‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XVChapitre 2 sur 9 · L-ci querelle des avocats renaît de ses cendres^ et on ne · texte numérisé non relu

L-ci querelle des avocats renaît de ses cendres^ et on ne

^t plus, Monsieur^ de quel côté tourner. Le Marimberg

^"^oit gagné sa cause pour rester dans le tableau ; mais

^^a.iid ce tableau a été mis au greffe son nom ne s'y est

^^s trouvé , et sur cela le grand nombre qui avoit été pour

l^i s'estécriécontre le procédé du bâtonnier, M. Tarlarin,

^^i n'a pas suivi la pluralité des suffrages; ils ont fait

plus, ils ont pris le parti de ne point aller aux audience

"ïï^rdi dernier, en sorte qu'il n*y eut point d'audiences

^sept heures àla Grand'Chambre; on ne plaida point à la

Cour des Aides, il n'y eut que des procureurs aux re-

quêtes du Palais. Au Chàtelet tout de mème^ et au Grai Conseil; et si M. Normant ne fût pas venu plaider à Grand'Chambre la cause du rôle j la cour seroit à meurée vacante. On n'entend rien à cette résolutioi car quand le bâtonnier auroit tort^ ils ne dévoient p manquer à leur devoir et à leur profession, et d'ui cause particulière faire un scandale public. Cela s'c apaisé le lendemain, tous ont retourné plaider ; mais se fait des assemblées des plaignants , qui prétende qu'on leur fasse raison de la délibération méprisée, ïio seulement pour celui qui est exclu, mais pour préven d'autres désordres dans d'autres occupations. Ils ont a au greffe un désavœu du tableau , dont la publication été arrêtée. C'est une division du corps dans le pai même qui a tant écritet qui a fait de si belles apologie et cela ne montre que trop qu'il y a eu de la surpri dans l'origine de l'affaire. Nous verrons ce qui arrive de ce schisme. M. Normant et ceux qui ont étéà la cour so fort échauffés, parce qu'ils avoient quelque engageme secret; il dit même qu'il fera quelque plainte perso nelle contre le M... si la radiation du tableau ne sul siste pas. Voilà où ont mené toutes ces belles consul t tions. Cependant on n'est pas guéri de ce mal , car parolt une consultation nouvelle de neuf avocats da l'affaire du S' Rougemont, prêtre, maître d'école < Saint-André-des-Arts, qui a été arrêté prisonnier et scel mis chez lui, comme coupable d'avoir débité des No velles ecclésiastiques. Les consultants sont d'avis, à ce qi l'on m'a dit, car je ne l'ai pas encore vue, que toute lapr cédure etle scellé faits sans autorité de justice sont nuls< toutenullité, quele Parlement ne peut juger une telle pi cédure qu'en l'annulant, qu'il n'y a point même de cor de délit à un homme qui n'est point colporteur d'avoir d tribué à cinq de sesdimisdesNouvellesecclisiastiques ;q}xe seroit blesser l'amitié d'empêcher ce petit devoir curieu qu'enfin ce prêtre étant un très-honnête homme et <

LETThE XXV*. 351

bonnes mœurs, et destiné à l'éducation de la jeunesse, on ne peut le regarder comme coupable dans un fait pareil, et que son crime ( à ce qu'on m'a dit ) est celui d'être homme de bien^ qui est le plus grand aujourd'hui. Je vous dis tout ceci à l'oreille ; c'est Lotin qui a imprimé la fameuse Consultation qui a encore imprimé celle-ci. Lisons toutes les histoires, nous ne trouverons point d'exemple de ce que nous voyons sous nos yeux.

Puisque l'affaire de la Cadière est ici, il va y avoir de beaux écrits. Je ne comprends pas l'évocation au Conseil qui vient du fait des parties^ à moins que ce ne soit quelque règlement de juges. Vous trouverez ci-joint la fable delà Colombe et du CorbeaUy qu'on ne vous enverra peutêtre pas. Les poëtes provençaux se sentent de leur origine. Il y a quelque démêlé personnel du Nouvelliste du Parnasse avec le traducteur de M. de Thou. Mais vous en allez voir bien d'autres dans la lO"* Lettre. L'abbé Lenglet, qui est le vrai nom du chevalier Gordon^ y est traité selon son mérite sur sa Préface de Harot ; que de sottises il y a dans cette préface ! si les notes sont de même, ce gros commentaire n'aura pas beaucoup de débit, et je m'en tiendrai à mon Harot de l'édition de Niort et à l'article de Marot dans Bayle, dont le Nouvelliste auroit bien pu dire un mot, quand ce ne seroit que pour réformer la citation de Jérémie , de Pours sur les Psaumes, qui n'est point de Pour s. On imprime les Lettres de Bayle actuellement à Paris, avec des augmentations. M. Desmaizeaux ne me parle point de votre lettre ni du Pervigilium Veneris ; il y a un livre d^ Anecdotes sur la confession plein de faits Sur H. le cardinal de Noailles.

M. le duc d'Alincourt vient de perdre son second fils, exprès avoir perdu le premier. La douleur est grande dans c^tte famille sur cette perte. M""* Mancini vient de perdre ^n fils qui n'avoit que dix mois. On vient de me donner ^ne autre fable de P Hirondelle et du Moineau sur la Ca* ^êre , mais cela n'est que général ; vous l'aurez.

3i3 CORRESPONDANCE INÉDITE.

Lettre XXVP.

A Paris, ce 4S juin 1751.

Il ne VOUS faut pas laisser ignorer, Monsieur^ une plaisante ou pas tant plaisante histoire qui s'est passée ici depuis peu à la réception d'une fille de TOpéra. M. Gruère, le directeur de ce spectacle, voulut donner un repas pour célébrer cette réception : actrices et nymphes de la danse, tout en fut; on but, on s'échauffa, on chanta; on proposa de danser après le chant et après boire ; la danse ne fut pas trop sage ; on se mit en chemise, d'abord chemise de femme, puis chemise d'homme , puis point de chemises du tout.

En tel habit que vraisemblablement, N'avoieut pas fait les tailleurs du couvent.

Une des nymphes (c'est celle qu'on appelle la Constitution) fit un faux pas, tomba sur ses mains, et présenta son derrière à l'assemblée, qui trouva plaisant d'en faire un ballet et d'aller baiser ce derrière en cérémonie. M. Gruère commença, les autres suivirent ;

Une passa, puis autre sœur, "puis une,

lecul du bouc fut bien baisé; la Pellissier entra aussi dans cette danse ; on lui en fit autant qu'à l'autre ; une vieille tailleuse voulut y trouver à redire, il fut conclu qu'on la baiseroit aussi.

Toute cette joyeuse bande ne pensoit pas que les voisins qui étoient aux fenêtres voyoient la scène, comme si on avait été à l'amphithéâtre de TOpéra. La police en a. été informée : le lendemain personne ne se souvenoit. plus de ce qui s'étoit passé; M. Gruère a été cité par devant H. Hérault, et toutes les filles Tune après l'autre ;, on croit que le directeur va être mis sous quelque dîrec-

iion, et les Jansénistes ^ qui sont toujours à quelque fenêtre,

fait un quatrain dont on ne m'a dit que le sens^ qui

qu'on est surpris que H. Héraut fasse tant de bruit de

qu'on a baisé le cul à la ConslUution , lui qui ne fait

autre chose depuis quinze ou seize ans. Y a-t-il rien de

plus fou et de plus extravagant que tout cela? Voilà de

l'ouvrage pour le nouveau général de la Calotte.

Vous serez bien aise de voir^ dans la 20" lettre du Non- Xf^lliste, qu'il y a des Mémoires de la cour de France de M"*^ de la Fayette pour 1688 et 1689. Ceux qui ont le reste devraient bien le donner.

f ai pleuré comme vous à Thiridate^ et j'y ai vu pleurer M'^* Roland^ qui a été depuisH"''deSaint-Geniez(Navailles); je sois aussi de votre avis sur le vers :

Il est comme à la vie un terme à la vertu.

Il n y a que quelque pédant sur les bancs de théologie 9ui puisse critiquer cela. La vertu finit comme la vie finit : ^^^h s'entend très-bien.

J'ai entendu dire de Saint-Évremond le mot que vous ^ dites sur Bayle. J'aime bien mieux Leclerc depuis que vous m'en écrivez ; mais voyez, je vous prie, la ^^tre de La Fontaine à M. Simon de Troyes, tome II, p. 86, ^ îl fait un bel éloge des deux journalistes et en juge tierveille. L'ouvrage de Leclerc sur V Écriture sainte est ^^ ^ i et il peut dire : Nunc dimitlis.

Lettre XXVIP.

À Paris, ce49 jain 1731.

<Je ne vous aifpoint mandé le nom de Fauteur de la tra- ^^iction de H. de Thou. Je sais que c'est dom Prévôt, ex-bé- ^^dictin, et qui s'appelle en Hollande à' Exiles.

Le grand factum de la Cadière est ici entre les mains tout le monde : on se l'arrache, il étoit hier au Palais-

Royal, chez S. A. R., et il faut qu'il soit déjà imprimé, car on m'a dit qu'il était in-iSk''. Toutes les conversations ne roulent plus que sur ces sottises monastiques. Le conte historique est plaisant, et parolt une parodie de quelque morceau d'opéra. Quant à la procédure , vos remarques sont bien vraies, et je ne comprends pas l'ignorance des commissaires ; on dit que l'évocation a manqué, mais on évitera le séquestre, qui étoit le prétexte de l'évocation. Je n'ai pas encore le faclum.

Vous avez bien nommé le sabbat de Gruère, c'en étoit un véritable. Je me souviens d'avoir lu celui de l'impératrice Théodora dans le fragment de Procope , qui fut retranché du Ménagiana de notre ami et qui fit de la peine à M. Burette le censeur.

Le tableau des avocats est imprimé, et M. de Harimberg n'y est pas. On continue toujours les assemblées; le bâtonnier nouveau s'étoit opposé à l'impression du tableau, mais son opposition n'a rien fait, et il faut bien que tout cela se dissipe. H. Cochin s'est retiré de ses assemblées.

M'"^ de la Yrillière a tant tourné qu'enfin elle est assise. . Son mariage s'est renoué avec M. le duc de Mazarin :^ elle est allée à Fontainebleau prendre le tabouret, l'ayant pu prendre à Versailles chez la Reine avant d'avoi été présentée au Roi comme duchesse. Le mari demeura à l'Institution, et la damé ohez elle ; quand elle vienf i manger avec lui , il lui dit toutes sortes de sottises et n'eiza fait point.

J'ai vu les Anecdotes ou Mémoires secrets de la ConstitUrM tion : cela est très-bien écrit et est plein de pièces originale^^ et de faits très-curieux, qui ne plairont point à bien det^ gens. Il y a des portraits bien travaillés et dignes de^^ meilleurs historiens; on ne nomme point l'auteur, c'est une bonne main qui a su peindre le cardinal d' trées et le cardinal de Polignac. Ce volume, qui est en deu^^fl sections, finit à la mort du Roi : on en promet un secon

LETTRE XXVIIP. 255

Le cardinal de Noailles faisoit faire cet ouvrage sous ses yeuz^ et sa modestie en devoit être blessée y car il y est. bien flatté et loué par les paroles et par les faits. JL^ AverUssement rabat de ces louanges.

Letlre XXVIII'.

A Paris, ce 27 Jain 1731.

Le grand factum de la Cadière avec les dépositions scandalise tout Paris^ même ceux qui n'aiment pas la Sociélé ; et une personne du monde me dit hier qu'on en pourroit faire graver des figures, comme celles de l'Arétin. Il en est parlé au long dans les Nouvelles eccli$iastiques du 29 mai, car elles vont toujours^ et on y a mis une lettre des la Cadière mère et fille à M. le chancelier [sur les nullités et irrégularités de la procédure, qui sont trèsbien remarquées : on ne feroit pas mal de jeter tout ce procès au feu, de mettre la fille dans un couvent avec sa virginité stigmatisée et le bon Père dans quelque mission étrangère.

Le sabbat de Gruère a produit deux bonnes pièces de

vers, l'une intitulée les Orgies^ allégorie. C'est une sorte

de poëme dont Rousseau est inventeur; celui-ci est fort

bien rimé, et la fable joliment trouvée de Pbœbus qui se

plaint à l'Amour de ce que

Pour célébrer ses nocturnes orgies,

Amour attend qu'il ait fini son cours,

Et ses bons tours ne se font qu'aux bougies.

I^ petit dieu malin dit qu'il le veut mener en un endroit ù il verra de belles choses , et justement il le mène au bbat, dont la description est merveilleuse :

Réduit impur de la luxure impie.

Vieux temple où gît la débauche accroupie.

Je vous donne ce crayon en attendant la pièce. L'autre

est un arrêt de Momus sur cette même scène^ et le premier depuis

Que dans le salon de Livry, Où se ût la cérémonie, On nous eût mis après maint cri Sur le trône de la folie.

Cet arrêt est de cent vers juste, et ce n'est pas sans raison. L'arrêt renvoie le fond de l'affaire au conseil du régiment, et en attendant il ordonne qu'on en fasse des tabatières , dont la disposition est toute arrangée et trèsplaisamment. Il y a une apostrophe ridicule aux prélats sur la Constitution,

On entend celle de TËglise.

et le bon père Girard y a aussi son fait à part.

Tel dans Toulon, père Girard, A qui Ton prépare la hart.

Attendant bouillante chaudière, Baisoit le c... de La Cadière.

Cela finit par les cris du voisinagCi qui dit en voyant la Pellissier nue, tandis

Qu'elle a Fépaule découverte, Qu'on lui donne la fleur de lis.

Hais on la rassure contre le public com plaignant] p€ur ce vers :

N'as-tu pas pour toi Carignan ?

Le règne du Saint-Martin commence assez bien, et je ne sais s'il durera. Je vous annonce une belle calotte contre Ramsay dans la 22*^ lettre : après cela il faut se noyer dans la Tamise.

LETTRK XXIX*. Î57

Lettre XXIX\

AParis, ce2JiiiUet 1731.

Voilà I Monsieur^ les pièces entières que je vous envoie, e'ft, vous verrez jusqu* où nos poètes portent leur licence, r^!^^ Orgies sont d'un jeune homme nommé Bernard^ qui tde Lyon et a assez bien allégorisé Taventure du main de Cypris. L'arrêt me paroitdu style de Tauteur du '<»&iie de la Calotte, homme qui a de Tesprit^ qui en a «jours abusé comme de son bien , qui est réduit à prést à la misère et qui ose tout.

Je n'ai pas vu le factum de la Cadière , mais j'en ai vu L ** Â Dterrogatoirederofficial^ qui court manuscrit dans Paris ^k qui m'a fait horreur.

£q comparaison de cela les Orgies sont une cérémonie ^^inte. On ne comprend pas l'imbécillité ou Timpudence ^^ cette fille^qui récite toutes ces ordures de sang-froid, ^^ la patience de Tofiicial, qui les laisse dire ; cela se lit ici p^^UiineriUoysia, et c'est un des plus grands scandales que J ^ie encore vus. La procédure est misérable^ il n'y a qu'à 7^^^ t déclarer nul et assoupir, si Ton peut, une affaire si ^■^digne, qui va causer une affreuse corruption dans le le et dans le cloître, quoiqu'il y en ait déjà assez, n'y vois point de quoi placer le cas privilégié, s'il y a que la déclaration de la fille; mais il peut résuldes confrontations quelque fait comme celui de la ^scipline donnée par le directeur lui-même^ qui excède délit commun et qui empiète beaucoup sur le pri- '^îlégié. Le bon père Girard ne descendroit-il pas de ce I^^^e Girard dont La Fontaine parle dans les Cordeliers ^^ Catalogne et qui faisoit payer la dime aux femmes? Il *^^ fut pas brûlé comme les autres, et le conte dit qu'il ^^oit eu son fait à part. Il est plaisant que ce nom se L ^ïlcontre dans une histoire à peu près pareille et pour-

tant plus friande^ puisque c^est une dime de prémices.

L'aventure du curé de Toulon et du secrétaire de l'évêque mériteroii un La Fontaine pour la raconter. Je la crois inventée , mais l'invention est jolie, et M*^ de Toulon ne devroit pas se réserver un cas si commun.

J'ai ouï parler de Rosalinde dès cet hiver, et je crois vous avoir écrit qu'il avoit été imprimé au Louvre, et qu'il ne se vendoit point. On rira peut-être de ce héros si modeste et qui a des larmes si fraîches. Dans la première édition qui s'en fera, ce héros aura fait un cours en galanterie comme le héros de M. de Ramsay a fait un cours de tactique, et notre nouvelliste du Parnasse nous en va dire de belles. Nous venons d'avoir de petites vacances, qui m'ont donné du repos. Je vous renouvelle toujours ^ ma tendre amitié.

On crie dans les rues pour un liard l'affaire de Thommi assassiné qui est revenu.

Lettre JiXX'.

A Paris, ce IS julUet 17S1.

J'ai été passer trois jours à la campagne pour me repos et cela m'a empêché, Monsieur, de vous écrire. Je n'ai tendu parler ni de Constitution ni de la Cadière, ni miraclcsdu bienheureux Paris. Hais quand je suis rentr* Paris j'ai trouvé tout cela en feu plus que jamais. L'an contre Tévèque d'Orléans est cassé en ce qu'il a eny sur les sacrements à la mort, celui de l'abbé Baudry «^ aussi cassé en ce qu'il a déclaré tous les bénéfices vacacB^ 8^ au surplus Tarrêt exécuté.

Le factura de la Cadière est entre les mains de towfb le monde. Je l'ai lu d'un bout à l'autre, et la distribu ti^'fl m'en a paru meilleure que l'exécution. La plainte est ^^îirieuse aussi bien que les extraits des interrogatoires et i û- . formations, et je trouve le P. Girard trop bon d'avoir ^«it

LKTTKK XXX^ 2Ù9

la dimension du stigmate du côté^ quatre doigts au-dessous du teton gauche et auprès des côtes inférieures^ et d'être convenu qu'il étoit conformé par les côtes à peu près comme la fille et de certaines circonstances qui concernent Tavortement. Tout cela est vilain et scandaleux. On attend la réponse du P. Girard, que les Provençaux appellent une défense volumineuse parce qu elle contiendra un volume. On plaide actuellement à Âix^ et sMl ne faisoit pas si chaud; il eût été curieux d'en faire le voyage pour entendre ces beaux plaidoyers.

Le bienheureux Paris continue ses miracles : il en a fait un sur un petit Espagnol, iilsdu directeur des postes de Madrid, qui a été adressé à M. d'Ons-en-Bray ; il avoit un mal à un œil que les oculistes et Gendron surtout disoient incurable. Il a fait une neuvaine^etdansle cours de cette neuvaineson œil s'est trouvé guéri. Ce miracle a bien aisément couru la poste en France et en Espagne^ et M™* la princesse de Conti; qui est affligée, a bientôt couru au tombeau du bienheureux. On vendoit son portrait avec une oraison; mais M. Hérault fit samedi au soir arrêter les imagiers^ et il s'y est pris sur le tard, de peur de quelque émotion. Un capucin a voulu parler dans l'église de Saint-Médard contre ce bienheureux non béatifié, et on lui a arraché la )>arbe outre quelques coups, ce dont Sa Révérence a été blessée. Tant y a que ni le ministre, ni la police, ni Tarchevéque ne peuvent empêcher le cours de cette dévotion ou superstition populaire, et il faut attendre que le peuple se dissipe de lui-même comme il s'est assemblé.

Il y a un arrêt du 14- juillet qui condamne au feu un lil)elle contre le Parlement, M. Gilbert et l'abbé Pucelle. On l'adressoit cacheté par la poste aux avocats. Cela coûtoit31ivr. 10s. déport: ilsl'ontdénoucéau Parlement; cela a fait une réconciliation du schisme du Palais, et sur leur dénonciation, ce libelle a éié condamné et brûlé. Il y a aussi un arrêt du Conseil qui supprime des Réflexions faites contre la lettre du parlement de Bordeaux au Roi.

260 CORRESPONDANCK INÉDITE.

Je connais les Flagellants de l'abbé Boileau ; j'en ai bien ri autrefois, el je trouve vos Cadièresbien plus prudents que la Provençale d'avoir passé sous silence la fouelterîe du curé de Châtillon. Il s'en passe bien d'autres que l'on ne sait point entre tous ces Messire Jean.

M. Fleuttelot m'a autrefois écrit surThomme assassiné qui est revenu ; mais les juges ne sont point garants de la fausseté ou supposition des témoins. Dieu a dit : In ore

duorum vel Irium, etc Et voilà la décharge des juges

écrite en bon lieu. Après tout, comme vous dites fort bien, il est bien dangereux de juger les procès criminels ohscurs. Le dernier dont vous me parlez en est encore un exemple.

Le Ramsay avec son Cyrus, ni l'abbé Terrasson avec son SilhoSy roid'Égyple, n'atteindront jamaisau Tilémaque de M. de Cambray; ils devroiont baiser ses pas et travailler à d'autres ouvrages, ou pour mieux dire se reposer.

Vous venez de perdre votre confrère M. delà Paye; les millions qu'il laisse seront bons pour son héritier et non pour la harangue de son successeur, qui n'osera parler des Lettres poliliques écrites dans le temps du Système. M"* de Saint Aulaire vient de mourir aussi, et voilà les imaginations poétiques bien tendues de tleuil et d'élégies. Le jeune duc de Pecquigny laisse une belle veuve, qui ne le pleurera pas beaucoup. On meurt de chaud à Paris, mais je crois ce temps bon pour les vins de Bourgogne, et cela nous console un peu. Je vous embrasse toujours de tout mon cœur.

Vous vous réjouissez bien avec le P. Granara italien et le Nouvelliste qui le traduit.

Le libelle brûlé venoit de Mons et de Louvain. Il est intitulé : Seconde lettre à M. Gilbert, avocat général; c^est^ une critique de son plaidoyer contre le mandement d^ M. de Laon sur la puissance ecclésiastique. Il y est traita comme le dernier des hommes, sans foi, sans honneur^

LRTTRR XXXK. 261

sans bon sens ni esprit et sans capacité. On y fait une description du lit de justice, où d'un côté les princes du sang, les pairs de France, les présidents à mortier demandent Texécution de la volonté du Roi ; et de Tautre, un Pucelle, un Robçrt, unTiton, etc., s'y opposoientet se montroientles successeurs d*Anne Dubourg et méritoient son supplice. Voilà un abrégé de ce libelle furieux que je sais d'un homme qui Va lu. On dit qu'il n'est paâ mal écrit, et M. de Laon avoit bien promis qu'il feroit quelque chose de sa tète.

J'ai appris au Palais que l'affaire de la Cadière est jugée et que toute la procédure a été déclarée nulle : ainsi voilà à recommencer.

Lettre XXXlr

A Paris, ce 29 juillet «731.

J'ai lu avec grand plaisir, Monsieur, le gros Mémoire du P. Girard, que je n'ai point trouvé trop gros. Je n'entendois rien à toutes ces magies, enchantements, sortilèges, avortements, lettres mystiques, et à présent je suis au fait, et que je vois la petite fille et ses frères ont tendu de ces pièges au bon père , dans lesquels il est étonnant qu'un grand prédicateur, directeur et confesseur, ait pu donner ; il semble qu'un enfant n'y auroit pas été trompé, mais elle le flatta d'abord par la vision de YEcce Homo qui devoit la conduire dans les voies intérieures, puis par l'autre vision de son nom écrit dans le Livre dévie à côté du sien, et le Père, qui a cru que la sainte Trinité s'entretenoit de lui dans le ciel , n'a pu résister à une tentation si séduisante. La relation du carême est une pièce bien visionnaire et bien folle. Le jacobin n'entend pas mal ce langage, et il a été bien hardi d'écrire cela de sa main et toutes les lettres qui paroissoient au bon père des lettres angéliques comme venant de son petit ange. Je ne

2G2 CORRESPONDANCE INEDITE.

I)arle point du petit coniinerce qu'il y a pu avoir entre le directeur et la pénitente, filiaerat pulchra; et notre poète chartrain m'écrivoit le dernier jour que iste gonfessor lui tâtoilles c()to. La grille du chœur, que Ton dit être trop petite pour y passer la tête, m'a fait souvenir de l'èpigranime de Marot de frère Thibault, et je ne sais comment cette idée m'est venue, dont je demande pardon au P. Girard; il n'est guère possible de manier des ordures sans se salir. Renvoyons tout cela au secret du procès, où* il en a bien d'autres, et attendons Tarrôt. U y a une réponse au mémoire du R. P. par l'avocat M. Cbaudon, que je blâme d'avoir écrit contre son confesseur, qui lui reproche plaisamment d'avoir dirigé sa femme. Tout cela est bien édifiant. On dit que le carme a fait faire ici iin écrit par M. Aubry pour sa -défense, et il aura trouvé dans quelque casuiste la permission de révéler les confessions.

Le Mandement de M. l'archevêque contre les miracles du bienheureux Paris est lâché, mais ce n'est que de la poudre en Tair : on y court plus que jamais, et les miracles ne cessent point. Il y en a un tout nouveau d'hier sur une petite fille qui n'avoit marché de vingt ans (toujours des petites filles que le bienheureux fait trotter). On trouve mauvais que l'archevêque ait joint à son mandement deux rapports de médecins et de chirurgiens où la physique des menstrues est expliquée tout au plus clair; les femmes disent qu'on ne doit pas révéler ces secrets, qu'on leur a manqué de respect et de bienséanse au public, et que cela ne devoit point être à la suite d'une lettre épiscopale ; et en effet ils n'avoient qu'à vendre ces deux feuilles séparément pour éviter la jonction que l'on dit être obscène : je l'ai entendue nommer ainsi par une femme d'esprit.

M. le comte de Gramont se présente pour remplir la place de M. de la Faye. M"* de Gontaut, M"** de Rupelmonde et d'autres dames veulent avoir un résident à l'Académie, et il en servira. Il joue bien aa piquet et dé-

LRTTRE XXXir. 263

cidera s'il faut dire en jouant une levée ou un lever. Les harangues nous apprendront quel est son mérite d'ailleurs.

Les Mémoires de M°*^ de La Favette sont excellents : ils répondent parfaitement à sa réputation et au style que nous lui connoissons^ qui est vif, courtisan et passablement malin. C'est dommage que nous n'ayons que ce morceau^ qui ne plaira pas pourtant à bien des grands. Le livre est rare.

Je n'ai point vu Sélhos y j'en entends dire assez de mal. Le Nouvelliste ne l'épargnera pas. La lettre de Voltaire est assez bien écrite en prose; il y a quelques insolences^ et il les a suivies de près, car il étoit ces jours-ci à l'Opéra, où il aime toujours quelque actrice, quoiqu'il ne sache que leur faire.

M. Bargeton vient de m'envoyer un Mémoire qu'il a fait pour la souveraineté d'Enrichemont. Je le lui demande pour vous. On ne défendroit pas la plus grande monarchie avec plus de capacité et de sérieux , cela vous fera plaisir ; je n'ai pas les Mémoires contraires, mais vous les aurez facilement.

Lettre XXXIP.

A Paris, ce 6 août 1731.

L'affaireduP. Girard fait ici, Monsieur, le plusbeau scandale que Ton ait jamais vu dans la religion et dans les mœurs. On a permis d'imprimer les deux Mémoires de La Cadiëre et du père , on les vend dans les rues, on les lit à la Cour, à la ville, dans les cloîtres, dans les familles, et vous vous imaginez bien quel effet cela peut produire. L'avocat général a parlé le 19 et le 20 ; les conclusions du parquet sont publiques, et voici ce que j'en ai vu, que je n'entends pas trop. Les décrets cassés j toutes les parties pasieront le guichet, on requiert le récolement et la confronta-

264 COKRESPONDANCE INÉDITE.

tion de cinq témoins fort graves de la Cadiêre qui ont été omisy les quatre filles stigmatisées du P, Girard décrétées de prise de corps j la Cadiére déboutée de sa demande en cassa^ tion de la procédure.

Si ces conclusions sont sai vies, en voilà pour longtemps, f^s stigmatisées ne peuvent point être sur le compte ^ du P. Girard seul. Comme j'ai examiné l'afraire en criminaliste^ j'ai remarqué quMl est convenu dans son inter — rogatoire d'avoir non pas vu^ mais touché les côtes : etl^ chemin de cet attouchement est bien suspect et périlleux ;* qu'il a vu le pot plein de sang dans la chambre de la fille» qu'il s'enfermoit pour voir les plaies^ qu'il a empêché la mère d'envoyer quérir un médecin ( fait dont il est convenu à la confrontation avec le petit abbé Cadiëre)^ qu'il dénie dans son Mémoire avoir demandé aux religieuses si elle avoit perdu du sang^ et il y a deux dépositions conformes du contraire par Tabbesse et la maîtresse des novices, qui paraissent de saintes filles, et à qui il a fait cette demande; qu'il est convenu des écuelles d'eau par lui données et de s'être enfermés huit ou neuf fois, et qu^il y a biendu quiétisme dans ses lettres, ce qui mène loin avec une jeune fille, et avec toutes ces autres filles qui, si elles sont décrétées, vont apprendre bien des faits nouveaux. Joignez à cela qu'un si grand directeur auroit dû découvrir la fourberie de cette sœur Aiibech tout d'abord et se défier de grand appétit d'être sainte. Je n'ai point vu la chanson: Oubliez-vous^ el laissez faire; vous me ferez plaisir de me l'envoyer.

On dit bien qu'il y a un appel comme d'abus d'Anne Lefranc, mais je ne l'ai point encore vu, et je ne comprends pas quels moyens il y en auroit et qui en auroit consulté la requête; on la feroit bien signer par cent mille hommes si on la portoit au tombeau du bienheureux Paris : il est plus fréquenté que jamais, et ce sera un grand miracle s'il n'y arrive pas quelque émotion, car les bourgeois du quartier font la garde la nuit, de crainte qu'on

LKTTRE XXXir. 265

n'enlève le corps, et on dit qu'ils ont dépavé leurs cours pour se servir des pavés en cas de quelque descente; on ne peut pas empêcher de vendre son portrait dans les rues; enfin, il n'y a jamais eu une fureur pareille.

Les dames sont toujours bien fâchées des certificats historiques joints au mandement y et de ce que le P. Girard, pour se justifier de Tavortement, produit le calen* drier des règles de sa pénitente, justifié par ses lettres. Vous verrez qu'il faudra communiquer le procès & la Faculté de médecine. Tout cela est bien singulier.

Voltaire ne songe pointàTAcadémie, et l'Académie ne songe pointa lui; il est bien caractérisé par VotqutUltmt modestie. Despréaux disoit de Racine que quand il disputoit il avoit orgueilleusement raison. Nous attendons toujours que le comte de Gramont aura la place, puisque la Cour le veut. (Il est sûr que le comte de Gramont s'est désisté. )

On dit qu'il y a un arrêt du Conseil qui ordonne que le Mandement de l'Archevêque sur la juridiction ecclésiastique sera vendu et publié, nonobstant les défenses portées par l'arrêt du Parlement, et qui évoque au conseil l'appel comme d'abus du procureur général; cet arrêt n'est pas encore public, mais on le tient certain et Touvrage du bureau mi -parti , clerc et lai.

Je n'ai pu encore avoir la lettre circulaire du Roi aux évéques, où la Constitution uesl point règle de foi. On donne d'un côté et on ôte de l'autre, et dans les matières délicates il faut s'accommoder un peu aux faiblesses humaines, puisque la religion est dans TÉlat.

Ce que vous dites des avocats est bien vrai; vous verrez que M. Bargeton n'est pas dans le cas ; son Mémoire est à votre adresse. M. Bourret et M"* sa fille se portent trèsbien, et il n'y a que deux jours que nous parlions de vous ensemble.

Il est arrivé , le samedi 4 août , un fait singulier au tombeau du Bienheureux : une femme nommée de Lorme s'est

présentée pour être guérie d'un estropiement qu'elle feignoit; elle a crié miracle, mais elle est tombée sur-lechamp en paralysie tout d'un côté du corps , il a fallu remporter sur une civière chez elle. Le peuple Ta suivie; on Ta portée à l'Hôtel-Dieu ; on a envoyé quérir son confesseur, qu'elle a nommé, qui est un prêtre (moliniste ) de Saint-Jacques-de-la- Boucherie nommé Cheurin; elle lui a déclaré sa dérision et sa punition subite : il l'a dit de sa part à trois principales religieuses de l'Hôtel-Dieu, à deux officiers et à un prêtre ; elle a été confessée et a reçu ses sacrements, et elle est très-malade. Tout Paris court à cet anti-miracle, qui parolt assez bien vérifié par gens de grande considération et des magistrats. Tant y a qu'il ne fâut point se jouer à ce M. Paris, qui se venge et qui est en société du mihi vindicta. La femme marchoit très-bien le matin et auparavant; elle demeure surlePont-au-Change, à l'enseigne des Quatre Fils Aymon^ est veuve, et son métier est de faire des paniers pour les femmes. Voilà ce que j'entends dire à tout le monde qui va et qui revient à l'Hôtel- Dieu. On dit que les administrateurs en ont fait dresser un procès-verbal.

Plein de beautés et de défauts , Le vieil Homère a mou estime; Il est comme tous ses héros, Babillard outré , mais sublime.

Virgile orne mieux , sa raison Est plus tendre , a plus d'harmonie ; Mais il s'épuise avec Didon , Et rate à la fin Lavinie.

Des faux brillants , trop de magie Ont mis le Tasse un cran plus bas.

Mais que ne tolère-t-on pas Pour Armide et pour Herminie?

Milton , plus sublime qu'eux tous , A des beautés moins agréables ; Il ne chante que pour les fous , Pour les anges ou pour les diables.

LETTRE XXXlll*. 267

Après Miltou , après le Tasse , Parler de moi serait trop fort, Et j'attendrai que je sois mort Pour apprendre quelle est ma place.

VOLTAIBE.

Lettre XXXIIt.

A Paris, ce 15 août 1731.

On ne parle plus ici que de l'affaire du P. Girard. On

Vend publiquement, et à la porte des Tuileries, à toutes les

dcimes, la dernière réponse de la Cadière , où il y a de si

ï^eaux commentaires sur la lettre du 22 juillet, et ce chaste

^*^tpait de l'interrogatoire de Tofficial ( qui court ici en ma-

■^tiscrit tout entier et qu'on auroit pu mettre parmi les

'ïciaiiuscrîtsde la Fillon ). Les filles de notre siècle ne vou-

^ïN3ïit plus aller à confesse, ou plutôt voudront y aller.

^^ous ne me dites rien des autres dépositions de l'arrêt

^ 30 juillet , qui sont : 1* Qu'il y a abus dans la procé-

^^^^ede l'of/icialité ; 2" Que la Cadière est déboutée de ses

^^^twts royaux en restitution contre sa rétractation , où elle

I>ersisté depuis le 27 février jusqu'au 10 mars , et qu'elle

f3éboutée de son appel a minima du décret du P. Girard.

1* égard des filles stigmatisées contre lesquelles il. y avoit

^^ décret de prise de corps , il est dit qu'il y sera fait

^c>t( en voyant le procès. Le P. Girard et Cadière se sont

^^X\\s volontairement prisonnier s j et le P.Nicolas, carme,

^ ^st pas remis encore. La Cadière demeure dans le cou-

^^rit de la Visitation, où elle est par lettre de cachet ; mais

^ Parlement , pour faire acte d'autorité , a envoyé un ar-

^^^r pour garder son parloir. On ne parle point du tout

^ ^3c prisonniers. Il y a encore cY juger les reproches qu'ils

^t^pellent les objets , et il y a des mémoires pour cela.

** faut aussi faire des récolements et confrontations des

*^iiioius graves qui n'ont été récolés ni confrontés, et je

^ ^^^edoute bien qu'on a pris ses mesures pour la rétractation

îfiS CORRESPONDANCE INÉDITE.

lors du récolement. Si on a décrété accusateurs et ci ses, c'est qu'il me semble qu'il n'y a plusd'accusateu puis la rétractation de la Cadière jugée, qu'il n'y a pi proprement parler de partie civile, et que le tout est c les mains de la partie publique. Enfin^ suh judice li et je ne voudrois pas être à la place du père qui se tr là dans une forteresse bien assiégée, et dont on ne sor par capitulation . Son ancien métier de soldai ne lui sei guère. Lors de l'arrêt il y a eu 12 voix contre 10 ; tout ce que je sais sur ce procès et que j'ai vérifié sur sieurs lettres de Provence qui vienneut de bonne n Je vous remercie de la chanson^ qui n'est point de Volt et qui est aussi venue de Provence; mais on n'en sai lair, et c'est un défaut à une chanson. Nos musiciens feront bientôt un.

Le fait de la nommée de Lorme est vérifié autant peut être : elle en a fait une déclaration par-devant nolaireSy danssonlitàTHôtel-Dieu^ en présence de vin^ personnes^ qui ont aussi signé, et il y a trois conseille Parlement^ deux chanoines de Notre-Dame et autres le confesseur moliniste^ à la réquisition duquel cet a été passé et qui dit en avoir fait rapport à M. Tai vêque, qui l'a écouté avec attention et bonté. Cet a été imprimé, et se vend dans Paris 3 sous. La malai porte mieux, et commence à remuer sa main. Un g vicaire de l'archevêque et archidiacre a fait un int gatoire, où on prétend qu'il y a variation. Mais on di cet acte est nul^ faute de territoire et fait à une lalqi même dans les salles de THôtel-Dieu, quiadesprivil Voyez que d'incidents! Heureux si cela ne va point sédition : il ne faut qu'un tour de broche à des et aussi ardents.

J'ai vu la lettre circulaire, qui devroit être renvo l'Académie, pour savoir la différence des expressioi règle de foi ou de jugement dogmatique de V Église un selle. iMais si Tune est offensive des oreilles et que Vi

LETTRE XXXIIF. 569

A^ le soit paSy il faut s'en tenir à ce qui n'offense point 1^ délicatesse de ce sens. J'ai aussi vu la lettre du Roi au E^s^rlement de Bordeaux, qui est du style de M. le Chantier, et qui donne des bornes au pouvoir des magisatsen fait de religion. On y trouve une fine explication modifications faites par les parlements dans Tenrestrement de la bulle ^ et c'est une pièce bonne pour le emps.

L'écrit où est la citation de Bellarmin ne m'a pas enore passé par les mains , mais j'en ai ouï parler, et je l^aurai. Il faut marcher droit devant certaines gens.

Crébillon fait ses sollicitations pour la place de l'A-

^^^démie, et s'est rendu à la forme du statut, qu'il ne

^Wyoit pas fait pour un homme de son mérite et qui a

*ué tant de héros. On parle de M. RoUin; et comme il a

**«çu une lettre de M. le cardinal de Fleury très-gracieuse

Sur son dernier tome, si S. E. veut dire un mot, Cré-

ï^illon sera renvoyé à une autre fois. Je lui préférerois

^icore M. Dupré de Saint-Maur, quia si bien traduit

•■•Iton.

Al. Joly, fermier général, est mort, et sa place a été donnée sur-le-champ à M. de Beaumont, parent du P. de aiguières, qui étoit directeur à Amiens

Je vous fais mon compliment, Monsieur, sur les bulles

^t Tenregist rement des lettres patentes de Tévêché de

ï^ijon en faveur de M. l'abbé Bouhier, votre parent; votre

^omn'avoit pas besoin de cette illustration, mais il est

toujours beau d'être le premier évèque de la capitale de

Bourgogne, et ce premier est bien flatteur.

Lisez-vous la Bibliothèque raisonnée qui se fait à Amsterdam tous les trois mois? Ce journaliste me parolt un grand raisonneur fort froid et sans aucun sel. Il aime Wen les Anglais, mais tous leurs livres sur la religion naturelle sont bien fous et bien impies. Ce que j'y ai trouvé d^Ds les trois derniers mois de 1730 et dans les trois pre- '^îers de 1731, c'est une longue lettre à M. Desmaizeaux

270 CORRESPONDANCI*: INÉDITE.

^qui est du P. Bougerel, de TOratoire), et qui contient une apologie de M. d'Andiily contre une note sur une lettre de Bavle. Cela est curieux. M. Desmaizeaux a fait là une belle action de donner au public ce qui étoit contre lui^ et le P. Bougerel, qui m'a dit avoir l'honneur d'être connu de vous, a bien fait de réfuter cette calomnie; il m'a appris que les lettres écrites à Bayle sous le nom delà reine Christine étoient delà façon d*un nommé Brémont y Provençal y dont la vie ne ressemble à rien dans le monde, qui a beaucoup écrit, beaucoup voyagé, et est un second don Quichotte pour les aventures et qui auroit bien pu faire un coup de main sur le pauvre Bayle.

Arrêt du U août 1731 dans Talfaire de H"' Kerbab ou H""* d'Hautefort, qui renvoie les parties à la Tournell criminelle (deuxième arrêt sanglant contre M. d'Haute— fort). 11 y aeu appel a tninima.

Le comte de Saulx , père de H. vicomte de Tavannes est mort.

Lettre XXXir.

A Paris, ce22MAtl7SI.

Je commence, Monsieur, par vous parler de l'affaire H*"^ dllautefort, qui est à la Tournelle par un événera< des plus rares; il y avoit déjà vingt-deux opinions tendoient à la décharge ou à Thors de cour, un vinj troisième (qui est H. Godebeu, conseiller de 1725 appelé a minimal faisant fonction de procureur générc«^^l , et sur-le-champ la Chambre s'est trouvée dépouillée ^i

hors d'état de juger. Sur cela on demande : 1* si ce c^J *nseiller a pu appeler, et on ne doute pas qu'il n'en ai'fc ie droit : c'est une tradition dont je ne trouve pas rorigix^=3e. Tout juge est procureur général quand le procure^=?(ir général a négligé son office. Hais où cela va-t-il, 'si ce juge, ayant entendu les opinions des autres, qui n^czizynt

point trouvé matière à appel y a pu par sa voix seule changer Tétat de Taffaire , et de civile la rendre criminelle. La chambre Ta jugé ainsi y puisqu'elle n'a point jugé. Quoi qu'il en soit , ou est en Tournelle y on prépare des récusations contre H. de Blancmesnil^ qui a fait le premier arrêt , il y aura des interrogatoires au moins derrière le barreau y M. de Hautefort pourra demander l'assemblée des deux chambres y et Paris^ qui n'entend rien à ce style^ le tient comme criminel et déjà condamné.

On dit aujourd'hui le P. Girard morly et c'est une assez iH>nne façon de sortir d'une mauvaise affaire. H. Le Bret est malade^ et on dit que ce procès le tuera; ils ont travaillé aux objets ou reproches , et cela n'est pas encore fini. Après cela ils seront vingt jours à préparer les conclusions et le jugement. La Cadière a donné une requête f>our voir sa mère et son frère l'abbé. Elle a été remise à. la prudence de H. le premier président. Le carme et Xe dominicain ne voient que leurs procureurs. On a mis iW la fenêtre de la Cadière des grilles de fer^ quoiqu'à xiD quatrième étage, et un cadenas à sa porte, qui est enclore gardée par un archer. Le P. Girard, s'il n'est mort, est ^ans sa prison, que je ne crois pas si volontaire qu'on l'a dit. Il y a un dicton à Paris :

Dieu garde nos rois d'un père Guiguard, Et nos filles d*un père Girard.

On distribue toujours les mémoires imprimés, et nous venons de voir celui de l'abbé Cadière, qui est d'un style très-faible, où il traite la question : V S^il est des sorcier ? et il prouve qu'il y en a, par Bayle; mais il n'a pas vu ses chapitres du 1" tome des Questions d'un provincial , qui sont très-curieux sur cette matière , ni la grande consultation qui fut faite en Sorbonne en 1625, à la réquisition du lieutenant criminel d'Orléans, et qui se trouve dans le recueil des pièces de V Histoire de Louis XIII de

Î7l CORRESPONDANCE INÉDITE.

M. Dupin (tome IV) ; elle est signée de Gamache, Isam^ bert et Duval^ et ce sont des docteuris non récusables par la société. 2"* Il y a dans ce mémoire une partie sur les notes des lettres du P. Girard , et une autre pour montrer qu'il n'y a point eu ni pu avoir de complot contre ledit P. Gi* rard. Vous y trouverez d'autres citations de Bayle où il n'est point nommé, et il ne croyoit pas que son autorité dût servir en pareille occasion. Nous attendons l'œuvre du fatal H. Pascal^ et le Chaudon en a encore fait un nouveau^ qui ne contient que les preuves des faits tirés des dépositions et des interrogatoires, et on dit qu'il est bon. Ce Chaudon est plaisant quand il dit que quand on patine les côtes y on tombe inévitablement dans le fond de Vabime,

Disons quelque chose du bienheureux Paris. Le procèsverbal de la de Lorme a déjà deux éditions, et on en couvre le tombeau. M. le duc de Chàtillon a écrit une lettre à une H"^ d'Auvergne, carmélite, où il lui parle d'un miracle opéré chez lui sur un petit Savoyard paralytique, et le fait paroit bien certain. M"* la princesse de Conti l'aveugle a commencé une neuvaine; si elle voit clair, voilà bien des gens aveuglés. J'ai vu l'écrit sur Bellarmin^ qui m'a fort plu, et on en peut croire les citations; mais à rArchevèché on ne ht pas tout cela. Vingt-quatre curés ont donné une requête à Tarchevéque pour demander la continuation des informations commencées par le cardinal de Noailles sur les miracles du bienheureux Paris; et pour qu'il ne doute pas du commencement^ on lui en a donné une copie, dont l'original a été déposé par le P. Fouquet chez un notaire depuis quelques jours. Cependant on étale le portrait du Bienheureux sur le pont Notre-Dame; Audran le grave. Ceux qui vont à son tombeau disent que c'est le toml>eau de la Constitution^ et il y va plus de malades que dans un hôpital.

Les remontrances n'ont pas eu un bon succès, le Roi a répondu : « Je suis encore plus mécontent de ces der-

nières remontrances que des premières ; je défends qu'on fasse sur cela aucune délibération^ et je veux être obéi, m

A propos de M. Joly qui est mort, il y a ici un M. Joly président de votre Chambre des comptes , dont on vante beaucoup le génie et le caractère , et je ne serois pas fâché de savoir ce qui en est au vrai et entre nous. Je n'en abuserai pas.

Je ne lis point la Bibliothèque germanique. Tous ces gens-là sont de lourds critiques, sans goût, sans sel, et notre petit Nouvelliste vaut mieux que tout cela.

J'ai trouvé dans IslB, raisonnée un article sur la dernière lettre de Buckley sur la nouvelle édition sur M. de Thou, où on ne manque pas d'annoncer les additions, telles que la contintMtion jusqu'à la mort de Henri IV par Rigault, en 3 livres, dont deux n'ont jamais été imprimés, toutes les différentes lettres écrites par l'historien ou à lui, celles sur la conversion de Henri IV , les sommaires tirés de Li Bibliothèque du Roi, une Vie de M. de Thou plus ample, tirée du mêmeendroit; enfin, tous les secrets sont découverts; mais la lettre est anglaise, et ce journal n'est guère connu. Il y a une liste des souscripteurs, dont 39 pour la France^ et je ne sais s'ils vous y ont mis.

Je suis pour Crébillon , puisqu'il est Dijonnais et qu'il maintiendra le nombre de trois. On ne dit point où en est son élection.

M"* de Mazarin est dame d'atours de la Reine , M™* de Hailly sa mère s'en est démis. Voilà bien du chemin en peu de temps, et il est vrai qu'elle mérite tout cela; son mari seroit avec elle si on l'a voit pu transporter, mais il est dans -son lit pendant que sa femme est assise et dans les premières charges de la Cour.

M. de Sainte-Haur poursuit sa cassation, qui n'est pas admise encore et qui court fort au néant. Elle avoit été distribuée à M. de la Biiffe-Damilly, qui Ta remise, ne pouvant tenir contre les importunités du mari : et elle est à présent à M. de Machault le iils; cette requête est im-

primée, et on y lit que les séparations viennent seulement du droit romain; ni le sevitia, ni Vodium capitale des pa* pes Innocent III et Alexandre III n^ont trouvé grâce devant ce casseur d'arrêts^ à qui je croyois cette jurisprudence plus connue.

H. Chicoineau, gendre de H. de Chirac, est nommé médecin des enfants de France. La faculté de Montpellier va s'établir ici , et nous leur allons envoyer celle de Paris. Je souhaite que M. d'Autun ait Besançon , et apparemment il n^en changera pas le Bréviaire.

Bonjour^ Monsieur, je vous embrasse toujours de tout mon cœur et notre ami M. Fleuttelot.

Notre pauvre abbé Leclerc, qui a faitla Bibliothèque dé Richelet, est en mauvaise posture dans le Nouvelliste^ aussi bien que l'avocat Lyonnais et le Pitaval. Ce n'est pas trop mal fait.

Le P. Bougerel travaille toujours à sa Bibliothèque de Provence; il y a dix-huit ans qu'il est dessus.

Lettre XXXV,

A Parii, le dimanche 26 août 1751 , à hait heures do soir.

Voici y Monsieur, une nouvelle besogne; les avocats ne sont point allés aux audiences jeudi dernier 23 de ce mois : ils étoient assemblés sur le bruit qui avoit couru d'un arrêt rendu au Conseil au sujet de celui du 5 mars^ contre Tordonnance de l'archevêque et d'un mémoire par lui donné au Roi. On n'avoit pas la pièce, mais on en étoit presque sûr. M. le premier président, chez qui on alla, dit qu'il ne savoit ce que c'étoil; ils dirent qu'ils vouloient adhérer à rappel comme d'abus de M. le procureur général; sur quoi il leur fut répondu qu'ils ne le pouvoientpas, et que s'ils le faisoient il seroit évoqué. Ce mot d'évoqué donna lieu à une dispute : ils dirent qu'il falloit donc évoquer celui du procureur général et que le Roi ne pouvoit évo-

quer de lui-même et du procureur général du Roi ; on dit qu'il y en avoit des exemples : ils direnl que non, et qu'ils s*assembleroient pendant les trois fêtes, et le lundi matin ilsendirentautantàM. le procureur général. Le vendredi, sur les onze heures, jour de la Saint-Barthélémy, le doute sur l'arrêt fut levé , car on distribua par tout Paris le mémoire de l'archevêque contre l'arrêt du 5 mars qui reçoit l'appel du procureur général et qui défend de publier l'ordonnance, et à la suite de ce mémoire est un arrêt donné à Fontainebleau, le 30 juillet 1731 , dans lequel la substance de ce mémoire est reprise. Par l'arrêt, le Roi évoque à sa personne l'appel comme d'abus reçu par l'arrêt du 5 mars, lève les défenses y portées et permet àTarchevôque de distribuer son ordonnance ; au surplus, il ordonne que l'arrêt du 10 mars sera exécuté ; ce faisant, que toutes leurs contestations et disputes y menées et toutes poursuites et procédures pour raison de ce et de V exécution du présent arrêt demeurent suspendues; défend à toutes les cours et juges d'en prendre connoissance et à toutes parties d'y avoir recours, à peine de nullité, S. M. se réservant à elle seule d y pourvoir, conformément à Tarrêt du 10 mars dernier.

Le mémoire parolt beaucoup travaillé et fort clair et plein d'autorités. La substance en a été aussi bien reprise dans l'arrêt , et il est dit que, car l'examen qui en a été fait dans le Conseil et de l'ordonnance, il a été reconnu qu'elle ne blesse point la puissance temporelle, et que la censure tombe uniquement sur de faux principes, qui sont rejetés par tous les catholiques : ce mot est fort et peut-être . plus que l'ordonnance, et voilà nos confrères bien loin de l'arrêt du 25 novembre, qui reçoit la déclaration comme de bons et fidèles sujets. (Le bon billet qu'a L. C. )

Remarquez, s'il vous plaît. Monsieur, d'un côté que les quarante ont fait la consultation le 7 septembre 1730 , qu'elle a été condamnée par un arrêt du 30 octobre , que tout l'ordre adonné un mémoire justificatif, que l'arrêt

du25 novembre les a justifias. D'un autre côté, l'archevêque a donné sonordonnancedulOjanvier 1731. Le Parlement Ta condamné par arrêt du 5 mars ; Tarchevêque a donné son mémoire pour se justifier, et il Ta été par arrêt du 30 juillet : il semble donc qu'on est but à but, et qu'il n'y a qu'à recommencer, car voilà jeu égal, si ce n'est que la provision donnée à l'ordonnance, mais cependant suspendue dans son exécution, trouble un peu cette égalité. Il semble que l'arrêt du 10 mars défendant d'écrire sur ces matières, le mémoire de l'archevêque contrevient à cette défense d'autant plus que les avocats y obéissant n'ont point donné l'écrit qu'ils ont fait contre l'ordonnance, et que l'archevêque s'est battu tout seul ; mais il dira que la défense n'est pas faite pour les évêques, à quoi on pourroit opposer la lettre circulaire du 11 mars, où le Roi les exhortoit au silence. Vous voyez qu'il y n grande matière à réflexions ; le Parlement ne sera pas content de l'évocation de l'appel commed'abus, mais il est fondé sur l'arrêt du 10 mars. M. Gilbert ne doit pas être content de ce que le mémoire est fait pour répondre à tousses moyens d'abus et pour les détruire, et les avocats doivent aussi n'être pas contents de ce que leur déclaration reçue n'ait aucun effet , et que Tordonnance qui les censure peut être distribuée publiquement. Disons la vérité : tout ceci n'est qu'une question de noms, qui n'est * bonne que pour les nominaux; cependant demain les avocats ne retourneront point au Palais, les audiences cesseront, et l'on ne sait point combien tout cela durera, et quel remède y mettre. On dit que M. de Laon vient de faire un mandement plus fort que tout ce qu'il a fait , {larce qu*il se sent autorisé.

Vingt-quatre curés ont donné une requête à l'archevêque pour continuer les informations commencées par le cardi nal de NoaillessurM. de Paris, et ils n'y ont pas oublié Bellarmin ni M. NicoUe, ni les procédures des béatifications. Voilà le feu partout. En Provence, M. Le Bretest malade

LETTRE XXXVr. 277

de l'affaire des Cadières : on a jugé les objets en faveur de la tille, le procès est distribué à M. de Vansotty, le peuple brûle le P. Girard au coin des rues, et le père communie tous les jours dans la prison. Le procès de M. d'Haulefort, quiest retourné àlaTournelle, est distribué à H. Goislard.

H. Crébillon fera sa harangue en vers; c'est un poète qui veut parler sa langue, et qui en introduira peut-être l'usage. Du moins il ne trouvera pas les chemins usés.

Le prédicateur du Louvre à Paris, le jourde Saint-Louis, est resté tout court, et n'a dit ni prose ni vers à TAcadémie assemblée. J'ai cru que M. l'abbé Bignon auroit réparé la faute sur-le-champ, mais cela n'eût pas convenu au doyen du conseil.

Lettre XXXVP.

A Paris, ce 39 août 1731.

La suite de l'affaire dont je vous ai parlé par ma dernière lettre. Monsieur, est que les avocats ne sont point venus au Palaislundi 27 etquetoutesaudiences ont cessé. Us disent : Si nous sommes hérétiques et que nous soutenions des principes rejetés partons les catholiques, il nous estdéfendu de plaider, de consulter et d'écrire, et il y en a une déclaration du Roi du 21 mai 1685. Ils demandent donc qu'on leurôte ces notes, et ils y persistent si bien qu'hier mardi et aujourd'hui mercredi ils ne sont point venus aux audiences, en aucune juridiction , Grand Conseil , Chàtelet , etc. ; il en est de même dans les cabinets , où il ne se fait aucune consultation ni arbitrage, et nous voilà en vacances avant les vacances. On cherche à y mettre remède. MM. les gens du Roi ont été à la Cour; ils y ont été bien reçus, etle Roi a permis au Parlement de lui faire des remontrances sur ce point. Le mal est grand pour le public; il y apparence qu'on le guérira bientôt,

car il pourra se communiquer, et on dit qu'il n'y aura point de chambre de vacations à Rouen. En 1602 il ne s'agissoit de presque rien, et cela dura trois semaines, avec grande incommodité publique , procédant de la cessation de la justice, comme il est dit dans les registres du Parlement, dont l'extrait est rapporté par Loysel; et ici il s'agit de religion, et encore d'une affaire qui a donné tant de peine et que l'on croyoit finie : or , vous pensez bien quelle doit être l'agitation des esprits et la peine qu'il y aura à les apaiser. Loysel dit qu'il s'en fallut peu que ce trouble ne causât une sédition dans la ville. Lundi dernier^ au Palais, il pensa en arriver une par un prêtre qui s'avisa de prêcher à la porte de la grande salle contre les avocats et pour Tarchevêque : on l'entendit quelque temps, puis il fut pelotté, bafoué, battu, chassé, et les laquais en firent justice dans la place Dauphine en lui faisant avouer que lesavocatsétoient d'honnêtes gens, les jésuites des fripons, M. Paris un saint et qu'il appeloit et réappeloit de la Constitution. Vous pouvez croire qu'il dit tout ce qu'on voulut pour être hors de h\, et il fut bien heureux d'en être quitte pour cette amende honorable, car il eût pu être assommé et en faire assommer bien d'autres. Cet honnête prêtre est , dit-on , précepteur des enfants de M""^ du Trévoux. Il ne faut qu'un fou pour perdre toute une ville. Ce même jour, un vieux M. de La Barre, avocat, vint au Palais à l'ordinaire pour se mettre au pilier, ne sachant point l'état des choses; il se trouva seul, il fut hué par les clercs et reconduit à grand'hàte par les degrés, qu'il sautoit deux à deux, quoiqu'il ne soit plus d'âge de sauter, ayant près de quatre-vingts ans. Pour moi, je fais comme les autres, je ne fais rien ; mais c'est faire beaucoup de vous écrire tout ceci.

Lettre XXXVIt.

A Paris, le 3 septembre 1731.

Nous sommes toujours, Monsieur, dans le chaos, la nuit avance, et nous ne voyons point paroltre le jour. Toutes les audiences sont cessées, il n'y a plus que quelques procureurs à qui on accorde un seul défaut, et puis c'est tout. Bien loin que Paris semble fâché de cette cessation de justice, il ne s'en plaint point. Le n\al est grand quand on ne le sent point. Le ministère a commencé à y mettre un remède, qui n'a pas encore grand effet : on a exilé dix avocats, entre lesquels est le bâtonnier (1) et un ancien b&tonnier (2), etM. Laverdy, neveu de M. Cochin, et M. Prévôt, si connu dans ces affaires, et Soyer, qui a plaidé contre les jésuites dans l'affaire des tableaux, et Pageau^ fils du célèbre M. Pageau dont il est parlé dans Bayle, et dans le père Bouhours, Gin, bonhomme ami de l'Oratoire, Comtesse, Lecomte et Paillet, peu connu. A l'occasion de ce Paillet , il y en. a deux du même nom , et la lettre de cachet a été portée à Paillet du Maignon, qui n'étoit point l'exilé, mais Paillet des Branières; le premier étoit déjà parti, il faut le faire revenir, et l'autre est parti d'hier, à qui on n'a pas donné un moment de temps pour s'aviser. Il dîsputoit à du Maignon l'honneur de la lettre, et il l'a emporté. Les avocats voient à présent qu'on leur peut toucher, mais il pourra en arriver comme en 1602, où 207 se désistèrent de leur profession . Les exilés ne sont pas les grands, il y a du personnel à chacun, le bâtonnier n'est pas là même comme chef, cependant il y en a qui disent que nous sommes tous exilés , parce que notre chef est ôté et qu'un exilé ne peut non plus plaider qu'un

(i) Roy.

(1) Roaiselet.

380 CORRESPOND A NCK INÉDITK.

héréliqiie ou un excommunié. Lors du départ de mes confrères, on leur a apporté de l'argent de tous les côtés; on donne aussi pour soulager ceux qui souffrent de la cessation; enfin^ le désordre ne peut pas être plus grand et les esprits plus animés : on ne voit que vers, satires, libelles, et il y a un mandement de Momus qui passe ce qu'on peut imaginer en hardiesse sur tout, car rien n'est épargné, et en une force poétique qu'on ne reconnolt en aucun de nos poètes. Voici une partie de la date :

Fait le jour même où daos les transes De tous les ordres de TÉtat Louis de son premier sénat A rejeté les remontrances.

Le Parlement vient de faire plusieurs assemblées au sujet d'un mandement [Inst^ruction pectorale) de M. Tévéque de Laon, qui est du 30 avril, et qu'il n'a montré que depuis quelquesjours. C'est une réponse, bien écrite mais très-insolente, au réquisitoire de H. Gilbert, avocat général, inséré dans l'arrêt du 20 février dernier, qui a reçu l'appel comme d'abus. Il y a cent indignes personnalités pour M. Gilbert; le Parlement y estcomparéau parlement d'Angleterre, et on cite un endroit des Variations de H. de Meaux. Je ne vous parle point delà dispute sur Messieurs des Enquêtes qu'on ne vouloit pas admettre dans ces assemblées, et qui y son t venus comme par force ; M. Dupré de la quatrième y a fait un discoursadmirable; M. Gilbert de même a plaidé la cause du Roi en plaidant la sienne propre, et cela a été merveilleux; ses conclusions étoient très-retenues, à la suppression et défenses défaire de pareilles instructions, à peine de saisiedu temporel. Cela a été trouvé trop doux: supprimer ne supprime point, brûler, cela fait des cardinaux. Il y a un délit qu'il faut punir; maiscomment punir un pair de France. Il faut assembler les pairs et les juger en pairie, et c'est ce qui a été arrêté le samedi 1**^ de ce mois pour mardi k, où les pair^ seront

invités en la manière accoutumée. Il y avoit des voix pour dire que M. de Laon seroittenu d'avouer ou désavouer Finstruction; mais la notoriété publique de l'écrit imprimé à Laon avec le privilège, et le bruit qu'il en fait lui-même à Paris, où il dit que si le Parlement le condamne^ il excommuniera tous ceux qui obéiront à l'arrêt dans son diocèse, Ta emporté. Nous verrons si les pairs viendront mardi; le peuple, qui verra les princes du sang et tous ces seigneurs, va s'imaginer qu'il y a quelque brouillerie dans l'État plus grande encore. Déjà les évèques parlentdeladéclaration de 1657 (non enregistrée), qui dit qu'ils seront jugés par les évèques, même pour les crimes d'État; mais il y a bien de quoi leur répondre, et on leur montrera un beau recueil d'arrêts contre eux. Cette affaire ne paroit pas sujette à l'évocation, parce quMl ne s'agit pas de la juridiction, et que M. de Laon dit lui-même avoir donné sur cela mémoire au Roi. Ce n'est donc que le corps du délit qu'il faut juger.

D'un autre côté, il y a des remontrances dressées sur l'arrêt du 30 juillet, et elles doivent être faites aujour* d'bui lundi; on y a travaillé avec attention : on y glissera quelque chose sur Texil des avocats. Vous devez avoir vu cet arrêt à présent et le mémoire y joint. L'appel comme d'abus est évoqué; mais l'ordonnance subsiste par provision , et les principes faux rejelés par tous les catholiques est une tache pour les avocats, qui a causé la querelle.

J'ai vu les interrogatoires des Girard et Cadière et du carme^ etai remarqué comme vous le faux de la rétractation, quel'on voit forcée dans Tinterrogaloire même du carme, qui ne parle plus avec cet air de vérité qu'il a eu d'abord, et il est bien changé d'un jour à l'autre. Cette pièce est très-curieuse.

Nous avons les deux requêtes de la Cadière et du jacobin pour avoir un conseil, qu'ils ont obtenu; elles sont vives et hardies. Il y a des réflexions sur le procès par un

ami des jésuites ; ce que j'aime mieux^ c'est le dispositif de Parrèt du 30 juillet (jour des grands arrêts) qui est à la fin. Les Provençaux, qui chantent tout, ont fait un opéracomique de ce procès tout tragique, sous le titre du Nouveau Tarquin; Lucrèce est la Cadière, le P. Girard est Tarquin, Brutusestle juge; lesavocatsy plaidenten vers, en prose, en chansons; et quand le jugea tout entendu, il dit qu'il a envie de mettre les parties hors de cour et de procès, dépens compensés, si mieux n'aiment tirer au sort . à qui sera brûlé. N'avons-nous pas grande obligation à ceux qui nous font rire dans un état si triste? J ai cent au — très choses à vous dire; mais l'heure me presse, etîL faut que cette lettre parte.

[Joint à la Lettre.)

AVOCATS EXILÉS LE 30 AOin f 781.

A Vierzon , le bâtonnier, M. Le Roy, 40.

A Mayenne , Prévôt.

A Arnay-le-Duc , de Laverdy, 40.

A Bourg en Bresse , Soyer, 40.

En Nivernais (Decise) , Gin , 40.

A Romorantin , Comtesse , 40.

A La Ferté-Bernard , Pageau , 40.

Au Lude, Louis-Charles Le Comte.

ABellesme, Rousselet, ancien bâtonnier.

A Paillet du Maignon.

A Château-Chinon , Paillet des Branières.

Factumpour M. Charles-Gaspard 'Guillaume de Viniimille du Luc y comte de Marseille , archevêque de Paris , appelant et demandeur contre François Paris y ci-devant diacre du diocèse de PariSy absent, intimé et défendeur y et contre Anne Lefranc , demanderesse en requête d^interven" tiouy avec une Dissertation sur les maladies des femmes^ leurs causeSy progrès et déclinaison y revue y corrigée y aug^ mentée par le père Girard y jésuite, confesseur de la demoiselle Cadière.

CoiTET^ avocat.

UUrt XXXVIW.

A Paris, ce 5 septembre 1731.

Nous sommes toujours dans la cessation y Monsieur, et il n'y a pas encore d'apparences d'accommodement.

Avant-hier lundi au soir, on envoya de Versailles mander M. le premier président. C'étoit pour lui montrer un arrêt rendu au conseil le dimanche 2 dans l'affaire de M. révêque de Laon, qui ordonne que son instruction pastorale demeurera supprimée comme contraireà F autorité du Roi et à la justice, tendant à émouvoir les esprits et troubler la tranquillité publique y défenses audit évèque d'en publier et distribuer de pareils écrits, à peine d'être procédé contre lui par saisie de son temporel et autres voies de droit, et attendu Vabus fait par ledit S^ évéque de Laon du privilège général à lui accordé par S. M. y le 11 avril 1724, pour Vimpression de tous mandements y etc. y ordonne que ledit privilège demeurera révoqué comme S. M. le révoquCy sauf à être par elle pourvu ainsi qu'il appartiendra dans le cas oii ledit S^ évêque de Laon pourroit avoir besoin de permissions particulières. Voilà donc le procès jugé par le Roi pendant que le Parlement alioit assembler les pairs pour le juger. Il n'y a pas d'apparence qu'ils y viennentaprès que le Roi, chef des pairs, aparlé; mais le Parlement dira qu'il ne peut être jugé que dans la cour des pairs ^ et principalement dans une affaire criminelle. Vous vous souvenez de tout ce qui fut dit et fait dans le procès du duc de la Force. D'un autre côté, non bis in idem, le jugera-t-on deux fois? le Parlement connaltra-t-il l'arrêt du conseil? L'ëvêque disoit déjà qu'on ne le pourroit juger que par les voies canoniques, et alléguoit la déclaration de 1 657 ; mais il ne songeoit pas qu'il étoit pair, et comme pair il disoit qu'il falloit bien des formalités pour la conYOcation, pour l'instruction et pour la pleineforme

depairie^ et il aiiroit fallu renouveler les anciennes questions que le Roi s'est réservées en 1716 et qu'il n'a poin terminées depuis. Après tout l'évèque est assez bien tap( par l'arrêt, et la révocation de son privilège n'eût pu êtn ordonnée au Parlement.

Pendant ce voyage de Versailles les remontrances ont étt laites, mais au moment que je vous écris on n'en sait pa encore le succès, parce que les Chambres sont assemblée: sur cela; elles roulent sur Tarrèt du 30 juillet (qui a pan le jour de Saint-Barthélémy), qui évoque l'appel comni< d'abus reçu par l'arrêt du Parlement du 5 mars et perme la distribution de l'ordonnance de l'archevêque : c'est o qui fait la querelle des avocats, qui y sont notés dans le vu et on auroit pu épargner cette note. Dans Tarrêt rendu l 3 juillet 1728 sur la consultation d'Embrun et sur Tavi doctrinal du Louvre, on nous fit beaucoup de compliments étonne mit pas les qualifications qui étoient dans l'avis, de fausses tendances au schisme^ suspectes d'hérésie et même d'hérétiques. Voilà pourquoi on ne s'irrita pas alors ; mai ici on n'a rien ménagé, et le feu s'est mis, qui est difficile î éteindre. J'ai relu ce quedit Loysel sur l'affaire de 1602, e en instruisant la postérité si exactement il n'a peut-êtr pas tant fait de bien qu'il croyoit; l'ouvrage que fit alor un jeune avocat sur la quittance des honoraires, et qui eis dans Bouchel^ est excellent^ et on auroit bien dû conser ver le nom de l'auteur.

Pendant que la justice cesse , M. de Paris ne cesse poin de faire des miracles et d'assembler tout Paris à son tom beau, où on est prosterné , recueilli et presque en adora tion. Une fille muette et sourde de naissance, Agée d( vingt-deux ans, y vient de recouvrer la parole et l'ouïe

Et le sourd répond à la voix Du muet, qui se fait entendre.

Vous aurez vu dans la 32' lettre du Nouvelliste du Parnasse que Crébillon haranguera en vers. Vous voyez.

dit le Nouvelliste, que malgré Topinion de M. de la Hotte, la versification fait des conquêtes^ et que la prose, loin de prendre sa place, lui cède la sienne . Vous reconnoltrez bien à la page 265 le portrait de Ramsay et à la 266 l'histoire de Fabbé Desfontaines. Je crois que la puissance imprudente étoit H. d^Àrgenson, garde des sceaux.

L'affaire delà Cadière avance ; elle est au parquet pour donner des conclusions, et je crois que les gens qui ont passé le guichet tremblent. La fille dit qu'on veut l'enlever, le père Girard qu'on veut l'empoisonner, et ils ne songent pas au mal que leur fera l'arrêt. Je viens de voir un acte fait par la Cadière pro(65(a(ty et interpellatif k la supérieure de la Visitation, à qui elle demande d'avoir la clef de la chambre et le verrou en dedans : la supérieure a fait une longue réponse, la fille une longue réplique , et il est curieux de voir tous les faits qui sont là-dedans et la hardiesse du conseil de la fille, à qui la supérieure dit à la fin qu'elle souffre toutes les peines de sa fourberie y mot qu'elle ne devoit pas lâcher. Il n'y a plus guère à attendre pour avoir le dénoûment de cette grande tragédie. On dit que quatre jésuites des principaux sont partis pour être au jugement ; et que vont-ils faire là?

Lettre XXXIX'.

A Paris, 7 septembre 4731.

Voici, Monsieur, le 7 septembre, et on ne pense point à revenir au Palais. Ce fut à pareil jour l'an passé que fut signée la fameuse Consultation des quarante, dont nous avons senti et dont nous sentons encore les tristes effets. Hier, il se répandit un bruit presque certain que l'affaire étoit finie et que Tappel comme d'abus étoit jugé contre M. l'archevêque; c'étoit un bon expédient, non pas bon pour le prélat, mais pour les avocats et pour la réintégration de la justice. On parloit même d'un arrêt qui

386 œRRËSPONDAl^CE INÉDITE.

étoit à l'Imprimerie royale; et il y étoit^ mais on ne le délivra points et j'ai appris ce matin qu'il avoit été retiré. Le Parlement n'est pas content de voir juger an Conseil les pairs , les évèques et les appels comme d'abus. Les pairs ni les évêques ne sont pas aussi contents; mais comment contenter tout le monde ? Salus populi suprema lex. Nous ne savons pas encore la réponse aux remontrances ^ on ne l'a été chercher que d'hier à Versailles^ et apparemment cela sera dit ce matin à l'assemblée des chambres, et il y sera parlé de l'absence des avocats et de leur exil. On n exila point en 1602^ et combien de grands hommes se retirèrent du palais. 11 n'y a qu'à lire la liste de 1599 dans Loysel.

On dit qu'il y a des conclusions dans l'affaire du P. Girard^ lui condamné d'être pendu, puis brûlé, la fille rasée et enfermée y etc.... ; mais cela n'est point sûr : on dit aussi qu'il y a ordre de suspendre l'exécution , quelque chose qui arrive, et que des jésuites sont partis pour solliciter.

Il y a encore une comédie pitoyable qui a pour titre : La Critique de la Femme docteur y et cette critique est une approbation : la scène est entre des comédiens qui veulent jouer la pièce, et qui en sont empêchés par quelques jansénistes. Le dénoûment est que la pièce n'est point jouée^ par un cri qui sort d'une statue. M. Phlegias, avocat janséniste, dit qu'il faut faire courir le bruit que cela vient du ciel, et que c'est un miracle ; qu'il en faut faire honneur à saint Paris, a qui on en a fait faire d'autres. Arlequin, qui est du côté des jansénistes, dit qu'il le publiera à condition qu'après sa mort on lui fera faire aussi quelque prodige, et qu'il seroit plaisant si quelques torticolis faisoient graver un jour le portrait d'Arlequin à côté de ceux des Quesnel et si les dévotes venoient faire des vœux pour son tombeau.

M. Tintamarre, autre avocat, veut qu'on attribue ce miracle à ceux des cinquante qui sont morts; et là-dessus IL

y 81 des plaisanteries sur les miracles du saint Paris. Voilà âLoncle Bienheureux en comédie^ mais mauvaise comédie, cjiiî ne manquera pas de faire rire aux dépens de saint Médard.

Voici une autre comédie. C'est un dialogue intitulé : Afohgié de Cartouchej ou le Scélérat sans reproche par la grâce du P. QuesneL On a déjà dit cent fois ce qui est dansce dialogue et peut-être mille fois contre la grâce in- Tiocible et les autres propositions; mais ce tour est nouveau, vif, et dans un vrai style comique. Et je ne sais à qoi aibibuer cela^ si ce n^est à Tabbé Margon ou peut-être i l'abbé de Grécourt , et il y a un petit mot sur ce que le pèreQuesnel canonise les plus grands scélérats, et vous pourries hardiment mettre Cartouche dans notre calendrier à côté de saint Paris. Le janséniste se récrie : Oh! guBlblaiphèmey Cartouche à côté de saint Paris; l^un mort dat9ul'odeur d^ un saint appel et l'autre exécuté publiquement pawr Uimain du bourreau. Le docteur moliniste veut poursuivre, le janséniste se fâche, et lui dit qu'il va de ce pas &U. tombeau de saint Paris lui demander pour lui un mi- ^^CL<2le; enfin, ils conviennent quMln'en sera plus parlée et ^o cUalogue, très-bien dialogué, continue sur Cartouche. H^ls lout cela est bien éloigné des Lettres provinciales. ^ous avez raison de vous fâcher contre le Nouvelliste, l*Bi ne trouve rien de bon, et qui veut persuader qu'on ^c^t trouver boa, tout ce qu'il dit. 11 attaque le Virgile P. de la Rue, comme si cela n'avoit pas été fait up les classes, ainsi que tous les autres scoliastes ^^^^phins. Il est vrai que le prince avoit femme et en- ^^its, comme dit Bayle; mais le dessein n'en étoit pas "^^iiis utile, et il l'est, et ce M. le Nouvelliste devroit bien ^^^ sujet à la révocation de son privilège comme M. de

Lettre XU.

Du 7 Beplembre 17SI.

a La cour y toutes les Chambres assemblées ^ désirant prévenir les abus qui suivroient infailliblement des principes répandus dans un grand nombre d'écrits^ qui tendent à éb^anler les plus solide» fondements de Tautorité royale; et voulant de plus en plus affermir les sujets du roi dans les vrais principes sur l'autorité de nos rois, a arrêté les articles qui suivent^ contenant les maximes établies dans les ordonnances du royaume :

(n Que la puissance temporelle, établie directement de Dieu, est absolument indépendante de toute autre puissance, et que nul pouvoir ne peut, en aucun cas, ni directement ni indirectement, donner atteinte à son autorité;

(f Qu'il n'appartient point aux ministres de rÊglise, sous prétexte d'enseignement, ni sous aucun prétexte, de fixer les bornes que Dieu a placées entre les deux puissances, et que les canons et les règlements que l'Église a droit de faire ne deviennent lois de l'État qu'autant qu'ils sont revêtus de l'autorité respectable du souve-

rain;

« Qu'à la puissance temporelle seule appartient la juridiction qui a droit d'employer la force visible et extérieure pour contraindre les sujets du Roi;

(( Que les ministres de l'Église sont comptables au Roi, et en cas d'abus à la Cour, pour son autorité, de l'exercice de la juridiction qu'ils tiennent du Roi, même de tout ce qui pourroit, dans l'exercice du pouvoir qu'ils tiennent directement de Dieu, blesser la tranquillité publique, les lois et les maximes du royaume;

« Ordonne que les ordonnances, édits, déclarations, arrêts et règlements contenant lesdites maximes, et aussi sur l'autorité de nos rois, seront exécutés selon

leur forme et teneur. Fait défenses à toute personne, de quelque état, qualité et condition qu'elle soit , d'avancer, écrire, ni enseigner aucunes propositions directement ou indirectement contraires auxdites maximes, sous telles peines qu'il appartiendra. Et sera le présent arrêt lu, publié et affiché partout où besoin sera. Enjoint au procureur général du Roi de tenir la main à l'exécution dudit arrêt. Ordonne que copies collationnées seront envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort. Enjoint à ses substituts d'y tenir la main et d'en certifier la cour dans le mois. »

La réponse aux remontrances n'est pas ici jointe parce que les copies en sont toutes diff^entes, et que même dans la première partie il n'est point parlé des faux principes désavoués par les catholiques, comme il est dit dans ma lettre.

11 est presque sur que l'arrêt que l'on dit avoir été retiré est l'arrêt du 5 septembre, qui n'a été publié que le 8, et que l'on vouloit publier plus tôt. On en a débité en même temps deux éditions. Ainsi tous les discours sur cet arrêt retiré sont imaginaires.

Lettre XLP.

A Paris, le 8 septembre l7Sf.

Je ne sais pas trOp par où commencer ce que j'ai à Vous dire, car il n'y a ni commencement ni fin à tout ce qui se fait. Le mercredi 5^ ou plutôt le 6, il se répandit un bruit d'un arrêt qui jugeoit au conseil l'appel comme d'abus de l'ordonnance de l'archevêque. On courut à l'Imprimerie royale; il y avoit été, mais il n'y étoit plus. Le cardinal de Bissy et l'archevêque menacèrent de schisme, à ce que Ton dit, et cette menace fit retirer l'arrêt, qu'on n'a pas vu depuis. Le 6 au soir, le Parlement reçut la réponse au$ remontrances, et elle fut

lue le vendredi 1, et comme il s'y trouva à la fin quelque bienveillance pour le Parlement, à qui on dit que S. M. est bien éloignée d'empêcher son Parlement duur de r autorité qu^elle lui a conférée pour V exécution des lois, et d'opposer remède aux différents abus qui pourraient arriver et troubler le bien et la tranquillité publique j on a pris ce compliment pour un ordre, on a fait usage de Tautorité sur-le-champ, on a cherché le remède aux abus, et les chambres n'ont plus été en dispute que de savoir si on feroit un arrêté ou un arrêt. II a passé à 72 voix contre 62 que ce seroit un arrêt, et Tarrôt en forme de règlement, contenant 5 articles, a été dressé depuis 10 heures du* matin jusqu'à 5 heures et demie du soir sans désemparer. Vous trouverez ci-joint cet aiv rèt, qui peut donner grande matière à discussion, et qui établit l'autorité du Roi le mieux que l'on a pu, car il n'appartient à personne de placer des bornes si justes qu'on n'empiète sur l'un ou sur l'autre. Tout Paris s'attendoit à voir cet arrêt imprimé le 8 au matin, mais il est venu quelque contre-ordre qui en a empêché la publication et l'impression, et jusque présent il n'est que dans les registres de la cour, sans que nous en puissions savoir le sort; il en a pourtant échappé quelques copies. On ne sait si cette démarche sera bien reçue, et on ne croyoit peut-être pas que le Parlement prendroit la chose au pied levé.

Le soir du 8 , on crioit et on débitoit dans les rues un arrêt que l'on crut être celui du Parlement, et chacun Tachetoit; mais point du tout, il s'est trouvé que c'étoit un arrêt du conseil du 6 septembre pour faire cesser toutes disputes et contestations au sujet de la constitution Unigenilus. Cette affaire étant regardée comme finie, le Roi donne un arrêt comme Louis XIV en donna un en 1668, pour la paix de l'Église ; mais si l'un n'a pas plus d'e£Fet que l'autre, c'est une guerre au lieu d'une paix qui nous est ici annoncée.

L'intention est toujours très-bonne^ et si Ton poursuit les contrevenants comme désobéissants, rebelles et séditieuzi on pourroit obtenir une bonne fin. Il faudroit pour cela ne faire quartier à aucune des deux parties ^ exécut^ Farrèt à la rigueur, et qui Texécutera?

Il n'y a point eu de retour des avocats. Le Parlement a fini le 7 septembre sans qu'on les ait vus. Il y a un petit mot adouci dans les réponses aux remontrances, où il est dit que la censure de Tarchevêque tombe sur de faux principes désavoués par Its catholiques. L^arrèt du 30 juillet disoit : rsjeiés par tous les catholiques ; mais cette correction légère n'est pas contentement, et d'autant plus que cela va être registre dans les registres de la cour, au lieu que cela n'étoit que dans le vu de l'arrêt. Le corps est donc plus que jamais attaché à sa résolution. Les négociations n'ont jusqu'ici rien avancé; il faut pourtant qu'il y ait une Chambre de vacations, et nous allons voir quel parti prendra le ministre. Je ne sais quel bruit vient de se répandre de lettres de cachet, sans dire contre qui. L'orage gronde; savoir sur qui il tombera; on le dira bientôt.

^ Les pairs, au nombre de 32, ont fait une protestation contre Tarrèt de M. de Laon ; mais c'étoit une matière antérieurement évoquée et qui ne peut blesser la pairie. Quelqu'un a dit que l'archevêque de Paris, étant duc et pair aussi, on avoit retiré à cause de ce titre l'arrêt rendu contre lui ; mais vous entendez bien que le prétexte seroit mauvais, son affaire étant purement civile.

Nous venons de voir la requête d'appel comme d'abus d'Anne Lefranc répondue d'un : soit communiqué au procureur général par ordonnance du 3 septembre; elle est imprimée chez le fameux Lptthin, avec la consultation, signée Duhamel, Guérin de Richeville, Blaru et Aubry.

Les moyens sont : V qu'Anne Lefranc n'a point été entendue dans l'instruction qui a précédé le mandement; i^ qu'on a affecté de n'entendre qu'une partie de

ceux dont elle a déposé les certificats; 3* la difiamaKo de sa personne, étant accusée d'avoir supposé on miracle pour séduire le peuple^ ce qui est un trouble dans l'État qu'il appartient au Parlement de réprimer.

Je ne vous dis rien d^un conte de près de 200 vers intitulé Lucifer dédommagéy qui contient toute Fhistoire du B. P&ris et celle du P. Girard. Marot^ l'élégant Marot^ n^anroit pu mieux faire; l'auteur ne sera pas difficile découvrir; mais que nous importe qui, pourvu qu'il noo plaise et quMl nous fasse rire ? H. le duc de Mazarin mort; ainsi voilà une dame devenue duchesse et veuv en bien peu de temps, et elle mérite tout cela.

Lelire XLIP.

A Paris, ce U septembre 1731.

Je vous ai envoyé le fameux arrêt du 7 septembre, qui fait des règlements dans la matière des deux puissances; il est devenu bien plus fameux depuis Farrét du conseil du 8 qui Va cassé, révoqué, mis au niant et diclari nul et de nul effet, comme rendu contre la volonté connue d{ii Roi et par entreprise sur le pouvoir qui appartient à 5. M. seule de donner des lois et les règles générales à ses êujets, et qui ordonne que la minute sera rayée et l'arrêt du Conseil transcrit & la marge d'icelui ; à ce faire, le greffier du Parlement tenu, à peine de désobéissance : ce qui a été exécuté le lendemain 9, jour de dimanche^ à une heure et demie du matin, par un huissier de la cbal&e, qui s'est fait représenter le registre par le greffier de la Cour et a biffé l'arrêt.

Le Parlement s'étoit cru autorisé, par la réponse au remontrances, de donner cet arrêt du 7, qui contien maximes tirées des ordonnances, et le fond en paroissoi*' bon; mais le Conseil n'a pas trouvé la forme bonne,et t> n'a pas laissé le temps de rendre l'arrêt public^ le Ror

LETTRE XLn». 2&S

ayant usé de toute son autorité pour le casser et le biffer pendant les fêtes mêmes. Vous avez dû en quelque sorte ôtre préparé à cet événement. La voie de l'arrêté aurpit été plus régulière que celle de Tarrêt, puisqu'on vouloit user de la permission indirecte de la réponse aux remontrances qui avoient été faites à ce seul sujet. On a voulu rendre un arrêt, et voilà ce qui en est arrivé. N'eût-on pas mieux fait de ne rien faire du tout ? Ce n'est pas à moi à contrôler mes maîtres. Le Parlement désassemblé n'a pu recevoir d'ordre ni de jussion pour rayer; l'huissiei^ du Conseil a rayé lui-même l'arrêt, et sur cela, on demande si le greffier eût pu se soumettre à la peine do désobéissance : question bastillable et peut-être plus que bastillable. Quoi qu'il en soit, l'arrêt est biffé; mais il n^cn est pas moins sur les registres. Vous vous souvenez à ce propos de ce qui arriva en 1563 sur cet arrêt de partage que Charles IX se fit rapporter, et qu*il fit biffer. Le Parlement vouloit le mettre hors du registre, comme chose non avenue, et disoit qu'il faisoit équipollemertt ou phis quil n'avait iié ordonné, parce qu'en ordonnant que le partage sera biffé^ encore qu'il soit biffé. Usera et demeufera au greffe et sera vu. Le conseil voulut qu'il fût biffé, le Parlement Tordonna, et le greffier d.u Tillet le porta au Roi. Qu'en est-il arrivé? Ce fait a passé à la postérité, le partage est dans les historiens. M. Dupuj', dans le traité de la Majorité de nos rois, en a recueilli toutes les pièces, et nous avons jusqu'aux noms des opinants. 11 en arrivera de même de l'arrêt d'aujourd'hui, qui, encore qu'il soit biffé, sera et demeurera au greffe et sera vu, et il n'y a personne qui n'en ait des copies, comme de celui du conseil, quoiqu'ils n'aient été imprimés ni l'un ni l'autre. De tout cela, la chambre des vacations n'en est pas mieux; il n'y va aucun avocat et très-peu de procureurs. On y donne quelques défauts, et rien de plus; les procédures même ne sont point contradictoires. II vaudroit autant et mieux de pleines vacations.

394 œRRESPONDANCE INÉDITE.

Vous remarquerez que Tarrèt qui casse celui du Parle* ment est dans les mêmes termes que celui de Charles IX.

Nous n'entendons rien dire du P. Girard; le fectum du carme ne nous vient point . Je ne sais comment il sauvera cette nuit blanche qu'il a passée avec la fille auprès de la chambre de soû cousin^ qui dormoit^ et qui ne vint point les voir ni les entendre. Jl y eut là de belles tenta* tiens et de quoi y succomber poiur un carme; nous avions déjàTépiCTamme, qui est très-jolie^ mais je ne vous en remercie pas moins.

M. le duc de Hazarin est mort et laisse sa femme veuve^ duchesse, dame d'atours, et la plus jolie femme de la cour en grand habit de veuve, qui est charmant.

Le 3^ tome du Nowelliste du Parnasse est commencé. Je soupçonne que cette lettre, qui est la trente-troisième, est de Voltaire, car les Anglois y sont bien loués, et on dit qu'il a part à ce journal; il parle d'un livre qui est le Journaliste amusant; Tauteurest un homme du monde, frère de M. deChevilly, capitaine aux Gardes. Il est dans une campagne avec une dame de ses amies, et pour se désennuyer tous deux, il a fait ce livre, que je n'ai pas encore lu et dont il n'est pas dit trop de mal. Vous verrez que la Ftede d'Aubigné avoitété retouchée ; celle qui est à la tète du Baron de Fœnestt est plus originale, mais je suis bien f&ché que les passages gascons, italiens et espagnols du Baron soient pleins de fautes; cela me détournera d'avoir cette édition. H. le président de Maisons se meurt de la petite vérole; il étoit de l'arrêt du 7 septembre.

Lettre XLIIP.

A Paris, ce 17 septembre 17SI.

Le vers qui vous manque. Monsieur, est : 5oiis /alcrnib» est prit à descendre. Tout ce que vous me dîtes sur le fo

LRTTRE XLIIP. 295

de Tarrôt du 7 septembre va plus loin qu'on n^a pensé. On ne convient pas que les bornes entre les deux puissances soient placées de concert entre elles. Si celaétoit^ le Roi n'auroit pas évoqué l'affaire pour la juger : il est vm que i'arrèt du 10 mars met dans le préambule des règles pour ces bornes , mais est-ce là où elles doivent ^Ire^ et qu'auroient donc à juger les commissaires limitrophes?

L'art. 3 ne peut comprendre l'excommunication, qui n'est point contestée. On n'en est que sur le mot de vtstbjiê et exlérieurey qui n'est pas propre pour une peine spirituelle et intérieure, et où la force n'est pas propre^ meni dite.

Sur l'art, k, M. Dupuy ne convient pas que nos rois puissent être excommuniés pour crime d'hérésie manifeste, parce que les sujets ne leur obéissant plus alors, cela fait un trouble dans l'État. Vous savez ce qui a été fait sous Henri IV. Iratutn fulmen.

Mais enfin, soit pour le fond, soit pour la forme, l'arrêt est biffé^ et sans beaucoup de cérémonie.

Les 32 ducs ont protesté, parce que le crime du pair accusé n'a pas été jugé en pairie. On m'a envoyé le Mandement de Laon avec les. vignettes qui couvrent le For^ mtdaire de Louvairij latin et françois.

Voilà M. dé S^*-Maure qui cachette son enquête et qui la tronque : mauvais exemple.

On vend publiquement la requête d'Anne Lefranc ; les nouvelles de Rome disent qu'on y a brûlé par la main du bourreau la Vie de M. Paris; mais il n'en est pas moins couru ici, et un prêtre nommé Bescheran fait déjà sa deuxième neuvaine pour guérir un pied boiteux; depuis longtemps il souffre de grands maux sur le tombeau, et tout Paris s'y assemble tous les jours, malgré la pluie et les crottes qui ne refroidissent point la dévotion. Je n'ai point ouï dire que les chirurgiens d'Anne Lefranc se soient rétractés.

La Girardiêre ne vaut rien; si Y Enfer dédommagé vous manque, je vous en ferai faire une copie.

On attend des nouvelles du P. Girard : on dit que les conclusions sont fort contre lui. Il est un bruit d'une autre affaire de Bordeaux qui est Tenvers de celle-là, et ainsi on tiendroit les pères de tous côtés^ mais je n'en crois rien .

M. le P.de Maisons est mort de la petite vérole; illaisse un fils quin^a que cinq ou six mois. On dit sa charge donnée à M. Talon, et celle de M. Talon au fils de H. le procureur général^ et on me Ta assuré. Cependant on prétend que M. de Blancmesnil^ dont le bail finit^ s'offre de prendre un autre bail du petit de Maisons : cela va être décidé à Petit-Bourg, où on joue un jeu effroyable. (L^af faire est décidée pour M. Talon et pour M. Joly de Fleur y. )

La' reine est certainement grosse, et non point comme la duchesse de Parme, dont la grossesse est à néant. Pendant cette petite fiction, elle a fait ses affaires, et je ne crois pas qu'on lui en refuse l'absolution. Voilà donc l'embarquement de Don Carlos qui se prépare ; ce n'est pas au moins faute de traités.

Vous avez raison, le tabouret est un bon douaire pour M*"^ de Mazarin, et la cour le juge ainsi.

M. de Maisons laisse des dettes immenses : il jouoit, il bàtissoit, il donnoit dans toutes les curiosités. *

Sa veuve ne prendra point la garde-robe, la famille n'a pas cru devoir garder la charge.

Lettre XLIV.

A Paris oe 21 leptembre f 7SI.

Nous sommes, Monsieur, dans un très-beau silence; il ne se dit ni ne se passe rien, sinon que je viens d'apprendre que M. d'Embrun vient de publier un mandement encore plus fort que celui de M. de Laon, et il pourra

bien être condamné par arrêt du conseil sans qu'à celui-là les pairs s'y opposent.

Le cas de consience que vous proposez sur la réparation du tort fait aux plaideurs vaut bien celui des quarante docteurs, mais qui consultera-t-on sur ce cas?

Une dame de la cour et de beaucoup de sens me disoit hier qu'elle n'avoit jamais entendu parler de deux puissances en France, et cela seul fait sentir que cette dénomination n'est pas bonne, car il ne faut pas offenser la langue de PÉtat; il y a donc ici quelque chose qui ne va pas bien, malgré toute Tautorité divine des ecclésiastiques : il semble qu'il y ait deux puissances collalirales de la manière dont on parle, ce qui n'est certainement point. Ainsi toute cette querelle a je ne sais quoi de séditieux qui n'est bon qu'à assoupir, et le parlement n'a peut-être pas tant tort.

Le parquet de Provence a donné des concliisions le 11; les deux procureurs généraux et M. Deguédan, avocat général, ont été pour mettre le P. Girard hors de cour et pour pendre la Cadière après être préalablement appliquée à la question; sursis au jugement des autres. Les deux autres avocats généraux, à brûler le P. Girard, mettre la fille dans le couvent pour trois ans, les autres accusés hors de cour.

Une même preuve peut-elle produire des opinions si diverses ? Le Nouveau Tarquin n'a peut-être pas trop mal rencontré, quand il a dit : hors de cour dépens compensés, si mieux n^aiment tirer au sort à qui sera brûlé. Cela me fait souvenir de votre arrêt de Tabotié et de celui de Spifame, qui nous a tant fait rire dans le temps. Le rapport a commencé le 12; le P. Girard a encore donné un 2* tome, auquel Chaudon répond, et il a encore fait un Prcm de la procédure. M. l'évêque de Toulon a aussi donné un Mémoire de sa part qu'il a distribué à chaque juge avec une lettre; mais j'oubliois bien le meilleur : dans les conclusions du P. Girard, l'avocat Chaudon et Aubin le procu-»

reur sont décrétés de prise de corps. Voilà les avocats maltraités partout^ et ils pourroient bien quitter en Provence comme ici.

J'ai vu le Ménioire du carme^ qui est bien fait; il y a beaucoup. et tnop d'esprit; ils en veulent toujours aux jésuites et non à l'accusé seulement, et il y a en ce pays-là une grande liberté d'écrire contre eux. Il traite bien la question de la révélation de la confession, et rapporte plusieurs autorités qui sont curieuses, et même celle de Suarez : et pour la nuit blanche, il s'en défend très-bien en montrant que lé témoin qui en parle n'a déposé que ce qu'il en a ouï dire parle carme lui-même à M. de ^»e Toulon ; le témoin est son aumônier. Madeleine Pauquet, ^ ^ autre témoin, parle de la même nuit comme si elle avoit^^^t été passée dans un jardin sous une treille; mais cela n' point, et on quitta la treille à dix heures. Quatre religîeu — ses rapportent des discours de Madeleine Pauquet, la — ^quelle n'en parle point; elles font danser le carme, ^k A qui on fait bien danser à présent une autre danse ^^. ho. Baturel, dans son recolement, dépose des libertés qu»^^e le carme prenoit avec la Cadière, qui badinoit avec elV J!e et la chatouilloit , ce qu^elle a vu ; et a ouï dire à U a Cadière qu'il couchoit dans la même chambre séparée pa^ r un seul rideau d'alcôve, et que s'étant trouvée mal, le Pèr- ^ vint à son secours en chemise qu'elle lui avoit prêtée • A^la confrontation avec la Cadière, elle a dit avoir vu le carme la baiser au visage dans Tohscuritiy et qui dans un coin la pinçoit au ventre, et qu'elle lui avoit dit que le Père l'avait si fort chatouillée qu^elle tomba du lit en bas. Réponses : 1"" C'est une fille enfermée au refuge. — 2^ Sur le recolement, unique témoin. — 3® Ce qui a été ajouté à la confrontation, nul suivant l'ordonnance. — &^ Il y avoit une chambre séparée où le carme couchoit avec ses frères et avec Taumônier lui-même. — 5* Fait étranger à la plainte, partant nul. Voilà sa défense, qui . est bonne et qui dépend du secret. Ainsi je ne vois point

de]preaim>iOontreJai sur ce fait; le complot dont on Tac* casé eattrèfr-bien développé, et il le faut suivre avec attaatioii«..|ia ipil on: plus amplement informé tireroit JUmi d^»£EAij!tt> et je croîs que Tarrét seroit l>on.

Nous en sommes au 3® volume du Nouvelliste; la Zh^ lattse est bonae^^ Is P* Charlevoix en . doit être content et hm avocatir^assi. 'Je<n'ai pas vu le JfùumalisU amusant ; le JMcseil de Chambert est dans la le"" lettre du Nouvelliste : ctesilà où wntles^ nouvelles Jl^/Ieânons de H. de la RoxhafoiiGauld^ Les- médecins tuent tout le monde ici.

Lettre XLV.

A Paris, ce 28 leptembre 473I.

yèi été hier A l'Académie, Monsieur, et j'ai vu dans Bue assemblée des phis belles la réception de H. Cré- .bilkni; votre compatriote. Il n'a point trahi la patrie, il a 'Adfrson discours en vers nobles, magnifiques et, pour ïtovt^ dire, -si merveilleux, qu'on y a frappé des mains ..j^ufiieurB fois, ce que l'on n'avoit point encore vu à TiUsadémie, à ce que Ton m'a assuré. Apparemment la ^nouveauté d^un discours poétique a fait ce grand éclat; U avQÎt^ promis quelques périodes en prose, mais il n'a • pqînt tenu'sa parole, et il a bien fait. M. Hardion, qui lui a répondu en peu de mots et fort bien, ne lui a rien ^dit $x^v cette façon de haranguer, qui ne passera point ..pour règle. Tous ceux qui ont été loués doivent être bien . Gcmtents, car H n'y a jamais eu de louanges si fortes et si justes* M. l'abbé d'CÂivet lut une ode venue de TAcadémie de Marseille pour tribut à la vôtre, et je crois que ' l'auteur auroit souhaité un autre lecteur. Il ne manquât là que vous, Monsieur, pour admirer votre nouveau confrère, et je vous aurois bien embrassé; mais vous êtes dans d'autres enchantements dont la description que vous faites m'a bien touché. Je ne sais si cette terre d'Esbarresap-

800 CORRRSPONDANCK INÉDITE.

partient àM. le comte d*Esbarresqui dépouséM^^'âeSt-Ghamand^ sœur de madame Bernard; si c'est elle^ elle se souviendra bien de moi et comment f ai eu part à son mariage^ et je crois qu'elle voudra bien recevoir mes respects et M. son mari aussi.

Le Factum du carme vous a bien amusé. Vous avez remarqué les endroits périlleux^ et j'y avois déjà fait quelques petites notes. 11 nous pleut ici des pièces de tous les côtés sur cette étrange affaire. Un abbé de Boismorand^ qui se mêle de tout et qui avoit fait la requête en cassation de M^^"* Gardel, a pris sous sa protection le Père Girard et a fait un ouvrage intitulé : Résultat des Mémoires de la D"* Cadière, qui est d'une véhémence la plus outrée; il va jusqu'à attaquer les avocats : c'est une des belles extravagances qu'un esprit furieux puisse produire^ et l'affaire le comporte. On dit qu'il en a eu cent louis; qu'il a perdus le même jour à l'hôtel de Soissons. Ainsi^ dit le proverbe^ ce qui vient de la flûte retourne au tambour. Il y a un second Mémoire pour le Père Girard qui est sérieux et bien travaillé^ et où il se défend le mieux qu'il peut; mais à la fin , il fait entendre qu'il voudroitêtre mort et brûlé, pour être délivré des misères de cette vte, et qu'il attendroit désorfnais sans peine ce grand jour où larbitre souverain réformera Us jugements du monde et rendra justice à ses élus à la face de tout V Univers.

Son avocat assure que ce sont ses propres sentimente, mais que par obéissance à ses supérieurs il a travaillé à sa défense et à sa justification. Voilà une péroraison bien singulière et un appel au jugement universel qui est d*un goût bien nouveau. M. l'Ëvêque de Ton* Ion a fait aussi une déclaration ou mémoire de ce qui s'est passé avec lui^ et le carme n'y trouve pas son compte.

Quand tels ribauds seroient pendus, Ce ne seroit jh grand dommage.

Hais pourquoi pendre cette pauvre Cadièré^ qui a été séduite par Fun ou Fautre des deux directeurs, et peutêtre par tous les deux? C'est une folle qui avoit lu les Vies des sœurs du tiers-ordre et iqui s'en étoit entêtée ; il y a un parallèle assez juste dans le dernier Mémoire du P. Girard, de ces Vies tirées d'un volume imprimé en 1625 avec ce beau Carême, qui est un vrai Carême prenant de dévotion et qui a bien manqué à Rabelais pour mettre dans sa bibliothèque. Avez- vous vu le précis àe% charges contre le jésuite ? J'y vois bien des preuves, et s'il en a de son côté contre les autres, je suis de votre avis, il n'y a qu'à mettre tout cela à la même broche. J'entends à présent les conclusions; mais qu'a fait Pavocat Chaudon ? on lui reproche d'avoir fait imprimer les interrogatoires : n'est-ce pas une pièce qui passe pour publique? du reste, il est avoué par sa partie et s'il a parlé contre la société , le P. Girard dit lui-même qu'il ne se justifie que pour obéir à ses supérieurs. Ils sont donc partie en ^quelque sorte. Tout l'univers sait à présent tout ce procès et en toutes les langues , et s'il y a une sixième partie dans le monde , on tâchera de la découvrir pour l'y porter. Peut-être même dans le céleste Paragay, dont il est parlé dans la trente-quatrième lettre de notre Nouvelliste,

Je ne doute point des noms des énigmes de la trente-deuxième que vous avez devinés, hors l'abbé Gédoin que l'on ne peut pas prendre pour un traducteur •ans grec et sans latin, lui qui les entend si bien.' C'est aussi de lui-même ( abbé D. ) qu'il parle à la p. 266; et pourquoi aller se mettre encore dans cette galère ? Pour les écoles d'ignorance et de bon goût, il en veut au PittaVûl qui parle toujours de goût, et qui n'est qu'un ignorant. Vous verrez dans la trente-sixième lettre un portrait de M. de Pointis qui ne fera pas plaisir à ses parents et amis, et le nouvelliste auroit bien pu se passer de renouv 1er les amours de la Sœur Poulinière/ qui a encore

lOS C0RRESP0NDAI9GB INÉDITE.

son firôre et qui edt ud rii^de joùteijur sur le Parnasse (1). Est-ce là une nouvelle à mettre dans on pareil journal ? il y aura quelque catastrophe ; il noua proaiet de parler du SiUio$ de Tabbé Terrasson , qn'U a -^eu le courage de lire, et quMl y employera le ridiculum^ acri. Voilà une belle annonce^ elle veut dire : «Ihmsieue, je vous prc^nets de vou» tourner en ridicule* d^s buât jours ; > mais ne risque-t-on pas d'avoirson fidt dans f oc^ tave? ^ • "

M. d^Embrun avec son beau mandement du. .^. aoAt 1731, a eu un arrêt du ik septembre pardi à eekd de M. deLaon; il est supprimé etjson privilège révoqué; Farrèt est du ik septembre. Je n*ai pas vu cet écrii^ 4fà ilparoit quUl avc»t traité les gens du Roi d'hérétiques et même parlé de3 censures contre eux.- QueUerfolie- 1. -Je crois que vous remarquerez que lé terme d^'héritiq^ iM Supplique aux permnneê^'ûprêêfme émwioHôfi iégkime^ Il y a quelque rapport à ce ^ qui se*{ftasse: ^ '^-' - '

Lies Nouvelles tcelisuuUqun- denifères ^ ne rparlen t «qee du Bienheureux Paris ; il y* a une histoire abr^^ desdizr neuf miracles> avec les nomsy ' les surnoms» et le genre de mal guéri. Cela finit par^dira qu'à*>Aix lesf Jéeuifes ont un confrère que la voix publique cond&Rueieeu'feu et dont ils prennent le parti retieovs^ adversaires ont A Paris un saint qui fait des miracles et qu'ik persécutent.

11 parolt une deuxième lettre d^ua^ ecotésiBBtîque • «ir le mandement desmiraelesjily'a^e beUes:ifttatkHM^ mais' c'est une déclamation furieuse oontre Fareheprèque et l'abbé Gouet. ' a^ * ••«

(1) La graDge-Chancel» auteordeB fkineittct PfHlippIqUÊié - --'-> ^ v

LETTRE XLW. *0S

Lettre XLYP.

A Paris» ce 30 leplembre 1731.

Depuis ma lettre écrite^ Monsieur^ il a été rendu tiû arrêt le 28 septembre j à la chambre des vacations, où Monsieur le Procureur Général est entrée et a fait un réquisitoire contre deux décrets de la Cour de Rome^ Tun qui condamne une ordonnance de M. de Montpellier contre son chapitre , l'autre qui condamne la Vie de M. Paris. Cet arrêt supprime les deux décrets et re« nouvelle les défenses de rien recevoir de la Cour de Rome qu'avec lettres patentes enregistrées. Voilà encore de la besogne nouvelle. Le cardinal de Bissy, qui a eu part à ce qui s^est passé à Rome, a ordre de, rester & son diocèse où il est. On ne sait pas bien le dessous de toutes ces cartes, mais le peuple qui voit le B. Péris brûlé à Rome et le bref de Rome condamné à Paris croit que le B. est béatifié par le Parlement et y va plus que jamais. Allez-lui dire que ce n*est qu'une formalité , il n'en croira rien et les prédicateurs n^en oseront rien dire. Le miracle actuel et continu de M. Bécheran, prêtre, apporte| une attention infinie.: il a jusqu'à 22 convulsions sur le tombeau à chaque séance. On est en peine si cela est illusoire ou vrai ; ce prêtre passe pour un homme très-vénérable. Il y a, dit-on, un livre du cardinal Bona qui traite de ces sortes de convulsions en fait de miracles, et on doit le tirer de la Bibliothèque du Roi, où il est, pour justifier le récipiendaire et les médecins eti^purgiens qui l'assistent. Car il y en a beaucoup qui sont même ordonnés pour cela; il faut entendre toute la ville parler d'une matière qu'elle n'entend point. Ce sont des faits à vérifier et la vérification ne se fait point. En attendant, le B. va son chemin sanando omnesy et on dira de lui : Virtusexibal et sanàbat, comme il est dit dans Saint-Lué.

J*ai reçu une lettre de M. Desmaizeaux qui me marque qu'il a reçu la vôtre en son temps et qu'il y va répondre. 11 donnera des notes sur les Nouvelles lettres de Bayl qu'il sasse et ressasse, et il m'a envoyé le Calendrier d Caria où il y a des fautes que je lui ai corrigées. Je n' point encore eu le quatrième tome des OEuvres diverses^ quoique j'aie une lettre de change pour le recevoir. Le fragment de la Vie de Gustave est ce qu'il y a de nouveau.

H. de Laverdy m'a écrit d'Arnay-le-Duc, où il est logé ohez le Lieutenant civil^ qui a^ dit-il, une belle bibliothèque et qu'en ce pays les femmes y sont belles et on y fait de beaux enfants. Je veux lui enseigner la Callipédie de l'abbé Quillet et son histoire qui est dans le Dictionnaire de Bayle de la deuxième édition. Le sujet ne sera pas mal placé ; il y faudroit joindre les vers retranchés de l'édition de 1655 que les Anglois ont rétablis dans leur belle édition de 1708, et qui montrent l'esprit souple du Mazarin et de l'abbé. A dire la vérité^ je n'attends pas en ce temps-ci de pareilles épltres dédicatoires ; aussi y auroit-il trop d'abbayes à donner.

Lettre XLVIt.

A VitïSfCé il octobre MU

C'est bien cette fois-ci. Monsieur^ qu'on peut dire : JPorturiunt montes, nascitur ridiculus mus. Le procès d^Aix été jugé le 10 de ce mois, et toutes les parties ont et mises hors de cour. La Cadière^ le P. Girard^ le Carm le Jacobin^ l'ecclésiastique n'ont tous qu'à s'embrasse et oublier tout. On dit qu'il y a eu douze voix pour b 1er le jésuite et douze pour le mettre hors de cour^ ce q a fait un partage qui a passé à l'avis le plus doux; voî une compensation des conclusions qui pendoient la fil

LETTRK XLVIF. 305

et l^auteur du Tarquin n'avoit pas mal trouvé en disant : (c Hors de Cour, si n'aiment mieux tirer au sort à qui sera bcAlé. » L'arrêt renvoie le jésuite à M' l'évoque de Toulon pour être admonesté^ et Ton ne doute pas que Tadmonition ne soit des plus tendres; si l'évoque faisoitbien^ il l^admonesteroit d'aller ailleurs exercer ses talents. Sur ce l>eau procès il vous souviendra de celui de M"^ de la Force qui fut jugé de même, et sur lequel notre ami La Fontaine a dit :

Dos à dos, la cour les renvoie Après que la chose a longtemps Été tout d'un contraire sens.

DUntérét pour Fétat de fille Violé dans cette famille^ Un seul denier ne se paiera :

Qui plus y mit plus y perdra.

^*^st tout ce qu'on peut dire à toute la bande joyeuse Pï^ovençale, qui va peut-être en faire quelque danse ou ^Uelquechanson. Dieu merci, nous voilà quittesdetousles ioires scandaleuxqui se répandoient partout, et^ n^en laise à H^ Chaudon^ il en a fait un dernier où il a aps une pratique de pédérastie qu'on n'eût pas pu expoplus haut dansune école deSodome. M. PAris fait tours des miracles, l'abbé Bécheran fait toujours sa re- Pt^^sentation convulsive sur le tombeau, d'autres en font ^^ même ; on parle d'y mettre ordre , mais cela ne fera H^^€ multiplier les miracles par tout Paris par le moyen reliques qu'on dira avoir et la pépinière ne manquepoint.

Je n'ai encore pu voir le mandement de M' d'Embrun *^i vérifier le fait de Dumoulin, qui est considérable. Il y ^«lussiune instruction pastorale de lui (je dis de l'arche- "^ôque) qui a été condamnée par un arrêt du conseil du ^ d'octobre. Tout cela ne lui donne point de chapeau, ^^r le Pape vient de faire cinq cardinaux où il n'est point, ^i M. de Sens, ni les autres prétendants. On parle de

30e; COHRKSWINDANCK USÉDITK.

trois nouveaux brefs qui seront traités comme les autres. 11 a bien fallu prendre le parti de M. de Montpellier et empêcher que le Pape ne le juge imtnédlaitëment.

La remarque des belles femmes d'Arûay-lè-Duc ëf 'de Bourg m'a appris cette note topograpbiqué qu^il âe faut pas oublier pour les voyageurs ou exilés, récrirai à M. dé Laverdy toute vos honnêtetés. H.Soyer doit être à Bourg présentement, et on ne dit pas quand ils reviendront.

Les vers de M. Crébillon n'ont pas fait fortune siir le papier. La 37' lettre du Nouvelliste nous apprend quHls ont été critiqués.

On parle d'un manifeste du roi de Sardaigâe, qui a fait arrêter son père. Voilà lïn fait biettÀout^u et qui apprend bien à ne se dépouiller si tôt et encore moins d'une couronne.

J'ai Men des grâces à vou^ fHendre/Monsieîir, de tbtlstlé^ faits curieux, observations et' ihlitràctioi^' t|iil^ votisf ïHe donnez sûr l'arrêt du P. Gil*aM : îl est à' pré^iit • îàîprimé, du moins le prononcé; on le' vétid par fôiit Pèûtiê et il n'en a pas plus glande àpprofbslttoti: Cet ÀV'rètéb vraiihentae èéUk d6nt tfn dit çiiot *Whï!nètoir.''Âyrtiult, dans U ' Pratique trHhineltéy dit éti ' ^dti ^ vîedif îcliiga^é : Qui a obtenu se trouvé ' plus iifé^adlhi,en6W lès ju§ès, que la partie qui a perdu ; tel est absous par sentence qtd de-meure néanmoins couché entre beaux draps et quelque pkgegement qu'il intervienne^ il est tris- difficile^ que îti ^6riîts ne soient toujours connues pour tels qu^ ils sotii éf nimpiiurhb qu'on les prononce. Voilà ce <J|ue je trouve dans' AyîÂtdf et qui s'applique bien à cet arrêt, qui n*est que sîiip lèf pkpiér et non dans les cœurs ; il me isemble que le renVoi au jège ecclésiastique pour' le délit commun lai^eubeqtteuôqtri

LKTTRK XIA IIP. 307

i.it donner lieu i\ quelque appel comme d'abus. La

cidamnation des dépens faits à Toulon montre que Ton

& ^u ^rd à la rétractation^ et que les dépens ont été slÔ'

jugà jusqu'à ce jour : cependant, les charges étant

contraires^ comment y a-t-on pu avoir égard , et le fait

Aes menaces et de la retraite du greffier ne méritoit-il

P<Ci8 d'être approfondi? Le hors de eour à Tégard de la

t^dière et autres accusés ne me parolt pas tomber sur

I& calomnie, mais sur le complot, la fausse possession , Ta-

bus de l'exorcisme et autres cas imposés par le Procureur

S^nérah La calomnie entroit dans la défense de l'accusé

PHncipal^ qui perd sa cause sur ce point, en ce qu'on ne lui

adjuge point de dommages et intérêts, et que l'arrêt dit

^^pressément qu'il n'en aura point. On pouvoit n'en

point adjuger et ne pas le dire , et dès qu'on le dit voilà la

*^ote, notât quem libérât. 11 est encore bien singulier que

i'currèt prononce la décharge et le hoi^de cour en même

*^mps pour le P. Girard : on lui donne trop et on ne lui

ne pas assez. Je dis comme Célius : Poslqûatn fàetum

êtupuit. On est encore stujiéfait s\it le Conseiller clerc,

'aime miéus^ encourir l'irrégularité que de se retirer,

<jui apparemment est bien sûr de sa dispense et de

^£Uelque chose au delà. Qui ne seroit aussi étonné du

nce des deux commissaires sur les reproches person-

? Ils ont mieux aimé le faire que de perdre leur voix

<le s'engager à une récusation. Mais ce qui est surpre-

^^nt, c'est la force de cette fille à la confrontation et la

^^îlîlesse du jésuite. Il est bien sûr que c'éloit le cas de

*^ question. Pour le quousque, il me semble qu'Ayrault ne

^ ^4met que dans les cas où il n'y a point de partie civile,

^ ^t^fuousque n'est pas bien défini; l'ordonnance même

4^1 veut que l'on prononce sur la condamnation ou sui

*^ -décharge y parolt contraire. Qu'enlendon parce quo-

^*^9iie? Je vous prie, Monsieur, de me l'apprendre. Enfin

^^us nous donnons bien de la peine pour débrouiller un

^^^BM et une obscurité que Ton a affectée. Vous ne me

808 CORRBSPONDAKCC: INÉDITE.

parlez que de certains mots qui doivent être rayés les requêtes et mémoires; cependant Tarrèt ordonna plusieurs requêtes et mémoires de la Cadière^qui son signés, seront retenus et lacérés, ce qui est une espè réparation delà calomnie, ou au moins une peine a les termes obscènes et licencieux. Il y a deux éditioi prononcé, Tune commence par : 11 sera dit ; Tautre Dit a été; on a eu peur que le premier ne passât poi projet. Cela n'est pas trop permis et a un air de i Nous allons voir de belles réflexions. Les 21 couplet la lettre du 22 juillet sont très-jolis et doivent ei dans les pièces du procès. Que dites-vous de notre tographe La Fontaine avec son dos à dos? ie ne sais du tout de Taffaire des deux rois de Sar daigne, sinon le marquis de Rivarol a eu le cou coupé, et le u cin et son fils pendus, et le roi Victor bien enfermé et grillé. Si vous avez quelque relation de cette singu aventure, je vous prie de me la communiquer. Tou Charles-Quint qui abdiquent sont sujets au repe Coulangesen a fait autrefois une jolie chanson, tout ceci est trop sérieux pour le chanter; on peut s pentir mais non pas conjurer.

Letlre XLW.

A Paris, ce 26 octobre MZ\ .

Les remarques des lettres refaites et de la clef ei dans étoient, Monsieur, des présomptions juris et di avec les autres indices> et celaalloit bien près de la i mais Fen voilà quitte. On ne sait ce que le juge eccU tique va faire : il n'est point de la règle que qua juge séculier a connu par lettres patentes et commi extraordinaire du procès d'un clerc et qu il Ta juge le juge d'église, ce dernier vienne encore en conns le roi, par la plénitude de sa puissance, a consomt

LRTTRR XL1X«. 800

droit. Delà on croit qu^il pourroity avoir moyen de cassation contre Tarrèt^ ou appel comme d'abus de la procédure de Tofficialité, s'il s'y en fait : et voilà une brandie de la querelle des deux puissances, mais je crois que personne ne s'y accrochera. Il y a eu une grande émotion à Toulon, un P. Girard de paille brûlé dans tous les coins^ le feu mis aux Jésuites , le collège abandonné, le peuple criant dans les rues : Plus de confession ! plus de Jésuites! et préparé à recevoir la Cadière en triomphe. On dit qu'elle n'en jouira point, et que ne voulant point être un sujet de sédition , elle a tout doucement gagné lescôtesetpasséàNice dans les États du roi deSardaigne, et le P. Girard est allé à Dôle, sa patrie, montrer aux incrédules qu'il n'est point brûlé. On ne voit ici que chansons et mauvais vers contre l'arrêt. On m'a assuré que l'abbé de Charleval n'a point opiné et s'est retiré à la première voix du sang; ainsi il est quitte de son irrégularité, et même d'Héricourt prétend qu'il ne l'auroit pas encourue dès que l'arrêt n'a point jugé à mort.

Il y a un bel hymne pour M. Paris que l'on a fait graver en latin et en françois avec ses armes- au haut et une couronne de marquis; cela ne ressemble guère à l'humilité du défunt, mais on lui rend après sa mort ce qu'il a méprisé pendant sa vie et il pourra devenir le patron des Chapitres nobles. Les miracles augmentent tous les jours ; il y en a eu un subit en la personne d'un ÎI. de la Salle, autrefois commissaire au Chàtelet y qui étoit estropié et qui est revenu tout droit, et il en a dressé lui- même un bon procès-verbal sur le lieu, n'ayant point oublié son premier métier. Il alloit demander sa conversion et la guérison de sa femme et chemin faisant il a été guéri ; l'abbé Bécheran continue toujours ses neuvaines avec les mêmes convulsions et un M. de Légal s'y montre tous les jours et commence à entendre. Les Nouvelles ecclésiastiques du 17 septembre disent plaisamment que le bref de Rome qui a déclaré les miracles faux, déclare

310 CORRESFONDAIiiCR INÉDITE.

en même temps que ceux qui sont guéris ne le sont pas que les aveugles qui voient ne voient point, etc. Lise: vous ces Nouvelles? elles sont bonnes depuis peu et ne ai plaisent point à la Cour, puisqu'elles prennent son pai contre les évèques qui veulent que la constitution se règle de foi. L^aventure de Tévèque de Nantes, qui mieux aimé consentir la liberté d'un prêtre prisonni que de payer sa pension au ch&teau de Saumur, y e bien racontée, aussi bien que celle du P. Millet, jésuit qui a été délivré sur la foi de la révélation d^une ca mélite, parce qu'il devoit faire pleuvoir, mais conm il n'a point plu, on a serré la relique pour un auti temps.

M. d'Embrun a bien fait de retourner à son dioc^ parle plus court chemin. La Cour n'a pas été conteot de ce voyage et H. le cardinal de Rohan s'en est justifié Savez-vous ce que c'est qu'un livre qui a pour titre : Le Amazones révoltées , roman moderne en forme deparodi sur Vhisloire universelle et la fable avec des notes politi ques sur les travaux d'Hercule , la chevalerie militaire t la découvertii du Nouveau-Monde, par dom Louis le Maingr de Boucicaut , colonel de dragons au service des nation catholiques? La Gazette de Hollande qui l'annonce, san dire où il est imprimé, dit que ce livre est si recherché surtout pour le discours sur la chevalerie militaire, qu chaque exemplaire se vend deux louis d'or. Avez-vou jamais oui parler d'un titre de livre aussi fou ? si le livr y répond cela doH être bien original. Ce Boucicaut dei cend-il du maréchal de France? Il faut ajouter ce titr bizarre à la liste de H. Baillet; voilà un bon plat pou notre Nouvelliste,

LETTRE i«. 911

Lettre U.

A Paris, ce 28 uctobre 4751 .

Depuis ma lettce éerite, Monaieury j'ai reçu votre paquet où étoit la relation curieuse de Taffaire de Turin dont je vous rends mille grâces. On n^entend rien à tout cela, le père qui auroit dû couronner sa maîtresse, quitte sa eouconne ]^ur Tépou^er ; 1« fils qui auroit dû adorer son p^jïe après lai avoir remis ses États, l'arrête et Tempri* sonne. La femme conspire contre son beau-fils par un dessein ambitieux et veut Fempoisonner, et on dit aujourd'hui à Paris qu'elle s'est empoisonnée elle-même. Çiâst U une douce société d'Italie. Je croyois le Rivarol décapité et les médecins pendus, mais on ne le dit plus; U ne passe plus rien de ce pays-là ici et il$ ne font pas mal de ne point cpmmiuiiqaer avec les autres nations, puisqu'ils joe leur pourroient donner que de mauvais exemples.

\,l^ vous remercie aussi, Monsieur, de vos instructions 8ur te ^uou^igfue ; .ils en usent ainsi en Bretagne^ et cette oraiotequi poursuit Je. coupable jusqu'à la mort est une pieittie plus dure que Ja mort, C!étoit le cas de l'appliquer si la» Parlement d'Aix epfaisoijt usage. Le P. Girard est cer^ taineoient à Lyon et la Cadière à Nice; il y a une calotte trèsr:mauvais^iconl|Ce le Parlement et une autre pièce intitulée Sarce/ade, qui est en langage paysan, comme les pièces des habitants de Sarcelles contre l'archevêque, et c'est de là qu est venue ce mot nouveau dont notre langue s'est earichiael qui pourra bien y rester comme celui de Balkde. .Voici le. commenoenient: '

Sais- tu, Colin, ce qu'on dit a Paris, Pa là morguenne y sont biao ebobis !

'"' ' Te sonviént-fl de cette la Cadière,

Dont ils lisions les factotons naguère,

312 CORRESFONDAINCK INKDITK.

Comme al disait que ce Père Girard Dès qu'il était avec aile a l'écart.

Après avoir bien verrouillé sa porte^ La visitoit comme une béte morte^ Qu'il la tâtoit et la lantiponoit, Tant qu'un biau jour ce vilain maladroit L'avait rendue, à ce qu'aile disait, mère. Et puis encor, le plus mal de l'affaire, Cest que ce drôle avait su bian et biau Envoyer caton d'un coup à vau liau.

Voilà un échantillon^ vous aurez la pièce entière quand il vous plaira ; je vous avoue que la héU tnortey qui représente Textase^ m^a bien fait rire.

L^ami Bouret est délogé^ et est allé demeurer dans une maison de son gendre , au haut de la rue Montmartre , où demeuroit M"*^ de Noce ; ils sont là en bel air ; la bibliothèque est bien placée. Nous avons bien parlé de vous aujourd'hui à dlner^ et il y avoit un M. Ânfossy qui étoit ami de Tabbé Praguier , qui m'a bien chargé de vous faire ses compliments, aussi bien que toute sa famille.

Je ne sais quel bruit se répand contre Tabbé Âlary d'uA dépôt de 50 actions qu'il avoit à H"® de Sainte-Aulaire et qui ne se retrouve plus. La savante marquise en fait de grandes plaintes et il en pourroit bientôt paroltre quelque Lamentabile Carmen; mais non, c'est à la manière des anciens , il en sortira plutôt quelques couplets à la moderne. Raillerie à part, ce fait est vilain, s'il est vrai. Ninon n'en usa pas ainsi, et Tabbé de Thou qui vient de mourir, et qui vient de rendre 50,000 écus à M*"* d'Isenghien et un legs universel à H. de Hesgrigny, après avoir gardé le serment dont formule a été faite pour lui, apprend sur cela une pratique de morale qui ne sera que raremenl suivie. A propos de couplets, H*"^ de Gontaut en afait faire deux contre la maréchale de Villars avec qui elle s^est brouillée après avoir été fort amie. On dit qu'ils sont affreux. . .

LETTRE ir. 813

M^ de HoDtauban a gagné la petite vérole de M"* de Ligne sa sœur^ qui s'en est sauvée.

On me disoit tout à Theure que Clément XI avoit donné un bref de virginité à la fille de Carie Haratte, peintre^ qui l'avoit perdue plusieurs fois, et que ce bref servit à la marier. La Cadière auroit besoin de cette indulgence.

Lettre LV.

A Paris, ce|3l octolire 1731 .

Je ne vous dirai, Monsieur^ qu'un mot du P. Girard : il est auprès de Dôle à un prieuré des Jésuites qu'on appelle Honte ou Houte. La Cadière, qu'on disoit à Nice, est retournée à Toulon ; apparemment cette affaire est à présent abandonnée aux poêles qui en feront leur jouet. L'affaire de Tabbé Alary est un peu plus claire'; il n'a point retourné chez les dames où il étoit tous les jours plus de cinq semaines après la mort de M'*^^ de Sainte- Aulaire, encore y a-t-il été mené par M. d*Argenson du Palais- Royal. Grandes douleurs et larmes sur la perte du corps, puis on est venu sur la perte des biens et d'une cassette où il y avoit 50 actions et un contrat de 100,000 francs sur la ville. L'abbé a dit fermement qu'il n'en avoit jamais ouï parler. On lui a lâché quelques soupçons; ces soupçons sont passés dans Paris. L'abbé a été trouver M. le cardinal pour avoir satisfaction comme étant au Roi; M*"^ la duchesse du Haine s'en est mêlée et a dicté elle-même une lettr<e satisfactoire , tant bien que mal ; cette lettre a été vue. Hais depuis il y a eu quelques indices : 1"^ Un agioteur de la Banque a dit y avoir vu plusieurs fois H"^ de Sainte-Aulaire avec un abbé, â"" Un homme d'affaires qui est en Limousin a dit qu'il n'avoit point eu de connoissance des actions , et que c'étoit l'abbé Alary qui s'en mêloit. 3*" H. Pin, vicaire de Saint-Eustache, qui a administré les derniers sacrements à la défunte, dit qu'après sa confes-

sion ' elle voulat lui dire quelque chosie sur ses liffaires temporelles^ maisqu^il voulut lui donner N. Seigneur au-* paravant et qu'elle mourut s&ûs en pouvoir parler. k^Ce contrat qu'on peut lever ehez le notaire et qu'on ne rap piqrte pa8 donne encore des soupçons que tout étoit dans la cassette. Les dames crient et s'élèvent contre Tabbé» qui de sa part crie et se défend. Cependant on dit que Ton en veut venir à un procès criminel, et voilà un nouveau Girard. A tout cela il peut y*âivo4r quelque secret qu'on ne sait point, dépôt, fidéicommis, donation ou ce quUl voiïé plaira. Quoi qu'il en soit, cela est Fâcheux pour l'abbé^ parce qqeces dames opt bien de$ amis qui prendront leur parti et qui convertiront leurs soupçoi^ et leurs indices en réalités et en preuves.

On cherche la naissance de l'abbé qui n'est pas bien loin et que La Bruyère a caractérisée. Et on dit déjà qu'il est pluscher que son père. Comme il est de vos confrères et que les dames sont de vos amies^ vous ne serez pas fâché de savoir le fait tel qu'on le dit à Paris.

L'histoire de la chanson contre H'"*' la maréchale de Villars est aussi éclaircie ; elle a écrit une lettre très^dure à un ministre qui l'a portée chez H*"^ de Gontaut. Là^ en s'amusant, on a fait deux couplets de chanson contre la maréchale^ et on dit que le ministre y a mis quelque mois de sa main. Je nesaurois vous dire par quel sort ile$t arrivé que l'original de la chanson est venu entre les mains de la maréchale/ qui avoit voulu avoir un éclaircissement avec H*"^ de Gontaut ; et cela fait une des belles tracasseries qu'on ait encore vues.

Il y a eu hier un grand conseil à Versailles, qui a duré quatre heures, et c'est apparemment sur l'affaire des Avocats^car H. Gilbert, avocat général, y étoit. On n'en sait point encore l'événement. Tous les vendeurs d'images et estampes de M. Paris ont été chassés. C'est peut-être pour aller plus loin. — H. de Saint-Cou test, avoçaidu Roi au Chàtelet; en faisant sa harangue à la rentrée^ a

LETTRE LW. 315

commencé par dire : « Avocats^ etc. ))^ il n^y ea avoit pas un. Nous allons voir de belles choses à la Saint- Martin , car il n^a point encore été question de Tarrét du 7 septembre qui a été biffé.

Lettre LIV.

A Paris, ce 6 novembre 1731 .

VousaureZjHonsieur,la5arcf/a€fepuisque vous la voulez avoir, et je crois que vous serez content; il seroit plaisant que notre poésie s'enrichit de cette sorte de poôme à la place des chants royaux, virelais ^ glose, etc. qu'elle a perdus. Marot en a laissé quelques traces dans les vers du Biau fils de Pazzi. Le P. Girard est donc dans sa patrie ou dans quelque solitude voisine^ if se suum cor edetiSy hominum vestigia vilans^ comme Cicéron Ta dit d'après Homère, à qui il appartenoit de faire cette belle peinture d^un homme qui mange son propre cœur et qui fuit la piste des autres hommes.

C'est ce qu'il a dit de Bellérophon et que Balzac s^est appliqué dans une de ses lettres à Chapelain, d'où nous pourrions bien encore le faire passer à ce souverain enfermé à qui on n'a rendu que sa montrée! qui pourroit bien s'occuper à dévorer son cœur. Je suis bien aise d'à* voir Homère à opposer aux nouveaux Parnassiens, qui en parlent toujours mal et dont vous touverez une critique dans la /i^O^ lettre de notre Nouvelliste. Je ne sais de qui est ce Traité du Goût, fait par un mathématicien, que notre censeur censure sans pitié. Ce pourroit bien être FabbéTerrassoU; à qui il a passé son Séthos, et il Ta repris par un autre endroit.

Le fait du bref de virginité est très-certain et .m'a été assuré par un de mes aniis qui a été deux fois ù Rome. Ce bref servit à bien marier la fille du peintre à un avocat nomnié Sapi, qui n'eut garde de contredire rinfaillibililé

316 œRRESPONDANCE INÉDITE.

du Pape. Hais je ne crois pas que la Cadière put gaj cette indulgence.

Les Nouvelles ecclésiastiques du 2 octobre contient toute Taffaire des avocats et tout ce qui s'est passé ai lais jusqu'au 8 septembre; cela est très-curieux quai n'y auroit que les simples faits ; on travaille très-seci ment à une négociation qui sans doute sera finie Saint-Martin. Nos confrères sont revenus aujourd' les magistrats arrivent demain et nous aurons le pi d'une rentrée agréable. Je le crois et le souhaite ains Marimberg qui est l'Hélène de cette guerre-là, est j pour Utrecht, ainsi il n'y a plus personne qui opine retenir et le vouloir mettre sur le tableau d'où il s'e^ face lui-même.

Ce que vous pensez sur les convulsions de l'abb merveilleux, mais il faudra bientôt un autre mil pour l'en guérir, car elles lui prennent hors du toml et dans sa maison, et son corps s'est si bien accoutumé tremblement qu'il ne s'en peut plus passer. Le comi saire dit que le ciel ne lui a pas tant connu de couraj qu'il Ta guéri tout d'abord. On croit qu'il va par< sur cela quelque déclaration ou arrêt, et qu'on esl de ce spectacle.

J'entends fort bien ce que vous dites sur l'arrê 28 septembre, mais il falloit bien empêcher l'entré ces brefs, et on s'accroche où on peut.

H. Anfossy n'est pas un abbé, c'est un laïque qui a même épousé la marquise de Vence; il est veuf et frèi celui qui est à H. le cardinal.

L'affaire du dépôt des actions étonne tout Paris. ( bien pensé à quelque amitié secrète, mais on trouve c'est trop donner, et que l'abbé n'a pas tant gagn pu gagner. Les chansons sur la Maréchale font auss bruit et qui pourra bien retomber sur le dos du p( parla fatalité du Siècle de bois, dont les poètes sont nacés, et qui est un autre que celui de fer ou d'acier i

Balzac fait la pronosticaiion à Juversac^ son ennemi.

Un de mes amis de TAcadémie m^a mandé que le remerciement de Crébillon étoit admiré et critiqué à Paris et qu'on auroit quelque chose là-dessus.

Il y a de faux plaisants qui ont parodié le vers :

Qui gouverne la foudre et ne tonne jamais. Qui gouverne la bourse et ne donne jamais.

Vous savez sans doute Tbistoire du valet de chambre du prince f4harles^ qui, àMarly, s'étoit fait un outil femelle d'un col d'une grosse carafe à mettre de Teau. Le récipient s'est cassé dans la partie utérine et a blessé le piston^ de façon que Thomme est en danger. Vous jugez facilement des plaisanteries. Les dames voient maintenant à regret leur rivale lorsqu'on leur sert de Teau. Il y a une calote sur les juges d'Aix.

Letire LUI".

A Paris, le 14 novembre 1731.

Je crois, Monsieur, que si le P. Girard s'avise de prêcher, on le prêchera à son tour, et il devroit bien rester où il en est. Je lisois ces jours ci le Théâtre des Grecs du P. Brunoy , et j'ai trouvé dans VIphigénie en Tauride ( acte 4 ) un récit d'Orestequi fut absous dans TAréopage du meurtre de Clytemnestre parla faveur de Minerve qui se rendit maltresse des voix en les rendant égaleSy dontles Furies furent bien fâchées et s'emparèrent de Taccusé; à la fin du 5* acte. Minerve recommande à Oreste de se souvenir du grand service qu'elle lui a rendu par cette égalité de voix. Hais tout cela est bien plus étendu dans la tragédie des Euménides ( par Eschyle ), au même tome, dont le sujet entier roule sur ce jugement, où on trouve les plaidoyers des avocats, la fourberie de Minerve, qui donna sa voix pour rendre les suffrages égaux, et qui en donne pour

318 CORRKSPONDANCE INÉDITE.

raison, que comme elle n'a point de mèreeHe ne st sondé guère du meurtre d'une mère; ensuite elle veut apaiser les Furies et leur dit que leur honneur est à couvert, puisque c'est une grâce qui est venue par l'égalité. Le meilleur de tout cela sont les réflexions du P. Brùnôy, jésuite, qui dit que c'est une leçon pour les juges et que Minerve jouoit là un vilain rôle. Il seroit beau de lire cela dans Eschyle, car il n'y a que le plan dans l'ouvrage du jésuite. Voilà donc le procès jugé il y a deux mille ans, et j'ai cru que cette observation littéraire vous féroit plaisir.

J'eus hier une apparition de M. de Saint-Hyacinthe, auteur du HathanasiuSy que M. Des Maizeaux m'a adressé. Je ne sus qu'après l'avoir quitté que'c'étoit lui, et né^^rïài point dé son livre, qu'il a augmenté depiiis peu. II me donna de la part de M. Des Haizèâu)c un prospectus d'un Horace gravé avec des figures^ des lettres et des culs de lampes et autres ornements si magnifiques, que cela passe tout ce qu'on a vu en ce genre, et il faut avoir les guinées des Anglois pour y atteindre : ce simple prospectus est une vraie curiosité. 11 y a dix figures et six lettres, et la gravure est knef Veilleuse. H.' Des Màii^eaux ffië demandé : !♦ Si la ihémoire de Fraftçciife de Thou, décàpitli edl6(â, afeté réhabilitée, et s^îl y a eu dèslettres de réha* bJMtation 11 en demandé copie. ^ Si lé fils flé M.'de Tlibà', dont il est parlé dans la préfacé du Càtulôgu^Bibl. 2%tiànœ, est le même que l'abbé de Thou, qu'il suppose vivant et qui vient de mourir. S" Quels sont les titres de cet abbé et le nom de son abbaye? — Je vous prie, Monsieur, de me dire ce que vous savez sur cela le plus tôt que vous pourrez. 11 me parie dé nouvelles lettres de Bayle qu'il a fait ajouter dans la Bibliothèque* raisônnié, et qui viennent de M. Dupuyque M. Valhubert feraréîm* primer à Paris avec les autres qui ont déjà parti. Cette marchandise sera bien ressassée.

Vous aurez les deux couplets de la Maréchale : pour

LETTRK LÏIl». SIO

entendre lé premier^ il faut savoir qu'il a! été foit chez laiûârécbale d'Estrées^ où étoien't M^^dôGobtsaut sa' nièce, lëministre et Fabbé qui après une' partit de quadrille voulut aller souper chez la H^^ de V. : on Ten voulut déioumer^ il persista et en dit du bien tant; qu'on lui '^é- 'Ik>ndit :Vabbéyenviritéy tùosmez bien de la boMi, ce'tjtii dotana occasfion défaire ce couplet^ et en le mettant dans' le inonde on a eu la malice de manquer deux vèi*s comme faits par le ministre lui^mémë. Le second cOuptet W été fait cheis H^ de Gontaut, qui l'avoue et en décharge Roy que Ton adcusoit d'en être auteuf ; mais gare quelque calamiti du siècle de bois! Il y a encore deux autres couplets plus anciens qu'on doit me donner. Voilà tout ce que je sais de cette tracasserie qui a peu duré au dehors, <(iâr depuis elles ont mangéènsemble^ mais rancune tenant, comme oh dit. • .

On dit qtir*!} h^ âe p»^sërA ri^en" éw ïé âé^6f tfë^reibbë et que tout s'est réduit à engager H. de Fontenelle, la Motte et autres à ne le plus voir ; cette exclusion n'est pas si forte que celle de l'abbé tSraniér, que j'ai trouvée à la page 206 (et non 17T du l^'tome à&^Y'Aéàdémie ). M. d'Olivet, qui y a fait une note tifée de KlcTielet, de voit bien nous marquer la lettre ; il .est singulier que la faute de Granier fût sur un dépôt doeyt U s'acquitta mal. Et le dernier historien^ qui trouve mauveUéque Bayle ait donné trop d^éclaircissements sur Desmarets sui*lé^néHI ne devoit faire que de tristes rc/î^^'Ànsf Belle ôdcùpâtîon pour uu critique ! N'a-t-il pas lui-même tombé dans Finhumanité dont parle M. Pellisson, en recherchant le genre de crime qui causa rexcliision de Tabbé Granièr ? ' " "

Nous avons la 41^ lettre du Nùuvellistey où il çst parlé du Séthos tant bien que mal.. L'abbé T. nous apprend que Télémaque a fait la paix entre les princes chrétiens. Si cela est, je dois être sur l'état des pacificateurs , car sans moi Télémaque eût été perdu, et j'empêchai qu'il ne fût renvoyé à M. de Cambray qui Tauroit jeté au feu.

830 CORRESPONDANCE INEDITE.

I^ Nouvelliste a compris qu'une lettre doit avoir une date, la 41 est du jour de Saint-Martin. 11 nov. 1731.

Voici des morts. Le vieux H. de Sainte-Maure est mort et son neveu aîné se trouve riche avec la charge y des terres etPespérance de sa cassation. Le cadet est légataire universel. H*"' de Brilhac, première présidente de Bretagne, est aussi morte en trois jours de la petite vérole et du pourpre; elle arrivoit de Rennes, et .son mari perd sa femme et son frère en bien peu de temps.

Je n'entends rien au valet de chambre sur qui on a fait rhistoire chimique. Je les vois tous, tous les jours, il n'y en a pas un de malade : où avez-vous été vous souvenir des fruUi di verra ? Vous êtes merveilleux en tout.

A la messe rouge, le 12 nov., il ne s'est trouvé aucun avocat ; les choses sont au même résultat qu'elles étaient à cet égard. Le mezzo n'est pas encore trouvé.

Si Villars avait les attraits

De cette taute aimable (1).

Je dirois : ne quittez jamais

Sa chaîne est adorable.

Mais pour un vieux visage usé

Un esprit plein de rabâchage (2) ,

Quel radotage (3) !

L*abbé, en vérité,

Vous avez bien de la bonté.

Nul esprit , pas même un bon cœur, Sans beauté , ni jeunesse, Jalouse jusqu'à la fureur, Et fausse sans Gnesse.

(1) La maréchale d'Estrées.

(2) M. d'Angervilliers.

(3) Abbé lie Vauréal.

Souple et basse avec vanité Envieuse, avare et volage Quel assemblage !

Grands dieux ! en vérité De l'aimer serait-on tenté ?

Impromptu d'un Gascon en parlant du Père Girard.

On n'a point vu le phénix naître Et donc — chaque chose a son temps.

On le verra bientôt paraître Puisqu'on a vu le merle blanc.

Lettre LIV\

A Paris, ce 3 décembre 1731.

Depuis notre rentrée^ le Parlement, qui avoit à cœur la radiation de l'arrêt du 7 septembre^ ayant reçu deux let* très de cachet à ce sujet, a tout d'un coup pris le parti par acclamation d'aller trouver le Roi à Marly, pour lui faire ses remontrances de vive voix. Peu s en est fallu qu'ils n'ayent parlé ; mais les choses ont tourné autre* ment : ils ont été renvoyés, et en sortant de Marly ils ont trouvé M. le Cardinal qui rentroit et il y a eu une con^ versation très-vive avec M. l'abbé Pucelle qui a dit de grandes vérités. Il n'est rien venu depuis, de la part de la cour, pas même de défenses de s'assembler : on s'est donc assemblé avant-hier et il a été arrêté que H. le premier président iroit demander au Roi son jour pour écouter la compagnie de vive voix. Dans celte assemblée où a été rapporté le retour et le voyage de Marly, il s'est dit bien de bonnes choses. L'abbé Pucelle a fait remarquer qu'ils étoient accusés d'avoir fait les législateurs dans Tarrêt du 7 septembre, et d'avoir attenté à Tautorité du Roi, que si cela étoit ils avoient mérité de grandes peines; mais que cela n'étoit pas et il le prouva; d'où il suivoit que leurs accusateurs étoient bien coupables. Il a parlé

822 COURESPONDANCE INÉDITE.

de M. le Cardinal , il Ta noimné et a dit qu'il ëioit son ami depuis longtemps y qu'il étoit foi^t honnête homme et avoit de bonnes intentions^ et que ce n'étoit pas comme politique et courtisan qu'il parloit ainsi , que le cardinal n'entouroit pas le Roi^ mais que le Cardinal étoit lui-même entouré d'autres et que c'étoit de ceux dont il falloit se plaindre. .11 a cherché dans le procès- verbal de l'ordonnance de 1667, article 1'^ du titre I*% qu'on y vouloit mettre Tribunaux eccUsituliques, et que M. de Lamoignon, premier président, lit ûter ces mots et mettre à la place OfficialitéSy et fit sur cela un beau discours contre M. Pussort. Il n'oublia pas de dire qu'en ce tempslà on consulloit les premiers présidents sur la rédaction des ordonnances et qu'ils soutenoient les droits du Roi contre les ecclésiastiques. Enfin on doit aller au Roi lui demander jour. Mais la question est si on l'obtiendra. En tout cas, voilà bien de quoi honorer les registres^ et VaC" clamation passera à la postérité.

Nous avons déjà une partie de ce qu'on nous a promis : c'est un arrêt du 1*' décembre, postérieur à notre rentrée, où vous verrez que nous devons être contents, puisque le Roi dit : Que les faux principes censurés par V archevêque ne sont point soutenus par les avocaiSy et que ces principes sont fort éloignés de ceux qu^ils pro^ fessent. Après quoi le Roi impose silence à tout le monde et veut que les arrêts du 25 novembre 1730 ( qui est le nôtre ) et celui du 30 juillet ( qui est celui de l'archevêque ) soient exécutés . Mais cela veut dire qu'ils ne sont pas contraires à celui-ci. Nous attendons le retour des exilés. M. de Nyert a déjà permission de venir achever son quartier. On plaide, on écrit «t on consulte comme à l'ordinaire. L'affaire du P. Girard n'est pas finie» il y a une Ànatomie de son arrêt faite par un magistrat de Provence qui est une pièce excellente, et pour le procès et pour la matière criminelle en général; il faut l'avoir. L'abbé Gastaut est exilé : on grave le procès, et il y a déjà

quatre grandes figures in-folio très-impudentes et qui vont continuer le scandale.

Je vous remercie de ce que vous m'avez dit sur M. de Thod. L'abbéy que les nouvelles à la main avaient dit mort et dont ils avoient rapporté le testament, n'est point mort. L'abbé Nouet est son ami, et j'ai su tout ce que je voulois savoir.

Le rabâchage que vous n'aimez point est un mot fait à la Cour et dont on y use souvent. Il y a deux couplets de vengeance [contre H*"^ de G. qui sont affreux et bien mal rendus. Je ne vois point du tout votre historien , mais n'a-t-il point le journal et ne vous en rend-il pas compte?

U y a deux lettres contre les sauts de l'abbé Bescheran qui valent la peine d'être lues, et principalement la dernière, où est rapporté un passage du Fanatisme de Brneys.

Je ne lirai point le Sithos] et je ne veux ni de sa galanterie, ni de son dévouement quand il quitte ses Ëtats et sa maltresse. Cela est bien loin de Mentor

Tout meurt ici de la petite vérole : H. de Rochechouart, fils de M. de Hortemart, en est mort hier, et M°*^ la Duchesse la jeune, qui en étoit échappée, l'a actuellement* M"* de Brilhac, ma parente, vient d'arriver, qui pleure et son mari et sa belle-sœur. Et voilà bien des larmes. Encore un petit mot du P. Girard :

Sabatier, avant le départ,

A dit au père Girard :

Allez à LyoD, le peuple y est bon

Et les femmes peu fières.

Pelletier même et Perrichon

Ont chacun leur Cadière, lan la,

Ont chacun leurs Cadièr^s.

824 CORRESPONDANCE INEDITE.

LeUre LV\

A Paris, oe H déoeoibre 1751 .

Voici, Monsieur, la réponse du Roi que vous voulez savoir et ce qui a suivi.

Le Roi a dit à M. le premier président : ce Je persiste daosles ordres que j'ai donnés, je veux être obéi, et c'est le seul moyen qu'ait le Parlement pour mériter mes bontés. » Ensuite, il y a eu des raisonnements entre H. le premier président, le cardinal, M. le chancelier et le garde des sceaux en présence du Roi ; après quoi le Roi a dit : « Ce qui vient de vous être dit est mon intention, et c'est dans cet esprit que je défends toute assemblée, délibération et députation. u Lundi 10 décembre, le Parlement assemblé a chargé M. le premier président de représenter au Roi l'impossibilité où il est de rester dans l'état où il. est, et de concilier le plus essentiel de ses devoirs avec l'oMissance que S. H. exige.

Je viens de copier cela sur un mémoire qui vient de très-bonne main.

Personne ne peut dire précisément ce qui a été dit & Harly dans la conférence , car peu de gens l'ont entendue et chacun y' a ajouté ou diminué selon le parti où Ton est. Quelqu'un qui y étoit bien près m'a dit que le cardinal avoit avoué qu'il y avoit quelque chose à direen laforme à ce qui s'étoit fait, et queH. Tabbé Pucelle avoit dit : i(Et aussi dans le fond. » Ce que l'on ajoute sur Taigreur personnelle ne s'accorde point avec l'éloge qu'a fait l'abbé publiquement et que toute la compagnie a entendu. Si nous ne savons pas le fait à présent, que sauront nos neveux? Bonne conclusion pour le pyrrhonisme historique.'

On prend de l'arrêt du 1" décembre ce qui en accommode : Prenez les bonnes et laissez les gâtées. Cependant on ne voit pas encore revenir les exilés et nous les at-

ODS impatiemment ^ comme un gage de notre rei^ volontaire. 11 n^est pas vrai que le greffier Isabeau ^té emprisonné ni même décrété; il ne voit la Con- ^*^^gerie que par la fenêtre et il n'a point été question nen contre lui.

ce moment on m'apporte deux arrêts de Tlmprime*

royale du 9 décembre : Fun qui supprime les im-

més de deux lettres de l'archevêque d'Embrun au

^^^ic*dinal de Rohan, le 9 juillet, et d'une autre sans date

sujet de la lettre circulaire du Roi aux évêques, du

^ciis d'août 1731. L'autre arrêt est plus important , il

yprime un écrit latin de l'évêque de Laon : Stephanus

Mephus de La Fare^ etc., où après une formule ordi«

de l'approbation des confesseurs on a ajouté une

plication détaillée des cas réservés au Pape ou à Té*

^^que avec des avis adressés aux confesseurs. Cela a été

^ ^K^primé, nonobstant la révocation du privilège porté

mv Tarrêt du 2 septembre, et on voit bien que M. de

on voudroit allumer le flambeau du schisme, s*il

ouvoit. Les mains lui démangent; si on avoit laissé faire

^^ Parlement, il ne seroit peut-être pas si hardi.

L'Analomie de Tarrêt du P. Girard est débitée sccrë- 't^ment et a été imprimée à Paris : il n'est pas difficile ^e l'avoir.

Le mariage de M. le prince de Conti avec H '*' de Chartres

^3stdéclaré. H"* deBeaujolaisétoitdestinéeàH. le comte de

^harolois, mais il a déclaré qu'il ne veut point se ma-

-^er, et cela fait passer la cadette avant l'aînée, qui attend

'(^ut-ètre un autre sort dans les événements. H""^ la Du-

^^besse la jeune est aussi bien qu'elle peut de sa petite vé-

^e ; heureuse si elle conserve et sa vie et ses charmes !

La Vie du roi de Suède, par Voltaire, est bien écrite à ce

^u'ondit, mais bien partiale contre la France. Voilà un

(français traître à sa patrie et bien fou ; il est tantôt pour

^ntôt contre, selon que sa plume le mène , et il ne tient

^ rien qu'il ne renverse ciel et terre.

L'abbé Bescheran va toujours son train et ne guérit point. Le chevalier FoUard^ commentateur de Polybe, a voulu tenter la guérison d'une surdité ancienne, et il a attrapé des convulsions qui prennent tous les jours règlement sur les quatre heures après midi, chez lui, où on le va voir; mais ces visites commencent à le lasser. Au tombeau, tout est en convulsions en tremblements, en hurlements, depuis Tenfance jusqu'à la vieillesse, et on vient de m'assurer qu'un garçon chapelier de la rue de la Harpe, ayant dit le jour de la Vierge qu'il alloit voir les danseurs de corde et voltigeurs de Saint-Médard, il voulut au retour contrefaire ce qu'il avoit vu, et fut saisi de contorsions si violentes, que six hommes ne le pouvoient tenir, et cela lui duré encore avec un mal de tète très-furieux. Que penser de tout cela? Les Lettres vous

feront plaisir. Le style est bon. Le comte de a voulu

parier contre M. Hérault qu'il n'oseroit pas aller mettre la main sur le tombeau.

Lettre LYI\

k Paris, ce 22 décembre 1731.

11 n'y a rien de plus curieux^ Monsieur, que la lettre de Genève et le supplice de ce quiétiste genevois qui est enfermé le reste de [ses jours pour avoir commis des indécences avec des petites filles. Ce magistrat est un peu rude, et je ne crois pas que le P. Girard aille prêcher sa doctrine en ce pays-là. 11 sera bien mieux à Viviers, où il trouvera des amis qui le feront connoltre parmi les mahométans, que l'on regarde' comme les premiers ascétiques, et qui en peuvent exercer la science tout à leur aise dans leurs sérails. Je ne sais ce que H. le Chancelier veut faire du procès et des avis des juges. Veut-on le revoir et en faire de nouveaux volumes?

J'avois déjàremarqué que V Histoire de la Hère et du Fils

est du cardinal de Richelieu; cela est clair comme le jom», et le P. LelongetTéditeurqui l'attribuent à Hézeray ne Font apparemment pas lue. Il est vrai que le style est négligé^ et lé Cardinal ne pensoit pas en ce temps-là à fonder l'Académie ; mais, comme vous dites fort bien^ on y voit tout son esprit et sa politique

Je suis à présent bien savant sur la Vie du roi de Suide ^ par Voltaire. Je l'ai lue avec étonnement ; elle est pleine de faits rares^ surprenants, qui passent le vraisemblable et même le merveilleux, et le style est accommodé à tous ces grands événements^ par une diction plus poétique qu'historique et par des traits de feu et de hardiesse qui ne peuvent partir que d'un très-beau génie. — On y est souvent ému de terreur^ de pitié , d'indignation, et les larmes vous coulent des yeux malgré vous; du moins c'est ce que j'ai ressenti. L'historien n'est pas ami des rois^ c'est un anti-monarque, et il ne paroit pas respecter beaucoup ,les puissances de la terre, ni tout ce qui peut dominer. Si le poëme dont on vous a parlé est vrai, les puissances célestes ne l'embarrassent guère^ et voilà sans doute un homme aussi singulier et aussi unique que son héros, à qui il donne ce nom d'unique^ et qui n'est pourtant point son héros. Au reste, je n'ai rien trouvé contre la France , sinon que dans un petit discours qui est à la fin, où il méprise l'histoire en général, il donne au feu Roi la magnificence y pour toute vertu et tout talent; ce qui est bien fou et bien hardi à ce petit homme qui juge les rois et les dieux et qui distribue ses grâces comme il lui plaît. Je prévois une mauvaise fin à tout cela. L'Empereur d^ Allemagne ne sera pas content non plus que les autres princes, et quelque Italien vengera Rome. Au reste, il lui a bien manqué d'avoir le poëme qu'avoit fait Laisné pour le roi de Suède; je l'ai entendu réciter plusieurs fois, et ne sais comment il a été perdu.

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C'étoit un ou vrage de trois cents vers, digne du conquérant pour qui il étoit fait.

M""' la Duchesse la jeune est guérie et ne sera point marquée : voilà une belle conquête sur la petite vérole.

Les convulsions du chevalier FoUard lui prennent chez lui tous les jours à quatre heures après midi; elles durent une heure. C'est un fait certain et dont tout le monde est témoin tous les jours; cependant il ne guérit point de sa surdité. Il est parlé de lui en bonne part dans la Vie du roi de Suède ^ et le voilà à la postérité dans bien des états. M. de Laon a publié un mandement manuscrit contre les miracles du bienheureux Paris; le prédicateur qui l'avoit publié faisant sa collation, mit le feu à une cheminée qui gagna le palais de Févèque; point de secours, le palais brûle avec .le mandement, le feu gagne l'église, le secours vient et on la 'sauve. Voilà ce que Ton vient de me conter ; cette vengeance vaut bien celle du chapelier. Un malade a prié le saint de le guérir sans convulsions, et il a obtenu ce double miracle.

Lettre LVIP.

A Paris, ce 51 décembre 1731.

J^ai un compliment à vous faire sur la mort de M. de la Motte, votre confrère. M"** de Tencin a eu la précaution de retirer tous les papiers et mandements qu'il faisoit pour l'archevêque d'Embrun; il emporte avec lui la réputation du Lucain et du Sénèque français, et nous laisse en possession d'admirer Homère et Virgile , de penser qu'il y a un langage poétique différent de la prose , d'estimer Malherbe et La Fontaine et de ne point goûter les odes mesurées et les fables métaphysiques ; il n'a pas tenu à lui que nous ne perdions notre langue, notre goût et

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notre poésie , mais nous en voilà délivrés; on lui désigne pour successeur M. de Honcrif, qui a fait les ChaU, J^aimerois bien mieux notre Voltaire , poôle , historien , orateur^ critique et tout ce qu'il lui plait d'être. Je pense de son Histoire tout comme vous; il a vraiment Tair mâle et original et traite cavalièrement les souverains. Ce qu'il dit de la reine de Suède ne regarde que son amour pour les belles-lettres et les sciences^ qu'il appelle Philosophie, et ce nom en cet endroit n'est point pris au criminel à . ce qu'il me semble. Je ne crois pas qu'on retrouve jamais le poème de Laisné, qu'il remit ici à M. Kramstranet qui ne put passer à Bender.

Je sais qu'on travaille à l'édition de M. de Tbou en Angleterre et ce que je vous ai demandé sur sa famille étoit de la part de l'éditeur. Je crois vous avoir mandé que l'abbé de Tbou est vivant et qu il a donné aux Anglois tous les manuscrits, lettres et mémoires qu'il avoit.

J'aurai les décisions de D6le. Grivel est un bon auteur et d'usage, le censeur est plaisant d'en avoir retranché trois; la note eût pu réparer le défaut, s'il yen avoit. M. de la Motte laisse; une place de censeur vacante et une pension. Il y a cinq lieutenants généraux et deux maréchaux de camp, et Dieu sait les cris des passe-droits. Périgueux et Tréguier sont donnes : on ne sait encore rien de Màcon et Besançon qu'on donne à M. de Brissac et à M. d'Autun. Je m'intéresse à H. d'Autun.

Un homme de Hambourg qui est luthérien s'est marié à Paris à une catholique; on dit le mariage non valablement contracté, à cause de Tédit de 1680 qui fait défense aux catholiques d'épouser ceux de la R. P. R.

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