LE PRÉSIDENT BOUHIER DE 1724 A
(Exiratts)
ANNÉE n29.
Lellre l^.
A Paris, ce 14 Janvier 1729
Tai continué^ Monsieur, de lire avec la même admiralion et le même conteqtement l'ouvrage contre le Gros- Jean et me suis souvenu de Tépltre du valet de Harot :
Zon dessus l'œil, zod sur le grouin, Zoo sur le dos du sagouin , Zod dessus Tâoe de Balaam.
Ce docteur arcadique a été traité comme il a dû l'être par un homme comme vous^
Je ne vois point qu'un Rabelais, Un Hervet, un Saint-Gelais, Voisent écrivans contre lui,
disoit le valet de Marot de son maître , et notre docteur auroit dû savoir avec qui il avoil affaire avant que d'écrire; surtout le catalogue où V Indice des propositions réfutées m'a fait grand plaisir, et voilà une Constitution juridique qui ne trouvera guère d'appelants.
J'ai lu aussi le plaidoyer ou Mémoire de M. de Varennes le jeune dans l'affaire de l' impuissance, et je l'ai trouvé solide, éloquent et plein de bons principes. Je suis persuadé à présent qu'il y avoit abus dans le chef qui avoit ordonné la visite du mari, puisque le mariage n'étoit point consommé, et que c'est un article de foi de croire qu'en ce cas il est permis à la femme de se faire religieuse. 11 faudra donc charger notre Credo de cet article, qui , dans la pureté, n'est pas trop pur.
Il est surprenant, comme vous dites fort bien, que les Loysel ni les Pasquier n'ayent point parlé du Recueil de Spifame , et que celte sorte de révélation nous ait été réservée après deux cents ans. Grâce à M. Brillon , cette anecdote auroit duré peut-être encore autant, mais il faut qu'il y ait des docteurs arcadiques qui réveillent les critiques, et qui instruisent le monde. Peut-être ce livre fut-il si méprisé dans son siècle, qu'on ne daigna pas le relever. Je ne sais si M. le Chancelier en sait l'histoire , mais je ne veux pas qu'il l'ignore.
Vous serez bien aise de savoir qu'aujourd'hui 14 janvier, après trois ou quatre audiences au Chàtelet, M"** de Sainte-Maure a été admise à preuve contre son mari, qui lui a fait toutes les chicanes imaginables. 11 l'a obligée de répondre chez M. le lieutenant civil pour dire les causes deson refus de retourner avec lui. Elle disoit: «mes causes sont expliquées dans ma demande en séparation )> et lui, il vouloit l'obliger de retourner encore chez M. le lieutenant civil, pour entendre ce qu'il avoit à dire à ces causes. Mais tous ces tours et retours ont paru des fuites, et la preuve a été admise. M. Cochin a très-bien plaidé pour la dame, qui est ma cliente et mon amie, et il a rap-
porté une lettre du mari^ sur laquelle il auroit pu demander la séparation sur-le-champ^ comme elle fut jugée autrefois contre M. d*£ffiat.
On m'a assuré que notre ribaud a ordre de se défaire de sa charge, aussi bien que M. de Vougny et M. Desbonnelles, qui seront les assistants. Ils n'ont pas pourtant, comme lui, dénaturé des tapisseries et des endossements ; mais Tun a eu un mauvais bruit sur un homme mort dans sa cave, et l'autre a bien fait des siennes , du règne de M. D. Il faut se rendre encore plus certain de cette nouvelle, c'est un de leurs confrères qui me l'a dit.
Je n'ai point vu l'édition des Poésies de MM. Huet et Fraguier ; ce dernier a donné, dans le 4^ tome du Recueil de l'Académie des belles-lettres , un discours sur V Ironie de Sôcratey sur son démon el sur ses mœurs , où il donne un petit coup en passant à Despréaux pour avoir dit de Socrate qu'il étoit :
Trop équivoque ami du jeune Alcibiade,
et il me semble qu'il le justifie très-bien de la pédérastie dont il étoit soupçonné , hors qu'il fait entendre que ce philosophe s'y prenoit avec les beaux garçons à peu près comme le fondateur de Fonte vrault avec ses religieuses (1) . Et je ne sais si le défunt abbé n'auroit pas un peu mérité le reproche que l'on faisoit à d'Assoucy :
Cest dommage que daus Paris Ces messieurs de l'Académie, Tous ces messieurs les beaux esprits Soient sujets à telle infamie.
(1) Le 24 janvier, le président Boubler répond avec une liberté qui donne une idée de Pesprit, de Tagrémcnt et de la liardiesse de ces conyersations épistolaires, entre magistrats et avocats lettrés (sermo decinctus), et du perpétuel sourire qui animoit leur savante gravité. « Comme vous « l'avex remarqué, il (Pabbé Fraguier) y justifie fort bien ce philosophe « (Socrate) du soupçon de pédérastie, et il n*a pas oubliéla plainte que « faisoit Alcibiade de n'avoir pu le faire succomber à son désir. Mais ce qu'il
Ne dirons-nous pas un pelit mol de la Constitution ? Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours leur train, malgré les défenses ; il en a paru une sur le Mandement de notre cardinal, qui est bien écrite, où il y a plusieurs faits singuliers qui passeront à la postérité. Les jansénistes donnent aussi leuv Supplément aux preuves de la liberté (le V Église gallicane; c'est une liste très-ennuyeuse de lettres de cachet et d'autres menues histoires de curés et de moines, où on s'intéresse peu. Je viens de voir, dans les Nouvelles du 25 novembre, qu'un capucin de Mcnin a dit en prêchant : « Si Jésus-Christ disoit qu'il a fait des miracles pour les appelants, je lui répondrois qu'il en a menti. Si Jésus-Christ disoit que le pape n'est pas infaillible, je lui répondrois quil en a menti et qu'il détruit sa religion. » Voilà un capucin aussi brave que le P. Valérien, qui disoit: Menliris impudenlissime (1).
On a accordé la grâce de cette femme adultère pour être déchargée de la peine d'être rasée et enfermée. L'histoire de la femme du lieutenant civil Ruzé y a servi ; nous allons entendre de beaux cris du mari; mais il a été payé par le galant, et il a les biens de la femme qui Ta fait cocu. Cela ne suffit-il pas?
y a de plaisant, c'est qu'en Irailant celte matière, le bon abbé ait paru ignorer la différence que faisoient les lois pour l'infamie , entre Vagent et le patienty et ne se soit pas souvenu de notre Horace, qui se croyoit fort pudique parce qu'il avoit évité dans sa jeunesse le dernier de ces écueils. ». (t) 'X Je ne sais si vous savez, écrit Bouhier le 24 janvier, que notre grand courrier, qui va de Lyon à Paris ^ avoit été arrêté il y a un mois et mis i à la Bastille comme porteur des IS'onvelles ecclésiastiques , quMl avoit ; reçues d'un libraire de Lyon, et qui s'impriment à Genève. On l'a condamné à un an de Bastille, et ce n'est pas un grand malheur pour lui de ne point courir par le tem|)S qu'il fait. Il est surprenant que cela n'ait point suspendu un instant le cours des Kouvelies ecclésiastiques. Cela prouve qu'elles s'impriment eu différents endroits et que leur auteur est hors dn royaume. On feroit pput-ôtre au^sl bien de les laisser aller leur train : Plus on h s défendra, plus on les reclierchera. Ce qui y est dit du capucin de Menin n'a guère de vraisemblance. Mais cela est toujours bon pour faire rire les anticonstihilionnaiies. »>
Lettre IF.
A Parif, ce 29 Janvier 1739.
Le Docteur arcadique n'est point de moi, il est de Marot, ou de Charles Fontaine, dans l'épltre à Sagon. Je de vois bien, Monsieur, ajouter les autres vers après le Zon, etc.
Ah! filain, vous pelez d'Ahan, Le feu Saint- Antoine vous arde !
Ça, ce nez, que je le nazarde!
Pour l'apprendre avecque deux doigts A porter honneur où tu dois.
Enflez, vilain, que je me joue; Sus après, tournez Tautre joue ; Vous criez, je vous ferai taire ; Pardieu , Monsieur le secrétaire.
De beurre frais : Hors le mâtin!
Je me réjouis véritablement à copier ces vers qui sont comiques et satiriques, et qui viennent si bien à votre affaire. J'y ai remarqué que Rousseau en a profité dans des couplets, et je ne sais comment, pour cette pièce seule , on n'a pas mis Harot au nombre des poëtes satiriques; il la fit sous un nom emprunté, comme vous Tavez fait.
La sentence de M*"* de Sainte-Maure fait grand bruit. Les gens du roi ne se sont opposés à l'expédition de la sentence que parce que la communication de Taffaire leur a été refusée après l'avoir requise, et il y a arrêt qui reçoit Je mari appelant et qui ordonne que sur les défenses demandées on en viendra avec les gens du roi , toutes choses demeurant en état jusqu'au samedi, qui est aujourd'hui. Cette communication n'est point d'usage, avant l'enquête, mais après l'enquête seulement, et même l'ordonnance 1667, au titre des Enquêtes^ ne dit point qu'elles seront communiquées aux gens du roi;
elle veut, au contraire, que ces matières soient promptement expédiées. C'est une nouvelle querelle que Ton fait à H. le lieutenant civil, qui vient secrètement de M. le prév6t de Paris, qui est venu à une des audiences et non pas aux dernières. Cet usage a-t-il lieu chez vous dans les séparations de corps ou dans celles de biens? Si, avant ma lettre finie, il y a quelque chose de réglé, je vous le manderai. Il n'y a rien d'imprimé encore, mais on ne s'en tiendra pas. Je voulois épargner ce plaisir au public, qui rit de toutes ces causes.
Le ribaud n'a point ordre de se défaire : on me Ta voulu blanchir en disant que la tapisserie en question a été achetée à la vente de Le Blanc par M. de Bournonville (Moret ) pour 9,000 francs payés comptant, et qu'il a cédé son marché au ribaud, qui Ta chez lui ; mais je trouve que c'est ce qui le noircit, car, étant commissaire, il ne devoit point faire ce mjarché suspect. La tapisserie vaut, à ce que l'on dit, 25,000 francs, et ce M. de B., son collègue, est entré avec lui dans d'autres affaires, où ils ont trompé M"*^ Frondât, fille de M"® Dhonneur, votre amie, et je vous dirai sur^cela que la jeune veuve vous ayant nommé, en me contant un procès qu'elle a, où j'ai autrefois travaillé du vivant de son mari, je l'allai embrasser très-vivement à votre nom, et depuis nous avons bu ensemble à votre santé. Comme elle m'avoit parlé du B. , qui Tavoit trompée avec le ribaud , et que justement j'ai retrouvé ce nom dans la tapisserie, voyez si, en bon critique, je n'ai pas pu dire : Voilà mes deux fripons? et zon sur Vœily zon sur le grouiriy etc. Le monde dit que les 9,000 francs n'ont pas été donnés par le Ô., mais par les héritiers de Le Blanc, qui cherchoient à s'attirer le commissaire. Qu'en pensez- vous?
En ce moment, on m'apporte un cahier de 26 pages in- 4', imprimé à Paris et publié par M. l'archevêque d'Embrun. La 1" pièce est une lettre à M. de Senez, du 3 janvier 1729, où il l'invite d'accepter de suivre l'exemple
LETTRE ir. 7
du cardinal de Noailles, puis il répond à la lettre d'un anonyme qui a fait plusieurs remarques contre les Actes du concile (je n'ai pas vu cette lettre). Ces remarques ne paroissent pas tant sottes ; et enfin il dit qu'il ne cesse de demander à Dieu le retour de M. de Senez, tous les jours par ses prières : et ne craint-il pas qu'on lui dise que ses prières ne sont pas trop bonnes, puisqu'elles ne sont pas exaucées? La deuxième pièce est un bref du Pape à M. d'Embrun, où le Saint-Père dit qu'il voudroit faire beaucoup de choses pour lui et en trouver les occasions, mais que sa récompense est dans les mains du prince des pasteurs. Cela veut dire : vous serez cardinal en l'autre monde. La troisième pièce est une lettre de la supérieure de Castellanne aux autres communautés de son ordre, où elle leur marque son acceptation et son changement. La quatrième est une sentence de l'officialité de Senez, contre le S' Etienne De La Porte, prétendu grand-vicaire de l'évèque de Senez, qui le condamne à trois ans de prison et à des jeûnes, et qui l'excommunie dans toutes les formes : mais ils ne le tiennent pas et il fait bonne chère, pendant que la sentence le fait jeûner au pain et à l'eau. La cinquième est un acte du chapitre de Senez, portant désistement de l'adhésion à l'appel du cardinal de Noailles, que le cardinal a lui-même révoqué. La dernière est une ancienne lettre, du k janvier 1728, de H. d'Embrun à M. de Senez, où il parle beaucoup du procès de confidence et simonie, et je ne sais pourquoi il réchauffe ce plat qui avoit été levé et à. quoi on ne songeoit plus. Ce recueil eût été excellent sans cette redite , qui ne vaut rien quand elle seroit bonne.
Le Parlement vient de donner un arrêt et le cardinal un mandement pour nous faire manger des œufs ce carême. Cela a été fait pendant la gelée, le dégel est venu et les œufs nous sont restés. Le cardinal ne parle plus de la paix de l'Église dans ses mandements, afin qu'on les publie.
8 CORRESPOJNDAKCE INÉDITE.
Votre courrier qui portoit les Nouvelles ecclésiastiques étoit bien hardi. On a arrêté deux ecclésiastiques de la paroisse Saint-Gervais qui en débitoient; ils en ont été trouvés saisis; on les appelle Tabbé Ferlant et l'abbé Failly: celui-ci neveu d'un des avocats qui a signé la Cofisullation ; ils sont à la Bastille. Le lendemain, il y eut une Nouvelle où leur emprisonnement étoit marqué. C'est le diable qui s'en mêle (1).
11 est plaisant que l'abbé Fraguier ait ignoré une matière qu'il devoit savoir, mais s'il ne savoit pas les lois, au moins il devoit savoir Horace. La critique est fort bonne, et mériteroitd'êtreentre les mains de quelque Bayle pour en faire usage. Je vous enverrai la copie des lettres de la femme adultère; elles sont scellées, enregistrées à Bayeux, et cela sera bon à joindre à l'Histoire de la femme du lieutenant civil Ruzé. Je n'ai pas encore vu le^ Discours sur M. de la Monnoye, je vais les avoir sur votre parole, puisqu'ils parlent bien de nos deux amis (2).
(1) Bouliier répond» le 11 février, sur ces divers points : « J'admire votre » palienee de pouvoir lire tous ces écrits polémiques, pour et contre la Cons- •« litution. Pour moi, j^ n*en saurois soutenir la lecture, et je dirois volon- N tiers à tous : » Zon sur Vœil, zon dessus le grouin. Croyez- vous, de bonne » foi, que l'invitation de M. d*Embrun fasse grand eflel sur M. de Senez? Voilà M des paroles perdues. J'aime assez ce que dit le Saint-Pèrc à cet archevêque : M que sa récompense est entre les mains du prince des Pasteurs. Il se seroit n bien passé de fournir ce prétexte à\i\ plaisanteries de ses ennemis, tant en N publiant cette lettre qu'en renouvelant Tbistoire du procès de la confi- M dence... .
'< Il y a longtemps que nous sommes en possession des oeufs en carême. « Je suis bien aise que vous soyez associé au même privilège. Sans cela, je
« crois que le carême alloit s'abolir insensiblement eu votre ville Je serai
« fort aise d'avoir les lettres de grâce de la femme adultère. Voilà bien de « quoi confirmer Tancien dicton de nos docteurs que « hodie in Francia adulm (ei'ium repulalur indusiria. »
(2) Bouliier avoit écrit le 2-i janvier : » J'ai recula dernière poste, le Discours « de Tévêque d'Angers à l'Académie et la réponse de l'abbé de Rothelin. J'ai « été fort content de la manière dont l'un el l'autre ont parlé de notre ami la n Monnoye et de M. B«iyle à son occasion. Car c'est sans doute lui qu'on a n voulu désigner, en parlant du plus fameux crilique de notre siècle. »
LETTRE Ill«. 9
M. Bouret va être charmé de votre souvenir, et vous écrira quelque belle lettre gratulatoire.
Arrêt du 29 janvier 1729 (samedi) qui ordonne que les parties en viendront à vendredi sur les défenses, et cependant la sentence en sera délivrée, sans préjudice des droits de ceux qui ont porté opposition à son expédition.
Lettre IIP.
A Paris, ce 2 (le mars 1729.
J'ai été distrait. Monsieur, par bien des sortes d'occupa* lions qui m'ont empêché de vous écrire, et qui m'ont ôté l'agrément de ma vie. L'affaire de M"* de Sainte-Maure a été plaidée sur Tintervention des gens du Roi, qui demandoient la nullité de la sentence qui admet à preuve , parce qu'on ne leur avoit pas communiqué après l'avoir requis; l'arrêt met sur l'intervention hors de cour, sauf à donner leurs mémoires à M. le Procureur général , et ^on a dit q^^au surplus les parties en 'viendroient à un mois, toutes choses cependant demeurant en état^ et cette petite queue de Tarrêt a arrêté la preuve ; on plaidera ce carême l'appel de la sentence qui l'admet. Les gens du Roi, de leur côté, font leur mémoire pour avoir un règlement, et selon votre usage ils l'auroient , mais cela importe peu à la dame ; son mari n'a point reparu ici, et je ne sais si son père est bien pour elle. Ce sont d'étranges affaires que ces brouilleries de ménage, car l'arrêt , qui a débouté la femme ne la remet pas à son mari.
Samedi dernier se plaida pour M*"® d'Hautefort à la Tournelle et j'y étois; j'en sais bi^n mieux le conte, même je pensai y être étouffé. Toute la cour étoit là d'un côté et rien de l'autre, que la mère et la fille et la vérité que l'on cherche. M. Aubry fit une narration assez
précise. Il en est resté au jour de la mort du comte d'Hautefort, où la cassette fut apportée, au moment qu'il avoit perdu connoissance, par un valet de chambre infidèle qui devoit l'apporter plus tôt et qui la livra au M. d'Hautefort d'aujourd'hui. On tira les clefs de la poche du mourant^ où on fut une heure, et c'est là qu'a été trouvée cette enveloppe fameuse à moitié brûlée, écrite de la main du comte, qui fait mention de son contrat de mariage, de son testament et du certificat de célébration.
11 y a des témoios des premiers faits; le dernier est dans une révélation non signée , par un homme qui dit qu'il ne peut dire son nom parce qu'il craint d'être assassiné, et qui a joint cette enveloppe brûlée. On n'a pas pu, suivant l'ordonnance, donner son nom et son domicile, puisqu'il ne s'est point nommé, mais il s'est nommé à d'autres; grande question, de savoir si l'on peut demander à faire entendre ceux à qui il s'est nommé, afin que la justice , instruite du nom, puisse suivre l'ordonnance et rechercher la vérité, l'enveloppe par elle-même ne marquant pas le temps où elle a été décachetée et brûlée. Dans les audiences suivantes, il faudca expliquer ce qui s'est passé depuis la mort,. les lettres écrites par la mère et la fille, où elles ont dénié le mariage, les opérations qui se sont faites à Laval , lorsque la fille y a été; la recherche de l'atete de célébration qui s'est trouvé, les procédures criminelles faites par-devant le juge de la pairie de Laval, par M. de Hautefort en faux principal, les informations pratiquées, à ce qu'on prétend, par des émissaires présents, le décret de prise de corps sans fondement légitime, la capture faite à Paris, le 15 février 1728 à quatre heures après midi, la chartre privée jusqu'à huit heures et demie du soir, les chevaux pris à la poste pour mener une personne en Normandie avec passe-port, l'évasion surprenante de la nuit du 15 février à Néaufle, le procès- verbal de perquisition fait, non par l'huissier qui avoit fait la capture , mais par un exempt
LETTRE IIP. ]f
du guet, qui s^est dit porteur d'un ordre du Roi qu'on ne montre point, et cent autres faits plus intéressanls, et qui mériteroient des Cicéron , pour les déduire avec la force et l'éloquence convenables. Tout le public est attentif à cette affaire. Les grands ne sont pas dans le cœur pour celui qu'ils accompagnent avec tant d'ostentation, mais il faut des preuves aux juges. Ici je vous fais une autre question. Le juge de Laval, qui est un juge de seigneur, a-t-il pu informer d'un faux principal? N'est-ce pas un cas royal, et principalement quand il s'agit de la fabrication d'un acte de célébration de mariage, que l'on prétend avoir été inséré subtilement dans le registre du greffier royal? L'ordonnance permet bien à tous juges de connoltre du faux incident (art. 20, tit. l*% 1670), hors aux consuls et moyens justiciers. Tous juges n'ont donc pas le faux principal, et comme Tordonnance ôte aux art. 11 , tit. !•", et hautes justicières la connoissance des cas royaux, dont quelques-uns sont expliqués'et dont les autres sont dits expliqtUs par les ordonnances et règlements, ne doit-on pas rechercher la nature du faux principal? Bornier le croit cas royal et rapporte un arrêt de 1667, qui en donna la connoissance au lieutenant criminel, au préjudice du prév6t. Mais je voudrois avoir quelque autre autorité. Le procès-verbal de l'ordonnance criminelle est merveilleux, sur cette matière en général ; mais je cherche du particulier et du spécifique, et je crois que l'acte dont il s'agit, intéressant le public et l'état du mariage et un greffe royal, est cas royal.
Nous allons voir de belles affaires sur la succession du ducdeSuUy.Lemarquisde Béthune-cT Orra/, qui est au huitième degré eten ligne directe de celui pour qui le duché est érigé, rencontre en son chemin l'abbé d' Orra/, son grandoncle, qui estau sixième degré, il est l'héritier; qui aura le duché des deux? L'abbé descend aussi en directe et est plus proche du premier duc qui est son grand-père,
mais le marquis descend d'une première femme de François de Béthune, seôond fils de ce premier duc ( Catherine de Caumont) , et Tabbé ne vient que de la seconde (Aune de Cbarville). Est-ce là la question de Fonde et du neveu, dont Henri IV disoit au cardinal de Bourbon^ qu'il la pounoit gagner au Châtelet, mais que le Parlement la lui feroit perdre? L'article 4 de Téditde 1771 explique les termes et ayants cause, et les étend à quelque ligne et degré que ce soit; l'article 7 parle du remboursement, mais c'est lorsque le duché tombe à des filles. El ce n'est pas ici le cas. Le marquis aura-t-il le duché comme linialy sans rembourser? L'abbé l'aura-t-il comme héritier et plus proche du premier duc? Aura-t-il au moins le remboursement dont Tédit ne parle pas? Voilà bien des questions pour ce carême, et nous ne voyons point de jubilé.
Les fanatiques commencent à interrompre les prédicateurs. Cela est arrivé dimanche aux Nouvelles Catholiques; on cria à l'hérétique, et la maréchale de Noailles emmena le prédicateur dans son carrosse aiin qu'on ne l'insultât point.
Lettre IVr
k Paris, ce H mart 1729.
Je sais. Monsieur, le contraire de l'anecdote que le mari a débitée ; il est vrai qu'il y a eu des temps de déni, mais ils étoient nécessaires ; c'est un homme qui ne dit point la vérité en cela ni en autre chose (1), et qui a si peu
(1) Marais était bien Vavocatdes femmes. On s'étonne et on sourit du feu avec lequel il dément le propos de M. de Sainte-Maure, mari de sa cliente, quand on sait quel élait ce propos. Bouhier avait écrit, le 8 mars : « Le mari n a dit ici une chose bien singulière. C'est que Madame sa Temme n'a point << encore voulu coucher avec lui, depuis son mariage. Certes, le cas est rare. « Vous qui aimez les anecdotes, en voilà une curieuse à éclaircir. »
de considération , qu'ayant fait imprimer un grand Mémoire pour les droits de sa charge, où il a attaqué grands et petits^ personne ne lui a répondu, et le Mémaire est demeuré dans les bibliothèques. Je ne sais si vous l'avez dans la vôtre, il est bon à garder.
Je vous rends grâces sur les éclaircissements du rêvé* lant anonyme et faux principal. Cela sera mis en bon lieu. L'arrêt d'Angers est dans l'édition de Bornier de 169^, où les additions sont grandes et amples ; il n'est point dans celle de 1678 que j'ai. On l'imprime encore actuellement avec des additions nouvelles, et dans la précédente édition, on s'est avisé de mettre à la marge de l'article 29 du titre!" que Bornier s'est trompé en mettant le faux principal au nombre des cas royaux; mais je suis persuadé que c'est ce dernier auteur qui s'est trompé lui-même. On plaida mercredi pour la dame, on plaide encore demain. M. Aubry fait merveilles et Paris est bien étonné de tous ces faits nouveaux qu'il ne savait point; H. de Maurepas y est venu en personne.
Fallait-il là montrer son nez?
Mille brocards se sont donnés, Bons et mauvais, de toute espèce, La plupart emportant la pièce.
Il n'y a point encore de mémoire de la part de la damer. On doit expliquer demain la procédure de Laval, où on prétend qu'il y a d'étranges corruptions de témoins, et mettez avec cela le faux principal non compétent; que va devenir cette procédure? Le registre de la poste où étoit le passe-port pour Normandie n'a point été communiqué ni compulsé, mais HH. \eè gens du Roi se le feront donner apparemment. M. Aubry a fort bien dit qu'on ne faisoit que bégayer l'année passée.
Je ne sais rien du prédicateur des Nouvelles Catholiques, sinon que c'étoit un père de l'Oratoire, qui parloit de l'amoup de Dieu. L'aventure de Saint-Benoit a été .plus
14 œRRESPONDANCE INÉDITE.
forte ; Auc^et, savetier de la Constitution y a interrompu les eooférences ; il a fallu les suspendre parce qu'il est revenu eiUK)re un autre jour, et on a craint le scandale. Le curé le fit venir chez lui^ et lui demanda s'il savoit le latin. Il dit qu'il en savoit un peu, et il lui donna à expliquer : A^e $uior ultra crepidam^ ce qui le lâcha fort. Il y a plainte contre lui au Parlement^ Hr Pucelle est chargé du rapport. Mais en voici d'autres : on a répandu dans le public deux libelles des deux partis; l'un molinisto, où on ne parloit pas moins que de renouveler la Saint- Barthélémy^ l'autre janséniste, où on s'adresse aux plénipotentiaires assemblés à Soissons, pour leur dénoncer la doctrine des Jésuites. Ces deux libelles ont été condamnés.à être brûlés par la main du bourreau, par arrêt du 8 du mois de mars, sur le réquisitoire et le plaidoyer de H. Gilbert de Voisins, et Tarrèt a été exécuté 'le même jour. Vous noterez que le premier libelle étoit attribué à un avocat. Notre bâtonnier s'est plaint et a parlé ; mais l'arrêt n'en dit rien, et M. le premier président, à qui on ne s'étoit point adressé pour cette dénonciation, a dit à nos députés qu'ils avoient de bons titres pour se défendre du soupçon de cet écrit.
Le cardinal de Noailles a donné une ordonnance où il révoque celle du 12 novembre 1716, où il avoit ôté les pouvoirs aux jésuites; il compte sur les paroles qu'ils lui ont données, de respecter les évêques, de suivre les avis de saint Charles dans l'administration de la pénitence, et la doctrine du clergé dans l'assemblée de 1700 ; voilà un grand adoucissement. On a dépoudré les confessionnaux et êtté les araignées dont parle Philotanus, et <put est entouré de dévots et de dévotes. Hais on n'a point encore revu de prédicateurs; ils paraîtront sans doute au jubilé, que nous aurons le quatrième dimanche de carême.
C'est le marquis de Boudeville, Normand, fils d'un inspecteur de cavalerie, qui a déclaré son mariage avec
la marquise de la Ferté; il est fait il y a cinq ans. La petite Livron est dans un couvent proche la Lorraine; le mariage a été rompu ; la mère avoit quitté son aman t publiquement et Ta repris de même depuis huit jours ; c'est une folle (1).
Je viens de perdre une bonne amie, fille de H. de BoulainvillierS) sœur de M"** de Rieux; elle étoit femme de H^ de la Boissière^ lieutenant du Roi de Dieppe^ neveu du P. de la Boissière de l'Oratoire, 4géc de trente ans, ai-r mable, spirituelle, et la rougeole Ta emportée en six jours.
Elle s'est obstinée contre les médecins, par des principes de son père, et n'a point voulu se faire saigner, et la voilà morte; son mari n'y étoit pas. Je suis très-affligé.
Je n'ai point vu la Bibliothèque de l'abbé Lei^lerc, je la chercherai. J'aime bien qu'il aille vous donner unoom oublié depuis trente ans ; il a beau parler contre Bayle, il aura peu de partisans (2).
Je vous ai trouvé dans la préface des Questions alphabétiques de M. Bretonnier et suis bien aLsede vous trouver partout (3). Bonjour, Monsieur, je ne puis trop vousdireJla joie que j'ai de recevoir de vos lettres. J'y réponds surle-champ, et quitte toutes occupations pour le faire.
(\) Boohier répond à ces deux questions de Marais (8 mars).
« Mais à propos de prédicateurs, que dites-vous des jésuites qui viennent K de rentrer en grâce aupr^8 du cardinal de Noailles, et d'être réta1)lîs dans R la prédicitiou et la confession dans Paris? Quelle joie pour la société, quel K coup de Toudre pour ses adversaires ? Il vous en reviendra sans doute quel- « que chansonnette que vous ne nous laisseriez pas ignorer. Voila aussi de « quoi bien orner les Nouvelles ecelésiasiiques.
« Je ne sais qui est celui qtra épousé la marquis de la Ferlé. C*étoit « sans doute un nnariage commencé depuis longtemps. Mais à propos de celui « de M"* de Mortagne, qu'est devenu celui de la fille de votre bonne amie, « M"* de Livron t j'ai peur que vous n'ayez perdu de vue cette dame. »
(2) Au devant, dû nouveau Hichelet de Lyon. Ce nom était celui de Savigny, que le Président avait porté dans sa jeunesse.
(3) BouUier remercie assez ironiquement le docte auleur de sa bienveillante roeution. « Avez-vous pris garde, écrit-il le ?J mars, à celle plaisante bévue qu'il a faite, en prenant Capella Tholosana pour un auteur.'
Lettre P.
A Paris, ce 29 mars 1729.
V examen philosophique de la poésie n'est, à cç qu'on dit, qu'une brochure qui ira bientôt à la voierie des bibliothèques. Ce H. Rémond, dans ses Nouveaux Dialogues des dieuXy m'avoit paru sophiste. Je crains bien qu'il ne le soit encore.
On continue de plaider demain Taffaire de M. d'Hautefort. 11 y a deux grands Mémoires , l'un de M. Aubry pour laJD"* de Kerkabu, l'autre de M. Cochin pour le Marquis. Ce dernier est écrit avec une force surprenante, et il semble qu'il ait la vérité pour lui, quoiqu'il ne l'ait pas. L'autre est plus déclamé et plus abondant en faits et en paroles. Je vous en garde un de ce dernier, si vous n'en avez point d'ailleurs, et pour celui du Marquis, il ne vous sera pas difficile d'en avoir. On a cité Tavis de Chopin sur le cas royal, il a été réfuté ; la citation eût pu être plus étendue et plus appuyée, mais nos orateurs craignent d'être jurisconsultes. Il y a un arrêt qui permet de faire entendre les témoins qui ont ouï parler du révélant anonyme. Cette dernière information décidera ; enfin tout est préparé pour juger samedi, et M. Gilbert parlera deux jours. Dieu sait les belles sollicitations de part et d'autre !
La grande affaire du duché de Sully a été décidée au Conseil] des dépêches pour M. Béthune, contre l'abbé d'Orval, qui ne devoit pas espérer de réussir dans cette entreprise. Je n'ai point encore les mémoires. Il y aura une déclaration du Roi, en explication de l'éditde 171 1 , sur le cas où l'héritier se trouve plus proche du premier due et du dernier successeur, sans être de la branche aînée. La question du remboursement y sera décidée apparemment, et si l'on reml)Ourse aux filles, pourquoi non aux mâles?
J*ai appris au Palais aojourd'hai qu'il y a une 3"" Conitittoa'on d'avocats^ signée de plus de 50^ au sujet de M. de Senez et de son grand-vicaire, M. de la Porte : elle doit paraître au premier jour; il y a aussi un écrit qui répond à Tavis doctrinal des évéques. Le savetier est hors de la Bastille. Nous ne verrons jamais de fin à cette malheu* reuse dispute.
Je n'ai point encore vu la Bibliothèque de Tabbé Leclerc, on me l'a promise; je ne sais où il m'a fourré, je l'aime puisqu'il aime la vérité (1) .
Bonjour^ Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
M. de Honchesnay est à Paris à la suite d'un procès de finance où il n'entend rien, et il pourra bien faire quelque satire contre ses juges s'il le perd.
Je lui apprendrai qu'il est dans la Bibliothèque de l'abbé (2).
Àrrét du 2 avril 1729 dans la cause d'Hautefort.
La Cour reçoit la partie de Cochin appelante, en adhérant à ses premières appellations; faisant droit sur les appellations et requêtes respectives, sur l'appel comme d'jtbus du monitoire, dit qu'il n'y a abus; condamne l'appelant (M. d'Hautefort) en l'amende et aux dépens.
Sur l'appel delà partie d'Aubry (Ai"* Kerkabu) des procédures du juge de Laval, admet l'appellation, et ce émen-
(1) « Vous ferez bien, écrivait Bouhier, le 4 mars, de parcourir la Biblkh A thèque de Tablié Leclerc. Vous y êtes cité en deux ou trois endroits . Il y a « par-ci par-là des faits assez curieux, entre autres sur les brouilleries et dl- « Yersilés de sentiments sur la grâce entre MM. Arnaud et Nicole. Il possède « parfaitement IMiistoire anecdote de ce parti, et il démasque fort bien Top* « position de sa doctrine a?ec celle des thomistes, auxquels ils (les jansénis' n tes) affectent aujourd'hui si fort d'élre attachés... Vous serez étonné de ?olr « dans sa Bibliothèque M. de Losmede Monchesnay. Comment étes-vous avec • lui présentement, et ne vous en?oie-t-il point touiours quelque épigramme « de sa façon? »
(2) Le président ignorait le prénom de Monchesnay et le demande à Marais. Il s'appelait Jacques.
18 CORRESPONDANCR INÉDITE.
dant^ déclare toute la procédure nulle^ condamne la partie de Cocbin (Hautefort ) en vingt mille liyres.de dommages et intérêts envers la partie d'Aubry ( Kerkabu ) et aux dépens.
Et en 1,000 fr. envers la partie de Laverdy (curé de Saint-Quentin ) et aux dépens.
Sur rappel de la partie de Cocbin de la procédure extraordinaire faite au Chàtelet, à la requête de la partie d'Aubry, met rappellation au néant, et ordonne que ce dont est appelé sortira effet, et que la procédure sera continuée jusqu'à sentence définitive inclusivement, sauf l'appel en la Cour, et à cet effet les informations et autres pièces qui sont au greffe de la Cour, seront reportées auChàtelet.
Que dans trois jours la partie d'Aubry remettra au greffe de la Cour les dix-huit lettres, la quittance de dot et le mémoire joint pour en être fait description, ensuite portées au Châtelet et jointes au procès pour en être faite la vérification aux termes de Tordonnance 1670 (titre 8); faisant droit sur l'opposition de Tappel d'Aubry, au compulsoire, fait chez un notaire, déclare le compulsoire nul avec dépens (c'est le compulsoire du contrat de mariage); faisant droit sur les conclusions du P. G., les njémoiresont été imprimés, les informations demeureront supprimées.
Je ne puis rien ajouter. Monsieur, à un arrêt si grand, si solennel, et qui a été rendu à la face de toute la France etde toute l'Europe, car, outre toute la Cour en seigneurs et en dames, qui accompagnoient M. d'Hautefort, il y avoit cinq ambassadeurs de différentes nations qui ont été témoins de la fermeté et de la juMice du Parlement. Il est assez beau d'avoir ordonné 20,000 francs de dommages et intérêts, d'entrée de jeu^ et d'avoir renvoyé au Cbàtelet pour faire le procès. Quelle affaire, quelle entreprise et aussi quelle justice ! Je vous parlerai une autre fois plus au long. Je suis dans une grande joie et je crois. Monsieur, que vous y prendrez part.
LETTRE Vll^. 10
Lettre Vf.
."•'''-"-•' f arril'IT^.-
Je vous ai envoyé^^Monsieur^ ^'ai^ d^Bautefort^ que je crois qui vous i^ fait biçn J^^ ; j'ai nw? qu'elle déppseroil les dix-huit lettres^ m^is cela, n'y est paa et u'étpit que dans les cpnqlusiçns. M. Gilbert a fa^tuue, action merveil^ leuse> mais un pcp conservatrice ^u dieoit des deux parties, ce, qui n,> pas plu à la JourneUe^ qui n'a point marchandé. On ne parle que 4e cet arrêt à If^ Cour, à la yil}e^ dans le Minîstère,etc. {ltsi.M|°* la duchessiç d'Aumont n'étoitpasaccouçhée ju^tementlelen^ienjiiiainde l'a^^ qui lui donna les p^jnièrçfljiftuje9f^^pft^^i-j>it ,^^^
Lp,Cçi^iosfj*e,àe la bij)li9lb§quQ dft|^.^^e .J(.fti\yièf^ e^ impr^ipé ç^ez Hiepaercieri, jufi : saifl.]t, Ifl^qi^es, ejl chez, Q^ mont, sur le quai dç^ Augastins. JeTai vu, il y a bien des curiosités^ ma^ pas tout que j^f^rpyois]^on^a,Q^^;Unepetite Préface où ij[ çst paf|^,.desjiy^ donj^il est ,rauteur,^t ils ont oublié le,^raî(é,(^e f 'amjt^rf fSf emeni e^ les JVb^es^r Ix)y3el. Voilà, t^fle belle exaptitu^e..,, ;.,.,.. , .,
Je vfi^is e^i^voyèr \^ff^^Lmxn^r^\^^^(\nioireà^V^^^ Celui de M. Çochin est bien plus fort^ mais c'est le faible^ puisqu'il a p^du, et aussi 4 gark ep un^e^j^emi-^ne ^§ la capture q^i ti^nt quatre pa|ges^ng VaulreJIftmc^tre, el( c'est justement cette csg^t|ire leip^ j^te et,nocturne,qi},i fait rarrêt» H. Ff^vocat g^éral iieravoit,paspubliéeir comme un sujet de préférence pi^oyispife ^ la procédure d^ Ch&telet.
Lettre YIP.
AP«rii«oefO«TrUf729.
J'ai remis^ Monsieur, A voixe commissionnaire >le^ Mimèiféûe W^ de Kerkabu, et il^y eu a aussi un pour
H. Fleuttelot. Je vous rends igràces du tendre compliment que vous me faites sur cette victoire. Vous avez dit le mot en disant que tout Paris croit avoir gagné le procès ; véritablement, cela en est à ce point-là et il ne s'est jamais rien vu d'égal. J'ai vu hier Tarrét expédié ; il y a quelques changements; il n'est point parlé des lettres^ mais seulement des informations et pièces qui étoient au greffe de la Cour (c'est-à-dire l'enveloppe), qui seront portées au Chàtelet pour être procédé à la vérification s'il y échet, et être statué sur le tout ainsi qu'il appartiendra ; sur le surplus des requêtes d'Aubry, les parties renvoyées au Chàtelet pour y être statué. — Il n'y a ^as jusqu'à sentence définitive, mais cela s'entend.
HH. les gens du Roi n'étoient point de l'avis de l'arrêt. Us mettoient bien l'appellation à néant, et ce sur la procédure de Laval, et dpnnoient la préférence à celle du Chàtelet, mais ils ont fait entendre que l'accusé pou voit redevenir accusateur, si, pendant l'instruction jusqu'au règlementàl'extraordinaire, l'accusatrice manquoit de preuves, que ses informations étoient très-faibles, qu'à la vérité les lettres du défunt pou voient servir de preuves, étant vérifiées, mais qu'elles pourroient ne l'être point; que pour cet effet il falloit joindre au Chàtelet les procédures de Laval (quoique informées); que pendant l'information on n'étoit assuré que provisoirement que le décret étoit l'assignation, etc., que le premier jugement étoit le règlement à l'extraordinaire, lorsque la vraie accusation se déclaroit. Vous entendez bien. Monsieur, qu'il y avoit là bien de l'espérance vaine pour l'accusé; mais le Parlement ne s'est point arrêté à tous ces expédients, et comme il a connu qu'il y avoit la voie du fait, il a tranché le nœud ; il n'a pas cru que ce qui est nul puisse jamais revivre. Sur le cas royal, les gens du Roi ont dit que le cas n'étoit pas proprement royal, parce que le registre n'a pas été altéré, et quand il seroit royal, que tout juge est compétent pour infprmer, sauf à renvoyer au
LETTRE VII*. Jt
juge royal après Tinformation^ et en effets c'est Pavis de M. Talon dans le procès-verbal de l'ordonnance qui dit que cela ne fait pas nullité. — L'arrêt coûte, en contrôle seul^ 1 y&OO francs à cause des liquidations des dommages et intérêts. On dit que M. le Cardinal s'étant fait rendre compte de Taffaire par H. le procureur général^ qui lui a expliqué toutes les circonstances; S. E. a déclaré qu'elle ne savoit rien de tout cela, et qu'on l'avoit trompée. Le Chàtelet va procéder à présent^ les lettres ne sont pas jointes au greffe de la Cour, question de savoir comment on va faire sur la requête renvoyée qui concluoit à la reconnoissance et vérification de ces lettres, n'y ayant point encore de décret.
Dans une grande affaire de H. de BéruUe^ où il y a du faux de la main du père, le Parlement^ les chambres assembléeSy a cassé tout ce qui a été fait aux requêtes du Palais, depuis les moyens de faux admis^ et a ordonné, attendu les privilèges de H. de BéruUe, que l'instruction de ce faux seroit faite les chambres assemblées. M. Gilbert a parlé à merveille sur la magistrature, sur la vie simple qui y convenoit, sur l'horreur des contre-lettres qui se sont trouvées et encore plus des faussetés, et on n'a point voulu entendre la restriction de se vouloir servir de la pièce pour l'honneur de la mémoire du père. Enfin voilà deux arrêts célèbres qui se sont suivis de près , et qui font grand honneur à notre Parlement.
Je ne sais comment j'ai oublié de vous dire que les gens du Roi ont été déboutés de leur intervention dans l'affaire de H"" de Sainte-Maure (M. d'Amezeuil, avocat da Roi plaidant lui-même ), sauf à donner leurs mémoires à H. le P. G. ; ils y travaillent vivement et H. le lieutenant civil ne s'endort pas.
Madame de Livron n'est pas enfermée, mais elle mériteroit bien de l'être; elle a repris son amant après l'avoir quitté; c'est une folle. Je suis bien aise que votre impri-
33 CORRESPONDANCE INËDITE.
mear envoie plusieurs exemplaires de votre écrit. J^en avertirai mes amis. *
Il est certain que l'affaire de Tabbé d'Orval n'est point finie; ce que je vous en avois dit ne se trouve pas vtâiw ■ • .i . . *;, . ' ;.. ■ * ': 't .. ï'^ - }
. >L'»£{ai(e de J!opposition au mariage de M. d'Aguesseau est termifide. M. lePv P. de Rouen sW est mélé^ le mariage est faH/ee dopl je suis fort aise. *
H.: de Gç^nde^l^u^ frère de H. le duc de Gesvres y épouse H"* de Tingrî> qui^ourtrisque d'être ducbfôse et gouvernante de Paris. ..
be julDjhl逧tt>uvert, nousne wyons que processions. Le Nonce a un bref qui exclut les appelants ei réappelants ; il le veut l&cher pour être plus tôt cardinal.
La 3"* Consultation ne paroit pas; M. de Senez la gardera dans son sac. -
Lettre Yllf.
AParis,ce29aYrU 1728.
Je n'ai point répondu à votre lettre du 6 avrils Monsieur, parce que j'ai été à la campagne les fêtes, et qu'à mon retour, ayant appris la maladie d'une dame de mes amies qui e^tà Longcbamps, j'y ai été et ai eu la douleur de la voir mourir devant mes yeux, le septième jour d'une fluxion de poitrine. Il y avoit entre nous une amitié de trente ans ; c'étoi t la mère de }P^ de Tenance, et une femme pleine de force et d'une tranquillité étonnante , parlant lentement, et qui plaisoit beaucoup quoique êgée. C'est une grande perte pour moi, et voilà comment le temps emporte tout, jeunes et vieux.
L'arrêt d'Hautefort a été exécuté ; il a payé les 20^000 fr . comme contraint. Grande question de savoir s'il peut en honneur s'accommodejr à présent. Pour moi, je pense quUl vaut mieux le faire que de plaider contre Paris.
Je saurai l'arrêt de H. de Bérulle plus exactement^ je ne crois pas qu^on le donne au public.
On vient de publier celui d'une Madame de la Brosse, dame du Bourbonnois^ qui a été insultée et fouettée par un ami de son mari. Cet ami est condamné à une amende honorable sichéy nu téte^ et à genoux dans la chambre du conseildeHoulihs^ demander pardon en présence de douze personnes, payer 2^000 fr. de réparations civiles, ne se jamais trouver où elle sera, à peine de punition corporelle, l'arrêt pubKé et imprimé à ses dépens. On le publie à hauts cris dans la ville et dans les faubourgs ; il est sanglant, et l'affipont l'étoît aussi. Je ne crois pas que cet homme ( qui s'appelle Aujai de la BuxeroUe) retourne à fouetter personne.
H. de Gandelu a été marié, et on dit de bonnes nouvelles de la consommation ; cela va réjouir toute la famille impuissante (1).
Le Nonce n'a point lâché son bref : ainsi appelants et intimés gagnent lejubilé, et autresdévotionsfortédifiantes pour le peuple de Paris. Cependant les deux partis vont toujours leur train à écrire l'un contre l'autre. M. de Seneza écrit unelonguelettreà H. l'archevêque d'Embrun, et l'appelle au jugement de Dieu, où il l'attendra et lui dira deux mois à l'oreille : c'est un trait de saint Grégoire.
(1) Le 7 mai, le président écri?oit : « L^aiTaire de la dame de la Brosse par- « roU des plus singulières. Nous saurons désormais combien il en coûte pour N avoir le plaisir de voir de belles fesses. Mais je ne sais s*il y aurait beaua coup de curieux, quand même il s'agiroit de voir un c. aussi beau que « celui de la maréchale de Rocbefort, duquel Coulauges a dit, à la fin d'une de « ses eUansons :
Ce n'est pas un c. mortel.
« Je suis bien aise que M. de Gandelu ait réparé Tliooneur de la famille que « vous appelez plaisamment impuissante. Vraisemblablement on a eu soin « de ne pas servir de pâté d'anguilles au festin de noces. » (Allusion au mets apquel le duc de Gesvres avoit attribué l'indisposition qui le rendit si ridicule.) V. le Recueil du procès d'entre M. de Gesvres et Af'^ de Mascranny, ta femme, cher aux curieuses égrillardes de la Régence. 2 vol. in- 12 (publié par Bougon).
Il me parolt qu^il y a un peu de déclamation dans cette lettre, qu^on pourroit appeler Epistolaccia. Les Nouvelles ecclésiastiques se donnent toujours; dans la dernière, il est parlé du savetier Nutelet, et de son affaire à Saint-Benoit, et de la dénonciation des avocats ; d'une autre part , le cinquième Mémoire des Projets des jansénistes est curieux et les faits en sont singuliers. Il est arrivé du bruit à Orléans, sur ce que les curés n'ont pas voulu publier un mandement de Févéque. 11 les a interdits; ils ont appelé au métropolitain qui est Paris, et ils ont été rétablis. M. Tarchevéque d'Embrun a eu ordre de retourner à son diocèse; il avoit voulu brouiller le cardinal de Fleury à Rome, parce qu'il n'avoit pas voulu répondre comme il vouloit à la lettre qu'il lui avoit écrite contre le Parlement. La lettre du prélat à été renvoyée de Rome , et il va avoir le temps de tenir un autre concile s'il veut.
On a commencé hier à plaider la cause de H*"^ de Sainte-Maure; elle étoit la seconde du rôle et est devenue la première, et ils ont été sommés de plaider pendant qu'ils n'y pensoient pas. Ces affaires sont toujours fâcheuses, mais on est quelquefois forcé de les avoir, et voilà notre cas. Je dis notre, car la dame est bien mon amie.
Je n'ai point encore vu le livre de Tabbé Leclerc. M. de Moncbesnay est bien en peine de savoir ce qu'on dit de lui, et le satirique craint la satire. Mais le bon abbé n'en est pas capable, si ce n'est contre les jansénistes qu'il n'aime point. La semaine qui vient, je serai plus savant.
J'ai vu un livre de VAme des hêieSy fait par un Anglois qui répond aux objections de Bayle dans l'article de i?orarius; il en parle comme d'un chicaneur, d'un homme né pour brouiller tout dans les sciences et qui a porté des coups à la religion et à la morale. Cet Anglois, qui d'ailleurs a de l'esprit, ne sait ce qu'il dit sur Bayle, qui n'a parlé de l'àme des bètes qu'en tremblant, et après des préparations où il a montré le péril d'en parler.
LEITRE IX«. 25
Bonjour, Monsieur, Madame Frondad m'a dit que vous vous mettiez au lait. Que ne fait-on pour ne point souffrir?
Lettre W.
A Parift, ce 9 mai 1720.
La mort de mon amie , le changement de la saison et le travail de Tbiver m^ont rendu malade, Monsieur; j'ai été saigné hier, je suis triste et foible, il me falloit votre lettre pour me donner de la force, et elle m'en a donné; il n'appartient qu'à vous et à cet esprit gai et vif de faire cet effet sur moi dans l'état où je suis.
Vous avez dit, dans votre autre lettre, tout ce qu'il falloit sur le Mémoire de M'^® de Kerkabu, et je ne sais pas comment on peut se livrer au public avec cette nudité. Il faut que vous voyiez celui de M. d'Hautefort par M. Cocbin, qui est précis^ serré, fort, et qui est une belle apologie d'une mauvaise cause.
Mais parlons du cardinal de Noailles : il a fait sa cour au Pape jusqu'à la fin, il a gagné le jubilé et fait toutes ses stations publiquement, et il est venu mourir dans le giron apostolique et romain. Les grands vicaires du chapitre de Paris ont fait un mandement du 5 de mai, qui contient son éloge en peu de mots , mais très-bien choisis, et qui dit tout ce qu'on peut dire à son honneur. La dernière affaire est expliquée très-délicatement par ces termes : Tout occupé d'éteindre les tristes dissensions qui affligeoient son diocèse , t7 à fait tout ce qui étoit en lui pour y rétablir la paix et la tranquillité qui avoient toujours été l'objet de ses voeux. — Enfin le voilà hors de bien des peines. Il donnoit tout aux pauvres. II avoit une ordonnance de 7,000 fr. sur le Trésor-Royal , qu'il a donnée, trois jours avant de mourir, à un gentilhomme qui lui demandoit l'aumône, et sa maison étoit demeurée sans argent. Il a fait son légataire univei'sel M. le
duc de Noailles^ qui aura les meubles et la vaisselle d'argent et la bibliothèque. La disposition des fonds est faite depuis longtemps. La place n'a pas été longtemps à remplir. C'est M. Tarchevêque d'Aix, frère du comte du Luc^ qui n'est pas jeune^ et qui aura de la peine pour quitter sa^hère Provence, pour venir habiter les bords de la Seine ; mais 100,000 fr. de rentes de plus adouciront ce mal. On dit quee'est un bon prélat,: qui vit noblement et qui ne touHDetitera pei^onne. Dieu le veuille! Voilà les du Luc dé Vintimille, dois comtfô dd Marseille, biéà conten ts, et aussi bien des méconteniJB qm se feront peut-être jalis^istes par dépit, èbmmeie fnaréchal d'Hocquincourt (1).
Il y a des Mémoires de Ml Tabbff d'Oifval et de ». de Bé^ ihune sur le duché, ils sont curieux ; Tàffàire n^est point terminée ; l'un veut que la dignité attire là propriété , l'autre que la propriété attire la dignité, parce qu'il en a en même t^ûips la capacité , et pour se rendre encore plus capable, l'abbé se marie, épouse M"^ de Yattan y et va faire des ducs tant qu'il pourra. On travaille d^à aux béguins du duc; pourvu que la signera n'aille pas se (romperau sexe (2). '
It ne sa vois pas le c.. de M"' la maréchale de Rochefort; je coîmoissois bien ses grands yeux, mais cette autre partie est bonne à «avoir, étdi]^ne d'oi^ner le temple de Vénus Bdile-Fe^se, peur qui certain poète dit qu'il auroit grande dévotion.
(1) Le 17 mai, Bouliier rép^Dd sur «et article ; « Je ne doiile pas que votre « archevêque ne soit regretté dans son diocèse. C'étoit un bon et vertueux te prélat, et gui auroit passé une* vie fort heureuse s'il ne s>étoit pas sotte^ « ment foorfé dan» ces affaires deOanatitQtioft.qui Toni tiadaué les quinit « dernières années. Je souhait^ que r^xerpple qu'il a donné de voulqir mourir « au giron de rÉglise soit suivi de tout son clergé ; inais il en reste beaucoup « d^enlAtés qne son soccssenr àiira bien de la peine à convertir. Cest on très* « faoDnéte homme» et<tont les gent modérés seront cooieots. Mais il est bien « âgé pour une telle place. »
(2) « A Page qu'a l'abbé d'Orval, quand on se marie pour avoir des enfantSi « il faut se pourvoir d'nè coadjuteur. « {Bimhier}^
L'archevêque d'Embrua est parti pcmr son dioeèse. Le Président son frère m'est venu voir pour me dire que Faugment de dot est du total de la dot quand c'est un veuf qui se remarie : c'est l'usage du Dauphiné. Est-ce celui de Dijon^ sur les appels qui viennent.de Bresse \ et ce total prendroit-il sur les biens substitués? '
Il faut lire tous les Mémoires des projets des Jésuites j surtout le cinquième, mais il foudroit y joindre la lettre de M* Petit-Pied, qui est curieuse, sur la matière de l'usure et sur le figurisme. J'ai un douUe de cette lettre que je vous garde. M. Desmaizeaux m'a envoyé de Londres les Nouvelles Lettres de Bayle, ou plutôt la nouvelle édition en 3 volumes; il y a 295 lettres, il n'y en avoit que 2^3 dans l'édition de Marchand ; il a retranché ses longues notes, et en a fait de courtes; il a fait aussi une Table plus courte ; cela n'est pas encore relié, ainsi je ne puis vous faire un plus grand détail. Il me marque que l'on fait encore une nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle qui sera achevée dans trois mois, et il fait une Vie pour mettre à la tète de cette édition , n'étant pas content de toutes celles qui ont été faites jusqu'ici; mais je crois qu'on ne sera guère plus content de la sienne : il a de. bonnes intentions qu'il ne pourra mettre afin. Il fera imprimer le Kalendarium Carlananum; il me demande la Harangue de M. de Luxembourg à ses juges, qu'il n'aura point; il Tira s'il veut chercher à Vienne, dans la Bibliothèque de l'Empereur, où il dit qu'elle est.
M. de Monchesnay court après son article, il l'aura trouvé chez Montalant, qui vend le livre, et s'il veut me donner quelque chose pour l'abbé Leclerc, je vous l'enverrai ; mats c'est une étrange cervelle.
J'ai toujours entendu dire beaucoup de bien du régime du lait pour les goutteux : mais je l'aime bien entremêlé de bouillon et rôti. Vous me parlez de M"^ Frondad , je l'aime bien aussi toute seule, avec son esprit, son sens, et ses gréu^etf. .
28 œRRESPONDANCE IINÊDITË.
J'ai écrit à M. Fleutteldl sur la mort de M. son père.* J'ai le cœur ouvert aux douleurs; j'avois tout à l'heure dans mon cabinet H. le duc d'EIbeuf^ qui a perdu M^^^sa femme ; il n'en est pas triste : elle étoit séparée, la dot rendue; mais il y a une clause dans le contrat de mariage qui porte 20,000 livres pour frais de noces, qui sont laissés au mari en rendant la dot, au cas de la renonciation par père et mère. Il y a arrêt célèbre, du 26 février 1718, qui ordonne dans ce môme cas que les frais de noces seront rendus, la femme mourant avant le mari. C'est dans la famille de H. Bernard. Quid juris?
Lettre X'
A Paris, M 31 mai 1729.
Je m'échappe, Monsieur, des déserts de l'Arabie, et je cherche un refuge entre vos bras, c'est-à-dire que je sors de la Bibliothèque de Tabbé Leclerc, où je n'ai presque trouvé que des sables secs et arides, des épines sans roses, et une perpétuité de doctrine sauvage et rustique qui m'a fort impatienté. La plus grande partie est un registre baptistaire et mortuaire ; le reste est partagé entre les molinistes et les jansénistes, qu'il regarde comme les deux parties du monde, et hors quelque peu d'articles curieux, H. l'abbé m'a paru un homme grossier, bourgeois, bas, qui ne peut dire du bien de personne, pas môme des plus grands hommes, et que l'on redresseroit en cent endroits, si l'on vouloit s'en donner la peine. Je ne vois qu'un homme qu'il veut justifier, et c'est Théophile (Viaut), qu'il dit avoir été condamné à un bannissement perpétuel; le bonhomme ne sait pas que cette peine emporte mort civile,* et qu'un arrêt n'est pas sujet à la critique sulpicienne. Qu'est-ce que l'article aride qu'il a fait de vous, où il commence par votre naissance, où il dit un mot des Thérapeutes, et puis il vous laisse là sans vous
LBTTUB X*. S9
faire autrement connoltre? Voyez comme il parle des plus grands orateurs^ desFourcroy^ de&Auxanet, etc., après cela, je n'ai pas été étonné que dans l'article Robbe il mette : H. V Avocat Marais^ qui est l'expression la plus plate dont on se puisse servir; en un mot, ce n'est qu'un pédant de collège qui ne sait point vivre, et qui ne mérite pas qu'on parle de lui davantage. J'aime bien qu'il croie avoir trouvé la mort de Blanche de Toumony parce qu'il a trouvé la date de son testament dans une généalogie. Voilà un bon généalogiste. Hais que dites-vous de H. Aubert, avocat de Lyon, qui va mettre toute sa science dans un Dictionnaire de langue? C'est une nouvelle manière de débiter ses collections, mais qui ira les chercher là? Ce ne sera pas moi, je vous assure. *
Je viens de sortir d'une grande fluxion, et je suis un peu mieux. C'est H. Brossette qui m'a prêté le livre dont je viens de vous parler. Il m'a dit que son Régnier étoit achevé et qu'il sera bientôt en France. Au moins il n'aura point publié les secrets de Régnier, comme il a fait de ceux de Despréaux.
Notre nouvel archevêque est ici et reçoit ses compliments. 11 paroit un écrit de son prédécesseur, du 26 février 1729, où il a déclare que par son mandement du 11 octobre 1728, il n'a point prétendu accepter la Constitution, ni révoquer son appel, ni révoquer l'instruction pastorale de 1719, ni approuver en aucune manière le prétendu concile d'Embrun , et la condamnation du saint évéque, contre lequel il a été tenu, pensant toujours à ce sujet comme il s'en est expliqué dans sa lettre au Roi avec onze évèques, et déclare qu'il ne départira jamais de ses sentiments ni de son appel ». Cetécriîparott imprimé avec une note, que l'original est entre les mains de M. de Senez, et que M. le cardinal de Noailles, qui l'a écrit tout entier de sa main, a ordonné qu'il fût rendu public après sa mort. Or, si cela est vrai, comme il y a apparence, que pensez- vous de tout ceci? le jubilé n'est-il pas plutôt es-
iBO CORRESPONDANCE INÉDITE.
croqué que gagné? Je ne crois pas que l'histoire fournisse Texemple d'une aventure pai^ille .
Eât-ce imbécillité? Est-ce fourberie? Eçt-ce religion? Dit-on le oui et fe non à la face de l'univers (1)?
Les Nûutelles EeeléHastiqiAes se publient toujours. J'ai été étonné d'y trouver un écrit qui se^ fait sous les ordres du clergé, contre le livre des Libertés de l'Église gallicane et contre les preuves. Gela s'imprime en Flandre avec ap-» probation (2).
Avez-vous ouï parler du poëme de Milton, Le Paradis perdu? On nous en a donné. une traduction en 3 tomes^ qui est certainement un chefMi'<Buvre entre les traductions; l^'auteur est jN. Dupré de Saint-Haur, trésorier de France à Paris, et en n'aurôit été jamais chercher dans cette compagnie un si savant homme, qui a eu le courage de nous doniner le poëme; inconnu presque aux Angiois même. V6US y trouverez des beautés tsans nombre, de là magnificence poétique, des grâces, de la tendresse où il en faut, des pensées justeden même temps que sublimes; enfin c'est le divin Homère, et bien plus que cela, puis^ que le fond du poëme n'est point pris dans les fables, mais dans la révélation. Si on en retranchoit quelques endroits un peu trop déclamateurs, je ne crois pas que
(1) Boîtier répoDd le 4 jqio : «. J^aj tu le dernier ac(e 4u Teu cardinal de « Noailids, si toutefois on peuts'assurer que ce soit le dernier. Voilà sans doute « ]à phis'émti/enfe girda'ette qui att jamais été. 0 Vieillesse, ma mieî N*aije « doncUMtxieu que pour cette infamie?^ On pourroit faire déte TariatioDS « une iiisloire prévue aussi grosse que celle de feu M . Bossuet. »
(2) Bouliier répond : « Ne soyez point surpris que le clergé fasse écrire « contre lé livre Des Libertés tte V Église gallicane. Dès qu'il parut, il fut R regardé par les eccléiiastiqués comme contraire 4 leurs intérêts. Voua le « Terrez dans les Mémoires de M. de Monchal, arclie?èque de Toulouse, \, \, « p. 45, où il s'en plaint fort amèrement, et parle des moufements de Tas- « semblée du clergé de 1640 pour le faire supprimer. Voyez "aussi votre ami «( Bayleen ses N<mv. ée la ^p. des Lettres, du mois de juillet 1685, art. 1'', « sur la fm, où il dit que les libertés de l'Église gallicane sont plutôt les libern tés du royaume que celles du clergé. En quoi on ne peut douter qu'il n'ait m raison à beaucoup d'égards. »
LETTRE x^ ai
Fesprit hfimain puisse aller plus loia ; il y a, à la tête du livre, une Vie de Blilton, mais l'articlis de Bayle est bien plus curieux : Addisson a aussi donné un Jugement sur ce poéme^ où il y a bien de la science et du bon sens ^ et ce jugement tient une partie du premier volume. Je soupçonne que H. de Cambray n^ignoroit pas Tanglois et quUl a fait usage deMilton dans^son Tilémaque.
On finit jeudi l'affaire de M"" de Sainte-Maure; il y a eu sept audiences : ce sera la Huitième où M. Gilbert parlera, et la pauvre dame saura son sort^ J'ai appris qu'ils ont gagné le pcocte de D^n. . .
Pour vous repdre votre 2* tome de IP* Tiqueté qui a paru justement trente ans après le «premier, ppur empêcher la prescription 9 > on exécute aujourd'hui le fameux Vivet et quatre avises de ses caanaradetNdônt l'un â'Appeloit son précq)teur, et s'étoit retirf dumonde, ne donnant plus .que des leçons demeurlrç et de vol:à seadiseiples qui le consultoient. Quand on a voulu mettre Vivet è la questicm^.il a dit : ((Vous m'avez jugé à mort, je le mérite bien, mais je ne, vous dirai men davantage de mes complices : il y en a peut-être 60 autres outré ceux que j'ai nommés^ mais je ne sais point .leurs noms. » On. lui a donné une question légère ; il sera roué vif et ^pirera sur la roue. L'arrêt est contre 99 accusés; on va juger les autres aujourd'hui, 1^' juin; il y en a encore deux qui oont passé, la nuit à jaser.' >' . v» i. » / c
H'"'' de Mortagne/^ui vouloit. épousée le marquis de l'Aigte^ l'a changé pour le* chevalier devGréqui/ qui n'a
(1) « Non-séulemeaty répond Bonhier, je connols hParadi9 perdu dt4filt ton» nais.jçjrai tu etteno. €*es( aiM^i tout .ce que je pois tous en dîfç, « car je n^'entend^s point ranglois.r Mais un savant jésuite d'ici, pour qui je « l'avois fait venir et qui entend cette langue, m^en aVoit déjà fait un éloge à « peu près semblable à cel6f qike'vous ftii(es.-^e serai IHen aisé d*en poù- « Tojr juger par la trailnctioii qo^je tais faire Teoir../e coanoii fort ipjl- « Ion par les grands dérnôlés qu?il a eus avec notre Saiimaise, et je serai « bien aise, à cause de cela, de voir sa tle, 11 a fait aussi des poésies la« i« tine«;.|n^8 que Pal tlierél|^4niMf^menl fusques iti; »
que vingt-sept ans. Le marquis enragé s^est opposé aux bans du chevalier , et cela fait une plaisante scène. SMI en vient un de dix-huit ans avant le mariage fait, on verra peut*étre un troisième à cette comédie.
Lettre XP.
Ao faiiboorg de Paris, to 7 de Jaiii 1729.
' Vous m'apprenez le gain du procès de M. de Sainte- Maure, et moi je vous apprends le gain du procès de sa nièce contre son mari. L^arrèt est du 2 juin à la Grand' chambre, après huit audiences, sur les conclusions de H. Gilbert, qui a parlé avec une pénétration surprenante. La sentence qui admet la dame à la preuve de ses faits est surprenante. L^arrèt ajoute qu'elle se retirera dans un couvent ou communauté, où son mari lui donne 8,000 livres de pension et le premier quartier d'avance, et qu'elle pourra sortir pour vaquer à ses affaires. Le Parlement lui épargne ainsi deux ou trois appellations, qu'il auroit fallu essuyer; il n^y a point eu de Mémoires dans l'affaire pour amuser le public , mais la dame, qui parle mieux que nous n'aurions pu écrire, a très-bien expliqué sa cause à ses juges, et elle les a tous gagnés. Le mari est un peu honteux, et vous jugez de ma joie dans cette victoire. Le forte filia eratpulcra de M. de Chasseneuz n'y a rien gâté. On a lu des lettres de H. de la Neuville, qui est, comme vous savez, grand épistolaire, et qu'il se seroit bien passé d'écrire.
Je ne veux point de mal à l'abbé Leclerc sur ce qui me regarde, mais sur tant de grands hommes qu'il semble nepasconnoitre, et sur ce qu'il parle de livres comme un valet de bibliothèque. Il dit quelque part que H. de la Chapelle (auteur du Catulte) étoit abbé ; comment ne sait-il pas qu'il avoit été receveur-général des finances et marié? Je lui pardonne de n'avoir pas su qull voulût se pendre
LEITRÉ XV. 33
pour la femmô qu'il épousa à Bourges, et qu'elle le tira de là cordé où il était attaché ; mais on ne peut pas igno^ rer le reste. . "
: Le nom d^Èminenle girùuelle que vous avez donné au cardinal de N. vaut mieux que toute cette Bibliothèque de l'abbé, et l'Histoire des variations et très-plaisante. Si quelque moliniste d'esprit vouloit s'en mêler, il y auroit de beaux chapitres et le titre des chapitres seul ré-* jouiroit tout le monde : mais ce parti-là ne sait pas rire.
Je n'ai pas sous ma main les Mémoires de H. de Honchal sur les Libertés de V Église gallicane; mais j'ai une galerie où il y a une bibliothèque curieuse et où j'ai trouvé le tome indiqué des Bépubliques des lettres de Bayle, qui a été vérifié sur-le-champ; cet article est plein de sel : il est vrai que ces libertés seroient mieux nommées les £.tbertésdu royaume^ mais c'est toujours un droit ancien et à qui le respect est dû, et il faut convenir que si on avoit laissé faire le clergé, nous serions dans un terrible esclavage. Je me souviens d'avoir lu un écrit attribué à M. l'abbé Fleury {Hist. Ecclés.) qui se plaignoit au contraire de l'esclavage où étoit tombé le clergé, et qui contestoit aussi ce nom de Libertés.
Hilton vous fera plaisir, j'en suis sûr; sa Vie est meilleure dans le Dictionnaire de Bayle que dans le poème. Saumaise se vantoit de lui avoir fait perdre la vue et lui se vanloit d'avoir fait perdre la vie à Saumaise, qui depuis sa mort, n'écrivit plus; mais Milton, depuis qu'il fut aveugle, fit ce beau poôme, où il chercha la lumière de l'àme ^yant perdu celle du corps. C'étoit un démon d'homme à qui personne ne ressemble.
Je tiens à présent sous ma main le manuscrit de la Chambre des poisons [i) ; on peut bien Toppeler précieux, et
(1) Harais avoit aononcé dans sa leUre du 31 mai , ceUe trouvaille en ces termes : « J'appris hier d*uoe dame que son père, qui éloit de la Chambre des • Poisons, écrivoit, en deux vers latins, ce qui se passoit à chaque séance* Elle a T, IV. 8
S4 œRRESPONDANCK INÉDITE.
je powrai bien faire <{^elque ioQâélité pour Favoir; voici ce que c'est* C'est un vrai poame^ fait en vers hexamètres et pentamètres latins, dont la latinité est bonne^ forte et énergique;, d'un c6té sont les ve^s, de l'autre côté et visà-vis ^tun? prose française qui les explique; il y a des chiffres qui renvoyent à une table pour expliquer les noois; mais malheureusement cette table ne se trouve plus et a été supprimée. Ce qtti<x>nsble un peu, c'est qu'il y aà la fin une liste, par ordre de dates, desarrèls rendus dans lachambre^ où les noms se trouvent, mais il est difficile de les appliquer au poôme, qui ne dit que les faits généraux^ et où, après un bel éloge du Roi et le caractère de. tons Içs juges^ le magistrat qui en étoit, fait une description étonnante de tous les crimes qui ont été punis et découverts, sans entrer dans le détail des personnes qui étoient renvoyées à cette table. Voici quelques articles de la liste des arrêts :
Par arrêt du 15 avril 1680.
Marguerite Gallard, veuve de H.LeFéron, président en la 3* chambre des enquêtes^ a été bannie pour neuf ans de la prévôté et vicomte de Paris et condamnée à 1,500 liv. d'amende pour avoir voulu empoisonner son mari.
Par arrêt du i kmài 1680.
François-Henri de Montmorency, duc de Luxembourg, pair et mio^échal de France, a été déchargé des accu-
«I ces TeiHy elle me les doit montrer, et Je regarde cela comme nne cho^ très- « rare; le<li«tiqiie est pourtlml un peu bref. » Beiiliier, altédié, répoodit : « Un n journal de la Cliainbre des Poisons en dislû|ues latins me parolt iine ciiose • de<( plus singulières. Un de mes amis en avuit fait autant Sur les postures de « TArélin.Mais cela est'moinft eNtraonlinaire. Jaimerois mieux que TOtrejour^ « nali^te eût fait la relation en prose. Mais telle qu'elle est, je vous coui^eille « de ne pas écliap|)er ce précieux manuscrit, et tous me manderei ne que « Yousen pensei. • Marais donne, p. 340 du manuscrit, t. Vil, des extraits des vers latins de ce poème curieux, dont nous nous réservons de faire ailleors l'analyse.
LETTEE XIP. 8S
sations d'impiété^ maléfices, et poison intentées contre lui.
Par arrêt du 19 février lil9.
Catherine Deshayes> veuve d'Antoine Mau voisin, décédé depuis qu'elle a été arrêtée, noonmée vulgairement La Voiiin^ artiste de poisons, impiétés, maléfices prétendus magiques, condamnée àla question, à l'amende honorable et au feu vive.
Lettre Xn\
AParif,le4«*JiiiUetl7as.
Depuis ma dernière lettre, Monsieur^ j'ai fait ce que vous m'avez conseillé. J'ai copié moi-même le poème latin, qui contient près de 900 vers; et la liste des arrêts, je n'ai pu me confier à personne ; reste la traduction françoise, qui est paraphrasée et qui peut donner quelque lumière sur des faits obscurs; mais l'ennui m'a pris et peut-être je m'y remettrai. Je vous enverrai ma copie et vous verrez ce petit trésor que l'on ne croit pas que j'aie; je ne puis avoir rien de secret pour vous.
Vous avez su l'affaire de M. de Sainte-H. et comme il a été pris sur un fait socratique au milieu du Luxembourg; il a ordre de sortir de Paris pour six mois. Gela ne gâtera point l'attaire de sa femme, qui n'avoit pas besoin de ce fait, dont l'enquête ne dira rien, mais qui est tout notoire à Paris et aux juges.
Il y a un interlocutoire dans l'affaire de M"* de Courchamp; il est ordonné qu'avant faire droit, elle se retirera dans un couvent pendant un an, où son mari pourra la visiter, et où il lui payera 3,000 livres pour l'année et encore 3,000 livres pour le passé. Ce jugement a eu beaucoup d'approbation , je ne crois pas qu'il y ait appel de part ni d'autre. M"** de Marchainviile , fille
36 CORRESPONDÀPîCR llHÉDlTE.
de H. de l'Aigle^ qui a été déboutée de sa séparation à Chartres, où on avoil fait des Mémoires très-badins contre elle, vient d'obtenir une provision de 1,500 livres, à condition qu'elle entrera danâ un couvent et qu'elle soi*tira de la communauté de Saint-Rocb, où elle est. Le Parlement veut à toute force des couvents; mais Ubi prinus , comme dit Panurge. H. de l'Aigle est retourné dans son pays du Maine , veuf et non marié, sa fiancée Ta trompé et a épousé M. le comte de Créqui. Le marquis pèse Tair à présent.
J'ai lu dans Bayle ce qu'il rapporte de Saumaise contre Milton sur ses goûts d'Italie : mais où Saumaise avoit*il pris cela? Je crains bien que ce ne soit une injure prise dans un fonds contametieux et fondée sur le voyage dltalie seul, ce qui n'est qu'un mauvais mot.
Le marquis de Richelieu veut se marier à la présidente de Liste pour faire cesser un ancien scandale, qui n'a pas pu finir plus tôt, parce que la marquise de Richelieu ne fait que de mourir. M. d'Agénois est accouru pour s'opposer et a dit ses raisons à M. le cardinal, qui les a trouvées mauvaises, sur quoi H. d'Agénois ne fit pas difficulté d'avouer que lui-même avoit couché avec la présidente, ce qui rendoit le mariage impossible. S. E. fut très-scandalisée de cet aveu et lui dit qu'il n'entroit point dans de pareilles contestations qu'il auroit dû lui taire , et le renvoya très-honteux.
Je n'ai point vu les Mémoires de Mademoiselle , il y a quelques années que j'en vis le manuscrit, qui m'ennuya comme vous. Je crois que j'en demeurerai là (1).
On est au Cbàtelet sur le procès du prêtre qui a fait
(I) Bouiiier écrit le 14 jiiillel : « J'ai eu plus de confiance sur les Mémoires H de Mademoiselle, y M yuuIu voir Tendroil de M. de Lauiun et je i*ai trouvé, a 11 mérile d'être lu par la singuUrité et la manière grande et noble dont cet » homme conduisit cette aiîaire, et Taveu que Mademoiselle Tait des avances M qu*elle lui fil. Cela est conté d^un air naturel et intéressant, quoique sans « élégance, u
LETTRE XU«. S7
sédition dans Saint-André. Ce fanatique a cherché à se sauver des mains du juge ordinaire, mais M. le Cardinal a dit que c^étoit un cas privilégié , et vous voyez bien qu'on respecte les libertés.
J'ai fait relier les Lettres de Bayle de la nouvelle édition. M. Desmaizeaux a mieux qu'il ne lui appartient, ses notes sont en vrai style dénotes, courtes, instructives, et j'ai été bien étonné d'y trouver une Relation de la mort de M. Laine qui est fort curieuse et qu'il faut que j'aie écrite à quelqu'un en ce temps-là : ce morceau seul doit faire acheter le livre (l), il est parlé de la Relation de Bornéo de M. deFontenelle, et ce qui est plaisant, c'est qu'un Italien (AurelioDeliianzi , auteur du Genio vagante) l'a traduite en italien sans s'être aperçu de l'allégorie , et l'a fait approuver par un inquisiteur du Saint-Office. La bévue n'est-elle pas des plus singulières?
M. Brossette est toujours ici ; son Régnier est achevé, il doit vous en envoyer un exemplaire. On a fait en Angleterre une nouvelle édition latine de M. delhou, et quelqu'un a fait des Lettres sur celte édition dont on parle assez. J'aimerois bien une bonne traduction françoise , mais il n'y a pays au monde où elle puisse être imprimée.
(1) Marais donne de curieux détails sur ce Laine, dans saleUre du 14 juillet. <c Avez TOUS pris garde à Téloge de cet homme qui est dans le Parnasse » françoisàe M. Titon da Tillet ? Il y a inséré diverses pièces de lui ; il avoit été « à Constantinople, et vouloitqu^on crût qu'il avoit eu des aventures galantes « au sérail. Il en avoit même fait une relation dont je n^ai pu attraper que « ces quatre vers qui vous feront sans doute regretter ce reste comme à moi :
Poursuivant en chrétien cette sainte entreprise D'un seul coup Je vengeai Rome, Malte et Venise. Mahomet en pâlit et vit en frémissant Doubler sur son sérail les cornes du croissant.
u Peat-on rien voir de plus plaisamment et de plus follement imaginé .^ Je « crois que c'est au retour de ce voyage qu'il resta ici caché pendant deux ou » trois ans, il y a environ quarante ans, sous le nom de Montauban . m La relation de la mort de Laine dont parle Marais se trouve dans les Lettres à M'^* de Merignac. Voyez notre tome 1**".
8S CORRESPONDANCE INEDITE.
Il faudra ces vacances lire M. Lenet et peut-être les Mémoires de Mademoiselle. Ce M. Lenet n'étoit donc fils ni petit-fils de président : voilà des gens bien instruits. L'abbé Leclerc va bien mettre cela dans son registre.
J'apprends dans les Noies de Desmaizeaux sur les Lettres de Bayle que M.^Leduchat va nous donner un commentaire sur Rabelais fort augmenté : tant mieux.
On va juger le procès de M. le comte d'Évreux sur le retrait de Monsieur de Luxembourg; il vient de m'en voyer deux de ses Mémoires; les conclusions sont pour lui; je crois sa cause bonne quoique obscure.
Lettre XlIV.
A Paris, ce «3 juillet I72ÎJ.
La comtesse d'Évreux est morte; elle a fait un testament où elle donne 200,000 livres à sa nièce, M"' du Chàtel, et de grosses pensions à ses gens. M. Crozat n'a pu mieux se venger du comte d'Évreux son gendre , qu'en voulant faire apposer un scellé chez lui ; mais il n'en a pu venir à bout, au moyen de la séparation et d'une transaction qui porte quittance de la dot. Sur quoi, M. le lieutenant civil a renvoyé à l'audience , toutes choses demeurant en état. Voilà un nouveau procès pour le comte d'Évreux, qui doit savoir le chemin du Palais; le procès qu'il a contre M. de Luxembourg sur le retrait de Tancar ville va être jugé : et après cela viendra celui de sa femme. Les conclusions de M. le procureur général sont pour lui dans l'affaire de Tancarville , et cela divise le parquet, car, à l'audience, MM. les gens du Roi étoient contre lui. Nous verrons, dans le procès de la femme , ce que deviendra une dot i-estituée en papier (1).
(1>« Le Testament de M""' d*Évfeux, répond Bouliier, le 26 juillet, détroit ensemble les bruits qui avaient couru de quelques» enfants qu'on disoit quVlIe a?oit faits incognito. »
LETTRE Xin-; • S9
M. le P. Lambert^ prévôt des marchands^ est mort peu regretté^ à cause 'de tout ce qu'il a fait sûr là capitatidn. Le président Turgot est à sa place. 'On dit que M. Chauvetin, intendant de Picardie, la demandbit, ou où la demandoit pour lui; mais on ne peut pas tout' avoir. H. Turgot est neveu de M. le contrôleur général; c^est une famille de Normandie qui à bien plaidé et dont les arrêts sont rapportés par le dernier livre dé M.Trbland. Il y avoit une belle SP* Turgot, qui est morte il y a quelques années^ et dont le mari a été intendant^ puis rappelé au service des requêtes de l'bôtel; eomme on vient de faire à M. d'Evry qui quitte Moulins, pour montrer, disent les méchants^ à jouer au piquet au Roi.
Rome vient de nous envoyer une belle besogne, c'est une légende du pape Grégoire VII pour mettre dans le Brioiaire romain. Cela est en deux leçons, où le pape est loué d'avoir excommunié l'empereur Henri IV, de l'avoir privé de ses Éiats, et d'avoir délié ses sujets de leur serment de fidélité, l'en écrits à , H. Fleuttelot, qui vous dira le passage (1) . La page ou carton a été imprimée ebez Goignard et est très-rare à préseAt, il ne valoit qu'un sol d'abord. Bayle a fait un bon article de Gré" goire Vil et en a bien jugé. Vous voyez bien. Monsieur, que nous n'avons ici besoin de nos libertés; mais ^n dit qu'on en restera à l'ordre verbal de la suppression.
La Gazelle de Hollande dit que le poëme de Milton est mal traduit et qu'on en fait une autre traduction à La Haye qui sera plus fidèle. Je n'apprendrai pas Tangtois pour en juger, mais nous Irompera-t-on tcfujoursî'Vol* taire est ici, qui est un autre trompeur, et qui ne nods dira pas vrai (2).
(I) Voici ce pa««agegro8 de lempéteft : « ffenricum IV in omnia seele- « rtim gênera prolapaum, regnoprivavUet sutditos fttranienti MeabioU '« 9l(. Tu autem Domine, ete*»., »
W " J'attends le poème ^11*011 mVnfojre, dit-on, d^mé 2*éditîeii refoe par
40 CORRKSPONDAISCE INÉDITE.
. Je suis puni d'avoir écrit contre une femme qui étoit accusée d'avoir obsédé son amant et d'en avoir tiré plusieurs actes; j'ai perdu la cause^ et cela m'apprend à n'écrire point contre les femmes. Vous aurez pourtant mon JHemotre, qui servira de Relation de ma défaite.
On débite des Extraits de l'Histoire ecclésiastique de M. Fleury touchant Varianisme, pour servir à l'histoire des temps présents^ avec une longue Préface où il est parlé du savetier Nuclet et d'un cordonnier des temps passés qui étoit théologien, et dont M. Bossuet parle dans ses Varia-' lions. (M. Fleury y t. III, in-ii^^j
Lettre XIV'.
APaii8,ce «rjnUlet 1729.
Je vous ai envoyé^ Monsieur, par le dernier ordinaire, une belle botte de couplets qu'on attribue à l'abbé de Grécourt, qui n'y a jamais pensé; mais le Bénitier a fait souvenir de Philotanus et des pss que l'eau bénite faisoit sur la chair brûlante du diable, et on le veut prendre pour le Saumaise moderne.
Le courrier Bannières, si attendu, est arrivé et on n'a rien dit de ce qu'il a apporté de nouveau. Ce qui n'est pas un bon signe , à ce que disent les politiques , il y a eu une grande assemblée où beaucoup de gens ont été appelés, et j'y ai entendu dire que M. de Moras y étoit.
Barème, qui disoit que la succession de le Blanc lui devoit des sommes immenses, a perdu son procès contre elle au bureau de M. de Machault, et il y a cent mille écus de moins qu*il ne croyoit. Fâché de cette soustraction sur son calcul arithmétique, il a fait courir un Mémoire
a railleur de \g traduclioo avec quelques Anglois. On dit jqne M. son frère, « conseiller au Parlement, nous en prépare une du Dante. Ainsi nous allons* f avoir la tête bien remplie d'enfer, de diables, etc. » (Bouhier.)
anecdote snv la cabale du bureau de M. dé Machault^ dont l'effet a été de le faire enfermer à la tour de Montgbmmery ^ et il ne plut à personne. Il valoit bien mieux ne faire que des tarifs que d^avoir voulu devenir financier et orateur; cela retient aussi le pauvre Bouret à la Conciergerie.
Le Parlementa donné un arrêt, le 20 de ce mois, contre la feuille du Bréviaire romain^ sur les conclusions de M. Gilbert, qui a très bien parlé, et qui a bien fait entendre Pexcès où l'on s^est porté de vouloir célébrer dans un office ecclésiastique et de mettre dans la bouche des ministres de la religion ce qui tendra à ébranler les prin* cipes inviolables et sacrés de rattachement des sujets au souverain. « Est-ce donc là, dit-il, le chef-d'œuvre de son zèle? etc. y> L^arrèt fait un règlement pour les missels, rituels et bréviaires , et le public a été bien content de cette remontrance. Il y en a eu une autre sur les curés d'Orléans, qui ont appelé comme d'abus du mandement de leur évèque. H. le procureur général y a conclu; mais le ministre a fait savoir qu'il y avoit un arrêt d'évocation au Conseil, et sur le rapport que M. l'abbé Pucelle a fait aujourd'hui, on a mis la décision à demain, où l'évocation ayant le temps de paroltre, le Parlement aura les main^ liées ; cette nouvelle est toute fraîche.
Le procès de H. le comte d'Évreux n'est pas encore jugé ; c'est pour cette semaine sans faute, et M. Crozat lui en prépare un autre sur la restitution de la dot de sa femme, dont on a trouvé des protestations jointes à des lettres du mari, et qui prouvent que la séparation a été forcée et la quittance aussi. 11 est bien triste de mourir à trente-trois ans, d'avoir mené une vie si malheureuse, de laisser des procès dans sa famille et d'être cependant né si riche. Voilà le fruit de l'ambition et de la mésalliance.
Le poÇte Roy a trouvé à se marier ici avec une fille d'un marchand : ses vers durs et obscurs sont trop bien
49 CORRESPONDAISGE INÉDITE.
payés. Thévenart se marie à une fort jolie fiUe^ tout ^ étoit accordé, mais les curés opposent rexcommumcation des comédiens; le galant se dit àcadimicim de VAcadéme royale de musique : l'Église ne connolt point cette académie, et voilà le mariage relardé. Le curé de Saint-Sulpice a prié M. Tarcbevèque de vouloir ôter les Comédiens françois de sa paroisse. Le prélat a dit qu'ils étoient comédiens du Roi et que leur maison étoit à eux. Le curé, qui se connolt en bâtiments (et grand édificateur), a répondu qu'il connoissott un terrain sur la paroisse dé Saint-Aiidré, plus spacieux, et dont il seroit facile de faire l'échange. ^ « Faites mieux, lui dit le prélat provençal, permutez votre cure de Saint-Sulpice avec celle de Sainl^ André, et vous n'aurez plus les comédiens sur votre paroisse. i» Le curé n'a point voulu entendre à cette permutation et à ce troc, et ce bon mot a fait plaisir à tout le monde. Cependant les bulles de Rome ne viennent point, et la dalerie ne se paye point aVec de bons mots.
Lettre XP.
A Paris, ce 20 juillet 1790.
Vous ne vous attendez pas assurément. Monsieur, à la curiosité que je vous envoie, et qui est toute des plus rares et des plus nouvelles; je l'attrapai hier dans un coin et aus6it6l je vous la destinai : c'est une critique plus que burlesque d'une partie du poëme de Milton , et je crois que l'auteur, qui a de la hardiesse et du feu, n'en demeurera pas là. Je vous assure que vous en rirez bien; mais il ne faut pas lire tout seul, et notre ami M. Fleutelot doit être de la partie. Ce diable d'homme qui a fait cela, a bien senti que Milton a mis du sacré et du profane et qu'il a fait de certaines comparaisons qui méritoient d'être critiquées; il est plaisant et singulier d'en avoir fait des chansons si fortes et si bien ri-
LETTRE XV*. 4t
mées^ mais on ne lui avoit pas dit d'y mettre^ par-ci parlà^ des impiétés qu'il hasarde très-ingénument. Où est Hilton? Ne croyez- vous pas que c'est Tombre de Saumaise qui est venue pour se venger de lui et qui s'est glissée dans le corps du poète, qu'il n'est pas mal aisé de deviner? La poste va partir, je vous embrasse de tout mon cœur, et je ris avec vous d'avance. Le portrait des diables n'est-il pas bien original (1)? Vah et iterutn vale.
Je vous ai écrit cela moi-même afin que vous l'ayez vite, et pour vous marquer. Monsieur, combien je vous aime.
GBITIQUB DU PABADIS PEBDU.
Sur l'air : Qu^on ne me park pha de guerre.
Je chante la pomme funeste
Qu*Ève mangea.
Et qui de la table céleste
Nous délogea.
Jusqu'à ce que le meilleur homme
Qui fut jamais.
De 80D sang payant cette pomme ,
Fit notre paix.
Vous en qui Virgile et Moïse
Mireut leur foi.
Dieux de la Fable et de TÉglise
Inspirez-moi.
Comme Ossa jadis eut sa place
Sur Pélioo, Oreb etSinaîj'eotasse
Sur reélicoD.
(f ) Boohier, le )6 juillet, remercie Marais de son eovoi en ces ternies. « Je « f oiiK dois aussi bien des remerctmenis fUNir la plaisanle chanson sur le Pa* « radié Perdu,., Elle est des plu< gaillardes et je la soupçonnerois ? olontiers « de Voltaire, s'il ne in*af oit |»as pani grand partisan de ce poémi*, que la « chanson vent tourneren ridicule; je la donne donc h Roy, son confrère, qui « est à peu près de même caractère ; s*il pousse la chanson plus loin je ? oiis « en demande la continuation. L'ami Fleulelot en a été régalé et Ta trouvée « très-jolie. »
44 CORRëSPOJHDANCE INÉDITE.
SerpçDt maudit, je te demande
Par quels appas Tu conquis la belle friande
Que tu trompas ?
Dedans sa clôture charmante
Qui m'edt tant plu , Comment, par où, par quelle fente
Te glissas- tu?
L'orgueil l'acquit cette victoire ;
Ce même orgueil Qui fut de ta première gloire
Le triste écueil.
Quand de Michel Tardente brette
Dans un grand trou Te jetas cul par-dessus tête
Je ne sais où.
Mais l'esprit divin qui m'éclaire
Me le fait voir.
Quel abominable repaire !
L'affreux manoir!
Ce n'est qu'une mer enflammée, .
• Le soufre y pleut, Le feu, la cendre, la fumée.
Sauve qui peut!
De sa chute en celte fournaise
L'Ange plumé Huit jours à cul nud sur la braise
Resta pâmé.
Au bout d*un si long temps, du gouffre
11 s'exhala Un large camouflet de soufre
Qui l'éveilla.
Toute la milice écrasée
De l'accident Couvrit la surface embrasée
Du lac ardent.
Hélas ! ce n*étoient plus des anges,
Tels que ceux-là Que dans Sodome de louanges
On accabla.
lETTRE XV*. 45
Ils ont la chair d*ub r6t qui brdle,
Le front cornu.
Le nez fait comme une virgule, -
Le j)ied crochu, Le fuseau dont filoit Hercule
Noirettortu, Et pour comble de ridicule
La queue au cul.
Le beau sabbat, quand la brigade
Se reconnut !
Satan dit à son camarade :
Cher Beizébuth, Que de hurlements pitoyables !
Par la mort-bleu!
Nous voilà faits comme des diables,
Malheur à Dieu !
Comme on voit la balle de paume
Lancée en bas; Qui de revenir à son homme
Ne tarde pas.
Dignes du nom d*anges rebelles
De ces bas lieux Revolons vite à tire-d'aile
Vers les cieux.
A ces mots, il se prit à rire
Du bout des dents; Mais Beizébuth lui répond : Sire,
Cherchez vos gens.
Il grêle un tant soit peu trop roide.
Foin du projet!
Le chat échaudé craint Teau froide.
Votre valet.
Satan, reprit notre adversaire,
N*est qu'un benêt, Contre lui pouvoit-il pis faire *
Que ce qu'il fait?
Dis*moi, de quoi te peux-tu plaindre,
Pauvre innocent?
11 nous a rendu plus à craindre
Qu'auparavant.
œRRESP0ND4NCE mÉDITE.
Cette peau couverte d*écaillei
Sera pour nous Une forte jaque de mailles
Contre les coups, Voilà DOS armes défensives;
Et puis voici Pour nos armures offensives^
Ces grif!es*ci.
Le diable dit ces mots Infâmes
La tête en haut Et le corps à plat sur les flammes
Comme un crapaud.
L'on m'a dit comme une baleine.
On s'abusoit, Puisque ma bourse n'est pas pldne.
Bien qu'il y soit.
Tels que des millions d'écrevisses
Dans un chaudron, Ou que des millions de saucisses
Sur le charbon, Tel il vit dans le vaste abtme
De cent façons Rôtir et bouillir de son crime
Les compagnons.
Hors du lacy d'où pas un ne bouge ,
Il s'élança Sur le rivage de fer rouge ;
Il se haussa Et fit à la gent scélérate
Quelques discours; Mais comme il se grilloit la patte
Il les Gt courts.
Sus, Sus! cria-t il de la rive.
Réveillez- vous.
Que celui qui m'aime me suive,
Rassemblons-Dous.
Puisse le premier qui s'avise
De dire : Non, Servir aux portes d'une église
De goupillon.
Ces derniers mots font sur leur tête
Dresser les crins ; Le fer, la foudre^ la tempête
Serôieot moins craints ; Les anges, pour Jeter Talarme
Dans le quartier, N'auraient dû prendre pour toute arme
Qu'un bénitier. .
Le soleil venant à parottre,
Si dçs rayons Percent par un trou de fenêtre
Dans nos maisons Il seonble que la poudre y passe,
Nous en voyons Voler dans ce brillant espace
Des toorbillops. -
Pareille en nonibre à ces atomes
Près de Satan, La noire troupe de fimtdmes
Vole à l'instant.
Les noms de ces anges s^nistre^
Si beau jadis, Ont été biffés des registres
Du Paradis.
LeUre XR.
A. Paris, cfi 9 août ITSS.
Ce n'est, Monsieur^ ni Arouet^ ni Roy, mais Tabbé de Grécourt ou Tombre de Saumaise, qui ont fait les couplets. On ne dit pas qu'il y en ait d'autres. La deuxième édition du pbëmedeMilton viendra de Hollande, et non d'ici. Si nous avons Dante, il faudra faire grande provision d'eaubénite.
Le président Lambert étoît très-dur sur la capitation et* 1- augmentation pour de petites gens qui ont crié, et lé jdtir de sa mort, il a fallu empêcher par des commissaii'es le peuple de faire des feux,
Le procès de M. le comte d'Évreux et du duc de
Luxembourg est accommodé. Ilà ont donné leur blancseing à M. le premier président et à quatre de Messieurs qui ont réglé à 220,000 fr. que l'on diminue sur le prix de Tancarville. Le procès éloit tout rapporté et il étoit difficile de prendre parti sans s'engager à une cassation ou à des divisions éternelles. *'. de Luxembourg vient toujours à son but de payer la terre moins que H. son père ne Ta achetée.
M°* de Mérode a gagné son procès, et M. de Mancini aussi contre M. le duc de Nevers.
La légende de saint Hildebrand est bien fessée^ et je ne crois pas qu on mette rarrètdansl6^rét?tatre(l). Le Pape fait encore autre chose, il veut faire canoniser Marie d'Agreda; malgré les censures qui ont été faites de son livre et en Italie et en France, il a déclaré le livre bon et permis à tout le monde dé Favoir. Je vous invite à relire l'article de cette sainte' dans le Dictionnaire de Bayle, c'est un des plus gaillards, et je ne l'avois jamais si bien remarqué. C'étoit là un plaisant homme et une imagination bien vive; le petit morceau de vision espagnole qu'il renvoyé À nos neveux est bien original, et il a été bien hardi, à la fin de son article, sur son terme carrer la figure*
Il y a deux avocats nommés pour travailler sur les J!fémoires des Parlements (2) : MM. Perrinelle et Matthieu, avec 2,000 francs de 'pension qui ne finiront pas si tôt.
Sauriez-vous quelque chose sur les premiers commis
(1) Bouhier répond le 2 août : « Tout le monde approuve ici l^arrêl du h Parlement sur ta feuille du Bréviaire romain et les couclu<>ious de M. Gil- H bert. On dit que TEuipereur et le duc de Savoie ont été bien plus loin, « ayant fait brûler la feuille par la main du bourreau comme une belle petite « horloge de bois. Il me semble que la Papimanie baisse un peu de crédit dans X Tespritdcs peuples. >*
(2) Le chancelier d'Ague^seau eut une grande idée, celle de ramener à l'u* nitésur les matières principales, testaments, donations, la variété inextricable des jurisprudences et des coutumes. CWt de ce travail émané des parlements consultés, que les deux laborieux et obscurs avocats avoient été constitués réviseurs.
LETTRE XVIP. 49
des secrétaires d'État, ils voudroient avoir droit de cornmilimus, et je suis chargé entre nous de ce mémoire.
Lettre XYIV.
A Paris, ce 7 d'août I7i».
Une nouvelle d*hier, Monsieur^ c'est que M*"* la marquise de Huy est nommée gouvernante de Tenfant qui va venir, et si c'est un dauphin, imaginez- vous quelle joie pour elle et quel déplaisir pour les autres sous-gouvernantes; il faut avouer que S. E. sert bien ses amis.
J'ajouterai votre arrêt sur
la prévention du Pape aux arrêts de Louet et Brodeaux, le Pape doit être assez content des parlements sur ce point. Notre archevêque n'a pas encore ses bulles, il y a quelque brouillerie à Rome. Le Pape ne nous aime pas trop. Son Grégoire VII et sa Marie d'Agreda lui tiennent au cœur.
Rien n'est mieux que ce que vous dites du curé de Saint-Sulpice. Une dame de mes amies disoit f k II ne veut pas qu'il y ait un plus grand comédien que lui dans sa paroisse. »
Le sieur Beauchamp vient de publier un petit roman à'kmène et IsméniaSf et a mis son nom et sa qualité de secrétaire d'un maréchal dans le privilège qui est pour imprimer tous les ouvrages de sa façon. Voilà un beau privilège (1).
(1) Le 15 août, Bouhier répond : « Le roman d'Ismèné, et^., de Beauchamp, « est apparemment une traduction nouvelle du roman grec de ce nom. Je tt doute quMl se vende aussi cher que son Apprius, qui a coûté à de certains « sots jusqu'à deu^ ou trob pistoles ; il a encore coûté plus cher à son im- <t primeur de Lyon, qui en a été condamné à un bannissement hors du royaume « et à de grosses amendes, à ce qu^on m*a écrit. »
Uttre XVUr.
A Paris,'ce 13 août I729«
Voilà debellesnouvelles, Monsieur ; lesjésuitesontperdu le procès des tableaux qui étoit aux Requêtes de l'Hôtel, et il y a eu de beaux battements des mains, qui les ont suivis jusque dans les rues. On a agité la question de savoir s'ils étoient capables de recevoir des legs. Les gens du Roi ont conclu à ce que, dans quinzaine, ils rapporteroient les lettres patentes pour cette capacité , mais la sentence les a condamnés à rendre tous les tableaux qu'ils avoient emportés avec dépens. On a jugé que l'écrit n'étoit ni donation ni testament. M. Aubry a bien parlé du Taies quales, et a fini par dire que cet écrit étoit Talis qualis, ce qui fait une application assez heureuse. Tout Paris ne parle que de ce procès perdu. Il y a un plaidoyer imprimé contre eux que je n'ai vu, mais je doute qu'il aille aussi loin que celui des Pasquiers, des Versoris et de M . Duménil qui sont de Tannée 1564. La cause a été jugée sur Tinvalidité de l'esprit, et cela n'empêche pas que Ton parle de l'incapacité à Tavenir. Dans l'affaire d'Aubercourt, M. Issali fit un beau mémoire pour corriger toutes les erreurs des arrêtistes; il est dans le recueil des factums de Lyon et ôte bien la foi aux compilateurs d'arrêts.
On assure que Tédit de Saint-Maur sera entièrement ré* voqué. Il y a assez longtemps qu'il fait plaider le monde ; mais au moins il aura produit un bon effet, puisqu'il nous a donné votre livre qui est si excellent. Je le donnai hier à M. Neyret, qui est un de nos bons juges des Requêtes du Palais.
J'ai trouvé dans V Histoire de Fauvelet du Toc de belles patentes pour les secrétaires d'État, et dans les Offices de Girard, tome V% page 287, une belle exécution d'arrêt en 1540, et où vous trouverez un nom qui est bien grand aujourd'hui.
Lettre XIX\
A Paris, ce 17 août 1729.
On m'apporta hier de votre part et avec secret. Monsieur, les trois volumes de Lettres de M. Pellisson, dont je vous fais un très-humble remerclment (1) . Je ne puis que louer votre générosité d'avoir bien voulu donner au public un si rare présent. J'en ai aussitôt lu quelques-unes qui m'ont enchanté par leur simplicité^ leur exactitude, et une je ne sais quelle grâce qui ne le quitte point dans les moindres détails. C'est toujours M. Pellisson partout, et je suis bien aise de le retrouver parce qu'il m'a plu de tout temps. Voilà tous les gens de guerre et les gens de la Cour qui vont être bien contents de lire ce Journal, où on va trouver les campagnes du Roi, ses voyages et tous les incidents qui arrivent dans ces occasions. Il ne nous manque plus que les Lettres de Jl"' de Scudéry pour rendre le présent parfait. Je vous dirai entre nous que l'extrait de l'abbé d'Olivet m'a paru un peu trop sec, et surtout le chapitre de la mort; quand il auroit rapporté, comme historien de l'Académie, ce que dit H. l'archevêque de Cambray, son successeur, dans sa harangue à cette occasion, cela n'auroit rien gâté, et c'étoit un témoignage pris dans l'Académie même. Quoi qu'il en soit, ce que je tiens de vous, Monsieur, et de lui par vous, ne doit point être
(1) Bouhier ayait écrit : t Vous aurez c«8 jours-d un livre nouTeau tiré de •^ ma bibliotiièque ; ce sont des Lettres de M. Pellisson, écrites dans le cours « des campagnes où il siiivoit le feu Roi tant à M"* de Scudéry qu'à quelques « autres; je l'avois fait copier sur les minutes que l'auteur avoit gardées. Il « y a beaucx>iip de choses curieuses. L'abbé d'OliTet, qui les avoit vues chez « moi, a tant fait qu'il m'a fait consentir à les rendre publiques. Je lui ai n mandé de vons en remettre un exemplaire de ma part... Si on osoit im< « primer de même mon Journal d* Henri /K, j'y consenlirois encore à cause « de vous. Mais il y a des choses trop hardies et quelques-unes même de « gaillardes. »
repris, et je n'ai que des remerclmenls à vous faire de votre gracieux souvenir.
Dès que notre Palais me donnera un peu de relâche, je vous ferai un paquet où vous trouverez le poôme dont je vous ai parlé et quelque^ autres pièces qui vous amuseront. Je ne puis trop faire pour vous marquer ma tendre reconnaissance.
On ne parle ici que de M. de Bonneval, qui ne sachant plus que faire,s'est failTurc. On leditbacha de la mer, et on demande si ayant à présent tant de femmes, la sienne ne peut pas demander un autre mari (1).
L'affaire de M"*^ de Chevilly avec messieurs ses frères est finie, la transaction signée, et je suis très-content d'avoir vu traiter cette paix.
Lettre XX'
A PaHs, ce 30 août «729.
J'ai mis, Monsieur, un paquet à votre adresse chez votre correspondant ordinaire, où vous trouverez le poème latin dont je vous ai parlé (2), un factum de moi dans l'affaire de Maslin avec l'arrêt au bas, où vous verrez que ma défaite est bien moins grande, que l'on a conservé l'exception civile du fait d'adultère, et que l'on a débouté le mari de ses demandes en séparation. J'ai gagné plus des deux
(1) Madame de Bonne val s'en garda bien et honora ce veuvage, que Tinconslance d'un aventureux mari lui faisait de son vivant, par une tendre fidélité Lien rare de son temps. (Voir Sainte-Beuve. Causeries du Lundi.)
(2) Buuliier répond, le 30 août : « Vous m'avez fait grand plaisir de m*en « nommer l'auteur (du poëme sur la Chambre ardente), je Pai connu, et tout «i vieux qu'il éloit, on voyoit bien quMI avoit eu du feu et de Tesprit. Vous
* u ferez bien de tAcher d'avoir la traduction du poëme. Peut-être vous donne- « ra-l-elle des lumières pour en faire la clef. J'ai grand regret de n'avoir « pas eu cet ouvrage du vivant d'im de mes grands-pères maternels qui avoit n été de la Chambre de justice; il m'auroit dévoilé toutes les énigmes de ces « vrrs. »
LErrRE XXV ss
tiers de la bataille, et il y a encore un champ ouvert pour gagner l'autre. Il y a ui\ exemplaire de ce factum pour notre ami H. Fleuttelot. Vous trouverez aussi un autre Mémoire dans une affaire de religieuse et la Lettre de H. Petitpied dont je vous ai parlé, où il est question de rusure et du figurisme. C'est un double que vous pouvez garder avec toutes les autres pièces, hors le poôme, qui m'a donné bien de la peine à copier, ce que j'ai fait exprès pour vous. Il faut que j'attrape cette traduction françoise qui est à côté. Il y a des chiffres en marge dont vous ne devez point vous embarrasser, parce qu'ils renvoyoienl à une table qui n'est plus, mais avec la liste j'ai déjà suppléé des faits que j'ai marqués aussi en marge, et vous en pourrez ajouter d'autres. Le poème vous parollra composé avec la facilité d'Ovide et peut-être avec sa superfluité. Entre nous, l'auteur est M. Turgot de Saint-Clair, mais c'est un secret que je ne dis qu'à vous et qui est bien placé. Dans l'éloge modeste qu'il fait de lui au nombre des commissaires, il n'est pas difficile de reconnoltre qu'il est le poète. Voilà une pièce rare et qui n'est plus unique.
Je vous ai remercié du présent des Lettres de M. Pellisson et garderai le secret. J'admire comment ces matières de guerre, de fortifications, de sièges, coulent de sa plume comme si c'étoit son métier, et cela me persuade que les grands esprits sont de tous métiers. Il y a de bonnes flatteries pour le Roi et il ne semble pas qu'il y touche. N'avez-vous point les réponses de M"* de Scudéry? cela interromproit le Journal y mais il en seroit plus orné. Puisque vous avez donné l'un, il faut bien accorder l'autre, il en est comme des faveurs (1) :
(1) « Vous avez pu Toir par nia dernière que je n*ai point les r^ponse.<« de 1 M'ic de Scudéry ; il faut que M. Pellisson noies eût point gardées i'^'* ^'^re* « ment sorr neveu qui étoit homme d*esprit, le^ auroit conservées, et ne me « 1rs auroit pascarliécs. »
Mainte fille a perdu ses gants, Et femme au partir s'est trouvée , Qui ne sait la plupart du télnps Comme la chose est arrivée.
Pendant que nous en sommes sur la séduction^ je ne vois aucune raison de refuser le Journal de Henri IV, et c'est à cause qu'il est hardi et gaillard que j'en ai plus d'envie. Je ne demande pas un privilège pour Timpression, mais une bonne édition de Genève qui ne sera point retranchée, ou une de Bruxelles, pour suivre le premier JournaU si toutefois Foppens n'est point un fripon. Cela ne peut point être plus hardi que ce que nous avons de l'ancien. On m'a envoyé d'Angleterre un projet de souscription pour une nouvelle édition de V Histoire de JU. de Ihou en latin ; il y a deux feuilles de V Histoire qui en indiquent la forme et l'exécution. Il y aura au bas les passages supprimés, les variantes des autres éditions, et les noms latinisés seront mis en françois. Le caractère est beau, il y a une feuille entière des souscripteurs anglois, où je trouve beaucoup d'avocats (1).
C'est un M. Bukley qui entreprend cette édition, et qui a eu de bonnes correspondances en France et ailleurs. Avec ce projet, on m'a aussi envoyé deux lettres de M. Bukley à M. Mead, docteur en médecine à Londres, où il y a des choses fort curieuses, et entre autres l'extrait de plusieurs lettres latines et françoises de M. deThou, qui sont encore manuscrites et que l'on mettra entières dans le septième et dernier volume avec plusieurs autres pièces appartenant
(I) « Je 6ui8 bien aise qu'on réiiupriine en Angleterre Vtiiséoire de M. de « Tbou non tronquée... Ce livre auroit eu besoin de notes en plusieurs en- « droits, mais elles demanderoient un homme consonmié dans notre histoire. « Pendant la dernière régence. Coutelier imprima une fort belle lettre de ce o président au président Jeaunin, au sujet de ce que M. de Verdun lui avoit été « préféré pour la première présidence du parlement de Paris. Il doit y avoir (c un grand nombre d'autres lettres de ce magistral parmi les manuscrits que « M. Joly de Fleury avoit de M. le président de Meynard qui yenoient de « MM. du Puy. *
LtTTRE XXP. 66
à cette Histoire. Voilà une belle entreprise, il faut que vous ayez ces deux lettres à H; Blead, où il y a de la critique, non pas si bonne que celle de Bayle, mais qui n^est pas à mépriser; c'est le bonhomme Desmaizeaux qui fait envoyer cela par l'ambassadeur d'Angleterre. Je crois que Tabbé d'Olivet en a un exemplaire qu'il peut vous donner.
Je connojs M; Pope et son mérite, et un Artpoéliqued'xxn si grand poète doit être un ouvrage excellent.
Lettre XXP.
A Paris, ce 28 août 4729.
Védit de Sainl^Maur est révoqué, Monsieur, et sans doute vous avez à présent cet édit de révocation pour le registrer< Depuis 160 ans qu'il dure il a fait assez de mal, vous y avez mis la main autant que vous avez pu , vous avez déchargé la mémoire de M. le chancelier de l'Hôpital de l'introduction de cette loi barbare et hétéroclite^ et vous en avez montré tout le danger. Enfin H. le Chancelier, dont le dessein est de tout réduire à l'uniformité s'il peut, et peut-être au droit écrit s'il osoit l'entreprendre, comme vous le verrez par l'édit dernier où il fait un si grand éloge de ce droit, est venu abolir cet ancien édit. Vous reconnoitrez bien qu'il est de sa façon et de son style noble et sublime, et vous n'omettrez pas de remarquer certainement que si la faveur a eu part au premier édit, elle a bien eu quelque petite part à ce second, où la Provence est si bien traitée et les engagements avec elle sont si publiquement reconnus. Quand la faveur ne fera que de ces coups-là, je l'embrasserai de tout mon cœur, et je me détermine à être courtisan. L'édit est donné à Versailles au mois d'août 1729, registre le 20 août ; il prévient et prévoit les contestations passées et à venir, et votre livre servira toujours pour les succès-
â6 œRRESPOlSDANGË IJNÉDITE.
sioDS ouvertes avant Fédit^ sans compter les questions incidentes de la substitution pupillaire et autres.
On a donné au public un arrêt du 15 février dernier, qui sert de règlement pour la coutume de Senlis, et cela s'étendra à plusieurs autres. Il juge que Tun des- conjoints^ soit qu'il ait des enfants ou non, ne peut donner aux enfants de l'autre conjoint, nés d'un précédent mariage, nonobstant la distinction portée par l'article 283 de la coutume de Paris, qui ne s'étend point aux coutumes, où la même distinction n'a pas été insérée. Vous savez que cet article 283 fut mis dans notre coutume par une intrigue assez semblable à celle de Tédit de Saint- Maur, et que cet article a fait autant de procès que l'édit. Hais il est dans une coutume, et il faudroit des États pour le révoquer. N'est-il pas étonnant que les lois publiques aient de pareilles taches? Je travaille dans une semblable question sur la coutume de Vitry, J'ai fait une tradition et une Chronologie des coutumes et des ar* rets , qui est un ouvrage critique, que je ferai imprimer le Parlement prochain, et j'aurai l'honneur de vous le présenter. On a mis, dans ce dernier arrêt, des motifs courts qui ont été dressés avec M. d'Aguesseau, avocat général, lequel avoit parlé dans cette affaire jugée à l'audience.
H. de Sainte-Maure a reçu ordre du ministère de se défaire de son régiment et d'aller recevoir la taxe au Trésor royal. L'oncle est allé à la Cour pour mettre le régiment sur la tête de l'autre frère, mais il n'a rien, et l'alné voudra être payé. Cela ne nuira point au procès de séparation : voilà l'affaire du Luxembourg bien au net.
On est toujours dans l'attente d'un dauphin, nos grands vicaires ont renouvelé les prières.
Les Nouvelles ecclésiastiques nous annoncent une dénonciation de Y Histoire de M. de l'abbé Fleury dans les Pays- Bas. Si on nous ôte cela, où irons-nous? Il y a un codicile de M. d'Apt aussi plaisant que son testament. Bonjour, Monsieur, de tout mon cœur.
LEITRE XXlir 57
H. le maréchal d'Estrées sera reçu duc et pair demain au Parlement.
Lettre XXIP.
A Paris, le 28 août «729.
Il y a une jeune et jolie dame qui se meurt. C'est M"* d'Argeni, fille de M. Bontemps. Elle craignoit fort le tonnerre, il est tombé à Bondy où elle étoit, chez M. Pinssonneau; tout lui a remonté, le dépôt s'est fait sur la poitrine, et malgré six saignées du pied que les Chirac et les Sidobre lui ont fait faire, on croit qu'elle va mourir; elle a reçu tous ses sacrements avec bien du courage, elle n'a que trente-deux ans (1). On a bien du regret à mourir à cetàge-là. Je connois un galant homme qui s'en déses* père; ce n'est pas son mari.
Tout le monde lit avec grand plaisir les Lettres de Pellisson , les gens de guerre encore plus que les autres. On y voit bien des gens loués; mais croyez-vous que les Girardin, lesLouvigny, de race huguenote, et les Parabère, avec le mot du duc de Veymar, soient bien contents?
On dit que H. deBonneval n'est pas Turc, mais qu'il est en Turquie; c'est un père Séraphin, capucin, qui a fait cette négociation-là. Le Grand-Seigneur a envoyé au devant de lui de beaux chevaux, des vestes, un turban, mais ce turban ne lui sert que de bonnet, et on croit qu'il porte des plans de quelques places des Vénitiens, desquels il n'a pas été content. Si cela est, il est pis que Turc, si pis y a, puisqu'il est traître à des gens qui lui ont donné retraite.
Vous devez bientôt recevoir ce que je vous ai envoyé
(1) « Il est IrUte de voir périr d'aussi jolie» femmes que M^c d'Argeni. « Al vobismalesH, malœ tenehrxy vobis quac omnia belUi devoratis. » (Bouliier, 3 août 1729).
par votre correspondant^ et vous aurez de quoi vous amuser. Vous me renverrez le poëmele plus tôt que vous pourrez ^ afin de faire écrire la prose à côté si elle me vient.
La nouvelle du cardinalat'de l'archevêque d'Embrun s'est répandue ici^ et on dit qu'il a fait mettre dans le Bréviaire romain la feuille du Siiint-Hildebrand. Cela seroit bien hardi, et je ne sais si le parlement de Grenoble le souffriroit. On dit que déjà M, de Montpellier crie ; voilà donc la mèche découverte; nos ennemis sont les ennemis de l'État, et la proposition 90 n'a pas été censurée sans raison. Le bruit est qu'il va écrire une longue lettre au Roi sur cela, et j'ai bien dit qu'il y auroit une guerre nouvelle.
Notre archevêque a affermé son bénéfice 150,000 fr. et son secrétariat 125,000 fr.; il ôte notre bibliothèque de l'archevêché, et nos rieurs disent qu'on lui a dédié le Cuisinier français a^ec des commentaires. Il doit avoir demain ses bulles. A Rome, ils ont voulu, avant de les donner, avoir des certificats des grands vicaires contre les rétractations et déclarations du cardinal de Noailles, fondés sur sa maladie et son imbécillité. On vient de me dire cette nouvelle, que je ne crois pas trop.
On m'a fait présent d'un manuscrit qui contient la dé^ feuse de H. François-Auguste de Thou, décapité en 16(^2. Cela est composé de treize ou quatorze parties bien écrites et où ou avoit reconnu le style de M. Dupuy. Je crois que c'est l'ouvrage dont parle le père Lelong, n** liii'355, sous le titre de Mémoires et InslructionSy et que je viens de voir annoncer dans le projet de souscription d'Angleterre comme devant être imprimé au 7* tome de M. de Thou. Il y a des choses curieuses, savantes pour le criminel, recherchées pour l'histoire et horriblement satiriques contre le cardinal de Richelieu. Avez-vous ce manuscrit ? Si vous ne l'avez pas, je n'ai rien, Monsieur, qui ne soit à vous plus qu'à moi, et vous pourrez en user comme vous il
LETTRE XXIIR 59
plaira. Je vous embrasse de tout mon cœur. — On attend un dauphin d'un moment à l'autre.
Vous avez bien lieu d'être coulent si votre livre fait supprimer l'édit de Saint-Maur : la brigue Tavoit fait naître et la science le fera mourir.
Lettre XXHP.
A Paris, ce 2 septembre 1729.
La souscription de Y Histoire de M. de Thou est de 9 guinées, et elle se reçoit jusqu'au mois de novembre par M. Alexander, banquier à l^aris, rue Sainte- Apolline. Je tâcherai de vous envoyer le prospectus avec les lettres à M. Héad; les années seront marquées en marge, mais les alinéa manqueront, et je crois que l'éditeur n'est pas habile assez pour distinguer les sens précis , et pour connoitre Iç point de transition. La lettre sur la préférence de M. de Verdun ne lui est pas inconnue, je ne sais s'il a fouillé dans le trésor de H. le Procureur-général. J'écrirai au sieur Desmaizeaux sur ce que vous me dites de la perfection de cet ouvrage.
L'affaire des tableaux des jésuites est accommodée; ils en ont rendu 106 en nature et payé le prix de 25 qui manquoient, avec les dépens. Us ont bien fait de finir ce procès, et auroient encore mieux fait de ne le pas commencer; ils ont couru grand risque le jour de la sentence.
Notre archevêque a déjà usé de son autorité : il a fait sortir de l'Oratoire un jeune prédicateur qui avoit, dit-on, fait un parallèle du cardinal de Noailles et de lui ; cela n'étoit pas vrai, mais il y avoit quelques phrases prophétiques sur les mauvais pasteurs, et on en a fait une application maligne. Tant il y a que le procureur général Ta mis dehors, et s'il ne l'avôit pas fait, la lettre de cachet étoit toute prête. L'archevêque n'a pas encore pris possession ; les uns disent que ses bulles ne sont pas arri^
60 CORRESPONDANCE INEDITE.
vées, d'autres qu'elles sont arrivées et ont été renvoyées à cause des clauses insolites. Le Saint-Office a donné un décret contre Tarrèt du Parlement de Paris sur la légende de Grégoire VII. Ce décret a été affiché. Les Bénédictins de Rome^ que Ton poursuivoit pour je ne sais quoi, se sont retirés à une vigne du cardinal de Polignac; les sbires les ont suivis , mais ils ont été arrêtés par les armes de France que le cardinal a mises sur sa porte. Le cardinal Coscia a dit au cardinal de Polignac qu'il nesavoit point sa relijion^ et l'autre lui a répondu qu'il ne savoit point les matières d'État.
Voilà ce qui se débite ici. L'archevêque d'Embrun a fait un mandement sur la légende^ et cela fait croire qu'il n'a pas la nomination que Ton dit. L'évêque .de Metz en a fait aussi un sur la même matière, dont on parle beaucoup et qui est du style de son ac^îeptation, qui étoit si singulière. Je ne l'ai pas encore vu, mais j'écrirai à M. de
Briihac à Thionville pour l'avoir
La nouvelle du régiment de M. de S. M. est
un peu changée ; l'oncle a tant crié, qu'il est resté au neveu, mais on croit que ce n'est que pour un temps.
Le manuscrit de la Défense de M. de Thou est fort gros et contient plusieurs pièces séparées qui sont de main habile. Cela sera imprimé dans la nouvelle édition de VHistoirey ainsi la copie en deviendroit inutile. Vous me demandez le temps de cette édition : tout ce que je sais, c'est que les plus grands seigneurs d'Angleterre ont souscrit, et ils n'entendent pas raison quand on ne leur tient pas parole.
Je me joins à vous pour crier sur M"* d'Argenis : Sii robis malum malœ ienehrae^ etc., car j'apprends en ce moment qu'elle se meurt, et qu'elle a perdu connoissance. On vient de me dire aussi la mort de M'"*' de la Salle, femme de celui qui exerce la charge du Trésor royal pour Montmartre ; c'étoit l'amie intime de M"*'' d'Honneur et de M™* Frondât, elle vient de mourir en couches d'un
enfant mort, et ne laisse point d'enfants à son mari, qui Ta tuée en lui en faisant. Je renouvelle donc mon Lamen- (abile carmen :
Pleurez, citoyens de Paphos,
Jeux et Rîs et tous leurs suppôts, etc...;
Le Paradis Perdu a ses beautés et ses défauts^ mais ses beautés sont plus grandes; les lieux que vous avez marqués sont au delà du beau, et on doit beaucoup à celui qui nous a mis tout cela en françois (1).
Lettre XXir\
A Paris, ce IS septembre 1729-
Vous pensez bien, Monsieur, qu'au milieu de toutes les réjouissances de la naissance du Dauphin, arrivée le 4 septembre, notre commerce a dû être un peu interrompu. Je vous renvoie à la Relation qui été faite de toutes ces joies au Bureau d'adresse, où le détail est très-suivi jusqu'au jour que le Roi est venu à Paris et a soupe à THôtel-de-Ville. On y a oublié un Te Deum qui fut chanté au Palais, le lundi 5, en grande musique de la Sainte- Chapelie, et Tinterruption du Palais le lundi et le mardi. On rentra le mercredi, au grand déplaisir de M"**' de Mar-
(1) Il nous semble curieux de donner Popinion motivée du président Bouhier sur le poème de Milton, à titre de témoignage du goût littéraire /l'alors chez les hommes les plus compétents pour bien juger. Voici ce qu^il écrit, le 30 août et le 7 septembre : « J*ai lu enfin le Paradis perdu. Il est difficile de « voir plus de feu et d'imagination dans un poëme. Mais il y a trop de diables « et de diableries. Il y a dVilleurs un trop grand étalage de science et de « choses pédantesques. Le poëme, à noon avis , ne commence à devenir gra- M deux que quand on voit Adam et Eve. Rien n*est plus joli que le dialogue « entre elle et le serpent, à Tendroit ob elle fait succomber le bon Adam.
« 11 est sûr que le 7^ livre du Paradis perdu est d'une beauté parfaite. « Il y a aussi dans le reste des endroits admirables, beaucoup de feu, de génie « et même de savoir. Mais ce sont presque partout de ces beautés noires, « semblables aux peintures du Guerchin, qui n\>nt pas assez d'agrément »
chainville^ qui seule pleura ce jour-là, car elle perdit son procès contre son mari, par arrêt qui a confirmé la sentence de Chartres, malgré les conclusions de M. Gilbert, qui alloient à lui accorder la preuve de certains faits^ Cet arrêt va rendre les séparations moins fréquentes le Parlement prochain, mais l'exemple ne devoit pas tomber sur une des plus jolies femmes que l'on puisse voir, et encore moins dans un jour de fête et de réjouissances publiques. J'en ai été bien fâché, car elle étoit ma cliente, et vous noterez, pour aggraver ma peine, que ce même jour il y eut, le matin avant l'audience, un arrêt, au rapport de M. de Vienne^ qui ordonna que M*"* de Sainte- Maure se retireroit dans huitaine dans un des couvents indiqués par son mari ; qu'il pourroit reprendre les meubles qu'elle a, et lui en donner de convenables pour le couvent, et qui fait main-levée des saisies par elles faites es mains de M. de la Neuville. Ainsi, Monsieur, la naissance du Dauphin n'a pas été heureuse pour les femmes. Vous serez à peu près content de V Histoire de M. de Thou. Voici ce que porte le projet. L'auteur ayant spécifié, « dans les Sommaires des Livres, les chefs ou principaux « articles de chaque livre , on a divisé le texte en paragra- « phes, conformément à ces chefs et indiqué à la marge, et « vis-à-vis de chaque paragraphe, les matières qui y sont a contenues, en se servant des propres termes du som- « maire. Par ce moyen, aussi bien que par la date des an- « nées, qui esta la marge, et par les noms des rois qui sont « aubas de la page, le lecteur pourra trouver tout d'abord « les passages qu*il voudra consulter... Je vous transcris les propres paroles. Dans l'exécution du Prospectus y on voit, en effet, ces années placées en chiffre romains, les divisions du texte relatives aux sommaires et les sommaires rapportés à côté de l'alinéa ; mais cela a l'air grossier, l'article n'est pas en lettres majuscules, et il n'y a point de chiffre qui marque la section ou le paragraphe. Vous savez que le premier qui imprima cette his-
LETTRE XXIV^ è9
toîpe à Francfort y mît des articles et des sommaires , et même quelques notes, et on lui chanta «mille injure^, ce que j*apprends par les lettres de M. Bukley & M. Mead : on appelait cette entreprise affreuse. Voyez le goût de ces temps-là! Enfin^ comme je vous Tai dit, vous serez à peu près content.
La souscription est de 9 guinées pour le petit papier^ on paye quatre guinées en souscrivant et le reste en recevant un exemplaire. La guinée pour remettre en Angleterre, vaut près du louis de notre monnaie (le grand papier 12 guinées).
Il vient de paroitre une Lettre à M. de Soissons (en 60 pages in-4*) sur les promesses faites à l'Église, où on réfute le système du prélat. Cela parolt avoir été fait dès Tannée 1723, et ce n'est que la première des quatre Lettres que Ton nous donnera. 11 y a de l'élévation et de la pénétration d'esprit. On y prouve qu'il y a bien des vérités révélées qui ne sont pas décidées, et que les vérités que rÉglise ne décide pas peuvent être très-importantes et même nécessaires, et que des vérités très-importantes peuvent être combattues par le plus grand nombre et miàes au nombre des erreurs, comme est l'indëpendance des rois, ce'qui a donné lieu à l'auteur de traiter ce dogme historiquement et curieusement : c'est un morceau q^ull faut avoir.
Je me suis trompé si je vouS'aî dit que l'archevêque d^'Embrun ait fait un mandement contre la légende; c'est tout le contraire,* On ne l'a pas encore vu ici. J'ai vu celui de M. de Metz, qui est bien fait, et iqfui fait sa cour au Roi , à l'empereur, au duc de Lorraine et à quelques autres souverains qui ont des terres dans son diocèse.
Notre archevêque n'a point perdu de temps : il a proposé l'acceptation de la Constitution, dès qu'il a eu pris possession. Chapitre indiqué, le 7 ; il y a 25 acceptants pour accepter simplement, sept avec modifications etquatre refusants, qui sontMM. d'Eaubonne, Cuichon, Courrier et Che-
valier^ diile Romain: il a fait un mandement assez mal b&ti sur la procession générale pour le Dauphin; il commence par dire qu'au milieu de la joie publique il est consolant pour lui de faire sa première fonction^ etc. Je n'avois pas entendu dire qu'on eût besoin de consolation dans la joie.
M. d'Aguesseau^ avocat-général, est conseiller d^État à la place de H. Rouillé du Coudray. Il ne pensera plus au règlement général dont vous parlez, pour les coutumes semblables à Senlis; mais nous aurons toujours le particulier et les motifs courts avec le titre, qui est de sa façon. Je songerai à une chronologie critique et vous en aurez des premières.
Il me semble que vous revenez un peu pour Hilton; il ' a bien fallu mettre du noir avec les diables. J'admire comme vous le 9' livre et d'autres encore, et partout cette merveilleuse traduction, qui est un chef-d'œuvre. * Demandez aux Flamands ce quMls trouvent à redire à l Histoire de Tabbé Fleury, il y parle de Tindépendance des rois et on n'est plus de ce goût-là. Je ne sais ce que c est que les Nouveaux Mémoires de V Histoire de Bourgogne, ni Tauteur ni son sort.
La guinée est de 22 liv. 1 sh. et c'est sur ce pied que M. le Chancelier a souscrit; mais il a souscrit pour le grand papier.
L'acceptation parolt pure et simple par la conclusion capitulaire du chapitre de Notre-Dame, parce qu'elle y a été formée à la pluralité des voix, et on n'y a même pas fait mention des quatre opposants, qui ont fait signifier leur opposition par un acte.
Lettre XXV'.
A Paris, ce 10 octobre 1720.
J'ai fait des tours à la campagne. Monsieur, je suis re« venu à Paris et me voilà prêt à répondre à votre lettre
du 30 septembre. On m'a remis de votre part votre dernier écrit contre le Gros-Jean ou son apologiste, qui m'a paru vif, bien écrit, bien savant et bien plein des zon marotiquessur le nez et sur le grouin des deux indignes adversaires que vous avez. Je vous en remercie bien ; cela me fait rire et m'instruit.
Vous avez dit plaisamment que votre province est trèspindarique. On reconnolt bien là Fauteur du Greffier solaire^ mais non pas un député de TAcadémie françoise, qui devoit parler dignement dans une telle occasion (1). Je me souviens, à ce propos, de ce que dit Sarrazin contre de pareils harangueurs.
Dont les uns vont tremblotant Et les autres barbotant. Si bien quMI vaudroit mieux écouter des corneilles Que ces persécuteurs d'oreilles, Qui sont, sans en excepter un, Les plus grands ennemis du goût, du sens commun.
Voilà une assez bonne critique de toutes ces harangues de réjouissance, et je crois que vous irez reprendre votre Sarrazin, pour lire cette pièce qui est charmante ; elle est adressée à M"* la princesse de Condé.
J'ai vu un M. Bret, doyen de votre université, qui m'a dit de vos nouvelles, et qui soutient que vous avez raison sur le droit écrit. J'en crois encore plus vos ouvrages que lui.
H"*deMarchainviIleestencore ici; son mari lui a nommé un couvent à Chartres; elle veut bien y aller, pouryu qu'il lui paye 15,000 fr. de provision à elle adjugée par arrêt pendant l'instance. Le mari dit que Tarrèt définitif a éteint la provision ; elle dit, au contraire, qu'il faut qu'elle
(1) Bouhier avait écrit» le 7 septembre, que sa ville de Dijon et la Bourgogne avaient célébré la naissance du Dauphin avec des transports de joie et d'enthousiasme pindariques, raillant ainsi l'expression d'une harangue officielle dont Toraleur avait dit que le peuple étoil le Pindare des bons roU. T. rv. 6
paye ses dettes et ceux qui Pont nourrie : matière à nou* veaux procès» et cependant elle est toujours à Paris^ triste, languissante, sans rouge, et elle en est plus belle.
M"^ de Sainte-Maur s'est présentée àdixeouven ts nommés par un arrêt du 7 septembre dernier, et tous les dix l'ont refusée ; je ne sais ce que la Chambre des vacations va ordonner. Vous dites qu^ellene choisira pas ceux dont double est la grille et le trou très-petit. Ce n'est pas trùu quMl y à, c'est tour, et j'ai remarqué cette faute dans beaucoup d'impressions des Contes de la Fontaine : Trou ne dit rien ; mais tour grand ou petit est bien différent. Cette petite remarque en passant ne vous déplaira pas. Si vous avez souscrit pour V Histoire de H. deThou à Londres, voici une nouvelle qui vous fâchera contre leslibraires : une compagnie de Hollande annonce, dans la Gazette du 7 octobre, qu'ils vont donner une édition aussi, et plus complète que celle de Londres, à un tiers moins. Hais on ne nomme pas cette compagnie de librairie, et leur Prospectus ne parolt pas. Voyez quelle friponnerie publique l Les Anglois se dégoûteront peut-être, et nous n'aurons rien. J'écrirai cependant à M. Desmaizeaux pour la Table. Si les HoUandois ont vent des alinéas, ils y travailleront : il n'y en a pas mal dans le Prospectus anglois.
Le chapitre de notre cathédrale a gobé bien vite l'hameçon, mais ils sont accrochés par le défaut de formalités et de signature du greffier, et ils se sont avisés qu'ils avoient accepté le mandement d'un évoque mort, le cardinal de Noailles, dont la juridiction étoit finie. D un autre côté, les curés sont fermes : celui de Sainte* Marguerite, du faubourg Saint-Antoine^ a monté en chaire, après un prédicateur minime qui venoit de prêcher pour la Constitua tion, et sur-le-champ le curé prêcha contre, en sorte que les brebis ne savoient sous quelle houlette se ranger. Le mandement de l'archevêque ne parolt point encore nulle part; on ne sait s'il sera donné.
L'évêque de Montpellier en a fait un contre la légende
de Grégoire Vil, mais il trouve qu'il n^li pas pris asse» de précautions sur rexcommunication des rois, quMl avoue un peu trop franchemenl pouvoir être faite. H. Dupuy n'est pas de cet avis-là sur nos libertés, et tient que le roi de France ne peut être excommunié. On pouvoit un peu dorer cette pilule-là.
J^âurai certainement les Mémoires pour Vhistoire de France et de Bourgogne après ce que vous m'en dites, et j'admire toujours comme vous enrichissez le public de mille choses qui seroient perdues sans vous. Ce bon bénédictin devoit bien avoir un meilleur sort (1). — Les Lellres de Pellisson sont très-bien goûtées par les grands ; les sots disent que c!-estn ne gazette, liais quelle gazette ! Voilà comme César les faisoit. ^
Lepoémelatiu, quoique obscur, s'entend «avecdeTattention un peu forte et avec la liste des arrêts. J'aurai quelque jour la paraphrase françoise, mais il faut que cela vienne de loin. C'est toujours beaucoup d'avoir tiré ce
(f) Boutiier avait écrit, le 20 septembre : a Les Nouveaux Mémoires pottr « l'histoire de France et de Bourgogne floni imprimés tout nonveilement à « Paris (liez Gondouîn, quay de Gonti» en 2 petits vol. in-4*'. Il y a un journal « très-curieux d^un bourgeois de Paris de ce qui s'y est passé depuis 1408 N jusqu'à 1449. Il raut le lire pour nous trouver heureux d'eslre né en ce « siècM, malgré méoie les événements de La rue Quiuquempuix. Ce journal « est suivi d*ui\e histoire trèi-ctiiçieuse de la mort fatale de notre duc Jean à « Mofilereau» avec les preuves. Ensuite on trouve une infinité de choses cu« « rieuses, touchant Pétat de la maison de nos derniers ducs et leurs ufficiers. « Tout QBla avoitélé ramassé par un bénédictin nommé don Guillaume Aubée, « qui a passé ici 7 ou 8 ans, travaillant à Tliisloire de notre province. Je lui ai t fourni une bonne partie des matériaux qqMl a employés et lui ai fait ouvrir « les portes de notre chambre des comptes, où il a trouvé.le resle/Peu après la « mort du feu Roy, comme il n'adliéroit point au parti de ses confrères les « AutirConslitutionnaires, ils lui ont fait mille niches. Tout confiné en une pe* « tite communauté près de Nevcrs, et Tunt euliii ohligi^ à se sauver. Il étoit « allé à Rome, oîi je crois qu'il avoit obtenu un Bref pour passer parmi les « bént^diclins non réformé?». Quoi qu'd en soit, il étoit allé à Paris, l'année dert nière, et y avoit fait marché avec des Ubiaire^^ |}our imprimer cet ouvrage, « lequel étoit. commencé, quand il est mort de misère en un petit caliaret « borgne, à ce qu'on in^a mandé. C*est dom Vincent Tlmilicr de Saint-Ger- « main qui a aclievésa besogne. Voilà Phistoiro que vous avez souhaitée, »
morceau rare et unique. Au reste, vous avez bien raison, on ne voit non plus d^empoisonneurs que de sorciers depuis qu'on les laisse là, et je crois que si on en faisoit autant aux molinistes et aux jansénistes, on n'en verroit pas davantage : voilà comme le monde est fait, mais nous ne le réformerons pas.
Je viens d'apprendre que VHi$loire de F Académie françoise y de Fabbé d'Olivet, est imprimée en deux volu* mesin-4^et aussi in-t2 ; elle se débitera à la Saint-Martin, et cependant je sais qu'il en doit partir demain un exemplaire pour l'Angleterre, ce qui s'est fait sans que l'abbé le sache. Je ne croyois pas qu'il pens&t à imprimer cette Histoire qui ne restera pas sans critiques; il ne lui faut parler de rien jusqu'à ce qu'il ait présenté son ouvrage à l'Académie.
Les quatre grands vicaires sont M. l'abbé de Gontaut, l'abbé de Cosnac, M. Couet et M. Vivant.
L'abbé Couet est aussi officiai. Il y a douze lettres de cachet expédiées pour exclure autant de personnes de l'assemblée générale de l'Oratoire qui va se tenir. M. Hérault est nommé pour y assister de la part du Roi. Le Parlement voudroit avoir M. Trudaine pour avocat général. M. le procureur général en veut bien faire les fonctions pendant cinq ans pour y mettre son fils; il ne paroit pas qu'on incline beaucoup pour M. Chauvelin. La Ville a donné, hier lundi, un grand dîner au cardinal, à l'archevêque de Paris et à tous les ministres françois et étrangers. M. Hérault y étoit.
On ne cesse point les réjouissances publiques, et M. Bernard a eu son jour particulier pour un feu d'artifice et un repas de cent personnes. On ne doute pas que la reine Stanislas soit morte il y a quelque temps ; cependant on lui a envoyé un gentilhomme ordinaire, aussi bien qu'au roi Stanislas, et la relation publique le dit. Bon pour le pyrrhonisme historique.
L'affaire de Chessy est entièrement jugée : il y a plu-
LETTRE XXVr. 69
sieurs questions terminées pour et contre. On m'a dit qu'on vous avoit envoyé un mémoire imprimé sur la matière du douaire. M. Des Coteaux^ mari de M"* deChessy, fera imprimer la consultation; je ne sais s'il fera imprimer leur arrèt^ qui doit être fort long et qui ne me sera pas levé sitôt^ parce qu'il coûte beaucoup.
Lettre XXVf.
V ▲ Parif, ce 15 noTembre 1739.
Je n'ai point répondu plus tôt à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 octobre^ Monsieur , parce que j'ai toujours été depuis à la campagne^ où j'ai pris l'air et un peu de repos. J'y ai lu les Notes du nouveau Régnier y qui m'ont paru une sorte à'errata propre à un correcteur, et elles m'auroiênt fort ennuyé, si ]e n'y avois trouvé de temps en temps quelques citations de manuscrits françois qui y viennent d'assez loin, mais qu'on aime toujours à revoir. Je ne croyois pas M. Brossette si pan« tagruéliste. Je soupçonne que ces passages lui ont été légués par le testament de U. de la Monnoye, comme les tableaux que M*"® de Richelieu vient de répandre dans sa famille (1) : du reste, rien n'égale la beauté de l'impression des vignettes et du papier, et l'on peut dire, à la louange des Anglois, qu'ils savent l'art de rendre les livres très-chers.
J'ai aussi lu la nouvelle Histoire de l'Académie en deux tomes, dont le premières! de H. Pellisson, qui m'a fait dire en voyant le second : Catliva vicinia. Il y a deux morceaux excellents dans ce 2* tome, l'un de M. de Fontenelle sur Corneille, l'autre de M. de Valincourt sur Racine,
(1) M"* de Richelieu a donné un tableau à chacun de ses héritiers el a fait un légataire universel qui n'est pas de sa famille (c'est M. de Noailles, second fils du duc).
et cela augmente encore la Calliva vici^ta; le surplus est moins l'histoire de TAcadémie que des académiciens,, et j'ai été bien étonné qu'en parlant de Bayle à propos de rien (1), Tabbé D. lui applique deux vers d'Amyot ?
Maudis sois-tu qui vas faisant recueil Des maux de ceux qui gisent au cercueil.
Et qu'il ait mis dans la table : Bayle {Pierre), censuré au sujet de son goût pour la médisance.
Voilà ce qu'on ne lui a jamais reproché, et M. l'Abbé, qui révèle la démence de l'abbé de Cassagne, enfermé à Saint-Lazare, et l'interdiction de l'abbé Cottin, etladanse de H. Dubois, et la basse naissance de La Bruyère (sans compter le mauvais jugement qu'il en porte), ne mérîteroit-il pas mieux l'application des deux vers du bon Amyèt? Vous rirez bien de voir ce qui est dit encore surTarticle [Tome f) de Desmaretz, que Bayle a donné trop déclaircissement sur les travers de cet homme, et qu'on n'a que de tristes réflexions à faire dans ce cas : ainsi il voudroit que Bayle ait fait un Dictionnaire moral au lieu d'un Dictionnaire critique. Vous rirez bien aussi de voir comme des auteurs décriés il prend en main la cause ; tels que Chapelain^ qu'il nous donne pour un grand po^te, Desmarets pour un homme d'un rare mérite, et ainsi de plusieurs autres, et j'ai trouvé dans l'article de Balzac sa critique bien courte, puisquMl a mis lue dans un endroit où il faut tue et qui fait tout le sens de lu lettre qu'il rapporte. Mais peut-être Monsieur l'abbé a-t-il eu scrupule de rappeler cette rime peu chrétienne, et la morale l'a emporté sur la critique. Je ne vous dis rien sur l'article de La Fontaine, de celui de M. Huet et du plaidoyer qui le suit, où il soutient une mauvaise cause, et du peu de faits contenus dans cette histoire; et comme dans le récit du procès de Furetière il n'a point fait un abrégé du mémoire de VAca-
(I) .4ilicle (la Mi'.cray. ( Kole de Marais*)
LErraE xxVl^ n
demie j donné au Conseil, et que M. Pellissonn'anroit point oublié^ et enfin de toutes ces réflexions hors de propos et inespérées dans un pareil ouvrage.
Vous savez que je connois. l'abbé, et qu'il m'avoit même communiqué son manuscrit (1)<
Le nouveau mandement de notre arc^hevéque avoit paru^ comme vous le dites, sago^ solide et mesuré, mais il est venu des Réflexions contraires assez bien écrites^ qui jetteroient les gens dans le pyrrhonisrae, si rôti n'y prenoit garde. Voilà une affaire interminable, tant que l'on souffrira tous ces écrits, auxquels on pourroit donner fin. Ces Réflexions auront une suite. Il y a grand bruit, en Sorbonne, sur une lettre de cachet qui exclut de la Faculté les réappelants, et ceux qui n'ont pas signé le Formulaire. On a nommé des députés pour examiner les moyens d'éviter celte exclusion; ces réappelants ne sont point approuvés par aucun des deux partis; et en effet, si l'appel est bon, pourquoi réappeler, et s'il ne vaut rien, pourquoi réappeler encore ?'Le grand vicaire de M. deSenez a donné un mandement contre le nouveau grand vicaire du concile, qui a pris la place de l'abbé de Falcon. Mais à propos de ce^^ncile, n'est- il pas singulier que notre archevêque n'en ait pas dit un seul mot dans son mandement, et que, pouvant s'appuyer sur cette autorité, il n'en ait pas osé parler et qu'il l'ait comme abandonnée? Cela n'est pas dansles^jRé^a^îon^ et mérite pourtant réflexion.
L'évèque d'Auxerre a été excommunié à Rome, et son mandement brûlé. Aussi il avoit bien à faire d'aller parler de la Ligue ! On ne dit pas qu'il en ait été rien contre les autres évèques qui ont condamné la légende, dont il sera parlé longtemps.
(1) Je ne sais comment l'Académie a approuvé cet ouvrage et l'a regardé comme sien en cédant son privilège à Coignard, et vous trouverez cette ces« sion assez équivoque. (Note de Marais.)
Vous VOUS êtes donné bien de la peine de copier ce poème. J^aurai la paraphrase françoise^ mais elle sera longue à copier, et je tf ai plus de temps pour cela. Je pourrai peut-être vous envoyer l'original même; nous verrons. Voyez dans la Gazette de Hollande du 25 octobre une grand apostille sur la contrefaçon méditée en Hollande deVHistoire de M. deThou. Cet article est curieux, et mérite d'être copié pour l'histoire de cette édition et de la littérature, ou de garder cette Gazette.
Je n'ai point encore vu YÉquilibre de M. Fouilloux, rinquisition est grande sur ses livres. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur, et n'ai pas voulu donner cette lettre à M. Bret, qui vous dira de mes nouvelles de visu.
La lettre d'exclusion de la Faculté contient trois cas : 1*" Le^ appelants et réappelants depuis 1720; 2^ ceux qui n'ont pas signé le Formulaire; 3^ ceux qui ont adhéré à M. de Senez, en quelque manière que ce soit; ce qui comprend tous les curés et prêtres et autres, qui ont écrit des^ lettres de félicitation sur la lettre des douze évêques au Roi, ou écrit à ce sujet.
Il parolt une lettre des grands vicaires, le siège vacant, écrite à H. le cardinal de Fleury, le 1" septembre, sur les vrais sentiments et sur la surprise des protestations et rétractations de Son Éminence.
On voit aussi un grand mandement de M. de Bayonne, et une rétractation faite par son chapitre de l'appel de 1719. Le chapelet défile, cependant on prêche à Paris ; un vicaire a quitté la messe & moitié pendant que son curé publioit l'ordonnance de l'archevêque, et on lui fait çon procès à l'officialité. Tanl^ ne animis cele$tibu$ irœ ?
LETTRE XXVn*. Tl
lettre XXYir,
A Parte, ce 20 novembre 1729.
On m'a remis^ Monsieur ^ le poème latin , j'aurai la paraphrase françoise quand je voudrai , et je veux que sur cela votre curiosité soit entièrement satisfaite^ car ce ne seroit avoir fait la chose qu'à demi. Je commence par là ma réponse à votre, lettre du 26 novembre, dont je vous rends toujours mille grâces. J'ai bu avec M. Bret à votre santé, chez une dame de nos amies communes, et nous avons bien parlé du Sagon.
Il doit ôtre à présent à Dijon. Je sais qu'il a passé quel* ques jours chez M. de Vaudrey.
Je viens de recommencer mon travail avec plaisir, car le fond de Paffaire de H"* de Chouppes ayant été rapporté «chez H. de Saint-C!ontest et au conseil, elles l'ont gagnée par arrêt rendu d'hier à Versailles, et voilà le 3* arrêt qu'elles ont pour elles contre un qu'elles ont fait casser. Elles sont très-jolies, et cela ne nuit point. A propos de Versailles, tout Paris s'y étoit rendu hier pour voir tirer un feu qui ne s'est point tiré. C'est un édifice digne des anciens, il est plus haut que les plus hautes tours, il y aura de belles décorations et de belles inscriptions, et vous verrez tirer tout ce feu-là dans votre cabinet sur quelque belle estampe, qui ne nous fera point la peur qu'on a ici, qu'il ne brûle le château.
La grande nouvelle est que le congrès de Soissons est fini ; tout a été signé en Espagne par M. de Stanhope et M. de Brancas , et ensuite tout a été conclu ici par les autres plénipotentiaires. On en demeure au traité de la Quadruple Alliance, et ce n'étoit pas la peine de tant assembler de gens pour s'en tenir là. Voilà comme M. de Riperda finit le congrès de Cambrai par le traité devienne. Les Anglois doivent être bien contents, car Gibraltar et
Port-MahoD leur restent. Tous nos militaires, qui ne voient plus d'apparence de guerre^ et qui voient leur art périr et leurs familles, sont désolés, el braignent la grande réforme que Ton va faire. L'Empire pourra bien ne pas approuver toute cette négociation, mais sera-t-il seul contre tous? Nous allons voir tous les étrangers retoui:ûer chez eux; les spectacles y perdront, etils ne perdront pas beau* coup aux spectacles, s'ils ressemblent à la comédie des Philosophes amour$ux^ de M. Deslouches, qut à peine a pu soutenir une représentation 1 G-est une plaisante idé^ de marier les philosophes, de leur donner de l'amour, et de n^en point faire des [^ilosophes.
J'ai vu M. Brossette et ses iVotes. Puisqu'il n'avoit qu'un si petit présent à nous faire, i) pouvait s'en .pa3ser > et ne pas employer le temps de layîeiU^sç 4 réveiller de si vilains feux, et à donner des commentaires à ce qui n'en doit point avoir.
Vous remarquez bien qu'il nous avertit qu'un vers est de monosyllabes, et je ne sais rien de si écolier; je vérifierai une autre fois les autres remarques, car je n'ai plus le livre et il est retourné à Lyon avec l'auteur, qui ne s'en va pas chargé d'une grande réputation sur ce nouvel ou^ vrage, dont les Anglois lui ont donné une centaine de pistoles, plus dupes en cela que dans le dernier traité qu'ils viennent de faire.
M. l'abbé d^Olivet m'a fait présent de son JÏMioîre, du 2' tome seulement. J'avois déjà acheté les deux; vous trouverez un bon style, beaucoup de faits recueillis avec un très-grand soin ; mais encore une fois, BayJe n'avoit que faire là ; je le lui ai dit à lui-même, il n'en a fait que rire, etje ne sais pas comment, voulant critiquer un grand (uritique, il ne l'a pas fait avec plus de politesse et comme a fait M. de Leibniz dans Ibl Théodicée; il 0sl singulier qu'un Allemand apprenne à parlcritin académicien fk*ançois. Au reste, il n'y a pas une approbation formelle de lAcadémie, mais comme elle a un privilège pour fair^»
LETTRE XXVir. 7S
imprimer les oûvroiges qu'^llêvoudra faire paroîtte en son nom^ elle a cédé ce privilège à Coignard pour J'impression de VHistoire de l'Âbbé, qui cependaat ne parolt point au nom de F Académie > mais au nom de TAbbé seul. Je ne suis pas assez habile pour développer cette opération équivoque^ et, tout bien considéré, il parolt que ce livre est imprimé sans privilège ; toujours entre nous.
Je commence à être bien las de là Constitution. Ce soat tous les jours des faits nouveaux; on refuse l'absolution à des femmes qui ne veulent pas accepter en mourant^ et elles vont mourir sous d*autres paroisses. Un procureur de la Couraobtenuunarrétpourfaireconfessersafemme. L'archevêque^ rendant une visite à une dame qui le voulut reconduire, il lur dit que sr elle passoit, il Texcommunieroit; elle lui répondit : « H., la crainte d'une excommunication injuste né m'empêchera pas de faire mon devoir, » et le prélat fut étonné, de voir la proposition du P. Quesnel si bien appliquée. Le peuple Va insulté It dernier jour en passant dans la Grève, mais il va toujours son chemin. J^es jésuites prêchent l'Avent; Tévêque de Sisteron même, quoiqu'il soitévèque, prêche aux Quinze* Vingts. Un vicaire de paroisse a quitté la messe à moitié parce que le curé publioit le mandement de Tarchevéque, et on a trouvé que saint Jean Ghrysostome .en a fait au«tant en 401, car que ne trouv^t^n point en fouillant les archives ecclésiastiques; il y en a pour tout le monde. Je vous entends sur le Journal (1), mais je ne vous entends point. L'abbé D. dit que vous allez faire imprimei* celui de Henri IV. Je le voudroia bien.
Un homme habillé en moine a distribué, le jour de la rentrée au Palais, un libelle affreux contre M. de Lévis elsafamille, et contre le cardinal-ministre; il est intitulé:
(1) Bouliier avait in? ité Maraitf à faire ua7oiirna/ de» «fuerelie» entre k» iaoséoftlca cl les Jéeiiilet.
76 œRRESPONDANCE INÉDITE.
Manifeste pour Vàbbé Panseron; je ne Tai pas vu^ je le sais d'une personne qui l'a lu ; il est très-grossièrement écrit, et le faux moine a bien fait de s'enfuir. Je tâcherai de le lire ; il y en a eu 3 & &00 distribués aux avocats après la harangue et dans la foule.
Il y a une nouvelle lettre pastorale de M. de MontpeU lier^ au sujet de l'instruction de M. de Marseille contre le livre de la morale sur le Pater (70 pages). Un mandement de l'évèque de Troyes contre l'Offre de Grégoire VU (hk pages). Les autres lettres et discours du cardinal de Noailles et des Nouvelles ecclésiastiques, du 15 et 20 sep« tembre, 7 et 30 octobre. Quand tout celafinira-t-il?
Lettre XXritF.
A Paris, ce 13 décembre 1729.
Le trait de notre Cicéron (1) est trop gracieux pour moi, Monsieur^ pour que non-seulement je le passe, mais pour ne point admirer votre amitié , qui s'explique en toute langue et qui fait de si tendres applications. Je suis bien obligé à M. Bret de l'avoir ranimée. Ne vous a-t-il point parlé de M*"* Frondât^ avec qui nous avons dîné , et qui chanta si joliment? Elle plaide etThémis sera sans doute pour elle. Je n'oublierai jamais ce que vous dites avec une extrême galanterie, que Dieu estpour les gros escadrons, et Thémis pour les beaux yeux. On pouvoit dire pour mes clientes qu'elle est pour les gros tétons, afin de rendre le parallèle plus juste.
Le feu a été tiré hier à Versailles. Il n'a duré que quinze minutes. Tout Paris y étoit^ et a eu un plaisir bien court. Il y a une petite description de ce feu qui parolt de l'/m*
(t) Non tolum ex oratione, tedetiam ex vuUu, et oculis et fronte meum erga te amorem perspicere potuissei^ ayait écrit Bouliier, à propoa d'un entretien avec M. Brel, où il avait été qaesUoo de Blarais.
LETTRE XXVIÎl*. 77
primerie du cabinet du Roy, et cela est nouveau. Le P. Lelong a mis le roi Louis XV au nombre des auteurs et imprimeurs, page 895 , à Taddition du nombre 102. Cette description sera curieuse par là ^ car le reste est peu de chose.
La paix est faite; on n'en sait pas les conditions encore; on attend ce que dira Fempereuret s^ii n'acquiesce pas, cette belle fille, la Paix, nous enfantera la guerre et avec elle bien des monstres. Les Anglois ont déjà fait leur réforme, il n^y a pas d^apparence qu'on la fasse sitôt ici. Voilà de quoi entretenir les oisifs^ et déjà la constitution tombe un peu.
Le mandement de M. de Troyes fait bruit. On n'en connolt pas Fauteur (c'est peut-ôtre lui-même) ; il s'est chargé d'une bonne cause, et il est assez difficile de ne la pas soutenir contre les excommunications de Rome et le feu du Vatican lancé sur nos évéques. Le Parlement a arrêté qu'il seroit fait des remontrances en tout temps et en tout lieu sur cette matière. Mais il y a des temps où on ne les écoute pas.
Voici un conte sur Farchevêque. Il aime les écrevisses. Son maître d'hôtel en trouva 50 à la halle, qu'on lui voulut vendre 50 écus; le prix parut exorbitant; mais à la fin, on les donna. La poissonnière, après l'argent reçu, dit : Je sais bien que c'est beaucoup trop, mais votre maître a ôté les pouvoirs à mon confesseur qui n'a plus de quoi vivre, et je vas lui porter ces 50 écu»-là. Ce seroit là un beau sujet pour quelque épigramme apicienne.
L'abbé d'Olivet a retranché de Farticle de La Fontaine bien des faits qui n^auroient pas plu, et qui peut-être n'étoient pas plus vrais que le conte de Fécrevisse. Le mot de saint Augustin et de Rabelais a été dit dans une circonstance où La Fontaine trouva, à Château-Thierry, Racine couché dans son lit. 11 le réveilla et lui fit cette belle question. Je tiens cela de notre poète de Chartres, qui me Fa dit ce matin et qui le tient de Racine (il n'a rien fait
n CORRESPONDANCE INÉDITE.
de nouveau). Vous aves raison ée dire : eui bono. Cette critique de Bayle, je la crois faite après coup. Modeste el drcumspeclo judicio de iantis viris prononciandum est. L^abbé devrait avoir lu cela dans son Quintilien (1).
L'abbé Panseron est un moine qui plaide contre M. de Lévis. Je n'ai point encore vu ce beau manifeste, qui est af(reu;i à ce que l'on dit. Il y a un moine de Cluny arrêté que l'on en croit l'auteur^ et il passera mal son temps.
. Hod docteur plénipotentiaire va être enchanté. Il ne refusera pas l'exemplairei cartà magnà, et je crois qu'il me dira le secret de la paix. Soyez sûr qu'on se gardera bien de parler de tout ceci. Je vous écrirai au premier jour et vous agirez ensuite comme il vous plaira. Ce que vous avez de H. de Peiresc, si vous le donnez^ fera une joie complète^Et moi, n'aurai-je rien? Je demanderai le petit papier^ parce que je suis petit.
Le prima mensisec tout accepté* a réhabilité le décret de M, Le Rouge,, et tout ceci prend un train de finir. On voit la suite des Réflexions contre le mandement de l'archevéquey qui s'en met peu en peine, et qui songe à se eardinaliser comme Rabelais dit que les icrevisses se car^ dinaUsent à la cuite. C'est une raison de les ruiner.
m de Sainte-Maure vient de faire signifier à sa femme qti'itcavoit trouvé, un couvent^ qui senties Bénédictines afi^kiseadu fauboij^rg Saiut-Ântçine; elle l'a accepté et il y a arrèt<|tti dit qu'elle s'y retirera dans huitaine; ce même
(i) Bouliier avoit écrit, le 7 décembre. « Knfin^ j*ai lu YHistoirede notre Aca- «détaie. Je ne Vvi firesqne pas reconnue de ce que je Pavois vup, tant notre « ai)|i y a fai^ de suppression et êvnc raisjpa pour la pUi|)art. Il y «n a pourtant « que ne n'approuve point ; car pourquoi avoir retranché cet inimitable trait de « la Fontaine : Eh bieriy je prendrai donc le plus long. Pourquoi avoir sup- * prim^.la belle*aotieii qu-il fit lorsque, ayant joué une fois par complaisance « pour M'"* de la: Sablière, et ayant gagné un demi-louis, il en trouva sa poche « si horriblement chargi^ quHl courut s'en défaire au profit dti premier pauvre « qu*il rencontra 7 Cela valoit bien sa comparaison de Rabelais avec saint Au- <i gustfn. »•
LETTRE XXlX*. 79
arrêt confirme fonte la procédure^ qne son mari soute* noit nulle tant qu'elle n'avoit point été dans le couvent. Les amours' vont être bien mal logés et bien loin ; mais cette règle est moins dure encore qu'en Bretagne, où après la séparation jugée/ les femmes sont obligées de rester en couvent, et c'est ce que Ton y vient de jug^r pour H^ de la Rivière, qui avoit épousé un M. de Horon , jeune et riche, et d'ailleurs très-mauvais sujet.
SUÂ lA NAISSANCE DU DAUPHIN.
' Sor l'air : Thui cela m'est indifférent.
t Mes9i9undiiooQgrèsd^Soi8soii8,
Tous voç discours sont des chansons ;
L'auguste enfant qui vient de naître
De la paix que voùà lialottez ' Vous dit à tous qui est le maître ; . Rradez-hii donc grâee/et partez.
Par ce premier trait en naissant Juget de ses faits en croissant, Puisqu'en sa première journée IL règle la paix des humaiot.
A. quelle haute destinée Portera-t-ii tous ses desseins ?
Nous aurons la paraphrase fraeçeise : cela dépend d*nn Lane dont j'étttdie les eaprices.'Nous aurons donc aussi le Journal. Je vous rends mille grâces de ce que vous me dites sur cela, et j'en ferai une légende à 3 psaumes et 3 leçons.
Lettre XXIX\
A Paris, ce 18 décembre «728.
J'ai parole d'honneur de mon plénipotentiaire. Monsieur, de vous faire avoir un exemplaire en grand papier
de V Histoire du P. de Thou, si vous voulez bien fournir les pièces que vous avez^ et les autres que vous pouvez avoir^ soit de M. de Peiresc ou d'autre part. Puisque vous voulez bien être utile à cette édition^ il ne faut pas exciter davantage votre zèle. Mais je suis charge de vous dire qUe Ton commencera à imprimer en février prochain, et on voudroit bien avoir les pièces pour ce tempslà. Du reste, le secret sera inviolable.
M. le prince Charles a été en Lorraine avec M. le duc d^Elbeuf voir le nouveau prince ; il m'a fait présent^ à son retour, de VHisioire de Lorraine du P. Calmet, en trois grands volumes in-folio, où on renonce à la chimère de la descente masculine de Charlemagne ; mais on établit évidemment la descente de Gérard d^ Alsace, qui remonte en 1048 et qui rend la maison d'Autriche cadette de celle de Lorraine. VÈpUre dédicatoire est bien à Son A. R., la Préface est bien faite, et outre V Histoire civile^ qui commence du temps de César, il y a encore V Ecclésiastique des évêchés de Metz, Toul, Verdun et de Trêves, et de tout le pays lorrain. Plus, des dissertations sur plusieurs matières, des caries, des plans, des tombeaux, des sceaux, des monnoies, et à la fin des volumes, nombre de pièces servant de preuves, et entre autres de vieilles chroniques françoises en prose et en vers, qui sont plaisantes en quelques endroits, et par exemple il est parlé de Tenlèvement d'une princesse par des voleurs et qu'un duc de Lorraine épousa depuis :
Grand pitié prit de cette dame Meoée ainsi par garçons infâmes,
Trayants, glottons, hoiitiers, pailiars Félons, meurtriers, larrons, pillars;
Par manière douce et subtile, Leur demanda d'où vient cette fille, Ils répondirent comme hurons :
Aehetez-ia, nous la vendrons.
Je n*ai que faire de telle bague Qui est de virgiaité vague.
Ils répondirent entre eulx trois :
Saine et pucelle est de nous trois ;
Car vous savez qu'à tel métier Chacun voudroit être premier^ Et le cas bien entendu , Son corps a été bien défendu.
Notre historien, comme vous voyez, n'est pas trop cagot. Son style est bon, clair, et fait plaisir à lire ; il a oublié une table des sections ou sommaire de chaque livre , et une autre table des pièces qui sont dans les preuves , et déjà je l'ai un peu maudit ne sachant plus dans, quel volume étoit la chronique de la princesse enlevée. Il y a une grande table des matières à chaque volume dont je le quitterois bien . On a fait quelques retranchements pour faire passer le Uvre ici , mais on le réimprimera en Hollande avec les endroits retranchés. Ce sont des masses énormes que ces volumes dont on auroit bien pu en faire six; il y a un catalogue alphabétique des auteurs qui parlent de la Lorraine, et cela est curieux et bien dressé. Enfin le P. Calmet a bien payé l'abbaye que le feu prince lui a donnée, et je ne sais qui lui payera son travail sur l'Écriture , où il a dit hardiment bien des choses qui dévoient rester dans la langue des rabbins.
Est-il d'usage en votre parlement qu'on mette en couvent des femmes qui plaident contre leurs maris , et cela se peut- il faire malgré l'évêque?
On ûe parle plus que de guerre après avoir fait la paix. Ces deux extrémités se touchoient trop ; on ne parle presque plus de la Constitution , la légende va toujours son train, et au milieu de tout cela l'Opéra va aussi le sien. On joue Thésée , où on s'étouffe et où on m'a mené malgré moi. J'ai été bien aise d'entendre Lully et Quinault , mais ce n'est plus dans ces belles bouches d'autrefois qui perçoient les cœurs et qui enlevoient les àraes.
8î CORRESPONDANCE INÉDITE.
A tant, je vous laisse sur ce point et vous souhaite par avance une heureuse année; il me semble que celle-ci a passé bien vite. Je vous embrasse , Monsieur, de tout mon cœur. Tout le monde est enrhumé, maison ne meurt point comme en Angleterre.
ANNÉE nSO.
Lettre Z**.
A Paris, ce 2 Janvier 1730.
VAlmattach du Parnasse est supprimé ; il y en a nn petit avec des figui^es en bois qui sont très-jolies et à garder, c'est le Petit Àlmanaçh de Parié.
Je ne croyois pas qu'il y eût tant de changements dans V Histoire de Lorraine. C'est dans le pays qu'on a dit qu'il y avoit une contrefaçon en Hollande. La vieille Chronique en vers est plaisante; les paillards ne disent pas absolument qu'elle est saine et pucelle, mais qu'elle l'est d'eu}^etilsen rendent la raison. Voilà le bonhomme aux deux filles qu'il portoit : il répondoit bien que celle de 'devant étoit pucelle^ mais de celle qui étoit derrière il n'en vouloit pas juger. U faut bien rire un peu entre nous en cette année comme les autres et rire le plus longtemps que noua pourron^. Les jansénistes rient bien. H. Tournély est mort^ et l'abbé Couëtt tomlm hier matin en apoplexie ; mais uno avulso non déficit aller.
M. l'abbé Loranchet se porte mieux de sa foibles3e du jour de Noël qui lui cassa deux dents et qui devoit 1q tuer. M. l'abbé Pucelle a eu encore une attaque, mais petite. L'abbé de Thésut est mort et a fait son légataire universel M. d'Aguesseau de Fresne y et a fort bien placé son bien.
I^ grande nouvelle est la. retraite da maréchal d'Huxelles, qui a écrit au Cardinal qu'à Tàge où il étoit parvenu, il avoit pensé qu'il falloil mettre un temps entre la vie et la mort, et qu'il prioit S. E. de faire agréer sa
84 œRRESPONDANCE INÉDITE.
retraite au Roi voilà des relatifs équivoques, et le sens ne laisse pas d^ètre assez singulier). Ce ministre éteint en a engendré deux autres qui sont gémeaux, M. d\\ngervilliers et M. Des Forts. On prétend qu'il y a eu quelque mécontentement ou du dernier traité , ou d'un titre de duc et pair refusé, et peut-éU'e ce n'est ni l'un ni Tautre, mais il faut bien laisser parler les courtisans et les politr ques.
Baron est enfin mort. C'étoit le Roscius de notre siècle. 11 a touché jusqu'à son curé en mourant, et ce curé, plein desa victoire, dit à un homme quiétoit là : «Monsieur, voilà un bel exemple, vous devriez bien renoncer à la comédie aussi » ; l'autre lui dit : a Je ne suis pas comédien, je suis président du Grand Conseil. » Le conte est bon, et je veux savoir le nom du président. Bonjour, Monsieur.
Letire II'.
À Paris, ce S JanTier I7S0.
J*ai retiré le manuscrit et vous assure, Monsieur, après ravoir vu, que les articles qui conviendront ne seront copiés que chez moi, ayant connu l'importance de ces Anecdotes ; j'ai déjà marqué les articles qui peuvent servir à VBisloirede Thouj et l'on ne copiera que ceux-là certainement. Il y a des choses que Ton est bien aise de savoir et d'autres qu'on ne devroit jamais savoir, parce qu'elles ne servent qu'à faire connoltre de vilaines intrigueset les vices abominables des princes. J'ai eu l'honneur de vous écrire une précédente lettre où je vous ai marqué ce que je ferai sur cette communication . Nous voilà plus que jamais en amitié avec l'Anglais, et il faut bien suivre les temps. OnditqueM.le maréchal d'Huxelles qui s'est retiré n'approuve pas trop cette alliance. On ne doute presque point d'une guerre avec l'Empire, qui révoquera son investiture éventuelle, comme chose contre le droit des genis
etmème dénature, dès que Ton s'en servira, de tourmenter des gens en possession de leurs biens ^ et à s'assurer leur sucôession avant leur mort. Tant y a que les Anglois ont obtenu ce qu'ils vouloient, et cela ne s'est pas fait, dit-on, sans permission pécuniaire : nous verrons comment nos grands ministres se tireront de tout ceci. Il faut bien lire le traité de 1718, ceux de Vienne avec l'empereur et le roi d'Espagne en avril et mai 1725 , celui d'Hanovre de la même année 1725, les préliminaires de 1727 et le dernier que nous n'avons pas encore. J'ai vu ceux de Vienne en latin , et j'ai connu que la traduction françoise est mauvaise. Voilà bien une autre besogne que la Constitution.
Je vous ai mandé l'abbé Couët malade, ce n'est pas lui, c'est son frère l'avocat au Conseil. J'ai vu la réponse ou Réflexions sur le 7nandement[de notre archevêque, en trois parties : il y a de bonnes choses, mais cela est trop long, et je ne comprends pas cette perte de paroles, qui noyent le sens tout bon qu'il est. Dans les dernières Nouvelles ecclésiastiques on trouve la protestation de 29 docteurs en théologie contre tout ce qui se va faire dans la Faculté ; elle a été signifiée, et c'est comme si on disoit : « Je proteste contre l'autorité du Roi. » Les pouvoirs des pères de l'Oratoire sont réduits à trois, dont le P. Bérard, neveu de M. de Senez, est un. On disoit que M. l'Archevêque avoit donné tous les confessionnaux des pères de l'Oratoire aux jésuites pour leurs étrennes; cependant le troupeau languit dans les pâturages déserts. Je ne vous dirai que cela aujourd'hui, et je vous embrasse de" tout mon cœur.
Lettre IIP,
A Paris, ce 10 Janvier 1750.
On m'a donné une médaille sur la naissance du Dauphin. C'est Cybèle qui tient l'enfant dans un lange avec
ces mots : Votaorbis, et dans Texergue : Natales Delphini, IV septembris MDCCXXIX; le revers représente le Roi et la Reine vis-à-vis l'un de Tautre.
Vous savez la mort de M. Tournély ; il s'est tué à faire un Mémoire pour prouver que tout ce qui s'est fait en Faculté, en 1714, pour la Constitution a été libre, et que ce qui a été fait contre, depuis la Régence, a été forcé. Ce Mémoire a été approuvé dans la conclusion du 15 décembre 1729, qui contient six autres chefs, dont l'un est l'acceptation de la Constitution comme loi dogmatique de l'Église, un autre est la cassation et nullité de l'appelant et le reste ; 84. docteurs se sont pourvus au Parlement contre celte conclusion. M. Pucelle a rapporté la requête; le Parlement y a mis un : Soit communiqué au procureur général, lequel a porté la requête à la Cour. Il n'y a point eu de conclusions, et il n'a pas même rendu la requête et la protestation qui y est jointe. Le 2 de ce mois, la conclusion a été relue et approuvée; un seul jeune docteur s^y est opposé et a dit que le Parlement étoit saisi ; il a été délibéréet dit qu'on n'auroit aucun égardàsonopposition. C'est le dernier état de cette affaire. Les pères de TOratoire ont des pouvoirs pour confesser jusqu'au 1'' mars. , Les curés de Paris ont remis à l'archevêque un Mémoire contenant 28 difficultés contre son mandement. Le Mémoire est respectueux et fort, à ce qu'on dit, et on y renouvelle un mandement fait à Aix contre un père de l'Oratoire, où le prélat condamnoit (dit-on encore) des propositions que Ton dit catholiques. Vous croyez bien qu'on va persécuter tous les ouvrages de Tarchevêque, et fouiller toutes les archives jansénistes pour le tourmenter.
Mon plénipotentiaire m'a fait dire qu'il étoit charmé du Recueil de Vhistoire de Bourgogne^ et les Anglois disent qu'il y a là de bonnes pièces pour eux. 11 m'a demandé un Dictionnaire pour les vieux mots françois, et nous n'en avons point. Bayle déploroit ce défaut dans la Préface de Furetière. Je ne connois que le Dictionnaire de Ni-
LEITRE Iir. 87
cot et quelque chose dans Borel. Savez-vous d'autres glossaires?
Avez-vouslu, lisez- vous, ou lirez-vous JLa ^ran^e et inimitable, et extraordinaire, etniiraculeuse, et prophétique vie de la sœur Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation de Par ay y composée par M. Févêque deSoissons? Il n'y a jamais rien eu d^ pareil. Voilà les visions bien consacrées par un évèque, et bien illuminées par un académicien françois. Quelles folies ! et la crédulité la plus déterminée peut-elle en parler autrement? Mais il ne faut rien dire jusqu'à ce que vous ayez dit votre sentiment sur cette grande prophétesse, qui est de votre pays. Tout Paris court après ce beau livre, qui va faire plus de scandale que d'édification, mafgré le Discours préliminaire de H. de Soissons, qui y a mis toute son éloquence bien en vain. On pou voit renfermer cela dans les monastères et parmi les nonnes, sans venir le dédier à la Reine et le mettre au grand jour de la Cour, où on a été bien étonné de voir M"® Alacoque dire à Dieu : a Que voulez-vous donc que je fasse? ma volonté est plus forte que moi. — Mettezla, lui dit N. S., mettez-la dans la plaie de mon cqeur et elle y trouvera la force de se surmonter. — 0 mon Dieu! s'écria-t-elle avec transport, mettez-l'y si avant et l'y renfermez si bien qu'elle n'en sorte jamais. »
M. de Courson est conseiller au Conseil royal, M. le Bret et H. Lescalopier conseillers d'État; et M. Lescalopier revient de son intendance de Champagne, qui n'est pas encore donnée. M. le Bret ne reviendra de trois ans. Vous savez le changement du régiment des gardes dont M. de Gontade sera étonné à son retour. Le chevalier de Chabannes a la majorité; c'est un homme de bonne maison , il est beau-frère du garde des sceaux par sa femme; mais ils ne sont pas bien ensemble et la majorité ne vient par là. La retraite du maréchal d'Huxelles vient de ce qu'ayant dit quelque chose au Conseil contre le dernier traité, le Roi le signa sans égard à ses remon-
trances. Je n'ai pas encore vu ce traité. Le grand-duc a écrit au roi d'Espagne , mais tout est fini et il n'y a plus que l'exécution. On meurt assez communément à Paris^ et les Anglois commencent mal l'alliance en nous en* voyant ce mauvais air.
Lettre /P.
A Pirif, ce 17 JaDTier 1730.
Je n'ai voulu consulter tous ces traités que pour parler la langue d'aujourd'hui. Je n'irai pas plus avant.Um'arriva ces jours» passés qu'ayant un traité en anglois sur mon bureau^ ce petit Espagnol qui étoit chez H*"^ la duchesse du Maine l'aperçut et me l'expliqua sur-le-champ. Il n'a encore eu que 15 ou 20 leçons d'anglois. C'est un prodige. Il a son Homère dans sa poche, qu'il entend comme madame Dacier et il en est à présent à l'algèbre. Il est fâché qu'on ne le mette pas dans la physique; mais il m'a dit qu'on lui prêteroit en secret un Pourchal , et qu'il l'apprendroit. 11 n'a pas encore 9 ans. Je trouve qu'il décroît au lieu de croître, et il est comme un petit enfant de cire à mettre dans une niche. Il danse très-bien, il sait la musique, il joue de la viole, il déclame, c'est un vrai prodige et dernièrement il étoit chez H. Rollin avec qui il dîna, et il parla six ou sept langues différentes avec tous ceux qui y étoient. Ce qu'il y a de bon pour la conservation de ce petit corps, c'est qu'il dort 1 0 ou 1 2 heures.
L'abbé de Thésut a fait un legs de 15,000 fr. à H. Fuet, avocat,, qu'il a nommé son exécuteur testamentaire. Je plains H°"^ de Romilly, dont on m'a dit beaucoup de bien, mais n'y a-t-il pas des réparations aux abbayes, et le légataire universel ne craint-il pas le mélange de biens d'église?
J'ai vu la Lettre de$ curés de Parisy elle est courte, tendre et respectueuse. Je n'ai pas vu le Mémoire qui y est joint
LETTRE ly. 89
et cette jonction aura bien fait perdre le goût de la lettre. Je crois qu'on aura autant de peine à venir à bout de ces curés qu'il y a de différence de Paris à Orléans.
M. de Laurière auroit bien fait un glossaire françois s'il avoit voulu , car il avoit bien lu de vieux papiers, et son style dur y auroit suffi. On voit dans les notes sur V Indice de Ragueau des essais de cette science. .
Vous ra'étonnez bien de me dire qu'on ne connolt point la mère Alacoque dans votre pays. M. de Soissons en parle bien autrement, c'est elle qui a fait la Dévotion du Sacré Cœur de Jésus-Christ: elle est établie à Dijon aux filles delà Visitation, et à Âutun, et partout où il y a des couvents de cette règle. Il faut avoir ce livre-là pour admirer le sérieux que garde l'auteur en disant les plus grandes puérilités. Son bien-aimé lui prend son cœur, et le met réchauffer dans la plaie de son côté^ puis il lui remet dans son côté à elle, et l'avertit que de temps en temps elle aura de grands maux au côté^ mais qu'une saignée la guérira. Voilà le mal qui lui prend, elle demande une saignée, la supérieure la contredit pour l'humilier, le médecin dit que la saignée est contraire^ elle est huit ou neuf mois à l'infirmerie mourante , et le médecin à la fin consent à la saignée qui la guérit sur-lechamp.
11 est parlé d'un père de la Colombière, jésuite, qui alla faire une mauvaise mission et dont il n'étoit à propos de parler dans un temps de congrès et d'alliance et par un évèque de Soissons. Il auroit aussi dû passer tous les coups qu'elle a eus à la tète , qui pouvoient l'avoir bien fêlée, mais il a voulu tout dire, et j'en suis à présent aux délivrances des âmes du Purgatoire que son bien-aimé lui donne à choisir, et à la dévotion dç M. de Marseille pour le cœur sacré qui a délivré sa ville de la peste.
Hais voici bien une autre nouvelle : on voit un petit manuscrit d'une relation de la délivrance de Louis XIV du purgatoire obtenue à Notre-Dame de Liesse, par un
90 CORRESPOND ANCK INÉDITE.
bon prêtre qui a mis son nom et sa demeure à la fin de cet écrit 5 afin qu'on s'adresse à lui en pareil cas; il s'appelle M. Briguet, prêtre très-humble sujet de la Vierge y demeurant rue Pierre-au-Lard, chez M. Minet, tailleur, et dît la dernière messe tous les jours à Saint-Eustache. C'est son adresse, et il y a en haut, n'* 21, parce que c'est la 21* âme qu'il a délivrée du Purgatoire depuis 1724. Celle-ci a été délivrée le 15 août 1729, mais il y a eu bien de la peine , des chapelets , des Ave , des larmes pendant ôinq messes, et il a été vu un grand 5 qui a marqué le nombre. Le diable par malice, disoit : c< Damné ! perdu ! » ; la sainte Vierge disoit le contraire et à la fin tan t a été prié, pleuré, qu'un beau jour il parut une lueur assez claire, et e'étoit sa délivrance. Le prêtre demanda à la Vierge s'il étoit vraimeot en paradis; elle répondit : Sans doute. Je vous prie de ne point rire, le sujet est trop grand et trop grave.
Je tâcherai d'avoir la Relation, qui est encore Irèsse<irète et que j'ai lue. Et sans doute M. de Soissons aura belle matière à la mettre en style académique (1).
M"* de Sainte-Maure est dans son couvent des Angloises, d'où elle sort tous les jours, mais on est rentré â sept heures. La Scûnt-Victor a un procès contre toute la famille Deschiens, et débite un Mémoire sur leur origine, et où il y a de plaisantes phrases.
(1) Bouhier, allécité, écrit le 21 janvier : « Ce que vous me mandez de la déOTrance de Tàifte de Louis XIV esl une des plus plaisante» choses du inonde. Dé|)é€hez-Tous d'eii tirer copie, car j'ai bi^ peur qo^oo ne supprime incessamment la pièce et qu'on n'en enferme Pauleiir. Il n'y a rien de plus singulier que ce n'' des âmes qu'il fait sortir du purgatoire. Mais vous ne mè dites rien do prix qu'il métaux délivrances. Ce seroit on point essentiel à savoir. Vous souvenez- vous de ce jésuite de Flandre, qui donnoit aux âmes dévoles des blllels, qu'il liroit de Saiiit-Pierrc en qualité de portier du Paradis, pour en ouvrir les portes à vue au porteur? Heu ! vatum insanx mentes! »
LETrRE V*. 91
Lettre V,
A Paris, ce ai Janvier 1730.
Il ne faut pas vous laisser ignorer plus longtemps le cantique parisien sur la prophétesse bourguignonne :
Sur Tair de Joconde.
Lauguet vient d^omer les vertus De Marie Alacoque, Dans un livre obscène et confus Dont tout Paris se moque ; Son frère même, le curé.
S'écrie : A la bonne heure !
Voilà du papier assuré Pour habiller mon beurre.
Noire langue y a même gagné un mot, c'est qu'on ne dit plus des œufs à la coque, mais des œufs à la Soissons, et on appelle la bonne religieuse, la mère aux œufs.
Je me souviens à ce propos de ce bon cordelier F. Lemarchand qui prêcha des sermons sur saint François et qui dit à la fin : Que celui qui ne veut pas me croire y aille voir, faimerois mieux le voir que de le croire. M. de Soissons auroit pu mettre une semblable apostille à la fin de son livre, mais il lui en seroit peut-être venu une censure, comme au bon F. Lemarchand, si toutefois il ne faut pas un concile pour censurer un évêque, et en ce Cas M. de Senez auroit un beau retour.
Vous trouverez cette censure du cordelier dans le livre de M. d'Argentré, Cof/ec(iojudêctorum, 1724, in-folio, et dans le Journal des Savants de mars 1725. Cela fait un parallèle assez juste. J'apprends que Tabbé Séguy, le panégyriste de saint Louis, a fait un panégyrique de saint Sulpice, où il a fait entrer l'éloge du cardinal, de Tévéque, du curé, ce dont le saint auroit pu se plaindre
92 CORRESPONDANCE INEDITE. .
comme Tathlète à qui on vouloit faire payer un éloge qui avoit roulé sur les louanges de Castor et de Pollux et qui n'en vouloit payer que le tiers.
On réimprime^ dit-on^ cette Fie extatique^ mais on y met 80 cartons^ et par conséquent 80 extases de moins, et ce ne sera plus le même livre. Le peuple disoit à Saint-Sulpice : Tiens, voilà l'auteur de Marie Alacoque, en montrant l'évèque qui étoit assis pontificalemenl dans l'œuvre de son frère le curé (1).
Il n'est question ici que du feu sur l'eau préparé par les ambassadeurs d'Espagne; il a été déjà remis trois fois. On de voit donner samedi le repas et le bal à part aux princesses, mais elles n'ont pas voulu le recevoir pour ne pas fâcher Paris, et les autres dames que celte disjonction (pardonnez-moi ce terme du métier) auroit offensées les duchesses. Ce sera donc pour mardi, et j'irai comme badaud voir cette fête et le dessert en personnages sucrés qui sontei) représentation dans le cloître des Petits-Augustins, où tout Paris les va voir. Il y a un livre avec des estampes, qui explique le feu. Si M. de Gaignière étoit au monde il auroit bien mis cela dans son recueil. Voilà bien des rhumes qui vont se renouveler et vos médecins aux aguets pour le lendemain.
M. le maréchal de Villeroy est fort mal : il a reçu tous ses sacrements et pourra voir bientôt la fin de sa disgrâce.
Je n'ai pas vu le livre de M. de la Hothe où, donnant un Recueil de poésies et de théâtre, il veut persuader que la prose est meilleure pour exprimer les grands sentiments;
(1) « Mais à propos de celte nouvelle sainte, savez- vous que M. de Soissons D^est que son troisième historien ? Le premier, m*a-t-on dit, est un P. Gallifet, jésuite, qui est aujourd'hui à Rome assistant du général, et dont Tou- Trage est latin. Le 2* qui a écrit cette l.istoire en françois est le Père de la Ck)lomhière, autre jésuite, etc.. Je ne sais si les plus grands saints ont eu autant d'historiens. » (Bouhier, 31 janvier 1730).
LETTRE \l\ 93
et je sais qu'un poète exilé a dit qu'on pourroit sur cela faire une épigramme qui finiroit ainsi :
Prenant le parti de la prose, Tu prends le parti de tes vers.
On propose pour T Académie M. de Verneuil, neveu do Tabbé Renaudot ou M. de La Paye. J'aimerois mieux le gazetier que le Hississipien ;
Ils dansent bien tous deux Mais Pierre danse mieux.
Lettre VP.
A Paris/ce 27 janvier 1730.
Le petit Espagnol est chez M"*, du Haine , il a fait une condition depuis M. le comte de Toulouse^ il a été chez M. Descazeaux. M. le comte de Clermont Ten a fait sortir^ et Ta cédé à M""^ du Maine^ qui a donné à son précepteur (l'abbé Duplessis) la place de son bibliothécaire et un logement et nourriture pour lui et Tenfant. Et comme cet abbé a fait quelques vœux monastiques dont il a voulu se relever , cela a été obtenu à Rome , et il fait à présent un noviciat à Cluny qui sera-court^ après quoi il deviendra capable de bénéfices qui ne lui manqueront pas. Voilà toute l'histoire : Tenfant apprend à jouer des instruments, danse bien et danse tous les jours avec M"' du Maine, et le tout sans préjudice des langues^ des sciences et de l'algèbre. M. le duc du Haine en est charmé. L'enfant lui écrit à Versailles quand il y est, et le prince corrige ses lettres ; il l'appelle : Mon petit gentilhomme espagnol. Je pense comme vous que Talgèbre est de trop.
Nous avons eu ici une grande fête de la part du roi d'Espagne. La description, comme il arrive souvent, est bien plus belle que la fête. L'illumination a été singu*
»4 CORRESPONDANCE INEDITE.
lière^ le feu a couvert tous les feux d^artifice doutla moitié manque, et deux montagnes qui dévoient jeter des flammes ont pris un rat et n^ont rien jeté. Le festin magnifique et fort confus^ le bal plus confus encore, enfin voilà .bien de Pargent perdu. Personne de la maison d^Orléans n'a élé invité ^ et il y a eu exclusion formelle, hors M. le grand prieur^ qui y a été. Le détail de tout cela est infini^ il y a eu une description avec plusieurs morceaux gravés que je n'ai point vue et que Ton vend.
Vous aurez la Relation de la délivrance de l'àme de Louis XIV. Ce délivreur n'a pas encore été enfermé, mais il n'échappera pas aux nouveaux grands vicaires, à moins que M. de Soissons ne sollicite pour lui. Son livre est fort augmenté de prix et donne matière à bien des plaisanteries.
Nos grands médecins plus ne craignent De mal ordonner qaand ils saignent, Car, grâce à Languet Fécrivaio, La saignée est de droit divin.
Il faudroit avoir lu le livre pour entendre cela. Les jansénistes disent qu'ils ont pour eux des saints comme saint Paul, saint Augustin, elc, et que les molinisles sont des Alacoques pour avoir des saints de leur côté. M. de Soissons dit qu'il n'y a que des hérétiques et des sots qui trouvent son livre mauvais.
M""" de la Fare (Paparel) a rêvé qu'elle voyoit M. de Courcillon (mort il y a dix ans) qui lui a dit qu'elle ne verroit point le feu des ambassadeurs, et qu'elle mourroit le jour qu'il seroit tiré. Ce rêve l'a si fort effrayée qu'elle en est à la mort, et on ne croit pas qu'elle en revienne. Nous voilà dans le temps des illusions. M"' de Saint-Victor est une femme avec qui La Cour des Chiens avoit fait un contrat de mariage et qui avoit tant de maris; il avoit reconnu 75,000 fr.; arrêt du 3 septembre dernier qui les lui adjuge avec les intérêts; elle poursuit
LETTRE Yir. 95
la famille pour en être payée et leur dit des injures d'une sorte nouvelle. Bonjour,Monsieur, je vous embrasse en attendant la relation des âmes, n*^ 21.
Lettre VIP.
A Paris , ce 29 janvier I7S0
On m'a remis, Monsieur, les deux volumes , dans l'un desquels est la Continuation de Rigault, partie 2' et 4*, c'est le 408. Il y a , dans le 409 , plusieurs pièces curieuses appartenant à l'Histoire de Thou , mais on ne peut s'en aider, parce que nos gens n'ont plus la liste que je vous ai envoyée , et si vous l'avez, vous me ferez plaisir de me la renvoyer, sinon il faudroit écrire en Angleterre pour la ravoir. Ne l'aurez- vous point envoyée à l'abbé Parisot?
Avant de rien tirer de ces rares manuscrits , et principalement du 408 qu'il faudroit copier entièrement, j'ai fait réflexion comme ce manuscrit n'étantdans aucun autre endroit qu'à l'endroit d'où on l'a tiré , comme le P. Lelong l'a marqué dans sa Bibliothèque , n** 8553 , lorsqu'il sera imprimé , on verra bien où il a été pris , et M. le procureur général qui vous l'a si gracieusement prêté aura droit de se plaindre : et comme il y a dans ce manuscrit certaines choses hardies, on pourroit s'en prendre à lui , et lui à vous. Voyez, Monsieur, ce que vous voulez que je fasse et si mon scrupule est bien fondé. On a tiré de la Bibliothèque du Roi la première partie de Rigaull dont la Préface a voit été supprimée.
Ces deux parties qui suivent ne devroient pas paroitre plus dangereuses , mais à cause de la négociation qui a passé par des mains directes , j'ai quelque peine à faire faire cette copie.
Notez que l'éditeur vient d'avertir dans la Gazette de Hollande qu'on lui fournit de plusieurs endroits des Lettres et autres ouvrages pour augmenter et armer son
96 CORRESPONDAJNCE INÉDITS.
édition , et qu'il s'en servira. Il auroit tout aussi bien fait de ne pas révéler ce secret au public, et cela réveillera peut-être le procureur général.
Je vois dans le père Lelong qu'il y a encore un volume 62* de Lettres et observations sur l'Histoire de M. de Thou, et je ne sais comment votre abbé ne l'a pas pris.
Je relirai encore ce manuscrit de Rigault , où j'ai vu plusieurs hardiesses et d'ailleurs de très-bonnes choses. Mais quand il n'y auroit pas deux traits hardis, je demande si ce livre étant en quelque sorte unique, vous ne craignez pas les plaintes qu'en pourroit faire M. le procureur général un jour. Du reste, soyez sûr d'un trèsgrand secret , et si la copie se fait, elle se fera sous mes yeux. Tirez-moi d'embarras et reconnaissez mon zèle et mon amitié pour vous, ne voulant pas que le plaisir que vous me voulez soit contre vous.
Lettre VIll'.
A Paris, ce 2 février 1730.
J'ai relu la 2" et 3" partie de Rigault; il y a, dans la troisième partie, V Histoire de la fuite du prince de Condéy où je vois que la princesse étant chez l'archiduc et buvant à la santé de la Reine, son mari dit : Laquelle? et ce mot-là fut interprété à mal , comme s'il avoit voulu dire qu'il y avoit deux reines , Marguerite de Valois et Marie de Médicis. Sur quoi cette dernière dit qu'elle ne seroit point contente qu'elle n'eût enfoncé un poignard dans le cœur du prince; il s'excusa dans les suites assez mal, et on voulut lui envoyer un Ribera médecin , qui avoit ordre de l'empoisonner, mais il s'en tira. Voilà ce que je trouve de plus fort. 1^ prince fit un Manifeste dont il y a un abrégé, le continuateur le trouve ridicule. Tout le reste du manuscrit appartient à l'histoire publique, et à celle
Mi^- -
LETTRE VIIIV 97
des savants dont il y a des éloges à la fin de 1609^ et entre autres ^e Scaliger. Quid juris? (1) . Je vous ai parlé de la <^nsure de Rome ou décret du maître du sacré palais en 1609 contre Tarrèt de Jean Chàtel, qui fut ôté de celui du 30 janvier 1610. Et sur cela, voyez le Journal de Henri III et IV (tome 2, page 298), où le Parlement voulant censurer ce premier décret, le roi rempécha et dit qu'il y pourvoiroit par une autre voie et répondit à M. Servin qui lui en vouloit faire quelque remontrance : 11 y a des fous à Rome aussi bien qu'à Paris. Or, puisque dans le 2* décret, l'arrêt de Ch'âtel fut ôté, le Roi y avoit donc fait pourvoir, et il évita l'éclat que le Parlement pouvoit faire. Rigault n'a pas su ce trait-là, et voilà ce qui rend le Journal excellent. Souvenez-vous de la parole que vous m'avez donnée de publier cette lacune de douze ans, qui doit être aussi précieuse que le reste.
Il y a un volume 632 qui contient Lettres, Mémoires et ObservaiionSy et selon le P. Lelong, n** 854i. Il faudroit tâcher d'avoir ce volume, pour voir s'il n'y auroit point encore quelque curiosité ou lettres. Les Anglois en ont beaucoup, comme vous verrez dans ces Lettres à H. Mead^ que je ne doute pasque vous n'ayez, et que jedemanderois si vous ne les avez pas, avec le projet de souscription.
Le copiste va toujours travailler et puis vous ferez la disposition.
Il a fallu que je copie de ma main le manuscrit cijoint, n'ayant osé le confier à personne. Je vous prie de me le renvoyer. Je vous embrasse de tout mon cœur. , M. Fleuttelot m'a écrit que vous aviez la goutte, j'en suis en peine. Montrez-lui ce purgatoire.
(1) Le 7 février, Bouhier répond par Tavis qa^l faut absolument supprimer ce passage. Marais défère à cet avis et la copie faite sous ses yeux contient des lacunes volontaires indiquées dans sa lettre du 15 février 1730.
Lettre IX\
A Paris, ce r» fénler 1730.
Depuis ma dernière lettre, j'ai pensé. Monsieur, que Touvrage étant latin, et ne devant paroitre peut-être depuis plus de deux ans d'ici, puisque ce sera dans le dernier volume des huit, tout ceci sera mis en oubli ou remarqué de peu de gens. Ainsi mon scrupule commence à s^affoiblir, et de plus il n'y a que deux ou trois endroits un peu forts dans ce latin, qui est serré et obscur. Le 409 contient diverses pièces, des Noies de DuplessiS'Mornayy qui sont en françois et excellentes, des notes latines de Clu- SI us, d'autres de Gaspard LaurentiuSj professeur à Genève, des lettres des cardinaux Sforza, des notes de
P. Denaisius (je ne sais qui il est), etc Et à la fin une
vingtaine de^lettres en original, écrites et signées de M. de Thou,adresséesàRomeàM. Dupuy,enl603, 1606 et 1607, où il lui parle de la censure que l'on préparoit à Rome de son Histoire, et se justifie noblement et vertueusement. Tout cela est admirable, et on sera bien aise de voir le fond de l'âme d'un si grand homme qui n'a pas cru que
ses lettres seroient jamais publiées
. . . J'ai la iîe/a(ion du Ptirgfa^o/re, il faut que je la copie moi-même ; vous Taurez au premier jour, et vous mettrez cela eu bon lieu. On n'a encore rien dit au bon prêtre qui va toujours son chemin, et dit une très-longue messe à midi à Saint-Eustache, comme il est dit dans son affiche.
Nous avons vu enfin le traité de Séville, qui tout doucement conclut à la guerre, comme celui des juges de M. Fouquet, qui conclut tout doucement à la mort. Ce traité est tout entier dans la dernière Gazelle de Hollande^ et j'ai su certainement que le parlement d'Angleterre ayant été ouvert , il a été contredit par 129 voix, mais
approuvé par 269, en sorte que la ploraliië Ta emporté, et la joie est grande à Londres.
Votre souscription est à Paris, et celui qui me l'a dit Ta touchée et maniée, et elle sera donnée en donnant.
Lettre X\
A Paris,> 6 férrier f 7S0.
Je vous remercie, Monsieur, de la liste que vous m'avez envoyée. Il y a deux lettres dans le <h08 de celles de cette liste. Mes scrupules sont levés depuis ce que vous m'avez écrit des MM. Dupuy. Rigault afaitTHistoire de 1609 et 1610 jusqu'à la mort de Henri IV. Ce qu'il a dit sur la fuite doit être en bien d'autres endroits, vous avez vu ce que c'est dans ma dernière. Le copiste travaille à force; il y a dans le 408 des notes de M. Duplessis et autres qu'il faudra prendre; l'éditeur qui est en Angleterre ne sait pas un mot de ce secret; il n'y a que le propriétaire et un de mes amis qui est avec lui qui soient au fait. Vous pouvez bien penser qu'on ne nommera personne.
La souscription est en lieu sûr et a été payée par celui qui me l'a dit. Si vous avez besoin du 632 nous vous le dirons.
Faites-moi le plaisir de m'envoyer une lettre de recommandation bien forte pour M. Ferrand, conseiller d'État. C'est pour iin M. de Neuville qui est dans les gendarmes contre une M"** de Conros; il s'agit d'un règlement de juge entre les requêtes de l'hôtel et le parlement de Bordeaux. H. Duportault y a fait un fort bon mémoire, et soutient le commissaire. Je m'intéresse fort pour ce M. de Neuville. M. Ferrand est du bureau où cela se rapportera incessamment et pendant le Harly; je sais qu'il est fort de vos amis, M. ou M"* de Neuville présenteront votre lettre : je l'attends.
On plaide à la Grand'Chambre la cause d'entre M'^ de Bacque ville et son mari. Il prétend compenser une pension de 6,000 fr. qu'il lui devoit donner, avec une pension qu'elle a du Roi pour avoir été conduire M"* de Modène. Il dit que cette pension est de sa communauté ; l'expédient que l'on a trouvé, c'est que le Roi a révoqué la pension, mais je crois bien qu'il y a quelque contrelettre dans le bureau.
M"" de Sainte-Maure est dans un couvent et a converti ses soupers en dîners. Son mari fait courir le bruit qu'il la va accuser d'adultère. Et voilà une nouvelle scène.
Il court des chansons sur les Quélus et Haugiron du temps, mais cela ne se peut écrire et n'est pas trop bon.
M. le duc de Lorraine est toujours ici. Il se montre partout à l'Opéra, à la Comédie, à la Foire, et il auroiteu un grand bal au Palais-Royal, sans la mort dé M'"*' de Sforce.
On joue une pièce du Malade par complaisance; il demande àsa garde : Comment mangerai-je mes œufs, Marie? — A la coque, répond-elle. Cela a été ôté.
Lettre XP.
A Paris, ce 7 rérrier 1730.
L'affaire que nous avons aujourd'hui avec Rome sur la légende de Grégoire VII m'a fait faire quelques recherches. J'ai trouvé que, le 26 novembre 1610, il y eut un arrêt contre le livre de Bellarmin, Tractatus depotestate sum-mi pontifids in temporalibus adversus Barclaïumy etc. Mais cet arrêt est rapporté différemment : dans le Journal de Henri III, tome 2, page 350, il y a plusieurs qualifications contre ce livre comme dans une bulle de Rome, et dans les autres éditions de cet arrêt qui sont au Mercure français , dans le recueil appelé La Doctrine meurtrière, et dans Bayle à Tarticle de Bellarmin, ces qualifications
LETTRE Xl«. toi
si longues et si fortes ne s'y trouvent pas. D'où cela vientil? A-t-on réformé Tarrêt dans les suites? On voit dans ce Joumaly pages 351, 352, la plainte du nonce, la réponse du premier président de Harlay à la Reine qui vouloit contenter le Pape et au chancelier qui Tauroit bien voulu aussi. Il y eut arrêt du Conseil qui ordonna la surséance de celui du Parlement, mais le procureur général fit saiser les copies imprimées de cet arrêt du Conseil : dans tous ces troubles , on pourroit bien avoir trompé le premier arrêt, que l'Estoile a mis entier dans son Journal, ou au moins l'avoir adouci. Le P. Lelong, n* 244.8, remarque un examen qui fut fait de cet arrêt et des remontrances de l'avocat général Servin en 1611 , par Michel de Marillac. Au n* 2447, il remarque cet arrêt imprimé in-4' avec les remontrancesen 1610. C'est cette premièreédition qui pourroit instruire des propres termes de l'arrêt. Dans lerecueil ajouté à V Histoire de Louis XIII ^av Dupin, vous verrez au tome 4 Farrêt de 1610 comme il est dans le Journal de TEstoile, et l'arrêt du Conseil qui ordonne que la publication et exécution dudit arrêt sera tenue en surséance. L'Estoile a bien remarqué que ce terme d^exécution fut ajouté par le chancelier. M. de Troyes, dans sa dernière instruction, a cité cet arrêt de 1610, mais il ne l'a fait que dater. (Je crois qu'il s'en faut tenir à celui de Dupin.)
Autre remarque. Bayle , dans l'article de Bellarmin , note iV, cite Mayer de Bellarmini fide ipsis ponlificiis dubia qui a rapporté l'arrêt en latin et qui Ta aussi tronqué, et il dit que Mayer renvoie au continuateur de M. de Thou. Or ce continuateur n'est point Rigault, qui finit à la mort de Henri IV , et cet arrêt est depuis sa mort. Je ne connois d'autre continuateur en titre qu'un homme qui n'a donné qu'unepré/ace (Lelong, 8552) ; etM. d'Espeisses qui ne vaque jusqu'en 1609(Lelong, 8554); qui est donc cecontinuateur à qui Mayer renvoie? Il n'a pas vu cela dans Rigault qui n'en a point parlé, ou s'il l'a vu, il y a donc
encore quelque continuation. Si vous avez Mayer, voyez page 180 citée par Bayle, et cette question sera bient6tterminée.
Vousa-t-on mandé que M'' le comte de Gharoloisa vendu le duché de Bourbon nois àM"" le ducson frère^ moyennant 250^000 livres, 47,000 d'argent comptant et 45,000 livres de rentes payables sans pouvoir être racheté pendant sa vie , sauf à faire le rachat après la mort? Cela ne sort point de la famille et nç sera pas sujet à retrait , comme vous pensez bien.
On vient de me dire que Voltaire a retiré sa tragédie de Brulus des mains des comédiens ; il y avoit là des traits républicains comme s'il avoit encore été à Londres. C'est aux marionnettes qu'étoit le trait de Marie A la cogue, ce qui étoit bon pour Polichinelle.
Lettre XII'.
A Parii, c€ 15 février i750.
On m'a remis de votre part, Monsieur, la Relation curieuse du libérateur du purgatoire. Il est vrai que le P. Gourdanne passoit pas pour visionnaire, mais il avoit l)ien des complaisances pour les bonnes gens qui vouloient savoir l'avenir, et il y en a eu bien des messes à Saint-Victor.
J'ai déjà fait sur le Rigault ce que vous avez imaginé. J'ai fait des coutures qui ne paroisseni point. Je me suis chargé de coUationner la copie et vous voyez bien que tout ira comme nous le souhaitons. Quand nous tromperions un peu les Anglois, ils l'ont bien gagné ,
Ou gagneroDt, car ce sont bons apôtres.
Vous n'auriez pas voulu ni moi qu'on dit du prince de Condé : h e palrimonio velut e naufragio solam sanguin is gloriam régis benefiào servaceral : quumque ab régis béni-
LETTRE X\V, lOt
gnitaie penderet nxorem jussu ejus venustalis spectatissimœ duxerat, et mores aulâe tune erant vagis moribus indulgere. J'ai ôté le Irait de menace de la Reine et le rebera qui n'est qu'un soupçon. J'ai aussi ôté un petit mot surle couronnement de la Reine qui le désira beaucoup, Condœanm memor addabitationiSj ce qui a rapport au cujtisnam que je vous ai dit. Enfin , tout cela se tient très-bien , la perfection du sens y est et voilà le manuscrit copié. On a aussi pris dans le 409 ce qui convenoit.
Mais voici une liste des lettres de Camden, de Lingelsheim et de Casaubon que les Anglois demandoient d'abord, qui ne sont point dans les 408 et 409, et ils savent, je ne sais pas comment, les numéros où ils sont que vous trouverez ici. Il faudra donc, s'il vous plaît, nous procurer ces numéros dès que les 408 et 409 seront remis. Ce que je ferai incessamment et dès demain.
Soyez toujours sur que la souscription est à Paris et que je ne remettrai rien des copies sans cela. J'ai conseillé à nos Anglois de faire imprimer la Relation du cardinal de Bentivoglio délia Fuga del principe de Condé pour ajouter à celle de Rigault. Le Journal de VEstoile est très-curieux sur cela et dit des choses bien plus hardies que lui; le sermon du P. Gontier est dans tous les deux (1).
Je ne sais pourquoi vous n'avez plus la Gazette de HoU lande; elle n'est point du tout défendue. Je l'ai encore lue hier, et j'y ai vu un nouveau projet ^d' une Histoire universelle qui se fait en anglois et dont on donnera un volume traduit de trois en trois mois in-4'*.
Alacoque est toujours bernée, et jusqu'à une actrice de
(1) « Jerae souviens, écrit Bouhicrle 21 février, d'avoir eu autrefois entre les « mains une relation manuscrite dressée par le sieur Virey de Chalons-sur- « Saône, secrétaire du prince de Condé, etc... » Cette Relations été publiée, chez Aubry, par M. Halphen. Bouhier ajoute : « J'ai vu aussi plusieurs lettres 't manuscrites deFra-Paolo où il était parlé en termes peu obligeants des «« débauches de ce prince à Venise. >*
rOpéra, qui a un amant juif, et dont le mari fait cette question :
Pellissier a dit à Soissons :
Grave auteur d' A lacoque , Tu sais qu'un rabbin suit Manon , • Tu sais que je m'en moque :
Mais, s'il nousvenoit un garçon, Prélat, daigne m'instruire, Faut-il baptiser le poupon , Ou bien le circoncire ?
Voltaire a fait imprimer son OEdipe avec un discours contre La Motte sur la poésie, et on a traduit en vers françois V Art poétique de Pope.
Lettre Xlir.
A Paris, ce 19 février 1730.
M. Desmaizeaux vient de m'écrire d'Angleterre. La nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle est finie, il y met à la tète la Vie de Bayle^ qu'il a achevée, il m'en a envoyé les trois premières feuilles. Cela est assez exact et nettement écrit, mais je crains qu'il ne se jette sur la fin dans les questions qu'il croit savoir. Ce qui est singulier, c'est que Bayle ayant été catholique pendant dix-huit mois, il voulut faire aussi catholique un de ses frères qui étoit ministre, à qui il écrivit une très-longue lettre que Desmaizeaux met tout entière dans cette Vie^ et il faut voir ce qu'il y a dans cette lettre contre la vocation, et la personne des réformateurs. M. de Meaux n'auroit pu rien dire de plus fort. Desmaizeaux, qui est en pays libre, se soucie peu apparemment du qu'en dira-t-on et de l'indécence de la publication de cette lettre dont il dit qu'il a l'original. Souvenez-vous sur ce point de M. Brossette.
Le quatrième volume des Œuvres diverses de Bayle est
LETTRE XIIP. 105
aussi presque fini. Les lettres y seront avec quelques notes de Desmaizeaux et encore quelques lettres nouvelles. On y trouvera aussi les deux premiers chapitres de Gustave y et Desmaizeaux qui me dit que le libraire lui a déjà donné les trois premiers volumes pour avoir ce manuscrit que j'ai donné, me dit que j'aurai le k pour moi. Je n'ai pas trop compris ce partage, où il y a lésion de plus de moitié, et j'en ferai ma plainte. Je vous avois bien dit que ces Anglois éloient ou seroient trompeurs, et je n'ai pas attendu longtemps à vérifier mon dire.
Ce n'est que par simple curiosité que je vous ai parlé des arrêts de Hariana et Bellarmin. Ne vous en donnez pas de peine, je ne croyais pas que votre manuscrit de l'Étoile passât la lacune des douze ans. Si vous n'avez pas les derniers trois mois de 1610, vous ne pouvez rien avoir sur Bellarmin, l'arrêt étant du 26 novembre. On reconnolt la plume et le sel du même auteur du Journal dans tout ce qui est à ce sujet et jusqu'à la fin. Et je vous dirai en passant qu'il n'a pas été bien sur la mort de la comtesse de Grammont (t. U, 335 ), qui mouruty ditil, en grande misère et langueur, avec soupçon d'avoir été empoisonnée par son mari, car il lui fit faire son procès pour adultère par son parlement de Bidache, qui la condamna à mort, et elle fut décapitée. M. de Gourgues y alla trop tard de la part de la Reine, ou plutôt sa visite ne servit à rien. Le conseil donna un arrêt le 16 janvier 1611 quicassa toute la procédure, mais cela ne rendit pointla vie à la défunte ; il futaussi ordonné que les juges qui avoient rendu l'arrêt de Bidacbe comparoltroient en personne au conseil, etc. Ce ne sont point là des arrêts de Spifame qui renvoya le parlement de Bourgogne à Toulouse, et ils ne sont que trop vrais pour cette Louise de Roquelaure, comtesse de Grammont, dont H. Godefroy a bien dit le nom dai)s sa note ; mais il ne savoit pas apparemment le reste, car il est homme à dire tout ce quUl faut pour la vérité.
Il faudra trouver d'autres imprimeurs que les Genevois. Vous n'en manquerez point ; mais premièrement il faut vous bien porter, et chasser cette importune goutte qui vous afflige tant. J'admire comme vous pouvez dicter avec vos douleurs, et votre complaisance pour moi est infinie et d'autant plus grande.
Àlacoque est devenu un nom de carnaval; M. de Soissons passoit dans son carrosse; les petits enfants crièrent qu'il y avoit un cheval déferré, un laquais descend, on lui présente un fer qu'il voulut prendre, on lui donne des verges sur lesdoigts, et tous les polissons, au lieu de : ail chieau lit », crient: aAlacoquey), etle cocher de s'enfuir qui court encore. Vous pensez bien qu'il y avoit là quelqu'un dé l'école janséniste. Les couplets, les chansons, les vers sur cette Alacoque ne finissent point et on va faire un recueil. Il ne faut qu'un nom malsonnant pour rendre un homme ridicule.
Voilà donc M. de la Paye de vos confrères. Le parti des Modernes en triomphe, et ce ne devoit pas être là le successeur de M. de Valincourt. Je ne sais si l'historien de l'Académie mettra un jour dans la liste des OEuvres du nouvel académicien les Lettres qu'il fit pour prouver que le Système étoitle salut de laFrance> et qu'on ne pouvoit abolir le papier sans faire manquer de parole au Roi. J'aurois mieux aimé le mettre dans l'Académie des sciences au nombre des algébristes ou calculateurs.
Lettre X/P.
A Paris, ce 26 février 1730.
Je ne vous écris qu'un mot aujourd'hui. Monsieur, pour dire que j'ai remis les copies aux Anglois , qu'ils m'ont donné la souscription avec les six guinées en nature de guinées, ce que j'ai jugé le plus prompt et le plus facile, et je remettrai le tout à qui il vous plaira; demain matin, je re-
mettrai aussi à M. Tabbé P. (1) les deux manuscrits : on travaille à copier quelques pièces du vôtre. Quand vous le pourrez, écrivez à l'abbé pour avoir les autres. MM. nos Anglois sont charmés, comme s'ils avoient conquis la toison, et dans un an le public sera bien aise. Je ne vous dis point les autres nouvelles; j'ai écrit à M. Fleuttelot qui vous les dira.
On pleure ici la mort du czar : il devoit se marier; il étoit fiancé à la princesse Dolgorouki qu'il avoit choisie; il avoit remis son mariage à quelques jours; la mort est venue entre deux et Ta enlevé. Les états ont nommé unanimement la duchesse de Courlande pour lui succéder, et c'est le prince Dolgorouki, père de la fiancée, ministre vertueux et sage, qui a été lui en portçr la nouvelle. Vous savez les instructions qu'il avoit données à sa fille quand il lui apprit qu'elle étoit destinée à être impératrice et comment le czar la lui demanda ; il y a de quoi en mourir, et voilà le sujet d'une belle pièce de théâtre, plutôt que d'aller chercher Callisthènes , pour faire des remontrances à Alexandre sur ce qu'il vouloit être Dieu, à lui qui se sentoit au-dessus de l'homme.
On dit que la petite Petronna n'a pu succéder parce qu'il y a des défauts dans sa naissance , que la duchesse de Mecklembourg, quoique l'aînée des filles de Jean, qui étoit l'alné du czar Pierre, ne succède point aussi parce qu'elle a épousé un étranger, qui d'ailleurs est un extravagant, et que la duchesse de Courlande, veuve, a seule la capacité de succéder. Si elle avoit épousé le comte de Saxe, elle perdoit l'empire par ce bel amour; mais s'il n'est pas empereur il demeurera son amant, et je sais déjà que M. de Hollosking, l'ambassadeur du czar, a pris cette voie pour se maintenir dans sa place. Je parle comme je puis et à la chaude de cette politique russienne. Si le Mecklembourg , qui résiste depuis longtemps
(!) Parisot.
à Tempereur, tournoit sou extravagance de ce côté-là, il pourroit bien tailler des croupières moscovites à ces dames.
Lettre XV\
A Paris, ceasréfrier 1750.
J*ai écrit à H. Desmaizeaux et lui fais un beau petit procès dont les raisons sont bien expliquées dans ma lettre. Nous verrons si je le gagnerai. J'ai commandé pour vous un exemplaire de la Vie; on en tirera séparément, et je Tai prié de m'en envoyer deux, un pour vous et un pour moi. Je vous enverrai la feuille où est la lettre de B., convertisseur, et ce qu'il y a encore de singulier, c*est qu*il y en a une autre dans les notes écrites à M. Pinson, où il dit : Je demeurai à Toulouse pendant dix-tiuit mois, après quoi les premières impressions de l'éducation ayant regagné le dessus , je me crus obligé de rentrer dans la religion où j'étois né. Cette lettre n'a jamais été imprimée. Le bon H. Desmaizeaux n'y entend pas plus de finesse. Vous me demandez ce que je dis du génie de mon ami et de 'ses variations, je ne dis autre chose sinon que c'étoit un pyrrhonien (1).
J'ai tiré les faits de la comtesse de Grammont d'un mémoire imprimé pour les Grammont contre le procureur général de Pau, qui leur disputoit la souveraineté de Bidache. J*avoisfait une histoire de cette souveraineté avec de bonnes preuves, et c'est un ouvrage curieux. Je ne fus point content de cette vilaine duchesse de Grammont contrequi on avoit fait une paraphrase de l'ode : Ne sit ancilla sibi amor pudori; on en prit un autre qui estropia
(1) Ce n'est pas Tavisdc Bouhier. < Et moi , je conclus , écrit-il le 4 mars « 1730, qu'il ne Tétoit pas, car au fond de Târae, il nedoutoit plus, et il étoit, « à mon avis , un déiste très-décidé. »
toute mon histoire, et le ppocureur-général s'étant servi de Tarrét du Conseil pour prouver que la souveraineté étoit contestée par le Roi, il fallut renouveler cette douleur : Infandum renovare dolorem, et montrer que Farrêt de mort étoit un exercice de la souveraineté; c'est du second mémoire que j'ai tiré ce que je vous ai écrit dans mon Histoire ; il y a bien d'autres titres et actes d'exercices, et ce petit royaume qui n'a qu'une lieue en tout sens est véritablement un petit royaume , où il y a un parlement, et une très-belle Coutume que j'ai vue en manuscrit et qui auroit bien dû être mise dans le coutumier général. Cette Coutume fut rédigée en l'année 1575 sur une commission d'Àntoinede Gram mont, adressée àmaltre Charles de Romatès, juge des appellations et surintendant de la justice à Bidache. La commission est du l*' janvier 1575, et c'étoit des étrennes que ce prince donna à ses sujets ; il est appelé Sa Hautesse. Quelque jour je vous enverrai cette Histoire elles Mémoires imprimés.
On a publié ce matin l'arrêt qui condamne au feu les remontrances des fidèles à Monseigneur l'archevêque de Paris; il est du 23 février et a été exécuté le même jour. Le discours de M. Gilbert est fort et éloquent, mais on ne nous a point donné l'arrêt contre les quatre brefs qui est du même jour. Il faudra pourtant Tavoir.
La fureur contre Alacoque subsiste toujours; il y en a une censure très-vive dans les Nouvelles ecclésiastiqueSy mais on dit que le Journal des Savants en parle bien. Voilà une consolation pour le prélat qui pourroit trouver dans les mystiques des exemplaires pour lui, comme M. de Cambray en trouva dans une tradition chronologique de ces livres. Je ne connois le codicile de M. d'Apt que par la lettre de M. de' Montpellier. Vous aurez sans doute vu la lettre de M. d'Auxerre au Roi; la matière est nouvelle.
1 10 gorrespondauge inédite.
Lettre XVF.
A Paris, ee 5 mm I7S0.
Le cardinal de Bissy se prépare à partir pour le Conclave, et je crois quUl sera le seul des cardinaux françois. Le public parle du cardinal Àlberoni; mais le Sacré-Collége et le Saint-Esprit ne seront pas pour lui.
On poursuit toujours M. de Soissons sur son Àlacoque. On vend des rubans à la coque, et le Roi lui-même lui a demandé sHl avait permis les œufs dans son diocèse pour ce carême , à quoi il eut assez de peine à répondre.
Un des colporteurs qui avait été pris à Rouen, a été condamné au carcan. Le jour qu'il a fallu Tezposer, le peuple s'assembla et on le regardoit comme un martyr; il y eut même quelques prêtres arrêtés qui se préparoient à chanter le Te Deum. On ne Texposa point, mais deux jours après il y a été mis avec grande compagnie d'archers, et il n'a point chanté. Le jugement est affiché partout Paris. Il a répondu dans son interrc^atoire comme un fanatique ; il est banni pour six ans et un curé de Rouen aussi, mais c'est par contumace.
Le Callislhénes de H. Piron a regagné le public qui étoit contre, mais on dit qu'il y a de certains sentiments bas qui font voir que l'auteur n'a pas été élevé en bon lieu (1).
Ils ont aux Italiens un Scmson qui fait grand bruit; c'est une traduction faite par Romagnési en vers françois du Samson italien . Il le déclame à merveille, mais les autres acteurs font pitié. On dit toujours l'opéra accordé au
(1) Le 1 1 mars, Bouhier répond : « Le CalHsthènes de Piron ne parott point (c encore ici. Je ne suis nullement surpris qu*il s'y trouve des sentiments « bas. Il est non le bfttard, mais le fils de mon apothicaire, et il a eu une édn- « cation convenable à sa condition ; il a peut-être des talents, mais un esprit « peu réglé et porté au bas comique. »
LETTREIXVIP. m
P. dû Carignan. Voilà des nouvelles de spectacle où je ne vais guère.
On imprime par souscription à Bruxelles les Mémoires de Castelnau avec les additions de Laboureur et d'autres qui feront 3 volumes in-folio. Et ce qu'on n'a point en«core vu^un sculpteur va faire aussi par souscription le buste de H. Arnaud en plâtre sur un buste original qu'il a à Bruxelles. Je m'imagine que la liste des souscripteurs découvrira les jansénistes > comme ont fait les listes dès appelants, et que c'est un piège de sculpture. Je n'ai autre chose à vous dire aujourd'hui^ Monsieur; je vous embrasse et vous souhaite une bonne année.
Tout est tranquille en Moscovie jusqu'à présent ; le jeune czar a recommandé sa fiancée, mais je ne vois pas que les testaments des souverains soient bien exécutés.
Lettre XVII'.
A Paria, ce 14 mars 1730.
Je VOUS remercie du dispositif de l'arrêt contre le livre du C. Bellarmin; il vient de paroltre bien au long (avec le discours du premier président de Harlay à la Reine lorsqu'elle le voulut faire rétracter) dans une nouvelle consultation de 94 avocats pour M. l'évoque d'Auxerre. Je ne rai'.point signée, quoique les principes en sont bons, parce qu'elle unit par deux lignes qui attrapent les puissances^ les voici : Dans v/n autre temps on auroit épargné à M. Tévèque d'Auxerre l'embarras de se pourvoir contre le bref qui flétrit son mandement. Tous les évêques de France, tous les ordres de l'État se seroient empressés de le prévenir. Le temps, les évéques, les or^ dres de l'État, voilà tout en faute, et nous n'étions pas consultés sur cela. On en a déjà fait deux éditions ; dans la seconde on y trouve la traduction des deux brefs, l'un à M. d'Auxecre où il n'est point parlé de brûler, fUmmh
112 CORRESPONDANCK INÉDITE.
addicetur ; mais cela est peut-être compris sous VEt cxtera^ qui est là aussi mal placé que dans Tarrété. L'autre bref est à celui qui est donné contre les édits et arrêts des souverains et des parlements ) et il est bien étonnant : je ne connois point les deux autres. La consultation a pris beaucoup de choses dans le livre de M. Dupin de la Puissance ecclésiastique- Je voudrois, pendant que Ton y est, que l'on réformât la formule de l'intronisation du Pape qui dit : Accipe thiaram tribus coronis omatam ut scias te esse patremprincipum et regum rectorem orbis in terra, vicariam salvatoris Nostri Jesw-Christi. Cui est honor et gloria, etc. Ne voilà-t-il pas bien le temporel sur les rois de la terre bien distingué d'avec le spirituel. Il faudroit un bon arrêt pour supprimer la description des cérémonies où se trouve cette formule et qu'on vient de publier avec permission de M. Hérault, du 9 mars 1730, sous l'approbation de M. Passard, censeur des petites drogues. Il me semble qu'on ne prend garde à rien. Si le Pape est le père des princes et des rois, ils tiennent donc de lui leur héritage et il les peut déshériter. S'il est le gouverneur du monde en terre, il y peut donc faire ce qu'il veut. Voilà ce que portent ses provisions et la condition de son élection, et puis on les conteste. Les cardinaux françois, allemands et espagnols ne devroient point passer cela; mais nous n'irons pas réformer le monde,
Sinete ire res quomodo vadunt.
Les Noutelles ecclésiastiques parlent toujours de la Vie d^A^ lacoque, et en voilà déjà deux extraits très-curieux et qui valent mieux que le livre où cela est noyé. M. de la Paye doit être reçu jeudi à l'Académie, M. de la Motte le recevra, et Dieu sait les belles phrases modernes et fondamentales du parti contre les anciens. Je crois qu'Homère et Virgile casseront les fenêtres pour s'enfuir. Il court une pièce en vers intitulée le Chimiste, contre l'opinion de la Motte sur la poésie. Ce chimiste voulait décider
LETTRE xvn^ us
contre les odeurs, et il ne fut loué que par les punaises. Je n'ai pas encore vu la pièce. M. de Saint-Martin, qui aspire au généralat de la Calotte^ ayant su qu'un soldat aux gardes n'avoit pas été bien traité par le parlement de Douai où il étoit allé pour faire entériner une gr&ce^ pourquoi on lui demandoit 80 fr. de frais que le soldat n'a point voulu payer, a écrit au Parlement une lettre que l'on dit très-impertinente. Le greffier l'a remise au procureur général, le procureur général au chancelier, et je ne sais ce qui en arrivera, sioon que voilà Saint- Martin généralissime de droit.
L'affaire de M. d'Orval n'est pas encore jugée. M. Trudaine^ qui doit la rapporter devant le Roi, est tombé malade. On dit toujours que M. de Béthune gagnera sa cause, quoiqu'elle ne soit pas bonne. M. d'Orval cependant a mis dans sa production un enfant dont Madame sa femme est grosse, et s'il arrive un m&le, ce sera une pièce nouvellement recouvréequi pourra faire une cassation : à ce propos, on dit M"^ de Lambert grosse. Apollon sera le parrain de l'enfant.
La nouvelle de l'Empereur mort est aussi fausse que celle du roi de Prusse, que l'on a dit avoir été tué dans une sédition excitée par son fils, qui avoit voulu se mettre entre le Roi son père et la Reine à qui son mari vouloit donner des soufflets ; la Reine les a eus, le fils des coups de bâton; le peuple s'est soulevé et voilà le Roi mort. Il n'y a peut-être pas un mot de vrai de toute cette histoire. Ce qui est sûr, c'est que le roi de Prusse a été à Dresde, à une noce où étoit le roi de Pologne , qu'il y a resté depuis le 17 février jusqu'au 25, qu'ils se sont bien embrassés et ont bien bu ensemble, et que la Gazette de Hollande ne dit pas un mot au delà.
Le soulèvement du Hississipi est plus certain ; les sauvages ont coupé la tète à beaucoup de blancs et de nègres, ensuite ils les ont arrangés et leur ont fait danser le calumet sans tète. Ce fait est dans une lettre que j'ai vue
CQ consultation pour un M. D qui a abandoBné ses
biens ^ entre lesquels il y. a quatre habitations rainées par ce dernier désastre. M. Kolli^ son associé, et le fils de KoUi sont du nombre des décapités, et un jésuite aussi ; et un autre jésuite y est mort de faim.
On crie beaucoup contre cet arrêt qui déclare nulles les primes faites sur les actions; mais on ne se souvient pas qu'elles ont été condamnées dès 1720 et que la négociation des actions a été fixée eu 1726 à la même forme des lettres de change ; cependant il faut entendre les changements que Ton fait dans le ministère et qui ne seront point. — Je saurai la souscription de Castelnau.
VIdole de Bruxelles est charmante^ et ce mot-là vaut cent épigrammes : il y aura bien des iconoclastes.
Lettre XYUP.
A Paris, ce 24 mars 1730.
Je suis bien fâché, Monsieur, contre cette goutte qui vous quitte et qui vous reprend sans raison. Nous sommes ici dans de grands événements : M. Des Forts est renvoyé et M. Orry est à sa place. On ne comprend ni le premier ni le second, et encore moins le premier, qui sort de là dans un temps de malversation, où s'il n'a pas de part, du moins il n'a pas assez contrôlé. Tout cela est une suite du Système : ce papier si aisé à détourner tente Jes gens, et on ne sait plus ce qu'il devient. On dit qu'il y a des commissaires nouveaux (M. de Machault et M. Fagon) pour examiner toute cette manœuvre. 11 y a un homme à la Bastille qui a parlé et peut-être trop. Avoit-on cru trouver un Talhouet dans un Des Forts? L'affliction est grande dans sa famille, et comptez combien de gens en place y prennent part. Pour M. Orry, on en dit beaucoup de bien. Quand il étoit capitaine de cavalerie dans le régiment de Berry, il ne croyoit pas devenir contrôleur
LETTRE XVIIP. ÎIS
général des finances. J'en reviens toujours au mot de Philippe de Gbmmynes : Il peut aussi him' empirer qu'a-^ mender.
Le Palais est furieux sur la Consultation : c*est à la pluralité des voix que les derniers termes sont restés^ mais quelle pluralité? A peine en connoit<on les noms. M. Bargeton m'a dit qu'il étôit de l'assemblée générale et qu'il n'avoit jamais rien pu persuader. Ils disent bien ce qui se fit en 1616^ où la mort d'un si grand Roi étoit encore toute chaude^ mais ils ne savent pas qu'en 1609 le Roi lui-même renvoya M. Servin qui vouloit faire censurer le décret où avoit été condamné l'arrêt de Jean Chàtel^ et le pria de ne se point mêler de ses affaires en lui disant quil y avoit des fous à Rome aussi bien qu'à Paris. Je vis hier une lettre de remerclment de M. d'Auxerre aux avocats dont il a fait un parallèle avec les évêques, et cela me parut assez mauvais.
J'apprends en ce moment la mort de M""*^ d'Argenis qui m'afflige beaucoup. Je l'avois raccommodée avec son mari . Elle a eu une peur du tonnerre qui lui a donné une grande maladie, il y est venu toutes sortes de médecins et à la fin elle y a succombé. M*"* de la Fare est aussi morte de peur, et je mets à la fin de ce chapitre la mort de M"*Lecouvreur, qui n'a été malade que trois ou quatre jours, qui est morte entre les bras du comte de Saxe, qui ne l'aimoit plus ; et n'ayant pas eu le temps de renoncer à la comédie, on n'a pas pu obtenir pour elle un peu de terre pour l'enterrer. Elle a fait un testament dont M. d'Argental est l'exécuteur, je ne sais en vertu de quoi (1).
(1) Le 28 mars, Bouhier répood : « La mort de La LecouTrcur fait trem- « bler; j'ensuis très-atfligé on mon particulier; j*avois quelqnefois mangé « avec elle cliez de mes amis, et loi avois trouTé un caractère très-aimable, « sans compter ses talents pour la comédie, qui m'avoient paru supérieurs •( à cenxdefi €liamproélë, des Duclos, des Raisin, etc.... A la voix près, qu'elle « avoU moins touchante et moins belle que les autres, elle Temportoit « Tort, à mon iTis, pour Faction et pour le jeu naturel. Elle étoil, en son genre,
Je ne me suis point trompé au nom de M""* de Lambert ; c'est la femme du fils qui étoit autrefois M""^ de Locmaria.
Le conte du Chimiste n'est pas long; vous l'aurez au premier jour.
Le général de la Calotte est au fort TÉvéque. Il dit au cardinal, qui vouloit l'envoyer à la Bastille, que puisqu'il ménageoit les finances duRoi, il en coùteroità la Bastille 20 livres par jour, et qu'au fort FÉvéque il n'en coùteroit que 6.
Le cardinal ne trouva pas la plaisanterie bonne; il lui dit qu'il iroit au fort TÉvèque, qu'il n'en coùteroit rien au Roi, et qu'il y seroit longtemps. Tout le régiment y va manger tous les jours, et on fait bonne chère aux prisonniers qui vont tous devenir calotins.
Les Anglois <iisent qu'ils n'ont point de part à l'affaire du Hississipi : nous en usons bien avec eux sur Dunkerque, et les Walpole, qui étoientàbas, sont relevés.
Votre nouvelle de M"* de Listenoy est fort bonne à savoir; elle aura bien fait de s'évader comme M"* de Kerbabu fit à Néaufle. Son affaire est instruite : elle attend des conclusions du procureur du Roi, et puis le jugement, et puis l'appel, et puis l'arrêt. En voilà encore pour longtemps, mais elle est patiente et courageuse (1) .
« ce que Baron étoit dans le sien. Mais enfin ils ne sont plus l*un et l'autre. (I On m'a mandé que M. d^Argental étoit son exécuteur testamentaire, mais « non son héritier, et que c'est un (idei-commis de la défunte pour faire « passer son bien à deux ou trois enfants naturels qu'elle a laissés. On saura « bien ce qui en est. Il faut que M. d'Argental fût fort son ami. » (Voir aussi le Mercure de mars 1730.)
(1) La grande nouvelle d'ici est qu'on doit amener incessamment à notre château la marquise de Listenoy qui y est reléguée par lettres de cachet. On dit que madame sa mère l'a demandé ainsi, pour arrêter le cours de ses amours, dont tous connaissez sans doute la singularité. La lettre est adressée à liulendant de Franche-Comté. Le bruit court qu'elle s^est évadée, je vous manderai la suite de cette affaire (Bouhier, 21 mars). Le 28 mars, il ajoute : « La « marquise de Listenoy s'est en effet évadée et s'est, dit-on, sauvée en terre « papale comme d'Assoucy, avec le cher objet de ses folles amours. Ce qu'il « y a de bon, c'est qu'elle a passé ici incognito sans autre suite que la ]
H. de Sainte-Maure^ qui ne veut point donner copie de son enquête^ où il a fait dire par les témoins plusieurs sottises contre sa femme, a fait signifier qu'il h'entendoit point adopter certains faits singuliers, et ce n'est qu'à cette condition qu'il en veut donner une copie. Voilà matière d'une belle plaidoirie et toute nouvelle. L'enquête estnuUe et il voudroit la conserver ; qu'en pensez-vous. Monsieur? J'apprends que M"^ la marquise de Fresnoy a quitté Monsieur son père et est à Paris* Bonjour, Monsieur, je vous embrasse.
Lettre XIX\
A PâritJeStTrillTSO.
Je ne vous ai point écrit, Monsieur, depuis le lit de justice, parce qu'il y a tant de choses à dire qu'on ne sauroit dire, et tant d'autres qu'on ne sait point, qu'on est fort embarrassé. La Déclaration est publique, je ne sais pourquoi on a parlé de jansénisme dès le titre, car l'article quatrième, qui renvoie au cinquième de celle de 1720, défend les noms des sectes. Je ne sais pourquoi on a' parlé des explications dressées dans un esprit de concorde, le Pape ne les ayant jamais approuvées. Vous trouverez le Parlement loué sur ce qu'il a fait en 1714,
• bert, qn'on dit très-bien faite, qaoiqne un peu maigre. Elle' lui a assuré « 6,000 li?res de rentes sa> ie durant pour ses bons et agréables senrices. »
Eufin, le 15 aTfil, Bonbier raconte la fin de PaTenture: « Madame de Lis- « lenoy a été assez sotte pour se laisser arrêter à Pont-de-Vanx. Elle est « en notre château et on lui a donné pour la sertir deux antiques sorcières « qui sont très- propres à la guérir de son goût lesbien. Sa clière Lambert a « été conduite à Paris où on croit qu^on va l'enfermer au couvent de Saint- « Michel. On dit qu'elle e^t très-aimable et qu'il y a longtemps qu'elle auroit « Youlu se dépêtrer de sa marquise, qui Tafait, dit-on entraînée par une do- « nation de 6,000 livres de rentes sa vie durant. Je ne sais si ce n'est pas « cela qui a le plus aigri madame sa mère. Elle a la liberté de voir ici ceux « qui la vont Toir, mais la presse n^est pas grande ; elle trouvera ici peu de m prosélytes. »
«t cependant il est dit que la Constitution sera exécutée selon sa forme et teneur^ quoique le Parlement eût modifié trois propositions. L'impëtration et la vacance des bénéfices est bien plus claire dans Tédit de 1665, et l'article cinq est rédigé dans une phrase si longue, qu'on en perd presque l'haleine. Quoi qu'il en soit, la voilà passée. On a opiné très-hautement et il s'est dit des 4îhoses qu'on ne mettra pas dans le Procés-Verbal du lit de justice. On a dit à M. le Chancelier : Quantummutatus ab illo , et on n^a pas pensé à tous les changements qui sont arrivés depuis 1715. M. Pucelle, Nigot, Robert, Guillebaut, Dupréde Saint-Maur, Vrevin, Titon, de Majainville (abbé), se sont fort signalés dans leurs opinions, etM. Leclerc de Lesseville, conseiller d'honneur comme plus ancien de l'assemblée, voulut parler le premier, mais on le Ternit à son rang , et à son rang il dit qu'il falloit se démettre de son emploi, puisqu'il n'y avoit point de liberté. Je crois qu'il n'en fera rien.
Messieurs des Enquêtes sont revenus le lendemain , et ont prié, même sommé M. le premier président de venir; il y est venu avec une lettre de M. le Cardinal qui défendoit l'assemblée, mais on n'a point reconnu cette lettre, et on a demandé communication des registres pour y écrire une protestation ; il a montré une autre lettre de M. le Chancelier qui défendoit cette communication, et sur-le-champ il s'est levé 5 et a emmené le greffier. Messieurs du grand banc l'ont bientôt suivi et Messieurs des Enquêtes, sans chef, sans greffier et sans registre , n'ont pu rien faire et sont sortis mécontents. Us attendent les Mercuriales ; les avocatsqui ne dévoient point rentrer sont revenus, dès le mardi matin, à l'audience de sept heures. Ils avoient donné avis à la Cour, le samedi, d'une thèse soutenue depuis peu aux Jésuites, où il est dit qu*on n*a jamais besoin de conciles généraux [nunquafn)y et ce seroit là une belle exclusion pour les appels au concile. Cet avis est donné en vertu d'un ancien serment des avocats.
Quod in causis qua$ fai>ebunt si viderint tangi jm regium, ipsi de hoc curiam advisabunt; dans d'autres éditions^ il y a admonebunl. Nous verrons après la Quasimodo le succès de cette dénonciation. Je crois qu'après ce temps-là les esprits seront bien rassis; si on avoit attendu une quinzaine^ il y auroit eu une belle foule de mémoires comme on fit à Pontoise. Il y a eu des placards au Palais povœ prier sainte Geneviève de défaire Paris de la Constitution^ comme elle Ta défait d'Attila. Vous pouvez bien croire quelle est la désolation dans ce parti ; mais il y a ^apparence qu'on ne poussera pas les choses à bout à Paris^ et que seulement dans les provinces quelques évèques useront de sévérité. Si tous les bénéfices étoient vacants^ Rome gagneroit bien en provisions^ et le nouveau Pape trouveroit bien de l'argent amassé pour la guerre d'Italie qui commence.
On m'a assuré qu'on n'en est venu au lit de justice qu'après avoir épuisé là matière d'un concile national qui n'a pu se tenir parce qu'il auroit fallu y appeler les évèques opposants et même H. de Senez^ sans quoi il y auroit eu nullité et défaut de liberté. Il a donc fallu l'autorité du Roi^ dans la crainte du schisme et pour le soutien de l'Etat. M. Talon fit sur cela un beau discours en 1664 quand il fit supprimer la lettre de M. l'évêque d'Alet. On le trouve dans le 2® tome du Journal des Âmdiences, avec les déclarations de 1664< et de 1665 enregistrées en deux lits de justice, et le procès-verbal et arrêt de 1665 signé Robert, qui ne s'est plus trouvé dans aucun des registres du Parlement en ces derniers temps.
LeProcis^Verbal du dernier lit de justice est tout dressé et on y a mis les trois discours de M. le Chancelier, da premier président et de l'avocat général, mais on ne sait s'il sera donné au public, car on ne manqueroit pas de critiquer^ et les Nouvelles ecclésiastiques sont aux aguets. Je ne sais si elles continueront; ce sera là où la police agira sévèrement.
On n^a point de nouvelles da Conclave. Voilà la guerre en Italie. M. de Haillebois y va lieutenant général avec trois bataillons d'infanterie pour conduire les Espagnols avec don Carlos. Ce ^petit feu pourra bien en allumer un plus grand l'année qui vient, et cette belle paix de Séville va enfanter la guerre. Les régiments du Perche, de Flandre et RoyaURoussillon sont de cette infanterie.
Je ferai remettre le lendemain des fêtes le volume 706 à Tabbé Parisot. Nos Ânglois en ont bien assez ; on ne les voulut point recevoir au lit de justice, comme Anglois; ils se mirent à la suite de M. l'ambassadeur de Hollande , et entrèrent comme HoUandois. On les soupçonne de la révolution du Mississipi et d'une autre qui vient d'arriver en Amérique, où on auroit conjuré de tuer M"' de Champigny et d'égorger toute la garnison du Fort-Royal. M. de Champigny étoit venu à la Guadeloupe dans une flûte qu'il a renvoyée avec 50 hommes, tant François que Suisses; ils ont tué le lieutenant sur le pont, ont voulu tuer le capitaine, qui, par grâce, a obtenu la vie. Ils l'ont forcé de les mener eh mer pour piller; il les a adroitement menés à une lie qui est aux Danois, comme pour avoir des vivres ; il a averti du fait le gouverneur, qui les a fait prendre dans le port, où on les a tous enchaînés et on les amène en France , pour savoir l'auteur de cette conjuration : je sais cette histoire de M. de Champigny, capitaine aux gardes, frère de l'autre.
Je viens de lire dans la Gazette de Hollande qu'on imprime une nouvelle édition des OEuvresàe H. de Fontenelle , plus ample que les autres, en 3 volumes in- 4* et 3 volumes in-folio, avec des vignettes magnifiques ; rin-ï'' 25 florins, l'in-folio, petit papier, &0 florins, et le grand papier 80 florins. Voilà donc M. de Fontenelle in-folio et avec des images. Il a si longtemps amusé les femmes, qu'il faut bien à présent qu'il amuse les petits enfants. Et M. de la Motte, ne voudra-t-il pas t&ter aussi de l'in-folio? Je vous souhaite de bonnes fêtes.
LETTRE XX*. tJl
Lettre XX\
A Paris, ce toavriH 730.
Je n^avois pas été bien instruit^ Monsieur, du lendemain du lit de justice. On entra à la Grand'Chambre à Taudience, et ensuite il se fit plusieurs arrangements sur la séance des prisonniers. Pendant ce temps-là, Messieurs des Enquêtes faisoient des mouvements dans leurs chambres, au lieu de s'assembler au cabinet de la première comme il est d'usage dans ces cas. On députa M. Tabbé Guillebaut qui est de la troisième, qui alla dans chaque chambre, et qui fit si bien qu'il les assembla^ et on alla tous ensemble à la Grand'Chambre, où on trouva Messieurs en place : on finit ce qu'il y a voit à faire pour la séance; puis M. le premier président leur dit que la cour voyoit bien le sujet de leur venue, que la veille il n'avoit pu rester après le lit de justice, parce qu'il y avoit des ordres du Roi très-formels de ne point rester; que ces ordres lui avoientété donnés par M. le Chancelier, et qu'encore aujourd'hui il y en avoit de nouveaux pour ne point délibérer sur ce qui s'étoit passé au sujet de lit de justice... II hésita quelque temps à les montrer^ enfin il les montra, et c'étoit une lettre de M. le Chancelier, qui parloit d'abord de ce que M. le premier président avoit fait en ne demeurant pas la veille , en quoi il avoit obéi au Roi, et ensuite la lettre rapportoit l'ordre de ne rien faire davantage, de s'opposer à ce que voudroient faire Messieurs des Enquêtes, et en cas qu'ils persistassent, de se lever avec Messieurs du grand banc, de quitter la chambre, à peine de désobéissance. Cette lettre donna matière à bien parler sur l'ordre, sur la personne qui le donnoit ou qui le rapportoit; [quelques-uns vouloîent que Tordre du Roi fût donné par un secrétaire d'État; il fut remontré à la compagnie qu'il étoit plus glorieux de le recevoir du
132 CORRESPONDANCE tNËDlTE.
Chancelier, chef de la justice. On disputa beaucoup pour en venir à une protestation et à une délibération qui fut toujours refusée. M. le premier président sembla se prêter ^n disant que si, par une acclamation qui seroit faite à netnine contradicente , on proposoit quelque chose ^ quMl pourroit le faire; bientôt la contradiction vint par H. le président Pelletier^ qui dit que cet expédient seroit toujours contre les ordres , et cela en resta là : H. le premier président, tout en causant, se leva de sa place, passa le parquet parlant aux uns aux autres; la barre fut levée, il se trouva hors de sa place sans presque qu'on s'en aperçût, et se mit auprès de la cheminée^ où on le joignit. C'est une vraie retraite d'un général. Là, ce ne fut plus qu'une conversation; il fut dit que la Déclaration avoit été si retranchée, qu'elle ne pourroit faire grand mal; que dans l'exécution elle trouveroit bien des adoucissements de la part du Parlement même; qu'il ne falloit point dire qu'on eût mis la main à l'encensoir, parce que cette loi de l'Église n'étoit à proprement parler qu'une loi de discipline, que la discipline y entroit beaucoup plus que le dogme , et que le dogme même n'étoit pas proprement un dogme. Sur quoi quelqu'un dit en riant : Monsieur, vous êtes de l'Académie, vous ferez mettre cette définition-là dans le Dictionnaire^ Cette conférence hors de place fut fort amiable en apparence, mais les cœurs n'en étoient pas moins irrités, et on revenoit toujours sur le point de laisser quelque chose dans les registres de la Cour. Enfin on se sépara , Messieurs des Enquêtes retournèrent dans leur chambre, et on dit qu'ils y ont fait un arrêté, dont on parlera à la Mercuriale ou à la première réception de quelque conseiller, si cela n'est arrêté par des ordres supérieurs. M. le premier président est parti aussitôt pour aller au Vaudreuil faire placer un groupe dans son parc. Voilà ce qu'un de ces Messieurs qui y étoit et qui en parle bien m'a appris. On appelle le Chancelier le chancelier
MuiattAS, et il est bien singulier qu'on ne veuille pas penser aux changements arrivés dans la chose méme^ ni aux modifications faites à Pontoise, où la cessation des appels a été reçue pour être inviolàblement observée : il ne peut donc plus être question de Tappel dans le Parlement et en bonne règle tous les appels qui étoient portés lors au Parlement par les évêques, par l'Université, par la Faculté de théologie, sont jugés par cet arrêt, à quoi on ne prend pas garde, et j'en ai fait faire la remarque à ce magistrat, qui n'y pensoit pas.
M. le comte de Baujeu a été mis à la Bastille, pour avoir insulté M. d'Angervilliers et ensuite M. le Cardinal.
Lettre XXP.
ATrU 1730.
Vous savez ce qui est arrivé au Parlement, comme il a été mandé à Fontainebleau, la réprimande qui y a été faite sur les assemblées, que tout a été annulé par ordre du Roi, prononcé par H. le Chancelier^ et que cela a été écrit sur les registres sans délibération. On crie beaucoup contre H. le Chancelier, contre M. le premier président, et les calottes ont déjà marché. Cependant les arrêtés demeurent dans les chambres et ne sont pas biffés. Nous verrons tout cela imprimé au premier jour. Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours leur train et seront curieuses à la postérité. M. l'évêque d'Auxerre a été obligé de se justifier au sujet d'une lettre qu'il avoit écrite au père Courrayer quand il étoit à Paris, et que ce dernier a fait imprimer dans les preuves de son Apologie. C'est un maître moine que ce père Courrayer, et on est heureux d'en être défait, car il a de terribles opinions sur la religion ; il ne peut à présent que gâter un pays déjà tout gâté. La lettre de M. d'Auxerre est dans les Nouvelles eeclésiastiques du 18 mars.
iU CORRESPONDANCE INÉDITE.
M. de Montpellier vient de faire une Lettre de 25 pages in-folio sur la Légende de Grégoire VII. Il y a de grands traits de science et d^éloquence, mais peu d^ordre; il y a aussi un mandement de H. de Castres sur la même matière et que je n'ai point encore vu.
Oq dit qu'il y a brouillerie dans le conclave et qu'à la fin les punaises les en feroût sortir. Le Coscia y fait grande figure , mais on l'assommera peut-être en sortant. Rome n'aime point les Bénédictins.
Lettre XXIP.
A Parlt, ce 24 iTril tTSO.
J'ai été fortenrhuméy Monsieur, et je le suis encore, ce qui m'a empêché de vous écrire depuis quelque temps ; il y a belle matière, car tout a été en mouvement au Palais depuis qu'on a rentré. Le jour des Mercuriales toutes les chambres étant assemblées, M. l'abbé Pucelle parla au bureau sur ce qui s'étoit passé le lendemain du lit de justice. Il entra dans le fond de la déclaration de Tédit de 1665^ qu'il dit être resté sans exécution et aboli par la paix de Clément IX, qui avoit admis la distinction du fait et du droit, que lui-même il avoit signé le formulaire avec distinction , lorsque le Roilui avoitdonné uneabbaye; qu'on vouloit faire perdre la mémoire de cette paix, que le Roi avoit regardée comme une grande action, puisqu'il en avoit fait frapper une médaille ; que depuis on avoit changé la légende de cette médaille dans les dernières éditions de Y Histoire mitalliqWy mais qu'il avoit la première que le Roi lui avoit donnée, etc. Il dit que la Déclaration étoit apportée dans un temps où tout étoit en trouble par la légende de Grégoire VII, par les brefs de Rome contre les mandements des évêques, par l'interdiction de plus de trois cents dignes prêtres dans Paris, et qu'il sembloit qu'on vouloit tout sacrifier à la cour de Rome. H. le premier pré-
LETTRE XXII*. f25
sident répondit, et montra une lettre de M. le Chancelier qui portoit des ordres de ne rien faire. Cette lettre fut contestée par défaut do pouvoir : il en tira une autre du Roi à lui premier président, qui fut encore contestée , et un conseiller dit que c^étoit là des lettres de particulier à particulier, enfin il en montra une troisième du Roi au Parlement quUl voulut lire, mais on ditqu^elle devoit être présentée par le procureur général; il vint, il la présenta, puis on le fit sortir avec les gens du Roi, et quand elle eut été lue, comme elle éloit très-forte sur les ordres, M. le premier président «fit entendre qu'il falloit obéir. M. le président Amelot, qui voulut parler, ne fut pas très* bien reçu, et on se leva sans avoir rien pu obtenir sur les remontrances ni les protestations. Le jeudi et le vendredi on s'est assemblé dans les chambres, le résultat a été qu'on a fait une grande délibération contenant quatre articles : l"" Qu'il sera fait un procès-verbal de tout ce qui s'est passé le lendemain du lit de justice et depuis ;, 2"" une protestation contre le refus de remontrer ou pro* tester; 3' autre procès-verbal des voix du lit de justice, parce qu'on prétend qu'elles ont été mal comptées ou mal rapportées, et cela touche H. le Chancelier. V Autre procès-verbal du jour des Mercuriales. Cette délibération a été écrite dans toutes les chambres sur le registre des ré* ceptions, et signée de presque tous les conseillers. Le samedi, on vint pour demander l'assemblée des Chambres et faire part de tout cet ouvrage, mais la Graùd'Chambre étoit levée à huit heures et demie, à ce qu'on dit, sans affectation. On y a dû retourner ce matin, je ne sais encore ce qui s'est fait, mais je le saurai avant ma lettre finie. Les Chambres ont nommé chacune deux députés pour . cette affaire qui fait grand bruit dans Paris, et qui a fait cesser toute audience et rapport dans les Chambres, dont les pauvres plaideurs, qui se soucient peu de la Constitution, sont impatientés. J ai une affaire contre la succession deTouvenot, notaire, pour une négociation assez suspecte,
mais il passe pour un sainte parce qu'il alla en Sorbonne signifier Tappeldes quatre évèques^ pourquoi il fut mis à la Bastille^ et je tiens mon procès perdu. Je ne sais qui s'est avisé de dresser des remontrances comme si elles venoient du Parlement. Gela est assez fort^ et on y parle hautement de la dernière dénonciation des avocats sur la thèse du 22 mars; enfin voilà les esprits bien en mou* vement, et je ne sais quand ils seront apaisés. On en est toujours sur le pouvoir et Tautorité du Roi dans les choses spirituelles. Il semble qu'on ne pouvoit pas dire que personne ne puisse être pourvu aux ordres sacrés ^ etc., et on dit que c'est mettre un empêchement aux ordres qui sont purs spirituels.
En ce moment j'apprends que les députés ayant été demander l'assemblée des Chambres^ elle leur a été refusée; que MH. des Enquêtes sont venus eux-mêmes; qu'elle leur a été refusée aussi^ parce qu'il y avoit des ordres contraires; qu'ils ont demandé à remettre leur délibéra* tion à la Cour ; qu'il leur' a été permis de la remettre èsmains du greffier^ à qui ils l'ont remise^ mais que depuis elle leur a été renvoyée, ce qu'ils prennent pour une offense, et nous verrons ce qu'ils feront. J'oubliois de vous dire qu'ils n'ont pu convenir entre eux d'un président qui auroit dû tenir l'assemblée après que M. le premier président se fut retiré avec filM. les présidents à mortiers , ayant laissé plusieurs de MH. de la Grand'Cbambre avec lesquels le président ne put être convenu ; c'est le grelot.
Déjà les Nouvelles ecclésiastiques ont fait une Relation de la séance du lit de justice, où vous pouvez croire que M. le Chancelier et M. le premier président ne sont pas bien traités. On rapporte les propres paroles du premier au roi Louis XIV, en 1715, et à H. le chancelier Voisin, et . on saute par dessus les quinze années depuis. Cette pièce sera curieuse. Ilsdisentque le duc d'Orléans a dit au Chancelier : <c Passez, Monsieur, passez, ï> et cela n'est pas vrai, car il opina à l'enregistrement pur et simple , et en dit
LETTRE xxm^ m
même quelques raisons; un prince de la maison de Condé dit : oc Quand le Roi commande^ il faut obéir, p
Les capucins ont fait la cérémonie d'un sain t Martin qui a été docteur en droit civil et canonique; cela a duré trois jours* Un prédicateur feuillant a loué les avocats ; un cordelier, le lendemain^ a dit que le saint^ étant avocat, s'étoit renfermé dans sa profession et n'avoit point fait comme certains qui veulent décider des matières de religion. On n'auroit jamais cru que cette capucinade eût pu produire cet effets et voilà déjà les prédicateurs lancés. Le cordelier est le père de la Coste.
LtUreXXIU?.
APari8.ce28aYrU17S0.
J'ai vu hier un journal littéraire que je ne connoissois pasqui sUmprimeàToulouse. Il est de 1730^ tome 15, première partie : il y a un grand article des Mémoires pour servir à l'histoire de Bourgogne, dont il a rapporté plusieurs morceaux excellents, et il en juge bien , mais en récompense, il juge très-mal des Lettres de M. Pellisson, ouvrage, dit-il, écrit dans le goût des Gazettes et d'une utilité à peu près égale ; il rejette les nouvelles que H. Pellisson tenoit de la bouche du Roi, parce qu'il arrive souvent que les souverains ne sont pas mieux instruits de la conduite de leurs ministres et de leurs généraux que certains maris ne le sont de la conduite de leurs femmes : cela n'est-il pas bien appliqué à Louis XIV ? L'auteur cherche à rendre suspecte la conversion de H. Pellisson. Je ne sais où il a pris qu'il avoit 20,000 f r. de rentes, et il cite les Lettres critiques sur le calvinisme, de Bayle, au sujet des abjurations à quatre ou cinq pistoles, et sur tout cela il le tient mauvais historien et n'a point regret que son His" toire soit perdue.
Il y a à la fin un grand article qui annonce la nouvelle
ns CORRESPONDANCE INÉDITE.
édition de Fonteoelle^ et toutes les pièces^ dont il y a une qui a pour titre De V Existence de Dieu y mais je n'y vois point la Relation de Bornéo, et ceseroit un avis adonner à rimprimeor.
M. Duperray, notre doyen^ est mort; il a fait bien des livres assez confus.
Lettre XX/P.
A Paris, cela mai I7S0.
Je vous félicite d'avoir M"** de la Vrillière à vos États (1). C'est une beauté de tous les pays et de tous les temps ; elle a charmé TAngleterre quand elle y a été; elle y a fait de grandes passions, et elle fera toujours partout l'effet que font les grâces. Homère avoit vu quelqu'un qui lui ressembloit quand il les a décrites. M""^ de Listenoy est à Saint-Mandé, près Paris, et on dit que la liberté a été rendue à H'^*^ Lambert.
La pasquinade de Rome (2) est plaisante. Je ne Tavois pas vue ; il y a beaucoup de bruit au conclave. Le cardinal Alberoni a eu 26 voix; la Sua Coscia y tient son coin et a fait manquer la tiare au cardinal Ruffo.
Vous savez la mort violente de H. le prince de Courtenay. Voilà une vilaine fin pour une si grande maison. Il n'y a plus qu'un vieil abbé, qui n'a pas la vertu de l'abbé d'Orval. J'ai vu dans votre manuscrit des particularités sur les Courtenay, contre lesquels il y a eu un ancien arrêt de la Cour des Aides qui les déclare déchus des pré* rogatives de la maison des fleurs de lis pour avoir pris les nom et armes d'autres maisons. Us furent mis à la taille sous le règne de Henri IV ; il fut ordonné qu'ils prouveroient leur noblesse, et ils firent une production énorme
(1) Elle était Tenue délivrer sa sœur, Mme de LîsteDoy.
(2) Au sujet du fea Pape.
LETTRE XXV*. i79
de leurs titres depuis Louis-le-Gros^ mais H. de Sully ayftut fait faire une fausse généalogie pour se faire descendre lui-même d'un aîné de Courtenay, le Roi, qui le sut, ne voulut plus que l'on parlât de cette affaire, et en fut fâché. C'est un M. du Lys, avocat général à la cour des aides, qui dit tout cela en 1612 à M. Du Vair ou à M. de Peiresc et qui montra Tarrèt à M. le chancelier de Bellièvre, lors delà production de ce temps-là. Comme vous n'avez point votre manuscrit, il faut bien que je répare celte perte. Je vous le renverrai incessamment. Il y a, dans le deuxième tome de la Sadre Ménippée (Ratisbonne 1709 in-8% page 410), une note curieuse sur cette maison.
La nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle parolt à Paris, on la vend 130 liv. ; je ne Fai pas vue, mais il faut que Desmaizeaux ait achevé sa Fte, qui sera toujours bonne, quand il n'y auroit que la lettre conlroversiste de Bayle. Je n'entends pas dire que le quatrième tome de Bayle parolt encore.
On parle d'une calotte en prose contre M. de Soissons, qui le fait historiographe du régiment, et d'une autre contre les chefs de la justice. Je finis. Monsieur, en vous embrassant de tout mon cœur. Âvez-vous ouX parler de Sermons choisis?
Ce sont ceux du père Molînier, qui étoit père de l'Oratoire, et il y a là-dedans une fécondité étonnante. Le ser« mon du Ciel donne envie d'y être et celui de V Impureté a de bons traits contre les spectacles , et finit par un De Profundis.
Le fils de M"''' de Prie est mort aux Jésuites ; cette race n'étoit pas faite pour durer.
Lettre XXV\
U mai 1730.
Tenez-moi grand compte. Monsieur, d'avoir écrit de ma main toutes les abominations de la Pyramide que je T. iv. 0
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180 CORRKSPONDAxXCE INÉDITE.
VOUS envoie et- qui vient de la plume de quelque furie. Je crois qu'on a ressuscité Scioppius pour rassembler toutes ces injures. Notre langue est bien heureuse de ne pouvoir en exprimer de pareilles. C'est un partisan du cardinal Impérial! qui a fait cela pour se venger de son exclusion (1). J'ai vu par la même voie une traduction de la Thibdide de Stace en vers italiens^ imprimée à Rome sur la fin de 1729. — C'est un petit in-folio ; Fauteur est le cardinal Bentivoglio^ qui a pris le nom d'Isebuaggio Porporay qui est son nom académique. Je ne sais de quoi ce cardinal s'est avisé d'aller chercher ce poète pour le traduire.
La versification m'en a paru belle et même gracieuse. L'approbateur dit : Ho bensi ammirato nello medestmo una sonora armonia ai verso e d'uno stile florido insieme e robusto.
N'auriez-vous pas mieux aimé qu'il eût traduit les Silves?
Lellre XXV1\
A Paris , ce mardi 16 mai 1730.
J'aime bien le cardinal Colonna qui se donne du mouvement pour faire dire vrai au Halachie (2). Il a écrit de tous les côtés en ce pays-ci. L'histoire de ce conclave sera curieuse. Je vous ai envoyé une pièce du Diable qui est à la porte^ et qui a été trouvée dans quelques papiers
(1) Le manuscrit contient à cet endroit ( p. 460 ) ce pamphlet en vers latins, d'une Ter?e violente et d'en comique farouclie. On y peut juger si les haines conclavistes sont des feux de paille.
(2) « Jamais il n'y a eu de concla?e si plein d'intrigues et de troubles que « celui-ci, écrit Bouliier le 13 mai. On m'en fait espérer une relation. Vous « savez que, suivant la propliétie de Malachie, le pontife futur est désigné par « exceha colonna. Cela favorise les espérances du cardinal Colonna, qui est « nn des quatre prétendants, à ce que Ton dit. »
LETTRE XXVir. f3|
deMillon. On dit que le Colonua joue très-bien du violon, et voilà de quoi accorder tout le inonde. On devroit bien reprendre les errements de la déclaration (1) pour fixer TAge des moines à vingt-cinq ans, et des religieuses à 20. Mais aussitôt voilà tous les moines et les nonnes qui nous tombent sur le corps avec le concile de Trente qui a été exécuté en cette partie. Et qui pourroit résister à une telle armée?
Il est heureux que Taccident du plancher de vos Requêtes du palais n'ait pas été plus loin. H. le premier président Pelletier a eu un pareil accident en sa vie et n'a pas porté grand sens depuis. Cette pauvre machine humaine est exposée à bien des maux. La nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle parolt avec la Vie faite par Desmaizeaux. Il m'a promis des exemplaires de cette Vie séparés. Le 4* tome des OEuvres diverses ne parolt pas encore. Voilà tout ce que je sais, Monsieur, et vous embrasse toujours de tout mon cœur.
Lettre XXVIl'.
À Paris, ce 21 mai 1730.
L'inscription pour le médecin est plaisante et autant jolie que l'autre est affreuse (2) . Vous avez bien raison , Monsieur, de souhaiter une relation du conclave par M. le cardinal de Polignac. Vous souvenez- vous de son discours de réception à TAcadémie, où il disoit : c< Vous voulez donc la guerre, peuples insensés? eh bieni vous l'aurez. » J'ai toujours admiré son éloquence, quoiqu'elle fût rabattue par la bataille d'Hoschedt quelques jours après. Mais croyez-vous qu'il ait cet esprit qu'il faut pour démêler une intrigue comme le cardinal de Retz et pour
(1) Projetée par M. le Duc et que son exil Tempècha de donner.
(2) Sur le médecin du feu Pape. Bouliier la donne dans sa lettre du 18 mat.
le mettre sur le papier? Il en avoit le génie et le style. Voici ce que je trouve dans une lettre de M. Desraaizeaux, du 16 de juin 1729. « On a imprimé, à la fin du quatrième tome du Dictionnaire de Bayle, sa préface et ses notes sur les remarques critiques du Moreri de ITOi"; j'y ai joint quelques observations; cela fait dix feuillets d'impression; cela sera précédé d'une espèce de préface où je fais entrer une anecdote au sujet de Servet. Vous avez vu sa Vie écrite par M. de la Roche et insérée dans sa Bibliothèque anglaise. H. d'Almeverde vient de publier une autre Vie en latin, in-4.% sur les Mémoires de H. Hothem, imprimée en 1525 (il dit plus haut 1535). » Dans une autre lettre dudit Desmaizeaux du 20 mai 1729, parlant du Dictionnaire, il dit : « On ma « écrit qu'on avoit rempli dans cette nouvelle édition les « citations qui étoient en blanc (dans le Supplément), a Vous trouverez à la fin du 4.' tome les Remarques cri- « tiques sur l'édition du Moréri de 1704 imprimées à Pa- <f ris en 1700 et que M. Bayle fit réimprimer à Rotterdam c< avec une longue préface et des notes. J'y ai joint « quelques notes et cela est déjà imprimé et fait 10 à 11 (( feuilles, n
Ainsi, Monsieur, le Dictionnaire est aggmenté de ce qui est dit ci-dessus, et encore de la Vie de Bayle et des deux Mémoires de la reine Christine, qui ne sont point dans les Lettres, et de Tarticle de la République des lettres sur cette reine.
Il y a déjà plusieurs parlements qui ont enregistré. M. de BéruUe, premier président de Grenoble, est mort; punition et vengeance divine.
M"* de la Bédoyère est venue ici à la place de son mari pour répondre (t),etM. de Brilhac a envoyé M"»*^ de Brilhac pour la contredire. C'est une plaisanterie; ce qui est sûr, c'est qu'elles sont ici toutes deux.
(1) An sujet de remonirances du Parlement de Bretagne.
LETTRE XXVni«. 138
M. de Courtenay s'est tué lui-même de sang-froid ; il soupa avec sa femme, lui tendit la main en sortant et dit : «Quelque chose qui arrive, tranquillisez-vous. » Elle n'entendoit rien à ce langage. A une certaine heure le lendemain ils y entrèrent, ils le trouvèrent en robe de chambre sur son lit, un pistolet à côté de lui et tué de beaucoup de petits plombs qu'il s'étoit mis dans le cœur. On n'en avertit point M™* de Courtenay, qui alla à la messe à son ordinaire,^ et quand elle revint elle trouva dans sa maison M"® de Beaufremont, M. de Vertus son frère, un commissaire et puis M. le premier président y vint qui fit retirer le commissaire, dont on a eu bien de la peine à supprimer ou réformer le procès-verbal; c'étoient les domestiques qui avoient fait venir ce commissaire pour leur décharge. On ne parle pas de son testament; la généalogie est bien au long dans le P. Anselme. Voilà tout ce qui en reste.
H. le duc de Bouillon est enfin mort et a fait un grand testament pour les enfants de ses quatre femmes et pour les gens de sa maison.
Lettre XXVIIP.
A Paris, ce 24 mai f7S0.
Le procès de M. d'Hautefort est jugé d'hier au Châtelet, Monsieur : M. d'Hautefort déchargé de l'accusation, M"' Kerbabu condamnée envers lui en 10,000 livres de dommages et intérêts, les autres accusés déchargés et ont chacun 100 livres et aux dépens. La sentence sera imprimée; les mois injurieux de la dernière requête supprimés, sauf à se pourvoir par action civile; défenses au contraire. Il y a eu appel dès le même jour, par la dame, qui espère tout autre chose du Parlement. Paris croit avoir perdu son procès et feroit volontiers signifier un appel en adhérant comme pour la Constitution. Vous
134 CORRESPONDANCE INEDITE.
aurez la requête de conclusions civiles qui explique bien les faits et qui demeure tout court sur certains moyens qu'il falloit relever ; enfin ceci ne .ressemble guère à la bataille de Tannée passée.
Voici comme on dit à présent la mort de M. de Courtcnay. Il y avoit un chat qui venoit coucher dans sa chambre et qui Fincommodoit beaucoup; il dit qu'il en viendroit bien à bout et qu'il le tueroit, il l'a voulu battre avec la crosse d'un pistolet chargé, on a même trouvé cette crosse cassée, et dans ce débat il s'est tué lui-môme très-involontairement, le pistolet ayant lâché. Il n'y a pas grand mal à débiter cette histoire quand elle seroit fausse, pour épargner à celle grande maison une extinction aussi triste. Le P. Anselme et Dufourny ont dit toute la vérité sur la généalogie, et vous y trouverez jusqu'au défunt et madame sa femme, qu'il épousa veuve d'un Portugais.
Je vous ai envoyé les additions du nouveau Bayle dans un petit papier que je crains qui se soit échappé de ma lettre. On m'a dit qu'il est parlé de moi dès XAtierlissèment, je ne sais ce qu'ils en ont dit. Je verrai tout cela ; si les* citations du Supplément sont remplies, cela sera considérable.
Je suis pressé, Monsieur, et ne puisque vous embrasser.
Lettre XXIXr
A Paris, ce 4 juin 1730.
Le procès de M"'' Kerbabu est au Parlement; elle a eu arrêt de défenses et en aura bientôt un autre pour faire le récolement du procès-verbal de Tétat des pièces fait après le procureur du Roi, et voir comment elles ont changé depuis. Cette affaire, Monsieur, n'est pas finie, non plus que celle de la Constitution. Le parlement de Rouen a opiné à des remontrances, mais il a eu une lettre de jussion et a enregistré. Les Nouvelles ecclésiastiques ont fait
une relation de tout ce qui s'est fait à Rouen, et on y rapporte les lettres que M. le Chancelier a écrites & H. le premier Président et & M. le proeureur-général, avec les remontrancesentières, qui sont bien faites. Un monsieur de Hacquerville dit eu opinant que, depuis quatorze ans, on demandoit à Rome des explications sur les 101 proposit tions, qu'elle n'en avoit expliqué qu'une, qui est la quatrevingt-onzième, parla légende de Grégoire VU, et que si elle est autant sur les cent autres, en voilà pour 1 ,iiOO ans.
Je vous ai envoyé le premier et le deuxième exem*' plaire de la requête de M"^ Kerbabu.
H. Desmaizeaux m'a envoyé un exemplaire de la Vie de BayU et m'en promet un second pour vous. Quand vous ne l'auriez pas, ce ne seroit pas grande perte. C'est un long, ennuyeux et froid discours, qu'il a allongé par une plate analyse de plusieurs ouvrages. Ce qu'il y a de curieux, c'est la lettre de controverse dont je vous ai déjà parlé et les Mémoires menaçants de la reine de Suède que j'ai donnés et qu'on n'avoit pas encore vus. Le Kalendarium Carlananum est à la suite de la Vie, à ce que je vois par une réclame, et je l'aimerois mieux que cette longue Vie^ qui est une mort. Il y a un Avertisse^ ment sur cette quatrième édition ; ils disent qu'ils ont tra* vaille sur l'édition de 1702; qu'ils ont mis dans leur rang les articles déplacés dans la dernière édition de 1720, et même certaines remarques critiques, et ils on^ bien fait; qu'ils ont rempli quelques citations qui n'étoient qu'indiquées dans cette édition de 1750. Us disent quelques, ils n'ont donc pas rempli tout ( ces citations sont dans le IV*" tome aux articles omis, et yoyez par exemple l'article du P* Guignard, Horlhius et plusieurs autres ) ; enfin ils ont ajouté les remarques que vous dites être de l'abbé Tricaud avec une préface qui fut faite par Bayle, et les observations historiques et critiques de Bayle sur ces remarques : sur quoi M* Desmaizeaux dit que Bayle n^a voit pas reproché à H. Tricaud son plagiat, quoi^
qu'il eût tout pris du Dictionnaire de Bayle sans le nom* mer^ et Dieu sait comme H. D. le redresse à ce que dit VAviê au lecteur. Cet avis est suivi d'une lettre de H. Desmaizeaux à M. de la Motte, non pas votre confrère^ on ne nous dit pas qui il est^ mais c'est lui qui l'a engagé à faire la Vie. Il convient que le style en est très-négligé, et il a raison ; il dit qu'il peut y avoir des discordances parce qu'il envoyoit les cahiers à mesure qu'il travailloit ; il me nomme dans cette lettre, et dit que je lui ai communiqué des mémoires et que je les ai accompagnés des éclaircissements dont il avoit besoin, et vous noterez qu'il ne me nomme point, dans la Ft>,au nombre de ceux qui avoient commerce avec M. Bayle, lui qui vient de faire un recueil des lettres de Bayle où il a vu cent fois mon nom et qui depuis vingt ans correspond avec moi sur ce chapitre, et qui viens encore de lui envoyer le manuscrit de Gustave» On ne comprend rien à cet homme, et H'^^de Mérignac, qui étoit une femme merveilleuse, me disoit toujours : Monsieur, il nous le tuera encore au lieu de le faire revivre. — Enfin on trouve encore ajouté au Dtctionnaire l'ordonnance de M. de la Reynie contre la critique générale de Mainbourg par Bayle, etc. ; les actes du Consistoire de l'église wallonne de Rotterdam concernant les ouvrages de Bayle qui n'avoient pas encore paru : quelle disparate d'aller placer ça dans le Dictionnaire, au lieu de le mettre dans le IV^ tome des OEuvres diverses qui étoient leur place naturelle; mais c'est à cause de cela qu'il ne les y a pas mises et afin qu'on dépense cinquante écuspour ce qui ne vaut pas cinquante sous.
Cette Vie est enveloppée d'une feuille de la Henriade de Voltaire, in-i-^*, et il seroit bien f&cbé de savoir que les Anglois envoyent ainsi son poème pour faire des paquets.
Alentour d'uu castor j*eD ai vu la préface.
M. Desmaizeaux m'écrit une grande lettre, où il me prie de corriger sa Fte, et qu'il mettra mes corrections dans un
jonrnal. Il me dit que M. Constant lui a fait savoir qu'il a encore plusieurs lettres de Bayle, et ce qui peut vous regarder. Monsieur, c'est qu'il dit que le 1*' tome des Antiquités asiatiques de M. de Cbisul se vend deux gui« nées et quMI peut vous le faire tenir sûrement, que le 2* tome n'est pas encore sous la presse, et qu'on vient d'imprimer à Londres la Vie de Mahomet par M. de Boulainvilliers, qui ne vaque jusqu'à l'Hégire et que quelqu'un a achevée. Je sais ce que c'est ; il y a un premier livre de l'état de l'Asie qui est bien écrit; M. de Boulainvilliers me l'a fait lire de son vivant.
Bonjour, Monsieur; voilà bien du verbiage, et je crains que vous ne me preniez pour un sot.
J'ai découvert qu'il y a une partie du Journal de Paris de H08 dans le 1*' tome de l'Alliance chronologique du P. Labbe; il le tenoit de M. Godefroy ; il n'étoit pas imprimé alors. Lé P. Lelong en parle sous Charles VI.
Lettre XXX\
A Paris, o« 13 Juin 1730.
M"* de Tencin est exilée; on tenoit chez elle une seconde assemblée du Clergé où tous les évèques venoient parler des affaires ecclésiastiques. C'étoit comme un conclave, et on eût bien pu l'appeler, elle, la papesse Jeanne, qui tenoit le siège pendant la vacance. On dit que ces assemblées se tenoient pour faire accepter la Légende ; on nomme M. de Verdun, M. d'Autun, M. de Glandève, etc. On l'a voulu envoyer avec M. son frère à Embrun pour le consoler un peu de sa résidence forcée, mais elle a obtenu de n'aller qu'à vingt lieues de Paris. Les Nouvelles ecclésiastiques en vont dire de belles, ils en viennent de donner un Supplément pour l'année 1729, où il y a un mandement de M. l'archevêque d'Arles sur la naissance du Dauphin, qui est une des plus burlesques ins-
139 CORRIilSPONDANCE: INÉDITE.
truclioDS que Ton ait jamais vues^ elle malin journaliste dit qu'il est bon de conservera la postérité ce monument ecclésiastique du dix-huitième siècle. II y a de quoi rire aux larmes, et votre accès de goutte en guériroit. Il a trouvé Texcommunication dans les Commentaires de César : Si quis earum (les prêtres païens) décréta non
sletit \sacrificiis inlerdicenl. Il donne singulièrement
en imitation rattachement du Roi pour la Reine, afin que cet exemple touchant ne fasse pas la condamnation un jour des maris et des femmes qui se font séparer. Ainsi voilà les séparations qui sont devenues un crime de lèsemajesté, et moi qui en soutiens quelques-unes n'ai-je pointa craindre quelque lettre de cachet? J'aurai eu beau me sauver des Consultations, on me prendra d'un autre côté. Le prélat appelle cela le schisme conjugal^ qui lui sert de transition au schisme ecclésiastique j et là il parle de ri^ercule Gaulois et de THercule de F. dont nos anciens druides avoient fait une mystérieuse divinité, qui attiroit tous les peuples par les charmes de son éloquence, et par la force de sa raison. En e^et, illivirtus non terrila monstris. (J'en ris moi-même en le copiant. )
Vous verrez dans la requête de M"* Kerbabu comment ces pièces ont changé depuis qu'elles sont au Chàtelet. M. le procureur du Roi y a eu quelque part, et il n'y est pas ménagé. Hais dii reste vous verrez une narration bien développée, et à la fin, nuls moyens, nulles inductions, nulle application, et il semble qu'on ait oublié la moitié de la cause. J'aurois soutenu la preuve générale résultante de l'interrogatoire qui contient aveu d'avoir supprimé des pièces, et n'aurois pas conclu à la conviction individuelle dont il n'y a point de preuves.
Je n'espère pas avoir l'Instruction de M. de la Porte (1);
(1) R II ivirotl, avait écrit Marais le 4 juin, une instruction de M. de la Porte, « grand vicaire de M. de Seez, par laquelle il prétend pronver que quand l*évén que serait justement interdit, MM. de Falcon et de la Motte (grand vicaire du
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LRTTRK XXXl«. 139
celle que j'ai vue est unique à Paris, mais cela viendra peut-être quand on y pensera le moins. Par Desmaizeaux j'aurai sa Vie puisque vous la voulez, et vais lui écrire sur un ton doux et même flatteur. Je ne sais pourquoi ce quatrième volume ne vient pas, et peut-être ce fragment de la Vie de Gustave^ où il y a des choses hardies, en est-il la cause; je crains qu'il ne soit bien difficile d'avoir les Ànliquilis de ChisuU, car on rappelle H. Pointz, et c'est pour lui que Desmaizeaux les auroit fait venir. Le Boulainvilliers est bien peint dans voire lettre, je ne manquerai pas de voir le IX' tome du Père Desmolets, pour comparer les deux ouvrages, dont l'un l'emportera certainement sur l'autre pour le style; car on poùrroit dire du comte ce qu'on disoit de Bussy, qu'il parlqit une langue qui faisoitparoitre toute autre langue barbare.
Vous m'apprenez que Voltaire est avec le duc de Richelieu à Plombières. Je n'en sa vois rien. Je souhaite que M"** la présidente Bouhier en revienne en bonne santé et ses poches pleines des vers de notre poète. On dit déjà beaucoup de bien de son Histoire du roi de Suède qui paroltra bientôt. Avez-vous vu la Calotte en prose de M. révêque de Soissons? elle est longue et jolie. Le Cardinal s'en est plaint à Aymon, qui l'a désavouée. Le marquis de Coetlogon est mort sans le bâton de maréchal de France. M. le marquis de Sainte-Maure est vice-amiral.
Lettre XXXI'.
A Paris, ce 23 juin 1730.
Vous m'avez fait grand plaisir, Monsieur, de m'indiquer le Mémoire du P. Desmolets, où est la préface de M. de Boulainvillierssur la noblesse et la réponse du con-
« concile) sont intrus. Cet ouvrage n'a fait que se montrer et a clé saisi. Je « rai parcouru et il est bon de l'avoir ».
seiller normand. Il m'a paru voir deux fous chacun dans une loge, l'un ignorant, l'autre savant, traiter cette matière d'une façon toute nouvelle et avec des traits qui ne dévoient jamais être donnés au public. L'un parle des familles de ministres de nos jours comme étant sur le penchant de leur ruine; il prédit, car il éloit prophète, qu'elles rompront et qu'elles rentreront dans Tobscurilé dont elles étoient sorties; il y a, selon lui, des familles sous le dais, qui devroient être sous la potence. 11 espéroit que ses enfants réhabiliteroient la noblesse ; mais le prophète ne savoit pas qu'ils mourroient à la guerre et que depuis leur mort, il marieroit sa fille au fils de Bernard. 11 parle de l'édit des princes du sang comme fait dans les États de Blois en 1578, et il ne fut point fait aux États, mais en 1576, et je ne sais où il a pris que cet édit fut donné pour le roi de Navarre, cela n'ayant été ordonné que pour les princes du Sang pairs. Je conclus de tout son discours qu'on ne peut pas écrire avec plus de vision , d'ignorance et d'agrément. L'autre, en prenant le parti de la noblesse, abandonne la haute, et quand il est sur le médiocre, il préfère M. Legendre et ses magasins de Rouen à tous les titres des Chartreux; j'aime bien pour un conseiller clerc, qu'il trouve la noblesse plus utile à la religion parce qu'elle est ignorante et par conséquent plus crédule, qu'elle aime les choses anciennes, qu'elle n'aime point se dédire et qu'elle espère des bénéfices. Je ne sais de quel duc il veut parler, qui a son esprit sur son cordon et non dans sa tète ; ce pourroit bien être feu M. de Luxembourg; mais ce trait est bien hardi, et je ne sais si le P. Desmoletsalu cela tout entier; ilest meilleur sur les anoblissements et les lettres de communes^ mais un chapitre de Loyseau et ce qu'a écrit La ThaumaS" stère avec les titres des communes, dont il a rapporté la plupart pour le Berry, vaut mieux à mon sens que tout ce travail, et vous avez déjà bien remarqué. Monsieur, qu'il se trompe sur les servitudes de Bourgogne
LETTRE XXXF. f4t
et de Berry. La politesse du style de l'un et la grossièreté de l'autre fait un contraste merveilleux, et on peut les donner pour exemple du bon et du mauvais. J'attends avec impatience le second tome, pourvu qu'il vienne et que tant de gens intéressés dans la publication de ces petits traités ne Témpèchent pas. ,
J*ai vu la nouvelle édition de Bayle : il y a après la Vie le Calandariumcarlananum, en latin et en François; ensuite une ordonnance de H. de la Reynie du 6 mars 1683. qui condamne au feu la critique du Calvinisme de H. Haimbourg, et défend de l'imprimer et vendre sous peine de la mort, et vous noterez qu'on la vend aujourd'hui publiquement dans Paris dans les OEuvres diverses de Bayle. Après cela viennent les actes du consistoire de l'église wallonne de Rotterdam en 1697 et 1698, au sujet du Dictionnaire. Ces actes sont curieux et valent bien ceux d'un Concile, sinon que Bayle y comparut et on voit sa défense. On lui mit en 1698 un mémoire entre les mains de la part du Consistoire pour diriger sa seconde édition, et ce mémoire est très-sensé. On l'exhortoit à corriger les articles de Nicolle et Pellisson. Et de tout cela il n'en a fait qu'à sa tète, et au lieu de rien corriger, il a fait les quatre grandes apologies qui sont à la fin de son Diclionnaire de 1702, et qui roulent sur les principales matières déférées. Je voudrois bien que Desmaizeaux nous envoyât ces morceaux avec sa Vie: mais il n'en fera rien. J'ai remarqué dans quelques articles qu'on y a insérés les notes critiques de M. le Duchat, qui étoienl à la fin du quatrième tome, et c'est bien fait, car elles étoient perdues. J'ai remarqué encore une autre chose, c'est qu'on a rempli quelques citations laissées en blanc dans le Supplément et entre autres à l'article Bouchin^ qui étoit un avocat, où est rapporté un morceau de plaidoyer plein de vers latins et françois qui est original sur le mariage ; je n'ai vu que le premier tome encore. Je visiterai les autres et vous en dirai mon avis; c'est à la fin du quatrième que sont
145 œRRESPONDANCE INÉDITE.
les observations sur Moreri, ce qu'il y a de plaisant^ c'est qu'on a laissé à la iète, Yépîlre à M. le duc d'Orléans avec la vignette de Picard qui représente les richessesdu Hississipi découlant dans les quatre parties du monde^ et quelque jours nos descendants y seront trompés. On eût pu supprimer cette image^ qui étoit ridicule dès le temps même qu'elle parut, parce que déjà le fantôme étoit dissipé. Hais le monde est fait pour être dupé. L'édition est d'un assez beau caractère, mais le papier n'est pas blanc.
Vous savez sans doute les Tris-humbles supplications de la faculté de théologie de Paris, présentées au Roi au sujet de V arrêt du 17 mar5. 1730, et la lettre de M. de Maur^pas écrite en réponse par ordre du Roi. Voilà une nouvelle manière de cassation. 11 seroit bien commode pour les plaideurs de donner sa requête au roi et que le secrétaire d'État écrivit : Vous ne devez pas craindre que C arrêt dont vous vous plaignez vous puisse porter aucun préjudice* Je ne sais qui a trouvé cette invention et ne crois pas qu'il y en ait d'exemple. Du reste la déclaration de la faculté sur les libertés servira de monument. Vous avez vu par l'extrait de la thèse qu'on en a bien retranché dans les marges.
II a paru d'autres remontrances faites par M. Tévêque de Bayeux en 1724, et qu'il n'avoit point voulu montrer de son vivant; on n'a pas voulu laisser perdre cet ouvrage, qui étoit assez bien fait pour le temps, et qui sent la plume de M. Petit-Pied, bdrs qu'il a été placer là mal à propos la généalogie de la maison de Lorraine, et je sais bien quelqu'un qui m'a dit qu'il n'y avoit qu'un prêtre qui put dire cela. Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours et ont donné un vilain coup de patte à M. l'évêque de Lectoure, qui s'est avisé de faire une troisième acceptation, et on dit que c'est pour avoir des indulgences de l'affaire qu'il a eue avec M. Duguay-Trouin et qui l'a fait renvoyer dans son diocèse. Or cette affaire étoit une galanterie que tout le monde saitet qui mérite bien indulgence.
LKTTRE XXXtî^ 143
LeUre XXXlt.
AParis, ceSJuiUetlTSO.
J'ai vu la fit de Mahomet par H. de Boulainvilliers^ imprimée à Londres. G^est un livre étonnant et qu'il faut avoir. Je ne serois pas surpris qu'on le traduise en arabe et qu'il soit imprimé à Constantinople de l'imprimerie du Grand-Seigneur. On y trouve une critique de la religion chrétienne. Ibtbomet y est un vrai prophète envoyé de Dieu pour la réformer et pour bannir toutes les opinions doctorales^ et tout cela est éerit avec une noble assurance^ une métaphysique déiste ou spinoziste et une morale du droit naturel qui n'a pu passer que par la tète d'un homme aussi singulier. Le style en est très-beau , et il me l'a voit fait lire de son vivant ; j'en avois mèmefait un ilbr^^^dans le journal que vous savez en 1721 et j'ai trouvé mon extrait bon; cela ne va que jusqu'à la cinquième année de l'hégire^ mais quelqu'un la finit qui n'a mis que des faits sans reflexion et qui traite de prétendu prophète celui qui dans les deux premières parties est traité comme un vrai prophète. Jusque-là que la défaite des Perses par les Romains, arrivée en 625, avoitété prédite dès 61 5 dans F Alcoran comme devant arriver dans dix ans, et M. de Boulainvilliers s'attache fort à vérifier ce fait dans l'histoire. Les Anglois auront été charmés d'imprimer ce livre ; il me parolt très-pernicieux, quoique visionnaire dans la plus grande partie, et il faut l'avoir dans sa bibliothèque avec une note de détestation. J*ai dit en riant que le Grand-Seigneur par reconnoissance devoit faire enlever If"* de Rieux et la mettre dans le sérail comme la plus grande sultane.
J'ai continué de visiter la nouvelle édition de Bayle. L'arlicle de Daoid entier est à la fin du deuxième tome. t>ans l'article du 'président Coignard, on y a rempli une ci-
>Hy
144 CORRESPONDAJNCE INÉDITE.
tation tirée du P. Gretser, et à la fin du quatrième sont les notes de M. Tabbé Tricaud sui* le Moreri de 170^ avec une préface très-jolie et très-vive de M. Bayle, qui y maltraite assez M. le maréchal de Villeroi sans le nommer, et d'autres notes aussi fort curieuses (grammaticales) sur celles de Tabbé; à quoi Desmaizeaux^ qui veut toujours mettre son nez partout^ a ajouté de nouvelles observations de sa façon. Cela contient 36 pages^ et si on faisoit bien à Genève, on feroit imprimer à part tout ce qui est de nouveau dans cette édition ; elle est fort commode pour Tordre où tout est rangé sous chaque article. U y a peu de fautes^ mais le papier n'est pas beau.
Je ne puis avoir l'instruction de H. de la Porte. On me doit donner le seul exemplaire qui soit à Paris, et je pourrai vous l'envoyer afin que vous le lisiez et lo fassiez copier si vous voulez.
Il court aujourd'hui un bruit à Paris, que M. le marquis d'Alincourt s'est battu avec un capitaine de son régiment, et que le marquis a été dangereusement blessé ; cependant j'ai dîné aujourd'hui avec gens qui lui appartiennent de près, qui n'en ont aucune nouvelle.
Voltaire est revenu de Plombières avec M. le duc de Richelieu. Je souhaite que M"** la présidente Bouhier eu soit revenue en bonne santé.
Leltre XA A7//^
A Paru, ce U Jaillet I7S0.
Enfin, Monsieur, nous avons un Pape, qui est le cardinal Corradini, de Sezza, Etats du Pape, de la création de 1712 de Clément XI, et par conséquent grand ami de la Constitution. Voilà nos cardinaux qui vontserenlettre bien vite en chemin, et qui vont apporter de belles relations (1).
(l) Bouiiier répond, le îîî juillet. »• Votre nouvcllo «le Corradini, Monsieur»
LETTRE XXXIIK U5
J'ai reçu des nouvelles de H. Desmaizeaux, qui vous envoie la Vie de Bayle et qui vous prie d'y faire vos remarques; dès que je l'aurai reçue, je vous l'enverrai. Il me marque aussi qu'il s'est trompé sur les JnUquiiis de ChisuU : on ne les vend qu'une guinée et non pas deux. Cest un in-folio de 22V pages : il dit qu'il les fera passer en France si vous voulez; voyez ce que vous voulez que je lui mande. La Vie de Mahomet se vend cinq schellings qui est le prix de la souscription. Nous avons dit de ce livre toutee qu'il en faut dire.
M. d'Alincourt se porte bien. M. le duc de Retz n'y a point été : je Fai vu tous les jours à Paris dans sa famille. Cela apprendra à MM. les colonels — que le maréchal de Villars appelle colonneaux — àètre plus sages. Le maréchal de Villeroy, qui a été malade à la mort, en est revenu et se porte bien. Il veut vivre plus que son père, qui est mort à quatre-vingt-quatorze ans, et c'est une bonne résolution, s'il la peut mettre à fin.
Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont point encore parlé de votre enregistrement de la Déclaration. Il y a dans les dernières un plaisant interrogatoire faite Lyon à un homme qui a dit que le cardinal passer oit, et il en est convenu. On voit une Suite de l'histoire de la Constitution pendant les aiiniesiin, 1718eH719; cela estendeuxvolume3in-12, et le premier tome éloit in-quarto. L'écrivain écrit bien, n'est pas fort partial et apprend bien des faits que Ton ne savoit pas, jusqu'à dire qu'il y eut une négociation avec le pape Clément XI, qui demandoitde l'argent pour donner des explications; c'est bien cette fois-là qu'on peut dire : Auri sacra famés.
Le procès criminel des tétons pris, qui a déjà été dans
a b*e8t pas tout h fait vraie. CTest Cor&ini, que noas avons pour pape depuis n le 12 de ce mois, suivant les lettres qui nous sont venues de Lyon. Mais <t c*est un homme de soixante dix-liuit ans. Aussi ce n*est pas trop la peine •I qne nos cardinaux reviennent; le pape est Florentin, et homme de beaucoup « d*esprit, à ce qu^ondit »
trois juridictions souveraines est bien singulier; le Président preneur est le président de FoUevHle, qui a eu bien d'autres aventures^ qui danse très-bien et qui a voulu danser àrOpéra (1). A propos d^Opéra^ le juif Dulys, qui étoit amoureux de la Pellissier, se plaint qu'elle lui a volé pour 40^000 écus de diamants (2). Ondit qu'il a mis dans ses intérêts le curé de Saint-Sulpice^ ilt qui il a promis de donner pour son Mtiment la moitié de ce qui reviendroit de cette ppursuite. L'affaire a déjà été devant H. Hérault^ qui n'en a point voulu connoitre^ la Pellissier ayant présenté un écrit par lequel le juif a promis de ne lui rien deman* der de ce qu'il lui avoit donné. On est allé au lieutenantcivil, qui a permis de revendiquer les diamants. Voilà une belle cause entre un juif et une chrétienne, etsi lesgensdu Roi vouloient l'approfondir, où n'iroit-elle pas? Hais ils n'en feront rien et personne ne sera brûlé. En voici d'une autre. La Lambert est grosse (3), etH*"^ de
(1) Boubier avait écrit, le 4 juillet : « Le Roi nous a renvoyé un procès cri- « minel assez singulier, entre un président et un conseiller des requêtes dé « Rourn qui ont pris querelle dans un café i>our des tetorts pns à une fille « par le président, qu'on dit qui a soixante-dix ans. Ils so sont donné des m coups de poing et Ton dit qu'il y a même eu un appel pour duel. Cela va « nous fort divertir. Le rapporteur, qui a vu la procédure du parlement de « Rouon, m'a dit qu'elle étoit des plus extraordinaires. Il est triste que des « magistrats fassent ainsi éclater leur turpitude. »
Le 22 juillet, il ajoute : « Le président de Folteville est.ici depuis huit jours. « Oli ! le plaisant original I C'est un homme de soixante-quinze ans, qui est fou « comme s'il nVn avoit que vingt. Le premier compliment qu'il fit k notre « premier président étoit un passage latin tiré du Cantique des cantiques. « Au lieu de parler de son procès, il parle de ses maltresses. Il dit qu'outre une « demoiselle de condition, qu'il aime per Vohore^ il a 5 on 6 grisettés qu'il « entretient en chambre. Je nrimagine qu'il ne sortira pas-d'ici sans nous doa- « ner quelque plaisante scène. Si cela est, vous en serez régalé et vous en ré- « galerez vos nymphes de Passy. Mais que vous êtes heureux d'entendre toutes « leurs gentillesses! »
(2) « Ce seroit grand dommage pour \t^ rieurit, si raffaire du juif et de hi « Pel!i^ier alloit s'accommoder. Elle débute assez joliment. «
(3) N J'ai ri k pâmer de la grossesse de la Lambert, et de ce qu'a dit sur ■ cela sa bonne amie. Mais savez*vous bien que pendant qu'elles étuient à « Vesonl, elles avoient avec elles je ne sais quelle petite fille qu'elles avoient
LETTRE XXXIIP. M7
Listeuoy soutient que si elle Test , ce ne peut être que d'elle ; cette voie de faire des enfants étoit bonne au pays de Fadeur, Cette aventuré sur ou contre naturelle va bien faire dire des sottises aux femmes. H*"^ de Nassau a eu querelle avec H. de Longaanay^ son ami; elle lui a donné un soufflet ; il a dit qu'un soufflet de femme ne se rendoit point. — Et qui vous a dit quej'étois femme? — C'est moi-même qui le sais bien et n'en saurois douter. — Vous me direz, Monsieur, où avez* vous appris toutes ces gen« tillesses? — Où? à Passy, où j'ai vu M"^ de Phalaris, M"' de Monasterolles et M"* de Fresnoy, fille de votre intendant de Franche-Comté, qui prennent des eaux et en disent des plus belles. — Mais entre nous, s'il vous plaît.
Ne vous a-t-on point mandé l'édition des Contes du comle Antoine Hamilton, dont il y a déjà trois volumes? cela est plein de feu, de folies, d'allégories et de libertinage, imprimé avec privilège. Une petite fille s'échappe de chez son père, qui ne veut pas qu'elle voie des hommes. Un petit garçon s'échappe de même, parce qu'on ne veut pas qu'il voie des femmes ; ils se rencontrent, et trouvent bientôt ce qu'ils sont et l'éprouvent. Un génie entretient une belle femme qu'il montre toute nue à un étranger dans une armoire de glace : l'étranger casso l'armoire, trompe le génie, la femme le trompe aussi jusqu'à cent fois , et il y a des contes à mettre dans les immortelles archives du sexe. Je ne croyoîs pas ce M. d'Hamilton si fou. On promet deux tomes de ses OEuvres mêlées ; je ne crois pas qu'on y mette Tode qu'il fit contre cette demoiselle de la cour, qui épousa le duc de Gramont et qui est encore vivante ; je l'ai quelque part, c'est-à-dire que vous l'aurez si vous voulez ; on s'arrache ces Contes
« accoutumée à dire papa à i*une et maman à Taulre? La grossesse d^au» « JourdMiai D*est donc qu'une seconde grossesse. J*ai ri aussi du sou filet qu'a « donné Mme de Nassau, et cela ni*a fait souvenir du mot : a Amantiitm « ira amorU redintegraiio est ».
# dans Paris et on les va bien lire à Compiègne. Il parle de Télémaque dans des vers qui sont au coramencementd'un des tomes^ et il dit :
La vogue qu'il eut dura peu, Et las de ne pouvoir comprendre, Les mystères qu'il met en jeu, On courut au Palais les rendre.
Et Ton s'empressa de reprendre Le Hameau cTor et l'Oiseau bleu.
Il appelle M. de Cambray ce Docteur instruit de Vhu^ maine faiblesse, etc. Je ne suis pas de son avis sur tout cela, et, je crois, ni vous non plus. On vient de réimprimer le Télémaque in-quarlo. Pendant que je suis sur les fables, on vient d'imprimer en Hollande celles de La Fontaine en un beau petit caractère très-net et en un seul volume propre à mettre dans la poche ; ils en devroient faire autant des contes.
Revenons du pays des contes et des fables, car il est ridicule de finir ainsi une lettre qui commence par l'exaltation d'un Pape. Le P. du Cerceau est mort subitement à la suite de M*"* la princesse de Conti ; et je ne veux pas même me souvenir de ses vers pour ne pas rentrer d'où je sors (2).
M. Mars, avocat au Conseil, est aussi mort subitement, et c'est une perte. En ce moment, j'apprends que M. Lair, curé de Saint-Barthélémy et du Palais, est interdit, môme
(1) Boiibier répond, le 22 juillet : « Je n'avois point entendu parler des « Contes du comte Antoine Hamillon. Je Toi connu, il y a bien des années, « chez une de nos amies communes, qui a voit bien de l'espril. C'éloit la « pauvre comtesse de la Motte-Meugron. Elle m^a fait Toir plusieurs de ses « ouvrages. Mais Je n^ai vu aucun texie de lui. Et sur ce que j'ai vu de ses « poésies, elles avoient plus de facilité que de véritables beau lés. C'est lui qui t avoit fait la Vie du comte de Gramonê, i\ite vous avez vue sans doute.' Je «^ ne connois {as sou ode contre la duchesse deGramont. Si vous la trouve/., « vous me ferei plaisir de m^en faire part. »
(2) « C'est à Tours qu^cst mort le P. du Cerceau, autre diseur de bagatelles; «I sans sa robe, nous aurions bien des contes. »
de dire la messe ; il ne la disoit pas comme un autre^ à ce que Ton dit. Je vous fais mon compliment sur le retour en bonne santé de M"* la présidente Bouhier. Nous n'aurons point Y Histoire du roi de Suède par Voltaire , pour raisons politiques. Je n'ai pas vu le Cid de Rousseau.
La pauvre M*"*^ Berthelot est morte après avoir bien souffert.
Le chapitre de Notre-Dame n'est point venu à Sainte Barthélémy le jour de la fête de saint Barthélémy, suivant Tusage, parce qu'il ne veut pas reconnoltre le curé interdit ni Tarrèt de défenses.
Lettre XXXIVe.
A Paris, ce 20 Juillet 1730.
Le pape que j'avois fait, Monsieur, ne Test "point. La nouvelle est venue aujourd'hui que c'est le cardinal Corsini, Florentin, qui a été élu, et son autorité pourra bien influer sur les affaires de Toscane, qui intéressent aujourd'hui toute l'Europe; il est né le 8 avril 1652 et est en sa soixante-dix-neuvième année.
M. le maréchal de Villeroy est mort le 18 de ce mois à une heure après-midi. M. le duc d'Alincourt, son petitfils, est à Paris et n'est arrivé qu'après sa mort. Quoique le fait soit certain qu'il n'y a point eu de duel, il y a toujours beaucoup d'incrédules.
Je ne sais si vous avez entendu parler de la secte des Non- conformistes qui s'est élevée en Hollande. Pour épargner le bois qui est cher en ce pays- là , on les met deux à deux dans des sacs et on les jette à la mer ; il y en a déjà huit ou neuf cents d'expédiés. J'ai vu une lettre de Rousseau sur cette pujiition , où il dit qu'il n'y aura bientôt plus en Hollande que des femmes et des grenouilles. Il faut que vous ayez copie de cette lettre, qui est à garder pour Tépoque singulière de cette non-conformité
150 CORRESP0]SDA^CE l^ÉDlTE.
batavique. Je vous l'enverrai au premier jour avec une loi de Gênes sur ce crime.
On plaide une cause de simonie pour un avocat de nouvelle inscription^ contre M. Tabbé Baudry. Le fils de M. le Roy, qui a été nommé pour plaider cette cause, a parlé de Tarrèt rendu sur la confidence contre M. d'Embrun , qu'il a toujours appelé Tabbé Tencin, et a montré que sa cause étoit en plus forts termes.
H. le cardinal ministre a écrit à M. le premier président pour en faire remontrances à ce jeune avocat , qui a dit au premier président que cela étoit de sa cause et qu'il croyoit n'avoir rien fait contre son devoir : le concile d'Embrun, qui semble avoir rejeté cette confidence, n'étant pas plus fort que l'arrêt qui Ta jugée. On dit que le Clergé qui est assemblé va donner une requête pour demander la réparation de cette plaidoirie et la suppression d'un Mémoire où il est encore parlé de Vabbé Tencin. On n'auroit jamais cru que cette affaire eût tant de branches.
Le Parlement a donné plusieurs arrêts de défenses à des curés d'Amiens et d'Orléans, qui étoient poursuivis contre les termes mêmes de la dernière déclaration, et à l'égard du curé de Paris interdit, il y a eu arrêt de la Tournelle qui a ordonné que les informations seroientapportées ; mais le greffier a dit qu'il les avoit remisés à M. l'archevêque, et l'archevêque au cardinal. Je ne crois pas qu'on aille exécuter cet arrêt àCompiègne, et il pourroit bien y avoir arrêt d'évocation. Voilà des affaires jusqu'à la fin du monde et des écrits sans fin ; il paroU encore aujourd'hui une seconde lettre à M. de Soissons qui est de l'année 1723, sur les promesses de l'Église. Cet ouvrage est d'un très-bel esprit, qui établit de grands principes, mais en regardant de près il favorise beaucoup les pyrrhoniens, et cela mérite d'être lu et distingué des écrits répétés des jansénistes. C'est un in- 4° de 54 pages, M. Gros en est auteur.
On m'a assoré qire le quatrième tome des OEuvres de Bayle est fini et que nous l'allons avoir. Un libraire de Pari», qui a fait venir la dernière édition du Dictionnaire y va faire réimprimer à part ce qui y a été ajouté ; il a même fait faire une estampe de Bayle. 11 s'appelle RoUin. Je vous ai écrit sur la Fie, je ne Tai pas encore reçue. Je vous ai envoyé pax^ le sieur Martin mes Mémoires sur les donations aux enfants d'un des conjoints^ et vous prie d'en remettre un à M. Fleuttelot. Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont point encore parlé de ce qu'a fait votre Parlement. Il y en a à présent deux fois la semaine^ et la source en est toujours inconnue.
Épitaphe du Père du Cerceau.
Ci-gtt le Père du Cerceau,
Prétendu singe de Rousseau.
La province prétend les mettre côte à cdte. ' Il Gt tout ce qu*il put pour paraître amusant ;
Après tout, cen*est pas sa faute S'il ne put parvenir à devenir plaisant.
Lettre XXXr.
A Parif, ce 2ft juillet 1750.
Loi de Vintimiglia.
Contra naturam luxuriantes igné ultore e terra viventium ejiciantury ni$i hxc fecerint sanitatis causa, qua casu pœna plectentur solidorum duodecim ^ inlerdum exeant et jrepublicu tanquam faslidiosi*
On traduit ce dernier mot par dégoûtés.
Voilà, Monsieur^ ce que je vous avois promis , et une autre fois vous aurez la Lettre de Rousseau si vous la Voulez. Cela vient bien à propos de Taffaire du prince de Ligne , qui a été arrêté pour même fait et mené au château de Doulens par ordre du Roi. Il avoit épousé M"* de
Mézières^ il n*a pas reçu beaucoup d'argent des effets anglois qu'on lui avoit donnés en dot ; il s'est tourné d'un autre côté; les dames ont fait les diables; elles l'ont fait suivre et surprendre dans un vilain cabaret à Paris, avec quatre ou cinq de ses mignons, et le voilà en lieu d'où il ne sortira point. Tanquam faslidiosus.
Le président de Folle ville est bien fou; oh! certainement, il ne sortira point de Dijon qu'il n'ait quelque nouvelle affaire, et je prévois qu'il ira dans <ous les Parlements conter ses histoires et ses maltresses. 11 y a une affaire, à Rouen , du neveu de H. de la Hésangère, jeune homme assez bien fait, troisième cadet sans beaucoup de bien, qui a trouvé une jeune veuve de vingt-cinq ans, aimable, riche et de bon nom, où il s'est attaché, et elle à lui. Ils ont fait un contrat de mariage et ils s'en sont allés à la Hésangère, terre auprès de Rouen, en attendant la cérémonie. La veuve a une mère qui est Carmélite et deux autres sœurs mariées. Ces deux sœurs ont formé opposition aux bans et on va plaider. La dame s'appelle M"** de Bailleul. Voilà encore une belle scène. J'en suis fâché pour nos amis. Hais l'affaire est engagée et il la faut suivre.
>J'aime bien H. de Langres en page. Il a bien fait d'autres tours, dans la dernière visite qu'il vient de faire.
Le curé de Paris interdit a donné un mémoire où il convient assez des omissions dans le service divin, mais il dit qu'elles sont involontaires. Je ne sais s'il ne mérite pas plus l'interdiction que l'interdit. Il répond à ce qu'on lui objecte qu'il a renvoyé les ecclésiastiques à lui adressés par H. l'archevêque, qu'il le peut, parce qu'ils n'y peuvent venir nisi de consensu pctëloris. Les deux chambres sont assemblées aujourd'hui pour savoir si on lui donnera des défenses.
Je croyois que vous saviez l'affaire de madame de Rochechouart, autrefois H"* de Saint-Luc; Hadame d'Hautefort étoit sa tante, et elle en espéroit une grosse succes-
msriKi
LETTRE XXXVP. l&S
sioD , mais la tante a trompé la nièce et a fait un testament par lequel elle a institué légataire universelle M"* de Choiseul y sa bonne amie. Et en cas de mort sans enfant^ ce qui est arrivé^ elle lui a substitué^ pour la terre de Pompadour^ H. le prince de Ck>nti et ses enfants m&les^ et pour la terre de Treignac, H. le comte d'Aubeterre. M"** deRochechouart a trouvé un ancien testament de 1587 d'un Louis de Pompadour, et a prétendu que ces terres étoient substituées; on a plaidé aux requêtes du Palais et on a jugé quUl n'y avoit point de substitution. 11 y a appel. On a fait des mémoires en cause principale. Yoilà^ Mon* sieur^ toute Ténigme expliquée.
On m'a donné les Fables de Phèdre imprimées avec les sentences, de Publius Syrus, en petits et très-petits caractères, de rimpression du Louvre. C'est une vrrfle curiosité typographique.
On appelle cela, dans la Préface, Regale lypographeium.
Lettre XXXVP.
A Parif, ce 3 août 1730.
J'arrive du Palais, Monsieur, je reçois votre lettre et j'y réponds sur-le-champ. Le Parlement vient de rendre en ce moment un arrêt immortel. Le Févre (mauvais avocat), déclaré non recevable en son dévolu , et condamné en l'amende de l'appel comme d'abus. Faisant droit, sur les conclusions du procureur général : Tous les bénéfices de TabbéBaudry déclarés vacants et impétrables. Vous noterez que M. Gilbert, avocat général, n'avoit conclu qu'à déclarer vacant le bénéfice contentieux, mais comme c'étoit déclarer qu'il y avoit simonie, la Chambre (qui est la troisième), a ajouté la peine canonique entière de ce crime et n'a pas voulu entrer dans la discussion de la grande et de la petite simonie que M. Gilbert avoit faite. Voilà une vigueur noble et généreuse du Parlement
contre un de ses propres membres et même contre deax; car l'abbé Baudry a un frère conseiller aux requêtes du Palais. On est déjà sûr le chemin deCompiègne^pour demander l'abbaye de Saint Fuscien, et on court les autres bénéfices. Quelle honte pour cette famille et quel désespoir pourM. l'abbé de Loranchet; conseiller de la Grand'Chambre, chanoine de Notre-Dame et oncle des Baudry ? Je ne sais ce que va devenir cet abbé Baudry : le Parlement ne le voudra pas souffrir^ il ne sera plus souffert dans les troupes s'il peut y entrer. Enfin voilà des gens absolument déshonorés. Le dévolutaire, avocat depuis peu, que j'ai vu précepteur chez M"*® de Saint-Sulpice et qui la trahissoit^ va être chassé de notre corps et il n'y devoit pas entrer. Il y a fait une assez bonne pièce en finissant. Il avoit fait d'abord une consultation sous le nom de Pierre et de Jacques et qui a été signée des plus célèbres avocats. Quand ils ont vu que c'étoit un de leurs confrères qui étoit le dévolutaire et que cela regardoit l'abbé Baudry^ ils ont rétracté leur consultation , fondée sur ce qu'on les avoit trompés en plusieurs faits^ qu'ils ont expliqués au long. C'est contre cette rétractation qu'il a fait son dernier écrite qui n'est pas mal fait et où il attaque tous nos grands canonistes^ qui avoient d'abord conclu pour la simonie^ puis contre la simonici et qui sont renvoyés par l'arrêt à leur premier avis. Voyez quel enchaînement il y a eu dans cette affaire et comment elle finit ; le père^ la mère, les enfants , les parents, tout doit être ou désespoir.
Le Parlement a donné arrêt de défenses contre le curé interdit, et aveccetarrêt, en vertu de Tarticle quarante de l'édit de 1695, il est rentré dans ses fonctions, a célébré la grande messe dimanche dernier et confessé et communié toute sa paroisse, comme un jour de Pâques. Tout auroit bien été sans que son prédicateur demeura court, mais la joie étouffoit les paroles. Le quartier étoit assemblé comme à une proce^ion générale, et imaginez-
VOUS que tout cela se passoit dans le voisinage de Tarchevêche. Le curé s'appelle Lair et on fait une chanson contre l'official sur l'air 1ère lan 1ère, etc. M. le comte du Luc a perdu Tappétit de toute cette belle besogne-là et s'en plaint.
Je ne connois la loi de Vintimiglia que par la copie qu*en a envoyée Rousseau avec sa lettre. Il faudroit savoir de lui où il Fa prise^ mais je n*ai et ne veux point avoir de commerce avec lui. Je lui ferai écriFe par H. de Lassevé, qui a reçu cette lettre de non-conformité. Les États-Gé* néraux ne se cachent plus de cette affaire y puisqu'ils en viennent de faire un placard annoncé dans leur Gazelle^ où la peine de mort est prononcée pour ce crime contre toute personne sans distinction.
L'affairé du prince de Ligne étoit si abominable de toutes façons, qu'on a trouvé à propos de l'accommoder. C'est M. de Broglie qui en est venu à bout; le mari et la femme sont remis ensemble^ ils feront apparemment tous deux ce qu'il leurplaira, sans se rien reprocher, et il n'y aura personne de brûlé ni de noyé. Ce traité de paix n'étoit pas aisé, à conclure.
Lellre XXXVIt.
A Paris, ce < 3 août 1730.
On a mis trois imprimeurs au carcan y pour les iVoictelles Ecclésiastiques; mais au lieu de cesser, elles sont plus fréquentes, et il faut voir comme le P. Tournemine y est accommodé. Ils y ont mis une longue relation de ce qui s'est fait à votre Parlement au sujet de la Déclaration, et il y a bien des personnes nommées. Le fait du bénéfice accordé depuis Tenregistrement n'y a pas été, el j'en suis bien aise pour M. Fleuttelot qui y prenoit intérêt.
L'abbé Cbérier (autrement ditPassard, quiapprouve et
166 CORRESPONDAISGE INÉDITE.
failpasser toutes lescbansons de Pont-Neuf et autres choses pareilles, et qui a 800 livres de pension pour cela) a eu par son induit le Prieuré de Conty, jugé vacant par l'arrêt. Si le Roidonnoit labbaye de Saint-Fiwctcn, ceseroit un moyen contre la cassation^ et apparemment il n'y nommera pas sitôt pour ne pas exécuter Farrêt. Le Roi ne la pourroitil pas donner à la charge de la cassation? C'est une question que le Concordat et les glossateurs n'ont pas prévue. .
L'accommodement du prince de Ligne n'a pas été j usqu'à reiïiettre les conjoints ensemble; il est seulement sorti de prison, mais on se plaint de la belle-mère qui a marié ses deux filles avec les mêmes effets^ qui a fait donner une quittance de la dot quoique non payée^ et qui avoit donné une contre-lettre qu'on avoit voulu rattraper au milieu du tumulte de la lettre de cachet et de la prison ; mais elle est en sûreté^ et si cela vient en justice nous allons voir de beaux Mémoires. On dit un mot de madame de Chambonas^ qui se trouvoit avec son frère lorsque Duval lui porta la lettre de cachet. Le prince lui dit qu'il Falloit suivre et obéir. Duval dit qu'il n'avoit point d'ordre de le mener. Comment (dit la dame), est-ce que la chaise de M. de Maurepas n'est pas là pour le conduire? Cette malice pourra lui être rendue en son temps. La princesse de Ligne s'est adressée au prince d'Elbœuf qui est en Provence, frère du duc d'Elbœuf, pour se joindre : elle n'a point parlé aux autres princes lorrains, parents de son mari et personne n'a remué. Il y a quelque bruit que M. de Monaco veut épouser M"' d'Usez. On court après pour l'empêcher de la part de M. et de madame de Valentinois, qui s'y seront peut-être pris trop tard, et le mari, qui est un peu trop Matignon, pourra bien le redevenir.
Je me suis tué à travaillera un diable de procès criminel pour des gens que je n'ai pu refuser; cela m'a fatigué, hors quelques traits de sentiment et de goût qui me
LETTRE XXXVIir. 157
sont venus je ne sais comment dans une matière trèssèche, et que j'ai mis pour vous faire lire l'ouvrage. Je ne vous renverrai pas; on Timprime.
J'ai soupe depuis quelques jours avec M. Tabbé Du Bos chez M*"' la duchesse de Gèvres, qui est une dame qui se connolt bien au simple, au naturel, aux grâces, et à tout ce que nous aimons (1). Elle sait toutes les bonnes choses etiln'yparolt pDÎnt. Nous n'en parlons presque qu'à Toreille et elle dit toujours ce que je vais dire. J'ai appris la mort de l'évèque d'Angers qui devoit faire sa propre oraison avant de mourir. On dit que Silva, médecin, se présente pour l'Académie, et voilà du fin moderne. Je plains Je pauvre H. de Folleville, accusé à son âge d'avoir pris des tétons, et accusé en forme , jusqu'à être interrogé. Hors de Cour. Hors de Cour.
La reineest prête d'accoucher; le Roi revient dimanche de Compiègne. Les ministres seront ici demain ou aprèsdemain. On va faire l'opération de la fistule à notre archevêque.
Lettre XXX VHP.
A Parte, ce 26 août 1730.
J'ai remis, Monsieur, au sieur Martin un exemplaire de la Vie de Bayle, que j'ai reçue d'Angleterre et que M. Desmaizeaux vous envoie; il vous prie de lui en dire
(1) Boaliier répond, le 22 août : « La duchesse deGèvres, dont tous nie parU'2, K eàt apparemment celle qui a voit épotiâô le vieux duc , granrf-père de votre « gouverneur d'aujourd'hui. Je ne Ta vois pas oui mettre au rang des beaux» « esprits. Mais il me semble qu'elle avoit de très-beaux yeux. C'est elle, je « pense, à qui le vieux duc son mari crioit, le soir de ses noces, en se Taisant « porter à quatre dans son lit : Ma chère^ je vole à vous I Ce qu'elle a dit t sur feu M. d'Angers est fort joli. On ne ro'avoit point mandé que Sllvt fût •c au rang des prétendants à la place vacante de l'Académie. Depuis M. d6 « la Chambre, je crois qu'elle n'a voit point eu de médecin. »
voire avis. Je l'ai relue; il y a bien des choses curieuses; elle n'est pas mal écrite, et s'il ne s'étoit pas embarrassé à faire. l'apologie de VAvis aux rifugiéSy qui en est plutôt une satire, et à allonger de certaines diisputes philo* sophiques qu'il pouvoit renvoyer aux ouvrages qui en parlent^ cette Vie seroit assez bonne.
J'ai remis aussi votre manuscrit au même sieur Martin, qui doit vous le renvoyer.
Vous avez jugé le président Normand à la rigueur (1) : si cela ne le corrige pas^ il doit être bien incorrigible. M. Patru dit quelque part^ pour la consolation des vieillards, qu'on a toujours bonne grâce de faire l'amour, quand on y est heureux; mais celui-ci ne l'est pas.
M"'^de Hézière vient d'éprouver le sort de la mauvaise réputation. Elle a perdu son procès contre H. de Joyeuse, sur la requête civile qu'il avoit prise contre Tarrèt de la 3"^ qui le condamnoit par corps, comme stellionnaire (l'arrêt ne portoit point ce terme), à racheter une rente de 8,000 fr. ; un mois plus tôt elle l'auroit peut-être gagné; mais cetle dernière affaire , menée par lettre de cachet, a servi d'amplification de requête civile.
La duchesse de Gesvres est celle dont vous parlez ; elle a toujours ses beaux yeux et toujours quelqu'un qui les aime ; elle est très-loin du bel esprit, mais très-près du bon et en juge irès-bien. La Fontaine est son grand ami; elle lisoit hier des lettres de Ninon dans Saint-Evremotit, et les admiroit; ses soupers sont bons, et entre peu d'amis.
(1) Bouhier écrit, le 22 août. « Nous o^aYons pas été si ÎDdiilgent) que « vous |>our le président Normand. Nous TaYons condamné en quatre mois « de prison, après quoi il fera une satisfaction au conseiller offensé et sera a ensuite un an sans pouvoir se trouver aux lieux ou il sei'a, à Texcepllon « du Palais. Il a déjà été condamné en 2,000 livres de dommages et intéiéts « envers le conseiller que le parlement de Rouen avoit interdit par le décret « fort mal à propos, outre d^autres dommages que cette affaire lui avoit « causés. M
LETTRE XXXVIU». |59
M. Dupré de Saint-Maur^ qui a traduit Milton, à cédé sa prétention à rAcadémie à H. Hardion, qui Ta dirigé dans' ses études; on y mettra qui on voudra^ pourvu que ce ne soit pas H. de Ramsay ni son Cyrus, ni son Discours sur TéUmaque; mais je crains bien que cette superbe angloise ne l'emporte et n'impose à vos confrères.
M. de Fontenelle ne s'attendoit pas à être mêlé dan^ le démêlé de H. de Montpellier et de M. de Marseille. Le premier yient d'écrire une lettre contré le second sur les prix que les jésuites donnent au collège à Marseille^ et M. de Montpellier adécouvert qu'ils ont donné pour prix le 2^ tome des OEuvres de Fonlenelle^ où. sont les lettres du CAei?aKer(fiîer... qu'il ne trouve point du tout chrétiennes (et qu'en effet Fontenelle auroitdù supprimer). Voilà une belle tracasserie et un beau prétexte à ses amis de se faire molinistes s'ils ne Tétoient pas. Il y a encore dans cette lettre une querelle sur Rousseau. M. de Marseille prend parti pour l'édition de Soleure, et M. de Montpellier la trouve mauvaise à mettre entre les mains de la jeunesse, et cite, p. 292, la Liturgie de Çythére. Mais ce qui termine ce débat est bien plus sérieux ; c'est le culte de la Chine que M. de Marseille dit avoir été approuvé par Alexandre VII, et M. de Montpellier demande une réparation en forme pour Alexandre VII, et dit qu'il n'en sera pas désavoué à Rome. Cela est à lire.
M. l'évoque d'Auxerre vient de publier une grande Lettre au roi sur le bref qui cond.amne son Mandement contre la Légende. Elle contient VBistoire de tous les événements arrivés en France par la doctrine ultramon^ taine sur le temporel des Rois. Dieu sait comme la Ligue y est traitée. Pour la rapprocher, il dit qu'il n'y a que deux rois depuis Henri IV qui en aient été la victime^ que peut-être elle n'est pas entièrement éteinte en France, et qu'il y a des esprits prévenus des maximes ultramontaines et même de VÈtat^ et aveuglés par un faux zèle de religion, capables de se porter à de fâcheuses extrémités si T occasion
Xen présentoit. Ne voilà-t-il pas un bel avis à donner au Roi?
On continue V Histoire de la Constitution; il y en a une deuxième partie qui va être bientôt augmentée in-4* pour joindre à la première.
Il y a une actrice de l'Opéra qu'on appelle la Cons^ (itution : elle fait paroltre une petite sœur qu'on appelle la Légende y et elle n'a point d'autre nom.
Lettre XXXW.
A Parts, ce 9 septembre 1750.
C'est M. Hardion qui a la place. Monsieur, et non Ramsay; me voilà content. On dit que cet Écossois se servit du mot d'ohiissement dans une de ses sollicitations^ et par ce mot il s'exclut lui-même.
Je voudrois que vous eussiez déjà la Vie de Bayle par M. Desmaizeaux; elle vous amusera; vous ne me parlez point de la souscription de M. de Thou et des guinées. Je vous prie de me dire à qui je les remettrai. On ne sait ce qui peut arriver.
M. Bargeton doit vous envoyer deux Mémoires qu'il a faits sur la jurisprudence du rapt en Bretagne, et des tutelles et nominations dans le même pays ; il n'osoit pas vous les envoyer, mais je lui ai dit que vous les recevriez bien. Les États voudroient faire changer ces usages, et voilà de la besogne pour M. le Chancelier qui travaille à des changements. M. Bargeton croit que la peine de mort ne regarde que le rapt de violence et non de séduction. Cependant je lisois tout à l'heure dans les notes de Dumoulin, au mot Rapt : Raptus qui fit eliam ex consensu filiœ aut uxorisy aut filii familias est verus raptus in parentes, L unie, C. de raploribus, unde in Gallia sprelo jure cano^ nico raptores capite puniuntur et bene. Je veux montrer cette note à H. Bargeton.
La pièce de Piron n^est point imprimée. Je vous en ferai une copie. La Daphné est une jolie personne qui est auprès de M"* la duchesse de Retz (1).
Le prince de Ligne a donné une requête au Roi contre sa belle-mère. Cette requête est imprimée ; il demande d'être renvoyé par devant les juges ordinaires, pour la réparation qu'il poursuit et pour le paiement de ladot. D'un autre côté, on prétend que sa femme va se pourvoir en séparation de corps et de biens.
M"^ de Sainte-Maure a obtenu un arrêt qui condamne son mari à lui payer dans une quinzaine 4,000 fr. pour deux quartiers de sa pension de 8,000 fr., sans s'arrêter à la délégation qu'il lui avoit faite sur M. de la Neuville, sinon permis à elle de sortir du couvent et d'aller demeurer dans l'appartement où elle étoit, rue du Mail.
M"**^ de Courchaipp a obtenu sa séparation de corps et de biens aux requêtes du Palais ; il est ordonné qu'elle se retirera dans un couvent jusqu'à sa majorité; elle a vingt-deux ans passés. Voilà mes deux clientes bien traitées, et cela me donne grande réputation parmi les femmes mécontentes de leurs maris.
J'ai travaillé sur la fin du Palais à une grande affaire criminelle, qui a été jugée, les deux chambres assemblées^ le 6 sepiembre. Cela regarde un M. et M""' deMaroUes, de la famille de l'abbé, qui éioient prisonniers, bannis de leurs terres, atteints et convaincus par la sentence d'avoir donné ordre de tuer un M. de Mornay et condamnés en de grands dommages et intérêts. L'arrêt met l'accusation hors de cour, et ils ont été élargis sur-le-champ.
(i) Dnns sa leUre du 26 août 1730, dans une note, qui a échappé à sa date, au copiste, Marais disait- : * Il parait une très-jolie pièce d*enviroii 200, •^ers, « adressé par un poète à une Dapliné,oîiil lui fait une description d*un prieuré, (I de la vie qu'on y mène, tranquille, naturelle, et des agréments de cette « campagne. Cela est du goût de Cliapelle, en vers de sept syllabes, quelques a rimes redoublées; il y a de la fine galanterie et des naîvelés. L^auteur est « M. Piron,- et j'ai découvert la Daphné. »
T. IV. n
tM CORRESWWDANCE INÉDITE.
Ha requête est longue eft mal imprimée. A tout hasard je vous renverrai, et vous y trouyerejs quelques traits naturels et des nullités nouvelles au criminel. • Fontenelle devoit s'att^idre & ce qui lui arrive, après avoir avoué ses lettres, qu'il dfevoit sacrifier comme une œuvre de jeunesse* Le Sœclum insipiens ne le touche pas depuis qu'il a approuvé Le SiècU de Louis le Grand.
Il est vrai que la petite fille s^appèlle la Légende^ comme sa sœur s^appelle la ConsHlution; mais cela ne leur ôte pas leur autre lïom.
On vient de me dire que le roi de Sardaigne a abdiqué; il y aura quelque finesse sous cette abdication. Tous les plénipotentiaires du congrès de Soissons sont rap* pelés. *' ; ' :
La nouvelle de Tabdicafion du roi de Sardaigne est très-vraie ; il se retiré à Chambéry ; il a écrit une belle lettre ici à son ambassadeur, et le Roi d'aujourd'hui en a écrit Ime pour dire quUl est rôi, et continuer Tambassade. Si les souverains sont léis des courônneset aiment & devenir particuliers, nous sôrmmes donc plus heureux qu'eux; cependant c'est une belle chose que de commander à des hommes. Nous verrons les motifs de l'abdication. On dit que c'est qu'il a envie d'être pape, et je crois qu'alors la monarchie de Sitile et les jansénistes âuroient l>eau jeu.
Lettre XL'.
A Paris, ce 21 septembre 1730.
Voilà, Monsieur^ une mauvaise copie des vers du sieur Piron, mais il sera aisé de la copier; je l'ai corrigée le mieux que j'ai pu.
On ne se seroit pas imaginé que le roi de Sardaigne auroit abdiqué pour se marier ; cependant il épouse ou a épousé M*"* de Saint Sébastien, qui va lui servir de compagne dans sa solitude. Ordinairement on vou-
droit avoir une couronne pour mettre sur la tête de sa maltresse : ici c*est le contraire y et les hommes sont bien bizarres. Les politiques veulent qu'il y ait quelque finesse ; ce qui est sûr, c'est qu'il ne sera ni pape ni antipape, comme soiî prédécesseur Félix , et qu'il ne vérifiera point le proverbe de Ripaille , dont Monstrelet a parlé et qui est contredit par d'autres auteurs.
Il y a déjà eu un jugement dans l'affaire de M"^ de Ligne : il est ordonné qu'elle se retirera dans un couvent , et que son mari lui donnera 6,000 liv. de pension. C'est pendant le jugement de la séparation. Si on discute la dot et la quittance , il y aura de belles choses à dire. Il court une lettre longue , mal écrite et basse de M"* de Mézières àM. le prince de Ligne, de Flandre, du lîjuillet 1730 , où elle explique tous les faits qu'elle impute à son gendre, qui sont des faits infâmes et très-mal digérés. Il y a eu une apostille contre M"* de Chambonas qui s'est mal mariée , avec le fils du sieur écuver de M"** la duchesse du Maine, et qui approuve seule la conduite de son frère. Je n'ai pas encore eu le placelauroi, mais j'ai cette belle lettre , qui est une vraie Espislolaccia. Elle appelle son gendre le prince de Mouy, et mal , car ils n'ont plus Mouy, que M. Crozat a acheté , et ils veulent se confondre aussi avec les Lorrains , dont ils ont pris la livrée et les armes et les ornements, quoiqu'ils ne leur appartiennent que par une Louise de Lorraine que le prince de Ligne ( Florent ) a épousée.
L'abbé Nivelle , fils de l'avocat , a été arrêté et mené à la Bastille, pour avoir pris part aux affaires de la Constitution. On a aussi découvert une imprimerie dans le faubourg Saint-Marceau , où on imprimoit les ouvrages du métier, mais non pas les Nouvelles ecclésiastiques ; tout a été pris et enlevé, et les jansénistes bien affligés. L'abbé Dugué est parti pour la Hollande, où il est arrivé , à ce qu'on dit; il a quatre-vingt-trois ans; il a mieux aimé ce voyage que la prison , et je ne sais si ces gros-
164 œRRESPOWDANCE INÉDITE.
siers Uollandois entendront bien sa belle langue. Il disoit la messe dans une maison particulière , sous une anpienne permission du cardinal de Noailles, et sans chapelle* ni autel. C'est à ce sujet que notre arcbevéque a douiic une ordonnance contre les chapelles particulières, du mois d'août dernier, sans le nommer.
Il est arrivé une sotte aventure à un avocat nommé Ponsignon. Il connoissoit une M"** de Bernay, femme d'un conseiller du parlement qui a été à la Conciergerie pour stellionaty et qui est actuellement en chambre garnie sur le quai des Augustins. Pendant la prison du mari, il voyoit la femme chez lui sans galanterie , à ce que l'on prétend. La femme l'a envoyé chercher, il y a quelques jours, pour souper avec elle ; il y a soupe. Elle lui dit qu'il étoit amoureux d'elle; il s'en défendit; elle voulut gager, et lui dit qu'il n'oseroit coucher avec elle; il s'en défendit encore , mais elle lui mit le bonnet de nuit
de son mari; justement justement lé mari entre
avec un garde du corps et le chevalier de Vandeuil , que Ponsignon connoissoit. On lui propose ou quelques coups d'épée dans le ventre, ou le fouet; il choisit le fouet, comme de raison ; on lui en donne à tire-larigot jusqu'à le faire évanouir ; on Fa fait revenir avec du ratafia , et on le mit dehors bien fouetté. Il dit que ce fut avec des baguettes, d'autres disent des verges. Et voilà l'aventure triste et lamentable du pauvre M. Ponsignon, qui est un homme de quarante ans, marié, et mauvais avocat.
Lettre XLV .
A Parii, ce 34 septembre 1750.
L'adresse de M. Desmaizeaux est à M. Préveran , premier commis de M. le duc deNewcastle, secrétaire d'État à Londres , et dessous un couvert à M. Desmaizeaux : voilâmes omissions réparées.
Tai vu la sentence des requêtes du Palais rendue dans l'affaire de M. le prince de Ligne. Il n'y a* point de demande en séparation. C'est le mari qui demande que sa femme soit tenue de revenir chez lui, et sur sa requête il a été donné sentence en la 2' des Requêtes du Palais^ le 15 de ce mois, qui lui permet d'assigner sa femme; cependant que dans trois jours elle sera tenue de se retirer aux Filles de Saint-Thomas dans Tintérieur du couvent, où son mari lui payera 6,000 livres de pension; défense à la supérieure dé la laisser sortir sans une permission par écrit du mari, sinon, et faute de satisfaire en trois jours, permis au mari de la retirer de la maison de la dame M"' de Mézière sa mère, ou de tout endroit où elle se trouvera, à l'effet de la conduire dans ledit couvent. — Ce sont les termes de la sentence , qui est rendue sur une requête non communiquée, mais qui a pourtant été rapportée en grande connoissance. Les Filles de Saint- Thom.as ne veulent pas de la princesse; je ne sais quel ordre on y mettra.
La Lettre du Clergé au Roi parolt, où il demande un concile à Narbonne contre M. de Montpellier; cela répond à la grande Lettre de cet évêque au Roi, mais ce discours est si enflé et si obscur, qu'il y en a la moitié que je ne comprends point ; et comment peut-on dire que Louis XIV n'a rien fait qu'avec circonspection et modération sur la matière du temporel, après Tédit de 1682? 11 y a beaucoup de phrases louches, des parallèles qui n'ontqu'un membre et qu'il faut deviner, enfin je voudrois que le clergé eût un secrétaire pour faire ses lettres et pour parler au Roi , de manière qu'il entendit ce qu'on lui dit et les autres aussi.
Les captures des imprimeries secrètes n empêchent point les Nouvelles ecclésiastiques; et il y en a encore une du 30 août, où il se trouve trois lettres du cardinal-ministre.
Les autresécrits vont aussi leur train ; il paroit unenou-
166 CORRESPÔNbANCfe INÉDITE.
velle lettre de M. d^Âuxerre à rassemblée du Clergé où il parle: 1* de ia légende; V du bref qui a supprimé son mandement; 3^dciâ Comïèîfeitîôn, qu'il dit n'être ni loi de l'État ni de l'Église j 4* du refus qu'on lui fait sur son rituel. Ces quatre pointé sont traités avec force etnefteté,et je ne sais pourquoi l'autre partie n'a pas de tels écrivains. ' '
On voit encore nine 3* lettre de M-. ^ie Montpellier en réponse à la 3^ de M. de Marseille ; cela est écrit avec un feu et uneéloquenceëurprenftnte» c'est une apologie en forme de Tautear de la JHortf/e du Paler^suv le sentiment delà présence réelle j doMeraieUrs dé^Port-Royal ; sur le même sujet, de l'abbé de Sairit-Cyran, de M. Arnaud, et vous jugex que M. de Marseille est bien humilié et les autres bien exaltés. C'est une vraie philippique. Il y a à la fin une pièce non encore imprimée, qui est \b Déclaration du bienheureux Vincentde Paule, faite dans le procès de Saint-Cyran; c'est une pièce curieuse.
Il court un dessin ou esquisse manuscrite d'une estampe qui est la carcasse d*un étne représentant la Sbrbonne présente. L'Invention eh est plaisante et satirique et mérite d'être gardée*
On crip dans les rues : L'Abdication du due de Savoie, à un Hardi et ce sont tes ramoneurs^ ses anciens sujefe, qui la crient: Je veux vous l'envoyer.' '
♦Le gouverneur dti fils <îe M. de Béthunea été pendu, jugé pré vôtatement.^' " ' < ^
M. l'évéque de ChAlons (Madot) avoit un procès au Grand Conseil qui a-Hoii éfre jugé; il y a eu une lettre de cachet pour suspendre le jugement, et voilà le semcsire échappé.
LeltreXUP.
A Pari», ce 30 septembre 1730.
On m'a remis^ Monsieur^ le paquet pour M. Desmaizeaux, que j'ai décacheté^ parce que nous n'avons plus d'ambassadeur d'Angleterre ici, et Je l'ai ènv6yé par la poste à l'adresse que vous savez. Je uV ai mis qti'iin exemplaire du Vêiballalhus, et j'enverrai les autres par diverses postes. Je vous remercie de celui (fue vous m'avez envoyé. M. Desmaizeaux va être bien content de votre approbation, et il aura raison. J'ai connu ce M. Dupuy dont vous parlez, qui n'étoit pas un grand docteur et qui avoit acheté plusieurs lettres du neveu de M. Bayle (Bruguières) qui n'étoit pas un grand doi^ur aussi ; s^ils donnent ces lettres, il y en a de fort curieuses.
J'ai lu la Novelle 124 sur la montre prise par le conseiller de Besançon. C'est une grande douceur de ne point punir le corrupteur, et je n'en vois pas la raison ; on punit celui qui corrompt un témoin > et on ne punit pas celui qui corrompt un juge, ou qui y t&che. Voilà une petite horloge bien brùlable à mon avis, mais elle est rendue.
Je n^entends rien dire contre M"* la princesse de Ligne la jeune, elle est très-jeune et a été trompée par sa mère, à qui on peut dire : Prudenê emisU viliosum, hors qu'elle ne l'a pas encore payée^ Vous avez raison, ils vont tous se déshonorer.
La découverte que vous avez faite dans le livre latin de M. de Meaux est bien curieuse. Les appelants, qui ont tant de gens qui lisent pour eux, devroient bien lire cet endroit, mais ils ne manqueront pas de trouver des réponses. Notre ami Bayle, dans la Continuation des pensées sur les Comètes, a i^ii de beaux chapitres contre le grand nombre, et je me souviens de lui avoir sur cela écrit une lettre où il ne s'agi^soit pas de religion. Noun n'avons pas encore
le livre ici. H. Dupin en fit un en 1707 sar la même matière, que le Roi fit imprimer sans nom d'auteur ni d'imprimeur, à Paris, sous le titre de la Puissance ecclésiastique et temporelle. Je ne sais ce qu'on peut ajouter à cela ; quand nous le verrons, nous verrons.
Je chercherai mes feuilles volantes du Caûiolicony et vous en enverrai les titres et les feuilles, afin de faire men« tir Ménage et de voir ce bel ouvrage relié.
Nous avons ici de grandes nouvelles politiques, nous ne voyons pas le dessous des cartes. M. le duc d'Ëpernon, qui paroissoit aller à toutes et qu'on désignoit déjà pour colonel du régiment des gardes, est exilé à Bellegarde; les bonnes gens de Paris disent à Belgrade (il n'y a qu'une lettre de dérangée comme de gréice à garce) : cet exil n'empêche pas le Roi d'aller mardi à Rambouillet. On parle d'un certain écrit que le Roi a montré qui contenoit les défauts du gouvernement, et qui a été attribué au Duc comme moniteur.
En même temps, le Roi a nommé H. Bachelier premier valet de chambre, inspecteur des châteaux, parcs et gouvernement de Versailles ; ce qui ne plaît pas beaucoup à H. le duc de Noailles, qui en est le gouverneur, et qui n'avoit pas demandé cette place pour avoir un inspecteur sous lui ou sur lui. Il a bien là de quoi penser et parler, mais peu à écrire.
M. le duc de Gesvres est aussi exilé, je ne sais où : les disgrâces sont sur les favoris; si cela tomboitsur les jeux de Paris cela ne seroit que bien , mais quelque autre viendra prendre cette succession qui est bonne. Un gouverneur de Paris exilé est chose bien nouvelle : celui-ci a voit une cour plus grosse que celle du Roi, et on y vivoit comme du temps d'Henri III et ses mignons.
C'est M. l'abbé Parisot qui m'a appris la lettre de cachet du Grand Conseil et qui m'a donné les factums de l'affaire; on n'a pas fait de remontrances. Vous savez ce que La Fontaine disoit sur Bastien le remontreur.
J'entends dire qu'il y a une lettre de M'"*' de Gonlaud contre Tabbé d'Olivet, qui n'a point donné sa voix à Ramsay aprè^ l'avoir promis.
M. de Luxembourg fils de M. le prince de Tingri, épouse M"'' de Sénozan, et l'épouse renonce à la succession de ses père et mère par le contrat de mariage. Cela est à la grande. M, de Fimarcon épouse M"* Aillet, mardi à Rouen, mais il ne renonce point aux successions futures.
lettre XLIII'.
k Paris, ce 6 octobre 1730.
M"* de Mézières a fait imprimer une Requête au Roi, où elle demande que celle du prince de Ligne contre elle soit supprimée, comme un libelle scandaleux. Elle prétend n'avoir demandé au Roi qu'une chose et que le Roi en a fait deux ; elle dit qu'il est le témoin et le juge de celte affaire, et un plaisant dit le dernier jour que c'étoit une tracasserie qu'elle faisoit au Roi, avec qui elle vouloit avoir une explication. Je crois que cela ne produira rien. On ne manquera pas de vous envoyer cette requête, qui s'est répandue par tout Paris. La jeune dame est aux Feuillantines, et cela renouvelle les anciennes chansons.
Il y a un arrêt du Conseil qui casse l'arrêt de défenses obtenu par le curé de Saint-Barthélémy, et on a mis un desservant à sa place ; encore un autre arrêt qui casse les arrêts de défenses obtenus par les curés d'Orléans et leur défend toutes poursuites, à peine de punition exemplaire. Voilà qui court le grand galop à ôter les appels comme d'abus au Parlement, et à les attribuer au nouveau bureau du Conseil. Je n'ai encore vu personne qui ait le livre de M. Bossuetet jesuis bien curieux de voir le passage que vous m'avez cité.
On m'a dit que l'abbé d'Olivet étoit à Bruxelles avec
Rousseau ; il ira faire imprimer quelque livre comme celui de M. Huel et se faire des affaires. Son absence fait beaucoup parler de lui. Je n'ai pas vu la lettre de M"* de Gontaud sur l'exclusion de Ramsay. M. le duc de Richelieu est directeur de l'Académie, mais il est à Richelieu : celte absence fait aussi parler. Laissons-les dire et tenons-nous au-dessus des cartes.
Le mariage de M. de Fimarcoii a été fait à Gaillon avec M"' Aillet. Ils ont été honorés d'un prince et d'une princesse du sang. M. le priace de Tingri a marié son fils avec M"* de Sénozan. Le comte de Taillebourg, fils du prince de Talmont, épouse la Palatine, parente de la Reine. M. de Saint Florentin est très-mal de là petite vérole, et on le regrette. Voilà des nouvelles de vacance.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.
Lellre XUV\
13 octobre 1730.
Lettre de Monsieur i'abbé (TOlioet à Madame la duchesse de Gontaud^ du 8 septembre 1730.
Je sais très-bien, Madame, que vous avez des soupçons qui ne me ' font pas honneur dans votre esprit; agréez que je me dispense par cette raison d'aller vous rendre aujourdliui mes devoirs : je ne me flatterois point de pouvoir vous persuader que je n'ai pas tort, et je no me sens pas assez intrépide pour aller, de gaieté de cœur, me faire quereller par la personne dû monde dont la colère me parottroit la plus redoutable. Je pars sur la Gn de la semaine prochaine pour Flandre et Hollande. Je souhaiterois, Madame, que cette promenade pût me faire naître quelque occasion d*expier mes prétendus crimes et de vous prouver avec quel respect j'ai Flionneur d'être, Madame, etc.
Réponse de madame la duchesse de Gontaud.
Monsieur Roy, ayant été témoin, Monsieur, des paroles que vous m'aviez données, ne pouvoit se persuader que vous y eussiez manqué; pour le convaincre, Je consentis quMl vous proposât de vous jus*
tiûer, sans quoi je n'aurois pas imaginé de vous mander de venir chez moi. Je suis ravie que vous soyez embarrassé de me voir, c'est une preuve que vous n'êtes pas habitué de manquer à votre parole; je vous en fais mes compliments. A Tégard de la peur que vous aviez d'être querellé par moi, je puis vous assurer que cela étoit mal fondé ; de qnel droit pourrois-je vous gronder, et de plus j'ignore ce que c'est que de quereller; j'ai bien de la n>émoire, mais je ne connois pas la colère : jugez-en, puisque j'ai demandé grâce pour vous et les vôtres à MM. de Voltaire et Roy. J'ai été fâchée sans doute que M. de Ramsay n'ait pas eu le bonheur d'entrer dans votre illustre compagnie , puisqu'il le désiroit, mais je n'ai point parlé contre M. Hardion; vous savez que sollicitant pour M. de Ramsay, j'ai combattu l'élcK^ement que vous me disiez avoir pour M. Uardion , et quoique je ne le connusse point , j'en avois oui dire tant de bien, que j'aurois parlé pour lui, sans Famitié que j'ai pour M. de Ramsay : aussi, Monsieur, si vous aviez eu la bonne foi de M Danchet , vous auriez aussi partagé mes louanges; mais je puis vous assurer que vous n'avez tout au plus à craindre de moi que des plaisanteries; j'avois déjà trouvé assez plaisant de solliciter pour une place à l' Académie, je ne me serois jamais doutée d'être à portée de donner cette preuve de mon amitié, car je croyois qu'il falloit même avoir de l'esprit pour proposer des sujets, et je m'en trouverois avec raison très-indigne ; mais n'importe, quoique nous n'ayons pas réussi, j'ai donné du moins des preuves de bon cœur, c'est à quoi je me dois borner. Je vous souhaite, Monsieur, un bon voyage et vous honore très-parfaitement.
Duchesse de Gontaud.
Voilà, Monsieur, la copie des lettres que vous vouliez avoir. Quelqu'un a aidé M™* la duchesse de Gontaud à dire des pointes, et je crois qu'elle auroit mieux fait d'elle-même; on voit parla que Tabbé n'a pas caché son voyage, et peut-être la lettre a été écrite pour le rendre public; du reste, je crois que ce pays ne lui est pas nouveau. Avez-vous ouï dire que Ramsay se vantoit d'avoir pour lui la Chambre haute , si la Chambre basse étoit contre, et que cela a piqué l'Académie, et qu'on lui a montré que la chambre basse faisoit arrêter bien des projets, ce que lui Anglois devoit prévoir? Voilà un vilain bilL pour lui.
Le livre de M. Bossuet est à Paris, je le dois voir au
na CORRESPONDANCE INÉDITE.
premier jour, et je n'oublierai pas Fendroit que tous avez marqué. Il faut bien que vous ayez quelque part le livre de Dupin ; il fit beaucoup de bruit dans son temps, et pour moi j'entends mieux le françoisque le latin.
Je n*ai pas encore vu les Essais hebdomadaires du sieur Dupuy. 11 doit avoir beaucoup de lettres de M. de la Roque à Bayle , qui seroient un beau présent au public ; s'il suit votre avis il fera bien, mais je crois qu'il n'en fera rien .
Les livres historiques de M. RoUin sont fort estimés , tout le monde court après; c'est justement l'opposé du pédant : il a le goût, les grâces, la fleur, la diction, le jugement, tout au mieux. Je ne sais de qui est laPAystque des enfants , qu'il dit n'être pas de lui ; c'est un beau morceau.
On m'a mandé de Bourgogne la mort de M. le marquis de Percey, qu'on a trouvé mort dans son lit. Cela m'a fort surpris; il étoitde mes amis.
Il parolt une Consultation, signée de 4-0 avocats, sur l'effet des arrêts de défense en matière d'appel comme d'abus; c'est une ancienne consultation de 1718 , qu'on a renouvelée et signée de nouveau, le 27 juillet et 7 septembre 1730. Le Conseil, en cassant les arrêts, vient de juger la question.
Lettre XLV.
A Paris, ce 23 octobre 1730.
J'ai bien cru. Monsieur, que la lettre de l'abbéd'Olivet et de la dame vous feroit plaisir; il pourra être bien couvert, en arrivant, de quelque calotte contre les frimas hollandois. Le voyage est pur vçyage; il le devoit faire avec le receveur général des finances de Besançon , qui se trouva mêlé dans une assez sotte affaire criminelle, qui m'a pourtant fait rire; car un personnage de la scène est justement ce M. Dupuy, auteur des Essais hebdomadaires
dont nous avons parlé ; et le rôle qu'il joue est qu'il est amoureux d'une petite femme abandonnée par le financier, à laquelle je crois qu'il ne donne que des Essais de toutes façons. Il s'avisa de faire une reconnoissance avec moi dans mon cabinet; il me parla de ses JEssawetdeBayle ; le financier me parla de l'abbé, et il ne s'est jamais vu une comédie plus plaisante. Il n'y a pourtant pas tant à rire au fond, l'histoire est trop longue, et je ne vous en donne que ce morceau , qui vous apprend l'innocence du voyage et la sottise de notre essayeur. Je viens délire le Mercure de septembre, où il en est parlé, et je me souviens d'avoir lu les lettres d'Abadie et Le Clerc qu'il rapporte. Pour ses réflexions sur les femmes, il n'y a qu'à le renvoyer à son aventure d'aujourd'hui.
J'ai vu les Fables de M. Richer; il est vrai que c'est celui qui se rapproche 4e plus de La Fontaine, mais l'intervalle est en encore grand et je ne sais qui s'y placera ; il me semble qu'il enjambe souvent le vers sur un autre, ses noms appellatifs sont pris dans La Fontaine , la variété n'est pas assez grande, la gaieté y est comme affectée et ne vient pas de source ; enfin, malgré ses talents, il y manque un certain je ne sais quoi que Ton trouve dans l'autre dès qu'on l'ouvre. La Prèfact '^st très-sensée, ks règles bonnes, et la critique cruelle contre M. de la Moite, qui la mérite bien. Je n'ai pas vu l'ode du mois d'août, mais je la verrai; ce qu'il y a de singulier, c'est qu'à Paris ces fables n'étoient pas connues, et je vais un peu les mettre en honneur.
J'ai reçu aujourd'hui une lettre de huit pages de M. Desmaizeaux, qui n'a pas encore reçu la vôtre; il me prie de faire un abrégé de sa Vie pour mettre dans la Bibliothèque raisonnée qui se fait à La Haye , ce que je ne ferai point, et je crois, Monsieur, ni vous non plus, à moins que vous ne le fissiez par amusement. Il voudroit faire réimprimer les livres de l'abbé Leclerc en Hollande, ce qui serait bien difficile en Hollande puisqu'on n'en a point; il me parle
ï74 CORRESPONDAKCE INÉDITE.
encore beaucoqp de VAvis a^x réfugiés , qui doU être à présent une matière épuisée, et ditqiie K. de La Roque se faisoit UA honpeur de s'attribuer ce livre jqou réclamé comme une épave, ce que je eroirois asses volontiers; il m^apprend qu'ilest bien^ais^d^avo^r fait dans sa Vie un détail des opinipns de Bayle, parce qu'op les rapporte mal et que cela rest arrivé dans un livre de du Bourguet, à Amsterdam, 1729, sous le titre d^ I^Ures philosophiques^ et où il est traité de natures plastiques ; il me parle des sermons anglois du docteur Jean Clarke, qui sont faits exprès pour réfuter Bayle. il ne seroit pas f&ché qu^on imprimât sa Vie séparément^ avec les additions de la dernière édition ou à Paris ou à Genève^ et il croit que cela serôit très- bien vendu à Londres. Vous savezi ce que je vous ai mandé sur cela ; il dit quMl n'ose vous écrire ; liiais quand il aura va votre gracieuse lettre, il devra bien vous remercier et le ferai et votre lettre pourra être bien placée dans quelque journal qui lui fera honneur.
Voici ce qu'il me mande sur Tédition de VHiêtoire de H. de Thou. Elle commencera dans huit ou dix jours, six • presses y travailleront toutes à la fois et en feront dix-huit feuilles pa.r semaine. Bukley a publié une troisième lettre (en anglois et qui sera bientôt françoise) où il apprend qu'il a reçu dçpuis peu plusieurs pièces, et entre autres la Continuation par Rigaultea trois livres, dont un a été imprimé et les autres manuscrits. Imaginez-vous ce que j'ai pensé, de ce bel anecdote , et du Bukley qui va apprendre cela au public. Voilà les Anglois. Le mien est parti, sans quoi je lui laverois bien la tète , si une tète angloise peut se laver. Bukley me doit envoyer sa lettre quand elle sent traduite , çt croit me faire grand plaisir ; je vous Teaverrai quai^d je l'aurai ; il a fait acheter à Paris une traduction françoise de M. de Thou, et la fera imprimer après l'édition latine; il ne se met pas beau** coup en peine de cette traduction françoise qu'on a annoncée à Bruxelles.
LEfTTRE XLV*. I7&
M. Desmaizeaux me dit encore que M. de Ramsay est bien hardi de se mettre sur les rangs pour entrer dans TÂcadémie françoise, qu^if a toujours suivi la maxime audaces fortuna jwoaij et qu'il a trouvé à Londres une personne qui a mis sôd Cyrus en françois et lui a même donné de bons avis sur le? choses, ce sont ses propres termes. Vous voyez comme Ton pense de cet homme*là en Angleterre mème^ et que FAçadémie ne s'y est pas trompée. Mais je vous trouve heureux d'éviter toutes ces tracasseries de femme qui distribuent les lauriers sur le Parnasse et qui y guettent leur étiquette. Je ne sais ce que Desmaizeaux veut me dire qu'il m'a envoyé une brochure de M"* de Lambert^ je ne l'ai pas encore vue ; fait-elle passer la mer à ses ouvrages pour entrer dans dans la Sociélé royale^ et faire là aussi ses élections?
Le livre de M. Rolltn est admirable; il y a & volumes de sa Manière d'étudier ^ dont je n'avois lu que le 2 et le i. H. Anfossy disoit Tau tre jour :.(re$lun pédant qui estl'op* poaé^du pédant. Vpilà les^ens nés pour l'Académie (1). Son Histoire ancienne est un autre ouvrage. C'est la plus belle langue du monde et la meilleure tète , et quand ir veut être critique, il est excellent. Voyez ce qu'il dit sur l'ostcacisme des Grecs et sur le vol des Lacédémoniens.
Le quatrième tome des OEuvres diverses de Bayle ne parolt point encore. *
(1) Bouhier répond, le 2 octobre : « Je ne éonnois de M. Rollio que sonn livre : De la manîhe d'étudier, où j'ai trwfëqQll méritoit tots les éloges « qu'on donne 4 ses livres liUloflqt\es que je n'ai point encoi^ tus. Ce * seroit un excellent sujet pour notre Académiei Mais les dames ne briguent « guère pour les gens du quartier latin. On ne diroit point que celui-ci y a « passé ses jours.»
Lettre KLYP.
k Paris, ce 8 novembre 1730.
Nous voîlày Monsieur, dans de belles affaires; vous avez sans doute vu l'arrêt du 30 octobre contre la Consulta* tion des quarante avocats, et vous y avez d'abord reconnu la main souveraine de M. le Chancelier, Télévalion de ses pensées et la dignité de son style ; mais je ne puis croire que me» confrères aient eu le dessein qu'on leur attribue. Le fait n'est pas encore bien éclairci : on prétend qu'ils n'ont voulu signer que l'ancienne ConsuU tation de 1718, où tous les termes reprochés par l'arrêt ne se trouvent point, qu'ils ont approuvé l'épreuve sans la relire , c^mme il arrive tous les jours, et qu'ils ont été trompés par cette épreuve infidèle. 11 y a beaucoup d'apparence à cela, car on ne croit pas qu'ils eussent voulu se mettre au rang des Junius Brutus, des Buchanan, des Hotman et autres auteurs populaires; ils ont voulu abaisser l'autorité et juridiction ecclésiastique et élever celle du Parlement. On a glissé des termes peu mesurés; quand on a vu l'arrêt on s'est aperçu de la surprise et de l'erreur, et à présent on est dans l'embarras de l'explication ou de la rétractation. Pour moi, Monsieur, vous savez que je n'ai nulle part personnelle à tout cela, je n'ai signé ni cette Consultation ni les autres, et je n'y suis que pour l'intérêt que je prends à mon ordre. Il faut espérer que tout ceci s'accommodera incessamment, et qu'à la rentrée du Parlement on n'en parlera plus; il arrivera de là qu'on sera plus circonspect pour les signatures. Cette affaire m'a donné l'occasion de relire la Dissertation de Baylo sur le Junius BrutuSy qui est excellente et très-curieuse , l'article d'Hotman et de JUariana, VAtis aux réfugiés, où cette matière est traitée ex professo , V Apologie des catholiques, tomel**^, page 50, et je suis sorti de cette lecture
LETTRE XLVF. 177
avec tous les principes de Tarrét, qui étoienl dans mon cœur dès ma naissance. Je ne sais comment votre compatriote M. Languet et Hotman^ qui étoient de grands jurisconsultes, s'étoient entêtés de principes contraires, et pourquoi dans le Minagiana (tome 3, pages 135 et 136), M. de la Monnoye a dit que le livre de Junius Brulus est digne de Languet, qu'on l'y reconnoit, habile jurisconsulte et politique tel qu'il étoit. Bayle, dans sa Disserlaliorij dit quelque chose d'approchant, mais il a mis à la marge un correctif qui le disculpe, et VAvis aux réfugiés (puisqu'il est de lui) découvre bien ses sentiments sur cette question; mais ne parlons pas d'un sujet dont on ne parle que trop. Il y a eu une absence d'un jour des avocats au Grand Conseil et au Chàtelet , mais ils y sont retournés le lendemain. Nous verrons ce qui arrivera après la Saint-Martin , et comment l'avocat général se tirera de sa harangue. Eia,8udabil salis.
Nous avons ici M. le marquis de Castellamare, ambassadeur d'Espagne. Il demande ou l'exécution du traité ou la guerre. 11 a été voir notre reine d'Espagne veuve, et lui a annoncé une entière réconciliation, et le prochain payement de tous les arrérages que l'Espagne lui doit. Quand il n'auroit fait que cela dans son ambassade, il auroit beaucoup fait.
Je sais que H. l'abbé d'OIivet est à Paris et j'jii dit à M. Parisot de vous le mander; il n'est point question des bruits politiques qui couroient sur son compte, mais on assure très- certainement que M. le cardinal de Polignac est rappelé de Rome, et a ordre d'aller droit à son archevêché d'Auch. Si cela est, la dernière intrigue est mal nommée : la Conjuration des Marmousets : et ce n'est pas là un Marmoustan. J'ai trouvé ce mot dans une petite lettre qu'on vient de donner sur les gnomes et les sylphes.
Je n'ai point revu le sieur Dupuy V Essayeur ; si je le vois, je le désabuserai des femmes et des filles.
Ne soyez pas inquietsur nos Anglois : l'imprimeur a les
T. IV. r 12
178 CORRESPONDANCE JNÉDlTE.
pièces j mais il ne sait d'où elles lui viennent ; il a an« nonce seulement qu'il les avoit sans dire d'où et par qui ; la discrétion eût pu être entière, mais c'est une chose faite, et l'espoir du gain l'a emporté. J'ai écrit en Angleterre pour arrêter le progrès. M. Points est gouverneur du duc de Cumberland ; voilà le chapeau que sa nonciature lui a valu.
Le livre de madame de Lambert se vendoit cet été dans les cafés de Paris ; elle ne s'en tient pas à l'éducation des femmes dans les sciences , elle veut de l'amour et du platonisme. Idée fausse et contre la nature (1). — Vous avez beau corner sur les toits H. Rollin pour TÂcadémie ,
il est [déchirure) , il a été déposé étant recteur, on lui a
ôlé la principale du collège de Beauvais^ et son éloquence demeurera dans ses livres (2);
Lettre XLVW.
Paris, ce 16 noTembre 4730.
Si vous avez été content^ Monsieur, que je n'aie point signé avec les 40, je crois que vous le serez encore de ce que je n'ai point signé avec 200. On s'est assemblé
(1) Bouhier écrivait, le 30 octobre : « La brochure de Madame de Lambert K est apparemment celle qu*on imprima furtivement à Paris il y a deux ans, R et dont elle fit racheter presque tous les exemplaires, pour environ cent pis- « tôles qu'elle donna à Timprimeur. Mais il y en avoit déjà eu quelques-uns « de débiles; j*en ai une copie manuscrite. C*est une espèce de manifeste pour R les dames savantes où elle fait voir qu'on a grand tort d^élever les femmes « dans rignorance , et où elle fait Tapologue de celles qui ont fait des romans n honnêtes. Cet écrit fut composé autrefois pour justifier quelque<i nouvelles « galantes, qui furent faites alors pour divertir feu Madame. Mais la dame « qui l'a composé a craint que ce ne ,fût mal interprété , surtout paroissant à « Tâge qu'elle a. »
(2) «Suivant ce que vous me dites de M. Kollin, si je corne son mérite sur quelques toits, ce ne sera pas sur ceux de l'Académie. Je ne sais par quel fanatisme les gens d'esprit se donnent aujourdliui l'exclusion de la plupart n des places dont ils seroient d'ailleurs très dignes. Tantum Religio, etc. »
LETIRE XLVir. 179
avant la Saint-Martin chez M. Tartarin, bâtonnier, au sujet de l'arrêt. Plusieurs y ont été; il a été agité de rendre générale, pour tout l'ordre, l'affaire personnelle de quelques membres. M. Duhamel et quelques membres étoient d'avis de rétracter, le feu s'est mis dans l'assemblée, on a dit qu'il falloit faire un écrit général pour justifier le sentiment des avocats sur l'autorité du Roi et pour expliquer les expressions de la consultation. Cet avis l'a emporté. M. Cochin et M. Aubry ont dressé l'écrit, il a été lu dans plusieurs assemblées , chacun a signé et le jour de la rentrée il a été encore lu au Palais et signé, en sorte qu'il y a plus de 200 signatures. Je vous assure que la mienne n'y est pas. J'ai pensé que l'Ordre n'étant point attaqué il n'y avoit rien à dire ni à écrire, que le Roi n'a pas besoin de leur avis, qu'un écrit, si beau qu'il fût, en pourroit attirer d'autres contraires et faire du trouble, que les 40 signant cet écrit désobéissoient à l'arrêt et qu'il ne convenoit pas de signer avec des désobéissants, etc. Tout cela devoit venir naturellement dans l'esprit, mais il n'y est point venu, et l'écrit signé de M. de Tartarin lui-même comme malgré lui, a été porté par lui à M. le Chancelier, qui n'a point voulu lui parler comme bâtonnier, mais comme avocat. La proposition de l'écrit général n'a pas été trouvée bonne : on ne le vouloit ni lire ni recevoir; par bonté, la lecture en fut agréée comme une pièce indifférente. La !'• partie sur le droit, trouvée bien travaillée, la 2* sur l'explication, mal et hors de propos. La conclusion fut que cet écrit, signé de 200, fut nommé tumultueux, contraire à l'arrêt, qu'il ne devoit ni être donné au public ni communiqué de quelque manière que ce fut, que les 40 seulement dévoient écrire et rétracter ou désavouer, qu'après cela Tordre pourroit donner quelque chosede lui-même s^il vouloit, et que le Roi entendoit que celui qui a fait la surprise seroit rayé du tableau. Tout cela rapporté aux 200 ou leurs députés fut rejeté ; ils per-
sistent dans leur écrit, ils ne veuknt point disjoindre, ils paroissent ne point craindre les suites, et M. Tartarin doit avoir retourné hier chez M. le Chancelier, qui, je crois; sera très-mécontent. Voilà, Monsieur, le dernier état de la chose; je vous demande en grâce que ceci soit secret. Plaignons tant d'honnêtes gens mêlés dans cette affaire. Ce que vous me dites sur les parlements est très-bien pensé. Mais il parolt que Ton n'a en vue que le Paris, car les assesseurs du trône sont les princes du sang, les magistrats et les pairs. Voilà comme ils sont rangés et nommés dans la consullalion.
Je ne crois point qu'il y ait jamais eu d'arrêt contre Henri III qui Tait déclaré déchu de sa couronne. La duchesse de Guise commença bien une procédure à ce Parlement, qui étoit resté après Temprisonnement de la Bastille. 11 y eut un arrêt qui permit d^informer l'affaire appointée, un avertissement très-impertinent fourni en janvier 1589, qui fut même imprimé dans le temps, mais le procès ne fut point jugé et le maudit Jacques Clément y mit fin le 1" août 1589. Voyez sur cela un des articles de Guise, Dictionnaire de Bayle ^ où il a rapporté deuxarrêts et partie de V Averlissemenl , la lettre 23 de la Critique du calvinismej aussi par Bayle, et le tome II de la Satire Ménippée, page 294 jusqu'à 318, àRatisbonne, 1709 in-S*". MM. de Péréfixe, Mézeray et Legrain en parlent aussi.
M. Berruyer a signé. Je vous envoie les noms des quarante.
MM. Le Roy.
MM. Normant.
Berruyer.
Aubry.
î.eRoydeValières.
Huart.
Duhamel.
Chauveau.
Bazin.
Gondouin.
Denyau.
Le Boy.
Guérin de Richeville.
De Marimberg.
Gaillet de Blaru.
Lequeux.
GacoD.
Brigeon
Pajeau.
MM
. Dains.
Pothouin.
Fuet.
Pin.
De Laverdy.
Visinier.
Seron.
Vailly.
Merlet.
Sarrazin.
Buirette.
De Fourcroy.
Paignon.
Comtesse.
Tribord.
Julien de Prunay.
Le Roy de la Tour.
Cociiin.
Soyer.
Bellichon.
Bayle.
Lettre XLVIIP.
A Paris, ce 22 novembre I7m
Le Mémoire des deux cents s'est échappé dans Paris, Monsieur, j'en ai vu une copie qui sera bientôt à moi ; c'est un ouvrage bien travaillé ; Tautorité du Roi y est traitée d'abord avec la dignité qu'elle mérite. Ensuite on s'étend à une critique de l'arrêt assez marquée, on se plaint du retranchement de quelques termes qui auroient adouci les propositions, on plaide fortement pour développer le vrai sens de la consultation et son objet général; on justifie des termes condamnés par des termes à peu près pareils tirés d'anciens édits, de discours d'avocats généraux et peut-être de M. le Chancelier lui-même et de jurisconsultes françois anciens; on ne manque pas de dire que ceux qui ont écrit contrôla Légende ne peuvent pas mal penser de l'autorité du Roi, on désavoue tout autre sens et toute interprétation que celle qui est contenue au Mémoire et même ou la déteste. Enfin c'est un commentaire très-clair d'un texte très-obscur; il n'y est point du tout parlé de la surprise des signatures ; on ne veut pas abandonner un confrère qui peut-être a été surpris lui-même; l'ouvrage n'a point été reçu; il y a eu des conférences avec M. le Chancelier à la Cour. L'affaire se terminera par négociation et par un autre écrit qui ne
sera que des quarante et tourné d'autre manière. Voilà ce que Tondit; car, comme je ne suis ni du petit ni du grand nombre, et que l'on n'est point encore rentré au Palais, je ne suis point exactement informé du dernier détail et ne m'empresse point de Fèlre. Un duc et pair me disoit l'autre jour qu'il croyoit les avocats plus sages, et je lui dis qu'il falloit au moins convenir qu'il y en avoit de. sages, puisqu'ils n'avoient rien signé, et il en convint en bonne compagnie. On ne rentre que lundi prochain.
Les copies du Mémoire se multiplient infiniment, et il ne manquera pas d'être imprimé en décret, qui feroit un grand désordre s'il paroissoit publié avant l'accommodement de l'affaire.
Je ne sais quel plaisant s'est avisé de faire une espèce de parodie de Tarrét en faisant un Jugement d'Apollon contre une pièce {le Prince de Noystj) du Théâtre-François qui vient de tomber; on s'est servi des mêmes termes de l'arrêt assez artisiement rangés; mais cet auteur bastillable n'a pas pensé que si la pièce qu'il condamne est mauvaise en vertu des termes de l'arrêt, celle condamnée par l'arrêt est mauvaise aussi, et ainsi il a travaillé contre son but; il n'est point du tout temps de rire d'une affaire si sérieuse.
Il parolt une calotte affreuse contre l'archevêque de Paris, la poésie en est forte et bien rimée, mais c'est du vrai dithyrambe ; le brevet est du premier maître d'hôtel du régiment.
Vous savez sans doute la rétractation publique du défunt archevêque de Sens, qui est mort fidèle à la Constitution en présence de son chapitre et de son clergé. Cela a fait grand effet, il y a eu d'autres rétractations depuis. L'archevêché n'est pas encore donné. M. Févêque d'Aire (Montmorin) y a grande part.
Les Nouvelles ecclésiastiques vont toujours et ne sont point découvertes. On y a donné une longue Relation de huit pages, de la destruction des communautés de Sainte-
LETTRE XLVIIF. 183
Barbe; on n'y a pas oublié un mot de tout ce qui a été dit et pensé, et on est toujours surpris de leur correspondance sûre et de leur hardiesse.
Je vous fais mon compliment sur M. le nonce Passionei; il tient le grand chemin du cardinalat^ et il le mérite bien. Que sait-on si de plus grands honneurs ne lui sont pas destinés 7 J^aimerois bien être Tami d'un pape^ et comme il est le vôtre, il pourroit bien être le mien. Que dites-vous d'un pareil songe?
L'ancien évèque de Beauvais, Saint-Aignan, ne s'étant point corrigé ni au noviciat ni au séminaire, a été relégué à Citeaux par lettre de cachet; il s'en est moqué et n'y a point obéi ; il y a été forcé par un ordre d'en haut : un major des mousquetaires noirs et un autre mousquetaire le conduisent à Citeaux, et s'il aroit fait résistance, il eût été enlevé par quatre mousquetaires de force. Cependant son frère M. le duc de Saint-Aignan va à Rome ambassadeur, et il pourra peut-être négocier là pour lui quelque indulgence. Je l'entends au figuré, crainte de simonie.
J'ai relu VÀvis aux Réfugiés ; il faut se crever les yeux pour ne pas voir qu'il est de Bayle et qu'il ne peut jamais être d'un autre; je ne sais commentai a pu le nier, mais je crois qu'il y alloit de la vie, et omnis est honesta ratio expedienda salutis .
Je n'avois point été à la Comédie depuis dix ans ; on m'y a entraîné et j'ai vu au Théâtre-Italien une pièce intitulée : Le Triomphe de l'Intérêt^ qui est en vers faciles,simples et grands en même temps^ il y a des portraits frappés et un peu trop reconnaissables; c'est un Molière naissant. L'aventure du juif et de l'actrice de l'Opéra y est jouée à merveille ; digne sujet de comédie, et tel que je ne crois pas qu'on ose à présent suivre le procès commencé. Notre ami M. Bernard a eu le crédit de faire ôter une scène que tout le public lui appliquoit ; l'auteur est unf jeune homme de dix-huit ans qui sent sa force, et qui
dit qu'en vers il ne craint ni Arouet ni les autres et que la conduite lui viendra.
Il y a une dispute à la Cour^ entre les dames du palais de la Reine et M"** la maréchale de Bouflers, qui a dit à M""^ de Montauban qu'il n'appartenoit pas à mademoiselle de Mézières de lui contester sa place.
Il faut avoir la nouvelle Requête du prince de Ligne au Roi ; toute l'affaire y est expliquée simplement et on voit nettement que M"* de Mézières est une friponne.
Lettre XLW.
23 norembre.
L'accommodement n'est pas encore fait, on y travaille; cela finira par un écrit court dont M. le Chancelier a dit verbalement la substance et auxquels les avocats travaillent. Si vous avez vu leur premier écrit, vous trouverez qu'ils ont eu bien de la peine à se tirer des lois qui sont des conventions, etc., et à développer cette proposition populaire qui n'avoit que faire du tout dans la Consultation et qui n'étoit point dans celle de 1718.
J'ai parcouru le gros livre de M. Bossuet sur les quatre propositions de 1682. La table me présente un ouvrage immense, mais la langue m'a paru africaine, et je pourrai bien attendre qu'il soit traduit pour le lire. Outre qu'il y a quantité de fautes d'impression. Je n'ai pas encore vérifié la citation sur le petit nombre parce que je n'ai pas le livre chez moi.
Lettre V.
A Paris, ce 4 décembre f730.
L'arrêt du 25 novembre, qui sans doute vous aura été envoyé. Monsieur, vous a appris comment l'affaire a fini,
et est une matière à bien des réflexions ; cela s'est terminé par une conférence du 2k au soir à Marly entre M. le Cardinal d'une part, et M. Normant et M. Julien de Prunay pour les avocats. L'arrêt a bientôt été crié dans les rues autant que l'autre, et Tordre a triomphé. Dans le fond, il n'y en avoit pas un seul qui eût de mauvaises intentions, et, comme vous dites fort bien, c'est un jargon qui s'est répandu et dont on n'a pas fort examiné le sens. A l'égard de ce que porte la déclaration sur le pouvoir spirituel et sur la juridiction extérieure des ministres de VÉglise, ce n'est qu'un avis et non pas une loi. Votre dernière lettre distingue deux portions de juridiction , Tune du droit divin, l'autre qui vient de la concession des souverains ; mais la question est d'assigner ce que chacun doit avoir dans son lot, et si l'appel comme d'abus ne va pas seulement sur la forme de l'exercice, mais encore pour réprimer la trop grande étendue de la première portion. Voilà la querelle de Pierre de Cugnères revenue. Le premierchapitre du deuxième tome de M. Fleury de son Instilulion du droit ecclésiastique abrège assez bien cette matière, qui va faire du bruit, car on vient de me dire que les évêques font demain unedéputation générale au Roi pour remontrer leur droit et leur juridiction contre l'avis de la déclaration insérée dans l'arrêt. Le public n'est pas fâché de voir courir les évêques après qu'ils ont fait courir les avocats.
On dit à présent que la mort de M. l'archevêque de Sens ne s'est pas passée comme on l'a dit , mais qu'il a fait lire un petit écrit où il déclaroit qu'après avoir examiné la Conslilulion, il avoit trouvé qu'elle ne contenoit rien d'essentiel à la religion, que les deux opinions pouvoient être soutenues, et que le salut étoit dans les deux partis. L'écrit qui devoit être brûlé n'a été que déchiré , et on en a les morceaux. Il arrive de là que le moliniste et le janséniste ne tirent point fruit de cette mort.
11 est plaisaut que M. de Beau vais ancien soit enfermé
à portes ouvertes. La clôture que vous lui donnez est merveiUeuse^ et il n'auroit pas fallu de mousquetaires pour l'y mener.
M. de Chirac est premier médecin ; cette nomination a frustré Tattente de bien des gens, et la Faculté de Paris, à qui cette récompense échappe, quoiqu'elle soit le grand objet de ses désirs, ne doit pas être contente ; mais Chirac est regardé comme un nouvel Hippocrate à qui tout^doit céder.
Le nouveau Molière s'appelle Domignies, il est de Mons en Hainaut, c'est M. l'abbé Dubos qui me Ta nommé , et qui m'a en même temp&bien prié de vous faire ses compliments lorsque je vous en écrirois, et je m'en acquitte.
Je vous envoie la calotte contre Tarchevèque. On dit qu'il y en a une contre M. le Chancelier beaucoup plus affreuse; les poètes satiriques, qu'on croyoit morts, ressuscitent dans les temps de troubles. Les Nouvelles ecclésiastiques ne meurent point, la dernière parle de l'affaire des avocats. Le chevalier de Sabran,qui a été jouer aux états de Bretagne et tenir le jeu de M. de la Trémouille, a été tué pour une querelle à ce jeu par le chevalier de Kéravi (1) . On peut bien dire : qu'alloit-il faire dans cette galère ? On commence à plaider jeudi au grand rôle la cause de M"* de Sainte-Haure sur l'appel de l'appointement ordonné au Chàtelet dans sa séparation.
Lellre £/^
A Paris, ce 7 décembre 1730.
Voilà, Monsieur, la réponse de M. Desmaizeaux à votre lettre, où vous verrez qu'il a dessein de corriger la Fie, mais je crois qu'il la doit laisser en l'état où elle est; il vous parle de la dissertation sur Vahallaiius qui est goûtée
(I) Voy. Mémoires de d'Argenson,
par les connoisseurs en Angleterre et vous fait une question qui peut ne pas venir de lui. Je n'ai pas le tome des Nouvelles littéraires où sont vos deux lettres au P. Oudin, je n'en ai que neuf tomes et croyois tout avoir. Il me dit que Bukley ne nomme personne dans la lettre angloise et ne me parle point de la traduction françoise de cette lettre. On imprime actuellement la Table des matières des œuvres diverses de B. qui est fort longue, et il y en a encore pour environ deux mois. Sur la Pancharis de Bonnefond qu'il veut faire réimprimer, il ne dit rien de ce qui est dans le Ménagiana de M. de la Monnoye. tome 2, page 369, etc., j'ai aussi une lettre de M. de la Hounoye qui est reliée avec ma Pancharis que je pourrai lui donner.
Vous avez dû faire bien des réflexions sur Tarrèt du 25 novembre. Nous ne sommes plus rebelles, mais les évéques disent que nous sommes hérétiques, et sur cela voyez VAvis aux Réfugiés (page 187, Paris, 1692), qui dit que quelque piété qu'agent les monarques, ils souffrent plutôt les hérésies qui ne regardent que la religion, que celles qui regardent leur autorite ou leur personne, et il est plus certain, dit-il, que celles-ci sont plus capables de troubler le repos public; il cite une remarque singulière de M. de Nevers contre l'empereur Charles-Quint, qui déposséda, en 1552, à Augsbourgtrois ministres protestants, parce qu'ils médisoient de lui et laissa tous les autres ministres prêcher et médire de Dieu selon leur fantaisie; il ne cite pas Tendroit où il a pris cette remarque.
Cette accusation d'hérésie va produire d'autres écrits sans fin. Les satiriques écrivent plus que que jamais. On voit une calotte contre H. le Chancelier qui est affreuse; on le fait garde des sceaux du régiment et on y parle de ce qui s'est passé au lit de justice. Il y en a une autre contre M. de Nimes, et bientôt tout sera calotin, si Pon n'arrête pas cette fureur qui dépasse toutes bornes; les auteurs ne seroient pas difficiles à découvrir si Ton s'en
donnoit la peine^ car cela ne peut rouler que sur trois ou .quatre personnes.
On m'a dit que Voltaire avoit encore donné en Angleterre une édition nouvelle, corrigée et augmentée, de son poëme de la Ligue. Son Brutus va être joué, et il y aura de beaux vers. On a gravé le portrait de la Le Couvreur et on y mettra un quatrain françois au bas assez mauvais; on a aussi gravé un tableau de l' Amour précepteur y qui est de Coypel et qui est dans le cabinet de H. de Horville; l'Amour, qui est accoutumé d'être nu, est fort embarrassé dans ses habits, il a le visage beau; ses élèves ont plus les yeux sur lui que sur le livre quoique ce soit VArt (T aimer. Cela n'a pas l'art antique, il n'appartenoit qu'aux modernes d'habiller l'Amour et de couvrir sa nudité.
On a habillé Jésus-Christ en jésuite sur une apparition espagnole, sur quoi on a fait ce quatrain :
Admirez Tartifice extrême
De ces moines industrieux,
Ils vous ont habillé comme eux,
Mon Dieu, de peur qu'on ne vous aime.
M. Bernard père a eu un brevet de conseiller d'État pour les services qu'il a rendus, et pour son grand désintéressementl; ce sont les termes du brevet. Le même jour, M. de Montmartel a été rétabli dans sa charge de garde du Trésor royal.
J'ai entendu aujourd'hui la première audience de la cause de madame de Sainte-Maure. M. Cochin a très-bien plaidé.
Lettre LIV.
A Paris, ce 20 décembre 1730.
La Requête des avocats du Roi est imprimée avec les noms de 252 qui l'ont souscrite, et dont le nombre a été réduit dans l'arrêt du 25 novembre au b&tonnier, qui a
LFXIRE LIF. 189
signé pour tout l'ordre. La proposition des lois qui sont des conventions est expliquée dans Parrêt en disant que le Roi est le seul souverain législateur dans son royaume^ ce qui ne se irouvoit pas dans la profession de foi de la requête : et pour ce qui est de l'autre proposition , qu'il n'y a aucune personne pour juger au-dessus des arrêts de la cour^ elle paroit bien expliquée en disant que les Parlements ne tiennent que du Roi l'autorité qu'ils exercent. Mais il y a un mot en parenthèses dans une des iVowvelles ecclésiastiques qui explique mieux ce sens, qu'il n'y a personne [dans V Église) pour juger au-dessus des arrêts de la cour. Tant y a que l'on est content à la cour, et on y est si content que les avocats ayant fait une députation de huit d'entre eux au cardinal ministre, il les a reçus à merveille et leur a dit de la part du Roi que S. M, les assure de sa protection royale, et que s'il pouvoit, lui, ajouter quelque mot à cette autorité, il les assuroit tous d'une parfaite considération, et il a dit en sortant à son audience : Voilà des hommes! 11 lesauroit même retenus à dîner, mais ils étoienthuitetsa table n'est que de neuf. Dites après cela que nous ne sommes pas bien à la cour; il est vrai que nous ne sommes pas si bien avec les évoques, qui nous disent hérétiques, mais nous nous défendrons bien. MM. les cardinaux de Rohan , de Bissy, ont remis M. le Cardinal dans leur parti sur cette accusation qu'ils ont portée au Roi, et le Roi a répondu que cela s'étant passé dans le diocèse de Paris, il falloiten conférer avec M. l'archevêque, de sorte qu'il doit venir en cour pour cela, et on dit qu'il tient déjà tout prêt un mandement terrible, je ne sais contre qui; du moins l'auteur de la calotte doit être bien foudroyé. Le Parlement, de son côté, n'est pas moins vigilant : à l'occasion d'une assemblée des chambres on a parlé des évocations si fréquentes des appels comme d'abus et autres affaires, et il a été arrêté qu'il en seroit fait remontrance au Roi, et sur ce que les remontrances contre la déclaration du lit de jus-
190 CORRESPONDÀlSCE INÉDITE.
tice ont été défendues : il a été aussi question de la proposition de M. de Nîmes, qui a dit que le règne du Roi est fondé sur la catholicité. Il y a eu bien des voix pour les remontrances. M. le P. Rolland a ouvert Ta vis que cette proposition étant dans une harangue faite au Roi, à qui on savoit qu'elle n^avoit pas plu et qui s'en étoit plaint, il n'y avoit qu'à en parler au Roi par forme d'audience et de conférence et par une espèce d'adhésion, et lui faire entendre que la lettre d'explication de M, de Nîmes à ce sujet au cardinal ne paraissoit pas suffisante parce qu'elle n'étoit déposée dans aucun lieu public. Cet avis qui est sensé et même poli l'a emporté, et on verra quel en sera le fruit. Il y en a qui prétendent que la harangue étant faite à la tête du Clergé doit être expliquée par le Clergé. Nous voilà au temps des explications et des éclaircissements : la Sorbonne s'est alarmée dans ses supplications, le Clergé l'a fait dans sa lettre au Roi, les avocats dans leur déclaration ; M. de Nîmes en vient de faire autant et on veut qu'il en fasse davantage. Si on s'expliquoit bien et nettement, il nefaudroit point tant s'éclaircir, et il semble que l'Académie françoise devoit intervenir dans ces contestations pour juger toute cette tracasserie politique, comme dit Montaigne (par exemple, le Règne n'est pas le royaume, c'est le gouvernement, et on m'a dit que M, de Nîmes se justifioit ainsi par sa lettre que je n'ai pas encore vue. C'est donc une difficulté de Grammaire), mais il ne faut pas oublier que dans cette assemblée de chambres, il a été rapporté un bréviaire imprimé à Lyon et où est insérée la légende de Grégoire VII, il a été remis entre les mains des gens du Roi pour faire exécuter l'arrêt qui l'a déjà condamné et conclure contre l'imprimeur.
Au milieu de toutes ces grandes opérations, voilà une nouvelle Consultation du 10 juin 1730 donnée à la fin du Mémoire des cent docteurs de Sorbonne exclus, qui devoit être distribué pour la défense de leur cause lorsqu'elle éloit au Parlement et avant l'arrêt d'évocation du
LETTRE LIIK 191
13 juin; il n*y a donc rien de nouveau que l'impression de cette deuxième partie du Mémoire^ car la première avoit déjà paru signée de H. de Blaru. On auroit pu se tenir à cette signature^ mais le torrent Ta emporté. Ce Mémoire mérite d'être lu^ il est écrit avec beaucoup de modération et de force et ne sera pas indigne de réponse. Je ne veux pas vous laisser ignorer une chanson sur le duché que poursuit M. d'Âgénois.
Sur Fair des Pendus,
Ud paysan dit à son Gis :
On se fait duc par les Coatis (1) ; Une aveugle et vieille grand'mère (2) Nous reste eDcor, cherche à lui plaire Tu le seras, mou fils Pierrot (3), Comme le Blanc et Hgnerol (4).
( SAINT-ÉTfiEMONT. )
H. de Marimberg n^est pas rayé, ni M. Daumart non plus; mais on ne veut plaider ni consulter avec ce dernier, et on le veut forcer à quitter.
Lettre LIIP.
A Paris, ce^SO décembre 1730.
La lettre de M. de Nîmes est assez bien faite, il a Irou vé dans d'autres écrits de quoi justifier ses expressions^ et avec cela on peut tout dire et tout écrire, sauf les occasions d'éclat où on doit s'attacher à une expression claire et non équivoque. La calotte de cet évèque est abominable; je suis bien aise de vous entendre dire que celle du .
(1) C*estèi-(lire les princesses de Conli. ( Note de Marais. )
(2) C'est la fille de M. le prince Henri «Jules, qui n'a point encore procuré de ducbé à personne. (iV. de M.)
(3) C'est M. de la Vallière. (A. de M.)
(4) Cest M. d'Agénois. (/V. de M,)
chef de la Justice mériteroit une punition exemplaire, mais ce sont à présent les jeux des poëtes. J'aimerois bien mieux leur voir gâter la scène par des Brutus tirés de Clélie ou de Catilina qu'on nous promet en 7 actes, que non pas exeroej* leur style furieux dans des satires qui ne peuvent causer que l'indignation.
Le fait du Bréviaire de Lyon est très-croyable, puisque le Bréviaire même a été mis entre les mains de MM. les gens du Roi. Tout est possible en ce temps-ci. On voit une estampe de la destruction de Sainte-Barbe où le Cardinal et l'Archevêque ont à leur tête un héraut qui exécute leurs ordres; le cadre est orné de devises sacrées et en bas est une inscription latine en ces termes :
Fracta pietatis incunabula Schola veritatis eversa Domushostibus tradita.
VII octob. MDCCXXX.
Vous pouvez croire que le nom de l'inventeur et du graveur n'y sont pas, mais le tableau est joli, et il ne faut pas oublier qu'on voit en haut les portraits de MM. Gillot et de Rieux qui font les deux coins du carré, et une petite devise de VExil qui représente Notre-Seigneur fuyant en Galilée, avec ces mots : Princeps exulum.
Avec cela, qui ne courroit après l'exil. Les connoisseurs trouvent cette estampe un chef-d'œuvre.
Il y a un écrit intitulé : Avis aux Fidèles de Paris, dont le style est éloquent, élégant et même lumineux, où après avoir examiné les différents caractères des confesseurs molinistes, acceptants, par système, par ignorance, par faiblesse, par politique, par indifférence, etc., et avoir montré les périls prétendus de ces directions, l'auteur conclut tout doucement à communier du tout. Je ne sais qui est ce dévot auteur, dont le style bien critiqué pourroit être facilement reconnu, et ce seroit matière académique.
A propos de l'Académie, M. de Ramsay^ qui en a été exclu^ s'est jeté d'un autre côté, et il vient d'être nommé gouverneur du petit duc deCh&teau-Thierry^ fils de M. de Bouillon, avec 3,000 livres de pension. Ainsi quand nous voudrons élever nos jeunes seigneurs françois, l'Ecosse est tout ouverte et nous y retrouverons un séminaire dé gouverneurs et de précepteurs, ce que M. RoUîn a bien oublié dans son livre. Je ne connois point le nouveau recueil de Saint-Evremont, je le crois dès à présent supposé, puisque M. de Saint-Evremont avoit travaillé lui-même à la collection dernière de ses ouvrages, qui a été donnée par M. Desmaizeaux en Angleterre (voyez la Préface de ïf . Sylvestre sur le Saint-Evremont de Londres, auquel il a travaillé avec Desmaizeaux), personne ne peut mieuï vous instruire que lui du mérite de ce nouveau recueil ; il y en avoit autrefois un ancien où on avoit mis une longue pièce de la Consullalion à Olympe ^ et c'étoit une pièce d'Hénaut, poète, et qui est imprimée dans ses. ouvrages. Je ne crois pas impossible que Saint-Evremont ait rejeté quelques pièces indignes du public, mais dès qu'il les a rejetées le public ne les doit plus avoir.
J'ai entendu dire du bien de la Lettre sur Baron et la Lecouvreur; quand cela ne serviroil qu'à conserver la mémoire des grands comédiens qui ont excellé dans leur art, il faudroit toujours l'avoir.
On vient de me dire que la 2* partie est très-bonne et contient un jugement non-seulement de Baron et la Le*^ couvreur, mais de tous les comédiens vivants (brochure, 12*).
Je ne sais ce que c'est qu'un roman nommé Rosalinde, traduit de l'anglois, imprimé au Louvre, dont on n'a tiré que quelques exemplaires, qui a été supprimé sur-lechamp, et qui est orné de vignettes, cadres, figures et autres ornements fort chers.
Vous verrez que c'est Touvrage de quelque Ramsay, où sera couvert cabalistiquement l'art d'élever les jeunes
seigneurs françois à Tangloise. Je n^eo ai eate&du parler qu'à une seule personne. J'enverrai chez M. L'abbé d'Olivet et vous en dirai des nouvelles. En attendant^ Monsieur/je vous dis bonjour et bon an^ et vous prie d'ac^ cepter mes tendres et respectueux sentiments. M. Tabbé d'Olivet est délogé, et demeure aupiès de Saint-Rocb, j'y ai envoyé, on ne Ta pas trouvé.
Le Colombat de 1731 est augmenté d'une liste des cardinaux, où on trouve M. le cardinal de Fleury, né le 23 août 1655 ; les almanachs d'Italie mettent une autre date ; il y a faute d'impression dans l'un ou l'autre. L'abbé Baudry se pourvoit en cassation contre Tarrét qui. le prive de tous ses bénéfices^ et le Clergé se joint à lui. Le Clergé a raison de prévenir ce cas oà il peut tomber.
M. de Goussainville est mort ^ Auteuil. C'est i^ne vraiç perte pour la magistrature, et pour sa famille^ et pour ses amis. Je le pleure véritablement. Le colonçl quittera les dragons, reprendra la charge qui depuis si longtemps est dans sa maison^ et le régiment ira au chçivalier ; voilà Tarrangement public.
La vingt-unième lettre du Nouvelliste continue^ berner les Notes de L. Lenglet sur Marot. La fable de l'abbé de Grécourt est assez oaal placée dans le Parnasse; elle vise à l'obscène^ et ne convient pas à celui qui vient d'entreprendre les licences du Lenglet, Cela a grand cours et on est bien aise de rire à si bon marché. Âvez-vous reçu les Mémoires d'Aiguillon ?