSy qu'elle n*en avoit expliqué qu^une, qui est la quatre* vingt-omzième^ parla légende de Grégoire Vil, et que si elle est autant sur les cent autres, en voilà pour 1 ,i!^00 ans.

Je vous ai envoyé le premier et le deuxième exemplaire de la requête de M"*^ Kerbabu.

H. Desmatzeaux m'a envoyé un exemplaire de la Vie de Bayli et m'en promet un second pour vous. Quand vous ne l'auriez pas^ ce ne seroit pas grande perte. C'est un long, ennuyeux et froid discours, qu'il a allongé par une plate analyse de plusieurs ouvrages. Ce qu'il y a de curieux, c'est la lettré de controverse dont je vous ai déjà parlé et les Mémoires menaçants de la reine de Suède que j'ai donnés et qu'on n'avoit pas encore vus. Lé Kalendarium Carlananum est à la suite de la Vie, à ce que je vois par une réclame, et je l'aimerois mieux que cette longue Fîa, qui est une mort. II y a un Avertisse^ mmi sur cette quatrième édition ; ils disent qu'ils ont travaillé sur l'édition de 1702; qu'ils ont mis dans leur rang les articles déplacés dans la dernière édition de 1720, et même certaines remarques critiques, et ils ont bien fait; qu'ils ont rempli quelques citations qui n'étoient qu'indiquées dans cette édition de 1750. Ils disent quelques, ils n'ont donc pas rempli tout (ces citations sont dans le IV* tome aux articles omis, et voyez par exemple l'article du P. Guignard, Horthius et plusieurs autres) ; enfin ils ont ajouté les remarques que vous dites être de l'abbé Tricaud avec une préface qui fut faite par Bayle, et les observations historiques et critiques de Bayle sur ces remarques : sur quoi M. Desmaizeaux dit que Bayle n 'avoit pas reproché à M. Tricaud son plagiat, quoi-

I3G COBRESPONDAiNCE INEDITE.

quMl eût tout pris du Dictionnaire de Bayle sans le nommer^ et Dieu sait comme H. D. le redresse à ce que dit VAvis au lecteur. Cet avis est suivi d^une lettre de M. Desmaizeaux à H. de la Hotte, non pas votre confrère, on ne nous dit pas qui il est, mais c'est lui qui l'a engagé à faire la Vie. Il convient que le style en est très-négligé| et il a raison ; il dit qu'il peut y avoir des discordances parce qu'il envoyoit les cahiers à mesure qu'il travailloit ; il me nomme dans cette lettre, et dit que je lui ai communiqué desmémoiresetque je les ai accompagnés des éclaircissements dont il avoit besoin, et vous noterez qu'il ne me nomme point, dans la IVf^au nombre de ceux qui avoient commerce avec M.. Bayle, lui qui vient de faire un recueil des lettres de Bayle où il a vu cent fois mon nom et qui depuis vingt ans correspond avec moi sur ce chapitre, et qui viens encore de lui envoyer le manuscrit de Gustave. On ne comprend rien à cet homme, et M"** de Mérignac, qui étoit une femme merveilleuse, me disoit toujours : Monsieur, il nous le tuera encore au lieu de I faire revivre. — Enfin on trouve encore ajouté au Die — lionnaire l'ordonnance de H. de la Revnie contre la cri — tique générale de Mainbourg par Bayle, etc. ; les actes diu Consistoire de Téglise wallonne de Rotterdam concernan ^ les ouvrages de Bayle qui n*avoient pas encore paru quelle disparate d'aller placer ça dans le Dictionnai au lieu de le mettre dans le IV' tome des Œuvres divers qui étoient leur place naturelle ; mais c'est à cause cela qu'il ne les y a pas mises et afin qu'on dépense cicr^ quante tvuspour ce qui ne vaut pas cinquante sous.

C-otte r#> est enveloppée d'une feuille de la Henria. ^ de Voltaire, in-V». et il seroit bien fâché de savoir que M • Anglois envoyeut ainsi son [>o^me pour faire des paque^ft-

Alentour d'un castor j'en ai vu b préface.

M, Desmaiicaux urécrit une grande lettre, où il me p«^" de corriger sa Vie, et qu'il mettra mes corrections dans ^l.

LKTTRK XXX". 137

journal. Il me dit que M. Constant lui a fait savoir qu'il a encore plusieurs lettres de Bayle, et ce qui peut vous regarder, Monsieur, c'est qu'il dit que le 1" tome des Antiquités asiatiques de M. de Chisul se vend deux guinées et qu'il peut vous le faire tenir sûrement, que le 2* tome n'est pas encore sous la presse, et qu'on vient d'imprimer à Londres la Vie de Mahomet par M. de Boulainvilliers, qui ne va que jusqu'à THégire et que quelqu'un a achevée. Je sais ce que c'est; il y a un premier livre de l'état de l'Asie qui est bien écrit; M. de Boulain-, villiers me l'a fait lire de son vivant.

Bonjour^ Monsieur; voilà bien du verbiage, et je crains que vous ne me preniez pour un sot.

J'ai découvert qu'il y a une partie du Journal de Paris de 1^08 dans le 1" tome de V Alliance chronologique du P. Labbe; il le tenoit de M. Godefroy; il n'étoit pas imprimé alors. Le P. Lelong en parle sous Charles VI.

Lettre XXX\

A Pari^ ce 13 juin 1730.

l|iDe j]g Tencin est exilée; on tenoit chez elle une seconde assemblée du Clergé où tous les évèques venoient parler des affaires ecclésiastiques. C'étoit comme un conclave, et on eût bien pu l'appeler, elle, la papesse Jeanne, qui tenoit le siège pendant la vacance. On dit que ces as- .semblées se tenoient pour faire accepter la Légende ; on nomme M. de Verdun, M. d'Autun, M. de (ilandève, etc. On l'a voulu envoyer avec xM. son frère à Embrun pour le consoler un peu de sa résidence forcée, mais elle a obtenu de n'aller qu'à vingt lieues de Paris. Les Nouvelles ecclésiastiques en vont dire de belles, ils en viennent de donner un Supplément pour l'année 1729, où il y a un mandement de M. rarchevôque d'Arles sur la naissance du Dauphin, qui est une des plus burlesques ins-

138 COURëSFONDANCE INÉDITE.

tructions que Ton ait jamais vues, elle malin journaliste dit qu'il est bon de conserver à la postérité ce monument ecclésiastique du dix-huitième siècle. Il y a de quoi rire aux larmes, et votre accès de goutte en guériroit. Il a trouvé Texcommunication dans les Commentaires de César : Si quis eorum (lés prêtres païens) décréta non

slelit \sacrificii$ interdicenl. Il donne singulièrement

en imitation rattachement du Roi pour la Reine, afin que cet exemple touchant ne fasse pas la condamnation un jour des maris et des femmes qui se font séparer. Ainsi voih\ les séparations qui sont devenues un crime de lèseninjestéy et moi qui en soutiens quelques-unes n'ai*je pointa craindre quelque lettre de cachet? J'aurai eu beau me sauver des Consultations, on me prendra d^un autre ciMé. Le prélat appelle cela le schisme conjugalj qui lai sert do transition au schisme ecclisiastiquej et là il parle de THercule Gaulois et de THercule de F. dout nos anciens druides avoient fait une mystérieuse divinité, qui attiroit tous les peuples par les charmes de son éloquence, et par la force de sa raison. En effet, illivirtus non territa monslris, [ïcn ris moi-même en le copiant. )

Vous verrez dans la requête de M**^ Kerbabu comment ses pièces ont changé depuis quelles sont au Chàtelet. M. le piH>oureur du Roi y a eu quelque part, et il n^y est [Kis ménagé. Mais du reste vous verrez une narration bien développée, et à la tin, nuls moyens, nulles inductions, nulle application, et il semble qu'on ait oublié la moitié de la cause. J'aurois soutenu la preuve générale rt\<ultante de Tinterrogatoire qui contient aveu d'avoir supprimé des pièces, et n*aurois pas conclu à la ivnviolion indi\iduelle dout il n'y a point de preuves.

Je u'es|>ère {Kisuvoir rinstruolion de M. de la Porte (!};

^f jiihI >»VA>ir «W M J«r Svvi. tvir :*{■«« lie il prW«»i ptiwTer qae quand Véxè-

LF/ITRR XXXl«. 139

celle que j'ai vue est unique à Paris, mais cela viendra peut-éire quand on y pensera le moins. Par Desmaizeaux j'aurai sa Vie puisque vous la voulez, et vais lui écrire sur un ion doux et même flatteur. Je ne sais pourquoi ce quatrième volume ne vient pas, et peut-être ce fragment de la Vie de Gustave, où il y a des choses hardies, en est-il la cause; je crains qu'il ne soit bien difficile d'avoir les Antiquités de Chisull^ car on rappelle H. Pointz, et c'est pour lui que Desmaizeaux les auroit fait venir. Le Boulainvilliers est bien peint dans votre lettre, je ne manquerai pas de voir le IX* tome du Père Desmolets, pour comparer les deux ouvrages, dont l'un l'emportera certainement sur l'autre pour le style; car on pourroit dire du comte ce qu'on disoit de Bussy, qu'il parloit une langue qui faisoitparoltre toute autre langue barbare.

Vous m'apprenez que Voltaire est avec le duc de Richelieu à Plombières. Je n'en savois rien. Je souhaite que M"** la présidente Bouhier en revienne en bonne santé et ses poches pleines des vers de notre poëte. On dit déjà beaucoup de bien de son Histoire du roi de Suède qui paroitra bientôt. Avez-vous vu la Calotte en prose de M. l'évêque de Soissons? elle est longue et jolie. Le Cardinal s'en est plaint à Aymon, qui l'a désavouée. Le marquis de Coëllogon est mort sans le bMon de maréchal de France. M. le marquis de Sainte-Maure est vice-amiral.

Lettre XXXI'.

A Pari», ce 23 juin 1750.

Vous m'avez fait grand plaisir, Monsieur, de m'indiquer le Mémoire du P. Uesmolels, où est la préface de M. de Boulainvillierssur la noblesse et la réponse du con-

<« concile) sonl intrus. Cet ouvrage n*a fait que se montrer et a été saisi. Je «< l'ai parcouru et il est bon de TuToir ».

140 OORRKSPONDANCK INÉDITE.

seiller normand. Il m'a paru voir deux fous chacun dans une loge, l'un ignorant, Tautre savant, traiter cette matière d'une façon toute nouvelle et avec des traits qui ne dévoient jamais être donnés au public. L'un parle des familles de ministres de nos jours comme étant sur le penchant de leur ruine; il prédit, car il*éloil prophète, qu'elles rompront et qu'elles rentreront dans Tobscuritëdontelles étoient sorties: il y a, selon lui, des familles sous le dais, qui devroient être sous la potence. Il espéroit que ses enfants réhabiliteroient la noblesse ; mais le prophète ne savoit pas qu'ils mourroient à la guerre et que depuis leur mort, il marieroit sa fille au fils de Bernard. Il parle de l'édit des princes du sang comme fait dans les États de Bloisen 1578, et il ne fui point fait aux États, mais en 1576, et je ne sais où il a pris que cet édit fut donné pour le roi de Navarre, cela n'ayant été ordonné que pour lés princes du sang pairs. Je conclus de tout son discours qu'on ne peut pas écrire avec plus de vision , d'ignorance et d'agrément. L'autre, en prenant le parti de la noblesse, abandonne la haute, et quand il est sur le médiocre , il préfère xM. Legendre et ses magasins de Rouen à tous les titres des Chartreux; j'aime bien pour un conseiller clerc^ qu'il trouve la noblesse plus utile à la religion parce qu'elle est ignorante et par consé^ quent plus crédule, qu'elle aime les choses anciennes, qu'elle n'aime point se dédire et qu'elle espère des bénélices. Je ne sais de quel duc il veut parler, qui a son esprit sur son cordon et non dans sa tète ; ce pourroit bien être feu M. de Luxembourg; mais ce trait est bien hardi, et je ne sais si le P. Desmoletsalucela tout entier; il est meilleur sur les anoblissements et les lettres de communcSj mais un chapitre de Loyseau et ce qu'a écrit La Thaumasi' sière avec les titres des communes, dont il a rapporté la plupart pour le Berry, vaut mieux à mon sens que tout ce travail, et vous avez déjîY bien remarqué. Monsieur, qu'il se trompe sur les servitudes de Bourgogne

LETTRE XXXF. 141

et de Berry. La politesse du style de Tun et la grossièreté de l'autre fait un contraste merveilleux, et on peut les donner pour exemple du bon et du mauvais. J'attends avec impatience le second tome, pourvu qu'il vienne et que tant de gens intéressés dans la publication de ces petits traités ne Tempèchent pas.

J'ai vu la nouvelle édition de Bayle : il y a après la Vie le Çalandariumcarlananum, en latin et en françois; ensuite une ordonnance de M. de la Reynie du 6 mars 1683 qui condamne au feu la critique du Calvinisme de M. Maimbourg, et défend de l'imprimer et vendre sous peine de la mort, et vous noterez qu'on la vend aujourd'hui publiquement dans Paris dans les OEuvres diverses de Bayle. Après cela viennent les actes du consistoire de l'église wallonne de Rotterdam en 1697 et 1698, au sujet du Dictionnaire, Ces actes sont curieux et valent bien ceux d'un Concile, sinon que Bayle y comparut et on voit sa défense. On lui mit en 1698 un mémoire entre les mains de la part du Consistoire pour diriger sa seconde édition, et ce mémoire est très-sensé. On l'exhortoit à corriger les articles de Nicolle et Pellisson, Et de tout cela il n'en a fait qu'à sa tète, et au lieu de rien corriger, il a fait les quatre grandes apologies qui sont à la lin de son Dictionnaire de 1702, et qui roulent sur les principales matières déférées. Je voudrois bien que Desmaizeaux nous envoyât ces morceaux avec sa Vie ; mais il n'en fera rien. J'ai remarqué dans quelques articles qu'on y a insérés les notes critiques de M. le Duchat, qui étoienl à la fin du quatrième tome, et c'est bien fait, car elles étoient perdues. J'ai remarqué encore une autre chose, c'est qu'on a rempli quelques citations laissées en blanc dans le Supplément et entre autres à l'article Bouchin, qui étoit un avocat, où est rapporté un morceau de plaidoyer plein de vers latins et françois qui est original sur le mariage ; je n'ai vu que le premier tome encore. Je visiterai les autres et vous en dirai mon avis; c'est à la fin du quatrième que sont

les observations sur Moreri, ce qu'il y a de plaisant^ c'est qu'on a laisséà la tète^ IVpl/reàM. le duc d'Orléans avec la vignette de Picard qui représente les richessesdu Mississipi découlant dans les quatre parties du monde^ et quelque jours nos descendants y seront trompés. On eût pu supprimer celte image, qui étoit ridicule dès le temps même qu'elle parut, parce que déjà le fantôme étoit dissipé. Hais le monde est fait pour être dupé. L'édition est d'un assez beau caractère , mais le papier n'est pas blanc.

Vous savez sans doute les Tris-humbles suppliccuions de la facuUé de théologie de Paris j présentées au Roi au sujet de Varrét du 17 mars 1730, et la lettre de M. de Maurepas écrite en réponse par ordre du Roi. Voilà une nouvelle manière de cassation. 11 seroit bien commode pour les plaideurs de donner sa requête au roi et que le secrétaire d'État écrivit : Vous ne devez pas craindre que Carrél dont vous vous plaignez vous puisse porter aucun préjudice. Je ne sais qui a trouvé cette invention et ne crois pas qu'il y en ait d'exemple. Du reste la déclaration de la faculté sur les libertés servira^ de monument. Vous avez vu par l'extrait de la thèse qu'on en a bien retranché dans les marges.

Il a paru d'autres remontrances faites par M. Tévêque de Bayeux en 1724, et qu'il n'avoit point voulu montrer de son vivant; on n'a pas voulu laisser perdre cet ouvrage, qui étoit assez bien fait pour le temps ^ et qui sent la plume de M. Petit-Pied, hors qu'il a été placer là mal à propos la généalogie de la maison de Lorraine, et je sais bien quelqu'un qui m'a dit qu'il n'y avoit qu'un prêtre qui pût dire cela. Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours et ont donné un vilain coup de patte à M. l'évêque de Lectoure, qui s'est avisé de faire une troisième acceptation, et on dit que c'est pour avoir des indulgences de l'affaire qu'il a eue avec M. Duguay-Trouin et qui l'a fait renvoyer dans son diocèse. Or cette affaire étoit une galanterie que tout le monde sait et qui mérite bien indulgence.'

LETTRE XXXir. 143

Lettre XXXlt.

A Paria, ce 3 Juillet 1730.

J'ai vu la Vie de Mahomet par M. de Boulainvilliers, imprimée à Londres. Cesi un livre étonnant et qu'il faut avoir. Je ne serois pas surpris qu'on le traduise en arabe et qu'il soit imprimé à Constantinople de l'imprimerie du Grand-Seigneur. On y trouve une critique de la religion chrétienne. Mahomet y est un vrai prophète envoyé de Dieu pour la réformer et pour bannir toutes les opinions doctorales^ et tout cela est écrit avec une noble assurance, une métaphysique déiste ou spinoziste et une morale du droit naturel qui n^a pu passer que par la tète d'un homme aussi singulier. Le style en est très-beau , et il me Ta voit fait lire de son vivant ; j'en avois mèmefait un Abrigéàeins le journal que vous savez en 1721 et j'ai trouvé mon extrait bon ; cela ne va que jusqu'à la cinquième année de l'hégire, mais quelqu'un la finit qui n'a mis que des faits sans reflexion et qui traite de prétendu prophète celui qui dans les deux premières parties est traité comme un vrai prophète. Jusque-là que la défaite des Perses par les Romains, arrivée en 625, avoitété prédite dès 61 5 dans l'Aicoran comme devant arriver dans dix ans, et M. de Boulainvilliers s'attache fort à. vérifier ce fait dans l'histoire. Les Ânglois auront été charmés d'imprimer ce livre ; il me parolt très-pernicieux, quoique visionnaire dans la plus grande partie, et il faut l'avoir dans sa bibliothèque avec une note de détestation. J*ai dit en riant que le Grand-Seigneur par reconnoissance devoit faire enlever M"* de Rieux et la mettre dans le sérail comme la plus grande sultane.

J'ai continué de visiter la nouvelle édition de Bayle. L'article de David entier est à la fin du deuxième tome. Dans l'firlicle du président Coignard, on y a rempli une ci-

talion tirée du V. Gretser, et à la fin du quatrième sont les notes de M. Tabbé Tricaud sur le Moreri de 170i avec une préface très-jolie et très-vive de M. Bayle, qui y maltraite assez M. le maréchal de Villeroi sans le nommer, et d'autres nolesaussi fort curieuses(grammaticales)sur celles de Tabbo^ à quoi Desmaizeaux, qui veut toujours mettre son nez partout, a ajouté de nouvelles observations de sa façon. Cela contient 36 pages, et si on faisoit bien à Genève, on feroit imprimer à part tout ce qui est de nouveau dans cette édition ; elle est fort commode pour Tordre oiï tout est rangé sous chaque article. Il y a peu de fautes, mais le papier n'est pas beau.

Je ne puis avoir Tinslruclion de M. de la Porte. On me doit donner le seul exemphiire qui soit à Paris, et je pourrai vous renvoyer afin que vous le lisiez et lo fassiez co< pier si vous voulez.

Il court aujourd'hui un bruit à Paris, que M. le marquis d'Alincourt s'est battu avec un capitaine de son régiment, et que le marquis a été dangereusement blessé; cependant j'ai dîné aujourd'hui avec gens qui lui appartiennent de près, qui n'en ont aucune nouvelle.

Voltaire est revenu de Plombières avec M. le duc de Richelieu. Je souhaite que M™* la présidente Boubier en soit revenue en bonne santé.

Lettre XXXIir.

A Paris, ce \h Juillet I7S0.

Enfin, Monsieur, nousavons un Pape, qui estle cardinal Corradini, deSezza, États du Pape, de la création de 1712 de Clément XI, et par conséquent grand ami de la Constitution. VoilAnoscardinaux qui vont se remettre bien vite en chemin, et qui vont apporter de belles relations (1).

«^■a— ai— ^■^mBia^i^>M»»i— i^>~B>B^-^ii>iiaB»^Ba— ^^miM-^^~^B~^— ^.»~^-^>— B-^M— ^-raaiaa^Bi^^B^Bii^

(I; Buiilr.er rt^pond, le 2'? juillet. « Votre nonvello «le Corradini, Mon<iiMir,

LETTRE XXX1II«. i4S

J'ai reçu des nouvelles de H. Desmaizeaux, qui vous envoie la Vie de Bayle et qui vous prie d'y faire vos remarques; dès que je Taurai reçue, je vous l'enverrai. Il me marque aussi qu'il s'est trompé sur les Jnliquités de Cbisull : on ne lei^ vend qu'une guinée et non pas deux. C'est un in-folio de 224 pages : il dit qu'il les fera passer en France si vous voulez ; voyez ce que vous voulez que je lui mande. I^ Vie de Mahomet se vend cinq sohellings qui est le prix de la souscription. Nous avons dit de ce livre tout ce qu'il en faut dire.

M. d'Alincourt se porte bien. H. le duc de Retz n'y a point été : je Tai vu tous les jours à Paris dans sa famille. Cela apprendra à HH. les colonels — que le maréchal de Villars appelle colonneaux — àétre plus sages. Le maréchal de Villeroy, qui a été malade à la mort, en est revenu et se porte bien. Il veut vivre plus que son père, qui est mort à quatre-vingt-quatorze ans, et c'est une bonne résolution, s'il la peut mettre à fin.

Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont point encore parlé de votre enregistrement de la Déclaration. Il y a dans les dernières un plaisant interrogatoire fait à Lyon à un homme qui a dit que le cardinal passeroit, et il en est convenu. On volt une Suite de Vhistoire de la Constitution pendant les années ililf 1718en719; cela est en deux volu mes in-12, et le premier tome étoit in-quarto. L'écrivain écrit bien, n'est pas fort partial et apprend bien des faits que Ton ne savoit pas, jusqu'à dire qu'il y eut une négociation avec le pape Clément XI, qui demandoitde l'argent pour donner des explications ; c'est bien cette fois-là qu'on peut dire : Auri sacra famés.

Le procès criminel des tétons pris, qui a déjà été dans

n*ttt pas tout h fait vraie. C*esl Corsini, que nous avons pour pape depuis le 12 de ce mois, suivant les lettres qui nous sont venues de Lyon. Mais c'est un iiorome de soixante dix-liuit ans. Aussi ce n'est pas trop la peine qDe nos cardinaux reviennent; le pape est Florentin, et lionunedc beaucoup d'esprit, à ce qu^ondit »

H6 œRRESPONDAΫCE INÉDITE.

trois juridictions souveraines est bien singulier; le Prudent preneur est le président de FoUeville^ qui a eu bieq d'autres aventures^ qui danse très-bien et qui a voulu danser àrOpéra (1). Â propos d'Opéra, le juif Dulys, qui étoit amoureux de la Pellissier^ se plaint qu'elle lui a volé.pour 40^000 écus de diamants (2). On dit qu'il a mis dans ses iatérèts le curé de Saint-Sulpice^ à qui il a promis de donner pour son bâtiment la moitié de ce qui reviendroit de cette, poursuite. L'affaire a déjà été devant M. Hérault^ qui n^en a point voulu connoitre^ la Pellissier ayant présenté un écrit par lequel le juif a promis de ne lui rien . den^an* der de ce qu'il lui avoit donné. On est allé au lieutenanticivil, qui a permis de revendiquer les diamants. Vo^à QQ^ belle cause entre un juif et une chrétienne, et si lesgeosdff Roi vouloient l'approfondir, où n'iroit-elle pas? Mais ils n'en feront rien et personne ne sera brûlé. En voici d'une autre. La Lambert est grosse (3), etH"'. de

(1) Doubler avait écrit, le 4 juillet : « Le Roi nous a renfoyé un procès cri* « mine! assez singulier, entre un président et un consâHer des rei)iiCtes'dè « Rouen qui ont pris querelle dans un café |ioiir des tetp^s pris à une AMe « par le président, qu'on dit qui a soixante-dix ans. Ils se sont donné des « coups de poing et Ton dit qu*il y a même eiî un appel pour duel. Cela va « nous fort divertir. Le rapporteur, qui a tu la procédure dn parlenaent de « Rouen, m'a dit qu'elle étoit des plus exlraordinaires. Il est triste t|iie des n magistrats fussent ainsi éclater leur turpitude. »

Le 22 juillet, il ajoute : « Le président de Follevilleesl ici depuis huit jours. « Oli ! le plaisant original ! C'est un homme de soixante-quinze ans, qiii est foo « comme s'il n'en avoit que vingt. Le premier complifnent qu'il fit à notre « premier président étoit un passage latiu tiré du Cantique des cantiques» Cl Au lieu de parler de son procès, il parle de ses maîtresses. Il dit qu'outre une R demoiselle de condition, qu'il aime per Vonore, il a 5 on 6 griseUee qBH <i entretient en diambre. Je m'imagine qu'il ne sortira pas d'ici sans nous dM- « ner quelque plaisante scène. Si cela est, vous en serez régalé et yous en rén gâterez vos nymphes de Passy. Mais que vous êtes lieurèùx d'entendre toutes « leurs gentillesses! » '

(2) « Ce seroit grand dommage pour les rieur>i» si raflfaii:e du \n\Ç et de la « Pellissier alloit s'accommoder. Elle débute assez joliment. »

(3) « J'ai ri à |>Amer de la gro^sesse de la Lambert, et de ce qu'a dit sur • cela sa bonne amie. Mais savez- vous bien que pendant qu'elles étoient à « Vesoul, elles avoient avec elles je ne sais quelle petite fille qu'elles aToient

LETTRE XXXIIl». 147

Listenoy soutient que si elle lest, ce ne peut être que d'elle ; cette voie de faire des enfants étoit bonne au pays de Fadeur, Cetteaventure sur ou contre naturelle va bien faire dire des sottises aux femmes. M"''^ de Nassau a eu querelle avec M. de Longaunay^ son ami; elle lui a donné un soufflet ; il a dit qu^un soufflet de femme ne se rendoit point. — Et qui vous a dit que j'étois femme? — C'est moi-même qui le sais bien et n'en saurois douter. — Vous rae direz, Monsieur^ oùavezvous. appris toutes ces gentillesses? — Où? à Passy, où j'ai vu M'"' de Phalaris, M"*" de MooasteroUes et M""" de Fresnoy, fille de votre intendant de Franche-Comté, qui prennent des eaux et en disent des plu.s belles. — Hais entre nous, s'il vous plaît., . , .

. Ne vous a-t-on point mandé l'édition des Conle^s. du comte Antoine Hamilton, dont il y a déjà trois volumes? Qela est plein de feu, de folies, d'allégories et de libertinage, imprimé avec privilège. Une petite fille s'échappe de chez son père, qui ne veut pas qu'elle voie des hommes, tîn petit garçon s'échappe de même, parce qu'on ne veut pas qu'il voie des femmes ; ils se rencontrant, et trouvent bientôt ce qu'ils sont et l'éprouvent. Un génie entretient une belle femme qu'il montre toute nue à un étranger dans une armoire de glace : l'étranger casse Tarmoire, trompe le génie , la femme le trompe aussi jusqu'à cent fois, et il y a des contes à mettre dans les immortelles archives du sexe. Je ne croyoispasce M.d'Hanûlton si fou. On promet deux tomes de ses Œuvres mêlées ; je ne crois pas qu'on y mette l'ode qu'il fit contre cette demoiselle de la cour, qui épousa le duc de Gramont et qui est encore vivante; je l'ai quelque part, c'est-à-dire que vous l'aurez si vous voulez ; on s'arrache ces Contes

« accoutumée h dire papa à Tune et maman à Tautre? La grossesse d'an- • jourd'liui n'est donc qn^uiie seconde grossesse. J*ai ri aussi du sonfllet qu'a « donné Mme de Nassau, et cela m*a fait souvenir du mot : « Amantium « ira amoris rediniegratio est »,

dans Paris et on les va bien lire à Compiègne. Il parle de Télémaque dans des vers qui sont au commencement d'un des tomes, et il dit :

La vogue qu'il eut dura peu, Et las de ne pouvoir comprendre, Les mystères qu'il met en jeu, On courut au Palais les rendre.

Et Ton s'empressa de reprendre Le Rameau d'or et l'Oiseau bleu.

Il appelle M. de Cambray ce Docteur instruit de F humaine faiblesse, etc. Je ne suis pas de son avis sur tout cela, et, je crois, ni vous non plus. On vient de réimprimer le Télémaque in-quarto. Pendant que je suis sur les fables, on vient d'imprimer en Hollande celles de La Fontaine en un beau petit caractère très-net et en un seul volume propre à mettre dans la poche ; ils en devroient faire autant des contes.

Revenons du pays des contes et des fables, car il est ridicule de finir ainsi une lettre qui commence par l'exaltation d'un Pape. Le P. du Cerceau est mort subitement à la suite de M™* la princesse de Conti ; et je ne veux pas môme me souvenir de ses vers pour ne pas rentrer d'où je sors (2).

M. Mars, avocat au Conseil, est aussi mort subitement, et c'est une perte. En ce moment, j'apprends que M. Lair, curé de Saint-Barlhélemy et du Palais, est interdit, môme

(1) Bouliier répond, le 72 juillet : « Je n*avois point entendu parler des « Contes du comte Anloinc Hamillon. Je l'ai connti, il y a bien des années, « chez une de nos amfcs communes, qui a voit bien de l'esprit. C*cloit la « pauvre comtesse de la Molle-Meugron. Elle m'a fait Toir plusieurs de ses « ouvjages. Mais je n'ai vu aucun texle de lui. i:t sur ce que j'ai vu de ses « poésies, elles avoient plus- de facililé que de vérilables beautés. C'est lui qnt « avoit fait la Vie du comte de Gramont, que vous avez vue sans doute. Je •» ne connois | as son ode coulre la ducliessc deCramonl. Si vous la tiouvez « vous me ferei plaisir de m'en faire pari. »

(2) n C'est à Tours qu'est mort le P.du Cerceau, autre diseur de bagatelles; « sans sa robe, nous aurions bien des contes. »

de dire la messe; il ne la disoit pas comme un autre^ à ce que Ton dit. Je vous fais mon compliment sur le retour en bonne santé de M™* la présidente Bouhier. Nous n'aurons point V Histoire du roi de Suède par Voltaire , pour raisons politiques. Je n'ai pas vu le Ctd de Rousseau.

La pauvre M"* Berthelot est morte après avoir bien souffert.

Le chapitre de Notre-Dame n'est point venu à Saint- Barthélémy le jour de la fête de saint Barthélémy, suivant l'usage, parce qu'il ne veut pas reconnoltre le curé interdit ni l'arrêt de défenses.

Lettre XXXI Ve.

A Paris, ce 20 juillet 1730.

Le pape que j'avois fait, Monsieur, ne l'est point. La nouvelle est venue aujourd'hui que c'est le cardinal Corsini, Florentin, qui a été élu, et son autorité pourra bien influer sur les affaires de Toscane, qui intéressent aujourd'hui toute l'Europe; il est né le 8 avril 1652 et est en sa soixante-dix-neuvième année.

H. le maréchal de Villeroy est mort le 18 de ce mois à une heure après-midi. M. le duc d'Âlincourt^ son petitfils, est à Paris et n'est arrivé qu'après sa mort. Quoique le fait soit certain qu'il n'y a point eu de duel, il y a toujours beaucoup d'incrédules.

Je ne sais si vous avez entendu parler de la secte des Non- conformistes qui s'est élevée en Hollande. Pour épargner le bois qui est cher en ce pays- là , on les met deux à. deux dans des sacs et on les jette à la mer ; il y en a déjà huit ou neuf cents d'expédiés. J'ai vu une lettre de Rousseau sur cette punition, où il dit qu'il n'y aura bientôt plus eu Hollande que des femmes et des grenouilles. U faut que vous ayez copie de cette lettre, qui est à garder pour l'époque singulière de cette non-conformité

150 CORRESPONDA^CE IJNEDIÏE.

batavique. Je vous l'enverrai au premier jour avec une loi de Gènes sur ce crime.

On plaide une cause de simonie pour un avocat de nouvelle inscription^ contre M. Tabbé Baudry. Le fils de H. le Roy, qui a été nommé pour plaider cette cause^ a parlé de Tarrèt rendu sur la confidence contre M. d'Embrun , qu'il a toujours appelé Tabbé Tencin, et a montré que sa cause étoit en plus forts termes.

M. le cardinal ministre a écrit à M. le premier président pour en faire remontrances à ce jeune avocat , qui a dit au premier président que cela étoit de sa cause et qu'il croyoit n'avoir rien fait contre son devoir : le concile d'Embrun, qui semble avoir rejeté cette confidence, n'étant pas plus fort que l'arrêt qui Fa jugée. On dit que le Clergé qui est asst^nblé va donner une requête pour demander la réparation de cette plaidoirie et la suppression d^un Mémoire où il est encore parlé de Vabbé Tencin. On n^auroit jamais cru que cette affaire eût tant de branches.

Le Parlement a donné plusieurs arrêts de défenses à des curés d'Amiens et d'Orléans, qui étoient poursuivis contre les termes mêmes de la dernière déclaration, et à l'égard du curé de Paris interdit, il y a eu arrêt de la Tournelle quia ordonné que les informations seroient apportées; mais le greffier a dit qu'il les avoit remises à M. l'archevêque, et l'archevêque au cardinal. Je ne croîs pasqu'on aille exécuter cet arrêt àCompiègne, et il pourroit bien y avoir arrêt d'évocation. Voilà des affaires jusqu'à la fin du monde et des écrits sans fin ; il paroit encore aujourd'hui une seconde lettre à M. de Soissons qui est de l'année 1723, sur les promesses de l'Église. Cet ouvrage est d'un très-bel esprit, qui établit de grands principes, mais en regardant de près il favorise beaucoup les pyrrhoniens, et cela mérite d'être lu et distingué des écrits répétés des jansénistes. C'est un in-i** de 54 pages. M. Gros en est auteur.

On m^a assuré que le quatrième tome des OEuvres de Bayle est fini et que nous Talions avoir. Un libraire de Paris, qui a fait venir la dernière édition du Dictionnaire , va faire réimprimer à part ce qui y a été ajouté ; il a même fait faire une estampe de Bayle. Il s'appelle RoUin. Je vous ai écrit sur la Fte, je ne l'ai pas encore reçue. Je vous ai envoyé par le sieur Martin mes Mémoires sur les donations aux enfants d^un des conjoints^ et vous prie d'en remettre un à M. Fleuttelot. Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont point encore parlé de ce qu^a fait votre Parlement. Il y en a à présent deux fois la semaine^ et la source en est toujours inconnue.

ÉpUaphe du Père du Cerceau.

Ci-gît le Père du Cerceau, Prétendu singe de Rousseau.

... La provioce préteod les mettre côte à côte. Il fit tout ce qui! put pour paraître amusant ;

Après tout, ce n'est pas sa faute S'ilne put parvédir à devenir plaisant.

Lettre XXXV.

A Paris, ce 2* juillet 1750.

' Loi de Yintimiglia.

Contra naturam luxuriantes igné ultore e terra viveni^utn tjiciantur^ ni$i hœc fecerint sanitatis causa, qua casu pœnaiplectentur solidonim duodecim^ inlerdum exeant et republica tanquam faslidiosi.

On traduit ce dernier mot par dégoûtés.

'Toîli, Monsieur, ce que je vous avois promis, et une autre fois vous aurez la Lettre de Rousseau si vous la iroulez. Cela vient bien à propos de l'affaire du prince de Lîghé , qui a été arrêté pour même fait et niené au château de Doulens par ordre du Roi. Il avoit épousé H"* de

Mézières^ il n^a pas reçu beaucoup d'argent des effets anglois qu'on lui avoit donnés en dot ; il s'est tourné d'un autre côté; les dames ont fait les diables; elles Tout fait suivre et surprendre dans un vilain cabaret à Paris^ avec quatre ou cinq de ses mignons, et le voilà en lieu d'où il ne sortira point. Tanquam faslidiosus.

Le président de FoUeville est bien fou; oh! certainement, il ne sortira point de Dijon qu'il n'ait quelque nouvelle affaire, et je prévois qu'il ira dans tous, les Parlements conter ses histoires et ses maltresses. Il y a une affaire, à Rouen , du neveu de M. de la Hésangère, jeune homme assez bien fait, troisième cadet sans beaucoup de bien, qui a trouvé une jeune veuve de vingt-cinq ans, aimable, riche et de bon nom, où il s'est attaché, et elle à lui. Ils ont fait un contrat de mariage et ils s'en sont allés à la Mésangère, terre auprès de Rouen, en attendant la cérémonie. La veuve a une mère qui est Carmélite et deux autres sœurs mariées. Ces deux sœurs ont formé opposition aux bans et on va plaider. La dame s'appelle M"* de Bailleul. Voilà encore une belle scène. J'en suis fâché pour nos amis. Hais l'affaire est engagée et il la faut suivre.

J'aime bien M. de Langres en page. II a bien fait d'autres tours, dans la dernière visite qu'il vient de faire.

Le curé de Paris interdit a donné un mémoire où il convient assez des omissions dans le service divin , mais il dit qu'elles sont involontaires. Je ne sais s'il ne mérite pas plus l'interdiction que l'interdit. Il répond à ce qu'on lui objecte qu'il a renvoyé les ecclésiastiques k lui adressés par M. Tarchevèque, qu'il le peut, parce qu'ils n'y peu-vent venir nisi de consensu posions. Les deux chambres sont assemblées aujourd'hui pour savoir si on lui donnera des défenses.

Je croyois que vous saviez l'affaire de madame de Rochechouart,' autrefois H^^^ de Saint- Luc; Madame d'Hautefort étoit sa tante, et elle en espéroit une grosse succès-

LETTRE XXXVl». 153

sion , mais la tante a trompé la nièce et a fait un testament par lequel elle a institué légataire universelle M"^ deChoiseul, sa bonne amie. Et en cas de mort sans enfant^ ce qui est arrivé^ elle lui a substitué^ pour la terre de Pompadonr^ M. le prince de Conti et ses enfants mâles, et pour la terre de Treignac, M. le comte d'Aubeterre. M'"*' de Rochecbouart a trouvé un ancien testament de 1587 d'un Louis de Pompadour, et a prétendu que ces terres étoient substituées; on a plaidé aux requêtes du Palais et on a jugé qu'il n'y avoit point de substitution. 11 y a appel. On a fait des mémoires en cause principale. Yoilà^ Monsieur^ toute Ténigme expliquée.

On m'a donné les Fables de Phèdre imprimées avec les sentences^ de Publius SyruSy en petits et très-petits caractères^ de l'impression du Louvre. C'est une vraie curiosité typographique.

On appelle cela, dans la Préface^ Regale typographeium.

Lettre XXXVP.

A Paris, ce 3 août 1730.

J'arrive du Palais, Monsieur, je reçois votre lettre et j'y réponds sur-le-champ. Le Parlement vient de rendre en ce moment un arrêt immortel. Le Fèvre (mauvais avocat), déclaré non recevable en son dévolu, et condamné en l'amende de l'appel comme d'abus. Faisant droit, sur les conclusions du procureur général : Tous les bénéfices de l'abbé Baudry déclarés vacanis et impétrables. Vous noterez que M. Gilbert^ avocat général, n'avoit conclu qu'à déclarer vacant le bénéfice contentieux, mais comme c'étoit déclarer qu'il y avoit simonie, la Chambre (qui est la troisième), a ajouté la peine canonique entière de ce crime et n'a pas voulu entrer dans la discussion de la grande et de la petite simonie que M. Gilbert avoit faite. Voilà une vigueur noble et généreuse du Parlement

154 CORRESPOlNDANCE INÉDITE.

contre un de ses propres membres et même contre deux; car Tabbé Baudry a un frère conseiller aux requêtes du Palais. On est déjà surlechemin de Compiègne^ pour demander Tabbaye de Saint Ftiscien, et on court les autres bénéfices. Quelle honte pour cette famille et quel désespoir pourM. Tabbé de Loranchet^ conseiller de la Grand'Chambre; chanoine de Notre-Dame et oncle des Baudry ? Je ne sais ce que va devenir cet abbé Baudry : le Parlement ne le voudra pas souffrir^ il ne sera plus souffert dans les troupes s^il peut y entrer. Enfin voilà des gens absolument déshonorés. Le dévolutaire^ avocat depuis peu, que j'ai vu précepteur chez M"* de Saint-Sulpice et qui la (rahissoit^ va être chassé de notre corps et il n'y devoit pas entrer. Il y a fait une assez bonne pièce en finissant. II avoit fait d'abord une consultation sous le nom de Pierre et de Jacques et qui a été signée des plus célèbres avocats. Ouctnd ils ont vu que c'étoit un de leurs confrères qui étoit le dévolutaire et que cela regardoit Fabb^ Baudry, ils ont rétracté leur consultation, fondée sur cd qu^on les avoit trompés en plusieurs faits^ quMls ont expliqués au long. C'est contre cette rétractation qu'il a fait son dernier écrite qui n'est pas mal fait et où il attaque tous nos grands canonistes, qui avoient d'abord conclu pour la simonie, puis contre la simonie, et qui sont renvoyés par l'arrêt à leur premier avis. Voyez quel enchaînement il y a eu dans cette affaire et comment elle finit ; le père, la mère, les enfants, les parents, tout doit êtra nu désespoir.

Le Parlement a donné arrêt de défenses contre le curé interdit, et avcccetarrêt, en vertu de Tarticle quarante de redit de 1G95, il est rentré dans ses fonctions, a célébré la grande messe dimanche dernier et confessé et communié toute sa paroisse, comme un jour de P&ques. Tout nuroit bien été sans que son prédicateur demeura ^^ court , mais la joie étouffoit les paroles. Le quartier étoil ossemblé comme à une procession générale, et imaginez-

LETTRE XXXVI .] Iâ6

•vons qao tout cela se passoit dans le voisinage de l'arehevèché. Le curé s'appelle Lair et on fait une chanson contre Tofficial sur Pair lire lan 1ère, etc. M. le comte du Luc a perdu Tappétit de toute cette belle besogne-là et s'en plaint.

Je ne connois la loi de Vintimiglia que par la copie qa en a envoyée Rousseau avec sa lettre. Il faudroit savoir de lui où ilTaprise, mais je n*aiet neveux point avoir de commerce avec lui. Je lui ferai écrire par H. de Lassevé, qui a reçu cette lettre de non-conformité. Les États-Généraux ne se cachent plus de cette affaire, puisqu'ils en viennent de faire un placard annoncé dans leur Gazelle^ où la peine de mort est prononcée pour ce crime contre tonte personne sans distinction.

L^affaire du prince de Ligne étoit si abominable de toutes fin^ns^ qu'on a trouvé à propos de l'accommoder. Cfest M. de Broglie qui en est venu à bout; le mari et la feiiidfidsoniremis ensemble^ ils feront apparemment tous deux ce qu*il leur plaira, sans se rien reprocher, et il n'y a^ira personne de brûlé ni de noyé. Ce traité de paix n'étoit pas aisé à conclure.

Lellre XXXVIP.

A Paris, ce 13 août 1730.

On a mis trois imprimeurs au carcan , pour les Nouvelles Ecclisiàsliques ; mais au lieu de cesser, elles sont plus fréquentes, et il faut voir comme le P. Tournemine y est accommodé. Ils y ont mis une longue relation de ce qui s'est fait à votre Parlement au sujet de la Déclaration, et il y a bien des personnes nommées. Le fait du bénéfice accordé depuis Tenregistrement n'y a pas clé, et j*en suis bien aise pour M. Fleuttelot qui y prenoit intérêt.

L'abbé Chérier (autrement dit Passard, qui approuve et

lié COULEàHKHDAXE ISÈJUJE.

iaitpasser toates ksehaiksi>iis de Pdnt-Neof et aotres choses pareilksy et qui a 800 livres de pension pour cela) a eu par &OD induit le Priearé de Conty. jugé vacant par Farrèt. Si le Roidonnoit l'abbaye de Sainl-Fiisci€ii, ceseroit un moyen contre la cassation , et apparemment il n'y nommera pas 6Ît«>t pour ne pas exécuter Farrèt. Le Roi ne la pourroitil pas donner à la charge de la cassation? C'est une question que le G>ncordat et les glossateurs n^ont pas prévue,

L*accommodement du prince de Ligne n^a pas été jusqu'à remettre les conjoints ensemble; il est seulement sorti de prison, mais on se plaint de la belle-mère qui a marié ses deux filles avec les mêmes efTels, qui a fait donner une quittance de la dot quoique non payée ^ et qui avoit donné une contre-lettre qu'on avoit voulu rattraper au milieu du tumulte de la lettre de cachet et de la prison ; mais elle est en silreté, et si cela vient en justice nous allons voir de beaux Mémoires, On dit un mot de madame de Cbambonas, qui se trouvoit avec son frère lorsque buval lui porta la lettre de cachet. Le prince lui dit qu'il Falloit suivre et obéir. Duval dit qu'il n'avoit point d'ordre de le mener. Comment (dit la dame), est-ce que la chaise de M. de Maurepas n'est pas là pour le conduire? Cette malice pourra lui être rendue en son temps. La princesse de Ligne s'est adressée au prince d'Elbœuf qui est en Provence, frère du duc d'Elbœuf, pour se joindre : elle n'a point parlé aux autres princes lorrains, parents de fion mari et personne n'a remué. Il y a quelque bruit que M. de Monaco veut épouser M*** d'Usez. On court après pour rempôcher de la part de M. et de madame de Vahuitinois, qui s'y seront peut-être pris trop tard, et le mnri, qui est un peu trop Matignon, pourra bien lerede* venir.

Je me suis tué à travaillera un diable de procès criminel pour des gens que je n'ai pu refuser; cela m'a fatigué^ hors quelques traits de sentiment et de goût qui me

LETTRE XXXVIIl". 157

sont venus je ne sais comment dans une matière trèssèche ^ et que j'ai mis pour vous faire lire l'ouvrage. Je ne vous Tenverrai pas; on l'imprime.

J'ai soupe depuis quelques jours avec M. Pabbé Du Bos chez H""' la duchesse de Gèvres, qui est une dame qui se connolt bien au simple^ au naturel^ aux grâces /et à tout ce que nous aimons (1). Elle sait toutes lesbonnes choses etil n'yparolt pDÎnt. Nous n'en parlons presque qu'à l'oreille et elle dit toujours ce que je vais dire. J'ai appris la mort de l'évêque d'Angers qui devoit faire sa propre oraison avant de mourir. On dit que Silva, médecin, se présente pour l'Académie , et voilà du fin moderne. Je plains le pauvre H. de Folleville^ accusé à son âge d'avoir pris des tétons, et accusé en forme, jusqu'à être interrogé. Hors de Cour. Hors de Cour.

La reine est prête d'accoucher; le Roi revient dimanche de Compiègne. Les ministres seront ici demain ou aprèsdemain. On va faire l'opération de la fistule à notre archevêque.

Lettre XXX VU P.

h Parbi ce 26 août 1730.

J'ai remis, Monsieur^ au sieur Martin un exemplaire de la Vie de Bayle, que j'ai reçue d'Angleterre et que M. Desmaizeaux vous envoie; il vous prie de lui en dire

(1) Bouhier répond, le 22 août : r La duchesse deGèvres, dont vous me parlez, « edt apparemment celle qui avoit f^poiisé le yieui duc, grand-père de votre « goiiTerneiir d'aujourdMiiii. Je ne Ta vois pas oui mettre au rang des beaux m esprits. Mais il me semble qu'elle avoit de très-beaux yeux. C'est elle, je « pense, à qui le vieux duc son mari crioit, le soir de ses noces, en se faisant m porter à quatre dans son lit : Ma chère^ je vole à vous ! Ce qu'elle a dit • sur feu M. d* Angers est fort joli. On ne m'avoit |K>int mandé que Silva fût « au rang des prétendants à la place vacante de rAcadcmie. Depuis M. de ■ la Clianibre, je crois qu'elle n'avoil point eu de médecin. »

ISS CORRESPONDANCE INÉDITE.

voire avis. Je Fai relue; il y a bien des choses curieuses; elle n'est pas mal écrite, et s'il ne s^étoit pas embarrassé à faire Tapologic de ÏAviê aux réfugiés^ qui en est plut6l une satire, et à allonger de certaines disputes philosophiques qu'il pouvoit renvoyer aux ouvrages qui en parlent/cette Vie seroit assez bonne.

J'ai remis aussi votre manuscrit au même sieur Martin, qui doit vous le renvoyer.

Vous avez jugé le président Normand à la rigueur (I) : si cela ne le corrige pas, il doit être bien incorrigible. M. Patru dit quelque part, pour la consolation des vieillards^ qu'on a toujours bonne gr&ce de faire ramour, quand on y est heureux ; mais celui-ci ne l!e$t pas.

M^'^de Mézière vient d'éprouver le sort de la mauvaise réputation. Elle a perdu son procès contre M. de Joyeuse, sur ]q requête civile qu'il avoit prise contre Tarrèt de la 3* qui le condamnoit par corps, comme stellionnaire (l'arrêt ne portoit point ce terme), à racheter .une rente de 8,000 fr. ; un mois plus tôt elle l'auroit peut-être gagné; mais cette dernière affaire , menée par lettre de cachet, a servi d'amplification de requête civile.

La duchesse deGesvres est celle dont vous parlez; elle a toujours ses beaux yeux et toujours quelqu'un qui les aime ; elle est très-loin du bel esprit, mais très-près du bon et en juge très-bien. La Fontaine est son grand ami; elle lisoit hier des lettres de Ninon dans Saint-Evremont, et les admiroit; ses soupers sont bons, et entre peu d'amis.

(1) notihier écrit, le 22 août. « Nous D^aTous pas été si indulgents que « vous pour le pn'rsident Normand. Nous Pavons condamné en qiiafre mois « de prison, après quoi il fera une f^tisfaction au conseiller oftensé el sera n ensuite un nn sans pouvoir se trouver aux lieux ou il sera, à Texceptioii « du l*alais. Il a déjà été condamné en 2,000 livres do domnasge^ el inléiéls « envers le conicillcr que ie parlement de Rouen avoit interdit par le décret ti fort mal à propos, outre d^autros dommages que cette affaire lui atoit « caus(^s. M

LETTRE XXXVIIP. 159

M« Dupré de Saint-Haur^ qui a traduit MiltoDy à cédé sa prétention àTAcadémie à M. Hardion, qui Ta dirigé dans, ses études; on y mettra qui on voudra^ pourvu que ce ne soit pas M. de Ramsay pi son Cyru$, ni son Discours sur Télimaque; mais je crains bien que cette superbe angloise ne l'emporte et n'impose à vos confrères»

M. de Fontenelle ne s'attendoit pas à être iné^lé dans le démêlé de M. de Montpellier et de H. de Marseille^ Le premier vient d'écrire une lettre contre le second sur les prix que les jésuites donnent au collège à Marseille, et M. de Montpellier a découvert qu'ils ont donné pour prix le 2^ tome des OEuvres de Fontenelle y où sont les lettres du Chevalier (THer... qu'il ne trouve point du tout chrétiennes (et qu'en effet FpnteneUe aaroit di!^ supprimer). Voilà une belle tracasserie et un beau prétexte à ses amis de se faire roolinistes s'ils ne Tétoient pas. Il y a encore dans cette lettre une querelle, sur Roitëseau. M. de Marseille prend parti pour l'édition de Soleure,, et M., de Montpellier la trouve, mauvaise à mettre entre les .mains de la jeunesse, et cite, p. 292, la Liturgie de Cylhère* Mais ce qui termine ce débat est bien plus sérieux; c'est le culte de la Chine que M. de Marseille dit avoir été approuvé par Alexandre VII, et M. de Montpellier demande une réparation en forme pour Alexandre VII, et dit qu'il n'en sera pas désavoué à Ifome. Cela est à lire.

M. l'évêque d'Auxerre vient de publijer une grande Lettre au roi sur le bref qui condamne son Mandement contre la Légende. Elle contient VHistoire de tous les événements arrivés en France par la doctrine ultramontaine sur le temporel des Rois. Dieu sait comme la Ligue y est traitée. Pour la rapprocher, il dit qu'il n'y a que deux rois depuis Henri IV qui en aient été la victime^ que peut-être elle n'est pas entièrement éteinte en France, et qu'il y a des esprits prévenus des maximes uUramontaines et même de VÉtat^ et aveuglés par un faux zélé de religion, capables de se porter à de fâcheuses extrémités si T occasion

Ii9 G0ILKf9O5DA5CE DCÉOTTE.

stm frnemioiL Ne Toîlà4-0 pas un bel avis à donner au Roi?

On continne YHisimn de la Camsiiimiion; il y en a une deuxième partie qui Ta être bientôt augmentée in-4* pour joindre à la première.

Il y a une actrice de TOpéra qu^n appelle la Cons- Mmtiom ; elle lait parollre une petite sœur qu^on appelle la Légende y el elle n^'a point diantre nom.

Lettre XX1IX\

▲ PirH ce 9 Kplembre 1730.

Cest M. Hardion qui a la place. Monsieur, et non Ramsay ; me voilà content. On dit que cet Ecossois se servit du root d'obéissemenl dans une de ses sollicitations, et par ce mot il s^exclut lui-même.

Je voudrois que vous eussiez déjà la Vie de Bayle par M. Desmaizeaux ; elle vous amusera ; vous ne me parlez point de la souscription de M. de Thou et des guinées. Je vous prie de me dire à qui je les remettrai. On ne sait ce qui peut arriver.

H. Bargeton doit vous envoyer deux Mémoires quUl a faits sur la jurisprudence du rapt en Bretagne, et des tutelles et nominations dans le même pays; il n'osoit pas vous les envoyer^ mais je lui ai dit que vous les recevriez bien. Les États voudraient faire changer ces usages, et voilà de la besogne pour M. le Chancelier qui travaille à des changements. M. Bargeton croit que la peine de mort ne regarde que le rapt de violence et non de séduction. Cependant je lisois fout à Fheure dans les notes de Dumoulin, au mot Rapl : Raplus qui /ï( eliam ex consensu filiœ aut uxorhy aut filii familias est vents raplus in parentes, l. unie. C. de raploribuSy unde in GalUa sprelo jure cano^ nico raplores capile punîuntur et bene. Je veux montrer cette note à H. Bargeton.

La pièce de Piron n^est point imprimée. Je vous en ferai une copie. La Daptiné est une jolie personne qui est aijprës de M"« la duchesse de Retz (1).

Le prince de Ligne a donné une requête au Roi contre sa belle-mère. Cette requête est imprimée; il demande d'être renvoyé par devant les juges ordinaires^ pour la réparation quHl poursuit et pour le paiement de la dot. D'un autre côté, on prétend que sa femme va se pourvoir en séparation de corps et de biens.

M"® de Sainte-Maure a obtenu un arrêt qui condamne son mari à lui payer dans une quinzaine &>,000 fr. pour deux quartiers de sa pension de 8^000 fr., sans s'arrêter à la délégation quUl lui avoit faite sur M. de la Neuville, sinon permis à elle de sortir du couvent et d'aller demeurer dans l'appartement où elle étoit, rue du Mail.

M"'*' de Courchamp a obtenu sa séparation de corps et de biens aux requêtes du Palais; il est ordonné qu'elle se retirera dans un couvent jusqu'à sa majorité; elle a vingt-deux ans passés. Voilà mes deux clientes bien traitées, et cela me donne grande réputation parmi les femmes mécontentes de leurs maris.

J'ai travaillé sur la fin du Palais à une grande affaire criminelle, qui a été jugée, les deux chambres assemblées, le 6 septembre. Cela regarde un H. et H"*^ deHarolles, de h famille de l'abbé, qui étoient prisonniers, bannis de leurs terres, atteints et convaincus par la sentence d'avoir donné ordre de tuer un H. de Mornay et condamnes en de grands dommages et intérêts. L'arrêt met l'accusation hors de cour, et ils ont été élargis sur-le-champ.

(I) Dans sa letlre du 2G août 1730, dans une note, qui a écliappé à sa date,

copiste, Marais disait : <i li parait une très-jolie pièce d'environ 200 vers, adressé par un poète à uneDapliné,oùil lui fait une description d*un prieuré,

de la vie qu'on y mène, tranquille, naturelle, et des agréments de cftle campagne. Cela est du goût de Chapelle, en vers de sept syllal)es, quelques

rimes redoublées; il y a de la fine galanterie it des raivctés. L'auteur est

M. PiroD, et j'ai découvert la Dapliné. »

Ha requèle est longue et mal imprimée. A tout hasaîrd je vous renverrai^ et vous y trouverez quelques traits naturels et des nullités nouvelles au criminel.

Fontenelle devoit s^attendre à ce qui lui arrive, après avoir avoué ses lettres^ qu'il devoit sacrifier comme une œuvre de jeunesse. Le Sœclum insipiens ne le touche pas depuis qu'il a approuvé Le Siècle de Louis le Grand.

Il est vrai que la petite fille s^appelle la Légende^ comme sa sœur s'appelle la Constitution; mais cela ne leurôte pas leur autre nom.

On vient de me dire que le roi de Sardaigne a abdiqué; il y aura quelque finesse sous cette abdication. Tous les plénipotentiaires du congrès de Soissons sont rap* pelés.

La nouvelle de l'abdication du roi de Sardaigne est très-vraie; il se retire à Chambéry ; il a écrit une belle lettre ici à son amljassadeur, et le Roi d'aujourd'hui en a écrit une pour dire qu'il estroi^ et continuer l'ambassade. Si les souverains sontlas des couronnesetaiment à devenir particuliers, nous sommes donc plus heureux qu'eux; cependant c'est une belle chose que de commander à des hommes. Nous verrons les motifs de Tabdication. On dit que c*est qu'il a envie d'être pape, et je crois qu'alors la monarchie de Sicile et les jansénistes auroient beau jeu.

Lettre XU.

A Paria, ce 21 septembre I7S0.

Voilà, Monsieur, une mauvaise copie des vers du sieur Piron, mais il sera aisé de la copier; je l'ai corrigée le mieux que j'ai pu.

On ne se seroit pas imaginé qlic le roi de Sardaigne auroit abdiqué pour se marier ; cependant il épouse ou a épousé M*"* de Saint Sébastien, qui va lui servir de compagne dans sa solitude. Ordinairement on vou-

LETTRE Xr/. 163

droit avoir une couronne pour mettre sur la tète de sa maltresse : ici c'est le contraire , et les hommes sont bien bizarres. Les politiques veulent qu'il y ait quelque finesse ; ce qui est sûr, c'est qu'il ne sera ni pape ni antipape, comme son prédécesseur Félix , et qu'il ne vérifiera point le proverbe de Ripaille, dont Honstrelet a parlé et qui est contredit par d'autres auteurs.

Il y a déjà eu un jugement dans l'affaire de M""^de Ligne : il est ordonné qu'elle se retirera dans un couvent, et que son mari lui donnera 6,000 liv. de pension. C'est pendant le jugement de la séparation. Si on discute la dot et la quittance , il y aura de belles choses à dire. Il court une lettre longue , mal écrite et basse de M""" de Mézières à M. le prince de Ligne, de Flandre, du 17 juillet 1730 , où elle explique tous les faits qu'elle impute à son gendre, qui sont des faits infâmes et très-mal digérés. Il y a eu une apostille contre M™* de Chambonas qui s'est mal mariée , avec le fils du sieur écuver de M™* la duchesse du Maine, et qui approuve seule la conduite de son frère. Je n'ai pas encore eu le placet au roi , mais j'ai cette belle lettre , qui est une vraie Espislolaccia. Elle appelle son gendre le prince de Mouy, et mal , car ils n'ont plus Mouy, que M. Crozat a acheté , et ils veulent se confondre aussi avec les Lorrains , dont ils ont pris la livrée et les armes et les ornements, quoiqu'ils ne leur appartiennent que par une Louise de Lorraine que le prince de Ligne ( Florent) a épousée.

L'abbé Nivelle , fils de l'avocat , a été arrêté et mené à la Bastille , pour avoir pris part aux affaires de la Constitution. On a aussi découvert une imprimerie dans le faubourg Saint-Marceau, où on imprimoit les ouvrages du métier, mais non pas les Nouvelles ecclésiastiques ; tout a été pris et enlevé, et les jansénistes bien affligés. L'abbé Dugué est parti pour la Hollande, où il est arrivé , à ce qu'on dit; il a quatre-vingt-trois ans; il a mieux aimé ce voyage que la prison , et je ne sais si ces gros-

ï64 CORRESPONDANCE INÉDITE.

siers Hollandois entendront bien sa belle langue. Il disoit la messe dans une maison particulière , sous une ancienne permission du cardinal de Noailles, et sans chapelle ni autel. C'est à ce sujet que notre arclievèque a duiiiiù une ordonnance contre les chapelles particulières, du mois d'août dernier, sans le nommer.

Il est arrivé une sotte aventure à un avocat nommé Ponsignon. Il connoissoit une M"*^ de Bernay, femme d'un conseiller du parlement qui a été à la Conciergerie pour stellionat, et qui est actuellement en chambre garnie sur le quai des Angustins. Pendant la prison du mari, il voyoît la femme chez lui sans galanterie , h ce que Ton prétend. La femme Ta envoyé chercher, il y a quelques jours, pour souper avec elle ; il y a soupe. Elle lui dit qu'il étoit amoureux d'elle; il s'en défendit; elle voulut gager, et lui dit qu'il n'oseroit coucher avec elle; il s'en défendit encore , mais elle lui mit le bonnet de nuit

de son mari; justement justement le mari entre

avec un garde du corps et le chevalier de Vandeuil, que Ponsignon connoissoit. On lui propose ou quelques coups d'épée dans le ventre, ou le fouet; il choisit le fouet, comme de raison ; on lui en donne à tire-larigot jusqu'à le faire évanouir; on Ta fait revenir avec du ratafia, et on le mit dehors bien fouetté. Il dit que ce fut avec des baguettes, d'autres disent des verges. Et voilà l'aventure triste et lamentable du pauvre M. Ponsignon, qui est un homme de quarante ans, marié, et mauvais avocat.

Lettre XLV.

A Paris , ce 21 septembre 1 730.

L'adresse de M. Desraaizeaux est à M. Préveran , premier connis de M. Iedii3 di3Newcastle, secrétaire d'État à Londres, et dessous un couvert à H, DesmcUzeaux : voilâmes omissions réparées.

Tai vu la sentence des requêtes du Palais rendue dans Taffaire de M. le prince de Ligne. Il n'y a point de demande en séparation. C'est le mari qui demande que sa femme soit tenue de revenir chez lui, et sur sa requête il a été donné sentence en la 2"* des Requêtes du Palais^ le 15 de ce mois, qui -lui permet d'assigner sa femme; cependant que dans trois jours elle sera tenue de se retirer aux Filles de Saint-Thomas dans Tintérieur du couvent, où son mari lui payera 6,000 livres de pension; défense à la supérieure de la laisser sortir sans une permission par écrit du mari, sinon, et faute de satisfaire en trois jours, permis au mari de la retirer de la maison de la dame H'"'' de Hézière sa mère, ou de tout endroit où elle .se trouvera, à l'effet de la conduire dans ledit couvent. — Ce sont les termes de la sentence, qui est rendue sur une requête non communiquée, mais qui a pourtant été rapportée en grande connoissance. Les Filles de Saint- Thomas ne veulent pas de la princesse; je ne sais quel ordre on y mettra.

La Lettre du Clergé au Roi paroit, où il demande un concile à Narbonne contre M. de Montpellier; cela répond à la grande Lettre de cet évêque au Roi, mais ce discours est si enflé et si obscur, qu'il y en a la moitié que je ne comprends point ; et comment peut-on dire que Louis XIV n^a rien fait qu'avec circonspection et modération sur la matière du temporel, après Tédit de 1 682 ? Il y a beaucoup de phrases louches, des parallèles qui n'ontqu'un membre et qu'il faut deviner, enfin je voudrois que le clergé eût un secrétaire pour faire ses lettres et pour parler au Roi, de manière qu'il entendit ce qu'on lui dit et les autres aussi.

Les captures des imprimeries secrètes n'empêchent point les Nouvelles ecclésiastiques; et il y en a encore une du 30 août, où il se trouve trois lettres du cardinal-ministre.

Les autresécrits vont aussi leur train ; il pareil une nou-

IC6 œRRESPONDANCE INÉDITE.

velle lettre de M. d'Auxerre à rassemblée du Clergé où i' parle: l"* de la légende: S"* du bref qui a supprimé sor mandement; S"" de la Constitution, qu'il dit n'être ni lo de rÉtat ni de TÉglise; i*" du refus qu'on lui fait sur sor rituel. Ces quatre points sont traités avec force et netteté^e je ne sais pourquoi Tartre partie n'a pas de tels écri vains.

On voit encore une 3' lettre de H. de Montpellier en ré ponse à la 3' de M. de Marseille; cela est écrit avec un feu c une éloquence surprenante; c'est une apologie en forme d< Fauteur de la Morale du Paler^ sur le sentiment de la pré sence réelle, de Messieurs de Port-Royal ; sur le même sujet de Tabbé deSaint-Cyran, de M. Arnaud^ et vous juge: que H. de Marseille est bien humilié et les autres bier exaltés. C'est une vraie philippique. Il y a à la fin unt pièce non encore imprimée, qui est la Déclaration di bienheureux Vincent de Paule, faite dans le procès d< Saint-Cyran ; c'est une pièce curieuse.

Il court un dessin ou esquisse manuscrite d'une estamp qui est la carcasse d'un âne représentant la Sorbonn présente. L'invention en est plaisante et satirique e mérite d'être gardée.

On crie dans les rues : L'Abdication du duc de Savoie, • un liard l et ce sont les ramoneurs, ses anciens sujets, qu la crient. Je veux vous l'envoyer.

Le gouverneur du fils de M. de Béthune a été pendu jugé prévôtalement.

H. l'évèque de ChMons (Madot) avoit un procès ai Grand Conseil qui alloit êlre jugé; il y a eu une letlr de cachet pour suspendre le jugement, et voilà le semesin échappé.

Lettre XLIP.

A Paris, ce 30 septembre 1730.

On m'a remis^ Monsieur^ le paquet pour H. Desmaizeaux^ que j'ai décacheté^ parce que nous n'avons plus d'ambassadeur d'Angleterre ici^ et je l'ai envoyé par la poste à l'adresse que vous savez. Je n'y ai mis qu'un exemplaire du VaboUlathus, et j'enverrai les autres par diverses postes. Je vous remercie de celui que vous m'avez envoyé. M. Desmaizeaux va être bien content de votre approbation, et il aura raison. J*ai connu ce H. Dupuy dont vous parlez, qui n'étoit pas un grand docteur et qui avoit acheté plusieurs lettres du neveu de H. Bayle (Bruguiëres) qui n'étoit pas un grand docteur aussi ; s'ils donnent ces lettres, il y en a de fort curieuses.

J^ai lu la Novelle i 24. sur la montre prise par le conseiller de Besançon .'C'est une grande douceur de ne point ;]punirle corrupteur, et je n'en vois pas la raison; on pu- ^lit celui qui corrompt un témoin, et on ne punit pas celui ^ui corrompt un juge, ou qui y tâche. Voilà une petite horloge bien brûlable à mon avis, mais elle est rendue. Je n'entends rien dire contre M"® la princesse de Ligne Ha jeune, elle est très-jeune et a été trompée par sa mère, oà qui on peut dire : Prudens emisti viliosunij hors qu'elle ^e l'a pas encore payée. Vous avez raison, ils vont tous se déshonorer.

Ladécouverte que vous avez faite dans le livre latin de !M. de Meaux est bien curieuse. Les appelants, qui ont tant de gens qui lisent pour eux, devroient bien lire cet endroit, mais ils ne manqueront pas de trouver des réponses. Notre ami Bayle, dans la Continuation des pensées sur les Comètes, a fait de beaux chapitres contre le grand nombre, et je me souviens de lui avoir sur cela écrit une lettre où il ne s'agissoit pas de religion. Nous n'avons pas encore

t68 CORRESPONDANCK INÉDITE.

le livre ici. H. Dupin eu fit un en 1707 sur la même matière, que le Roi fit imprimer sans nom d'auteur ni d'imprimeur, à Paris, sous le titre de la Puissance ecclésiastique et temporelle. Je ne sais ce qu'on peut ajouter à cela ; quand nous le verrons, nous verrons.

Je chercherai mes feuilles volantes du Catholicony et vous en enverrai les titres et les feuilles, afin de faire mentir Ménage et de voir ce bel ouvrage relié.

Nous avons ici de grandes nouvelles politiques, nous ne voyons pas le dessous des cartes. H. le duc d'Ëpernon, qui paroissoit aller à toutes et qu'on désignoit déjà pour colonel du régiment des gardes, est exilé à Bellegarde; les bonnes gens de Paris disent à Belgrade (il nV a qu'une lettre de dérangée comme de grâce à garce) : cet exil n'empêche pas le Roi d'aller mardi à Rambouillet. On parle d'un certain écrit que le Roi a montré qui contenoit les défauts du gouvernement, et qui a été attribué au Duc comme moniteur.

En même temps, le Roi a nommé H. Bachelier premier valet de chambre, inspecteur des châteaux, parcs et gouvernement de Versailles ; ce qui ne plaît pas beaucoup à H. le duc de Noailles, qui en est le gouverneur, et qui û'avoit pas demandé cette place pour avoir un inspecteur sous lui ou sur lui. Il a bien là de quoi penser et^parler, mais peu à écrire.

M. le duc de Gesvres est aussi exilé, je ne sais où : les disgrâces sont sur les favoris; si cela tomboitsur les jeux de Paris cela ne seroit que bien , mais quelque autre viendra prendre cette succession qui est bonne. Un gouverneur de Paris exilé est chose bien nouvelle : celui-ci avoit une cour plus grosse que celle du Roi, et on y vivoit comme du temps d'Henri III et ses mignons.

C'est H. l'abbé Parisotqui m'a appris la lettre de cachet du Grand Conseil et qui m'a donné les factums de l'affaire; on n'a pas fait de remontrances. Vous savez ce que La Fontaine disoit sur Bastien le remontreur.

LETTRE XLUF. 169

J'entends dire qu'il y a une lettre de M"*^ de Gonlaud contre l'abbé d'Olivet, qui n'a point donné sa voix à Ramsay après lavoir promis.

M. de Luxembourg fils de iM. le prince de Tingri, épouse M"* de Sénozan, et l'épouse renonce à la succession de ses père et mère par le contrat de mariage. Cela est à la grande. M. de Fimarcon épouse M"^ Aillet, mardi à Rouen, mais il ne renonce point aux successions futures.

Lellre XLIIF.

A Paris, ce 6 octobre 1730.

H"^* de Hézières a fait imprimer une Requête au Roiy où elle demande que celle du prince de Ligne contre elle ^oit supprimée, comme un libelle scandaleux. Elle prétend n'avoir demandé au Roi qu'une chose et que le Roi #Bn a fait deux ; elle dit qu'il est le témoin et le juge de chatte affaire, et un plaisant dit le dernier jour que c'é- ^oit une tracasserie qu'elle faisoit au Roi, avec qui elle ^ouloit avoir une explication. Je crois que cela ne produira rien. On ne manquera pas de vous envoyer cette re- «jiiête, qui s'est répandue par tout Paris. La jeune dame ^st aux Feuillantines^ et cela renouvelle les anciennes chansons.

Il y a un arrêt du Conseil qui casse l'arrêt de défenses obtenu par le curé de Saint-Barthélémy, et on a mis un desservant à sa place ; encore un autre arrêt qui casse les arrêts de défenses obtenus parles curés d'Orléans et leur défend toutes poursuites, à peine de punition exemplaire. Voilà qui court le grand galop à ôter les appels comme d'abus au Parlement, et à les attribuer au nouveau bureau du Conseil. Je n'ai encore vu personne qui ait le livre de M. Bossuetet jesuis bien curieux de voir le passage que vous m'avez cité.

^ On m'a dit que l'abbé d'Olivet étoit à Bruxelles avec

170 œRRESPONDANCR INÉDITE.

Rousseau ; il ira faire imprimer quelque livre comme celui de H. Huei et se faire des affaires. Son absence fait beaucoup parler de lui. Je n^ai pas vu la lettre de H** de Gon* taud sur l'exclusion de Ramsay. H. le duc de Ricbelieu est directeur de TAcadémie^ mais il est à Richelieu : cette absence fait aussi parler. Laissons-les dire et tenons-nous au-dessus des cartes.

Le mariage de H. de Fimaroon a été fait à Gaillon avec M"* Aillet. Ils ont été honorés d'un prince et d^une princesse du sang. M. le prince de Tingri a marié son fils avec M"' de Sénozan. Le comte de Taillebourg, fils du prince ^ de Talmont, épouse la Palatine^ parente de la Reine. H. de ^ Saint Florentin est très-mal de la petite vérole^ et on le regrette. Voilà des nouvelles de vacance.

Bonjour^ Monsieur, je vous embrasse de tout mor? cœur.

Lellre XLIV.

' 15 octobre I7S0.

Ltttre de .Vojui^irr fabbé tfOiitei à Madame la dœkesse de

Gontaud^ du% septembre 1730.

Je sais trrs-bîeo, Modainf , que tous avez des soupçons qui ne me foni p.is honneur dans votre esprit ; agréez que je me dispense par cette raison d aller vous rendre aujourd'hui mss devoirs : je ne me flalterois point de pouvoir vous persuader que je n ai pas tort, et je ne ino sons p.is assez intnrpiJe pour aller, de saieté de cœur, me faire quereller pr la personne du monde dont la colère me parottroit la |>lus redoutable. Je pars sur la fin de la semaine prochaine pour Flandre et Hollande. Je souluiterois* Madame, que cette promenade pdt me faire naître quelque occasion dV\pier mes prétendus crimes et de vous prxHiver avec quoi irspoct j'ai Thonneur d'être, ^ladame, etc.

Réponse de madamr la duchesse de Gomtami.

Monsieur Ro>\ ayant ete tenK»in. Monsieur, des paroles que votis^ m*a\îez données, no pou\»it se persuader que vous y eussiez man«^ que ; pour te convaincn^, je consentis quH voosproposlt de tous jus—

LETTRE XLIV. 17i

tlQer, sans quoi je n'aurois pas imaginé de vous mander de venir chez

moi. Je suis ravie que vous soyez embarrassé de me voir, c est une

preuve que vous n'êtes pas habitué demauquer a votre parole; je vous

en fais mes compUments. A regard de la peur que vous aviez d'être

querellé par moi, je puis vous assurer que cela éloit mal fonrlé ; de quel

droit pourrois-je vous (gronder, et de plus j'ignore coque c'est que de

quereller; j'ai bien de la mémoire, mais je ne connois pas la colère :

jugez-en, puisque j'ai demandé grâce pour vous et les vôtres à MM. de

Voltaire et Roy. J'ai été fichée sacs doute que M. de Ramsay n'ait

pas eu le bonheur d'entrer dans votre illustre compagnie, puisqu'il le

désiroit, mais je n'ai point parlé contre M. Hardion; vous savez que

sollicitant pour M. de Ramsay, j'ai combattu l'éloi^nement que vous

me disiez avoir pour M. Hardion , et quoique je ne le connusse point ,

j'en a vois ouï dire tant de bien, que j'aurois parlé pour lui, sans Ta-

niitié que j'ai pour M. de Ramsay : aussi, Monsieur, si vous aviez eu

ia bonne foi de M Danchet, vous auriez aussi partagé mes louanges;

JDais je puis vous assurer que vous n'avez tout au plus à craindre de

iDoi que des plaisanteries; j'avois déjà trouvé assez plaisant de solli-

citer pour une place à l'Académie, je ne me serois jamais doutée d'être

à portée de donner cette preuve de mon amitié, car je croyois qu'il

•^^lloit même avoir de l'esprit pour proposer des sujets, et je m'en trou-

V'^rois avec raison très-indigne ; mais n'importe, quoique nous n'ayons

J=^^s réussi, j'ai donné du moins des preuves de bon cœur, c*est à quoi

me dois borner. Je vous souhaite, Monsieur, un bon voyage et vous

lonore très-parfaitement.

Duchesse de Gontaud.

Voilà, Monsieur, la copie des lettres que vous vouliez voir. Quelqu'un a aidé M"' la duchesse de Gontaud à ire des pointes , et je crois qu'elle auroit mieux fait 'elle-même; on voit par là que Tabbé n'a pas caché son "voyage, et peut-être la lettre a été écrite pour le rendre ;]public; du reste, je crois que ce pays ne lui est pas nouveau. Avez-vous ouï dire que Ramsay se van toit d'avoir pour lui la Chambre haute , si la Chambre basse éloit contre, et que cela a piqué l'Académie, et qu'on lui a montré que la chambre basse faisoit arrêter bien des projets, ce que lui Anglois devoit prévoir? Voilà un vilain bill pour lui.

Le livre de M. Bossuet est à Paris, je le dois voir au

173 œRR£SPONDANCE INÉDITE.

premier jour, et je n'oublierai pas l'endroit que tous avez marqué. Il faut bien que vous ayez quelque part le livre de Dupin ; il fit beaucoup de bruit dans son temps, et pour moi j*eniends mieux le françoisque le latin.

Je n*ai pas encore vu les Essais hebdomadaires du sieur Dupuy. Il doit avoir beaucoup de lettres de M. de la Roque à Bayle , qui seroient un beau présent au public ; s'il suitvotre avis il fera bien, mais jecroisqu'iln'en fera rien.

Les livres historiques de M. RoUin sont fort estimés, tout le monde court après; c'est justement l'opposé du pédant : il a le goût, les grâces, la fleur, la diction , le jugement, tout au mieux. Je ne sais de qui est laPAy5ique des enfants , qu'il dit n'être pas de lui ; c'est un beau morceau.

On m'a mandé de Bourgogne la mort de M. le marquis de Percey, qu'on a trouvé mort dans son lit. Cela m'a fort surpris; il étoitde mes amis.

Il parolt une Consultation , signée de VO avocats, sur l'effet des arrêts de défense en matière d'appel comme d'abus; c'est une ancienne consultation de 1718 , qu'on a renouvelée et signée de nouveau , le 27 juillet et 7 septembre 1730. Le Conseil , en cassant les arrêts, vient de juger la question.

Lettre XLV.

X Paris , ce 25 octobre 1730.

J'ai bien cru , Monsieur, que la lettre de l'abbé d'Olivet et de la dame vous feroit plaisir; il pourra être bien couvert, en arrivant, de quelque calotte contre les frimas hollandois. Le voyage est pur voyage ; il le devoit faire avec le receveur général des finances de Besançon, qui se trouva mêlé dans une assez sotte affaire criminelle , qui m'a pourtant fait rire; car un personnage de la scène est justement ce M. Dupuy, auteur des Essais hebdomadaires

dont nous avons parlé ; et le rôle qu^il joue est qu'il est amoureux d'une petite femme abandonnée par le financier^ à laquelle je crois quMl ne donne que des Essais de toutes façons. Il s'avisa de faire une reconnoissance avec nnoi dans mon cabinet; ilroeparladeses£ssat5etdeBayle; i^ financier me parla de Tabbé, et il ne s'est jamais vu i»ne comédie plus plaisante. Il n'y a pourtant pas tant à ï*ipe au fond, Thisloire est trop longue, et je ne vous en ^onne que ce morceau , qui vous apprend l'innocence ^u voyage et la sottise de notre essayeur. Je viens de lire 1^ Mercure de septembre, où il en est parlé, et je me sou- 'v iens d'avoir lu les lettres d'Abadie et Le Clerc qu'ilrap- I>orte. Pour ses réflexions sur les femmes, il n'y a qu'A *e renvoyer à son aventure d'aujourd'hui.

J'ai vu les Fables de M. Ricber; il est vrai que c'est celui

c]u.i se rapproche le plus de La Fontaine, mais Tintervalle

^sl en encore grand et je ne sais qui s'y placera ; il me

Se noble qu'il enjambe souvent le vers sur un autre, ses

i^oms appellatifs sont pris dans La Fontaine, la variété

^^^st pas assez grande, la gaieté y est comme affectée et

^^ vient pas de source; enfin, malgré ses talents, il y

'^Cfcnque un cerlain je ne sais quoi que Ion trouve dans

'^ utre dès qu'on l'ouvre. La Préfact ^st très-sensée, ks

^^^les bonnes, et la critique cruelle contre M. de la Motte,

ï ^-^i la mérite bien. Je n'ai pas vu Tode du mois d'aoïU,

'•^^sje la verrai; ce qu'il y a de singulier, c'est qu'à

'^^^jTisces fables n'étoient pas connues, et je vais un peu

*^^^ mettre en honneur.

J ai reçu aujourd'hui une lettre de huit pages de M. Des- ^izeaux, qui n'a pas encore reçu la vôtre ; il me prie de ^re un abrégé de sa Vie pour mettre dans la Bibliothèque isonnée qui se fait à La Haye , ce que je ne ferai point, ^ je crois. Monsieur, ni vous non plus, à moins que vous le fissiez par amusement. Il voudroit faire réimprimer »e8 livres de l'abbé Leclerc en Hollande, ce qui serait bier> ^îflîcile en Hollande puisqu'on n'en a point; il me parle

174 CORRESPONDANCR INÉDITE.

encore beaucoup de VAviê aux réfugiés , qui doit être à présent une matière épuisée^ et dit que M. de La Roque se faisoit un honneur de s'attribuer ce livre non réclamé comme une épave, ce que je croirois assez volontiers; il m'apprend qu'il est bien aise d'avoir fait dans sa Vie xm détail des opinions de Bayle, parce qu'on les rapporte mal et que cela est arrivé dans un livre de duBourguet, à Amsterdam, 1729, sous le titre de Ltiires philosophiques^ et où il est traité de natures plastiques ; il me parle des sermons anglois du docteur Jean Clarke, qui sont faits exprès pour réfuter Bayle. Il ne seroit pas fâché qu'on imprimât sa Vie séparément, avec les additions de la dernière édition ou à Paris ou à Genève, et il croit que cela* seroit très-bien vendu à Londres. Vous savez ce que ja vous ai mandé sur cela ; il dit qu'il n'ose vous écrire ; mais quand il aura vu votre gracieuse lettre , il devra bien vous remercier et le fera, et votre lettre pourra être bien placée dans quelque journal qui lui fera honneur.

Voici ce qu'il me mande sur Tédition de V Histoire de H. deThou. Elle commencera dans huit ou dix jours, six presses y travailleront toutes à la fois et en feront dix-huit feuilles par semaine. Bukley a publié une troisième lettre (en anglois et qui sera bientôt françoise) où il apprend qu'il a reçu depuis peu plusieurs pièces, et entre autres la Continuation ^diV Rigaulten trois livres, dont qd a été imprimé et les autres manuscrits. Imaginez-vous ce que j'ai pensé de ce bel anecdote , et du Bukley qui va apprendre cela au public. Voilà les Anglois. Le mien est parti, sans quoi je lui laverois bien la tête ^ si une tète angloise peut se laver. Bukley me doit envoyer sa lettre quand elle sera traduite , et croit me faire grand plaisir ; je vous renverrai quand je l'aurai ; il a fait acheter à Paris une traduction françoise de M. deThou, et la fera imprimer après l'édition latine; il ne se met pas beaucoup en peine de cette traduction françoise qu'on a annoncée à Bruxelles.-

H. Desmaizeaux me dit encore que H. de Ramsay est

bien bardi de se mettre sur les rangs pour entrer dans

TAcadémie franooise, qu'il a toujours suivi la maxime

audaces fortuna juvaty et quMl a trouvé à Londres une

personne qui a mis son Cyrus en François et lui a mème^

donné de bons avis sur les choses, ce sont ses propres

termes. Vous voyez comme Ton pense de cet bomme-là

en Angleterre même, et que FAcadémie ne s'y est pas

trompée. Mais je vous trouve heureux d'éviter toutes ces

tracasseries de femme qui distribuent les lauriers sur le

Parnasse et qui y guettent leur étiquette. Je ne sais ce

que Desmaizeaux veut me dire qu'il m'a envoyé une

brochure de VP^ de Lambert, je ne l'ai pas encore vue ;

/ait-elle passer la mer à ses ouvrages pour entrer dans

dans la Société royale^ et faire là aussi ses élections?

Le livre de H. RoUin est admirable; il y a 4 volumes de sa Manière d'étudier, dont je n'avois lu quele 2etle4. M. Anfossy disoit l'autre jour: C'est un pédant quiesti'opposé du pédant. Voilà les gens nés pour l'Académie (1). Son Histoire ancienne est un autre ouvrage. C'est la plus belle langue du monde et la meilleure tète j et quand il ^veut être critique^ il est excellent. Voyez ce qu'il dit sur X'ostracisme des Grecs et sur le vol des Lacédémoxiiens.

Le quatrième tome des OEuvres diverses de Bayle ne -parolt point encore.

(I) Bouhîer répond, le 2 octobre : « Je ne connois de M. Rollin que son lîTre : Delà manière tVétudier, où fa\ trotifé qu'il méritoit tous les éloges qo*on donne à ses lifrcs liisloriques que je n*ai point encore vus. Ce seroit un excellent sujet pour notre Académie. Mais les dames ne briguent guère* pour les gens du quartier latin. On nediroit point que celui-ci y a pasié ses Jourii. »

176 CORRESPONDANCE INfÏDITE.

Lettre XLVl'.

A Parif, ce 8 novenlbre 1750.

Nous voilà, Monsieur, dans de belles affaires; vousave: sans doute vu Tarrél du 30 octobre contre la Consulta tion des quarante avocats, et vous y avez d^abord re connu la main souveraine de H. le Chancelier, l'éléva tion de ses pensées et la dignité de son style; mais je m puis croire que mes confrères aient eu le dessein qu'oi leur attribue. Le fait n'est pas encore bien éclaircî : oi prétend qu^ils n^ont voulu signer que Tancienne Consul (ation de 1718, où tous les termes reprochés par Tarrèt n< se trouvent point, qu'ils ont approuvé l'épreuve sans la relire, comme il arrive tous les jours, et qu'ils ont éié trompés par cette épreuve infidèle. Il y a beaucoup d'apparence à cela, car on ne croit pas qu'ils eussent voulu se mettre au rang des Junius Brutus, des Buchanan^ des Hot man et autres auteurs populaires; ils ont voulu abaisseï Tautorité et juridiction ecclésiastique et élever celle du Parlement. On a glissé des termes peu mesurés; quand oo a vu Tarrèt on s est aperçu de la surprise et de l'erreur, ei (\ prirent on est dans Tembarras de l'explication ou de la rt4i*aotation. Pour moi, Monsieur, vous savez que je n'ai nulle part personnelle à tout cela, je n'ai signé ni cette ConsultiUion ni les autres, et je n'y suis que pour l'intérôl que je prends à mon ordre; 11 faut espérer que tout ceci s'aoctnnmoilera incessamment, et qu'à la rentrée du Parlement on n'en parlera plus; il arrivera de là qu'on sera plus circons|HHi pour les signatures. Cette affaire n^a donné Tocoasion de relire la Dissertation de Baylc sur le Juiiius Brutus, qui est excellente et très-curieuse, Tartiole d^/o/mciii et de Hariana . I\4ri5 aux réfugiés, où cotio matièiv est traitiv ex professo. V Apologie des ca^ tholiijues. tome i*^, [vige 50. et je suis sorti de celle ieclur^

avec tous les principes de Tarrèt, qui étoient dans mon cœur dès ma naissance. Je ne sais comment votre compatriote H. Languet et Hotman^ qui étoient de grands jurisconsultes^ s'étoient entêtés de principes contraires, et pourquoi dans le Minagiana (tome 3^ pages 135 et 136), M. de la Monnoye a dit que le livre de Junius Brulus est dignedeLanguet, qu'on Tyreconnolt, habile jurisconsulte et politique tel qu'il étoit. Bayle^ dans sa Dissertalioriy dit quelque chose d'approchant, mais il a mis à la marge un correctif qui le disculpe, et VAvis aux réfugiés (puisqu'il est de lui] découvre bien ses sentiments sur cet{e question; mais ne parlons pas d'un sujet dont on ne parle que trop. II. y a eu une absence d'un jour des «ivocats au Grand Conseil et au Châtelet , mais ils y sont retournés le lendemain. Nous verrons ce qui arrivera eprès la Saint-Martin , et comment l'avocat général se tirera de sa narangue. Eta,sudabil saùs.

Nous avons ici H. le marquis de Castellamare, ambas* sadeur d'Espagne. Il demande ou l'exécution du traité ou la guerre. 11 a été voir notre reine d'Espagne veuve, €t lui a annoncé une entière réconciliation, et le prochain payement de tous les arrérages que l'Espagne lui doit. Quand il n'auroit fait que cela dans son ambassade, il auroit beaucoup fait.

Je sais que H. l'abbé d'Olivet est à Paris et j'ai dit à

M. Parisot de vous le mander; il n'est point qviestion des

liruits politiques qui couroient sur son compte, mais on

assure très- certainement que H. le cardinal de Polignac

est rappelé de Rome, et a ordre d'aller droit à son ar-,

chevêche d'Auch. Si cela est, la dernière intrigue est mal

nommée : la Conjuration des Marmousets : et ce n*est pas

là un Uarmoustan. J'ai trouvé ce mot dans une petite

lettre qu'on vient de donner sur les gnomes et les sylphes.

Je n'ai point revu le sieur Dupuy V Essayeur; si je le

"Voisy je le désabuserai des femmes et des filles.

Ne soyez pas inquiet sur nos Anglois : l'imprimeur a les

pièces , mais il ne sait d'où elles lui viennent ; il a an« nonce seulement qu'il les avoitsans dire d'où et par qui; la discrétion eût pu être entière^ mais c'est une chose faite, etTespoir du gain l'a emporté. J'ai écrit en Angleterre pour arrêter le progrès. M. Points est gouverneur du duc de Cumberland ; voilà le chapeau que sa nonciature lui & valu.

Le livre de madame de Lambert se vendoit cet été dans les cafés de Paris ; elle ne s'en tient pas à Téducation des femmes dans les sciences , elle veut de l'amour et du platonisme. Idée Fausse et contre la nature (1). — Vous avez beau corner sur les toits H. Rollinpour rAcadémie,

il est [déchirure) , il a été déposé étant recteur^ on lui a

6té la principale du collège de Beaùvais^ et son éloquence demeurera dans ses livres (2).

Lettre XLVIl'.

Paris, ce 16 noTembre 4730.

Si VOUS avez été content^ Monsieur, que je n'aie point signé avec les 40^ je crois que vous le serez encore de ce que je n'ai point signé avec 200. On s'est assemblé

(1) Bouhier écrivait, le 30 octobre : « La brochure de Madanoe de Lambert c< est apparemment celle qiron imprima furtivement à Paris {l y a deux ans, te et dont elle fit racheter presque tous les exemplaires, pour environ cent pia- « tôles qu'elle donna à Timprimeur. Mais il y en avoit déjà eu quelques-uns n de débitée; j'en ai une copie manuscrite. C'est une espèce d^ roanireste pour « les dames savantes où elle fait voir qu'on a grand tort d^élever les femmes « dans Tignorance, et où elle fait l'apologue de celles qui ont fait des romans a honnêtes. Cet écrit fut composé autrefois pour justifier quelques nouvelles R galantes, qui furent faites alors pour divertir feu Madame. Mais la dame u qui l'a composé a craint que ce ne fût mai interprété , surtout paroissant à a TAge qu'elle a. »

(2) '< Suivant ce que vous me dites de M. Kollin, si je corne son mérite sur quelques toits, ce ne sera pas sur ceux de l'Académie. Je ne sais par qqel fanatisme les gens <l'esprit se donnent aujourd'hui Texclusion de la ploptrt n des places dont iU seroient d'ailleurs très dignes. Tantum Religio^ etc. »

LETIRE XLVll*. 179

avant la Saint-Hartin chez M. Tartarin, bâtonnier^ au sujet de l'arrêt. Plusieurs y ont été; il a été ag'*^ de rendre générale, pour tout Tordre, l'affaire personnelle de quelques membres. M. Duhamel et quelques membres étoient d'avis de rétracter, le feu s'est mis dans rassemblée, on a dit qu'il falloit faire un écrit général pour justifier le sentiment des avocats sur l'autorité du Roi et pour expliquer les expressions de la consultation. Cet avis l'a emporté. M. Cochin et M. Aubry ont dressé l'écrit, il a été lu dans plusieurs assemblées , chacun a signé et le jour de la rentrée il a été encore lu au Palais et signé, en sorte qu'il y a plus de 200 signatures. Je vous assure que la mienne n'y est pas. J'ai pensé que l'Ordre n'étant point attaqué il n'y avoit rien à dire ni à écrire, que le Roi n'a pas besoin de leur avis, qu'un écrit, si beau qu'il fût, en pourroit attirer d'autres contraires et faire du trouble, que les 40 signant cet écrit désobéissoient à l'arrêt et qu'il ne conyenoit pas de signer avec des désobéissants, etc. Tout cela devoit venir naturellement dans l'esprit, mais il n'y est point venu, et l'écrit signé de M. de Tartarin lui-même comme malgré lui, a été porté par lui à H. le Chancelier, qui n'a point voulu lui parler comme bâtonnier, mais comme avocat. La proposition de l'écrit général n'a pas été trouvée bonne : on ne le vouloit ni lire ni recevoir; par bonté, la lecture en fut agréée comme une pièce indifférente. La !'• partie sur le droit, trouvée bien travaillée, la 2* sur l'explication, mal et hors de propos. La conclusion fut que cet écrit, signé de 200, fut nommé tumultueux, contraire à l'arrêt, qu'il ne devoit ni être donné au pubUc ni communiqué de quelque manière que ce fût, que les 40 seulement dévoient écrire et rétracter ou désavouer, qu'après cela Tordre pourroit donner quelque chosede lui-même s'il vouloit, et que le Roi entendoit que celui qui a fait la surprise seroit rayé du tableau. Tout cela rapporté aux 200 ou leurs députés fut rejeté

180 CORRESPONDANCE INÊDIIÇ.

sistent dans leur écrite ils ne veulent point disjoind paroissent ne point craindre les suites, et H. Tariari avoir retourné hier chez M. le Chancelier, qui, je sera très-mécontent. Voilà, Monsieur, le dernier é1 la chose; je vous demande en grâce que ceci soit s Plaignons tant d'honnêtes gens mêlés dans cette al Ce que vous me dites sur les parlements est trèi pensé. Hais il paroltque Ton n'a en vue que le Pari les assesseurs du trône sont les princes du sang, le gistrats et les pairs. Voilà comme ils sont ran^ nommés dans la consultation.

Je ne crois point quMl y ait jamais eu d'arrêt ( Henri III qui Tait déclaré déchu de sa couronne. L chessede Guise commença bien une procédure àc( lement, qui étoit resté après l'emprisonnement de 1. tille. Il y eut un arrêt qui permit dHnformer Ve appointée, un avertissement très-impertinent foui janvier 1589, qui fut même imprimé dans le temps, le procès ne fut point jugé et le maudit Jacques Cl< y mit fin le 1" août 1589. Voyez sur cela un des ai de Guise j Dictionnaire de Bay le y oii il a rapporté arrêts et partie de V Avertissement , la lettre 23 Critique du calvinismey aussi par Bayle, et le tome II Satire Ménippée y page 29V jusqu'à 318, àRatisbonne, in-8". MM. de Péréfixe, Mézeray et Legrain en pi aussi.

M. Berruyer a signé. Je vous envoie les noms des rante.

MM. LeRov.

MM. Normant.

Berruyer.

Aubry.

lieRoydeValières.

Huart.

Duhamel.

Chauveau.

BazÎQ.

GoDdouJD.

Denyau.

Le Roy.

Guério de Riche ville.

De Marimberg.

Gaillet de Blaru.

Lequeux.

Gacoo.

Prigeon

LErrRK XLVIIl*.

MM. Pajeau.

MM. Dains.

Pothouin.

Fuet.

PiQ.

Visinier.

De Laverdy.

' Seron.

Vailly.

Merlet.

Sarrazin.

Buirette.

De Fourcroy.

Comtesse.

Paignon.

Tribord.

Julien de Prunay.

Cochin.

Bellichon.

Le Roy de la Tour

Soyer.

Bayle.

Lettre XLVIIF.

A Paris, ce 22 noYembre 4730.

Lie Mémoire des deux cents s'est échappé dans Paris, Monsieur, j'en ai vu une copie qui sera bientôt à moi ; c'est un ouvrage bien travaillé ; l'autorité du Roi y est traitée d'abord avec la dignité qu'elle mérite. Ensuite on s'étend à une critique de l'arrêt assez marquée, on se plaint du retranchement de quelques termes qui auroient adouci les propositions, on plaide fortement pour développer le vrai sens de la consultation et son objet général; on justifie des termes condamnés par des termes à peu près pareils tirés d'anciens édits, de discours d'avocats généraux et peut-être de H. le Chancelier lui-même et de jurisconsultes françois anciens; on ne manque pas de dire que ceux qui ont écrit contre la Légende ne peuvent pas mal penser de Tautorité du Roi, on désavoue tout autre sens et toute interprétation que celle qui est contenue au Mémoire et même on la déteste. Enfin c'est un commentaire très-clair d^un texte très<obscur; il n'y est point du tout parlé de la surprise des signatures ; on ne veat pas abandonner un confrère qui peut-être a été sur- * ffUis loi-mdme; l'ouvrage n'a point été reçu; il y a eu

avec M. le Chancelier à la Cour. L'affaire

Qtpar un autre écrit qui ne

182 COURESPO]SDA>iCE INÉDITE.

sera que des quarante et tourné d'autre manière. Voi ce que Ton dit; car, comme je ne suis nî du petit ni à grand nombre, et que^l'on n'est point encore rentré a Palais, je ne suis point exactement informé du dernii détail et ne m'empresse point de l'être. Un duc et pair n disoit Taulre jour qu'il croyoil les avocats plus sages, et , lui dis qu'il falloit au moins convenir qu'il y en avoit i sages, puisqu'ils n'avoient rien signé, et il en convi en bonne compagnie. On ne rentre que lundi prochaii

Les copies du Mémoire se multiplient infiniment, et ne manquera pas d'être imprimé en décret, qui feroit i grand désordre s'il paroissoit publié avant l'accomm dément de l'affaire.

Je ne sais quel plaisant s'est avisé de faire une espè> de parodie de l'arrêt en faisant un Jugement d'Apolh contre une pièce [le Prince de Noyay) du Théàtre-Françc qui vient de tomber; on s'est servi des mômes termes c l'arrêt assez artistement rangés; mais cet auteur basti lable n'a pas pensé que si la pièce qu'il condamne e mauvaise en vertu des termes de l'arrêt, celle condamne par l'arrêt est mauvaise aussi, et ainsi il a travaillé conti son but; il uest point du tout tempsde rire d'une affaii si sérieuse.

Il paroit une calotte affreuse contre l'archevêque è Paris, la poésie en est forte et bien rimée, mais c'est d vrai dithyrambe ; le brevet est du premier maître d'hôt du régiment.

Vous savez sans doute la rétractation publique du d( funt archevêque de Sens, qui est mort fidèle à la Const tution en présence de son chapitre et de son clergé. Ce! a fait grand effet, il y a eu d'autres rétractations depui: L'archevêché n'est pas encore donné. M. Tévêque d'Ail ( Hontmorin ) y a grande part.

Les MoutelUs ecclésiasfiques vont toujours et ne soi point découvertes. On y a donné une longue Relation à huit pages, de la destruction des communautés de Sainte

LtTTUi; XLVIU'. I8ï

Barbe; on n'y a pas oublié un mot de tout ce qui a élë dit et pensé, et on est toujours surpris de leur correspondance sAre et de leur hardiesse.

Je vous fais mon compliment sur M. le nonce Passio- Dei; il tient le grand chemin du cardinalat, et il le mérite hien. Que sait-on si de plus ^ands honneurs ne lui sont pas destinés? J'aimerois bien être l'airi d'un pape, et comme il est le vôtre, il pourroit bien être le mien. Que dites-vous d'an pareil songe?

L'ancien évéque de Beauvais, Saint-Aignan, ne s'étant point corrigé ni au noviciat ni au séminaire, a été relégué à Clteaux par lettre de cachet ; il s'en est moqué et n'y a point obéi ; il y a été forcé par un ordre d'en haut : un major des mousquetaires noirs et un autre mousquetaire le conduisent à Clteaux, et s'il avoit fait résistance, ileùtétéenlevépar quatre raousquelairesde force. Cependant son frère H. le duc de Sâiut-Aignan va à Rome ambassadeur, et il pourra peut-être négocier là pour lui quelque indulgence. Je l'entends au figuré, crainte de simonie.

J*ai relu l'ilcti aux Réfugiés ; il faut se crever les yeux pour ne pas voir qu'il est de Bayle et qu'il ne peut jamais être d'un autre ; je ne sais comment il a pu le nier, mais je crois qu'il y alloit de la vie, et otniûi est homsta ralio expedienda salutis.

Je n'avois point été à la Comédie depuis dix ans ; on m*y a entraîné et j'ai vu au Thé&tre-ltalien une pièce inlitulée : LeTriomphedt l'Intérêt, qniesten versfacile5,simpies et grands en même temps, il y a des portraits frappés et un peu trop reconnaissables; c'est un Molière naissant. L'aventure du juif et de l'actrice de l'Opéra y est jouée émerveille; digne sujet de comédie, et tel que je ne crois pas qu'on ose à présent suivre le procès commencé. Notre ami H. Bernard a eu le crédit de MtB Atfic ane scène que tout le public lui appliquoit; Voi im j«une homme de dix-huit ans qui sent ufM

dit qu'en vers il ne craint ni Arouet ni les autres et que la conduite lui viendra.

Il y a une dispute à la Cour^ entre les dames du palais de la Reine et H*' la maréchale de Bouliers, qui a dit à If de Montauban qu'il n'appartenoit pas à mademoiselle de Mézières de lui contester sa place.

Il faut avoir la nouvelle Requête du prince de Ligne au Roi : toute l'affaire y est expliquée simplement et on voit nettement que M"* de Mézières est une friponne.

Lettre XLW.

25 ooTembre.

L'accommodement n'est pas encore fait, on y travaille; cela finira par un écrit court dont H. le Chancelier a dit verbalement la substance et auxquels les avocats travail^ lent. Si vous avez vu leur premier écrit, vous trouverez qu'ils ont eu bien de la peine à se tirer des loiê qui sont des contentions, etc., et à développer cette proposition po* pulaire qui n'avoit que faire du tout dans la Consultation et qui n'étoit point dans celle de 1718.

J'ai parcouru le gros livre de M. Bossuet sur les quatre propositions de 1682. La table me présente un ouvrage immense, mais la langue m'a paru africaine, et je pour« rai bien attendre qu'il soit traduit pour le lire. Outre qu'il y a quantité de fautes d'impression. Je n'ai pas encore vérifié la citation sur le petit nombre parce que je n'ai pas le livre chez moi.

Lettre U.

A Paris, ce 4 décembre 17S0.

L'arrêt du 25 novembre, qui sans doute vous aura ét^ envoyé, Monsieur, vous a appris comment l'affaire a fini,

et est une matière à bien des réflexions ; cela s^esl terminé par une conférence du 2k au soir à Marly entre M. le Cardinal d'une part, et M. Normant et H. Julien de Pru.nay pour les avocats. L'arrêt a bientôt été crié, dans les rues autant que Tautre^ et Tordre a triomphé. Dans le fond^ il n^y en avoit pas un seul qui eût de mauvaises intentions^ et^ comme vous dites fort bien^ c'est un jargon qui s'est répandu et dont on n'a pas fort examiné le sens. A Tégard de ce que porte la déclaration sur le pouvoir spirituel et sur la juridiction extérieure des ministres de TÉglise^ ce n'est qu'un avis et non pas une loi. Votre dernière lettre distingue deux portions de juridiction , Tune du droit divin, l'autre qui vient de la concession des souverains ; mais la question est d'assigner ce que chacun doit avoir dans son lot, et si l'appel comme d'abus ne va pas seulement sur la forme de l'exercice, mais encore pour réprimer la trop grande étendue dé la première portion. Voilà la querelle de Pierre de Cugnèresrevcnue. Le premier chapitre du deuxième tome de M. Fleury de son Institution du droit ecclésiastique abrège assez bien cette matière, qui va faire du bruit> car on vient de me dire que les évèques font demain unedéputation générale au Roi pour remontrer leur droit et leur juridiction contre l'avis de la déclaration insérée dans l'arrêt. Le public n'est pas fâché de voir courir les évèques après qu'ils ont fait courir les avocats.

On dit à présent que la mort de H. Parchevêque de Sens ne s'est pas passée comme on l'a dit , mais qu'il a fait lire un petit écrit où il déclaroit qu'après avoir examiné la Constitution, il avoit trouvé qu'elle ne contenoit rien d'essentiel à la religion, que les deux opinions pouvoient être soutenues, et que le salut étoit dans les deux partis. L'écrit qui devoit être brûlé n'a été que déchiré, et on en a les morceaux. 11 arrive de là que le moliniste et le janséniste ne tirent point fruit de cette mort.

Il est plaisant que H. de Beauvais ancien soit enfermé

186 COBUESPONDANCE INÉDITE.

à portes ouvertes. La clôture que vous lui donnez est më veilleuse, et il n^auroit pas fallu de mousquetaires poi l'y mener.

M. de Chirac est premier médecin ; cette nomination frustré Tattente de bien des gens, et la Faculté de Paris, qui cette récompense échappe, quoiqu'elle soit le gran objet de ses désirs, ne doit pas être contente ; mais Chin est regardé comme un nouvel Uippocrate à qui tout do céder.

Le nouveau Molière s'appelle Domignies, il est de Moi en Hainaut, c'est M. Tabbé Dubos qui me l'a nommé , qui m'a en même temps bien prié de vous faire ses cou pliments lorsque je vous en écrirois, et je m'en acquitt

Je vous envoie la calotte contre l'archevêque. On d qu'il y en a une contre M. le Chancelier beaucoup pli affreuse; les poètes satiriques, qu'on croyoit morts, ressu citent dans les temps de troubles. Les Nouvelles jccléda tiques ne meurent point, la dernière parle de l'affaire d< avocats. Le chevalier de Sabran, qui a été jouer aux éta de Bretagne et tenir le jeu de M. de la Trémouille, a é1 tué pour une querelle à ce jeu par le chevalier deKéravi (1 On peut bien dire : qu'alloit-il faire dans cette galère î 0 commence à plaider jeudi au grand rôle la cause de.M"« d Sainte-Maure sur l'appel de Tappointement ordonné a Chàtelet dans sa séparation.

Lettre LV.

A Paris, ce 7 décembre 1750.

Voilà, Monsieur, la réponse de M. Desmaizeaux à voti lettre, où vous verrez qu'il a dessein de corriger la VU mais je crois qu'il la doit laisser en l'état où elle est; vous parle de la dissertation sur Vahallalius qui est goût^

(1) Voy. Mémoire» de d^Argenson,

LErrilE LP. 187

par les connoisseurs en Angleterre et vous fait une question qui peut ne pas venir de lui. Je n'ai pas le tome des Nouvelles littéraires où spnt vos deux lettres au P. Oudin^ je n'en ai que neuf tomes et croyois tout avoir. Il me dit que Bukley ne nomme personne dans la lettre angloise et ne me parle point de la traduction françoise de cette lettre. On imprime actuellement la Table des matières des œuvres diverses de B. qui est fort longue^ et il y en a encore pour environ deux mois. Sur la Pancharis de Bonnefond (ju'il veut faire réimprimer, il ne dit rien de ce qui est dans le Ménagiana de H. de la Monnoye^ tome 2, page 369, etc., j'ai aussi une lettre de M. de la Honnoye qui est reliée avec ma Pancharis que je pourrai lui donner.

Vous avez dû faire bien des réflexions sur Tarrèt du 23 novembre. Nous ne sommes plus rebelles, mais les évèques disent que nous sommes hérétiques, et sur cela voyez VAvis aux Réfugiés (page 187, Paris, 1692), qui dit que quelque piété qu'ayent les monarques, ils souffrent plutôt les hérésies qui ne regardent que la religion, que celles qui regardent leur autorité ou leur personne, et il est plus certain, dit-il, que celles-ci sont plus capables de troubler le repos public; il cite une remarque singulière de M. de Ne vers contre Tempereur Charles-Quint, qui déposséda, en 1552, à Augsbourg trois ministres protestants, parce qu'ils médisoieut de lui et laissa tous les autres ministres prêcher et médire de Dieu selon leur fantaisie; il ne cite pas Tendroit où il a pris cette remarque.

Cette accusation d'hérésie va produire d'autres écrits sans fin. Les satiriques écrivent plus que que jamais. On A^oit une calotte contre M. le Chancelier qui est affreuse; on le fait garde des sceaux du régiment et on y purle de ce qui s'est passé au lit de justice. Il y en a une autre contre H. de Nîmes, et bientôt tout sera calotin, si l'on B^arrétepas cette fureur qui dépasse toutes bornes; les auteurs ne seroient pas difficiles à découvrir si l'on s'en

tSS CORKKSPONDARCE 1>ÉD1TE.

donnoit la peine^ car cela ne peut rouler que sur trois ou quatre personnes.

On m'a dit que Voltaire avoit encore donné en Angleterre une édition nouvelle, corrigée et augmentée^ de son poème de la Ugue. Son Brutus va être joué, et il y aura de beaux vers. On a gravé le portrait de la Le Couvreur et on y mettra un quatrain françois au bas assez mauvais; on a aussi gravé un tableau de V Amour précepteur j qui est de Coypel et qui est dans le cabinet de H. de Morville; l'Amour^ qui est accoutumé d^ètre nu^ est fort embarrassé dans ses habits, il a le visage beau ; ses élèves ont plus les yeux sur lui que sur le livre quoique ce soit VArt (T aimer. Cela n'a pas Tart antique, il n'appartenoit qu'aux modernes d'habiller l'Amour et de couvrir sa nudité.

On a habillé Jésus-Christ en jésuite sur une apparition espagnole, sur quoi on a fait ce quatrain :

Admirez TartiGce extrême

De ces moines industrieux,

Ils vous ont habillé comme eux,

Mon Dieu, de peur qu'on ne vous aime.

M. Bernard père a eu un brevet de conseiller d'État pour les services qu'il a rendus, et pour son grand désintéressement!; ce sont les termes du brevet. Le même jour, M. de Montmartel a été rétabli dans sa charge de garde du Trésor royal.

J'ai entendu aujourd'hui la première audience de la cause de madame de Sainte-Maure. M. Cochin a très-bien plaidé.

Lettre LIV.

A Paris, ce ao décembre 1730.

La Requête des avocats du Roi est imprimée avec les noms de 252 qui Tont souscrite, et dont le nombre a été réduit dans Tarrèt du 25 novembre au bâtonnier^ qui a

LETTRE Lir. 189

signé pour tout Tordre. La proposition des lois qui sont des conventions est expliquée dans Tarrêt en disant que le Roi est le seul souverain législateur dans son royaume^ ce qui ne se trouvoit pas dans la profession de foi de la requête : et pour ce qui est de l'autre proposition , quMl n'y a aucune personne pour juger au-dessus des arrêts delà cour^ elle paroit bien expliquée en disant que les Parlements ne tiennent que du Roi Tautorité qu'ils exercent. Hais il y a un mot en parenthèses dans une des Nov^ velles ecclésiastiques qui explique mieux ce sens, qu'il n'y a personne (dans r Église) pour juger au-dessus des arrêts de la cour. Tant y a que Ton est content à la cour, et on y est si content que les avocats ayant fait une députation de huit d'entre eux au cardinal ministre, il les a reçus à merveille et leur a dit de la part du Roi que S. H. les assure de sa protection royale y et que s'il pouvoit, lui, ajouter quelque mot à cette autorité, il les assuroit tous d'une parfaite considération, et il a dit en sortant à son audience : Voilà des hommes! 11 lesauroit même retenus à diner, maisilsétoienthuitetsa table n'est que de neuf. Dites après cela que nous ne sommés pas bien à la cour; il est vrai que nous ne sommes pas si bien avec lesévêques, qui nous disent hérétiques, mais nous nous défendrons bien. MH. les cardinaux de Rohan, de Bissy, ont remis M. le Cardinal dans leur parti sur cette accusation qu'ils ont portée au Roi, et le Roi a répondu que cela s'étant passé dans le diocèse de Paris, il falloiten conférer avec M. l'archevêque, de sorte qu'il doit venir en cour pour cela, et on dit qu'il tient déjà tout prêt un mandement terrible, |e ne sais contre qui; du moins l'auteur de la calotte doit être bien foudroyé. Le Parlement, de son côté, n'est pas moins vigilant : à l'occasion d'une assemblée des chambres on a parlé des évocations si fréquentes des appels comme d'abus 'et autres affaires, et il a été arrêté <iu'il en seroit fait remontrance au Roi, et sur ce que les remontrances contre la déclaration du lit de jus-

190 CORRESPONDAISŒ INÉDITK.

tice ont été défendues : il a été aussi question de la proposition de H. de Nîmes, qui a dit que le règne du Roi est fondé sur la catholicité. Il y a eu bien des voix pour les remontrances. H. le P. Rolland a ouvert Fa vis que cette proposition étant dans une harangue faite au Roi^ à qui on savoit qu'elle n^avoit pas plu et qui s'en étoit plaint^ il n'y avoit qu'à en parler au Roi par forme d'audience et de conférence et par une espèce d'adhésion^ et lui faire entendre que la lettre d'explication de H. de Nimes à ce sujet au cardinal ne paraissoit pas suffisante parce qu'elle n'étoit déposée dans aucun lieu public. Cet avis qui est sensé et même poli l'a emporté, et on verra quel en sera le fruit. 11 y en a qui prétendent que la harangue étant faite à la tète du Clergé doit être expliquée par le Clergé. Nous voilà au temps des explications et des éclaircissements : la Sorbonue s'est alarmée dans ses supplications, le Clergé l'a fait dans sa lettre au Roi, les avocats dans leur déclaration; H. de Nimes en vient de faire autant et on veut qu'il en fasse davantage. Si on s'expliquoit bien et nettement^ il nefaudroit point tant s'éclaircir^ et il semble que l'Académie françoise devoit intervenir dans ces contestations pour juger toute cette tracasserie politique, comme dit Montaigne ( par exemple, le Règne n'est pas le royaume, c'est le gouvernement, et on m'a dit que M. de Nîmes se justifioit ainsi par sa lettre que je n ai pas encore vue. C'est donc une difficulté de Grammaire), mais il ne faut pas oublier que dans cette assemblée de chambres, il a été rapporté un bréviaire imprimé à Lyon et où est insérée la légende de Grégoire VII, il a été remis entre les mains des gens du Roi pour faire exécuter l'arrêt qui l'a déjà condamné et conclr.re contre l'imprimeur.

Au milieu de toutes ces grandes opérations, voilà une nouvelle Consultation du 10 juin 1730 donnée à la fia du 31émoire des cent docteurs de Sôrbonne exclus, qui devoit être distribué pour la défense de leur cause lors« qu'elle étoit au Parlement et avant l'arrêt d'évocation du

LETTRE LUI*. 19 ï

13 juin; il n'y a donc rien de nouveau que Timpression de cette deuxième partie du Mémoire, car la première avoit déjà paru signée de M. de Blaru. On aurqii pu se tenir & cette signature, mais le torrent Ta emporté. Ce Mémoire mérite d'être lu, il est écrit avec beaucoup de modération et de force et ne sera pas indigne de réponse. Je ne veux pas vous laisser ignorer une chanson sur le duché que poursuit H. d'Agénois.

Sur Tair des Pendus.

Ud paysan dit à son fils :

On se fait duc par les Contis (1) ; Une aveugle et vieille grand'mère (2) Nous reste encor, cherche à lui plaire Tu le seras, mon flis Pierrot (3), Comme le Blanc et Fignerot (4).

( Saint-Évremont. )

M. de Marimberg n'est pas rayé, ni H. Daumart non plus; mais on ne veut plaider ni consulter avec ce dernier, et on le veut forcer à quitter.

Lttlre LIIV.

k Paris, ce;so décembre 1750.

La lettre de H. deNtmes est assez bien faite, il a trouvé dans d'autres écrits de quoi justifier ses expressions, et avec cela on peut tout dire et tout écrire, sauf les occasions d'éclat où on doit s'attacher à une expression claire et non équivoque. La calotte de cet évèque est abominable; je suis bien aise de vous entendre dire que celle du

(1) C*est-à-<lire les princesses de Conli. ( Note de Marais. )

(2) C'est la fille de M. le prince Henri-Jules, qui n'a point encore procuré de duché à personne. (iV. de M.)

(3) C'est M. de la Vallière. (A. de M.)

(4) C'est M. d'Agénois. (iV. de M.)

chef de la Justice mériteroit une punition exemplai mais ce sont à présent les jeux des poètes. J'aimei bien mieux leur voir gâter la scène par des Brutus iî de Clélie ou de Calilina qu'on nous promet en 7 ad que non pas exercer leur style furieux dans des sati qui ne peuvent causer que l'indignation.

Le fait du Bréviaire de Lyon est très-croyable, puisi le Bréviaire môme a été mis entre les mains de MM. gens du Roi. Tout est possible en ce temps-ci. "On ^ une estampe de la destruction de Sainte-Barbe où le C dinal et l'Archevêque ont à leur tète un héraut exécute leurs ordres; le cadre est orné de devises saci et en bas est une inscription latine en ces termes :

Fracta pietatis incunabula Schola veritatis eversa Domushostibus tradita.

VII oclob. MDCCXXX.

Vous pouvez croire que le nom de Tinventeur et graveur n'y sont pas, mais le tableau est joli, et il faut pas oublier qu'on voit en haut les portraits HH. Gillot et de Rieux qui font les deux coins du carré une petite devise de VExil qui représente Notre-Seign fuyant en Galilée, avec ces mots : Princeps exulum.

Avec cela, qui ne courroit après l'exil. Les connoisse trouvent cette estampe un chef-d'œuvre.

11 y a un écrit intitulé : Avis aux Fidèles de Pa dont le style est éloquent, élégant et même lumineux, après avoir examiné les différents caractères des con: seurs molinistes, acceptants, par système, par ignorar par faiblesse, par politique, par indifférence, etc., et a^ montré les périls prétendus de ces directions, l'aut conclut tout doucement à communier du tout. Je ne : qui est ce dévot auteur, dont le style bien critiqué pc roit être facilement reconnu, et ce seroit matière ac£ mique.

LETTRi: LUI*. IS3

A propos de TAcadémie, M. de Ramsay, qui en a été exclu, s'est jeté d'un autre côté, et il vient d'être nommé gouverneur du petit duc de Château-Thierry, fils de M. de Bouillon, avec 3,000 livres de pension. Ainsi quand nous voudrons élever nos jeunes seigneurs françois, l'Ecosse est tout ouverte et nous y retrouverons un séminaire de gouverneurs et de précepteurs, ce que M. Rollin a bien oublié dans son livre. Je ne connois point le nouveau recueil de Saint-Evremont, je le crois dès à présent supposé, puisque M. de Saint-Evremont avoit travaillé lui-môme à la collection dernière de ses ouvrages, qui a été donnée par M. Desmaizeaux en Angleterre (voyez la Préface de H. Sylvestre sur le Saint-Evremont de Londres, auquel il a travaillé avec Desmaizeaux), personne ne peut mieux vous instruire que lui du mérite de ce nouveau recueil ; il y en avoit autrefois un ancien où on avoit mis une longue pièce de la ConsuUalion à Olympe y et c'étoit une pièce d'Hénaut, poète, et qui est imprimée dans ses ouvrages. Je ne crois pas impossible que Saint-Evremont ait rejeté quelques pièces indignes du public, mais dès qu'il les a rejetées le public ne les doit plus avoir.

J'ai entendu dire du bien de la Lettre sur Baron et la Lecouvreur; quand cela ne serviroit qu'à conserver la mémoire des grands comédiens qui ont excellé dans leur art, il faudroit toujours l'avoir.

On vient de me dire que la 2* partie est très-bonne et contient un jugement non-seulement de Baron et la Leçon vreUV, mais de tous les comédiens vivants ( brochure, 12').

Je ne sais ce que c'est qu'un roman nommé Rosalinde, traduit de l'anglois, imprimé au Louvre, dont on n'a tiré que quelques exemplaires, qui a été supprimé sur-lechamp, et qui est orné de vignettes, cadres, figures et autres ornements fort chers.

Vous verrez que c'est Vouvrage de quelque Ramsay, où sera couvert cabalistiquement l'art d'élever les jeunes

seigneurs françois à rangloise. Je n'en ai entendi qu'à une seule personne. J'enverrai chez H. Tab livet et vous en dirai des nouvelles. En aitendan jûeur, je vous dis bonjour et bon an^ et vous pi cepter mes tendres et respectueux sentiments. M d'Olivet est délogé, et demeure auprès de Saint-R ai envoyé, on ne Ta pas trouvé.

Le Golombat de 1731 est augmenté d'une liste < dinaux, où on trouve H. le cardinal de Fleury^ né le 1655; lesalmanachs d'Italie mettent une autre dî a faute d'imprei^sion daiis Tun ou l'autre. L'abl dry se pourvoit en cassation contre Tarrët qui ] de tous ses bénéfices^ et le Clergé se joint à lui. Le a raison de prévenir ce. cas où il peut tomber.

M. de Gouss£^inville est mort & Auteuil. C'est ui: perte pour la magistrature, et pour sa famille^ et ] amis. .Je le pleure véritablement. Le colonel quit dragons^ reprendra la charge qui depuis si Ion est dans^a maison,^ et le régiment ira au chevaliei Tarrangemen t public .

La vingt-unième lettre du Nouvelliste continue à les Notes de L. Lenglet sur Marot. La fable de l's Grécourt est assez mal placée dans le Parnasse; e à l'obscène, et ne convient pas à celui qui vient < prendre les licences du Lenglel. Cela a grand coui est bien aise de rire à si bon marché. Avez-vous i Mémoires d'Aiguillon ? .

ANNÉE n5<

Lettre F'.

A Paris, le 12 janvier 1751.

Je n'at j^oint vu, Monsieur, la Calotte contre les avocats nî l'arrêt dont vous me parlez; je sais seulement par notre pofite de Chartres, qui m'envoie de temps en temps de ses ouvrages, qu'un père Dolu, jésuite, qui est à Chartres, y a lu cette Calotte, dont il est l'auteur, et qu'elle n'y a pas été approuvée : c'est cela qui aura passé à Paris ; je la chercherai avec l'arrêt pour réparer les fautes de votre copie.

Favier étoit Tavocat de M. Tencin depuis le concile, et il y a 7 ou 8 lettres de lui à ce sujet contre M. Aubry; elles ont été imprimées et regardent l'affaire de la simonie, dont Tarrét a été inséré dans les Actes du concile d'Embrun .

Haunoury est un autre avocat qui a plaidé pour les jésuites dans l'affaire des tableaux, qu'ils ont perdue.

L'estampe est fort courue; on a arrêté quelques graveurs, mais on ne tient pas le véritable.

Je n'ai pas encore vu la comédie de la Femme docteur; on me la doit apporter aujourd'hui, et je suis bien aise de savoir les particularités que vous m'apprenez, cela est réjouissant pour les spectateurs. Il y aune antre pièce de près de 600 vers, qui est un Compliment des habitants de Sarcelles à M. l'archevêque, sur ce qu'il leur a ôté leur curé qui étoit janséniste et leur en a donné un bien plus commode, qui n'est pas un brûleur de cire, qui dit de courtes messes, qui laisse danser les filles, etc.; elle com-

inence : Bonjour y monseigneur Venir emil le.,., ii y a mil choses plaisantes en langage de paysan , et cela finit p une longue histoire de Madame Constitution- Geniti pleine de traits, et de son Compère le Formulaire , où < reconnolt le compatriote de maître François et le to d'esprit de son Philotanus; il faut mettre cette pièce da le Trésor poétique des Jansénistes, et je vous assure q vous y rirez de bon cœur, disant toujours avec le b Horace : Ridiculum acrî, etc.

On tient sur les fonts notre confrère Marinberg : hi des 40 examinateurs examinent son procédé, que Von tie avoir été très-mauvais; il a pensé brouiller tout not ordre et peut-être tout le royaume, il pourra bien m pas être rayé du tableau , mais n'être pas compris da; le tableau que Ton fait actuellement. 11 est certain qi les ko n'avoient signé d'abord que la Consultation < 1718 et même sur un exemplaire de cette Consul tatioi mais sous prétexte d'un duplicata on a fait la surpri qui a fait tant de bruit.

Ce que vous me dites du Ramsay est singulier; il est < tous les partis, pour le roi et pour la ligue, et il poun bien à la fin venir à l'Académie.

On parle d'une nouvelle consultation de 15 avocats si la juridiction ecclésiastique intérieure et extérieure, c à Toccasion d'une question d'interdit on a expliqué toi les principes de cette matière, et on dit qu'elle a été mi; entre les mains du cardinal qui la doit montrer ai évèques.

M. l'évèque de Luçon nous a déclaré hérétiques dai un mandement qui se débite ici et que je n'ai pas vi M. d'Embrun en a fait autant , il n'est pas de nos ami Inimici facile mentiuntur.

11 y a un poCme épique sur la Calotte qui se débile ai spectacles, je ne sais si on y trouvera l'institution de • régiment.

Le roi dit dernièrement à Aymon : Voilà bien des c

LbriBE l-^". 197

lottes^ n'aurai-jo \^s aussi la mienne? et il lui répondit : Sire, nous vous guettons. Cette réponse a été trouvée bonne; aussi bien que celle de M. le garde -des-sceaux à un ministre étranger, qui lui parloitde Vdge du cardinal et de celui du garde-des-sceaux, qu'il dit être dans un âge florissant propre à tout espérer et à tout avoir ; il lui répondit : Monsieur, j'ai l'âge de M. le Cardinal. Il y a de beaux commentaires à faire sur un texte si court.

Je verrai les OEuvres posthumes de Saint-Évremont pour vous faire plaisir; j'ai vu la Lettre sur Baron et la Lecourreur,où il y a bien des faits singuliers sur les comédiens et quelques bonnes pièces de vers, cela est bon à garder; îl n'y est point parlé des comédiens vivants ; il faut que cela ait été retranché. La comédie du Triomphe de Vintiret a été imprimée sans permission , avec les scènes retranchées. Le Tapinois est M. Gaudion, qui a voulu être ^rde du trésor royal ; la banqueroute est mise sur le compte de B. Le mariage qu'on veut rompre est celui de la Duclos. On assure que l'abbé Desfontaines est caché sous le nom du petit auteur flamand.

Avez-vous la traduction des Lettres de Cicéron à Brutus et de Brutus à Cicéron [liber singularis)? il est dédié à M. le Dauphin. : il y a bien de la science, et de la critique^ et de la politique^ mais le style est dur, et il reprend sans façon Bayle sans lui faire la moindre petite excuse; ce qu'il dit sur Cléopàtre est curieux, mais Bayle dans l'article Tullius en dit bien d'autres.

On dit que le nouvel archevêque de Sens ne Test que par convention , qu'il ne fera rien sur la Constitution et qu'aucun évêque ne l'a voulu avoir à ce prix qui étoit la loi de l'enchère.

M. le prince Charles s'est fait une petite brûlure au pied ; aussitôt sont accourus les Chirac, les La Péronie; ils Tont déjà fait saigner trois fois^et mis au riz et à

198 CORRESPONDAINCK INÉDITE.

Teau y ils ont craint quelque tumeur intérieure y mais il est bien y et cela me console beaucoup.

Je viens d'apprendre que M. Tévèque de Senez est mort à la Chaise-Dieu; voilà une nouvelle face des choses.

On vend un roman dilmfee ti Pélasie, dédié au marquis de Nesle^ et Ton dit dans VÈpilre qu'il est familier avec toutes les vertus. M. de Souvré, qui avoit loué ce livre comme on en loue pourlire, l'a rendu au libraire et a cet endroit on a trouvé écrit de sa main : La familiarilé engendre le mépris.

Lettre 11\

A Paris ce 23 Janvier 1751.

Depuis ma dernière lettre^ Monsieur, on a été dans de grandes alarmes sur la santé de H. le prince Chcu^les, et on ne parloitque de grandes opéra;tions; mais tout d'un coup la nature a changé; nous sommes revenus delà mort à la vie et le ciel n'a pas vou]u nous ôter un prince si bon^ si vertueux^ si vrai^ si simple et qui fait Thouneur de la Cour. La douleur et la joie ont été extrêmes , et vous pouvez juger ce que j'ai senti dans ces deux états ; il me demanda hier si je recevois toujours de vos nouvelles, et je lui lus un petit coin de votre dernière lettre qui le fit rirc^ et il me fit pour vous. Monsieur^ tout^ sortes d'honnêtetés. J'ai l'honneur de le voir tousles soirs, de souper dans sa chambre avec compagnie choisie, et là nous disons de bonnes choses et de gaies pour le réjouir ; il est tout à fait hors de danger, et il sera debout dans 15 jours à ce qu'ont promis H. de Chirac et M. de la Peyronie.

H. de Senez n'est pas mort et n'est pas encore danç le Nécrologe de Port-Royal , où on lui garde une belle place^ que je crois qu'il ne se pressera pas de remplir 3i tôt.

te ne vous ai pas dit que le po€te de Chartres fit des C^^ilottes; il ne se mêle point de cela du tout; il m'a seulement parlé de celle du P. Dolu^ qui avoit fait bruit à Cbartres ; ce qu'il m'envoie sont des lettres en vers qu'il éc^rit à H. de Lasséré au Temple et à M. le grand prieur; il est d'ailleurs toujours aussi hargneux qu'il étoit, et Tavez bien nommé.

Je n'ai point vu la calotte ni la contre-calotte des avon is; cela échappe aisément au n)ilieu de tant d'écrits

on est accablé.

Vos remontrances ont été mal reçues; le Roi a été sur-

is qu'on parlât encore de la déclaration du lit de jus-

"•^•^^^ et a imposé un nouveau silence sur la harangue de

- de Nîmes; on a dit qu'ayant été faite au Roi qui en a été

isfait^ personne n'y poùvoit trouver à redire. Sur les

"^^c^sations , il a été répondu qu'elles étoient devenues

lires à cause d'un certain esprit de parti qui s'étoit

issé dans les jugements des matières ecclésiastiques et

■• les appels comme d'abus; le roi s'est réservé de ren-

'yer au Parlement celles qui seront jugées convena-

■^l^s : je n'ai point vu les remontrances ; elles ont été te-

^^^^Mes secrètes; on n'en parloit pas comme d'un bon

vrage, et je ne puis en aider M. Fleutelot, que je

ains d'être chargé d'une pareille commission dans

*^^^tal où sont les choses. Il y a un écrit de M. deSenez,

'^it il y a un an ou deux , au sujet des évocations , où il

y a d'assez bonnes citations tirées des ordonnances et

^titres actes publics.

Le mandement de M. de Lucon est bien écrit; cela sent )e Bussy, le Pellisson , le Fénelon; il s'explique bien sur la légende et sur la matière de TÉglise^ et comme cela k est très-poli et même tendre, on en a été assez touché;

^ sauf le contredit théologique. 11 n'en a pas été de même

B du mandement de H. d'Embrun contre les avocats; on ^ ne le voit ici qu'en manuscrit , parce que tous les exemplaires imprimés ont été supprimés et portée èi, la Bas»

200 CORRESPONDANCK INÉDITE.

tille. C'est l'ouvrage d'un déclamateur furieux qui ne voit plus rien, et il en doit être bien honteux à présent, qu'il voit l'arrêt du 25 novembre, dont il n'a point parlé dans son mandement, qui est du 16 décembre. S'il ne le eonnoissoit pas, il devoit attendre la fin de l'affaire; s'il le connoissoit, c'est une imposture; mais il a toujours frappé son coup, qui ne lui sera pas inutile à Rome, et pour moi, comme il prend la qualification d'assistani au trône pontifical, je voudrois qu'on lui donnât l'archevêché de Bénévent, qu'on vient d'ôter au cardinal Coscia par une petite procédure raonitoriale assez abrégée. Cela vaudroit bien celui d'Embrun et il tiendroit là des conciles tant qu'il voudroit ; il pouvoit épuiser toutes les qualifications des practiciens des officialités, mais de dire que les consultations sont de honteux suffrages et une ressource méprisabley il n'a trouvé cela que dans le style des harengères dauphinoises. Quand je lui conseillai, la veille de son jugement de simonie, de ne point se désister, de crainte d'encourir la perte de ses bénéfices, il ne trouva pas ce conseil si honteux et si méprisable, et il s'en trouva bien.

Le mandement de M. l'archevêque de Paris tient compagnie à la Bastille à celui d'Embrun; il n'a point été publié et on ne l'a point vu.

Vous aurez du plaisir à lire la traduction des lettres de Cicéron et de Brutus, et les remarques qui sont savantes, mais je ne sais que vous dire; j'entends mieux le latin de Cicéron que ce françois-là^ où toutes les grâces du latin sont ôtées. Je ne connois point les lettres de Brutus dont vous parlez, et qui ont été données par H. Etienne; je ne les trouve point dans la Bibliothèque latine de Fabricius ; je trouve bien cinq lettres dont trois de Cicéron et deux de Brutus dans le Cicéron de Godefroy, et qu'il dit avoir été imprimées en Allemagne, et ces cinq lettres n'ont point été traduites par notre nouveau traducteur, qui apparemment lésa crues supposées ; toutes ses remar**

LKTraE JIF. 201

ques tendent fort au pyrrhonisme historique sur bien des faits.

L'histoire du Jésuite provençal fera du bruit, je la savois, mais je ne la croyois pas en justice ; je vous exhorte à avoir ces lettres et à me les communiquer. Les Nouvelles Ecclésiastiques n'en ont pas encore parlé ; il y en a déjà deux de 1731(1).

La première donne un extrait d'un mandement de H. d^Arles, qui est d'une folie parfaite; la 2* donne l'abrégé de l'Avis aux fidèles, mais par malheur il a été brûlé par arrêté, et voilà le 2Mome de M. d'Embrun.

Le mariage de madame de la Vrillière est non-seulement accroché mais rompu tout à fait ; elle cherche un autre duc et lui une autre femme qui veuille être duchesse.

Lettre IIP.

A Paris, ce 2 février 17S1.

L'Afrique n'a jamais tant porté de nouvelles, Monsieur, que nous en avons ici depuis huit jours. Arrêt du 29 janvier avec un beau plaidoyer de M. Gilbert qui supprime V Instruction pastorale de M. d'Embrun et son Mandement contre les avocats, et ce même arrêt condamne au feu une lettre de l'ancien évêque d'Apt à M. de Montpellier, où il a reparlé de son appel du Roi mineur au Roi majeur (qui* était du l" juillet 1718 et qui fut brûlé

(1) R A-t-on parlé, écrit Bouliier le 20 janvier 1731, dans les Nouvelles ecclésiastiques, de ce jésuite de Toulon à qui on fait actuellement le procès pour avoir, dit-on, abusé de sa pénitente, jeune demoiselle de dix-huit ans fort jolie. On me mande de Provence que la chose est fort sérieuse, qu'il y a déjà quarante témoins d'entendus et plusieurs lettres du bon père de produites qui sont très-plaisantes. On me promet de me les envoyer. La petite fille a été mise dans un couvent par ordre du Roi , à ce qu'on dit. Autre événement, qui a bien fait du bruit, à moins qu'il ne vienne quelque ordre supérieur pour Tassoupir. V

par arrêt d'Aix du 20 décembre 1718). Je vous mets ces dates afin que vous soyez plus au fait. Ce même évèque avoit fait un mandement du 20 décembre 1717, contenant plusieurs déclarations sur la constitution , entre lesquelles il y en a une contre tous les arrêts passés et futurs, où il dit aux fidèles : qu'ils ne seront pas jugés sur les arrêtés du Parlement , mais sur les décisions de rÉglise y du Pape et de leur évêqae ; cela est à lire et sert de requête circulaire, ou protestation,, oa n^oyen d'abuser contre Tarrêt qui vient d'être rendu. C'est lui qui avoit trouvé de si belles choses dans Marie d'Agréda, et H. Gaufridi le lui reprocha bien lors de Parrèt, qui brûla son appel, où il parla noblement sur la minorité et la majorité, qui ne sont jamais dans l'enfance ni dans la caducité; revenons à H. d'Embrun.

H. Gilbert n'est pas plus l'ami de Monsieur de Montpellier que le sien ; il leur reproche à tous deux des extrémités. Cependant il nous apprend chemin faisant que la Constitution n'est point règle de foi ( quoique la déclaration du lit de justice dise le contraire ) ; ainsi en voilà pour tout le monde , et chacun peut prendre pour soi ce qu'il lui plaira. Pour nous autres avocats, nous sommes bien vengés. L'arrêt du conseil du 25 novembre n'y est pas daté; mais il est bien rappelé par la date du 16 décembre, qui est celle du mandement; enfin voilà un archevêque assez déshonoré et son formulaire d'injures bien contredit. 11 y a encore de lui une lettre au Roi , et une autre à M. d'Angervilliers , où il déclare qu'il va se séparer de communion avec H. de Montpellier, et ces lettres pourroient bien être brûlées si elles devenoient publiques, à la différence du mandement, qui n'est pas sujet à cette peine par les juges laïques, à cause du caractère. M. Gilbert le dit, page 12, .et laisse les voies de droit à ceux qui sont établis pour les employer de plus près. Que veut-il dire? faut-il un concile comme contre l'instruction de M. de Senez? Quelle voie de droit y art-U

LETTRE Ill«. 901

autre qu'un concfile contre un évèque? Le parlement n'en tint pas contre l'évéque de Senlis au temps de la ligue ; autre brûlure d'une lettre d'un magistrat à un évèque ^ où on se plaint de l'archevêque de Paris qui continue d'avoir communication avec ses curés^ quoique tous jansénistes et suspects , /Bt où on parle aussi de se séparer d^avec lui parce qu'il est trop tolérant : ainsi tout est schismatique ^ et on veut se séparer du moljniste comme du janséniste; à qui tiendrons-nous donc? Je n'ai vu ni cette lettre , ni l'instruction d'Embrun^ ni la lettre de Févèque d'Apt. . ,, ...

Le duc de Parme est mort : voilà bien une autre face d'afEàires et un autre schisme ; la reine d'Espagne , seule héritièrci ne va pas manquer de faire valoir ses droits^ et adieu tous les traités de .quadruple alliance de Vienne ^ Séville et autres. On parloit d'un ai^tce traité fait entre l'Angleterre^ l'Empire etl'EspagQe; mai^ cette mort ya tout changer, et les politiques n'ont qu^à brûler leurs Ijir vres et leurs matériaux j pendant iqiï'pn est dansletenups de brûler.

On vient de m'assurer que l'abbé d^ Sesmaisops , nommé à réyèché de Soissons^ a raté V^Vèché; la nomination est révoquée à cause de certaines notes qui lui sont restées des Jésuites, où il a été régent et qui ne sont point encore effacées: il y a des gens qui ont des registres de satire immortels , et même il y en a encore des vivants qui pourroient les, certifier. .

L'imprimeur Valfray> de Lyon, s'est ^s,-bien défendu dans ses interrogatoijre^ sur l'ajourneront personnel^ et il a montré clairement que le volume du bréviaire, qui est au greffe et qui est de l'édition de 1731, où se trpuve la légendey a été falsifié et qu'on y a inséré grossièrement la légende d'une autre édition qu'il a supprimée depuis Tarrôt; que cela se voit par les marques de l'impression et les caractères et les trous delà feuille insérée et que c'^ pne vraiç supercherie^ çoiftn)i3e par quelque en**

nemi ( qui sera bien honteux s'il est découvert ) . Le greffier Isabeau, qui a écrit Tinterrogatoire, n'a pu s'empêcher d'en convenir; cette affaire ne peut que bien tourner pour Valfray et mal pour les trompeurs.

On jugea hier à la Tournelle le différend de M. de Broglie et de M. de Mézièresfils. Le premier se plaignoit que le jeune officier Tavoit été insulter chez lui. Plainte^ information , décret d'assigné pour être ouï , appel par M. de Broglie comme de déni de justice, appel par M. de Mézières n'y ayant corps de délit. L'arrêt met sur les appellations respectives hors de cour; le jeune homme condamné aux dépens pour dommages et intérêts, défense de récidives, c'est-à-dire de plus faire peur à M. de Broglie. M. Cochin a fait un très-joli mémoire pour M. de Mézières, où le Broglie est bien turlupiné sur sa crainte et sa poltronnerie; il ne se croyoit en sûreté qu'avec un décret de prise de corps, cela vaut mieux qu'une calotte.

Le mémoire et l'arrêt même en peuvent servir de preuve.

Il y a des changements à la compagnie des Indes ; les commissaires du conseil sont 6tés et ses directeurs; mais on dit que le roi crée une cinquième charge d'intendant du commerce pour H. de Horas, qui aura le département de cette compagnie, et c'est un chemin pour le mener plus haut au C. G.

M. de la Jonchère est jugé; il a tout gagné ; il est rétabli dans son honneur et renommée; il n'y a plus qu'à lui rendre ses charges. Les Paris doivent être bien honteux de leur dénonciation, mais ils ont l'argent et faventur diis iratis .

M. le prince Charles est toujours de mieux en mieux; il vous rend grâces de votre compliment, et m'a dit qu'il faudroit être bien parfait pour mériter vos louanges.

La Gazette de Hollande annonce une traduction de H. de Thou, en françois, qui s'imprime actuellement

èLa Hayeet dont oa donnera un volume tous les six mois in-quarto. Que vont dire vos Anglois?

J'ai remarqué sur les évocations que le roi Louis XIV ayant évoqué à sa propre personne l'affaire des trois curés, par arrêt du 20 juillet 1715 , il y eut un autre arrêt du 28 décembre 1715 qui renvoya l'affaire au Parlement pour y procéder sur les appellations comme d'abus, etc. Je sais que c'est sous le temps de la régence; mais c'est toujours un exemple sur les appellations comme d'abus; ces arrêts sont dans le Mémoire des trois curés, 1716.

M. le Normant, avocat, est malade ; cela a interrompu les plaidoiries de M"" de S**-Maure; son maria publié un Mémoire de 80 pages en grand in-folio dont il est l'auteur; ce mémoire n'est ni le langage de la Cour ni de la ville y ni du Palais, et est plein de phrases de roman très-ridicules; le beau-père y est fort maltraité.

Lettre /P.

A Paris, le 14 février 1731.

Depuis les arrêts dont je vous ai parlé , il y en a encore eu un du 9 février qui a condamné au feu les cinq Nouvelles Ecclésiastiques de celit année, et cela est venude ce qu'ils ont critiqué le plaidoyer de M. Gilbert sur VAvis aux Fidèles. M. Gilbert a pris le parti du public en soutenant sa cause personnelle, et a fait un terrible portrait de ces Nouvelles; on a même renouvelé les peines d'une déclaration du 10 mai 1728, registrée au Parlement, et voilà les auteurs plus alarmés que des poursuites de H. Héraut; il y est parlé du récit des assemblées du Parlement, qui marque qu'il y a des gens qui trahissent le secret de la cour , et il y a quelques gens qui ont sur les doigts et qui ne s'en vanteront pas. J'ai encore vu des dernières Nouvelles depuis cet arrêt où le

mandement de M. de Locon n'est pas bien accommodé.

Notre archevêque vient de donner son Ordonfumee et Instruction pasterale contre la Consultation des M avocats. Cette ordonnance est du 10 janvier 1731 ; elle est longue et contient 66 pages in-qdarto; elle est très-sage^ très-modérée y savante, instruotive, et développe bien la matière de la juridiction ecclésiastique. A peine les avocats sont-ils nommés; ils ne le sont pas seulement dans le titre , et il parolt qu'on n'écrit que contre Tadteur d'un Mémoire y lequel mémoire est condamné comme contenant des principes faux, pernicieux, destructi£s de la puissance et de la hiérarchie ecclésiastique, erronés et même hérétiques. Il y a un passage de saint Augustin doùt on parait un peu embarrassé à la fin ; mais on l'explique bien, et il y a de la bonne foi dont on pourroit faire une objection. Je crois que nous allons encore voir bien des écrits et peut-être cela éclairerat-il cette matière si disputée.

Je n'ai pas encore à moi le Mémoire de M. de Sainte- Maure; quand j'en aurai un , je vous renverrai. On n'y fera point de réponses qu'en faisant imprimer l'enquête de la dame. 11 y a plus des trois quarts de ce mémoire qui ne servent de rien à l'affaire ; mais Paris s'en amuse. H. Normant a été malade, et cela a empêché la fin des plaidoyers. H. de la Neuville est là en mauvaise posture, mais c'est un pur roman qu'on fait de son dessein de marier sa fille pour lui donner un nom et finir par n'avoir point de mari et ne point payer de dot.

L'abbé de Sesmaisons n'est pas encore devenu d'évêque meunier, mais cela y tend, et les satires prennent cours et crédit. L'affaire de Valfray s'obscurcit ; on dit qu'il a envoyé toute son«édition en Espagne , avec Ja légende insérée, et que ceci est un tour qui l'embarrassera.

Ce n'est point le Duryer qu'on imprime , c'ea^t uoe traduction nouvelle, avec dés notes curieuses et historié

LETTRE iV^ 207

qiies^ et je ne sais comment nos Ânglios vont se tirer là. Tai donné votre lettre pour H. Desmaizeaux à de jolies Ângloises qui étoient ici et qui sont parties d^bier; elles sont jeunes et savent plus qu'on ne sait ici à 40 ans^ sans compter la figure aimable et lés noms les plus galants du monde. On dit Zulzy pour dire Suzanne, Betzy pour dire Élisabetb , et il y a des abrégés très-commodes pour se iiaire entendre en amour.

Nous attendons quelque grand événement dans les matières politiques. La harangue du roi d'Angleterre au Parlement nous y prépare. On ne sait si ce sera paix ou guerre, et on nous tient dans cette attente cruelle comme si c'^it chose indifférente.

On distribue ici un bel in-»folio de 400 pages bien relié , qui contient Texamen de la régie des vivres faite par M. de Fargis depuis 1719 jdsqu'à 1723; on ne fait pas là son éloge; il est à peu près traité comme un Tallouet; il demanda 12 millions pour le public et lui, et c'est lui au contraire qui les doit, ou en restitutions et billets rapportés après le décret, ou en autres natures, et le roi ne doit rien. Ce travail est immensei> et est l'ouvrage de H. Hocquart et de M. Berthelot de Duchy, qui ont été nommés pour soutenir les intérêts du roi dans cette affaire. H. Fargis a trois mois pour répondre, et va bien déranger tous ces calculs ; il s'y est engagé d'honneur à bien des amis.

. La compagnie des Indes ne cherche qu'à diminuer ses dépenses } elle subsistera toujours. On a i^trancfaé un abbé Ragnet, qui avait 12^000 livres par an comme aum6nier et vicaire apostolique. N'étoit-ce pas là un bon bénéfice? Vous savez>avant nous la mort de l'archevêque de Lyon; voilà deux bons morceaus;, Lyon et Fécamp. Le maréchal Dubow^g est mal, autre bon morceau ; à qui les donneronsnous?

: Un prince de Géorgie, voisin de la montagne d'Arrarath^<« promis à la czf^riné une relique de Tarche de

Noé; si cela pouvoit nous rajeunir ou prolonger notre ^*® y j'y aurois grande foi.

Lettre F^

A Paris ce 19 Tévrier 17SI .

Il y a ici^ Monsieur, bien des assemblées de mes confrères au sujet de l'ordonnance de H. l'arcbevéque de Paris. Les uns veulent appeler comme d'abus, les autres veulent sommer le prélat de déclarer quelles propositions sont bérétiques. Les autres veulent que Tappel soit fait par M. le procureur général; d'autres enfin ne veulent point qu'on fasse rien du tout ^ parce qu^en ne faisant rien la menace de Texcoramunication deviendra vaine, sauf à faire quelque bon ouvrage anonyme contre Tordonnance qui la détruira, et alors l'excommunication ne pourra tomber sur un inconnu ; il n^y a encore rien de décidé sur tous ces partis. Les livres sont amassés^ les matériaux prêts , foudre contre foudre, et voilà une belle dispute. Cependant Rome nous regarde faire et se pré* pare aussi de son côté à quelque éclat que nous ne crai^ gnons pas beaucoup.

Malgré Tincendie judiciaire des iVouve/Zes Ecclésiasli'' ques , il en parolt une sixième où est toute THistoire de la demoiselle Cadière et du père Girard de Toulon. L'Intendant, les juges ecclésiastiques, les séculiers ; le Par^ lement, tout a connu de cette affaire ^ dont on ne con* nolt pas le fond , mais qu'on devine bien, et la devise du révérend Père : Oubliez-vous et laissez faire sera bien remarquée parmi les bons compagnons. Le nouvelliste, peu scrupuleux d'ailleurs, Ta pourtant été assez pour ne pas vouloir donner la copie de deux lettres qu'il a; ainsi , en cas qu'elles vous viennent, gardez-les moi.

M. le duc de Châtillon épouse H"^ Boucha, qui lui donne la jouissance de cent mille écus et le fonds à

M. le duc d'Olonne^ son fils , sans compter 24,000 livres de renies pour la dépense de la maison, etc., moyennant quoi elle sera assise. Le marquis de Tessé n^a pas cru pouvoir se venger autrement de sa belle-mère qu'en lui faisant des chansons Ti faro canzone en voici un couplet.

Elle a donné cent mille écus Pour asseoir le plus vilain cul Qu*à la cour jamais on verra.

Alléluia.

Tai fait une courte réponse au long Mémoire de M. de Sainte-Maure; je vous en enverrai une copie manuscrite, car on ne l'imprime pas encore à présent.

On vient de me parler de Lettres d'une fille turque, à Paris , à sa sœur au sérail. Ce sera quelque second tome des Lettres Persanes, qui fera peut-être chasser de l'Académie celui qui les a désavouées. Les Mémoires de la vie ded'Aubigné sont imprimés; je les ai vus autrefois en manuscrit; il y a bien des traits contre Henri IV, et je ne sais si on les a tous laissés; cela vient de Hollande; on vient détonner aussi des OEuvres mêlées de prose et de vers du comte d'Hamilton ; il faut bien délasser un peu le monde des écrits de la Constitution. ^

Le P. Porée a fait un bel éloge de M. de Fontenelle dans un Discours sur les critiques. Il dit qu'il est harmonieux avec les dieux, éloquent avec les orateurs, subtil avec les philosophes , profond avec les géomètres , pénétrant avec les anatomistes, tout en tous, presque unique dans chaque espèce , et qu'on ne peut demander dans un critique toutes ces parties que la nature n'a jamais données qu^à un seul homme. C'est bien dommage qu'il n'ait pas parlé de sa théologie.

Je vous écris ceci en courant et vous embrasse de tout mon cœur.

H. le prince Charles est tout à fait bien, et il est sorti hier.

Lettre F/^

A Paris, le 24 février ITSf .

Voici, Monsieur, une nouvelle toile ourdie, et en vérité il fait beau être à Paris pour voir toutes ces besognes. H. Tévèque de Laon a fait un mandement où il s^est avisé de citer un concile de Rome qui n'est point reçu en France, et de parler de la juridiction ecclésiastique d^une manière peu convenable. Aussitôt M. Gilbert a préparé son éloquence, et par arrêt du 20 février, le procureur général a été reçu appelant comme d'abus dé ce niandement, et défense comme 'd'abus de le distribuer. Vous verrez ce plaidoyer, qui est très-solide et plein d'une lumière où il semble manquer un peu de splendeur et d'urbanité, et il y a daqs le style des défaulfi' qui rendent souvent le sens obscur, mais avec un peu d'attention on en vient à bout. Il est beau d'avoir voulu défricher cette matière dans le temps qu'elle commence à faire bruit. Janus à Costa, cité dans le Mandement (pages 33 et 34) de M. l'archevêque, dit fort bien que c'est uAe dispute de mots, et qu'importe que ce soit juridiction ou autorité etpuissance; maisdansl'exactitude grammaticale des mots, ce n'est point juridiction ; la citation de l'abbé Fleury m'a fait plaisir, et elle m'a même servi à corriger une faute d'impression dans l'édition de 1687, où il y a une ligne d'oubliée.

H. de Montpellier a fait une lettrepastorale de 40 pages contre la harangue du clergé ; cela est fort vif et fort clair. Il y a un grand passage d'une harangue du cardinal du Perron sur l'article du Tiers-État , qui est bien appliqué^ et s'il y avoit un concile à Narbonne, cela ne se passeroit pas comme à Embrun.

Les avocats se sont assemblés sur l'ordonnance de notre archevêque ; les voilà devenus matlres en divinitS,

LEITRE VI*. 31 1

comme on appeloit les jurisconsultes du Concile de Constance. Il a passé de 18 contre 15 quMls passeront à l'appel comme d^abus. L'autre parti étoit de ne rien faire; à présent que la porte est ouverte à l'appel, par le dernier arrëty il n'y a plus qu'à entrer, mais qui est-ce qui plaidera pour l'archevêque et U. de Laon, si tout Tordre appelle? Qui est-ce qui plaidera même dans les autres causes comme d*abus, puisqu'ils seront les parties des évêques? Que pensez-vous de tout ceci, et ne vaudroit-il pas mieux rester dans Tinaction? Mais on veut parler, écrire et employer les matériaux ramassés. Pour moi, je n'ai point signé et ne signerai rien ; je vous dis tous les secrets.

Je vous fais compliment sur ce que votre Parlement a supprimé la légende; elle est imprimée partout; et M. de Montpellier dit que dans son diocèse les religieux de Saint-François en ont malgré lui dit l'oraison à la messe.

Malgré aussi l'arrêt qui a brûlé les Nouvelles ecclésiastiques, elles continuent. Les dernières, du 12 février, contiennent toute l'histoire des remontrances; la réponse de la Cour y est tout entière, et un discours de M. l'abbé Pucelle (sur cette réponse), qui est d'une générosité immortelle. Cela est à voir et à garder pour l'histoire du temps. On a obligation à ceux qui veulent le secours de la compagnie, et apparemment on a certains principes mitigés sur les serments.

On vient d'arrêter un prêtre distributeur des Nouvelles ecclésiastiques; il a été mis à la Bastille d'abord, puis remis à la Conciergerie pour être jugé au Parlement , en exécution du dernier arrêt et de la déclaration du 10 mai 1728, où il y a des peines de carcan et de galères. Voilà le petit tribunal souverain du Chàtelet dépouillé de sa juridiction ecclésiastique en partie. Ce prêtre a déjà dit qu'il connaissoit l'auteur, mais qu'il ne lenommeroit jamais.

M"* de Tournon, autrefois M™*' du Brossay, vient de quitter son mari, et M"* la princesse de Conty l'a retirée ;

m CORRESPONDANCE INÉDITE.

elle a emporté quelques hardes et vaisselle d^argent^ et cela a fait un procès criminel qui a été renvoyé au civil : en quittant la maison, elle a écrit à son mari une belle lettre, qui, est un libelle de divorce; ils vont plaider si cela ne s^accommode. Je prêche la paix, mais les esprits sont bien animés, et si la dame faisoit un mémoire^ avec la langue dorée qu'elle a, il seroit meilleur que celui de H"* de Saint-Maure. On vient de me donner un épigramme qui seroit meilleure si elle n^étoit pas adressée à H. de la Hotte.

Epigramme.

Du beau larcin qu*au ciel fit Prométhée,

Chaque mortel en naissant a sa part;

De cette flamme, aux humains apportée.

Les lots sont faits inégaux, au hasard.

Au mieux loti, si faut-il encor l'art.

Si lui faut-il, étayant la nature,

Par longs travaux veiller à sa culture.

Puis pour guerdon, qu'aura-t-il ? Un vain lot.

Tandis que ceux que le destin fit sots

En nonchaloir mettant labeur, étude.

Vivent contents ; loisir et quiétude •

Sont de leur sort attributs précieux :

Près de ces biens que vaut la renommée ?

Dis-moi, La Motte> est-ce donc que les Dieux

En n'accordant aux talents que fumée

Vengent encore ce vol audacieux ?

Lettre VIP.

A Parif, ce 2 mars 1731.

Voilà^ Monsieur^ les coups qui commencent à se donner. M. le cardinal de Polignac a été insulté & Rome; on a coupé les rènesde seschevaux ; son cocher ouson suisse^ je ne sais lequel, a été tué^ et son Éminence a eu peine de se sauver de la popiilace. Voyez quelle affaire arrivée en la per*

LETTRE Vll^ 218

sonne d^un cardinal chargé des affaires de France et qui représente le roi ; voilà matière à de belles pyramides. Si nous avions du sang aux ongles^ comme nous en avions du temps de M. de Créquy et de M. de Lavardin^ M. de Saint-Aignan pourroit bien rester en France à faire son ambassade à Paris; le cardinal avoit découvert qu'on ouvroit ses paquets de France et y avait trouvé une enveloppe de papier d'Italie ; il s'en est plaint^ cela a fait du bruit: le directeur des postes de France a été arrêté; et il y a peut-être là-dessous quelque vengeance italienne ^ je n'en sais rien ? ^

TarUœne animis cmlestibus irx ?

D'un c6té) l'évèque de Laon a fait un mandement nouveau contre l'arrêt de l'appel comme d'abus; il y dit qu'il en aura justice; il déclare que la consultation qu'il a condamnée est celle des (^0 avocats qui a été déjà condamnée par Tarrèt du 30 octobre et par l'ordonnance de l'archevêque de Paris; il excommunie ceux qui liront la consultation et l'arrêt. En attendant^ il ordonne qu'on récite^ à la messe^ la collecte pour l'Église et contre ses persécuteurs, jusqu'à ce qu'il ait obtenu la justice qui lui est due^ et qu'il espère de la protection de Dieu^ qui a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin. J'ai lu ce matin au Palais ce mandement en courant, et vous pouvez penser quelle est l'indignation publique contre un si furieux mandement. Cest un tocsin pour le schisme.

L'archevêque d'Embrun a aussi fait un nouveau mandement contre l'arrêt qui supprime le premier, et on dit qu'il condamne le livre des Lo\% ecclésiastiques d'Héricourt, qu'il regarde comme le fondement de toutes les erreurs des avocats.

On vient de me dire qu'on a brûlé à Rome la Consultation des avocats, et V Arrêt du 25 novembre qui les réconcilie. Je ne sais si cela est bien vrai.

Le prince de Monaco est mort ; c'est M*"' de Valentinois

qui sera souveraine; son mari sera le mari de la souveraine, comme en Angleterre.

On plaide la cause de H*"* de Saint-Maure; vous aurez son enquête; elle m'en a donné un exemplaire pour vous; je voudroisbien y joindre le Mémoire du mari : on plaidera après Pâques la cause du duché d'Aiguillon.

M"' Bouchu est duchesse de Ch&iillon ; M"**" Gruyn n'a pas voulu être duchesse de Hazarin.

Lettre VIIP.

A. Paris, ce 3 mars 1731.

La nouvelle du cardinal de Polignac ne se confirme pas comme je vous l'ai mandée ; il y a bien quelque chose, mais on ne sait pas encore le détail. Nous verrons si notre nonce doit faire son entrée bientôt; il seroit beau de lalui laisser faire et lui rendre offenses pour offenses, s'il y en a eu de faites.

Mes confrères ne suivront point votre avis , leur tra« vail est fait; ils ont M. Gilbert pour eux et l'autorité de Loyseau, qui a bien traité cette matière. La question est encore si on appellera comme d'abus, ou si on s'en tiendra à un Mémoire anonyme. Dans tout cela il n'y avoit qu'à s'entendre , mais on ne veut pas. M. Pierre Pitou a donné dans son testament un conseil qui seroit un bel exemple î\ suivre; ce que l'on ne fera point.

M. de Laon a été si fî\ché de Tappel comme d'abus du procureur général, qu'il a faitun mandement contre l'arrêt; il ne veut pas qu'on le lise, ni la Consultation des 4.0, à peine d'excommunication par le seul fait, et jusqu'à ce qu'il ait eu justice de cette entreprise, il se met sous la protection de Dieu et ordonne qu'on dira la collecte contre les persécuteurs de l'Église à toutes les messes. Je vous ai peut-être mandé cela; il n'importe, voici le fait : il y a eu un second arrêt qui supprime ce deuxième man-

dément comme séditieux et contraire & l'autorité des parlements. Il y a eu des voix pour le décréter, d^autrespour saisir le temporel , mais sa qualité de duc et pair a arrêté, parce qu'on n'étoit pas en pairie : on lui a envoyé un huissier exprès & Laon pour lui signifier Farrét.

I! faut voir (Comment il sera reçu.

Tai vu son premier mandement, qui est long et hardiment écrit : il pose tout le système de Jansénius, et dit que les cinq propositions s^en ensuivent nécessairement et qu'elles font tout le l^vre ; il parle du concile universel. Pour moi je me souviens, et cela est dans mon Journal de 1725, que le pape le déclara simple concile provincial, malgré ses flatteurs, qai le faisoient œcuménique, parce que le pape y avoit présidé ; il parla trèscavalièrement de nos libertés et n^en fait pas plus de cas que d'une politique. Il a trouvé dans le Mars Gallicus de Jansénius, et je ne sais ce que les jansénistes y répondront,'que Jansénius sou tenoit qu'on pouvoit déposer un roi hérétique et délier ses sujets de leur serment : ce qu'il dit à propos du traité de mariage d^Isabelle avec l'archiduc Albert,.de mai 1588, où il y avoit clause qu'en cas que les descendants de ce mariage ne fussent point catholiques , ils perdroient la propriété de leurs États et les sujets ne leur obéiroient plus. Cherchez cela dans votre Mars Gallicus , livre II, ch. 27. Vous voyez que les disciples de Jansénius ont bien changé , mais ils sont fâchés qu'on ait trouvé cela dans leur maître. Le reste du mandement est sur la juridiction ecclésiastique et est fort outré; il accepte à la fin la Constitution, condamne les 101 propositions et le livre du P. Quesnel, et aussi tous livres, libelles , consultations, etc., et comme il ne s'étoit point expliqué spécialement sur les consultations , il a déclaré, dans son petit mandement dernier, qu'il entend celle des kO, condamnée par Tarrèt du 30 octobre 1730.

Je suis au fait sur le jésuite de Toulon; s'il est jeune et la fille jolie, je crains bien que cela ne passe la mysti-

cité. J'attends les deux lettres pour en juger mieux, et je vous assure que je suis sans préventions; je pense même comme vous^ sauf le cas des deux points que j'ai dit d'abord.

Les Mémoires de d'Aubigné m'ont été prètés'par H. de la Honnoye , manuscrits ; ceux qui ont sa bibliothèque l'en ont peut-être tiré.

Il y a une pièce de vers qui est la Chimère embrunnoise, pièce diabolique; la Chimère est composée de la Hotte y Fontenelle et Astruc^ qui sont les conseils de H. d'Embrun. Les avocats et H. Gilbert sont les Bellérophons. Je vous enverrai cette pièce qui vous fera frémir, c'est un beau pendant pour l'éloge du P. Porée ; ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'un ami de Fontenelle ne l'a jamais reconnu dans cet éloge en le lisant avec Fonte* nelle lui-même. Je ne sais rien sur le {comte) de Chaniy.

Lettre IX*.

A Paris, ce 9 mars 17SI.

Je commence. Monsieur, par vous remercier des deux lettres du P. Girard , où je vois bien du mystique, mais je ne sais s il n'y a point du molinosisme et de l'adamite dans ces mots de la première. c( J'ai une grande faim de vous revoir et de tout voir; vous savez que je ne demande que mon bien et qu'il y a longtemps que je n'ai rien vu qu'à demi. »

Je ne sais, en vérité, ce que le bon père vouloit voir, et cela ressemble beaucoup à ce jésuite deRheims (du temps de M. Lelellier) sur lequel on fit le petit livret de YAda" mile y où sont rapportés des fragments de lettres pareilles à celles-ci. Ce Père vouloit tout voir l'un après l'autre, et la grande perfection étoit de montrer tout ensemble pour apaiser la grande faim du directeur. J'en reviens toujours à la question : est-il jeune? la fille est-elle jolie ?

LETIRE IX*. 217

Voicibien d'autres affaires, et vous allez en entendre de belles sur les deux puissances. Le second mandement^ ou plutôt lettre de M. de Laon, a été supprimé par arrêt du 2 mars comme séditieux^ attentatoire à Tautorité royale et à l'arrêt de la Cour, sauf au procureur général du Roi à prendre au surplus telles conclusions qu'il jugera à propos, en procédant au jugement de Tappel comme d'abus.

Et comme cet évêque s'étoit appuyé de Tordonnance de l'archevêque de Paris, M. le procureur général a pris le parti d'appeler comme d'abus de cette ordonnance, et cet appel, auquel personne ne s'attendoit, a été reçu par arrêt du 5 mars sur un court plaidoyer de H. Gilbert, qui montre qu'il ne peut y avoir d'hérésie ni peine d'excommunication dans ces matières limitrophes , c'est son mot, et que l'Église n'a d'elle-même ni pouvoir vraiment coactif, ni juridiction extérieure et proprement dite. L'arrêt, au surplus, fait défense de débiter ou distribuer aucun exemplaire de ladite ordonnance, jusqu'à ce qu'autrement par la cour en ait été ordonné, et il arrive singulièrement que l'imprimeur du Parlement est celui de l'archevêque, en sorte qu'il vend l'arrêt qui lui défend de vendre l'ordonnance. Vous ne. sauriez croire l'effet que cet arrêt a fait dans Paris; on ne doute pas qu'il n'ait été concerté avec le ministre; il n'est pas du tout question d'évocation jusqu'à présent, et voilà mes confrères les avocats bien soulagés, car ils n'appelleront point, et c'est au Parlement à démêler l'affaire; on leur a défendu de faire imprimer leur Mémoire qui étoit tout prêt; mais «ittendez-vous à le voir imprimé au premier jour malgré la 'défense.

Ce que vous dites sur la question au fond y et principalement sur la dissolution du mariage , qui est une matière journalière, me frappe beaucoup; je ne sais comment l'archevêque de Paris l'a oublié. Loyseau n'en parle point aussi, et à bien lire Loyseau, il dénie le pou-

voir coactif et la juridiction proprement dite. Mais pour juger cette dissolution, ne faut-il pas un tribunal^ et ce tribunal ne vient-il pas de la concession du prince (1)?

Je ne connois le livre du P. Martin que par les Nouvelles ecclésiastiques y qui en ont fait un grand article et qui ont répondu à ce qui les regarde. Ce livre est devenu rare ; je le chercherai ; on n^a pas oublié Tendroit de la cuisse qui est si proche d'un autre.

Il y a des Nouvelles du 24> février où Fauteur répond à Tarrèt qui en a fait brûler cinq et au réquisitoire de M. Gilbert. Cela a été cojnposé avec grand soin et même bien du respect pour le Parlement ; il prie H. Gilbert de le faire avertir des Jaussetés^ s^il y en a dans ses Nouvelles, Nous prenons la liberté de l'assurer de notre prompte déférence pour des avis qu'il lui serait aisé, comme il sait, de faire passer jusquà nous. Que dites-vous du soupçon qa^l jette , que M. Gilbert ne peut le connoltre ou ses correspondants. 11 y a dans cette nouvelle plusieurs traits contre M, de Laon.

Il court une pièce affreuse en vers^ intitulée la Chimère embrunoise contre HH. Tencin, Lamotte, Fontenelle et Astruc. C^est le diable qui en est auteur; faites des signes de croix comme le diable de Papefiguière , qui se signa, et jetez de l'eau bénite dans votre cabinet.

M. l'évêque d'Évreux vient de donner une longue Instruction ^pastorale contre la consultation des 50 sur le concile d^Embrun. Il y a bien de la science, et la pièce est à garder; mais cela vient trop tard au milieu de tant d'autres affaires, et on ne sait d'où vient ce réveil.

M. Bernard père marie sa iille, qui a 9 ans et demi, à M. Mole, nouveau président à mortier, et par là s'allie à toute la robe et donne un protecteur à sa famille ; il a sagement et dignement pensé.

(1) Pour citer, ne faut-il pas un appariteur, et le contrôle et le papier oiirqoé» n*a?oDs-noa8 pan vu les notaires apostoliques changes?

Lettre X\

A Paris, ce 13 mars 1731.

Toas voulez donc. Monsieur^ un remède prompt à tous maux; eh bien ! le voici : il vient de paroltreun arrêt conseil d'État du Roi du 10 de ce mois^ par lequel^ après une énumération exacte des deux puissances^ de la^pielle cependant les évoques ne se contenteront pas, le Roi qui a cru en cette occasion suivre l'exemple de ses prédécesseurs, pour arrêter le cours des disputes naissantes sur cette matière, a ordonné que toutes lesdites disputes et contestations, et celles qui y ont rapport, demeurent suspendues et les suspend/ei impose ;par provision un silence général et absolu^ sur ce qui fait la matière des contestations; défenses aux Universités, facultés de théologie, droit civil et canonique, de permettre aucune dispvite dans les écoles sur cette matière^ et d^enseigner rien d^ contraire aux principes ci-dessus marqués ; défend aussi & tous ses sujets de quelque éfat , qualités et conditions Qu'ils soient^ de faire aucunes assemblées, déclarations, ^les, délibérations^ requêtes, poursuites ou procédures iToccasion des disputes, et d'écrire^ composer, vendre, débiter ou distribuer directement et indirectement aucuns écrits, livres, libelles, mémoires ou autres ouvrages sur le môme sujet, sous quelque prétexte ou sous quelque ùire ou nom que ce puisse être, à peine contre les contrevenants d'être traités comme rebelles et désobéissants aux ordres du Roi, séditieux et perturbateurs du repos pablic; Sa Majesté se réserve à elle seule, sur Tavis de ceux qu'elle jugera à propos de choisir incessamment dans son conseil et même dans l'ordre épiscopal, de prendre les mesures les plus convenables pour conserver de plus en plus le droit inviolable des deux puissances et maintenir entre elles l'union qui doit y régner pour

230 CORRESPONDANCE INÉDlTIi:.

le bien commun de TÉglise et de TËtat; exhorte et ei joint aux archevêques et évèques de veiller à ce que tranquillité qu'elle veut y maintenir par la cessation < toutes disputes soit charitablement et inévitableme observée. Enjoint à tous juges ^ chacun en droit soi, m tamment au sieur Hérault, lieutenant général de poli et aux lieutenants généraux des autres villes, de tenir main à l'exécution du présent arrêt, sur lequel toul lettres patentes seront expédiées.

Je remarque sur cet arrêt : 1* le détail des droits d deux puissances, qui en donne une idée meilleure qi M. Fleury ; on eût pu cependant s'en passer à ce qu semble, parce que c'est supposer ce qui est en questioi mais on a voulu mettre cela hors de question.

2^ L'exemple des prédécesseurs est apparemment ce: tain^ et il ne sera pas difficile d'en trouver dans I Preuves des Libertés.

3® La suspension tombe aussi sur les disputes qui vc avoir rapport à ces contestations. Or^ cela est bien en ç néral, et peut-on étendre ce rapport à la Constitution à la Légende? Je ne le crois pas et ce n'est pas le dessei

4'' Il est défendu aux universités^ etc., de permefâ aucune dispute sur cette matière ; on ne disputera don point, mais il est défendu de rien enseigner de contrain aux principes ci-dessus marqués. On a donc voulu établi] des principes^ et si on les enseigne comment n'ydispa tera-t-on pas? Le silence absolu nedevoit-ilpas compren dre renseignement? Non^ on n'a voulu suspendre qu lès questions téméraires.

5* La défense des assemblées, délibérations, etc., rc garde les avocats qui s'assemblent et qui alloient pi blier leurs mémoire et déclarations et peut-être donn< quelque requête. Cela regarde aussi les évêques qui fa soient des assemblées et qui auroient peut-être fait que ques procédures, car il y avoit des intimations sur 1 appels comme d'abus du procureur général^ et Tarcb

vèque de Paris étoit intimé; il eût donc pu se défendre.

6^ Sous quelque prétexte et sous quelque titre et nom que ce puisse être, exclut les mandements des évoques comme tous autres écrits , et il faudra bien qu'ils se taisent.

7* La peine d^ètre traités comme rebelles^ désobéissants, séditieux, perturbateurs doit faire peur atout le monde, et aux évêques même, dans une matière où le Roi a intérêt et qui €^t limitrophe, comme dit M. Gilbert; chacun n'a qu'à rester comme il étoit et ne sera point sujet à la peine.

8* Sa Majesté se réserve à elle seule de choisir dans son conseil et Tordre épiscopal ceux qui donneront des avis les plus convenables sur cette matière. Voilà une évocation majeure plus autorisée que celle dont on parloity eteependant les deux appels comme d'abus subsistent . etnesontquesuspendusjusqu'à ladécision de ce tribunal qui ne Viendra peut-être jamais. Cet expédient pourra conserver Tunion qui doit régner entre les deux puissances pour le bien commun de FÉglise et de FËtat, et dont il est parlé dans Tarticle 82 des Libertés où H. Dupuy rapporte cet ancien dicton, venu par tradition dans la maison de France :

Mariage de Bon Denis , De l'Église et des Fleurs de Lys. Quand Tua de l'autre partira, Chacun d'eux si s'en sentira.

Nous allons voir si quelqu'un voudra être désobéissant et rebelle y et si dans une question qui n'est proprement fjue de nom, on hasardera, du côté des évêques, de faire fjuelque mandement contraire à la volonté du roi. Pour les avocats, les en voilà dehors avec honneur et une flouble bataille gagnée. On nous avoit bien dit que M. le Chancelier alloit faire paroltre son ouvrage Sur les dona- Hons: il vient d'être publié en forme d'Ordonnance de

ok

322 CORRESP019DÂI9CE INEDITE.

Louis XV j roi de France et de Navarre y donnée à Versailles au mois de février 1731 , et registrée le 9 mars. Au milieu de la guerre ecclésiastique^ voilà un beau traité de paii temporelle, puisqu'il va finir bien des procès; le préambule est éloquent et magnifique^ et les parlements y soni bien loués , l'ordre des actions bien distribué y les décision claires^ les dispositions, quoique un peu composées^ nettes et bien réduites; enfin on ne peut trop admirer un dessein si grand, auquel tant de savants et illustres magisfa*ats ont échoué. Cela va immortaliser le règne de roi et sa législation et son chancelier; la suite paroltrt bientôt.

J'ai connu madame de Hucy et l'ai vue à Saint-Mac. fort aimée et fort aimable ; quel rapport pçut avoir ^ mauvais conte avec d'Aubigné? Je verrai cela. Vous av^ à présent la Chimère et pouvez la garder, je garder pour moi le secret du Journal de H. (1) et de tout le res^-^ comme vous me le . garderez aussi ; j'ai griffonné ceci à la hâte.

LeUre XI\

A Paris, ce 18 mars 17SI.

Vous serez bien aise d'apprendre. Monsieur^ que M' comtesse de Sainte-Maure , gagna hier son procès à V dience de la Grand 'chambre, contre son mari. L'appelEtion est au néant ^ émendant, évoquant le principal et faisant droit, ordonne qu'elle sera séparée de corps i^ de biens d'avec son mari : dès à présent, elle entrera e ' possession du surplus de la dot qui est entre les mains d» H. de la Neuville et qui est de 25,000 livres de rentes au

(1) Par sa leUre da 10 mars 17S0, Bouhier lui confii^t le secret d*oiie négociation tendant à l'impre^ion et à la publication de la partie encore inédite, dont il avait chargé Tabbé d'Olivet.

LETTRE XP. 53â

moins^ et pour la dot de 320^000 livres reçue, les parties contesteront plus amplement (pa*rce quHl y a eu une partie employée en actions) ; le mari condamné aux dépens. H. Gilbert a parlé quatre heures et avoit été de cet avis. 11 a principalement insisté sur les trois lettres do mari, qui avoit abdiqué sa femme, et ne vouloit plus vivre avec elle; tout Paris vouloit que nous perdissions notre cause, mais tout Paris a perdu la sienne, et voilà un grand triomphe pour les femmes, pour H. Cochin et pour moi. Le jeudi auparavant, M. Cochin avoit plaidé pendant deux heures. Comme Démosthènes il avoit tonné, foudroyé et arraché les entrailles de tout lé monde; c'est une des plus grandes actions que j'aie jamais entendues. Vous aurez les Mémoires des deux parties imprimés par la voie ordinaire , et une copie d'un petit qui est de moi ; enfin M. de la Neuville doit être bien aise d'être délivré d'un pareil gendre, qui a fait tout ce qu'il a pu pour le déshonorer.

L'affaire de la sœur Cadière est finie , j'en ai une relation depuis le 10 février jusqu'au 28 ; la plaignante a été elle-même décrétée d'ajournement personnel , enfin elle s'estrétractée et s'est désistée de la procédure; mais on prétend qu'elle est devenue hébétée avant cela et qu'une certaine potion n'y a pas nui , dit la relation, dont je vous ferai faire copie si vous ne l'avez pas. Voilà un beau dénoùment de tragédie.

M. Bernard, maître des requêtes, a vendu Grosbois à M. le garde des sceaux 400,000 livres avec les meubles; c'est un grand marché , mais cela n'a pas été tout à fait volontaire, car ces MM. Bernard fils ont fait des emprunts de millions, et le père veut qu'ils soientpayés; le nouveau gendre est reçu président à mortier, il y a de la joie d'un côté et de la gloire de l'autre : c'est à présent la belle-mère qui est ehargée de l'administration de la maison.

Bonjour, Monsieur, et bonne fête.

Lettre XIP.

A Paris, ce 22 mars 1731.

Je VOUS envoie^ Monsieur, par la voie de H. Martin, 1 deux Mémoires imprimés, et les miens manuscrit mais il faift s'il vous plait me renvoyer ces manuscri parce que' je n'en ai point d'autres; j'ai écrit le disj sitif de l'arrêt sur un des Mémoires y et des observatio à côté pour l'entendre : cet arrêt fait grand bruit da Paris, les hommes crient, les femmes rient ; maïs en: le voilà rendu. On ne parle du côté de M. Sainte-Mai que de cassation , même des donations portées au ce trat de mariage, faites par l'oncle au neveu. J'y trou un bon expédient, c'est que l'oncle se marie; qu'il fa: un enfant et il révoquera les donations. Vous trouvei à la fin les Lettres qui ont fondé l'avis de M. Gilbert.

J'ai enfin vu V Instruction de M. d'Embrun sur la c< sultation des 40 ; elle est datée du 26 janvier 1731, ainsi antérieure à Tarrêt du 29 janvier qui supprime s premier mandement. Cela contient 70 pages : vous vo] bien qu'il a mis telle date qu'il a voulu. C'est la mati< des deux puissances traitée avec beaucoup d'autorités de citations et dans un style fort vif.

Melchior Pastor n'y est pas oublié. Il y a bien des a ticles d'ordonnances qui sont plus l'ouvrage d'un avoc que d'un évêque, et comme les avocats ont fait les é^ ques, voilà un évêque qui devient avocat; il a vov mettre une 2' partie sur l'atteinte que les iO âvoc donnent à l'autorité royale, et cela étoit bien inutile < puis l'arrêt du 25. novembre, où le roi les reconnolt pc ses fidèles sujets, et dont le prélat parle page 47; m par un tour d'une éloquence singulière, il veut mont que les principes de cet ouvrage des avocats sont mêmes que ceux du calvinisme , et sur cela le voiL

faire Thistoire des guerres civiles. Il iva pas pensé que M. Arnauld, dans V Apologie des catholiques, a traité ce même argument contre les calvinistes , et en a bien déchargé les catholiques; toutes ces récriminationssont donc bien déplacées et encore plus contre des gens qui ont tant écrit contre la légende; il veut aussi tirer avantage d'une lettre de dom Thierry, qui n'est avouée de personne ; il la tourne de cent façons, et elle ne peut venir que d'un esprit tourné, ou bien près de l'être. 11 faut voir encore comme il accommode M. de Montpellier, qui n'est pas homme à demeurer sans réponse; enfin, l'imposition du silence serait bonne pour tout , car voilà un scandale plus sophistique qu'hérétique et où on n'entend plus rien.

Je n'ai point ouï parler de V Arlequin jésuite, il n'y a peut-être encore que le titre de fait. Il faudroit un Pascal ou un auteur du Catholicon pour donner à une telle pièce la force qu'il faudroit.

Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont encore rien dit sur M. de Laon et. M. Tarchevôque Paris; ce dernier est malade. On vouloit faire tonsurer le petit Espagnol, qui n'a que dix ans ; il a été interrogé, et a très-bien répondu en latin sur les trois propositions et s'est déclaré moliniste ; il aura dispense d'âge. Ceci entre nous, comme tout le reste.

Le juif qui vouloit faire assassiner Francœur et balafrer la Pellissier a voulu se venger par une satire , et a payé un poëte qui a fait la fable de la Perruche et du Pélican; elle s'est trouvée dans les papiers du valet arrêté. Je vous en enverrai une copie : voilà des voies de fait de toutes les façons. Ti faro unacanzone d'une main, et le poignard de l'autre. 11 y a une calotte contre le curé de Saint-Sulpice , sur une fête où il y avoit des petites filles : vous l'aurez aussi.

Le lieutenant de police de Grenoble a saisi le premier mandement de M. d'Embrun chez le libraire, en conséquence de Tarrètdu parlement de Paris qui en a ordonné

T. IV. lo

la suppression ; il en a été réprimandé par M. le Chacn celier.

Lettre Xllt.

24 mtrs 1731»

Vous m'avez envoyé , Monsieur, des pièces du proc^ de la Cadière. Je vous en envoie une du procès du ju ^ Dulis et de ses adhérents et assassins. Joinville (va/e(}, ii^ terrogé sur cette pièce^ qui s'est trouvée dans sa malle "a dit Fauteur à qui il Ta payée ; il sVppelle Castera, iles^ de Bayonne^ et vient de faire Le Théâtre des Passions et dm la fortune y qu'il a dédié à M*' le comte de Clermont. C'esir une chose curieuse que cette Épltre dédicatoire. M. Hé^ rault a envoyé quérir ce M. de Castera^ et lui a lavé la tète^ et cela en est demeuré là; mais la fable^ qui ne doit pa^ être si secrète que Tinstruction criminelle, a passé dans le public; vous jugerez si la perruche est plus décriée qu'auparavant, par cette belle satyre, qui est en mém^ tempsallégorique et personnelle. On aarrèté un deuxiènte soldat aux Gardes pour cette affaire : c'est le Roi qui en est cause. Il dit au chevalier de Contades, qui a une compagnie aux gardes : « Il y a un des soldats de votre compagnie qui a voulu assassiner un de mes petits violons, et ce soldat a eu un congé. «> Le chevalier avoua au Roi que ce soldat lui a voit dit qu'il avoit été au cabaret avec un de ses camarades boire un écu qui avoit été donné au camarade^ qu'en buvant il lui avoit proposé une mauvaise action, que lui n'avoit point voulu accepter, et que voyant Tautre arrêté il avoit prié son capitaine de lui donner un congé de trois semaines; qu'il loi avoit donné, et qu'il savoit où il étoit; on l'a donc arrêté aussi. Tout Paris croit que ce n'est rien que cette affaire ; mais c'est qu'on ne sait pas la peine de la machination en France, et on a oublié M"* Tiquet, qui fut décapitée sur ce

LETTRK XIII». 227

seul crinïe, et avant elle M"*^ de Lizore. La question est si Ton peut faire le procès au juif, qui est en pays étranger; et pourquoi non^ puisque le crime prémédité et machiné devoit s'exécuter en France? Si le juif étoit ici on lui feroit son procès en personne; puisqu'il n'y est pas, il faut le faire par contumace. Je crois même que les Hollandais devroient le livrer si on le leur demandoit, car ce crime peut aller au plus loin ; il a de plus 50,000 fr. de rentes ^ur la Ville, et cela est bon à confisquer. Le procès civil pour les pierreries n'a point eu de suites ; il a été jugé sur le Théâtre-Italien. Hais voilà un étrange homme de poursuivre sa vengeance contre une telle créature, jusqu'à la vouloir faire assassiner et son amant, et encore la calotiner.

Je viens de remarquer, dans votre lettre du 20 mars, que Tarrét du curé de Saint-Barthélémy levoitTinterdiction ; il ne la levoitpas, ce n'étoit qu'un arrêt de défenses, et c'est le curé qui a cru que ces défenses levoient l'interdiction. Le Parlement n'avoit donc rien fait contre la loi divine, si elle a lieu dans ces cas.

On a fait une calotte courte contre M. le premier présisident :

Be par le Dieu porte-marotte.

Point de tête, point de calotte.

Et quelqu'un a répondu r

Calotin, tu n'es qu'une bete, Qui porte conies a une tête.

Tout cela est bien charitable ; l'arrêt du silence ne fera point taire les portes, qu'il faudroit pendre.

Vous trouverez ci-joint la copie d'une lettre qui contient une relation de l'affaire de la Cadière jusqu'à son désistement. J'ai appris que depuis la mère a donné une requête au parlement d'Aix, où elle demande que sa fille lui soit remise entre les mains, et qu'il lui sera permis

d'informer du breuvage qui lui a été donné, qui k a tourné la tète. Le dominicain et le carme ont auss donné leurs requêtes pour être déchargés des décreti

Lettre XIV'.

A Paris, ce ••' irril 1751.

Je ne sais plus rien de la Cadière^ sinon que dans 1 Nouvelles ecclésiastiques on a mis trois place ts qu^elle donnés au commencement de l'affaire à H. le cardin Fleury^ à M. le Chancelier et à M. de Sain t-Floren tin , q sont assez bien faits et qui représentent l'affaire comr capitale et poussée aux derniers désordres. Le pyrrh nisme historique, qui a bien sa place dans les choses pi bliqueSy le doit avoir encore plus dans celles qui soi sous le secret de la justice. Ce seroit une belle curiosit d'avoir la première plainte^ mais on ne l'aura pas, < peut-être même n'est-elle plus dans le greffe. On y pai loit de coups de lance qui n'étoient pas trop mystiqui [lancea carnis).

L'affaire du juif va son train et les délais courent pour la fable^ elle ne peut être jugée qu'au tribunal c la Calotte. On dit qu'on en a fait une sur l'arrêt de M**c Sainte-Maure, où M. le premier président et M. Gilbert soi attaqués. Voilà le comble de la folie. Le mari a voit dai son conseil un M. Bosc du Bouchet, qui s'est ruiné qui est devenu po^te^ et qui peut fort bien en être l'ai teur, car il vient de nous donner un poëme calotin e 7 chants^ intitulé le Conseil de Momus et la Revue de s€ régiment. Il y a une préface en vers pour la date et '. lieu de l'impression, et qui iinit ainsi :

Mais où se vend ce livre enfin? Sous le manteau.

On dit que M. Bosc a fait la plus grande partie du M moire que je vous ai envoyé ; il n'en sera guère miei que le P. Poisson de son mandement de Laon.

Nous sommes menacés d'un grand ouvrage de la part desévêques, et cela fera parolire celui des avocats. Nous aurons là un beau silence ; cependant il y a déjà des commissaires ecclésiastiques et laïques nommés^ H. le cardinal de Bissy^ M. le cardinal de Rohan y Tarchevèque de Rouen^ le chancelier, le garde des sceaux, MM. d'Ormesson, d'Argenson et de Fortia. Je ne sais pas bien quelle autorité aura ce tribunal et s'il fera des canons^ des décrets ^ des ordonnances, des arrêts avec infaillibilité.

Il y a une autre affaire ecclésiastique qui va faire du bruit partout; le pape a donné un bref^ le 24 août 1730 qui établit le cardinal de Bissy et Tarchevèque de Rouen commissaires apostoliques pour le gouvernement et la réformation de Tordre de Cluny ; ce bref, qui a été trèssecret, est tombé entre les mains des moines de Tancienne observance, le 17 mars 1731, et le 26 de mars (sans perdre de temps) ils ont répandu dans Paris des Observations imprimées sur ce bref^ qui est imprimé en latin et en françois ( contre Tusage du royaume ),et ils prétendent prouver que ce hvel tsl pernicieux à VÉlat, préjudiciable à Vordre de Cluny, contraire aux règles de la hiérarchie , de la charité et de la bienséance. Les commissaires y sont malmenés^ et le frère du cardinal, par qui la réforme auroit dû commencer; cela est écrit très-vivement et à la hâte, mais il y a du bon. M. Tarchevéque de Vienne doit être bien piqué;, il est traité dans ce bref comme un petit abbé à qui on va faire le procès, et j'entends dire qu'il a appelé comme d'abus de ce bref au Grand-Conseil. Vous aurez aisément ces ob« nervations.

Je ne vous ai point parlé de Diane ou plutôt Corisandre d'Andouins, mais d'une Louise de Roquelaure, femme d'Anlonin de Gramont, qui fut conseiller d'État d'épée le 28 août 1609, qui la fit condamner à mort en 1610 par son parlement de Bidache , qui la fit décapiter en vertu de cet arrêt , malgré les sollicitations de la Reine-

230 (:orrf:spondaince inédite.

Régente , sur quoi intervint Tarrét célèbre du conseL d'État du 16 janvier 1611 dont je vous ai parlé dans um lettre qui doit être de février 1730, si vous les gardez Ce fait est très-certain, et n'appartient point à la bell Corisandre.

M. d*Oresmieux, qui a autrefois tant plaidé au Grand Conseil, et a été conseil des plus grandes, maisons, s meurt; il a pris une pleurésie et une fluxion de poitrir à une campagne où il vouloit me mener ces fêtes : r femme, qui est ma parente et qui n'est point avec lui, r sera pas fâchée d'être veuve.

Lettre XV\

A Paris, ce 8 avril 1751.

La querelle des ducs et duchesses contre les femmes hommes de condiliona été réglée en faveur des premîei qui précéderont les autres dans toutes les cérémonîef la noblesse se plaint, et a été au Cardinal, qui a dit qu* n'avoit vu que les ducs; M. de Pons (Berry) lui a dit quL avoitdéfendu à la noblesse de s'assembler, et qu'apparemi ment il n'y avoit plus en France que les ducs et les ave cats qui pussent faire des assemblées. Cependant voih' le règlement fait, et bien des dames en colère, qui peutêtre quitteront la cour.

M. le cardinal de Bissy, qui est un des commissaires d( la chambre mi-partie, est malade, et cela va en retarde les opérations; on les appelle les arpenteurs spirituels

Pendant qu'on est en train de régler, les limites, on j fait une commission, par arrêt des 11 et 17 mars, pou régler celles des trois professions des médecins, chirui

giensetapothicaires,etles brevets des remèdes spécifiques pour être continués s'ils guérissent et révoqués s'ils ne 1 font pas. Vous voyez que Ton songe au corps comme Pâme; et après cela peut-on se plaindre du gouvernement

Voici trois couplets schisinatiques qui sont venus de la Gour^ et où les noms ne sont pas épargnés :

Pïos évéques se partagent, Tout est en combustion ; Ces grands et saints personnages Diffèrent d'opinion Sur les mirlitons , etc.

Suivant les derniers usages, Strasbourg, Saint-Brieux, Luçon, Rieux, Du Puy, tous gens sages, Donnent bénédiction A tout mirliton, etc.

L'archevêque de Vienne , De Rouen, Nîmes et Soissons, I^ petit Chiepois de Rennes, Excommunication A tout mirliton, etc.

Voilà une belle addition à faire au Gallia chrisliana y et de quoi bien commenter si on vouloit. M. Tarchevéque de Vienne a bien une autre affaire pour l'ordre de Cluny. Sans doute vous avez à présent] les Observations sur le bref.

M. d'Oresmieux est mort d'une fluxion de poitrine en sept jours ; il passoit quatre-vingts ans, et ne les paraissoit; il vouloit plaider contre la mort, mais il a perdu sa cause ; il a dicté son épitaphe aux notaires qui ont reçu son testament, et il y a mis toutes les charges qu'il a eues chez M"*' la Dauphine et chez M°** la duchesse de Berry, et à

la fin il a dicté : <( Mort le , » afin que le sculpteur

ne l'oublie point. 11 a nommé pour son légataire universel un petit d'Oresmieux, fils d'un conseiller d'Abbeville, qui ne jouira de ses biens qu'à vingt-cinq ans, et jusque-là la jouissance appartiendra à M. et M"' de Nyert de Gambaix; et si Tenfanl meurt avant vingt-cinq ans, ils auront la propriété. Tout cela est orné de grandes substitutions. Sa veuve, qui étoit jeune et qui étoit séparée de lui, ne

232 CORRESPONDANCE INEDITE.

manquera pas de faire mettre le jour de la mort à Tépitaphe. M. Pinssonneau est exécuteur du testament.

Je suis bien aise que mes Mémoires ei Observations dans l'affaire de Sainte-Maure vous aient plu. M. Bose doit renoncer à présent aux procès et s'en tenir aux calottes. Son poterne est imprimé, et se vend sous le manteau ; on le trouve aisément à la^ Comédie. Le traité volontaire a été bien discuté lorsque la preuve a été admise; ce n'étoitpasunepaix^c'étoit une trêve guerrière. Vous en trouverez la preuve dans la première des trois lettres imprimées après l'enquête, laquelle lettre contient les motifs du traité, et a servi lors des deux arrêts de principe à M. Gilbert, pour la preuve et pour la séparation. Les dépositions supprimées étaient des faits de la plus fine galanterie : le B. est Breteuil^ mais on dit qu'on avoit pris une sœur pour l'autre, et tout cela étoit dans la bouche de misérables, qu'on auroit pu faire pendre si on avoit voulu. N'est-il pas plaisant qu'on ait apporté du papier blanc à des juges, et qu'on ait voulu leur donner une énigme à deviner comme dans le Mercure?

Je n'ai point l'arrêt contre là comtesse de Gramont ni celui du 16 janvier 1611, qui est du conseil d'État^ avec les dispositifs entiers; mais j'ai l'histoire de tout cela très-exacte, et je vous la ferai copier. M. de Gourgues^ maître des requêtes, alla de la part de la Régente à Bidache, et il y en a [sic] du 5 octobre 1610; ce fut depuis ce temps-là que la comtesse fut jugée et exécutée, et ensuite fut rendu l'arrêt du Conseil du 16 janvier 1611, qui est rappelé presque tout entier dans cette histoire. Le procureur général de Pau, qui contestoit la souveraineté de Bidache, se servoit de cet arrêt du Conseil, etony répondit. Je fis un premier mémoire général, qui est comme un inventaire des titres, et M. Vezin fit le contredit de la production du P. G. C'est dans ce contredit imprimé que se trouve cette histoire, qui est des plus singulières et des plus tristes.

LETTP.E XVr. 233

En ce moment M. le Nonce, qui a apporté les langes pour le Dauphin^ vient de faire une entrée magnifique, et M. Bernard lui a prêté trois attelages des plus beaux chevaux que Ton ait jamais vus et qui ont fort paré cette entrée.

Letlre XVI\

A Paris, ce 18 avril 1751.

ff

On plaide la cause de H. d'Agénois sur le duché d'Aignillon, qu'il veut faire revivre. Messieurs les ducs (22 opposants) viennent de publier un Mémoire fait par M. Aubry où cette prétention est traitée presque de ridicule, et on y fait entendre que si elle avoit lieu, que ce duché passeroit par la substitution du testament de H""* de Com* balet aux enfants de M. Quélin-Duplessis, qu^on a vu au Palais substitut de M. le procureur général , et à M™* d'Alesme, femme d'un conseiller au parlement de Bordeaux, qui descendent de la troisième petite-nièce de la testatrice. Il semble que Tédit de 1711 a réglé tout cela et qu'il faudroit faire revivre le cardinal de Richelieu et son autorité pour faire revivre ce duché. Je remarque qu'il Tobtint en janvier 1638. C'est le temps du commencement de la grossesse de la Reine. Il veuoit alors de renvoyer le P. Caussin et se défaire de M"' de La Fayette; il étoit plus que jamais en état de tout avoir après de si grandes victoires, mais ces temps sont oubliés, et il y a des règles. M. le duc de Richelieu ne sera pas bien aise de toute cette parenté qui entre dans sa généalogie ; et d'un autre côté on dit que c'est ce qui fera gagner la cause à M. d'Agénois contre les ducs, qu'on voudra humilier : c'est un trait malin de la cour que je vous confie.

Vous trouverez ci-joint un mémoire singulier et bien dressé d'une affaire qui vient d'être jugée en Provence, au parlement d'Aix, et qui mérite bien d'être mis dans

ao9 recoeils comme celui du lieutenant civil Ruzé^ qi vous avex tiré de ceux de MM. Dupuy. C'est un rare pa qiw cette Provence pour les aventures.

Celle de la Cadière prend un tour qui doit faire grai bruit. J'entends bien comment on peut connoltre de tou fapms. mais je ne sais pas comment on s'ensorcelle. J'a prends qu'il y a appel comme d'abus de Tofficialité Toulon et cinq avocats chargés. J'attends de beaux h primés, et que vous en aurez pour vous et pour moi.

J'apprends que le livre latin de M. Bossuet sur les pi positions de 1^2 se traduite présent en Angleterre /[ le P. Courrayer ; il écrit bien en français, et il n'y a pas matière à srlisser ses erreurs, pourvu qu'il ne s'avise f d*v BKitre des notes.

Avei-vous lu ï Histoire de Charles XIJ, roi de Sum par YoUaire? Il est supprimé.

Sivei-vvMis ce que c'est que les Spinlriœ que Cali^ jiKiit? IV quoi se mèloient ces femmes?

Lellre XVIV.

A Paris, ce 27 avril 1731.

Nous n'avons encore rien dit, Monsieur, d'un petit jeu it<^l qui se fait ici toutes les semaines sous le titre de No tttliste du Parnasse, par quatre personnesd'esprit, à qui < «donné le droit de dire et de penser tout ce qu'ils veule sur les nouveaux livres et les nouvelles pièces de théàti IVU est si bien ménagé que ni le Journal des Savants ni !lt(h\'iàre ne peuvent se plaindre qu'on prenne leur pai mais les mauvais auteurs y sont mal accommodés, et ce liU^rlé, qui plait tant au public, leur déplaît fort; il ^ vWjÀ I V lettres : on se souvient avec plaisir des Nouvel U^ liA Képubliquede. Bayle en les lisant ; le sel y est à pleir ui<iiu^ M* de La Motte le prosateur n'y est pas oublié, n< i4u^ qu« les autres novateurs du Parnasse; enfin^ cet o

vrage est si vrai qu'il ne peut pas durer. Les journalistes des pays étrangers y ont leur fait comme ils méritent. Le Gayot de Pitaval a voulu écrire contre le Nouvelliste; Dieu sait les plaisanteries qui lui ont été rendues^ et je ne crois pas qu'il y retourne. On ne peut plus rire que Ton rit là pour ses cinq sous. Dans la dernière Lelire ils disent qu'ils sont une petite société inconnue, humble (et pacifique, mais ils vont faire une guerre parmi les auteurs : si vous neTavez paslu, vous aurez bien du plaisir, et si vous l'avez lu, vous avez dû en avoir. Il se vend à Paris, chez Chaubert, avec privilège et approbation , et cela fait bien de l'honneur à M. Chauvelin, qui a la direction de la littérature.

Les Nouvelles ecclésiastiques deviennent plus rares; la chasse qu^on leur donne les diminue, et voilà le Nouvelliste qui prend leur place. Je n'entends rien dire du bureau spirituel; on est assez tranquille^ hors le procès de quelques curés qui se plaignent de leurs évoques, et il y en a un à la grande chambre contre l'évêque de Chartres. En voici un qui est né d'hier : le chevalier de Janson est mort à l'archevêché, Morant Ta taillé de la nouvelle taille anglaise, qui a mal réussi ; il a été assisté pendant sa maladie par le clergé de l'archevêque. Le curé de Sainte- Marine se plaint, et dit qu'il a dû être appelé, comme propre curé, et qu'on n'a pu faire donner les sacrements par un autre ; et le pauvre mort se trouve maltraité au temporel et au spirituel.

On voit à Paris des Requêtes et Mémoires pour l'affaire de la Cadière; je ne les ai pas encore vus; il y aura là de belles choses, et si on dittout, comme notre Nouvelliste.

Lettre XV lit.

A Paris, ce 4 mai 1751.

Vos réflexions sur le Nouvelliste du Parnasse sont excellentes, mais en attendant on rira pour ses cinq sols.

Il est vrai que quelques bons auteurs pourront sedégoùler, quoique ceci tombe clairement sur les mauvais, d^aulres ne s'en soucieront guère, et, par exemple, je ne crois pas que H. de la Motte et autres gens de son parti en écrivent moins dans leur style néologique : à la fin, cela se dissipera de soi-même, et je vois déjà que cette petite société badine donne des systèmes sur la religion païenne, par les flancs de laquelle on pourroit dire que la religion chrétienne est percée, comme dit Bayle dans l'article de Despériers au sujet du Cfmbalum mundi. Vous verrez cela dans la 15' Lettre ^ qui est une espèce de Cymbalum, et M. de la Monnoye, qui trouva de l'impiété dans cet écrit (sur lequel il a fait des notes ajoutées dans l'édition des Contes de Des Periers), ne manqueroit pas d'en trouver dans cette lettre, où il y a plusieurs traits sur la religion en général; ainsi la liberté passe bientôt à la licence, et on revient à la modération malgré soi. Il n'appnrtenoit qu'à Bayle de mettre dans sa critique un sel qui n'étoit pas mordant : mais ce Nouvelliste mord et cherche toujours à reprendre quelque défaut dans ce qu'il approuve. Je n'aime pas qu'il ait loué la lettre de M™'' de Lambert sur les femmes , comme un petit chef-d'œuvre dt morale, l'ne dame de beaucoup d'esprit me disoit le dernier jour que ce petit chef-d'œuvre ne pouvoit faire des femmes que des p. et des précieuses. Ce qu'ils ont dit de Rabelais n'est pas aussi un discours de gens de lettres : en condamnant ses mœurs ils pouvoient élever sa langue et son génie : ingeniosissimum opus: il faut qu'il y ait dans cetle petite société-ci quelque scrupuleux et quelque libertin, un bonetun mauvais soldat, etchacun nous donne sa besogne tour à tour. 11 faut la prendre comme elle vient ; elle a déjàservi à empêcher un homme de condition de donner un mauvais mélange auquel il travaille depuis longtemps et que sa famille craignoit qu'il ne donnât en public. Elle lui a envoyé le Nouvelliste, et il a renoncé à son dessein par la crainte de la satire, formidine pomœ.

H. de Lage est un président de la chambre des comptes, qui a été un grand négociant de mer et que l'argent retenu en Espagne ruine ; il y a eu lettre de cachet pour Tarrêter et une autre pour le faire sortir. La commission des fils de M. B. ne paroit pas encore, maison sait que MH. de la Malmaison y de Honthulé, de Courteil et Chaillou, conseillers au Parlement^ sont les commissaires^ avec deux avocats^ qu^on ne m'a pas nommés. Jen'aurois point certainement accepté cette commission. On dit qu'elle ne doit durer que deux mois ; il faudroit ouvrir le coffre-fort et renvoyer tous ces créanciers , mais on n'en fera rien et le monde criera. Je ne sais s'il a des spintriœ, il vit comme s'il en avoit^ et les Caprées de Pâssy en sauroient bien que dire.

Je ne passerai point à M. d'Évreux sa récusation impossible d'une chambre des requêtes du Palais ou du Chàtelet^ et vous y avez très-bien pourvu, et la remarque de Godefroy, conseiller au Parlement ^ m'a bien fait' rire. Voilà une étrange bévue; je n'y avois pris garde et je n'ai pas manqué de la noter à la marge.

On a publié la mort de M. de Brillac, mon parent, et son gouvernement a été demandé au Roi; il n'est pas mort. J'ai vu une lettre de lui du 27 avril à M. le prince Charles, où il raconte son mal et sa guérison; les demandeurs n'avoient parlé que du premier et oublié le dernier. On lui a fait de grands éloges, le croyant mort, et il a eu le plaisir d'y survivre. On voit une parodie trèsbien rimée du sénat de Brutus; c'est le sénat académique où parlent Houdart et Fontenelle , et où on fait entrer Thiriot, député d'Arouet, qui est honteusement renvoyé.

Lettre XIX\

À Paris, le 9 de mai 1731.

On plaide la cause de M. d'Agénois avec grand appareil; H. Norniant s'y est fort distingué, et par sa plai-

doirieet par un mémoire quMl a donnée quielstnoble^ plein de sens, de raison et de recherches curieuses* mais utiles à sa cause. Après avoir comparé ce mémoire avec celui des ducS; on voit qu'ils n'ont de bon que leur épigramme^ et que leur affaire est mauvaise, et mal entreprise^ et que M. d'Âgénois. contre qui on crioit tant^ ne pouvoit pas manquer d'être duc. Gela sera décidé jeudi. H. Gilbert parlera, adhucsvbjudice {t« est. Voilà, Monsieur, la grande nouvelle du Palais.

Il y en aune autre. LaTournelle n'entend point raillerie; le député du juif Dulys n'avoitélé condamné au Ghàtelet qu'à être pendu, et le juif aussi en effigie; mais sur un appel a minima, ils ont été condamnés à être roués, ce que le juif ne sentira guère. On a raison de s'élever contre ces sortes de machinations par lesquelles un homme du bout du monde vous fait assassiner qui il lui plalt. Gela fera une vilaine légende ou commémoration pour M"* Ticquet, qui vit dans le monde comme s'il n'étoit rien arrivé à sa mère : on va bien courir après la confiscation de juif ; si on faisoit bien, on la donneroità la Pélissier, afin de mettre ensemble tous les trésors de l'iniquité.

On a plaidé à la Grand'chambre une cause d'un curé de Chartres , qui a voulu se servir de son vicaire pour assister un homme à la mort. L'évèque a fait et nommé an autre vicaire. Appel comme d'abus. La cause plaidée, M. Gilbert a été pour le curé, et on a appointé. Ge qui est plaisant, c'est que, par je ne sais quelle méprise, M . le cardinal soUicitoit pour le curé, et on ne s'en est aperçu qu'à la fin de l'affaire.

J'ai vu les JlémotVes de d'Aubigné, qui m'ont fait plaisir, et que j'ai trouvés mieux écrits que ses autres livres. I! se bat un peu trop souvent, don Quichotte n'a pas tant d'aventures; mais ce qu'il dit de son maître est curieux et ôte un peu de grandeur à la gloire de Henri IV ; cela est sur le ton de V Apologie de M"* de Rohan. — L'his-

toire de madame de Mucy est ridicule et grossière; il n^y a que le fait de Stanhope qui intéresse^ et on dit quMl est vrai. Quelle idée d'avoir joint cela avec les Mémoires d'Aubigné I Les libraires sont bien des misérables, qui abusent de leur métier, et on en devroit bien punir quelques-uns judaïquement.

Le Nouvelliste du Parnasse continue toujours, et on lui laisse direct faire tout ce qu'il veut. La 16* Lellre termine le !•' tome, qui nous annonce de Nouvelles réflexions de M. de la Rochefoucault. Pour moi, je ne suis pas si grand admirateur de ces réflexions , où il y a beaucoup de malignité et de subtilité métaphysique ; le goût, Vair les manières y tout cela est trop fin, et étoit bon à l'hôtel de Rambouillet ou avec M. de Cléraml^ault et le chevalier dqMéré, et est à peine souffert chez M""" de Lambert, où tout eslnéologue en pensées et en paroles. Les hommes sont des hommes, et il faut leur parler humainement. Il y a dans cette 16^ lettre un bon caractère de Mahomet, que j'ai mis à la tête de sa Vie de B., et un trait contre le P. Pétau, qui ne s'y attendoit pas.

L'arrêt qui porte la commission de HH. Bernard est imprimé, et a étésignifié aux créanciers; il est singulièrement composé; il n'y a point de raison, sinon la crainte des frais de saisie-réelle , et il n'y a pas un débiteur qui ne soit dans ce cas : on y met les biens de chacun des deux frères. Il parolt que les charges de maître des requêtes et de président des enquêtes sont vendues, on ne dit pas à qui, et cependant ils exercent; les commissaires sont MH. de la Malmaison , Monthulé , Courteil , Pellonet, Chaillou et MM. delà Vigne et (iacon, avocats. Le dispositif défend de faire aucune poursuite ailleurs et nommer un séquestre , Tixier notaire , pour recevoir les fruits et revenus, et le prix des biens vendus et de ceux qui se vendront par les commissaires. Grosbois y est pour 380,000 liv.; les créanciers doivent faire viser leurs titres dans deux mois , pour être procédé à la liqui-

dation et à Tordre et état de distribution. On a mis dans le dispositif un certain mot à^ abandonner y qui est bien fatal.

Le lire XX\

Jeudi 10 nui 1731.

C'est aujourd'hui un grand jour pour M. d'Agénois, Monsieur; M. Gilbert a conclu contre lui, mais l'arrêt a été pour Ini^ et il a été ordonné que sans avoir égard à l'autorité des Ducs il sera reçu en la qualité de due et pair, sans néanmoins qu'il puisse prendre rang et séance, que du jour de sa réception en la Cour. Voilà une belle question jugée; je la tenois certaine pour M. d'Agénois, qui à la vérité ne remonte pas à son érection de 1638, mais le voilà toujours duc et pair et M"* d'Agénois duchesse, et le Parlement vient de faire ce que le Roi n'a pas voulu faire. Je crois M. Gilbert un peu fÀché de voir ses conclusions rejetées dans une affaire publique^ et qu'ayant proprement parlé pour le Koi on ait jugé qu'il l'ai mal défendu. Je vous ferai donner un mémoire de M. d'Agénois, si vous voulez , je n'en ai point des ducs.

Il y eut hier un triste spectacle. Le nommé Joinville,, machinateur contre Francœurde TOpéra, fut roué vif eg Dulys en effigie. L'arrùl est du 8 mai 1731, qui reçoit 1 procureur appelant a minima de la sentence qui con— damnoit à être pendu, etc. Dulys est déclaré dùmen aileint et convaincu d'avoir à prix d'argent engagé loué François Aline (dit Joinville) pour excéder Françoi Francœur, et le dit François Aline de s'être loué et e gagé à prix d'argent, et d'avoir voulu louer et engage à prix d'argent des soldats au régiment des Gardes fra çaises pour excéder ledit François Francœur. Le titre l'arrêt est Arrêt de la cour de Parlement portant condi nation à la roue, vif, pour machinations d'excès et eoug;

LKTTRE XXI*. 241

de bâtons : je ne sais pas trop si Dulys estjuif , Tarrèt ne ledit point, et il s^appelle François aussi.

Il y a eu de grandes assemblées d'avocats au sujet du sieur de Marimberg, pour savoir s'il étoit rayé du tableau ; il Ta emporté de 1&>0 voix sur 50; il avoit gagné sa cause avec les M devant le Roi, il ne pouvoit plus la perdre.

Le fameux Aymon est mort ; il s'est fort fâché contre les médecins, et auroit fait une calotte contre eux s'il avoit eu letemps^ comme Scarron, qui vouloit faire une satire contre le hoquet ^ mais le hoquet Tétouffa. Voilà apparemment le régiment réformé et même cassé ; Aymon en a tiré tout ce qu'il a pu pendant sa vie.

L'évéque d'Agen (Saléon) a défendu sous peine d'excommunication d'aller à la messe des appelants ni de se confesser et communier par eux. Le parlement de Bordeaux a donné un arrêt qui reçoit le procureur général appelant comme d'abus^ et cela fait grand bruit.

H. de Vernicourt, qui estde mes amis et^ jecrois^ aussi des vôtres, vient de se marier et a épousé M"' de la Garde, que vous devez connoltre. C'est une ancienne amitié; elle est riche et a de l'esprit, et ils vivront bien ensemble.

La comtesse de Hautefort vient de donner un nouveau Mémoire contre H. d'Hautefort, sur l'appel de la sentence du Chàtelet. Je ne trouve pas encore cela de la force dont je voudrois, et il me semble qu'on laisse trop à faire aux juges. C'est toujours H. Aubry qui est pour elle , H. Cochin répondra bien.

Lettre XXt.

À Paris, ce 23 mai 1731

H. le vicomte de Tavannes ne vous a pas bien dit Taf* faire de H. d'Agénois, vous la verrez dans le mémoire que je vous ai retenu, et il y en aura aussi un pour notre

T. IV. ic

ami M. Fleuttelot ; M*"^ d^Agénois a pris son tabouret aussitôt après l'arrêt^ mais extrema gatidii luctus occupai. Tous ces mouvements lui ont donné la petite vérole ^ et je ne sais si elle n^aimeroit pas mieux être belle que duchesse. Voilà un triste événement après une joie si marquée : on dit effectivement qu'après l'arrêt elle parut comme la déesse de la joie^ et mit tout le monde en admiration.

L'affaire de Dulys a produit deux couplets de chanson que je vous envoie; on y renouvelle les coups de bâton de Voltaire^ et il n'avoit pas trop à faire de ce rafral* chissement. Voici ces deux couplets :

Pelissier, Marseille a des chaînes, Bien moins funestes que les tiennes.

Sous tes fers on est accablé, Sans que jamais rien tranquillise ; Quand on les porte, on est volé.

On est roué quand on les brise.

Admirez combien Ton estime Le coup d*archet plus que la rime.

Que Voltaire soit assommé, Thémis se tait, la cour se joue, Que FrancŒur ne soit qu*alarmé.

Ce complot seul mène a la roue.

M. de Vernicourt n'a point du tout été attiré par le douaire qu'on lui fait^ il est bien plus âgé que la dame, puisqu'il lui donne tout son bien après sa mort et qu'elle ne lui donne que i^^OOO livr. de rentes viagères s'il lui survit. C'est une ancienne amitié qui les a menés là. J'ai vu par des lettres qu'elle a beaucoup d'esprit, et ce doitêtre une bonne société.

Vous allez encore rire à la 17* lettre; mais moi je n'aL point ri de ce qui y est rapporté contre fmon ami Bayle^ qui n'avoit point de probité , à ce que dit le P. Porée. L^ Nouvelliste laisse cela à réfuter à d'autres, et je ne saî^ pourquoi il présente les armes sans s'en servir. L'abbé

LETTRE XXir. 248

Lieclerc a déjà dit cela dans ses Mémoires, Tabbé d'Olivet a continué dans VHisioire de V Académie , et le P. Porée est le troisième. Tous les trois ont tort, et j'aime mieux ce qu'en a dit H. Leibnitz^ p. 5&.7 de ses Essais de Théodicée, que ces trois Messieurs n'ont je crois ni lu ni entendu, non plus que les quatre grandes apologies de Bayle, qui répondent à tout. Vous verrez dans le Nouvelliste, le bel éloge de H. de Fontenelie et un petit coup de patte qui le rabat un peu.

Je vous ferai copier la Parodie du sénat de Brutus, puisque vous en êtes curieux.

La mortd'Aymon n'a encore rien produit ; le Saint-Martin, qui devoit succéder, a abdiqué, depuis la prison qu'il s'attira par sa belle lettre au parlement de Douay, et il n'y aura plus que des in petto dans le régiment.

Je vous remercie de ce que vous m'apprenez de M°"^ de [Mucie), On dit que Stanhope ne se sauva pas et qu'il fut pris avec son arrière-garde.

La Heine est grosse, cela n'empêchera pas le voyage de Fontainebleau.

Les Nouvelles ecclésiastiques sont à l'agonie. On a arrêté une fille qui en avoit 600; elle dit s'appeler Marie et n'avoir point d'autre nom, et qu'elle prend cela dans les rues et le rend dans les rues, qu'elle ne demeure nulle part et que sa dernière demeure est au Fort-l'Évêque.

Lettre XXir.

A Paris, ce 29 mai 1731.

Un poète provençal a fait une très-jolie fable de la Colombe et du Corbeau, qui est Tallégorie de l'affaire du P. Girard et de la Gadière ; les vers en sont tendres et doux, dans l'affaire du monde qui paroissoit le moins susceptible de ce style , et cependant ils vous paroltcont de bonne main. I^ P. Girard est à Àix, où il tient

bonne contenance : on a dû plaider Tappel de la procédure et rappel comme d^abus le lundi 21 mai^ à huis clos. M. Geoffroy doit parler dans Taffaire. Toute la ville est en rumeur, etonm^a assuré que dans la cour des Jésuites d'Aix on a élevé la nuit une potence avec un écriteau qui désigne le P. Girard. Nous saurons bientôt ce qui aura été jugé.

On a voulu remettre au théâtre VEndymion de M. . de Fontenelle^ avec de la musique du petit Colin; tout cela est tombé, et n^a fait que produire de nouveaux couplets contre le poète, qu'on appelle octogénaire Céladon, vieux bedeau de Cythére, etc. Vous aurez les couplets^ et Fair a été fait exprès^ et il faudroit le noter.

H. le marquis de Nesle a distribué une Requête auRoi, pour l'empêcher d'acquérir la principauté d'Orange de H. le prince de Conti ; il dit que cette principauté est à lui, il ne veut pas que le Roi fasse une mauvaise acquisition ; et comme le Roi a nommé des commissaires pour signer le contrat avec le prince de Conti, il s'est opposé à l'arrêt de nomination : il demande au Roi qu'il juge ou qu'il fasse juger leur procès, et ce pour accélérer l'acquisition que le Roi doit faire, de celui qui sera jugé le propriétaire d'Orange. Cette requête est écrite dans un style inconnu et fort singulier ; il y a de la force, de la hardiesse, de la dureté, et je ne comprends pas d'où cela peut venir; on y met pour principe qu'on ne peut pas acquérir une terre qui est en contestation. Mais le droit dit qu'on peut vendre rem aliénant et ne peut-on pas-s se charger du procès? Cette opposition à un arrêt où le^ Roi nomme un commissaire pour signer un contrats est d'un style nouveau; le prix que le Roi donne est de= 1,600,000 liv., et le marché est bon, car la terre est de^ 80,000 liv. de rentes.

Notre Nouvelliste du Parnasse continue toujours; vous verrez dans la 18' lettre ce qu'il dit de la traduction d^ V Histoire de M. deThou en français. Ce traducteur ne term^

LETTRE XXIir. 345

rien qui vaille^ et rédition latine n'en souffrira point. On parie tout doucement des additions qui se feront à cette édition ; mais on ne devoit pas dire que H. de Thou se trompe souvent sur Tétranger^ cela lui peut être arrivé quelquefois. Je crois qu'il falloit aussi relever l'ouvrage de du Ryer^ qui a fait un usage assez bon ; mais la nouvelle n'a songé qu'à la malice.

J'ai reçu une lettre de M. Desmaizeaux qui me marque que le k' tome de Bayle parolt ; il y a plus de mille pages ; les lettres y sont^ il y en a 55 nouvelles; il me dit aussi qu*on va imprimer en Hollande^ in-12, la Vie de Bayle, et qu'il y fera quelques corrections ; il me demande la date de la mort de H. Bertier, évéque de Rieux^ que je ne sais point; nos libraires vont réimprimer les Lettres de Bayle; on y ajoutera les 56 et encore d'autres. Tout cela va bien f&cher le P. Porée ; mais il faut qu'il prenne patience, et quelqu'un pourra peut-être bien le relever sur le refus qu'il fait de la probité à un homme qui par sa critique a détruit plusieurs mensonges et qui dans le fond étoit un bon homme.

Il y a un écrit de 68 pages in-k" intitulé : La Cause de F État abandonnée par le clergé de France: c'est une critique suivie de la harangue de H. de Nîmes et de la lettre du clergé au Roi. Il n'y a pas un mot qui ne soit attaqué, et ce sont d'étranges gens que ces infatigables écrivains.

On parle d*un Livre des six JourSj de l'abbé Duguet ou de l'abbé d' Asfeld ; c'est une Genèse nouvelle et quelque nouveau Moïse qui nous vaapprendrela création anecdote.

Lettre XXIIP,

A Paru, le !•' Juin «731,

Le Nouvelliste du Parnasse vient de donner une lettre contre Voltaire, qui s'est avisé, en parlant deCampistron,

de l'appeler ce pauvre CampistroUj que Fou prétend être un terme méprisant; ce que je ne crois pas en général^ car nous disons tous les jours : Le pauvre Monsieur un tel se meurt, ou est mort^ et encore en d'autres occasions. La vérité est que Campistron avoitson mérite; mais il étoit bien relevé par Baron, et Fauteur du Tyridateeut bien besoin du comédien y qui en fit une pièce merveilleuse. Après tout, il est bon d'apprendre à parler à ce petit Monsieur de Voltaire : quand H. Néricault-Destouches succéda à Campistron, le 25 août 1723, il en parla dignement, et M. de Fontenelle lui donna aussi un grain de cet encens rare qu'il distille si précieusement. Au reste, je ne doute pas de Tironie que vous avez remarquée sur ce dernier, c'est à lui que le Nouvelliste en veut en plusieurs endroits, et quand il a dit qu'il méritoit en vérité une éloge du P. Porée , c'est en vérité retomber plaisamment sur tous les deux.

Quant à ce que vous disiez que mon ami Bayle est bien vengé de l'impertinence du P. Poréè, qui lui dénie la probité, vous avez bien raison ; il pou voit l'attaquer sur la religion et le faire déiste , ou même athée, s'il lui plaisoit, mais il n'en eût pas été moins homme d'honneur à regard du monde, et Bayle a plaidé lui-même cette cause expressément dans sa Continuation des pensées sur les comètes, section ik2, 143, 144, où il y a plusieurs citations curieuses sur ... sur Pline, sur Panetius, cet excellent moraliste dont Touvrage est le modèle des Offices de Gicéron qu'on appelle V Évangile de la loi naturelle ^ et je crois que Bayle auroit bien pu être un des apôtres de cet Évangile. Relisez ces sections et la 45*, où il est parlé de Confucius. Je ne conviens pas pour cela que Bayle fut ni athée ni déiste, et son apologie pour l'athéisme se justifie assez; mais sa probité, ses mœurs chastes et même sa simplicité sont notoires, et même je vous dirai qu'ayant lu après sa mort toutes les lettres qui lui ont été écrites , je n'en ai trouvé qu'une seule de

M. du Rondel qui lui parloit un peu voluptueusement diç la génération et en termes latins très-vifs. Je ne sais qui estcet Allemand qui prépare un grand ouvrage pour Tao cuser de pyrrhonisme ; c*est Taccuser d'un crime trop public, c'étoit sa secte; il n'y a qu'à ouvrir ses livres pour s'épargner la peine d'en faire un contre lui à ce sujet et pour ce qui regarde la religion; il a tant écrit contre Le Clerc^ Bernard et Jacquelot sur cette matière que ses défenses sont toutes faites , et il va arriver à ce nouvel auteur ce qui arrive souvent quand on écrit contre les grands hommes, qu'en relevant le livre censuré on quitte là le censeur et l'erreur gagne plus qu'auparavant; il vaudroit mieux non vellere barbam mortuo leoni. Le pauvre H. Leclerc vient d'en être puni , il ne fera plus rien en ce genre ni en aucun autre : il est tombé en enfance^ et court les boutiques des libraires d'Amsterdam, qu'il prend tous pour des Huguetans : c'est une vraie pitié. Punilion, dit Homerus, et vengeance divine.

Le prieur des Carmes d'Aix a donné une requête pour avoir communication de certaines pièces, et où il dit qu'il ne sait presque (dans la juste surprise du décret donné contre lui) s'il doit croire qu'on ait confondu dans la procédure un confesseur avec l'-autre, ou qu'on se soit imaginé qu'un religieux qui n'a d'autre appui que son innocence étoit propre à remplacer un jésuite accusé ; il parlé de rapt, d^inceste spirituel, d'avortements et d'autres crimes commis avec la pénitente du P. G.

Vous aurez la fable au premier jour; c'est une paraphrase du vers Dat veniam corvisj vexât censura columbas.

Lettre XX/P.

À Pariff , ce 3 de Juin 1731.

Vous avezbien prévu. Monsieur, que la place de général c^e la Calotte ne seroit pas longtemps vacante : elle vient

248 COBRESPONDAINCE INÉDITE.

d'être remplie par M. de Saint-Hartin^ qui en étoit le lieutenant. La cérémonie s^est faite à Livry depuis deux jours. Plusieurs calotins étoient assemblées à un grand repas ; ils étoient du secret^ et non le S*" de Saint-Martin ^ qui fut étonné qu^au milieu du festin H. de Livry Tallàt embrasser tendrement à plusieurs fois, dont ayant voulu savoir la cause ^ il lui dit quUl Fembrassoit comme général du régiment; il dit qu'il ne Tacceptoit pas, et s'obstina beaucoup dans son refus. Tous les conviés l'invitèrent à accepter, il refusa toujours; enfin, H. de Livry lui dit que c'étoit un ordre du Roi, à qui il devoit obéir^ et il lui en montra pour preuve une petite calotte d'argent que le Roi avoit fait faire, et quMl lui donna. Cet ordre le surprit, il fallut céder; il étoit trop glorieux pour lui d'avoir la nomination du Roi : mais il dit qu'il ne souffriroit pas qu'on fit aucun brevet calomnieux et satirique. L'abbé de Grécourt, qui étoit de ce repas, fit sur-le-champ une chanson et ronde de table qui fut cent fois répétée , et on but autant à la santé du général , et même on entendit un bruit de plusieurs tambours^ de trompettes et d'une mousquetterie si bien servie qu'on ne savoit plus où on étoit ; et tout cela annonçoit l'arrivée de plusieurs officiers de Momus qui portoient de belles et grandes marottes, dont on régala l'assemblée ; un principal calotin portoit une couronne, qu'on mit sur la tète du général, un autre lui présenta ses provisions en Vers, scellées du sceau de chancelier; on les lut, on les applaudit, on jeta des médailles pour le nouveau gouvernement; on recommença à chanter et à boire, et on s'enivra. Le général, ivre, fut porté sur une espèce de catafalque de Homus, orné de tous les attributs de ce dieu ; tous les sujets tournoient autour de lui, et buvoient encore.; et le bruit de l'artillerie, qui ne cessoit points l'ayant réveillé, il voulut se coucher. On le reporta èfvëc grande cérémonie sur un lit , on le déshabilla^ et ihêtî)é tbut nu (à ce que Ton dit), pour vérifier son sexe^

J LEITRE XXV^ 249

ci iàil donnit tranquillement jusqu^au lendemain , qu^il s& léveiUa général du régiment et successeur d^Aymon I^Pemer. Il s^est fait un procès-verbal de toutes les céréii^ooies de cette réception qui a été envoyé au Roi et dont il fi été très-content. On ne se seroit pas attendu aune fMaureille fête et à une telle nomination. Si le procèsr^vbal me vient^ vous Taurez des premiers. J'ai su tout c^ détail par un ami de Tabbé de Grécourt^ à qui il Ta oonté^ et j'aurai la chanson. Voilà le Roi qui sent le ri- <I m<;uleetqui veut qu'on le poursuive dans sa Cour, et qui m ""s pas dédaigné de conserver la mémoire de ce plaisant é'L^blissement. Il ne manque plus que Foraison funèbre &*^ymon ; mais il Tauroit dû faire lui-même. Le Nouvelle du Pamasêe ne manquera pas d'annoncer et la mort général et la réception du successeur, cela entre na- ■rellement dans son dessein. Je me prépare déjà à bien pour mes quatre sous, car l'abondance en a fait diluer le prix. Vous n'aurez, Monsieur. Aucune autre ovelle pour cette fois; elle est assez importante pour * Jler toute seule s'offrir à votre curiosité.

Lettre XXP.

A Paris, le 7 juin <731.

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