‹ Journal fait en GrèceChapitre 1 sur 32 · D EL A VI G N E · texte numérisé non relu

D EL A VI G N E

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H. TARLIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

RUE DE LA MONTAGNE, N^ 3o6.

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AVANT-PROPOS

Le journal que je publie n’était point destiné à voir le jour. Écrit sous l’impression des sensations du moment , je ne l’avais entrepris que pour conserver la mémoire de ces sensations: comme un voyageur, amateur de l’art du dessin, recueille dans son album des esquisses détachés des pays qu’il parcourt. Mais après avoir quitté le théâtre des événemens qui se sont passés en Grèce pendant le séjour que j’y ai fait, j’ai entendu parler si contradictoirement des faits que j’avais vus de mes propres yeux, juger d’une manière si peu conforme à la vérité des hommes que j’avais connus, que j’ai cru devoir rompre le silence, et offrir, au moins comme matériaux, des documens d’autant plus dignes de foi qu’aucun esprit de système n’a présidé à leur arrangement , et que chaque chose dépeinte au moment même où

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elle se passait, est restée écrite telle qu’elle s’est passée dans ce moment là sous mes yeux.

Si j’eusse écouté mon amour propre , plutôt que mon goût pour la vérité , j’eusse fait de ces matériaux un autre usage; j’eusse cherché à les ranger dans un ordre plus étudié; je me fusse appliqué, peut-être à modifier, ou à étendre mes tableaux ou mes récits, d’après des notions postérieurement acquises; mon journal , en un mot , n’eut été qu’un cadre dans lequel j’eusse pu faire entrer , même l’ouvrage d’autrui. J’aurais adopté ce plan , si je n’avais travaillé que dans le hut de faire un livre. Mais j’ai voulu me montrer tel que j’ai été dans mes voyages, faire voir les Grecs tels qu’ils étaient quand je les ai visités , et leur pays tel que je l’ai pour ainsi dire senti. Sentir me parait être le mot qui convienne le mieux , en parlant d’un pays où le passé parle aussi souvent à l’imagination , que le présent parle aux yeux.

On pourra trouver que je m’exprime quel-

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quefois avec trop d’enthousiasme; du moins cet enthousiasme n’est point factice. Assez d’autres chercheront à déprimer les Grecs; assez d’autres se feront un mérite d’étaler les griefs dont les ennemis de leur cause se plaisent à les charger, et diront qu’ils ne sont pas dignes de cette liberté pour laquelle il a été déjà versé tant de sang. Moi qui me suis battu pour cette cause, qui me suis doublement identifié avec elle en épousant une Grecque devenue pour jamais la compagne de ma vie, je ne chercherai point à flétrir une nation que ses malheurs rendraient digne du moins d’une pitié profonde , si la liberté ne devenait le prix de ses efforts héroïques.

La protection qu’on la menace aujourd’hui de subir, pourrait, si elle se réalisait, m’inlerdire mon retour dans ce pays. Qu’irais-je faire dans la Grèce municipalisée à la Turque, dans la Grèce non libre , dans la Grèce vassale de son plus mortel ennemi? Mais il est à croire que la politique mieux éclairée des cabinets ,

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ne persistera pas dans l’adoption d’un projet que la Turquie elle-même repousse, parcequ’il ne livrerait pas assez promptement les victimes’à ses vengeances, et contre lequel la Grèce a déjà du élever une voix qui sera peutêtre entendue d’une des nations qui ont paru s’intéressér à son sort. C’est ce cri des nations que les souverains doivent écouter, et non les conseils timides ou intéressés de leurs ministres, toujours guidés par de chimériques alarmes sur leurs pouvoirs. C’est ce cri auquel le souverain de la Bavière a si loyalement répondu , ce cri qui vient de trouver aussi des échos parmi les braves de la Prusse , ce cii qui tôt ou tard deviendra le cri universel. Car il convient peut-être à quelques diplomates du moment que la puissance ottomane continue de donner un libre cours à ses desseins; mais ce système contraire au vœu général , n’est pas moins opposé aux vrais intérêts de l’Europe qu’à ceux de la Grèce.

Bruxelles, août 1827.

De Villeneuve.

JOURNAL

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