DU 8 AU 24 SEPTEMBRE
L’auteur au camp d’Argos. — Lettre du fils de Colocotroni. — Son arrivée inattendue. — Mavroje'ny se présente au Sénat. — Réponse de cette amazone à Maurocordato qui la complimentait sur sa beauté. — Portrait des Grecs et des Grecques.
AU CAMP d’aRGOS.
Nous sommes environ 4oo hommes.
Placé sur ma capotte , tenant une pliune à la main , et regardant l’incomparable Mado qui s’entretient avec Golocotroni , j’écris..... je ne
sais trop ce que j’écris .
A ma droite , un tapis est encore chargé des débris du déjeûner ; à ma gauche , une centaine
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de Grecs sont étendus et parlent . Si je ne
sais trop ce que j’écris , ces Grecs ne savent trop ce qu’ils disent.... Devant moi l’on fait rôtir vingt agneaux , et on les dévore des yeux.
Mais qu’est-il arrivé ? . Quelle rumeur
autour de moi ? . Un courrier remet une
lettre à Colocotroni. Elle est de son fils, a Nos communications sont coupées , » lui mande ce jeune homme , « le génie , protecteur des » Grecs , semble les avoir abandonnés , le dé- » couragement est général, .... Envain j’élève
» ma voix . , envain je supporte patiemment
» toutes les privations . Le soldat mvirmure
» et m’abandonne . Volez à notre secours . ,
» volez ! ou nous sommes perdus . Nous ne
» vivons que d’orties et de racines . Nous
» avons attaqué hier des Arabes , embusqués » dans un bois d’oliviers ; nous sommes res- » tés maîtres du champ de bataille , où nous » avons trouvé quelques biscuits, des salines » et des olives .
» Dans deux jours, si nous n’avons pas de
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» VOS nouvelles, nous nous précipiterons sur » les ennemis et votre fils n’existera plus . »
Hier au soir, j’étais extrêmement fatigué; je me couchai sur l’herbe , et je m’endormis. Je m"’ éveillai couvert de rosée, avec un mal de tête épouvantable.
Aujourd’hui je suis agité par une fièvre violente. Il ne me faut rien moins que la présence de la belle Mado pour me faire supporter mes douleurs.
Serait-il dans ma destinée de mourir au
commencement de ma carrière? . Si tel est
mon sort, Mado, verse une larme sur ma
tombe et ne me plains pas! . Mes passions
seront éteintes . Cette imagination que tu
disais si ardente ne s’enflammera plus . Je
serai dans le néant.
Colocotroni avait envoyé un capitaine au
secours de son fils ; mais ce brave jeune homme s’était déjà fait jour à travers les rangs Arabes, et il est arrivé ici .
NapOLI, le 20 SEPTEMBRE.
Je sors du sénat . La belle et valeureuse
Mavrojény s’y plaignait de la froideur du gouvernement envers elle. Elle demandait les moyens de réunir des troupes. Maurocordato l’a complimentée. « Point de propos flatteurs. » lui a-t-elle dit « de l’argent, des hommes et y> je marche à l’ennemi . »
L’aimable Mado, sachant que j’écrivais mon journal, m’a demandé si j’avais fait le portrait des Grecs. Sur ma réponse négative, elle s’est mise à son secrétaire, et d’une main rapide elle a tracé ce qui suit.
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« Les Grecs ont la taille avantageuse les » membres bien proportionnés et d’une belle » forme; leur embonpoint est médiocre, leur » teint brun, leurs cheveux noirs ou châtains, » et presque jamais blonds. Vers l’âge de qua- » rante ans, les hommes surtout sont sujets » â devenir chauves et particulièrement ceux » qui ont eu plusieurs fois des fièvres pri- » mitives. La plupart ont le nez droit et péril pendiculaire; leurs yeux sont beaux, vifs Il et perçants.
(( On regarde comme une grande perfection Il dans les femmes de grands et gros yeux â Il fleur de tète, des sourcils épais, arqués et Il qui se joignent à l’origine du nez.
Il Plus spirituelles que les hommes , vives , Il enjouées, jolies, les femmes sont en même- 11 temps, modestes et décentes. Elles ont de Il fort beaux traits, la taille svelte et déliée. Il une peau d’albâtre , un maintien gracieux Il et noble ;1 a plus touchante naïveté donne Il à tout ce qu’elles disent un charme qui
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» séduit. Je voudrais n’avoir pas à leur » faire le reproche d’une indiscrétion qui ne » leur permet pas de garder le secret , et oblige » leurs époux d’être réservés avec elles. Elles » sont femmes!!! {et c’est une femme qui » s’exprime ainsi! )
» La nature a donné aux deux sexes un pen- » chant irrésistible pour le plaisir, et en leur » accordant le don de plaire elle n’a pas » voulu leur refuser celui d’être sensibles. L’a- » mour est pour les Grès l’affaire la plus im- » portante, et comme ils aiment avec passion , ils » veulent être exclusivement aimés. Aussi voit- » on souvent la jalousie porter le trouble et le dé- » sordre dans les ménages , les mieux assortis....
» Dans leurs amants, les femmes veulent du » courage , une beauté mâle, et qui annonce la » vigueur, un teint brun, une poitrine velue. » Elles dédaignent une peau blanche , un men-
» ton peu fourni de barbe . » (Charmante
Mado ! en cela, tes jolies compatriotes ne diffèrent guère de nos françaises qui aiment aussi une
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beauté mâle et qui annonce de la vigueur'!...) » en Livadie, les femmes sont d’une beauté » remarquable; elles ont le visage arrondi et » le teint éblouissant; leur tempérament est » foi't sanguin , leur goût pour la volupté ex- » cessif ; mais elles sont inconstantes et volages.
» J’ai dit quelle était la conformation exté- )) rieure des Grecs, je vais actuellement parler » de leur caractère.
» Le Grec est naturellement curieux, vif, » bouillant et emporté. Prompt à s’irriter, il » s’appaise facilement. Il a de la reconnais- » sance; mais il porte à l’excès le ressenti- » ment d’une injure. Lorsqu’il est grièvement » offensé, sa haine est implacable ; il la trans- » met à ses enfants ; les querelles se perpétuent » de génération en génération. »
1 Aimable et jolie Française qui lisez en ce moment mon journal , permettez-moi de me prosterner à vos
pieds . j’implore mon pardon en faveur d’un respect
et d’un de'vouement sans bornes pour vous et pour toutes vos semblables.