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PENDANT LES ANNÉES 1826 ET

DU 26 DÉCEMBRE l824 AU 6 MAI 1826.

Départ de Nancy. — Embarquement à Ancône. — Séjour dans les îles Ioniennes. ~ Départ pour le Péloponèse. — Arrivée à Pyrgos en Arcadie; conversation avec i’Éparque de cette ville. — Voyage à Tripolitza.

Je partis de Nancy le 26 décembre 1824* Je m’embarquai à Ancône pour les îles Ioniennes. Je mis pied à terre à Corfou, en mars 1825. Je passai de là à Céphalonie, à Ithaque, et enfin à Zante. Un grand patriotisme anime leurs babitans grecs-, mais le gouvernement anglais le

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réprime et rend ses effets presque nuis pour la cause de la liberté hellénique.

L’armée égyptienne venait d’opérer son débarquement en Morée et pressait vivement la forteresse de Navarin. Je résolus aussitôt de donner aux amis de l’indépendance toute la mesure de mes sentimens , en choisissant cette place pour mon début. J’eus bientôt des lettres de recommandation pour A. Maurocordato , le comte Theotochi , S. Trecoupi, et pour le général Costa Bozzaris : je mis à la voile le premier mai , amenant un domestique corfiote et 26 Grecs.

Des vents contraires nous ayant, obligés de jeter l’ancre à Pyrgos, je me présentai devant le gouverneur de cette ville pour lui demander des renseignemens sur la situation de l’armée j j’avais appris à Zanle qu’elle se trouvait non loin d’Arcadie , et je voulais me hâter de la rejoindre. « Soyez le bien venu , » jeune étranger, me dit ce Grec à figure pa- » triàrcale , » et après m’avoir engagé à m’as-

seoir sur un tapis, « il paraît, » continua-t-il, « que vous ignorez les derniers événemens » qui nous jettent dans la consternation-, vous » me demandez où est notre armée ? Hélas ! » elle n’existe plus. Le 19 avril a été un jour de » malheur pour la Grèce. Vous savez qu’Ibra- » him était devant Navarin à la tête de i3,ooo » hommes de troupes régulières, et que nos » braves s’étaient réunis pour l’attaquer, sous » les ordres du président Conduriotti ; mais ce » patriote tomba malade et forcé de retourner » à Napoli de Remanie , il eut l’imprudence de » donner le commandement à Scourti , marin » habile, mais général ignorant. Tous les ca- » pitaines furent offensés de cette nomination » injuste ; néanmoins voyant le danger de la » patrie , ils résolurent d’obéir à leur nouveau » chef. Une bataille décisive ne pouvait plus » être différée. Scourti fit de telles dispositions » que ses capitaines ne purent s’empêcher de » lui représenter « qu’il ne s’agissait pas d’un » combat naval ; qu’il fallait s’appuyer sur des

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» retranchemens , que ce serait une témérité » extrême d’exposer en rase campagne, une » armée sans bayonnettes , sans cavalerie et » sans canons. » Le général ne voulut rien en- » tendre, et il accepta la bataille le 19 avril. » Il occupait le centre de l’armée complète- » ment à découvert 5 les autres capitaines s’é- » taient placés sur les ailes , avec la précàu- » tion de se retrancher. Ibrahim les attaqua » d’abord , mais il fut repoussé par une fusillade » très vive 5 s’étant aperçu de la position du » centre , il y dirigea toute son artillerie •, la )) confusion ne tarda pas à se répandre dans » nos rangs, qui furent ensuite bouleversés » par la cavalerie arabe. C’en était fait des )) troupes de Scourti , si Bozzarris et Tzavellas » n’écoutant que leur valeur , ne se fussent » précipités sur les Égyptiens qui faisaient » un massacre horrible des Grecs dispersés. » Je ne crois pas actuellement qu’on puisse » sauver Navarin. Je vous engage à vous » diriger sur la capitale *, il est de votre devoir

» d’offrir, avant tout, vos services à notre gou- » vernement. ».

Je répondis à l’Éparque, que mon intention était de suivre ses conseils j je le priai de me procurer des chevaux , et il le fit sur-le-champ. Je partis pour Tripolitza.

A une heure de Pyrgos , je me trouvai dans une vallée délicieuse, arrosée par les eaux de l’Alphée. Le chant des oiseaux , le parfum des fleurs et le doux murmure du fleuve m’invitèrent à m’y reposer. Quelles sensations s’emparèrent de moi ! Je respirais la volupté de

la nature . O pays , autrefois , tant aimé

des dieux, m’écriai -je; ô séjour de l’innocence , de l’amour et de la simplicité , je te salue ! . Bosquets fleuris, où sont les nymphes qui vous embellissaient encore ? . et

vous , jeunes naïades, pourquoi fuyez -vous ma présence? . Mais quel bruit harmo¬

nieux frappe mon oreille ? Pan , aimable dieu des bergers , est-ce toi qui t’avances avec ton chalumeau? . Hélas! mes illusions s’é-

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vanouissent . je suis dans un désert au milieu

de l’Arcadie . O tyrans, tyrans exécrables, que

sont devenues les bergères de ces beaux lieux? .

Elles ont fui pour éviter le déshonneur ^ mais guidées par la liberté , bientôt elles reviendront se livrer à leurs plaisirs champêtres .

Je continuai ma route toujours en côtoyant les hords de l’Alphée. Le soir nous arrivâmes dans un petit village où nous reçûmes l’hos-^ pitalité d’une pauvre famille grecque. On nous présenta du mouton et des œufs avec du pain noir; nous n’avions ni couteau, ni fourchette; nos mains nous en servirent. Nous nous étendîmes ensuite sur une natte pour attendre le jour. Je ne dormis point.

Dès que l’aurore parut , j’éveillai mes compagnons et nous nous mîmes en marche. Quelques heures après , nous passâmes l’Alphée. Nous touchions à une cabane, quand plusieurs chiens se précipitèrent sur mon cheval : je fus obligé de tirer mon sabre , et je blessai mortellement un de ces furieux animaux. Le maître

du chien entendit ses cris , il accourut , et le voyant baigné dans son sang, il appela des paysans qui travaillaient dans la campagne. Armés de pioche , de pique et de fusil , ces malheureux s’avancent contre nous et veulêïit nous attaquer. Heureusement que nous aperçûmes une troupe de soldats ; nous les attendîmes.

Je racontai au [général le motif de la dispute et celui de mon voyage. «Vile canaille , » dit-il aux paysans , « vous voulez ôter la vie » à un homme qui vient combattre pour votre » liberté ; hâtez-vous de retourner sur vos » pas , ou j’ordonne à mes gens de vous mas- » sacrer. »

Ce brave général se nommait Peta; il me dit qu’il rejoignait l’armée de Petro-Bey ; je lui demandai des nouvelles sur les affaires , il ne put ri^ri m’apprendre.

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Description de la ville de Tripolitza. — Le prince Démétrius Ipsylanti. — Le colonel Fabvier.

Le 6 mai, nous arrivâmes à Tripolitza. Cette ville est située dans l’ancienne plaine de Mantinée; une muraille l’entoure et la défend d’un coup de main. Elle fut saccagée par les Grecs lorsqu’ils s’en emparèrent en 1821. On n’y voit plus que des ruines.

Ayant appris que le prince Ipsylanti était à Tripolitza , je m’empressai de lui rendre visite. C’est un homme d’environ trente ans , d’une taille médiocre ; sa figure, quoique laide, a beaucoup d’expression ; il est presque chauve ; sa conversation et ses manières sont froides. Venu en Grèce, au commencement de l’insurrection , ce prince aurait pu profiter des idées que les Grecs 'attachaient aux opérations de son frère Alexandre , pour s’emparer du pouvoir.

On le reçut partout avec un enthousiasme difficile à décrire , mais il ne s’en servit point j et bientôt , il devint la victime de l’intrigue de ceux auxquels il portait ombrage. Il mène depuis longtemps une vie retirée.

M. Graillard, ex-officier français, partage sa solitude.

L’opinion publique, qui se trompe rarement dans ses jugemens, dit Ipsylanti plein de patriotisme et de loyauté. Il accueille bien les étrangers : en i8i4 il était capitaine dans l’armée russe.

On m’apprit que quatre officiers français étaient arrivés à Tripolitza, Je volai à leur demeure. L’un d’eux me dit : « Je voyage sous » le nom de Morel , mais je suis le colonel » Fabvier. » — « C’est le plus beau jour de ma » vie , » lui répondis-je , « en serrant avec » transport ce brave militaire dans mes bras. »

M. Fabvier se rend à Napoli de Remanie j les Philhellènes doivent s’enorgueillir de le voir parmi eux.

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DU 11 AU l4 MAI.

Route de Tripolitza à Napoli de Remanie. — Mily ou. les Moulins. — - Fortifications de Napoli. — A. Maurocordato. — L’Ile de Sphacte'rie tombe au pouvoir des Arabes. — Mort glorieuse du comte Santa Rosa et de deux capitaines Grecs. — Noms des principaux Grecs. — Réponse du sénat à la soumission de deux capitaines qui s'^étaient révoltés.

Le 1 1 mai , je partis de Tripôlitza ; je traversai la plaine , et , après quatre heures de marche , je m’enfonçai dans les défilés qui conduisent à Napoli.

Le soir, je Couchai au bord de la mer , dans un petit village appelé Mily ( les Moulins) , environ à deux milles de la capitale de la Grèce régénérée.

Le lendemain au matin , j’entrai à Napoli. Cette ville est bâtie au fond du golfe auquel elle a donné son nom , sur une langue de terre où l’on n’arrive que par un chemin resserré

entre la mer et un rocher élevé , sur lequel est située la fameuse forteresse de Palamide^ aujourd’hui le Palladium de la Morée. Napoli elle-même est bien fortifiée, excepté du côté du port ; mais un petit fort bâti sur un rocher, dans la mer, en défend l’entrée.

A. Maurocordato , pour qui j’avais des lettres de recommandation , me fit un accueil flatteur ; il me donna un appartement dans sa maison. Son physique annonce un homme d’esprit ; il passe pour être le meilleur diplomate de la Grèce. Le premier rang qu’il occupe dans les affaires lui a fait beaucoup d’ennemis.

Quelques personnes , qui le peignent sous les couleurs les plus noires , assurent que son règne touche à sa fin. Le temps nous éclairera. Il arrive de Navarin. On dit qu’il n’y a pas fait preuve de courage. Voilà les détails les plus circonstanciés sur les affaires qui ont eu lieu.

Le 8 , toute l’escadre d’Alexandrie se rangea devant le golfe de Navarin , et tandis qu’elle bombardait les batteries de Sphactérie , Jbra-

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him fit débarquer sur cette île des troupes con duites par le renégat Selves , et s’en rendit maître après la mort de Santa Rosa et de deux capitaines hydriotes A. Tzamados et Stavro Solkini.

A. Maurocordato , qui aurait dû rester à son poste jusqu’à la mort, se sauva à bord d’un bâtiment grec qui eut le bonheur de traverser la flotte ennemie.

Le comte Santa Rosa fut tué en faisant le service d’artilleur. Cet ex-ministre jouissait d’une belle réputation bien méritée ; victime de son zèle pour la cause sacrée , puisse son nom être conservé dans les annales de la liberté ‘ !

’ Le comte Santa Rosa avait quitte FAngleterre^ fatigué de l’état de nullité auquel il s’y voyait réduit. Il se sentait le moyen de faire de grandes choses. C’est en Grèce qu’il crut pouvoir se rendre utile à la cause de la liberté pour laquelle il avait sacrifié quelques années auparavant sa fortune et ses affections. Reçu ffoidemeiit

FAIT EN GRÈCE. l3

Après A. Maurocordato , les hommes qui jouissent, en ce moment de la plus grande considération , sont ;

CoNDORioTTi , président du corps exécutif. Miauus, amiral de la flotte.

Sachtoüris , 'vice-amiral.

Le fameux Canaris.

Les frères Tombazis.

Nikita ou Nicétas, surnommé le Turcophage.

Caraïskaki , général roméliote.

Tzavellas , général souliote.

CoLLETTi , membre du pouvoir exécutif, an-

cien médecin d’Ali , pacha de Janina. Il a été longtemps ministre de la guerre , il doit sa for-

par le gouvernement grec, il se borna à demander l’autorisation de suivre Tarmée en qualité de simple soldat. C’est comme simple soldat qu’il combattit le 19 avril devant Navarin , et c’est comme simple soldat qu’il entra dans cette place , lorsque l’armée grecque qui protégeait les assiégés étant dispersée, il ne restait aucun espoir de salut à qui s’y trouvait renfermé, et c’est comme simple soldat qu’il fut tué dans l’île de Sphacterie ! .

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tune à l’insurrection ; c’est un des plus mortels ennemis de Colocotroni.

S. Trecoupi , roméliote , membre du pouvoir législatif. Il a de grands talens oratoires.

André Zaimis.

Les deux Londos.

Germanos, évêque de Fatras.

Notaras.

Costa Bozzaris , frère de l’immortel Marc. L’évêque d’Arta.

Le généi’al Gouras, gouverneur d’Athènes. Le comte Teotochi, corfiote, ministre de la justice.

Le comte Metaxa de Cépbalonie , ministre de la guerre.

Pappa Flescia ou Grégoire Dikeos, ministre de l’intérieur.

Panajotti Dimitracopulo.

André Anargira.

Anagnosti Deligiani....

Petro Bey.

Le fils de Bombolina.

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Mavromicalis ,

Et la jeune et belle Mado Mavrojény , qui consacre aux combats une existence qui devrait s’écouler dans les plaisirs , l’amour et la yolupté.

Deux capitaines grecs, qui avaient été déclarés traîtres à la patrie , parce qu’ils avaient pris part à la révolte de Colocotroni contre le gouvernement , viennent de rentrer en Morée; ils ont réuni 5 ou 600 hommes et ils demandent au sénat ses ordres pour marcher à l’ennemi. — Le sénat use envers eux d’une sévérité qui pourra nuire à la cause de la Grèce. Sa réponse aux soumissions des capitaines est laconique : « Traîtres , quittez le Péloponèse , ou » nous vous ferons poursuivre et punir exem- » plairement. »

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DU l4 MAI AU 1®^ JUIN.

Capitulation du vieux Navarin, — Le général Roche, — Le président Gonduriotti, — Position difficile du gouvernement, — Détention de Colocotroni, — Les troupes régulières, — Capitulation de la forteresse de Navarin. — Conversation du pacha Ibrahim avec un officier Piémontais. — Propositions de Soliman Bey à quelques officiers étrangers. — Leur réponse. — L’Anglais Millingen abandonne les Grecs pour passer dans les rangs de leurs ennemis, — Soliman Bey, ou le colonel Selves, — Ibrahim viole les articles de la capitulation.

Des lettres de Navarin ont été reçues par le gouvernement. Le vieux château a capitulé.

La garnison , commandée par un philhellène Américain , M. Jervis , doit arriver incessamment à Napoli. — Les Moréotes murmurent contre la captivité de leurs chefs. — Le sénat a publié une proclamation ; il appelle aux armes tous les citoyens pour secourir la for-

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teresse de Navarin. Je ne vois pas qu’on y réponde avec enthousiasme.

M. Roche , général français , est ici depuis un mois. Il a été envoyé par le comité philhellénique de Paris. M. Roche est un homme instruit; il a des sentimens élevés; il est digne de la confiance de la société honorable qu’il représente.

Le président Gonduriotti vient départir pour Hydra. Je lui ai été présenté avant son départ. Il m’a remercié de mon enthousiasme , et m’a dit que le gouvernement profiterait de mes bonnes dispositions.

M. Gonduriotti est un homme très simple , sans instruction , mais immensément riche , et sa caisse a été d’une grande utilité.

Le gouvernement est dans une position très difficile; le peuple refuse de prendre les armes si on ne lui rend pasGolocotroni qui est détenu à Hydra. J’espère que le danger de la patrie fera taire les ressentimens, et que bientôt nous verrons arriver ici l’homme qui a déjà deux

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fois sauvé la Morée, et qui doit être encore son libérateur.

Tout ce que j’avais entendu dire en France sur la position actuelle de la Grèce, était bien loin de la vérité. Point d’organisation militaire , point d’ensemble dans le gouvernement , fort peu de patriotisme.

Un seul bataillon est organisé à l’européenne, et ce bataillon fait pitié. Les officiers sont tous aussi ignorans que les soldats. M. Rhodius a fait ses études pour être médecin, et il est à la tête de cette troupe ! Je dois cependant rendre justice à deux de ces officiers. MM. Garel et Dujourdhui sont d’une valeur éprouvée, et capables de former de bons soldats, s’ils parlaient la langue du pays. Ils étaient l’un et l’autre à la bataille de Peta , où plusieurs de mes compatriotes trouvèrent une mort glorieuse.

La forteresse de Navarin est au pouvoir des Turcs...

Le 1 3 , les Arabes commencèrent à la bombarder par terre et par mer ; ils avaient établi des batteries sur l’Ilot.

Le i4) la garnison fit une sortie; le jeune fils du brave commandant Garel s’empara d’un drapeau , et fut blessé à la figure.

Le 1 6, les provisions manquaient , il n’y avait plus d’eau ; presque tout le monde était malade. Cependant l’espoir d’être secouru par la flotte grecque soutenait encore les assiégés.

Le 17, dès la pointe du jour, les colonnes arabes s’ébranlèrent , on donna l’assaut. Le canon de la forteresse vomit sur les Égyptiens la mort et l’épouvante.

Chacun des soldats grecs était à son poste ; les hymnes^ de la patrie, les chants de victoire enflammaient les courages. Cependant, l’en-

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nemi obtient du succès . La belliqueuse ar¬

deur des Grecs s’en irrite, ils s’élancent, soutenus par l’enthousiasme de leurs chefs. Ce n’est plus un combat, c’est une boucherie; une balle effleure l’épaule du général grec, le jeune Garel reçoit deux coups d’jataglian. Trois Arabes l’entourent; il leur oppose en vain son adresse

à manier le sabre , il voit son sang couler .

il se croit perdu . . le cri de Vive la liberté l

le rappelle à lui-même ; trois ou quatre moulinets le dégagent ; il se retrouve au milieu de ses camarades ; l’ennemi fuit de toutes parts.

Le 20, les assiégés proposèrent de négocier, à condition que le feu cesserait sur-le-champ. Un officier piémontais sortit de Navarin en parlementaire. Ibrahim-Pacha lui demanda s’il avait servi Napoléon ( c’est la première question qu’il adresse à tous les Européens) : sur la réponse affirmative de Tofficier, il lui dit : « Eh » bien, que pensez-vous, en comparant l’ha- » billement sale et déguenillé que vous portez » aujourd’hui avec les uniformes hrillans des

» armées françaises? » Le Piémoniais lui répondit naturellement que Vhahit n’entrait pour rien dans les motifs qui décidaient un militaire à se dévouer à une cause noble

et généreuse.

Ibrahim répliqua : « Quand vous retour- » nerez en Europe, vous rirez bien de tout ce » que les journaux auront dit sur les affaires » que vous aurez vues de vos propres yeux; au » moins vous pourrez assurer qu’Ibrahim ne » mange pas la chair humaine , comme on le

» prétend dans ce pays. »

Là-dessus l’officier traita de la capitulation , et il fut décidé que le vingt-trois les Grecs sortiraient de la forteresse, et s’embarqueraient sur des bâtimens neutres pour Calamata '.

’ Soliman Bey est un homme de 45 ans environ. Officier dans l’armée française jusqu'en i8i5, la chute de Napoléon le priva de l’unique moyen d’existence qu’il connut, le service militaire. Après avoir cherché vainement à se créer une nouvelle existence dans sa patrie, il émigra et se rendit en Égypte où il obtint de Mehemet Ali d’instruire quelques Arabes à l’européenne. Lorsqu’il les fit manoeuvrer devant le Pacha , celui-ci se décida à

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Le jour indiqué, la garnison mitbasles armes, et les Arabes entrèrent dans Navarin.

Ibrahim-Pacha fit proposer à plusieurs officiers, par Soliman-Bey (l’ancien colonel Selves), de passer à son service. « Le noble Ibrahim , » leur dit-il , vous oflTre des rangs honorables » dans son armée. On dit en France que le » parti des Grecs est celui de la belle cause ; » cela se peut, mais elle est perdue, et notre » prince vous accordera des appointements » bien plus considérables que ceux dont vous » jouissez. »

« Colonel , ce n’est point l’or des Grecs que » nous sommes venus chercher , répondirent » ces braves , c’est leur liberté que nous vou-

former des troupes régulières, et il nomma Soliman (alors se faisant appeler colonel Selves) instructeur^ general ; mais cela n’aurait eu qu’une dure'e précaire; Soliman le sentit , et il demanda d’être instruit dans la religion de Mahomet, disant que le prophète lui était apparu en songe et lui avait ordonné d’ouvrir les yeux à la vraie lumière. C^est ainsi qu’il obtint le rang de Bey et le commandement d’un régiment.

» Ions, et pour laquelle nous combattrons jus- » qu’à la dernière goutte de notre sang. Vous, » servez un tyran et puissiez-vous oublier au » milieu des trésors d’ibrahim la honte d’a- » voir confondu l’honneur de porter l’uni- » forme français avec tout l’opprobre d’un » turban. »

Cette fierté plût au renégat^ les officiers européens conservèrent leurs armes.

Un docteur anglais, M. Millingen demanda à Soliman Bey quelle était la solde des médecins dans l’armée égyptienne; on lui répondit qu’elle était de 55o piastres par mois. Le jeune anglais dit qu’il n’en recevait que 5oo des Grecs , et pria qu’on le conduisit au Pacha. Soliman le fit accompagner par un sous- officier , mais il lui lança en même-temps un regard de profond mépris '.

’ Ibrahim Pacha paraît avoir une trentaine d’années, son regard est doux et gai ; il n’annonce pas la férocité qui est au fond de son coeur.

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Les troupes grecquesfurent embarquées pour Calamata,où elles se rendirent sous l’escorte de deux goélettes , l’une autrichienne , et l’autre française , \Amaranthe qui était arrivée d’Alexandrie avec le trésor d’Ibrabim . Avec le

trésor d^Ibrahim ! ! ! !

Ce pacha , contre la foi du traité, retint prisonniers les deux généraux grecs.

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