I.EÏTRE IV
la luème maladie que son père; le. chagrin les a pénétrés qui a amené la mort avec lui. Oa parle de M. de Nesle pour son successeur, et c'est pour le Mémoire qu'il a, dit- OD, fait lui-même sur son droit à la principauté d'Orange. Je n'y Vois pas le style académique, certes.
L'auteur de ÏÉpîlre à Clio est vraiment M. de La Chaussée, neveu d'un fermier général, et qui sera plutôt sur une liste des 40 que sur l'autre.
Vous n'auriez donc pas lu la table satirique du Nouvelliste sans moi? Notre pauvre abbé Le Clerc, qui est traité de barbouilleur de papier et du dernier impertinent dans le corps du livre, est dénoncé par son nom propre au titre de la Bibliothèque de Richelet, où on l'appelle» Fabbi Le Clerc, sulpicien. Je crois qu'il est dans une belle foreur : et comme on vient de me dire que le Nouvelliste, dont il a paru une 49*" Lettre du 15 janvier, estsup* primé pour toujours, l'abbé et d'autres joints à lui auroient bien pu causer cette suppression. On y donne une autre cause; l'abbé Desfontaines, en s' amusant, avoit fait les Mémoires de M'"'' Barnevelt. Le 2* tome n'étant pas assez gros pour égaler le premier, il s est avisé de faire certains portraits épisodiques de gens très-connus ; le livre a été bientôt supprimé, et de là on est tombé sur le Nouvelliste j qui annonçoit un jugement de ce livre à la fin de cette lettre 4.9*. Je nesais encore cela qu'en gros, abyssus abyssum vocat. Après tout, on ne manquera pas d'y perdre certains traits qui faisoient plaisir. Je trouve qu'il a oublié dans la dernière lettre la date de l'incendie de la bibliothèque Cottoniennej dont la nouvelle est curieuse, (l'incendte est arrivé le 3 de novembre 1731, suivant le Mercure dudit mois, p. 264. )
Je connois fort la Vie de Boileau par Desmaizeaux; c'est une assez mauvaise enfilade des Préfaces anciennes de Boileau qu'il ^ ajustée à une suite de faits. J'en ai deux exemplaires, dont il y en a un augmenté et corrigé xle la propre main de Fauteur, et que je chercherai pour
VOUS renvoyer. Il a si bien fait dans cette Vie qu^on n'y trouve point la date de la mort de Boileaa. Il y a longtemps qu'il ne m'a écrit, c'est une grande négligence de n'avoir pas répondu à votre lettre. Il a été ébloui de vos louanges et il ne sait plus où il en est. L'hiver trop rude m'a empêché d'aller dans l'Ile chercher M. de Saint-Hyacinthe, son ami, qui est encore en France et que je verrai au premier rayon de soleil.
Nous sommes pleins de libelles, de titres de comédies, de chansons, et les auteurs libellatiqueSy comme disoit Bayle, sont étrangement déchaînés; mais cela a été de tout temps. Le Roi est à Marly, on prétend qu'il y aura des changements ; M. le duc d'Épernon est déjà rappelé, M. le duc de Gèvres ne l'est pas. Il parolt un Mémoire d'un garde du corps qui est en prison contre M. le duc de Noailles, où on dit qu'il y a bien des faits. Je ne l'ai pas en<core vu.
iM. le duc de la Vallière épouse M"* d'Usez et la fait duchesse de Vaujours. Le mariage avec M"' de Vilaines de Champagne est rompu; d'où viennent ces Champagne?
Lettre K^
A Paris, le 19 février I7S2.
Puisque vous me parlez. Monsieur, des procès-verbaux, je crois que vous y trouverez peu de chose, mais il y en a eu assez pour défendre le concours du peuple. Le parti du bienheureux a aussitôt distribué de sa part desimprimés desinformationsfaitespar lecardinal de Noailles surquatre miracles, et depuis on y a joint une préface et un projet de réponse de M. de Paris à l'interrogatoire quelui devoit faire M. Baudry et qui ne lui fut point fait : ce projet s'est trouvé fait de sa main et où il se déclare appelant, réappelant> très-contraire à la Bulle, etc. Ces imprimés ont été donnés en temps opportun pour (Jiminuer la preuve des procès^
vejrlxiux. C'est une guerre qui a ses ruses. Nous allons vois la 2* partie des Anecdotes au premier jour. Je ne sais ce qu^est devenu l'abbé Becheran, on ne parle plus de loi ni des autres trembleurs.
Vous aviez bien prédit la chute du Nouvelliste : mais
l^auteur est consolé par une bonne cure de 3 à 4^000 liv.
de rentes que lui a donnée Tarchevéque de Besançon en
Normandie; il se fera là d'autres affaires, car il faut qu'il
*Q aitde toute nature. Ses Mémoires de M^ Barnevelt sont
pleins de portraits de bien des gens de notre temps.
L abbé Alary y a été reconnu et quantité d'autres; mais,
^ qu'il y a de très-condamnable, c'est qu'il fait prendre
"** Barnevelt par un vaisseau et elle prend son parti,
^u de faire le corsaire chrétien, ou de se faire mahomé-
lane si on l'instruit de cette religion : aussitôt vient un
itna^n qui lui apprend sa loi; elle ne lui parolt point mau-
^aîs^,il n'y a pointde mystères qui font que l'homme crain-
"* K^^'ose approfondir l'absurdité de tout ce qui pourroit
•^^^^sser la raison naturelle, ses préceptes sont clairs, purs,
P*^iiisdeforce et de vérité. — Point de miracles, Mahomet
** •^x^ a point fait, il a annoncé la vérité et l'a fait suivre ;
^IA la preuve de sa mission. Voilà ce qui constitue le
i prophète plutôt qu'une foule de prédictions qui ne
^\ent toucher dans le présent et qui causent toujours
doutes et des disputes dans l'avenir. Je vous fais ce
*^^*it extrait (très-véritable) d'un livre imprimé avec pri- * *^ge dans Paris. Ce sera là un bon curé pour M. de Bon-
e n'ai point vu les Recherches nouvelles et curieuses, je chercherai, et je serai bien aise de voir la vie de M. de ^naC|évéque de Valence, qui est apparemment celui qui ^ ^"lé depuis archevêque d'Aix et cordon bleu, et qui actuel- ^^ •^^ent a un neveu grand vicaire de M . l'archevêque de Paris. ^ i'ai fort connu, il a été mon client, et nous verrons si on du bien ou du mal de lui ; il y en avoit de l'un et de Utre. J'ai vu quelque part le factum de Guy Patin pour
son fils; il y en a un article dans Bayle, à la fin de celu du père : on y voit sa querelle avec H. de Sallo sur 1 Journal dessavanlSy et son histoire sur les livres défendu qui lui attirèrent son procès: cela est bon à joindre ai lactum. La France perdit là, pour je ne sais quoi, un itèî savant homme et qui a illustré les pays étrangers.
Tous les changements dont les prophètes oçt parlé soi réduits à rien. Ce qu^il y a de nouveau, c'est que M. ] marquis de Roye, lieutenant général des galères^ a él fait duc d'Anville par brevet^ et il épouse la fille aînée i W de la Rochefoucault que devoit épouser Fonde qui e mort. C'est toujours la même famille, mais il ne faudj point de dispense.
Je ne sais pas encore au net l'affaire du garde du cor] avec H. le duc de Noailles. Je sais seulement que legan Fa perdue, qu'il reste en prison, que son avocat au coi seil, nommé Lefèvre, est interdit pour un temps, et qi ce garde a d'abord été jésuite, puis avocat à Besanrc d'où il a été chassé, puis ingénieur, puis garde du cori: et qu'il a été mêlé dans la Constitution, ayant fait la lett écrite par le cardinal de Noailles au Pape. Le Mémoire i m'est pas encore tombé entre les m uns; on le dit bii écrit. Quel persçnnage!
Vous m'avez parlé du Kemerciment de Momus; cela re semble à la Milliade qui fut faite contre Richelieu tous les gens de son temps. 1^ poésie en étoit bien pi forte. Le P. Lelong en parle, n** 13916, et nous n'en s vous pas vraiment Fauteur. Je crois que Fassemblée d évêques est au sujet de Faffaire des deux puissance Nous verrons. Les Mémoires de M' Orner Talon paroisse en 8 vol. et voilà un trésor pour ce temps, en attenda les Libertés de V Église gallicane, en i vol. in-folio, q nous allons avoir. Nous avons obligation à ceux q veulent bien nous communiquer ces curiosités et les au menter. Mais que dites- vous de permettre sans appro ver, d'être pour et contre, de fournir d«î autorités po
LETTRE Vl«. 343
soutenir ce que Too condamne? Oliime che il mondo stn-
veechiando ïimhroglia î
. Le 8* avertissement de M. de Soissons me parolt bien
long ; s'il s'attaque ad hominem il trouvera bien des gens qui
lui répondront de même. Il est certain que son style est
beao; oe qu'il dit sur Alacoque ne le justifiera pas, et je
crois qu'il prend le bon parti de n'en rien dire davan«
tage«
• Les Nouvelles à la main sont supprimées^ j'en suis bien
aise, car ils m'avoient tué l'abbé de Thou qui se porte bien.
Lettre F/^
22 février I7S2.
Depuis ma lettre écrite^ j'ai appris que M. l'archevêque a&it venir chez lui^ en nn même jouret àpart^ le vicaircgéoéral, lepromoteur, qui ont fait les informations sur les qaatre miracles, et le P. Fouquet qui les a déposées au notaire. Us ont fait chacun leur déclaration de ce qu'ils savoientsur cela, et ils l'ont signée. H. Hérault étoit présent, qui vouloit interroger, et il a montré un arrêt du Conseil qui le commet pour examiner ces informations et tout ce qui s*est fait à cet égard et pour en instruire le Conseil. Ainsi voilà une procédure nouvelle qui va commencer et pourra bien opérer la nullité de ces miracles. On ne trouve pointrordonnanceducardinaldeNoaillesqui a commis le vicaire général, ni la requête du promoteur, eton dit que tout cela a été rendu au cardinal de Noailles ; le P. Fouquet n'a pas voulu dire qui lui avoit remis la minute des informations, et quand on lui a demandé pourquoi il n'avoitpas parlé à l'archevêque, avant d'en faire le dépôt^ il a répondu qu'il avoit eu peur d'embarrasser l'archevêque et de s'embarrasser lui-même.
M. le premier président a envoyé chercher H. de Montigny, conseiller de Grand'chambre, pour lui dire que le Roi
844 CORRESFONDAISCË 1^ÉD1TË.
trouvoit mauvais qu'il menât tous les joursà Saint-Hédan Fabbé Bescheran depuis la fermeture du cimetière ; il a ré pondu que cVAoit Tabbé Bescheran qui le menoit, qu'i y alloit entendre la messe par dévotion et qu^il falloit biei plutôt donner ordre au scandale des archers qui levoien les coiffes des femmes et les regardoient au nez. M. Paris frère du bienheureux^ a fait signifier six oppositions i Texhumation de son frère, à M. le procureur général , l procureur du Roi, le lieutenant civil et aux curé et mar guilliers de Saint-Hédard. M. premier président Ta envoyi chercher et lui a dit que M. le chancelier avoit écrit pai ordre du Roi pour marquer que S. H. étoit étonnée qu'i eût osé faire ces significations; il a répondu qu^il Tavoi fait pour conserver le corps d'un frère qui lui étoit chei par ses vertus et parles merveilles que Dieu avoit opérée pur lui. On lui a demandé ce qu'il prétendoit faire pai h\, et il a dit qu'il pousseroit les choses aussi loin qu'elle pourroient aller, et que même il demanderoit, sMlle falloit une assemblée des chambres pour y faire venir M. Héraol rendre compte de ses commissions. Ce H. Paris est conseil 1er au Parlement. Dans le recueil de M. Talon on voit di pareilles assemblées. Nous verrons ce qui arrivera, e ce sera bon à grossir les recueils futurs.
Les assemblées des évèques sont pour prendre des mesures contre les informations et contre les curés dont on cherche à rendre les cures amovibles, ce qui n'est pas si aisé qu'on pense.
On plaide au grand conseil une cause pour les ma^ guilliersde Saint-Médard, contre le desservant, pour savoii si la fonction de marguillier se peut continuer. Cela f donné lieu à un plaidoyer de H. Aubry, qui a fait un parallèle de l'ancien et du nouveau curé fort désagréabli à ce dernier, qui sortit de l'audience tout confus quanc on lui eut dit qu'il avoit choisi pour prêtre de sa paroisse un homme flétri par deux arrêts qui furent lus. Tout Parîj court à ces plaidoyers.
LETTRE Vil*. 345
Letlre VIP.
A Paris, ce 29 février 17S2.
La grande nouvelle de Paris^ Monsieur, c^est que l'abbé Bescheran a été arrêté dans la rue de Bourgogne en sortant de Saint-Médard où il alloit toujours ; il étoit dans le carrosse de M"* de Montsaintpère avec une M"* de Tierceville qui s'évanouit à la vue de l'exempt; pendant qu'on la secouroit , l'abbé fut enlevé et mené je ne sais où en chartre privée où il a été deux ou trois jours , puis conduit à la Bastille^ où il est à présent^ et où je crois qu'il a grand regret à ses sauts qu'il ne croyoit pas bastillables. La portière du carrosse où il étoit étoit fermée à secret; l'exempt ne pouvoit l'ouvrir, le laquais qui étoit derrière descendit bonnement et dit le secret à l'exempt qui exécuta son ordre. Ce laquais étoit peut-être las d'aller à Saint-Médard au lieu de faire son carnaval ; il avoit paru auparavant une Nouvelle (du 30 janvier) fort offensante contre H. Hérault où Ton lui faisôit donner un démenti par l'abbé, qui est à présent en état de le faire en personne.
H. l'archevêque de Paris vient de donner un mandement qui parolt daté du 30 janvier, où il condamne sous plusieurs qualifications, même d'hérétiques, les trois éditions de la Vie de M. Paris dont on a tiré plusieurs extraits très-bien placés dans ce mandement, et en remettant les défenses de celui du 15 juillet, il déclare le culte rendu au S. Paris illégitime et illicite. Ainsi voilà les deux puissances réunies contre ce culte. Le Roi a commencé le 27 janvier et l'archevêque a suivi le 30, mais il a été un mois sans montrer sa pièce, qui a été apparemment bien venue; aussi est-elle bien faite et il y a des recherches de convulsions du temps de Saint- Agobard, au neuvième siècle, et de son successeur pour un concours qui se faisôit à Sainte-Bénigne de Dijon. Je suis bien aise que^cela
se trouve en voire pays, vous serez plus en état de vérifie) le fait : on appeloit ces convulsions quœdam percussiones Nous allons devenir savants dans ces sortes d'agitations e de mouvements inconnus, dont Dieu nous garde !
J'ai les Mémoires de M. Talon, qui sont mal imprimés e où il y a beaucoup de fautes et même des lignes oubliées cela est très-sec pour le discours qui est très-bref. U y i beaucoup de pièces tirées des registres et un amas d querelles des enquêtes qui vous fatiguent et vous rebu tent. C'est de quoi instruire un président des enquêtes e les jeunes conseillers» mais après tout il faut les avoir. Oi a fait ce vol à M. Talon qui en a 5 vol. manuscrits et oi n'en a imprimé que quatre; il feroit bien de donne le cinquième pour rendre le vol complet.
Les Libertés de l'Église gallicane avec les Preuves parois sent en k vol. in-folio : on les saisit d'un côté^ on les ren de Tautre, et enfin le public en jouit; il va y avoi de belles querelles comme il y eh eut dans le temps d leur première publication^ et déjà les évêques font leiî complainte qui n'empêchera pas que le livre ne demeura On y a ajouté le Songe du Vergier en françois qui étoit rai et dont on ne sait pas l'auteur, notre ami M. de la Moi noyé ne l'ayant pu découvrir à ce qu'il parolt dans u fragment de lettre de lui que l'on a mis à la tète i qui est suivi d'une critique où on trouve des morceau curieux du Songe du Pèlerin, qui est un autre songeur qu celui du Vergier; il y a aussi V Apologie de M. Dupuy qv étoit restée manuscrite jusqu'à présent et où on dit qu'i y a bien des choses dures et un grand ouvrage latin. Je n sais encore ce que c'est, le livre dont on m'a fait préseï n'étant pas relié. On prétend y joindre l'ouvrage de I de Meaux en latin et en françois, et on vous a bien dit qu la traduction en étoit faite , qui assurément sera pluU lue que son latin scolastique.
La Pasquinade de Saint-Médard est des plus plaisanti et on ne Ta pas oubliée ici.
LKTTRK Vlir. 347
. Je n'ai pu encore voir le Mémoire du garde du corps <{ai est ce Protée dont vous m'avez montré toutes les •figares. L'avocat du conseil qui Ta signé est interdit ; on parle d'un autre Mémoire contre H. de Nogent. En ce moment je viens de voir le second tome des Anecdotes ioprimé et que l'on m'assure être de la même main que le premier. Je ne puis finir par une meilleure nouvelle. Voilà bien de quoi lire et comment plaider avec tout cela? mais il faut bien tout faire.
Lettre VHP.
A Paris, le 25 mars 1752.
hd Nouvelliste du Parnasse a recommencé ; on a déjà deux lettres depuis sa cessation et la première contre H. Rolliu qu'on accuse ne savoir pas le grec^ lui qui n'a jamais lu le grec qu'en grec^ et même le françois^ qu'il dictoit en grec encore y en sorte que c'étoit une espèce de folie; cependant on dit qu'il n'a lu Hérodote que dans du Ryer. Notre critique est toujours sur le même ton de dire du bien et du mal^ et après avoir bien loué VEpitreàClio il la honnit le moment suivant.
Mais à propos de cette épitre, le pauvre M. de la Hotte n'a pas rencontré de bons panégyristes le dernier jour, à l'Académie. M. de Luçon a parlé noblement en de certains endroits ; mais à quoi a songé M. de Fontenelle avec son long et ennuyeux et obscur discours, qui est justement fait pour faire mépriser son ami et pour donner une idée fausse de l'esprit et de la science? Je n'aimois guère les ouvrages du défunt, mais je les aime encore moins depuis leur éloge : cela me fait souvenir de Simonide qui loua mal Tatblète ; bien des gens en eurent les jambes cassées et notre ami La Fontaine eu a fait une fable divine ; heureusement l'Académie est en bon lieu , et il n'est point arrivé malheur au bâtiment. Ce qui est de sûr c'est que la louange^ qui chatouille oi*dinairement et qui gagne les
348 œRRËSPOfiDANCi!: INËDITE.
esprits^ a ici chatouillé bien peu de gens, et Tlliade n^en a pas été déshonorée. Hais voici bien de quoi remplir ce déshonneur : H. Tabbé Terrasson^ critique et censeur outré d'Homère, auteur du Selhos et panégyriste du Système, est nommé pour succéder à M. de Horville, et une science si étrange l'emporte sur le génie et la littérature de Tabbé Banier. Je n'en dis pas davantage, non plus que de Tassociation et fraternité de FAcadémie avec la Comédie, que le C. de Richelieu n^auroit peut-être pat désapprouvée, mais qui aujourd'hui paroit hors de saison et ne sert qu'à des chansons et à des épigrammes assez désagréables.
. Vous avez raison , le Songe du Vergiei' ne méritoit pa^ trop d'être réimprimé. Je ne crois pas trop que le f ragmen de la lettre soit de H. de la Monnoye puisqu'il a pens4 autrement sur Baillet. Ce songeur a fait un autre song< qui est aux Célestins, et on y a trouvé le nom de Vertus voilà pourquoi on a donné ce nom au premier; on trouvi une analyse du second dans la préface de celui [qu'oi vient de donner, et il y a des choses singulières soi les confesseurs des rois.
Les Anecdotes paroissent, non pas trop anecdotes, car il y a une grande partie tirée de discours d'avocats généraux qui sont publics. On y trouve certaine bonne dépêche du Régent et le Mémoire du P. Toumemine, qui fera biei quelque guerre domestique. Il en étoit déjà parlé dans li dernière partie de l' Bisloire de la Conslilution ; le style ai ce 2* tome ne plait pas tant que l'autre. Je vous remercia de m'avoir enseigné le premier auteur des N. E. Nous avons ici le jugement du P. Girard à Tofiicialité d( Toulon : c'est un procès criminel sans procédure et ui procès sans âme, Ayrault n'auroit pas aimé cela. Et poii peut-on dire que l'arrêt a mal renvoyé au délit commun' il est donc frustratoire. En voilà assez. M. de Bandol étoî venu ici, on la renvoyé en Provence, et c'est M. Hérault qu Ta fait venir et lai en a donné TcHtlre.
Lettre W.
A Paris, le 3i mars 1752.
Je sais le jugement de Tofficialité de Toulon au profit du P. Girard, et nous l'avons vu imprimé ; c'est une pro* cédure bien singulière, car le procès criminel du délit commun est jugé sans avoir vu les charges qui sont tou* jours en Provence, et le promoteur ne fait point de façon de dire que Tarrêt n'avoit que faire de renvoyer cette affaire, ne pouvant y avoir de délit commun en ce cas, après la décharge de l'accusation capitale. Il faut être Provençal pour entendre toute cette pratique, et on en devroit bien faire un code.
Le P. Tournemine a fait imprimer un désaveu public du Mémoire qu'on lui a attribué dans le 2* tome des Anecdotes; il défie qu'on lui en rapporte l'original, et il a raison, car les autres disent qu'il lui a été renvoyé fidèlement, comme il l'avoit demandé à la fin de ce ilTé-* moire; mais il peut répondre qu'on en a donc infidèle-^ ment gardé une copie, et bien plus qu'il seroit fort aisé d'attribuer à qui l'on voudroit de ces sortes de mémoires délateurs et dénonciateurs en y redemandant l'original, de sorte qu'avec des copies simples, on va accuser tout le genre humain. Nous verrons ce qui arrivera de tout ceci.
H est très-vrai que M.deBandolest venu ici et s'en est retourné promptement et à son grand regret; Tordre lui a été donné par H. Hérault.
Je crois vous avoir mandé qu'il y a un néant sur la requête de M. de Sainte-Maure.
La fille de Montmorin a perdu le procès de substitution de Mongon, qui a été plaidée avec grand appareil et qui se réduisoit i\ une question des plus simples, il n'y avoit qu'à lire l'acte. Cela a été jugé tout d'une voix et presque sans opiner au profit de M'"'' de Champigny (d'auprès de
3Ô0 C.OKRESPONDANCl': HNÉDIÏE.
Sens], fille du donateur qui venoit après réxtinction tous les mâles.
M. de Valhubert vient de sortir de mon cabinet; il travaille à une nouvelle édition des Lettres de Bayle , où il en auraà H. Ménage etàH. Tabbé Bignon, et des réponses ^ decetabbé. Il m'a parlé de vous, monsieur^ et je crois qoUE -Â voudroit vous vendre Historiam meretricum grxcarum;^. c'est un bon petit homme qui a fait un Altnanach où il ^ mis les talents des comédiennes et des filles de TOpéra qu m veulent le battre.
Il nous vient d'arriver de Troyes un miracle opéré sul j une H"'' de Mesgrigny^ par Tintercession de M. Paris cela fait grand bruit, la clôture du cimetière n'y fait rieo.^
Lettre X'.
A Paris, te S avril 1732.
La grande nouvelle, Monsieur, est de Monsieur le garde des sceaux, qui est coadjuteur ou adjoint de H. le cardinal nommé par le Roi. 11 travaille avec le Roi, même en l'absence du cardinal, mais les secrétaires d'État ne travailleront pas avec lui seul, ils iront chez le cardinal à l'ordinaire et le garde des sceaux s'y trouvera. Voilà un arrangement qui durera tant qu'il plaira au cardinal, qui apparemment quittera bientôt, et lecoadjuteurdeviendra chef. M. le duc d^Orléans, à qui cela n'a pas plu, s'est retiré dès le lendemain des Conseils du Roi. M. Ghauvelin a de Tesprit et sait la Cour ; il se soutiendra bien dansce grand poste, où il a toujours aspiré; iln'aplusqu'à être chancelier, mais je ne crois pas que H. le chancelier lui cède sitôt sa place. Il y a peu d'exemples d'une aussi grande fortune dans un homme si peu âgé : mais il y a des étoiles heureuses, et son mot est que l'on est tout ce qu'on veut être.
Je vous ai mandé la nouvelle de la déroute de M^^ Kerba-
bu, c'est 3,000 liv. et non pas 2,000 liv. de dommages et intérêts. MM.Cochin et Aubry ont donné des mémoires, je tâcherai de les avoir pour vous ; il n'y avoit pointde preuves et voilà comment les procès criminels se perdent. J'ai vule Mémoire contre M. de Nogent qui est ironique; tout ce qui est sur la famille de Bautru est tiré de Bayle, qui en a fait quatre articles dans son Dictionnaire; Tauteur est un avocat de Chartres qui avoit écrit un Mémoire pour M. de Marchain ville contre sa femme (fille de M. de l'Aigle), qui étoit des plus jolies : la femme perdit son procès à Chartres et à Paris, et c'est comme si elle Tavoit gagné, car elle n'est point retournée avec son mari, et est ici avec ses amis qui se moque de Tarrét. Pour l'affaire de M. de Nogent, les parties ont été mises hors de cour, et l'officier en demeure presque déshonoré avec son ironie, et n'est pas plus heureux que la dame. Lisez Bayle, qui a écritd'après le Ménagiana; le Bautrou est plaisant aussi bien que le mot de Langeli qui disoit chez la reine • BautrUy couvrons-nous ^ cela ne fait point de conséquence pour nous autres.
L'avocat de Chartres n'a pas osé faire dire ce mot par l'officier, qui auroit bien pu dire qu'il l'avoit lu dans un livre que tout le monde lit.
Le Nouvelliste n'a pas mal parlé des pratiques superstitieuses du P. Lebrun, et cela vient assez à temps. Les Nouvelles ecclésiastiques ne cessent point, mais on dit qu'il y a une lettre de M. Duguet qui centriste fort les jansénistes; il y parle mal de ces Nouvelles, de ce qu'on a dit que M. Tarchevôque de Paris étoit Y avocat du diable, qu'on a comparé les miracles de Paris à ceux de J.-C. et que La Cadière y est appelée ange et colombe. Je verrai cette lettre, elle est longue et ne court qu'en manuscrit. M"*^ Hardouin, couturière, a faitune Relationàe son miracle qu'elle a fait imprimer et envoyé aux prélats. MM. de Montpellier, d'Auxerre et de Senez lui ont fait réponse, et elle a fait imprimer leur réponse. Nous allons voir quel ordre le nouveau ministère mettra à tout cela. Mais il faut bien
avoir quelque amusement^ et si cela manquoit nous en au* rions peut-être qui vaudroient moins.
Vous avez dit en trois lignes tout ce qu'on peut dire du discours sur H. de la Motte. Hais il ne faut pas oublier le fortdes chosesqaiesi admiré des darnes^ et qui soutiennent que le berger y a pensé malice. Cela est bien fou , aussi bien que V Iliade , dont le nom seul porte malheur à un ouvrage; il l'a toujours pensé dès sa jeunesse et le ratifie en sa jeunesse majeure.
Pour Tassociation à la Comédie, je suis bien aise que vous m'en appreniez le fait qu'on disoit ici tout bas. J'ai vu la Requête de Polichinelle qui n'est pas trop bonne , et que je vous enverrai pourtant ; il faut tout voir, et que cette pièce regarde le corps. On a bien fait de refuser la fraternité ridicule, et M. de Richelieu a dû venger le cardinal fondateur des attentats et des insolences des corné* diens. Je ne comprends pas bien comment ils sont venus offrir rentrée franche, il faut bien qu'il y en ait eu quelque raison, et je crains que H. Crébillon, qui passe sa vie avec eux et qui les fait vivre, n'y ait eu quelque part. Voilà ce qui arrive de certaines élections.
Ce que je vous ai dit du 2" Songe n'est pas dans la préface générale des Libertés y mais dans la préface particulière qui est à la tète du Songe du Vergier.
Je vous ai parlé de la lettre du P. Tournemine : il a raison de défier qu'on lui montre l'original du Mémoire y car il lui a été renvoyé ; cette raison-là n'est pas bonne, mais on ne se soucie pas de raisons, et les choses sont toujours dites et imprimées.
L'officialité de Toulon a jugé sans pièces et sur le fon« dément que Tarrèt avoit tout jugé. C'est une vraie critique de l'arrêt, et l'official va dire : Non bis in idem.
On a fait graver de belles planches du Scure durai; ce sont MM. les premiers gentilshommes de la chambre qui ont fait la dépense, et c'est H. le duc de Gèvres qui les distribue.
LETTUE XI'. 353
M. le duc de Saint-Aignan est enfin arri 'é à Rome ; son retardement a été politique, à ce que Ton prétend, et a influé sur ce qui vient d'arriver ici : cela n'est pas difficile à entendre, la place est prise.
JMrai à la campagne ces fêtes et profiterai de votre avis. Je ne suis plus qu'enrhumé. Je vous envoie aussi la Confédération, qui est satirique et de bonne main.
Le lire XI\
3 avril «732.
L'état présent est que H. le duc d'Orléans, qui s'étoit retiré des conseils, y est rentré par ordre du Roi. Il a eu une grande conférence à Issy avec M. le Cardinal. Le nouveau ministre a travaillé avec le Roi seul^ et MM. les gecrétaires d'État ont travaillé aussi avec H. le Ministre seul. Toute la Cour a été lui faire compliment. H. de Nesle a écrit à quelqu'un que M. Chauvelin éloit associé à l'empire; on ne met plus sur le contre-seing des lettres : Garde des sceaux y mais Chawoelin.
Lejouroùil fut nommé, il y eut une grande discussion avant cette nomination ; on y jugea l'affaire de H. Fargis, qui fut déclaré débiteur du Koi de 5,500,000 liv., au lieu qull se prétendoit son créancier de plus de 6 millions : voilà une belle erreur. Pendant qu'on travailloit à cette affaire, le Roi envoya chercher M. le Cardinal, qui demanda une demi-heure pour finir : on finit, et il alla chez le Roi, qui lui dit ce qu'il faisoit pour M. Chauvelin, ce que sans doute S. E. n'ignoroit pas.
11 y eut un arrêt samedi à la G"" chambre dans l'affaire de M. de Montandre contre sa femme; elle avoit été séparée, par arrêt célèbre ; mais pour enjpêcher l'effet de cette séparation, le mari avoit fait toutes sortes de ventes de meubles, de transports, de saisies, de résolutions de baux des terres et autres actes collusoires. L'arrêt déclare
le tout dqI^ condamne un M. de Villegagnon qui avoit acheté les meubles en 6^000. liv. de dommages et intérêts solidairement avec le mari, et^ en outre, le mari est condamné personnellement en 20,000 livr. de dommages et intérêts pour toutes ses vexations. Voilà comme nous servons bien les femmes, et c^est une leçon pour H. de Ssinte- Maure, qui auroit peut-être suivi cet exemple ; rérrêl esl sur les conclusions de M. Chauvelin. Les Nouvelles ecclé siasiiques du 15 mars ont répondu à la lettre de Tabbé Duguet sans le nommer, et Pauteur fait quelques excuses el aussi des justifications. On y trouve aussi tous les actes e procédures de M. Paris sur Fexhumation de son frère qu'i craignoit, et les oppositions et les réponses. Cela est curieux M** de Mesgrigny , religieuse à Troyes, à qui oo prétend quUl s'est opéré un miracle , a été enlevée par ordre da Roi et menéeà Compiègne. L'intendant de Champagne y a été. Je ne sais pas posàtivement ce «|ue M. Téirèque df Troyes a fait : on dit qu'il a fait un mandement. Tons penses bien tout ce qu'on dit sur urne pareille affaire, e que voilà une petite guerre de Troie qui ne mftnqiien pas d*Bomère et dlliade, si ce n'est que la leligieaa n^est pas si belle qu^Hêlène et ^*on ne s'est pas éetié ei la voyant passer, comme les vieillards de Troie.
La demièfe fiUe de la Reine est malade. M. Chicoinea! est premier médedn . M. Du Fay ^ fils du capitaine au gardes a te iaidin-R^al en vertu de son crédit. M. le do dWntin a les eaux minérales; chacan a eu sa part» etil^ fiftut pas qu'Hun seul ait tout. *
Ce qu'on ikmis oiande sur M. dBaulefort de la voix àl question contre lui n'est pas vrai , mais il y en a ea au jadèws contiy-le'yalet de chamine Maindrv ; la qaittanc est vraie des là.OOO liv«« maè e^est en exccatien da con trM de martace « et il ae $*ea tnwve point.
Oaand y^mis aara va le Jfraawrv du P. Toamenrine \\Ht$ >emrj: qu'il a Tair aalafvl : of serait là aa beaa chc mm piLHir les CaassairKw
LETTRE XI1«. %b&
M. de Valhubert m'est venu voir ; je ne le connoissois pas, il est très-vieux et va pourtant très-bien. Je songerai au lettres de Saumaise.
Je vous ai dit ce que je sais sur le factum de Nogent. Lisez Bayle à Bautru.
Le sieur Michon Tourterel a fait assigner M. le duc de NoaiUesau Ch&telet pour certains dédommagements, et le duc y a mis procureur. Les Nouvelles ecclésiastiques parlent du Mémoire.
Lettre Xlf.
A Paris, ce IS avril I7S2.
Nous avons vu une Lettre apologétique pour les miracles de M. P&ris, qui est longue, et où on est toujours «ur la comparaison hardie de ces miracles avec ceux de N.-S., quiaété reprise par H. FabbéDuguet, auquel l'auteur des Nouvelles Ecclésiastiques a répondu sans le nommer, et où il a avoué de certaines fautes. 11 est parlé des convulsions qui se passoient au tombeau de saint Jean-Baptiste. Saint Jérôme en parle dans une de ses letti'es : il y avoit des mugissements, des hurlements, des frémissements, des rugissements, des sifflements, des aboiements et on y voyoit des choses indécentes, suspensisque pede feminis vestes defluere in faciem. Nous n'avons pas vu ici de ces suspensions, mais on dit que dans les provinces il se passe des choses étonnantes, et les partisans du bienheureux ne savent plus qu'y dire, sinon que cela est fait pour la guérison de Tàme et non pour celle du corps, parce que le corps en souffre beaucoup, et un pauvre goutteux d'Abbeville redemande sa goutte qui s'est changée en convulsions.
On vient encore de nous donner une Relation de la manière dont la veuve De Lorme a été frappée de paralysie, avec un détail des circonstances recueillies par
lèP. Chaiiveliiif confesseur de la malade. C'est une pièce nouvelle de 34 pages in-4'; elle est signée François Chauvelin, de la main de ce prêtre même, et nous allons avoir une bibliothèque sur ces miracles et contre-miracles qui instruira bien la postérité de tous ces événements* Je n'ai pas encore vu la relation du miracle de Troyes, et du ravissement de sœur Hélène, paralytique, mais il est certain qu'il y en a une.
M. de Saint-Hyacinthe, qui a été malade, m'est vent voir; il a augmenté son lUathanasius d'un volume, cela est imprimé en Hollande et n'est pas encore ici; il mh fait entendre que cette augmentation est une fiction d'ur songe sur le Parnasse , où il a vu Apollon , où il s'est fail une élection de députés par les savants de toutes les nations, où le sort est tombé sur lui pour la France, et où Bayle Ta chargé de plusieurs commissions et entre autres pour moi. Je ne fus jamais plus surpris que je l'ai été de me trouver dans ce songe, dont je me serois fait 6ter s'il y avoit moyen; mais cela est une chose faite et nous verrons quel pays habite Bayle et à quoi il pense.
M. de Saint-Hyacinthe me parla d'un autre livre bien plus sérieux qui est fort avancé, et où il fait des Hé flexions philosophiques et métaphysiques sur les devoirs des hommes Il y a aussi de la mathématique, car cela est disposé pai propositions, et il y en a plus de 150 dans le premiei volume ; il ne m'a parlé que de démonstrations évidentes; mais comme il y a fait entrer les devoirs de la religion, j< crains bien que tout cela ne soit bon qu'à Londres. I m'a paru avoir beaucoup d'esprit, mais je n'aurois jamaii soupçonné le Mathanasius d*être un autre Euclide , et d< nous mener au discours par un tel chemin qui est assurément le chemin étroit.
Le 4* volume des OEuvres diverses de Bayle m'est enfii venu ; il est bien imprimé, les Enireiiens de Maxime et di Thémisie y sont d'abord, puis quelques petits ojpuscules ensuite le Cours entier de philosophie, que l'on a pris h
LETTRE Xlir. 557
fieiiie d& traduire en françois et qui ne sera lu que
par quelques régents^ puis les Lettres que nous avons
Augmentées d'une 40% qui sont peu de choses, et cela
finit par le fragment de la Vie du Grand Gustave et par une
^a6fo pour les quatre volumes qui est assez bien faite. Voilà
donc enfin le Bayle complet en 8 bons volumes in-folio.
ït quelles merveilles n'y a-t-il point en tout cela, pour
^'esprit et pour la lumière^ pour la critique et pour la
netteté, pour l'expression et pour bien des talents presque
au^essusde Fhumanité. Je jette encore* ces fleurs sur son
'<^CKibeau puisque l'occasion s'en présente.
Lettre Xllt.
A raris, ce 24 avril 1732.
J'ai revu H. de Valhuhert qui m'a dit vuus avoir en- ^c^-yé les lettres de Saumaise à Ménage, et qui est disposé * "^ous rendre les services qu'il pourra ; il sait beaucoup "^5î petites choses et suit une orthographe nouvelle qui
^^t. jusque dans son Almanach, Il faudra qu'il se dépêche * il veut faire la Vie de Ménage, car il n'est pas jeune; il r^ît réimprimer à Paris la Vie de Bayle par Desmaizeaux, ^* nous ajoutera encore quelques lettres.
Je saurai de l'auteur du Mathanasius ou il a pris sa
^lianson, Catin, Cato; la continuation étant de lui pourra
^tre meilleure que celle des continuateurs d autrui. Don
^^^chotle continué par Michel Cervantes est bon, et ne
^^Qt pîen continué par Le Sage, mais ceci n'est pas pro-
P'^naent continuation et ce sera une critique augmentée,
5^^ je crains que l'amour du moderne ne l'emporte sur
^Ocien. Je pense comme vous sur ses Offices réduits à la
^Çon des géomètres, et sur cela. Monsieur^ je prends avec
^lis mon Cicéron et laisse Euclidc. Le dessein m'en
effrayé, mais il trouve cela très-naturel; à moi il m'a
*^^rii plutôt l'office des âmes, pour ne pas dire l'office des
SâS CORRESPONDANCE INÉDITE.
morts 9 que Toffioe des vivants; mais il né faut condain^ ner personne sans Tentendre.
J'ai consulté le P. Lelong sur Tabbaye de Sainte-Bénigne^ et j'ai été bien aise d^y trouver que cela n^est pas là le premier enlèvement. Car le roi Pépin donna en 75( à une Ângloise qu'il aimoit celte belle abbaye, non pour la garder mais pour la piller (dit le chroniqueur), et je crois que la dame en fit bien sa charge et que si elle trouva quelque moine à son plaisir elle ne le renvoya pas; il est plaisaht que le bon P. Lelong ait remarqué cette circonstance sur un trait de critique, tant il est vrai que la galanterie se fourre partout. Je ne doute pas que M. Tévèque de Dijon n'obtienne tous les honneurs qu'il voudra et qu'il mérite. J'ai vu ici M. l'archevêque de Besancon qui a été mal , mais qui se porte beaucoup mieux ; il va faire son serment de fidélité, quoique ses bulles ne soient pas arrivées ; il ira après à Sauteur en Bourgogne , puis à Bourbonne prendre les eaux.
Je ne sais pas la raison du silence du NouoelliêU ; il fait aussi bien de se taire que d'attaquer M. Rollin. Lés Nouvelles ecclésiastiques sont pleines de miracles et de sermons de miracles. Le curé de Saint-Médard a pris un Suisse pour les fonctions de son église et le précéder. Les marguilliers lui ont contesté le Suisse : on a plaidé au Grand Conseil , arrêt qui a renvoyé le Suisse et condamné le curé aux dépens; quelques jours après, lettre de cachet, qui, sans parler de l'arrêt, permet au curé de se servir du Suisse pourvu qu'il ait la livrée du Roi ; il a donc gardé le Suisse, et comme on ne peut porter cette livrée sans la permission du grand-écuyer de France, H. le prince Charles, sur une lettre de M. de Maurepas, a accordé cette permission. A cela les marguilliers qui no se rendent pas encore, disent que le curé, ayant pr^té le Suisse à la quêteuse, excède ses fonctions et qu'il a cédé ce qui n'est pas cessible. Voilà une nouvelle question de droit. Un procureur du Grand Conseil a prétendu
qn'on ne pouvoit plaider depuis la lettre de cachet, et a fait une remontrance; un avocat a soutenu au contraire, ef comme il avoit remis son bonnet, M. le premier Président lui a dit que répondant à une remontrance il ne devpit pas être couvert et que le procureur n'avoit peur que de son l^nnet; cela a plu à l'assemblée et la cause a été remise au 1*' jour; apparemment elle sera évoquée.
M. le président d'Aligre a été ces fêtes à une terre auprès de Chartres; il a péché ou fait pêcher dans une rivière que Tévèque dit être à lui : les juges de Tévèqoe ont décrété le président, je crois, d'ajournement personnel ; grand bruit au Parlement, il en a été parlé le jour des Mercuriales; on n'avoit pas encore la procédure, et vous pensez bien ce qui en arrivera à ces juges. On a, ce même jour, rapporté une requête de M. de Benoise, conseiller d'honneur, qui a fait plainte de la spoliation de l'hérédité de H. de Plenœuf son beau-père, dans laquelle M. de Monchêne se trouve compris; la requête est admise et il y a un peu de faux aussi contre l'inventaire. Voilà bien des cris pour rien, car M. de Benoise n'a point d'intérêt. On aencore parlé ce jour-là d'un recelléet divertissements de plusieurs effets du prince C morten aubaine;
on a suivi les effets recelés, et ils se sont trouvés chez l'évêque d'Orléans. Et de deux évêques que Ton tient.
Les vampires m'ont bien fait rire et encore plus la règle de H. Arnault que vous y avez appliquée. Ce sont là de véritables convulsions et un remède singulier de couper la tête au mort pour guérir le vivant. Je croig à tout cela jusqu'à due vérification.
Lettre X/P,
A Paris, ce 4 mai 1752.
On se réveille ici plus que jamais sur les affaires de l'Église; il y a arrêt du Conseil du ik avril qui condamne au
360 [CORRESPOND A KCE INÉDITE.
feu deuxlettres (attribuées à M. de Lisle) sur les miracles de M. Paris; il a été exécuté. Ces lettres étoient très-malignes contre H. l'archevêque, et c^est dommage qu'on ait brdié le beau passage de Saint-Jérôme sur les convulsions qui tenoient les femmes pede suspenso. M. l'archevêque, de son côté^ vient de donner un mandement (27 avril) contre les Nouvelles ecclésiastiques, dont il fait un portrait affreux et très-éloquent ; elles sont défendues^ sous bien des qua* lifications, sous peine (ïeœcommunicaiion. On y fait entrer le Pape^ le Roi, les évêques comme parties intéressées^ outre le scandale de la religion. Il y a un certain trait à la page k qui pourroit bien nous regarder, nous autres avocats^ et il pourroit bien entrer un peu de passion dans ce zèle. Je n'uime pas trop que ce prélat demande que son zèle soit secondé^ soit dans les chaires, soit dans les lr»6tfnaux de pénitence. Si on laisse faire les prédicateurs, voilà les Bouchers de la Ligue qui vont paroltre et les suites en peuvent être fâcheuses. Les confessionaux pa^ roissoient suffire. Je ne sais si tous les curés de Paris publieront ce mandement, quoiqu^il leur soit enjoint ; non verrons. Au moment que je vous écris, cela sera fait ou. non(i). J'ai appris de Lyon que le Fourel s^imprime ne sera fait que dans six mois ; mais pour la dissertation, sur l'impuissance, le libraire n'espère pas de la joindre, parce qu'il craint n'avoir pas le privilège. Or si vous voulez l'avoir, je sais bien quelqu'un qui vous le fera avoir sans difficulté et cela sera secret.
Je crains que VEuclide de M. de Saint-Hyacinthe ne soit pas chrétien, ou s'il l'est, vous dites fort bien que ce n*esl pas le chemin de velours. Je crois que la plupart de ces démonstrateurs ne démontrent rien que leur science. Pour le Spinoza de H. de Boulainvilliers, je l'ai vu manus-
(1) Le curé de Saint*Rocli n'a pas publié; je ne sais pas des aiilres. C'est un des 22. Le curé de Saint- Eustaclie n'a pas publié, quoiquMl ne soit pas (les 22. — SaJnt-ÉtIenne-du-Mont a publié. N'est pas des 22.
LETTRE \i\\ 361
CPit et c'est une étrange idée d'avoir voulu éclaircir ce que cet athée avoit tenu obscur. Le titre de la Réfutation ne trompera personne, dès que 'îela sera répandu.
Le Suisse de Saint-Hédard n'a été habillé de la livrée du Roi que pour faire honorer le curé qu'on insultoit dans l'église. Les marguilliers ne s'y sont opposés que parce qu'ils ne vouloient pas le payer. Ce Suisse a eu bien de la besogne^ le 1" mai, anniversaire de la mort de M. Paris ; un monde infini y a été. Le curé faisoitjeter de l'eau dans l'église du côté du cimetière, afin qu'on ne priât pas à genoux. On arrôla le cocher de M. Robert, conseiller au Parlement ; H*"^ Robert fut insultée, la réparation se fit $ur-Ie-champ ; enfin voilà une fête que le peuple institue au 1" mai, et on démolit Saint-Jacques et Saint-Philippe.
L'évèque de Rennes est mort; il laisse un bénéfice simple de 28,000 liv.de rentes. Le nominateur, prieur de la Charité, est mort aussi auparavant. Les moines disent que la collation leur appartient sede vacante. L'évèque de Meaux dit que c'est à lui comme ordinaire, et qu'il peut même conférer en commande comme cardinal. La grande main peut bien venir à tout cela, car le morceau est bon. Il y a encore d'autres bénéfices et la charge de la chapelle du Roi.
Le Pape a dérogea la Bulle Prettosus. qui exemptoitles Jacobins de certains droits à la dateric ou chambre apostolique; ils paieront comme les autres, et ils sont bien f&chés, on craint même que cette dérogation ne s'étende sur l'article qui avoit fait grâce à la grâce : on dit que cela méritoit bien specialem notam.
Le cardinal de Polignac, qui revenoit par mer avec les galères, est tombé malade, et on Ta descendu à Sienne, d'où il ne reviendra que par terre et à longs jours. Son voyage n'est plus si pressé; cette maladie pourroit bien être politique et, comme vous dites, chacun ici joue la comédie, en santé comme en maladie.
M"' de Beaujolois est très-mal de la rougeole ; on lui
36» CORR£SPONDANGB INEDITE.
donne les sacrements en ce moment. Tout le monde e^t en larmes et moi aussi. C^est une princesse charmante.
Lelire XV\
A Paris , ce 16 mai 1732.
Le Blandement de TExcommunication seroit à bon droit appelé Excommunié lui-même^ puisqu'il porte avec lui tant de maux. En voici, Monsieur^ une petite Iliade. Le Parlement s'étant assemblé au sujet de ce mandement, dont il vouloit appeler comme d^abus ou autrenaent y pourvoir^ M. le premier Président a reçu ordre d^aller à Compiègne, où il a été avec Messieurs les gens du Roi, et là il a reçu un ordre de ne point délibérer dans leurs assemblées sur aucune matière ni de religion ni d'État, et de ne rien résoudre sans en donner avis au Roi^ et enre* gistrer cet ordre, il y avoit déjà un arrêt du Conseil du 3 mai qui préparoit cette voie et qui faisoit défenses à toutes cours et juges de Caire aucune poursuite ni prendre connoissance de ces matières. Le lundi 12, M. le premier Président ayant rapporté en l'assemblée des cham« bres l'ordre de Compiègne, et proposé Fenregistrement, il a été très-mal traité ; on lui a dit bien des choses dures et en même temps vigoureuses. H. l'abbé Pucelle ne s'y est pas épargné, ni M. Titon , ni quelques autres ; toutes audiences ont cessé et on est tombé d'accord de demeurer assemblé pour demain mardi, pendant lequel temps on ne feroit aucune autre affaire. Le mardi 13, il est arrivé de grand matin une lettre de cachet qui a ordonné hu Parlement de se rendre par députés à Compiègne. M. le premier Président n'a point donné de petites audiences, mais il s'est assemblé avec dix juges, où il s'est rapporté deux appointés à mettre, et les gens du Roi ont apporté la lettre de cachet qui a été ouverte. A huit heures, les chambres étant venues, ont été surprises de voir cette pe-
tite assemblée et ce travail : on a crié que les arrêts étoient taxtx et qu'il étoit fait défense au greffier de les ddivrer. M. le premier Président a parlé de la lettre de cachet qui étoit ouverte; on a fait une plainte nouvelle^ tant et si bien que les gens du Roi ont été obligés de revenir ap^^ porter la lettre qui leur avoit été renvoyée ; elle a été lue^ et sur cela les suffrages se sont réunis après bien des contestations à dire au Roi que :
* La Compagnie ne tient point à désobéissance ce qu'elle a fait pour le bien de son État, de la religion et le maintien des maximes fondamentales de son royaume^ et des libertés de TÉglise gallicane; qu'elle n'a point craint d'encourir en pareilles occasions l'indignation de ses seigneurs rois ses prédécesseurs, qui, ayant toujours connu les justes motifs de son Parlement, lui ont donné des éloges. Que si le Roi- persiste à vouloir dépouiller la com* pagnie de la portion la plus essentielle de ses devoirs, la plus utile au bien de son service et dont sa conscience est le plus chargée, le Parlement supplie le Roi de lui per« mettre de discontinuer ses fonctions, dont il ne pourroit plus s'acquitter d'une manière utile pour le bien de l'État et sans charger sa conscience.
Voilà à peu près les termes de l'arrêté, qui a été fait sur un exemple semblable du temps de Louis XIII, où H. le premier Président de Verdun parla ainsi au Roi en 1626, à l'occasion d'un livre que le clergé soutenoit et que le Parlement condamnoit. Cet exemple, tiré dtô registres, fut lupar M. Titon, et chacun y applaudit. Ily avoit encore une particulière instruction à M. le premier Président de parler toujours, quand même on lui imposeroit silence , si ce n'étoit le Roi lui-même qui le fit taire, et au cas que ce fût le Roi, de lui présenter où mettre à ses pieds Far* rêté écrit.
Un est donc parti pour Compiègne avec cette grande résolution : on a été coucher à Sentis, le premier Président^ les présidents à mortier, deux de la Grand'Cham-
bre, l'abbé Pucelle et M. Canaye, un de chaque Gham* bre des Enquêtes et Requêtes, et les gens du Roi. Le mercredi Ik on a été de bonne heure à Compiègne; le Roi leur a parlé lui-même, et a dit : <& Il y a longtemps que je suis mécontent de vous; je le suis encore, et vous voulez encourir mon indignation ; je veux être obéi. Al« lez, retournez à vos fonctions. » — Lq premier Président a voulu parler et ne Ta pu. M. Tabbé Pucelle a dit au premier Président: «Ce n'est pas deceladonila compagnie vous a chargés, » et il a voulu parler, et le Roi lui a dit: c( Taisez- vous » ; alors il a mis le papier où était Tarrétéaux piedsdu Roi. Le Roi a dit : « Maurepas, prenez ce papier el le déchirez, » et il a été déchiré. L'abbé Pucelle a dit : ttMais....,»etleRoiadit:<( Retirez-vous.» Surcette dernière parole on s'est retiré et on est retourné à Senlis. A Sentis, M. Tabbé Pucelle a trouvé un ordre qui l'exile àson abbaye, et le soir, entre minuit et une heure, M. Titon a été enlevé par les mousquetaires à Paris, i)ar ordre du Roi, et mené à Vincennes. Je vous ai promis une Iliade, je vous la tiens, et le dernier chant sera que les avocats ont de nouveau pris le parti de cesser toutes fonctions, soit au Palais, soit dans les cabinets, conseils et consultation. Depuis lundi toute justice a cessé. Messieurs desRequètes deThôtel sont entrés hier en bon nombre, mais il nes'y est trouvé aucun avocat ni pas même aucun procureur, et on crioit dans la la place Dauphine : Cest un maître des Requêtes ! Voilà notre état présent. La consternatien est fort grande. Au moment que je vous écris (vendredi matin 16), les chambres sont assemblées pour entendre le rapport de Com* piègne, et on attend ce résultat avec grande impatience. Il faudra commencer par redemander le prisonnier et Texilé, comme il est d'usage. Il y en a un exemple dans les Jfêtiioirf 5 de M. Talon, tome I^'yp. 56, mais la réponse au Roi est à la page 58, et dans ces sortes de mémoires chacun truuve son compte, et à la fin le Roi est toujours le' maître. On va savoir si le Parlement continuera les
LETTRE XVl^ 365
fonctions OÙ lé Roi l'a renvoyé ^ ou s'il cesserâ. C'est une grande affaire, mais où sont les Démostbèhes et les Cicérons ?
En ce moment, j'apprends que ce matin M. le premier Président ayant voulu faire la relation de Compiègne, et commencé par dire que deux de Messieurs sont arrêtés oo exilés^ sans les nommer, et qu'il falloit savoir ce qu'il falloit faire en pareille occasion, tous Messieurs se sont levés et ont laissé H. lé premier Président tout seul.
H. l'abbé Pucelle à avec lui un brigadier des gardes du corps et' deux gardes du corps, qui le conduisent à son abbaye de Corbigny, au diocèse d'Autun : on croit qu'il en restera quelqu'un avec lui ; il va être votre voisin.
On devoit plaider à Tofficialité l'affaire des curés; elle ne l'a point été ; il y avoit des avocats chargés. — Les nouvelles ecclésiastiques continuent toujours, et l'abbé De Liste ne craint point le feu. Il y a encore une &* lettre.
LetlreXVP.
A Paris, ce 23 mai 1722.
Pour répondre à votre lettre et à vos impatiences, Monsieur, j*aurai l'honneur de vous dire que ce matin le Parlement est rentré, qu'actuellement les Chambres sont assemblées dans la Grand'Chambre, que toute la nuit les mousquetaires ont porté des ordres de rentrer à tous Messieurs du Parlement, que les gens du Roi étant revenus hier de Compiègne sur les denx heures aprèsmidi, on a travaillé toute l'après-dinée chez M. le premier Président et que le dessous des cartes est que M. l'archevêque retire son mandement pour trois mois, ou du moins surseoit contre les curés pour un temps. Or, vous savez ce que c'est que ces surséances. On ne doute pas que demain les avocats ne rentrent, et pour moi je rouvre
mon cabinet en ce moment, et c est de là d'où \e vous écris cette nouvelle.
Messieurs du Parlement, de retour de Compiègne, se sont assemblés lundi 12 mai. L'assemblée a duré trois heures. Il a été fait lecture d^un ordre du Roi, qui porte en termes exprès que S. H. fait défense, sous peine de désobéissance, de se mêler directement des matières ecclésiastiques à moins d'un ordre précis du Roi, qui ordonne en outre que le présent ordre du Roi sera enre* gistré sur les registres du Parlement.
La réclamation de toutes les Chambres a été oniveiv selle contre Tenregistrement de cet ordre, et, par une voix unanime, Messieurs ont fait défense au greffier, sous peine d'être poursuivi extraordinairement, de faire au* cun enregistrement.
L'assemblée continuée à demain et qui durera tons les Jourâ sans faire de remontrance, jusques à ce i^u'il ait révoqué ledit ordre; au moyen de quoi le Parlem^t cesse, et il n'y aura plus d'audience. Dans cette assemblée H. le premier Président a été traité de terrible manière.
Hier 22 mai , ont arrêté Messieurs du Parlement que, comme il s'agit de la sûreté de la personne et de l'État de S. M., elle ne doit point réputer à désobéissance si quelque évocation ou interdiction qui puissent intervenir à son Parlement, il continue de connaître des causes ecclésiastiques, ce que M. le chancelier devoit faire trouver bon à S. M., à l'exemple de ses prédécesseurs, qui n'avoient pas craint d'encourir Findignation de S. H., dont ils avoient été dans la suite grandement loués. Que si le Roi persistoit à vouloir dépouiller la compagnie de la partie la plus essentielle de ses droits, la plus utile au bien de son service, et dont sa conscience est le plus chargée, le Parlement suppliera humblement le Roi de le dispenser de continuer ses fonctions, dont il ne ponrroit plus s'acquitter d'une manière utile pour le bien de TÉtat et pour l'acquit de sa conscience.
L'après-midi, Messieurs sont partis pour Gompiègne, pour faire savoir. & S. H. le résultat de leur assemblée. . Les avocats et procureurs aussi bien que les parties n^ont plus rien à faire à Paris qu'à se promener, et le Palais vaque absolument.
Il y a eu plusieurs conférences chez M. le premier Président avec les présidents à mortier. La dernière se tint hier, où les présidents se trouvèrent; il n'y eut que dettx avis pour que la Grand'Cbambre s'assemblât. Mais les autres furent du parti contraire, et dirent quMl ne falloit point se séparer des autres chambres.
Les gens du Roi sont partis ce matin pour Compiègne sans commission, ni sans être mandés.
On s^attend aujourd'hui à quelque chose de violent de la part de la Cour. Dieu nous préserve d'un plus grand mal; mais tout Paris est consterné.
; On a fait défenses aux huissiers de l'officialité défaire aucune sommations aux curés pour la publication du mandement jusques à nouveau.
Xiopie de la lettre de M. le Chancelier à M. le premier
Président.
Da 19 mai 1732.
« Le Roi n'a pu apprendre sans une extrême surprise, Monsieur, que tous les officiers des Chambres des Enquêtes et dès Requêtes du Palais eussent entièrement abandonné Texercice de leurs fonctions depuis vendredi dernier, et S. M. ne peut comprendre que la Grand'Cbambre même, qui dans les temps précédents s'étoit toujours distinguée par son exactitude à remplirses devoirs,diffère de s'assembler pour tenir ses séances ordinaires. Je ne saurois même vous dissimuler. Monsieur, que S. M. attend de votre zèle pour son service que vous entriez ce matin i\ laGrand'Chambre, et S. M., qui connolt la fidélité et l'atiachementdetousMM. les présidents etd'ungrand nombre
368 CORRESPONDANCE mÊDITE.
de Messieurs de la Graud'Cbambre^ est persuadée qu^ils ne^ vous auroient pas abandonnés dans cette occasion. LeRok ne'peut souffrir la durée d^un état également contraire au respect qui lui est dâ, au devoir le plus essentiel des magistrats et à l'intérêt de ses sujets. Ainsi, S. M. me charge dé vous écrire qu'elle veut que tous les officiers de son Parlement rentrentsans aucun délai dans l'exercice ordinaire dé leurs fonctions. Le Roi vous ordonne de leur faire savoir ses intentions aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, afin qu^ils s*y conforment avec la soumission qu'ils doivent à ses ordres. S. M. vous charge personnellement d'y tenir la main, ne doutant pas que vous aussi bien que MM. les présidents ne soyez les premiers îV donner Texemple au reste de la compagnie.
tt Ce n'est qu'en exécutant fidèlement les ordres du Roi que le Parlenp.ent peut éviter les résolutions rigoureuses que S. H. ne peut s'empêcher de prendre à l'égard de cette compagnie. Prévenez-les, Monsieur, en rendant incessam^» ment au Roi le compte qu'il attend de la manière dont ses ordres seront suivis, et soyez toujours persuadé de tous les sentiments avec lesquels je suis, Monsieuri parfaite<^ ment à vous. »
LellreXVrr.
A Paris, ce 27 mai 1732.
Voici, Monsieur, l'arrêté que le Parlement fit hier. Lundi 26, toutes les chambres assemblées, en enregistrant les lettres patentes qui lui avoient été envoyées pour lui enjoindrede reprendre ses fonctions ordinaires, a arrêté:
Que la Cour, continuantsesfonctionsor(itnatre5, donnera en toutes occasions des marques du même zèle qu'elle a toujours eu pour le service du Roi et du public.
Pour le maintien des droits sacrés de la couronne.
Pour prévenir et réprimer toutes les entreprises ca-
pables d'exciter ou d'entretenir le trouble dans TÉglise et dans TÉlat.
Ei pour remplir toutes les obligations qui lui sont imposées par les ordonnances dudit seigneur Roi et par celles des rois ses prédécesseurs.
Les lettres patentes ont été enregistrées tout d'une voix. L'arrêté a passé de 88 contre 67.
Après cet ouvrage fini^ les gens du Roi ont été mandés pour prendre • des conclusions sur le mandement de M. l'Archevêque du 27 avril. Ils ont dit que l'affaire étoit trop importante pour prendre des conclusions sur-lechamp, et qu'il falloit du temps pour le conseil, et se sont retirés. Le Parlement a résolu de leur donner jusqu'à demain, quiest aujourd'hui, et cependant demeure assemblé. Us sont revenus, et ont dit que le temps étoit trop court : on n'a pas pour cela changé la délibération au sujet de ce mandement. Nous verrons ce qui sera ordonné. Je ne vous ai point mandé toutes les différentes assemblées chez H. le premier Président, dans les Chambres des Enquêtes, à la Chambre de Saint-Louis, et qui se sont enfin terminées par celles d'hier, où on a fait ce grand ouvrage de l'enregistrement et de l'arrêté.
On n'est point entré pour l'administration de la justice depuis le lundi 12 de ce mois, et tous les avocats sont encore dans le silence ; ils reprendront la parole au moment que le Parlement rentrera. Il n'y eût point d'audience hier après-dlner, quoique l'enregistrement eût été fait le matin, parce que la Cour est demeurée assemblée. Voilà, Monsieur,jusqu'à présent les succès de l'affaire, et je crois que vous trouverez l'arrêté généreux. Vous souvenez-vous de celui qui fut fait à Pontoise?
Les Nouvelles ecclésiastiques continuent, et il y en a du h mai qui contiennent l'apologie du nouvelliste contre le mandement ; il y plaide sa cause avec toute sa force et parle du caractère de politesse et de douceur naturel an prélat , qui sans doute n'excommuniera pas les gens pour cela.
370 œRRESPONDAKCE IMiDlTK.
Il y a un grand mariage de Séthos avec Marie Alaooque ; c*est qae H. de Sens reçoit Tabbé Terrasson i T Académie et a brigué cette faveur.
On voit ici des lettres de la noblesse de Bourgogne contre M. de Sens, qui, dans une lettre i ses curés sur les conférences où il les engage, leur dit qu^ils n^y trouveront pas cette noblesse hoMiaimey qui les méprise. Ce inot a été bien relevé , et la populace, qu^il appelle bruimle s'est i^ainle aussi dans son patois.
Uure
ce 4 de Mb 1739.
Vous m'aves fait bien du plaisir, Monsieur, eo m^en- Toyant le détail de Tenlèvement de M*' Brun ; je sois fort attaché i M. de Tavannes et je connois fort des personnes qui le sont à la famille de la ravie.. Voilà une affaire véritablement tragique, et la fin, qudlequ'dle puisse être, ne peut être que triste. Bossy diaoit : H ii'esl riem de Ul que d^mltttry €wrpremièriment on a la fiUe ; /es pmnnis fomi U$ diMes^ wuns è la fim on /esi^pme, ttfmamdilsfmemrmU, on a fiirorf leur bim. Je crois qu ici on n^a que la fille, que* le père fera le diable « qu'on ne Tapaisera jamais et qu^il tuera tout avant que de mourir. Je crois la mère et la fille en fort grand embarras et le ravisseur encore plus. Nos ordonnances font peur. Cela n'est-il pas de votre ressort , où on nVntend pas raillerie en malièfe criminelle?
J'ai parié i M. de Saint-Hyacinthe de la chanaon de M. Matkammsius : il ne Ta prise nulle pari que dans la bouche dune cuisinière hoUandoise qui la dianloît thcM, lui du luatin au soir* et il Tapprit par faiee. De là est venu le joli ouvrage que nous avons ; je n^ai pas encore vu la suite ; sa femme est à Paris qui Taenlevé lui, et non pas lui elle ; il y a bien des sortes de rapts*
Le mariage de Sithos avec Marie Alacoque a été fait le jeudi 29 mai à F Académie; le discours du prélat ressemble à ses autres œuvres, et il a loué rassemblée de ce qu'elle ne fiait point de Nouvelles ecclisiasiiques ni de Cch doUt$. Je viens le plus tard que je peuxà notre état qui n'est jpas encore fixe. Les gens du Roi ont été demander jour ^t lieu et heure pour le rappel des deux exilés; cela s'est f ait à Versaillesla veille de la Pentecôte ; la réponse, dit-on, :ii*a pas été bonne , et le lundi, lendemain de la Trinité, il 'j aura assemblée des Chambres pour entendre la relation ^es gens du Roi. Il y a une autre assemblée indiquée jpour le 13 au suj^t du mandement; dans cet intervalle, il Tiendra peut«ètre quelque accord qui nous rendra la paix parfaite. Amen, Ainsi-soit-il. Pareil induit en France feroit fort bien. Il y a treize couplets satiriques sur toutes les affaires de ce temps, qui sont assez bien faits ; si vous ne les avez pas je vous les enverrai.
Lettre XIX\
A Paris, ce 10 de juin 1732.
Je vous envoie, Monsieur, par la voie du sieur Martin, les deozrequètesque j'ai faites dans Paffaire de la Tournelle, avec le dispositif de Tarrèt ; vous y verrez encore quelque reste de Paucienne éloquence , et comme je me suis tiré de la question d'église où on vouloit me jeter.
Les circonstances du rapt m'ont fait plaisir, et je vous
pxrie de continuer à me les apprendre. J'avais déjà oui
parler des lettres montrées à Chantilly. Cependant je sais
o^ on dit d'ailleurs qu'elle ne Taimoit point et qu'elle
CK^aignoit toujours ces voyages de La Marche où sa mère
^*^xpo»oit. Je vois tous les jours une dame de Bourgogne
^ ^Ui elle l'a dit elle-même ; mais il y a bien du secret
d^Os les cœurs féminins, et on dit aussi que le père est
'"^^ux contre sa fille.
87J CORRESPONDAÏfCE INEDITE.
Mais si Tamant qui Ta conquise Sait bien la rose cultiver.
Elle chante en face d*église Qu*il n'est rien tel que d'enlever.
Le charmant Voiture fit aussi une belle Èpilre sur ce même enlèvement qui a fait la ballade de Sarrazin, et vous vous souvenez bien de ces vers^ que Balzac biàma comme indécents et peu convenables à l'âge de Voiture, et dont il est parlé dans YBistoire de V Académie (de Tabbé d'Olivet, art. de Balzac^ in-lâ)^ p. 72, où on a mis lue au lieu de iuey soit par un mauvais scrupule, soit par ignorance du fait, ce qui servira de petite critique en passant.
Hier lundi, 9 juin, les Chambres s'assemblèrent, la relation fut faite de Senlis et de Versailles; il fut dit que le Roi avoit répondu aux gens du Roi : /( n'est pa$ encore îempSy f écouterai mon Parlement lorsqu'il me donnera des preuves de son attention à mes ordres. Il fut délibéré de renvoyor encore les gens du Roi à G>mpiègne, qui diront que le Parlement ne s'est jamais écarté de l'attention aux ordres du Roi et du zèle pour son service et la conserva*
tion de Sii personne, etc. Ils sont partis, il s'agit de la
liberté des deux exilés. Tout cela n'empêche pas l'assem — bléc du vendredi 13 au sujet du mandement. On dit qu'iF y aura des lettres patentes pour en ôter la connoissance , mais lenregistrement ne sera pas si aisé que l'autre, selon Tétai où sont les esprits.
J'ai remarqué hier que Tarrèté du 27 mai étoit dans la Gazette de Hollande du 6 juin, et comme cette gazette ne se distribue point à Paris sans être examinée, l'arrêté ne déplaît donc pas.
Vous trouverez ci-joint les treize couplets, voire quatorze^ vous verrez que je les devois moi-même écrire.
Je dirai au Maihaitasius ce que vous voulez sur la note de la chanson. S^i temme n^est point du tout une aventurière françoise, mais une belle UoUandoîse et riche.
LETTttE XX". 373
cjui l'a pris pour son esprit, car la figure n'est pas ravisssante.
Je viens de lire les deux discours de Tabbé et de l'ar* <îbevèque : l'abbé est plus court et a je ne sais quoi d'obscur : le prélat est long, diffus et n'est pas fort de choses; p. il, il a voulu définir le grand ministre et il a offensé toutes les nations et leurs ambassadeurs en leur imputant à tout moment de la hauteur et de Tambition. Je Décrois pas qu'aucun le fasse exécuteur de son testament; et le ministre doit être fâché de ce trait, qui n'est point vrai. C^est le 2' tome de la noblesse de Bourgogne. Je ne sais ce qu'il veut dire avec la fortune, p. 18, à qui il fait faire tant de choses. Ce n'est pas là la langue d'un prélat, et je m'étonne qu'il n'ait pas trouvé un petit mot à dire sur M. d'Armenonville, contre lequel ce discours devient une satire dès qu'il n'en est point parlé. II n'a point parlé aussi de l'ordre de la Toison de M. de Morville, ce qui fait chercher la cause de ce silence, et rend cette renonciation faite de lui-même à l'empire de la Fortune (p. 18) très-suspecte, môme fausse, comme le public le sait. Cette corde étoit diflicile à manier, et je ne sais aussi s'il sera approuvé sur l'objetdu congrès de Cambray sans conclusion et sans rupture. C'est bien à un prélat qu'il appartient de parler de telles choses. Je lui passe platôt Alacoque que toute cette politique, qu'il n'entend point et dont ne doit pas dire s'il Tentend. Et que ditesvous de la page 20, où il parle contre les fondateurs de l'Académie et son confrère?
Lettre XX'\
A Pari», ce M» juin ITâJ.
Vous voulez quelque chosede nouveau, Monsieur, etil y ^dequoi vous contenter. Le 12 juin il y a eu arrêt, toutes • es Cbaitibi*es assemblées, qui reçoit le procureur général
appelant comme d^abus du mandement du 27 avril 1732; permis d'instruire^ et cependant fait défenses de le mettre àexécution et d'en débiter et distribuer aucun exemplaire, sur telle peine qu'il appartiendra, jusqu'à ce qu'autrement par la cour en ait été ordonné. Cet arrêt a été signifié sor^ le-champ à H. Tarchevèque et imprimé, et il e$t entre les mains de tout le monde. Les gens du Roi n'ont point pris de conclusions et sont revenus jusqu'à quatre fois. Ils ont d'abord dit qu'il falloit laisser la chose dans l'indécision; puis une autre fois ils ont demandé du temps , une autre fois ils ont dit qu'il y avoit une instance entre d'autres parties sur ce mandement à l'officialité, et d'ailleurs que l'appel comme d'abus n'appartenoit qu'à la Grand' Chambre et non aux chambres assemblées. Tout cela n'a point frappé, on leur a fait rapporter le mandement et l'arrêt a été rendu . Il y a eu plusieurs avis pour enjoindre seulement à M. le procureur général de tenir la main à ce qu'il ne fût fait aucun mauvais usage de ce mandement, mais il n'a point été suivi et la pluralité l'a emporté pour l'appel .
En ce moment on vient de me dire que H. le président Ogier, qui a ou vert l'avis pour l'appel, est arrêté et mené à Vincennes de cette nuit; que M. de Vrevin est exilé à Poitiers, M. de la Fautrière à Salins et H. Robert à Belle-Isle, et que MM. du Parlement ont ordre de se trouver demain à Compiègne, quatre de chaque chambre. Ils sont partis, et voilà encore de nouvelles mortifications.
Les lettres patentes du 25 mai sont imprimées avec l'arrêté du 27 : on les vend dans les rues, on ne les crie pas. Je ne doute pas qu'on ne vous les ait envoyées avec l'arrêt, qui est bien court, et où on ne voit pas les moyens d'abus qui ont été épars dans les opinions.
Je reçois votre lettre du 14 juin. Je ne croyois pas que l'abbé Leclerc Ht imprimer tout ce fatras. Je n'ai eu garde de lui répondre; il m'auroit mis dans quelque cx>îo, et m'y voilà dans la préface à ce que vous me dites. Je neimis
LtTTRfc XXI'. 375
s'il m^a nommé. Je chercherai son ouvrage, car il ne me renverra pas, puisqu^il est fâché. Se vend-il publiquement?
Je vous remercie des nouvelles de H"'' de Brun. M"^ de Brun est à Paris et la famille est bien dispersée. Le père dit que sa fille n'a point été enlevée, la mère qu'elle l'a été sans son consentement, et cependant tertius gaudsi. Je savois déjà que la dame n'est pas si ravissante.
RipwMt du Roi aux députés du Parlement à Compiégne
le 1 7 jum 1732.
«t Je suis de plus en plus indigné de votre conduite. Je vous ordonne de retourner aux fonctions de vos charges, de biffer sur votre registre l'arrêt que vous avez rendu contre le mandement de H. Tarchevèque de Paris, de m'en certifier par le procès- verbal que vous m'enverrez dans les 2k heures. Je remets à ce temps-là à vous faire sentir le poids de mon autorité et de mon indignation. »
On dit qu'il y a un arrêt du Conseil qui ordonne la radiation et que M. de Maurepas en doit être le porteur. Il y a apparence que le Parlement refusera d'obéir ; voyez où cela mène.
Lettre XX t.
A Parii, le 21 Jain 1732.
J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 12 juin qui est écrite de votre main et qui m'a donné une grande joie. J'avois déjà su par le sieur Martin que vous étiez mieux, et il dit vous avoir envoyé les Lettres sur le qmétisme. Je vous remercie de la relation de Pézénas, qui est bien circonstanciée. Nous l'avons ici imprimée, avec les certificats elles noms de ceux qui ont comparu lors de la déclaration
2^î« CORRESPONDANCE INÉDITF.
faite par-devant le notaire Froissiac, dont on a tiré l'extrait que vous m'envoyez. Cet événement et celui de la religieuse du Calvaire qui s'appelle La BUlarderie étonnent tout le monde : on ne sait plus à qui les attribuer^ à Dieu ou au diable. Il parolt trois lettres savantes et bien écrites, faites par le prieur des Blancs-Manteaux, à ce que l'on dit, qui adjuge tout cela au diable, miracles et convulsions ; il prouve par plusieurs autorités que le diable peut faire des miracles et guérir des maladies, et on ne va pas manquer de dire que les constitutionnaires sont plus savants que d^autres sur le pouvoir des démons, dont ils connoissentbien les archives. La religieuse a été interrogée par M. Hérault, qui a fait sortir la sœur convulsionnaire qui* étoit dans le couvent. On dit qu^on leur va ôter toutes leurs autres pensionnaires : on vient de me dire que le chevalier Follard étant parti de Saint-Eustache, où il s^étoit confessé, et voulant communier à la Ville-Lévèque, a été arrêté en chemin par une convulsionnaire auprès des Capucins, qui lui a dit quUl ne passeroitpas outre, et qu^en effet ni lui ni le fiacre n'ont pu avancer^ et qu'il a été obligé de s'en retourner faire ses dévotions à Saint-Eustache. C'est un conte de tout Paris. Les réflexions que vous faites sur le change que Ton a appris des miracles d'un appelant sont très-sensibles^ lojrsqu'il est soumis lui-même à un évéque appelant, et j'admire qu'en vingt lignes vous ayez décidé ce que d'autres ne feroient pas en vingt feuilles. Nous ne voyons tous les jours qu'écrits nouveaux ; il y a des Remontrances des curés du diocèse de Sens à leur archevêque sur son catéchisme; j'en voudrois retrancher le mot de respectueuêes^ car il n'y a rien de moins respectueux que de voir l'arche vêque sur la sellette remontré par les curés sur son catéchisme^ et c'est bien là l'espèce de figurature de Gros- Jean.
Du reste, cet écrit est très-savant etd'une grande clarté, quoique la matière en soit abstraite; ils disent plaisam-
ment que dès qu'on ne met point les curés avec le Pape et les évêques pour composer FËglisé^ ils n'iront pas euxméme enseigner leur propre dégradation. On nous a voit fait espérer la lettre des évêques au Roi, mais elle est arrêtée et le Concile national aussi, A ce que l'on prétend.
M. l'évêque deTroyes vient d'obtenir un arrêt qui lui permet d'assigner l'auteur et l'imprimeur du Journal de TrivotAX, pour lui faire réparation, sur ce que ce Journal dit que les derniers ouvrages attribués à H. Bossuet n'étoient point de lui, et il est ordonné que le manuscrit, écrit de la main de M. de Meaux, sera paraphé et demeurera au greffe, ce qui a été fait : on vouloit insérer la requête dans l'arrêt , mais H. le procureur général l'a empêché, ce qui n'empêchera pas que nous ne l'ayons. Si cette cause est plaidée, nous verrons de beaux plaidoyers. Mais croyez- vous qu'on aille jusque-là? et où sont les Arnaud et les Pasquier?
Lassalle père a été commissaire, mais il y a longtemps qu'il nel'est plus: il a été depuis greffier des infirmations; encore depuis agent des Malouins, et il est célèbre par un miracle prétendu opéré en sa personne et dont il a dressé le procès- verbal en homme du métier. H. l'abbé de la Croix auroit pu s'en sentir au jugement, et je ne crois pas qu'il ait meilleur marché du métropolitain. H. d'Alby le condamne fort; et à propos de M. d'Alby, il n'a point signé la lettre, mais H. de Rieux l'a signée en disant qu'il ne vouloit pas se brouiller avec ses confrères en ne signant point une paperasse qui ne serviroit de rien.
H. de Bassompierre, qu'on appelait l'homme blanc il y a quatre ou cinq ans, a épousé M"*Ogle-Torse, sœur de M"* de Hézière qui l'a été déterrer au milieu de sa Blanchi rie. Il est frère dp M'"*' de Stainville et de M"* de Ligny, qui vont être bien fâchées ; mais cette M""" de Mézière n'en fait point d'autres, et c'est dommage qu*elle ne soit pas convulsionnaire. On a imprimé l'arrêt des Descoraillesoù est
378 C0RHKSP0I9DANCE Ifl ÉDITE.
l'intervention de celui de Boargo^ne^ sur laquelle la Cour a renvoyé à se pourvoir ainsi qu'il appartiendra, et ils se sont pourvus à coups d'épée.
Letlre XXIF.
A Paris, ce 23 Juin 1752.
Nosmaux^ loin de diminuer^ s'augmentent^ et îe ne sais plus, Monsieur, en quelle langue les écrire. A peine l'arrêt du 13, qui reçoit l'appel comme d'abus^ fut-il rendu, que les exils arrivèrent de MM. Vrévin, Robert. P. Ogier et La Fautrière. M. de Vré vin est arrêté à Artenay près d'Etampes, n'ayant pu aller plus loin. Le Parlement fut mandé à Compiègne pour le 11, et là le Roi fit lire par M. de Haurepas un arrêt du conseil rendu le 16, qui casse etmetau néant l'arrêt du 13, comme rendu contre la volonté connue du Roi, qui supprime les exemplaires imprimés, et qui ordonne que celui du conseil sera transcrit dans les registres du parlement au bas de la minute de celui du 13. Enjoint au premier Président personnellement en son propre privé nom d'y tenir la main et d'envoyer une expédition à S. M. Défend à tous et chacun les officiers du Parlement de rien proposer qui puisse être contraire au présent arrêt, à peine de désobéissance, d'encourir l'indignation de S. M. et de privation de charge contre ceux qui y contreviendront, et que Tarrèt seroit lu^ publié et affiché. Voilà le dispositif de l'arrêt. Les motifs sont tirés de la désobéissance à deux ordres du Roi du 10 et Ithmai, qui ne tendoient qu'à obliger cette compagnie de rendre compte au Roi de ce qui regarde toutes les affaires présentes de l'Église, avant que d'y prendre aucune résolution ; et il est dit que ces ordres ne déro^ geoient en aucune manière aux règles établies par les ordonnances elles maximes du royaume sur les appels comme abus et sans en 6ter la connaissance audit Par-
LEITRE XXII*. 37Î)
lement ( voilà une belle reconnoissance dont on prendra acte à la postérité). Les autres motifs sont tirés de Tarrèt rendu malgré le refus formel et réitéré des gens du Roi, et on appelle cela une désobéissance consommée. L^arrèt est imprimé et on Tenverra ; en attendant^ vous aurez cet extrait. Apres la lecture de Tarrèt, le Roi renouvela ses ordres à M. le premier Président de faire transcrire Tarrét, et tout le Parlement s^en alla chacun où il put.
Le vendredi 20, les chambres se rassemblèrent, l'arrêt fol lu^ personne ne dit mot, et on s^en retourna chacun dans sa chambre ; on s'enferma bien. Là, il fut pris une grande résolution, ou peut-être elle avoit été déjà prise, qni fut de se démettre tous de leurs charges entre les mains do Roi. Les cinq chambres des Enquêtes et les deux chambres des Requêtes du Palais prirent ce parti chacune dans leur chambre, et en signèrent sept actes, puis sortirent deux à deux précédés de leurs présidents, et allèrent porter ces actes chez M. le premier Président, qui ne Toolut point s'en charger, ce qui fit qu'ils en firent un paquet et qui fut porté par les sept premiers présidents des chambres chez H. le Chancelier pour lui être envoyé àCompiègne. Cette résolution, dont il n'y a point d'exemple, a beaucoup surpris.
La Grand'Chambre voulut entrer Taprès-dinée, mais le peuple fit une grande huée et empêcha l'audience : toute la Grand'Chàmbre a reçu chacun en particulier une lettre de cachet pour aller à Compiègne. Il y avoit ordre de ne se point communiquer; elle y a été ^ il y a eu quelques conférences avec les ministres. H. le garde des sceaux leur a donné à souper^ le samedi 21 et le dimanche 22. Le Roi leur a dit : q Je suis informé de ce qui se passa vendredi ; vous n'avez pas suivi le mauvais exemple, et je vous ai appelé pour vous dire de rendre la justice avec le même zèle. » M. le premier Président a parlé et a demandé quelque temps pour les démettants. Le Roi adit : «Je veux bien donner, à votre prière^
380 CORRESPONDAISCE INÉDITE.
quelques jours à ceux dont j'ai les démissions, pour rentrer dans leur devoir, sinon nulle espérance de pardon; ils sentiront toute leur vie les effets de mon indignation. »
Aujourd'hui 23, c'est le lundis on n'entre pas.
Lettre XXllf.
A Paris, ceSOJoin 1752.
Nous avons toujours été dansTorage et nous y sommes encore. Je n'ai eu^ Monsieur, ni corps ni àme pour vous écrire noire état; aujourd'hui on a quelque espérance d'accommodement^ et il transpire que jeudi et vendredi on reprendra les charges et on rentrera sans qu^il y ait rien d'écrit et comme s'il n'étoit rien avenu, le mandement n'ayant aucune suite. Dieu en soit loué ! Pendant cet orage, on en a cherché bien des exemples, et entre autres celui du temps de Louis XI et du premier Président de la Vaquerie , qui est rapporté par Bonchel dans la Bibliothèque du droit françois^ au mot Lots; il ne nomme point l'auteur de ce fragment historique, et je serois bien curieux de le connoitre, car ce n'est point Bouchel, qui n'écrit point de ce style naïf et fort. Il rapporte tout de suite le même fait, qui n'est pourtant pas le même, tiré des Recherches de Pasquier, livre 6,.chap. 21 ; il ne parle point de la démission des charges, mais de la mort que la Cour vint demander, parce que le Roi avoit menacé de les faire tous mourir. Lequel fait est le vrai des deux? Bodin, dans sa Républiquey les met tous deux, mais non pas ensemble ; la démission est dans la version franeoise seulement, mais la mort est aussi dans la traduction latine, et Bayle n'a pas manqué de l'observer dans l'article de la Vaquerie, Il y a d'autres exemples dans ce chapitre de Pasquier, et un entre autres de 1586, de la chambredes comptes, qu'il récite fort au long et auquel il eut part
comme avocat général , lequel fait est mal rapporté an Journal d'Henri IlFy au^bjuin 1586^puisqu^ilclit quePasquier ne se releva point et que Tédit fut registre^ ce qui esilont le contraire. En ce même Journal y au 15 juillet 1386, on trouve un autre exemple du grand conseil qui est fort ferme ; il n'y eut pas jusqu'aux procureurs du Parlement et du Chàtelet qui quittèrent leurs fonctions. La cour des Aides y eut aussi sa part; ainsi voilà toutes les ^oors dans le cas. Pasquier, au chapitre 20 du livre 3 et ^u chapitre 4 du livre 2, parle encore de ces matières ^^ principalement dans Je chapitre 4 du livre 2, où il y ^ **Oe certaine réflexion dont Bayle a fait usage en Tar- **<ile du chancelier de VHospital, et sur lequel il a fait ^■^^ dissertation, et encore à Tarticle de la Vaquerie^ où *f l*a relevée ou relue. Ce que dit Legrain,cn ses Décades, *^Vfe 8, cité à la note L. de Bayle en l'article de VHospitaly très- remarquable, et c'est une paraphrase bien vigouise. Enfin, Monsieur, j ai tâché de mettre notre mal à Quelque bien en faisant cette critique et en attendant toujours les temps meilleurs; il n a été fait aucun écrit de
^uUe part, et nous n'aurons point besoin de
pour les recueillir ou pour en juger.
Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours, sans parler des nouvelles publiques, et il est singulier qu'elles ne Cessent point en quelque temps que ce soit.
Je vous remercie des nouvelles de M"" de Brun. On a
-l^ien attendu à faire la plainte ; la mère est venue ici, qui,
I>our préliminaire, a demandé sa fille et a dit qu'elle la
Vrouloit mettre à. la Salpétrière ; elle s'en retourne sans
voir rien fait, et je ne sais pas si la procédure criminelle
A'uncera beaucoup cette affaire. On dit qu'ils sont mariés
Saarbruck en Lorraine, non par un curé mais en pré-
du curé, qui n'a pas voulu les marier, et du peuple,
LU milieu d'une messe. Il y a bien de la folie à tout cela.
mère est toujours tenue pour suspecte. Cela va être en
;S>rocédure et n'aura plus rien decurieux que le jugement.
3S2 CORRESPONDANCE INf*:DITE.
Je n'y crois pas d'enlèvement^ mais une subornation qui n*est peut-être pas la première , de la manière dont on parle ici y et si le fait est vrai y le rapt ne serait plus rapt.
J'ai écrit à l'abbé Leclerc par une belle qui va à Lyon^ et qui par ses yeux mettra le feu dans tout le séminaire. C'est tout ce que j'ai pu faire pour me venger de lui. Je serois bien aise d'avoir son livre, qu'on ne connolt point ici. Je vous embrasse toujours, Monsieur, en attendant que les bonnes nouvelles viennent.
Lettre XX/P.
A Paris/ ce 2 JuUlet I7S2
Nous sommestoujours. Monsieur^ dans lemême trouble ; on dit même aujourd'hui qu'il augmente^ et on ne voit point de remède à ce mal. La Grand'Chambre entre toujours^ mais on n'y plaide pas et on n'y fait que rapporter quelques procès.
L'extrait de Bouchel sous Louis XI a été imprimé ; on y a mis trois lignes à la fin, qui ne sont point de là, mais de Bodin, sans le dire; je ne sais pourquoi je n'ai pas encore trouvé où Bouchel a pris cela, qui n'est point de lui : vous le trouverez sans doute.
Nous faisions le même mariage quand vous me l'avez mandé.
Nos vieux romans^ en leur style plaisant, nomment cela paroles de présents.
La mère s'en retourne et va se joindre à la procédure pourjustifier qu'elle n'est point du procès; je crois qu'elle aura de la peine. J'ai trouvé H. de Montai, son frère aux Tuileries; nous en avons parlé ensemble. H. le Duc lui a dit que la mère étoit très-suspecte , mais il prétend bien justifier sa sœur^ et il ne m'a point du tout paru approuver la procédure criminelle, qui ne mènera qu'au déshon-
LCTTHE XXV^ 383
neur des deux familles. On charge un premier président d'avoir donné ce conseil violent. Nous en verrons les suites ; ils disent que le père a son bien en pays de droit écrit et qu'il en disposera aisément.
Je connois fort la lettre de l'abbé Trublet et je ne vous en avois point parlé, parce qu^elle m'avoit pcoru néolo* gique, énigmatique et du nouveau style. Les discours dont il parle à la fin ne sonl pas ceux de Tabbé Terrasson et deTarchevèque de Sens^ mais de Fontenelle et du successeur de H. de la Motte.
La lettre de Trublet est du mois de janvier 1732 ; il est vrai qu'on n'entend plus rien ni au langage ni aux actions, et le monde est renversé.
Je n'ai rien vu de la part de l'abbé Leclerc. Il gagne à l'absence du Nouvelliste du Parnasse^ qui, dans la 29'' lettre, l'appelle un barbouilleur de papier, et le fait sauter d'aise d'avoir fait des années de vingt-quatre mois pour les femmes : relisez cet endroit qui vous fera rire. Le Nouvelliste est curé en Normandie et n'écrit plus que des prônes.
Lettre XXP.
A Paris, ce 7 juillet 1732.
Du samedi 7, les sept Chambres des Enquêtes et des Requêtes furent assemblées chacune chez leurs Présidents^ matin et soir, jusqu'à huit heures, pour délibérer définitivement sur le parti qu'elles avoient à prendre : Entre les grands inconvénients résultant de la cessation totale de la justice et les extrémités où la Cour est résolue pour contraindre à l'obéissance, d'une part;
Et la désagréable nécessité de se désister de leur premier projet formé, selon elle, pour arrêter les entreprises de Rome et du clergé et parer aux événements dont je vous «ii informé en partie.
884 CORRESPONDANCE INEDITE.
Les Chambres n^ayant pu se concilier le samedi ayant eu trois d'avis de reprendre leurs fonctions attendre de nouveaux ordres de la Cour, deux d'avis d'étendre ces ordres avec le rapport des démissions, et deux autres Chambres s'étant trouvées partagées em i elles,la même séance futcontinuée hier jusqu'à sept beu m du soir, à la fin de laquelle toutes se réunirent à Ysê.^ de rentrer demain 8 ou mercredi 9.
M. le premier Président, qui^ de deux jours Tun, est et J à Versailles et revenu (comme par négociation) avec H.
président Pelletier et M , conseiller de Grand'-Chaa
bre, repartit hier sur les sept heurespourinformer le m nistre du dernier état. Il en est arrivé ce matin à dS heures. On compte quUl rapporte toutes les démissioïC de toutes les Chambres et qu'avec des espérances donnée^ mais nullement précises le Palais se rouvrira demain ou après.
Il faut pourcelaque les sept Chambres se réunissent cette après-midi, pour conférerenlreellesetsedéterminerabso* lument. Elles ont demandé au premier Président une assemblée de Chambres pour le lendemain qu'elles seron rentrées, ce qui sera accordé apparemment, à conditioi de ne point remettre sur le tapis les sujets de division mais pour délibérer, du moins entre autres, de sollicite le retour des exilés.
Dispensez-moi, Monsieur, de vous détailler les arrange ments de la Cour et les peines qui dévoient suivre au ca que lesdites Chambres eussent persisté, ainsi que les ave cats, qui sont blâmés d'une grande partie du public d s'être mis de la querelle.
Cependant on a recommencé à publier sur nouveau frais dans les rues le mandement de M. rArchevèque, qu a donné lieu à cette tracasserie.
LETTRE XXVF. 38â
Lettre XXVt.
A Paris, ce 8 juillet I73U.
Vous attendiez 1 événement^ Monsieur, etil est arrivé, aussi heureux qu^on lepouvoit souhaiter. Après bien des voyages en Cour, des assemblées chez M. le premier Président et d'autres assemblées de chaque chambre dans la maison de leurs présidents, sans compter les négociations particulières et inconnues, il y eut enfin hier, le lundi 7 juillet, une députation au Roi de M. le premier Président, de quelques présidents à mortier et de quelques-uns de Messieursdela Grand'Chambre. Les démissions furent remises. Le Roi dit qu'il aimoit mieux pardonner que punir, mais qu^on n^en abusât pas ; et sur cela la cause est finie, cama finita est, et après la restitution qui doit être faite des démissions à chaque démis, la justice va reprendre son cours, et il n'en sera plus parlé que dans les Mémoires futurs, anecdotes ou autres. Les Pasquier, les Bouchel, les Mathieu ont bien de quoi s'exercer.
Il seroit inutile présentement d'approfondir le fait de Louis XI, si ce n'est parcuriosité; il ya plusieurs endroits dans Philippe de Commines, où il parle du Parlement, et au livre 6, qui. est sur la fin de la vie de ce roi, il est dit quHt vint brider cette cour du Parlement, non point diminuant leur nombre ni leur autorité, mais il avoit contre cœur plusieurs choses dont il la taxoit. Il est vrai que M . de la Vaquerie ne futpremier Président qu'en 1&81; mais vous trouverez qu'en 1482 il y avoit quelque différend entre le Roi et le Parlement, et qu'il leur écrivit deux lettres de cachet du 11 el 1&. avril 14-82, Tune pour faire enregistrer les serments de son sacre, l'autre pour avoir le double des ordonnances de Charles V touchant le Parlement, lesquelles lettres sont dans le traité de Dupuy, De la majorité des rois, page 232, in-V, et dont Hornac parle sur la loi k,
C. De legib. Mais ces lettres sont datées à Tours et Belleville, et le Parlement a-t-il été là pour se démettre^ et d* autre côtipuisquHl vint brider cette cour, il y a donc eu des contestations? Je crois comme vous que Bodin est le premier qui a parlé de la démission offerte (et non réalisée). Ce liodin étoit un grand homme dans son temps, et qui, ayant étédéputé aux États de Blois , atoitbienétu* diédes questions et des faits sur leà démêlés des rois el des peuples. Voyez Tarticlequ^en a fait Bayle, qui est des plus travaillés et où il y a des curiosités infinies. Vous y trouverez qu'il est l'auteur lui-même de sa traduction latine, et puisqu'il y a varié le fait^ on doit présumer qu'il avoit été mieux instruit. Pour Bouchel, il n'a ni cité Bodio^ ni autre, et je crois qu'il a pris cela d'ailleurs : je n'y reconnois point son style ; il y a toujours grande négligence de n'avoir dit ni le sujet deTédit ni le temps, et le sileiiee des registres est d'ailleurs bien embarrassant, si oe n'iest que le Roi ait empêché qu'on en fasse mention, et, par exemple, ce fait d'aujourd'hui pourroit bien n'y^ètrépas mis. Pasquier explique bien le faitdé 1586, et on est bien aise d'être instruit de cette façon ; mais je sais bien f&ché de trouver notre L'Estoile en mensonge ; à propos de quoi j'apprends qu'il y en a huit années de la lacane imprimées, et pourquoi non pas les douze ? Je crains qu'on ne vous ait trompé. Je viens à Mathieu, qui s'est servi d'une comparaison ingénieuse et qui lui a été volée par Laroche-Flavin . I^ critique est une mer dont on ne Vôîtpas le fond, et où il y a toujours à pêcher, et où votre art merveilleux s'exerce en toutes matières; j'aime bien vos réflexions sur la différence des faits et des offres verbales ou réelles, et ce que vous me dites de 1627, où il y eut peu^^e fruit pour les peuples : c'est un fait très-curieux. Enfin, Monsieur, si nous avonsété dansla douleur, au moins elles été soulagée par votre agréable commerce. Je regrette bien les Nouvelles du Parnasse. L'ecclésiastique n'est point étonné de ToragC; il écrit toujours»
On a saisi hier des mandements de M. de Marseille, contre les miracles; un autre de M. de Rhodez; il s'y est trouvé quelques mandements de l'archevêque, et on a arrêté les colporteurs qui les publioient.
Lettre XXVIP.
A Pari8,tel8J«iUetl7SS.
Je reçus hier. Monsieur, le paquet où est la lettre de l^abbé Leclerc contre le Dictionnaire de Bayle; je le ^«mercierai de me l'avoir envoyée; mais je pèserai mes 'paroles, car si un mot que j'ai dit en passant : QuHl n'est JMU fmeile de surprendre Bayle en fauUy lui a fait faire un livre de fiOO pages, quelque autre mot non circonspect lui fleroit faire des in-folio, et aussi si on le laisse fiûre, il xioQS en va donner de beaux par alphabet en suivant li de Bayle , et il n'y en aura pas pour un en suivant méthode, qui n'est pas courte; j'y ai trouvé de bonnes efaoses, mais il les faut tirer de l'abîme. Son style est le$te, comme il le dit lui-même ; il fait faire des culbutes à Bayle, des friponneries, des bêtises, et je ne le crois pas si bon que vous pensez , car ce ne peut être que méchamment qu'il me dit qu'il ne m'écrit pas ordinairement de nouvelles littéraires, mais qu'il en a une qui vient à propos, et cette nouvelle est un portrait affreux de Bayle, qui est dans les Lettres des Anglais et des Français. Enfin H. l'abbé dira tout ce qu'il voudra , il n êtera pas à Bayle 88 réputation, et je pense que, loin delà lui êter, ses livres et ses lettres ne serviront qu'à la confirmer davantage , parce qu'on connoltra dans l 'un la vraie manière de traiter lacritique, vive, pleine de sel et d'esprit, au lieu que l'autre Vous ennuie, et vous n'avez point de plaisir à apprendre oe qui seroit peut-être à apprendre. Que ne répond-il à celui qui Tappelle barbouilleur de papier y et de quoi ft'avise-t-il d'imprimer, après sept ans, une longue lettre
qui n'étoit faite que pour des amis particuliers ? U se plaint que je ne lui ai pas répondu ; mais il peut s'attendre qu'en Hollande et en Angleterre Bayle aura encore des amis qui lui répondront, car pour moi je lui promets un beau silence. Je suis fâché que le Nouvelliste du Parnasse ait cessée il auroit là une bonne pratique; il convient qu'il n'a pas lu la moitié de Bayle,* et peut-être l'autre moitié lui auroit-elle plu. N'est-ce pas là un plaisont juge? Je ne crois pas que sa lettre ait autant d'éditions que le gros dictionnairey car c'est ainsi qu'il l'appelle, et il ne prend pas garde que les Réflexions qu'il cite de Bayle sont sur sa première édition^ qui est bien augmentée dans la deuxième. Hais, enfin ^ s*il corrige les fautes^ j'en aimerai mieux Bayle, et ma maltresse n'en sera que plus belle.
On travaille aux remontrances que le Parlement va faire au Roi. Les chambres sont rentrées^ on plaide, mais cela ne va que d'une aile. Le temps nous ramènera à la paix parfaite.
La place de capitaine des Gardes de H. le Duc est donnée à M. d'Anlezi, qui vient d'épouser M"' de Gassion ; le ravissement a fuit là un beau coup d'épée; il y a deux mariages ; Ton dit la demoiselle à Metz.
Nous avons enfin les deux tomes du Journal de Henri IV, dont je vous rends mille grâces pour mon particulier. Je les ai déjà lus^ et j'en suis enchanté^ mais donnez-nous encore les quatre années qui nous manquent.
iMlre XXVnt.
A Paris, ce 24 juUlet 1732.
Vous faites. Monsieur, un portrait excellent de notre abbé. Je lui ai écrit et lui ai dit qu'il n'y avoit que Bayle qui lui pourroit répondre ; qu'il dit, p. h%y qu'il va pousser Bayle de bonne guerre j mais qu'il n'y a point de bonnt
LETTRK XXVIII». 889
gi^erre contre un morl^ et que s'il étoit vivant, il lai répondroit bien, du moins sur ses intentions^ qu'il dit mauvaises ; qu'il ne peut pas lui opposer ses Réflexions ^ qui est on trait de sa modestie; gu'il les a faites sur la première édition de son Dictionnaire, qu'il a augmenté de moitié dans la deuxième^ et entre autres de tous ces savaots articles des philosophes anciens; je lui parle de l'article de Beda, qui fut condamné à une amende hono* rable et au mont Saint-Michel, ce que Bayle a été cher-
oher dans une petite lettre de à Érasme, sans quoi
noas n'en saurions rien. Hais je ne lui dis pas^ 1"* que
les jansénistes peuvent tirer avantage de cette con-
cJamnation et du secours que la Sorbonne lui donna pour
son exil, et des oraisons funèbres qui lui furent faites
«près samort^ même par un évéque; 2"" que cet article
n'est qu^un portrait secret de Jurieu^ à qui Bayle en vou-
loit et qu'il fourroit partout. Je le fais se souvenir du
distique de notre ami M. de Monnoye^ et je lui dis qu'il
me va faire aimer davantage mon ami Bayle, puis qu'il
le rend plus beau en lui ôtant ses taches. Je Texhorte à
faire son alphabet. Horeri a fait Bayle, Bayle fera
H. Leclerc. Voilà bonne provision de Dictionnaires,
mais Foblectation restera toujours à Bayle, et on ne me
persuadera point qu'il ait voulu faire de gros livres,
chaque article de son Dictionnaire étant séparé et comme
an article de la République des lettres. Je ne lui ai pas dit
qu'à la page 160 il dit qu'il y a des cas où il y a du mal
i observer un serment lâche et téméraire; tous ceux qui
rétractent la signature du formulaire le prendront pour
leur casuiste.
L^affairedu Parlement estreplàtrée, comme vous dites. Ce mémoire que vous avez vu ne vient point de lui, il y <^ des propositions dangereuses et des comparaisons déplacées. Le Nouvelliste ecclésiastique coniiniie toujours, et À ly en a unedu 6 juillet où il veut mettre leParlement dans 9on parti et dit que ses nouvelles sont le factum doç
SM œRRESPOIlDANCE II«£D1T£.
appelants : un homme autorisé et écrivant avec fonctio publique n'écriroit pas autrement. C'est une véritabl magie et un miracle subsistant sous nos yeux.
C'est H. d'Anleziy colonel du régiment de Nice, cousi
du gendre de M « de Gassion, qui a la place de capitaii
des Gardes de H. le Duc^ au lieu de M. de Hirebel ; je i
le croyois pas décrété de prise de corps. On dit qu'il n'
a rien dans les informations, mais il y a une preuve litt^
raie dans une lettre qu'il a écrite à son beau-père. La bell
est à Melz ; elle y a une tante qui est abbesse. H. d'Audiffn
aura fait la dernière action de son caractère en deman
dant qu'on lui livre cette brebis égarée, car il a été ra{
pelé de Lorraine, et l'on dit que la raison est que le R<
n'est point obligé d'entretenir un envoyé auprès d'u
souverain qui ne réside pas dans ses États. Je ne sa:
si cela est dans Vicquefort ou dans quelque autre traité L
legato. H"^ la duchesse de Lorraine a de son côté rappel
H. de Stainville, qui se réjouissoit fort ici. Je vous remerei
par avance du Journal d'Henri IV. Je me déferois d
mien aisément, car tout le monde court après; le publi
en est enchanté, on le vend aux spectacles ; il y a pourtai
des choses qui ne doivent pas plaire à bien dés gens, enti
autres le pillage de la Bibliothèque des Jésuites et con
ment les gens du Roi môme s'en accommodèrent^ ce qui
il me semble, aétécondamné, etleplaidoyerdeM. Arnaud
et le lit de justice de Henri IV, qui dit aux Enquêtes
ff Vous êtes bien jeunes pour être de mes conseillers
aussi n'êtes-vous pas sages comme ce vieux-là. » Et le
bons mots sur le parlement de Tours , etc. ? J'espèr<
toujours que nous verrons le reste de la lacune, qu
viendra se rejoindre à tout le corps. Je croyois qu(
vous l'aviez. On a retranché dans celui-ci quelques ver
trop satiriques, mais cela en devoit être. La TMe sup
pléera aux notes qui ne seroient pas bien longues, car le^
précédentes peuvent servir pour beaucoup d'artides
Enfin voilà M. de L'Estoile immortalisé, et il le méritoi
LbTTRE XXV lU'. 291
tiien pour sa constance d'un journal de quarante ans et d'un si beau journal. J'ai ouï parler de la Relation du mtrt avec les estampes^ mais je n^ Tai pas encore vue ; cela doit être dans votre bibliothèque. Une dépense si royale montre bien qu'on pense au grand. L'abbé de Clteaux plaide au Grand Conseil ; il vouloit avoir le fauteuil et le roobet à Faudience. Les autres le vouloient aussi ; pour les mettre d'accord^ ils ne l'auront ni les uns ni les autres : on dit qûMls Pont aux États de Bourgogne.
Uyadeuxrelationsque j'ai vues hier de Grenoble ; l'une mr les contrebandiers qui ont fait le procès du premier président et de llntendant et les ont condamnés à mort par contumace par un jugement qu'ils ont fait afficher 4 leurs portes et dans la ville : on y a couru avec des diagoDs; Tautre sur la cérémonie de l'entrée de H. de Sassenage au Parlement , où il a séance avant le premier président, et sur la visite qu'on lui a faite sur le veiiil de sa porte. J'ai vu M. de Quinsonnas^ député de ce Farlement, homme d'esprit, qui a fait juger à Compiègne que le Parlement ne donneroit point de monseigneur à M. de Sassenage en lui écrivant , qu'il lui donneroit Voire tris-humble et tris^éissant serviteur.
Jl. le Nonce donne ici des permissions de lire toutes ^ipèces de livres» hérétiques ou SiVilves,prohibitos et dam^ tèoios; il permet aussi de lire ceux qui sont in jWt-> eio romano- Il y a des gens qui en prennent pour lire les Nouvelles ecclésiasliques. Je lisois tout à l'heure dans le Journal de Henri IV que le Légat donnoit des provisions d'avocat, et que le Parlement les condamna. Je ne sais ce qui arrivera de ces permissions du Nonce, qui sont contre le droit des évëques et contre le droit public.
On débitoit ici des Mémoires historiques et critiques de Miurayt par permission tacite; ils sont supprimés. Il y avoit, dit-on, des traits avantageux à l'autorité du Parlement. Je ne les ai pas vus.
392 COR UESPOND ANGE INÉDIIE.
Il y a UQ poème de 700 vers^ qui est uue Nouvelk de Vautre monde , où les daniDés demandent la révision de leurs procès sur des livres qui leur sont tombés par un tremblement de terre.
Lettre XXIX\
A Paris, ce S aoAt 1732.
Je ne dirai plusrien^ Monsieur, sur l'abbé Leclerc, sinon ce que disoit le cardinal de Granvelle : Que le papier $e laisse écrire y mais que ce sont des coups de poignard. Le plus intrépidelecteur ne lient pas contre un pareil écrivain, qui fouille dans les intentions des autres ety place les sien nés.
J'ai vu par hasard ce matin Tabbé d'Olivet au Palais- Royal, qui m'a dit que le retardement du Journal de Henri IV à votre égard ne vient que de voire correspondant, qui ne vous envoie les paquets que lorsqu'ils sont gros ; mais vous aurez le Journal par un courrier. On est persuadé à Paris que le manuscrit a été tronqué ; il est vrai qu'il y en a pour les deux partis, mais il y en a plus pour Tun que pour Tautre, et le pillage de la Bibliothèque, dont MM. lesgens du Roi s'accommodèrent, peut bien avoir été tiré du P. Jouvency : la fidélité devroit être entière sur ces pièces.
Le Grand Conseil a changé d'avis, et donne le fauteuil à l'abbé de Clteaux, et non à ses filles. Pour lerochet, point du tout. La cause va être incessamment plaidée, et j'ai vu le mémoire de Tabbé de Clairvaux. Qui est-ce qui va se charger la tête de toutes ces moineries, à moins d'en être juge ou défenseur?
Le député de Grenoble, qui s'appelle H. de Quinsonas, est retourné en son pays pour faire exécuter la décision du Conseil et la réception de M. de Sassenage, ce qui a été fait. Cette décision n'a été que verbale; je lui ferai écrire pour qu'il veuille bien me la donner, et je ne crois
LETTKE XXIX*. 393
pas qu'il me refuse. M. de Sassenïige a assez d'affaires en ce pays-là^ et je crois que H. le premier président aime mieux le voira la tête des dragons contre les contrebandiers que de les commander lui-même.
H. le Nonce fait aujourd'hui son entrée : on dit que les sifflets sont préparés^ mais je crois qu'on en fera peu d'usage : je voudrois qu'en signe de joie il distribuât au peuple des permissions pour lire les Nouvelles ecclésiastiques : je vous envevrois une copie de ces permissions, que quelques-uns disent n'être pas nouvelles. Le Parlement le sait, et on laisse faire (out à son aise. Je ne sais pas trop pourquoi V Adonis du cavalier Marin est excepté de la permission et associé à Du Moulin et à Machiavel.
Hier^ les remontrances furent lues, les chambres assemblées> et trouvées bonnes; il y est parlé légèrement des démissions. M. les gens du Roi doivent aller prendre le jour et le lieu. En parcourant les livres au sujet de nos Uiouvements, j'ai trouvé que les fameuses remontrances âe 1615 parlent du fait de la Vacquerie^ sans dire ni les offres de charges, ni celles de lu tète ; et comme on étoit plus proche du temps^ on devoit mieux le savoir.
Le livre attribué à Mézeray est en deux petits volumes, f]ui paraissent imprimés à Amsterdam^ chez Bernard. U ^st précédé d'un grand discours préliminaire assez vivement écrit, où on ôte avec raison à Mézeray V Histoire de la mère et du fils; mais on lui veut donner ce livre-ci, qui n'est qu'une mauvaise rapsodie alphabétique et pillée partout. Par exemple, ce qui est dit des avocats est tout pris dans le Dialogue de Loysel, et on n'y a pas oublié notre ami Spifame avec sa robe rouge. 11 y a beaucoup d'articles de droit canon^ sur lequel je crois que Mézeray n'était pas bien savant, et on a inséré, à la lettre P, un article du Parlement de Paris, où on a fourré un Mémoire touchant r origine et l'autorité du Parlement de France appelé Judicium Prancorum, que l'on convient n'être pas de Mézeray ; mais à l'occasion de nos derniers troubles on a
394 COKRESPONOAMCË INËDITE.
fait imprimer ce Mémoire àpart, en 8 pages iQ-4% et cela pourroitbien avoir fait supprimer les Mémoires prétendus deMézeray, qui se veodoient publiquement avec le/ourtial de Henri IV. Or ce Jtidtcîum Franeorum est pillé en partie des Remontrances de. 1615 et autres lieux connus, et les appelants l'ont fait désavouer dans la dernière Nouvelle ecclésiastique un 12 juillet. Car cette Gazette est plus vive que jamais, et Thistoire dernière du Parlement y est au long, et sera bien curieuse pour la postérité.
J'ai vu la longue lettre pastorale de H. d'Auxerre, et j'y ai remarqué la bévue de H. de Sens, qui n'a pas su que Tévèque de Digne, qu'il regarde comme un petit évèque inpartibuSj a depuis été le fameux cardinal de Janson. Pour le fond de l'affaire, il me semble qu'on plaide plus pour le catéchisme changé que sur Tamour de Dieu applicable formellement à chaque action, et même virtuellement ; mais toucher à un catéchisme ancien , c'est remuer les pénates et attirer sur soi le courroux du ciel.
M. Rollin vient de donner son k* volume sur V Histoire ancienne; c'est toujours la même façon d'écrire, la même grâce, les mêmes réflexions, un peu trop longues; mais elles sont faites pour les petits garçons et pour les petites filles, qu'il veut instruire, car dans sa prèface il joint les deux sexes; il y a une dissertation sur Socrate, qui est très-aimable à lire, et la réflexion de la page 428, qui va jusqu'à instruire les valets du bourreau de ce qu'ils doivent faire quand il leur tombe des gens de bien entre les mains, à l'exemple de celui qui donna la ciguô à Socrate, ne vous échappera pas. Voilà un bon homme, cela !
Je vous félicite d'avoir le beau livre des estampes et de la gravure du Sacre. Si l'on avoit mis pour les graveurs l'argent qu'il en a coûté pour les figuristes des allégories, on serait plus content. Je l'ai bien examiné de de près, et les ressemblances manquent; mais voilà on beau et grand monument. J'espère que la goutte, qiii
voiis laisse dicter de si belles lettres^ vous les laissera bientôt écrire, et je vous embrasse^ toujours^ Monsieur, très-tendrement.
Lettre XXX\
A. Paris, ce H aofit 1732.
Je suis si aise, Monsieur^ de revoir votre main, que je vous réponds sur-le-champ et sur le premier papier qui tombe sous la mienne. Je retiendrai bien ce que vous me dites sur le Journal; le titre est faux. L'Estoile découvert depuis quatre-vingts ans , c^est comme si les voyageurs qui vont aux Indes eu faisoient une nouvelle découverte. L'ami D. n'a pas ici grande réputation sur les manuscrits, et celui du Banquet de Platon^ qu'il a tiré de H. Racine, puis négocié, ne lui fait point honneur. Ceci entre nous.
Le Nonce a fait son entrée le dimanche 3 août : il n'y a rien eu de magnifique ; mais le lundi k, à sept beuresdu mâtin, il y a eu un arrêt du Parlement qui a supprimé ses permissions et fait défenses d'en obtenir, comme contraires at$x droits des ordinaires et aux maximes et usages du royaume. Il est vrai qu'il ne permettoit pas spécialement la lecture des Nouvelles ecclésiastiques; mais comme il permettoit de lire tous les livres q^Aoqiu) modo damnatos^ à l'exception de trois seulement, sa permission renfermoit nécessairement les Nouvelles. Au, reste ce Nonce est entreprenant; il a demandé s'il n'y avoit pas de poutences pour le Parlement ; il ressemble fort au Nonce Scoti , qui eut cette conférence avec H. de Chavigny qui est rapportée au chap. 7 Des libertés^ n*" 8^, et ce n'est point là notre H. Passionei, qui est à Vienne et que nous aimions tant.
Je ne sais pourquoi ils ont accordé le fauteuil à Tabbé de Clteaux au Grand-Conseil ; ils le donnent à l'abbé de Grammont.
396 CORRhSW).%DAJNCE INKDIll.
Taurai la décision de M. de Sàssenage, de Grenoble^ si OD la peut avoir.
Le Mizeray a été condamné par le Parlement de Rouen à être brûlé, à cause du Judicium Francorum, qui y est inséré ; tout cela est mauvais. C'est peut-être quelque recueil de Mézeray où il faisoit des notes en composant. J^en ai vu un pareil de Bayle, qu'il appeloitson Indice^ et il seroit ridicule de Timprimer.
A propos de Bayle, j^ai écrit à l'abbé Leclerc ; il m'a répondu et parolt confirmé dans son dessein de critique alphabétique sans penser qu^il va faire lire un livre qu*il veut condamner^ puisqu'il faudra conférer la censure, et alors adieu le censeur ! Le Journal de Trévoux parle de sa Lettre critique, et est étonné qu'il l'ait datée de La Haye ; ce que j'aime mieux de ce dernier journal, c'est qu'il parle des pintades (dont on mange à présent en France ) , et qui ont le goût un peu au-dessus du faisan quand elles sont un peu fortes y et au-dessus du perdreau quand elles sont toutes jeunes. Je ne suis pas en peine si ce sont les anciennes poules numidiques ; en tous cas les missionnaires de l'Amérique ont bien fait d'en faire la découverte. Vous ne vous attendiez pas à cette remarque gourmande.
On s'arrache le k^ tome de H. Rollin ; ce qu'il a dit sur Socrate plaît beaucoup. Avez- vous lu le Banquet de Platon traduit? H. Racine sa voit plus de grec que M"* de Foute- \Taulty et il avoit, ce semble, plus de galanterie.
J'ai vu le Prospectus de V Expositio juris canonici per regulasy par M. Gill>ert. Cela m'a paru merveilleux, et î'ai été bien aise de voir à la fin que ce livre vous sera dédié, ne pouvant paroltre sous un plus beau nom. Le dessein de li. d'Héricourt est autre chose, et ne nuira point à celui-ci. Voilà un esprit bien net, bien réglé, bien ami de l'ordre, bien savant que ce M. Gilbert, et on dit avec cela qu'il est très-simple.
M. de Fresne, deuxiè me fils de M. le Chancelier, épouse
LETTRE XXXr. 397
M"' dAligre. Il y a là des chanceliers et des gardes des sceaux.
M"* de Brun est toujours ici ; M"* sa fille est en lieu triste et n'est plus en la possession de M. deTavannes. Il y aura apparemment quelque appel à votre Parlement de la procédure extraordinaire. Je trouve que cette dépossession fait beaucoup, et d'autant plus qu'elle s'est faite en l'absence. H'"*deBrun devroil bien s'apaiser. Je quitte ma lettre pour la poste, qui me presse, et vous renouvelle toujours mes respects et tendre amitié.
Lettre XXXI',
A Paris, le 15 août 1733.
Nous n'avons pas encore, Monsieur, la réponse aux re« montrances. Il y a eu des assemblées au Parlement, et le tout est remis au mardi 19, où on s'assemblera encore. Dans ces assemblées il a été question d'une thèse soutenue en Sorbonne, où il a été parlé de la Constitution sans les modifications de l'arrêt du 15 février 1714. Le syndic de la Faculté est venu au parquet; il a été mandé en la cour, et a fait sa déclaration qu'il adhéroit à ces modifications, qu'il n'a pas appelées ainsi, mais de sages précautions et que la Faculté regardoit comme injustes et notoirement nulles les sentences dont Vautorilé ecclésiastique voudroit se servir pour donner atteinte à V obéissance des sujets à leur souverain. Il a dit aussi que la Faculté étoit attachée inviolablement aux maximes du royaume et aux libertés de V Eglise gallicane, etc. Sur cela il y a eu un arrêté : qu'il lui sera donné acte de sa déclaration, et qu'il sera chargé de veiller plus que jamais à ce qu^il ne soit soutenu pareille thèse à Vavenir dans la faculté de théologie ( ce qui n'étoit pas dans les conclusions de M. Gilbert), et à ce qail ne s'y passe rien qui puisse donner atteinte, directement ni indirectement, aux maximes et usages du
398 CORRESPONDAISCI*: lNi^:DlTE.
royaume et notamment aox dispositions de rarrèt du 15 février 171&. Tout aussitôt le syndic et les gens du Roi mandés, Tarrèté a été fait entendre au syndic en présence des gens du Roi. Voilà ce qui s'est fait à cet égard; l'arrêté est imprimé ; on trouve qu'il est trop doux et qu'il eût fallu supprimer la thèse , mais elle étoit soutenue. Messieurs des requêtes se plaignent aussi de ce que cet arrêté s'est fait sans eux, quoique la dénonciation eût été faite avec eux et dans une assemblée des chambres : on se sauve par les exemples de la légende et autres; mais après ce qui s'est passé dans la division des démissions, il y auroit, dit<K>n, dû avoir plus d'union.
11 s'est fait encore une autre opération : Le Mémoire sur l'autorité et origine du Parlement de France appelé Judicium Francorum a été condamné au feu ; l'arrêta été exécuté sur-le-champ. Il se trouve inséré dans les Mémoires de Mézerayyj t. Il, p. 11&, et on l'avoit imprimé à part. C'est un mauvais ouvrage, composé de fragments pris dans le petit Traité du Parlement de Paris qui est à la fin De la majorité des rois de Dupuy , les remontrances de 1615et lesBIémoires de Joly, auxquels l'auteur a ajouté tout ce qui lui a passé par l'esprit pour le Parlement et contre le Conseil. Le Parlement de Rouen l'avoit déjà condamné au feu par un arrêt précédent : il y a des gens qui disent que ce mémoire a déjà paru en 1652, ce qui n'est pas vrai ; car il y est parlé du testament de Louis XIV et des renonciations des princes à la couronne d'Espagne enregistrées au Parlement. Ne sont-ce pas là d'habiles critiques?
H. le premier Président est malade , il a une grosse fièvre ; il a été saignédubras et du pied : dans l'embarras où il est toujours entre la Cour et sa compagnie, son sang s'est échauffé , et il le seroit à moins. Henri IV disoit en pareil cas : « On lui a tiré du sang, lui a-t-on tiré sa gloire? » mais ce mot-là ne seroit pas de ce temps-ci*
Le Roi va à Marly pour quelque temps. H. le cardinal de Polignac est du voyage.
Il y a eu grand démêlé entre M. le Garde des sceaux et Tabbé de Pomponne, dont on rapporte les termes différemment. Cela ne se peut écrire, et sera bientôt apaisé apparemment.
On voit une Lettre du cardinal de Richelieu, écrite à son neveu le duc de Richelieu, qui est une mauvaise satire, comme on en voit dans les temps de trouble. Je ne crois pas que Fauteur se nomme, non plus que celui de la Milliade, qui se fit contre ce cardinal. Ceux qui se servent de son nom devroient bien se souvenir de ce qui a été fait contre lui.
On attribue à Tabbé de Grécourt une chanson de 57 couplets, qui est une prédiction d'une bohémienne à une fille de trois ans. 11 y en a de fort jolis, et cela est d'un petit libertinage que je trouve trop fin pour l'abbé. 11 a été ici : il a fait des fables pour qui en a voulu, et s'en est retourné au pays de Rabelais; il est bien là.
On a commencé de plaider hier au Grand-Conseil l'affaire de Citeaux. M. l'abbé y étoiten fauteuil et en rocket. Les mémoires de l'abbé de Clairvaux sont assez bien faits. Je n'ai pas vu ceux de Citeaux.
Les Nouvelles ecclésiastiques marchent toujours. On dit qu'il y en a une du 18 juillet, qui est bien faite, sur les démissions, et qui touche beaucoup. J'en ai perdu la route et ne sais ce qu'est devenu mon homme.
Avez-vous ouï parler d'une lettre que le P. Daubenton écrivitde Rome à Avignon, au mois de septembre 1713, au moment que la Constitution venoit d'être rendue? J'en ai une copie. Je ne vois paci que V Histoire de la Constitution ni les Anecdotes en parlent. Ce ne peut être une fiction.
Lettre XXXW.
A Paria, cefSaoètlTSl
J^ai reçu et je vous remercie, Monsieur, de Texemplai du Journal d'Henri /F, que je lis tous les jours. C'est i double présent que vous m'avez fait. J^ai envoyé Faut exemplaire au bon M. de Valhubert, qui ne travaille poi à l'édition des LeUres de Bayle qu'il avoit promise. Poi M. Desmaizeaux, il seroit difficile de lui en faire tenir u et en vérité, de la manière dont il en use avec vous, il i le mérite pas. S'il se trouve quelque occasion pour FA gleterre, je vous en donnerai avis.
Il faut avoir le Banquet de Platon, la traduction de R cine est excellente. L*abbé D. est un homme singuliei il se pare bien de vos remarques, qui font vendre ses '. vres. il a traduit quelques oraisons de Démosthène, mi sait-il le grec? Un de mes amis, grand grec, vient de b faire remarquer que M. RoUin (p. 74 de son tome IV) b pas bien traduit le mot de Socrate, qui fut dit dans ui grande occasion et qui marquoit qu'il ne falloit pas et sage avec un peuple insensé. Du reste, il est très-conte; de ce livre ; et comme il est grand socratique, il troui que M. Rollin a très-bien représenté les sentiments de ( philosophe.
Ce M. Brune t que vous ne connoissez pas est u homme dont le mérite s'est découvert depuis peu, et qii a donné quelques dissertationj^ dans la nouvelle édîtio; des Libertés de V Église gallicaney une sur le Libellus Bei trandi cardinaliSy adversus magistrum de Cugneriis, qt est un traité tout à fait restitué ad fidem duorum Mss Coi berlinorum ; il a bien dit des choses de Cugnières, mai il n'a pas cité les opuscules de Loysel, p. 650, qui lui ei auroit bien appris d'autres, et il n'a pas osé citer auss Rabelais ni les Jeux de Du Bellay. U y a une auti-e disser
LE'lTRE XXXIF. 40^
talion sur le Sùnge du Vergier, où il y a des choses curieuses. Hais ce monsieur-là est bien difiicile de ne vouloir point ajouter la vôtre sur le congrès ; il la faut retirer, ils n^en sont pas dignes^ et nos» uuii&auiis les libraires de Genève seront bien aises de Tavoir. Croit-il donc que le Parlement veuille étendre ses règlements aux autres cours? Ce seroit cette fois-là qu'ils ne seroient que sessubslilulSf comme dit le Judicium Francoruniy que Ton vient aussi de brûler ici par arrêt du 13 août, sur les conclusions de H. Gilbert^ qui commence par dire : « Nous avons vu avec douleur la licence de quelques écrits porter depuis peu ses atteintes jusqu'à l'autorité royale, mais aucun jusqu'à présent^ etc. » Je ne sais de quels écrits il veut parler : il y a là quelque malice.
Je ferai encore dire à M. Gilbert, par un de ses amis qui le voit tous les jours, la plainte de son impri*meur. Si la copie est peu correcte cela fera grand tort à son ouvrage, qui proprement n'est qu'une correction.
Je n'ai point Parrôt de Rouen sur le Judicium y il nous viendra peut être : ce sont eux qui ont commencé; mais avez-vous recules remontrances de 1615, où il y a à peu près les mômes principes, et le traité de Loudun qui révoqua l'arrêt du Conseil rendu contre celui du Par^ lement?
M. le premier Président est fort mal ; il a été saigné une fois du bras et trois fois du pied, parce que sa fièvre montoit à la tête ; elle le prit en sortant de l'assemblée où on lui reprocha l'arrêté fait par la Grand'Chambre sur la thèse : il est mieux. On verra après-demain s'il y a une réponse aux remontrances. Cette maladie pourra servir de -prétexte à l'éloigner. Les gens du Roi ont été mandés ces fêtes à la Cour, et ont parlé à M. le Cardinal : on ne sait pourquoi. C'est H. Pelletier qui siège à la place de H. le premier Président.
H. l'abbé Leclerc a en vérité bien de la bonté d'être content de ce que je lui ai écrit; je l'aime de cette hu-
mear, mais je crains qu'il. ne dise dans quelque préface que je Tai exhorté à ces in-folio qu'il va faire.
Il est vrai que le Journal de Trévoux est pitoyable et écrit par quelque mauvais rhétoricien ; une pintade en plume vaut mieux que tout ce papier. Je ne oonnoi^ point d'arrêt sur les dix ans à l'égard de TÉglise; mais pourquoi cela n'auroit-il pas lieu? L'ordonnance sur ces dix ans est bien générale et comprend tous les États. Je vous en dirai davantage au premier jour.
Lettre XXXIir.
A Parte, oe S aoflt 4732.
Les remontrances. Monsieur, ont attiré une réponse à laquelle on ne s'attendoit pas. Le Roi a dit, par la bouche de H. le chancelier, sur le retour des exilés, qu'une suite de faits personnels et des con8idéra,tions importantes empéchoient S. M. d'accorder ce retour, et, ^\ït le surplus, qu'il étoit de sa sagesse de prévepir.certain3;aiaux; pourquoi le Roi avoit donné une déclaration qu'il entendoit être registrée purement et simplement, et que par là on connoltroit la fidélité du Parlement. Voilà, comme vous voyez, une sorte d'interlocution.
Cette déclaration a été apportée par les gens du Roi le mercredi 20 août, toutes le^ Chambras assemblées; et après l'avoir lue, il a été arrêté presque tout d'une voix qu'il sera fait d'itératives remontrances sur le retour des exilés, dans lesquelles on suppliera le Roi de retirer sa déclaration, et que jusqu'à la réponse du. roi lesdiambres demeureront assemblées.
Cette déclaration contient six articles.
i"" Lesédits, ordonnances, déclarations, lettres patentes enregistrés en présence du Roi seront exécutés sans pouvoir faire de remontrances.
T Dans le cas de remontrances, le Roi fera savoir sa vo-
LETTRE XXXIIF. 40J
lontéy et après la réponse défenses d'en faire d'itératives sans sa permission .
3* Les réquisitoires des gens du Roi, ou verbaux ou par écrit, soit pour être reçus appelants comme d'abus^ soit pour réprimer les entreprises contre l'autorité royale et les libertés de l'Église gallicane, ne seront portés qu'à la Grand'Chambre.
4* Nulle délibération ne sera faite au sujet des matières contenues au précédent article qu'après la réquisition des gens du roi, sauf aux offlciers du parlement, s'ils ont quelque chose à proposer, d'en informer préalablement lepremier président, qui en rendra compte à la compagnie.
5*" Défenses aut conseillers des enquêtes et requêtes de s'assembler pour délibérer ailleurs que dans la Grand'- Chambre, à peine, contre ceux qui seront nommés députés, de désobéissance et d'encourir l'indignation du Roi.
6** Enjoint aux Chambres de ne pas cesser le service sans permission, et en quelque cas que ce soit, sous peine de désobéissance, d'indignation et perte d'office.
C'est cette déclaration que le Roi est supplié de retirer, et la Grand'Chambre, quoique avantagée par ces articles, a été de même avis que les enquêtes et requêtes. M. le premier Président, qui est malade^ n'étoit pas 1^ pour réclamer son préciput. Il est beaucoup mieux : on a chanté hier un Tt Deum à la Sainte-Chapelle pour sa convalescence, et on a tiré beaucoup de boites.
On attend la réponse sur les itératives remontrances; cependant les affaires sont cessées, et ce sont toujours de nouveaux maux.
Il se répand un certain écrit sur les pavots rouges, qui endorment grands et petits, et sur la manière d'y remédier ; mais toutes ces allégories ne sont bonnes qu'à grossir les recueils satiriques, et encore nous les ôte-t-on quand, après des siècles, les recueils paroissent.
Voltaire fait jouer une tragédie qu'il a placée dans le
tempsdes croisades, oùlesMahométanssont galants^ doux, ne veulent qu'une femme, où les chrétiens sont acteurs, où la vraie croix est sur le théâtre; enfin , on dit que pour éviter le reproche de ne s'arrêter qu'aux vers dans ses pièces, il a voulu une fois en sa vie travailler à la conduite; mais qu'il a raté la conduite et que les vers ne valent rien. Tous les grands seigneurs de France qui sont nommés dans cette pièce et qui en sont les comédiens sont admirés par ceux qui s'en croient les descendants.
Lettre XXXIV\
A Parii, ce 28 doût I7S2.
Le principal objet qui nous occupe à présent est celui des remontrances et de la déclaration du Roi. Vous avez dit des premiers ce qu'on en doit justement penser. Ce n'est pas là l'ancien sénat : il faut y diviser les faits; on dit que ce n'est pas l'usage de les expliquer plus au long et que cela est plus respectueux ; mais blesse-t-on le respect quand on dit clairement et avec précision ce que Ton demande, et quand on distingue les différents chefs sur lesquels on veut remontrer par articles et par dates? Vous trouverez ci-joint le discours de H. le chancelier, qui est clair. On a déjà retourné deux ou trois fois sans rien obtenir, et enfin je viens d'apprendre que les gens du Roi ayant encore retourné à Marly ce matin 28, ils ont trouvé à moitié chemin un exempt des Gardes du corps qui leur a donné un paquet dont ils doivent parler demain. Je crains bien que tout cela ne retombe dans les obseqaentiores opéras des soldats de César, et j'admire toujours que sur toutes les matières vous ayez des autorités si justes et sipromptes ; car qui auroit jamais dit que César eût parlé des remontrances du Parlement, ni Ferdinand le Catholique des permissions du Nonce et de ses pou(ence$? Mais tout cela est arrangé dans voire tête, et
les événements de tous les siècles vous sont aussi présents que ceux du nôtre.
Le Te Deum de la Sainte-Chapelle n'a été chanté que par le zèle des gens de M. premier Président. Cependant la Cour des comptes s'en plaint^ et dit qu'on n'y en doit jamaischanterquepour le Roi. Est-il possible qu'on ignore cle tels usages?
Je n'entends rien à la mutinerie de vos avocats, qui pré* Codent changer un ordre anciennement établi. Appa« jrenamentle temps les fera revenir à une pensée meilleure. Il est vrai, comme on vous l'a mandé, que l'affaire de H. de dteaux a cessé au Grand-Conseil, par l'absence de nos confrères. L'abbé de Clairvaux s'en est même retourné, et je viens d'apprendre que ce malin, au Grand-Conseil, un abbé Le Roy (frère de MH. Le Roy, avocats) s'est présenté pour plaider lui-même une cause où il a intérêt, et qu'il a demandé défaut ; mais le Conseil ne lui a pas voulu accorder, et la cause a été remise à huitaine. Puis, comme il s'en alloit, H. le premier Président l'a rappelé, et lui a dit : Vous n'avez qu'à vous en prendre à voire famille, voulant ainsi désigner ses frères, à qui il a attribué Tabsence du barreau. Mais cette plaisanterie a été suivie, un moment après, d'une défaillance de H. le premier Président, qui s'est trouvé mal et qui a été obligé de quitter sa place : on l'a saigné chez lui. Il a pris de l'émétique, et il est bien mieux. Ce n'éloit qu'une indigestion de melon. Quelle moisson abondante ne m'avez-vous point donnée sur H. RoUin? Il aimeroit bien à être critiqué par ceux qui finiroient leur censure en disant qu'il veut rendre tous les honnêtes gens savants et tous les savants honnêtes gens. Voilà le plus grand éloge qu'il puisse jamais c^cevoir. Je suis persuadé que le mot n'a d'autre sens <jue celui que vous lui donnez, et il ne se peut sauver qu'en disant qu'il n'est point traducteur; mais f>ourquoi a-t-il cité le grec au bas de la page? Ce qui Mn'étonne, c'est qu'étant ami du jeune H. Boivin et
prenant des cahiers de théologie ensemble en Sorbonne, ils écri voient la dictée en grec au lieu du latin, et ne parloient que cette langue entre eux. Ce fait est certain parmi ses amis. Mais croyez* vous bien que So* crate n^eût point opiné dans l'affaire en question? IL est vrai qu'il n'a point donné sa voix dans l'assemblée du peuple, mais il Tavoit donnée dans l'assemblée des Cinq-Cents, à ce qu'il me semble. Quoi qu'il en soit. H. RoUin a toujours tort, dans sa propre idée, de n'aj voir pas appliqué le mot de Socrate à la personne du jugée puisqu'il s'agissoit de jugement, et c'est une faute contn le sens et non contre la traduction. Le pauvre de Serrai ne croyait passe trouver là ; mais votre critique ne laiss;^ rien^ et j'en reviens toujours à cette fin gracieuse qui f^ que l'auteur seroit fâché de n'avoir pas manqué, po -^ être repris si tendrement et de si bonne amitié.
Le Banquet servi par votre ami n'aura pas manqué vous plaire ; mais Socrate n'a pas si bien parlé dans bouche de Tabbesse, et l'ironie parolt ici en quelque — faut, qui est même un peu sophistique. Je saurai H. Anfossy s'il sait quelque chose de ce larcin, que v nommez si honorablement le vol de Prométhée, et à vous accordez avec miséricorde une absolution lacédé nienne; je vous trouve en vérité un peu trop débonn sur ce chapitre. Le fait du Banquet pillé est publie qu'avoità faire là M. de Grave, qui est bien étonné d voir dans une épltre dédicatoire ?
Voltaire a retouché sa pièce, et on s'y étouffe : on pie et on rit aux mêmes endroits; il croit avoir trouvé purgation d'Aristote ; il manie la religion chrétienne e mahométane à son gré, lui qui n'en connoit aucune; ^ dans le temps qu'il veut passer pour auteur d'une pié^â sainte, pour opposer à ^(/la/te, on voit de lui uneépllr madame de Fontaine-Hartel, où il lui dit :
Vous avez, au lieu de vigiles,
Des soupen longs, gais et tranquilles 3
Des vers aimables et facil es ,
Au lieu des fatras iouliles
De Quesnel et deLetourneur ;
Voltaire au lieu de directeur;
Et, pour mieux chasser une angoisse,
Qui jamais ne retournera,
Vous avez loge à TOpéra,
Au lieu de banc à la paroisse.
Je vous garde pour la bonne bouche le mariage qui va se faire de M. deLamoignon le jeune, président à raortier, a.vecM"* Bernard^ fille du maître des requêtes et petite-fille de M. Bernard ; l'entrevue est faite, les conditions accorcSéeS; et voilà le deuxième président à mortier dans cette £iinille.
Lettre XXXV\
A Paris, ce 4 septembre I7'S2.
L'affaire a fini. Monsieur, par un lit de justice tenu à Versailles, le mercredi 3 septembre, à dix heures du matin, où tout le Parlement s'est rendu en corps et en robes ronges. La veille il y avoit un arrêté par lequel M. Le Pelletier (en l'absence du premier président) éloit chargé de demander communication des matières préparées pour le litde justice, comme l'ont fait et permis les Rois prédécesseurs de S. M., et où il étoit question de la déclaration du 18 août. H. Le Pelletier représenteroit qu'il étoit impossible de la recevoir, parce qu'elle étoit contraire aux maximes du royaume et à Tautorité du Roi, et que cependant la compagnie resteroit assemblée même après le lit de justice, suivant l'arrêté du 20 août. M. le Président n'a pas manqué de faire ces représentations, qui n'ont de rien servi au lit de justice; il y a eu de beaux cjiscours, et principalement ceux de M. Gilbert, qui ont été fort touchants. La fin de tout cela a été que la déclaration contre le Parlement a été publiée et enregistrée, et la lec-
408 CORRRSPOiNDANCE INÉDITE.
ture écrite et mise sur le champ par le greffier de la Cour. On y a aussi publié une déclaration pour la prorogation des quatre sous pour livre et autres droits (mentionnés aux lettres patentes et arrêt du Conseil du 12 juillet 1726 et enregistrées (1) le 17 du mois de juillet au Parlement j, si ce n'est qu'on a diminué quelques droits sur la justice; sur quoi H. Gilbert n'a pas manqué d'observer que si S. H. avoit voulu écouter leurs remontrances dans les temps, il nauroit pas été besoin de proroger ces droits^ et que l'état des affaires seroit meilleur. M. le Chancelier a pris les avis^ tout s'est passé fort décemment. Quand tout a été fini y le Roi a dit du baut de son trône : Je vous ordonne d'exécuter tout ce qui vient d'être faitj et surtout dfi rendre la justice à mes sujets, dont mon honneur et ma eonscienee sont chargés: ; je vous l'ordonne de ma propre bouche. Après quoi la séance s'est levée, et chacun est revenu fort triste : voilà, Monsieur, un grand événement; le Parlement étoit là comme au palais : il y a eu des députés pour aller au-devant du Roi. C'étoitH. Pelletier qui ordonnoit d'ouvrir et fermer les portes, et il y avoit jusqu'à la buvette du Palais et des chaises de commodité. M. le Cardinal étoit dans une petite loge un peu élevée avec l'abbé de Gosnac, qui est à présent maître de l'Oratoire.
Il y a une petite feuille in-4.'' imprimée et qui a pour titre : Observations sur la déclaration du 18 août 1732 envoyée au Parlement pour y être enregistrée. Cela mérite d'être gardé. On ne croyoit pas qu'un lit de justice pût être tenu ailleurs qu'au parlement de Paris et dans le Palais, in loco majorum; mais cela n'a point été relevé, et on a parlé d'un lit de justice tenu à Vendôme en IkbS pour le procès du duc d'Alençon : j'ai cherché cela dans Du Tillet (p. 67 des Grands officiers de France)^ où
(I) La clause éloit : « El sera ledit seigneur Roi trèsliuroblcment supplié de vouloir bien soulager ses peuples desdits droits lorsque Pélat de ses affaires pourra le permettre. «
isi Tassiettedo Parlement, et puis dans Dupuy ( p. 4^15 des rai tés concernant Thistoire de France^ 1654^ où est le irooès de ce prince), où on voit qu^il y avoit eu une vanslation d^abord du Parlement à Montargis^ puis une mtre translation à Vendôme^ à cause de la peste, et le lit le justice ne fut tenu qu'après le jugement et pour la publication de l'arrêt. Ce n'est point là un exemple à 3tter; cependant cela a passé pour bon parmi plusieurs, qui ne se donnent pas la peine de lire. Ce qui fut fait k Rouen en 1563 fut bien contesté alors., mais encore ou n'y fit pas venir le Parlement de Paris. Le feu roi disoit toujours j'fVaî^ et il y venoit. Le lit de justice du Louvre en 1718 a été tenu en minorité, mais c'étoit dans la capitale, où le Parlement réside. Quoi qu'il en soit, ce dernier eiemple de Versailles est bien grand , et sera opposé en tout temps et en pareilles occasions.
Au moment que je vous écris , les Chambres sont assemblées en conséquence de l'arrêté du 20 août et de celui du S septembre, qui n'a point été annulé au lit de lustice; avant la fin de ma lettre je vous en dirai le accès.
Les Anglais, dans un de leurs papiers'publics(Cra/ltoman) n 22 juillet, ont fait un grand éloge du Parlement de aris^ où il y a une histoire abrégée de la Constitution qui st assez bien faite^ et de toutes les oppositions du Parlelent jusqu'à ce jour ; et dans ce même papier se trouvent ^ titres de plusieurs livres entre lesquels est une histoire omplète des intrigues des prêtres et des nonnes, où il est «trié du P. Girard, de l'abbé Desrues, qui dirigeoit 133 letites filles, et cela est dans le titre du livre.
L*usage des avocats du Parlement de Paris est que elui qui ne plaide point est assis, et ils sont assis tous leoz pendant les conclusions des gens du Roi. Celui qui ne >laide point écrit ordinairement ce que l'autre dit, et il ne e peut faire sans être assis. Il se lève de temps en temps pour mieux écouter, et il se rasseoit quand il lui plaît. Gela
410 œRRESPONDANOE 15ÉD1TE.
n^arrive qu'aux grandes causes du rôle'^ dans les autres caaseS; Pusage n'est pas de s'asseoir.
J'ai parlé à M. Anfossi, qui m'a chargé de vous faire ses compliments et qui soupçonne que le Prométhée est celui que vous avez dit. Il ne sait rien de particulier sur ce que les traductions sont devenues; il est de votre avis sur M. RoUin ; il a pourtant de la peine à se rendre sur le mot, et pour Socrate. M. RoUin fait assez entendre qu'il opina dans une autre assemblée que celle du peuple; mais cela n'est pas dans le dialogue, qui n'est pas même de Platon. Du reste, c'est un homme qu'on ne peut trop louer sur sa vertu , pour ses desseins sur la jeunesse et pour son style net et gracieux.
Il y a eu un combat à Paris pour la pièce de Voltaire, qui par là est devenue tragique, comme vous dites fort bien. Vous m'en parlez comme s^il étoit arrivé en Bourgogne. Nous ne verrons pas si tôt cette Hélène sur le papier, cela est réservé pour cet hiver, et d'ici là elle sera bien fardée. Le directeur me fait souvenir du Direcieur de Sarrazin, qui dit à sa belle, contre son rival.
• Et dites fi ! trois fois avec dévotioQi
Pour De pas succomber 9 la tentation.
Il parle aussi d'ac/e de foi et d*oraiion jacutaîoire : cela étoit bon in illo temporej et pouvoit se pardonner à un Sarrazin si savant et si galant, mais non pas au Sarra^n de Zaïre, qui ne sait pas même être Turc.
La dot de H'"" Bernard est de 800,000 liv. comptant, 200,000 liv. d'assurés et un présent de i!^0,000 écus p6ur le gendre, sans compter 10,000 écus pour le linge et habits, et de beaux diamants que la mère donne. i4ttrt ^ sacra famés!
P. S. Je viens d'apprendre que le Parlement a iait matin quatre choses : T Une protestation contre le lit d jtlslicë, trâttscrite sur les registres; -^ 2* û«'il se fait ad lioi des reniontratïces sur les qtiatre sou^pKAir
vre, etc.; — 3* Que les gens du Roi iront pour demauder le rappel des exilés ; — k"" Que les Chaml>res ce pendant demeureront assemblées. Hais vous pouvez savoir encore plus^ car je ne fermerai ma lettre que demain. (Aujourd'hui 5 septembre je ne sais rien de plus. )
Le mariage de H. le prince de Rohan n'est pas trop approuvé, mais pour lui il est content de posséder cette heUe dame; il lui a déjà donné sa maison de Saint-Ouen toute meublée pour supplément de douaire ; ils y sont en* âembie assez seuls ^ mais ils se suffisent l'un à l'autre ^ et bientôt Paris les re verra.
La Cour, en délibérant sur ce qui s'est passé au lit de justice tenu le jour d'hier à Versailles, a arrêté qu'il sera dressé procès- verbal de tout ce qui a été dit et fait, au bas duquel il sera mis : qu'attendu le lieu où ledit lit de justice a été tenu, et le défaut de communication d'aucunes des matières qui dévoient y être traitées, elle n'a pu, ni dù^ ni entendu donner son avis^ et en conséquence sur la déclaration pour prorogation des quatre sous pour livre et autres droits arrêtés, que le Roi seroit de nouveau très-humblement supplié de la remettre à la compagnie pour en délibérer en la manière accoutumée; et en ce qui concerne la déclaration du 18 août 1732, a arrêté que la compagnie ne cessera de représenter au Roi Timpossi- I^ilité dans laquelle elle est d'exécuter ladite déclaration , ^t que cependant elle continuera toujours de se conformer ^ux anciens usages, maximes et disciplines qui lui sont propres et qu'elle a toujours observés depuis son institution, usages dont l'observation a été si utile pour le bien public et pour la conservation des droits du Roi dans les temps les plus difficiles; et au surplus l'arrêté du 20 août exécuté en ce qui concerne les itératives remontrances sur le retour de ceux de Messieurs qui sont absents, les Chambres demeurant assemblées jusqu'à ce qu'il ait plu au Roi de répondre auxdites remontrances.
419 œRRE«>ONDANCE INÉDITK
Lettre XXXVf.
A Paris, et 9 MpleiBbre 1733.
Je vous ai écrit. Monsieur^ le lit de justice où la déclaration a été enregistrée ; le lendemain, k septembre^ le Parlement a fait un arrêté contre ce qui s'y est passé et est demeuré assemblé suivant Tarrété du 20 août. Le 5 et le 6 les choses ont resté en cet état. La nuit du 6 au 7 les Présidents et Conseillers des enquêtes et requêtes ont été exilés en différentes ville du royaume^ toutes hors de leur ressort, n'y ayant point dans aucune ville d'autres parlements. Us sont au nombre de 139^ qui sont tombés dans le filet de l'autorité royale, comme disoit le cardinal de Reiz. Il a fallu sortir de Paris dans le jour; ils vont jusqu'à nouvel ordre ; et le motif de la lettre de cachet est : Monsieur, « étant malsatisfait de votre conduitei> . Voilà vos prédictions accomplies; il n'y a personne de la Grand'- Chambre exilé; au contraire^ il leur a été adressé une commission pour tenir la Chambre des vacations, et hier ils Tout acceptée. Elle doit y avoir été ouverte ce matin : on y plaidera à huis clos deux fois la semaine, comme en 1720, et le reste sera pour le criminel; ils acceptent cela, comme commissaires apparemment. L'adresse est au premier président, aux présidents et conseillers de la Grand'- Chambre. Ainsi M. Holé n'est point à la fête ; H. de Lamoignon se trouvant au nombre des exilés comme conseiller des enquêtes, le mâriagedeH"^ Bernard estsuspendu. 11 devoit se faire le jour de la Vierge; mais le futur est parti pour -; Soissons avec H. de Nicolal; H. le président Rolland y est .^ aussi et beaucoup d'autres, car ils sont plusieurs ensemble ^^ dans chaque ville. Mon ami M. de Ressye est à Issoudnn m:M avec M. le président de Rieux, H. Nouêt, H. le président*^ Crozat, M. le Hée et autres; ils sont partis avec fermet^^^ pendant que toutes leurs familles sont affligées. Il fau^^
LETTRE XXXVIl». 4l3
espérer que cette fièvre d'État ne durera pas; déjà les anciens exilés ont reçu du soulagement et ont la ville pour exil. On vous aura envoyé l'arrêté du 4 : je ne fais point de réflexions et ne vous dis que les faits, qui sont assez forts d'eux-mêmes. Je ne sais encore si quelques avocats ont été à la Graud'Chambre des vacations ce matin. Comme un malheur ne vient jamais seul : M. le comte de Blanzac^ qui étoit fort mon ami depuis plus de vingt ans et qui avoit la bonté des Roucy, est mort^ et j'en suis fort fâché. Je ne quitte point Paris, Monsieur, au milieu de cet orage, et je me console. Monsieur, en par-
tageant mes douleurs avec vous.
On dit que H"' de Charolais dit à H. le Garde des sceaux quUl fàlloit casser tout le Parlement s'il avoit tort, et, sur ce quMl répondit qu'on ne cassoit pas ainsi une compagnie entière, elle répliqua : Je mous aiderai à le remplacer dans uninêUint; et comme vous n aimez point les gens éclairés^ il y a aux Quinze-Vingts trois cents aveugles; ils sont même tous en robes et portent la fleur de lis.
On ajoute que deux conseillers de la Grand'Chambre se sont opposés à l'enregistrement de la commission de la chambre de vacations, et l'on craint qu'ils ne soient en*» voyés A la Bastille.
Beaucoup de dames ont suivi leurs maris dans leur exil.
Lettre XXXVIV.
A PariSf ce 12 septembre I732«
Je vous annonce aujourd'hui, Monsieur, non plus des ^xils, il y en a assez, mais une Chambre de vacations attril>uée par commission, au premier président, et autres présidents et conseillers de la Grand'Chambre du Parlement de Paris. Les lettres patentes sont du 8 septembre, elles ont été acceptées et enregistrées le 9, la chambre a
ouvert le 10, et a travaillé à quelques af&ires criminelles, assez inauspicaie, car un des prisonniers, après son procès rapporté, se trouva mort depuis trois semaines, et un autre mourut en montant Tescalier, entre les mains des guichetiers. M. le premier Président, qui se porte mieux, doit venir aujourd'hui ouvrir Taudience civile, qui se tiendra à huis clos, et où les causes seront plaidées par procureurs, sans ministère d'avocats, si ce n'est qu'il n'en ait ét*^ autrement ordonné. Ce sont les termes des lettres. Ainsi on se passe des avocats; honesta tiussio, mais on voit bien que l'on ne s'en peut pas passer. Cette acceptation des lettres par la Grand'Chambre est interprétée suivant les sentiments différents qui régnent à présent, et ceux qui ne les veulent pas séparer du Parlement dispersé disent qu'ils ne font ainsi que fonctions de conunissaires, sans cesser de tenir au corps toujours par les mêmes liens ; ce qui est certain, c'est que voilà une petite portion de justice qui parolt, et, d'un autre côté. Messieurs les gens du Roi vont à Fontainebleau intercéder pour tous ces absents, dont toutes les provinces sont remplies et dont les familles souffrent. Il viendra, comme vous dites, quelque dieu de la machine qui finira toutes ces grandes scènes, qu'on aimeroit bien mieux lire dans L^Estoile et dans de Retz. Quand on esst si proche on ne voit rien.
Il y a eu un lit de justice tenu par le feu Roi au Louvre, le i2 octobre t65i. où on enre^ristra l'amnistie et d^auti^s édits : c'est encore un exemple, mais on ne pouvoît faire autrement, car le Parlement êtoit divisé, partie à I^aurîs, partie à Pontoise. H. Talon en parie dans ses Jfê- NkHm. à la fin du MB* tiMne. Le caniinal de Rets en parle au:^, et les pièces publier sont dans le HT* tome du Jourim/ d'Alliot de 163i^ hors qu'on y a oublie la déclaration sur la Chambn^ des vM\!ilion$^ qui ne dura que huit jours ; mais c Vtoit toujours une manjue d amour pour la justice. O^M qu'il en 5oit. j'aimerois bien à voir publier une amnisUe ou quoique autne cocnomiuatîaQ double, quand ce
LETTRE XXXVIK 415
seroit encore à Versailles, sans préjudice des droits du Parlement en autre occasion. La paix, la paix est bonne, de quelque part qu'elle vienne.
Ce motplairoil toujours, nauroil-il que le son. J^ai relu l'article de Louis XIII dansBayle, que vousm'avezindiqué ; et quelles curiosités n'y a-t-il pas dans toutes ces recherches et dans ces réflexions ! 11 n'étoit point parlementaire; celaparolt dans cet article , dans celui de la Vacquerie et d'autres. Au milieu d'une république il p-Woit pour les souverains. Je ne crois pas que l'abbé Leclefc lui en fasse une querelle. Pour lefaitdel'arrétdéchiré par Louis XIII, il est bien certain, par les historiens cités; et Jolly, dans son Recueil de Maximes et au chapitre Du Parlemenîy parlant du cardinal de Richelieu, dit qu'il fit venir au Louvre cette illustre compagnie en corps de cour lui faire des amendes honorables et voir déchirer ses arrêts avec paroles injurieuses. Le registre secret n'en dit pas tant que rbîstoire publique. Au reste, l'humiliation est encore d'usage, et dans les procès- verbaux de 1718 et de 1725, le Parlement s'agenouille , et le chancelier ou. garde des sceaux le faitrelever parordre du Roi. Je n'ai pas encore vu le Mercure françois sur le discours dont vous me parlez : il doit être curieux ; je chercherai aussi dans Girard l'affaire de M. de (fourgues. A la fin de tout cela le Roi est toujours le maître , et le nom l'emporte.
Le mariage de M**' Bernard est arrêté. M. de Lamoignon est à Soissons avec plusieurs autres ; on n'est pas bien sûr qu'il se fasse; et voilà ce qui apprend à ne jamais retai^ derces sortes d'engagements , car que n'arrive-t-il pas? La ponctualité de M. Bernard a ici bien manqué. Il vouloit une signature du Roi au contrat de mariage , et le Roi en a fait une autre, qui a exilé le futur; ce sera un article personnel dans le traité de paix générale.
Au milieu de toute cette guerre, le pacifique auteur des Nouvelles ecclésiastiques continue toujours son ouvrage tous les six joui*s. Il a cessé le Journal de l'affaire du Partie*
lement , qui intéressoit plus que tous les miracles de pro-» vince qu^il nous raconte et les oraisons funèbres de tous les vicaires de village. Avez-vous vu une Nouvelle en vers des nouveaux appelants? il y a de la poésie et du tour. Ils ont encore fait une troisième Lettre en vers des liabilanU de SarcelleSy où le langage paysan est assez bien traité. Le Philolanus est réimprimé avec des no(e«; on chan toit aussi une chanson sur le Pont-Neuf, dont on avoit abusé, et Tune et Fautre sont condamnées comme la Vache à Colas dont parle L'Estoile. Vous avez dit le mot sur le mariage du prince de Roban. 11 y a d'ailleurs bien des anecdotes qui seroient bonnes dans un Journal ^ mais je n'en fais plus, quoiqu'il y ait belle matière, et je ne sais plus, Monsieur, que vous écrire et me consoler avec vous du malheur des temps.
Lettre XXXV W'.
A Paris, ce 17 septembre I7S2.
Il y a bien des choses de part et d'autre, Monsieur, dans les auteurs sur la malière présente. Pasqnier lui-môme, que vous citez, parle autrement dansses/îecAerr/f««,livreII, chap. 4-. J'ai consulté le Mercure français de 1631 , où est le discours de M. *de Chàteauneuf, garde des sceaux, et j'ai vu aussi Tarlicle de Louis XIII de Bayle, qui cite deux livres, l'un du Ministère du cardinal de Richelieu, l'autre de sa Viei^divAuberyy mais ce livre du ministère fut brûlé par arrêt du Parlement du 11 mai 1605 (le P. Lelong en parle , n° 8918) , et peut-être fut-on fâché de ce qu'il avoit rapporté si ouvertement le fait de 1631 , qui n'est pas moins dans Aubery, car ils parlent tous deux de déchirer, et Joly se sert de ce même mot. Quoi qu'il en soit, je vous remercie , Monsieur, de tous vos éclaircissements et de l'endroit de Polybe, qui dcvroit être un principe du droit des gens.
LETfRE XXXVÎII*. 4I7
Noos avons à présent le Procès-Verbal du lit de justioe, avec tous les discours et les deux déclarations ; cela a été imprimé à Plmprimerie royale , qui a encore donné les deoz déclarations séparément. Toute la France va être bien instruite de cette division et les pays étrangers aussi^ et plaise à Dieu qu'elle cesse bientôt^ car ce n'est pas vivre que de mener une telle vie.
Je vous envoie une liste des lieux où sont les exilés et leurs noms; il y en manque quelques-uns, mais peut-être i^oos verrez bien que toutes les Chambres n'y sont pas : ienz qui n'ont point été aux dernières assemblées ont été îxceptés^ et principalement ceux qui ne sont point de ^arrêté du 4 septembre, où on n'a pas plus ménagé ceux
l'an avis que ceux de l'autre : l'abbé dont vous
ne parlez est des exceptés , comme vous pouvez bien croire. J'ai vu son nom dans le lit de justice.
Je n'ai point encore eu de nouvelles de l'arrivée de H. de Ressye à Issoudun ; je ne manquerai pas de lui dire la part que vous prenez à ce qui le regarde, et cela adoucira son exil. La proximité des parents est peu de chose pour des gens qui ne doivent pas quitter le lieu où ils sont : on apprend qu'il y a du relâche pour les six premiers exilés^ qui ont permission de venir à quatre lieues de Paris; il faut espérer que cela gagnera les autres. M"* de Ressye n'a point suivi son mari, parce qu'elle déménage à la Saint-Remy pour aller occuper une maison avec son père dans la rue du Gros-Chênet, et elle m'a dit qoe si son mari étoit exilé à Dijon , elle iroit volontiers pour vous y voir.
Le discours prétendu de M. Le Pelletier est faux, et il y a bien de la bourre dans tout ce qu'on voit en temps de trooble; pourquoi il faudroit avoir un bon Naudé.
nés confrères n'ont point repris les plaidoiries à la Chambre des vacations : ils en sont exclus par les patentes mêmes; les audiences n'ont point été ouvertes encore.
Je ne sais en vérité trop ni ce que je dis ni ce que je
fais^ ni bien d'autres. Je vous embrasse de tout mon cœur. Le mariage de M"* Bernard est renoué, et cela me donne opinion de l'affaire publique.
Lettre XXXJX'.
A Paris, ce S2 septembre 17Si.
C'est bien nommer la Chambre de vacations auguste^ va les personnes dont elle est composée : et vous ètes^ Monsieur^ très-bon nomenclateur en cela comme au judicare vivo$ et mortuos qui a été dit ici tout d'abord et même, dit-on^ affiché. Les avocats n'ont point plaidé; ils sont exclus par les lettres patentes, et s'étoient déjà exclus; les procureurs plaident, on juge les criminels et on vide les prisons; cependant on sollicite à la cour pour le retour des exilés. Les six anciens peuvent approcher de Paris sans y entrer; d'autres ont obtenu des translations et des commodités, et il ne parolt pas que la colère soit extrême. Ce que vous dites sur Bayle est excellent; il a pensé et critiqué; mais seriez- vous de son avis sur ce qu*il dit dans l'article du chancelier de THospital, que le refus de registrer Tédit •du 6 janvier 1563 a causé la grande guerre et la Ligue , qui a duré jusqu'en ib9k1 Cela est poussé tout au plus loin; j'ai vu un ouvrage de lui où il vouloit prouver que la première prise d'armes venoit des catholiques, ce qui est bien contesté. C'est dommage que cet ouvrage soit entre les mains d'un homme qui est scrupuleux et ne le veut donner.
Le mariage de M. de Lamoignon se fait aujourd'hui à Coubert; il a eu permission de venir. On n'y sera qu'un jour ou deux, puis il s'en retournera à Soissons, et laissera la présidente chez H. de Blancmesnil ; mais pour moi, je crois que la femme d'un exilé doit suivre son mari.
J'ai tout à fait abandonné le dessein du jfcmmal^ : on ne sait rien au juste de tout ce qui se passe. LeaNaufoêUs
Ihiastiques disent assez bien ce qui est du Parlement^ ^t il y en a une dernière feuille^ du 30 août, qui est fort curieuse et où on apprend toutes les opinions.
On parle d'un mandement de M. rarchevèque d'Arles qui est des plus extravagants ; il a obtenu personnellement un jubilé du pape ; il le donne à son diocèse, et en le donnant il attaque tout ce qu'il y a de plus grande les ministres^ le Consenties lettres du Roi, Paris et le Parlement^ toute la France; enfin^ tout est inarqué à un point du plus nouveau , et pour preuve de son dire il cite des vers d'un podte de Provence, qui sont bien étonnés de se trouver dans on mandement d'évèque; puis pour gagner ce jubilé il défend aux femmes de porter ces vilains paniers que les troubadours auroient appelés des cercles d'enfer^ et que lui il appelle àescommodes d'iniquités, et que saint Paul a appelés o//€fuIicu/a. Que dites- vous^ que pensez-vous, quelle est la loi qui punit un tel crime? Cela est-il dans les canons^ dans la déclaration de 1657, et où sommessioua? Je ferme ma lettre ; midi sonne, et je vous embrasse I>ien étonné.
Lettre XV.
A Paris, ce 26 septembre f 732.
yoilà. Monsieur, une nouvelle de conséquence de ce qui s'est passé en votre Parlement; il faut attendre ce qui en Arrivera : on dit qu'à Rouen il se fera la même chose, mais on n'en a point encore de nouvelles.
Les procureurs ne plaident point à la Chambre des vacations^ car on n'y a point encore plaidé : on y juge les criminels pour vider les prisons , où est le scorbut. Hier, de dix juges il y avoit cinq présidents à mortier. C'est, comme vousdisiez, une Chambre de vacations bien auguste.
il est certain que M. l'abbé Pucelle est revenu; il est à Cbambon. Pour les derniers exilés, il en est revenu plu-
420 CORRESPONDANCE IlfÉDlTE.
sieurs; on n'a qu'à écrire une lettre sur le moindre prétexte. M. Le Rebours est à Paris. H. le président
Poncet et H y qui étoient à Soissons^ sont à présent
à la terre Des Forts. H. le président de Massigny esta Anteuil, et ainsi de quelques autres ; M. de Ressyeestà Issoudun, qui se porte bien; je ne lui ai point écrit, mais M. Nouet, qui y est aussi, est malade, et sa femme, grosse de huit mois à Paris, est désespérée.
Vous n'avez rien vu si vous n'avez point va le mandement de H. d'Arles. Vous sou venez- vous de celui quHl fit en 1720, dans le temps de la peste, et qui fut sopprimé par un arrêt du Conseil du 31 décembre 1720? On fait mille contes sur son compte, etilauroit bien fait de rester à la Trappe. Il a toutes les femmes après lui, à cause des paniers, qu'il a appelés en provençal une couverture de malice. Je ne sais pas si les Angloises sont de son parti; mais on dit qu'il n'y a pas à présent un panier dans toute la ville de Londres, d'où ils nous viennent.
Le prince Sapieha, Polonais, est venu voyager en France; il a amené un jésuite de son pays; ils ont été par coriosité voir le Palais ; le pauvre père a été insulté par la populace, qui Ta appelé le père Girard^ et sans de bonnes gens qui se sont trouvées là, auxquelles il a parlé en latin, il auroit eu de la peine à s'en tirer.
Je lisais le dernier jour dans M. Patru la dernière LtUre à Olinde, où il lui dit : « Quelle bonne fortune poor vous! vous êtes née dans un siècle où il pleut des barbouilleurs de papier. C^est donc de là que ce terme nous vient^ et cela me fait souvenir de notre anti-Bayle, qui, je crois, en va barbouiller beaucoup s'il continue sa critique.
Il pleut ici des chansons de tous les côtés, et des v^v qui ne sont pas des troubadours et qui n'entreroient pas dans un mandement.
Le gouvernement de Bapaume, vacant par la mort de M. de Blanzac, a été donné à H. le comte de Roucy^ son fils; c'est une petite consolation. La mère n'a encore rien. Bon-
LETTRE XU\ 421
jour^ Monsieur ; je vous embrasse; Vous êtes à la ville et moi aussi. Vous voyez vos livres et moi les miens^ et je vais voir dans le cardinal de Retz comment il fit pour son arehevèché 'quand il fut arrêté.
Lettre XLP.
A Paris, ce .... octobre 1732.
On vient de me dire ^ Monsieur, que H. l'archevêque d'Arles est exilé à une de ses abbayes en Picardie (1) et que le Parlement d'Aix procède contre son mandement; il est bien heureux d'en être quitte pour cela. Le droit d'annexe est ancien en Provence, et dans les Preuves des /therUi, il y a une réponse du P. G. de Provence^ en 1517, qui en parle comme d'un usage établi de loiiglemps. A regard des autres faits personnels, il pouvoit y avoir des peines dont il n'est plus question : on étudioit d^jàle droit des grands vicaires ou du chapitre^ en cas d'absence ou de vacance ; le 4* arrêt contre lé cardinal de Cbàtillon (qui est dans les mêmes Preuves) reconnut le chapitre. Et vous n'ignorez pas, sur cette matière, la belle lettre qu'écrivit de Rome le cardinal de Retz au chapitre de Paris pour justifier le droit de ses grands vicaires , et laquelle lettre le cardinal fait entrer dans ses UémoireSy i la fin du dernier tome. Il y traite la question en canoniste et en politique; quoi qu'il en soit, voilà H. d'Arles liors d*état d'insulter davantage les paniers ^ et les dames n'en sont point fâchées, à moins que, de son exil, il ne fasse quelque nouvel écart. M. le vice-légat archevêque d'Aviron avoit voulu aussi faire passer un jubilé où il n'étoit point question de paniers, à cause que c'est terre papale; noais il a été renvoyé à l'official et par l'avis de M. le chancelier. Le Parlement d'Aixa refusé l'annexe; ainsi il
(I) Saint-Valery.
faut attendre d'autres jubilés que Ton puisse gagner dan les règles.
On a supprimé^ par arrêt du Conseil, la Cfmise avec u commentaire littéral en deux volumes, parce qn'on y ajouté, depuis l'approbation du censeur, quelques cartons et cela a fait un règlement pour Tavenir : on dit que cett Genèse est de M. Legros, de Reims. Il y en a une autre ei 6 vol. de MH. Tabbé Duguet et d'Asfed^ à laquelle on n touche point, et où il y a beaucoup de piété et d'esprit certaines gens n'y approuvent pas les réflexions su Joseph et la femme de Putiphar^ qui paroissent un pei bien vives sur une matière si délicate.
Je vous prie de me dire précisément le mois du /ottr fiai de Genève où est la vie de M. de Cosnac^ évèque di Valence^ et si Ton pourroit avoir ce volume à Paris ; cel me feroit grand plaisir.
M. Titon, en revenant à sa terre, a reçu un contr'ordr» pour rester en certain lieu. M** Ti ton, qui étcrit déjà ar rivée, en a été surprise et est accouchée avant terme d'ui enfant qui est mort. H. Pucelle est à Cbambon; plusîeur de Messieurs sont revenus autour de Paris. Quelqui ange viendra enfin nous apporter la paix. Amen.
Lettre XLII\
A Paria, ce.... octobre I7SSI.
Vultisetiampardonos?per diemvos habebiliSy et nihilpa gahitis. Voilà, Monsieur, ce que disoit Janotus (1) de soi temps et ce que l'on pourroit bien faire dire à bien d'autrej de ce temps-ci. Plût à Dieu que je susse, est-il dit au même endroit, en quelle officine sont forgés tels schismes et monopoles; mais c'en est trop contre le métropolitain qui est ici si bien figuré, que l'on vient d'exiler, et dont le man*
(1) Rabelais, Gargantua , cli. %i\. '
LETTRE XLIP. 428
dément de pardons a été, dit-on , lacéré par arrêt du Parlement d'Aix et arraché des lieux où il étoit affiché. Il est ^vrai que c'est une pièce originale en son genre ; nos daraes ne seront pas fâchées d'être maintenues par arrêt clans la possession de leurs paniers^ qui ne seront plus regardés comme des engins d'enfer ou des couvertures du diable. Ce qui ne peut que faire souvenir du Diable en enfer de notre ami La Fontaine.
La nouvelle que je vous avois mandée de M. Titon n'est pas vraie : il est à sa terre avec madame Titon ; on avoit réchauffé cela, et il y a bien des faits de cette sorte; j'y sais pourtant très-difficile.
Nous avons besoin de votre dissertation d'impuissance sur l'appel comme d'abus dans le procès de notre Poitevine^ qui va faire grand bruit au Parlement prochain. Quellenec et les Gêvres n'y feront œuvre^ et le grand Begon nous manque bien. Qu'est devenue cette dissertation à la fin?
Le Grand-Conseil juge un procès criminel où il y a fiiosseté en matière bénéficiale : le faussaire, grand vicaire et officiai du Mans^ ne s'étant point représenté, est condamné par contumace à être pendu en effigie en la place publique de la ville du Mans. Il s'appelle B. Routau, et a autrefois professé la philosophie à Angers; le bénéfice est de 2,000 écus de rente et est requis par un abbé de Vendermeulen , indultaire, qui ne l'aura pas sans peine ; il y a encore quelques accusés à juger, et le Grand-Conseil a pour cela un continuor leur, qui finira dans trois jours; un notaire du Mans s'est venu représenter sur la fin, et a été bien hardi. La fausseté n'est pas de moins que de deux feuilles arrachées dans un registre dont le grand vicaire étoit maître, remplacées par d'autres pour faire cadrer à de certaines dates. L'induit vient de M. d'Argenson, du Palais-Royal, qui soutient son indultaire, fils du fameux Vendermeulen, dont le mérite n'a jamais été reconnu en France. Le bénéfice
424 COKRESPONDA^C£ INËDITE.
avoit été résigné à M. Roulau^ qui étoit peu chatouilleux de la gorge, et qui, comme les bénéficiers, tenoit la ^fausseté pour un délit très-commun ; au demeurant le meilleur fils du monde.
On m'a donné le mémoire ci-joint pour trouver un édit du dernier duc de Bourgogne; je m'imagine que tous trouverez cela tout de suite.
J'apprends qu'en Bretagne la déclaration des quatre sous pour livre a été enregistrée purement et simplement; il y avoit eu d'abord quelque difficulté, et il est venu des lettres de jussion , mais depuis l'enregistrement fait on tient les états en ce pays-là , et dans les repas on chante leâ chansons du temps tout ouvertement. Où est H"* de Sévigné pour en faire des relations? A propos, on dit que nous en allons avoir encore deux volumes. Quelle joie!
On ne plaide pointa la Chambre des vacations, mais on y juge toujours les criminels.
Je reçois votre lettre du 20 septembre, et je vous remercie bien de vos nouvelles. Voilà une allure que l'on va tenir pour les autres, et l'exécution appliquée de la déclaration du 18 août. Personne ne demande justice à l'audience de la Chambre des vacations, car les plaideurs font leurs vins. Je souhaite le retour des exilés avec grande impatience; il n y en a encore que peu en comparaison du grand nombre. Notre anti-Bayle fait bien de se faire payer à la feuille, puisqu'il en remplit tant. Je n'ai pas encore vu le nouveau Patru, il faut qu'il soit augmenté, puisqu'il est en deux volumes in-i**. Pour le Traité des matières criminelles y il est de M. de Merville, qui est un très-méchant auteur, et je n'ai pas daigné l'acheter.
L'Avis aux réfugiés ayant toujours été désavoué par Bayle, c'est comme un enfant perdu qui ne rapporte pas ses sentiments. De plus il n'accuse les protestants que de deux accessoires de la ligue, l"" des libelles, 9* des maximes antimonarchiques, et il ne s'agit point là du fond de l'affaire.
LETTRE XLIll*. 426
Lettre XLUI\
A Paris, ce -... octobre 1733.
Je ne crois pas^ Monsieur, que ni vous ni moi entreprenions le procès contre les femmes pour la suppression des paniers; il en coûta bonne à Panurge pour avoir voulu plaider contre ces cacheculs qui n'étaient point ouverts pardevant, etnous n'augmenterons pas le recueil contre les vastines et vertugades, qui sont les aïeules de nospanierS; et dont nous ne nous souvenons que par quel« ques anciens tableaux. Les neiges d*antan sont bien placées là, maisTami Rabelais, qui prenoit partout^les avoit prises dans Villon, qui est encore un autre de nos amis, et qui parloit si bien notre langue que Patru le donne pour un de nos meilleurs grammairiens.
Nous n'avons pas encore vu l'arrêt contre le Mandement de H. d'Arles; vos amis de Provence devraient vous l'avoir envoyé et le mandement aussi. Le traité de M. de Mornacsur V annexe doit être curieux ; il y en a des arrêts très- anciens dans les Preuves des libertés; mais M. d'Arles De connolt apparemment liberté aucune.
Ce que jecherchois dans le cardinal de Retz me devient inatile, puisqu'il n'y a point de vacance du règne ; cela m'a toujours appris cette belle lettre latine que je ne connoissois pas et ce curieux manuscrit que vous possèdes et auquel on pourra avoir recours en temps et lieu. Le trouble où nous sommes pourra bien en fournir l'occasion. On avoit arrêté pendant quelque temps la délivrance des arrêts et expéditions, mais depuis deux jours il a été ordonné (par la Chambre, à ce qu'on dit) qu'ils seroient délivrés sans payer les quatre sous pour livre, et on les ^ délivrés. D'un autre côté, les procureurs payent les trois C]iiarts du droit sur la taxe des dépens; ainsi on agit pro et montra. Accommodez tout cela si vous pouvez.
426 œRRESPONDANGE INÉDITE.
On ne plaide point à la Chambre des vacations. Les procès criminels vont toujours, et on se prépare à juger le procès de ce gendarme qui a été recommencé au Parlement en vertu de Tarrèt que je vous ai envoyé. Il sera jugé par bien des présidents qui ont été à la Tournelle, et nous verrons comment le P. Horel s'en tirera, car il y a je ne sais quelle subornation qui est dit-on ossez bien prouvée. Du reste, le chap. XI du liv. 2 de maître François nous apprend bien la manière de plaider sans avocats, et le titre du chapitre en fait la remarque.
Je vous rend grâces de ce que vous me dites sur le Journal de Genève, C'est M. Tabbé de Cosnac qui a cette curiosité. Si le livre ne se trouve pointa Paris, il faudra bien le faire revenir du pays.
H. Titon est bien bon de faire cette dépense pour les Muses françoises. J'ai vu autrefois le beau groupe chez lui en bronze ; il Ta fait graver. Le po€te Lalné en avoit fait les inscriptions latines et il y avoit pris sa place hardiment.
Voilà une indigne action qu'a faite Tabbé L. ; il en est bien capable, il n'a fait que des trahisons en sa vie ; celleci est d'un nouveau génie, et mérite, comme vous le dites fort bien, une punition exemplaire. Pour le Régnier les notes sont si peu de chose qu'elles ne méritoient pas sa réimpression ; celles sur Harot ont été assez bien blâmées par le Nouvelliste du Parnasse,
[Je ne sais quelle dispute ils peuvent avoir eue â Vienne, mais M. Brossette lui-même n'est pas intact sur le plagiat, et si j'y étois, j'en saurois bien que dire.]
La Genèse imprimée n'est point de H. le Gros^ mais d'un M. Poissard, qui s'est enfui. Le filsd'Émery, qui l'a imprimée, en a été à la Bastille deux ou trois mois; mais il n'a pu retrouver l'auteur, qui avoit ajouté des cartons depuis l'approbation du censeur H. le Rouge. Cette supercherie a été découverte et vérifiée, et a donné lieu ^ l'arrêt du Conseil qui fait règlement.
LETTRE XUIP. 427
Il paroi t une requête au RaijKmr les officiers des Gardes du corps, qui prennent le fait et cause de M. le duc de Noailles dans l'affaire de Tourterel ; elle est fort nette . et prouve bien que le garde est un visionnaire et un insolent; on ne lui dit rien de particulier sur ses mœurs , quoiqu'on dise en avoir reçu des mémoires de Bourgogne. L'arrêt du Conseil qui supprime ses premières requêtes et qui interdit Pavocat au Conseil y est tout au long. Cet homme travaille encore à une réponse : abyssus abyssum invocat.
Il court une requêté imprimée sous le nom des créanciers de H. de Carignan^ qui est une satire très-mordante.
P. 5. Je sais d'original l'affaire de Tabbé L. : il a fait imprimer une espèce de préface ou discours sur M. Rousseau pour mettre à la tête du Régnier de M. Brossette^ comme si M. Brossette étoit l'auteur de ce discours. L'abbé est à Paris ^ qui a porté un exemplaire de ce discours, qu'il a dit être le seul, chez M. le duc d'Aremberg, qui demeure au Temple, même maison que M. de Laaséré. Le duc, qui a du goût et de l'esprit, après en avoir la une page dit : a Cela est bien grossier ; » M. de Lasséré acheva le reste, et dit à l'abbé, qu'il ne connoissoit point datout:/e connois M. Brossette y qui est un honnête homme et ami de Rousseau, et n'apoint fait cela assurément. L'abbé commença à chanceler, et dit qu'il y avoit des gens qui vouloient du mal à Rousseau et qui avoient trouvé cette occasion de lui dire ses vérités. Cela parut abominable, et l'abbé se retira assez peu content. H. de Lasséré ne sut que l'abbé étoit lui-même l'auteur de ce discours satirique que quand il fut sorti, il l'apprit par H. le duc d'Aremberg, qui le sa voit; aussitôt on a pris des mesures pour empêcher cette impression en Hollande. Ce seigneur, qui aime Rousseau, s'y est employé utilement. De son côté, M. de Lasséré en a écrit à M. Brossette, et il est allé trouver M. Hérault, à qui, ayant conté l'histoire, le magistrat a envoyé chercher l'abbé, lui a bien lavé la tête, comme
438 C0RRESP0NDAI9CK MÉDITE.
il le mérite. Ta obligé de lui remettre Texemplaire, qu'il a dit être le seul de ce discours, et d'écrire une lettre de pardon à M. Brossette, laquelle il doit aussi lui remettre entre les mains, afin qu'on soit sûr qu'elle aura été envoyée. L'abbé doit aussi veiller à ce qu'en Hollande cela ne soit point imprimé ni ajouté au Régnier, sinon il en répondra : je sais tout cela de H. le duc d'Aremberg et de M. de Lasséré eux-mêmes.
. Les Cartouches, les dames en l'air feraient-ils pis, et n'y a-t-il point de peines de telles actions?
Je décacheté ma lettre pour vous faire ce petit récit^ que j'ai appris hier au soir.
Lettre XLIV.
A Paris, ce ..m. octobre I7Q.
Le siècle du papier et le siècle des mandements est trèsbien trouvé , Monsieur, mais il faudrait un visa pour le dernier comme pour le premier, et y faire de grands retranchements. On dit que M. d'Arles n'a point voula obéir à son exil, qu'il a dit qu'il ne reconnoissoit que Dieu et le pape, et que des moines chez qui on l'a voulu mettre en ont dit autant. J'ai vu le recueil de H. de Hornac sur Vannexe, mais il me semble que le Roi y a aussi sa part et donne des ordres pour délivrer ou pour refuser Vannexe : le Parlement n'a donc pas cela de son chef. L'excommunication faite par Léon X de ce même Parlement étoit bien rigoureuse, mais l'ambassadeur fut bien adroit de faire signer des articles au pape et de les avoir déposés à l'officialité en gardant l'original, qui devoitlui rester sous peine d'excommunication. Voilà un tour que Vicquefort ne de voit pas oublier. Je serai bien aise d'avoir votre dissertation sur l'impuissance ; vous pourrez nie la faire remettre à Paris sans qu'elle fasse le voyage d'aller et revenir. Hais il me semble que vous y traitez la ques-
LETTRE XUV\ 439
tion du règlement faitsans les enquêtes, et cela nous jetteroit dans la querelle présente si on la faisoit imprimer. Nous ferons de notre mieux. Il ne faut pas que le public 8oit privé d'un si excellent ouvrage. H. Terrasson est bon coDDoisseur^ et n'a pu qu^en bien parler.
La fin du procès du Grand-Conseil a été qu'on a ordonné un plus amplement informé contre le notaire oompllce. Le synonyme de Hanceau et de faussaire est charmant. La Fontaine disoit d'eux :
Pays de sapience ,
Gens pesant Fair, fine fleur de Normand.
On ne vous a pas envoyé les bons couplets des Allures, si vous n'y avez pas trouvé un grain de sel, car il y en a deux sur le lit de justice et un sur H. le Duc qui ne sont pas mauvais.
Vous serez sans boire et sans manger; car vous aurez deux volumes de H"^ de Sévigné avant la fin de l'année, et c'est H. révéque de Luçon lui-même qui l'a dit à un de mes amis, à qui il a montré le volume tout prêt à remettre à l'imprimeur.
Je n'ai pas encore vu la Critique de Zaïre : on en dit du bien; la pièce n'a pu être jouée à Fontainebleau. L'auteur pour dérouter la critique n'a qu'à y changer^ comme c'est son talent, et l'impression fera voir une autre pièce.
Oh ! que je voudrois bien être avec vous à boire de ce bon vin^ qui me donneroitdu bons sens et qui meferoit oublier tous les tristes objets qui nous affligent ! Je vous félicite de vos bonnes vendanges. J'apprends la mort d'un M. le comte d'Hénain ! qui est mortde la petite véroleàSaint- Phal; quelques traits de ce vin l'auroient pu réchapper.
Les convulsions recommencent à Paris : on dit qu'il y a 4 présent plus de trois cents convulsionnaires^ et on pourvoit bien les ajouter aux autres; une lettre de cachet seroit un bon brevet contre ces enchantements. Hais d'où cela vient-il? '
430 C0RRESP0NDA19CR INÉDITE.
Le mandement d'Arles est réimprimé avec un petit avertissement sur la Bulle. Cela se vend quatre sous et on en auroit donné quatre pistoles il y a deux jours.
La fin du procès du Grand-Conseil n'a point été la fin. Outre Tarrèt contumax pendu, il y a un autre contumax notaire qui est aussi condamné à être pendu , et il y a encxwe un autre notaire qui s'est remis prisonnier ; c'est celui qui avoit obtenu le plus amplement informé. L'arrêt n'étant point encore signé, les deux contumax ont dit : Pourquoi ne seroit-il pas pendu ? Sur cela le conseil manceau a fait écrire une lettre par l'abbé au premier notaire, où il dit que l'autre est bien heureux d'en êtrequitte pour un plus amplement informé, puisqu'il est aussi criminel qu'eux, et que la preuve en est dans le registre falsifié où il a mis un paraphe et chiffré de sa main quatre pages. On a mis cette lettre dans un paquet à la porte du rapporteur, qui ne Ta pas dénoncée, car ce n'étoit pas son office ; mais le procureur général, ou son substitut, en ayant eu connaissance, a donné sa requête pour informer de ces paraphes et chiffres; ce qui lui a été accordé : l'arrêt qui n'étoit qu'arrêté est devenu à néant ; et le pauvre prisonnier a bien l'air d'être plus amplement pendu et en présence, pendant que les autres ne le seront qu'en effigie ; il n'y a qu'un diable manceau qui ait pu suggérer un tour si démoniaque.
Lettre XLV.
A Parii, ce .••.. octobre 1732.
Quand on a un aussi bon guide que vous. Monsieur, on ne peut manquer d'être dans la bonne voie et de la suivre. J'ai donc lu avec plaisir le traité de V annexe et les preuves, mais j'aurois voulu que H. de Mornac eût mis les dates d'année aux pièces à qui elles manquent, et c'est un avis d'ami à lui donner pour l'histoire de son Parlement s'il
y met des preuves. A propos de cela le P. Boagerel croit que vous ne lui refuserez pas le manuscrit de la Vie d Alphonse d'OmanOy dont il a besoin pour son HUtaire des hommes illustres de Provence ; il ne Ta pu avoir de la Bibliothèque du Roi y et il a recours à vous pour cette cornmonication ; je me suis chargé de cette demande et de grands respects pour vous de sa part.
On dit aujourd'hui que H. d'Arles a pris le parti d'obéir au Roi et d'aller à son abbaye : il y aura bien quelque protestation à part. Son mandement est imprimé ici en cachette^ et on va encore le réimprimer avec des notes ; et je crois qu'il y en aura de belles, car la matière est ample, sans compter la cause des dames et des paniers^ qui y feront bien mettre quelque section conservatoire de cette parure et à Thonneur de M*"^ de ... .^ qui en est la fon- 4akice.
Je vous demanderai votre dissertation quand vous l'aurez, et qu'elle sera vérifiée par les citations que vous avez ajoutées depuis à Tégard des offendicula. J^aurai peu de besogne à faire, et dès que vous avez adouci ce qui regarde Bayle et retranché la voix des Chambres^ il n'y auroit plus qu'à admirer votre travail et cette érudition recherchée et curieuse que personne n'a que vous.
Notre pauvre ami Bayle est encore actuellement pour* suivi par de nouveaux ennemis, qui se plaignent de ce qu'il a mal parlé de saint Augustin, et il y en a un livre que je n'ai pas encore vu et intitulé : Réfutation des critiques de M. Bayle sur saint Augustin en trois traités y etc., àParis^ in-4% chez Rollin fils (1). 11 parolt, parle titre du deuxième trsgité, qu'on n'attaque que certains endroits du dictionnaire. Hais l'auteur en auroit bien vu d'autres dans le Commentaire philosophique ^ où ce père n'est point assurément bien traité. J'ai déjà consulté le diction* naire au mot Augustin, et si l'auteur répond à tous ces
(1) Jbumal dtes savants de Paris, septembre. M° 418,
4SI œRRESPONDANCE lI^iÉDlTE.
articles^ il aura entrepris un grand ouvrage : je ne sais s'il est janséniste ou moliniste. S'il est janséniste^ voilà les armées ennemies qui se réunissent^ et Tabbé de Lyon sera homme à en abandonner son dessein.
Les Nouvelles ecclésiastiques nous ont appris une anecdote delittérature, cVst que le Judicium Francorum, qu'on vient de condamner^ a été imprimé dès Tannée 1652 chez la veuve Guillemot, sous le titre : Les véritables maximes du gouvernement de la France justifiées par ordre des temps depuis l'établissement de lamonarchie jusqu'àprésenl, etc., . Le père Lelong en parle au n* 94.7, et dit même qu'il y eut une suite. Voilà donc le Parlement d'aujourd'hui déchargé de l'accusation d'avoir fait composer cet écrit, et il est étonnant qu'on ne l'ait su qu'après les condamnations des Parlements. On ne croiroitpas que la critique fût nécessaire à la politique ^ et cependant vous voyez qu'elle l'est.
Quant à l'état présent des choses^ on n'y comprend rien encore : le nuage se développera peu à peu; quelques-uns des exilés sont revenus auprès de Paris, mais en petit nombre. Les autres sont dans les provinces, où ils at* tendent leur sort, et ceux qui ont eu la Champagne pour exil voient faire des vendanges de ce bon vin et en boivent. Il n'y a point au reste d'audience à la Chambre des vacations, et j'ai beau chauffer les lunettes, je n'y vois pas plus que vous.
Quoi donc, on nous prépare encore une nouvelle CofWtitution ? Les Mémoires de Trévoux de juin contiennent cent propositions condamnables dans H. Nicole. Cela va toujours par centaines, et en voilà pour des.siècles à discuter. Le cardinal de Cusa n'a pas précité tout cela dans ses prophéties; mais H. le curé de Notre-Dame de Dijon, qui a travaillé sur l'Apocalypse, n'en sauroit-il point q uelque chose ?
Laine n'est sur le Parnasse que parce qu'il s'y est mis lui-même. Le P. Bougerel m'a dit qu'il l'avoit connu pré-
LETTRE XLVl^ 433
oepteurà Âix en 1688. Ses poésiessont dispersées en beaucoup d'endroits, mais sa belle épUre au Roi de Suède ne se trouve nulle part et est peut-être demeurée en Turquie.
J'aime votre indignation contre Lenglet et le falsificateur du Mans. S'il y avoit des juges contre le premier, il auroit mérité la n^ème peine que le Manceau cruel et perfide. Il y a de grands mouvements aux états de Bretagne. On demande un compte de certaines dépenses pour les casernes que Ton croit avoir été excédées : les uns veulent ce compte à présent, les autres le veulent remettre à la fin des états; il y a une dépûtation à la cour qui a été empêchée et les courriers arrêtés. Les états vouloient se séparer, mais on croit que cela s'accommodera. Ainsi-soit-il.
Savez-vous des nouvelles du Paraguay ? Il se répand ici que les jésuites en ont été chassés et qu'ils ne font plus ce commerce, ce qui nuit beaucoup aux affaires d'Espagne. On dit que toutes les lettres de Cadix et de Bayonne le disent.
M. le duc de Chartres a la petite vérole à Saint-Cloud^ je l'apprends en ce moment. La nouvelle de M. Bernard et des Paris se publie et n'est point vraie.
Je n'ai pas encore vérifié le Patru, mais dans ï Histoire de rÀC€tdémie il est parlé des pièces qui n'étoient pas dans les anciennes éditions et qu'on aura ajoutées dans celle-ci •
Lettre XLVP.
A Paris, ce 21 octobre 17SX
Dans le Journal des Savants d'octobre vous trouverez qu'il est parlé de l'annexe dans l'extrait du 25* tome de V Histoire Ecclésiastique de M. Fleury continuée, où il est bien dit que le parlement de Provence reçut Tabsolutipn du pape et se soumit; mais il n'est parlé des articles i nriA t » ne les dit pas accordés par le
Pape, ce qui est une omission importante, laquelle ne vient pas du journaliste , mais de Thistorien ecclésiastique, qui ayant entre ses mains le livre de H. de Moissac (qu'on appelle Haussac)^ n^en a pas usé comme il devoit, et a mai expliqué ce droit à Tannée 1513, N* 128. M. l'abbé Fleury auroii traité cela avec simplicité et vérité et auroit fait honneur à la muse innocente de l'ambassadeur qui a conservé cette gloire à sa patrie.
Hais si le journaliste n'a pas tort en ce point, croyezvous qu'il ait bien fait de mettre dans ce même journal, àTarticledes Mémoiresde littérature (Tome XI, p. 2), une des lettres de Busbec du k octobre 1 584, de la traduction de Tabbé Beschet, et où Busbec parle très-mal du Parlement que le roi Henri HI voulait réformer? Voyez cet endroit, p. 589 du Journal j et vous serez bien étonné, je crois, que dans les conjonctures où nous sommes^ on ait employé cette lettre dans un ouvrage savant et public, et qu'on ait été choisir celle-là exprès quand il y en avoit tant d'autres à prendre. Que ce soit ou distraction, ou un autre motif, cela ne parolt pas excusable vu l'état présent de, l'exil. Il est dû des bienséances aux afflictions , et vous souvenezvous que le bon M. Ménage eut bien de la peine à se tirer avec toutes ses protestations d'une certaine élégie qu'il adressa au cardinal Mazarin en 1660, et où il y avoit des traits contre le Parlement? Du reste, ces lettres de Busbec sont bonnes à ajouter au Journal de Henri Ili, et contiennent des faits très-curieux. Bayle n'a pas oublié d'en faire un bon article, ef je ne sais pas comment M. Godefroy, dans ses Notes sur l'Étoile, n'en a pas parlé aux articles qui rapportent les faits à peu près pareils : on devroit mettre tout cela en un même volume. C'est le P. Souciet, jésuite qui a écrit contre Bayle pour venger saint Augustin. Nous verrons bientôt quelque janséniste critiquer le jésuite, et dire que la cause de saint Augustin n'étoit pas entre les mains d'un bon avocat; et que va devenir Bayle enfermé entre ces deux feux?
LETTRE XT.Vll*. 435
Vous pouvez encore boire et manger pendant quelque temps jusqu'à la venue des Lettres de M"* de Sévigné; il y en aura 6 volumes au lieu de deux ; on y refondra les deux premiers en les rangeant dans Tordre des temps et il y aura bien des corrections. L'éditeur, qui est un H, Perrifij Provençal, est détourné de son travail par une bonne succession qui lui est venue et qu'il est allé recueillir en son pays. De quoi aussi ce défunt s'est-il avisé de mourir intestat, ou d'instituer héritier un hommequi a de pareils trésors dans ses mains? J'en suis tout à fait fAché^ car si la succession fait un procès, irons-nous intervenir pour l'intérêt public ?
Si vous voulez savoir quelques faits curieux sur Lalné, voyez les Notes faites par Desmaizeaux sur la lettre 262 de Bayle. Vous verrez bien que la 1" de ces Notes est de moi, et j'en ai parlé comme témoin (on y a fourré le livre de Chambau, médecin, que je ne connois point du tout, et je n'avois garde de parler en 1710, temps de Laine, d'un livre imprimé en 1714 ). Je ne sais ce qu'est devenu le Pétrone, qui étoit en mauvais état et mangé des vers dès ce (emps-là.
On nous avoit promis une édition de Rabelais bien augmentée, mais ce ne sont que les notes anciennes de Le Ducbat en 6 volumes in-12 ; il dcvoit y avoir un in- <]uarto avec des figures de le Picard , mais cette crème philosophique est évanouie.
Lettre XLVIP.
A Paris, ce 24 octobre 173a.
Le père Bougerel sera bien aise. Monsieur, d'avoir le manuscrit que vous lui promettez. Je ne l'ai pas encore TU, j'en réponds par avance, et il attendra l'occasion ; il m'a parlé avec impatience d'un autre manuscrit qui est fort gros, où sont les plaidoyers de Cabrière et de Mérindol :
je ne sais si vousTavez. Notre ami M. Bourei m'a dit qu'il en avoit un, mais il n'est pas communicatif et ne vous ressemble pas.
L'arrêt d'Âix sur le mandement vous aura été donné deux fois. Avez-vous celui du Judicium Francorum, du même Parlement? Il seroit curieux de savoir les raisons de M. de Piolent^ qui assurément ne vouloit pas prendre le parti des panniers. Je n'ai point lu le P. Souciet et ne le lirai point sitôt. J'aimerois mieux son Astronomie de la Chine que toute cette controverse théologique, où noire philosophe n'étoit pas bien savant; je n'entends point confirmer la nouvelle du Paraguay ; c'est un bruit qui se renouvelle de temps en temps et toujours faux.
Nous ne savons rien de ce qui s'est passé avec H. le premier président : cela est tenu secret et ne doit pas être bon pour le Parlement. Le Roi a une sorte de catarrhe qui s'est déterminé en orillons^ et cela lui a fait une si grande douleur, qu'il a fallu le saigner du pied le mardi âl, à 7 heures du soir, mais il a bien dormi et n'a point de fièvre. Fontainebleau est un séjour malsain quand il pleut.
Le petit enfant qui restoit seul de M. le président de Maisons et de toute sa famille est mort. Sa nourrice l'a laissé tomber, il y a quelque temps, et cette chute lui a donné un abcès qui Ta emporté. Ainsi voilà toute la race finie, et la succession passe à une vieille M"'*^ de Belle- Forrière, qui exclura M""' la duchesse de Gèvres et M. de la Chesnelaye son frère, qui avoient pour mère la sœur de cette vieille dame. Il n'y a qu'à vivre pour hériter de tout le monde. M™^ la présidente de Maisons la jeune en aura une bonne part pour le mobilier. Maisons va passer à d'autres générations, et toute la superbe du surintendant va s'éteindre.
J'ai appris une plaisante chose qui entre pourtant dans la littérature. M'" de Lavigne de Malcrais qui se dit Bretonne du Croisic et qui paroit nous donner de temps
LETTRE XLVIIP. 437
en temps d'assez jolis vers, et à qui Voltaire vient de faire une déclaration d'amour, n'est point une fille. C'est un bon Breton qui s'est avisé de prendre ce masque et qui s^appelle M. Lafichard, nom assez vilain qu'il a cru pouvoir changer en ce pseudonyme d'un genre nouveau. Une croyoitpeut-ôlre pas faire d'amant, mais sa poésie lui en a donné un poêle, et je crains bien que ce poète, fâché d'avoir été trompé, ne change aussi ses éloges en satire, comme fit La Fontaine contre la femme de Colletet, qui ne fit plus de vers après la mort de son mari parce que son mari les faisoit. L'aventure est singulière, et Voltaire mérite assez d'avoir été pris dans ce panneau. La traduction de l'abbé Beschet des Lettres de Busbec n'est pas bien exacte, et surtout celle du Parlement. Le journaliste devroit bien plutôt faire cette critique, qui est de son ressort, que de donner crûment cette lettre à lire à fout le monde, dans le temps qui court; il devroit aussi remarquer que celle qui concerne l'affront fait à la reine de Navarre en 1583 n*a point été traduite, et je ne sais comment Bayle qui a tant approfondi ce fait n'a pas parlé de cette lettre, vu que Busbec lui étoit si connu.
Lettre XLVIIP.
A Paris, ce 28 octobre 1752.
Nous voilày Monsieur, au 27 octobre ; la chambre des vacations est finie; elle n'a point été tenir la séance au Ghàtelet comme il est d'usage, parce que cela n'étoit point dans sa commission, mais il y a eu une visite de prisonniers. La Grand'Chambre a dit qu'elle ne rentreroit point jusqu'à ce que les exilés fussent rappelés. On vient de me dire que l'arrêt du Conseil qui casse l'arrêté du 4 septembre et qui n'avoit point paru a été signifié au greffe de la cour. 11 n'y a rien d'arrangé pour la mesie rooge. Voilà le dernier état. Quelques oo
sur lettres de cachet et rapprochés, eteotreautres M.Nouet, conseiller de la 3% fils de notre bâtonnier, et qui est homme de mérite aussi bien que son père.
Le Roi est tout à fait rétabli de son indisposition. Voltaire a fait jouer sa Marianne à Fontainebleau. M. le duc de Mortemart ne le vouloit pas , mais Tauteur, qui ose tout, en a obtenu un ordre de la Reine par le moyen de M"'' d'Alincourt. M. de Mortemart, pour se venger, a ordonné aux comédiens italiens déjouer une certaine pièce et la critique de Marianne pour petite pièce. Voltaire, qui Fa su, a encore obtenu de la Reine une promesse que cette m/tgue ne seroit point jouée; mais la Reine ayant oublié d'en donner Tordre, les comédiens italiens ont joué la grande pièce en présence de toute la cour et de la Reine même et étoient prêts déjouer la critique, quand la Reine s'est levée, a (]uitié.le spectacle , et a laissé toute la cour bien surprise et point de critique, et Voltaire triomphant. Il a écrit une épltre en vers i M*"^ d^Alincourt; d^un autre côté, les princesses ont bien lavé la tète au poëte, et H. de Mortemart a ordonné qu^il n'auroit plus d'entrée à la comédie, mais on ne croit pas que cela, subsiste; il n'y a guère d'insolence pareille, il vient encore de faire jouer sa Marianne à Paris. La critique de son Roi de Suède ne Ta point humilié. Tourterel . est jugé, débouté de toutes ses demandes; défenses à lui d'écrire, et par ordre du Roi on le mène à Bourg-en-Bresse, sa patrie, d'où il lui est défendu de sortir ; il avoit fait encore un dernier mémoire contre M. le duc de Noailles, plus inaperlinent que les autres.
La folie de nos gens de cour est de jouer des comédies; un inconnu a écrit à M. de Sade qu'il vouloit donner une fête à M"" de Charolois, et lui a fait demander si elle vouloit faire un r6lc, et qu'il répondit oui ou non ; il a répondu non. Pareil billet à M. de Sassenage, grand acteur, qui a aussi répondu non. Ces deux Messieurs ont été faire leur cour à la princesse, qui leur a dit tout d'à-
LETTRE XLVU1«. 439
bord qu^elle avoit reçu une lettre d'un homme qui lui Youloit donner une fête sans lui dire Tendroit, mais qu'elle n'avoit qu'à venir par la porte Saint-Honoré et qu'elle y trouveroit un homme monté sur un cheval blanc qui les mèneroit au lieu de la fête et qu'elle pouyoit amener qui elle voqdroit^ seigneurs et dames. On délibère si on ira. Beaucoup de gens qui ne cherchent que le plaisir dirent qu'il falloit y aller, et qu'il n'en pourroit arriver aucun mal à la princesse qui seroit bien accompagnée. La Princesse dit : mais si je ne trouve point le cheval blanc on se moquera de moi ; sur cette réflexion la partie fut rompue et on est encore à savoir d'où cela vient.
Il y a du trouble à l'Opéra : on en a fait sortir Rebel qui est un excellent violon. Francœur, son Pylade, en a voulu sortir aussi, et une actrice nommée Ëvremans, à qui on n'avoit donné qu'un second rôle dans un opéra nouveau de Byblis et Canut qu'on va jouer, s'en est aussi retirée; et moyennant toutes ces belles aventures Paris oublie qu'il n'a point de Parlement, et moi-même je t&che à l'oublier en vous les mandant.
On a arrêté comme faux-monnayeur un particulier, qui a dit qu'il ne cherchoit que la pierre philosophale, et qu'il avoit, chemin faisant, trouvé un élixir qui rajeunit les hommes, en sorte qu'il avoit remis un homme de cent ans à trente ans : on l'a mis à la Bastille; mais il trouvera là des gens qui aimeroient mieux vieillir que rajeunir.
Si vous avez les derniers Mémoires de littérature, vous y trouverez la dissertation sur le goûty où Homère est des plus maltraités. Je la croyois de H. de la Motte, mais elle est de H. de Yillefort> auteur des Anecdotes si célèbres, qui a trouvé moyen de se quereller avec les anciens et les modernes.
Il est aussi auteur du petit Traité du sacre des rois de France^ qui est dans le même \olume. Plus je lis Busbec en latin^ plus je l'admire, et moins j'estime la traduction
440 CORHESPOiNDANCt: INÉDIÏH:.
de M. BescheL N'y a-t-il pas quelque autre traduction française de Busbec?
LePapeadonné les deux chapeaux vacants à MM. Aquaviva et Mosca. Ainsi tous vos attendants sont frustrés et s*en tiennent à la survivance du cardinal Coscia, qui est jugé, et dont le procès sera envoyé à toutes les cours pour justifier le droit du Pape sur les fiefs de Piémont, que ce ministre a vendus au roi de Sardaigne. Mais le Roi prétend les avoir bien achetés, bien payés, et qu'étant réunis à la couronne ils n'en peuvent plus être aliénés; cela produira bien quelque interdit, mais ils ne font pas grand peur, et il seroit bien aisé de faire le procès aux ministres des princes pour annuler les traités qui seroient faits avec eux.
Que dites-vous, Monsieur, deces grandes matières, jointes à toutes les billevesées que je vous ai contées? Notre ami La Fontaine disoit : 11 faut de tout aux entretiens, et les lettres, ne sont-ce pas des conversations? Je finirai par l'aventure de l'abbé de Clteaux et de M. de Fulvy, à qui on dit qu'on va couper la jambe.
M. Restaud, qui afait cette grammaire françoise dont on vient de donner une 2* édition fort augmentée, est un homme de mérite. Il est auprès du fils de M. leP. deRieux, mais ce fils étoit bien malade ; et si vous voulez savoir des nouvelles du mariage de M"® Bernard, le gendre a quitté Malesherbes, où il a laissé sa petite femme, et est venu à Basville où il est seul. Messieurs de Lamoignon avoient cru qu'on iroit lui tenir la compagnie, mais le grandpère a dit qu'on n'avoit qu'à envoyer la femme avec sou mari , et rintelligence n'est pas trop dans cette maison. On ne dit rien des affaires politiques, comme si tout étoit en paix. — On a imprime une liste des exilés qui est plus exacte que celle que je vous ai envoyée.
Ou vient de me dire un secret, mais il ne peut pas l'être pour vous, Monsieur : que Ton va imprimer la lacune entière des douze années du Journal de Henri IV j qui s'est
trouvée dans l'abbaye de Saint- Acheiil près Amiens, et que le manuscrit que vous avez n'est qu'un premier essai qui a été corrigé par l'auteur, comme l'on voit même déjà parce que nous avons depuis 1606 dans l'édition de 1719 de ces Mémoires. Nous verrons si tout cela se trouvera vrai et si ce n'est point quelque fraude d'éditeur; en tout cas, il sera bien difficile d'imiter le style de l'Étoile. Avez-vous jamais entendu dire que Despréaux ait fait dans sa jeunesse une tragédie d^Ajax? Pour moi, je tiens cela pour fable, et n'en ai vu nul vestige ni dans ses conversations^ ni dans ses commeatateurs; cependant c'est à PAcadémie que cela a été dit, et H. Crébillon m'a cité comme sachant le fait, qu'en vérité je ne sais point; cela entre nous.
Lettre XLW.
A Paris, ce 12 novembre 1732.
Il n'y a point eu, Monsieur, de messe rouge ce matin, ni de rentrée au Palais, et il y a longtemps que cela ne s'est vu en France. La cour des Aides seule a rentré ; on y a fait les harangues à l'ordinaire, et cela a attiré beaucoup de monde qui a rempli la grande salle en sortant, sans quoi il n'y auroit eu personne.
On assure pour cette fois-ci que les lettres de rappel sont parties d'hier, et qu'au 1" décembre tout sera en place et en paix. Dieu le veuille, car en vérité cetle fièvre dure trop, et le bon saint Martin doit être bien étonné.
Lettre V.
À Parif, ce 43 novembre 175'i.
Le bruit est tout public et la nouvelle vraie que tous les exilés sont rappelés, et que le Parlement rentre avec tous
ses droits et dans ses fonctions ordinaires comme avant les contestations. Les uns disent que le Roi retire sa déclaration, d^autresqu'elle sera comme non avenue, etqueFarrëté du 4 septembre reste. Quoi qu^il en soit du secret de cette opération qui n'est pas encore dévoilé, l'accommodement est fait. On rentrera le 2 décembre parce que le 1'^'' décembre est fête; il y a aura une messe rouge célébrée par M. Tévèque de Soissons.
Les rôles sont faits et arrêtés ; enfin tout parolt disposé à la paix. On dit que M. le cardinal de Polignac y a eu grande part, et d'autres qu'on ne nomme point : Deus ex machina.
Le Roi se porte bien mieux ; la cour va prendre le deuil pour la mort du duc de Savoie : on lui fera un grand service à Notre-Dame et une oraison funèbre qui né sera pas un ouvrage facile.
H. le cardinal de Rohan et Tévêque de Metz sont bien mal; voilà les deux places de grand et de premier aumônier qui vont faire vacance.
Lettre LI\
A Parif , ce 21 noYembre 1733.
Nos absents reviennent tous les jours, Monsieur , et on les voit arriver à Paris avec grand plaisir. Une peut plas y avoir de chambres restant assembléesy puisque Tobjetâe rester étoit l'exil des six premiers qui, ne subsistant plus à cause du rappel général, la rentrée est de plein droit et les remontrances, arrêtées le 20 d'août, cessentaussi parce qu'elles n'avoient aussi d'autre objet. Vous me demandez ce que devient la déclaration du 18 août, je n^ensais rien, mais apparemment on dira dans quelque temps : In desuetudinemabiU.
Il est mort hier un de nos Crésus, M. de Horas , qui laisse 8 à 900,000 livres de rentes, des palais, des chà-
teauXy de grandes terres et tout cela acquis en très-peu de temps. Un'avoit pas cinquante ans; sa veuve, fille de H. de Fargis^ va bien se faire faire la cour comme les autres; elle a pourtant cinq enfants et même un gouverneur qui est homme de lettres. Ce beau palais^ élevé auprès de celui de M""* la Duchesse et presque son rival, n'a guère doré. M. le curé de Saint-Sulpice n'y a guère gagné pour son église et n'a pas trouvé son affaire, car il a été exclu de la maison, et quand on a envoyé quérir le P. Boursault, théatin, il n'y avoit plus personne.
Il y a quelqu'un dans le monde qui sera bien affligé de cette mort et qui porte malheur à tous ceux qui s'y attachent.
L'Opéra ne joua point hier ; il fallut renvoyer tout le mon4e et rendre l'argent, parce qu'une actrice se trouva malade, et celle qui devait la doubler étoit partie le matin pour aller en Angleterre, où elle court après mylord Veymoaih qui en est fou, et elle folle de lui et de ses sterlings. C'est la demoiselle Petitpas qui a fait ce beau coup-là. M"* la Duchesse a été des renvoyées et n'étoit pas bien triste de la mort de son intendant.
Dulys le juif vouloit établir un Opéra en Hollande ; mais la consternation où on est en ce pays-là, sur la crainte cle perdre les digues dont de certains vers rongeurs manant les bois, a fait changer d'avis, et on ne songe plus qu'à jeûner, qu'à prier, et à détourner ce maudit fléau contre qui Texcommunication seroit bonne, si elle avoit lieu in Batavia. Bonjour, Monsieur. Je ne vous dis que ce mot aujourd'hui.
Lettre LU'.
A Paris, ce 22 novembre 1732.
On ne doute pas, Monsieur, que les lettres de cachet ne soient parties pour le retour des exilés le 7 de ce mois de
444 CORRKSPONDAINCE INÉDITE.
novembre, ce qui nous prépare à une heureuse Saint-Martin ; car ilseroitbien triste à Paris de voir une Saint-Martin sans parlement, sans messe rouge, sans repas, enfin sans justice et sans arrêts. Nous prions tous pour cet heureux retour, qui sera sans doute accompagné de quelque accommodement.
11 y a bien des malades à Fontainebleau. H. le duc d'Anjou a la petite vérole à Versailles; M. Je duc d'Orléans Ta eue à Saint-Cloud et en est guéri sans médecin et sans saignée; mais M. le duc d'Orléans son père, qui l'a voulu garder, Va gagnée de lui, et comme elle s'est déclarée dans sa retraite à Sainte-Geneviève, il y est resté. S. A. R. l'y va voir tous les jours, et la reine d'Espagne aussi; il y est traité sans médecins ; il n'y en a qu'un pour la forme, qui soutient que ce n'est point là petite vérole, et ces bons religieux ont belle compagnie de princesses pendant que le Palais-Royal est abandonné aux nouvellistes. La maladie a son cours ordinaire et on n'en craint rien. On ne sait où le Roi ira à son retour de Fontainebleau, la petite-vérole étant à Versailles, et où même il manque d'eau et où tous les canaux sont crevés. Voilà toutes ces grandes magnificences de bâtiments qui dépérissent.
Je suis bien de votre avis sur la traduction de Busbec, qui n'entend point le latin et qui prend admiralio pour admiration, et gratia pour grâce ;i il est de ceux qui disent que collegium veut dire collège. Cela ne méritoit pas la place dans le recueil du Père Desmolets, qui y met bien de la bourre.
On débite secrètement ri?a:/)/«caaon de rÈpîtreauxRomains par feu M. Paris, le saint diacre; il n'y a encore que le premier chapitre qui fait un volume. Ce sont des conférences qu'il faisoit aux ecclésiastiques de Saint-Cosme : M. son frère, conseiller, a prêté ces manuscrits à quelqu'un qui fidèlement les fait imprimer, et dit qu'il les rendra après l'impression. Le style est net et dit clairement ce qu'il veut dire.
LETTRE LIIP. 445
Lettre UIF,
A Paris, ce 28 novembre 1732.
Toulle Parlement rentre lundi, Monsieur, en vertu d'un avertissement bien singulier, dont je vous envoie copie et qui fait bien raisonner. On demande d^oii et comment cei offices été interposé, et quelques-uns prétendent y apercevoir une exécution de la déclaration du 18 août. Tout cela n'est pas encore fini.
Le Roi se porte bien ; il a été à la chasse mardi et a pris un cerf; il a encore monté quatre chevaux hier ; il en montera encore demain ; ainsi sa santé est confirmée, et il marque des bontés particulières à tous les gens de sa cour.
M"* de Vernicourt est accouchée d'un garçon, par M. Péra; le Roi Ta su, y a pris part, en a dit la nouvelle et beaucoup de bien du père, qui voudroit déjà que son fils fût en état de servir.
On a proposé à M*"^ de Moras d'épouser Don Carlos; maison lui fait dire qu'elle ne veut pas se marier en province. C'est un mot de Paris.
Lç Roi a une incommodité qui l'empêche de monter À cheval. 11 n'y a plus de chasse à Fontainebleau et même ni spectacle, ni jeu, ce qui met bien des gens en ^epos. Le Roi arrivera le 27 à Petit-Bourg, et verra la ohasseen calèche. M. le ducd'Orléans se porte bien mieux, ^l a été à la messe ; c'est un prince d'un grand exemple. La mort du roi de Sardaigne met toute la cour en deuil pour quatre mois et demi.
Voilà une triste et cruelle mort pour un si grand héros; il n'a été assisté de personne dans son malheur. On dit qu'il a voulu voir le roi son fils, qui ne l'a point voulu voir; il demandoit à tout moment si don Carlos étoit en Italie, on ne le lui disoit point; à la fin on eut or«
446 CORRESPONDANCE INEDITE.
dre de lui dire que oui, et il dit : Mon fils est perdu. Apparemment que cela étoit arrêté dans sa tèt€ politique et peut-être prophétique , car les grands politiques sont prophètes , dit-on ^ mais tous les prophètes ne sont pas politiques , témoin nos prophétesses [parisiennes.
On débite un écrit en 12 pages in-12 intitulé : Lettre éCunof^cieràV auteur de la Gazette ecclésiastique ^qui est une pièce misérable et diffamatoire ; cela vient de Marseille; tout le monde y est nommé et même des dames de condition et les magistrats. Cesont^ dit-on^ de vraies nouvelles qu'on envoie au Gazetier ecclésiastique pour mettre à la tête des fausses^ et Fauteur promet de continuer. La Provence doit être bien fâchée de Tesprit de ce galérien ; il y parle de l'arrêt contre le mandement d'Arles, mais c'est pour diffamer MM. les avocats généraux. La Cadière, le Père Nicolas y ont aussi leur place, et Dieu sait les ordures de ce bel orateur, qui dit que ce P. Taide en une nuit à changer deux fois de situation dans son lit^ et qu'un jour il la prit par le menton pour ne pas manquer son coup.
Le Nouvelliste ecclésiastique a donné une Gazette du 24 octobre qui est une re/anon( raisonnée) du lit de justice, où il est parlé de M. le comte de Charolois et du discours que l'on dit qu'il devoity faire dont la substance est rapportée. Cela est curieux si cela est vrai.
On a fait des notes ridicules et ignorantes sur le mandement de M. d'Arles, et on ne reconnolt pas là les bons faiseurs. La pièce toute seule portoit sa note. Il y a aussi un grand poëme de Sarcelles pour remontrances au sujet du Parlement Je connois la lettre
de François Auvray, qui est très-hardie, et qui finit mal par un appel au jugement dernier. M. Tévèque de Metz est assez mal et sera bien regretté s'il meurt ; il y a déjà une ode pour lui dans le dernier Mercure d'octobi-e, qui lui pourroit servir d'épitaphe, et vous y trouverez aussi le
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travestissement de M*^"" de La Vigne en homme : on Taime mieux ilfuse qn' Apollon.
Lettre LW.
À Paris, ce 6 décembre 1732.
La paix, la paix : enfin on Pa tant souhaitée qu'elle est faite, et vous en trouverez le traité dans le papier cijoint. Dieu bénisse ceux qui en ont fait la négociation ; il a fallu qu^il en ait coûté la vie à un roi, car c'est à Toccasion des compliments que le Parlement a faits à S. M. au sujet de la mort du roi Victor-Amédée, que la compagnie s' étoit trouvée assemblée par députés à Versailles, au nombre de 47, le mercredi 3. Ils ont été retenus à dîner che2 H. le Cardinal, M. le Chancelier, M. le Garde des Sceaux, et là il a été parlé d'accommodement, si bien que le Roi étant venu souper et coucher à la Muette, ils sont tous restés à coucher à Versailles, où ils ont été bien traités, et le lendemain jeudi 4, à cinq heures du soir, le Roi, à son retour, leur a donné audience, et leur a fait tenir par M. le Chancelier le discours de paix cjuc je vous envoie. On est revenu fort content sur les onze heures du soir, et le lendemain 5, les chambres assemblées, tout a été approuvé et reçu avec joie et reconnoissance, et le Roi en doit être remercié par H. le premier président au nom de la compagnie. Je ne vous dis rien de la messe rouge du lundi l'', ni du serment des avocats, qui étoient plus de 200, ni des applaudissements et battements de mains de tout le public, pour la présence de H. l'abbé Pucelle, ni du repas de H. le premier président, où il y avoit 160 personnes, et où nul n^aurolt été si H. Pucelle ne les avoit conduits en disant que quand une brebis étoit égarée, on l'alloit chercher. Le peuple en battant des mains disoit : Voilà la bonne musique et ne se soucioit guère des violons de la messej
448 CORRESPONDAJSCE IJNÉDITE.
Enfin cet heureux événement de la mort du roi abdiqué a mené la compagnie à la Cour, où elle n^auroit pu paroltre, et ainsi dans la vie il arrive des choses inespérées, et les plus grandes affaires ne tiennent qu'à un (il. Je ne sais pas trop ce que je dis. La joie me transporte, et je crois que vous me pardonnerez bien ce désordre en fav^r de la cause qui le produit.
Je rouvre mon cabinet avec la succession de M. Tévèque de Metz qui en laisse une fort grande et bien des héritiers. Il a fait un testament olographe en 1731^ à Metz, et un codicille à Paris le jour de sa mort, le 28 novembre dernier; les legs particuliers montent à plus de 600^000 liv., ou en legs pieux, ou à des domestiques. Je suis pour M"' de Blanzac, qui est son héritière la plus proche, et pourM. le prince Charles, héritier des propres paternels en Bretagne, et à qui M. le prince de Lambesc, comme fils de Tainé et Ih représentant en Bretagne, où la représentation est infinie, dispute cette succession et auï autres princes lorrains, parce qu'en collatérale il prétend avoir la totalité en vertu de l'article 243. Le duché est éteint, mais les terres qui le composent subsistent : il a donné ses manuscrits qui sont ceux du chancelier Séguier^ à qui il vous plaira. Voici les termes du legs : Je donne mes manuscrits qui sont en dépôt à Vabbaye de Saint-Germain' des-Présde Paris, étant persuadé qu'ils en feronlbon usage pour l' Égliseet pour r État, et qu'ils prieront Dieu pour moi. Son testament finit par ces mots : Je donne le surplus de mes biens meubles et immeubles à ceux à' qui ils appartien-nent suivant la disposition des loiSy et il y a un legs pour son successeur, en ces termes : Je donne ma terre de Fres-cati à mon successeur avec ses dépendances , maisons meu* blés et autres choses, etc.
DiscoursdeM. le Chancelier au Parlement, k décembre 1732.
S. M. a été mécontente de son Parlement, mais elle se laisse toucher aux assurances, reçoit de sa fidélité et de sa
LETTRI*: LV^ 449
soamission, elle compte que les effets y répondront par une conduite qui puisse plaire à S. H. Elle veut donc bien que la déclaration du 18 août dernier demeure en surséance, et donne par là à son Parlement des marques de sa confiance et de sa bonté. »
Sur quoi a été arrêté le 5 au matin quMl sera fait registre tant de la réponse du Roi que de tout ce qui a été dit à la compagnie par M. le premier président^ qui témoignera incessamment au Roi^ au nom de la compagnie, ses sentiments de respect; de fidélité et de reconnoissance.
Lettre LV\
À Paris, ce 12 décembre I7S2.
Depuis ma dernière lettre. Monsieur, où je vous mandai lapaix du Parlement, j'ai reçu votre Dissertation manuserite sur F impuissance ; ']e l'ai relue, je Tai admirée et suis toujours étonné comment cette quantité de citations ne sert qu^à abréger votre ouvrage , qui en est comme l'élixir. Au lieu de Préface , je voudrois mettre : Partie r% contenant quelques observations générales : nous verrons si on pourra rimprimer, mais il ne se fera rien sans que vous soyez averti. Si vous avez l'approbation de M. Terrasson, la chose sera facile, mais ce M. Mol qui a signé le manuscrit à toutes les pages m'embarrasse, et nous serons peut-être obligés d'avoir recours à une édition secrète. M. de Ressye , qui a intérêt pour la dame Vierge et martyre, sa parente, espère bien d'avoir un privilège, sinon de faire imprimer en cachette. Le chiffre des citations qui est relatif à cette page donnera de la peine, parce qu'on ne peut pas imprimer, dans cette relation justement cela, et qu'il faudra changer les chiffres, ce qui demandera un grand soin. Du reste, je vous remercie pour Bayle des adoucissements de votre critique ; mais il me semble que le Parlement est toujours Ijien à découvert sur l'arrêt de
1677. Je crois qu'en l'imprimant il faudra joindre l'extrait du Journal du Palais et surtout le factum de Pasquier. H. de Ressye, qui a été des kl députés à la Cour, et qui m'a fait un long récit de cette grande et auguste négociation, m'a chargé de vous faire bien des remerclments de cet ouvrage que vous avez bien voulu nous communiquer, et sans doute son avocat en profitera. Ce seroit justement le cas du congrès, s'il avoitlieu ici, car le mari dit qu'il a éloigné la consommation à cause de la jeunesse de sa femme et à sa prière. Mais la femme a répondu qu'il est impuissant et très-impuissant.
On est rentré au Palais ; les harangues, les Mercuriales se sont faites à l'ordinaire, et on a commencé à plaider aujourd'hui jeudi, 12 décembre; il faut espérer qu'il n'y aura point de nuage dans un si beau jour ; les esprits paroissent très-bien disposés et fort contents. Les actions de la compagnie des Indes , qui étoientà 1875 , sont montéesà 1980, et rien ne marque plus la confiance publique. On parle du mandement de H. le cardinal de Bissy, que Tondit plein d'abus, et de propositions absolument contraires aux libertés les plus fortes ; mais on le supprime autant qu'on peut, et il parolt que les évéques ont eux-mêmes hâté l'accommodement et fait des manifestes pour la justification du Parlement, dont les accusations se trouvent vraies par leurs propres mandements. M. l'évèque deTroyes est à Paris; il se trouvoit comme exilé dans son diocèse; il en a écrit à M. le cardinal, qui lui a fait une belle réponse et des plus polies, où il dit ignorer cet exil prétendu, et que sur sa lettre, qui lui servira de garantie , il peut partir, ce qu'il a fait. Il n'en est pas de même de M. d'Anxerre, qui est toujours à son diocèse à écrire contre M. de Sens. On devroit leur donner des juges pour finir ce scandale; mais ce ne peut être qu'un concile provincial, ou quelque assemblée particulière, et comment en venir à bout?
Avez- vous entendu parler des Anecdotes du Quiétismef
On en dit beaucoup de bien. L'ouvrage est d'un M. PhélipeauXy docteur en Sorbonne, ami de M. de Meaux, qui a ordonné que son livre seroit imprimé vingt ans après sa mort, et on l'a donné au public pour venger les insultes faites à la mémoire de M. Bossuet dans Tbistoire de l'église de Meaux d'un certain bénédictin. La pauvre M"* Guyon est là en fort mauvais état^ à ce que Ton dit, et M"^ la ducbesse de Sully, sa fille, en est désespérée.
J'ai une copie du Virelay des HoUandois que je tiens de vous-même, et dont je ferai faire une copie, si vous ne retrouvez pas Toriginal .
On travaille sérieusement aux digues ; mais cela sera cher. Si toutes les imprimeries alloient tomber à la mer, ce seroit une belle matière pour un deuxième chant dupoëme des appelants.
Le livre de Crouzas contre le Pyrrhonisme est à Paris chez Mariette et se vend 2k ou 25 liv. ; s'il étoit pour le pyrrhonisme ce ne seroit pas trop cher, mais contre, c'est excessif. Le livre du P. Souciet sur saint Augustin a été mal vendu; il n'y en a eu que 1,000 exemplaires d'édités. Il dit quelque part que Bayle devoit dire : Jlfot , Pierre BayUy je soutiens que saint Augustin n'est qu'un fat, et que par ce moyen il n'auroit dit qu'une sottise, au lieu qu'il en a dit plusieurs. J'en reviens toujours à dire aux critiques : Messieurs, serrez votre plume et voire papier, car vous ne ferez qu'augmenter le nombre des lecteurs du livre que vous critiquez et diminuer ceux du vôtre.
Nous n'avons pas vu l'arrêt du P. de Toulouse contre le mandement de M. d'Arles ; il faut bien aimer ce mandement qui est le précurseur de la paix, et on devroit le couronner au lieu de le brûler.
Il est plaisant qu' il y ait une demoiselle de Halcrais après qu'il a été dit qu'il n'y en avoit point, mais vous verrez que ce sera un hermaphrodite.
La mort de M. de Metz donne lieu à beaucoup de questions. Son testament et son codicille sont immenses. M'^^de
452 CORRKSPONDAINCK INÉDITE.
Blanzac a donné par donation entre-vifs à M. de Nangis et au comte de Roucy, ses deux fils, le lendemain de la mort du prélat, tout ce qui lui revientde cette succession et de celle de M. le duc de Sully, avec réserve d'usufruit. C'est une grande donation. Vous me permettrez, Monsieur, de vous consulter sur quelques questions de représentation à Tinfini en Bretagne, et de partage des meubles en deux lignes à Metz, et du domicile ; s'il est à Metz ou à Paris.
H. de Honcrif sollicite la place de F Académie; si H. de Nangis la demandoit, il représenteroit le chancelier Séguier; trois Séguier l'ont eue de suite, depuis 1652 ; c'est là quatre-vingts ans de possession.
Lettre LVl\
À Paris, ce 15 décembre, 1732.
Vous devez à présent, Monsieur, être hors d'inquiétude sur votre dissertation. J'ai eu l'honneur de vous en écrire par ma dernière , et j'en aurai tout le soin possible. C'est un ouvrage vraiment rare, et qui est plein de sens et de religion.
La paix du Parlement parolt bien confirmée ; il est à souhaiter qu'elle dure , et elle durera si la guerre des mandements ne recommence point. Je n'ai point encore vu celui de M. le cardinal de Bissy, que l'on dit très-fort pour le Pape et que l'on supprime autant que l'on peut. On dit que le temporel est rendu à M. de Montpellier; on attend M. Petitpied, à qui il est permis de revenir. J'entends dire que dom Louvard est sorti de la Bastille. Voilà une étoile nouvelle qui a paru sur notre horizon, et tout cela loue le Parlement:
La place de l'Académie est briguée par M. de Moncrif , l'abbé Banier et M. de l'Isle-Marivaux ; mais cette place est plutôt de succession que d'élection, et je croîs que vous
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donneriez bien votre voix à M. le marquis de Nangis^ qni est petit-fils du chancelier Séguier et même héritier de M. de Metz par la donation que vient de lui faire et à M. le comte de Rouci, son frère, de cette succession. M"* la comtesse de Blanzac leur mère ; ce n'est pas là le cas de la rigueur des statuts, et dans les discours de 1710 à la réception de M. de Metz, on en parla ainsi. Vous savez d'ail* leurs le mérite de M. de Nangis à la guerre et à la Cour; tout le monde Taime , il est chevalier d'honneur de la Reine, et ce sera faire sa cour à S. M. que de le choisir.
Il court une nouvelle d'une action très-chaude au siège d'Oran : les Espagnols ont fait une grande sortie et ont forcé les Maures dans leurs retranchements, mais les Espagnols y ont perdu plus de 1,500 hommes tués ou blessés, etsurtoutM. de Santa-Cruz, leur général et commandant, qui y a été tué, et qu'on regarde comme une perte irréparable. Cette place coûte bien plus à garder qu'à prendre.
Leiire LVIP.
A Paris, ce 1 7 décembre I7S2.
J'ai entre les mains le livre qui a pour titre : Relation de r origine des progris et de la condamnation du quiétisme répandu en France y avec plusieurs anecdotes curieuses, sans nom de ville ni d'imprimeur. C'est un in-12 de 328 pages imprimées fort menu, et il y a à la fin : Finde lapremiire partie y ce qui en fait attendre une seconde. On apprend dans la Préface et dans V Avertissement que l'auteur est un M. Phélipeaux, docteur attaché à M. de Meaux (Bos- 8uet)y qui a été à Rome avec M. de Troyes d'aujourd'hui et qui étoit employé dans l'affaire, dont il a su tout le secret qu'il nous révèle. J'en ai déjà lu quelques pages; cela est fort curieux, bien écrit, orné de plusieurs lettres, anecdotes, et n'est point du tout favorable à la mémoire de M"* Guyon, qui parolt une quiétiste du grand ordre et une
grande coureuse, j'entends de pais : M"* la duchesse de Sully est fort fâchée ^ mais la réputation de sa mère est faite et elle doit y être accoutumée. H. Parchevéque de Gambray trouvera là aussi son fait, malgré son acquiescement à la condamnation de Rome^ ce qui n'est pas trop charitable ; et on ne va pas manquer de remettre aussi peu charitablement sur le tapis le livre de Jurieu sur cette matière^ intitulé le Jugement (T un protestant , et que sans doute vous connoissez^ ce peut être, vu la corruption du monde. Tout cela donnera une dose à nouvelle du quiétisme, à quoi il faudra remédier quoi qu'il en soit. On peut appeler ce M. Phélipeauxun nouveau Fra Paolo, qui nous donne une sorte d'histoire ecclésiastique quiétiste du dix-septième siècle.
J'apprends que M. de Saint-Hyacinthe veut se mettre sur les rangs pour l'Académie; mais je ne le crois pas catholique ; il est môme comme étranger [et réfugié. M"* de Lambert ne réussira pas à ce récipiendaire, qui n'est pas bien propre à succéder à un évèque.
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A Paris, ce 51 décembre I7S2.
Monsieur Terrasson a rempli sa fonction. Monsieur, et la commission qui lui avoit été donnée étant d'approuver les deux livres ensemble, il ne la peut phis faire séparée, et il seroit bon que vous écrivissiez que vous n'entendez pas faire imprimer votre dissertation à Lyon à la fin du Freret, et que vous m'en rendez le maître et m'en laissez la disposition. Nous devons voir, M. de Ressye et moi, M. Rouilé qui aie bureau des livres, et nous avons déjà été le voir deux fois sans le trouver. Je le connois, il a été mon client, et j'aurai, à Ce que je pense bien, des facilités pour l'approbation et le privilège. Un imprimeur qui est très-bon, nommé de Sain, ami de M. de Ressye, a
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va ]e manuscrit; il a bien Thonneur de vous connoitre, et entre nous, il nous a dit de lui-même que Pabbé D. gagnoit bien avec vos ouvrages ; qu'il a eu cent pistoles de la lacune d'Henri IV, et qu'on étoit surpris de votre liaison si intime avec lui. C'est ce de Sain qui a imprimé en compagnie la Biblia Sacra de Vatable avec les deux traductions de la Vulgate et de l'hébreu ; il n'y a encore que le premier volume^ et c'est assurément un chefd'œuvre d* impression. Il y a desnotos, outre celles de Vatable, qui sont très-bonnes et bien arrangées, une table préface où il est bien parlé de Robert Estienne, et un appendice où sont tous les éloges de Vatable et Pagnin extraits des livres qui en parlent, et encore les chronologies etaccompagnements de la Bible de Vitré. M. de Ressye, qui ade grands fonds dans l'édition decette Bible, m'adit qu'il vonloit vous envoyer un exemplaire de ce premier volome pour mettre dans votre bibliothèque, et vous en serez bien content. C'est ce de Sain, qui est un autre Estienne , qui imprimera votre dissertation, et il n'est pas embarrassé des citations; il n'est point éloigné de nous donner le Coutumier général. Il faudroit m'envoyer le factum ou plaidoyer de Pasquier, qu'on y joindroit avec un petit avertissement de notre façon, pour l'addition de ce factum etdeVexirdiiiduJournal du Palais. Voilà, Monsieur,où nous en sommes de cette affaire dont je vous rends un compte exact. Il y a deux volumes sur le quiétisme, mais on ne débite encore que le premier. Le deuxième est pourtant imprimé, et de Sain m'a dit l'avoir vu. J'ai trouvé le Virelay auxHoUandois, dont il vous fait faire une copie; cela n'est point du style de M. de La Fontaine, mais plutôt de Chapelle ou peut-être de l'abbé Régnier. Je vous enverrai aussi le Temple de l Amitié reconstruit; il y a encore un Temple du Goût; et il faudra un jour quelque Pausanias pour en conserver la description.
Zdire a un succès étonnant ; l'auteur a fait une épltre dédicatoire à un marchand de Londres, que j'ai vue et qui
456 CORUEbPO.NDAKCt JWtDlïE.
est originale^ mais on ne veut pas la laisser imprimer. Messieurs de TAcadémie ont fait faire des honnêtetés à M. de Nangis sur la place de H. de Metz. Il y a répondu par deux fois avec toutes les grâces dont il étoit capable ; il n'a point accepté, et on se tourne du côté de H. l'évê* que de Vence ( le P. Surian ), qui est un autre orateur que H. de Moncrif des Chats,
M. Hérault s'est remarié et a épousé H"^ de Séchelles. M. le Chancelier a dit : La mariée est trop belle. On voudroit remarier aussi M. le duc de Villeroy, parce que H. d'Alincourt est mort et ne laisse qu'un enfant de huit mois, et que cette grande maison ne tient plus qu'à un fil.
Je ne sais ce que c'est que les Lettres imprimées de Monsieur de Fénelon ; je n'en connois point depuis sa ré< tractation .
Je finirai ma lettre, Monsieur, en vous souhaitant une bonne année, en vous renouvelant mes respects, et vous priant de me conserver vos bontés et votre amitié.
Le Pyrrhonisme de M. Crouzas se vend publiquement ici chez Mariette; M. l'abbé Dubos a donné son approbation pour le débit en France.