DU 1®*^ AU 8 SEPTEMBRE
Départ de huit officiers italiens. — La belle Mavrojeny.
— Traits de courage de plusieurs femmes grecques. — M. Jourdain est mis en liberté avec ordre de quitter la Grèce. — Lettre de ce capitaine à Ibrahim-Pacha.
— L’auteur pénètre dans la prison du ministre de la justice. — ^Paroles de ce ministre.
Huit des officiers italiens qui étaient arrivés de Londres viennent de partir pour Smyrne.
L’héroïque Mado, Marie Mavrojeny est à Napoli. Elle m’a reçu avec les manières les plus nobles et les plus touchantes. Nous parlions des Arabes; elle avait une branche de laurier sur la tête ; cc M. De Villeneuve, m’a- » t-elle dit, en me la présentant, celui qui ne » craint point la mort est digne de la porter; » recevez-la de la main d’une grecque et n’ou- » bliez jamais que vous l’avez vue sur le front » de Mavrojeny » .
Aimable et trop courageuse Myconienne !
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moi ! ouilier que tu as daigné m’accorder ton estime et tes éloges!... Ah!.... lis mieux dans mon cœur; dans ce cœur brûlant d’amour pour la Grèce et pour la liberté ! . . . . Si tu le veux, je te suivrai dans les combats; et mon bras détournera peut-être le jatagan d’un Égyptien près de frapper ces formes ravissantes.... O que tu es belle, Mado! que tu es séduisante ! Cette figure si fraîche ne craint point l’ardeur du soleil!... cette main si blanche, si délicate , ne craint pas de manier le sabre et le pistolet!.. Femme incomparable! que ne suis-je roi? Je déposerais mon diadème à tes pieds. .... Hélas ! les rois t’abandonnent ; ils abandonnent tes compatriotes. Ils livrent les chrétiens d’Orient à l’arme assassine des Turcs..
Les malheurs , les sacrifices , le courage des enfants de l’Attique et du Péloponèse ne devraient-ils pas les attendrir ? Les actions héroïques d’un sexe ordinairement si faible , si craintif, ne devraient-elles pas aller à leurs cœurs ? .
Marie Mavrojeny n'est pas la seule Grecque dont le nom mérite de passer à la postérité.
Lorsque les Turcs vinrent à Chios en avril 1822, les malheureuses femmes de cette île élevées au sein de l’abondance et des plaisirs ont prouvé ce que peut la crainte d’un honteux servage.
Catinko Khiliadou tua de sa propre main huit Turcs qui voulaient s’emparer d’elle. Elle ne tomba que morte au pouvoir des ennemis , qui la hachèrent à coups de sabre.
Le monastère Kalimassia , éloigné de la ville de Chios d’environ deux lieues , où plusieurs familles s’étaient réfugiées vit , comme à Bauvais, des femmes secourir les hommes et combattre elles-mêmes avec plus d’acharnement qu’eux , jusqu’à la dernière extrémité. Une pluie de pierres , de sable, de poutres, de tuiles, qu’elles faisaient tomber sur les assiégeants en tua un grand nombre. Les barbares n’y pénétrèrent que lorsqu’épuisées de fatigue , et
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n’ayant plus d’armes , elles ne purent leur rien
opposer.
Assaillies de toutes parts , on en fit un horrible massacre. Une jeune religieuse put seule s’échapper , elle franchit l’espace occupée par les Turcs avec la vitesse d’un oiseau. Quelques uns d’entre eux la prirent pour une apparition céleste. Malheureusement pour elle , poursuivie par d’autres moins crédules ou plus cruels , elle finit par tomber entre leurs mains , et ils la mirent en pièces.
ACalamata, en juin iSaS, une jeune femme poursuivie aussi par un de ces tigres , à face humaine , tenait par la main sa fille aînée âgée de 12 ans, et dans ses bras une autre, encore enfant. Elle rencontre un puits, sans espoir d’échapper , elle les y jette et s’y précipite elle-même après.
Deux demoiselles Vlasto , les dernières d’une des plus puissantes familles de Chios , étaient échues en partage à un officier turc qui , obsédé de la résistance de Taînée lui dit qu’il
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ne lui donnait plus que quelques heures de réflexion , et qu’à son réveil, elle serait à lui ou qu’elle périrait. La jeune Grecque profite de son sommeil, tire le poignard que son tyran porte à sa ceinture et le tue. Elle-même persuadée de la vengeance qu’on exercera sur elle , se pend et son exemple est suivi par sa sœur.
Sully qui comptait presqu’autant de héros que d’hommes, s’énorgueillissait aussi du courage de ses femmes.
Lorsqu’ Ali s’en empara, on cite entr’autres traits celui d’une jeune femme qui pour échapper aux Turcs s’était précipitée du haut d’un rocher; mais arrêtée dans sa chute par une branche de figuier à laquelle sa robe s’était accrochée , l’horreur de la mort se peignit à ses yeux, et ses mains firent des efîbrls pour lui échapper. Sa tante qui la suivait s’en aperçoit et lui crie : « Rougis, ma nièce , le dés- » honneur ou la mort. » A ces mots, toutes
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deux se laissent tomber et elles vont périr dans l’abîme qu’elles mesuraient des yeux.
M. Jourdain qui avait été emprisonné, a été
mis en liberté avec ordre de quitter la Grèce.
Il doit s’embarquer pour Smyrne sur le brick
français le Cuirassier.
M. Jourdain ne s’occupait qu’à rédiger des articles pour les gazettes. Voici une lettre qu’il écrivit dernièrement à Ibrahim Pacha.
Excellence !
L’Europe connaît , admire et approuve les projets de votre père sur l’Égypte; mais une politique astucieuse l’a entraîné dans une guerre contre les Grecs.
Je vais entrer dans quelques détails nécessaires pour prouver à Votre Excellence jusqu’à quel point elle a été trompée et dans quel abîme cette politique a précipité Votre Excellence, sans qu’elle s’en apei’çùt. Je tâcherai sui'toul de ramener votre pensée vers le plus beau pays du monde et sur lequel l’Etre-Suprême a des-
tiné Votre Excellence à régner , afin de la convaincre de la nécessité de porter toutes ses vues de ce côté-là et d’abandonner ses projets sur la Morée.
Il est constant que dans l’antiquité la plus reculée , tous les pays ont été jaloux de participer au commerce de l’Inde.
C’est à ce commerce que l’Égypte fut redevable de sa célébrité sous le règne de Sesostris. GWt ce commerce qui explique les richesses ■de Tyr et de Sidon, ainsi que la prospérité de Jérusalem sous les règnes de David et de Salomon.
Les pyramides presquedétruites de Palmyre et de Balbec durent, dans les premiers temps du monde, à la même cause , leur origine, leurs richesses , leur masse imposante et si digne d’admiration ;
C’est .à lui qu’Alexandrie fut redevable de sa grandeur et de sa puissance ; et enfin c’est le commerce qui fit fleurir l’Égypte et la Syrie et les fit surpasser les autres na-
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lions en richesses , et en grandeur, jusqu’au temps où l’empire Romain leur ravit , à l’occident, leur liberté et les sources de leur opulence.
Il serait utile et instructif d’entrer dans les plus petits détails sur les avantages immenses que l’Égypte retirerait en rétablissant le commerce de l’Inde par la mer rouge; mais une telle discussion m’entraînerait au-delà des bornes que je me suis prescrites. Je m’apésanürai davantage sur votre indépendance , parce qu’une fois que vous aurez acquis cette indépendance , le commerce avec l’Inde en sera une suite conséquente.
Aucune époque de l’bistoire moderne n’offre d’exemple d’une crise où les intérêts du genre humain aient été plus grandement compromis.
Quelque puisse être le sort de l’empire ottoman, la possession de l’Égypte par une puissance européenne sera , dans peu , l’infaillible conséquence de la faiblesse toujours croissante de cet empire , si votre père ne s’empresse de
profiter du seul moment favorable que lui offre la Providence , pour secouer le joug des Turcs et former le plus bel empire de l’univers; alors l’ancien canal de communication entre l’Orient et l’Occident, tant convoité par toutes les puissances de l’Europe, sera de nouveau rouvert.
S’il était nécessaire que je m’étendisse davantage sur le fâcheux aspect des affaires politiques, je pourrais ajouter plusieurs observations qui vous prouveraient la nécessité de prévoir et d’éviter les cbangemens et les vicissitudes que l’adresse et l’esprit entreprenant d’un cabinet européen méditent contre votre indépendance et votre prospérité.
Pour parvenir à son but, ce cabinet sacrifiera honneur , principe , bonne foi , et tout sentiment de justice publique et particulière.
En voici une preuve bien évidente et dont votre excellence et votre père ont été les dupes.
L’observateur le plus indifférent doit voir
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que votre expédition en Morée n’est que le résultat de la perfidie de ce cabinet qui a conseillé au grand seigneur de vous donner cette province ; bien persuadé que , pour en faire la conquête , vous y épuiseriez vos trésors et vos meilleures troupes , et par ce moyen , faire avorter les projets de votre père sur l’Égypte.
J’ai hasardé d’offrir à votre excellence quelques réflexions sur la crise actuelle , et dans laquelle vous vous trouvez engagé j qui, d’après ce que j’ai déjà observé , et d’après d’autres circonstances , est très intéressante , et compromet vos projets d’indépendance aussi bien que la sécurité de l’Égypte. Il est donc dans vos intérêts de retourner dans votre patrie, de ne pas vous contenter de simples apparences, mais de surveiller avec soin les vues ambitieuses de certains cabinets dont le plan sur l’Égypte mérite votre plus grande attention.
Excellence , abandonnez votre projet d’une conquête idéale qui , quelqu’en soit le résultat, ne peut tourner qu’à la mine de vos ar-
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mées et de vos trésors , et à faire tomber votre pays sous un joug étranger. Vous pourrez temporairement faire du mal dans la Morée, mais vous ne devez pas vous flatter de jamais la conquérir.
En mettant au pis-aller , et en supposant , qu’après de grands sacrifices vous parvinssiez à en faire la conquête , qu’en résulterait-il ? que vous régneriez sur des ruines et non sur des peuples j car vous voyez que , partout où vous avez passé , les Grecs ont préféré abandonner leur pays à se soumettre. Mais , je le répète , vous ne ferez jamais la conquête de la Morée.
Excellence , ceux qui ont formé le plan de cette campagne , ceux qui vous ont conseillé de venir en Morée , et ceux qui vous engagent à y rester, sont vos plus grands ennemis. Réfléchissez à votre position, et songez surtout qu’une plus grande gloire vous attend en Égypte. Et si votre père et vous savez profiter des circonstances présentes et qui ne se retrouveront pas
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d’ici à bien des siècles , c’est-à-dire , que vous retourniez de suite dans votre patrie , que vous reconnaissiez l’indépendance des Grecs , que vous proclamiez la vôtre ; vous aurez dans les Grecs un fort appui pour vous aider à secouer le joug des Turcs et vous formerez un nouvel empire qui deviendra promptement un des plus beaux du monde , et vous rappelerez les plus beaux temps de Tyr et d’Alexandrie.
Dans le cas contraire , la Morée sera , avant peu , le tombeau de votre armée , parce que l’on peut considérer que le but de votre campagne est manqué, et qu’en persistant dans vos projets de conquête, vous vous perdrez , et que l’indépendance de l’Égypte sera toujours mise en problème.
Colocotroni réunit des troupes à Argos. .
Le président m’a permis de pénétrer dans la prison du comte Theotochi.
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Le noble prisonnier m’a reçu à bras ouverts. « Généreux Français, » m’a-t-il dit , « ne croyez » pas que je sois affecté de l’injustice de mes
» compatriotes; la postérité me jugera .
» Mais ce qui me désole , ce qui trouble mon » repos, c’est de penser que tout un peuple » innocent sera victime de quelques hommes » artificieux et pleins d’ambition. »
Nous causâmes encore, et l’on vint m’avertir que je devais me retirer.
Le comte Theotocbi me dit adieu en me serrant la main, et je sortis de la prison ! J’errai quelque temps sur les remparts, absorbé dans les réflexions les plus tristes. ,
Soyez vertueux, me disais-je, ayez toutes les qualités qui vous identifient avec la divinité , vous n’en serez pas moins persécuté par l’exécrable calomnie .
Je fus arraché à mes pensées par un de mes amis qui me frappa sur l’épaule. « Ignorez- » vous , » me dit-il , « qu’Ibrabim-Pacha est » revenu de Modon àTripolitza en conduisant
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» des mortiers et des canons. Nous le verrons » probablement avant peu sous les murs de Na-
» poli , et Dieu sait ce qui arrivera. » . —
« Il arrivera , » lui répondis-je , « que les » cadavres de ses Égyptiens engraisseront le sol » antique de la patrie d’Agamemnon . »