CHANSON
Au grand Condé qui dans la guerre Étoit plus craint que le tonnerre.
Rourbon, que tu ressembles peu !
A trente ans tu n'es qu'un novice, Et tu n'as jamais vu le feu Qu'à la brèche de Saint-Sulpice.
AUTBE ÉPIGRAMME (1).
Un manchon laissé sur un lit A la cour fait un très-grand bruit.
Richelieu n'eut point de prudence Et ce n'est qu'un petit garçon :
Sortant du plus chaud lieu de France, Qu'avoit-il besoin de manchon ?
Dimanche 16. — Ce même jour, le monitoire dans l'affaire du duc de la Force a été publié aux paroisses ; mais il n'a pas été affiché.
L'ambassadeur turc a fait son entrée (2) à cheval avec sa suite, tous montés sur les chevaux du Roi. Il a paru beau et de bonne grâce. Il avoit d'un côté le maréchal d'Estrées et de l'autre Raymond, introducteur des ambassadeurs. 11 étoit accompagné, de la part du Roi, du régiment de dragons d'Orléans, dont M. deTraisnel, gendre de H. Le Rlanc, est colonel ; du régiment de cavalerie de la cornette blanche, en quatre bataillons, à la tète duquel étoit M. de Rioule, lieutenant-colonel, et des grenadiers à cheval, qui est la plus belle troupe du monde. Le Roi étoit
(1) (Histoire fausse. ) Madame d'Armagnac. (Marais ). (2)V. Barbier, t. 1,120, 121,
chez madame la maréchale de Bouf fiers, à la place Royale, pour voir passer cette entrée, où tout Paris a accouru.
Lundi 17. — Appelants. — Le lieutenant de police continue de faire venir les nouveaux appelants et de les interroger. Ils répondent comme faisoient les premiers chrétiens aux persécutions, et un d'eux, appelé Socquart, a dit que Ton avoit arraché du Roi la déclaration sur raccommodement, qui est contraire à ses intérêts et à ses instructions, et qui déshonore sa piété et le commencement de son règne, et que, pour lui, il seroit trop heureux de souffrir et même de mourir pour la vérité. Ce sont comme des Actes des martyrs ou plutôt des confesseurs.
Mardi 18. — Arrêt qui proroge jusqu'au 26 mai le délai pour le visa général, qui n'a pu être commencé que le 10 mars ; qui dispense de certifier les billets de banque et d'en rapporter le numéro; et qui dispose que la liquidation sera faite suivant V ordre et date des déclarations.
M. le marquis de Bussy et M. de Cartigny ont été mis à la Bastille (Mercure, février; voyez la délibération qui les nomme). Ils étoient du nombre des syndics honoraires de la Compagnie, et avoient parlé très-haut à M. de Hachault, l'un des commissaires, pour récuser M. Fagon et M. Trudaine, qu'ils prétendent être contraires aux actions H. le prince de Vendôme a voulu prendre leur parti. Le Régent ne l'a pas bien traité. On veut faire rétracter l'arrêt qui condamne la Compagnie à compter des billets de banque, mais on n'en viendra pas à bout.
Duc de la Force. — La déclaration du Roi qui renvoie au Parlement l'affaire du duc de la Force a été imprimée avec les modifications; mais on ne l'a ni criée, ni vendue, et le procureur général a défendu à l'imprimeur du Parlement de la distribuer à d'autres qu'aux conseillers. Le Parlement se plaint de celte défense, et de ce que le monitoire du duc de la Force n'a pas été affi-
ché. Il se prépare à en faice des Reproches au procureur général, qui a dit au Régent que le duc se tirera d'affaire, s'il veut tout niet\ Le chevalier Landais à été interrogé sur l'assigné pour être ouï, et a demandé d'être renvoyéde l'accusation, parce qu'il n'y a preuves contre lui, m dans l'interrogatoire ni dans l'information ; mais il a été arrêté qu'étant compris dans une accusation publique de monopole, la règle étoit de ne pouvoir être absous que par une instruction entière.
- J'ai vu la déclaration imprimée et une copie. Elle est très-bien faite ; c'est une suspension du jugement des questions entre les ducs, et cependant il est ordonné que le procès du duc de la Force sera continué en la Cour, suffisamment garnie de pairs, sans que toutce qui a été fait et ce qui se fera puisse préjudicier aux démandes et prétentions des du<4s sur la forme qui doit être observée dans' l'instruction des procès criminels deâ pairs, sur lesquelles le Roi se xéseéve de statuer. Ainsi les questions demeurent indécises.
Liste d'appelants* -^- On a publié une Liste de nouveaux appelants, corrigée et augmentée de quatre- vingirdix-sept personnes, ce qui marque le parti pris de tout souffrir pour la vérité qu'ils croient avoir pour eux. Il y^, à la tête un passagede saint lérôme, Ép. 39 : Vôlumus et nospacem, et non solwn volumuSy sedrogamus, sedpacem €hrisii,pacem veram , pacem sine inimicilUs, pacémin qua non sit bellum involutum, pacem quss non adtiersarios subjiciat sed etamicos jungat.... Nos nec Ecclesiam scindimus neque apatrum communione dividimur, sed ab ipsis ut ita dicam incwiabilis catholko sumus lacté nutrili. Avec ce passage , oîîva faire signaler bien des gens, quoique ces sortes d'applications soient bien puériles. L'autre parti pourroit eh trouver d'aussi bons- pour lui.
Il paroit une lettre pastorale de l'évèque de Boulogne , à son peuple de Calais, du 10 janvier 1721y sur un curé qu'ils ont maltraité* Il leur fait un crime énorme de cor
médiens qu'ils ont reçus, et de ce que les violons de ces comédiens ont joué des noëls la nuit de Noël dans une église. Cela parolt poussé trop loin , et une capucïnade indigne d'un si grand homme. Il a mis tout saint Paul dans cette lettre.
Les appelants interrogés par M. Baudry sont, du 10 : M. Pinel, curé de Saint-Séverin, M. Socquart et cinq bénédictins des Blancs-Manteaux. Le 1 1, M. le Goix, ancien curé de Saint-Josse, le P. Bouvière, dominicain, et trois prêtres delà Doctrine chrétienne. Le 12, les P. Pollart, de Venex, Marine et Tronchon , prêtres de l'Oratoire , de Saint-Magloire et deux bénédictins de Saint-Denis. Le 13, le P. Fouquêt, fil&du célèbre M. Foùquet, surintendant des iinances, les PP. Gatfard, Duguet et Grobois, de l'Oratoire de Sainte-Marie. Le P.Lourdetde Saint-Honoré. MM. Lefèvre et Gardon, docteurs. Ainsi , depuis le 6 jusqu'au 14 , il a comparu cinquante personnes, sans qu'aucune^ se soit rétractée du témoignage qu'ils ont cru devoir rendre à la vérité.
Le Cardinal de Bi&sy . — Bénédictins. — Le cardinal de Bissy a voit dessein de sacrer le Nonce dans l'abbaye de Saint-Germain. 11 en parla aux bénédictins, et leur fit entendre qu'ils avoient un grand honneur de sacrer un nonce en France* Ils y consentirent ; mais quelques jours après, il leut dit que le Nonce ne viendroit pas dans un couvent d'appelants, et qu'ils n'a voient qu'à mettre sur un papier le moindre signe d'iraprobation de leur appel , et qu'il y viendroit. Sur quoi ils lui dirent :« Nous ne voulons pas acheter si cher cet honneur, nous avons fait notre appel avec connoissance de cause et avec maturité. Rien ne sera capable de nous arracher le moindre signe de repentir. »