‹ Journal fait en GrèceChapitre 9 sur 32 · DU 20 AU 25 JUILLET · texte numérisé non relu

DU 20 AU 25 JUILLET

Athènes. — Les monuments remarquables de cette ville. — Conversation de l’auteur avec un Athénien de mérite. — L’Illissus et le Céphise. — Caractère des Athéniens. — Portrait de leurs femmes. — Les ports de Munjchie , de Phalère et du Pyrée. — Le tombeau de Thémistocle. — Le mont Hymette et le mont Pantélique.

J’arrivai hier au Pyrée. Je parcourus en une heure la distance qui sépare ce port de la ville d’Athènes où j’entrai le soir.

Ce matin , j’ai visité son Acropolis. Elle domine la ville. On y monte par un chemin difficile , sur la gauche duquel il y a une grotte creusée dans le rocher j elle était consacrée à Pan. C’est dans cette grotte, dit-on, que le plus aimable des dieux obtint les faveurs d’une jeune et belle princesse.

Un peu plus haut, l’on trouve quelques bolonnes des Propylées , que Périclès avait fait construire en marbre. A côté de ce superbe

édifice sont les ruines de deux temples; l’un consacré à Minerve-Poliade , l’autre à Neptune Erecthée. La chapelle de Pandrose en fait partie; elle est ornée de six belles cariatides; lord Elgin en a enlevé une.

On montrait autrefois dans ces temples , l’olivier que la déesse fit sortir de la terre, et le puits d’où Neptune fit jaillir l’eau de la mer. Ces deux temples n’en formaient qu’un; on les appelait les temples-unis.

On admire encore le temple de Minerve , c’est-à-dire le Parthénon : il n’y a rien de plus beau dans Athènes. De quel côté que l’on arrive, on le voit dominer au-dessus de la ville et de l’Acropolis. 11 est de ce beau marbre blanc qu’on tirait du mont Pantélique. On aperçoit quelques reliefs sur la façade, mais on cherche vainement cette belle statue de Minerve, faite par Phydias, dont parle le vénitien Morosini..., La barbarie des Turcs et les Anglais ont dépouillé successivement le Parthénon de ses chefs-d’œuvre. On ne retrouve aucun reste

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du temple de la Pudeur ni de celui de l’Amitié A droite , en montant à la forteresse , on apei^ çoit la colline de l’Aréopage, sur laquelle il y a quelques ruines-, ensuite, celles du Pnyx et du Musée. v

Le temple de Thésée , qui fut construit par Cimon, quelques années après la bataille de Salamine, est, comme le temple de Minerve, d’ordre dorique, mais beaucoup plus petit. Son architecture est très élégante. Il s’offre le premier à la vue du voyageur qui arrive du Pyrée, et on l’admire tel qu’il était autrefois. Le temps semble l’avoir respecté de préférence à tous les autres monuments d’Athènes. C’est le seul qui soit entièrement conservé.

La lanterne de Démosthène paraît être un monument très ancien. L’ignorance des premiers voyageurs doit lui avoir donné ce nom.

Le temple des Vents fixe aussi l’attention des curieux. Sur la façade sont représentés tous les vents.

En sortant de la ville, du coté de l’arc de

triomphe d’Adrien on trouve les ruines du temple de Jupiter Olympien. Les colonnes sont d’une hauteur prodigieuse.

Le stade est à très peu de distance de la ville, vers le nord ) on traverse l’Illyssus pour y arriver.

C’était là que les Athéniens combattaient à la course et à tous les autres jeux. Au hout du stade, à gauche, il y a une issue pratiquée dans le rocher. Elle servait aux vaincus pour aller cacher leur honte, en se dérobant aux yeux des spectateurs'.

^ On raconte que la jeune Athénienne qui désire connaître les douceurs de Tamour , se rend , au milieu de la nuit, dans cette issue; qu’elle y dépose les vêtemens qui voilent les beautés qu’elle doit à la nature, et que, semblable à Vénus sortant du sein des ondes, elle se regarde,

soupire . et, croisant des bras incertains sur une gorge

agitée , elle lève languissamment un œil plein de désirs et s’écrie dans un voluptueux transport : « ô génie protecteur de ces lieux ! 6 toi qui es l’espérance de la jeune fille attachée à ses devoirs , ne dédaigne pas ma priète ! regarde moi : et si tu ne me trouve pas indigne de faire le bonheur d’un mortel , accorde moi, sans plus diiSférer, un époux fidèle . ou un amant discret !» s

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Sur une montagne qui domine le Stade, à droite, était le temple de la Victoire; les vainqueurs y étaient couronnés.

J’étais avec le docteur Anario Pétraki, Athénien de mérite ; nous nous rappelions les temps heureux de la Grèce. Tous les monuments qui attestent encore la grandeur et la puissance d’Athènes , s’effraient à nos yeux. Nous étions vivement émus.... Mais combien nous le fûmes davantage quand nous baissâmes nos regards sur la ville. Le soleil était à la fin de sa carrière; ses rayons dardaient encore sur l’Acro-

On dit que , satisfaite alors , cette vierge de l’Attique retourne dans la maison de ses pères avec la persuasion

agréable que bientôt ses justes désirs seront accomplis .

Elle s’endort ! des illusions délicieuses font palpiter son cœur ouvertàlavoluptéî... elle tressaille... elle s’éveille... elle cherche autour d’elle ; son erreur se dissipe... ce n’est qu’un songe! « Ah! dit-elle, mon génie ne m’ahandonnera pas... demain... après demain ce ne sera plus un songe.... ce sera la réalité... » Quelquefois, en effet, la réalité succède au songe; mais, hélas! le plus souvent, la jeune fille est consumée par le feu divin ; elle expire victime de sa chasteté.

polis et semblaient abandonner avec regret des lieux si mémorables.

Nous voulions visiter l’Académie, nous descendîmes du temple de la victoire; nous traversâmes le Stade , et après avoir longé pendant un moment les murs de la ville , nous nous enfonçâmes dans la campagne, et nous parvînmes au bout d’une demi heure sur la colline de l’Académie.

Sur les ruines mêmes est construite une petite chapelle qui porte toujours le nom ÿ Académia. L’air y est très sain , et , à ses pieds se trouvent des jardins fertiles. « C’est » ici, me disait le docteur, c’est ici que nos » plus grands hommes se sont formés ; c’est » ici que notre jeunesse recevait toutes les )) impressions de l’honneur , du patriotisme » et de la vertu. Hélas! que nous reste- t-il » des sciences et des arts de nos pères ? » Quelques monuments qui prouvent notre

» ignorance et notre avilissement. Ah! M. de » V***, s’écria- t-il, comment une nation si

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» pleine de lumières n’a-t-elle pas su con- » server sa splendeur, et sa gloire?,... C’est » que la corruption l’a énervée , lui répon- » dis-je ; et dès que la corruption se répand » dans une république, dans un empire, c’en

» est fait . mais , pourquoi vous attristez-

» vous par des souvenirs pénibles, ajoutai-je, » à mon ami; regardez votre patrie; comparez » cette Athènes, l’objet de votre sollicitude, » à ce qu’elle était il y a cinq ans, et réjouissez- » vous d’y voir flotter l’étendard de la li-

» berté . bientôt elle s’élèvera de ses ruines,

» et fière de ce qu’elle fut autrefois, vous » verrez encore le flambeau de ses lumières » briller au milieu des autres villes de la « Grèce.

» Athènes! Athènes! s’écria mon enthou- » siaste ami, puisse la prédiction de ce jeune » Français s’accomplir !..., puissent tes enfants y> devenir ce qu’ils doivent être!,... »

La nuit était arrivée, nous rentrâmes en ville, et avant de nous séparer, nous convîn-

mes de nous réunir .le lendemain pour continuer nos observations.

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