‹ Journal fait en GrèceChapitre 11 sur 32 · LE 23 JUILLET · texte numérisé non relu

LE 23 JUILLET

Je revins du mont Hymette où j’ai cueilli du miel. Il mérite sa réputation.

MM. De Crosse et Piscator sont ici depuis deux ou trois jours.

Le premier a été envoyé par le gouvernement pour recruter des jeunes gens pour le corps du brave colonel Fabvier. Le second est venu pour visiter les ruines d’Athènes.

Ces messieurs sont logés dans la maison d’un certain Léonard dont la femme est une des plus belles de la ville.

En général les Athéniennes sont remarquables par la blancheur de leur peau, par leurs

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belles dents, par.ila langueur et l’expression de/.leurs yeux et peut-être eucore davantage pard’ainour des plaisirs. Il n’y„a pas, en Grèce, de iville où les mœurs soient aussi faciles. L’hommei voluptueux, peut y contenter tous ses goûts.

Les Athéniens ont, aujourd’hui, les mêmes habitudes que leurs ancêtres. Du temps de la République, ils se réunissaient sur la place publique pour parler du gouvernement et apprendre les nouvelles. Vous les voyez aujourd’hui rassemblés au Bazar. Leurs conversations roulent sur la guerre, et ils ne s’abordent point sans se demander s’il y a quelque chose de nouveau.

LE ü4 JUILLET.

J^ai été au Pyrée. J’ai visité lesqiorts de Munychie et de Phalère qui sont entièrement abandonnés. Celui jdu ;Pyrée qui renf^uiait jadis les forces maritimes d^Athènes', n’pffre

plus que quelques petites barques qui font le trajet de Salamine et des autres îles voisines.

C’est dans ce port qu’ancrent les bâtiments Européens qui viennent à Athènes; on en voit très rarement.

Sur le promontoire qu’il faut doubler pour y entrer, on voit le tombeau de Thémistocle, que la mer baigne de ses eaux.

J’y allai rendre hommage aux cendres de ce grand homme. La muraille qu’il fit élever pour joindre le Pyrée à Athènes , n’existe plus. Cependant on en trouve encore quelques vestiges.

Le chemin qui conduit du port à la ville est ombragé d’oliviers et de lauriers. Ils traverse de belles campagnes et des jardins fertiles.

Ce cbemin, à l’époque de la grandeur d’Athènes, était toujours couvert de chars et de chevaux fiers de porter la jeunesse la plus séduisante de la Grèce. Actuellement il n’est fréquenté que par de pauvres paysans qui

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conduisent au port quelques ânes chargés de provisions pour les îles.

Athènes est située dans une plaine féconde ; elle est dominée par l’Acropolis. Le mont Hjmette qui en est à très peu de distance, lui fournit du miel excellent , et le mont Pantélique poun'ait encore l’embellir de son beau marbre.

nu 25 AU 28 JUILLET.

Ironie déplacée de deux capitaines anglais. — Le Forum. — Victoire d’Ipsylanti sur les Arabes. — Les Turcs éprouvent un échec considérable à Missolonghi.

Il est arrivé deux frégates Anglaises.

Les capitaines ont dîné chez un docteur nommé Vitali. Il voulut les remercier des services que leur marine rend à la Grèce , ils lui répondirent ironiquement ; « Ce n’est pas nous » que vous devez remercier ; ce n’est pas nous » qui vous sommes utiles j c’est l’amiral français » M. De Rigny. »

Insupportables Anglais ! Pourquoi donc vouloir nier les services que notre marine a toujours rendus à la Grèce? Combien votre jalouse ironie est méprisable! A-t-on vu des bâtiments Français à la solde des Turcs ? Les Grecs eux - mêmes ne rendent -ils pas justice à nos marins ? Partout où le danger était imminent ne se sont-ils pas montrés amis de l’humanité, de la religion et de la liberté ? En est-il de même de votre nation ? Guidée par l’intérêt le plus vil, a-t-elle rempli les devoirs d’un peuple civilisé envers une nation malheureuse qui a pris les armes pour

renverser le despotisme le plus absolu? .

Croyez-vous que votre conduite au commencement de l’insurrection ne soit pas connue des

Hellènes? . allez , ils savent vous apprécier,

et jamais , malgré le prétendu intérêt que vous semblez leur porter actuellement, ils ne votis pardonneront les maux que vous leur avez causés? .

Parga n’est-elle pas déserte? La loi Mar-

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tiale , loi de sang , n’a-t-eDe pas existé dans les îles Ioniennes? .

L’île de Zante n’a-t-elle pas été entourée de potences auxquelles étaient suspendus une

foule de cadavres? . Et qu’avaient- ils fait

ces malheureux Zantiotes? Ils voulaient voler à la défense de leurs frères de la Morée...*

LE 27 JUJLLET.

Je viens de changer de demeure ; je me suis transporté dans celle de M. De Crosse. Il est parti ce matin pour INapoli de Remanie, emmenant une cinquantaine de jeunes soldats.

Ma nouvelle habitation est précisément dans l’enceinte de l’ancien Forum. De ma croisée je puis toucher aux colonnes qui s’élèvent encore

1 Je dois tracer ici les noms de Cochrane , Church , Gordon ; défenseurs de la liberté des Grecs , ces Anglais ne partagent point les idées de leur gouvernement. La cause qu’ils ont embrassée est aussi juste et aussi sainte que leur philantropie est digne du 19® siècle.

majestueusement au-dessus des maisons qui les entourent. m

Athènes possède plusieurs autres antiquités dont je n’ai pas parlé. Le dessus de la > porte de chaque maison est orné de quelque nhasrelief. Dans les cours , dans les rues même , on trouve des choses dignes de fixer l’attention des voyageurs.

Enfin , il n’y a pas une position à Athènes , il n’y a pas une pierre qui ne rappelle son ancienne splendeur. Tout est plein de sa gloire.

Quel vaste théâtre pour l’homme doué de connaissances supérieures ! A la vue de tant de monumens majestueux , son esprit doit s’enflammer et ses descriptions, doivent se ressentir des sensations qu’il éprouve. . . ô Grèce ! ô Athènes ! que de vénération vous m’inspirez! . Mon pied tremblant ose à peine fouler

votre sol sacré . Il craint d’outrager la tombe

d’un héros ou de troubler le repos de quelqu’une de vos divinités .

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Nous recevons à l’instant même la nouvelle oficielle que D. Ipsylanti vient d’augmenter la réputation brillante qu’il s’était acquise aux Moulins, et dans plusieurs autres circonstances.

Le 17, ses troupes ont attaqué et battu douze cents Arabes, sortis de Tripolitza pour chercher des vivres. Il a fait trente prisonniers, il a pris un grand nombre de chevaux.

L’armée d’ibrahim est dans une position difficile. Je ne sais comment elle s’en tirera , si les secours attendus d’Égypte ne se hâtent d’arriver. Espérons que la Providence les retardera .

Les Turcs qui assiègent Missolonghi , ont tenté un assaut. Le combat a été terrible. Les Grecs avaient été repoussés, et déjà les Turcs étaient maîtres d’une partie de la ville , lorsque les premiers revinrent à la charge, et firent un massacre affreux de leurs ennemis. Pas un de ceux qui avaient pénétré dans Missolonghi ne s’échappa.

Malgré ce brillant succès , je crains beau-

coup pour cette ville. Pressée par terre et par mer, elle ne pourra résister longtemps si la flotte grecque ne parvient à lui donner assistance.

Trente bâtimens sont partis d’Hydra à cet efîet; nous devons tout attendre de leur bravoure et de leur patriotisme.

nu 28 AU 3o JUILLET.

Mort d’Odyssée. — M. Torloney. — Le traître Finton. —

Crime afifreux Douleur delà jeune soeur d’Odysse'e.—

Lord Byron.

Le fameux Odyssée , élevé à la cour du pacha de Janina qu’il quitta , lorsque ce tyran voulut le faire mourir, et qui, depuis l’insurrection fut toujours la terreur des Turcs, a été étranglé dans la forteresse d’Athènes , environ un mois avant mon arrivée dans cette ville.

Par ses richesses, par son courage, et par son caractère entreprenant , Odyssée devint suspect au gouvernement.

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On envoya près de lui des hommes qui devaient l’assassiner. Ces émissaires furent découverts et pendus. Il vit alors qu’il n’était point en sûreté parmi les Grecs.

Vindicatif autant que courageux, il jura de se venger , il se rendit à Négrepont , et offrit ses services au Pacha, l’assurant que, s'il voulait lui donner mille hommes, il s’emparerait d’Athènes.

Le Pacha lui fit hon accueil, lui promit tout ce qu’il demandait , et écrivit sur-le-champ à Constantinople.

Le sultan , craignant quelque trahison de la part d’Odyssée, envoya l’ordre de l’étrangler. Il eut le bonheur de s’échapper, il revint dans l’Attique ; et après avoir erré dans les montagnes , il parvint dans sa grotte située sur le mont Parnasse.

Cette grotte, fortifiée par la nature , est imprenable. Elle était l’habitation de sa famille. Il y retrouva sa mère , sa femme , sa soeur ,

son beau-frère, six amis fidèles et tous ses trésors.

Dans cette grotte il y avait des vivres et des munitions pour au moins i5 ou 20 ans. Odyssée aurait pu y terminer ses jours à l’abri de tout danger ; mais il ne respirait que les combats , et l’inaction était pour lui pire que la mort. Il abandonna de nouveau sa retraite qu’il ne devait plus revoir , et descendit dans la plaine où il eut bientôt réuni y à 800 soldats.

Torloney , son beau-frère, jeune Anglais d’une famille très distinguée , resta chargé de la garde et de la défense de la grotte.

On répandit alors le bruit qu’Odyssée allait livrer ses soldats aux Turcs, et ces malheureux, ajoutant foi à ce mensonge, l’abandonnèrent entièrement.

Odyssée ne chercha pas à retourner dans sa famille. Le général Gouras l’avait engagé à se remettre à la discrétion du gouvernement, l’assurant qu’on ne lui ferait aucun mal. Il

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se livra aux Grecs qui le pousuivaient , et il fut conduit dans la prison de l’Acropolis d’Athèues.

Sur ces entrefaites , un Écossais , appelé Finton , chargé d’une commission secrète par un homme que je ne puis nommer , se présenta à la grotte d’Odyssée et obtint du jeune Torloney une entrevue dans laquelle il lui témoigna le désir de partager son sort. L’Anglais , charmé de la proposition , ne pensant pas qu’un de ses compatriotes ait pu former le projet de lui donner la mort , l’accepta avec la plus vive reconnaissance. Finton fut reçu dans la famille et regardé comme un de ses membres.

Le gouvernement n’osait pas condamner Odyssée , parce qu’il avait tout le peuple d’Athènes dans son parti j mais il ne voulut pas non plus le rendre à la liberté.

Deux ou trois mois s’écoulèrent ainsi dans l’irrésolution; et lorsque le peuple commençait à s’ennuyer de la détention du général et

demandait hautement qu’on le fit rentrer dans ses droits , on lui annonça un matin qu’il s’était tué en voulant s’évader de la prison pendant la nuit ; on lui montra son cadavre au pied de la forteresse et la corde avec laquelle , disait- on , il avait voulu s’échapper, mais qui n’avait pas eu la force de le soutenir.

Le peuple crut ce mensonge ; mais le malheureux Odyssée venait d’être étranglé et précipité du haut des murs de l’Acropolis.

A-peu -près à la même époque , le traître Finton déchargea une carabine sur le trop confiant Torloney et lui fit des blessures très dangereuses.

Finton eut le plaisir abominable de voir couler le sang d’un homme qu’il avait appelé son ami ; mais ce plaisir infernal eut la durée de l’éclair.

Saisi par les soldats de Torloney , il avoua les raisons qui l’avaient poussé à commettre un attentat si horrible 5 on le coupa par mor-

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ceaax, et on jeta du haut de la grotte ses membres encore palpitans.

Telle a été la fin d’un monstre qui s’est servi du nom sacré de l’amitié pour accomplir unassassinat ! Périssent ainsi tous les hommes capables de se jouer d’un sentiment émané du Ciel!

Quelle fut la douleur de la jeune sœur d’Odyssée en voyant son époux , son ami , son unique protecteur baigné dans son sang et près de rendre le dernier soupir I.,.

Dieu ne fut point insensible aux larmes de l’innocence et les blessures de Torloney rafraichies et soignées par une main chérie , se fermèrent peu à peu.

L’amiral anglais, Hamilton, instruit de tout ce qui c’était passé dans la grotte , obtint un ordre du gouvernement grec, pour que Torloney put sortir sans le moindre danger , et il envoya tout de suite une frégate pour le transporter où bon lui semblerait,

J’ai vu cet Anglais à Athènes j il était ac-

compagné de son épouse à peine âgée de 1 4 ans, mais belle comme un ange. Elle portait dans son sein un gage de l’amour qui doit lui attacher Torloney jusqu’à la mort.

Cette jeune Grecque parle anglais avec une facilité étonnante.

M. Torloney m’a raconté tout ce que je viens d’écrire ; il me dit vouloir aller à Zante pour se guérir entièrement de ses blessures qui l’incommodaient beaucoup , et qu’il reviendrait ensuite se renfermer dans sa grotte , bien décidé à ne l’abandonner que quand il pourrait faire sortir avec sécurité ses trésors , ses amis et le reste de la famille de son épouse.

M. Torloney a été officier dans les Indes. Il est venu en Grèce avec lord Byron ‘.

' Les Grecs conservent le plus grand respect pour la mémoire de cet illustre poète, de ce véritable ami du malheur et de la liberté : <t ô Byron! tu es mort... mais

tu laisses des enfants immortels . Cependant , hélas !

quelles larmes amères ne doit-on pas verser en prononçant aujourd'hui ton nom ? . de vils et de farouches

Égyptiens , conduits par des chefs Européens plus vils

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A la mort du poëte-guerrier il s’attacha à la fortune d’Odyssée et lui resta toujours fidèle. C’est au moment où celui-ci était errant et proscrit qu’il épousa sa sœur. >

Le comte Gamba , Tenu aussi en Grèce avec lord Byron , m’a assuré que Torloney était un olficier plein de talens et de bravoure , mais que sa tête était trop ardente.

Odyssée était si léger à la course que le meilleur cheval ne pouvait pas l’atteindre.

Il y a trois ans ce guerrier occupait le défilé des Thermopyles lorsqu’un pacha s’y présenta à la tête de 3o,ooo hommes. L’embarras du pacha était extrême : il fit proposer 5oo mille piastres à Odyssée , s’il lui laissait le passage

et plus farouches encore , n’ont pas craint de fouler à leurs pieds la tombe que t’avaient creuse'e l’honneur et la reconnaissance ! « ô Bjron ! la poussière de tes ossements n’aura-t-elle pas frémi en se sentant pressée par

un Barbare ? . et ton ame , ton ame , Byron ! dis-moi

quels transports l’auront agitée , quand de lâches esclaves auront outragé les cendres de M. Bozzaris qui semblaient reposer en paix à l’ombre protectrice de tou génie? . »

libre. Le général grec accepta la proposition et les Tures passèrent le défilé. Arrivés dans la plaine d’Argos , ils furent bientôt entourés de tous côtés par les Grecs qui avaient été avertis par Odyssée. Les vivres leur manquèrent , un grand nombre mourut de faim ou périt dans les défilés de Mavrolithori sous les coups de Golocotroni et du brave Nikita. Ceux qui restaient se hâtèrent de gagner les Thermopyles croyant qu’ils n’y rencontreraient point d’obstacles; mais il étaient dans une grande erreur. Odyssée leur dit : « Il est vrai que j’ai » reçu de l’argent de votre pacha pour vous » laisser entrer , mais je n’en ai point reçu y> pour vous laisser sortir. » Il les attaqua et les tailla tous en pièces.

Cet Odyssée si malheureux , était le plus courageux des ‘Grecs ; dans les combats , il s’élançait toujours le premier sur l’ennemi. Sa réputation était telle que son nom spliisait pour épouvanter les Turcs.

Elevé à la cour de Janina . il avait la féro-

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cité d’Ali ; souvent pour une simple parole il donnait lui-même la mort à ceux qui l’entoùraient. Malgré cela, il était chéri de ses soldats qui l’ont vivement regretté.

Si l’éducation d’Odyssée eut répondu à son courage et à son mépris pour les dangers , il n’y a pas de doute qu’il fut devenu le premier homme de la Grèce.

DU 3o JUILLET AU 5 AOUT.

Intrigue contre Ipsylanti. — L'auteur visite Marathon. — Le tombeau de Miltiade. — Les Turcs de Negrepont opèrent un débarquement. — Combat dans le village de Marathon.

Je reçois à l’instant une lettre de Napoli qui m’annonce que le prince Ipsylanti vient d’y arriver. Tous ses soldats l’ont abandonné.

Ses ennemis ont craint la gloire qu’il allait acquérir, et ils ont fait leurs efforts pour l’arrêter dans le chemin honorable qu’il parcourait : ils ont réussi !....

Ce n’est pas la première fois que ce prince est victime de l’intrigue. Ses vertus ne les mettent point à couvert de la jalousie de certains personnages... Va, Démétrius , ne te laisse point abattre par le malheur j la postérité te jugera et tu seras bien dédommagé de tes persécutions ! .

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