‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais ... sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) Publiés pour la première fois d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale (volume 2)Chapitre 2 sur 22 · FIN DE L'ANNÉE · texte numérisé non relu

FIN DE L'ANNÉE

Dieu nous donne une année plus heureuse que la dernière!

Mercredi, 1er janvier. — Le conseil nous a donné, pour nos étrennes, quatre arrêts, qui Ont été publiés aujourd'hui.

Le premier continue le prix des espèces jusqu'à ce qu'il plaise a ù Roi en ordonner autrement, sur quoi le Roi fera un règlement dans peu* Elles dévoient aujourd'hui diminuer d'un sixième.

Le deuxième continue jusqu'au 31 janvier le payement de 150 livres pour le prêt des actions, et les 100 livres d'argent seront reçues sur l'ancien pied de 54- livres le louis et le louis d'argent de 3 livres.

Le troisième proroge, pendant le mois de janvier, l'emploi des billets de 1,000 et de 10,000 livres en actions et dixièmes d'actions, après quoi nuls et de nulle valeur. Exceptés ceux» déposés par autorité de justice, suivant l'arrêt du 8 novembre.

Le quatrième proroge, pendant le même temps, la conversion des billets de 100, 50 et 10 livres en rentes sur les tailles et autres impositions,- suivant l'arrêt du 21 novembre (après quoi deviendront actions rentières).

Jeudi , 2 janvier. — Ce jour on a publié deux arrêts importante pour la religion, du 31 décembre 1720.

L'un qui ordonne la suppression de trois mandements conformes, de l'évèque de Senez du 18 octobre, de l'évèque de Montpellier du 26, et de Févèque^e Boulogne du* 30, et des aete# d'appel y joints, comme injurieux à

N. S. P. le Pape et ajix évoques de France, et comme contraires à la paix de l'Église et à l'autorité royale. Veut que ces actes et mandement soient regardés comme nuls et abusifs, défenses dont le Roi se réserve la connoissance et à son conseil de l'exécution de l'arrêt. Les motifs sont de la main de M. le Chancelier. Us portent que ces mandements attaquent les Explications, qui sont devenues le lien de la paix, et qui ont été approuvées par plus de cent éyèques de France (nous n'avons pas encore vu cette approbation), même par un des prélats dont le nom paraît à la tête du nouvel acte d'appel (apparemment on veut dire M. de M ire poix, qui est mort); qu'il étoit dû des actions de grâces au Roi et à M. le Régent, pour avoir prévenu un schisme funeste; que cette déclaration pacifique conserve les règles et les maximes de l'État , et que ces évèques veulent persuader contre l'autorité des exemples, anciens et récents, de ce qui s'est passé dans l'Église en de semblables occasions, que les disputes sur la bulle Unigenitus ne peuvent se terminer que par un concile général. Usemble, dit-on, parées mandements, que l'Église soit réduite à un état si déplorable qu'il ne resteroit plus que trois évêques qui eussent conservé le dépôt de la saine doctrine dans toute son intégrité ; et comme le premier devoir des souverains, en qualité de protecteurs de l'Église, est de prévenir avec soin tout ce qui en peut troubler la tranquillité, etc. C'est donc comme protecteur de l'Église que le Roi donne cet arrêt, et pour prévenir un schisme, ce qui est dans les règles. Les autres motifs pourroient être contredits.

Arles. — L'«autre arrêt supprime le mandement de l'archevêque d'Arles, du 22 octobre, comme contraire, dans plusieurs points de son Exposé, à la Déclaration du Roi, du 4 août, et aux usages du royaume , défenses, etc. Le Roi se réserve la connoissance , etc. Les motifs sont de la même main, et disent, entre autres choses, que ce prélat, uniquement occupé du malheureux état où une

partie de la Provence est réduite par le mal contagieux qui l'afflige , n'a pas assez senti la conséquence des ex-' pressions dont il s'est servi pour en faire une triste peinture ; qu'il a mêlé des objets étrangers , qu'il a parlé, sans nécessité et sans ménagement, des affaires publiques, qu'il s'est expliqué avec encore moins de précaution sur celles de l'Église, qu'il ne pouvoit ignorer la déclaration du 4 août, qui étoit enregistrée au Parlement d'Aix, qu'il parolt avoir oublié les maximes du royaume, en rendant publique, sans l'agrément et la permission du Koi, partie d'un bref qu'il dit avoir reçu de S. S., dont les expressions bien entendues n'autorisent point les conséquences qu'il en tire ; et qu'enfin , il parle , en termes aussi peu mesurés, de la puissance temporelle que des libertés de l'Église gallicane. Et comme il est de la religion et de la sagesse du Roi de ne rien souffrir dans ses États qui puisse ou donner des prétextes pour troubler la paix qui vient d'être rendue à l'Église gallicane , ou affoiblir les maximes du royaume , ou diminuer le respect qui est du à

l'autorité royale, etc — Voilà une critique bien forte

et bien juste de ce mandement qui est ridicule et dont j'ai parlé, sur le mois de novembre 1720.

Le Parlement s'est formalisé de ces arrêts, prétendant que la connoissance de cette affaire leur a été attribuée par la révocation des lettres du grand Conseil. Mais, l°de ces quatre évêques, il y en a trois qui ne sont pas de son ressort ; il n'y a que Boulogne qui en est , et il n'auroit pu séparer son mandement, qui est avec les autres. 2° On a éprouvé que les évêques ne se soucient pas beaucoup des arrêts du Parlement. Le cardinal de Mailly en a eu un chapeau à Rome. 3° Que le Roi agit comme protecteur dans la crainte du schisme, ce qui est personnel au Roi. 4° 11 y a un exemple pareil d'arrêt donné contre un mandement de l'évoque de Metz, du 2 juillet 1714, qui subsiste encore; et ce fut le premier ouvrage de M. le chancelier Voisin.

Dimanche > 5 janvier. — Compagnie des Indes. — Ce jour a été rendu le célèbre arrêt qui résilie le traité fait, avec la Compagnie des Indes, pour le profit des mon noies, quiladécharge dudon gratuitde vingt millions, offert par l'arrêt du 20 octobre; qui annule les baux de la ferme générale qui lui avoient été faits; qui lui ôte l'adminis-, tration des recettes générales des finances; qui ordonne que lesdirecteurscompteront pardevant les commissaires du Conseil, sans pouvoir être tenus de compter ailleurs, et qui les réduit à la ferme du tabac et à leur commerce, suivant leurs privilèges et les autres qui pourront leur être accordés.. Cet arrêt ne parle d'aucune délibération delà Compagnie, quoiqu'il y ait eu une assemblée;' il commence par ces mots : « Le roi ayant jugé qu'il convient à Tordre de ses finances et à l'utilité de la Compagnie des Indes de résilier les traités... » Ainsi, le Roi résilie, par son autorité, les traités faits avec une Compagnie, ce, qui parolt contre les règles., et contre la réciprocité synallagmatique des engagements.

Lundi. 6 janvier. ■•**- Le bruit s'est répandu d'une réforme générale dans les troupes. M. le Blanc, ministre de la guerre, l'a annoncée à tous les officiers, partie des dragons à pied, six cavaliers par compagnie, etc. Cela a été promis par le Régent, à qui on a fait voir que le Roi n'étoit point en état de payer tant de gens de guerre, et d'avoir tant d'hommes sur pied.

Mercredi, 8 janvier. — Arrêt. — On travaille à remettre les choses surt l'ancien état. Les receveurs généraux des finances, qui avoient été supprimés, sont rétablis dans l'exercice de leurs fonctions et offices, à commencer du jour de l'aa(2 et 26 octobre 1719 et 10 septembre 1720, suppressions) avec les mêmes gages, droits et taxa* tions. Les receveurs des tailles leur remettent les deniers pour l'avenir,, et à L'égard du passé, les receveurs des tailles les recevront , et remettront aussi aux receveurs généraux, sauf à en compter avec "'la Compagnie des

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Iodes. L'arrêt de rétablissement, qui est de ce jour, révoque tous lep. arrête précédents .

Il y a eu, le 2 janvier, une deuxième assemblée de la Compagnie (1) où il n'a été question que des changements de directeurs et du payement du prêt des actions. On vouloit changer les billets, qui étoient au poids et au titre. M. de Landivisiau a voulu soutenir cette forme. M. le maréchal d'Estrées a dit courageusement que Ton n'étoitplus dans le temps de l'illusion et que les François ne connoissoient que les tournois et les livres.

Arrêt du 8, qui ordonne que les billets, pour l'emprunt des actions, ne seront signés que de deux directeurs, -au lieu de 3, à cause que leur nombre est diminué.

Jeudi y 9 janvier. — Arrêt, au sujet de l'emprunt des actions, qui ordonne qu'on ne payera plus que 105 livres, au lieu de 150 livres; mais les 105 seront en argent, la Compagnie n'ayant plus besoin de billets de Basque , mais d'argent, pour soutenir son commerce (cela fait bien voir que le bille* de 50 livres n'est guère estimé). Les espèces ne seront reçues sur le pied fort que jusqu'au 15 de ce mois. Les nouveaux billets seront de 36 louis et demi d'argent. Les actions timbrées du troisième sceau seront encore rapportées dans quinzaine, à peine de nullité, et il en sera donné d'autres, sur-le-champ, qui seront visées par les commis nommés. C'est qu'on a su qu'il y avoit des gens qui contrefaisoient ce troisième sceau.

Vendredi, 10 janvier. — Dom Japhet. — On a joué devant le Roi la pièce de Dom Japhet (2) de Scarron, qui est fort plaisante, et qui l'a fait rire. 11 y avoit eu sur cela une querelle que le Roi a décidée comme un nouveau Salomon. Le duc d'Aumont , premier gentilhomme de la chambre, qui sort d'année, et qui avoit ordonné le ballet de Cardenio, prétendoit que si on continuoit de le

(1) Barbier, I, 105.

(2) Voir Barbier, t. I, p. 102.

jouer, il devoit aussi continuer d'en ordonner, nonobstant Tannée finie. Le duc de Mortemart, qui est entré en 1721 , disoit au contraire qu'il étoit du devoir de sa charge d'avoir ce soin et qu'on ne ponvoit usurper sur son temps. Il y a eu sur cela de grosses paroles entre eux. Le Régent leur a dit qu'ils s'accommodassent, et qu'il avoil bien d'autres affaires à régler que leur ballet. Ils ont été au Roi, qui a dit que pour les mettre d'accord, il ne vouloit plus qu'on jouât Cardenioy quil'avoit trop ennuyé, et qu'il vouloit qu'on jouât Dom Japhet, qui le fait rire. Ainsi la dispute, qui n'étoit pas trop sage, a été justement décidée par un enfant.

Réforme. — Le Régent ayant promis la réforme comme une chose nécessaire, on lui en a rapporté le plan dans le Conseil. Il a dit : « J'ai fait mes réflexions, cela sera bon pour Tété prochain. » Le Chancelier lui a voulu remontrer sa promesse et la nécessité. Le contrôleur général en a fait autant, et lui a dit qu'on ne pouvoit rien arranger sans cela. 11 les a très-mal reçus, et leur a dit qu'il étoit bien malheureux de n'avoir autour de lui que des contrôleurs de ses actions. Ainsi voilà la réforme arrêtée. 11 n'y a plus qu'à savoir avec quoi on payera les troupes.

Mmc. de Parabère. — Il y a de nouveaux changements dans les maîtresses. La duchesse de Fallari est tout à fait renvoyée ; madame de Parabère ne veut plus avoir affaire au Régent, depuis qu'il voit des filles d'Opéra, que l'on croit gâtées, et il a été prêt à la battre, après un souper, parce qu'elle n'a pas voulu faire sa volonté. 11 lui a écrit une lettre menaçante ; elle lui a répondu fortement. 11 cherche à placer son amour ailleurs , et il y a des dames de qualité assez indignes pour briguer cette place, et se porter pour héritières des chassées. On les nommera bientôt.

Law. — Law a passé à Cologne le 28 décembre. 11 est parti de Bruxelles le 26. Le 29 , il a passé à Borm, où il

a été reconnu. Il court à deux calèches et à quatre chevaux. Il continue son chemin vers Gènes et de là à Venise. On dit qu'il a acheté l'hôtel Mancini à Rome. Sa femme et sa fille sont toujours à Paris.

Bourgeois, Durevest et Fromaget sont sortis de la Bastille, dès le 8 de ce mois. On ne leur a trouvé aucun crime. Us ont été tenus là pour faire une espèce de justice, mais tout cela n'est que figure.

M. le Duc. — H. le Duc est abandonné de tout le monde, parce qu'il a pris hautement le parti de Law, qu'il lui • a donné ses livrées pour sortir du royaume, et un homme à lui qui ne l'a quitté que sur les frontières. C'est le capitaine des chasses de Chantilly , M. de Sarrobert. M. le prince de Conti a profité de ce contre-temps , et a reçu, à l'Ue-Adam, quarante personnes, des plus distinguées de la Cour, qu'il a régalées pendant huit jours.

Samedi 11. — Mort de la duchesse de Luynes. — La jeune duchesse de Luynes, âgée de vingt-quatre ans (1), belle, bien faite, vertueuse, aimée partout «pour son esprit et son mérite, est morte, en trente heures de temps, d'une colique d'estomac; elle a été saignée deux fois en quatre heures. On l'a laissée reposer, elle s'est endormie ; en se réveillant, elle a fait un cri horrible ; sa tète étoit attaquée, elle n'a plus eu de connoissance jusqu'à sa mort. Elle est fille du prince de Neufchàtel , autrement le chevalier de Soissons, héritière de madame la duchesse de Nemours, dont elle avoit de grands biens, et elle laisse un fils et deux filles. On croit que, comme elle aimoit fort à monter à cheval, elle se sera blessée sans le dire.

Le même jour, on a publié la liste des é vêchés, abbayes et pensions sur les bénéfices donnés par le Roi. Il y a longtemps qu'on n'a vu une si grande nomination. C'est

(I) V. Saint-Simon, XI, 378.

50 MÉMOIRES DE M V THÏÇU MARAÏS.

comme un clergé renouvelé. 11 y a seize évècbés et cinquante-trois abbayes et plusieurs pensions. Les évècbés sont : 1° L'archevêché de Vienne à l'abbé d'Auvergne, qui étoit nommé à l'archevêché de Tours. U *a mieux aimé Vienne que Tours, parce qujil y a été grand vicaire, qu'il y est connu et aimé par le chapitre, et que celui de Tours se préparoit à le fatiguer sur la Constitution, dont le chapitre de Tours est appelant.

2° Tours à l'évêque de Toul, qprest Camilly, grand .théologien, mais moliniste, et qui trouvera, à Tours, à qui parler. . .

3° Châlons-sur-Marne, à l'abbé de Tavannes, grand vicaire de Poqtoise, neveu du Chancelier.

4° Grenoble, à l'évêque de Sarlat.

5° Sarlat, à l'abbé de Valbelle.

6° Verdun, à l'évêque d'Autun (de Dromesnil).

7° Autun , à Fabbé de Moncley, grand vicaire de Besançon. C'est un Franc-Comtois, neveu des Defresnoy.

8° Coutances , à l'abbé de Matignon.

9° Périgueyx, à l'abbé d'Argouges, frère du lieutenant

10° Lectoure, à l'abbé dç Beaufort.

11° Le Puy en Velay, à l'abbé de Coi*flaûs: (c'est Conllans de Picardie, pyennçr genUlhoipmç djis Jugeât).

12° Saint^Brieuc à J'abbé de La ^ieuville, grand* vicaire de Nantes. C'est la VijeuyillerL'huUlier. ,. . .

13° Toul, à l'abbé Begon, grand vicaire de Beauyais, fils de M. Begon , intendant de marinç.; : . :îf ,

14° Alais, VabbéBonejoy. t

15° G^nd^ye, l'abbé de Crilloq. t . „ -

16° Mirepoix, à l'abbé de Maniban.

Abbayes. — Ai* chevalier d'Orléans, Grapd-prieur de France, Fabhayç d'Jïautvilier^ C'est celle qui produit le bon vin de Champagne , et le Régent, qui le veut boire, ne l'a pas voulu mettre hors sa famille. Saint-Évroult à l'abbé de Saint-Abbin; c'est un autre fils du Régent, qui

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n'est pqijnt reconnu, et^quil a eu de la Florence, comédienne. Savignyà l'évèq^e de Cl^ri^ent, qui est le Père Massillon,ckmtil est parlé sur Cannée 1720. Ham au commandeur de Château thier. Rçlbo&^e . au^ chevalier de LapgcroB. MauUeuau chevalier de Lfi^aLÇe soni3 chevaliers de Malte,, ;quif out secouru» M arseit le pendant la pe^te. SahiHJgoÎFç à l'abbé dtfUttare-Lopis , qui a porté à signa* )pt€Qrp*4edo<;ifiwe) par.te^.évéohéR de France* Saint-Çyi^iil'iafcbé, Pérot^qui fest lecteur du Roi, etc. y pyez la liste imprimées . * . * > u »,

Pensions. — Suor Grenoble, a, OOiOliv. au chevalier de Keomersan , et 2,000 liy, au cbev^er de Marcieu.I Sur Viçrdîln M*0Jiy^a£. chevalier de JU>rraine, 3*000 liv. au çh^fali^r jîç . Cçftflaqs, t^OftaHv. au ^iewuPqstel, c$*$senr*dq livj^s,.cinii des Jésuites, etc. Il y e^ a pour 14,00,0, liv. ,su# ce,seuMvécfaéb*q«i vaut 50,000 liv. de j?«ates., Sur L^etoojpej Ç0Q atfPèçei.fcapdy, delaMercy, et5 l^ftD W '. Pane .Miramont,, fettilknt. Sur l'abbaye du mont Saint-Michel , 6,000 liv.. #U; coin te, de Rottembpurg,; envoyé du >R|oivprètf, le Btoi 4e Prtisse. Cette abbaye^ donnée à 4'abbé delBroglie, agent du clergé, quj, e^ladepftaudftnt^ dit.au ,Régent :j\He, m'oublies pfes m& wt»% Jis&,. ja mfajini boa diable, » he Régent ttei4i|qi$l $toit tow»$até j^r,idçs diables, plus mâchants que lui. U liMfiépo»pdit ; «ï)<^neÊ-moi huitaine ej, je serai plus méchanj. qu'eux »»,, U envoya, aussitôt sa nomination faite, à Vjahb0e S&intrGermain, sayotr le revenu de* eettp, abtyy^ qvumt M Bénédictins, , , <, . /L>}*4 d'iptin* <j^ijQ?pé»o»t^Yofep€bMons, «n'stsiçn eu , et l'abbé Tencin, convertisseur de Law, a, été rayé. Son dis^etliiitfei^ venir.. quelques Jqd^lgences de Rome,

s'il y, ya., . , .. , , ....... ;..-.. ,

; Vévêquje de.Grasse, eapacin, a tréyoqué. 1a signature du Corps 4t ^q^n«>Aetdit; qu'il l'a signé trop; rapideip$nt* lorsqu'il lui {ut présenté par l'abbé de La Fare- I^pis, le jendi saint, tf . ., ,

Dom Louvart, religieux de Saint-Denis, exilé pour avoir protesté contre raccommodement. Le cardinal a révoqué ses pouvoirs. Voilà la troisième fois qu'il est exilé pour la Constitution .

Deux notaires (Chèvre et Billebeu) étant allés au Palais- Royal, chez M. l'archevêque de Cambrai, pour le sommer de donner son visa au brévetaire pourvu, par le joyeux avènement, d'un canon icat de Cambray, ce prélat, furieux, leur a dit qu'ils étoient bien hardis de venir chez lui ; que s'il faisoit bien, il les feront mettre à la Bastille, et qu'ils n'avoient qu'à passer sa porte. Les notaires lui ont répondu doucement qu'ils faisoient leur charge, que c'étoit l'usage de sommer les ordinaires refusants, qu'ils ne craignoient point la Bastille, et que, par leur office, ils alloient jusqu'à la porte du cabinet du Roi. Il s'est emporté contre eux en jurant : M or dieu! deux fois, et les a chassés de son antichambre, en fermant la porte avec une si grande roideur qu'il l'a pensé rompre. Voilà nos ministres et nos évèques.

Arrêt du 9 janvier qui ordonne que les contestations, au sujet de la suppression des comptes en Banque, seront jugées, en premier ressort, par les conseils, et par appel au Conseil par les commissaires nommés, au nombre de cinq au moins; l'appel sera instruit sommairement, par requête communiquée, et une simple sommation de fournir réponse. On a beau avoir rappelé le Parlement, on le dépouille tous les jours de sa juridiction. Amelot, Desfors, Saint-Contest, Ferrand, Machault, Roujault, Landivisiau, Baudry, Beaussan, La Gran ville, Angran, Sigriy. (Commissaires).

Actions a 3 sceaux, 3,400 ; a 2, 2,400. Actions rentières, 60 p. cent. — Dans l'assemblée, faite à la Banque le 2 janvier, M. le Duc a été nommé vice-gouverneur de la Compagnie, et pour commissaires honoraires ont été nommés MM. de Vendôme, Gramont, Chauvel, d'An tin, d'Estrées, de Mézières, Lassay, Landivisiau, et chacun un

adjoint (1). La Gazette de Hollande dit que la Compagnie peut espérer, par les retours, un fonds de 60 à 70 millions, et que le dividende de Tannée sera aussi fort au moins que les rentes de la Ville. Dieu le veuille, mais il ne le voudra pas, parce qu'il ne veut pas l'impossible.

Le congrès de Cambray reprend vigueur. Les plénipotentiaires partent incessamment. MM. de Saint-Contest et de Morville sont sur leur départ. Us disent que tout est d'accord, et qu'ils ne vont que pour signer. Mais le public pense autrement, et qu'à ce congrès les nations demanderont justice de ce qui s'est passé en France depuis deux ans. Ce sera une belle affaire du droit des gens.

12,13, 14. Duc de Ne vers. — M. le duc de Nevers (2) a été reçu au Parlement le 14, en qualité de Pair de France. 11 y avoit eu dans les jours précédents quelques contestatiods sur son billet de visites, où il avoit mis; Monsieur le due de Nevers vous prie, etc. On prétendoit qu'il n'avoit pu mettre le titre de Duc, n'étant pas encore reçu. Un autre conseiller se plaignoit de c4que, dans le billet, on n'avoit pas mis le nom de Monsieur en quelque endroit, en s'adressant au conseiller visité, mais quelqu'un lui dit qu'il y étoit, et que Monsieur, qui commençoit le billet comprenoit cette qualité comme s'il y avoit Monsieur y et ensuite le duc de Nevers ; à quoi le sénateur n'eut rien à répondre , quoiqu'il y eût beaucoup à dire. On a remarqué qu'à cette réception, M. le Duc n'étoit accompagné que de peu de gens de sa maison, et le prince de Conty, au contraire, accompagné de plusieurs seigneurs et gentilshommes de distinction.

Mmc de Parabère. — On a su que le Régent est allé chez Mme de Parabère, dans le carrosse du marquis de Biron,

(1) Barbier, I, 102.

(2) Barbier, I, 105. — Philippe-Jules- François Mancini Mazarini, duc de Nevers, né en 1676. II étoit fil* de Philippe-Julien Mancini Mazarini, duc de Ifevers, et de M"« de Thianges.

54 MÉMOIRES Dfc MATHIEU MARAIS.

avec* un seul laquais; qu'il est entré par surprise dans sa maison; qu'il Ta trouvée avec quatre jeunes gens, et entre autres, le chevalier de Beriàghem dont il est jaloux ; qu41 a battu sa nbaltresse et l'a jetée par lerfléy qu'elle s'est relevée et lui a Ohanté potiillè, et qu'il est revenu au Palais-Royal, eu' il ^a voulu engager Nôfcé à le raccommode*; 4nais il n'a pa6 voulu *s'en*cliàJpger. IH'ahne à la rage. ' ■-•? -•'' •■ • •«',: - -•• * •-

M. le Du© s'est fait délivrer &%000 Mv. pour ses péririons et celles de » *P* la Duchesse. €tet argent étoit réservé pour le payement "des troupes, mats' ce prince fait le maître» et* veut régenter le «Régent Les ministres se plaignent, onue les écoute pas^ ' >>>.-.■; - - i

15 /am?tm' ^DrôatjJfis Monkôies>— Le procureur* général àe la tourde^Monn-oyesest^utrédans la Chafhbrey et afaifcitoa réquisitoire, sur ce qu'il a appris qu'au bout du Cours il y^a»ûn édifice* propre à la Motmote, dm Subtil* et des insti\anreirts>einn moulin, le plus beau quHt f ait dans* aucune Monnoye de France. Il a demandé per~ mission» d'informer contrenceUxqui l'ont construit; de faire dessemt>ler Je moulin^ -enlevé* les instruments, et faire uii ^ooès-verbali<Je, i'é*atx*és lieux * La Chambre lui a remontré que, o*étoit u#> édifice public bâti depuis la Régente, et (^'ibenifatteit-patter^iu ftégentvlla dit lui en avoir ^parlé, et qu'il lui ^répondu qnfon pouvoit faire ,tout ce cjti'on votidroit* qu'iltie prenoit poipfr'de part> et qu'itefissèutfenrs^harges. Sur- cela, il wébéTenèft arrêt qui a 'permisr d'ettlewefc : les* instruments1 et outils,» et commis deux Conseillers de là Mdnno^e pour fàirë^la description. Cet é^ficô râvôit'étê} élevé ^at»lià\^*t^Aus ses ordré^c'étoi* là dùilvotoloit'faire son tëiîlôti, et on a été bien étonné que leJRégent ait renié cet ouvrage, qui n'a pu être fait que de son consentement et qui a coûté beaucoup. Il n'est pas encore achevé. Ce sërdit tin toàit bien singulier d$ ,yq^ jia c^ur des Mon flores revqn;^ sur ce Law qui n'a pu être décrété par le tPariement.

Il est venu nouvelle d'une seconde et d'une troisième batailles gagnées sur les Mores par le roi d'Espagne, sôus le commandement du marquis de Leyde. Voilà trois batailles gagnées en uirmois. Ce marquis de Leyde est un Flamand petit, gros et bossu, qui est d'une grande bravoure, et la chronique dit qu'il est fils du maréchal de Luxembourg, qui aimoit sa mère. Il tient de lui la bosse, le courage et l'art de gagner des batailles. Son nom de famille est Beth, qui est une bonne maison de Flandres.

Il y a une lettre de cachet qui ordonne à la Sorbonne de rétablir les vihgt-deux docteurs qui avoient été exilés pour la cause de la Constitution ; de ne faire aucune délibération sur cela, et de mettre tout ce qui a été fait à cet égard dans un oubli éternel. On craint que cela n'enveloppe Tappel au Concile, et que la Sorbonne ne soit la dupe de l'enregistrement et acceptation qu'elle fera de cette lettre.

M. de Maurepas (1), Ifils de M. de Pontchartrain, a été redemander la lettre de cachet qui a été révoquée. Le syndic ayant fait refus de la rendre, le secrétaire d'État a montré le récépissé qu'il en avoit donné, et, sur le champ, elle a été rendue par le syndic, à qui il a remis son récépissé. Où en attend une autre, qui sera peut-être plus forte.

(I) M. de Maurepas, gràcèà l'âge avancé auquel il parvint, put être successivement ministre du Régent et de Louis XVI. Il touche d'un côté à Louis XIV, de l'autre à la Révolution française. C'est ainsi que l'homme qui résume le mieux peut-être le dix-huitième siècle a pu le, voir tout entier, M. de Maurepas, frivole, sceptique, galant, spirituel et narquois, personnifie cette politique étroite et égoïste, politique d'intrigue et de manège de cour, qui substitue la connaissance et le mépris des hommes et l'influence des femmes aux grands principes nationaux. Celui qui mit si lestement en terre la monarchie française méritoit d'aller jusqu'au bout. Mais il mourut à temps pour ne pas suivre le convoi. Sa biographie et celle de M. de Choiseul sont les deux biographies typiques des ministres au dix-huitième siècle. Voir Saint-Simon, Barbier, les Mémoires de Richelieu, de, Maurepas, d'Argênson, Grimm, Collé, Bachaumont, Levis, Senac de Meilhan, etc.

Vendredi, 17 janvier. — Malezieux. — Le sieur Malezieux (1), intendant du ducdu Maine, et son fils, quiavoient été mis à la Bastille, et qui avoient fait tous les écrits publiés en Espagne contre le Régent, ayant osé se présenter au Palais- Royal sans être amenés, le Régent a dit au fils, qui se présentoit le. premier : « Vous êtes bien insolent de venir ici. Je ne sais à quoi il tient que je ne vous fasse mettre dans un endroit où il ne soit plus parlé de vous; sortez, et que je ne vous voye jamais. » Us sont sortis, et on a été bien étonné de leur impudence.

Ollier. — L'abbé OUier de Verneuil, avocat général au grand Conseil, a fait banqueroute de 12 à 1,500,000 liv. Il s'est absenté, on a mis scellé chez lui. 11 est d'une très-bonne famille de robe, et qui ne devoit pas faire des banqueroutiers, mais le Système a fait bien des miracles, et c'en est là un.

Angleterre, Désordre. — Les nouvelles d'Angleterre sont que tout y est dans un affreux désordre ; que les banqueroutes y sont fréquentes; qu'on distribue plusieurs écrits où le Roi n'est point marchandé, comme ayant profité de la déroute de la Compagnie du Sud,, et qu'un membre du Parlement a dit : a On nous a promis 50 pour cent de dividende. Si le fonds en étoit certain, il faut savoir ce qu'il est devenu, et punir ceux qui l'ont détourné. S'il ne l'étoit pas, c'est une friponnerie qui mérite aussi punition, » Ces Anglois raisonnent et exécutent. Pour nous, nous faisons des chansons, et on n'exécute rien.

Le Régent est malade d'un gros rhume, qui ne l'empêche pas de boire du vin et de contenter ses autres désirs. Les médecins ne gagnent rien sur lui. On dit qu'il

(l) Voir sur Malezieux, les Mémoires de Mme de Staal, du président Hé nault et Lemontey. Voir aussi Vatout (Conspiration de Cellamare) el les lettres de Madame, II, 53, 73. — Nicolas de Malezieux, précepteur du duc du Maine, de «l'Acad. Française en 1701. Né à Paris en 1650, mort en 1727,

a eu des absences, et qu'il a dit qu'il vouloit aller au sacre du Roi. On est obligé de prier pour sa conservation, car ce qui le suit ne le vaut pas, et le public craint de tomber aux mains de M. le Duc, qui ne connoit point de lois et qui n'a jamais rien su, que la cbasse.

Samedi 18. — Parabère. — Le raccommodement est fait du Régent et de Mmc de Parabère. Il se porte mieux. Cet amour est nécessaire à sa santé et à son repos, et même aux affaires, qui en vont mieux quand il n'est pas brouillé. On lui a présenté Hme de Pramnon, qui est Chabanes en son nom, sœur des marquis et chevalier de Chabanes, capitaine aux gardes, et femme d'un gentilhomme du Lyonnais, qui est riche, et qui est depuis un an mal avec elle. Elle est venue à Paris et auroit bien voulu desservir ce bénéfice, mais quoiqu'elle soit belle, elle n'a pas plu au Régent, qui Ta, une seule fois , menée dans sa petite loge à l'Opéra ; et elle a toute la honte sans en avoir le plaisir. May non, conseiller au Parlement, fils de May non, fermier général, lui avoit fait une promesse de mariage pendant qu'elle étoit fille. Il ne l'a voulut pas tenir; cela fit un procès, et par arrêt, rendu en 1712, il fut condamné en 60,000 liv. de dommages etintérêts, qui ont servi à la marier, car elle est de grande maison, mais elle n'est pas riche.

La ferme générale ayant été ôtée à la Compagnie, on a mis les fermes en régie, par arrêt du 11 janvier, pour un an seulement , et on a nommé quarante régisseurs.

Par arrêt du 15, le prêt de 105 livres par action est prorogé jusqu'au 1er février prochain avec la hausse de l'argent.

Law court toujours. — On n'a plus de ses nouvelles. Le mylord Londonderry, à qui il doit une grosse prime, est venu à Paris trop tard pour le trouver. ,11 a demandé au Régent d'être payé sur ses biens. On lui a répondu que ce seroit après que le Roi seroit payé, a S'il devoit au Roi, a dit le mylord, vous ne l'auriez pas laissé aller. » Et

sur cela, il est allé en poste après lui , mais Law a bien de l'avance et ne le craint guère.

Le comte de Laval, qui étoit à la Bastille depuis longtemps, pour une requête de la noblesse qu'il avoit signée, en est sorti le 15 de ce mois.

Les actions à 3 sceaux sont A 3,200. Celles à 2 sceaux à 2,800 billet, de 10Û livres à 10 livres.

Incendie de Rennes. — L'incendie de Rennes, de la nuit du dimanche 22 décembre, est une chose affreuse. Ce n'est plus Rennes. Il y a trente-deux rues consumées , les maisons des procureurs, avocats, marchands de draps, de soie, et des orfèvres sont toutes brûlées. Tous les meubles perdus. On ne sait où se coucher ; c'est la plus grande désolation que l'on ait jamais vue (1).

Le Tellier, capitaine cassé dans Toulouse, a attaqué M. de Maupeou, inspecteur, qui Ta fait casser il y a trois ans. Ils se sont battus, ont été séparés. Le Tellier mis à là Bastille pour la règle et la subordination.

21 janvier. — Arrêt pour les anciennes espèces, qui seront décriées au 1er février, et prises seulement aux Monnoies et pour les droits du Roi. i . .

Autre arrêt du 30 décembre publié ce jourd'hui, qui dit que toutes les anciennes dettes du Roi avant 1720 seront payées en billets, et celles de 1720 en argent, mais les payeurs ne donneront de l'argent qu'à ceux qui rapporteront preuve qu'ils ont été payés, les années précédentes, en billets. Ainsi, quoique le billet soit comme nul, on ne laisse pas d'en donner pour payer les dettes du ftoi.

(1) « Neuf cents maisons furent consumés. On découvrit, sôua les décom- « bre», ^es .scories , brillantes et variées, sorties , comme , l'airain de Cor « rinthe, des combinaisons fortuites de la combustion. Le luxe façonna, la « mode répandit ces lamentables débris. Ce fut par des parures de femmes <<: et par quelques futiles bijoux que la plupart des Français apprirent la des* « traction de Ifi capitale d'une grande province » (Lemontey, Histoire de la Régence I, 313). —La Gazette de France, seul journal du temps, ne mentionne même pas l'événement. '

janvieA irai. ■•> s9

Le désespoir est dans toutes les bonnes familles; on n'a plus ni pentes, ni revenus» On est' chargé de billets et d'actions qui ne rapporteront rien. Tous les jours , ce sont des histoires nouvelles de gens morts désespérés } ou réduits à la charité des paroisses. La France n'a jamais été en cet état, et le tout pour avoir cru ce misérable Anglois. La robe est tout à fait ruinée par les remboursements qui lui ont été faits. Ceux qui comptoient sur les retraits sont trompés, car le» billets ne sont point admis dans lesconsignations,qui sedoivent faire,en espèces qui ont couçs, lorsque le retrait est jugé. On déclare aussi nulles toutes les offres en billets, pour la moindre petite faute* Ainsi le créancier et le propriétaire sont favorisés le plus qu'on peut, mais le débiteur est accablé, et ne sait plus avec quoi payer.

Jeudi 23. — Plusieurs personnes avoient porté leur argent aux Mon noies, au lieu de la Banque, et avoient tiré des récépissés des directeurs des Mon noies , qu'ils comptoient se faire payer en argent. Par arrêt de ce jour, il est dit qu'ils en seront payés en rentes sur la Ville , et que les récépissés seront rapportés avant le 1er mars, après quoi seront nuls. .

11 y a eu un autre arrêt de ce jour qui interprète celui du 26 décembre 1720, qui a supprimé les comptes en Banque. Il n'y en aura plus dans le commerce , même degré à gré* maison ne payera les lettres et billets payables encomptes en Banque, que surle pied queles comptes perdoient ku jour de la lettre tirée, p$r rapport aux espèces d'or e* d'argent d'alor^; pourquoi il en sera fait évaluation par des négociants, banquiers ou agents de change , qui seront convenus ou nommés par le juge; et le payement se fera, en espèces ayant cours, de la somme à laquelle la valeur du compte en Banque aura été fixée par ladite évaluation. — Cela a été réglé pour établir, autant qu'il est possible, une juste égalité entre le débiteur et le créancier, et cette règle parolt assez bonne

L'emploi du compte en Banque, qui restera au débiteur, se fera en rentes viagères, rentes provinciales et actions rentières sur la Compagnie, dont S. M. sera et demeurera garante.

On a eu nouvelle de Rome que le mardi, 31 décembre, la Reine d'Angleterre (que Ton appelle la femme du chevalier de Saint-Georges) y est accouchée d'un fils, en présence de neuf cardinaux, de six princesses, de plusieurs prélats du sénat de Rome et des Conservateurs du peuple romain. Il a été baptisé par l'évéque de Montefiascone et nommé Carlo-Odoardo-Luidgi-Casimiro-Philippo (1). Cet enfant a droit à la couronne d'Angleterre , mais s'il n'est pas plus heureux que son grand-père (2) qui en a été chassé, ou que son père (3) qui n'y a jamais pu entrer et que l'on a fait sortir de France après lui avoir donné asile , ce n'est pas la peine de naître. On a pris à Rome toutes les précautions nécessaires pour assurer sa naissance, parce qu'en Angleterre on les avait négligées à celle de son père. La famille de Stuart se pourvoit d'héritiers, pour les donner aux Anglois, qui n'aimeront jamais un prince né à Rome, quand il voudrait prendre leur religion. Ce sera toujours un épouvantai! pour le peuple (4).

Dimanche 26. — On a tenu un grand Conseil de Régence pour les finances. On y a fait entrer M. d'Armenonville, qui n'y avoit point entrée depuis la Régence. On veut régler les actions , les billets de Banque, et tâcher de donner un arrangement au désordre où on est , ce qui est bien difficile. Il y a eu un grand débat (5) entre le Régent et M. le Duc, au sujet de Law, que H. le Duc a dit

(1) Voir Saint-Simon, XI, 373.

(2) Jacques II.

(3) Jacques -Edouard-François Stuart, connu sous le nom de chevalier de Saint- Georges .

(4) Charles-Edouard mourut en effet à Florence, le 31 janvier 1788, sans avoir régné, mais non sans avoir combattu.

. (b) Voir Saint-Simon, XI, 353. |

être l'auteur de tout le mal. Le Régent lui a dît qu'il l'avoit fait accompagner lui-même par ses gens hors du royaume. M. le Duc a dit qu'il étoit bien aise de se justifier, puisqu'on l'accusoit : que c'étoit le Régent qui avoit donné le passe-port, et qui l'avoit engagé à le faire conduire. Voilà un bel éclaircissement entre ces deux princes, pour savoir qui des deux a protégé le destructeur du royaume, qui s'en rit, et ne craint point d'être puni.

Le bruit s'est répandu que H. le Duc et plusieurs seigneurs ont rapporté leurs actions , et que Ton va faire une recherche d'où proviennent les actions , les billets, les rentes , et critiquer toutes les fortunes nouvelles, qui ont fait tant de tort au public. Ce sera matière à bien des faveurs injustes et un bon temps pour les femmes de la Cour(l).

L'abbé de Bboglib. — Il y a bien des mécontents sur les bénéfices. On a fait une nouvelle histoire de l'abbé de Broglie. Il avoit loué au Régent un vin qu'il avoit bu, le Régent en voulut boire. Il lui en envoya 300 bouteilles, que le Régent prit , mais il dit à l'abbé qu'il les vouloit payer. L'abbé lui envoya un mémoire par articles : le vin , les bouteilles , les bouchons , la ficelle , la cire d'Espagne, les paniers, le port, et à la fin il mit : Total : Uab-^ baye du Mont Saint-Michel; et c'est l'abbaye qu'il a eue. Les mécontents disent que les bénéfices n'appartiennent qu'aux diseurs de bons mots et aux faiseurs de bous tours.

27. Billets au porteur. — Les billets payables au porteur avoient été supprimés par l'édit de mai 1716. On les a trou vés nécessaires, pour la circulation de l'argent, et ils ont été rétablis, par déclaration du Roi du 21, registrée au Parlement le 25, et publiée ce jourd'hui. L'arrêt

(t) V. Lemontey, t. 4, p. 349 et 55u

de 1673 les a approuvés. Les casuistes crient contre, à cause de la facilité de l'usure , mais ce commerce no peut se faire sans cela, et il faut que les casuistes vivent comme les autres. Aliud hxc sacra non constant* Nous avons un livre de La pratique des billets entre les négociants, qui a été bieq censuré, et cependant il avoit pour auteur le sieur Le C. docteur de Sorbonne, homme d'une doctrine sévère T

Arrêt du 23 janvier, qui ordonne que tous les propriétaires des droits et offices supprimés et leurs créanciers seront tenus de faire liquider d'ici au ier mars, pour jouir des intérêts et arrérages du 1er janvier 1720, sinon ne jouiront que du jour de la quittance de finance.

Autre arrêt du 18, qui ordonne que les rentiers de la Ville recevront tout ce qui leur est dû jusqu'en 1720 , avant le mois de juillet, sinon déchus.

Mandement du cardinal de Noailles bu 2& janvier, pour assister les pauvres de Rennes qui ont souffert dans l'incendie. — Il commence par : <ç La misère qui augmente tous les jours sous nos yeux et qui se multiplie parmi nous, est un des objets que nous ne devons point perdre de vue, etc. »

Samedi 1er. — On avoit reporté en Sorbonne une, lettre de cachet pour rétablir les vingt-deux docteurs exclus* Ils? savoient la teneur de la lettre. Ils sont entrés. avant que Ton ait délibéré, ce qui était contre Fordre ; le syndic a rompu rassemblée, et ainsi ils n'ont point été rétablis;* La lettre étoit la même que celle qui avoit été retirée , si ce n'est qu'on en avoit ôté ces mots : « sans délibérer; » et ces autres : « sous peine de désobéissance au Roi. » (Voyez Gaz. de Hollande, 11 février).

Dimanche 2. — M. Bouret, curé de Saint-Paul, est mort

à dix heures du soir, âgé de soixante-douze ans* Il avoit professé çn Sorbonpe l'Écriture sainte pendant vingt-sept ans. On dit de lui que depuis saint Jérôme, personne ne Ta si bien entendue. Il est mort fort regretté; il donnoit tout aux pauvres. C'est par ses grades qu'il avoit eu cette cure. S'il étoit mort deux jours plus tôt, elle auroit appartenu aux gradués et au plus ancien, à cause du mois de rigueur. Le plus ancien est BJ. de Châlo*is, le premier des vingt-deux çonstitutionnaires exclus, qui est dans des sentiments bien opposés à H. Bouret, appelant, et qui est mort dans son appel. On lui proposa,, sur la fin de janvier, de se démettre de sa cure, afin qu'elle ne tombât pas au gradué. M. de Chàlons répondit : « Il ne m'appartient pas à moi qui vais être jugé devant Dieu, dans quelques jours, de critiquer les mœurs et la doctrine de mon confrère. La Prpvidence de Dieu est grande, elle en ordonnera comme il lui plaira. » Et en effet, il n'est pas mort dans le mois de gradué. Le 31 janvier au soir, plusieurs personnes de distinction de la paroisse vinrent dans sa chambre pour être témoins de son état. Elles y restèrent jusqu'à une heure après minuit, et ont été témoins qu'il n'est pas mort en janvier. L'archidiacre (M. Perochel, grand const/) n'a pas voulu faire l'office, le jour de l'enterrement, quoique cela fût de sa charge, mais il envoya demander le carrosse et les chevaux qui lui appartiennent par son droit, ce qui lui a été donné.

Lundi 3. — Le ballet du Roi n'$ pas été joué, parce qu'il est malade et enrhumé.

Mwdi k. — J'ai été à l'eijterrement de M, le curé de Saint-Paul. Il y avoit un monde infini, et toute la paroisse étoit en larmes. C'est le curé de Saint-Hilaire (M. Jollain, syndic de Sorbonne) qui a fait l'office, à la place de l'archidiacre.

Ce même jour, on a publié les deux célèbres arrêts rendus le 26 janvier, qui sont le règlement général pour tout le papier.

Visa. — Le premier ordonne que tous les contrats sur la Ville , quittances et récépissés pour en expédier: actions, dixièmes d'actions, reconnoissances d'actions déposées : comptes en banque, actions rentières, dixièmes des dites actions : rentes viagères, billets de la Banque — seront représentés pardevant des commissaires du conseil, à Paris; et, dans les provinces, aux intendants, par l'entremise des notaires, avec un bordereau contenant le détail des effets, et un mémoire pour déclarer à quel titre ils possèdent lesdits effets, et d'où provenoient les deniers qu'ils ont employés à les acquérir. Le tout sera visé et paraphé par .les commissaires, qui rendront les effets. Et ce dans deux mois ; après quoi, faute de ce faire, les effets seront nuls. Tous dépositaires publics, receveurs des consignations, saisies, etc.. seront tenus à la représentation. Défenses de prètersonnom,àpeinedeconfiscation des effets, et de l'amende du double payable en argent, moitié au dénonciateur, et l'autre moitié à l'Hôpital général. Du jour de la publication, sursis au Trésor royal à la conversion des récépissés, pour rentes perpétuelles ou viagères, ou provinciales, en quittances de finances. Les autres rentes seront payées à la Ville, soit sur les contrats expédiés, soit sur les quittances de finance. Voilà le visa général de tous les effets de l'État (jusqu'aux actions et billets de banque) qui se va faire. Personne n'en sait l'événement et tout le monde le craint. Cela peut durer très-longtemps et peut-être jusqu'à la majorité. Ce qui désespère bien des gens, c'est que ceux qui ont payé le prêt des actions et ceux qui ne l'ont pas payé se trouvent d'une condition égale; et beaucoup de gens ont tout vendu pour satisfaire à ce prêt. On dit que depuis un moisonaportéàlaMonnoyepouri,800,000liv.decuillers et de fourchettes, grande preuve de la misère de Paris.

Le deuxième (Arrêt contre la Compagnie) est incompréhensible, et est, à ce que Ton peut dire, le déshonneur du Conseil et de la Régence. Il est rendu sur la re-

quête des directeurs de la Compagnie des Indes, qui montrent, par des raisons évidentes et invincibles, que depuis l'arrêt du 23 février 1720, qui a uni la Banque à la Compagnie, ils n'ont point eu la régie de cette Banque, que le Roi en a disposé, nonobstant cette union, et a agi en maître par plusieurs arrêts postérieurs ; et cependant il est ordonné que les directeurs, dans leurs comptes, se chargeront de tous les billets de la Banque, et que toutes les négociations qu'ils ont faites seront à leurs risques et pour leur compte , et qu'ils dresseront un état de tous leurs effets, pour y être pourvu par S. M. Ainsi, 1° La Compagnie se chargera de billets de banque qu'elle n'a point eus et assurera vérité un compte faux. 2° Les négociations sont à leurs risques, et elles ont été faites par Law, en vertu d'un arrêt du Conseil, du 5 mars, qui a permis l'achat et vente des actions à 9,000 livres, à quoi la Compagnie n a point eu de part. 3° Il y a eu pour 1,756 millions de billets de banque faits sans délibération de la Compagnie. 4° L'état des effets ne se prépare que pour en mettre en possession le Roi, à qui on dit qu'il sera dû des sommes immenses par ce compte, ce qui sera bien facile, mais très-injuste. C'est cette injustice qui révolta M. le Duc 'dans le conseil du 26 janvier, mais il n'a pas été le maître, et l'arrêt a paru, contre lequel on dit qu'il a protesté. La protestation est dans Tar- - rèt même, qui contient très-nettement les raisons des directeurs, auquel il n'y a rien à opposer qu'une autorité despotique, qu'on emploie pour le Roi contre tous ses sujets et à leur ruine. On ne devroit pas lui faire ainsi commencer son règne.

Par arrêt du 30 janvier, les commissaires pour le visa général sont :

Conseillers d'État.

MM. Bignon. MM. Fagon.

Trudaine. x Courson.

La Rochepot. Le Guerchois.

MM. Ferrand.

De Machault.

T. Iî.

Maîtres des requêtes, MM. D'Herbigny. MM. Poncher. MM. Lajot.

Gourgues.

Rouillé.

Bignon.

Morangig.

La Vigerie.

d'Argenson.

Maupeoa.

Bertin.

Fontanieu.

Hébert;.

Vattan.

Talhouet.

De Baussan.

Rossignol .

Aubert de Toumy

De Berulle.

Le Feron.

Pinond d'Avaur.

Ofry.

Vîllayer.

Angran.

Pelletier de

Signy.

5 janvier. — Êdjt enregistré le 5 février, qui crée trente payeurs de rentes faisant, avec quatorze déjà créés, qua-r rante-quatre qui seront quarante-quatre parties, dont; trente pour les rentes perpétuelles et quatorze pour les rentes viagères et tontines.

On a fait la chanson suivante sur l'arrêt du 26 janvier et sur ce qui se passa au conseil de Régence.

Sur Pair : Votre jeu fait beaucoup de bruit.

Le Régent sans contrition, Nous a fait sa confession.

Il dit au conseil de Régence :

J'ai fait trois milliards de billets, Et vais vous dire en confidence, Messieurs, comme ils ont été faits.

J'en ai fait, par arrêts connus, Pour quatre cents millions d'écus.

. Par arrêt sous la cheminée, Autant ont été débités ; Le reste doit sa destinée A des arrêts antidatés.

J'ai pris cette précaution ' ,

Pout sauver ta punition '

Que Law méritoit en faussaire.

Je veux bjçn l'avQU«r .au, p.oi,

Contre lui qu'auroit-on pu faire

Qui ne fut retombé sur moi? 4

FÉVRIER irai. 67

Chanson contre deux dames, sur l'air de Thésée • ^ On ne peut potier les chaînes. » -

La De Prie est la plus maigre Des catins de notre temps. Elle a l'esprit par trop aigre, Et trop de pertes de sang.

Polignac (1) est la plus belle Des catins de notre temps, On ne peut boire pour elle Ni trop, fort ni trop longtemps.

Law est allé au carnaval à Venise, qui étoit le 25 janvier, sous le nom de M. Dujardin.

Le livre des Hexaples, ou Les Six colonnes sur la Constitution parott fort augmenté à Amsterdam, chez Portgiète. -7 vol. in-WLe prix 40 florins. C'est un livre d'un grand travail et qui va immortaliser la dispute.

. Les bénédictins dé Saint-Pierie de CKâlons, en Champagne , ont appelé de l'accommodement et rendu leur appel public.

Le prieur à été déposé, et dom Thierry de Viaixnes, secrétaire, banni ïïofe dti Voyaurife. fl a été longtemps à la Bastille et à Vinijennés Jour le jansénisme.

Actions, BiLL^fs^ — Actions avec Je bulletin 2,400 billets de banque 1 billet de 1,000 liv. rend 63 à 64 liv. en argent. Le billet de 100 liv. rend 7 liv.

Le sieur Robert Knigs, trésorier de la Compagnie du Sud en Angleterre/ s'est évadé, pendant qu'on faisoit le procès aux directeurs, et il a très-bien fait. On court après, mais il n'y a pas d'apparence qu'on l'attrape. (Il a pourtant été attrapé à Anvers, inais il n'a pas été livré).

6 février. — Duc de 14 Force. — On a saisi, dans le couvent des Augttsiins, plusieurs marchandises d'épiée-

(1) Voir sur cette dame et ses incroyables débauches, Madame (II, 14, 231, 320, 366,368) et les Mémoires de Maurepas, II, 210.

rie et des porcelaines et paravents de la Chine, qui y a voient été mis par un nommé Orient, dans des chambres que ces religieux lui avoient louées et dans leur bibliothèque. On les a enlevés parce qu'Orient les vendoit en détail. H a été depuis arrêté, et il a déclaré, dans son interrogatoire, que ces marchandises appartenoient au duc de la Force, ce qui a arrêté les poursuites du lieutenant de police, qui ne peut pas connoltre de ce qui regarde un Duc et Pair (1). (

Le duc de la Force esttrès-décrié. Le jour que le duc de Brissac a été reçu, personne ne lui a voulu parler. Le duc de Mazarin (2), qui est plaisant, courut fort vite dans la buvette. On lui demanda ce qu'il a voit; il dit : « Je suis poursuivi par un apothicaire (c'étoit le duc de la Force qui le suivoit), mais Messieurs ce n'est pas un apothicaire sans sucre. » Quand il fut à l'audience, les Ducs qui étaient auprès de lui tournèrent le dos. 11 a couru un bruitqu'ily avoit une causeau rôle contre lui sur une saisie de marchandises, et que Isabeau, greffier, qui a soin du rôle, l'avoit dit. Le Duc s'est fait donner une lettre par Isabeau, où il dit qu'il n'en est rien, et le duc a fait courir cette lettre, qui n'a fait que faire parler le monde davantage. La saisie des Augustins est venue depuis, et on a fait graver une figure qui représente un crocheteur .

(1) Voir, sur ce scandaleux procès du duc delà Force, une des grosses affaires de la Régence, Saint Simon, XI, 379 et Madame (II, 250, 299, 301,308). On en trouve toutes les pièces daps les Mémoires de la Régence ( III, 82), l'appréciation dans Lemontey, et les détails dans Marais seulement, qui s'y est étendu avec une maligne complaisance. Voir aussi Barbier (I, 89, 109, 111, 112, 115, 119, 137, 138). Leduc de la Force, persécuteur du protestantisme qu'il avait abjuré, fils ingrat, fourbe courtisan, bel esprit plagiaire, agioteur rapace, est le premier qui ait appris au peuple le mépris des grands. La Régencc,à ce point de vue, serait pour beaucoup dans la Révolu lion.

(2) Paul-Jules de la Porte- Ma zarini, duc de Rethel Mazarini, fils du duc de la Meilleraie et de Hortense Mancini, si célèbre par ses aventures. Il mourut en 1731. Il tenait de sa mère et était d'un esprit facétieux et de mœurs relâchées.

courbé sous le poids de plusieurs ballots d'où sortent de la cire, du café et autres marchandises, et on a mis au bas : Admirez la Force, (j'ai cette gravure). La duchesse du Maine envoya chercher à minuit le commissaire Labbé, qui avoit fait la saisie aux Àugustins, pour en savoir le détail, et il lui parla beaucoup de quinine et de gayac, dont il y avoit grand amas. Elle lui demanda à quoi cela servoit : Il lui dit : « C'est pour guérir une maladie qui n'est pas dans votre chambre, mais qui peut être dans votre antichambre. » On ne s'entretient dans Paris d'aufre chose que de ce monopole, et le Parlement doit s'assembler sur la procédure du lieutenant de police où le duc de la Force a été dénoncé. Son frère dit qu'il veut quitter le nom de la famille. Le Régent lui a dit : « Votre frère veut en faire autant, parce qu'il dit que vous le déshonorez.» Voilà les descendants du maréchal de la Force.

7 février. — M. Foucault. — M. Foucault , conseiller d'État, est mort âgé de soixante-dix-sept ans (1). Il étoit fils de Foucault, greffier de la chambre de justice de M. Fouquet, et ce greffier fils d'un apothicaire. C'était un homme très-curieux d'antiques, de médailles, de bronzes , de livres , et de toutes sortes de raretés qu'il avoit déterrées partout. Il y en a une infinité dans le recueil du P. Montfaucon (2), qu'il a donnés à ce père, qui les a fait graver. Il avoit vendu tout cela avant sa mort à différentes personnes, parce qu'il a été mécontent de son fils, qui a été obligé de se retirer en Espagne, pour une impertinence faite chez madame la duchesse de Berry. Il étoit introducteur des ambassadeurs; la princesse donnoit un repas magnifique,, où il n'étoit point marqué

(1) Voir sur ceJ?oucault, qui a laissé des Mémoires inédits, curieux pour l'histoire de l'administration française, et dont on trouve des extraits à la suite des Mémoires du marquis deSourches, Saint-Simon, 111,291; X, 438; XI, 381.

(2) L'Antiquité expliquée et représentée en figures, latin-français; Paris, 1719-24, 15 Yol. in-folio,

pour entrer : il y entra malgré la défense. On le mit à la Bastille; depuis il a passé en Espagne, où il a été fait majordome des Infants. Le père a toujours été mat, depuis ce temps-là, et s'est défait de toutes ses curiosités. Il n'a gardé que quelques tableaux des beautés illustres comme de Marion Delorme, Ninon de l'Enclos, etc. Il avoit le Bréviaire ou Calendrier original, où Bussy avoit fait peindre tous les cocus de là Cour, avec un hymne pour chacun ; c'est ce livre dont Bôileau a dit :

Me mettre au rang des saints qu'a célébrés Bussy.

11 a un tableau particulier d'un duc de Roannez (1) qui bêche la terre, pendant qu'un apothicaire a Vec sa seringue ramasse un chapeau de cardinal.' Cela dénote le cardinal Mazarin, disoit-on, fils d'un apothicaire. Leduc, mécontent de la Cour, fit faire ce tableau, dont l'original est sur la cheminée de la terre d'Océron, vendue par M., de la Feuillade à M. le duc d'Antin.

Par la mort de M. Foucault, M. Meliand est nommé conseiller d'État ordinaire et un d'Ormesson est entré au Conseil. M. de Harlay de Céli a .une expectative de la première place. Il étoit Tetaurné à Metz exercer son intendance, quoiqu'il en fût rappelé, et ^tvoit dit qu'il n'en sortirait point qu'il ne fût conseiller d'État.

Huet. — M. Huet, ancien évèque d'Ayranehes, sousprécepteur de monseigneur le Dauphin, est mort dans le même temps (2). Il étoit doyen de F Académie fran coi se. Il demeuroit dans la maison professe des jésuites et leur a donné sa bibliothèque. Il est célèbre par sa Démonstration évangélique(3)y et par plusieurs autres livres. Sur la fin de ses jours, il a fait l'histoire de sa vie : Commenta-

it) Le duc de Roannez, ami de Pascal (V. Pascal, édition Faugère) et frère de cette Charlotte, qui fut l'unique et mystique passion du grand et pathétique penseur.

(2) Né le 8 février 1630, mort le 26 janvier 1721. V. S. Simon, XI, 578.

(3) Demonstratio Evangelica; Paris, 1779. IV, in-fol.

février ira*. 71

rlusdevita sua(l), qui est un livre très-latin et où il a inis Téloge de fous les gens qu'il a connus. On est scandalisé d'y voir Boileau le satirique traité comme le dernier des hommes parce qu'ils avoient eu un démêlé ensemble Sue cet endroit de la Genèse : Que la lumière se fasse et ta lumière se fil y que Longin trouve sublime et que Boileau ,' traduisant Longin, avofit trouvé sublime aussi; au lieu que H. Huet a prétendu qu'il n'y avoit là que de là simplicité sans sublime aucun. Il a été appuyé par Le Clerc de Hollande (2) . Boileau a répondu à Pun et àl'autre, et l'ëvêque s'est vengé, dans sa propre Vie, du grand satirique qui étoit mort. On sait qu'il a eu part à beaucoup d'aventures galantes, qui se faisoient chez Mademoiselle de Moatpensier et aux Portraits1 de IdCour, ouest ausfcï ie sibn/Son grand ami, Segrais, rengagea à foire VOriffinè âes'romans pour mettre à la tète de laide. Il parle fort, dans sa Vie, contre les médecins fet la médeeine;cë- * pendant il leur avoit grande obligation , et y avoit recours quand il étoit malade. Là dernière année de sa vie, on ne le voyoit plus, parce que son esprit étoit fort baissé. Il est mort âgé de quatre-vingt-sept ans (3). L'abbé Renandot et lui ont emporté la science des langues orientales. Les savants, ou plutôt les théologiens, ne trouvent pas1 sa Démonstration bien démontrée, lia donné sa bibliothèque aux jésuites de la maison professe où il est mort. Jl a laissé un manuscrit de lui, Huetiana. Il à été imprimé depuis (4). Ce n'est pas gramTchq&e, mais cela est bien écrit.

(1) Traduit et publié par M. N isard (Ch.), chez Hachette, 1853. La 1" édition dont parle MaraÎ9 est intitulée : Ptt. Dan. Huetii, Commentarius de rébus ad eum pertinentibtis. Amstelod., H. Sauzetvi718 in- 12. , .;

(2) Voir tome X de la Bibliothèque choisie de Leclerc.

(3) Marais devait dire : quatre-vingt-onze ans.

(4) Huetiana, on Pensées diverses de M. Huet, (publiées par l'abbé d'OIivet); Paris, Jacques-Etienne 1722 hvl2. Sur Huet, évêque d'Avranclies, un des prélats de cette famille galante et lettrée des Godeau, des Fléchier, des tféhetoi , Yoir une curiens* et fine étude de Saihte-BèbVe (Causeries du lundi).

Fallari. — Le duc de Fallari, ayant appris la faveur de sa femme auprès du Régent, est revenu en France , s'est mis à jouer à Bordeaux, à emprunter, et même , diton, à voler ceux qui lui gagnoient son argent. Il venoit à Paris avec le comte et la comtesse de Valançay (mademoiselle Amelot de Chaillou) pour jouir de sa nouvelle fortune, quand il a été arrêté à Chartres par ordre du Roi. L'hôtellerie a été investie : on l'a enlevé et conduit à la Bastille, d'où on le doit transférer, pour le reste de ses jours, dans une autre prison. On ne doute pas que sa famille n'ait fait faire le coup : elle craignoit les folies de cet homme- là, qui en a fait toute sa vie, et qui en auroit peut-être fait d'autres plus importantes. La bonne fortune de sa femme, qui n'a guère duré , lui avoit du moins servi à la délivrer d'un tel mari, et ce n'est pas peu. Il a pour frère M. Gorge de Reyre , conseiller au Parlement, qui est un très-honnête homme, et pour sœur madame d'Ancenis, belle-fille du duc de Charost, aussi, sage que son frère Test peu.

9 février, — Arrêt de ce jour, qui remet la peine de nullité des actions à ceux qui n'ont pas payé l'emprunt de 150 livres. Permet à la Compagnie de le continuer, sous la peine seulement de la privation du dividende d'une ou plusieurs années, pour ceux qui n'auront pas payé, dans le délai fixé par la Compagnie. Cet arrêt tranquillise ceux qui n'ont pas payé , et fâche fort ceux qui ont payé. La privation du dividende est une peine chimérique.

On ne travaille point au visa des papiers , aux décla-, rations des rentiers et actionnaires. Le public dit que l'opération en est impossible et feroit mille injustices, en rejetant mille honnêtes gens, qui n'ont point de preuves de l'origine de leurs actions, et admettant des fripons qui, après avoir réalisé leurs contrats en or, achètent pour rien des billets et actions sur la place, et les soutiennent provenir de ces contrats dont la réalisation ne parolt

point. Les notaires ne veulent pas se charger de ces iniquités en portant les déclarations. On cherche quelque autre expédient, mais il n'y a point de remède contre la ruine universelle.

Jeudi 13. — On a plaidé à la Grand'Chainbre l'appel d'une sentence de police, quia déclaré valable la saisie d'un amas de charbon de terre fait par un agioteur. La sentence a été confirmée, et la confiscation donnée moitié à l'Hôtel Dieu et l'autre à l'Hôpital Général (1). On a lu la saisie faite aux Augustins , et l'avocat a dit qu'on avoit employé dans cette affaire l'adresse, l'artifice, la chicane, la force, etc., Jouant sur le nom de la Force, ce qui ne peut être relevé que par ceux %qui se croient cachés sous ce nom. Le Palais ne retentit que de ces saisies et monopoles nouveaux.

On rapporte qu'un duc demandant à un juge si la peine du monopole étoit capitale et emportoit peine de mort, 'le juge répondit qu'oui, sur quoi le duc dit : « Ne poiirroit-on pas adoucir cette rigueur et la réduire à la peine du pilori? Il me semble que cela suffiroit. » Cela veut dire que les ducs voudroient voir le duc de la Force au pilori. Je remarquerai ici qu'il n'y a point en France de peine pour le monopole des particuliers. Deux ordonnances seules en parlent, l'une du 20 juin 1539 > qui défend à toutes sortes de personnes de faire des amas de vivres et marchandises préjudiciables au bien public , et il n'y a aucune peine. L'autre, du mois d'août 1539, ne regarde que les compagnons , maîtres et serviteurs de tous métiers à qui il est défendu entre eux de faire des monopoles (Lois civiles , t. IV, 220,221, vide 1. 3. Cod. de commerce etmercat... — Traité de la noblesse par de la Roque, ch. 88, p. 355. Ord. d'Orléans art. 109, 127. Èdit d'août 1669, vérifié le 13).

(I) Aujourd'hui la Salpétrière.

Vendredi 14i — Il a été porté des billeW eheatous ; lep ducs et pairs, pour se trouver demain au1 Palais à rassemblée qui s'y doit faire. Le billet porte en sujjstamte : « Me Isabeau, greffier du Parlement, a passé chez vous pour avoir l'honneur de vovte pWer; àe\ part de la. Cour, 'd'assister demain à l'assemblée qui se dojt faire au Parlement pour examiner des procédures où M* le duc de la Force sô trouve compris. Et comme cela peut Regarder la pairie, elle vous prie de n'y pas iftënquer* »C'astie bilM d'invitation que le Parlement envoie aux ducs à présent.

Samedi 15. — Les princes du sang et les ducs et pairs se sont trouvés" ce matin au Palais^ où il y avoit une grande assemblée de toutes les Chambres. On est entré à sept heures et demie, et on est resté jusqu'à onze heures et demie. M. Ferrand a rapporté les procédures ètles saisies faites par le lieutenant de police et l'interrogatoire du nommé Orient, qui a dénoncé IL le duc de la Force. L'affaire a paru grave. M; le marécha). de Villars a dit que c'étoit avec douleur qu'il étoit obligé «te donner sa voix contre un homme du rang, dé la naissance et de la dignité de M. le duc delà Force, et qu'on ne: pouvait trop tôt approfondir cette affaire, afinqu'ilse pût justifier. Le duc de Noaillesoi'a pas voulu opiner. Enfin, à la pluralité des voix , il a été décrété d'assigner pour être ouï, et le nommé Bernard, son intendant, avec un autre (Duparc, tailleur) qui est son beau-père, ont été décrétés de prise de corps. Cette nouvelle s^est répandue dafcs Paris avec joie et l'on a admiré la fermeté des duos et du Parlement, qui ont rendu unie justice pqompte fet rigoureuse dans une affaire qui intéressé tout l'État. Si. le duc de la Fçuillade est le premier entre les ducsrçui a ouvert l'avis de l'assigné pour -être oûî,"«t qiM, pour-y <doimfer lieu, a dit qu'il falloit q&é M. le duc :dê la Forcé pftt être ouï par sa bouche, dans le même lieu où il avoit été accusé. Il y a eu sept voix pour laisser continuer la procédure du Chàtelet. M. Feydeau , figQçgtUgrj fo iété[Jfi P?e-

FÉVRIER IWI." 75

mier de cet avis. Orient avdit déjà été décrété, par le lieutenant de police, de prise de corps et pris prisonnier. L'arrêt ordonne qu'il sera transféré à la Conciergerie. L'arrêt confirme aussi le décret d'assigné pour être ouï contre le chevalier Landais.

Dimanche 16. — Visa. — Le Conseil de Régence s'est assemblé, et â fait un règlement pour la Vérification des effets, dont la représentation a été ordonnée par les arrêts des 26 et 30 janvier. Dans la déclaration, on sera obligé dédire qu'il n'en a été fait aucun emploi ni usage, «oit ponr acquérir des terres, maisons ou autres effets, soit pour le payement des dettes. Cela est fait pour éviter les fraudes que le public craignoit. 11 doit y avoir plusieurs bureaux et des bureaux d'expéditions subordonnés ; et les commissaires remettront des notes et observations sur les mémoires de ceux qui ne seront pas fidèles, ou sur lesquels il restera des* doutes. 11 y a un arrêt de ce jour qui contient ce règlement.

Lundi 17. — Languedoc. — Peste. — On a publié un arrêt, du 11 février, qui déclare le commerce des provinces de Languedoc, Lyonnoiset Dauphiné libre, et permet aux marchands de Tours de faire venir des soies de ces provinces, en rapportant des lettres de voitures, visées de® officiers municipaux des lieux de l'enlèvement; C'est que la crainte de la peste empèchoit tout le commerce avec ces pays-là, mais on prétend que les précautions portées «par l'arrêt du 14 septembre sont suffisantes.

13 février. — M"e de Saint-Sulpice brûlée. — Il est arrivé le jeudi 13 un accident singulier à Mme de Saint-Sulpice, qui est une jeune veuve fort aimable, qui ne quitte point M°* de Prie et M. le Duc. Elle étoit avec eux, M. le comte de Charoloïs et autres, dans une maison du faubourg Saint-Germain à souper (petite maison de M. le Duc, près Vaugirard). Elle se leva de table pour se masquer, et alla daqs une autre chambre, où, étant debout auprès du feu, un pied sur un chenet, son panier poussa sa jupe dans

le feu sans qu'elle s'en aperçût d'abord (1). Le feu ayant pris à la jupe et au panier, elle vint retrouver la compagnie, qui fut fort étonnée de la trouver en cet état toute brûlante. On ne savoit comment la secourir. Elle se jela par terre. Le comte de Senneterre se jeta sur elle, et voulant étouffer le feu, le panier qui n'étoit point flexible, et où il y avoit du fil et des baleines, empêcha qu'il ne s'éteignit, en sorte qu'elle fut brûlée, à beaucoup d'endroits, fort dangereusement. On la déshabilla à la fin et on la remena chez elle, où, ayant été visitée par la Péronie (2), fameux chirurgien, il la trouva très-mal. Cette ridicule et triste aventure a donné lieu à causer à tout Paris. La jeune dame en sera longtemps malade, si elle n'en meurt pas, et après sa guérison, elle sera bien honteuse. Elle est veuve de M. deSaint-Sulpice, intendant de marine, qui lui a laissé de grands biens, et vivroit très-agréablement (elle s'appelle Ragot de la Coudraye et est fille de l'intendant de M. le Chancelier de Pontchartrain), si elle ne s'étoit pas adonnée aux princes, qui l'aiment, mais qui en font leur jouet. Elle étoit amie de Vergier, qui fut assassiné l'année dernière. 11 avoit son portrait, fait par Boulogne, qu'elle a retiré depuis sa mort, et qu'elle m'a donné. Son esprit est tourné à la plaisanterie, elle a été autrefois dans une grande dévotion. Elle

(1) Voir sur cet accident deMmede Saint-Sulpice, dont Marais, peut-être par indulgence (il était son conseil et son ami), fait la chose la plus simple et la plus naturelle du monde, la version de Barbier et celle de Madame, beaucoup plus scabreuses, et qui ne sont à l'honneur ni de la victime ni de celui que la chronique regardait comme son bourreau, soit M. le Duc, soit M. de CharoIaiR. Cette aventure, où la férocité se mêle si brutalement à la débauche, est de celles qui indiquent jusqu'à quel degré de démoralisation était descendue la Régence. V. Barbier (I, 113), Madame (II, 307, 317), les Mémoires de Maurepos et les Mélanges de Boisjourdain (II, 10). Elle s'appelait Ragot de la Coudraye, fille d'un intendant de M. de Pontcharlrain, veuve de Veret de Saint-Sulpice, commissaire général de marine. Cette femme aimable et galante était l'amie de ce pauvre Vergier.

(2) Fr. Gigot de la Peyronie, né à Montpellier en 1678, premier chirurgien et médecin consulteur de I^ouis XV,

a le meilleur cœur du monde, et il ne lui manquèrent rien pour plaire trop, si elle n'étoit malheureuse par des ridicules que ses ennemis lui donnent, et que les accidents imprévus comme celui-ci augmentent encore.

CHANSON FAITE SUB CE QUE LES PBIHCES SE SONT FAIT ACCOM- PAGNER AU PARLEMENT.

Tout le Palais tremble

De voir à grand bruit

Arriver ensemble

Bourbon et Conti ;

Les polissons chantent

C'est le borgne et le bossu, lanturlu.

Princes, la cohorte Vous enfle le cœur.

Croyant que l'escorte Au Régent fait peur Les polissons chantent, etc.

A la pauvre France Rendez ses écus.

Servez la Régence Et par des vertus Empêchez qu'on chante C'est le borgne et le bossu, etc.

Lundi 17. — La Force. — On a fait une perquisition dans une maison qui appartient au duc de la Force, et où on dit qu'il y a un magasin de marchandises. Cela s'est fait de la part du lieutenant de police, qui y a envoyé deux commissaires du Chàtelet, en vertu d'une ordonnance générale, qui permet de visiter tous hôtels, communautés et autres maisons, pour découvrir les marchandises déposées. Cette maison est dans la rue Saint- Dominique ; le duc de la Force y a son Suisse de sa livrée, ses équipages et sa bibliothèque. On y est entré, on a visité partout, on n'a rien trouvé. Le duc de la Force, qui demeure rue Taranne, a été averti : il est venu; il a trouvé les commissaires en chemin, qui revenoient dans

un fiacre. On à parlé de carrosse à carrosse. Il a demandé l'ordonnance; on la lui a donnée; il l'a lue et emportée au Palais-Royal. Un de ses gens a un peu houspillé un des assistants des commissaires. Voilà le fait, tel qu'il est dans un Mémoires des Ducs.

J'ai appris que l'on a décrété d'assigné pour être otrt au Parlement le chevalier Landais, qui est un Malouin, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, qui a fait venir bien des marchandises d'un vaisseau vendu àSaint-Malo, etce sont celles trouvées aux Àugustins. Il a pris avec lui, par amitié, un avocat au Conseil, nommé Thierry, qui étoit, il y a un an, intendant du maréchal d'Estrées, ce qui fait soupçonner que le maréchal a part au monopole, par le moyen de ce Thierry. M. le Chancelier, qui avoit fait cet avocat censeur de livres, avec pension sur les sceaux, l'a fait rayer hier du nombre des censeurs. Tout cela ne dit rien de bon pour les seigneurs de là Cour et pour ceux qui se sont mêlés de leurs affaires. Il y a dans le droit une loi (t. III, De corn, etmercat.). Nohiliorts natalibus et honorum luceconspicuos et patrinumio ditiores perniciosum urbibus matrimonium exercer e prahibemus, ut interplebeios et negociatores facilius sit vendendi emèndique commercium. (Lois civiles, t. IV, 220-221. Zonaye, HisL Annales.)

On cherche la manière- de - signifier l'arrêt d'assigné pour être ouï au duc de la Force. On a trouvé des usages très-anèiens, qui sont : que la signification se fait en présence de deux ducs M pairs, ou de deux chevaliers; mais cette préàence peut être peu honorable pour les ducs. En attendant, le duc de la Force a promis de subir Pintewogatoire sans assignation. Voyez le Mémoire du duc de fiichelieu, qui rapporte la forme d'ajournement et de jugement en forme de pairie. Dans les premiers temps, c'était deux ducs du deux barons. Du temps de Charles VI H , il* y a exemple d'un ajournement à un pair par lé prévôt de Paris, un conseiller du Parlement et le premier huissier.

' ; :U FÉVRIER IMi. , 79

Mercredi 19. r~, JUe duc de la Fores s'est présenté pardeyant les ,d<eux rapporteurs , MM. Ferrand et de Paris, pour l'interrogatoire; jnais il n'a voulu ôter ni son chapeau ni $on épée, quoiqu'il le dût faire, étant en état d'accusé; ce qui a fait que l'interrogatoire a été remis, et il doit y avoir une assemblée des Chambres çur cette difficulté. •'...:,

Prince Cemjb;l«s. — Le môme jour, on a appris avec surprise que madame la princesse d'Armagnac, qui n'a pas r seize .ans* a. quitté M. le prince Charles, son mari (1), Elle s'est retirée hier, 18 février, le matin, dans le couvent de la Visitation, .rue du Bac (2), Paris parle sur cette séparatioii.sans en rien savoir ; mais je sais, pour avoir été consulté, que c'est une affaire de famille et d'intérêt contre M. te duc de Npailles qui feit cette séparation. Leduc défailles, mariant «a fillç, étoit convenu de garder» 30<MMM> liv, dont il payeroit 10,000 liv. de rente au priace, Charles, et qui ne pouyoient être payées quien héritages y tmoitié au jour de; sa mort, et l'autre moitié au; jo«F de da mort de la duchesse de Noailles, ou plutôt du survivant* Quoique cela fût stipulé ainsi, le 23 octobre dernier, il a payé ces 200,000 liv., en billets de banque, au prince Charles, qui ayant placé sur le clergé, n'en a plus que 4,000 liv. de rentes, ce qui est bien différent. Ledot n 'étoit point en rentes, elle ne

(1) Ou plutôt que son mari l'a quittée. Cette séparation, pour cause de simple dégoût de la vie commune, ou plutôt pour cause d'économie, est un des traits caractértétiqués 'de la Régence, où il se renouvelle du reste aussi souvfeatqaè les* mariagw dWgent eux-mêmes. Il nVtajt pas difficile de dénouer des liens que l'intérêt seul avait formés et dont la fragilité tenait à celle de la fortnue elle-même. Sur ce renvoi de sa femme par le prince Charles, qui va trouver de nombreux imitateurs, voy. Saint-Simon, XI, 397. Correspondance de Mqdame,Uf 299» aoo>:-et, Barbier, ^ it£. Jie prince Charles de Lorraine, comte d'^magna^ggajQd éçu jei; (Je Fcaace, né en 1684, avait épousé, en 1717, Françoise- Adélaïde de Noailles.

(2) Cette communauté avait été établie en 1673, -rue du Bac, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le passage Sainte-Marie.

pou voit être remboursée ; elle ne diminuoit pas même par Pédit de réduction des rentes à deux pour cent, parce que c'étoit une constitution dotale, à quoi on ne pouvoit toucher. Le remboursement, fait comme d'une rente, est une sorte de surprise, dont le prince Charles s'est plaint et dont sa femme, mineure, peut se relever. Elle ne le peut, selon bien des gens, qu'après la dissolution de la communauté (quoique je sois d'avis contraire). Et pour opérer cette dissolution, elle se peut faire séparer. On a donc commencé cette séparation par le couvent, le prince Charles disant qu'il n'est plus en état de faire pour sa femme les dépenses qui conviennent. Ensuite , viendra la séparation de biens, et la restitution contre la quittance. Le public parle de quelque mécontentement du mari sur la conduite de la jeune dame, mais il parolt que ce n'est que l'affaire d'intérêt (1), car le prince s'est en même temps défait de son équipage de chasse, qui étoit considérable, et qu'il ne peut plus soutenir, par la réduction de son bien. Il faut remarquer que les 40,000 liv. de rente de sa dot ne produisent plus que 16,000 liv. de rente . Le prince m'est venu voir le même jour, et m'a dit qu'ayant parlé au duc de Noailles, le duc lui avoit dit qu'il n'y avoit point entendu finesse, que sa quittance étoit bonne et qu'il la soutiendrait, à quoi le prince lui a répondu : « Je crois que vous* n'entendez pas plus les affaires que moi, mais on m'a dit que cela ne se pouvoit pas. » Il a consulté Pillon, ancien procureur au Châtelet, très-habile, qui a été de mon même avis, et que la femme pouvoit se pourvoir, sans se faire séparer, en se faisant autoriser par justice au refus de son mari. Il doit

(1) Nos réflexions précédentes s'appliquent moins à l'affaire du prince Charles, dont les explications de Marais atténuent beaucoup la signification, qu'aux nombreux faits, du même genre, qui n'ont pas les mêmes excuses à offrir, et dont la valeur, pour l'appréciation morale de la Régence et de la décadence de la famille qui la marque, demeure intacte.

remettre toutes les consultations au lieutenant civil (1) qui, étant ami des deux parties, tâchera d'accommoder l'affaire.

Jeudi 20. — On a publié un arrêt du 12 qui ordonne que la commission des récépissés pour rentes perpétuelles, viagères ou provinciales, sera continuée par les gardes du Trésor Royal en quittances de finances, nonobstant la surséance portée par l'arrêt du 26 janvier dernier. C'est une petite espérance pour les rentiers, mais ce n'est qu'une forme pour le Trésor Royal. •

Vendredi 21. — Il y a eu une assemblée des ducs et du Parlement sur l'affaire du duc de la Force. Il y est venu, en habit de cérémonie, a pris place , et a même opiné dans une affaire qui a été plaidée. Ensuite, il a voulu parler et a dit qu'il venoit pour se justifier. La Cour n'a pas voulu l'écouter, et lui a dit que c'étoit dans son interrogatoire qu'il devoit proposer ses défenses. Il s'est trouvé 18 ducs, outre les princes. Les ducs d'Antin et de Noailles n'y étoient pas. Les gens du Roi ont voulu parler ; il les a interrompus. Ils lui ont remontré qu'il ne pouvoit pas les interrompre, non pas même le Premier Président, et qu'ils avoient à parler d'un procèsverbal de rébellion qui le regardoit et qu'il ne pouvoit pas demeurer en place. La Cour lui a ordonné de se retirer; il s'est retiré, en protestant de nullité de tout ce qui seroit fait contre lui, attendu qu'on ne gardoit pas les formes de pairie dans son affaire, et qu'il devoit y avoir une assemblée de pairs au Parlement par lettres patentes, etc. On a remarqué que quand il est sorti de la lanterne il pleuroit à chaudes larmes. Mme de Nesle dit qu'il avoit pleuré, parce qu'il s'étoit souvenu en ce moment qu'il étoit duc de la Force. Après qu'il a été retiré , les gens du Roi ont lu le procès-verbal de rébel-

(l)D'Argouges.

T. lï.

lion qu'il a faite le 18 février, dont j'ai parlé à ce jour. Sur la lecture de ce procès- verbal, et sur ce que la visite se devoit faire dans une maison étrangère, où le lieutenant général de police pouvoit exercer sa juridiction, ce qu'il n'eût pu faire dans la maison d'un duc et pair, il a été décrété d'ajournement personnel, presque tout d'une voix. Ainsi , cette affaire s'accroît tous les jours , et le voilà interdit de toutes les fonctions de pair et du conseil de Régence, parce que l'ajournement personnel emporte interdiction. Il étoit venu au Palais avec plusieurs carrosses et douze personnes de sa livrée. - Dictionnaire critique de Bayle, 3me édition. — M. Fàgon, conseiller d'État (1), m'a fait présent aujourd'hui des k volumes du Dictionnaire de Bayle de la 3me édition, où d'abord j'ai remarqué la vignette qui* est audessus deVÉpître dêdicaloiredM Régent, et son portrait au milieu. Au côté gauche est la France, triste et affligée, qui porte une corne d'abondance vide, dont il parolt qu'il est sorti des billets, avec cette inscription : Billets de monnoie, billets de banque, billets d'État. Au côté droit sontreprésentés les bâtiments de la Banque avec ce titre : Banque royale. Il parolt un suisse à la porte avec sa hallebarde et une foule de monde qui veut y entrer. La France y parolt triomphante et paye avec des Génies qui tiennent une corne d'abondance d'où il sort des espèces d'or et d'argent en quantité , et au bas est un sauvage qui tient une carte du Mississipi, d'où il parolt que toute cette abondance est venue. Cette vignette a été gravée par le fameux Picard. Elle a été faite dans le temps que la Banque étoit florissante; mais aujourd'hui qu'elle est détruite, l'éloge est tourné en satire, et voilà une satire immortelle. Le Régent en est très-fàché, a donné son exemplaire dès qu'il l'a eu, et a voulu empêcher qu'il n'en

(1) Fils de Fagon, premier médecin de Louis XIV,

entrât d'autres, mais il n'en a pas été le maître, etfcjj n'eût jamais dû accepter cette Èpître dédicatoire, qui ept aussi très-ridicule, et faite par M. de La Mothe, del'Acad^mie, où il lui dit : « Les grands hommes regardent le$ louanges comme la récompense de la vertu, mais il semble que pour vous elles n'en soient que l'inconvénient. » il dit, dans un autre endroit: « Votre justice et votre bonté vous ont fait trouver, pour acquitter les dettes de l'État, et pour y répandre de nouveaux trésors, ces prodigieuses ressources qui étonnent les nations, et dont elles seroient jalouses si votre équité et celle que fait attendre le jeune monarque qui s'élève sous votre exemple ne les rassuroient contre votre puissance. » Cela ne vient-il pas bien à propos en ce temps-ci, et ne voilà-t-il pas un beau style?

Recueil de 1716. — La protestation du duc de la Force est inutile et contraire à la Déclaration du Moi du 10 mai 1716. Rég. le 22 mai, qui a ordonné que Ton suivroit le dernier état tel qu'il étoit au jour de la mort de Louis XIV, pour tout ce qui regarde les usages pratiqués à l'égard des pairs de France, jusqu'à ce qu'il y ait été autrement pourvu par le Roi par un règlement général.

L'assigné pour être ouï lui a été signifié dans le Palais, en parlant à sa personne, le jour qu'il est venu pour se faire interroger et qu'il ne Ta point été, à cause de l'épée qu'il a voulu garder. La signification lui a été faite, sans tant de façons, par Choulx, huissier de la Cour, et on lui a signifié de la même manière l'ajournement personnel lorsqu'il a été rendu.

Mal du Roi. — Le Roi a eu un mal fort plaisant et qu'il n'avoit point encore senti : il s'est trouvé homme. Il a cru être bien malade et fin a fait confidence à un de ses valets de chambre , qui lui a dit que cette maladielà étoit un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal-là n'affligeroit personne, et qu'à son âge il ne s'en plaindroit pas. On appelle cela en plaisantant le mal du Roi, comme

on disoit de la fistule du feu Roi, qui ne s'appelle point autrement et à la Cour et à la ville que le mal du Roi, encore aujourd'hui.

On a ôté à M. Landivisiau , maître des requêtes, la direction de l'Opéra , et on Fa donnée à M. de Francine, maître d'hôtel du Roi , gendre de Lully, qui Ta eue autrefois. 11 y a des chansons faites à ce sujet qu'il faut avoir, car ce maître des requêtes mérite bien d'être chanté.

Dimanche 23. — Dimanche gras. — Prince Charles. — Le Prince Charles m'est venu voir et m'a ouvert son cœur sur l'affaire de sa femme. Il alla, dimanche 16, trouver le duc de Noailles, à qui il dit, après avoir parlé de l'affaire d'intérêt, que l'humeur de sa femme étoit incompatible avec la sienne; qu'il n'y pouvoit pas vivre , et qu'il falloit se séparer. Le duc de Noailles, embarrassé, dit qu'il falloit consulter quelque personne d'âge. Le prince répondit qu'il ne comptoit point sur l'âge , mais sur l'honneur, la vérité et la probité. On proposa le cardinal de Noailles; le prince dit qu'il étoit digne d'être à la tète de la famille de Noailles, qu'il entendroit ses sermons, et lui feroit sa confession. La conversation se tourna en ami, et le prince lui dit : « Voulez-vous que je vous donne conseil en ami , reprenez-la chez vous sous prétexte de la diminution dès revenus , et que je ne puis plus survenir à sa dépense. Elle y a déjà été depuis le mariage , le public la reverra sans être étonné , peut-être les humeurs se raccommoderont. Voulez-vous un autre expédient? vous allez aller à Saint-Germain en Laye passer cinq ou six mois, vous l'y avez menée l'année passée prendre le lait, menez-la encore cette année, et d'ici que vous partirez , je la verrai et mangerai avee elle à l'ordinaire. » Ces deux partis n'ont point plu au duc de Noailles, qui a dit qu'il falloit examiner cela. Le prince s'est retiré , et n'a point entendu parler du duc de Noailles pendant toute la journée ni le lendemain. Il arriva seulement que le lundi après midi, madame la princesse envoya prier son mari

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d'aller chez elle. Il yalla ; il la trouva seule, et lui dit qu'il se rendoit à sesordres. Elle lui dit d'abord : a Monsieur, voilà bien du tracas. » Il lui demanda : « Madame, avez-vous vu monsieur votre père? » — « Non, répondit-elle, je ne l'ai point vu, mais je ne veux point aller à l'hôtel de Noailles. » a Vous l'avez donc vu et il vous a donc parlé de quelque chose? » — « Non je ne l'ai point vu, dit-elle une seconde fois, et je ne veux point aller à l'hôtel de Noailles. » Le . prince ne lui dit autre chose , sinon : « Madame, je veux parler à monsieur votre père,, et il me doit une réponse. » Le prince a dit, en me faisant ce récit : « Vousavez ouï dire dans le monde qu'elle avoit pleuré , qu'elle s'étoit jetée à mes genoux, qu'elle s'étoit évanouie (1). Il n'y a rien de vrai, et il ne s'est passé autre chose que cela. Peutêtre , si son père y avoit été et si elle avoit répandu quelques larmes , j'aurois eu de la faiblesse. Il m'a dit encore qu'en parlant au duc de Noailles, il lui avoit dit : « Je ne veux être ni tyran, ni précepteur, ni valet. » Le prince s'étant retiré de l'appartement de sa femme, n'entendit plus parler d'elle ni du duc de Noailles dans le reste de la journée et étoit fort surpris dece silence. Le lendemain, mardi 18 février, à neuf heures du matin, un gentilhomme nommé Bailly , qui étoit écuyer de la princesse , entra dans la chambre du prince et lui dit : « Monseigneur, je viens vous dire que madame la princesse est retirée à la Visitation. Elle y est allée ce matin avec mademoiselle de Montègre et moi et une de ses femmes. Elle est entrée dans le couvent, a retenu la femme, et nous a renvoyés, mademoiselle de Montègre et moi. (Mademoiselle Montègre est une fille d'honneur qui lagardoit.) » Le prince répondit : « Ils m'ont servi suivant mes souhaits; » et cependant il fut fort piqué de n'avoir pas entendu parler du duc de Noailles, et que ce parti n'ait pas été pris avec lui. Il appelle

(1) Voir le récit touchant de Madame (II, 299, 300).

une désertion et m'a dit : «Ma femme nCadésertè. » Deux jours après, elle lui écrivit un petit billet sans signature, oiï elle lui marque qu'elle est à la Visitation, comme il a souhaité ; qu'elle espère que cela lui plaira, et elle finit par ces mots : « Toute ma vie, je serai digne de votre estime , malheureuse de n'avoir pu être digne de votre amitié. » Le prince a été fort fâché d'un billet sî faux et si court dans une telle occasion. Il semble qu'il ait approuvé la retraite dans le couvent dont il n'a jamais parlé, et il dit que c'est une phrase de roman ou de couvent que la fin, parce qu'on ne peut avoir de l'estime pour une personne sans avoir de l'amitié, principalement quand cette personne-là est sa femme. Il parolt que la famille de Noailles a pris, dans cette affaire , un parti très-singulier; que M. de Noailles ne pouvoit pas se dispenser de répondre pendant les deux jours, et que la famille assemblée pouvoit prévenir tout cet éclat par des tendresses envers le mari, qui se seroit fléchi, quoiqu'il m'ait dit que sa résolution étoit prise , et qu'il s'ëtoitdonné parole à luimême de n'en point changer. M. le maréchal de Villeroy, oncle du prince , a été fâché de n'avoir point été averti par lui de toute cette discorde , et reçoit M. le duc de Noailles chez lui comme à l'ordinaire. Il est capitaine des gardes du corps en quartier chez le Roi, il est tous les jours au Louvre avec le maréchal, qui est gouverneur du Roi , et il lui a fait entendre tout ce qu'il a voulu.

Lautrec — Depuis que l'on a vu cette dame renvoyée, il a pris en gré [à d'autres maris d'en faire de même, et M. de Lautrec, gendre de M. le Premier Président, a remis la sienne entre les mains de son père, qui la garde et ne la remettra pas dans un couvent. Ils n'ont point d'enfants. Le mari vivoit mal avec elle; c'est un homme de grande qualité, mais sans mérite parmi les gens de guerre : la dame est assez belle et a un esprit lent, mais naturel. Elle n'a point acquis beaucoup de réputation à Ponloise. Elle

est rousse et on dit qu'elle en a les défauts (1). Il y a aussi H. et Mme d'Estaing qui se sont quittés. Enfin la mode vient de quitter les femmes comme on quitte une. maltresse infidèle. Tout le monde cherche la raison de la brouillerie du prince Charles; on devine quelque galanterie avec le chevalier de Lorraine ou le duc de Richelieu. Bien des gens prennent le parti de la dame; mais c'est ici où on peut dire ce que disoit cet empereur : « Vous voyez bien mon soulier, mais vous ne voyez pas où il me blesse. » On a voulu dire que Mme de Lanjamet, ma parente, fort amie du prince (2), a eu part à cette brouillerie, et qu'elle Ta conseillée ; mais elle a rapporté une lettre contraire de la princesse elle-même, à elle écrite le dimanche, jour que le prince avoit parlé au duc de Noailles, où il parolt que Ume de Lanjamet Tavertissoit

(1) Les questions de séparation, souvent peu claires pour les juges, le sont encore moins pour les chroniqueurs, qui ne peuvent attraper que des apparences souvent contradictoires. Alors ils prennent parti les uns pour la femme, les autres pour le mari, et, comme à Duclos, ce qui est malin leur parait suffisamment vrai . Il y a plusieurs versions sur la séparation du prince Charles et de sa femme. Et selon qu'on écoute Marais ou Madame, on donne à l'un ou à l'autre tous les torts. Il en est de même de l'affaire de Lautrec. Saint- Simon l'excuse, ou du moins le plaint, et Madame le flétrit. L'un en fait la victime, l'autre le bourreau de sa femme. Que conclure? L'un et l'autre. La théorie des torts réciproques est encore ta moins embarrassante. (Sainl-Simon, VII, 330. Madame, II, p. 306.) Madame dit le mari horriblement débauché et assure que le père, le vieux marquis d'Ambres, mourut de chagrin en demandant pardon à M. de Mesmes et à sa fille de leur avoir donné un tel gendre et un tel mari. Saint-Simon ne dit rien de tout cela.

(2) Voir sur cette dame, qui par l'intrigue et l'esprit, veuve d'un procureur et femme en secondes noces d'un lieutenant aux gardes, dont on contestait la noblesse, s'était fourrée dans les plus grandes maisons et était parvenu à une sorte d'influence, Saint-Simon, qui ne l'aime pas, et qui dit d'elle : « Elle avait eu de la beauté, mais de l'esprit et de l'intrigue comme quatre démons, de la méchanceté et de la noire scélératesse comme quatorze diables ». 11 l'accuse formellement d'avoir excité et favorisé la zizanie du ménage du prince de Lorraine, ce qui aurait fini par être reconnu et par la faire chasser (IV, 146). — Ce « fort amie du prince », de Marais, et quelques autres faits concordants et con • comitants, comme on dit au Palais, donneraient à penser, rapprochés de ce que dit Madame : « il était fort épris d'une dame qui est à présent devenue veuve», serait-ce Mme de Lanjamet?

depuis très-longtemps de ce qui pouvoit arriver et vouloit l'engager à s'éclaircir avec son mari et à lui parler sur son éloignement, ce qu'elle a toujours négligé et dont elle se fait des reproches à elle-même. Cette lettre a été montrée à M . le maréchal de Villeroy , qui Ta trouvée bonne pour justifier Mme de Lanjamet, et lui a dit de la garder. Cependant, il lui a dit qu'elle devoit lui parler de ce qui se passoit ; mais elle a répondu qu'elle n'avoit jamais eu le secret du prince ; qu'elle avoit averti la princesse par bonne amitié; qu'elle s'étoit même servie de M"* d'Arcy pour lui donner des avis , et que si elle avoit le secret du prince, elle n'avoit jamaisdûle trahir. Voilà l'état de toute cette affaire jusqu'à présent. Nous en verrons les suites.

J'ai soupe le soir avec le prince Charles , M. de Brillac, capitaine aux gardes , son ami, et Mme de Lanjamet. On a beaucoup parlé de toute cette grande quitterie, et principalement des bruits qui couroient sur ce que le maréchal de Villeroy avoit envoyé quérir Mme de Lanjamet et lui avoit fait de grands reproches, même l'avoit fort maltraitée de paroles. Le prince dit qu'il ne voudroit pas pour 100,000 écus qu'elle n'eût pas sa lettre. Elle a résolu d'écrire au maréchal pour faire cesser ces bruits et lui rendre justice sur ce qui s'étoit passé entre eux deux, qui s'étoit terminé par bien des honnêtetés ; elle m'a envoyé le lendemain une grande lettre où étoit tout le détail pour l'examiner; mais je n'en ai pas été d'avis et je lui ai mandé qu'on ne se justifioit pas envers le public, qu'il ne se taisoit qu'avec le temps, que dans trois jours ces bruits cesseroient, qu'elle ne feroit que les renouveler; qu'il n'y avoit qu'à montrer la lettre de la princesse à tous ses amis et qu'elle se feroit des tracasseries en nommant les personnes qui répandoient ces bruits. On a su que M. le prince de Conty a dit tout haut chez lui que Mme de Lanjamet n'avoit aucun tort et qu'elle en avoit usé à merveille. Je l'ai entendu dire depuis à plu-

sieurs gens de la cour, et il est certain que si la princesse Pavoit crue, ce malheur ne lui seroit pas arrivé.

La Force. — Ce même jour, dimanche , il y a eu une assemblée de ducs chez M. le cardinal de Mailly, arche- • vèque de Reims et premier pair ecclésiastique. Ce ne sont pas les ducs qui ont été au Parlement contre le duc de la Force ; ce sont d'autres ducs qui n'y ont pas été et qui font un parti séparé de leurs confrères. Ils ne veulent point aller au Parlement à cause de la dispute du bonnet que le Premier Président ne veut pas leur ôter en demandant leur opinion; on les appelle bonnetiers à cause de cela (le cardinal de Mailly, le duc de Saint-Simon, la Rochefoucauld, de Chaulnes), et qui a été sursise par la déclaration du 19 mai 1716, qu'ils ne veulent pas exécuter. Il aété résolu dans cette assemblée de donner une requête au Roi, au nom de ces ducs, pour demander que tout ce qui a été fait au Parlement contre le duc de la Force soit cassé comme contraire à la forme de pairie. J'ai voulu examiner le crime du duc de la Force ; ce ne peut être un monopole (1), puisqu'il n'a pas amassé toute une marchandise nécessaire à la vie; il a seulement contrevenu aux ordonnances qui défendent le négoce et trafic aux gentilshommes, mais il n'est pas défendu en gros (Traité de la noblesse, 372), et il y a un édit d'août 1669 qui permet à la noblesse le commerce de mer sans déroger. Quand le duc auroit vendu en détail, ce ne seroit pas une matière criminelle, et il semble qu'il y a dans tout ceci une procédure irrégulière qui cache quelque vengeance se-

(1) Ces réflexions de Marais, d'accord sur ce point avec Saint-Simon et Duclos, ne réhabilitent pas le duc de la Force. Mais elles sont, au point de vue juridique, pleines de sens et de raison. Et elles eussent eu plus d'autorité à propos d'un homme moins livré que le duc de la Force à la malignité publique, et qui n'eût pas comme lui justifié en quelque sorte jusqu'à l'injustice. Le duc de la Force, zélé bonnetier, et par suite odieux au Parlement, fut le bouc expiatoire du Système et de ces rancunes aveugles que la fuite de Law laissait sans vengeance. Mais, en pareil cas, n'est-ce pas déjà un déshonneur que d'être choisi pour victime?,

crête (1). Le Régent lui a dit : a Que n'allez- vous à vos terresetque n'abandonnez-vous toutes ces marchandises?» Il a demandé depuis à ses amis si cela vouloit dire qu'il étoit exilé dans ses terres, et on a dit dans le monde qu'il l'étoit

Milord Stanhope, qui a tant travaillé à la Quadruple- Alliance avec l'abbé Dubois, est mort subitement en Angleterre, après avoir parlé avec trop d'ardeur dans le Parlement contre les directeurs de la Compagnie du Sud (2). C'est une grande perte pour les affaires du Congrès de Cambray, dont il avoit le secret. Il n'avoit que quarante-huit ans; il laisse des enfants et une fort belle veuve.

Jésuites. Caen. — Les Jésuites de Caen ayant joué une pièce de théâtre où ils ont représenté les docteurs de l'Université, sous diverses formes, jusqu'à leur mettre des mitres de travers et à dire qu'ils feroient des docteurs aussi bien que d'autres el à demander un cierge pour l'excommunication , l'Université a donné un décret, du 16 janvier 1721 par lequel elle a déclaré les Jésuites déchus et privés du privilège d'agrégation à l'Université de Caen, séparés et étrangers pour toujours du corps de ladite Université, eux, leurs collège et écoliers, et tous ceux qui dans la suite pourront y professer et étudier. Défenses de recevoir aux degrés ceux qui étudieront dans le collège, et privés les Jésuites de tous les droits d'agrégation accordés par l'acte du 25 octobre 1608 et défenses de se dire : Celeberri tnœ Academiœ Cademensis. L'insulte étoit grave, publique, et mérite bien cette exclusion. -

(1) Barbier, qui n'ose pas se prononcer sur la culpabilité du duc, convient de cette haine du Parlement, qui ne fut pas sans influence sur sa décision, à une époque oà le Parlement était plus un corps politique que judiciaire.

(2) Voir Saint-Simon, XX, 377 et Madame (II, 311). Madame attribue sa mort aux suites d'une orgie. D'antres historiens disent aux suites d'une violente discussion avec le duc de Warton.

Constitution. — Les évéques appelants ne se taisent pas, quoique le silence soit imposé sur la Constitution. Il parolt une requête au Roi des évéques de Senez, de Montpellier et de Boulogne, au sujet de l'arrêt du 31 décembre 1720 , qui porte suppression de leurs mandements. Cette requête a été présentée au Roi le 16 de ce mois. 11 y a dans cette requête plusieurs lettres de l'évèque de Mirepoix, qui justifient qu'il ne les avoit point abandonnés avant sa mort, et qu'il n' avoit accepté le Corps de doctrine, quoiqu'il eût dit qu'il contenoit une doctrine orthodoxe. Ils prétendent prouver que la paix qu'on vient de faire n'est ni durable, ni solide, puisqu'il ne peut y en avoir de telle entre la vérité et le mensonge. Us établissent, contre l'arrêt, la nécessité des conciles en certaines occasions, qu'il s'agit ici de la doctrine de l'Église et de la conservation des expressions de la tradition. Ils montrent que les mandements supprimés ne sont point injurieux ni au pape, ni aux évéques de France, ni contraires à l'autorité des souverains. Ils disent au Roi : Tibi Deus impetium tradidit, nobis ecclesiastica concredidit, et quemadmodum qui tibi imperium subrepit Deo imperanti repvgnat, ita metue ne lite ad ecclesiastica pertrahas, magni criminis reus fias.... neque igitur nobis ter r se imper are hinc, neque tu adolendi habes potestatem. Ce sont les parolesd'Osius, évèque de Gordoue, à l'Empereur, rapportées par saint Athanase [adolendi vient d'ado/ere, encenser, mettre la main à l'encensoir). Ils disent que la doctrine qu'ils combattent est une doctrine « selon laquelle nous n'aurions pas, Sire , le bonheur de vous avoir pour Roi et qui est la cause des malheurs que nous éprouvons depuis la Bulle. » — (Ce qui est fort et bien malin, car cela fait entendre qu'on auroit pu faire mourir le Roi, s'il n'y avoit pas eu des évéques appelants, et que les jésuites l'auroient fait assassiner.) Ils finissent leur requête par un long éloge qu'ils font de plusieurs ecclésiastiques qui se sont joints à eux, et disent au Roi qu'il n'a point de sujets

dans son royaume plus recommandables par leur piété, plus célèbres par leur érudition, plus zélés pour les maximes de l'Église gallicane, et plus fidèlement attachés à S. M.

Liste des appelants nouveaux. — En même temps, on a distribué une Liste imprimée de 300 ecclésiastiques, par ordre d'alphabet, qui ont signé un acte du 21 novembre 1720, où ils déclarent que le mandement du cardinal de Noailles, du 2 août, leur donne lieu de s'expliquer de nouveau et de dire qu'ils ne prennent point de part à l'acceptation de ce cardinal, et qu'ils se tiennent aux appels interjetés et à celui des quatre évèques, du 10 et 12 septembre 1720, etc. Cette liste commence par la lettre A et par l'abbé d'Asfeld, et ainsi de suite. En sorte que , quand la Cour voudra trouver ceux qu'on appelle jansénistes, et les éloigner, par lettres de cachet ou autrement, il n'y aura qu'à prendre cette liste et choisir qui on voudra, J'en ai fait parler à quelques-uns de mes amis qui y sont; mais ils disent qu'ils s'attendent à tout, et qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. La fin de la requête des évèques exprime cela bien fortement, et ne feint pas de dire qu'ils sont exposés à des ennemis violents et artificieux, qui sont habiles dans l'art de l'intrigue, qui font de leurs calomnies mêmes un de leurs plus puissants moyens; à qui une certaine régularité devient une note, et qui* ne respirent depuis longtemps que les menaces et les persécutions.

Traité de la Grâce. — On a aussi vu en même temps un Traité de la grâce efficace, par feu M. de la Broue, évèque de Mirepoix, imprimé à Paris avec privilège , chez Barrois. C'est un in-12. M. de Mirepoix en parle dans ses lettres. Le privilège est du 19 novembre 1720, postérieur à la déclaration du Roi. On l'avoit surpris au sceau. Le livre a été supprimé dès qu'il a paru.

Bals. — Les jours gras se sont passés avec beaucoup de joie dans le peuple. Il y a eu de beaux bals publics

au Palais-Royal. A l'ordinaire, on en donnoit à cent sols par personne. Le Régent, les princes et leurs maîtresses y ont paru. Il faisoit très-froid, et il geloit bien fort partout. On croyoit n'avoir point d'hiver, et il y en a eu un assez rude. Il y avoit 1,200 personnes au dernier bal.

Mercredi 26. — Les Cendres. — La Force. — Les ducs contraires au duc de la Force ont demandé communication de la requête des autres ducs. Le Régent Ta donnée, et ils ont, au nombre de 17 ou 18, signé un écrit portant désaveu de cette requête, qui étoit signée au nom de tous les ducs.

Jeudi 27. — Sur ces différentes requêtes , il y a eu un arrêt donné secrètement, par lequel le Roi a ordonné qu'il au roi t communication du procès du duc de la Force, et cependant a fait défenses au Parlement et à tous autres juges d'en connoltre et d'en continuer l'instruction. L'arrêt porte évocation de l'affaire à* la personne du Roi. Les princes n'ont point su cet arrêt, et il n'en a point été parlé au conseil de Régence tenu ledit jour 27. C'est une grande époque pour l'État.

Vendredi 28. — L'arrêt a été signifié le matin par un huissier du Conseil à M. le procureur général, qui en a aussitôt donné avis à la Cour. En même temps, la Cour a envoyé des billets d'invitation aux princes du sang et auxducs, pour se trouver à dix heures trois quarts au Palais. Il y a eu des billets qui n'ont pu être portés qu'à onze heures, et cela a fait que bien des ducs y ont manqué. M. le prince de Conti est arrivé le premier; on étoit à la buvette ; il y a été, il a offert ses services à la Cour dans toutes les occasions qui se présenteroient et a bu un coup à la santé de Messieurs. On est revenu dans la Grand' - Chambreauprès delà cheminée. M. le Duc est arrivé, qui a offert aussi ses services, et promet son attachement pour toujours à la Compagnie. Plusieurs ducs sont venus,

les Chambres se sont assemblées. On a lu Parrèt qui a été pris pour un arrêt définitif d'évocation à la personne du Roi et à son conseil et un dessein de renvoyer l'affaire à des commissaires et d'en priver le Parlement, contré l'usage de ne point invoquer les affaires criminelles , et encore moins celles des Pairs, qui ne peuvent être jugées que par le Parlement, qui est la cour des Pairs. Les commissaires ont fait peur. Ces princes ont dit que le Régent pourroit faire faire le procès à qui il voudroit de cette façon. On a été aux opinions, et on a été d'avis qu'il falloit faire des remontrances au Roi sur cet arrêt. Les gens du Roi sont allés demander Fheure du Régent, qui n'a pas trop bien reçu le procureur général. L'heure a été donnée pour le lendemain samedi, à 4 heures, et on a résolu de dresser les remontrances Taprèsdinée. Les princes ont dit qu'ils y vouloient être présents, parce que c'étoit leur affaire, et la cour les a bien remerciés.

L'après-dinée on s'est assemblé : les trois princes sont venus ; les remontrances ont été dressées sur le fondement que l'arrêt étoit rendu contre le droit des princes du sang, des ducs et du Parlement. On parle toujours au nom de tous. On y insinue que l'arrêt du 27 n'a point été vraiment rendu le jour de sa date , puisqu'il n'en a point été question au conseil de Régence, où étoïentles princes, que les princes du sang, en qui coule le sang du Roi, ont intérêt d'empêcher que les règles de la justice ne soient violées, et que le Régent lui-même, en qui coule ce même sang, doit autant qu'un autre, veiller à la conservation de cette autorité et du droit des Pairs et du Parlement; ce qui a été mis exprès pour lui faire entendre qu'il pourroit craindre sa justice, dans le compte qu'il doit rendre de sa Régence. Les princes ont dit qu'ils se trouveraient aux remontrances avec le Parlement et les duos et en habit de pairs, mais comme on leur a fait entendre qu'ils ne pourroient aller qu'après les Présidents à mortier, s'ils

étoient eD babit de pair, il a été convenu qu'ils y viendraient à l'ordinaire.

Samedi, 1er mars. — Remontrances bu Parlement. — Les remontrances ont été faites par H . le Premier Président, qui les a lues. Comme il est fort baissé et dans un état très-foible, il les a mal lues, et le comte de Charolois lui souffloit les endroits qu'il ne pou voit prononcer. Elles ont paru bonnes, quoique longues , mais on n'avoit pas eu le temps de les abréger. Tous les présidents à mortier y étoient ; les présidents des enquêtes, plusieurs conseillers de la Grand'-Chambre, trois co^eillers de chaque Chamhre et presque tous les ducs. Le Roi a dit qu'il était bien aise de voir son Parlement; qu'il recevoit les remontrances en bonne part, que son Chancelier lui diroit sa volonté. M. le Chancelier a dit que l'affaire étoit assez importante pour l'examiner, que le Roi. n'avoit pas encore pris de parti dé retenir l'affaire, ou de la renvoyer au Parlement, et qu'il étoit surprenant que de si habiles gens eussent pris l'arrêt pour une évocation , au lieu que ce n'est qu'une communication, qui ne peut point être refuséeau Roi, et qu'il peut prendre, quandil veut, dès qu'il s agit d'un pair de France.

M. de Blancmesnil (1) , avocat général , a parlé ensuite au nom des gens du Roi sur la signification qui a été faite de V arrêt et a dit, que quand leRoivouloit faire savoir sa volonté à ses gens, il la leur donnoit de bouche; qu'ensuite , ils la rendoient à la Cour , et qu'il étoit contre la dignité de leur placedeleur envoyer un huissier. Le Régent

(1) Georges de Lamoignon de Blancmesnil, né en 1683, successivement avocat général, président à mortier du Parlement, premier président de la Cour des aides en 1746 et chancelier en 1750. Il mourut en 1772.

a dit : « Voilà un jugement subtilisé. » Le Chancelier a répondu aux représentations qu'il pourroit bien y avoir de certaines occasions si pressantes qu'on ne pouvoit pas toujours garder les règles, et que le procureur général ne représentoit pas le Roi en cette affaire , mais étoit accusateur et partie publique, et qu'en cette qualité, la significalion pouvoit passer pour bonne.

Le Régent est très-fàché de voir les trois princes et la plus grande partie des ducs unis avec le Parlement. Cela ne s'est point encore vu depuis la Régence. Le duc de la Force a causé cette brouillerie ; il a donné une requête en son nom pour l'évocation, et prétend qu'il ne demande autre chose que ce que tous les ducs ont demandé en 1716 par les requêtes qu'ils ont données dans l'affaire du duc de Richelieu , où la forme de pairie est établie. Par l'édit de 1711 sur les duchés et pairies, le Roi a réglé que quand il s'agiroit des rangs , dignités et prérogatives des pairs, on se retireroit vers sa personne, et qu'il renverroit l'affaire au Parlement de Paris, s'il ne trouvoit à propos de la. juger lui-même, et que s'il survenoit quelque incident, ilîaudroit toujours s'adresser à sa personne, et que les affaires renvoyées ne pourroient plus être évoquées. C'est sur cet édit que l'arrêt peut être fondé : il y a un mot d'Henri IV qui dit qu'il étoit « le premier président des Pairs et qu'on ne pouvoit rien faire sans lui contre un pair de France. » La déclaration du moisdemai 1716 ordonne que le procès sera fait au duc de Richelieu par toute la Grand'- Chambre assemblée, « Nous réservant de convoquer les pairs au jugement définitif enlamanière accoutumée. » C'est donc le Roi qui convoque les pairs et non -pas les pairs qui vont d'eux-mêmes comme juges. — Cette grande matière est bien éclaircie dans le Mémoire (de 1716) du duc de Richelieu. Le Parlement y oppose son titre de cour des Pairs et cour du Roi. Les Pairs, ainsi que les princes, craignent les commissaires et l'autorité du Régent. Il y a bien des exemples de part et d'autre,

pour et contre. M. le Chancelier, si habile dans notre histoire, est bien capable de les démêler ; mais cette affaire devient politique et d'État, et les suites peuvent être trèsimportantes.

Les ducs du parti du duc de la Force ont distribué un Mémoire manuscrit où ils demandent justice au Roi sur cinq griefs. 1° Le Parlement procède contre un pair sans commission particulière. 2° Il convoque les pairs sans permission du Roi et par ses greffiers. 3° Il veut obliger un pair de répondre sans épée sur un assigné pour être oui. 4° On l'empêche de parler dans la cour des Pairs , quoiqu'il soit en fonction, et qu'il vienne d'opiner. 5° Il est décrété d'ajournement personnel pour avoir demandé justice au Roi d'une insulte qui ne seroit pas faite à un particulier. Ce Mémoire rapporte le fait du duc d'Épernon , arrivé en 1614, qui purgea un décret d'ajournement personnel assis et couvert au Parlement, et plusieurs exemples qui sont dans l'ancien Mémoire du duc de Richelieu. (Girard, Vie d'Épernon. Vie de Louis X1II> Paris, 1716 en plusieurs tomes, 1. 1, voyez ce fait.)

Le Régent a demandé aux ducs du parti contraire une réponse. Ils ont dit qu'ils n'en avoient point à faire et qu'ils s'en tenoient aux remontrances.

Dimanche, 2 mars. — La matière des Pairs ayant été agitée au conseil de Régence, il a été arrêté que les différents mémoires, requêtes et remontrances seroient remis es mains de M. le Chancelier, pour, sur son rapport, être fait droit.

Lundi , 3 mars. — Le Parlement s'est assemblé. On y a fait rapport de ce qui s'est passé aux remontrances, et la Cour a remis son assemblée à la huitaine.

Il y a bien des partis pour et contre : mais les princes et le Parlement entraînent bien des gens, et on se souvient de ce qui est arrivé Tannée passée en Bretagne, où, .par une commission d'un conseiller d'État et quelques maîtres des requêtes, on a fait couper le cou à quatre gen-

tilshommes très-qualifiés de la province, sur uae accusation de crime d'État, sans que personne en ait jamais rien dit (1). On se réveille suivant les occasions* Les princes qui veulent se brouiller sont bien aises de Rassurer du Parlement et de son autorité.

Abjuration. ~~ J'ai reçu nouvelle de Mme de Varenne, mon amie , que son mari a fait abjuration du calvinisme, s'est confessé et a reçu les sacrements le 1er mars à La Queue , proche Dreux , où il a une maison. Cela s'est fait . en présence de cinq curés , du baron de La Queue, seigneur du lieu, et de presque tous les habitants qui en ont été bien édifiés. Il étoit très-malade, et depuis ce temps-là il a repris sa santé.

Mercredi, 5 mars, — Saint-Sulpice brûlée. — M™ de Saint-Sulpice (dont j'ai parlé sur le 17 février) a été confessée par le P. Gaillard , jésuite , et a reçu Notre- Seigneur en viatique. Le cardinal de Noailles avoit refusé au P. Gaillard , qui est interdit de confesser, comme tous les autres jésuites , la permission de le faire , mais Mme la princesse de Carignan Ta obtenue. M. Pain , vicaire de Saint-Eustache, qui a rapporté les sacrements, n'a pas vu ce père d'un bon œil. Le père, qui étoit à genoux, lui a dit : ce II ne faut pas lui donner Fextrèmeonction. » Le vicaire lui a dit très-rudement : a Pourquoi parlez-vous, lorsque je w parle point? »

Ensuite le vicaire, a fait son exhortation tpès-bien. La malade a demandé, $i Mme la confesse de Liyry , n'étoit pas là. On a dit que oui, et aussitôt jqlle a dit • «Je lui demande pardon des mauvais exemples que je lui ai donnés, » et a poursuivi un discours assez long et d'une voix très-forte et assurée, où elle a fait une satisfaction publique. Ensuite elle a dit : « A ma mère, je lui demande

(I) V. S. Saint-Simon, XI, 277. Voir aussi, sur cette affaire de la conspiration de Bretagne, Leniontey, Histoire de la Régence, et la Revue de Bretagne et Vendée. Les pièces du procès sont à la bibliothèque de l'Arsenal.

pardon de n'avoir pas profité d& la bonne éducation qu'elle m'a donnée, etc. » J'étois présent à tout cela, et toute l'assemblée en a eu une grande satisfaction.

Le public, qui est malin, a répandu une histoire sur cette brûlure, que l'on dit avoir été faite exprès par les princes, ce qui est très-faux , car j'ai su toute l'affaire d'un bouta l'autre, par les vrais témoins, et voilà comme il ne faut pas croire tous les bruits qui courent. On a cependant fait la chanson suivante sur ce faux bruit.

Sur l'air : Que Mariane étoit coquette

Le grand portail de SamftSuIpice, Où l'on a tant fait le service, Est brûlé jusqu'aux fondements.

Chacun s'afflige avec justice Que les Condés, par passe -temps, Détruisent un tel édifice (1).,

J'ai appris que Polichinelle la jouoit à la foire, et disoit à son çpmpère qu'il étoit venu de$. grenadiers voir sa femme qui lui avoient mis un pétard sous sa jupe et. l'a-, voient brûlée. Il a dit aussi : « Cpmpère, je suis çn décret et cela me fâcbe beaucoup. » — : « Tu e$ efytdécrfit,f il n'y a qy'à te purger, » a dit lç compère. -~ « Oh ! s'il r^ç tient qu'à me purgerrrépopd Polichinelle, j,'ai che^ mpi bien de la casse et du séné, et je me purgerai tant .que je me guérirai du décret, » — Ainsi , les marionnettes ont joué les princes, le duc de la Force, et cette dame, dont l'aventure triste a été tournée en ridicule.

, Cqnstitution, —Mémoire très-fort. — Jeu/ii, 6 mars. — On m'a apporté un Mémoire in-4° de 48 p. imprimé, où l'on établit le devoir de parler en faveur de lp, vérité par rapport à ceux qui ne reçoivent ni la Constitution ni raccommodement. Ce mémoire est très-for^ bien écrit, orné de plusieurs passages et exemples, et fait pour encou-

(1) V. dans Barbier, I, 114, 115, les trois couplets

rager à signer un nouvel appel , et à faire paroltre les noms de ceux qui signeront, dont on a déjà donné une liste. Ils disent (p. 29) : «On croit volontiers des témoins qui se fontégorger. » (1) « Multipliez les souffrances, et la lumière se multipliera » (p. 27). On cite cet endroit de Daniel après avoir dit : Les fidèles souffriront-ils tranquillement qu'on dise de toutes parts qu'il n'y a plus de religion sur la terre; ne s'en trouvera-t-il point qui dise avec David : Nutic vadam et auferant opprobrium populi, nam quisest iste Philipp&us incircumsisus qui ausus est maledicere eœerchui Dei vivmtis ? On peut appliquer ces paroles ou au Régent ou au Chancelier ou au Cardinal, et quoique cette pièce soit fort dévote, elle est pourtant séditieuse et sent le tocsin.

23 février. — Interrogations des appelants. — liste sup. — Le même jour, M. Baudry, lieutenant de police, a envoyé quérir dix de ceux qui ont signé la liste du nouvel appel, savoir : l'abbé d'Asfred à la tète, l'abbé Duguet ou le père Duguet de l'Oratoire, le père Bernard de l'Oratoire et un autre, trois chanoines de Saint-Honoré, le curé de Sainte-Marguerite et ses deux vicaires, le curé de Sarcelles, exilé à Vienne en Dauphiné. C'est un des 300 de la liste. Il a fait un procès-verbal de ce qu'ils ont dit, et leur a demandé quilesavoit excités à cet appel. Le père Duguet a dit qu'il avoit quatre-vingt-un ans, qu'il n'étoit excité par personne, mais par la religion et la vérité, et qu'il le feroit encore si cela étoit à faire. L'abbé d'Asfeld a répondu avec la même force, et sur ce qu'on lui a dit que tout ce qu'il diroit seroit écrit, il a répondu qu'il en diroit encore davantage, et que la vérité ne craignoit rien; que recevoir la Bulle c'étoit apostasier. Les autres ont fait de même, et ils ont signé le procèsverbal. Cette procédure a paru extraordinaire en matière

(1) C'est le mot de Pascal.

de religion ; mais on la traite comme matière d'État, depuis la déclaration du Roi, et le lieutenant de police a agi comme commissaire des matières extraordinaires.

Guet. — Le soir de ce jour, sur les neuf heures , trois officiers : l'un, enseigne aux gardes, avec son habit d'ordonnance et son hausse-col, jeune gentilhomme breton, nommé Lesek, l'autre la Mark et le troisième Savary, fils de M. Savary, receveur général du Lyonnois, ayant voulu entrer par force dans un cabaret , le guet est survenu. Ils ont voulu l'attaquer, le guet a tiré et Lesek a reçu trois balles dans le corps. Il est mort le 7 mars. Il est fils unique. Les autres s'en sont enfuis. On demande, sur le point d'honneur, s'ils ont bien fait de s'enfuir et de laisser tuer leur camarade. Le guet a tué, il y a six mois, le fils de M. Bign.on, intendant de Paris, qui éloit aussi officier aux gardes, dont la mort a passé pour maladie de petite vérole. Voilà bien des morts funestes; mais le guet fait sa charge, et tue pour n'être pas tué.

Ml,e de Sainte-Hermine , sœur de Mme de Hailly et de j|mc panjer d'Orgeville, épouse le milord André, fils du comte de Melfort, Anglois. Ils n'ont rien ni l'un ni l'autre.

Richelieu. — Ce jour, 6 mars, M. le duc de Richelieu, étant âgé de vingt-cinq ans, a été reçu au Parlement (1). Tous les princes et le duc de Chartres même y étoient. Le Duc avoit tout son habit, manteau et chausses, d'une étoffe d'or très-riche et qui coûtoit 260 liv. l'aune. Il res« sembloit à l'Amour. Personne n'a poussé plus loin que lui à la Cour la magnificence et le bon gourdes habillements. On va voir quel parti il prendra dans l'affaire des ducs, et s'il sera d'un autre sentiment que celui qu'il avoit en 1716. (Il en a changé.)

Samedi , 8 mars. — Ambassadeur turc. — Mehemet- Effendi, ambassadeur du Grand-Seigneur, est arrivé à

(1) V. Barbier, I, 118, Vie privée de. Richelieu (j»ar Fanr)t ï, 203»

Paris avec une grosse suite. Il vient complimenter le Roi sur son avènement à la couronne. 11 est fils d'un renégat français, est homme poli et savant, etaété employé comme plénipotentiaire dans le traité de Carlowitz. Tout Paris le va voir dans une maison du faubourg Saint-Antoine, où il est en attendant son entrée. On conte une histoire d'une galanterie qu'il a eue en chemin, qu'il a partagée aveifrson fils, son interprète et son maître d'hôtel, et où on a nombre follement jusqu'à quatre-vingt-sept retours de leur passion amoureuse en quatre jours. La Fontaine dit:

Tout homme est Gascon sur ce point.

On fait dire aux coquettes :

Je voudroisbien ayoir ce qui s'en manque (1).

Dimanche, 9 mars. — On a traité au conseil de Régence l'affarre defr ducs, du Parlement et du duc de la Force. Il y â eu grand débat en présence des princes. On ne sait pas encore la décision ; on la saura demain au Parlement.

Lundi, iO mars. — La Force. Paris. — Les chambres se sont assemblées. Les trois princes du sang y étoientet quatorze pairs. Le Roi a envoyé une déclaration qui renvoie l'affaire du duc de la Force au Parlement et qui Pen rend-juge. ; Comme le Parlement a craint que cette déclaration, ne passât pour lettres patentes et commission, elle a été enregistrée avec la modification qui suit : « Registre ouï et ce requérant le procureur général du Roi, sans que dû présent enregistrement on puisse inférer la nécessité d'aucunes lettres, pour les procès criminels des princes et pairs de France, ni que le contenu en ladite déclaration puisse (directement ou indirectement) en

(I) Voir sur ce curieux voyage de l'ambassadeur ttirc à Paris, Saint-Simon, XI, 382, 402, 404. Barbier, î, 116, 118, 120, 121, Madame, Iï, 7, 270, Les Mémoires de la Régence, III, 81 et suiv. et surtout Lemontey, t. 1, 451 et suiv. '

quelque moment que ce soit, préjudicier aux droits des princes et pairs et autres ayant séance en la Cour, de n'être jugés qujep iceUe, et sera le procès du duc de la Force continué suivait les derniers errements et conformément aux arrêts précédents de la cour et procédé en exécution d'iceux. »

Un président des enquêtes m'a dit que c'étoit M. le , prince de Conti qui avoit fait ajouter à la fin : Et sera le procès continué y parce que cette continuation marque que c'est toujours le même procès, qu'il n'est point censé interrompu, et qu'il sera jugé en exécution des arrêts de la cour, et non des arrête du conseil ou déclaration du Roi. Les princes ne vouloient point cette déclaration, mais on Ta donnée pour conserver l'autorité du Roi dans les affaires des pairs, et ainsi il fceiiîble que chacun gagne sa cause. Voilà où se terminent toutes ces grandes contestations, dans lesquelles les exemples servent de peu. Toutes les autres prétentions das ducs sont renvoyées au règlement que le Roi a réservé dé faire par sa déclaration du 10 mai 1716.

Le même jour, le duc de la Force a subi interrogatoire par-devant JM. Ferrand, pour purger son décret.

On a aussi ouvert le même jour, au vieux Louvre, les bureaux pour faire le visa des papiers et effets publics. Cela se fait par l'entremise des notaires. Il y a "£& cent cinquapte parties expédiées le matin. On remet les effets au notaire après le visa, et afin qu'il n'y ait pas de mécomptes, on les donne enlacés et cachetés, sur le lacet, du sceau du propriétaire des effets.

CHANSON SUR LE DOC D'OBLÉàKS ET M. LE D*C , BOKGNES.

Borgnes maudits et détestables ; A tout le monde abominables, Le public dans sou désespoir Vous pardonneroit sa misère, Si Pun de vous deux dès ce soir De l'autre vouloit se défaire. \

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