LE 1" AOUT AU SOIR
sur une colline qui domine la plaine de Marathon.
Je suis parti ce matin d’Athènes pour visiter les antiquités de Marathon.
Après quatre heures d’une marche agréable au milieu de vignes chargées de raisins , j’arrivai dans un village entièrement détruit; nous nous y arrêtâmes pour nous rafraîchir et nous continuâmes ensuite notre voyage par un chemin affreux pratiqué dans les rochers...
Le soleil n’est point encore couché , et il y a plus d’une heure que nous sommes arrivés
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au village de Marathon. Il est situé sur une hauteur à peu de distance de la mer , la plaine s’étend à gauche , ime rivière dont les hords sont ombragés de lauriers coule au has de Marathon.
A trois heures du village, on trouve les ruines d’un temple j mais elles ne méritent pas qu’on aille les visiter. Ces ruines consistent en quelques colonnes de marhre.
Dans la plaine de Marathon , sur les hords de la mer , sont aussi épars çà et là plusieurs morceaux d’antiquité; mais ce qu’il y a de plus remarquable , ce sont les restes d^un temple dans une petite île formée par un marais ; un berger y a établi sa demeure ; et j’ai vu des vases pleins de lait suspendus aux colonnes qui furent autrefois chargées de l’hommage des peuples....
Sur la droite de l’ile on trouve un beau lion en marbre.
Marathon par les souvenirs qu’il rappelle doit attirer les voyageurs.
Dans la plaine on voit une quantité de tumulus ; le plus remarquable est le tombeau de Miltiade.
Il fait un temps épouvantable *, je me suis réfugié dans une petite cabane ; c’est avec impatience que j’attends le jour pour retourner à Athènes.
Un danger bien imminent nous attendait, si l’insomnie ne m’eut fait sortir de ma retraite à la pointe du jour.
A peine eussé-je jeté les yeux sur la mer que j’aperçus plusieurs bâtiments qui faisaient voile sur Marathon. J’appelai mes gens et ils pensèrent comme moi que ce pourrait être des Turcs de Négrepont.
En un moment , tous les habitants du village furent prévenus et leurs familles se retirèrent à la hâte dans les montagnes. Je par-
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vins à réunir une cinquantaine de paysans en leur persuadant de défendre le village. Nous nous retranchâmes sur la grande place et nous vîmes l’ennemi s’étendre dans la plaine et enlever un grand nombre de chevaux et de moutons.
Une malheureuse femme qui n’avait pas eu le temps de gagner les montagnes , fut massacrée par ces brigands.
Vingt cavaliers nous ayant aperçus s’élancèrent sur nous , mais ils furent reçus par une fusillade très vive qui les contraignit à rejoindre leurs camarades. Ils revinrent bientôt nous attaquer en masse , nous combattîmes en désespérés 5 chacun de nous avait six adversaires.
Quoique le courage de mes soldats ne fut point enflammé par le souvenir de cette fameuse bataille qui décida du sort de la Grèce , en anéantissant la formidable armée des Perses qui croyaient tout envahir , ils ne s’en montrèrent
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pas moins les dignes enfants de la patrie et de la liberté.
Marathon, célèbre dans les annales de l’ancienne Grèce, devait encore devenir célèbre dans les annales de la Qrèce regénérée.
Qu’on s’imagine une poignée de braves inexpérimentés dans l’art des combats, se rangeant autour d’un Philhellène, et obéissant à une voix étrangère qui leur crie à chaque instant ; « Liberté ! Patrie ! Marathon!
Qu’on s’imagine ces braves attentifs au commandement de leur chef, brûlant d’une ardeur belliqueuse et défiant le nombre et la férocité des Turcs.... Qu’on les voie couverts de poussière et de sang, abandonnant le champ de bataille après l’avoir défendu avec une valeur héroïque, pour se retirer dans une maison où le courage va lutter quelques instants encore contre la fortune et le nombre....
Qu’on voye les Turcs, furieux de ne pou-
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voir dévorer leur proie, saisir la torche enflammée et incendier la maison en poussant des hurlements de fureur et de rage.... Ils croient ces barbares qu’ils vont être témoins de notre supplice!... Ils sont loin de penser que cette flamme même qu’ils allument doive servir à consumer leurs cadavres!...
Il n’y a plus à balancer ; « en avant , s’écrie-t-on tous ensemble, « en avant » et nous nous élançons au milieu des ennemis. Quel carnage ! on se presse, on se pousse, on s’arrache les armes de la main... Quatre Grecs sont tués... Nous sommes presque tous blessés... Vingt Turcs tombent sous nos coups, et le reste se bâte de gagner le bord de la mer.
Malgré nos blessures nous les poursuivons; la victoire nous prête ses ailes. Trois des leurs expirent encore sur le rivage.... Ils sont dans leurs barques ! Ils cinglent vers Négrepont qu’ils voudraient n’avoir pas quitté !.... et les vieux échos de Marathon condamnés depuis
si longtemps au silence, répètent avec plaisir nos chants d’allégresse....
Qu’on voie des femmes et des enfans rentrer dans leurs maisons abandonnées et soigner des blessures aussi graves que douloureuses ; qu’on voie l’épouse à genoux , les larmes aux yeux, étancher le sang de son époux , la jeune fille celui de son père ; qu’on se représente tout cela, et l’on saura, comme moi, ce qui s’est passé dans cette affaire si mémorable .
Que l’homme est heureux quand il croit avoir rempli tous ses devoirs!
Depuis ma naissance je n’avais jamais éprouvé de sensations aussi douces que celles que j’éprouvai immédiatement après ce succès inespéré !...
J’avais une blessure assez grave au genou, mais plongé dans des reflexions agréables, je ne sentais aucune douleur ! J’étais entouré de femmes , de vieillards et d’enfants -, je
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ue voyais rien : j’étais tout entier à moimême ! .
DU 5 AU l4 AOUT.
L’auteur revient à Athènes, — Les Grecs sollicitent la protection du gouvernement anglais. — Un député chargé de faire signer cette supplique arrive de Napoli. — Belles paroles d’Anastasaki Lidoriki. — Le baron Lubtow. — Combat naval de Missolonghi. — Victoire de la flotte grecque. — Le Pacha propose une capitulation aux assiégés, — Leur réponse, — Affaire mémorable. — Mort du jeune Trécoupi. — Notice sur Missolonghi.
Mes amis m’ont embrassé avec le plus grand plaisir; ils craignaient que je ne fusse tombé au pouvoir des Turcs.
Les Grecs ont résolu de demander au gouvernement Britannique sa protection ; il vient d’arriver de Napoli un député chargé de faire signer l’adresse rédigée à cet effet.
Cette demande faite par des hommes ennemis de la liberté de leur pays doit être
expédiée à Corfou. Nous en verrons le résultat.
Ces Grecs-Anglais s’imaginent qu’ils verront bientôt flotter le pavillon de la Grande- Bretagne.
Maurocordato est l’âme de ce parti. Cependant, malgré son influence, nous aimons à croire que les habits rouges ne s’offriront jamais à nos yeux.
A quoi auraient servi les sacrifices et les privations d’un peuple opprimé pour briser ses fers, s’il tombait actuellement sous le joug des Anglais, joug mille fois plus insupportable que celui des Turcs. Non, les Anglais ne s’empareront jamais de la Morée. Tous les Grecs amis de la liberté s’enseveliront plutôt sous les ruines de leur patrie....
Quel malheur que ce pays soit le théâtre de l’intrigue et celui d’une guerre destructive ! il est si riche et si beau ! Dans tous mes voyages je n’en ai pas trouvé un qui puisse lui être comparé. L’Italie dont le cli-
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mat est si agréable et la terre si reconnaissante, est loin de posséder les vallées fertiles de: l’Alpliée, de l’Inaclius et du Céphise et les nuits délicieuses de la Grèce.
J’ai été chez le député avec plusieurs Athéniens.
Anastasaki Lidoriki heau-frère du général Gouras, après avoir lu, avec beaucoup d’attention, la demande faite au gouvernement anglais , l’a jetée aux pieds du député en s’écriant avec une noble colère : « un véri- » table patriote ne doit pas lire une telle pro- » position ! » Pai’oles mémorables qui passeront à la postérité.
LE lO AOUT.
Les généraux Caraïskaki et Tzavellas sont partis du camp de Salona à la tête de 4oo braves pour aller surprendre les Turcs qui bloquent Missolonghi.
La position de cette ville est affreuse. Je
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gémis sur les maux que doit endurer un de mes amis qui se trouve au nombre de ses défenseurs.
Le baron de Lubtow, avec qui je me suis lié d’amitié pendant mon séjour en Allemagne, est un des plus zélés partisans de la Grèce; ce jeune homme a quitté sa famille et sa patrie par enthousiasme pour la liberté.
A peine arrivé en Morée, il a obtenu du gouvernement l’ordre de former un petit corps, et peu de temps après il est parti pour Missolonghi où il est toujours resté.
Le hasard lui ayant fait tomber entre les mains une jeune et jolie turque, il vit absolument pour la gloire et l’amour. Mais, je le répète : je gémis sur son sort, car
« Sine Cœrere et Baccho friget Venus »
La flotte partie d’Hydra vient d’augmenter sa réputation devant Missolonghi.
L’amiral turc qui voulait accepter le com-
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bat quand l’ennemi se présenterait , avait fait de bonnes dispositions.
Un nombre considérable de petits bâtiments s’étaient placés dans la baie de Missolonglii pour bloquer plus étroitement cette malheureuse ville; et, la grande flotte composée de plusieurs vaisseaux de ligne, de sept ou huit frégates, de 3 ou 4 corvettes, et d’une cinquantaine de bâtimens de moindre force, se tenait en pleine mer , à une distance d’environ 5 à 6 milles de la baie, où elle croyait que les Grecs devaient infailliblement se présenter.
Miaulis instruit de la position de la flotte, fit un détour et parvint pendant une nuit obscure à entrer dans la baie de Missolongbi. Tous les bâtimens Turcs furent pris ou coulés à fond.
Quand l’amiral apprit cette surprise , il se bâta d’aller au secours des siens, mais il était trop tard.
Les Grecs ne s’épouvantèrent pas de ses
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forces formidables. Ils n’avaient que trentetrois bricks et ils marchèrent à sa rencontre avec 3 ou 4 brûlots.
Dès que les Turcs les aperçurent, sans songer à leurs forces, ils prirent honteusement la fuite, abandonnant les côtes de la Grèce.
Cette victoire qui ouvre le port de Missolonghi à tous les secours, a ranimé le courage de ses défenseurs, et nous fait espérer que le Pacha qui commande le siège, n’accomplira pas les promesses qu’il a faites au sultan. Il lui a promis, sur sa tête, et sa famille répond de sa promesse , il lui a promis de s’emparer de Missolonghi ; aussi presse-t-il le siège avec une activité et une audace étonnantes dans un turc.
Deux ou trois jours avant l’arrivée de la flotte grecque, la garnison de Missolonghi était au désespoir : le pain et les munitions manquaient. Le Pacha fit proposer une capitulation portant que tous les capitaines se
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retireraient avec armes et bagages j et il fit dire que si l’on refusait, il prendrait la ville d’assaut le lendemain et que tout le monde serait passé au fil de l’épée.
Les Grecs résolus de mourir les armes à la main, pour toute réponse à la proposition du Pacha , remirent quelques bouteilles de rhum à son envoyé, en le priant de dire à son maître, « que le lendemain avant l’assaut, » ils lui conseillaient de faire boire cette li- » queur à ses enseignes, afin qu’ils eussent ' » plus de force et de courage, pour planter » leurs drapeaux sur les murs de Missolon- » ghi. »
Le Pacha, indigné de cette audace, tint parole, et le lendemain il donna l’assaut.
Les Turcs furent repoussés quatre fois; et quatre fois ils revinrent à l’attaque avec un acharnement inoui.
Enfin ils se retirèrent, après avoir perdu 800 hommes. Les Grecs en perdirent deux
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cents, mais ils eurent à regretter le frère de M. S. Trecoupi.
Ce jeune homme plein de bravoure et de patriotisme fut atteint d’un coup mortel en défendant la ville qui l’avait vu naître.
Missolonghi malgré cette victoire est toujours vivement assiégée , mais nous craignons peu l’acharnement du Pacha. Des braves comme les soldats qui sont dans celte place, décidés à vaincre ou à mourir , sont invincibles.
Missolonghi est bâtie à l’entre du golfe de Patras; sa fondation date de plus de trois siècles.
Les habitans vivaient du produit de leur pêche.
A l’époque de l’insurrection les maisons de Missolonghi n’excédaient pas le nombre de 600 , mais aujourd’hui la ville est quadruplée et embellie de quelques édifices publics parmi lesquels on compte un Lycée, une Im-
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primerie, et une École d’Enseignement mutuel.
En considération de la bravoure, de l’industrie et de l’esprit public de ses habitans, ainsi que de sa situation militaire, Missolonglii a été érigée en chef- lieu de la Grèce occidentale.
Les Chroniques -Helléniques ^ journal respirant l’amour de la liberté, y sont rédigées par le docteur Meyer, Suisse pliilhellène qui a épousé une Grecque.
La ville est régulièrement fortifiée et garnie de canons; chaque batterie porte le nom d’un homme illustre, tel que Guillaume Tell, Franklin, Montalembert, le prince d’Orange, et Byron. Un large fossé environne la ville et deux autres fossés plus petits sont en dedans du premier.
Du côté de la mer les gros bâtimens sont contraints de s’arrêter à deux lieues de distance près de l’ilot Vassiladi, qui communi-
que à la ville par un canal étroit pratiqué dans les lagunes.
Vassiladi est défendu par une redoute palissadée et garnie de douze canons; il ne peut être occupé par plus de cent personnes.
Il y a dans les bas-fonds d’autres îlots inhabités, dont le plus important par sa proximité de la ville est celui de Clissova.
Ces bas fonds se prolongent jusqu’au golfe d’Annatoliko et rendent difficile à bloquer le point militaire de Missolonghi.
DU l4 AU 24 AOUT.
L’auteur part d’Athènes pour retourner à Napoli, — Danger qu’il court à Salamine. — Les ruines d’Epidaure. — Tombazis et Canaris tentent de brûler la flotte égyptienne dans le port d’Alexandrie. — Les adieux de Canaris à ses compagnons d’armes. — Les généraux Caraiskaki et Tzavellas surprennent les Turcs qui assiègent Missolonghi. — Grande victoire des Grecs.
J’ai quitté ce matin Athènes avec le plus vif regret.
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Mon intention était d’y séjourner encore; mais je suis rappelé à Napoli par une lettre du ministre de la guerre.
Salamine.
Trois heures après mon arrivée ici, je fus sur le point de perdre la vie; je ne sais ce qui a retenu la main prête à me frapper.
Des soldats , venus des îles voisines avec le projet de piller la ville , commencèrent par chercher querelle aux habitants. Ils en vinrent bientôt aux mains , et une vive fusillade se fit entendre du côté du port. Des cris affreux se mêlèrent à l’explosion des armes à feu , et l’on entendit de tous côtés : « Les Turcs ar- » rivent ! les Turcs ont surpris Salamine ! »
Je saisis mes armes et je courus sur la place où jê vis des Grecs qui se poursuivaient le sabre à la main ; le sang ruisselait déjà . Je re¬
vins à la hâte rassurer mes hôtes , et je me rendis, ensuite, au port.
A peine y étais-je arrivé que cinq ou six
Grecs se précipitèrent sur moi et l’un deux m’appuya son pistolet sur la poitrine.
Mon premier mouvement fut de prendre mon sabre ; je m’arrêtai tout-à-coup' et bien m’en valut, car si je l’eusse fait, j’étais perdu. Mon sang-froid me sauva, cc Je suis votre ami , » dis-je à mes agresseurs, et vous voulez m’as- » sassiner!.... » Ils me laissèrent aussitôt.
Je rentrai chez moi , après avoir réuni les soldats qui m’accompagnaient et je résolus de me battre jusqu’à la mort , si l’on voulait piller la maison de mes hôtes.
Tout le monde se renferma chez soi en attendant le résultat de la rixe qui s’était engagée. Je plaçai une sentinelle à la porte de notre maison et je me retranchai sur la terrasse.
La fusillade continuait ; je tremblai pour Salamine , mais elle cessa et nous en fûmes quittes pour la peur. Je sortis alors avec mon domestique, laissant mes soldats pour garder la maison , car je ne me fiais point aux appa¬
rences.
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Tout était tranquille, je trouvai trois hommes étendus sur le bord delà mer. Ils avaient été tués au moment où ils voulaient s’embarquer.
NAPOLI, LE l8 AOUT.
Le soir même de la rixe qui eut lieu à Salamine je devais partir pour Piada 5 mais la crainte que le bruit ne recommençât pendant la nuit me retint jusqu’au lendemain.
La nuit fut paisible ; à la pointe du jour je m’embarquai pour Piada et le soir j’arrivai à Epidaure.
Je visitai ses restes d’antiquité , j’avais envie d’aller à quelques heures plus loin voir un temple d’Esculape, mais je fus obligé de renoncer à ce projet et nous partîmes sur le champ pour Napoli.
Nous couchâmes dans un petit village à cinq heures de la capitale et environ à une heure des ruines d’Iero.
Le matin nous nous y rendîmes, nous admirâmes de superbes colonnes de marbre; à onze heures nous arrivâmes à Napoli.
Une ligue s’est formée contre moi pendant mon absence.
Dans un pays étranger , en Grèce surtout, en Grèce où la philantrophie amène la plupart de ceux qui ont pris le titre de Philhellènes, au lieu de nous réunir pour combattre les tyrans, nous nous déchirons les uns les autres!
L’entreprise la plus hardie que les Grecs aient tentée depuis l’insurrection , vient d’avoir lieu.
Toute la flotte égyptienne , une grande partie de celles de Constantinople et des régences barbaresques,avec une multitude de transports chargés 'de troupes et de munitions , se trouvaient réunis dans le port d’Alexandrie.
Le capitaine Emmanuel Tombazis conçut le projet de les incendier. Il partit avec sa goë-
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lette , un brick de guerre et deux brûlots, dont l’un était monté par Canaris.
Parvenus à la hauteur d’Alexandrie, les brûlots se détachèrent sous pavillon étranger , arrivèrent à l’endroit où. un pilote-côtier vint à bord , comme d’ordinaire , pour conduire le bâtiment de Canaris à travers les bas fonds et les sinuosités du port.
Favorisé par la brise , Canaris allait s’accrocher au vaisseau amiral quand un vent de terre le repoussa violemment; reconnu par l’ennemi et foudroyé par deux bâtimens de guerre, le héros d’Ipsara ne perdit pas courage; il mit le feu à son brûlot qui se consuma sans efîet , s’élança sur la barque , et sortant du port , fut accueilli par Tombazis qui arbora aussitôt le pavillon de la liberté, et qui fit voile pour Hydra , se riant de la fureur du vieux Méhémet-Ali....
Lorsque Canaris s’embarqua pour cette expédition , il remit son épouse et son fils entre les mains de ses camarades ; « Compagnons de
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» mes travaux , » leur dit-il , « je vais où le » salut de notre chère patrie m’appelle : je » vous laisse mon épouse et mon fils ; si je » succombe , donnez leur des armes et qu’ils » meurent en combattant les barbares. »
Les deux généraux grecs, Tzavellas et Caraiskahi partis , de Salona parvinrent sur les sommités de l’Aracynthe , et avertirent de leur arrivée les assiégés.
Favorisés par une nuit obscure , ils pénétrèrent dans le camp de Rescbid Pacha ^ où ils commencèrent le carnage avec des cris aflFreux qui jetèrent le désordre et l’épouvante parmi les Turcs.
Trois beys eurent la tète coupée ; et si les Grecs ne se fussent point amusés à piller les richesses qu’ils aperçurent , le pacha tombait entre leurs mains j il n’eut que le temps de monter à cheval et de s’échapper au galop.
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La garnison de Missolonghi fit une sortie et les Turcs essuyèrent une perte considérable.
Caraiskaki et Tzavellas, après s’être abreuvés du sang de leurs ennemis , après avoir porté la terreur et la mort, avec 400 hommes jusque sous la tente du paclia , entourée de 3o,ooo combattants , se retirèrent dans les montagnes.
Un des capitaines de ces . généraux , Nicotzaras, entra, dans Missolonghi avec sa compagnie.
Ibrahim -Pacha est parti pour Modon., laissant à Tripolitza une garnison de 4ooo hommes, sous les ordres de Soliman-Bey.
DU 24 AOUT AU l®" SEPTEMBRE.
Révolte à Napoli de Romanie. — Arrestation du ministre de la justice. — Arrestation de M. Jourdain, excapitaine de vaisseau français. — Protestation du général Roche, du colonel Fabvier et du jeune Wasinghton contre l’appel aux Anglais. — Départ de cet Américain. — Fièvre maligne à Napoli. — Arrivée de i8 officiers italiens.
Nous avons eu un combat très dangereux à soutenir contre des capitaines de corps francs.
Deux ou trois de ces capitaines qui voient toucher à sa tin le temps de leur pouvoir par la formation des troupes régulières, voulurent forcer la consigne du poste qui était à la porte de la ville. Nos jeunes soldats les désarmèrent et les conduisirent au gouvernement. Les autres capitaines du même genre prirent alors les armes et entreprirent de délivrer leurs camarades, Toute la ville en fut bientôt inondée, mais les soldats du colonel Fabvier ne s’épouvantèrent pas. Nous les divisâmes en 4 corps.
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L’un s’établit sur la place et les autres s’emparèrent des rues qui pouvaient assurer une retraite aux séditieux. Nous les entourâmes de toutes parts , et après en avoir tué plusieurs , nous fîmes déposer les armes à tous les autres.
Ce matin le gouvernement m’a proposé d’aller en Candie (l’ancienne Crète).
Mille Grecs partis dernièrement pour cette ile, sous les ordres du général Calergi, sont parvenus à s’emparer d’une forteresse et l’on espère que cette expédition aura les suites les plus heureuses.
Je suis bien disposé à servir les Grecs; venu dans leur pays par amour de la liberté , partout où les occasions se sont présentées, je les ai convaincus qu’un jeune militaire français ne craint point le danger ; mais j’ignore les machinations des ambitieux et des perfides ,
et je ne désire pas les connaître . Aller en
Candie quand je vois les intriguans se liguer contre les patriotes et réussir dans leurs mé-