ANNÉE 47W
A Baril, le «janyicf «751.
Je n'ai point vu^ Monsieur, la Calotte contrôles avocats ni Tarrêt dont vous me parles5;-je sais seulement par notrcpoMô dëCliartrefs^'^vi'm^ènvoie detenlpsieir teihps^ de sésotivt^ages; qu^ri péi^Dolu^jéiBBite^qQi esta Char-» très, y alu'cetté GAlotté, dôntil éitFsiuteur, èl qu'elle n'y a pas été approuvée : c'est cela qui aura passé à Paris ; je lai*cbérehei<ê»^ ttvôô Plirrtt 'p<!>Uï''TÔfiaî^r les fautes de votre êopSe/ '• •* "■^•" '^^^ ^- *'' *• • •:»■ ••
Favier étoit Tavocat de M. Tenoinïdepuîs'le'COncile/ eï * il y a 7 oti 8 lettres de lui à ce sujet contre M. Aubry; eHés ^^t été ittipriméeset regardent l'affaire de la simonie, dont Tarrét a été inséré dans les Actes diieon^ ciléd'EmlH'iiB. ■' î' 1 / '
MatAidury^est un atitre avoeajt qcfi' a plaidé |)OQr :1e» jésuites dans l'yfaire des tableaux, qu'ils ontpei^due. >
L'estanipe est fori courue; ion ar arrêté* quelques gra^ veurà , mai$> on ne tient pas le véritable. • '
Je n*ai pas encore vu la comédie de la Femme docteur; on me la doit apporteraujourd^hur^eli jesuisbien aise de savoir les parlictilarités que ^ TOUS' m^^pprënee^eda est réjouissant pour les spectateurs.^ Il y a mie^autrepièee de près de 600 vers, qui est un dmpKment deshabiUmts de Sarcelles à M. l'archevôque, sur ce qu'il leur a ôté leur euré qui étmt janséniste et leur en a donné un bien plus commode y qui n'est pas un brûleur de cire, qui dit de courtes messes, qui laisse danser iesfiHes, etc.; elle com-
mence : Bonjour y monseigneur Ventremille,,.. il y a mille choses plaisantes en langage de paysan , et cela finit par une longue histoire de Madame Comtiiulion-GenituSj pleine de traits, et de son Compère le Formulaire , où on reconnolt le compatriote de maître François et le tour d'esprit de son Philolanus; iFfaut mettre cette pièce dans le Trésor poétique des Jansénistes^ et je vous assure que vous y rirez de bon cœur, disant toujours avec le bon Horace : Ridiculum acri, etc.
On tient sur les fonts notre confrère Marinberg : huit deé 40 examinateurs examinent son procédé; que Ton tient avoir été très-mauvais ; il a pensé brouiller tout notre ordre et peut-être tout le royaume ^ ilpourrabien non pas être rayé du tableau y mais n^ètre pas compris dans le tableau que Ton fait actuellement. Il est certain que les ko n'avoient signé d^abord que la ConsuUaUon de 1718 et même sur un exemplaire de cette Consultation , mais sous prétexte d'un duplicata on a fait la surprise * qui a fait tant de bruit.
Ce que vous me dites duRamsay est singulier; il est de tous les partis, pour le roi et pour la ligue^ et il pourra bien à la fin venir à TAcadémie.
On parle d'une nouvelle consultation de 15 avocats sur la juridiction ecclésiastique intérieure et extérieure^ où à l'occasion d'une question d'interdit on a expliqué tous les principes de cette matière, et on dit qu'elle a été mise entre les mains du cardinal qui la doit montrer aux évêques.
H. l'évêque de Luçon nous a déclaré hérétiques dans un mandement qui se débite ici et que je n'ai pas vu. H. d'Embrun en a fait autant, il n'est pas de nos amis. Inimici facile mentiuntur.
Il y a un poème épique sur la Calotte qui se débite aux spectacles , je ne sais si on y trouvera l'institution de ce régiment.
, Le roi dit dernièrement à Aymon : Voilà bien des ca-
lottes^ n'aurai-jo pas aussi la mienne? et il lui répondit ; Sire y nous vous guettons. Cette réponse a été trouvée bonne^ aussi bien que celle de M. le garde-des-sceaux à un ministre étranger^ qui lui parloitde Tftge du cardinal et de celui du garde-des-sceaux, qu^il dit être dans un âge florissant propre à tout espérer et à. tout avoir ; il lui répondit : Monsieur, j'ai Page de M. le Cardinal. Il y a de beaux commentaires à faire sur un texte si court.
Je verrai les OEuvres posthumes de Saint-Évremont pour vous faire plaisir; j'ai vu la Lettre sur Baron et la Lecou^ vreur^où il y a bien des faits singuliers sur les comédiens et quelques bonnes pièces de vers, cela est bon à garder; il n'y est point parlé des comédiens vivants; il faut que cela ait été retranché. La comédie du Triomphe de Tintiréi a été imprimée sans permission , avec les scènes retranchées. Le Tapinois est H. Gaudion, qui a voulu être garde du trésor royal ; la banqueroute est mise sur le compte de B. Le mariage qu'on veut rompre est celui de la Duclos. On assure que l'abbé Desfontaines est caché sous le nom du petit auteur flamand.
Âvez-vous la traduction des Lettres de Cicéron à Brutus et deBrutusà Cicéron [liber singularis)? il est dédié à M. le Dauphin : il y a bien de la science, et de la critique, et de la politique, mais le style est dur, et il reprend sans façon Bayle sans lui faire la moindre petite excuse; ce qu'il dit sur Cléop&tre est curieux, mais Bayle dans Tarticle Tullius en dit bien d'autres.
On dit que le nouvel archevêque de Sens ne Test que par convention , qu'il ne fera rien sur la Constitution et qu'aucun évêque ne l'a voulu avoir à ce prix qui étoit la loi de l'enchère.
M. le prince Charles s'est fait une petite brûlure au pied ; aussitôt sont accourus les Chirac , les La Péronie ; il» Vont déjà fait saigner trois fois et mis au riz et à
Teau y ils ont craint quelque tumeur intérieure , mais il est bien 9 et cela me console beaucoup.
Je viens d'apprendre que M. Tévèque de Senez est mort à la Chaise-Dieu; voilà une nouvelle face des choses. .
On vend un roman diArisiie et Pélasie, dédié au marquis de Nesle^; et Ton dit dans VÈpUre qu'il est familier avec toutes les vertus. H. de Souvré^ qui avoit loué ce livre comme on en loue pourlire^ Ta rendu au libraire et a cet endroit on a trouvé écrit de sa main : La familiariii twgmdrt le mépris.
Lettre IV .
A Paris, ce 23 Janvier f73l.
Depuis ma dernière lettre. Monsieur^ on a été dans de grandes alarmes sur fat. santé de M. le prince Charles^ et on neparlôiique de grandes opérations ; mais tout d'un coup la nature a chamgé; nous sommes revenus delà mort à la vie et le ciel n'a pas voulu nous dter un prince A bon/ si vertueux^ si vrai^ si simple et qui fait Thonneur de la iCour. La douleur et la joie oiït été extrêmes , et vous pouvez .juger ce que j'ai senti dans ces deux états \ il me demanda hier &i je recevois toujours de vos nouvelles , et je lui lus un petit coin de votre dernière lettre qui le fit rire^ et il me fit pour vous. Monsieur^ toutes sortes d'honnêtetés. J'ai l'honneur de le voir tousles soirs^ de souper dans sa chambre avec compagnie choisie , et là notis disons de bonnes choses et de gaies pour le réjouir ; il est tout à fait hors de danger, et il sera debout datîs 15 jours à ce qu'ont promis M. de Chirac et M. de la Peyronie.
M. de Senez ji'est pas mort et n'est pas encore dans le Nierologe'àe Port-Royal , où oa lui garde une belle place^ que je crois qu'il ne se pressera pas de remplir si tôt»^
Je ne vous ai pas dit que le poète de Chartres fit des Calottes; il ne se mêle point de cela du tout; il m'a seulement parlé de celle du P. Dolu, qui avoit fait bruit à Chartres ; ce qu'il m'envoie sont des lettres en vers qu'il écrit à M. de Lasséré au Temple et à M. le grand prieur; il est d'aillenrs toujours aussi hargneux qu'il étoit, et vous l'avez bien nommé.
Je n'ai point vu la calotte ni la contre-calotte des avocats; cela échappe aisément au milieu de tant d'écrits dont on est accablé.
Vos remontrances ont été mal reçues; le Roi a été surpris qu'on parlât encore de la déclaration du lit de justice et a imposé un nouveau silence sur la harangue de M. de Nimes; on a dit qu'ayant été faite au Roi qui en a été satisfait, personne n'y pouvoit trouver à redire. Sur les évocations , il a été répondu qu'elles étoient devenues nécessaires à cause d'un certain esprit de parti qui s'étoit glissé dans les jugements des matières ecclésiastiques et sur les appels comme d'abus; le roi s'est réservé de renvoyer au Parlement celles qui seront jugées convenables : je n'ai point vu les remontrances ; elles ont été tenues secrètes; on n'en parloit pas comme d'un bon ouvrage, et je ne puis en aider M. Fleutelot, que je plains d'être chargé d'une pareille commission dans l'état où sont les choses. Il y a un écrit de M. deSenez, fait il y a un an ou deux , au sujet des évocations , où il y a d'assez bonnes citations tirées des ordonnances et autres actes publics.
Le mandement de M. de Luçon est bien écrit; cela sent le Bussy, le Pellisson , le Fénelon; il s'explique bien sur la légende et sur la matière de TÉglise, et comme cela est très-poli et même tendre, on en a été assez touché; sauf le contredit théologique. Il n'en a pas été de même du mandement de M. d'Embrun contre les avocats ; on ne le voit ici qu'en manuscrit^ parce que tous les exemplaires imprimés ont été supprimés et portés 4 la Bas*
tille. C'est l'ouvrage d'un déclamateur furieux qui ne voit plus rieU) et il en doit être bien honteux à présent^ qu'il voit l'arrêt du 25 novembre, dont il n'a point parlé dans son mandement^ qui est du 16 décembre. S'il ne le connoissoit pas, ildevoit attendre la fin de l'affaire; s'il le connoissoit; c'est une imposture; mais il a toujours frappé son coup, qui ne lui sera pas inutile à Rome, et pour moi, comme il prend la qualification d'assistant au trône pontifical, je voudrois qu'on lui donnât Tarchevèché de Bénévent, qu'on vient d'ôter au cardinal Çoscia par une petite procédure monitoriale assez abrégée. Cela vaudroit bien celui d'Embrun et il tiendroit là des conciles tant qu'il voudroit ; il pouvoit épuiser toutes les qualifications des pra^ticiens des officialités, mais de dire que les consultations sont de honteux suffrages et une ressource méprisable, il n'a trouvé cela que dans le style des barengères dauphinoises. Quand je lui conseillai^ la veille de son jugement de simonie^ de ne point se désister, de crainte d'encourir la perto de ses bénéfices, il ne trouva pas ce conseil si honteux et si méprisable, et il s'en trouva bien.
' Le mandement de M. l'archevêque de Paris tient compagnie à la Bastille à celui d'Embrun; il n'a point été publié et on ne l'a point vu.
Vous aurez du plaisir à lire la traduction des lettres de Cicéron et de Brutus, et les remarques qui sont savantes, mais je ne sais que vous dire; j'entends mieux le latin de Cicéron que ce françois-là, où toutes les gr&ces du latin sont ôtées. Je ne connois point les lettres de Brutus dont vous parlez, et qui ont été données par H. Etienne; je ne les trouve point dans la Bibliothèque latine de Fabricius ; je trouve bien cinq lettres dont trois de Cicéron et deux de Brutus dans le Cicéron de Godefroy, et qu^il dit avoir été imprimées en Allemagne, et ces cinq lettres n'ont point été traduites par notre nouveau traducteur, qui apparemment les a crues supposées ; toutes ses remar*
LETTRE IIP. aoi
ques tendent fort au pyrrhonisine historique sur bien des faits.
L'histoire du Jésuite provençal fera du bruit, je la sa* voiS| mais je ne la croyois pas en justice ; je vous exhorte à avoir ces lettres et à mêles communiquer. Les Nouvelles Ecclésiastiques n'en ont pas encore parlé; il y en a déjà deux de 1731(1).
La première donne un extrait d'un mandement de M, d'Arles , qui est d'une folie parfaite ; la 2* donne l'abrégé de l'Avis aux fidèles, mais par malheur il a été brûlé par arrêté, et voilà le 2"^ tome de M. d'Embrun.
Le mariage de madame de la Yrillière est non-seulement accroché mais rompu tout à fait ; elle cherche un autre duc et lui une autre femme qui veuille être duchesse.
Lettre Ilf.
A Paris, ce % férrier 17S1.
L'Afrique n'a jamais tant porté de nouvelles, Monsieur^ que nous en avons ici depuis huit jours. Arrêt du 29 janvier avec un beau plaidoyer de H. Gilbert qui supprime Y Instruction pastorale de M. d'Embrun et son Mandement contre les avocats^ et ce même arrêt condamne au feu une lettre de l'ancien évèque d'Apt à H. de Montpellier, où il a reparlé de son appel du Roi mineur au Roi majeur (qui était du V^ juillet 1718 et qui fut brûlé
(1) « A4-on parlé, écrit Boobi«r le 20 janvier 1731» dans les Nouvelles ecclésiastiques, dece jésiiito de Toulon à qui on fait actuellement le procès pour afoir, dit-on, abusé de sa pénitentejeune demoiselle de dix-huit ans fort jolie. On me mande de Provence que Itf cbose est fort sérieuse, qu'il y a déjà quarante témoins d'entendus et plusieurs leUres du bon père de produites qui sont Irèsplaisantes. On me promet de me les envoyer. La petite fille a été mise dans un couvent par ordre du Roi , à ce qu'on dit. Autre événement, qui a bien fait du bruit, à moins qu'il ne vienne quelque ordre supérieur pour l'as* soopif. »
par accèt d'Aix du âO décembre 1718). Je vous mets ces dates afin que vous soyez plus au fait. Ce même évéque avoit fait un mandement du 20 décembre 1717^ contenant plusieurs^ déclarations sur la constitution, entre lesquelles il y en a une contre tous les arrêts passés et futurs^ où il dit aux fidèles : qu'ils ne seront pas jugés sur les arrêtés du Parlement ^ mais sur les décisions de PÉglise^ du Pape et de leur évêque; cela est à lire et sert de requête circulaire , ou protestation , ou moyen d'abuser contre, l'arrêt qui vient d'être rendu. C'est lui qui avoit trouvé de si belles choses dans Marie d'Agréda^ et M. Gaufridi le lui reprocha bien lors de l'arrêt^ qui brûla son appela où il parla noblement sur la minorité et la majorité^ qui ne sont jamais dans Penfance ni dans la caducité; revenons à M. d'Embrun.
H. Gilbert n'est pas plus l'ami de Monsieur de Montpellier que le sien ; il leur reproche à tous deux des extrémités. Cependant il nous apprend chemin faisant que la Constîtu^Qfli .n'est point règle de foi (quoique la déclaration du lit de justice dise le contraire ) ; ainsi en voilà pour tout le monde , et chacun peut prendre pour soi ce qn^il lui plaira. Pour nous autres avocats , nous sommes bien vengés. L'arrêt du conseil du 25 novembre n'y est pas daté; mais il est bien rappelé par la date du ledécembre, qui est celle du mandement; enfin voilà un archevêque assez déshonoré et son formulaire d'injures bien contredit. *I1 y a encore de lui une lettre au Roi , et une autre à H. d^Angervilliers, où il déclare qu'il va se séparer de communion avec M. de Montpellier^ et ces lettres pourroient bien être brûlées si elles devenoient publiques, à la ' différence du mandement, qui n'est pas sujet à cette peine par les juges laïques, à cause du caractère. M. Gilbert le dit, page 12, et laisse les voies de droit à ceux qui sont établis pour les employer de plus près. Que veut-il dire? faut-il un concile comme contre l'instruction de M. de Senez? Quelle voie de droit y a-t-il
LETTRE ni*. aos
autre qu'un concile contre un évéque? Le parlement ii'en tint pas contré révéque de Senlis au temps de la ligue ; autre bprùlure d'une lettre d'un magistrat à un évéque, où on -se plaint de Farchevèque de Paris qui continue d'avoir communication avec ses curés, quoique tous jansénistes et suspects , et où on parle aussi de se séparer d'avec loi.parce qu'il est trop tolérant : ainsi tout est 5chismatique,et on veut se séparer du moliniste comme du janséniste; à qui tiendrons-nous donc? Je n'ai vu ni cette lettre, ni l'instruction d'Embrun j ni la lettre de l'évéque d'Apt.
Le duc de Parmç est mort : voilà bien une autre face d'afiaires et un autre schisme; la reine d'Espagne, seule héniiére^ ne va pas manqua de faire valoir ses droits, et adieu tous les traita de quadruple alliance de Vienne, Séville et autres. On parloit d'un autre traité fait entre l'Angleterre, UEmpire et l'Espagne; mais cette mort va tout changer, et les politiques n'ont qu'à brûler leurs li* vres ^lours matériaux , pendant qu^'oil est dans le temps de brûler.
On Vient "de m'assurer que l'abbé de Sesmaisons, nommé.à 'l'évèobé <te Soiôsons, a raté l'évéché; la nomination oest révoquée à cause de certaines notes qui lui sont i*estées des Jésuites, où il a été régent et qui ne sont poini enooreeiliacées: il y a des gens qui ontdes registres de satire immortels*, et même il y eh a encore des vivants qui pour roieni les ( certifier. '•
' L'imprimeur Vfi^ray, de Lyon, s'est très-bien défendu dans ses interrogatoires sur Pajournement personnel, et il aoiontré clairement que le vjolume du bréviaire, qui est au greffe et qui est de l'édition de 17fti, où se trouve la légende j9i été <ifié et qu'on y a inséré grossièrement la légende d'une autre^ édition qu'il a supprimée depuis l'arrêt; >que cela se vinipar les manrques de l'impression elles caraetères et les trous delà feuille insérée et que o'est une vraie saperch^rie^ çoq^miae par. quelque eu^
nemi ( qui sera bien honteux s'il est découvert } . Le greffier Isabeau^ qui a écrit Tinterrogatoire , n'a pu s'empêcher d'en convenir; cette affaire ne peut que bien tourner pour Yalfray et mal pour les trompeurs.
On jugea hier à la Tournelle le différend de H. de Broglie et de M. de Mézièresfils. Le premier se plaignoit que le jeune officier Tavoit été insulter chez lui. Plainte, information , décret d'assigné pour être ouï , appel par M. de Broglie comme de déni de justice , appel par H. de Mézières n'y ayant corps de délit. L'arrêt met sur les appellations respectives hors de cour; le jeune homme condamné aux dépens pour dommages et intérêts , défense de récidives, c'est-à-dire de plus faire peur à M. de Broglie. M. Cochin a fait un très-joli mémoire pour M. de Mézières, où le Broglie. est bien turlupiné sur sa crainte et sa poltronnerie; il ne se croyoit en sûreté qu'avec un décret de prise de corps, cela vaut mieux qu'une calotte.
Le mémoire et l'arrêt même en peuvent servir de preuve.
Il y a des changements à la compagnie des Indes ; les commissaires du conseil sont ôtés et ses directeurs; mais on dit que le roi crée une cinquième charge d'intendant du commerce pour M. de Moras, qui aura le département de cette compagnie, et c'est un chemin pour le mener plus haut au C. G.
M. de la Jonchère est jugé; il a tout gagné ; il est rétabli dans son honneur et renommée; il n'y a plus qu'à lui rendre ses charges. Les Paris doivent être bien honteux de leur dénonciation, mais ils ont l'argent et favenlur diis iratis .
H. le prince Charles est toujours de mieux en mieux; il vous rend grâces de votre compliment, et m'a dit qu'il faudroit être bien parfait pour mériter vos louanges.
La Gazette de Hollande annonce une traduction de M. de Thou, en françois, qui s'imprime actuellement
à ta Haye et dont on donnera un volume tous les six mois in-quarto. Que vont dire vos Anglois?
J'ai rémarqué sur les évocations que le roi Louis XIV ayant évoqué à sa propre personne l'affaire des trois curés, par arrêt du 20 juillet 1715, il y eut un autre arrêt du 28 décembre 1715 qui renvoya Taffairé au Parlement pour y procéder sur les appellations comme d'abus, etc. Je sais que c'est sous le iemps de la régence; mais c'est toujours un exemple sur les i^pellati6ns comme d'abus; ces arrêts sont dans le Mémoire des trois curés, 1716.
H. le Normabt, avocat^ est malade ; cela a interrompu les plaidoiries de M"* de S^-Maure; son mari a publié un Mémoire de 80 pages en grand in-folio dont il est l'an-» teur; ce mémoire n'est ni le langage de la Cour ni de la ville , ni du Palais, et est plein de phrases de roman trés-ridicules; le beau-père y est fort maltraité.
Lettre /P.
A Paris, le 14 février mi.
Depuis les arrêts dont je vous ai parlé, il j en a encore eu un du 9 février qui a condamné au feu les cinq Nouvelles Ecclésiastiques de celiti année, et cela est venu de ce qu'ils ont critiqué le plaidoyer de H. Gilbert sur VAvis aux Fidèles. H. Gilbert a pris le parti du public en soutenant sa cause personnelle, et a fait un terrible portrait de ces Nouvelles; on a même renouvelé les peines d'une déclaration du 10 mai 1728, registrée au Parlement, et voilà les auteurs plus alarmés que des poursuites de H. Héraut; il y est parlé du récit des assemblées du Parlement, qui marque qu'il y a des gens qui trahissent le secret de la cour , et il y a quelques gens, qui ont sur les doigts et qui ne s'en vanteront pas. J'ai encore vu des dernières Nouvelles depuis cet arrêt où lei
aOfr CORRESPONDANCE INÉDITE.
mandemenl de M. de Luçon n'esi pas btea aooonuttodé^
Notre archevéqa&viwt. de donnée son Ordownamceêt iMiruclion pastorale contre la CanmlUUUm des 40 avocats. Cette ordonnance est du 10 janvier 1731 ; elle est longue et contient 66 pages in-quarto; elle est trè^-sage^ très*modéirée , savante^ inslfuctive^ et développe bien 1» matière de la juridiction ecclésiastique. A pein^ les avon cats sont-ils nommés; ils ne le sontipasseulemeiH-danfl le titre, ei il parolt qu'on n'écrit que contre l'auteur d'un Mémoire, lequel mémoire est condamné; eomine contenant des principes faux, pernicieux , destructifs de la puissance et de la hiérarchie e0slésiastique , erronés et: même Aérëlt^fiifS; lhy:a un.pas8fl^ de^^amt Augustin dont' cm paraltiin^^pea embarrasséàla fin) mais on Uexplique bî»^ et il yiwiée la Jionne foi dont on pourroitiMre: uneobjeclion. Je croîs qme nous aUons encore voir bien des écrits et peut-être càot éclairera-» t-il cette matière si disputée.
Je n'ai pas encore à moi le Mémoire de M. de Sainte- Maure; quand j'en aurai un, je vous renverrai. On n'y fera point de réponses qu'en faisant imprimer l'enquête de la dame. Il y a plus des trois quarts de ce mémoire qui ne serventde rien à l'affaire ; mais Paris s'en amuse. H. Normant a été malade, et cela, a empêché la fin des plaidoyers. M. de la NeuvUle est le eaimAuvaise posture^ mais c^st un: pur roman qu'on fait de son dessein de marier sa fille pour lui donner un noniiet .finir par n'ar voir point de mari et ne point.paya^ dq dot. i . . v
L'abbé de Sesmaisons n'est pas encore devenu d'évêque meunier^' mais cela, y tend^ et lesdajlires pceonent cours et crédit. L'affaire de Valfray s'obscurcit ;. on dit qu'il a envoyé toute son édition en Espagne, avec la légende insérée, et que ceci est un tour qui l'embarras-i sera.' ■ . ■ -•,,). ... .•-;'•■■■..:•
Ce n'est point le Duvyer iqu^op impmme > c'esi une traduction nouvelle* avec des notes curieuse» et histori'^
ques ^ et je ne sais comment nos Anglîos vont se tirer là. fai donné votre lettre pour MktDeaaiaizeaux à) de jolies Angloises qui étoient ici et qui sont parties d'hier; elles sont jeunes et savent plus qu'on ne sait ici à 40 ans, sans compter la figure aimable et les noms les plus galants du monde. On dit Zulzy pour dire Suzanne^ Betzy pour dire Elisabeth , et il y a des abrégés très-commodes pour se faire entendre en amour.
Nous attendons, quelque grand événement dans les matières politiques^ La harangue du roi id' Angleterre au Parlement nous y prépare. On ne sait si ce sera, paix ou guerre^ et on nous tient dans cetteattente cruelle comme si c'étoit chose indifférente.
On distribue ici un bel in-folio de MO pages bien relié , qui contient Texamen de la négie des vivres fotHe par M. de Fargis depuis 1719 josqu^à 1728; on ne fait pas là son éloge; il est à peii près traité comme un Tal*" louet; il demanda 12 millions pour Le pukiicet hiiv'et c'est lui auoontraire qui les doiti^oaen restitutions el^bil^ lets rapportés après le décret, ou en autres^ natures^ et le roi ne doit rien. Ce travail est immense^, et est Toilvrage de M. Hocquart et de H. Berthelot de Dudiy^ qui ont été nommés pour soutenir les intérêts du roi dans cette a& faire. M* Fargis a trois mois pour répondre^ et va bien 'déranger tous ces calculs ; il s'y est engagé d'honneur à bied des amis. » • • '
La compagnie des Indea ne cherche qu'à diminuer ses dépenses; elle subsistera toujours* On aretranchéamabbé Raguet^ qui avait 12,000 livres par an comme aumônier et vicaire apostolique. N'étoit-cè pas là un bon bénéfice?
Vous savez avant nous la mort de l'archevêque de Lyon; voilà deux bons morceaux, Lyon et Fécamp. Le maréchal Dubourg est mal, autre bon morceau ; à qui les donnerons^ nous? '
Un prince de Géorgie, voisin de la montagne d'Arrarathi a promis à la czarine une relique de Tarche dé
208 œRRESPONDANCE IJNÉDITE.
Noé ; si cela pouvoit nous rajeunir ou prolonger notre vie , j'y aurois grande foi.
Lettre P.
A Pariioel9réTrierf731.
II y a ici^ Monsieur, bien des assemblées de mes con« frèi*es au sujet de l'ordonnance de H. rarchevéque de Paris. Les uns veulent appeler comme d'abus, les autres veulent sommer le prélat de déclarer quelles propositions sont hérétiques. Les autres veulent que Tappel soit fait par M- le procureur général; d'autres enfin ne veulent point qu'on fasse rien du tout, parce qu'en ne faisant rien la menace de Texcommunication deviendra vaine, Sauf à faire quelque bon ouvrage anonyme contre l'ordonnance qui la détruira, et alors l'excommunication ne pourra tomber sur un inconnu ; il n'y a encore rien de décidé sur tous ces partis. Les livres sont amassés^ les matériaux prêts, foudre contre foudre, et voilà une belle dispute. Cependant Rome nous regarde faire et se pré* pare aussi de son côté à quelque éclat que nous ne crai-* gnons pas beaucoup.
Malgré l'incendie judiciaire des Nouvelles Ecclisiasiî'^ ques , il en parolt une sixième où est toute l'Histoire de la demoiselle Cadière et du père Girard de Toulon. L'In-* tendant, les juges ecclésiastiques, les séculiers, le Parlement, tout a connu de cette affaire, dont on ne connolt pas le fond , mais qu'on devine bien , et la devise du révérend Père : Oubliez-vous et laissez faire sera bien remarquée parmi les bons compagnons. Le nouvelliste, peu scrupuleux d'ailleurs, l'a pourtant été assez pour ne pas vouloir donner la copie de deux lettres qu'il a; ainsi , en cas qu'elles vous viennent, gardez-les moi. . M. le duc de Chàtillon épouse M^^Bouchu, qui lui donne la jouissance de cent mille écus et le fonds à
H. le duc d'OloDoe^ son fils y sans compter 2{h,000 livres de rentes pour la dépense de la maison ^ etc.^ moyennant quoi elle sera assise. Le marquis de Tessé n^a pas cru pouvoir se venger autrement de sa belle-mère qu'en lui faisant des chansons Ti faro canzone en voici un couplet.
Elle a donné cent mille écus Pour asseoir le plus vilain cul Qu*à la cour jamais on verra.
Alléluia.
J'ai fait une courte réponse au long Mémoire de M. de Sainte-Maure; je vous en enverrai une copie manuscrite, car on ne l'imprime pas encore à présent.
On vient de me parler de Lettres d'une fille turque à Paris , à sa sœur au sérail. Ce sera quelque second tome des Lettres PersaneSy qui fera peut-être chasser de l'Académie celui qui les a désavouées. Les Mémoires de la vie ded'Auhigné sont imprimés; je les ai vus autrefois en manuscrit; il y a bien des traits contre Heqri IV, et je ne sais si on les a tous laissés; cela vient de Hollande; on vient de donner aussi des OEuvres mêlées de prose et de vers du comte d'Hamilton ; il faut bien délasser un peu le monde des écrits de la Constitution.
Le P. Porée a fait un bel éloge de M. de Fontenelle dans un Discours sur les critiques. Il dit qu'il est harmonieux avec les dieui^, éloquent avec les orateurs, subtil avec les philosophes , profond avec les géomètres , pénétrant avec les anatomistes, tout en tous, presque unique dans chaque espèce , et qu'on ne peut demander dans un critique toutes ces parties que la nature n'a jamais données qu'à un seul homme. C'est bien dommage qu'il n'ait pas parlé de sa théologie.
Je vous écris ceci en courant et vous embrasse de tout mon cœur.
H. le prince Charles est tout à fait bien, et il est sorti hier.
Lettre VF.
A Paris, le 24 février I7SI.
Voici, Monsieur, une nouvelle toile ourdie, et en vérité il fait beau être à Paris pour voir toutes ces besognes. M. Févèque de Laon a fait un mandement où il s'est avisé de citer un concile de Rome qui n'est point reçu en France, et de parler de la juridiction ecclésiastique d'une manière peu convenable. Aussitôt M. Gilbert a préparé son éloquence, et par arrêt du 20 février, le procureur général a été reçu appelant comme d'abus de ce mandement, et défense comme d'abus de le distribuer. Vous verrez ce plaidoyer, qui est très-solide et plein d'une lumière où il seihble manquer un peu de splendeur et d'urbanité, et il y a dans le style des défauts qui rendent souvefit le sens obscur, mais avec un peu d'attention on en vient à bout. Il est beau d'avoir voulu défricher cette matière dans le temps qu'elle commence â faire bruit. Janus à Costa, cité dans le Mandement (pages 33 et 34) de M. l'archevêque, dit fort bien que c'est une dispute de mots, et qu'importe que ce soit juridiction ou autorité etpuissance; maisdansrexactitude grammaticale des mots, ce n'est point juridiction; la citation de Tabbé Fleury m'a fait plaisir, et elle m'a m'ême servi à corriger une faute d'impression dans l'édition de 1687, où il y a une ligne d'oubliée.
M. de Montpellier a fait une letlrepastorale de 40 pages contre la harangue du clergé ; cela est fort vif et fort clair. Il y a un grand passage d'une harangue du cardinal du Perron sur l'article du Tiers-État , qui est bien appliqué, et s'il y avoit un concile à Narbonne, cela ne se passeroit pas comme à Embrun.
Les avocats se sont assemblés sur l'ordonnance de notre archevêque ; les voilà devenus mailres en divinité,
LEITRE VI«. 211
comme on appeloitl^ jurisconsultes du Concile de Constance. Il a passé de 18 contre 15 quUIs passeront à l'appel comme d'abus. L'autre parti étoit de ne rien faire; à présent que la porte est ouverte à l'appel, par le dernier arrêt, il n'y a plus qu'à entrer, mais qui est-ce qui plaidera pour l'archevêque et H. de Laon, si tout Tordre appelle? Qui est-ce qui plaidera même dans les autres causes comme d'abus, puisqu'ils seront les. parties des évêques? Que pensez-vous de tout ceci, et ne vaudroit-il pas mieux rester dans Finaction? Mais on veut parler, écrire et employer les matériaux ramassés. Pour moi, je n'ai point signé et ne signerai rien ; je vous dis tous les secrets.
Je vous fais compliment sur ce que votre Parlement a supprimé la légende; elle est imprimée partout; et M. de Montpellier dit que dans son diocèse les religieux de Saint-François en ont malgré lui dit l'oraison à la messe.
Malgré aussi l'arrêt qui a brûlé les Nouvelles ecclésiastiques, elles continuent. Les dernières, du 12 février, contiennent toute l'histoire des remontrances; la réponse de la Cour y est tout entière, et un discours de M.* l'abbé Pucelle (sur cette réponse), qui est d'une générosité immortelle. Cela est à voir et à garder pour l'histoire du temps. On a obligation à ceux qui veulent le secours de la compagnie, et apparemment on a certains principes mitigés sur les serments.
On vient d'arrêter un prêtre distributeur des Nouvelles ecclésicistiques; il a été mis à la Bastille d'abord, puis remis à la Conciergerie pour être jugé au Parlement , en exécution du dernier arrêt et de la déclaration du 10 mai 1728, où il y a des peines de carcan et de galères. Voilà le petit tribunal souverain du Châtelet dépouillé de sa juridiction ecclésiastique en partie. Ce prêtre a déjà dit qu'il connaissoit l'auteur, mais qu'il ne le nommeroit jamais.
M"" de Tournon, autrefois M"**' du Brossay, vient de quitter son mari, et M"* la princesse de Conty l'a retirée ;
212 CORRESPONDANCR INÉDITE.
elle a emporté quelques hardes et vaisselle d'argent, et cela a fait ud procès criminel qui a été renvoyé au civil : en quittant la maison, elle a écrit à son mari une belle lettre, qui est un libelle de divorce : ils vont plaider si cela ne s'accommode. Je prêche la paix, mais les esprits sont bien animés, et si la dame faisoit un mémoire, avec la langue dorée qu'elle a, il seroit meilleur que celui de M*"* de Saint-Maure. On vient de me donner un épigramme qui seroit meilleure si elle n'étoit pas adressée à H. de la Motte.
Epigramme.
Du beau larcin qu'au ciel lit Prométhée, Chaque mortel en naissant a sa part; De cette flamme, aux humains apportée.
Les lots sont faits inégaux, au hasard. Au mieux loti, si faut-il encor Part.
Si lui faut-il, étayaut la nature, Par longs travaux veiller à sa culture.* Puis pour guerdon, qu'aura-t-il ? Un vain lot. Tandis que ceux que le destin fit sots En nonchaloir mettant labeur, étude.
Vivent contents; loisir et quiétude Sont de leur sort attributs précieux :
Près de ces biens que vaut la renommée ? Dis-moi, La Motte, est-ce donc que les Dieux En n'accordant aux talents que fumée Vengent encore ce vol audacieux ?
Lellre Vit.
A Paris, ce 2 mars 1731.
Voilà^ Monsieur^ les coups qui commencent à se donner. M. le cardinal de Polignac a été insulté à Rome ; on a coupé les rènesde seschevaux ; son cocher ouson suisse, je ne sais lequel, a été tué, et son Éminence a eu peine de se sauver de la populace. Voyez quelle affaire arrivée en la per-
LETTRE Vll^ 213
sonne d'un cardinal chargé des affaires de France etqui représente le roi ; voilà matière à de belles pyramides. Si nous avions du sang aux ongles^ comme nous en avions du temps de M. de Créquy et de H. de Lavardin^ H. de Saint-Aignan pourroit bien rester en France à faire son ambassade* à Paris; le cardinal avoit découvert qu'on ouvroit ses paquets de France et y avait trouvé une enveloppe dé papier d'Italie; il s'en est plaint, cela a fait du bruit : le directeur des postes de France a été arrêté; et il y a peut-être là-dessous quelque vengeance italienne , je n'en sais rien?
Tantxne animis ceslestibus irx ?
D'un c6téy l'évêque de Laon a fait un mandement nouveau contre l'arrêt de l'appel comme d'abus; il y dit qu'il en aura justice; il déclare que la consultation qu'il a condamnée est celle des kO avocats qui a été déjà condamnée par Tarrêt du 30 octobre et par l'ordonnance de l'archevêque de Paris; il excommunie ceux qui liront la consultation et l'arrêt. En attendant^ il ordonne qu'on récite^ à la messe^ la collecte pour l'Église et contre ses persécuteurs, jusqu'à ce qu'il ait obtenu la justice qui lui est due^ et qu'il espère de la protection de Dieu, qui a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin. J'ai lu ce matin au Palais ce mandement en courant, et vous pouvez penser quelle est l'indignation publique contre un si furieux mandement. C'est un tocsin pour le schisme.
L'archevêque d'Embrun a aussi fait un nouveau mandement contre l'arrêt qui supprime le premier, et on dit qu'il cfcdamne le livre des Lois ecclésiastiques d'Héricourt, qu'il regarde comme le fondement de toutes les erreurs des avocats.
On vient de me dire qu'on a brûlé à Rome la Consul^ tation des avocats, et VArrit du 25 novembre qui les réconcilie. Je ne sais si cela est bien vrai.
Le prince de Monaco est mort; c'est H*"^ de Valentinois
qui sera souveraine; son mari sera le mari de la souveraine, comme en Angleterre.
On plaide la cause de M°** de Saint-Maure; vous aurez son enquête; elle m'en a donné un exemplaire pour vous; je voudrois bien y joindre le Mémoire du mari : on plaidera après Pâques la cause du duché d'Aiguillon.
M"* Bouchu est duchesse de Chàlillon ; M"^ Gruyn n'a pas voulu être duchesse de Hazarin.
Lettre VHP.
A. Paris, et! 3 mars 1731 .
La nouvelle du. cardinal de Polignac ne se confirme pas comme je vous l'ai mandée ; il y a bien quelque chose, mais on ne sait pas encore le détail. Nous verrons si notre nonce doit faire son entrée bientôt; il seroitbeau de lalui laisser faire et lui rendre offenses pour offenses, s'il y en a eu de faites.
Mes confrères ne suivront point voire avis, leur travail est fait; ils ont M. Gilbert pour eux et l'autorité de Loyseau, qui a bien traité cette matière. La question est encore si on appellera comme d'abus, ou si on s'en tiendra à un Mémoire anonyme. Dans tout cela il ji'y avoit qu'à s'entendre , mais on ne veut pas. M. Pierre Pitou a donné dans son testament un conseil qui seroit un bel exemple à suivre; ce que Ton ne fera point.
M. de Laon a été si fâché de l'appel comme d'abus du procureur général, qu'il a faitun mandement contre l'arrêt; il ne veut pas qu'on le lise, ni la ConsulicMon des 40, à peine d'excommunication par le seul fait, et jusqu'à ce qu'il ait eu justice de cette entreprise, il se met sous la protection de Dieu et ordonne qu'on dira la collecte contre les persécuteurs de l'Église à toutes les messes. Je vous ai peut-être mandé cela; il n'importe, voici le fait : il y a eu un second arrêt qui supprime ce deuxième man-
dément comme séditieux et contraire à l'autorité des parlements. Il y a eu des voix pour le décréter, d'autres pour saisir le temporel , mais sa qualité de duc et pair a arrêté, parce qu'on n'étoit pas en pairie : on lui a envoyé un huissier exprès à Laon pour lui signifier Farrét.
11 faut voir comment il sera reçu.
J'ai vu son premier mandement, qui est long et hardiment écrit : il pose tout le système de Jausénius, et dit que les cinq propositions s'en ensuivent nécessairement et qu^elles font tout le livre ; il parle du concile universel. Pour moi je me souviens, et cela est dans mon Journal de 1725, que le pape le déclara simple concile provincial, malgré ses flatteurs, qui le faisoient œcuménique, parce que le pape y avoit présidé; il parle trèscavalièrement de nos libertés et n'en fait pas plus de cas que d'uae politique. Il a trouvé dans le Mars Gallicus de Jansénius, et je ne sais ce que les jansénistes y répondront , que Jansénius soutenoit qu'on pouvoit déposer un roi hérétique et délier ses sujets de leur serment : ce qu'il dit à, propos du traité de mariage d'Isabelle avec l'archiduc Albert, de mai 1588, où il y avoit clause qu'en cas que les descendants de ce mariage ne fussent point catholiques , ils perdroient la propriété de leurs États et les sujets ne leur obéiroient plus. Cherchez cela dans votre Mars Gallicus, livre II, ch. 27. Vous voyez que les disciples de Jansénius ont bien changé , mais ils sont fâchés qu'on ait trouvé cela dans leur maître. Le reste du mandement est sur la juridiction ecclésiastique et est fort outré; il accepte & la fin la Constitution, condamne les 101 propositions et le livre du P. Quesnel, et aussi tous livres, libelles , consultations, etc., et comme il ne s'étoit point expliqué spécialement sur les consultations , il a déclaré, dans son petit mandement dernier, qu'il entend celle des ïO, condamnée par l'arrêt du 30 octobre 1730.
Xe suis au fait sur le jésuite de Toulon; s'il est jeune et la fille jolie , je crains bien que cela ne passe la mysti-
cité. J'attends les deux lettres pour en juger mieux^ et je vous assure que je suis sans préventions; je pense même comme vous^ sauf le cas des deux points que j'ai dit d'abord.
Les Mémoires de d'Àvbigné m'ont été prêtés par M. de la Monnoye y manuscrits ; ceux qui ont sa bibliothèque l'en ont peut-être tiré.
Il y a une pièce de vers qui est la Chimère embrunnoise, pièce diabolique; la Chimère est composée de la Hotte , Fontenelle et Astruc^ qui sont les conseils de M. d'Embrun. Les avocats et H. Gili>ert sont les Bellérophons. Je vous enverrai cette pièce qui vous fera frémir, c'est un beau pendant pour l'éloge du P. Porée ; ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'un ami de Fontenelle ne l'a jamais reconnu dans cet éloge en le lisant avec Fontenelle lui-même. Je ne sais rien sur le {comté) de Charny.
Lettre W.
A Paris, ce 9 (nart t73l.
Je commence, Monsieur, par vous remercier des deux lettres du P. Girard, où je vois bien du mystique, mais je ne sais s il n'y a point du molinosisme et de l'ada* mite dans ces mots de la première, a J'ai une grande faim de vous revoir et de tout voir; vous savez que je ne demande que mon bien et qu'il y a longtemps que je n'ai rien vu qu'à demi. »
Je ne sais, en vérité, ce que le bon père vouloit voir, et cela ressemble beaucoup à ce jésuite deRheims (du temps de M. Letellier) sur lequel on fit le petit livret de VAda^ mite y où sont rapportés des fragments de lettres pareilles à celles-ci. Ce Père vouloit tout voir l'un après l'autre, et la grande perfection étoit de montrer tout ensemble pour apaiser la grande faim du directeur. J'en reviens toujours à la question : est-il jeune? la fille est-elle jolie
LEITRE IX«. 217
Voici bien d'autres affaires, et vous allez en entendre de belles sur les deux puissances. Le second mandement^ ou plutôt lettre de M. de Laon, a été supprimé par arrêt du 2 mars comme séditieux, attentatoire à l'autorité royale et à Tarrét de la Cour, sauf au procureur général du Roi à prendre au surplus telles conclusions qu'il jugera à propos, en procédant au jugement de l'appel comme d'abus.
Et comme cet évêque s'étoit appuyé de l'ordonnance de l'archevêque de Paris, M. le procureur général a pris le parti d'appeler comme d'abus de cette ordonnance, et cet appel, auquel personne ne s^attendoit, a été reçu par arrêt du 5 mars sur un court plaidoyer de H. Gilbert, qui montre qu'il ne peut y avoir d'hérésie ni peine d'excommuoication dans ces matières limitrophes , c'est son mot, et que l'Église n'a d'elle-même ni pouvoir vraiment coactif, ni juridiction extérieure et proprement dite. L'arrêt, au surplus, fait défense de débiter ou distribuer aucun exemplaire de ladite ordonnance, jusqu'à ce qu'autrement par la cour en ait été ordonné, et il arrive singulièrement que l'imprimeur du Parlement est celui de l'archevêque, en sorte qu'il vend l'arrêt qui lui défend de vendre l'ordonnance. Vous ne sauriez croire l'effet que cet arrêt a fait dans Paris; on ne doute pas qu'il n'ait été concerté avec le ministre ; il n'est pas du tout question d'évocation jusqu'à présent, et voilà mes confrères les avocats bien soulagés, car ils n'appelleront point, et c'est au Parlement à démêler l'affaire; on leur a défendu de faire imprimer leur Mémoire qui étoit tout prêt ; mais attendez-vous à le voir imprimé au premier jour malgré la défense.
Ce que vous dites sur la question au fond , et principalement sur la dissolution du mariage, qui est une matière journalière, me frappe beaucoup; je ne sais comment l'archevêque de Paris l'a oublié. Loyseau n'en parle point aussi, et à bien lire Loyseau, il dénie le pou-
voir coactif et la juridiction proprement dite. Hais pour juger cette dissolution, ne faut^il pas un tribunal, et ce tribunal ne vient-il pas de la concession du prince (1)?
Je ne connois le livre du P. Martin que par les Nouvelles ecclésiastiques, qui en ont fait un grand article et qui ont répondu à ce qui les regarde. Ce livre est devenu rare ; je le chercherai ; on tf a pas oublié Tendroit de la cuisse qui est si proche d'un autre.
Il y a des Nouvelles du 24 février où Tauteur répond à Tarrèt qui en a fait brûler cinq et au réquisitoire de M. Gilbert. Cela a été composé avec grand soin et même bien du respect pour le Parlement ; il prie M. Gilbert de le faire avertir des JamseiéSy S'il y en a dans ses Nouvelles. Nous prenons la lÛ}erté de l'assurer de notre prompte déférence pour des avis qu'il lui serait aisé, commr il sait, de faire passer jusque nous. Que dites-vous du soupçon quHl jette , que M. Gilbert ne peut le connoltre ou ses correspondants. 11 y a dans cette nouvelle plusieurs traits contre M. de Laon.
Il court une pièce affreuse en vers^ intitulée la Chimère embrunoise contre MH. Tencin^ Lamotte , Fontenelle et Astique. C'est le diable qui en est auteur ; faites des signes de croix comme le diable de Papefiguiire , qui se signa, et jetez de l'eau bénite dans votre cabinet.
M. Févèque d'Évreux vient de donner une longue Instruction pastorale contre la consultation des 50 sur le concile d'Embrun. Il y a bien de la science, et la pièce est à garder; mais cela vient trop tard au milieu de tant d'autres affaires, et on ne sait d'où vient ce réveil.
H. Bernard père marie sa fille, qui a 9 ans et demi, à M. Mole, nouveau président à mortier, et par là s'allie à toute la robe et donne un protecteur à sa famille ; il a sagement et clignement pensé.
(1) Pour citer, ne Taut-il pas un appariteur, et le contrôle et le papier marqué, n'aTons-noiis pas tu lea nolaire» apostoliques changés ?
LËTTllE X«. 219
Lettre X^.
A Paris» ce 13 mars 1731.
Vous voulez donc. Monsieur, un remède prompt à tous nos maux; eh bien ! le voici : il vient de paroltre un arrêt du conseil d'État du Roi du 10 de ce mois, par lequel, après une énumération exacte des deux puissances, de laquelle cependant les évèques ne se contenteront pas, le Roi qui a cru en cette occimon stdvre l'exemple de ses prédécesseurs, pour arrêter le cours des disputes naissantes sur cette matière, a ordonné qtu toutes lesdites disputes et contestations, et celles qui y ont rapport, demeurent suspendues et les suspend, et impose jpar provision un silence général et absolu, sur ce qui fait la matière des contestations; défenses aux Universités, facultés de théologie, droit civil et canonique, de permettre aucune dispute dans les écoles sur cette matière, et d^enseigner rien de contraire aux principes ci-dessus metrqués ; défend aussi à tous ses sujets de quelque état , qualités et conditions qu'ils soient, de faire aucunes assemblées, déclarations, actes, délibérations, requêtes, poursuites ou procédures à l'occasion des disputes, et d'écrire, composer, vendre , débiter ou distribuer directement et indirectement aucuns écrits, livres, libelles, mémoires ou autres ouvrages sur le même sujet, sous quelque prétexte 6u sons quelque titre ou nom que ce puisse être, à peine contre les (Contrevenants d'être traités comme rebelles et désobéissants aux ordres du Roi, séditieux et perturbateurs du repos public; Sa Majesté se réserve à elle seule, sur l'avis de ceux qu'elle jugera à propos de choisir incessamment dans son conseil et même dans l'ordre épiscopal, de prendre les mesures les plus convenables pour conserver de plus en plus le droit inviolable des deux puissances et maintenir entre elles l'union qui doit y régner pour
le bien commun de TÉglîse et de l'État; exhorte et enjoint aux archevêques et évêques de veiller à ce que la tranquillité qu'elle veut y maintenir par la cessation de toutes disputes soit charitablement et inévitablement observée. Enjoint à tous juges ^ chacun en droit soi, notamment au sieur Hérault, lieutenant général de police et aux lieutenants généraux des autres villes, de tenir la main à Texécution du présent arrêt, sur lequel toutes lettres patentes seront expédiées.
Je remarque sur cet arrêt : l"" le détail des droits des deux puissances, qui en donne une idée meilleure que M. Fleury ; on eût pu cependant s'en passer à ce qu'il semble, parce que c'est supposer ce qui est en question, mais on a voulu mettre cela hors de question.
2^ L'exemple des prédécesseurs est apparemment certain, et il ne sera pas difficile d'en trouver dans les Preuves des Libertés.
3® La suspension tombe aussi sur les disputes qui vont avoir rapport à ces contestations. Or, cela est bien en général, et peut-on étendre ce rapport à la Constitution ou à la Légende? Je ne le crois pas et ce n'est pas le dessein.
4** 11 est défendu aux universités, etc., de permettre* aucune dispute sur cette matière ; on ne disputera donc point, mais il est défendu de rien enseigner de contraire aux principes ci-dessus marqués. On a donc voulu établir des principes, et si on les enseigne comment n'ydisputera-t-on pas? Le silence absolu nedevoit-ilpas comprendre l'enseignement? Non, on n'a voulu suspendre que les questions téméraires.
5® La défense des assemblées, délibérations, etc., regarde les avocats qui s'assemblent et qui alloient publier leurs mémoire et déclarations et peut-être donner quelque requête. Cela regarde aussi les évêques qui faisoient des assemblées et qui auroient peut-être fait quelques procédures, car il y avoit des intimations sur les appels comme d'abus du procureur général, et l'arche-
vêque de Paris étoit intimé; il eût donc pu se défendre.
6"* Sous quelque prétexte et sous quelque titre et nom que ce puisse être, exclut les mandements des évèques comme tous autres écrits ^ et il faudra bien qu'ils se taisent.
7* La peine dlétre traités comme rebelles, désobéissants, séditieux, perturbateurs doit faire peur atout le monde, et aux évéques même, dans une matière où le Roi a intérêt et qui est limitrophe, comme dit M. Gilbert; chacun n'a qu^à rester comme il étoit et ne sera point sujet à la peine.
8! Sa Majesté se réserve à elle seule de choisir dans son conseil et Tordre épiscopal ceux qui donneront des avis les plus convenables sur cette matière. Voilà une ivocalion majeure plus autorisée que celle dont on par* loil, et cependant les deux appels comme d'abus subsistent et ne sont que suspendus jusqu'à iadécisionde ce tribunal qui ne viendra peut-être jamais. Cet expédient pourra conserver Tunion qui doit régner entre les deux puissances pour le bien commun de TÉglise et de FÉtat, et dont il est parlé dans Tarticle 82 des Libet*tés où H. Dupuy . rapporte cet ancien dicton, venu par tradition dans la maison de France :
Mariage de Bon Denis, De l'Église et des Fleurs de Lys.
Quand Fud de Tautre partira, Ctiacun d'eux si s'en sentira.
Nous allons voir si quelqu'un voudra être désobéissant et rebelle y et si'dans une question qui n'est proprement que de nom , on hasardera, du côté des évèques , de faire quelque mandement contraire à la volonté du roi. Pour les avocats, les en voilà dehors avec honneur et une double bataille gagnée. On nous avoit bien dit que M. le Chancelier alloit faire paroltre son ouvrage Sur les donations; il vient d'être publié en forme d'Ordonnance de
322 œRRESPONDANCE INËDll^.
LcfuisXVy rai de France et de Navarre y donnée à Versailles au mois de février 1731 , et registrée le 9 mars. Au milieu de la guerre eoclésiastique^ voilà un beau traité de paix temporelle , puisqu'il va finir bien des procès; le préambule est éloquent et magnifique^ et les parlements y sont bien loués , Tordre des actions bien distribué y les décision claires^ les dispositions^ quoique un peu composées, nettes et bien réduites ; enfin on ne peut trop admirer un dessein si grand, auquel tant de savants et illustres magistrats ont échoué. Cela va immortaliser le règne du roi et sa législation et son chancelier; la suite paroitra bientôt.
J'ai connu madame de Mucy et l'ai vue à Saint-Maur fort aimée et fort aimable ; quel rapport peut avoir ce mauvais conte avec d'Aubîgnéî Je verrai cela. Vous avez à présent la Chimère et pouvez la garder, je garderai pour moi le secret du Journal de H. (1) et de tout le reste, comme vous me le garderez aussi ; j'ai griffonné tout ceci à la h&te.
Lettre XP.
A Paru, ce 18 mars 17.%!.
Vous serez bien aise d'apprendre, Monsieur, que M"' la comtesse de Sainte -Maure ; gagna hier Son procès à l'audience de la Grand'chambre, contre son mari. L'appellation est au néant, émendant, évoquant le principal et y faisant droit, ordonne qu'elle sera séparée de corps et de biens d'avec son mari : dès à présent,' elle entrera en possession du surplus de la dot qui est entre les mains de M. de la Neuville et qui est de 25,000 livres de rentes au
(1) Par sa lettre du 10 mars 1730, Boubier lui confiait le secxet d*une négociation tendant à IMmpre^sion et à la publication de la partie encore inédite, dont il Etait chargé Tabbé d^Olivet.
LETTRE XF. ÎJ3
moinS; et pour la dot de 320^000 livres reçue^ les parties contesteront plus amplement (parce qu'il y a eu une partie employée en actions ) ; le mari condamné ^ux dépens. M. Gilbert a parlé quatre heures et avoit été de cet avis. Il a principalement insisté sur les trois lettres du mari; qui avoit abdiqué sa femme, et ne vouloit plus vivre avec elle; tout Paris vouloit que nous perdissions notre cause ^ mais tout Paris a perdu la sienne, et voilà up grand triompha pour les femmes, pour M. Coçhin et pour moi. Le jeudi auparavant, H. Cochin* avoit plaidé pendant deux heures* Comme Démostbènes il avoit tonné > foudroyé et arraché les entrailles de tout le monde ; 6'est une des plus grandes actions que j'aie jamais entepdues. Vous aurez les Mémoires des deux parties imprimés par la voie ordinaire , et une copie d'un petit qui est de* moi; enfin H. de la Neuville doit être bien aise d'être délivré d'un pareil gendre, qui a fait tout ce qu il a pu pour le déshonorer.
L'affaire de la sœur Gadiëre est finie ; j'en ai une relation depuis le 10 février jusqu'au 28 ; la plaidante a été elle-même décrétée d'ajournement personnel , enfin elle s'estrétractéeets'est^sistéedela procédure; maison prétend qu'elle est devenue hébétée avant cela et qu'une certaine potion n'y a pas nui ^ dit là. relatian, dont je vous ferai faire copie si vo.us ne l'avezi pas. Voilà un beau dénoùment de tragédie."
H. Bernard, maître des requêtes, a vendu Grosboiaf à' M. le garde des sceaux 400^000 livras avec les meubles; c'est un grand marché, m^s cela n'a pas été tout à fait volontaire , car ces MH. Bernard fils ont fait des emprunts de milHons, et le père veut qu^ils soient^ payés; le nouveau gendre est reçu président à mortier, il y a de la joie d'un côté et de la gloire de l'autre : c'est à présent la belle-mère qui est chargée de l'administration de la maison.
Bonjour, Monsieur, et bonne fête. '
Lettre XIP.
à, Paris, ce 22 mars 1731.
Je vous envoie^ Monsieur^ par la voie de M. Martin, les deux Mémoires imprimés , et les miens manuscrits; mais il faift s'il vous plait me renvoyer ces manuscrits, parce que je n'en ai point d'autres; j'ai écrit le dispositif de l'arrêt sur un des Mémoires , et des observations à côté pour l'entendre : cet arrêt fait grand bruit dans Paris, les hommes crient, les femmes rient; mais enfin le voilà rendu. On ne parle du côté de M. Sainte-Maure que de cassation, même des donations portées au contrat de mariage , faites par l'oncle au neveu. J'y trouve un bon expédient, c'est que l'oncle se marie; qu'il fasse un enfant et il révoquera les donations. Vous trouverez à la fin les Lettres qui ont fondé l'avis de M. Gilbert.
J'ai enfin vu Vlnslruction de M. d'Embrun sur la consultation des 40; elle est datée du 26 janvier 1731, et ainsi antérieure à Tarrêt du 29 janvier qui supprime son premier mandement. Cela contient 70 pages : vous voyez bien qu'il a mis telle date qu'il a voulu. C'est la matière des deux puissances traitée avec beaucoup d'autorités et de citations et dans un style fort vif.
Melchior Pastor n'y est pas oublié. Il y a bien des articles d'ordonnances qui sont plus l'ouvrage d'un avocat que d'un évêque, et comme les avocats ont fait les évêques, voilà un évêque qui devient avocat; il n voulu mettre une 2* partie sur l'atteinte que les hO avocats donnent à l'autorité royale, et cela étoit bien inutile depuis l'arrêt du 25 novembre, où le roi les reconnolt pour ses fidèles sujets, et dont le prélat parle page 47; mais par un tour d'une éloquence singulière , il veut montrer que les principes de cet ouvrage des avocats sont les mêmes que ceux du calvinisme , et sur cela le voilà à
LETTRE Xir. 225
faire l'histoire des guerres civiles. Il n*a pas pensé que M. Ârnauld, dans V Apologie des catholiques, a traité ce même argument contre les calvinistes ,. et en a bien déchargé les catholiques; toutes ces récriminations sont donc bien déplacées et encore plus contre des gens qui ont tant écrit conlre la légende; il veut aussi tirer avantage d'une lettre de dom Thierry, qui n'est avouée de personne ; il la tournede centfaçons, et elle ne peut venir que d^uu esprit tourné, ou bien près de l'être. Il faut voir encore comme il accommode M. de Montpellier, qui n'est pas homme à demeurer sans réponse; enfin, l'imposition du silence serait bonne pourtout , car voilà un scandale plus sophistique qu'hérétique et où on n'entend plus rien.
Je n'ai point ouï parler de V Arlequin jésuite, il n'y a peut-être encore que le titre de fait. Il faudroit un Pascal ou un auteur du Catholicon pour donner à une telle pièce la force qu'il faudroit.
Les Nouvelles ecclésiastiques n'ont encore rien dit sur M. de Laon et M. l'archevêque Paris; ce dernier est malade. On vouloit faire tonsurer le petit Espagnol, qui n'a que dix ans ; il a été interrogé, et a très-bien répondu en latin sur les trois propositions et s'est déclaré moliniste ; il aura dispense d'âge. Ceci entre nous, comme tout le reste.
Le juif qui vouloit faire assassiner Francœur et balafrer la Pellissier a voulu se venger par une satire , et a payé un poêle qui a fait la fable de la Perruche et du Pélican; elle s'est trouvée dans les papiers du valet arrêté. Je vous en enverrai une copie : voilà des voies de fait de toutes les façons. Ti faro una canzone d'une main , et le poignard de l'autre. Il y a une calotte contre le curé de Saint-Sulpice , sur une fêle où il y avoit des peliles filles : vous l'aurez aussi.
Le lieutenant de police de Grenoble a saisi le premier mandement de M. d'Embrun chez le libraire, en conséquence de Farrêt du parlement de Paris qui en a ordonné
la suppression ; il en a été réprimandé par M. le Chancelier.
Lettre XIU\
•24 mars I73i.
Vous m'avez envoyé , Monsieur, des pièces du procès de la Cadière. Je vous en envoie une du procès du juif Dulis et de ses adhérents et assassins. Joinville (vafef), interrogé sur cette pièce, qui s'est trouvée dans sa malle , a dit Fauteur à qui il Ta payée ; il s'appelle Castera, il est de Bayonne, et vient de faire Le Théâtre des Passions et de la fortune^ qu'il a dédié à M*"^ le comte de Clermont. C'est une chose curieuse que cette Épitre dédicatoire. H. Hérault a envoyé quérir ce M. de Castera, et lui a lavé la tète, et cela en est demeuré là; mais la fable, qui ne doit pas être si secrète que l'instruction criminelle, a passé dans le public; vous jugerez si la perruche est plus décriée qu'auparavant, par cette belle satyre, qui est en même tempsallégorique et personnelle. On aarrété un deuxième soldat aux Gardes pour cette affaire : c'est le Roi qui en est cause. Il dit au chevalier de Contades, qui a une compagnie aux gardes : (c II y a un des soldats de votre compagnie qui a voulu assassiner un de mes petits violons, et ce soldat a eu un congé. » Le chevalier avoua au Roi que ce soldat lui avoit dit qu'il avoit été au cabaret avec un de ses camarades boire un écu qui avoit été donné au camarade, qu'en buvant il lui avoit proposé une mauvaise action, que lui n'a voit point voulu accepter, et que voyant l'autre arrêté il avoit prié son capitaine de lui donner un congé de trois semaines; qu'il lui avoit donné, et qu'il savoit où il étoit; on l'a donc arrêté aussi. Tout Paris croit que ce n'est rien que cette affaire ; mais c'est qu'on ne sait pas la peine de la machination en France, et on a oublié M™* Tiquet, qui fut décapitée sur ce
seul crime, et avant elle H"*^ de Lizore. La question est si Ton peut faire le procès au juif, qui est en pays étranger; et pourquoi non, puisque le crime prémédité et machiné devoit s'exécuter en France? Si le juif étoit ici on lui feroit son procès en personne; puisqu'il n'y est pas, il faut le faire par contumace. Je crois même que les Hollandais devroient le livrer si on le leur demandoit, car ce crime peut aller au plus loin ; il a de plus 50,000 fr. de rentes sur la Ville, et cela est bon à confisquer. Le procès civil pour les pierreries n'a point eu de suites ; il a été jugé sur le TbéÀtre-Italien. Hais voilà un étrange homme de poursuivre sa vengeance contre une telle créature, jusqu'à la vouloir faire assassiner et son amant, et encore la calotiner.
Je viens de remarquer, dans votre lettre du 20 mars, que Tarrèt du curé de Saint-Barthélémy levoit l'interdiction ; il ne la levoit pas, ce n'étoit qu'un arrêt de défenses, et c'est le curé qui a cru que ces défenses levoient l'interdiction. Le Parlement n'avoit donc rien fait contre la loi divine, si elle a lieu dans ces cas.
On a fait une calotte courte contre M. le premier présisident :
De par le Dieu porte-marotte.
Point de tête, point de calotte.
Et quelqu'un a répondu :
Calotin, tu n'es qu'une béte, Qui porte cornes a une tête.
Tout cela est bien charitable ; l'arrêt du silence ne fera point taire les poêles, qu'il faudroit pendre.
Vous trouverez ci -joint la copie d'une lettre qui contient une relation de l'affaire de la Cadière jusqu'à son désistement. J'ai appris que depuis la mère a donné une requête au parlement d'Aix, où elle demande que sa fille lui soit remise entre les mains, ^t qu'il lui sera permis
d'informer du breuvage qui lui a été donné, qui lui a tourné la tête. Le dominicain et le carme ont aussi donné leurs requêtes pour être déchargés des décrets.
Leltre X/P.
A Paris, ce 1*** avril 1751.
Je ne sais plus rien de la Cadière^ sinon que dans les Nouvelles ecclésiastiques on a mis trois placets qu^elle a donnés au commencement de l'affaire à H. le cardinal Fleury^ à H. le Chancelier et à M. de Saint-Florentin, qui sont assez bien faits et qui représentent l'affaire comme capitale et poussée aux derniers désordres. Le pyrrbonisme historique, qui a bien sa place dans les choses publiques, le doit avoir encore plus dans celles qui sont sous le secret de la justice. Ce seroit une belle curiosité d'avoir la première plainte , mais on ne Vaura pas, et peut-être même n'est-elle plus dans le greffe. On y parloit de coups de lance qui n'étoient pas trop mystiques {lancea carnis).
L'affaire du juif va son train et les délais courent; pour la fable, elle ne peut être jugée qu'au tribunal de la Calotte. On dit qu'on en a fait une sur l'arrêt de M"* de Sainte-Maure, où H. le premier président et M. Gilbert sont attaqués. Voilà le comble de la folie. Le mari avoit dans son conseil un H. Bosc du Bouchet, qui s'est ruiné, qui est devenu poëte, et qui peut fort bien en être l'auteur, car il vient de nous donner un poëme calolin en 7 chants, intitulé le Conseil de Momus et la Revue de son régiment. Il y a une préface en vers pour la date et le lieu de l'impression, et qui finit ainsi :
Mais où se vend ce livre enfin? Sous le manteau.
On dit que H. Bosc a fait la plus grande partie du Mémoire que je vous ai envoyé j il n'en sera guère mieux que le P. Poisson de spn mandement de Laon.
Nous sommes menacés d'un grand ouvrage de la part des évéques^ et cela fera paroltre celui des avocats. Nous aurons là un beau silence ; cependant il y a déjà des commissaires ecclésiastiques et laïques nommés^ M. le cardinal de Bissy, M. le cardinal de Rohan , l'archevêque de Rouen, le chancelier, le garde des sceaux, MM. d'Ormesson , d'Argenson et de Fortia. Je ne sais pas bien quelle autorité aura ce tribunal et s'il fera des canons, des décrets , des ordonnances, des arrêts avec infaillibilité.
Il y a une autre affaire ecclésiastique qui va faire du bruit partout; le pape a donné un bref, le 2^ août 1730 qui établit le cardinal de Bissy et Tarchevêque de Rouen commissaires apostoliques pour le gouvernement et la réformation de l'ordre de Cluny ; ce bref, qui a été trèssecret, est tombé entre les mains des moines de Tancienne observance, le 17 mars 1731, et le 26 de mars (sans perdre de temps) ils ont répandu dans Paris des Observalions imprimées sur ce bref, qui / est imprimé en latin et en françois ( contre l'usage du royaume ),et ils prétendent prouver que ce bref est pernicietix à l'État , préjudiciable à V ordre de Cluny , contraire aux règles de la hiérarchie , de la charité et de la bienséance. Les commissaires y sont malmenés, et le frère du cardinal, par qui la réforme auroit dû commencer; cela est écrit très-vivement et à la hâte, mais il y a du bon. M. l'archevêque de Vienne doit être bien piqué ; il est traité dans ce bref comme un petit abbé à qui on va faire le procès, et j'entends dire qu'il a appelé comme d'abus de ce bref au Grand-Conseil. Vous aurez aisément ces ob« servations.
Je ne vous ai point parlé de Diane ou plutôt Corisandrc d'Andouins, mais d'une Louise de Roquelaure, femme d'Anlonin de Gramont, qui fut conseiller d'État d'épée le 28 août 1609, qui la fit condamner à mort en 1610 par son parlement de Bidache, qui la fit décapiter en vertu de cet arrêt , malgré les sollicitations de la Reine-
230 CORRKSPONDANCE INÉDITK.
Régente , sur quoi intervint l'arrêt célèbre du conseil d'État du 16 janvier 1611 dont je vous ai parlé dans une lettre qui doit être de février 1730, si vous les gardez. Ce fait est très-certain, et n'appartient point à la belle Corisandre.
M. d'Oresmieux, qui a autrefois tant plaidé au Grand- Conseil, et a été conseil des plus grandes maisons, se meurt; il a pris une pleurésie et une fluxion de poitrine à une campagne où il vouloit me mener ces fêtes : sa femme, qui est ma parente et qui n'est point avec lui, ne sera pas fâchée d'être veuve.
Lettre XV.
A Paris, ce 8 avril 1731.
La querelle des ducs et duchesses contre les femmes et hommes de conditiona été réglée en faveur des premiei^s, qui précéderont les autres dans toutes les cérémonies : la noblesse se plaint, et a été au Cardinal, qui a dit qu'il n'a voit vu que les ducs; M. de Pons (Berry) lui a dit qu'il avoitdéfendu à la noblesse de s'assembler, et qu'apparemment il n'y avoit plus en France que les ducs et les avocats qui pussent faire des assemblées. Cependant voilà le règlement fait, et bien des dames en colère, qui peutêtre quitteront la cour.
M. le cardinal de Bîssy, qui est un des commissaires de la chambre mi-partie, est malade, et cela va en retarder les opérations; on les appelle les arpenteurs spirituels.
Pendant qu'on est en train de régler les limites, on a fait une commission, par arrêt des 11 et 17 mars, pour régler celles des trois professions des médecins, chirurgiens etapothicaires,et les brevets des remèdes spécifiques, pour être continués s'ils guérissent et révoqués s'ils ne le font pas. Vous voyez que Ton songe au corps comme à Tàme; et après cela peut-on se plaindre du gouvernement?
Voici trois couplets schismatiques qui sont venus de la Cour, et où les noms ne sont pas épargnés :
Nos évéques se partagent.
Tout est en combustion; Ces grands et saints personnages Diffèrent d'opinion Sur les mirlitons > etc.
Suivant les derniers usages, Strasbourg, Saint-Brieux, Luçon, Rieux, Du Puy, tous gens sages.
Donnent bénédiction Atout mirliton, etc.
L'archevêque de Vienne , De Rouen, Ntmes et Soissons, Le petit Chiepois de Rennes , Excomnnmication A tout mirliton, etc.
Voilà une belle addition à faire au Gallia chrisliana y et de quoi bien commenter si on vouloit. M. Tarchevêque de Vienne a bien une autre affaire pour Tordre de Cluny . Sans doute vous avez à présent les Observations sur le bref.
M. d'Oresmieux est mort d'une fluxion de poitrine en sept jours ; il passoit quatre-vingts ans^ et ne les paraissoit; il vouloit plaider contre la mort, mais il a perdu sa cause ; il a dicté son épitaphe aux notaires qui ont reçu son testament^ et il y a mis toutes les charges qu'il a eues chez M"* la Dauphine et chez M"' la duchesse de Berry, et à
la fin il a dicté : (c Mort le ^ » afin que le sculpteur
ne l'oublie point. Il a nommé pour son légataire universel un petit d'Oresmieux, fils d'un conseiller d'Abbeville, qui ne jouira de ses biens qu'à vingt-cinq ans, et jusque-là la jouissance appartiendra à M. et M"* de Nyert de Gambaix ; et si Tenfant meurt avant vingt-cinq ans, ils auront la propriété. Tout cela est orné de grandes substitutions. Sa veuve, qui étoit jeune et qui étoit séparée de lui, ne
manquera -pas de faire mettre le jour de la mort à Tépitaphe. M. Pinssonneau est exécuteur du testament.
Je suis bien aise quemes Mémoires et Observations dans l'affaire de Sainte-Maure vous aient plu. M. Bosc doit renoncer à présent aux procès et s'en tenir aux calottes. Son poëme est imprimé, et se vend sous le manteau ; on le trouve aisément k la Comédie. Le traité volontaire a été bien discuté lorsque la preuve a été admise; ce n'étoitpasunepaix, c'étoit une trêve guerrière. Vousen trouverez la preuve dans la première des trois lettrés imprimées après l'enquête, laquelle lettre contient les motifs du traité, et a servi lors des deux arrêts de principe à M. Gilbert, pour la preuve et pour la séparation. Les dépositions supprimées étaient des faits de la plus fine galanterie : leB. est Breteuil, mais on dit qu'on avoit pris une sœur pour l'autre, et tout cela étoit dans la bouche de misérables, qu'on auroit pu faire pendre si on avoit voulu. N'est-il pas plaisant qu'on ait apporté du papier blanc à des juges, et qu'on ait voulu leur donner une énigme à deviner comme dans le Mercure?
Je n'ai point l'arrêt contre la comtesse de Gramont ni celui du 16 janvier 1611, qui est du conseil d'État, avec les dispositifs entiers ; mais j'ai l'histoire de tout cela très-exacte, et je vous la ferai copier. M. de Gourgues, maître des requêtes, alla de la part de la Régente à Bidache, et il y en a {sic) du 5 octobre 1610 ; ce fut depuis ce temps-là que la comtesse fut jugée et exécutée, et ensuite fut rendu l'arrêt du Conseil du 16 janvier 1611, qui est rappelé presque tout entier dans cette histoire. Le procureur général de Pau, qui contestoit la souveraineté de Bidache, se servoit de cet arrêt du Conseil, etony répondit. Je fis un premier mémoire général, qui est comme un inventaire des titres, et M. Vezin fit le contredit de la production du P. G. C'est dans ce contredit imprimé que se trouve cette histoire, qui est des plus singulières et des plus tristes.
LETTRK XVI". 233
En ce moment M. le Nonce, qui a apporté 'les langes pour le Dauphin^ vient de faire une entrée magnifique, et M. Bernard lui a prêté trois attelages des plus beaux chevaux que l'on ait jamais vus et qui ont fort paré cette entrée.
Lettre JF7^
A Paris, ce 18 aTril 1731.
On plaide la cause de M. d'Agénois sur le duché d'Aiguillon, qu'il veut faire revivre. Messieurs les ducs (22 opposants) viennent de publier un Mémoire fait par M. Aubry où cette prétention est traitée presque de ridicule, et on y fait entendre que si elle avoit lieu, que ce duché passeroit par la substitution du testament de IW"' de Combalet aux enfants de H. Quélin-Duplessis, qu'on a vu au Palais substitut de M. le procureur général , et à M"*^ d'A-^ lesme, femme d'un conseiller au parlement de Bordeaux, qui descendent de la troisième petite-nièce de la testatrice. Il semble que Tédit de 1711 a réglé tout cela et qu'il faudroit faire revivre le cardinal de Richelieu et son autorité pour faire revivre ce duché. Je remarque qu'il l'obtint en janvier 1638. C'est le temps du commencement de la grossesse de la Reine. Il venoit alors de renvoyer le P. Caussin et se défaire de M"' de La Fayette; il étoit plus que jamais en état de tout avoir après de si grandes victoires, mais ces temps sont oubliés, et il y a des règles. M. le duc de Richelieu ne sera pas bien aise de toute cette parenté qui entre dans sa généalogie ; et d'un autre côté on dit que c'est ce qui fera gagner la cause à H. d'Agénois contre les ducs, .qu'on voudra humilier: c'est un trait malin de la cour que je vous confie.
Vous trouverez ci-joint un mémoire singulier et bien dressé d'une affaire qui vient d'être jugée en Provence, au parlement d'Aix, et qui mérite bien d'être mis dans
nos recueils comme celui du lieutenant civil Ruzé^ que vous avez tiré de ceux de MM. Dupuy. C'est un rare pays que cette Provence pour les aventures.
Celle de la Cadière prend un tour qui doit faire gi*and bruit. J'entends bien comment on peut connoitre de toutes façons, mais je ne sais pas comment on s'ensorcelle. J'apprends qu'il y a appel comme d'abus de l'officialité de Toulon et cinq avocats chargés. J'attends de beaux impriméS) et que vous en aurez pour vous et pour moi.
J'apprends que le livre latin de M. Bossuet sur les propositions de 1682 se traduit à présent en Angleterre par le P. Courrayer ; il écrit bien en français, et il n'y a pas là matière à glisser ses erreurs, pourvu qu'il ne s'avise pas d'y mettre des notes.
Avez-vous lu V Histoire de Charles XJ7, rot de Suède, par Voltaire? Il est supprimé.
Savez-vous ce que c'est que les Spintrix que Caligula "abolit? De quoi se mêloient ces femmes?
Lettre XVU'.
. A Paris, ce 27avriM73l.
Nous n'avons encore rien dit, Monsieur, d'un petit journal qui se fait ici toutes les semaines sous le titre deiVouvelliste du Parnasse y par quatre personnes d'esprit, à qui on adonné le droit de dire et de penser tout ce qu'ils veulent sur les nouveaux livres et les nouvelles pièces de théâtre. Cela est si bien ménagé que ni le Journal des Savants ni le Mercure ne peuvent se plaindre qu'on prenne leur part; mais les mauvais auteurs y sont mal accommodés, et cette liberté, qui plaît tant au public, leur déplaît fort ; il y a déjà 14 lettres : on se souvient avec plaisir des Nouvelles de la Bépubliquede Bayle en les lisant ; le sel y est à pleines mains. M. de La Motte le prosateur n'y est pas oublié, non plus que les autres novateurs du Parnasse; enfin, cet ou-
LETTRE XVIIP. 285
vrage est si vrai qu'il ne peut pas durer. Les journalistes des pays étrangers y ont leur fait comme ils méritent. Le Gayot de Pitaval a voulu écrire contre le Nouvelliste ; Dieu sait les plaisanteries qui lui ont été rendues^ et je ne crois pas qu'il y retourne. On ne peut plus rire que Ton rit là pour ses cinq sous. Dans la dernière Lettre ils disent qu'ils sont une petite société inconnue^ humble [et pacifique^ mais ils vont faire une guerre parmi les auteurs : si vous ne Tavez pas lu y vous aurez bien du plaisir ^ et si vous l'avez lu, vous avez dû en avoir. Il se vend à Paris, chez Chaubert, avec privilège et approbation^ et cela fait bien de l'honneur à H. Chauvelin, qui a la direction de la littérature.
Les Nouvelles ecclésiastiques deviennent plus rares; la chasse qu'on leur donne les diminue^ et voilà le Nouvelliste qui prend leur place. Je n'entends rien dire du bureau spirituel; on est assez tranquille, hors le procès de quelques curés qui se plaignent de leurs évoques, et il y en a un à la grande chambre contre l'é^êque de Chartres. En voici un qui est né d'hier : le chevalier de Janson est mort à Tarchevèché , Horant Ta taillé de la nouvelle taille anglaise, qui a mal réussi ; il a été assisté pendant sa maladie par le clergé de l'archevêque. Le curé de Sainte- Marine se plaint, etditqu'iladû être appelé, comme propre curé, et qu'on n'a pu faire donner les sacrements par un autre ; et le pauvre mort se trouve maltraité au temporel et au spirituel.
On voit à Paris des Bequêtes et Mémoires pour l'affaire de la Cadière; je ne les ai pas encore vus; il y aura là de belles choses, et si on dit tout, comme notre Nouvelliste,
Lettre XV1U\
A Paris, ce 4 mai 1751.
Vos réflexions sur le Nouvelliste du Parnasse sont excellentes, mais en attendant on rira pour ses cinq sols.
Il est vrai que quelques bons auteurs pourront se dégoùler, quoique ceci tombe clairement sur les mauvais, d'autres ne s'en soucieront guère, et, par exemple^ je ne crois pas que M. de la Motte et autres gens de son parti en écrivent moins dans leur style néologique : à la fin, cela se dissipera de soi-même, et je vois déjà que cette petite société badine donne des systèmes sur la religion païenne, par les flancs de laquelle on pourroit dire que la religion chrétienne est percée, comme dit Bayle dans Tarticle de Despériers au sujet du C/mbalum mundi. Vous verrez cela dans la 15* LeUre^ qui est une espèce de Cymbalum, et M. de la Monnoye, qui trouva de l'impiété dans cet écrit (sur lequel il a fait des notes ajoutées dans l'édition des Contes de Des Periers), ne manqueroit pas d'en trouver dans cette lettre, où il y a plusieurs traits sur la religion en général; ainsi la liberté passe bientôt à la licence, et on revient à la modération malgré soi. Il n'appartenoit qu'à Bayle de mettre dans sa critique un sel qui n'étoit pas mordant : mais ce Nouvelliste mord et cherche toujours à reprendre quelque défaut dans ce qu'il approuve. Je n'aime pas qu'il ait loué la lettre de M™'' de Lambert sur les femmes , comme un petit chef-d'œuvre de morale. Une dame de beaucoup d'esprit me disoit le dernier jour que ce petit chef-d'œuvre ne pouvoit faire des femmes que des p. et des précieuses. Ce qu'ils ont dit de Rabelais n'est pas aussi un discours de gens de lettres : en condamnant ses mœurs ils pouvoient élever sa langue et son génie : ingeniosissimum opus; il faut qu'il y ait dans cette petite société-ci quelque scrupuleux et quelque libertin, unbonet un mauvais soldat, etchacun nous donne sa besogne tour à tour. Il faut la prendre comme elle vient ; elle a déjàservi à empêcher un homme de condition de donner un mauvais mélange auquel il travaille depuis longtemps et que sa famille craignoit qu'il ne donnât en public. Elle lui a envoyé le Nouvelliste, et il a renoncé à son dessein par la crainte de la satire, formidine pomse.
LETTRE XIK'. 287
H. de Lage est un président delà chambre des comptes, qui a été un grand négociant de mer et que Pargent retenu en Espagne ruine ; il y a eu lettre de cachet pour Tarréter et une autre pour le faire sortir. La commission des fils de M. B. ne parolt pas encore^ maison sait que -MH. de la Malmaison y de Monthuléy de Courteil et Ghaillou, conseillers au Parlement^ sont les commissaires^ avec deux avocats^ qu^on ne m'a pas nommés. Jen'aurois point certainement accepté cette commission. On dit qu'elle ne doit durer que deux mois ; il faudroit ouvrir le coffre-fort et renvoyer tous ces créanciers , mais on n'en fera rien et le monde criera. Je ne sais s'il a des spintrim, il vit comme s'il en avoit^ et les Caprées de Passy en sauroient bien que dire.
Je ne passerai point à M. d'Évreux sa récusation impossible d'une chambre des requêtes du Palais ou du Chàtelet^ et vous y avez très-bien pourvu, et la remarque de Godefroy, conseiller au Parlement, m'a bien fait rire. Voilà une étrange bévue ; je n'y avois pris garde et je n'ai pas manqué de la noter à la marge.
On a publié la mort de H. de Brillac, mon parent, et son gouvernement a été demandé au Roi ; il n'est pas mort. J'ai vu une lettre de lui du 27 avril à M. le prince Charles, où il raconte son mal et sa guérison ; les demandeurs n'avoient parlé que du premier et oublié le dernier. On lui a fait de grands éloges , le croyant mort, et il a eu le plaisir d'y survivre. On voit une parodie trèsbien rimée du sénat de Brutus; c'est le sénat académique où parlent Houdart et Fontenelle , et où on fait entrer Thiriot, député d'Arouet, qui est honteusement renvoyé.
LeUre XIX\
A Paris, le 9 de mai 1731.
On plaide la cause de M. d'Agénois avec grand appareil; H. Normant s'y est fort distingué, et par sa plai-
doirieet par un mémoire qu^il adonné, quiestnoble^ plein de sens, de raison et de recherches curieuses^ mais utiles à sa cause. Après avoir comparé ce mémoire avec celui des ducs, on voit qu^ils n'ont de bon que leur épigramroe, et que leur affaire est mauvaise, et mal entreprise, et que H. d'Agénois. contre qui on crioit tant, ne pouvoit pas manquer d^étre duc. Cela sera décidé jeudi. H. Gilbert parlera, adhtAcsubjudice lis est. Voilà, Monsieur, la grande nouvelle du Palais.
Uy enaune autre. LaTournelle n'entend point raillerie; le député du juif Dulys n'avoit été condamne au Chàtelet qu'à être pendu, et le juif aussi en effigie; mais sur un appel a minimay ils ont été condamnés à être roués, ce que le juif ne sentira guère. On a raison de s'élever contre ces sortes de machinations par lesquelles un homme du bout du monde vous fait assassiner qui il lui plaît. Cela fera une vilaine légende ou commémoration pour M"^ Ticquet, qui vit dans le monde comme s'il n'étoit rien arrivé à sa mère : on va bien courir après la confiscation de juif ; si on faisoit bien, on la donneroità la Pélissier, afin de mettre ensemble tous les trésors de l'iniquité.
On a plaidé à la Grand'chambre une cause d'un curé de Chartres , qui a voulu se servir de son vicaire pour assister un homme à la mort. L'évèque a fait et nommé un autre vicaire. Appel comme d'abus. La cause plaidée, M. Gilbert a été pour le curé, et on a appointé. Ce qui est plaisant, c'est que, par je ne sais quelle méprise, H . le cardinal soUicitoit pour le curé, et on ne s'en est aperçu qu'à la fin de l'affaire.
J'ai \\i\es Mémoires ded'Aubigné, qui m'ont fait plaisir, et que j'ai trouvés mieux écrits que ses autres livres. 11 se bat un peu trop souvent, don Quichotte n'a pas tant d'aventures; mais ce qu'il dit de son maître est curieux et ôte un peu de grandeur à la gloire de Henri IV ; cela est sur le ton de V Apologie de M"** de Rohan. — L'his-
toire de madame de Muoy est ridicule et grossière; il n'y a que le fait de Stanhope qui intéresse, et on dit qu'il est vrai. Quelle idée d'avoir joint cela avec lesi Mé^ moires d'Aubigné ! Les libraires sont bien des misérables, qui abusent de leur métier, et on en devroit bien punir quelques-uns judaïquement.
Le Nouvelliste du Parnasse continue toujours, et on lui laisse direct faire tout ce qu'il veut. La 16* Lettre termine le l*'^ tome, qui nous annonce de Nouvelles réflexions de H. de la Rocbefoucault. Pour moi, je ne suis pas si grand admirateur de ces réflexions , où il y a beaucoup de malignité et de subtilité métaphysique ; le goûty Vair les manières y tout cela est trop fin, et étoit bon à l'hôtel de Rambouillet ou avec M. de Clérambault et le chevalier deMéré, et est à peine souffert chez M""' de Lambert, où tout est néo/0^6 en pensées et en paroles. Les hommes sont des hommes, et il faut leur parler humainement. Il y a dans cette 16^ lettre un bon caractère de Mahomet, que j'ai mis à la tète de sa Vie de jB., et un trait contre le P. Pétau, qui ne s'y attendoit pas.
L'arrêt qui porte la commission de MM. Bernard est imprimé, et a été signifié aux créanciers; il est singulièrement composé; il n'y a point de raison, sinon la crainte des frais de saisie-réelle , et il n'y a pas un débiteur qui ne soit dans ce cas : on y met les biens de chacun des deux frères. Il parolt que les charges de maître des requêtes et de président des enquêtes sont vendues, on ne dit pas à qui, et cependant ils exercent; les commissaires sont MM. de la Malmaison , Monthulé , Courteil , Pellonet, Chaillou et MM. de la Vigne et Gacon , avocats. Le dispositif défend de faire aucune poursuite ailleurs et nommer un séquestre , Tixier notaire , pour recevoir les fruits et revenus, et le prix des biens vendus et de ceux qui se vendront par les commissaires. Grosbois y est pour 380,000 liv.; les créanciers doivent faire viser leurs titres dans deux mois , pour être procédé à la liqui*
dation et à Tordre et état de distribution. On a mis dans le dispositif un certain mot à*abandonnery qui est bien fatal.
Lellre XX'.
Jeudi 10 mai 1751.
C'est aujourd'hui un grand jour pour M. d'Agénois, Monsieur; M. Gilbert a conclu contre lui, mais l'arrêt a été pour lui, et il a été ordonné que sans avoir égard à l'autorité des Ducs il sera reçu en la qualité de duc et pair, sans néanmoins qu'il puisse prendre rang et séance, que du jour de sa réception en la Cour. Voilà une belle question jugée; je la tenois certaine pour M. d'Agénois, qui à la vérité ne remonte pas à son. érection de 1638, mais le voilà toujours duc et pair et M"*' d'Agénois duchesse, et le Parlement vient de faire ce que le Roi n'a pas voulu faire. Je crois M. Gilbert un peu fâché de voir ses conclusions rejetëes dans une affaire publique, et qu'ayant proprement parlé pour le Roi on ait jugé qu'il l'ai mal défendu. Je vous ferai donner un mémoire de M. d'Agénois, si vous voulez , je n'en ai point des ducs.
Il y eut hier un triste spectacle. Le nommé Joinville, machinateur contre Francœur de l'Opéra, fut roué vif et Dulys en effigie. L'arrêt est du 8 mai 1731, qui reçoit le procureur appelant a minima de la sentence qui condamnoit à être pendu, etc. Dulys est déclaré dûment alteinl et convaincu (Tavoir à prix d'argent engagé e^ loué François Aline (dit Joinville) pour excéder François Francœur, et le dit François Aline de s'être loué et engagé à prix d'argent, et d'avoir voulu louer et engager à prix d'argent des soldats au régiment des Gardes françaises pour excéder ledit François Francœur. Le titre de l'arrêt est Arrêt de la cour de Parlement portant condamnation à la roue, vif) pour machinations d'excès et coups
LETTRE XXI*. 34t
de bâtons : je ne sais pas trop si Dulys est juif , Tarrèt ne ledit point, et il s'appelle François aussi.
Il y a eu de grandes assemblées d'avocats au sujet du sieur de Marimberg, pour savoir s'il étoit rayé du tableau; il l'a emporté de 140 voix sur 50; il avoit gagné sa cause avec les &0 devant le Roi, il ne pouvoit plus la perdre.
Le fameux Aymon est mort; il s'est fort fâché contre les médecins, et auroit fait une calotte contre eux s'il avoit eu letemps^ comme Scarron, qui vouloit faire une satire contre le hoquet, mais le hoquet l'étouffa. Voilà apparemment le régiment réformé et même cassé ; Aymon en a tiré tout ce qu'il a pu pendant sa vie.
L'évèque d'Agen (Saléon) a défendu sous peine d'excommunication d'aller à la messe des appelants ni de se confesser et communier par eux. Le parlement de Bordeaux a donné un arrêt qui reçoit le procureur générai appelant comme d'abus, et cela fait grand bruit.
H. de Vernicourt, qui estde mes amis et, je crois, aussi des vôtres, vient de se marier et a épousé M"' de la Garde, que vous devez connoitre. C'est une ancienne amitié; elle est riche et a de l'esprit, et ils vivront bien ensemble.
La comtesse de Hautefort vient de donner un nouveau Mémoire contre H. d'Hautefort, sur l'appel de la sentence du Chàtelet. Je ne trouve pas encore cela de la force dont je voudrois, et il me semble qu'on laisse trop à faire aux juges. C'est toujours H. Aubry qui est pour elle , H. Cochin répondra bien.
Lettre XXt.
A Paris, ce 2S mai 1731 ■
M. le vicomte de Tavannes ne vous a pas bien dit l'affaire de H. d'Agénois, vous la verrez dans le mémoire que je vous ai retenu, et il y en aura aussi un pour notre
242 œRRESPONDAWCE INÉDITE.
àmi M.Fleattelot; M"** d'Agénois a pris son tabouret aussitôt après Tarrèi^ mais exlrema gaudii luctus occupât. Tous ces mouvements lui ont donné la petite vérole , et je ne sais si elle n'aimeroit pas mieux être belle que duchesse. Voilà un triste événement après une joie si marquée : on dit effectivement qu'après l'arrêt elle parut comme la déesse de la joie^ et mit tout le monde en ad- ' miration.
L'affaire de Dulys a produit deux couplets de chanson que je vous envoie; on y renouvelle les coups de bâton de Voltaire, et il n'avoit pas trop à faire de ce rafraîchissement. Voici ces deux couplets :
Pelissier, Marseille a des chaînes, Bien moins funestes que les tiennes.
Sous tes fers on est accablé, Sans que jamais rien tranquillise ; Quand on les porte, on est volé, On est roué quand on les brise .
Admirez combien Ton estime Le coup d'archet plus que la rime. Que Yohalre soit assommé, Thémis se tait, la cour se joue, Que FranoŒur ne soit qu'alarmé, Ce complot seul mène a la roue.
M. de Vernicourt n'a point du tout été attiré par le douaire qu'on lui fait, il est bien plus âgé que la dame^ puisqu'il lui donne tout son bien après sa mort et qu'elle, ne lui donne que 4,000 livr. de rentes viagères s'il lui' survit. C'est une ancienne amitié qui les a menés là. J'ai vu par des lettres qu'elle a beaucoup d'esprit, et ce doit être une bonne société.
Vous allez encore rire à la 17* lettre; mais moi je n'ai point ri de ce qui y est rapporté contre [mon ami Bayle, qui n'avoit point de probité, à Xîe que dit le P. Porée. Le Nouvelliste laisse cela à réfuter à d'autres, et je ne sais pourquoi il présente les armes sans s'en servir. L'abbé
LETTRE XXIP. U%
Leclerca déjà dit cela dans ses MimaireSj Tabbé d'Olivet a continué dans l'Histoire de V Académie y et le P. Porée' est le troisième. Tous les trois ont tort, et j'aime mieux ce qu'en a dit H. Leibnitz, p. 54.7 de ses Essais de Théodicée, que ces trois Messieurs n'ont je croîs ni lu ni entendu, non plus que les quatre grandes apologies de Bayle, qui répondent à tout. Vous verrez dans le Nouvelliste, le bel éloge de M. de Fontenelle et un petit coup de patte qui Iç. rabat un peu.
Je vous ferai copier la Parodie du sénat de Brutus,' puisque vous en êtes curieux.
La mortd'Aymon n'a encore rien produit; le Saint-Martin, qui devoit succéder, a abdiqué, depuis la prison qu'il s'attira par sa belle lettre au parlement de Douay, et il n'y aura plus que des in petto dans le régiment.
Je vous remercie de ce que vous m'apprenez de M"* de [Mucie). On dit que Stanhope ne se sauva pas et qu'il fut pris avec son arrière-garde.
La Reine est grosse, cela n'empêchera pas le voyage de Fontainebleau.
Les Nouvelles ecclésiastiques sont à l'agonie. On a arrêté une fille qui en avoit 600; elle dit s'appeler Marie et n'avoir point d'autre nom, etx[u'elle prend cela dans les rues et le rend dans les rues , qu'elle ne demeure nulle part et que sa dernière demeure est au Fort-l'Ëvêque.
LeUre XXJT.
▲ PatIs, ce 29 mai ITSU
Un po^te provençal a fait une très-jolie fable de la Colombe et du Corbeau, qui est l'allégorie de l'affaire du P, Girard et de la Cadière; les vers en sont tendres et doux, dans l'affaire du monde qui paroissoit le moins susceptible de ce style, et cependant ils vous paroltront de bonne main. Le P. Girard est à Aix, où il tient
344 COHRESPONDAISCB INÉDITE.
bonne contenance : on a dû plaider Tappel de la procé^ dure et l'appel comme d'abus le lundi 21 mai, à huis clos. H. Geoffroy doit parler dans l'affaire. Toute la ville est en rumeur, et on m'a assuré que dans la cour des Jésuites d'Aix on a élevé 1& nuit une potence avec un écriteau qui désigne le P. Girard. Nous saurons bientôt ce qui aura été jugé.
On a voulu remettre au théâtre VEndymion de M. de Fontenelle^ avec de la musique du petit Colin; tout cela est tombé, et n'a fait que produire de nouveaux couplets contre le poète, qu'on appelle octogénaire Céladon^ vieux bedeau de Cythére, etc. Vous aurez les couplets, et l'air a été fait exprès, et il faudroit le noter.
H. le marquis de Nesie a distribué une Requête au Roi, pour l'empêcher d'acquérir la principauté d'Orange de M. le prince de Gonti ; il dit que cette principauté est à lui, il ne veut pas que le Roi fasse une mauvaise acquisi^ tion ; et comme le Roi a nommé des commissaires pour signer le contrat avec le prince de Gonti, il s'est opposé à l'arrêt de nomination : il demande au Roi qu'il juge ou qu'il fasse juger leur procès, et ce pour accélérer Tacquisition que le Roi doit faire, de celui qui sera jugé le propriétaire d'Orange. Gette requête est écrite dans un style inconnu et fort singulier; il y a de la force, de la hardiesse, de la dureté, et je ne comprends pas d'où cela peut venir ^ on y met pour principe qu'on ne peut pas acquérir une terre qui est en contestation. Mais le droit dit qu'on peut vendre rem alienam et ne peut- on pas se charger du procès? Gette opposition à un arrêt où le Roi nomme un commissaire pour signer un contrat est d'un style nouveau; le prix que le Roi donne est de 1,600,000 liv., et le marché est bon, car la terre est de 80,000 liv. de rentes.
Notre Nouvelliste du Parnasse continue toujours; vous verrez dans la 18* lettre ce qu'il dit de la traduction de V Histoire de H. deThou en français. Ge traducteur ne fera
LETTRE XXIIF. 345
i^ien qui vaille, et l'édition latine n'en souffrira point. On parle tout doucement des additions qui se feront à cette édition; mais on ne devoit pas dire que M. de Thou se trompe souvent sur l'étranger, cela lui peut être arrivé quelquefois. Je crois qu'il falloit aussi relever l'ouvrage de du Ryer, qui a fait un usage assez bon ; mais la nouvelle n'a songé qu'à la malice.
J'ai reçu une lettre de M. Desmaizeaux qui me marque que le 4* tome de Bayle paroit; il y a plus de mille pages; les lettres y sont, il y en a 55 nouvelles; il me dit aussi qu'on va imprimer en Hollande, in-12, la Vie de Bayle, et qu'il y fera quelques corrections ; il me demande la date de la mort de M. Bertier, évêque de Rieux, que je ne sais point; nos libraires vont réimprimer les Lettres de Bayle; on y ajoutera les 56 et encore d'autres. Tout cela va bien fâcher le P. Porée ; mais il faut qu'il prenne patience^ et quelqu'un pourra peut-être bien le relever sur le refus qu'il fait de la probité à un homme qui par sa critique a détruit plusieurs mensonges et qui dans le fond étoit un bon homme.
Il y a un écrit de 68 pages in-i"" intitulé : La Came de FÉtat abandonnée par le clergé de France: c'est une critique suivie de la harangue de H. de Nimes et de la lettre du clergé au Roi. Il n'y a pas un mot qui ne soit attaqué, et ce sont d'étranges gens que ces infatigables écrivains.
On parle d'un Livre des six JourSj de l'abbé Duguet ou de l'abbé d'Asfeld; c'est une Genèse nouvelle et quelque nouveau Moïse qui nous vaapprendrela création anecdote.
Lettre XKIIf,
A Paris, te «•'Juin 1751.
Le Nouvelliste du Parnasse vient de donner une lettre contre Voltaire, qui s'est avisé, en parlant deCampistron,
de l'appeler ce pauvre CampistroUp que l'on prétend être un terme méprisant; ce que je ne crois pas en général^ car nous disons tous les jours : Le pauvre Monsieur un tel se meurt, ou est mort, et encore en d'autres occasions. La vérité est que Campistron avoit son mérite; mais il étoit bien relevé par Baron, et Fauteur du Tyridate eut bien besoin du comédien, qui en fit une pièce merveilleuse. Après tout, il est bon d'apprendre à parler à ce petit Monsieur de Voltaire : quand M. Néricault-Destoucbes succéda à Campistron, le 25 août 1723, il en parla dignement, et M. de Fontenelle lui donna aussi un grain de cet encens rare qu'il distille si précieusement. Au reste, je ne doute pas de l'ironie que vous avez remarquée sur ce dernier, c'est à lui que le Nouvelliste en veut en plusieurs endroits, et quand il a dit qu'il méritoit en vérité une éloge du P. Porée , c'est en vérité retomber plaisamment sur tous les deux.
Quant à ce que vous disiez que mon ami Bayle, est bien vengé de l'impertinence du P. Porée, qui lui dénie la probité, vous avez bien raison ; il pouvoit l'attaquer sur la religion et le faire déiste, ou même athée, s'il lui plaisoit, mais il n'en eût pas été moins homme d'honneur à regard du monde, et Bayle a plaidé lui-même cette cause expressément dans sa Continuation des pensées sur les comètes p section 142, 143, 144, où il y a plusieurs citations curieuses sur ... sur Pline, sur Panetius, cet excellent moraliste dont l'ouvrage est le modèle des Offices de Cicéron qu'on appelle V Évangile de la loi naturelUy et je crois que Bayle auroit bien pu être un des apôtres de cet Évangile. Relisez ces sections et la 45*, où il est parlé de Confucius. Je ne conviens pas pour cela que Bayle fut ni athée ni déiste, et son apologie pour l'athéisme se justifie assez; mais sa probité, ses mœurs chastes et même sa simplicité sont notoires, et même je vous dirai qu'ayant lu après sa mort toutes les lettres qui lui ont été écrites, je n'en ai trouvé qu'une seule de
M. du Roadel gui lui parLoit un peu voluptueusement à^ la génération et en termes latins très-vifs. Je ne sais qui est cet Allemand qui prépare un grand ouvrage pour Taccuser de pyrrhonisme ; c'est l'accuser d'un crime trop public, c'étoit sa secte; il n'y a qu'à ouvrir ses livres pour sVpargner la peine d'en faire un contre lui à ce sujet et pour ce qui regarde la religion; il a tant écrit contre Le Clerc, Bernard et Jacquelot sur cette matière que ses défenses sont toutes faites, et il va arriver à ce nouvel auteur ce qui arrive souvent quand on écrit contre les grands hommes, qu'en relevant le livre censuré on quitte là le censeur et l'erreur gagne plus qu'auparavant; il vaudroit mieux non vellere barbam martuo leoni. Le pauvre M. Leclerc vient d'en être puni , il ne fera plus rien en ce genre ni en aucun autre : il est tombé en enfance, et court les boutiques des libraires d'Amsterdam, qu'il prend tous pour des Huguetafj^, ; c'est une vraie pitié. Punition, dit Hom^rus, et vengeance divine.
Le prieur. des Carmes d'Aix a donné ^ne requête pour avoir communication de certaines pièces, et où il dit qu'il ne sait presque (dans la juste surprise du décret donné contre lui) s'il doit croire qu'on ait cpnfo^ndu dans la procédure un confesseur avec Tautre, ou qu'on se soit imaginé qu'un religieux qui n'a d'autre appui que son innocence étoit propre à remplacer un jésuite a^ccusé; il parle de rapt, d'inceste spirituel, d'avortements et d'autres crimes commis avec la pénitente du P. G.
Vous aurez la fable au premier jour; c'est une paraphrase du vers Dot veniam corvis^ vexai cemura çolumbas.
Lettre XXIV.
A Parte , ce S de juin I7SI.
Vous avezbien prévu, Monsieur, que la place dégénérai de la Calotte ne seroit pas longtemps vacante : elle vient
d'être remplie par M. de Saint-Martin^ qui en étoit le lieutenant. La cérémonie s'est faite à Livry depuis deux jours. Plusieurs calotins étoient assemblées à un grand repas; ils étoient du secret^ et non le S*^ de Saint-Martin ^ qui fut étonné qu'au milieu du festin M. de Livry l'all&t embrasser tendrement à plusieurs fois, dont ayant voulu savoir la cause^ il lui dit qu'il l'embrassoit comme général du régiment; il dit qu'il nel'acceptoit pas, et s'obstina beaucoup dans son refus. Tous les conviés l'invitèrent à accepter, il refusa toujours ; enfin , M. de Livry lui dit que c'étoit un ordre du Roi, à qui il devoit obéir, et il lui en montra pour preuve une petite calotte d'argent que le Roi avoit fait faire , et qu'il lui donna. Cet ordre le surprit, il fallut céder; il étoit trop glorieux pour lui d'avoir la nomination du Roi : mais il dit qu'il ne souffriroit pas qu'on flt aucun brevet calomnieux et satirique. L'abbé de Grécourt , qui étoit de ce repas , fit sur-le-champ une chanson et ronde de table qui fut cent fois répétée, et on but autant à la santé du général, et même on entendit un bruit de plusieurs tambours, de trompettes et d'une mousquetterie si bien servie qu'on ne savoit plus où on étoit ; et tout cela annonçoit l'arrivée de plusieurs officiers de Homus qui portoient de belles et grandes marottes, dont on régala l'assemblée ; un principal calotin portoit une couronne, qu'on mit sur la tète du général, un autre lui présenta ses provisions en vers, scellées du sceau de chancelier; on les lut, on les applaudit, on jeta des médailles pour le nouveau gouvernement; on recommença à chanter et à boire, et on s'enivra. Le général, ivre, fut porté sur une espèce de catafalque de Momus, orné de tous les attributs de ce dieu ; tous les sujets tournoient autour de lui, et buvoient encore; et le bruit de l'artillerie, qui ne cessoit point, l'ayant réveillé, il voulut se coucher. On le reporta avec grande cérémonie sur un lit , on le déshabilla, et même tout nu (à ce que l'on dit), pour vérifier son sexe.
et là il dormit tranquiilemeat jusqu'au lendemain , qu'il se réveilla général du régiment et successeur d'Aymon Premier. Il s'est fait un procès-verbal de toutes les cérémonies de cette réception qui a été envoyé au Roi et dont il a été très-content. On ne se seroit pas attendu à une paiteille fête et à une telle nomination. Si le procèsverbal me vient, vous l'aurez des premiers. J'ai su tout ce détail par un ami de Tabbé de* Grécourt, à qui il Ta conté, et j'aurai la chanson. Voilà le Roi qui sent le ridicule et qui veut qu'on le poursuive dans sa Cour, et qui n'a pas dédaigné de conserver la mémoire de ce plaisant établissement. Il ne manque plus que Foraison funèbre d*Aymon ; mais il Tauroit dû faire lui-même. Le Nouvelliste du Parnasse ne manquera pas d'annoncer et la mort du général et la réception du successeur, cela entre naturellement dans son dessein. Je me prépare déjà à bien rire pour mes quatre sous, car l'abondance en a fait diminuer le prix. Vous n'aurez, Monsieur. Aucune autre nouvelle pour cette fois ; elle est assez importante pour aller toute seule s'offrir à votre curiosité.
Lettre XXP.
▲ Paris, le? ininmi.
La querelle des avocats renaît de ses cendres, et on ne sait plus. Monsieur, de quel côté tourner. Le Marimberg avoit gagné sa cause pour rester dans le tableau ; mais quand ce tableau a été mis au greffe son nom ne s'y est pas trouvé , et sur cela le grand nombre qui avoit été pour lui s'est écrié contre le procédé du bâtonnier, M. Tartarin , qui n'a pas suivi la pluralité des suffrages; ils ont fait plus, ils ont pris le parti de ne point aller aux audience mardi dernier, en sorte qu'il n'y eut point d'audiences à sept heures àla Grand'Chambre; on ne plaida point à la Cour des Aides, il n'y eut que des procureurs aux re-
qaëtes du Palais. Au Ch&telet tout da méme^ ietau Grand Conseil; et si H. Normant ne fût pp^s vçnu plaider à la Grand^Chambre la cause du rôle, la cour, seroit de« meurée vacante. On n^entend rien à cette résolution^ car quand le bâtonnier auroit tort^ ils ne dévoient pas manquer à leur devoir et à leur prpfession, et d'une cause particulière faire un scandale public. Cela s'est apaisé le lendemain^ fous ont retourné plaider; mais il se fait des assemblées des plaignantes y qui prétendent qu'on leur fasse raison de la délibération méprisée, nonseulement pour celui qui est exclu , mais pour prévenir d'autres désordres* dans d'autres occupations. Ils ont mis au greffe un désavœu du tableau, dont la publication a été arrêtée. C'est une division du corps dans le parti même qui a tant écritet qui a fait de.si belles apologies, et cela ne montre que trop qu'il y a eu de ^a surprise d^n^ l'origîpe de raffoire.,NouSt verrons ce, qui arrivera de ce schisme- M. Normantetceuxquiont été à la çoi^œ sou^ fort échauffés, parce qu'ils avoient quelque ^enga^fem^ut secret; il dit même qu'il fera quelque plainte personnelle contre le M... si la radiation du tableau ne subsiste pas. Voilà où ont mené toutes ces belles consultations. Cependant on a'ést pad ^uéri de ce mal , car il parolt une consultation nouvelle de neuf avocats dans l'affaire du S' Roîigemont, prêtre, maître d'école de Saint-André'des-Arts, qui a été arrêté prisonnier et scellé mis chez lui, comme coupable d'avoir débité des Nouvelles ecclésiastiques. Les consultants sont d'avjs, à ce que l'on m'a dit, car je ne Tai pas encore vue, que toute la procédure etle scellé faits sans autorité de justice sont nuls de toute nullité j^ que le Parlement ne peut juger une telle procédure qu'en l'annulant, qu'il n'y a point même de corps de délit à un homme qui n'est point colporteur d'avoir distribué à cinq de ses amis àesNouvelles ecclésiastiques ; que ce geroit blesser l'amitié d'empêcher ce petit devoir curieux; qu'enfin ce prêtre étant un très-honnête homme et de^
LETTRE XXV*». , Mi
bonnes mœurs , et destiné à réducation de la jeunesse, on ne peut le regarder comme coupable dans un fait pareil, et que son crime ( à ce qu'on m'a dit) est celui d'être homme de bien, qui est le plus grand aujourd'hui. Je vous dis tout ceci à Toreille ; c'est Lotin qui a imprimé la fameuse Consultation qui a encore imprimé ce11e>-ci. Lisons toutes les histoires, nous ne trouverons point d'exemple de ce que nous voyons sous nos yeux.
Puisque l'affaire de la Cadière est ici, il va y avoir de beaux écrits. Je ne comprends pas l'évocation au Conseil qui vient du fait des parties, à moins que ce ne soit quelque règlement de juges. Vous trouverez ci-joint la fable delà Colombe et du Corbeau^ qu'on ne vous enverra peutêtre pas. Les poètes provençaux se sentent de leur origine.
Il y a quelque démêlé personnel du Nouvelliste du Par* nasse avec le traducteur de H. de Thou. Hais vous en allez voir bien d'autres dans la 19" Lettre. L'abbé Lenglet, qui est le vrai nom du cbevalier Gordon, y est traité selon son mérite sur sa Préface de Marot;. qua de sottises il y a dans cette préface I si les notes sont de même, ce gros commentaire n'aiira pas beaucoup de débit, et je m'en tiendrai à mon Marot de l'édition de Niort et à l'article. de Marot dans Bayle, dont le Nouvelliste auroit bien p^:dire un mot, quand ce ne seroit que pour réformer la citation de Jérémie , de Pours sur les Psaumes, qui n'est point de Pours. On imprime lesiJLetJtreiS de ^ay/e actuellement à Paris, avec des augmentations. H. Desmaizeaux ne me parle point de votre lettre ni du Pervigilium Veneris; il y a un livre à^ Anecdotes sur la confession plein de faits sur H. le cardinal de Noailles.
M. le duc d'Alincourt vient de perdre son second fils, après avoir perdu le premier. La douleur est grande dans cette famille sur cette perte. M"' Mancini vient de perdre un fils qui n'avoit que dix mois. On vient de me donner une autre fable de V Hirondelle et du Moineau sur la Cadière, mais cela n'est que général; vous l'aureZé
56J œRRESPONDANCE INÉDITE.
Lettre XXVF.
APirii,oelSJiiinl73l.
Il ne VOUS faut pas laisser ignorer, Monsieur^ une plai* santé ou pas tant plaisante histoire qui s^est passée ici depuis peu à la réception d'unefille de l'Opéra. M. Gruère, le directeur de ce spectacle, voulut donner un repas pour célébrer cette réception : actrices et nymphes de la danse, tout en fut; on but^ on s'échauffa, on chanta; on proposa de danser après le chant et après boire ; la danse ne fut pas trop sage ; on se mit en chemise, d'abord chemise de femme, puis chemise d'homme , puis point de chemises du tout.
En tel habit que vraisemblablement, N*avoient pas fait les tailleurs du coufeot.
Une des nymphes (c'est celle qu'on appelle la Constitua tion) fit un faux pas, tomba sur ses mains, et présenta son derrière à l'assemblée, qui trouva plaisant d'en faire un ballet et d'aller baiser ce derrière en cérémonie. M. Gruère commença, les autres suivirent ;
Une passa, puis autre sœur, puis une,
le cul du bouc fut bien baisé; la Pellissier entra aussi dans cette danse; on lui en fit autant qu'à l'autre ; une vieille tailleuse voulut y trouver à redire, il fut conclu qu'on la baiseroit aussi.
Toute cette joyeuse bande ne pensoit pas que les voisins qui étoient aux fenêtres voyoient la scène, comme si on avait été à l'amphithé&tre de l'Opéra. La police en a été informée : le lendemain personne ne se souvenoit plus de ce qui s'étoit passé; M. Gruère a été cité par devant M. Hérault, et toutes les filles l'une après l'autre ; on croit que le directeur va être mis sous quelque direc-
tion, et les Jansénistes, qui sont toujours à quelque fenêtre, ont fait un quatrain dont on ne m*a dit que le sens, qui est qu'on est surpris que M. Héraut fasse tant de bruit de ce qu'on a baisé le cul à la Constitution , lui qui ne fait autre chose depuis quinze ou seize ans. Y a-t-il rien de plus fou et de plus extravagant que tout cela? Voilà de Touvrage pour le nouveau général de la Calotte.
Vous serez bien aise de voir, dans la 20" lettre du NoU'^ telliste, qu'il y a des Mémoires de la cour de France de M"'*' de la Fayette pour 1688 et 1689. Ceux qui ont le reste devraient bien le donner.
J'ai pleuré comme vous à Thiridate, et j'y ai vu pleurer H"* Roland, qui a été depuis M"'*' deSaint-Geniez(Navailles); je suis aussi de votre avis sur le vers :
li est comme à la vie un terme à la vertu.
Il n'y a que quelque pédant sur les bancs de théologie qui puisse critiquer cela. La vertu finit comme la vie finit : cela s'entend très-bien.
J'ai entendu dire de Saint-Évremond le mot que vous me dites sur Bayle. J'aime bien mieux Leclerc depuis ce que vous m'en écrivez ; mais voyez, je vous prie, la lettre de La Fontaine à M. Simon de Troyes, tome II, p. 86, où il fait un bel éloge des deux journalistes et en juge à merveille. L'ouvrage de Leclerc sur VÈcriture sainte est fini et il peut dire : Nunc dimittis.
Lettre XXVIP.
▲ Paris» ce 19 juin 1751.
Je ne vous ai-point mandé le nom de l'auteur de la traduction de M. de Thou. Je sais que c'est dom Prévôt, ex-bénédictin, et qui s'appelle en Hollande d'Exilés.
Le grand factum de la Cadière est ici entre les mains de tout le monde : on se l'arrache, il étoit hier au Palais*
Royale obezS. A, R., et il faut qu'U soit déjàimprimé^ car on m^a dit qu'il était in-i''. Toutes les couTersations ne roulent plus que sur ces sottises monastiques. Le conte historique est plaisant^ et parolt une parodie de quelque morceau d'opéra. Quant à la procédure , vos remarques sont bien vraies, et je ne comprends pas Tignorance des commissaires ; on dit que l'évocation a manqué, mais on évitera le séquestre, qui étoit le prétexte de l'évocation. Je n'ai pas encore le /ac(um.
Vous avez bien nommé le sàbhat de Gruère, c'en étoit un véritable. Je me souviens d'avoir lu celui de Timpératrice Théodora dans le fragment de Procope , qui fut retranché du MénfOgitma de notre ami et qui fit de la peine à M. Burette le censeur.
Le tableau des avocats est imprimé, et M. de Harimberg n'y est pas. On continue toujours les assemblées; le bAtonnier nouveau s'étoit opposé à l'impression du tableau, mais son opposition n'a rien fait, et il faut bien que tout cela se dissipe. M. Cochin s'est retiré de ses assemblées.
M"« delà Vrillière a tant tourné qu'enfin elle est assise. Son- mariage s'est renoué avec H. le duc de Mazarin : elle est allée à Fontainebleau prendre le tabouret, ne l'ayant pu prendre à Versailles chez la Reine avant d'avoir été présentée au Roi comme duchesse. Le mari demeure à l'Institution, et la dame chez elle ; quand elle vient manger avec lui , il lui dit toutes sortes de sottises et n'en fait point.
J'ai vu les Anecdotes ou Mémoires secrets de la Constitur tion : cela est très-bien écrit et est plein de pièces originales et de faits très-curieux, qui ne plairont point à bien des gens. Il y a des portraits bien travaillés et dignes des meilleurs historiens; on ne nomme point l'auteur, mais c'est une bonne main qui a su peindre le cardinal d'Estrées et le cardinal de PoUgnac. Ce volume, qui est en deux sections^ finit à la mort du Roi : on en promet un second.
LETTRE XXVlîl*. ' 255
Le cardinal de Nô^lles faisoit faire cet ouvragée sons ses yeuX; et sa modestie eu de voit être blessée , car il y est bien flatté et loué par les paroles et par les faits. V Avertissemenl rabat de ces louanges/
Lettre XXVUP.
X Parti, ce 37 juin I75I,
Le grand factum de la Cadière avec les dépositions scandalise tout Paris, même ceux qui n^aiment pas la Société; et une personne du monde me dit hier qu'on en pourroit faire graver des figures, comme celles de l'Aré^ tin. Il en est parlé au long dans les Nouvelles ecclinastiques du 29 mai, car elles vont toujours, et on y a mis une^ lettre des la Cadière mère et fille à M. le chancelier [sur les nullités et irrégularités de la procédure, qui sont trèsbien remarquées : on ne feroit pas mal de jeter tout ce procès au feu, de mettre la fille dans un couvent avec sa virginité stigmatisée et le bon Père dans quelque mission étrangère. ' •
Le sabbat de Gruère a produit deux bonnes pièces de vers, l'une intitulée les Orgies, allégorie. C'est une sorte de poëme dont Rousseau est inventeur; celui-ci est fort bien rimé, et la fable joliment trouvée de Phœbus qui se plamtà TAmour de ce que
Pour célébrer ses nocturnes orgies,
Amour attend qu^il ait fini son coars,
Et ses bons tours ne se font qu'aux bougies.
Le petit dieu malin dit qu'il le veut mener en un endroit où il verra, de belles choses ^ et justement il le mène au sabbat, dont la description est merveilleuse :
Réduit impur de la luxure impie,
Vieux temple où gtt la débauche accroupie.
Je vous donne ce crayon en attendant la pièce. L'autre
est un arrêt de Homus sur cette même scène^ et le premier depuis
Que dans le salon de Livry, Où se fit la cérémonie, On nous eût mis après maint cri Sur le trône de la folie.
Cet arrêt est de cent vers juste, et ce n'est pas sans raison. L'arrêt renvoie le fond de l'affaire au conseil du régiment^ et en attendant il ordonne qu'on en fasse des tabatières , dont la disposition est toute arrangée et trèsplaisamment. Il y a une apostrophe ridicule aux prélats sur la Constitution,
On. entend celle de l'Église.
et le bon père Girard y a aussi son fait à part
Tel dans Toulon^ père Girard, A qui Ton prépare la hart.
Attendant bouillante chaudière, Raisoit le c... de La Cadière.
Cela finit par les cris du voisinage, qui dit en voyant la Pellissier nue, tandis
Qu'elle a Fépaule découverte, Qu'on lui donne la fleur de lis.
Mais on la rassure contre le public complaignant par ce vers :
ITas-tu pas pour toi Carignan ?
Le règne du Saint-Martin commence assez bien, et je ne sais sHl durera. Je vous annonce une belle calotte contre Ramsay dans la 22^ lettre : après cela il faut se noyer dans la Tamise.
LETTRE XXIX*. l57
Lettre XXIXr
APari8,ceajiiiUet17SI.
Voilà y Monsieur, les pièces entières que je vous envoie, et vous verrez jusqu'où nos poëtes portent leur licence, /e« Oryies sont d'un jeune horame nommé Bernard, qui est de Lyon et a assez bien allégorisé Taventure du magasin de Cypris. L'arrêt me paroitdu style de l'auteur du Poème de la Calotte y homme qui a de l'esprit, qui en a toujours abusé comme de son bien , qui est réduit à présent à la misère et qui ose tout.
Je n'ai pas vu le factura de la Gadière^ mais j'en ai vu Tinlerrogatoirede Tofficial, qui court manuscrit dans Paris et qui m'a fait horreur.
En comparaison de cela les Orgies sont une cérémonie sainte. On ne comprend pas l'imbécillité ou l'impudence de cette fille, qui récite toutes ces ordures de sang-froid, et la patience de l'official, qui les laisse dire ; cela se lit ici commeV Aloysia, et c'est un des plus grands scandales que j'aie encore vus. La procédure est misérable, il n'y a qu'à tout déclarer nul et assoupir, si l'on peut , une affaire si indigne, qui va causer une affreuse corruption dans le monde et dans le cloître , quoiqu'il y en ait déjà assez. Je n'y vois point de quoi placer le cas privilégié, s'il n'y a que la déclaration de la fille; mais il peut résulter des confrontations quelque fait comme celui de la discipline donnée par le directeur lui-même, qui excède le délit commua et qui empiète beaucoup sur le privilégié. Le bon père Girard ne descend roi t-il pas de ce père Girard dont La Fontaine parle dans les Cordeliers de Catalogne et qui faisoit payer la dime aux femmes? Il ne fut pas brûlé comme les autres, et le conte dit quil avoit eu son fait à part. Il est plaisant que ce nom se rencontre dans une histoire à peu près pareille et pour-
258 CORRESPOiSOANCE INÉDITE.
tant plus friande^ puisque c^est une dlme de prémices.
L'aventure du curé de Toulon et du secrétaire de i'évèque mériteroit un La Fontaine pour la raconter. Je la crois inventée , mais l'invention est jolie, et M*' de Toulon ne devroit pas se réserver un cas si commun.
J'ai ouï parler de Rosalinde dès cet hiver, et je crois vous avoir écrit qu'il avoit été imprimé au Louvre, et qu'il ne se vendoit point. On rira peut-être de ce héros si modeste et qui a des larmes si fraîches. Dans la première édition qui s'en fera, ce héros aura fait un cours en galanterie comme le héros de H. de Ramsay a fait un cours de tactique, et notre nouvelliste du Parnasse nous en va dire de belles. Nous venons d'avoir de petites vacances, qui m'ont donné du repos. Je vous renouvelle toujours ma tendre amitié.
On crie dans les rues pour un liard l'affaire de l'homme assassiné qui est revenu.
Lettre AXXr
AParit, cel3]iiiUetl7SI.
J'ai été passer trois jours à la campagne pour mereposer, et cela m'a empêché. Monsieur, de vous écrire. Je n'ai entendu parler ni de Constitution ni de la Cadière, ni des miracles du bienheureux Paris. Hais quand je suis rentré à Paris j'ai trouvé tout cela en feu plus que jamais. L'arrêt contre l'évêque d'Orléans est cassé en ce qu'il a enjoint sur les sacrements à la mort , celui de l'abbé Baudry esH aussi cassé en ce qu'il a déclaré tous les bénéfices vacants., au surplus l'arrêt exécuté.
Le factum de la Cadière est entre les mains de tout le monde. Je l'ai lu d'un bout à l'autre, et la distribution m'en a paru meilleure que l'exécution. La plainte est curieuse aussi bien que les extraits des interrogatoires et informations, et je trouve le P. Girard trop bon d'avoir fait
LETTRK XXX*. 2b9
la dimension du stigmate du c6té^ quatre doigts au-dessous du tetou gauche et auprès des côtes inférieures, et d'être convenu qu'il étoit conformé par les côtes à peu près comme la fille et de certaines circonstances qui con- ' cernent Tavortement. Tout cela est vilain et scandaleux. On attend la réponse du P. Girard, que les Provençajux appellent une défense volumineuse parce qu'elle contiendra un volume. On plaide actuellement à Aix, et s'il ne faisoit pas si chaud, il eût été curieux d'en faire le voyage pour entendre ces beaux plaidoyers.
Le bienheureux Paris continue ses miracles ; il en a fait un sur un petit Espagnol, fils du directeur des postes de Madrid, qui a été adressé à M. d'Ons-en-Bray ; il avoit un mal à un œilquelesoculistes et Gendroasurjiout disoient incurable. Il a fait une ne^ vaine, et dans le cours de cette neuvaineson <;eil s'est trouvé guéri. Ce miracle a bien aisément couru la poste en France et en Espagne^ etM°'' la princesse de Conti, qui est affligée, a bientôt couru au tombeau du bienheureux, Qa vendoît soaportri^it avec une oraison; mais M. HérauJtt fit samedi s^u soir arrêter les imagiers, et il s'y est pris sur le tard, de peur de quelque émotion. Un capucin a voulu parler dans l'église de Saint-Médard contre ce bienheureux non béatifié, et on lui a arraché la barbe outre quelques, coups, ce dont Sa Révérence a été blessée. Tant y 9, que ni le ministre, ni la police, ni Tarchevéque ne peuvent empêcher le cours de cette dévotion ou superstition populaire^ et il faut attendre que le peuple se dissipe de, lui-même comme.il s'est assemblé.
Il y a un arrêt du li> juillet qui condamne au feu un libelle contre le Parlement, M. Gilbert et l'abbé Pucelle. On l'adressoit cacheté par la poste aux avocats. Cela coùtoi 1 3 li vr . 1 0 s. de port : ils l'ont dénoncé au Parlement; cela a fait une réconciliation duâchi$me du Palais, et sur leur dénonciation, ce libelle a été condamné et brûlé. 11 y a aussi un arrêt du Conseil qui supprime des Réflexions faites contre la lettre du parlement de Bordeaux au Roi.
Je connais les Flagellants de l'abbé Boileau ; j'en ai bien ri autrefois, et je trouve vos Cadièrésbien plus prudents que la Provençale d'avoir passé sous silence la fouetterie du curé de Chàtillon. Il s'en passe bien d'autres que l'on ne sait point entre tous ces Hessire Jean.
M. Fleuttelot m'a autrefois écrit sur l'homme assassiné qui est revenu ; mais les juges ne sont point garants de la fausseté ou supposition des témoins. Dieu a dit : In ore
dtiorum vel triumy etc Et voilà la décharge des juges
écrite en bon lieu. Après tout, comme vous dites fort bien^ il est bien dangereux de juger les procès criminels obscurs. Le dernier dont vous me parlez en est encore un exemple.
Le Ramsay avec sou Cyrus, ni l'abbé Terrasson avec son SélhoSy roi d'Egypte, n'atteindront jamaisau Tilimaque de M. de Cambray; ils devroient baiser ses pas el travailler à d'autres ouvrages, ou pour mieux dire se reposer.
Vous venez de perdre votre confrère H. delà Faye; les millions qu'il laisse seront bons pour son héritier et non pour la harai^gue de son successeur, qui n'osera parler des Lettres politiques écrites dans le temps du Système. M"® de Saint- Aulaire vient de mourir aussi, et voilà les imaginations poétiques bien tendues de deuil et d'élégies. Le jeune duc de Pecquigny laisse une belle veuve, qui ne le pleurera pas beaucoup. On meurt de chaud à Paris, mais je crois ce temps bon pour les vins de Bourgogne, et cela nous console un peu. Je vous embrasse toujours de tout mon cœur.
Vous vous réjouissez bien avec le P. Granara italien et le Nouvelliste qui le traduit.
Le libelle brûlé venoit de Mons et de Louvain. il est intitulé : Seconde lettre à M. Gilbert, avocat général; c'est une critique de son plaidoyer contre le mandement de M. de Laon sur la puissance ecclésiastique. Il y est traité comme le dernier des hommes, sans foi, isans honneur.
sans bon sens ni esprit et sans capacité. On y fait une description du lit de justice, où d'un côté les princQS du sang, les pairs de France, les présidents à mortier demandent Texécution de la volonté du Roi ; et de l'autre, un Pucelle, un Robert, unTiton, etc., s'y opposoient et se montroientles successeurs d'Anne Dubourg et méritoient son supplice. Voilà un abrégé de ce libelle furieux que je sais d'un homme qui Ta lu. On dit qu'il n'est pas mal écrit, et M. de Laon avoit bien promis qu'il feroit quelque chose de sa tète.
J'ai appris au Palais que l'affaire de laCadière est jugée et que toute la procédure a été déclarée nulle : ainsi voilà à recommencer.
Lettre XXXP.
AParif.ceadjQillet mi.
J'ai lu avec grand plaisir, Monsieur, le gros Mémoire du P. Girard, que je n'ai point trouvé trop gros. Je n'entendois rien à toutes ces magies, enchantements, sortilèges, avortements, lettres mystiques, et à présent je suis au fait, et que je vois la petite fille et ses frères ont tendu de ces pièges au bon père , dans lesquels il est étonnant qu'un grand prédicateur, directeur et confesseur, ait pu donner ; il semble qu'un enfant n'y auroit pas été trompé^ mais elle le flatta d'abord par la vision de YEcce Homo qui devoit la conduire dans les voies intérieures, puis par l'autre vision de son nom écrit dans le Livre de vie à côté du sien, et le Père, qui a cru que la sainte Trinité s'entretenoit de lui dans le ciel , n'a pu résister à une tentation si séduisante. La relation du carême est une pièce bien visionnaire et bien folle. Le jacobin n'entend pas mal, ce langage, et il a été bien hardi d'écrire cela de sa main et toutes les lettres qui paroissoient au bon père des lettres angéliques comme venant de son petit ange. Je ne
262 CORRESPONDANCE INEDITE.
parle point du petit commerce qu'il y a pu avoir entre le directeur et la pénitente, filia erat pulchra; et notre poêle chartrain m'écrivoit le dernier jour que iste gonfessor lui tâtoil les côtes, La grille du chœur, que Ton ditètre trop petite pour y passer la tête, m'a fait souvenir de l'épigramme de Marot de frire Thibault^ et je ne sais comment cette idée m'est venue, dont je demande pardon au P. Girard; il n'est guère possible de manier des ordures sans se salir. Renvoyons tout cela au secret du procès, où il en a bien d'autres, et attendons Tarrôt. 11 y a une réponse au mémoire du R. P. par l'avocat M. Chaudon , que je blàmè d avoir écrit contre son confesseur , qui lui reproche plaisamment d'avoir dirigé sa femme. Tout cela est bien édifiant. On dit que le carme a fait faire ici un écrit par M. Aubry pour sa défense, et il aura trouvé dans quelque casuiste la permission de révéler les confessions.
Le Mandement de M. l'archevêque contre les miracles du bienheureux Paris est lâché, mais ce n'est que de la poudre en l'air : on y court plus que jamais, et les miracles ne cessent point. Il y en a un tout nouveau d'hier sur une petite fille qui n'avoit marché de vingt ans (toujours des petites filles que le bienheureux fait trotter). On trouve mauvais que l'archevêque ait joint à son mandement deux rapports de médecins et de chirurgiens où la physique des menstrues est expliquée tout au plus clair; les femmes disent qu'on ne doit pas révéler ces secrets, qu'on leur a manqué de respect et de bienséanse au public, et que cela ne devoit point être à la suite d'une lettre épiscopale ; et en effet ils n'avoient qu'à vendre ces deux feuilles séparément pour éviter la johction que Ton dit être obscène : je l'ai entendue nommer ainsi par une femme d'esprit.
M. le comte de Gramont se présente pour remplir la place de M. de la Paye. M"* de Gontaut, M""" de Rupelmonde et d'autres dames veulent avoir un résident à l'Académie^ et il en servira. 11 joue bien au piquet etdé-
LETTRE XXXir. 268
Cidera s'il faut dire en jouant une levée 6ù un lever. Les harangues nous apprendront quel est son mérite d'ailleurs.
Les Mémoires de M"* de La Fayette sont excellents ; ils répondent parfaitement à sa réputation et au style que nous lai connoissons, qui est vif, courtisan et passablement malin. C'est dommage que nous n'ayons que ce morceau, qui ne plaira pas pourtant à bien des grands. Le livre est rare.
Je n'ai point vu Séthos , j'en entends dire assez de mal. Le Nouvelliste ne l'épargnera pas. La lettre de Voltaire est assez bien écrite en prose; il y a quelques insolences, et il les a suivies de près, car il étoit ces jours-ci à rOpéra., où il aime toujours quelque actrice, quoiqu'il ne sache que leur faire.
M. Bargeton vient de m'envoyer un Mémoire qu'il a fait pour la souveraineté d'Enrichemont. Je le lui demande pour vous. On ne défendroit pas la plus grande monarchie ^vec plus de capacité et de sérieux , cela vous fera plaisir ; je n'ai pas les Mémoires contraires, mais vous les aurez facilement.
Lettre XXXIP.
A Paris, ce 6 août 47S4.
L'affairedu P. Girard fait ici, Monsieur, le plusbeau scandale que l'on ait jamais vu dans la religion et dans les mœurs. On a permis d'imprimer les deux Mémoires de La Cadière et du père , on les vend dans les rues, on les lit à la Cour^ à la ville, dans les cloîtres^ dans les familles, et vous vous imaginez bien quel effet cela peut produire. L'avocat général a parlé le 19 et le 20 ; les conclusions du parquet sont publiques, et voici ce que j'en ai vu, que je n^entends pas trop. Les décrets cassés^ toutes les parties passeront le guichet, on requiert le récolement et la confronta-
tian de cinq témoins fort graves de la Cadiére gui ont été omisy les quatre filles stigmatisées du P. Girard décrétées de prise de corpSy la Cadiére déboutée de sa demande en cassation de la procédure.
Si ces conclusions sont sui vies, en voilà pour longtemps. Les stigmatisées ne peuvent point être sur le compte du P. Girard seul. Comme j'ai examiné l'affaire en criminaliste, j'ai remarqué qu'il est convenu dans son interrogatoire d'avoir non pas vu, mais touché les côtes : etle chemin de cet attouchement est bien suspect et périlleux ; qu'il a vu le pot plein de sang dans la chambre de la fille, qu'il s'enfermoit pour voir les plaies, qu'il a empêché la mère d'envoyer quérir un médecin ( fait dont il est convenu à la confrontation avec le petit abbé Cadiére)^ qu'il dénie dans son Mémoire avoir demandé aux religieuses si elle avoit perdu du sang, et il y a deux dépositions conformes du contraire par l'abbesse et la maltresse des novices, qui paraissent de saintes filles, et à qui il a fait cette demande; qu'il est convenu des écuelles d'eau par lui données et de s'être enfermés huit ou neuf fois, et qu'il y a bien du quiétisme dans ses lettres, ce qui mène loin avec une jeune fille, et avec toutes ces autres filles qui, si elles sont décrétées, vont apprendre bien des faits nouveaux. Joignez à cela qu'un si grand directeur auroit dû découvrir la fourberie de cette sœur Alibech tout d'abord et se défier de grand appétit d'être sainte. Je n'ai point vu la chanson: Oubliez-vous^ et laissez faire ; vous me ferez plaisir de me l'envoyer.
On dit bien qu'il y a un appel comme d'abus d'Anne Lefranc, mais je ne l'ai point encore vu, et je ne comprends pas quels moyens il y en auroit et qui en auroit consulté la requête; on la feroit bien signer par cent mille hommes si on la portoit au tombeau du bienheureux Paris : il est plus fréquenté que jamais, et ce sera un grand miracle s'il n'y arrive pas quelque émotion, car les bourgeois du quartier font la garde la nuit, de crainte qu'on
LETTRE XXXIl'. 265
n'enlève le corps ^ et on dit qu'ils ont dépavé leurs cours pour se servir dés pavés en cas de quelque descente; on ne peut pas empêcher de vendre son portrait dans les rues; enfin, il n'y a jamais eu une fureur pareille.
Les dames sont toujours bien fâchées des certificats historiques joints au mandement , et de ce que le P. Girard, pour se justifier de Tavortement, produit le calendrier des règles de sa pénitente^ justifié par ses lettres. Vous verrez qu'il faudra communiquer le procès à la Faculté de médecine. Tout cela est bien singulier.
Voltaire ne songe pointàrAcadémie, et l'Académie ne songe point à lui; il est bien caractérisé par Vorgueilleuse modestie. Despréaux disoit de Racine que quand il disputoit il avoit orgueilleusement raison. Nous attendons tou< jours que le comte de Gramont aura la place, puisque la Cour le veut. (Il est sûr que le comte de Gramont s'est désisté. )
On dit qu'il y a un arrêt du Conseil qui ordonne que le Mandement de l'Archevêque sur la j uridiction ecclésiastique sera vendu et publié^ nonobstant les défenses portées par l'arrêt du Parlement^ et qui évoque au conseil l'appel comme d'abus du procureur général; cet arrêt n'est pas encore public, mais on le tient certain et Touvrage du bureau mi-parti , clerc et lai.
Je n'ai pu encore avoir la lettre circulaire du Roi aux évêques, où la Constitution n'est point règle de foi. On donne d'un côté et on ôte de l'autre, et dans les matières délicates il faut s'accommoder un peu aux faiblesses humaines, puisque la religiou est dans l'État.
Ce que vous dites des avocats est bien vrai; vous verrez que M. Bargeton n'est pas dans le cas ; son Mémoire est à votre adresse. M. Bourret et M"* sa fille se portent trèsbien, et il n'y a que deux jours que nous parlions de vous ensemble.
11 est arrivé , le samedi 4 août , un fait singulier au tombeau du Bienheureux : une femme nommée de Lorme s*est
présentée pour être guérie d'un estropiement qu^elIe feignoit;ellea crié miracle, mais elle est tombée sur-lechamp en paralysie tout d'un côté du corps , il a fallu remporter sur une civière chez elle. Le peuple Ta suivie; onl'a portée à THÔtel-Dieu ; on a envoyé querîr son confesseur, qu'elle a nommé, qui est un prêtre (moliniste ) de Saint-Jacques-de-la-Boucherie nommé Cheurin ; elle lui a déclaré sa dérision et sa punition subite : il l'a dit de sa part à trois principales religieuses de l'Hôtel-Dièu, à deux officiers et à un prêtre ; elle a été confessée et a reçu ses sacrements, et elle est très-malade. Tout Paris court à cet anti-miracle, qui parolt assez bien vérifié par gens de grande considération et des magistrats. Tant y a qu'il ne faut point se jouer à ce M. Paris, qui se venge et qui est en société du mihi vindttta. La femme marchoit très-bien le matin et auparavant; elle demeure surlePont-au-Change, à l'enseigne desQualre Fils Aymon^ est veuve, et son métier est de faire des paniers pour les femmes. Voilà ce que j'entends dire à tout le monde qui va et qui revient à l'Hôtel- Dieu. On dit que les administrateurs en ont fait dresser un procès-verbal.
Plein de beautés et de défauts , Le vieil Homère a mon estime; Il est comme tous ses héros, Babillard*outré , mais sublime.
Virgile orne mieux , sa raison Est plus tendre , a plus d'harmonie ; Mais il s'épuise avec Didon , Et rate à la On Lavinie.
Des faux brillants , trop de magie Ont mis le Tasse un cran plus bas.
Mais que ne tolère-t-on pas Pour Armide et pour Herminie ?
Milton , plus sublime qu'eux tous , A des beautés moins agréables ; 11 ne chante que pour les fous , Pour les anges ou pour les diables.
LETTRE XXXÏll*. Î67
A près Milton ,' aprës le Tasse .
Parler de mot s^ait trop fort, Et j'attendrai que je sois.iport Pour apprendre quelle est ma place.
VOLTAIBB.
Letlre XXXIIl'.
A Paris , ce 13 août 1734 .
On ne parle plus ici que de l'affaire du P. Girard. On vend publiquement, et à la porte des Tuileries, à toutes les dames , la dernière réponse de la Cadière , où il y a de si beaux commentaires surla lettre du 22 juillet, et ce chaste extrait de l'interrogatoire dé Tofficial ( qui court ici en manuscrit tout entier et qu'on auroit pu mettre parmi les manuscrits de la Fillon ). Les fiUes de notre siècle ne voudront plus aller à confesse , ou plutôt voudront y aller. Vous ne me dites rien des autres dépositions de l'arrêt du 30 juillet, qui sont : 1*^ Qu'il y a [abus dam la procédure de l'officialité ; 2* Que la Ccuiiêre est déboutée de ses lettres royaux en restitution contre sa rétractation , où elle a persisté depuis le 27 février jusqu'au 10 mars , et qu'elle est déboutée de son appel a minima du décret du P. Girard . A regard des filles stigmatisées contre lesquelles il y avoit un décret de prise de corps , il est dit quHl y sera fait droit en voyant le procès. Le P. Girard et Cadière se sont remis volontairement prisonniers , et le P. Nicolas, carme, n'est pas remis encore. La Cadière demeure dans le couvent de la Visitation, où elle est par lettre de cachet ; mais le Parlement , pour faire acte d'autorité , a envoyé un archer pour garder son parloir. On ne parle point du tout aux prisonniers. Il y a encore à juger les reproches qu'ils appellent les objets ^ et il y a des mémoires pour cela. Il faut aussi faire des récolements et confrontations des témoins graves qui n'ont été récolés ni confrontés, et je me doute bien qu'on a pris ses mesures pour la rétractation
2e8 CORRESPOND AN E INÉDITE.
lors du récolement. Si on a décrété accusateurs et accusés, c'est qu'il me semble qu'il n'y a plus d'accusateur depuis la rétractation de la Cadière jugée, qu'il n'y a plus, à proprement parler de partie civile, et que le tout est entre les mains de la partie publique. Enfin, sub judice Us est, et je ne voudrois pas être à la place du père qui se trouve là dans une forteresse bien assiégée, et dont on ne sort pas par capitulation . Son ancien métier de soldai ne lui servira guère. Lors de l'arrêt il y a eu 12 voix contre 10 : voilà tout ce que je sais sur ce procès et que j'ai vérifié sur plusieurs lettres de Provence qui vienneut de bonne main. Je vous remercie de la chanson, qui n'est point de Voltaire, et qui est aussi venue de Provence; mais on n'en sait pas l'air, et c'est un défaut à une chanson. Nos musiciens y en feront bientôt un.
Le fait de la nommée de Lorme est vérifié autant qu'il peut être : elle en a fait une déclaration par-devant detxx notaires y dans son litàl'Hôtel-Dieu, en présence de vingt-six personne.», qui ont aussi signé, et il y a trois conseillers au Parlement, deux chanoines de Notre-Dame et autres avec le confesseur moliniste, à la réquisition duquel cef acte a été passé et qui dit en avoir fait rapport à M. l'archevêque, qui l'a écouté avec attention et bonté. Cet acte a été imprimé, et se vend dans Paris 3 sous. La malade se porte mieux, et commence à remuer sa main. Un grand vicaire de l'archevêque et archidiacre a fait un interrogatoire, où on prétend qu'il y a variation. Mais on dit que cet acte est nul, faute de territoire et fait à une laïque, et même dans les salles de THôtel-Dieu, qui a des privilèges. Voyez que d'incidents! Heureux si cela ne va point à la sédition : il ne faut qu'un tour de broche à des esprits aussi ardents.
J'ai vu la lettre circulaire, qui devroit être renvoyée à l'Académie, pour savoir la différence des expressions de règle de foi ou de jugement dogmatique de V Église universelle. Mais si l'une est offensive des oreilles et que Tautre
LETTRE XXXlll*. Î6d
ne le soit pas, il faut s'en tenir à ce qui n'offense point la délicatesse de ce sens. J'ai aussi vu la lettre du Roi au parlement de Bordeaux, qui est du style de H. le Chancelier, et qui donne des bornes au pouvoir des magistrats en fait de religion. On y trouve une une explication des modifications faites par les parlements dans Tenregistrement de la bulle , et c^est une pièce bonne pour le temps.
L'écrit où est la citation de Bellarmin ne m'a pas encore passé par les mains, mais j'en ai ouï parler, et je l'aurai. Il faut marcher droit devant certaines gens.
Crébillon fait ses sollicitations pour la place de l'Académie, et s'est rendu à la forme du statut, qu'il ne croyoit pas fait pour un homme de son mérite et qui a tué tant de héros. On parle de M. RoUin; et comme il a reçu une lettre de M. le cardinal de Fleury très-gracieuse sur son dernier tome, si S. E. veut dire un mol, Crébillon sera renvoyé à une autre fois. Je lui préférerois encore M. Dupré de Saint-Maur, qui a si bien traduit Milton.
M. Joly, fermier général, est mort, et sa place a été donnée sur-le-champ à H. de Beaumont, parent du P. de Lignières, qui étoit directeur à Amiens
Je vous fais mon compliment. Monsieur, sur les bulles et Tenregistrement des lettres patentes de l'évêché de Dijon en faveur de M. l'abbé Bouhier, votre parent; votre nom n'avoit pas besoin de cette illustration, mais il est toujours beau d'être le premier évéque de la capitale de Bourgogne, et ce premier est bien flatteur.
Lisez-vous la Bibliothèque raisonnée qui se fait à Amsterdam tous les trois mois? Ce journaliste me paroit un grand raisonneur fort froid et sans aucun sel. Il aime bien les Anglais, mais tous leurs livres sur la religion naturelle sont bien fous et bien impies. Ce que j'y ai trouvé dans les trois derniers mois de 1730 et dans les trois pre* miers de 1731, c'est une longue lettre à M. Desmaizeaux
(qui est du P. Bougerel^ de rOratoire), et qui contient une apologie de H. d^Aadjyily pontre une note sur une lettre de Bayle. Cela est curieux^. H. Desmaizeaux a fait là une belle action de donner au public ce qui étoit contre lui^ et le P. Bougerel, qui m'a dit avoir Thonneur d'être connu de vous, abienfait de réfuter cette calomnie ; il m'a appris que les lettres écrites à Bayle sous le nom delà reine Christine étoient delà façon d'un nommé Brémont, Provençal, dont, la vie ne resseoxble à rien dans le monde^ qui a beaucoup écrit, beaucoup voyagé, et est un second don QuichQtte pour les aventures et qui auroit bien pu faire un coup <le main sur le pauvre Bayle.
Arrêt du 14 a<wit 17,ai dans l'affaire de M"* Kerbabu ou W^ d'Hautefortr qui iT^voiQ l^s parties à la Tournelle criminelle (deuxièM^te arrêt] sanglant contre H. d'Hautefort), U y aeu appçl a. mînima.
Le comte, de SauU^ père de M. vicomte de Tavannes, est mort. , '
Lettre XXXir.
A Paris, ce 22 août mi.
Je commeiiK^e,! Monsieur, par. vous parler de l'affaire de H""" d'Hautefort^ qui est à la Touraelle par un événement des plus rares ; il y avoit déjà vipgt-deux opinions qui tendoient à la décharge ou à l'hors de cour, un vingttroisième (qui est M. Godebeu, conseiller de 1725 ) a appelé a minimal faisant fonction de procureur général , et snr-le*champ la Cbambre s'est trpuyée dépouillée et hors d'état de juger. Sur cela on dejptiaqde : V si ce conseiller a pu appeler, et on ne doute pas qu'il n'en ait le droit : c'est une traditign dont je i^e trouve pas l'origine. Tout juge est procureur général quand le procureur général a négligé son office., Mais où cfela va-t-il, si ce juge, ayant eptendu les opinipns des autres, qui n'ont
point trouvé macère à appel, a pu ,par sa voix seule changer Tétat de Taffaire , et de civile la rendre crioûnelle. La chambre Ta jugé ainsi , puisqu'elle n'a point jugé. Quoi qu'il en soit , ou est en Tournelle , on prépare des récusations contre M. de Blancmesnil^ qui a fait le premier arrêt, il y aura des interrogatoires au maoins derrière le barreau, H. de Hautefort pourra demander l'assemblée des deux chambres , et Paris, qui n'entend rien à ce style^ le tient comme criminel et déjà oon* damné.
On dit aujourd'hui le P. Girard mort, et c'est une assez bonne façon de sortir d'une mauvaise affaire. H. Le Bret est malade^ et on dit que ce procès le tuera; ils ont tra* vaille aux objets ou reproches , et cela n'est pas encore fini. Après cela ils seront vingt jours à préparer les conclusions et le jugement. La Cadière a donné une requête pour voir sa mère et son frère l'abbé. Elle a été remise à la, prudence de M. le premier président. Le carme et le dominicain ne voient que leurs procureurs. On a mis à la fenêtre de la Cadière des grilles de fer, quoiqu'à un quatrième étage^ et un cadenas à sa porte, qui est encore gardée par un archer. Le P. Girard, s'il n'est mort, est dans sa prison, que je ne crois pas si volontaire qu'on Ta dit. Il y a un dicton à Paris :
Dieu garde nos rois d*un père Guignard, Et nos fliles d*un père Girard.
On distribue toujours les mémoires imprimés, et nous venons devoir celui de l'abbé Cadière, qui est. d'un styk très-faible, où il traite la question : 1*" SHl est des Sêrder ? et il prouve qu'il y en a, par Bayle ; mais il n'a pas vu ses chapitres du 1" tome des Questions d'un provincial y qui sont lr^s*curieux sur cette matière , ni la grande consultation qui fut faite en Sprbonne en 1625, à la réqui* sition du lieutenant criminel d'Orléans, et qui se. trouve daps le recueil 4^3 pièces de XBislpir^de Loms XIII de
M. Dupin (tome IV) ; elle est signée de Gamache, Isaoibert et Duval^ et ce sont des docteurs non récusables par la société, â^'ll y a dans ce mémoire une partie sur les notes des letlres du P. Girard , et une autre pour montrer qu'il n'y a point eu ni pu avoir de complot contre ledit P. Gi* rard. Vous y trouverez d'autres citations de Bayle où il n'est point nommé, et il ne croyoit pas que son autorité dût servir en pareille occasion. Nous attendons l'œuvre du fatal a. Pascal; et le Cbaudon en a encore fait un nouveau, qui ne contient que les preuves des faits tirés des dépositions et des interrogatoires, et on dit qu'il est bon. Ce Chaudon est plaisant quand il dit que quand on patine les côtes y on tombe inévitablement dans le fond de Vabime.
Disons quelque chose du bienheureux Paris. Le procèsverbal de la de Lorme a déjà deux éditions, et on en couvre le tombeau. M. le duc de Chàtillon a écrit une lettre à une M"*" d'Auvergne, carmélite, où il lui parle d'un miracle opéré chez lui sur un petit Savoyard paralytique, et le fait paroit bien certain. M"' la princesse de Conti Taveugle a commencé une neuvaine; si elle voit clair, voilà bien des gens aveuglés. J'ai vu Técrit sur Bellarmin, qui m'a fort plu, et on^en peut croire les citations; mais à l'Archevêché on ne ht pas tout cela. Vingt-quatre curés ont donné une requête à rarchevêque pour demander la continuation des informations commencées par le cardinal de Noailles sur les miracles du bienheureux Paris; et pour qu'il ne doute pas du commencement^ on lui en a donné une copie, dont l'original a été déposé par le P. Fouquet chez un notaire depuis quelques jours. Cependant on étale le portrait du Bienheureux sur le pont Notre-Dame; Audran le grave. Ceux qui vont à son tombeau disent que c'est le tombeau de la Constitution, et il y va plus de malades que dans un hôpital.
Les remontrances n'ont pas eu un bon succès, le Roi a répondu : a Je suis encore plus mécontent de ces der-
LETTRE XXXIV». 2f 3
nières remontrances que des premières ; je défends qu'on fasse sur cela aucune délibération^ et je veux être obéi. »
A propos de M. Joly qui est mort, il y a ici un M. Joly président de votre Chambre des comptes y dont on vante beaucoup le génie et le caractère , et je ne serois pas fâché de savoir ce qui en est au vrai et entre nous. Je n^en abuserai pas.
Je ne lis point la Bibliothèque germanique. Tous ces gens-là sont de lourds critiques^ sans goût, sans sel, et notre petit Nouvelliste vaut mieux que tout cela.
J'ai trouvé dans la^. raisonnée un article sur la dernière lettre de Buckley sur la nouvelle édition sur M. de Thou, où on ne manque pas d'annoncer les additions, telles que la continuation jusqu'à la mort de Henri IV par Rigault , en 3 livres, dont deux n'ont jamais été imprimés, toutes les différentes lettres écrites par l'historien ou à lui, celles sur la conversion de Henri IV , les sommaires tirés de la Bibliothèque du Roi, une Vie de M. de Thou plus ample, tirée du même endroit; enfin, tous les secrets sont découverts ; mais la lettre est anglaise, et ce journal n'est guère connu. Il y a une liste des souscripteurs, dont 39 pour la France, et je ne sais s'ils vous y ont mis.
Je suis pour Crébillon , puisqu'il est Dijonnais et qu'il maintiendra le nombre de trois. On ne dit point où en est son élection.
M°® de Hazarin est dame d'atours de la Reine , M"* de Mailly sa mère s'en est démis. Voilà bien du chemin en peu de temps, et il est vrai qu'elle mérite tout cela; son mari seroit avec elle si on Tavoit pu transporter, mais il est dans son lit pendant que sa femme est assise et dans les premières charges de la Cour.
M. de Sainte-Haur poursuit sa cassation, qui n'est pas admise encore et qui court fort au néant. Elle avoit été distribuée à M. de la Briffe-Damilly, qui l'a remise, ne pouvant tenir contre les importunités du mari : et elle est à présent à H. de Machault le fils; cette requête est im-
274 CORRESPONDAJSCE INÉDITE.
primée, et on y lit que les séparations viennent seulement du droit romain; ni le sevitia, ni Vodium capitale des papes Innocent 111 et Alexandre 111 n^ont trouvé grâce devant ce casseur d'arrêts, à qui je croyois cette jurisprudence plus connue.
H. ChicoineaU; gendre de M. de Chirac, est nommé médecin des enfants de France. La faculté de Montpellier va s'établir ici , et nous leur allons envoyer celle de Paris. Je souhaite que H. d^Autun ait Besançon , et apparemment il n^en changera pas le Bréviaire.
Bonjour, Monsiepr, je vous embrasse toujours de tout mon cœur et notre ami H. Fleuttelot.
Notre pauvre abbé Leclerc, qui a faitla Bibliothèque de Richelet, est en mauvaise posture dans le Nouvelliste, aussi bien que l'avocat Lyonnais et le Pitaval. Ce n'est pas trop mal fait.
Le P. Bougerel travaille toujours à sa Bibliothèque de Provence; il y a dix-huit ans qu'il est dessus.
Lettre XXXV,
k Paris, le dimanche 26 août 1731» à huit beores du soir.
Voici, Monsieur, une nouvelle besogne; les avocats ne sont point allés aux audiences jeudi dernier 23 de ce mois : ils étoient assemblés sur le bruit qui avoit couru d'un arrêt rendu au Conseil au sujet de celui du 5 mars, contie l'ordonnance de l'archevêque et d'un mémoire par lui donné au Roi. On n'avoit pas la pièce, mais on en étoit presque sûr. M. le premier président, chez qui on alla, dit qu'il ne savoit ce que c'était; ils dirent qu'ils vouloient adhérer à rappel comme d'abus de M. le procureur général; sur quoi il leur fut répondu qu'ils ne le pouvoient pas, et que s'ils le faisoient il seroit évoqué. Ce mot d'évoqué donna lieu à une dispute : ils dirent qu'il falloit donc évoquer celui du procureur général et que le Roi ne pouvoit évo-
quer de lui-même et du procureur général du Roi ; on dit qu'il y en avoit des exemples : ils dirent que non, et qu'ils s'assembleroient pendant les trois fêtes, et le lundi matin ils en dirent autant àM. le procureur général. Le vendredi, sur les onze heures, jour de la Saint- Barthélémy, le doute sur Tarrèt fut levé , car on distribua par tout Paris le mimoire de l'archevêque contre l'arrêt du 5 mars qui reçoit l'appel du procureur général et qui défend de publier l'ordonnance, et à la suite de ce mémoire est un arrêt donné à Fontainebleau, le 30 juillet 1731, dans lequel la substance de ce mémoire est reprise. Par l'arrêt, le Roi évoque à sa personne l'appel comme d'abus reçu par l'arrêt du 5 mars, lève les défenses y portées et permet à l'archevêque de distribuer son ordonnance ; au surplus, il ordonne que l'arrêt du 10 mars sera exécuté ; ce faisant, que toutes leurs contestations et disputes y menées et toutes poursuites et procédures pour raison de ce el de l exécution duprésent arrêt demeurent suspendues; défend à toutes les cours et juges d'en p;[*endre connoissance et à toutes parties d'y avoir recours, à peine de nullité, S. M. se réservant à elle seule d'y pourvoir, conformément à Tarrêl du 10 mars dernier.
Le mémoire parolt beaucoup travaillé et fort clair et plein d'autorités. La substance en a été aussi bien reprise dans l'arrêt , et il est dit que, par l'examen qui en a été fait dans le Conseil et de l'ordonnance, il a été reconnu qu'elle ne blesse point la puissance temporelle, et que la censure tombe uniquement sur de faux principes^ qui sont rejetés par tous les catholiques : ce mot est fort et peut-être plus que l'ordonnance , et voilà nos confrères bien loin de l'arrêt du 25 novembre, qui reçoit la déclaration comme de bons et fidèles sujets. (Le bon billet qu'a L. C. ]
Remarquez, s'il vous plait. Monsieur, d'un côté que les quarante ont fait la consultation le 7 septembre 1730 , qu'elle a été condamnée par un arrêt du 30 octobre , que tout l'ordre a donné un mémoire justificatif, que l'arrêt
du25 novembre les a justifiés. D'un autre côté, Tarchevèquea donné son ordonnance du 10 janvier 1731. Le Parlement Ta condamné par arrêt du 5 mars ; Tarchevêque a donné son mémoire pour se justifier, et il Ta été par arrêt du 30 juillet : il semble donc qu'on est but à but, et qu'il n'y a qu'à recommencer, car voilù jeu égal, si ce n'est que la provision donnée à l'ordonnance, mais cependant suspendue dans son exécution, Irouble un peu cette égalité.
Il semble que l'arrêt du 10 mars défendant d'écrire sur ces matières, le mémoire de l'archevêque contrevient à cette défense d'autant plus que les avocats y obéissant n'ont point donné l'écrit qu'ils ont fait contre l'ordonnance, et que l'archevêque s'est battu tout seul ; mais il dira que la défense n'est pas faite pour les évêques, à quoi on pourroit opposer la lettre circulaire du 11 mars, où le Roi les exhortoit au silence. Vous voyez qu il y a grande matière à réflexions ; le Parlement ne sera pas content de l'évocation de l'appel comme d'abus, mais il est fondé sur l'arrêt du 10 mars. M. Gilbert ne doit pas être content de ce que le mémoire est fait pour répondre à tousses moyens d'abus et pour les détruire, et les avocats doivent aussi n'être pas contents de ce que leur déclaration reçue n'ait aucun effet, et que l'ordonnance qui les censure peut être distribuée publiquement. Disons la vérité : tout ceci n'est qu'une question de noms, qui n'est bonne que pour les nominaux; cependant demain les avocats ne retourneront point au Palais, les audiences cesseront, et l'on ne sait point combien tout cela durera, et quel remède y mettre. On dit que M. de Laon vient de faire un mandement plus fort quetout ce qu'il a fait, parce qu'il se sent autorisé.
Vingt-quatre curésont donné une requête àl'archevêque pour continuer les informations commencées par le cardinal de NoaillessurM. de Paris, et ils n'y ont pas oublié Bellarmin ni M. NicoUe, ni les procédures des béatifications. Voilà le feu partout. En Provence, M. Le Bret est malade
LETTRE XXXVr. 277
de Taffaire des Cadières : on a jugé les objets en faveur de la lille, le procès est distribué à M. de Vansoûy, le peuple brûle le P. Girard au coin des rues, et le père communie tous les jours dans la prison. Le procès de M. d'Haulefort, quiest retourné àlaTournelle, estdistribué à M. Goislard.
M. Crébillon fera sa harangue en vers ; c'est un poôte qui veut parler sa langue^ et qui en introduira peut-être Tusage. Du moins il ne trouvera pas les chemins usés.
Le prédicateur du Louvre à Paris, lejourdeSaint-Louis, est resté tout court, et n'a dit ni prose ni vers à l'Académie assemblée. J^ai cru que M. l'abbé Bignon auroit réparé la faute sur-le-champ , mais cela n'eût pas convenu au doyen du conseil.
Lettre XXXVP.
A Paris, ce 39 août 1731.
La suite de l'affaire dont je vous ai parlé par ma dernière lettre. Monsieur, est que les avocats ne sont point venus au Palaislundi 27 et que toutes audiences ont cessé. Ils disent : Si nous sommes hérétiques et que nous soutenions des principes rejetés partons les catholiques, il nous estdéfendu de plaider, de consulter et d'écrire, et il y en a une déclaration du Roi du 21 mai 1685. Ils demandent donc qu'on leurôte ces notes, et ils y persistent si bien qu'hier mardi et aujourd'hui mercredi ils ne sont point venus aux audiences, en aucune juridiction , Grand Conseil , Chàtelet, etc. ; il en est de même dans les cabinets , où il ne se fait aucune consultation ni arbitrage, et nous voilà en vacances avant les vacances. On cherche à y mettre remède. HH. les gens du Roi ont été à la Cour; ils y ont été bien reçus, etle Roi a permis au Parlement de lui faire des remontrances sur ce point. Le mal est grand pour le public; il y apparence qu'on le guérira bientôt.
car il pourra se communiquer, et on dit qu'il n'y aura point de chambre de vacations à Rouen. En 1602 il ne s'agissoit de presque rien, et cela dura trois semaines, avec grande incommodité publique , procédant de la cessation de la justice, comme il est dit dans les registres du Parlement, dont l'extrait est rapporté par Loysel; et ici il s'agit de religion, et encore d'une affaire qui a donné tant de peine et que l'on croyoit finie : or , vous pensez bien quelle doit être l'agitation des esprits et la peine qu'il y aura à les apaiser. Loysel dit qu'il s'en fallut peu que ce trouble ne causât une sédition dans la ville. Lundi dernier, au Palais, il pensa en arriver une par un prêtre qui s'avisa de prêcher à la porte de la grande salle contre les avocats et pour l'archevêque : on l'entendit quelque temps, puis il fut pelotté, bafoué, battu, chassé, et les laquais en firent justice dans la place Dauphine en lui faisant avouer que les avocats étoient d'honnêtes gens, les jésuites des fripons , M. Paris un saint et qu'il appeloit et réappeloit de la Constitution. Vous pouvez croire qu'il dit tout ce qu'on voulut pour être hors de là, et il fut bien heureux d'en être quitte pour cette amende honorable, car il eût pu être assommé et en faire assommer bien d'autres. Cet honnête prêtre est , dit-on , précepteur des enfants de M"' du Trévoux. Il ne faut qu'un fou pour perdre toute une ville. Ce même jour, un vieux M. de La Barre, avocat, vint au Palais à l'ordinaire pour se mettre au pilier, ne sachant point l'état des choses; il se trouva seul, il fut hué par les clercs et reconduit à grand'hâte par les degrés, qu'il sautoit deux à deux, quoiqu'il ne soit plus d'âge de sauter, ayant près de quatre-vingts ans. Pour moi, jefais comme les autres, je ne fais rien ; mais c'est faire beaucoup de vous écrire tout ceci.
LETTRE XXXVll*. 179
Lettre XXXVIt.
A Paris, le 3 septembre I7SI.
Nous sommes toujourSyMoDsieuTy dans le chaos, la nuit avance, et nous ne voyons point paroltre le jour. Toutes les audiences sont cessées^ il n^ & plus que quelques procureurs à qui OB accorde un seul défaut, et puis c'est tout. Bien loin que Paris semble fâx^hé de cette cessation de justice, il ne s'en plaint point. Le mal est grand quand on ne le sent point. Le ministère a commencé à y mettre un remède, qui n'a pas encore grand effet : on a exilé dix avocats y entre lesquels est le bâtonnier (1) et un ancien bâtonnier (2), et M. Laverdy, neveu de M. Cochin, et M. Prévôty si connu dans ces affaires, et Soyer, qui a plaidé contre les îésuites dans l'affaire d^ tableaux, et Pageau, fils du célèbre H. Pageau dont il est parlé dans Bayle, et dans le père Bou&ours, Gin, bonhomme ami de TOratoire, Comtesse, Lecomte et Paillet, peu connu. A l'occasion de ce Paillet, il y en a deux du même nom, et la lettre de cachet a été portée à Paillet du Maignon, qui n'étoit point l'exilé, mais Paillet des Branières; le premier étoit déjà parti, il faut le faire revenir, et l'autre est parti d'hier, à qui on n'a pas donné un moment de temps pour s'aviser. Il disputoit à du Maignon Thonneur de la lettre, et il l'a emporté. Les avocats voient à présent qu'on leur peut toucher, mais il pourra en arriver comme en 1602, où 207 se désistèrent de leur profession . Les exilés ne sont pas les grands, il y a du personnel à chacun, le bâtonnier n'est pas là même comme chef, cependant il y en a qui disent que nous sommes tous exilés , parce que notre chef est 6té et qu'un exilé ne peut non plus plaider qu'un
(1) Roy.
(S) Rooaselet.
280 CORRESPONDANCE INÉDITK.
hérétique ou un excommunié. Lors du départ de mes confrères, on leur a apporté de Targent de tous les côtés; on donne aussi pour soulager ceux qui souffrent de la cessation; enfin^ le désordre ne peut pas être plus grand et les esprits plus animés : on oe voit que vers, satires, libelles , et il y a un mandement de Momus qui passe ce qu'on peut imaginer en hardiesse sur tout, car rien n^est épargné^ et en une force poétique qu'on ne reconnolt en aucun de nos poètes. Voici une partie de la date :
Fait le jour même où dans les transes De tous les ordres de FËtat Louis de son premier sénat A rejeté tes remontrances.
Le Parlement vient de faire plusieurs assemblées au sujet d'un mandement [Instruction pculorale) de M. Tévêque de Laon, qui est du 30 avril, et qu'il n'a montré que depuis quelques jours. C'est une réponse^ bien écrite mais îrès-insolente, au réquisitoire de M. Gilbert, avocat général, inséré dans l'arrêt du 20 février dernier, qui a reçu l'appel comme d'abus. Il y a cent indignes personnalités pour M. Gilbert; le Parlement y est comparé au parlement d'Angleterre, et on cite un endroit des Variations de M. de Meaux. Je ne vous parle point delà dispute sur Messieurs des Enquêtes qu'on ne vouloit pas admettre dans ces assemblées, et qui y son t venus comqae par force ; M. Dupré de la quatrième y a fait un discours admirable; M. Gilbert de même a plaidé la cause du Roi en plaidant la sienne propre, et cela a été merveilleux; ses conclusions étoient très-retenues, à la suppression et défenses défaire de pareilles instructions, à peine de saisiedu temporel. Cela a été trouvé trop doux: supprimer ne supprime point, brûler, cela fait des cardinaux. 11 y a un délit qu'il faut punir; maiscomment punir un pair de France. Il faut assembler les pairs et les juger en pairie, et c'est ce qui a été arrêté le samedi l**" de ce mois pour mardi k, où les pairs seront
LETTRE XXXVir. Ml
invités en la manière accoutumée. Il y avoit des voix pour dire que H. de Laon seroittenu d^avouer ou désavouer Tinsiruction ; mais la notoriété publique de l'écrit imprimé à Laon avec le privilège, et le bruit qu'il en fait lui-même à Paris, où il dit que si le Parlement le condamne, il excommuniera tous ceux qui obéiront à l'arrêt dans son diocèse, l'a emporté. Nous verrons si les pairs viendront mardi; le peuple, qui verra les princes du sang et tous ces seigneurs, va s'imaginer qu'il y a quelque brouillerie dans l'État plus grande encore. Déjà les évèqnes parlentde la déclaration de 1657 (non enregistrée), qui dit qu'ils seront jugés par les évèques, même pour les crimes d'État; mais il y a bien de quoi leur répondre, et on leur montrera un beau recueil d'arrêts contre eux. Cette affaire ne parolt pas sujette à l'évocation, parce qu'il ne s'agit pas de la juridiction, et que M. de Laon dit lui-même avoir donné sur cela mémoire au Roi. Ce n'est donc que le corps du délit qu'il faut juger.
D'un autre côté, il y a des remontrances dressées sur l'arrêt du 30 juillet, et elles doivent être faites aujour^ d*hui lundi; on y a travaillé avec attention : on y glissera quelque chose sur Texil des avocats. Vous devez avoir vu cet arrêt à présent et le mémoire y joint. L'appel comme d'abus est évoqué; mais l'ordonnance subsiste par provision , et les principes faux re jetés par tous les catholiques est une tache pour les avocats, qui a causé la querelle.
J'ai vu les interrogatoires des Girard et Cadière et du carme, etai remarqué comme vous le faux de la .rétractation, quel'on voit forcée dans l'interrogatoire même du carme, qui ne parie plus avec cet air de vérité qu'il a eu d'abord, et il est bien changé d'un jour à l'autre. Cette pièce est très-curieuse.
Nous avons les deux requêtes de la Cadière et du jacobin pour avoir un conseil, qu'ils ont obtenu; elles sont vives et hardies. Il y a des réflexions sur le procès par un
ami des jésuites ; ceque j'aime mieux^ c'est le dispositif de l'arrêt du 30 juillet (jour des grands arrêts) qui est à la fin. Les Provençaux^ qui chantent tout^ ont fait un opéracomique de ce procès tout tragique^ sous le titre du Nouveau Tarquin; Lucrèce est la Cadière, le P. Girard est Tarquin, Brutusestle juge; lesavocatsy plaidenten vers, en prose, eu chansons; et quand le juge a tout entendu, il dit qu'il a envie de mettre les parties hors de cour et de procès, dépens compensés, si mieux n'aiment tirer au sort à qui sera brûlé. N'avons-nous pas grande obligation à ceux qui nous font rire dans un état si triste? J'ai cent autres choses à vous dire ; mais l'heure me presse , et il faut que cette lettre parte.
[Joint à la Lettre,)