LIBRAIRIE DE FIRMUN D1DOT FRÈRES, FILS ET C
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MATHIEJLJLARAIS.
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Dimanche, 1er. — Duchesse de Fallari (1). Son portrait et son origine. — Il y a eu bal public au Palais- Royal, la nuit du dimanche au lundi. Le Régent y a paru, tenant sous le bras une nouvelle maltresse , qui se nomme la duchesse de Fallari. Son mari est Gorge (ÏEntragues, fils de Gorge, fameux partisan, qu'on a vu porter la livrée, et qui avoit épousé en secondes noces une Vallançay. Ce fils , après la mort d'une première femme, qui étoit mademoiselle de Nangis, et qui mourut misérableihent dans sa première couche, non sans soupçon de violence, il y a six ou sept ans , passa en Italie , vit le Pape, a qui il parla de la maison de Vallançay, dont étoit sa mère, et s'étant trouvé que le cardinal de Vallançay avoit été autrefois bienfaiteur des an cétres de sa Sainteté, le pape, en reconnaissance, lui donnale titre de duc de Fallari, qui ne lui a pas pluscoùté qu'une indulgence.
(1) Voir les Maîtresses du Régent. 2me édition (Dantu, J86I).
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Le nouveau duc, revenu en France, où il avoit été interdit plusieurs fois pour sa dissipation et mauvaise conduite , trouve une jeune personne en Dauphiné, chez sa mère assez mal à son aise, mais passant pour fille de condition. Il lui propose un mariage; elle l'épouse. Quelques jours après ses noces, il est arrêté pour dettes et friponneries , on lui veut faire son procès. Il s'échappe , passe en Espagne, où il est encore. La duchesse , désespérée trouve" une personne qui en prend "pitié (madame de Vauvray ), qui l'amène à Paris , la met dans un couvent où elle en prend soin , et an bout de quelque temps, la jeune duchesse d'Olonne la reconnolt pour sa parente, et la met dans le monde. Elle joue à trois ou quatre amants à la fois , ne manque pas de beauté/ ni de certain esprit propre à séduire. L'intrigue de la Cour s'en mêle, on veut faire tomber la Parabèfre, <pii fait semblant de ne s'en pas soucier, et voilà la duchesse de Fallari déclarée maltresçe du Régent. Elle se dit d'Harancourt , de la grande maison de Lorraine , mais elle en est bien loin,, son npm e§t de Rauçourt. Son père, homme J>ien fait, venant de rien , passa à la cour de Savoie, où il fut valet de chambre de Madame Royale, et très-avant dans ses bonnes grâces , à ce que dit la chronjque. Il revint en Dauphiné, où il épousa mademoiselle de la Blache , fille de condition assez belle, qui fut très-galante, qui est encore au monde , e|b qui a donné à sa fille l'éducatioa qu'on lui voit. Le Président Tansin (1), de Grenoble, galant de la mère, trouvant la fille à ce bal, voulut lui serrer la main.. Le itégent lui dit : « Masque, c'est trop* de la fille et de la mère, » et le président se retira, sans se le faire dire deux fois. Mais op. entendit, quelque terpps après, chanter dans le bal un vaudeville plaisant sur le
(1) Frère de Habbé, depuis cardinal de Tencin, de madame de Tencin et de Mme de Ferriol, mère ded'Argental, ami de Voltaire. Voir sur les Tencin, Saint- Simon, XI, 182 et les Lettres de M"* Aïssé.
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nomade Faltarï. C'eet une très-ancienne chanson que Ton t»haat**n c&nûû. À u* *.■.:.». v
1 Fatlârhrà'xlômlène, fallarira doûdé.
Tfôii péti&Gouteau* dans une gaine :
-:îov. l h'm esUWfP*tirautre:e0t Waac , .. >„;J( ^utfre est eroroapché d'argent, iallarira, etc.
Les trois petits couteaux .sont les trois amants de la duchesçe, qui. sont loi marquis de Tpssé, Levy et Préaux, (Préaux est conseiller de la Cour et fils £e M* de Vauvray) . Ml amai le Régent a appris qu'il avait des précurseurs.
. i Taxes et agtioss. ~ Les rôles pour les taxes d'actions sont arrêtés. IL y en a 8. Les trois derniers sont très-forts. Les tiinq premiers contiennent 28,000 actions. Bourgeois, caissier de la Banque, est taxé à 1,560 actions, un jûomtaéBrangouze à 2,000 et ainsi des autres. Chacun Jtàche à se tirer vde ces rôles, et offre de l'argent à la nouv«lle maltpessè, qui est venue dans un bon temps pour stanrichtr. Oû> a retenu les actions de beaucoup de gens qui -on* eu lé crédit de se les faire rendre. Il en arrivera ctfmme des taxes de la Chambre de justice, qui n'ont rien -produit qu'aux favoris et aux maîtresses.
i LvnêiSfc;**- Parlement. — Constitution. — Le Parlement s'est assemblé à Pontoise en grand nombre. Les commissaires ont été notnmés sur la Constitution, et on a remis la décision au mercredi 4. Le Régent s'attend avec grande impatience et on ne doute pas qu'il ne soit content. Pour lePàpç, c'est autre chose, mais on dit qu'il se meurt, Joe^ù'il a déjà feint plusieurs fois*, sans l'avoir fait une
istaûe(lV
Actions. ~~ Arrêt de ce jour qui ordonne que les actions qui li'ontpointété timbrées d'tto second sceau seront nulles e\dp nulje valeur. Défenses de les exposer dans le commerce et de les négocier, à peine de 3,000 livres d'amende, ;tanV contre le vendeur que contre l'acheteur.
(I) Clément XI. Il avait été élu pape en 1700. Il mourut le 19 mars 172f.
Billets de Banque. — Autre arrêt qui défend de négocier les billets de 1,000 livres et de 10,000 livres, et qui permet seulement de les convertir, jusqu'à la fin de décembre, en actions et dixièmes d'actions rentières.
Mercredi 4. — Constitution. Enregistrement a Pontoise. Réflexions. — L'enregistrement tant attendu s'est fait à Pontoise en termes suspendus, équivoques, disant tout et ne disant rien, et qui veulent autant dire que si on n'onregistroit point (1). Voici les termes :
ccRegistrées, ouï, ce requérant, le procureur général dti Roi, pour être exécutées aux mêmes clauses et conditions portées par l'arrêt d'enregistrement, lettres patentes de 1714, et conformément aux règles de l'Église et aux maximes du royaume sur l'autorité de l'Église , sur le pouvoir et la juridiction des évêquès, sur l'acceptation des bulles des Papes et sur les appels au futur concile , lesquelles règles et maximes demeureront dans leur forme et vertu. Et pour être la cessation de toutes poursuites et procédures portées par la présente déclaration, pour raison des appels interjetés , inviolablement observée. En Parlement, séant à Pontoise, le 4 décembre 1720. » — Cette dernière clause pour la cessation des appels interjetés a été mise parce que la déclaration dit : « Enjoignons à nos cours de Parlement d'observer et de faire observer inviolablement tout le contenu de cet article> nommément en ce qui regarde les appels. » Mais l'arrêt défend d'en interjeter aucuns, sous quelque prétexte que ce puisse être, et comme l'arrêt conserve les lois de l'État sur Tappel au concile , et que la déclaration ne doit être exécutée que conformément à ces règles , voilà encore la voie ouverte aux appels futurs. Ajoutez que l'on maintient -les maximes 1° sur l'autorité de l'Église , qui seule est infaillible, et non le Pape; 2° sur le pouvoir des évêques,qui sont juges de la doctrine, et qui pourront
(1) V. Barbier, T. I, p. 88.
appeler s'ils ne veulent pas accepter ; 3° sur l'acceptation des bulles des Papes , ce qui renferme le droit de l'Université et de la faculté de théologie en matière de dogme. Cependant l'enregistrement ne parle point des oppositions et des appels comme d'abus, qui ont été faits depuis peu, et qui ont longtemps arrêté cette affaire. Enfin, le Parlement s'est tiré d'intrigue le mieux qu'il a pu. La Constitution est acceptée avec des explications qui né l'expliquent point, et l'enregistrement est fait de la déclaration comme s'il n'y avoit point d'enregistrement. L'un est fait pour l'autre et pour tous deux le temps qui règne, où l'on ne voit que détours, artifices, dissimulations, qui ont pénétré tous les corps de l'État, et qui ont passé jusqu'au clergé et au Parlement. Après tout, le Cardinal abandonne visiblement la religion qu'il a soutenue, au lieu que le Parlement , forcé par des translations réitérées et des violences manifestes, a encore eu le courage de maintenir, autant qu'il a pu , l'autorité de l'État, et ne s'est rendu qu'à la cassation des appels passés que l'on a exigée de lui.
Law n'est pas content de cet enregistrement, qui commence à réconcilier le Parlement et la Régence, ce qu'il craint beaucoup. Aussi dit-on qu'il est de part avec la nouvelle maltresse, et qu'il a contribué à faire renvoyer madame de Parabère, qui étoit contraire à son système, au lieu que la duchesse de Fallari , amie du président Tansin et de toute cette famille, qui est très-unie à Law, le soutiendra. Ces Tansin viennent de Grenoble. L'un y est président à mortier, l'autre est abbé, grand vicaire de Sens. C'est lui qui a reçu l'abjuration de Law : homme galant, intrigant, et de peu de foi (i). La troisième est une chanoinesse ou religieuse , qui vit à présent dans le monde en habit séculier, et qui a été connue pour
- (1) V. dans Saint-Simon et Duclos, sa terrible mésaventure an Parlement, à l'occasion de son procès avec l'abbé de Veyssière.
ses galanteries avec le garde des sceaux d'Argenson (1).
Abbé de Coetlogon. — Actions, — On a rendu les actions S l'abbé de Coetlogon, a qui on les aVoit retenues. C'est un homme de qualité de Bretagne, qui s'est fait le commis et l'Ame damnée de Law, et qui a beaucoup gagné à ce métier, contraire à sa naissance et à son état. Il a pris à vie de Law la terre de Roissy en Brie. Law l'avbit achetée depuis peu delà marquise de la Carte, auparavant veuve de monsieur Rouillé des Postes, dont il a eu cette belle terre pour du papier. L'abbé, plein de sa fortune, qui ne tient point de l'Église, a voulu quitter l'état ecclésiastique, et obtenir'dispense du sous-diaconat, pour épouser .unis maltresse qu'il aime. Mais le Pape l'a refusée , et ce refus a fait qu'il ne s'est point marié , et qu'il n'a point quitté sa maîtresse. Elle s'appelle Duzevest, et est fille d'un gentilhomme de Provence, à qui on a donné une principale commission de la Banque (2).
Jeudi 5. — Fallari: Parabè&e. — La fortune de «la* duchesse de Fallari a passé comme uner ombre. I/étoÛé de madame de Parabère a été plus forte que la sienne. On a tant couru, intrigué et' tourmenté le Régeoft, qu'il est revenu A sa première maltresse, et dès ce soir même il a soupe avec elle et ses favoçis^et a fait dire A l'autre , qui venoit pour souper avec lui, et à madame de Sabra n, qui Taccompagnoit, qu'il était malade et s'étoit couché. Il ne l'a point congédiée autrement. Taat tenu, tant payé. Les amis de la duchesse disent quéT cette aventure n'a pas le moins du monde intëreÉ&étsen: honneur (madame de Vauvray (3) J a soutient bediicfcup^; mais on sait bien que penser d'une femme galante y qui a mangé plusieurs fois avec le Régent en secret, et
(1) V. les Maîtresses du Régent.
(2) Il a épousé, depuis, la demoiselle. (Note de Marais).
(3) Voir, surcelte femme intrigant* les Jtfémo*es éeMU*<to Launay (jffnwde
DÉCEMBRE mo. / 7
qui a été publiquement au spectacle et au bal avec lui.
La duchesse de Sforce (1) a dit aujourd'hui, à une personne digne de foi, qu'étant allée à l'abbaye de Montmartre avec la Régente, une religieuse , sœur d'un chandelier de Paris, s'est jetée à ses pieds, lui a conté les besoins de son frère , et Ta priée de lui faire vendre par le duc de la Force , son parent, 3 ou 4-00 livres de chandelles. Cette bonne religieuse croyoit que Sfojrce et la Force étoienl la même chose, et elle avoit entendu dire que le duc de la Force avoit fait un amas de cire à brûler, comme tout le monde le sait, ce qu'elle avoit confondu avec 4e la chandelle. Ce duc est si déshonoré que les ducs et pairs ont donné une requête au Roi pour le faire dégrader de sa pairie. Elle est déjà signée de quatre, du duc d'Uzès, du duc de Brissac, etc. On Ta fait imprimer et envoyée dans les pays étrangers. (Cette requête n'est qu'un projet de quelqu'un qui ne l'aime pas).
La maréchale d'Est bées. — Un gentilhomme de Bretagne, nommé Mars i 11 y, de la maison de ftoucy, officier des chevau-légers de la garde, devenant des États, avec la maréchale d'Estrées, est devenu amoureux d'elle, jusqu'au point qu'un jour il fit, par jalousie, du bruit dans la maison où étoit le maréchal, à qui] on dit qu'il étoit ivre. La chose s'^toit. passée ^ssez douéemçqt; mais on a appris depuis que ce gentilhomme a été trouvé mort dans un puits dans la ville d'Àvranches , étant revenu de Bretagne p$r la Normandie. On ne sait s'il s'y est jeté, ou si on l'y a fait jeter; quoi qu'il en soit, c'est un amant de moins à la maréchale, qui en sera bientôt consolée et qui çji a bien d'autres. Le jeune et beau Chavelin (2) , avocat général, mort en août 1715, et qui s'étqit fait grand trésorier de l'ordre pour avoir le
(1) Dame et confidente de M^e la duchesse d'Orléans. Voir Saint-Simon, Vfif, 35Ôà357. '
©V'SaiBiSimoA VHyil, 334. , ', ,-
cordon bleu et lui plaire davantage, n'ayant pu accorder le travail pénible de sa charge et de ses amours, y a bientôt succombé.
La comtesse de Saint-Maure. Il court un bruit que la comtesse de Saint-Maure (qui est mariée depuis peu et fille de monsieur de la Vieuville, maître des requêtes, intendant enBéarn) est aimée par le duc de Chartres. Le duc d'Olonne faisant la guerre à ce prince de cet amour, lui a dit : « Pourquoi avez vous pris cette bète à quatre pieds ? » Le mot de l'énigme est qu'elle a ses deux pieds ordinaires , un pied de nez et un pied de ce qu'on ne nomme pas. Saint-Evremont, dans des vers à Madame de Mazarin, dit que, dans l'autre monde, il parlera aux ombres de sa beauté, et leur dira tout ce qu'il en a vu, puis il ajoute :
Mais si , voulant m'embarrasser,
Elles me font une demande,
Si Marion (Delorme) veut s'informer
De cet endroit caché qui se dérobe au monde
Et que je n'ose ici nommer,
Que voulez-vous que je réponde ?
Ceux qui parlent de la comtesse de Saint-Maure en savent plus que Saint-Evremônt n'en savoit de madame de Mazarin.
Vendredi 6. — Fallari. Sabran. — La duchesse de Fallari, que Ton croyoit noyée, estrevenue sur l'eau. Elle a soupe aujourd'hui avec le Régent et entretient encore des espérances. C'est le petit jeu; je l'ai vu vif, je lai vu mort : je Vai vu vif après sa mort. Chirac, premier médecin du Régent, lui a dit que s' étant trouvé dans une assemblée de chirurgiens, il avoit appris que cette dame étoit gâtée, et qu'ils avoient manqué deux fois monsieur
de Levy, son amant, parce que sa v est incurable.
Lé Régent a répondu. c< Je ne m'en soucie guère : si elle me donne des pois, je lui donnerai des fèves. » — On a su aussi que le jour qu'elle fut présentée par madame de Sabran , après quelque discours , madame de Sabran se
retira pour aller tenir, disoit-elle, compagnie à son prince (qui est le prince d'Isenghien) . Elle écouta àla porte, et entendit de ses oreilles mille choses offensantes, que disoient contre elle le Régent et la duchesse. Elle rentra et voulut faire des reproches à l'un et à l'autre. A quoi le Régent dit : « Tout ce que j'ai dit de toi est vrai, et il y en a encore cent fois davantage , que je dirai si tu veux retourner écouter à la porte. »
Samedi!. ^- LePape. — On apprend que le Pape est bien mal. Voilà une nouvelle affaire. S'il meurt, il n'aura pas vu la fin de sa Constitution. On parle de faire partir les cardinaux incessamment pour Rome. Nous en avons six : Noailles, Bissy, de Rohan, Polignac, Gesvres et Mailly, mais ils sont embarrassés par où passer, à cause de la peste de Provence et des quarantaines qu'il faudra faire. Ils pourroient bien arriver après l'élection.
Les affaires publiques empirent tous les jours; on parle de donner des comptes en Banque à tout le monde pour les actions et les rentes. Il ne se fait point de consommation. On ne vend rien, parce que les marchands, qui pourroient acheter les vins et grains, n'ont point d'argent. En Bourgogne, tout le vin est restéet il n'y a point d'entrées.
Conseillers d'État. — MM. de Caumartin (1) et de Bou ville, conseillers d'État, sont morts. M. de Machault
et , qui envient les expectatives, ont leurs places
au Conseil.
Guiscar. — M. de Guiscar, lieutenant général des armées du roi et gouverneur de Sedan, mort (2). Le gouvernement donné à M. de Médavi.
Dimanche 8. — Parlement. Constitution. — Ce matin, on a publié la déclaration du Roi sur la Constitution, avec l'enregistrement du Parlement à Poutoise; et,
(1) V. Saint-Simon, XI, 344.
(2) IbM., XI, 343.
en même temps, des lettres patentes, qui lui donnent la connaissance de toutes les contestations survenues et à survenir; et qui révoquent l'attribution au Grand-Conseil» Elles sont du 25 novembre. On a voit donc de bonnes paroles du Parlement, et on feavoit bien ce qu'il de voit faire le 4 décembre.
Polignac. —Le cardinal de Poligoac, qui étoit exilé, il y a longtemps, pour l'affaire d'Espagne et de madame du Haine, est rappelé. L'état où est le Pape a produit ce changement. On a besoin de ce cardinal, qui a beaucoup d'esprit, et qui est capable de grandes négociations. Il a été autrefois en Pologne, où il fut amoureux de la Reine ; il a fait en France l'amoureux de madame la Dauphine, puis il est venu à madame la duchesse du Maine, qui Ta engagé dans la conjuration d'Espagne et qui a pensé se perdre avec elle (t). *
Le Régent a donné quatre gros bénéfices à quatre chevaliers de Malte, officiers de marine, qui ont bien servi à Marseille pendant la peste : MM. le chevalier de Langeron, de Levy, etc. Ces grâces sont bien placées, quand de telles gens les obtiennent.
Les comptes en banque ou écritures nouvelle* sont rejetées, pour n'être point forcées dans le public à toutes sortes de payements, comme on l'avoit proposé pour sortir d'affaire ; mais cet expédient rejeté donne de nouveaux embarras. Law est prêt à tomber. Le Régent a dit qu'il avoit envie de l'envoyer à Effiat (2) avec bonne es~ corte. Les actions deviendront à rien. On n'ep donne que 500 en argent ou 5,000 en billets de banque qui ne valent pas 100 livres pièce.
Lundi 9. — Premier président? de Mesmbs, LoRG^.Le
(1) Voir, sur le cardinal de Polignac, les Mémoires de dyArgentony Saint* Simon, le Président Hénault et Madame. Melchior de Polignac, archevêque d'Audi et cardinal, né en 1661, au Puy, mourut en 1741. Auteur du célèbre poëme latin VAnti- Lucrèce. ; \
(2) Terre en Auvergne appartenant à Law.
DÉCEMBRE 17M. tl
premier Président est vend à Paris et' a été bien reçu du Régent. Il marie Mlle deMesmes,' sa fille» aînée, au duc de Lorge, qui est déjà veuf d'une fille de H. Chamillard, dont il a eu trois enfants. Le premier Président assure à sa fille la terre de Cramayel, et elle a de son chef et par des substitutions, de grands biens. lliait ce mariage pour la faire duchesse, car ce duc, quoique jeune enoore, est ruiné, et les enfants de ce deuxième mariage n'auront point les honneurs. Le duc de Lorge n'est point pair, il est duc héréditaire, avec les honneurs du Louvre et non du Par*lement. Le Régent a dit au premier Président qu'il étoit content de ce que l'on avoit fait, et qu'il falloit lui laisser faire son mariage à Pon toise, où tout étoit disposé. Ainsi le Parlement reste encore là, et on ne sait quand il en sortira; La fille cadette du premier Président, mariée avant l'aînée, est femme du marquis de Lautrec, fils du marquis d'Ambre. L'aînée est pleine de mérite et de sagesse (1). La cadette est plus jolie et ne hait pas ceux qui le lui disent. Le Pape. Lafeiteau, évèque de Sisteroot . — La nouvelle du Pape se confirme. On le dit mort. Le Régent a fait venir le cardinal de Rohan, pour prendre des mesures avec lui. Nous n'avons à Rome aucun ambassadeur. Il n'y a que l'évêque de Sisteron (autrefois le P. Laffiteau, jésuite) qui y soit chargé de nos affaires, et le Cardinal Ottobon , protecteur de la France. L'empereur pourroit
(1) Marie- Anne- Antoinette. Voir air ce mariage, auquel tout le Parlement assista en robes roujges, Barbier, I, ,91 et Saint-Simon, £1, 346. Le portrait des deux sœurs, par ce dernier, respire toute sa haine, si invétérée contre la maison de Mesmes et le premier président. « Le premier président, -qui étoit veuf, « n'avoit que deux filles. Elles étoient riches, et pour contenter les fantasques « l'une étoit noire, huileuse» laide à effrayer, sotte et bégueule à l'avenant, dévote « à merveilles ; l'autre rousse comme une vache, le teint blanc, de l'esprit et du « monde el le désir de liberté et de primer. » Selon Saint-Simon, ni l'un. ni l'autre de ces mariages, ne furent heureux, par la faute de la femme (VII, 330). Mais ce Liuitcec, qu'il noua représente comme une victime résignée des incompatibil ilé& conjugales, n'^uroit pas été,, selon Madame, exempt des phis se> vères reproches. Ses débauches scandaleuses auraient fait mourir son père de chagrin. {Madame, II, 306).
bien se rendre maître de tout ce qui va se passer à Rome et de l'élection future. Cet évèque de Sisteron vient d'adresser un mandement à son peuple, qu'il n'a jamais vu et qu'il ne viendra pas voir de sitôt, ce qui lui donne occasion de déclamer contre la peste dans des termes trèschoisis et très- éloquents.
L'abbesse de Cbelles (1), fille du Régent, s'ennuie dans son abbaye, et vient passer quelque temps au Val de Grâce, où elle sera plus près de la cour, et des expédients pour y revenir, si cela se pouvoit.
M. de Louvigny. Loulou. — Le duc de Louvigny (fils du duc de Guiche), étant à la Banque, entendit un homme qui disoit à un autre : « Ce petit Lamolte est bien heureux d'aimer une aussi jolie femme que cette madame de Lou... » Il n'acheva pas, parce qu'il aperçut en ce moment monsieur de Louvigny, et il étoit question de sa femme. Monsieur de Louvigny, qui est un homme de très-court esprit, ne se doutant de rien, va trouver un ami de Lamotte, connu pour son confident, et voulant faire voir qu'il est instruit des galanteries de la cour, il lui dit que Lamotte a une très-aimable maltresse qu'il sait bien. L'ami dit qu'il ne sait ce que c'est. Louvigny lui dit : « Je te dirai la première lettre de son nom ; c'est un L. «Je n'en suis pas plus avancé, » dit l'ami, qui trembloitque le mari ne sût l'aventure. « Oh bien ! la deuxième c'est un 0. » La frayeur redouble, et l'ami persiste à dire qu'il n'y entend rien; « Tu l'entendras mieux par la troisième c'est un U. » L'ami croyoit tout perdu quand M. de Louvigny lui dit : « C'est madame deLouvois. » Ce qui
(l) Louise- Adélaïde d'Orléans, née le 13 août 1698; Abbesse de Chellet ; morte, le 20 février 1743, dans la retraite, au couvent de Notre-Dame du Trainel. Voir, sur cette princesse originale et savante, Saint-Simon (XI, 119, XIII, 60). Duclos; les Mémoires de d'Argenson, les Mémoires de Manrepas (t. 1er), et notre livre intitulé : Les Confession de l'abbesse de Chelles, Paçis, Dentu, 1863, où nous avons essayé de ranimer, dans une sorte de synthèse autobiographique, cette aimable et attrayante figure, une des plus caractéristiques de la Régence.
ayant remis les sens de l'ami, il lui dit : Tu ne me devois pas faire tant languir, j'en suis bien aise, mais Lamotte ne m'en a jamais parlé. » Depuis ce temps, on appelle M. de Louvigny Loulou. La cour, qui n'aime ni estime ce duc , qui est décrié et rejeté partout, est bien aise de cette aventure, que tout le monde conte, fausse ou vraie.
Mardi 10. — Prêts des actions. — J'ai mal fait de payer. 11 y a une foule extraordinaire à la Banque, pour payer le prêt de 150 liv. par action. J'y ai été comme les autres, et ai payé 750 liv. pour cinq actions, dont 500 liv. en argent sur le pied qu'il étoit à la fin de novembre, et 250 liv. en billets. On vous donne des actions nouvelles, scellées de trois sceaux, en échange des vôtres, et des petits billets de 32 louis d'argent, aux poids et titre de ce jour, payables au porteur dans un an. Ils sont datés du 29 novembre ,et les intérêts y sont compris. Il y en a autant que d'actions, et on en va voir tout Paris rempli, comme des billets de banque. Je, vis un particulier (le sieur Fonton, contrôleur de la maison du Régent) porteur d'un ordre de 13,172 liv., qui lui fut payé en tan billet sur cet argent que Ton recevoit, et il m'a dit que c' étoit pour payer les troupes, et que tout ce que l'on faisoit donner par les actionnaires n'étoit que pour cela. 11 faut qu'on soit bien pressé.
Le bruit s'est répandu que Law étoit arrêté ou congédié et envoyé à Effiat, qui est une terre du défunt marquisd'Effiat, qu'il a achetée. Mais cela ne s'est pas trouvé vrai. 11 y a un grand abattement et une grande consternation chez lui. L'orage gronde terriblement, et nous en verrons bientôt les effets. Chacun Jui prépare des supplices, et, dans la Banque même, on parloit si haut contre lui et le Régent, qu'on en étoit scandalisé. Le Parlement adonné des articles pour son accommodement, et le premier est que Law soit chassé. Law a voulu aller au Palais-Royal ce matin ; le Régent a fait dire qu'il étoit malade, sur quoi Law a dit qu'on travailloit à son expulsion^
et que c'est de qu'il demande depuis longtemps. On croit le Régent et loi bien d'accord.
il é toit arrivé plusieurs des messieurs du Parlement à Paris depuis l'enregistrement. Us s'en retournent, pour être au mariage de mademoiselle de Mesme, et pour attendre le sort des affaires, qui séria bientôt décidé.
Voici la copie des deux dernières lettres de cachet peur le Parlement.; (Translation du Parlement à Blois sans effet). v
Première lettre. «Monsieur, ayant, pour de bonnes considérations, résolu de transférer ma cour de Parlement, séant à Pontoise, en ma ville de Blois, je vous fais cette lettre, de l'avis de mon oncle le Régent, duc d'Orléans, pour vous enjoindre et ordonner de vous y transporter, toutes affairescessantes, pour assister- àTouverture de mon Parlement, qui s'y fera le 2 décembre prochain, pour cette année seulement, et sans tirer à conséquence ; et pour y être instruit dé mes intentions, et y rendre la justice, à votre ordinaire, "en vertu de la déclaration qui y sera envoyée. Vous faisant cependant défense de vous assembler nulle part ailleurs> sous quelque prétexte que ce soit, sous peine dfe désobéissance et de privation de votre charge. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur, en sa sainte garde. «Écrit à Paris, le 10 novembre 1720. Louis, et plus bas Phélipeaux; Suscription : à M. . ., Conseiller en ma cour de Parlement, séant à Pontoise.
£ Deuxième lettre. « Monsieur, je vous ai donné mesordres le 10 de ce mois pour vous transporter en ma ville de Blois, afin d'assister à l'ouverture de mon Parlement, que j'y a vois indiquée au 2 décembre prochain, en vertu de la déclaration que je devois faire expédier à cet effet, avec défenses de vous assembler ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit, sous peine de désobéissance, et de privation de votre charge. Estimant cependant à propos que vous vous rendiez en ma ville de Pontoise pour y vaquer à
- DfiCEMBRK 17*0/ 15
vcwf fractions ordinaires dans l'exercice de la justice, je vous fais cette lettre, de l'avis de mon très- cher et trèsamé oncle, le duc d'Orléans, Régent, pour vous dire que mon intention est que/ toutes affaires cessantes, vous vous rassembliez en ma dite ville dePontoise le 25 du présent mois, et n'étant la présente à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur, en sa sainte garde. « Écrit à Paris, le 17 novembre 1720. Louis, et 'plus bas Philipeaux. La suscription est,: AM.f, Conseiller en ma cour de Parlement.
Observez, sur ces lettres, que l'une est du 10 et l'autre du 17 novembre,1 qu'en ces 8 joute on a négocié l'enregistrement défia Constitution ef que les lettres d'attribution au Parlement et de révocation de celles du grand Conseil étant du £5 novembre, jour 'que le Parlement 9e devoit rassembler à Pontoise, on comptait certainement Si* l*ehïegistreitfent, qui n'a été fait que le 4 décembre.
Mercredi , 11. — Marseille. Peste. — On a vu des lettres de Marseille, dû 27 novembre, qui disent que la peste y est déclarée plus que jamais , que 40 personnes saines ont été attaquées, en un même jour, de cette maladie, avec tous les signes de peste les plus caractérisés, et tels que l'on n'en avoit point vu de pareils ; qu'elles sont mortes en deux jours; que Ton attribue ce nouveau malheur aux jours chauds que l'on a eus depuis peu , qu'on n'a d'espérance qu'à la gelée , mais qu'on craint qu'au printemps cela ne reverdisse; c'est le terme de la lettre. Brunes , fameux négociant de Marseille, écrit qu'on ne soit point étonné de ne plus recevoir de ses lettres, parce qu'il est à sa dernière feuille de papier.
Le Pape malade. — Les Jésuites, qui ont des nouvelles du Pape, disent qu'il n'est point si mal; que ses jambes s'étoient fermées, et que leshumeurs avoient porté quelque délire dani le cerveau, ce qui avoit alarmé; mais qu'il y avoit apparence qu'elles Seïouvriroiént, comme il est déjà arrivé plusieurs fois. Ce que les jésuites espèrent , beaucoup dé gens le craignent» La Fontaine disoit d'Inno-
cent XI , qui se mouroit, dans une lettre à M. de Vendôme :
Pour nouvelles de l'Italie,
Le Pape empire tous les jours.
Entendez, seigneur, ce discours
Du côté de la maladie,
Car aucun Saint-Père autrement
Ne doit empirer nullement ;
Celui-ci véritablement
N'est envers nous ni saint ni père , etc.
Actions. Prêts. — On continue toujours à la Banque de payer le prêt de 150 livres, et de retirer les actions timbrées du double sceau. Mais plusieurs personnes, qui vont pour les retirer, trouvent une note pour les laisser* parce qu'elles sont destinées aux taxes. On ne donne, chez les agents de change et parmi les agioteurs, que 10 livres du billet de 100 et 90 du billet de 1,000 livres. Les billets de 1,000 livres se prennent, pour le prêt des actions, pour la partie qui se paye en papier.
Law. — Les mouvements sont plus grands que jamais pour faire tomber Law. On ne doute pas que pour cette fois il ne succombe. La partie est très-bien faite. 11 a contre lui madame de Parabère, qui ne veut se raccommoder avec le Régent qu'à condition qu'il sera chassé. Le Régent en est comme fou , et court après elle comme un enfant. D'un autre côté, le Parlement, qui est tout prêt à revenir, et dont on a besoin, demande son expulsion. M. le Duc, qui le protégeoit, estobligéde céder, peutêtre malgré lui. Law s'est fait une affaire avec M. de Vendôme, qui lui avait reproché le prêt des actions. Il lui a répondu que le Régent l'avoit voulu» Sur quoi, M. de Vendôme en ayant parlé au Régent, il Jui a dit que c'étoit une invention de Law, et que, pour lui, il n'y avoit aucune part. Sur cette réponse , H. de Vendôme a dit à Law qu'il étoit un malheureux , qu'il l'avoit trompé; il lui a voulu passer son épée au travers
du corps, et lest venu dire au Régent , qui lui a dit qu'il auroitbien fait. Le voilà mal avec les princes, avec les femmes et avec tout le peuple. On ne le croit pourtant pas si mal avec le Régent lui-même, qui en a tiré tout l'argent, qu'il garde et qu'il ne veut point lâcher. On recommence à parler de la souveraineté de Flandre, qu'il veut acheter de l'Empereur, pour se faire une retraite honorable (1).
Le bruit se répand ce soir que Law est renvoyé, qu'il y a un contrôleur général nommé et des intendants des finances, et que toute l'administration va changer. Dieu veuille que cela soit pour notre bien.
Jeudi 22. — - On a appris ce matin, certainement, que H. Pelletier de la Houssaye, conseiller d'État et chancelier du Régent (2), est nommé contrôleur général des finances. 11 avoit tout quitté le 7 juin 1720. Et MM. d'Ormesson (3) et Gaumont, commissaires généraux pour travailler sous lui, comme faisoient autrefois les intendants des finances. On est encore incertain sur ce que deviendra Law : il est toujours chez lui, et on ne lui a point ôté la direction générale de la Banque et de la Compagnie des Indes. Les uns disent qu'il va à Guermande, qui est une de ses terres proche Paris , d'autres à Effiat. On ne le croit point du tout disgracié, et ceci est encore une intrigue qui n'est point nette , et qui se développera avec le temps.
Le duc de Richelieu a été reçu à l'Académie françoise à la place de M. Dangeau (4), et M. l'abbé Roquette à la
(1) Ce bruit absurde courut en effet. V. Mémoires de la Régence (III, 74).
(2) Félix Lepelletier de la HQussaye, conseiller d'État, etc.. contrôleur général, fut, en 1721, nommé prévôt et maître des cérémonies des ordres du Roi. 11 mourut en 1723. (V. Mém. de la Régence, III, 74.)
(3) Beau -frère de d'Aguesseau.
(4) Au trente-deuxième fauteuil. Voir, sur cette réception, et le discours du récipiendaire (dû à Destouches, Fontenelle etCampistron, et dont l'orthographe seule appartenait en propre à Richelieu), sa Vie privée par Faur(I, 181).
T. il. 2
18 MÉMOIRES- DE MA'flJlEtt MARAIS,
placé de l'abbé Renaudot. Le Duc a fait un très-beau discours, où il a fort loué le maréehal de Villafrs, qui est de l'Académie, ef, en pariant du Roi; il a bien parle du maréchal de Villeroy ; son gouverneur. L'abbé fcédouyn (1), directeur, lui a répondu, et en louant l'abbé Renaudot, homme d'un esprit solide» il s'est jeté sur 6<ès gens subtils dont les pensées échappent à l'esprit et sur ces poëtes dont les vers sont beaux quand ils feont récités^ et sur le papier ne se soutiennent plus; voulant par là désigner M. de Fontenelle et M. de la Motte. Lequel M. de la Motte a lu une ode sur la mort de madame Dacier, où il parle encore contre Homère. C'est sa marotte. ! '
Le cardinal de Rohan part pour Rome incessamment. Il y va comme chargé des affaires de France. On a 'besoin de quelqu'un là bas qui puisse représenter dignement. L'Empereur s'y rend le maître. 11 à exigé une«a- . tisfaction du cardinal Albani, neveu du pape, qui, comme gouverneur de Rome, avoit fait arrêter un courrier de TËmpereur et prendre ses paquets , pour avoir passé par un pays suspect de contagion.
Thésée, opéra. — On a joué pour la première fois Fch péra de Thésée (2) , qui a été remis au théâtre > et où il s'est trouvé beaucoup de monde. Paris a été étonné d'y voir Law, avec sa femme et ses enfants, et l'impudence angloise a joué son jeu. Il a un fils et une fille, assez bien faits tous deux, et impudents comme leur père. Sa dis^ gràèe est une chose fort équivoque. Le dtwi de la Force, qui a toute honte bue, étoittwec eux.- •
M. Pelle tier-Desf ors, qui faisoit les fonctions de contrôleur général sans en avoir le titre, est remercié.
(1) Nicolas Gédoyn, Jésuite, né à Orléans en 1667, auteur d'une traduction de Quinlilien. 11 était entré à l'Académie, en 1719, comme successeur du mar* quis de Mimeure.
(2) Thésée, poème de Quinault, musique de Lnîli, représenté pour ta première fois devant le Roi, à Saint -Germam-en-Laye, le 1 1 janvier 1675, par les musiciens du Roi joints à ceux de l'Académie royale de musique.
, ;,.,. r DÉCEMBRE #T$Ofl. 'o." . tt
ill'étoit dès Je 7 juin 172Q (vide stiprd). On dit qu'il » demandé à se retirer, mais, quelque mal qu'aillent les affaires publiques, oa veut toujours être dp quelque cfcçse^et cm n'aime; pas à voir l^t^,d:audiei^ Solitaire, ^ \ , • .-. *. .; • *t -,--*- .- v ^ r.* ,..
Le bruit est partent que le Parlement reprendra se* séances, à Paris mardi prêchait). Cependant ou croit qu'il y a encore à tout cela un dessous des cartes bien, mêlé, et<qije:Law, qui n'çst nldedansni dehors, arrête encore bien des mouvements. «
VendrediiS. — law e$t toujours à sa place, et à la Banque et à la Compagnie. L'attention générale» est tournée, sur lui. Qn a dit que MU. Bernard (Samuel) et Crozat étoient nommés, l'un pour diriger les actions, l'autre pour les comptes en banque. C'étoit le bruit uài-» versel de Paris v -mais j'ai diné chez Blr Bernard/ qui m'a dit qu'il a'en avoit, point entendu parler, etroilà ce que c'est que les bruits publics. .
On ma assuré qu'il y avoit des maladies malignes autour de la ville de Bourges; qu'on 'ÂVott^té obligé de fermer la ville,' Jet que l'an1 avoit envoyé à Ml le çâîrdïrial de Gèvres; archevêque de Bourges/ qui est1 'à Paris, un projet de iwanrfémm^poùrordôiïnei* des prières obliques. Il n'y a que 60 lieues <îe Bourges à Paris; cela seï^tit affreux si ce mal altoit' gagner 1 ( ^ftôké. ^ Les cWdinaux ne se pressent point d'aller à Rptne* Il n'y a que le cardinal de Rohan,qui part mardi prçehainet quiy va, par ordre delà Cour. Toutes ses belles nièces, qui n'aiment point l'Italie sçmifâchées de le voir partir* et il y aura bien des larmes répandues ce jour-là, qui seront essuyées bientôt après. . <
M.. de la BLoussaye a déclaré qu'il ne yecevroit la cornmission de tfpnjtrôlêur général) qu'à condition que Law sortirait de Paris y et qu'il la rendroit dès qu'il y rentrerait. On a vu des carrosses de Law et de ses chevaux dtv côté de la. porte Saint-Antoine 9 qjui :e*t le chjémin de
Guermande, et du côté de la porte Sainte Honoré, qui est le chemin de la Martre, qu'il a eue de M. Desmarest. Il sera parti pour l'un ou pour l'autre.
- Évêqoe de Boulogne. — La Cour ne s'est pas contentée de la satisfaction faite par les habitants de Quevres à l'évèque de Boulogne. Elle a donné ordre au commissaire des guerres de la ville d'Aire de lui amener douze dès principaux habitants, pour lui faire une plus ample satisfaction. Ils lui furent amenés le 24 novembre, par un officier de cavalerie, fils de ce commissaire, et la satisfaction se fit, en présence de plusieurs gentilshommes et autres personnes de considération de la ville de Boulogne, et d'une foule de peuple qui suivoit les députés.
Les comptes courants gagnent 75 pour cent contre les billets de banque.
Grande cérémonie à Constantinople le 10 octobre, pour la circoncision des trois princes, fils du Grand Seigneur.
État des troupes (F Espagne, qui est gravé et en françois.
87 rég. d'inf., qui font 158 bataill. de 500 h. à la tète desquels sont les gard. esp. et les gard. wall 79,000
24 rég. cav. à la tète desq. sont les gardes du corps, 98 esc, 12& h. chacun 11,760
21 rég. drag., 80 esc, 150 h 12,000
Total. . . . 102,760
Protestation. — Protestation signée contre le mandement du cardinal par plusieurs ecclésiastiques , curés et réguliers. Le cardinal a dit au supérieur d'une grande communauté qu'il espéroit, par son mandement, donner la paix à l'Église. Le supérieur lui a répondu qu'il ne feroit que causer du trouble et augmenter la division. Le cardinal répliqua : « Ayez soin qu'il n'y ait point d'intrigue dans votre maison et qu'on y demeure en paix. » — «C'est une affaire de conscience, reprit le supérieur, je n'ai garde de gêner la conscience de personne , je laisserai à
chacun la liberté de la consulter et de faire ce quelle lui dictera. Le cardinal ne dit plus rien. Le prieur des Carmes en fit autant.
- Le coureur du cardinal, qui portoit son mandement aux curés, a été mal reçu partout, hors par le curé de Saint-Nicolas du Chardonnet (1), qui, le voyant fatigué, le fit boire et manger. « Vous me rendez la vie, lui dit-il, j'ai couru tout Paris, pas un ne m'a offert un verre d'eau. » Ce curé, qui vouloit publier le mandement, a reçu défense de le faire.
La Faculté de théologie de Nantes a reçu ordre ds recevoir les docteurs qu'elle avoit exclus au sujet de la Constitution. Elle les a reçus le 1er novembre, mais à condition de satisfaction pour les discours injurieux qu'ils ont tenus. M. Forré, exilé, est de retour. 1
Le Régent paroit publiquement au spectacle avec la duchesse de Fallari et madame de Vauvray , qui la mène pendant qu'il est en particulier avec madame de Parabère. Ce sont des maltresses alternatives et concurrentes."
Ce jour après dîner , les directeurs de la Compagnie des Indes ayant été faire compliment à H. delà Houssaye sur sa place, il leur a dit que le premier qui auroit communication avec Law, directement ou indirectement , il le feroit mettre dans un cul de basse fosse. Il a paru fort irrité contre cette Compagnie, et ne veut pas qu'il soit dit que tout ceci soit un jeu , ou au moins qu'il en soit de part.
Samedi 14. — Law parti. — Law a pris son parti de sortir de Paris sur les irois heures et n'a pas voulu attendrequ'onl'enaitmisdehors. Il s'est retiré à Guermande, à six ou cinq lieues de Paris, avec son fils et le mylord Mar. Sa femme et sa fille doivent partir demain. C'est
(1) Église du treizième siècle, réédifiée en 1661 dans la rue des Bernardins, au coin de la rue Saint-Victor. Elle doit son nom au fief du Chardonnet, sur le territoire duquel elle fut construite.
comme si la peste avoit cessé dans Paris, mais les restes eh dureront encore longtemps. On dit qu'il ne doit rester que trois jours à Guermande ? et que de là il doit aller à Effiat avec escorte. ■'■<•■
^Tai appris qutfce matin il a efc tane dernière audience du Régent, à qui il avoit éerit la veille une lettre de six pages. M. de la HoussayeVy est trouvé, et a répondu vivement à toutes ses méchantes raisons. Le fier Écossois est s<wti impudemment, et adit qu'on n'avoit point vmilu suivre son Système, et qu'il avoit donné de bons avte dont on- ne s'étoit pas servi, que Ton s'en trouveroit'irial, et M. le i Régent tout le premier. Il a dit cela quand iba été dehors. .-'?'/<'
Mariage dur duo de Lorge avec M"e de Mesmes fait à Pontoise. Le contrat de mariage Signé par io^s les présidents e4 conseillersdu Parlement, quç le premier Président adit ètie ses Xcèresv <&'<!*** ne s'est jamais vu. *- *
Le'Régent adit à M. Desfcrs, en le remerciant, qu'il, é toit eontent de son travail et de sa probité , mais que M. le Doc avoit esigéiqu'on ne se servit plus de luii.
On a des .nouvelles» que Je» Pape ; se porte mieux et son médecin (Lanoisiy qui est un des plus habiles médecins du monde ) a dit qu'il le ferai t vivre ^encore six ans/malgré toutes eeô incommodités^ - j >•..
Le oheva&er de Gommingesj (1) a reçu une lettre de Rome, pu on lui marque : a Vous serez bien étonné d'apprendre qu'on attend ici le cardinal Alberoni y qui est chargé des affaires d'Eipagncasvec 2|000 écài d'appointements par mois. Gela seroit bieri surprenant ;»mais, apparemment^ on croyoit le Pape mort quand. cette commission lui a été donnée.
Arrêt ne Bretagne cassé sur la cire et le suif. — Le Parlement de Bretagne a donné arrêt, le 21 août, qui
(1) V. sur ce chevalier de Commingés, Salnt-Smioto, Vf, 803.
DÉCEMBRE 1720. * 3s
/ail défense à tous .éjtrangers,, qui u'ont pas leur domicile en Bretagne, d'enlever de la province du beurre , du suif et .de tapira* Cet arrêt a été cassé par un arrêt du 30 novembre (publié aujourd'hui), parce qu'il donne atteinte à la liberté du commerce qui doit être entre la Bretagne et les autres provinces de France, a S. H. voulant maintenir dans toute son étendue cette liberté si nécessaire* qui procure è ses sujets de différentes provinces le s*luUtie avantage d< se communiquer , mutuellement, spit en denrées ou marchandises , les choses nécessaires tant à leur subsistance qu'à leurs autres besoins, et con- ^idérapt que la correspondance, réciproque entre ses gjujetg recevroit une atteinte que les règles et le bon ordre ne peuvent, permettre., cet arrêt subsistant... » Voilà te ptyle de M. le Chancelier.
Jtimwwhe 15 , lundi t6^- — . En entrant au conseil de agença Le 15 , plu^ieuiîs officiers se sont présentés, qui ont dit au Régept qu'ils navoient point d'argent pour payer les < 150 li vues pour leur action. Il leur a dit qu'on ies.rejfendïKHt sur le* appointements de, ceux qui ne poudroient payera On a parlé de réforme des troupes, maison n'en parle .plus, fit on paye la remonte de, la cavalerie, .
Dans ce conseil, il a été rendu un arrêt qui proroge jusqu'au 31 décemhre inclusivement le délai pour payer les 150 livres par action, et permet aux directeurs de recevoir des actionnaires le louis d'argent sur le pied de £ livres et le louis d'or de la nouvelle fabrication sur le pied de. 54 livres. Ce) acrêt a été publié le lundi 16, et il est rendvi ; «■ 0*fc le rapport du sieur Pelletier de la Houssaye, conseiller d'État ordinaire et au conseil de Régence pour les finances, contrôleur général des finances. » C'est le premier arrêt de* son ministère, On suit les errements de la Compagnie des Indes > et on n'a garde de quitter une voie qui apporte de l'argent.
f Law. ~+- 11 y a encore deux partis pour Law. Les uns
disent qu'il est perdu sans ressources, d'autres qu'il ne Test pas et qu'il doit revenir. Ce qui étonne , c'est qu'après que l'on a vu un Chancelier rester à Frênes dans un exil de deux ans et demi, et le Parlement souffrir une doublé translation en six mois, on voie un étranger, qui est la ruine de la France, sortir tranquillement et volontairement de Paris, et se choisir, en quelque sorte, le lieu de sa retraite, pour se mettre à l'abri de toutes recherches. Madame de Prie a dtné avec lui le jour de son départ ; elle y perd plus qu'une autre, car on dit qu'il lui donnoit vingt mille écus pour avoir sa protection. Depuis un an, il a donné plus de cent millions à ceux qui l'ont soutenu dans son poste. Le Garde des sceaux, dont il s'étoit fait un ennemi, lui a gardé rancune, et s'est joint avec l'archevêque de Cambray, qui ne s'en cache point , et qui dit qu'il n'y a point assez de supplices pour punir un tel coupable. Il a donné un état des affaires, qui s'est trouvé faux dans presques toutes ses parties.
On dit aujourd'hui qu'il ne doit rester que trois jours à Guermande, et que de là, il a l'ordre d'aller à Effiat, où il sera gardé. Mais cette garde est fort équivoque , car elle peut être aussi bien pour lui que contre. Sa fille eut encore l'impudence de paroltre dimanche 15 à l'Opéra, mais un garde du corps du Roi donna un soufflet à son £etit nègre, et un coup de pied dans le cul à la petite fille, qui voulutse récrier ; mais sa gouvernante, plus sage, lui dit qu'elle avoit été pressée par la foule.
Les Paris sont mandés : ce sont les gens du Garde des sceaux. Ils ont dit qu'il leur falloit un ordre; on le leur a envoyé etils vont revenir, hors un des quatre, qui, pour être trop grand , car ils ont la taille gigantesque , s'est cassé la tête à une porte.
- Samuel Bernard. — Le contrôleur général a mandé Samuel Bernard , qui a dit qu'il ne vouloit ni qualité ni intérêt dans la Compagnie; qu'il donneroit son temps, ses avis et ses mémoires pour examiner l'état des choses,
DÉCKMBRR 1720. 25
mais qu'il ne feroit rien pour se déshonorer ni se ruiner. v Mardi 17. — Le Parlement rappelé de Pontoise. — Enfin l'exil du Parlement est fini, et Law, chassé, ramène les beauxjours de cette Compagnie, qui ne vouloit pas rentrer dans Paris tant qu'il y seroit. Ce matin, on a enregistré à Pontoise une déclaration du Roi qui ordonne ce retour/ Aussitôt, tous les HH. ont quitté et sont revenus, et Ton doit rentrer vendredi au Palais. On ne peut guère douter qu'on ne leur ait sacrifié Law, puisque l'époque de leur retour et de son exclusion est la même. Cette énigme politique s'expliquera par la suite des temps. Il est toujours glorieux à la Compagnie de ne plus rencontrer à Paris ce malheureux étranger qui, ne connoissant ni les lois , ni les ordres de la France , disoit qu'il falloit chasser cette vermine de Parlement, et que les Roisétoient maîtres de décréer ce qu'ils avoient créé. Nous verrons bientôt la déclaration elles motifs. #
Mmc Dacier. — M. Burette (1)> médecin de la faculté de Paris, académicien de l'Académie des sciences et des belles-lettres, et qui travaille au Journal des savants, m'a envoyé un Éloge qu'il a fait de M"16 Dacier. Il est trèsbeau et trèsr circonstancié ; il rapporte les ouvrages qu'elle a faits et leurs éditions différentes, et laisse une idée bien singulière d'une femme qui a tant travaillé pendant toute sa vie (née en 1651 , morte le 17 août 1720, âgée de soixante huit ans), qui joignait les grâces du style aux sciences , et qui a fini par les traductions de V Iliade et de Y Odyssée d'Homère (2). Il y a un bel endroit d'une lettre de la reine de Suède à cette savante : « Par quel charme secret, dit elle , avez- vous su accorder les
(1) Pierre- Jean Burette, médecin et antiquaire français, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, né à Paris le 21 novembre i€65, mort le 19 mai 1747. V Éloge de M«"e Dacier fut publié en 1721, in-4°. Voir sur Burette, auquel la science de l'antiquité doit beaucoup, son Éloge par Fréret, Mémoires de V Académie des inscriptions, etc,,XXI, 217.
(2) V. sur M»c Dacier, Saint-Simon, XI, 331.
M ustis> avec les Grâces ? Si vous pouviez attirer la fortune à cette alliance, ce Sferoit un assortiment presque sans e^eïôpfe, et auquel on ne pourroit rien souhaiter de plus, sf c4 ti-est la condoissanee de la vérité, qui ne peut être lo>empa cachée à &nè fille qài peut s'entretenir dvec tes sainte autèurs«dàû6lem*& langues naturelles. » — Rren tfésf plu& noble et plus sensé que ce compliment; VÈtôgè ne parle point ddtaâriagtf dulibfrarre et des autres aventures dsmt il : est porté ci-dessus; aussi uti éloge est ]uh éloge , wiais un journal historique demande plus de sin*èëritéi et puis la Fontaine a fort bien dit :
tout faiseur de journaux doit tribut au malin.
Ctett Êfagt finjt par quelques vers d'upe élégie latine de l'abbé Fraguiçç (2) sur la iQort jdc notre çavante; pièce achevée en son gepre et digne du siècl e d'Auguste :.
Vicino egreditur saltu prœ stantis Homeri ' :
Placato species «qui paranda Jovi
Dextra gérit scfeptrum, velantur terapora lauro
Tota ^tibit vatum pone secutae cohors :
Hcèc est Anna laborum, inquit tutela meorum
Anna cornes fama subsidiumque me»
Qutfd Vici regnoque tuum est nec Zoïlus ultra
Nomen abv opprobrio quaeret ioane meo.
Tu veri custos , rectœ tu régula mentis
Et sapit ingepio G^allia tota tuo, etc.
M. de la Monnoye a fait Fépitaphe suivante : "^
Conjuge Dacerio, Tanaquillo diçna parente ...,,<
Hîc , par ambobus qua3 fuit Anna jacet. 1 Hœc et Arîstophanem docuft latiumque'Menandrum ; y ï &&eet MoenideDgalHca verba loqui, - f • » »<
Hanc igitur raeritis pro talibus Attica posthac Hanc Latia , hanc semper Gallica Musa canant
«Laiwu-^ Le bruit est public que Law est perdu sans
(I) Claude-François Fragufer, èrM'tt et moraliste français, né à Paris en 1666, mort en 1728. : • .•'•-'•■- < ."•
ressource, que tous ses protecteurs l'abandonnent, et qu'on découvre mille friponneries qu'il a faites.
Mercredi 18. — Parlement. — On a publié la Déclaration du Roi (Elle est du 16, registrée lé 17 à Pontoise), portant rétablissement du Parlement à Paris. Les motifs en sont simples. Il est dit : « que certaines considérations avoient porté le Roi il transférer la Cour de Parlement de Paris à Pon toise , maisqueees raisons ayant cessé, et étant persuadé que tous lesoffidcrs qui Ici composent s'empres-' seront à donner de nouvelles marques de leur zèle et de leur attachement à -notre service et <Je leur soumission à nos intentions, etc. A ces causes, etc.; Nous avons transféré et rétabli , transférant et rétablissons notre dite Cotrr de Parlement, séant de présent à Pontoise , en notre bonne ville de Paris, en laquelle nous entendons qu'elle fasse ses fonctions o Win aire*, comme avant la déclaration du 21 juillet dernier* Voulons néanmoins que tout ôe que notre dite Cour de Parlement transférée à Poôtoise a arrêté ^et ordonné sorte son plein et entier effet, p La déclaration est registrée le 1T décembre, pour être exécutée selon la forme et teneur. On a remarqué, dans le public, les termes de soumission à nos instructions, qui ne conviennent pas au Parlement ; et ceux de transfèrent transférons à Paris, ne pouvant pas y avoir de translation dans livrai siège du Parlement. Mais on & pris les.termes de l'édit de rétablissement de 1652, et on y a suivi jusqu'à la clause de : « Voulons néanmoins » qui. éteit fournie en defetaps^lâ, et qui étoit inutile en celui-ci, te Parlement entier ayant été à Pontoise, au lieu qu'en 1&>2, il n'y en avoitqu'trire partie. M
Jeudi 19, **r Law (1). *- On a su qu'il y a eu un pas*seport expédié pour permettre à Lawâe sertir hors* dit
* (1) Voir sur cette fuite de Law, Saint-Simon, XI, 349, les Mémoires secrets de Duclos, Barbier, I, 93, et les Mémoires du marquis d'Argenson, édit. Rathery.
royaume. Cela fait tenir bien des discours. On dit qu'il va suivre l'argent qu'il a emporté. Il doit la plupart des terres qu'il a achetées. Il est venu à Paris aujourd'hui, où il a passé trois heures avec les principaux commis de la Banque , puis il est parti avec des gens de la livrée de M. le Duc. Dieu le conduise et ne le ramène pas ! Sa femme et sa fille sont restées à Paris.
Vendredi 20. — Le Parlement est rentré, sans beaucoup de cérémonie. On a appelé une cause du rôle qui a été plaidée. Pendant l'audience, sont arrivés le greffier en chef xde la Chambre des Comptes et celui du Grand Conseil, pour faire le compliment. Ils ont passé auprès des secrétaires de la Cour. Pour éviter le conflit entre ces deux Cours ou leurs greffiers, il a été réglé, en opinant sur la cause plaidée, que le premier entré parleroit le premier. C'est le greffier de la Cour des Comptes qui a parlé. On a fait retirer l'autre derrière le barreau, puis on Ta fait revenir, et quand il a voulu parler , il a été si troublé qu'il n'a pu ouvrir la bouche et s'est retiré sans rien dire. Les avocats, le bâtonnier (M. Bahgl) à la tète, ont été chez M. le Premier Président, qui a dit que les avocats avoient été parfaits en tout, et qu'il faudroit être difficile pour n'être pas content d'eux. Le président Chauvejin a dit : «Nous revoyons les avocats avec amitié, et ils la méritent bien. » Je me suis trouvé au Palais , où il ne m'a pas paru que la foule fût bien grande pour un jour comme celui-là.
Université. — Le Recteur nouveau et la Faculté de théologie sont venus, à l'audience du premier Président, lui faire compliment. On a appris que M. Rollin (1), recteur, a été dépossédé par lettre de cachet, parce que, dans l'assemblée du 12, il avoit invité l'Université à persister dans son appel au concile, et aie renouveler. Son dis-
(1) Le célèbre Rollin.
cours a été registre au greffe de FUniversité, pour perpétuelle mémoire. M. Coffin a été élu à sa place; et c'est celui-là même qui a déjà appelé , et publié les motifs de Tappel.
Law. — On dit que Law va à Bruxelles; d'autres disent qu'il va à Rome, et il pourroit bien aller trouver Angelini , son secrétaire italien, qui a tant emporté d'argent. Le maréchal de Villars a dit que s'il alloit à Bruxelles , l'Empereur le feroit arrêter, pour le payement de tous les billets de banque qui ont passé dans les pays de sa domination et sujets à l'Empire.
Noblesse. — Trésoreries de France. — Il à paru un édit, registre à Pon toise le 12 décembre, qui maintient les officiers et trésoriers de France, de Paris, dans la noblesse au premier degré , comme les officiers de la Cour des comptes et Cour des aides. Elle leur avoit été accordée par Tédit d'avril 1705, mais elle avoit été révoquée nouvellement, par édit d'août 1715, qui avoit révoqué plusieurs anoblissements, ce qui ayant décrédité leurs charges , ils ont été rétablis par ce dernier édit, qui a été donné à cause de l'attention particulière qu'ils ont pour la conservation du domaine. On maintient jusqu'aux veuves et enfants des décédés pendant la révocation.
Chartreux, -t- On m'a donné des vers faits par les Chartreux à l'occasion de la visite que le Roi leur a rendue le 3 décembre.
Ad RR. PP. Cartusianos, pro officioso Régis ad eorum
eventum aditu.
H. Patri Jacobo (1) Dionisio Cartusiano Hune Patres memorate diem : delabitur hospes E caelo vobis, irradiât quae domum Advenit ut primum supplex accedit ad aras Sanguine quo genitus sic pietate probat
(I) Le P. JacqiieR- Denis, ancien religieux. Fils d'un huissier du conseil.
80 MÉMOIRBSLDE MATHIEU MARAIS.
Mi pwpositus vester facit ore rotundo Verba qiubus mentis candida sensa patent. Tu Jacobe tamen debes memor amplius esse. Hospite quod tanto cellula pleoa fuit In partem laudum veniat Bonigallius (1), esto. Cui regem Improbuto fas recreare datur s
Bine inde incautos subito dum produit pfcbre Qui latet exiguus fons salientis aquae.
Urbanus(2) noster vènïat quoque principe teste Jussa operi foelix applicûisse manum, Ast dilecto qui pomum mirabile visu Accepturn régi munus amiee faeis Tu multo majore reor, eumularis honore Quod donas régi nec daret ipse Regens v Quod Veneris donum Paris obtulit illud amori Das et sumet amor sic Paris ëequus eris. Scilicet ambigui Dea non quœcumque probàvit Judicium. Laudat sed bene quisque tuum.
jR. P Jqcobo Cartuùano. , A Martino (3) dicuntur Pyra nomen habere Tu Pomis nomen Cartusiane dabis Ilfa quidem fuerant alias oblaiâ tyranno Tu Bonus at régi das bona mate Bonô (4). <r
Samedi 21, dimanche 22, lundi 23. — Le 22, il y a eu des commissaires nommés pour l'examen des affaires de la Compagnie et de la Banque. M. Trudaine, ancien prévôt des marchands et conseiller de H. de Machault, an* ctén lieutenant général de police et conseiller de MïFerrand , maître des requêtes. .
Bourgeois, Fromaget a la Bastille. — Ce même jour ont été mis à la Bastille, M. Bourgeoisy trésorier de la Banque, Durevest contrôleur, et Fromaget. un «des di-
(i) Le P. Bontgal, fils d'un maître des comptes, qui a des jets d'eaux dans sa cellule et son jardin, et dont il mouilla les pages du Roi:
(2) Le P. Urbain qui tourne , travailla devant le Roi.
(3) Le P. Jacques avait uue pomme à im,arJ>re qui était monstrueuse. 11 en fit présent au Roi.
(4) On dit qu'Attila demanda une poire à Saint-Martin et qu'elles furent appelées par lui : Poires de bons Chrétiens.
DÉCEMBRE 4 m ■ • ;,. *|
recteurs (1). On cherche deux millions qui ont été portés depuis peu, delà Mon&oye à la Banque, et dont Fromaget a donné son récépissé à Grossin, directeur de }a Monnoycv Law en a employé une partie, ayant son dépaçt, £ payer les commis, qui n'avoient point été payés depuis longtemps. On parle d autres richesse» bien plus considérables et d'argent transporté dans les pays étrangers,, Ce Bourgeois a des biens immenses ; il est de L.you, est veut* à Paris, depuis sept ou huit ans, et n'avgit rien quand il est arrivé. Il a épousé la fille de Franchie Grand-Maison, procureur de File de France. Je l'ai vu un très-petit compar gnon. Sa fortune; que l'on dit de 60 millions, l'a voit fort enorgueilli. 11 a acheté plusieurs terres, et, entre, autres celle de Boy ne 1,750,000, par décret adjugé à Pontoise le 4 septembre dernier. H . Dureve&t est un. gentilhomme provençal, attaché à la maison de Bouillon, qui a de belles filles, et par qui il avoit obtenu cette commission de contrôleur. Fromaget est un homme d'affaires qui est devenu directeur.
Le 23, ils ont été amenés de la Bastille à la Banque et à la Honnoye, pour assister à la reconnaissance des papiers et à la confrontation des officiers de la Monnoye» Personne ne les plaint. -•■>.•
On continue de porter à la Banque les 150 liv. par action et cet argent sert à payer les rentes de la Ville ;. il n'y en a point d'autre. On ne sait où en prendre pour payer les troupes et les autres dépenses. Le Roi n'en a point du tout dans sa cassette, pour payer les pensions qui y sont assignées.
Ballet ou Aok — On fait des répétitions du ballet du Roi dans la grande salle des Machines. Le Roi y danse très-bien. Ce ballet ne vaut rien pour les paroles, qui sont de Coypel le jeune, et il est trop triste pçu* un
(l) V. Barbier, T, I. p. 92.
jeune roi. Où êtes- vous, Qninault et Lullyî Bonnes gens, je ne vous vois plus; j'ai beau chausser mes lunettes. 0 François !
La princesse d'Auvergne. — La princesse d'Auvergne, épouse du prince d'Auvergne , appelé autrefois le chevalier de Bouillon, est accouchée d'un fils le 20 de ce mois. Ce chevalier, qui aime beaucouple vin et les femmes, n'étoit pas fait pour le mariage, mais il a trouvé une mademoiselle de Trente, Angloise, d'une naissance assez bonne, qui avoit beaucoup gagné aux actions, et il l'a épousée sans en être plus riche, à cause de la chute de toutce papier (1). Ce qui lui a fait dire : « De tout cela, il me reste une femme et un enfant. » La demoiselle, qui s'étoit mêlée de bien des choses depuis qu'elle est en France, a tant fait qu'elle a pour mari un Bouillon, à quoi elle ne devoit point s'attendre. Elle avoit accompagné la reine d'Angleterre, femme du roi Jacques.
La duchesse de Fallari continue toujours d'aller au Palais-Royal. Elle soutient son poste par son esprit. Le Régent lui dit qu'elle n'est pas belle et qu'il ne l'aime pas, et elle répond qu'elle est bien sûre qu'il l'aimera un jour; sur quoi elle reste et elle l'amuse.
Law. — Son portrait. — Law, avant départir, aadressé un Mémoire à l'abbesse de Chclles, fille du Régent, qui est à Paris, au Val-de-Grâce. Il le finit par dire que si on n'exécute pas son Système jusqu'à la fin, la France est ruinée; mais elle se trouve ruinée dès à présent et il n'y a donc plus rien à faire. Le malheureux qu'il est eût bien mieux fait de demeurer joueur, et d'aller piller les banques de jeu des Génois et des Vénitiens, comme il faisoit autrefois, que de s'attacher à détruire un si beau royaume. Il n'y a; pas dix ans qu'on l'a vu tenir un jeu à l'Hôtel de Transylvanie, où, par la connoissance de ses calculs, il gagnoit beaucoup. Il s'est insinué peu à peu chez le Ré-
(1) V. sur ce manage Sainl-Simon, XI, 187.
gent, qui aime les choses singulières; il en a fait son ministre et son confident, et il a été le fléau de la France. En Angleterre, il a eu une affaire pour laquelle il aurait été pendu, s'il ne s'étoit échappé de sa prison. Sa femme n'étoit point sa femme; elle avoit un mari, qui n'est mort que depuis un an et demi, et les deux enfants qu'il a d'elle sont venus pendant celte parenthèse qu'elle a faite à son mariage. L'origine de cet homme, qui faisoit le seigneur, est très-basse. Il est fils d'un orfèvre d'une ville d'Ecosse, mais il n'a pas manqué de généalogistes qui l'ont monté bien haut. (Voyez, en 1721, l'extrait d'un livre anglois fait il y a dix ans) (1).
25 Décembre. — Law. — Le bruit s'est répandu que le prince de Home, gouverneur dp Haynaut, frère du comte de Home, supplicié et roué à Paris depuis peu, avoit fait assassiner Law, à son passage sur sesterres ; mais cela ne s'est pas trouvé vrai , et l'on a su, au contraire, qu'il couroit la poste à plusieurs chevaux du côté de Bruxelles, et qu'il avoit passé à Valenciennes, où le lieutenant du Roi et l'intendant, qui est fils de M. d'Argenson, l'ont arrêté pendant quinze heures, sous prétexte de visiter ses passe-ports et de lui faire honnêteté. Il avoit deux passe-ports, l'un du Roi, l'autre du Régent. Ces MM. de Flandre espéroient qu'il y auroit quelque contre-ordre, qui n'est point venu, ce qui a fait qu'il est parti le lendemain, à porte ouvrante, et continue sa route vers Bruxelles.
M. deFénelon. — M. de Fénelon, inspecteur de la Banque, n'a point été arrêté. 11 dit que les comptes de Bourgeois sont si exacts que, de tant de millions, il ne se trouve d'erreur qu'un billet de 1,000 livres; et qu'il a toutes les décharges nécessaires de Law, directeur général.
(!) Voir, sur Law, Saint-Simon, VIIÎ, 393; XI, 349, et Lemontejr, Hist. de la Régence, t. 1er. Voir aussi, sur cet homme célèbre, Law, par M. Tliiers, et les ouvrages de MM. André Cochut et Levasseur, 1853-1857.
T. il. S
La Hocssaye. Les Paris. — On a su que M», de la Houssaye a été travailler chez M. Desmarets, ancien contrôleur général, comme le plus habile homme de France pour les finances. Il est vieux et infirme, mais il a la tête fort bonne, et on ne doute pas que si les affaires lui étoient restées, la France seroit quitte à pré* sent par ses épargnes, au lieu qu'elle est ruinée sans ressource. Les Paris arrivent, et ils vont reprendre l'administration des finances, qu'ils avoient, et dont on étoit assez content.
Le cardinal de Polignac, que l'on attendoit, est resté à Anchin. On veut qu'il écrive une lettre satisfaetoire, où il reconnoisse qu'il s'étoit témérairement engagé dans une entreprise contre l'État; mais il ne veut point écrire eette lettre, et acheter son rappel au prix d'une soumission qui le rendroit coupable d'un crime qu'il soutient n'avoir point commis, disant qu'il n'a rien fait contre le Roi.
Law. — La femme de Law et sa fille sont à Paris dans leur maison. Elles vendent leurs meubles inutiles. Les ouvriers, comme les selliers et autres, ont repris leurs carrosses en nature. C'est une petite consolation pour Paris que de voir tout ce remue-ménage, pendant que cette disgrâce devroit produire des punitions exemplaires.
Conseils. — On tient des conseils fréquents, et nous allons voir éclore quelque arrangement nouveau sur toutes les affaires, qui sont en si mauvais état que les meilleures familles manquent de tout, et qu'on ne trouveroit pas un écu à emprunter. Personne ne veut donner le peu d'argent qu'il a, à 2 pour cent de rente, et dans la crainte de quelque nouveau papier, qui sera le remboursement. On tremble pour les actions, qui se vendent seulement 200 liv., argent comptant, quoique estimées 13,500 liv. Actions, 200 liv. argent, 4,000 billets.
26, 27, 28. — Pendant ces fêtes de Noël, on a chanté
y ° DÉCEMBRE 1786. ' » •'■'* 35
plusieurs Noëls sur l'état présent des affaires et sur plusieurs personnes de la cour. Il y en a de bons et d'autres médiocres. Autrefois Mlle de la Force (1) en fit d'excellents/qu'on a1 gardas dans les Recueils ou Sottisiers. Ces pièces sont toujours bonnes à avoir, parce qu'elles décrivent, en peu de paroles, les personnes et les choses. On a lait aussi une satire, sous le titre xte : La Qualité des tins, comme on faisoit des Logements. J'ajouterai ces deux pièces à la fin du Journal de cette année, qui sera bien close, par cet épilogue digne du temps. (Je ne les ai pas mises dans le temps, elhs sont perdues).
Comptes e*c Banque révoqués. — Le 26, il y a eu un célèbre atfrêt, rendu au sujet des comptes en Banque, que Law avait* voulu* soutenir, et don! M. le Duc avoit fait une grande provision depuis peu. Cescomptes en Banque, ou virements dp parties^ interrompaient le commerce intérieur et extérieur du royaume. Ils sont tout à fait supprimés, du jour de la publication de l'arrêt, sauf à ceux qui en sont porteurs à les convertir, à leur choix, en rentes Viagères, ou en rentes sur les tailles ou actions et dixièmes d'actions, jusqu'au \p* mars. Après quoi, elles deviendront actions rentières, et toute la grâce qu'on a faite* c'est qu'au Heu que, par l'arrêt du 15 septembre, on en àvoit diminué leg trois quarts, les porteurs pourront faire les emplois du tout sans diminution. Les consuls feront droit sur ceux qui auront été. valablement consignés ou offerts avant l'arrêt. Le Roi permet toutes stipulations en or et argent, même entre marchands et négociants, et on ne payera plus les entrées et sorties en écritures. Ainsi voilà une sorte dé liberté rendue au commerce, et les marchands sont débarrassés, pour les lettres de change, d'un payement qui empêchoit les traités du de-
(I) Ch&rtotte-Rose~€aumont de ta Force', morte en t724, à l'âge de soixante quatorze ans, après une existence galante et aventureuse, auteur d'un certain nombre d'ouvrages qui dénotent de l'imagination et de l'esprit.
dans et du dehors. C'est la première opération du nouveau ministre, elle est bonne, et fait attendre encore de meilleures Suites.
Cet arrêt du 26 a été publié le 28 au matin par tout Paris, qui en a été bien aise.
Extrait de la Gazette de Hollande du 27, de Bruxelles le 23 décembre. — Law. — Hier, à 9 heures du matin, M. Law et M. son fils arrivèrent en cette ville, et allèrent loger à l'hôtellerie du Grand-Miroir, et après avoir entendu la messe aux Jacobins, ils reçurent la visite du marquis de Poncalier, qui les conduisit chez le marquis de Prie (1). S. E. les reçut fort gracieusement, et leur fit porter, le soir, des rafraîchissements à la Comédie, où ils étoient allés avec M. de Poncalier. Ils dînent aujourd'hui chez le marquis de Prie, et ce soir, on joue la comédie extraordinaire à cette occasion. On dit qu'ils feront quelque séjour en cette ville, et que madame son épouse et mademoiselle sa fille doivent le venir trouver incessamment.
Cette même Gazette parle de l'ouverture du Parlement d'Angleterre, et de l'état où est ce royaume par les actions. Il y a plusieurs écrits sur le crédit public. Ce pays est encore plus ruiné que le nôtre, mais il y a des ressources.
Les actions à 2 sceaux sont à 2,750, et à 3 sceaux, elles sont à 3,700 en billets. Actions rentières perdent 60, billets de 100 action 11 liv. 5.
Le duc de Lorge, a acheté le carrosse de la fille de Law, pour la duchesse de Lorge, sa femme.
La peste est un peu cessée à Marseille, mais elle a gagné Saint-Remy, où étoit le Parlement de Provence, d'où le premier président s' étant enfui avec sa femme, (mademoiselle de la Briffe, fille d'un procureur général du Parlement de Paris), elle est accouchée, dans le
(I) Ambassadeur de France.
carrosse, d'un fils, qui se porte bien et la raère aussi.
Incendie a Rennes (1). — On a appris, pendant les fêtes, que le feu avoit pris dans la ville de Rennes, la veille de Noël, par la faute d'un menuisier ivre ; que la ville est presque toute brûlée, à cause des grands vents , et que, sans le secours des domestiques et officiers de guerre, il n'en auroit été rien sauvé, tous les ouvriers bretons s'enivrant pendant les fêtes. La jeune marquise des Coetmadec, fille de H. le comte de Blansac de Roye, qui étoit partie avec son mari pour aller voir, pour la première fois, M. de Coetmadec, son beau-père, est arrivée justement le jour de l'incendie, et lorsque sa maison, qui est une des principales de Rennes, venoit d'être brûlée.
Lundi 30. — Banque assemblée. — Il y a eu une assemblée générale à la Banque, où se sont trouvés le Régent, les princes, le contrôleur général, les directeurs et beaucoup d'actionnaires. Le contrôleurgénéral a dit que son nouveau ministère ayant voulu rechercher les revenus du Roi, il avoit trouvé qu'ils étoient entre les mains de la Compagnie, et que, pour s'en faire payer, il étoit obligé de requérir la contrainte par corps, tant contre les directeurs que les actionnaires, si mieux on n'aimoit faire la désunion des Fermes et Recettes générales et du profit des monnoyes. Cette alternative a étonné l'assemblée. Le Régent a dit : « Pour moi, je n'aimerais pas être directeur à ce prix-là. Mais il faut recueillir les voix.» Et il a dit à M. le Blanc de passer dans une autre chambre, et que ceux qui ne seroient pas d'avis de la désunion Tiraient trouver. Il y a été un quart d'heure, personne n'y est venu, et, sur cela, le Régentadit : « Voilà donc la désunion accordée, et je n'ai plus que faire ici. » Il s'en est allé au ballet du Roi. H. le Duc est resté quelque temps encore
(t) Voir, sur ce mémorable incendie, Barbier, t. I, p. 94 et Lemontey, I,
après lui. On a proposé de mettre des gens de qualité à la tète de la Compagnie, comme; directeurs honoraires. IJn marchand de filr nommé Mar,, a dit tout haut : ce Nous allons donc bien voir , d'honnêtes gens à la t^te de la Compagnie. » M. le Blanc a dit à M. le Duc : « Monseigneur, cet homme-là. ne vous l'envoyé pa$ dire, il le dit bien lui-même. » M. des Bonnelles, maître des requêtes, avoit beaucoup parlé en présence du Régent, qui lui dit >: « Votre discours est beau,, mais il ne conclut rien. » — En tout cela, on a. vu quelle partie é^pit faite pour dépouiller la Compagnie de toi^t ce qu'on lui a accordé, et pour remettre Je? choses au courent ordinaire des, finances, quoique le profit, des n^onnoyes eût été accordé pour- 9 ans, et le bail des fermes pour six ans. L'assemblée à» été remise, à jejadp 2ja$vigr 1731. Les. actionnaires ont commencé £ désespérer <Je Lçnrs actions; cependant, on continue $ payer le&,15Q liv. par action, et on se tue pour la conserver par ce^paiejnentr qui se fait enfouie, à cause de la diminution des espèces au 1er janvier.
Ballet du Roi. — r Cardenio: — Le même- jour, on a joué le fyailet du Roi, ^.veo laNOomédie^ Folies de Gùrdenio (1), dftps la salle des marines au Louvre. La pièce a paru longup et ennuyeuse, les paroles mauvaises, la musique médiocre. Toute laijwr y étoit, et la salle bril* loit plus de pierreries que de bougies. Leâ> lustres ont paru trop petits pour la salle, f qui est grande, :^lagn^', Gque, et où on a entendu :peu »les acteurs. Le-Rotj y^a dansé deux fois: trèç*bien,.et plusieurs seigneurs» avièc lui. Baron faisoit le rôiç de Ciïrdenio; ,....., -
(1) Pichon avait, pour, son coup d'essai, traité en 1629 ce sujet, qui est tiré . dé Don Quichotte. Pendant la miriorilé du Roi, Ch. Coypel donna une autre comédie de Cardeniojm trois actes ated des inUrmedéà, dont là* miisio,ue était de La Lande, et les ballets de Sallon. Elle fut représentée sur le théâtre de la salle des Tuileries, le 30 décembre 1720. Le spectacle en était des plus beaux et de§ plus magnifiques. Le Roj y dansa .seul plusieurs, entrées, 4i les jeunes seigneurs de la Cour y figurèrent. .. ^
DÉCEMBRE 1720 St
Noms dbs seigneubs.
MM. Leduc de Chartres. MM. De Brancas.
Le maréchal de Villeroy. , De Maulevrier.
De Coigny. De Gondrin.
De Mirepoix. De St-Florentin.
De Cossé. Rupelmonde
De Bezon. De La Suze.
De Croissy. De Villars.
De Revel. De Lorge.
De Langeron. Le prince de Turenne.
De Tonnerre. De Chambonas.
Le duc de la Trémouille. Duc de Montmorency.
Duc de Boofflers. Marquis d'AUncourt.
De Crussol. Francine.
DeLigny.
MM. de Langeron et le marquis de Villeroy ont dansé tûieux que les autres. Les officiers des gardes du corps placèrent, parce que le ballet étoit hors de l'appartement, sinon les premiers gentilshommes de la chambre auroîent placé, parce «que toutes les fêtes appartiennent à leurs charges.
On a imprimé les paroles du Prologue et Entrée chez Ballard, qui ont paru mauvaises, sur le papier comme en chant.
Le Pape se porte bien mieux. 11 a tenu chapelle et dit la messe. Il a feiut d'être plus malade qu'il n'étoit, pour faire revenir le prince Alexandre, son neveu, qui est à Vienne, et qui y fait 'bien dtes sottises. La feinte a réussi. Les cardinaux ne parlent plus.
Le cardinal de Polignac est revenu à Paris, et n'a point écrit la lettre qu'on lui demandoit.
Marseille, peste. — On a su de Marseille que la peste n'y est plus; que les médecins en sortent et font leur quarantaine, et qu'un grand embarras est venu dans la vjlle, par 7 ou 800,çnfaDts, qui sont si jeunes, qu'ils n'ont pu dire leur père ni leur mère. La ville les a adoptés et déclarés enfants de la commune de Marseille, qui s'est
chargée de leur nourriture et éducation. Le Roi a confirmé cette délibération> et a accordé à la ville, par des leltres patentes, toutes les déshérences qui se trouveront par la mort des pestiférés. Il est mort 80,000 hommes. La peste est lonjours à Arles et à Salon, patrie de Nostradamus. M. Chicoineau, médecin de Montpellier, qui a été longtemps à Marseille, y communiait tous les matins, et cela a tellement édifié M. de Verny son confrère, médecin protestant, qu'il a fait abjuration publique, et a communié de même jusqu'aujourd'hui qu'ils sont sortis.
Ckuta. — Il est venu nouvelle que les Espagnols, après avoir fait le siège de Ceuta, qui duroit depuis plus de vingt ans, et avoir pris tout le camp des Maures, au commencement de ce mois , les ont battus de nouveau, et en ont défait 40,000 dans une bataille. C'est le marquis de Leyde qui a fait toutes ces merveilles (le même qui a défendu la Sicile jusqu'à la fin contre l'empereur.)
Le comte de Clermont, troisième frère de M. le Duc, a obtenu la coadjutorerie de l'abbaye de Marmont et du prieuré de Saint-Martin des Champs, dont est tributaire le vieil abbé de Lyonne. On éteint pour 30,000 livres de rentes de prieurés dans Marmont, pour les réunir à la manse abbatiale. Ce prince n'a pas fort le goût de l'état ecclésiastique (1) et on lui en donne toujours les revenus, qui seront bons.
Parlement d' Angleterre et de Paris. — Le chevalier Windham a dit, dans le Parlement d'Angleterre, qu'il falloit faire la recherche des auteurs de leurs maux, et qu'ils avoientun bel exemple dans le Parlement d,e Paris, qui, quoiqu'il ne fût que l'ombre de celui d'Angleterre, n'avoit voulu reprendre son siège à Paris qu'après avoir su que l'auteur des maux de la France en avoit
(1) Il le prouva suffisamment par le nombre de ses maltresses.
été chassé. Cela fait beaucoup d'honneur au Parlement, mais on ne peut pourtant pas convenir que le fait soit absolument vrai. Ce qui est sûr, c'est que Law étoit parti quand ils sont rentrés, et on m'a dit qu'un commis de H. de La Vrillère (Lesaché) ayant porté à Pontoise la déclaration du rappel , le Premier Président mit le paquet sur une cheminée, et ne l'ouvrit que quand il eut su de ce commis que Law avoit été renvoyé.
Souris, filles de l'Opéra, chassées (J). Les deux Souris, filles de l'Opéra, sont chassées, pour certaine galanterie (2) qu'elles ont donnée au comte de Charollois , qui les avoit vues sur la persuasion de son frère , et qui a dit qu'il n'àvoit pris ce mal que par avis de perdus.
(1) Voir sur ces sœurs Souris les Mémoires de Richelieu.
(2) Galanterie est indiqué ici pour un de ses inconvénients. C'est la cause pour l'effet.