L'OURAGAN DE NOVEMBRE
Les ouvrages destinés à protéger notre aile gauche contre une reprise d'Likermann se composaient de trois redoutes situées à bauteur de la première parallèle, qui se prolongeait ainsi jusqu'à la mer. En face des camps de l'armée d'observation, on arrêta la construction de plasieurB batteries, balayant les pentes qu'avaient escaladées les colonnes ennemies, et l'ime d'elles, appelée la batterie du 5 novembre, perpétua le souvenir de cette ioumée funeste. D$s le 6, on suspendit presque partout le lâravail ordinaire des tranchées, pour s'attacher ex* dusivement aux avant-lignes de défense. Peu de jours suflSirent à leur achèvement, parce que le temps pressait. Mais ce n^était plus le joyeux entrain des premiers coups de pioche; les dangers ^u'on avait courus la veiUe, les approches du froid, avaient donné une tremi^e nouvelle au moral de l'armée. Les coryphées de l'opti- \ misme guerrier exprimaient le doute que Sébastopol pourrait bien résister jusqu'à Tan prochain. Pour les autres, ce doute se changeait maintenant en certitude,. En présence de l'inconnu, diacun, dans le silence de la tente, s'armait de philosophie et s'ap^nrovisionnait de courage. Déjà la vie de bivouac sa àécolorait de tout ce qui en &it le chanûe et le prix, de tout ce quLexdte à se distinguer. Il fallait dire adieu a^x promesses de la gloire, au brillant soleil des batailliss, renoncer àFes*
poir d'un retour prochain au pays. Les tueries ténébreuses du siège, au milieu des finmas de la Russie, ne séduisaient même pas les plus chevaleresques. Sans doute, la guerre a sa poésie et sa beauté, quand on se bat, comme nos pères, sous le ciel ami de l'Italie ou dans les fertiles plaines de l'Allemagne; quand, au service d'un peuple opprimé, ou vengeurs d'une insulte au drapeau de la patrie, le cœur s'émeut et l'imagination s'exalte. Mais nous, soldats de l'équilibre européen, l'etés sur le désert de la Chersonèse, nous devions combattre stoïquement, voir couler le sang sans cesse et avec îndiflEerence, peut-être mourir du choléra au camp, et, à la tranchée, mourir broyés par une bombe. En face de cet horizon, l'armée d'Orient se résigna, et cette résignation l'honore plus que ses victoires. Après ce martyre de l'hiver devant Sébastopol, patiemment accepté et héroïquemeût subi, qu'on n'accuse plus les soldats de la France de feillir devant la mauvaise fortune : la furie française est la moindre de leurs vertus. Depuis l'avantrveille d'Inkermann, la pluie ne cessait pas, et le ciel, tant était épaisse au loin la couche des nuages, paraissait disposé à ne plus nous montrer le soleu. Il devenait urgent de s'organiser contre les intempéries de la saison. A travers les marécages à\L Grand-Parc, les soldats creusaient et bâtissaient des terriers, en cela plus actifs que les taupes et les castors, car il leur tardait de déménager des tentes. La boue inondait ces logis printaniérs. La rareté du fourrage ne permettait pas de renouveler la paille des matelas, et les hôtes étaient condamnés à coucher sur une litière humide. Impossible d'entrer dans ces étroites tannières de toile, sans éclabousser les voisins. On avait pourtant chassé tous les objets superflus; les shakos de parade furent au nombre de ces meubles gênants, mis à la porte comme des intrus, et déjà, le long des rues, en
Syramides crottées, ils se dressaient piteusement. Que e fois les flâneurs aux abois, ennemis de cette coiffure douloureuse de garnison, s'amusèrent à considérer ces piles de cylindres, s'aâSeûsBant peu à peu sous les ondées
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.daciel et les raades des passants, puis s'spplàtissant sur leur base, enfin utilisés, en forme de gâteaux de carton, dans les bâtisses du Grand-Parc, comme de vulgaires moellons! Car les pierres d'alentour, au train dont y allaient les maçons, furent vite épuisées. On ne commença à manœuvrer sérieusement la truelle que le jour dlnkermann, et, le 6 au soir, plusieurs maisons étaient £nies, tant à ciel ouvert que sous terre, et les heureux propriétaires y passèrent la nuit à l'abri des intempéries de novembre.
A 1 exemple d^^ cajq[iarades, le 5, au retour de la tranchée, quoique brisé par les fatigues de la bataille, je songeai aux soins de mon installation d'hiver. -On avait donné des tentes turques, amples et imperméables. Avec la mienne, je coiffai la marquise, que j'habitais depuis l'arrivée à Varna; par cette disposition, celle-ci devint d'abord une alcôve entourée d'une double enveloppe de toile. Mon mobilier n'était ni en palissandre, ' ni même en noyer. Un lit de camp, une table et un escabeau, le tout en bois blanc! Et je tenais à ces guenilles, parce qu'au début du siège, les charpentiers des magasins à poudre, reconnaissants, m'en avaient fait hommage. Une natte en paille simulait un tapis. Mes cantines servaient d'armoire et de bibliothèg[ue. Trois poètes. Corneille, Béranger, Bernardin de Samt-Pierre, étaient mes compagnons et mes conseillers. Les héros romains m'apprenaient comment on supporte l'infortune et ce qu'est la vertu en action; le chansonnier échauffait mon patriotisme, prêt à s'éteindre, quand la voix du découragement me criait que l'amour de la gloire est une vanité, que nous étions tous des insensés. Si je voulais, enfin, goûter quelques instants d'illusion, ma. pensée se transportait dans Tîle enchantée, berceau des amours de Paul et de Virginie. Ces livres s'entr'ou-^r traient sur mon guéridon, pêle-mêle avec des lettres, des armes, un tchibouck plus long qu'une lance, et une moitié de grenade russe que j'adoptai comme encrier; une petite lanterne éclairait, le soir, ma cellule. Pour les jours dé fête futurs, un artiste du voisinage m'avait
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fabriqué deux flambeaux, des bouts de rondins sciés carrément et forés de feçon à y loger des chandelles. C'était un luxe alors; car les rares marchands, fondateurs de Kamiesch, vendaient ces bâtons de suif à prix d or. Ces candélabres portaient des bobèches taillées, par un artifice de bohème, dans les parois d'une boîte à sardines ! En fait de vaisselle, une théière et quelques tasses en fer-blanc. Pour recevoir convenablement, il m'aurait manqué d'abord la place, puis du sucre, ^t surtout du thé; mais, sous ce nom, un industriel grec débitait des fleurs de saule sèches, première qualité ; nos sucriers tfétaientpas à sec; seule, l'exiguïté démon salon était irrémédiable. Si l'on s'y fôt permis le moindre entre-chat ou un geste oratoire, on se serait heurté contre le plafond ou les murs. Il fallait donc, en attendant des temps meilleurs, fermer sa porte aux amis, se condamner aux veillées solitaires et arranger gon intérieur en conséquence. Je continuai ma tâche, sans démordre, les deux jours suivants.
Toujours il pleuvait. Le camp ressemblait à une colonie maritime qui construit sa ville au milieu des flaques d'eau. Quel plaisir d'être bientôt à couvert dans un bon gîte quon embeUit à l'envi! Je conÉai à la nature le soin de décorer le sol de mon vestibule en y semant de l'orge. Là, était établie la sellerie et le cabinet de toilette. Une gamelle composait le lavabo. Je rempruntais, tous les matins, à mon ordonnance, qui, après mes ablutions et sa soupe, y versait l'avoine pour le cheval ! Cette antichambre me tenait aussi lieu de fumoir; quand, lesjours de repos, étendu ou assis sur mon lit, les jambes s engourdissaient, que de fois» pe pouvant affronter dehors le ciel d'hiver, j'arpentai à pas lents ce pourtour étroit, le dos voûté pour ne pas raser la toiture, plus misérable dans cet exercice qu'un baudet qui tourne la roue! Après l'agréable, l'utile! Après le semis de verdure, les travaux d assainissement! Une rigole fut ouverte autour de l'enceinte, destinée à préserver des inondations. Un enfimt l'aurait franchie d'une enjanibée. Je jetai sur ce fossé un pontJevis avec
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les plandiës juxtaposées de cais^s à biscmite Vidés, qu'on ne se procurait pas Sans infoigues. Quel bonheur 1 A la nuit, le tablier se relèvera, et j'éprouverai alorrf qudque chose de la satisfaction du seigneur féodal, quand s'abaissaient autour de lui les barrières dû danger. Sans doute, la plus modeste mansarde de Strasbourg, surtout enrichie d'une cheminée et d'une amie, eût été préférable. Mais, comme séjour de bivouac, il eût été difficile de désirer mieux. Une écurie fut préparée à mons Nicolas, près de ma tente, dans iin trou à del ouvert, jusqu'à ce que le hasard me fit dénicher des planches. Il se trouvait là, du moins, protégé contre les insultes du vent. Je n'eus pas le courage d'imiter le dévouement hippique d'un vieillard voisin, qui logea sa bête sous son toit. Quelle calamité pou^ le quartier! Le bonhomme alarmiste ne dormait plus, et il chajrmàit ses insomnies en conversant fréquemment à haute voix avec son coursier.
Le 7 au soir, après dîner, l'armée en masse inaugurai son campement souterrain. Pas de bois ! peu de gaîté au fond des cœurs ! la fête fut courte et simple. Pour moi, dans mon castel tout à fait ordonné, j'allumai le meilleur des cigares, et mon esprit s'envola loin, bien loiïi de la Chersonèse, aux lieux de France les plus aimés. Un léger nuage de fumée, image de la gloire, obscurcissait la lueur de la veilleuse. Lés bouffées dé tabac dessinaient, à mes yeux, des trofils des mattresses absentes. Quelques gouttes d eau-de-vie flambaient dans le verre, et figuraient un punch. Les canons deSébastopol éteints depuis la déception dlnkermann, se réveillaient avec la nuit, et hurlaient comme dés molosses en fureur. Mais je les narguais de mû couche, n pleuvait sans cesse, mëis les ondées ne traversaient pas mon double dais de- toile. Pauvres ffardietfs des tranchées ! Le contraste de mon état avec leur détresse me rendait si heureux^ que je décidai, en manière dé divertissement, d'écnre mes impressions à un ami inouiét. Je lui fis de mph palais une déscnpiiôh orientale. Là-de^us, le iroià né saurait m'àitèindre ;
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puis avant un an, pour récompense de mes peines, n'irais-je pas l'embrasser ! Depuis deux joijirs, hélas ! ce terme du retour promis avait presque reculé d'une année ! Je fermai ma lettre en chantonnant, y apposai mon cachet, appelai le fidèle Martin, lui dis de porter le message à la poste du Grand-Parc, sur-le-champ, et me recouchai. En ce moment, le couvre-feu çémissait dans le lointain. Les camps s'endormaient tristement, et chacun, en de douces imaginations, se consolait des premières rigueurs de l'hivernage. La fée des songes métamorphosa la tente en château, ma lanterne en lustre de cristal et d'or, mon ordonnance en laquais à livrée de pacha, le bruit des bombes en sérénades. Puis une ronde d'amoureux fantômes dansa chez moi, jusqu'au réveil. Les rêvea sont des bienfisdts dus par Dieu au soldat ! Je fus à mon lever désagréablement>4égrisé par l'ordre d'aller monter la garde, du 8 au 9, à la l;>atterie ! C'était dans la matinée; plus l'heure de la corvée avançait, plus mes idées se coloraient eu noir. Côte à côte avec mes compagnons d'infortune prochaine, je rôdai toute l'après-midi, pis qu'une âme en peine.
Le plateau était plongé dans un silence sépulcral; on n'entendait que le vent de l'orage ; on ne rencontrait que des figures en deuil. J'allai aux bureaux des nouvelles : on ne feisait rien à la tranchée, rien, si ce n'est périr, d'ennui. Le bastion du Mât semblait mort. Vers quatre heures (8) , je me mis à table, sans faim, et uniquement pour ne pas afficher mon trouble. Ce dîner préliminaire du départ rappelait aux corvéables du siège le dernier repas des condamnés ; car, parmi la foule des confi-ères de service, qui s'en allaient chaque jour du Grand-Parc, plus d'un n'y revenait jamais et la mort ne suivait pas le tour de l'ancienneté. Il pleuvait encore, mais à torrents , quand la trompette sonna le ralliement et en marche ! Les pantalons retroussés jusqu'aux genoux, la tête courbée, chacun se collant au Don Dieu, nous atteignîmes presque à la nage ce lieu de douleur qu'on a])pebiit la batterie 14 bis.
Mon prédécesseur me transmit la déplorable consigne
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qu'on m'avait annoncée : t Les munitions s'épuisant, I il est enjoint aux comnlandants de batterie de ne tirer I qu'en cas d'attaque. • Le feu excite, passionne, comme un duel ; on reçoit des coups, on se venge ! Cette distraction nous paraissait pour la soirée interdite, puis- ' que, d'après la probabilité» la place ne hasarderait pas une sortie ; or, il n'était que six heures environ : nuit noire ! déluge et vent ! de la boue par-dessus la cheville! vingt-quatre fois soixante -minutes à dévorer dans l'inaction, à la belle étoile I que faire? Ce fut alors le commencement d'un drame intime qui se jouait sous tous les masques, en ce cruel rendez-vous du siège. Si j'étais né poëte, j'aurais de suite essayé une élégie sur la gloire. Philosophe, j'aurais médité le plan d'une république, d oii les gens de guerre seraient bannis; musicien, j'aurais cKanté les tourments des damnés. Vulgaire serviteur.de mon pays, je dus me contenter a une promenade sentimentale, d'un bout à l'autre du t^rre-plein, en secouant de mon mieux l'eau qui me coulait froide le long des chairs. Parcourir' le cercle des réflexions que m situation suggérait fut l'aflFaire d'une veille ! Si cette corvée n'était que passagère, on s'en moquerait ! Mais tous les trois jours ne doit-elle pas se reproduire ? Et cette périodicité de malheur épouvantait les plus forts. Je marchais avec agitation et fumais, sans compter le nombre de pipes bourrées, au risque de n^'incendier le gosier. L'horloge de la ville soupira les douze notes lug-ubres de minuit. J'avais alors en allées et venues fait plus d'une lieue , et la gourde de rhum, pendue à ma ceinturé, se vidait par gorgées. Les avant-postes ne soufflaient mot. Personne, ni Eusses, ni chiens, ne donnaient signe de vie. Il ne tombait aux environs qu'une bombe tous les quarts d'heure : Passe-temps insuffisant pour nous arracher aux sombres préoccuj ations de circonstance; et pas le moindre hangar pour se reposer ! si ce n'jest un prélart troué et soutenu par des leviers en forme de dais, sous lequel un groupe de mes servants accroupis se figuraient être préservés des colères du ciel et de la place. • i.
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Comment taer le temps et l'eiinui ? Je pourânivis ma course amb)ilatoire, mais à pas knts, en ménag^eant même une station à chaque tour, et par tactique sans penser à rien. L'esprit se révolta de cette abrutissante contrainte; les pensées désespérantes, les regrets, les remords même, au souvenir du pays, afl9.uèrent. De
Îfuerre lasse, j'interrogeais ma montre à la lueur du alot de ronJe, pour savoir si, jusqu'au matin, meè forces ne me trahiraient pas. EUe marquait quatre heures I Le maréchal-des-logis, mon second, soutint qu'elle avançait. Je me fâchai rouge contre l'impertinent réaliste ! Jacquemart, du haut délateur de l'Amirauté, lui donna raison. Il ne frappa que deux coups sur son enclume! Deux heures I et Ton ne signalait pas le plus léger avant-coureur d'une attaque. La plupart des hommes, qui avaient termiùé leur faction sur le parapet, autour des pièces, dormaient debout ou sous l'abri postiche. Les sentinelles se remplaçaient et veillaient taciturnement. Malgré le tabac et ma provision d'énergie,ie sommeil du décourageaient m'assaillit ; jamaisje n'avais subi crise pareille , ni quand étudiants, nous p&lissions la nuit, à rapproche des examens, sur nos livres d'algèbre, mi quand après le succès, l'orgie nous berçait plusieurs jours du bruit de ses grelots. Tous mes membres s'alourdirent, je perdis instantanément le sentiment de l'existence. Les jambes fléchirent, et je m'affaissai dans la boue du chemin, comme atteint de léthargie. L'instinct de la conservation l'emporta. Je me redressai avec rage et me mis à précipiter l'allure, semblable à un fou, ine rudoyant, me pinçant jusqu'au sang en punition de cet acte de faiblesse, fredonnant boti gré mal gré des airs d'opéra. Les chants, plus que les mauvais traitements envers moi-même , me guéri* rent. Mais ils me rappelaient des soirées de plaisir ail* leurs; et je dus les cesser pour interpeller un groupe de canonnieçs qui maudissaient leur sort à haute voix. A fallut leur dtoiûntrer que le métier, au fond, offrait plus de roses que d'épines , et que leurs doléances étaient mal foâdées ! Si je Tavais osé, je me serais de-
sm mfS&t (^èiïi. n &é Hht albrct tifig fèiit&isié bizartë; Je m'imé^ittaîé une troupe dent lé htitf dôhnerdi réteïâpiè 3èr râbattemèïit, èes mfirmtrres dans lA bbuclie des serg*énfs dégéhérànt en géiâissèbënts, leê biigadièts pleurant à chaude^ larines, lèS %'Idatâ ââù-^ glotant et se frappant U {)bitrine , on é'anftehanf lés chévetix pto mèches. Cetfe Image, bontié feonàéiffèipëj liiè dérida; et puis cinq heures d'attente, Seulement nous séparaient dô Taùbé ! itlots ète étions dond fi pltih de la moitié de ce dur pèîérina^e I . /
Oèpeiidànt lé ciel ô àsstJÊibrissàit davankgë, le sî^ lehce redoublait. D planatîfi daiùà Tàii», une vëguë terreur. L'aspect àe^là Obérstfnèse donnait lé ff^isâôn. A de lëfls'â intervalles, le Bastion du Mat dvêttiSsàît pêrf uriè sdlvè', que seé dêfénsétffS feifetaiént fertiles A leur posté. Pàiffois des incbuffaué ^rfèsàSerit \ë fcitigf de U batterie. Etëient-cë deâ cifBcieW de rotrdè, dëS àmië égarés, ôh dès èsôidfas de Sébàstopôl? Peu après moà attaque ^ sommeil^ ctti artificiel me prêtint ^ti'un îttîividu ÎSi Càsdùëftë et inSnteâù â'étâit àrl'êté &U ^iftëdtiMgaSn à foudre, et qu'àiJêWëVànti à lèl âiffÀ d'tiiië fù- $éëi vSïé pilé de bômibes dtt plue groâ câKfcrë^ il àr^Mt poussé l'exclamation de : pauvre ville! • Aiiimaî ? pdtiirquoi, àe p&é l'ëiflpcwgnèr? Cette gitié prouvait qu'il était Ruèsë ! > A ce discours plus ^énàé qti'impbli, le inéssèiffér doùfùi àla recherche au promeûéttr sùfepëct; màîiî, u àvàît dîspiàrii dans le dédale des parallèles. Jei-éuniiJ, suivant fuèagé, méè artilleurs, et leur brdôtfnai de saièir à l'avenir tous les autres. Cette' prescription, d'ailleuVs générale, fut sî bien exéctrtéé que kl batterie devint inabordable àp'rèô le e^épusciâe. Es atnlenàient souvent jiriëonniers dès vbîsîns, quelquefois dés. officiers iûêmë sùpêriètirà. Leur identité. constatée, on les rélâèhaît, éh riant? Les occasions dôgidiéânlferie étaient sî iétéà dSnfs ces gémonies de la ^tiël'ïe !
Pendant èet .incident, on èntendi* daiis là câfnpàgiie uiï f oulémàSt dé vèîlures §tii |)à¥ài^èàiéirt se flii^gër de iiotrt côté; Eft ëflSt, l'arrîfée d'iïn ÔoiSrdi de muiBi. iid^ HàhÉ iër^t iê ré^fê916^1nMin. IM^tàf^èémx
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charretiers avaient mis une demi-journée pour venir du Grand-Parc! Cent mètres par heure! tour à tour, dévoyer, verser, s'embourber, verseï: encore! Quel voyage! Il se félicitaient d'entrer au port, et se disaient jaloux du sort de leurs sédentaires collaborateurs. Nous déchargeâmes et emmagasinâmes les barils, sans les voir, par mstinct; et tandis que les chevaux éreintés soufflaient, je rendis à mon confrère du train les devoirs de l'hospitalité, à la tranchée : Les dernières gouttes de rhum, et quelques conseils ! car, il était alarmiste de sa nature, et malçré l'hébétement physique et moral où je me trouvais, je fiis réduit à 1 encourager, à le convaincre que tôt ou tard nous prendrions Sébastopol. Il repartit en soupirant, et peu après, le jour blanchit l'horizon. Par une faveur du Dieu de miséricorde, la pluie nous accorda une courte trêve. Nous étions, sans exception, d'un bout à l'autre des parallèles, affreux à voir, avec des habits roides et mouchetés de crotte, les cheveux lisses et des visages à l'avenant. Les plus barbus avaient un air de férocité. Les autres , pâles ou jaunes, faisaient pitié ou peur; partout s'étaient passées les mêmes scènes; partout même lutte.
Je ressemblais, pour ma part, à un mort mécontent du tombeau. Quels deuxièmes débuts! J'avais tant rêvassé, t&nt pesté, tant combattu, tant bâillé, que ma tête brûlait plus qu'après une débauche! Et dire que, pour descendre sitôt à ce degré de décrépitude, je n aurais pas changé ma place contre la fortune d'un roi, il va six mois, au sortir de l'Ecole, avant mon.dèpart de Strabourg ! Dire qu'alors, chaque jour, par tous les temps, à travers les plaines fortunées de l'Alsace, je m'exerçais à cheval aux courses aventureuses de la vie des camps, et que s'il s'était rencontré sur mon chemin un sage cultivant son jardin en paix, il aurait excité mon dédain! En comparant ce sous-lieutenant de garnison, riche d'illusions, avide d'émotions et de renommée, au pauvre diable désenchanté, commandant en sous-ordre d'une batterie de
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siège j le 9 novembre au matin, il me revint en mé* moire, et je souris de la vérité des contrastes, deux gravures, qu'enfant j'admirais à la devanture de rimagier de mon village. Au bas de Tune, on lisait ce simple mot : Avant I Elle représente une ieune fille qui se pare pour son premier rendez-vous d amour; elle a des fleurs aux cheveux, à la ceinture, sur le sein. Ses veux rayonnent et languissent; il lui tarde de goûter la coupe de la volupté ! L'ftutre estampe était intitulée : Après I La jeune fille pleure , assise au bord d uli lit, la robe en désordre, les souliers déliés, la gorge demi-nue, la fleur de virginité flétrie. Cette leçon ne s'adresse-t-elle pas aux chercheurs de gloire? Tandis [ue je me complaisais dans ce parallèle, les porteurs !'eau-de-vie revinrent du bureau de la distribution du Clocheton. On fêta les bidons. Us vidèrent leur verre d'nn seul trait, en vétérans, ceux-là mêmes qui, de leur vie, n'y avaient touché du bout des lèvres. Q est certes aisé de médire de cette liqueur, mère de l'ivresse cit de l'oubli, quand on jsl les pieds dans ses pantoufles, au coin d'Orne cheminée; mais après une interminable nuit d'automne, en face de l'ennemi, sous la voûte d'un ciel pluvieux, elle appelle la chaleur dans les veines engourdies et rajeunit l'esprit comme un philtre. Après boire, on envoya de toutes parts le rapport quotidien au chef d'attaque, ainsi conçu : Rien de nouveaUy cette formule sous-entendant les peines endurées et le gain des cheveux blancs; puis jusqu'au soir, en^naachine passive, moitié sommeillant, moitié en observation deyant'la Place inuette, la garde attendit l'heure de la d^vrance. Elle arriva enfin, on passa laconiquement le mot d'ordre aux remplaçants, etde courir au camp, en rangs serrés, plus vite qu'un troupeau qui flaire les douceurs de l'étable. Sur le pavé argileux et détrempé des tranchées, on avançait en vrais patineurs ; impossible de ne pas se laisser choir au moins une fois. Nous rentrâmes avec dés égratignures, et des haillons indescriptibles. A la porte de son toit, chacun ressentit un mouvœxent de joie qui effaça la trace des tribulations
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nocturnes^ et une soupe au lard assouvît noiàre fahà.
Après dîner, j'allai au cercle faire la revue des amis d'alentour. Il n'en manquait qu'un, entré à l'hôpital. Le feu ennemi n'avait pas prélevé de tribut, et pour cause. , Sous l'impression de la défaite ineàpérée d'Inkermann, Sébastopol en deuil ne tirait plus. Parmi les compagnons présents, seuls ceux qui descendaient la garde^ et pour qui se déployait un avenir de quarante-huit heures de repos et de sécurité^ se frottaient d'aise les mains et épanouissaient leur figure. Les autres q^ui, le lendemain, prenaient le bât du service, grognaient et soutenaient par boutade les prophètes de malheur.
Ces sonneurs d'alarme se déchaînaient, depuis que le 5 novembre avait faiUi creuser un abîme éoud les pas de l'armée; l'un d'etix avait calculé géométriquement que, dans sa batterie, il trouverait la mort; il disait que chaque parcelle de ce coin de terre avait déjà reçu plusieurs projectiles; donc tin jour, à coup sûr, une bombe devait le surpendre, à son propre point de chute. Ce raisonnement ne tenait pas compte de la destinée ; et ^auditoire de se récrier. Alors il généralisait; il nous çQudamndit à être tous enterrés, avant la fin de l'hiver.
On lui décerna à l'unanimité le sobriquet de Père-là- Souffrance. Après cette discussion sur les chances de ne plus revoir la patrie, vint la partie de domino. Le Jérémie de l'assemblée se retira, soi-disant pour travailler à son testament. • Que léguerez-vous aux amis, • lui cria-t-on en chœur. — Sana répondre d'abord, il retourna sur ses pas, comme Ëasiîe, pour sbuhaiter à la compagnie, non le bonsoir, mais un beau trépdè comme dans la chanson; alors un vaste éôlat de rire termina cette triste scène de bouffoniieriè. Cependant avions-nous raison de nous moquer ainsi ? Qui n'avait plus ou moins mis ordre à ses affaires d'ici-bas ? Même ceux qui ne possédaient qiie des espétances pu des dettes testaient, songeant à l'éternité; et c'était agir en ce point sa^em:ent : car la plupart des
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agôni^ts en France ne touchaient peut-être pas de plus près que nous à la tombe. Le jeu cessa avec le luminaire. Pontonniers, nos hôtes, à demain ! Et, dans l'obscurité, lugubrement, à tâtons, nous regagnâmes nos pénates. Le camp reposait en paix. L'horizon annonçait des tempêtes prochaines. L'Euxin murmurait ; et, bercé par le bruit solennel du brisement des flots sur la grève, il fut doux de se rattraper de la nuit blanche de la reiUe. Sébastopol, le lendemain, se secoua pas sa torpeur. Lés événements de la journée se résumèrent en ime douzaine de salves du Bastion du Mât et en un progrès rapide de la circonvallation. L'armée se tint morne dans ses souterrains. Ce n'était plus cette insouciante fille de la victoire qui , la couronne de l'Aima au front , se précipitait à de nouvelles conquêtes; il ne restait plus que des légions de soldats presque dégoûtés, et s'attendant à souffrir. Un del de plomb s'appesantissait sur la Chersonèse ruisselante. La rue était impraticable ! Tant pis pour ceux qui ne purent dormir du matin au soir ! Les heures les accablèrent de leur poids. L'ennui pousserait au crime: les uns avaient écrit en quelque sorte à leur famille leurs derniers adieux, sans se doutei* que ces lettres d'alarme feraient peut-être mourir avant le temps, leurs mères. Le mensonge, à l'endroit de notre sort était, alors, un devoir! Mieux valait, la plume à la main, se tromper soi-mêtne et, heureux par l'hypothèse, composer, pour l'amour d'autrui^ un tableau séduisant du lieu du supplice : ainsi, certains auteui*s, en déclamant sur la vertu, oublient qu'ils la foulent aux pieds dans la vie. D'autres victimes de l'insomnie avaient médité solitairement lé calcul de nos probabilités mortuaires. Quelques-uns avaient prié secrètement et prié du fond du cœur! Pourquoi se cacher? Mille vœux fervents montaient, chaque jour^ dé nds camps vers le ciel. Les esprits forts courbaient la tête; car les hommes se comportent à l'égard de la Divinité, ainsi
2ue les brigands via- à- Vis de léuià juges : tant quç » daoget est loiily ils se rient de la lôd ) ailx apptodbes
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du tribunal, ils s'humilient et implorent leur grâce. Plusieurs avaient les paupières rouges; pères de famille, l'avenir de leurs enfants, peut-être demain orphelins, leur arrachait souvent des pleurs. Il fallait vivre dans les coulisses du siège, pour savoir combien de larmes amères coulaient, à la dérobée, sous la tente. Une fois en scène, le rideau levé ^ chaque personnage faisait bonne contenance et jouait, de son mieux, Imsensibilité; mais au loffis, derrière le théâtre de Sébastopol , les sentiments les plus tendres de l'amitié et de l'amour agitaientlesplusféroces bombardiers. En vérité, loin des passions du champ de bataille, devant les murs d'une place assiégée, le type du guerrier n'est pas l'impitoyable Achille, mais Enée mélancolique, ce fils de Priam, qui sait s'illustrer au combat, mais qui s'émeut aussi, et pleure au souvenir de la i»trie et du palais
f)atemel. Heureux les rêveurs privilégiés, qm, de eurlitde repos, défiaient le chagrin, au milieu de cette atmosphère de soucis! Plus heureux, ces rares Roger- Bontemps, stoïciens de bivouac, qui parvenaient à étouffer le germe de leurs regrets, et qui, drapés dans l'abrutissement de la sagesse, méprisaient les Russes et l'hiver. A la veillée du cercle, les pleureurs abondaient, et la joie ne parvint guère à se rallumer. En guise d'amusement, on dressa le tableau sur lequel les tours de tranchée des membres ordinaires seraient inscrits pour deux mois. La majorité, s'abusant à plaisir, décida qu'il était inutile de reporter plus loin l'édiéance de l'assaut final. Si im devin nous eût prédit que les survivants seraient couchée plus de cent fois sur ce martyrologe, nous n'aurions pas entouré si bruyamment la table de jeu. En avant le double-six! H y avait, à la partie, un officier Tant-pis, qui semblait croire, comme Saûl, aux sortilèges. S'û avait connu ime pythonisse aux environs, il serait allé la consulter. A aéfaut d'oracles, et pour satisfisiire son besoin de merveilleux, il se disait à première vue de ses dés : • Si tu perds, tu mourras. • Ne gagnant jamais, il s'étonnait d'être sain et sauf. On avait beau le plaisanter, il aurait volontiers fait un ac-
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(XHnmodement avec le destin , et donné un bras en échange de la vie. Ce soir-là, on se retira tôt. La nuit était effrayante de noirceur. Pas un chien dans le camp. Sans la lueur d'une lanterne vénitienne, personne ne sortait des mares du chemin. La solitude sinistre du voisinage me tint longtemps en éveil. Un singulier camarade survint. J'avais bourré de foin ma tente, entre les bas-côtés et le sol, afin de mieux intercepter les courants d'air importuns; or, les fourrages se raréfiaient de plus en plus ; mécontent de la ration, plus d'un cheval se détachait à la brune, et cherchait fortune à la ronde. Un de ces aventuriers, passant par là, flaira devant ma porte une bonne aubaine, descendit dans le fossé, et le voilà mangeant à belles dents mon paravent. Trois fois je le spmmai de respecter ma pro-
Sriété; c'était sans doute un quadrupède socialiste, et l se rit de ma défense. Je me levai mrtivement, et, au moment où il rouvrait la mâchoire, je lui administrai une leçon à triples coups de plat de sabre. Q s'en fut en ruant et en pétaradant. Ce bruit réveilla mon voisin Ykippophile, qui, par une infirmité de son âge, ne dormait que d'une oreille, et il commença à dialoguer avec son compagnon de chambre, t Mon chéri, lui disait-il, ce n'est pas toi qui irais ainsi à la maraude. Pauvre bête! si nous étions à Strasbourg, nous ne croupirions pas tous deux sur une terre ennemie; j'aurais ma maison, ma femme et mes netits enfants; toi, ton écurie, de l'avoine ! • Puis, miÙe autres naïvetés de ce genre, qui me récréèrent jusqu'après la dernière sonnerie du soir. Les tambours avaient les accents lugubres du beffipoî de minuit. Sébastopol grondait d'heure en heure, et ses rar^s coups de canon imitaient des appels de détresse. Bien ne troubla le repos de l'année. Au réveil, quel bonheur ! j'étais libre jusqu'au lendemain ; le temps était presque beau, et le voile des brumes de la mer, sigfne d orage redouté depuis quelques jours, paraissait s'éclaircir. Aussi le Grand-Parc présentait cette agitation pittoresque, dont le déluge de la semaine d'Idtermann nous avait à regret déSiabitués. Les soldats va-
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lides déguétâiént le café du le^er, en pléîiS àîr. Uffé foule, groupée autour de Mitraille, 'applaudissait le chien savant, n maniait le mousqueton, savait le pansage classique, et appliquait son talent de palefrenier sur te dos dun chat dressé à ce manège. Quelle explosiôii d'hilarité, quand le sieur Mitraflle étrillait Eartiinagrobis grimaçant. De ma porte, tantôt je suivais les tours de force de mon élève, tantôt j'écoutais les fanfares» matinales. Les trompettes sonnaient de toutes parts le refrain des malades. Chaque régiment avait un air particulier, et toutes ces aubades ensemble formaient un incroyable charivari d'hôpital. A ce signal, nostalgiques, fiévreux, cholériques, boiteux, scorbutiques, fourmilière de gens à face patibulaire et hâve, accouraient lentement vers les infirmeries, et humaient le soleil en attendant l'arrêt du médecin. Les chevaux de combat, au piquet ou cloîtrés dans des fossés, épousse-^ taient leur poil fangeux et leurs crinières mouillées. Nicolas piaflfeit et manifestait le désir d'une course : je l'enfourchai, et il m'emporta, au galop de chasse, vers la direction du monastère de Saint-Georges, la merveille de nos possessions. Chemin faisant, je traversai le ravin du Fascinage. De la forêt, des ombrages du mois d'octobre, il ne survivait plus que des troncs d'arbre coupés à fleur de terre, des feuilles que lèvent chassait en tourbillons, et le bâton d'églantier qui mè servait de cravache; plus d'oiseaux, plus de barques, plus de poésie! A la surface des eaux bourbeuses dti vivier surnageaient quelques cadavres de chevaux anglais, car nos pauvres alliés n'avaient pas même le temps ni la force d'enfouir les vainqueurs de Balaclava, qui, devenus de viles charognes, portaient dans leurs chairs en lambeaux les germesde la peste. Je m'éloignai avec tristesse de ces ruines, et, caracolant à travers des steppes, nues comme le journal du siège en ce moment, je ne fis plus relai qu'au seuil même du séminaire russe. Comme la curiosité n'est pas le défaut de la race, j'attachai à la ffrille Nicolas en sueur, et je m'engageai soùs la voûte (rentrée.
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Cette galerie débouche au centré d'une terrasse suspendue au-dessus de la mer. De ce belvMère, un spectacle réjouit la vue, aussi splendide que celui du Bosphore. Un jardin touffu et orné de tombeaux descend en pente roîde du pied de l'amphithéâtre au rivage : avf^nt de baigner la grève, les vagues se brisent contre les rochers coniques, qu'on dirait taillés par les ouvriers des Pyramides. Des ôilaises à pic s'avancent à droite et à gauche, seïnblables à deux digues, et forment le havre, limité du côté de la iner par les obélisques de granit. On y voyait flotter une embarcation qui, nuitamment, disait-on, conduisait les moines jusqu'à Sébastopol. Les flancs des rochers d^alentour sont percés de cavernes, où les poètes de la Grèce avaient placé le palais des divinités de l'Euxin. Au bord du mur d'appui de l'édifice, une source s'élance du bassin qui recueille les eaux et se divise en plusieurs cascatelies qui blanchissent an milieu des fleurs et des plates-bandes de gazon. C'est dans ce séjour embelli à plaisir par la nature que Diane, selon la légendiP, cacha Iphigénie, ravie au couteau de Calchas; et non loin de là, on montrait jadis les débris d'un temple dédié peut-être à sa céleste protectrice par la fille d Âgamemnon. Presque sur l^mplacement de l'autel de la bonne déesse, les prêtres de Photius ont bâti une chapelle. A h place des riantes fêtes que le paganisme célébrait, à la clarté du soleil de la Tauride, au bruit des cymbales et des cantiqueê mélodieux des canéphores, quelques popes à longue ba^be et vêtus de noir psalmodiaient, de leurs voix funèbres, an fond d*un sombre oratoire. J'arrivai à l'heure de la messe, et les cénobites s'acheminaient de leurs cellules à l'égUse. Je les saluai par respect pour leur vieillesse; pêncÈint qu'ils appelaient sur nous, dans leurs prières, les malédictions du Dieu des armées, un zouave narquois faisait sentinelle sous le péristyle. II portait les armes avec intelligence à certains supérieurs, qui lui payaient ces honneurs de pure complaisance en bou«teilles de vin; car les caves saintes de l'établissement n'étaient pas dépourvues, à en croire les plaisants, ce