DU 12 AU 20 JUILLET
Arrivée de l’auteur à Hydra. — Il est présenté II Miaulis , à Tombazis. — Il dîne avec Canaris, — Il se rend à Poros , à Égine et à Salamine,
Je suis arrivé hier à Hydra. La construction de la ville donne une idée du génie sauvage de ses habitants. Presque toutes les maisons sont hâties sur des rochers très élevés , et ce n’est pas sans difficulté qu’on parvient à quelques-unes. Il faut monter un long escalier pratiqué dans le roc pour arriver à celles de Miaulis, de Tomhazis et de Conduriotti qui sont de véritables palais. On y admire la richesse , l’ordre , l’élégance de l’Europe, et le luxe de l’Asie.
J’ai été présenté à ces illustres patriotes qui m’ont comblé d’honneurs et de politesses.
Miaulis qui a toujours été la terreur des ennemis de la Grèce , peut avoir cinquante ans. Il est très simple dans ses manières.
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Les frères Thombazis sont à peu près du meme âge. L’un d’eux a commandé la flotte pendant quelque temps , et s’est couvert de gloire.
Ces deux frères sont pleins du patriotisme le plus pur ; ils ont sacrifié leur fortune qui était immense , à l’armement de plusieurs vaisseaux.
DU l4 JUILLET.
J’ai eu l’honneur de diner avec Canaris le destructeur de la marine turque. C’est cet intrépide marin qui, en lançant un brûlot contre un vaisseau amiral, s’écria : ce C’est Canaris qui » te brûle. » Sa figure est imposante j sa démarche est altière, et dans ses yeux brille le courage qui l’anime pour la liberté de sa chère patrie.
Canaris est à la fleur de l’âge ; il compte environ 4o ans.
Le capitaine d’une frégate anglaise pénétré d’admiration pour cet homme extraordinaire,
FAIT EN GRÈCE. 6l
lui remit son épée en présence de son équipage, « et puisqu’il ne m’est pas permis,» lui ditil , cc de la tirer en faveur de l’humanité, ser- » vez-vous-en contre les farouches descen- » dants de Mahomet. » '.
La flotte se prépare à partir pour Missolonghi. Hydra est tout à fait inculte ; ses provisions viennent des îles voisines.
Je m’embarquai le 1 7 pour Poros. La terre n’est guère plus fertile qu’à Hydra. Il n’y a point d’eau. On va en chercher dans la Morée; le trajet est d’un quart de lieue. La ville est située sur le bord de la mer.
Le 1 8 j’arrivai à Egine. Cette île est entre Poros et Salamine.
Je ne m’y arrêtai que quelques heures, et je continuai mon voyage , voulant arriver à Athènes le plutôt possible.
Egine possède un monument antique : le
* Je crois que ce capitaine est lord Speencer.
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temple de Jupiter Panellénien *. L’île est très fertile. Jeme propose d’y séjourner àmonretour.
L’ile de Salamine est à peu de distance de celle d’Egine. En 5 ou 6 heures nous fûmes au port.
Presque tous les habitans de l’Attique et de la Romélie qui ont été forcés de quitter ces provinces , pour se soustraire à la rage des Turcs , se sont retirés à Salamine j ce qui fait que la ville est très peuplée. Elle est d’un séjour désagréable j les vivres, l’air et l’eau sont malsains.
La ville actuelle est environ à une demilieue de l’ancienne Salamine qui n’est plus qu’un misérable village , où l’on ne trouve pas un morceau d’antiquités.
Des voyageurs anglais ont emporté quelques pierres sur lesquelles il y avait des inscriptions.
’ M. Emerson se trompe dans ses Me'moires sur la Grèce , en disant que ce temple est dans l’île de Poros.
En voyant ce lieu jadis si célèbre, couvert aujourd’hui de cabanes ruinées^ les réflexions les plus tristes s’emparèrent de mon esprit. Je revins chez mes hôtes qui ne purent s’empêcher de me demander le sujet de ma mélancolie.
Je n’oublierai jamais les attentions et les soins qu’ils me prodiguèrent. Je leur avais été recommandé par un docteur de Napoli de Remanie. Si j’ai été sensible à leur hospitalité , je ne l’ai pas moins été au tableau qu’ils m’ont offert,
tableau qui m’était inconnu ! Heureux époux,
que j’envie votre bonheur !..... Entourés de vos jolis enfants, vous souriez à leurs aimables caresses . Aucune passion n’agite vos âmes qui
vivent l’une pour l’autre, et vous n’abandonneriez pas votre simple retraite pour habiter
un palais . Que vous êtes heureux dans votre
ignorante simplicité !..... Ah ! n’enviez pas nos
connaissances ! . avec elles , le bonheur vous
fuirait peut-être.....