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P. 181 et SUIT

2. T. I, p. 1 et suiv. Nous prenons le début même afin de ne point être soupçonné de faire un choix. Les variantes de l'édition Rathery sont en italiques.

LA FRANCE AU MILIEU DU XVIir SIECLE

encore par fautes qui le rendissent méprisable aucunement, mais il n'avait pas les vertus propres à la cour; il avait des parties pour Tambassade, une très belle figure, de l'esprit, du savoir et infiniment de vertu, et surtout du courage, mais il allait trop haut, il était fier, et avec cela grand dévot ; il déplaisait aux gens du monde et surtout aux ministres avec qui il faut, même aux honnêtes, quelque sorte de souplesse ; et, de plus il n'eut aucun succès dans les négociations , d' abord par le hasard du temps, et puis parce qu'il était ce qu'on appelle un gros fin. Il m'a paru ainsi dans ses papiers d'ambassade que j'ai bien lus en les rangeant en ordre.

Sans doute que mon bisaïeul, etc.

Les lecteurs d'aujourd'hui ne peuvent attacher que peu de prix à cette édition de 1825, aussi ne nous y arrêteronsnous pas plus longuement.

Après trente-deux ans de silence, M. René d'Argenson donna enfin (et très rapidement, au cours de deux années')

1. 1857-1858. Cette hâte nous est expliquée par ces mots que l'on relève dans une brochure publiée par M. René d'Argenson à propos de l'édition Rathery : « J'avais fait mon choix assez rapidement, car je tenais à cous devancer», [Courte appréciation

mais par la sienne propre, et nullement encore par des fautes qui dussent lui être reprochées; mais il n'avait pas l'esprit de cour; il avait des qualités propres à l'ambassade, une très belle figure, de l'esprit, du savoir, infiniment de vertus et de courage.

Mais il était trop haut, lier et avec cela d'une dévotion excessive; il déplaisait aux gens du monde et surtout aux ministres près desquels il faut, même aux honnêtes gens, quelque sorte de souplesse. Sans doute que mon bisaïeul, etc.

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les cinq volumes que nous nommons ici l'édilion Jannet*. Il est très difficile de suivre M. René d'Argenson dans la suite de ses opinions sur la meilleure méthode de faire connaître les œuvres de son arrière-grand-oncle. Parlant de l'édition de 1825, il écrit, dans la préface de l'édition Jannet (p. v)- : « Ces Mémoires ont été sévèrement critiqués, non précisément sous le rapport de l'authenticité des faits, mais sous celui de la rédaction de certains passages, où l'on a voulu voir une retouche et un remaniement de la part de l'éditeur. Ce reproche grave, s'il était fondé, mérite quelques explications dont c'est ici la place naturelle. » Il semblerait, par ces protestations, que nous allons avoir, sans tripatouillages (pour employer un néologisme qui n'eût point effrayé le marquis d'Argenson), la pensée exacte, le texte authentique de l'auteur. Il n'en est rien, et c'est de M. René d'Argenson lui-même que nous viendra cette déception. Il écrira en effet deux ans plus tard'' : « Malgré vos 15 volumes et plus^, je me servirai à votre égard, comme au mien, de la qualification d extraits. Si vous me

du 1" volume intitulé : Journal et mémoires du marquis d'Argenson, Paris, 1859, in-8 (Bibl. nat., Lb^s, 1363, p. 10).

1. Mémoires et Journal inédit du marquis d\4.rgenson ministre des affaires étrangères sous Louis XV, publiés et annotés par M. le marquis d'Argenson. Paris, Jannet, 1857-1858, 5 vol. in-12.

2. Cette /;re/ace jointe à l'édition portant la date de 1851 présente, dans quelques ouvrages, cette particularité qu'elle semble avoir été écrite ou remaniée après la publication Rathery dont le 1" volume porte la date de 1859. Comment expliquer autrement ce passage : « Nous n'avons point aspiré [en 1825] à en faire connaître l'intégrité... Ceux qui sont venus depuis n'ont point été arrêtés par les mêmes scrupules »... Ces mots ne peuvent viser que l'édition Rathery, puisqu'il n'y eut aucune autre édition de d'Argenson.

3. Courte appréciation..., Paris, 1859, in-8. Op. cit., p. 10.

4. L'édition Rathery n'a que 9 volumes, mais le nombre probable des volumes, sur la base de l'intégrité annoncée, était alors un objet de discussion entre les deux éditeurs.

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dites que je retranche, que je sciude, que j'arrange, je répondrai hardiment : tu quoque /Vous aussi vous arrangez, vous retranchez, vous scindez et quelque projiortion que vous donniez à votre édition, je vous défie de faire autrement. »

Cette méthode de travail est confirmée par le même éditeur dans la Préface de l'édition Jaunet (p. xii) : « Exposons en franchise le mode suivi pour la rédaction de ces mémoires. » Donc, pour l'édition Jannet du moins, aucun doute ne peut subsister, la prose de d'Argenson a été revue, corrigée, embellie, si j'ose dire.

Ces attaques de M. René d'Argenson, auxquelles il ne paraît pas que M. Rat.hei^y ait répondu, sont précieuses pour nous parce qu'elles nous donnent sur les manuscrits détruits des détails que l'on chercherait vainement ailleurs. L'édition Rathery est consacrée presque uniquement au Journal de d'Argenson et c'est cela surtout qui fâche son éditeur-héritier. Sa thèse consiste à soutenir que « ces masses d'écritures » constituent « un fouillis' » dont il est impossible de tirer parti. M. de Paulmy avait constaté, on le sait, que « les papiers de son père étaient en bon ordre, à la différence de ses aflaires ». Ce point aurait dû frapper M. René d'Argenson, qui, préoccupé surtout des imperfections du Journal, méconnaît tout ce que ces imperfections mêmes lui donnent de prix pour l'histoire; mais la question des sources de ce Journal est soulevée par M. Rathery, qui assure que ce Journal, tel que nous le voyons par extraits dans l'édition de 1825 et dans l'édition Jannet, aurait été publié, non pas d'après les manuscrits du Louvre, mais d'après des « brouillons que l'éditeur [M. René d'Argenson] a eus entre les mains ^ ».

1. « Ces masses d'écritures, ce fouillis, s'il est permis de se servir de cette expression vulgaire, constituent des fragments plus ou moins suivis », etc. (Éd. Jannet, t. I, p. vi.)

2. '< Quant au Journal lui-même, ce sont, à en croire M. d'Argenson, des fragments d'écritures plus ou moins suivis... Il est

L'assertion de M. Rathei-y paraît d autant plus justifiée que M. René d'Argenson, dont la bonne foi est hors de conteste, n'a apporté dans ses travaux aucune méthode critique. Il serait aisé de prouver, par exemple, que lorsqu'il publia l'édition de 1825, il n'avait . pas lu en entier le Journal tel qu'on le connaît par le manuscrit du Louvre.

Dans une longue notice consacrée dans ce volume au marquis d'Argenson on lit en particulier : « C'est assurément bien à tort que l'on a prétendu que le comte d'Argenson avait eu quelque part à la disgrâce de son frère... Il est certain qu'il y eut peu d'unions plus parfaites que celle qui exista entre eux depuis cet événement... aucun nuage ne troubla la pureté de cette amitié fraternelle *. » M. René d'Argenson aurait-il écrit cela s'il avait lu dans le Journal du marquis : « Mon frère m'a chassé de toutes les places que j'avais obtenues... il m'a poursuivi avec lâcheté, trahison partout, douceur couvrant la haine... il m'a enlevé ma lille et le moindre ami... Mon frère et ma belle-sœur jouissent d'une forte santé, ils regorgent de biens qu'ils ont volés à l'Etat... pour moi je suis pour ainsi dire à l'aumône de ma paroisse. » (Ed. Rathery, t. Y, p. 220-221.) Avait-il lu le Journal, l'éditeur qui écrit encore : « Dans le cours de dix années que le marquis d'Argenson passa de la sorte, une seule occasion paraît s'être présentée où il

possible que ces qualifications soient applicables aux brouillons que l'éditeur a eus entre les mains et qu'il ne fait pas autrement connaître, mais la seule inspection des manuscrits du Louvre prouve qu'elles ne conviennent nullement aux Matériaux pour l'histoire de ma vie et de mon temps. » M. Rathery entre ensuite dans les détails de la preuve. {Introd., t. l, p. x.)

1. Ed. de 1825, p. 64. Ce passage a été complètement modifié dans la même Xotice publiée dans l'édition Jannet (voir t. I, p. Lxxvii, « on a pu dire »..., etc.). Ce changement suffirait seul à établir que M. d'Argenson ne connut les manuscrits du Louvre que postérieurement à 1825.

conçut quelques regrets » •... (Éd. de 1825 p. 65.) Les lamentations du marquis d'Argenson sur sa place perdue sont si nombreuses dans le Journal qu'on ne pourrait les énumércr ici ^. C'est même une fatigue, un ennui pour le lecteur que le retour constant à des récriminations inspirées par le dépit. L'éditeur n'avait rien vu de tout cela. Nous reviendrons plus loin sur cette édition.

L'édition RatheryS à laquelle nous arrivons enfin, est, malgré les réserves que nous ferons plus loin, la plus complète, la plus sûre, la plus consolante en un mot qui nous ait été donnée des œuvres du marquis d'Argenson. Consacrée au Journal complété (et c'est là ce qui justifie son titre) par le Mémoire du Ministère pour les années 1744- 1747, elle ne nous donne pas sans doute tout ce qui se trouve dans les éditions antérieures, mais on peut bien dire que si elle n'était jjas venue juste à temps pour que le désastre de 1871 ne fût pas irréparable, on ne connaî-

1. Dans l'édition Jannet ce passage a ainsi été modifié : •< Dans le cours de dix années que le marquis d'Argenson passa de la sorte // y eut cependant une circonstance qui lui fit concevoir d'amers regrets >- (p. lxxviii).

2. Citons ces deux passages : « Cependant c'est ma créature, le petit bonhomme Puisieux qui m'a chassé de ma place, à l'aide de l'abbé de la Ville et de mon frère »... (Rathery, t. V, p. 219 et suiv.) « M. de Puisieux a été assez malade... Si le roi revenait à moi je reviendrais avec joie à ce même travail où je n'apporterais que droiture et plus d'expérience qu'aucun sujet d'aujourd'hui «... (id., YI, p. 53).

3. Journal et mémoires du marquis d'Argenson, publiés pour la première fois d'après les manuscrits autographes de la Bibliothèque du Louf're. pour la société de Chistoire de France, par E. J. B. Rathery, Paris, 185S-1867, 9 vol. in-8 {op. cit.). Cette édition se divise en trois parties : 1° Le Journal, avec ses réminiscences, jusqu'au ministère du marquis d'Argenson (1744), t, I-III et t. IV, jusqu'à la page 117; 2° Les Mémoires du ?ninistère, t. IV, p. 118 à la fin, et t. V, p. 1-70; 3° Reprise du Journal du 26 février 1747 au 18 janvier 1757, t. V, p. 73 à la fin, et t. VI-IX.

XOTICE BIBLIOGRAPHIQUE 397

trait qu imparfaitement l'originale figure du ministre de Louis XV.

L'histoire de cette publication a été racontée par M. Rathery, qui était bibliothécaire au Louvre, dans son Introduction. La Société de 1 histoire de France, « informée qu'il existait à la Bibliothèque du Louvre... un journal original et autographe du marquis..., avait été saisie par ^i. Chéruel d'une proposition tendant à le mettre au jour; mais... elle se vit prévenue par l'apparition » de la publication faite par M. René d'Argenson. La Société attendit que les 5 volumes eussent paru pour prendre un parti, et, en présence des imperfections de l'œuvre*, « pensa que cette publication ne pouvait préjudicier à celle qu'elle projetait

1. « Le conseil d'administration de la Société, avant de donner suite à son projet, crut devoir attendre que l'on put juger du véritable caractère de l'entreprise annoncée et déjà en voie dexécution. Aujourd'hui que cette publication est terminée, la Société a pu se convaincre que l'édition du libraire Jannet, bornée à 5 vol. in-12, dont un au moins est rempli par des matières étrangères au Journal proprement dit, prenant pour point de départ les Loisirs d'un Ministre d'Etat comme les Mémoires de 1825, et à leur exemple, groupant autour d'un fait ou d'un personnage des morceaux écrits à des dates et sous des impressions souvent très différentes; du reste, en ce qui regarde les additions, procédant par voie d'extraits tirés de brouillons ou de copies plus ou moins exactes, publication nécessairement écourtée, comme la qualifie l'éditeur lui-même, arrangée quant au style, ainsi que l'a surabondamment prouvé M. Sainte-Beuve pour les morceaux tirés du volume de 1825, et comme il serait également facile de l'établir pour les nouveaux fragments empruntés au Journal, la Société, disons-nous, pensa que cette publication ne pouvait préjudicier à celle qu'elle projetait. » (Éd. Rathery, t. 1, p. vi.) C'est dans la séance du 3 mars 1857 que le conseil de la Société de l'histoire de France pen.sant, sur l'avis de M. Chéruel qu'il était utile d'adjoindre aux savants ouvrages publiés « quelques mémoires inédits plus modernes «, chargea M. Rathery de présenter un <■ plan plus développe pour la publication des mémoires d'Argenson. [Bulletin de la Société de l'histoire de France, 2° série, t. J, p. 37.)

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en 8 volumes in-S*^, publicatiou faite sur les manuscrits originaux de la Bibliothèque du Louvre et destinée à les reproduire aussi exactement que possible. »

Si la Société de l'histoire de France trouvait imparfaite l'édition Jannet, M. René d'Argenson fut de son côté fort mécontent de cette entreprise nouvelle. Quels furent les motifs de ce mécontentement?

Est-ce le seul intérêt de la vérité historique? Il eût été bon alors de ne pas arranger les manuscrits. N'était-ce pas plutôt la crainte de voir ternir, par les indications du marquis d'Argenson, quelques figures de son entourage? Les plaintes fort vives qu'il élève contre la publication du Journal porteraient à le croire. M. René d'Argenson a protesté contre les « révolutions qui ont bouleversé tant d'existences » et qui ont fait que « ces écrits sont tombés en la possession de l'Etat... ont été arrachés à sa descendance et livrés à la curiosité du public ». Ces plaintes sont légitimes si on les considère au seul point de vue des droits de la famille, mais l'histoire a aussi les siens, et ces indiscrétions, pour quelques ombres qu'elles jettent sur des personnages depuis longtemps disparus, nous sont précieuses.

Quoi qu'il en soit M. René d'Argenson consacra plusieurs brochures à faire la critique de l'édition nouvelle. Quelquesunes de ces critiques sont singulières et puériles, il en est toutefois qu'on ne peut négliger.

La première en date de ces brochures est celle qui a pour titre Courte appréciation et que nous avons déjà citée. M. René d'Argenson est sensible aux reproches que M. Rathery lui a adressés dans son Introduction, mais il ne se justifie pas et prend directement l'offensive. M. Rathery avait commis la grave imprudence d'écrire au début de son œuvre : « Nous offrons en [sic) public, pour la première fois dans leur intégrité, le Journal et les Mémoires d'un des témoins, etc. » Cette intégrité annoncée comme un

Anna virumque cano ne fut point réalisée ; de là les justes remarques de M. René d'Argenson, qui dira, sans contestatiou possible, que cette intégrité n'était pas réalisable. Les œuvres du marquis d'Argenson n'étaient pas de celles que l'on pouvait donner dans \e\iv intégrité .^ons en connaissons le nombre etla description par l'inventaire de Paulmy. M. Rathery avait sous les yeux, d'autre part, la masse de manuscrits du Louvre; comment pouvait-il, dans les huit volumes annoncés, prétendre donner non seulement le Journal, mais encore les Mémoires ?

M. René d'Argenson a donc beau jeu quand il attaque sur ce point ^L Rathery, mais, comme il vise surtout le Journal, sa thèse consiste à soutenir qu'en ces matières il faut donner tout ou rien. « Si l'on veut, écrit-il, saisir pleinement le trésor de la pensée, il faut éviter d'omettre la seule ligne dans laquelle la clé en serait enfermée, car l'opinion de la veille peut fort bien être contredite, expliquée ou rectifiée par celle du lendemain, si ce n'est le jour même; l'éditeur impartial devra donc tout publier, sinon tout (ce qui serait beaucoup mieux), du moins être d'une extrême sobriété dans les élagages et les retranchements s'il ne veut s'exposer au soui^çon de l'erreur et de l'injustice )>... Qui croirait que ces lignes ont élé écrites par l'éditeur de 1825 et de l'édition Januet, qui, si peu sobre dans les élagages, n'a pas donné la dixième partie du Journal tel qu'on le peut lire dans l'édition Rathery? Et ces extraits sont souvent si mal choisis qu'il faut recourir à l'édition Rathery pour apprendre que d'Argenson a contredit ou rectifié luimême une nouvelle ou un fait qu'il avait annoncé d'abord comme exact et qui se rencontre, dans l'édition Jannet, sans la rectification postérieure.

Mais oa chercherait vainement à mettre un peu d'ordre dans la critique de M. René d'Argenson. Un exemple entre autres de sa méthode : il écrit dans la même brochure : « J'ajouterai, ce que j'ai déjà dit ailleurs, que si ce Journal

soi-disaut complet, interrompu et recommeucé à diverses fois 1, offre une contexture en apparence tolérahle, c'est qu'il a été rajusté, non par le marquis d'Argenson, mais par la dynastie des bibliothécaires qui en ont eu la garde. Ainsi, quand on m'objecte, comme le fait M. Rathery, les belles tables des matières qui accompagnent et suivent les volumes, je réponds hardiment que ces tables dont j'approuve le but, doivent avoir été lœuvre des gardiens. » Où sont les preuves? Que veut-dire ce mot rajusté? Et, en admettant même que ces tables fussent oeuvres des gardiens, quel dommage l'établissement de ces tables peut-il porter à l'authenticité et à la valeur du texte du Journal?

M René d'Argenson poursuivit dans deu.x autres brochures - sa querelle : la première est intitulée : Suite des Errata, suppléments et annotations au tome /<^'" des mémoires du marquis d'Argenson ( — Paris, S. d., in-S», Bibl. nat., Lb^s '1263); la seconde : Suppléments et errata au 2« volume intitulé : Journal et Mémoires du marquis d'Argenson (Paris, 1860, in-8o, Bibl. nat., Lb^» 1363). Ces deux brochures sont très importantes pour les rectifications à faire aux tomes I et II de l'édition Rathery; l'auteur relève un très grand nombre de fautes de copie ou d'impression ^, et surtout il publie de longs passages tirés des manuscrits

1. Il est de la nature même d'un Journal d'être interrompu, repris, recommencé... quel argument en peut-on tirer.'

2. On en trouve quatre à la Bibliothèque nationale, mais la dernière {A MM. les membres de la Société de l'histoire de France, Paris, s. d., in-12, Lb38. 1.360) est le tirage à part de l'Épilogue placé à la fin du t. V de l'édition Jannet.

3. Les fautes qu'une lecture attentive des épreuves eût pu rectifier sont trop fréquentes. Exemples : « René de Voyer d'.\rgenson né en 1596 mort en 1100 « (t. I, p. 1). Deux personnages, le père et le fils, ont été confondus en un seul. — <- On ne peut commencer la filiation de cette famille qu'à Philippe qui signe en 1-374, mais qui ne civait plus en 1515 » (t. I, p. XLv). — « Vivien de Chàteaubrun, né en 1656, mort en 1775 » (t. VIII, p. 449), etc., etc.

qui ont été omis par M. Rathery, preuve concluante que l'intégrité, même relative, n'a pas été atteinte. Il est très regrettable que pareil travail n'ait pas été poursuivi, avant 1871, pour les volumes suivants; M. René d'Argenson mourut en 1862 et personne ne continua la tâche commencée.

Les fautes relevées par M. R. d'Argenson étaient faciles à contrôler, puisque les manuscrits étaient au Louvre, aussi ne s e.Kplique-t-on pas que, dans les volumes qui suivirent, il n'en ait pas été fait mention aux errata; il fallait en tout cas dire les motifs de cette abstention.

Ce qui fait la singularité de ces deux éditeurs et à la fois leur ressemblance, c'est qu'ils protestent l'un et l'autre de la nécessité de donner au public un texte rigoureusement conforme au manuscrit et qu'ils trouvent ensuite mille prétextes pour ne pas le donner. M. Rathery déclare, par exemple, qu'il va offrir au public « pour la première fois le Journal et les Mémoires dans leur intégrité », et il n'a pas pris soin d'étudier d'assez près l'édition Jannet donnée avant la sienne pour reconnaître qu'il s'y rencontre de longs passages qu'il omet. Nous ne parlons pas, bien entendu, des passages tirés par M. R. d'Argenson des œuvres autres que le Journal et en particulier des Mémoires divers, mais seulement des longues phrases faisant partie d'un texte commun dans l'ensemble aux deux éditions, et qui ne se trouvent que dans l'édition Jannet. De singuliers défauts sont la conséquence de ce système. Ainsi on lit dans l'édition Rathery (t. VI, p. 219) ces mots attribués à Louis XV : « Je suis un Hérode », qui sont incompréhensibles si l'on n'a pas lu dans l'édition Jannet (où seulement il se trouve, t. III, p. 331) le passage relatif aux troubles de Paris du 26 mai 1750, relatant le bruit qui court que le roi prend des bains de sang d'enfants comme un nouvel Hérode.

Il y aurait puérilité à insister sur ces défauts de critique car M. Rathery, comme M. René d'Argenson, est un cou-

pable qui avoue: il a écrit en efiet (t. I, p. XY) : « Nous ne nous sommes donc cru autorisé à corriger ou plutôt à rétahliv le texte original, que pour les lapsus calami, lorsque, évidemment, /'auteur ne disait pas ce quil voulait dire; pour terminer des phrases inachevées, ou ajouter celles dont la fin ne répondait pas au commencement, enfin pour faire disparaître des répétitions fastidieuses de mots ou d idées. » Ce sont de terribles gens que ces arrangeurs de textes, à la recherche de beautés littéraires dans un domaine où la vérité seule a quelque prix. Ce prétexte de vaines parures autorise en effet toutes les métamorphoses. Qu'est-ce que ce texte original à rétablir alors que comme M. Rathery on travaille sur des originaux? Et comment excuser cette prétention de faire des changements parce que « l'auteur ne disait pas ce qu'il voulait dire » ?

Nos deux éditeurs en arrivent, avec ces principes, à de véritables erreurs critiques. On lit par exemple dans le texte Jannet (t. lY, p. 185) : c; On craint qu'ininiicus homo n'intervienne en tout ceci, c est-à-dire les jésuites ». M. Rathery soutient, lui t. YIII, p. 307), que les mots c'est-àdire les jésuites ne sont pas dans le texte, et il ajoute : « Nous persistons à croire que par ces mots d'Argenson veut désigner son frère. » Que tout cela est singulier! Ainsi M. Rathery accuse M. R. d'Argenson d'inventer les jésuites, et, au lieu de rechercher si ce texte n'a pas été puisé dans un manuscrit autre que le sien, il affirme luimême, sans preuve, que d'Argenson veut désigner son frère.

On trouve ailleurs encore d'autres exemples de cette fureur d'invention. D'après l'éditeur elzévirien (c'est ainsi qu'il se désigne lui-même), le marquis d'Argenson aurait écrit à propos de son lîls : « Il ne laisse pas de donner prise sur lui par son trop d'attachement et d'amitié pour les jésuites, qui sont cause de tout ceci. » (Ed. Jannet, t. lY, p. 154.) Dans l'édition Rathery, la même phrase se

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rencontre ainsi abrégée : « Il ne laisse pas de donner prise sur lui par son trop d'attachement et d'amitié avec... » [Ici cette note] « Déchirure dans le manuscrit; il s'agissait de l'amitié du marquis de Paulmy pour son oncle le comte d'Argenson. » Nos remarques se confirment encore : comment, puisque le manuscrit est déchiré, M. Rathery peutil être sûr qu'il s'agit de l'oncle et non des jésuites?

Nous renonçons à poursuivre l'enquête critique qu'il eût été si utile de faire il y a trente ans, et, en faisant remarquer que les Mémoires et le Journal étaient rédigés par un habile homme et qu'il eût suffi de les bien lire, nous nous rallions, pour conclure, à cette pensée par laquelle M. René d'Argenson, repentant, semble-t-il, termine son Épilogue (t. Y, p. 400) : « Jusqu'à quel point est-il loyal... est-il permis... est-il possible de faire les mémoires de celui qui ne les a pas rédigés ? »

Armand Brette.

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