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siège primitif, qui était le fruit de leurs peines, et dont lis se proposaient d^'obtenir la justification coMplète sur la brèche du bastion du Mât et du bastion central. Le bulletin de la journée prononça à peine les noms de ces deux boulevards de la ville et de leurs adversaires. Cet oracle prématuré de Thistoire, ne jugeant que parJ^'impression du moment, décerna presque toutes les couronnes du 8 septembre aux heureux conquérants de Malakoff. Néanmoins la résistance désespérée des Russes devant la ville, raccumtdation significative de leurs moyens de défense de ce côté, suffiraient pour réhabiliter au besoin éloquemmentle siège de gauche; et, en définitive, si au dénoûment le hasard de la guerre ^vait également réparti la victoire entre les deux grandes colonnes aattaque, les conséquences de Tassant n'auraient pas été limitées à révacuation de la garnison, avec armes et bagages; mais les Russes, S rivés de leurs communications, n'auraient trouvé 'autre salut qiie dans la reddition ou la mort. En résumé, le défaut d'investissement, Téloignement e^xcessif du point de départ de la tranchée, la saison d'hiver, la faiblesse des Anglais, toutes ces causes, jointes à la richesse exceptionnelle des arsenaux de Sébastopol et au système de la défense, conduisirentl'assiégeant à conquérir, dans une terre rebelle, vingt-cinq lieues de cheminements à la sape volante, à dresser près de cent cinquante batteries, armées de mille pièces environ, à combattre, sans merci, deux cent mille contre deux cent mille : tournoi gigantesque de onze mois, en champ clos de la Ghersonèse, où il périt plus de jeunesse qu'il n'en faudrait pour la colonisation des déserts de l'Algérie, où il fut dépensé en fumée une somme suffisante pour extirper la misère d'une partie de la France : duel sans exemple dont la folie accuserait la Providence, si la morale de ce drame n'enfermait une consolation pour l'avenir de l'humanité ; en effet, le siège de Sébastopol a prouvé que TartiUerie est,
Hiâ èruDB sxm lbs stôtêmbs
comme la vapeur, une force à laquelle riéû ne résiste, et que les perfectionnements de cet instrument civilisé de destruction fetont Un jour de la guerre une des Utopies de la politique.
Si, forcée dès Torigine d'accepter la loi dé la nécessité et de subordonnet* ensuite son plan de travail aujt évolutions de Tassiégé-, l^attaque^ à Sébastopol, eut priesque jusqu'à là fiU à suiVre ÙU sillon ' tout tracé, la défense rôsta du moins Jusqu'au printemps indépellidante dans sa sphère d'action, et son œuvre peut être envisagée comme un fait sans précèdent dans les ànhales de la guerre de siège. Là fortification primitive de Sébastopol relève en partie de la doctrine de Vàuban, en ce èeUs qUë son enceinte présente Une application dU front bastionhé. Il est vrai que les bastions sont exempts de la plupart des défauts reprochés à ce systènle, création du grand ingéUieUr de la France : ainsi, les prolongements géométriques de leurs faces, fcoupant la zone des attaques en des points peu élbignés des glacis de la ville, ces faces fléfaent, à longUe diâtànce, le tir à ricochet; ainsi èncot*e,Ja distribution diss saillants des ouvrages sUr uhé ligne sensiblerhent droite empêche TenUemi de crbisfei* ses feux en Un endroit déterminé de Tenceintè, et de le rendre inhabitable} de telle sorte que dès l'abord Tassiégëaiit se voit privé de ses deu:x àrmës^ d'ordinaire les plus redoutables : le ricochet et le croisement des feux. Mais le long de Tancien corps de placé de SébastopoU les tours Maximilieûnes disséminées dénotent déjà, avant l'ouverture du siège, Tinspiration de Técoie allemande. Ce double caractère se retrouve dans l'agrandissement immédiat des remparts^ pour les besoins de la défense, que signale le canon de 1 Aima. Dès son apparition^ le général Totdleben semble se montrer éclectique en matière de fortification, car il perfectionna le tracé bastionné pour Tachèvement des murailles de la ville, et il l'assouplit à la configuration du terrain dans Timprovisation des para-
' DB l'attaque et DE LA DéPENSE 549
pets de Karabelnaïà. Mais sitôt qiie le sUtîcês dit 17 octobre eut déjoué pour un temps les entreprises de vive force, et que là ville fut ifermée, il basa là défense extérieure sur les fotts détachés et sur les camps retranchés, fondement de la méthode des ingénieurs- d^outre-Rhin. Pout* préparer la canstrilction de ces dehors, supérieurs à ceux dé nos places fortes, parce qulls se plient mieux aux exigences de l'imprévu , il multiplia des le comrhencemeilt les embuscades, de plus en plus loin des glacis, entre la Quarantaine et les pentes extrêmes du mont Sapone ; il le fit petidant que les dépouilles de la flotte garnissaient de pièces de gros calibre lé pourtout" des bastions, pendant qu^une haie habilement interr'otiapue de parapets dissimulait la faiblesse du faubourg, par un tour de main tellement rapide que si les Anglais, à la veille d^'lnkérmann, avaient su profiter du point d'attaque de Malakoff, peut-être aurait-il été trop tard pour surprendre la place. Peu à peu ces postes de tirailleurs, liés ensemble et agrandis, se métamorphosèrent en ligties de coûtré-àpproche. A la fin de Vhiver, c'étaient des redoutes avancées , et bientôt, armées de 'pied en cap, elles se dressaient, sous les noms de Cimetière, de l'ouvrage du 2 Mai, du Mamelon-Vert, des Ouvrages-Blancs, comnié autant de boulevards, exigeant individuellement une attaque régulière, jetés sur le passage des têtes de sape ennemies, il est vrai de dire'que l'édification de ces retranchements d' avant-nos te fut favorisée par l'abondance de la terre sous la pioche des Russes; comme si la nature n'avait pas été assez libérale envers Sébastopol en l'entouraiit de fossés sous forme de ravins profonds, et en abaissant le sol environnant au-dessous du niveau de ses toulevards, elle avait prodigué dans ses entours, à l'exclusion des champs de l'attaque, cet élément de la fortification, sans lequel la maçonnerie n^'est qu^un accessoire impuissant. Doués du génie des terrassements, les défenseurs en surent tirer un merveilleux parti, non-
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seulement au dehors, mais aussi dans Tintérieur des bastions, où ils semaient à profusion les traverses suivant les besoins, où les epaulements naissaient .
Î)ar enchantement, si bien qu en sa fonction l^artilerie de siège tourna longtemps comme dans un cercle vicieux; et en effet la canonnade d^aujourd^hui avait-elle ruiné un parapet ou une batterie, le lendemain ils réapparaissaient, restaurés fraîchement ; •vingt fois ainsi on chanta la chute du bastion du Mât. Autre conséquence considérable de cette facilité du travail : le défilement était impraticable pour Tattaquant; telle tranchée qu'on croyait, au moment de son ouverture, abritée des coups obliques, perdait, peu de jours après, cet avantage, les Russes ayant disposé ae quelques bouches à feu, pour la battre d'écharpe : il fallait alors nécessairement déplacer, ou du moins remanier sa gabionnade. Donc, moins de sécurité et perte de temps pour Tassiégeant. Aiqsi, la possibilité tardive de ricocher les faces des bastions et la menace à chaque pas d'être pris d'enfilade, aggravaient encore iWériorité topographique et géologique de Fennemi. Le talent qui inspira rétablissement des contre-approches et des contre-batteries, ne dirigea pas les sorties. Généralement les Russes commirent la faute de lancer sans but défini une poignée de volontaires, la nuit, contre les ateliers de Tattaque. Ces affaires à la baïon-. nette, dans Tombre, n'entraînaient pas un recul, pas môme un retard des cheminements, mais de part et d'autre, la mort de quelques champions; et, comme le succès restait invariablement à 1 assiégeant, l'effet moral, pour lui, était une compensation de sespertes; ce système de sorties inintelligent fut terminé par l'acte de désespoir de Traktir.
Quand, après l'enlèvement de ses lignes extérieures, Sébastopol fut enfermé, sans espoir, dans ses murs , l'influence germanique s'exerça plus manifestement que jamais, sur la conduite de la défense. Avec le même entrain qu'ils avaient mis à la réali-
ia |->TïdîlQUB ET DE LA. DEFENSE 54.5
sation de ravanî-corps de place, les Russes étendirent alors de haute lutte les galeries de mine, sous le sol des glacis et des bastions. En s^éloignant de la lice, le général Totdleben, blessé, laissa le conseil de poursuivre sans répit le réseau des contre-approches souterraines, et, peu s^en fallut cpie Taccom- SHssement de ce vœu, inspiré par une idée favorite es disciples autrichiens et prussiens de Montalembert et de Garnot, ne détruisît, par T^plosion de Makoff sous les pieds de l'assiégeant, tous les fruits de Tassant heureux. Tandis que les mineurs russes
{)Oussaient leur sillon en avant, Malakoff atteignait ^apogée de sa puissance. Cette pièce principale de la fortification de Sébastopol offre lempreinte de l'esprit, trop spéculatif des mgénieurs allemands. Une étude exagérée des périls à conjurer, Taccumulation des traverses et des coupures, qui résulta de cette préoccupation; bref, le désir de trop bien faire aboutit, dans la pratique, à la fermeture de l'ouvrage à sa gorge, et cette disposition, au moment décisif, prépara recueil des défenseurs; car derrière les parapets de clôture la division Mac-Mahon trouva un abri d'où Ton plongeait au loin dans l'intérieur de Karabelnaïa, tandis qu'au contraire, si le champ, au seuil de la citadelle, vers le ravin d'Ouchakoff, était demeuré libre de toutes barrières, les colonnes d'assaut seraient restées longtemps en prise aux feux des batteries de la deuxième ligne, et les retours offensifs' qui illustrèrent coup sur coup la résistance finale des Russes auraient pu différer peut-être encore l'heure de la défaite. Malgré ses imperfections, cette place d'armes monumentale, élevée en quel-
Îues mois sous les regards de l'assiégeant, fut le igné couronnement du système défensif de Sébastopol. Par ce système, considéré dans son ensemble, et en faisant abstraction des théories d'où il est issu, un siège devient une immense opération où les deux partis se disputent l'honneur de l'attaque, où même, durant une longue période, le rôle passif appartient à
54Ô éxuDE SUR LES sTSTàhes
Tassiégeant, obligé de suivre pied à*pied la défense, partout où il convient à celle-<îi, pour son avantage, de ge déployer; la garnison, loin de se barricader dans ses murs, s'arme en masse des outils du pionnier et marche à la sape au-devant de Tennemi, sans se détourner, confiant en quelqne sorte au corps de
S lace et aux embuscades le som de les protéger et e contrarier, sinon de ruiner, les approcnes de l'assiégeant. Sans doute il serait absurcfe de proclamer comme modèle, dans tous les cas, tout ou même une
Sartie de ce que les Russes ont fait, par exemple, ''imposer des cheminements extérieurs à une faible garnison qui ploie, dès que l'état de siège est déclaré, sous le poids du service classique. Mais les défenseurs abondent-ils dans la place, les ressources sont-elles vastes, l'investissement, par relâchement de rigueur ou par principe de l'attaque, ne s'opposant pas à l'introduction des convois de munitions, les errements russes pourront alors fournir une carrière, utile à l'imitation ; et si, pendant la guerre de siège, les armées de secours et d^observation tiennent la campagne, peut-êtse, en gagnant du temps, la ville assiégée évitera-t-elle le sort de Sébastopol.
Après l'examen des travaux, le panégyrique des ouvriers : à l'infanterie, la palme ! L'éloge que, du haut de l'Aima, le maréchal Saint- Arnaud, en sa dernière proclamation, décernait aux zouaves, s^applique à tous ces régiments de Grimée, vieillis à la tranchée, au milieu d'épreuves fameuses, qui semblent renouvelées du siège de Mayence, et qui font de l'armée d'Orient la digne fille de Tarmée républicaine du Rhin, Le type accompli du soldat' est ce fantassin au'è sa place de bataille, en face de l'ennemi, à côté ae ses rivaux, on serait tenté de prendre pour un adolescent, mais qui, par la force et les vertus, descend de l'Hercule antique : de droite partout, au premier rang, hivernant à la belle étoile, avec un morceau de.biscuit,'des cartouches el l'espérance dans son sac, se donnant parfois, entre deux gardes, le
PB L'ATTAQX»BI RT DB la, X>âPBN6B &47
luxe d'une nuit au gîte de la tente, ingénieux à éluder la nxisère, désarmant le ciel par son humeur joviale» toujours entraînant la victoire à la suite de son drapeau; ie\^ en un mot, qu'à le voi?* devant Sébastopol, ê^ l'œuvre, TEurope se ressouvint des grai^ds jours de la révolution française, et qv^ft deux fois, à InJ^ermann» à Malatoff ^ * l'Angleterre fut oondamnée à Tapplaudir..
Pour la cavalerie, le siège passa pn faussps alertes et en déceptions. Elle n'était pas à TAlma ; Baîa-r clava donna la mesure de •sa valeur; au 5 novembre, on vainquit sans elle : plus tard, loin du canon de la place, elle gard^a la Tchernaïa avec honneur. Enfin, à Traktir, elle espéra en vain se montrer, Pe cette inaction fatale, pendant tout le cours d'une des guerres les plus considérables du temps préseAt, des cri- ' tiques ont déduit l'inutilité fnture de cette arme QU dehors du service d'éclaireurs; d'autres, plus formels, rajeunissant la thèse du chevalier de Folard, ont <5onclu la suppression, ou tout au moins la réduction de la grosse cavalerie. Pour réduire cet argument à l'absurde avec des idées d'un autre ordre, ne yaudrait-ril pas autant demander qu'on rayât du système de nos places fortes les murs d'escarpe, parce que la fortification de Sébastopol n'en avait généralement pas ? Il est évident que, puisque les escadrons n'ont rien eu à faire en masse, au siège, l'expérience de la Crimée ne prouve rien contre l'importance des cuirassiers ou des carabiniers dans le jeu ordinaire des batailles ; il faut encore emprunter Les éléments d'imjB apçfféoiatioû sain^ des charges en ligne à l'histoire de la république et de l',einpire, par con- ■séquent, passer condamnatiop. Jusqu^à ^ que lep prodiges de l'ai'lillerie de l'avenir ae comportent plus cet instrument classique de la victoire, à ia gu-erre.
<j4à:aiit aux armes spéciales, elles maintinrent leur réputation traditionnelle: Le génie apprit, en cette rude école d'une année, à s'affranchir de ces procédés rautiniers qui éternisaient les opérations aeTatr
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taque, et ont rendu, après Vauban, les sièges odieux aux premiers capitaines des temps modernes. Sa méthode, devant Sébastopol offre un caractère plus novateur qu'on ne pense. La marche, à la sape volante, conduite par le général Bizot, de la première parallèle au pied des glacis du bastion du Mât, accomi)lie, en.treize jours, à travers le roc, malgré roi>position d'une artillerie formidable, restera comme un modèle de rapidité sans pareille et d'audace originale. Le dernier réseau ae cheminements contre Malakoff égale, comme art et comme miracle d'exécution, les combinaisons les plus savantes de l'ingénieur russe, les plus lestes tours de force des pionniers adverses; sans citer d'autres exemples de ce qui a été fait, soit devant la ville, soit devant le faubourg, en général, rien n'a été régulier, dans le sens pédagogique du mot. Les brigades de travailleurs poussent en avant la gabionnade, nuit et jour, au mépris du canon, se souciant médiocrement des conditions de défilement des tranchées, que la défense et la configuration du terrain, le plus souvent, ne permettaient qu'en partie de remplir; ils bornent leur office, nar la suppression de tout attirail de zigzags superflus, à préparer, chemin faisant et en cheminant au plus haut degré de vitesse, l'emplacement des batteries et des lieux de rendez-vous des colonnes d'assaut. Les fautes reprochées, devant Sébastopol, à la direction générale des attaques se résument, en dernière analyse, à des lenteurs; mais ces longueurs anomales avaient principalement pour cause des circonstances indépendantes et hors des prévisions du métier. Lechoixdupointd'attaorue asurtout excité la férule de la critique étrangère. On a dit que les alliés auraient dû, pour prendre vite Sébastopol, concentrer tous leurs efforts sur Malakoff ; d'abord, parce que ce côté du corps de place était à peine défendu à l'origine du siège, ensuite, parce que les hauteurs do Karabelnaïa dominaient le reste des fortifications. Mais, Malakoff n'était-il pas compris, au
DE l'attaque et DE LA DÉPENSE 549
même rang gtiele bastion du Mât, dans le plan concerté primitivement entre les assiégeants anglofrançais?
L'infériorité des Anglais , dans Taccomplissement de leur tâche, n^amoindrit en rien le mérite de dignes compagnons d'armes, puisqu'elle eut sa source dans les vices de leur administration militaire; mais, elle empêcha de conduire à bonne fin, peut-être avant le 5 novembre, deux entreprises, qui se complétaient Tune par Tautre. Dès lors, puisque la faiblesse des Anglais allait en empirant de plus en plus par les rigueurs de la mauvaise saison, on accuse les attaquants de la ville de ne pas s'être chargés d'emblée de la conquête de Malakoff. Oublie-t-ondonc les difficultés diplomatiques que rencontra le chef français, aux prises avec la susceptibilité britannique? Décembre, janvier et février se passèrent, au conseil, dans une lutte singulière, entre deux collègues égaux et libres: le général Canrobert, au nom de l'intérêt commun, et avec tout l'art des ménagements internationaux, réclamant Tabandon du siège de Malakoff, lord Raglan, mettant à ce sacrifice des conditions inacceptables , ne se rendant à l'évidence qu'à la dernière extrémité , après une perte de temps irréparable; et en effet, quand il fut possible aux auxiliaires des Anglais d'étendre leurs attaques devant la région orientale de Karabelnaïa, une entreprise de vive force contre la place, par ce côté, avait perdu ses meilleures chances desuccès. Le temps n'était plus où le bastion n** 2 se réduisait aux ruines d'une tour et à des lambeaux de parapets. A la faveur des tâtonnements trimestriels de l'ennemi, la défense avait fortifié ce point du faubourg de Sébastopol, et Malakoff sortait déjà, tout armé, du cerveau de Totdleben. Ce temps d'arrêt^ sans lequel on aurait pu livrer Tassant avec bonheur, avant la fin de la première campagne, ne fut pas la seule conséquence funeste de la division de commandement entre les alliés. L'armée d'Orient paya plus cher encore icette
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anomalie Mratégique. Quand, après le bombardement avorté d'avril, il fut question, par un coup d^'audace, d'investir la ville; l'opposition à ce projet plein de grandeur, iasu de Tinitiative impériale, vmt du camp anglais ; et, pour ne plus donner à TEurope le spectacle scandaleux de tiraillements pareils à ceux des débuts de l'expédition de Kertch, surtout pour évi? ter de nouveaux retards, le général Canrobert se dévoua patriotiquement au rétablissement d'une entente que la politique imposait aux chefs militaires. La mission du général Pélissier était plus nette, surtout plus facile. Maintenus par son prédécesseur dans un état de force invincible, le$ assiégeants demandaient à grands cris d'en finir; la saison n^'excusait plus la moindre attente, le monde comptait sur les merveilles tardives des vainqueurs de lAlma, trop longtemps embourbés dans l'ornière des tranchées. Il importait d'agir sur-le-champ ; le commandant français abandonna toutQ idée de blocus. Pour prix de cette concession, lord Raglan, promit de ne plus entraver en rien la marche des affaires générales. Peu après cet accord, le Mamelon-Vert tombait; Sébastopol perdait, avec cet ouvrage, le dernier de ses boulevards extérieurs; dès lors, malgré l'échec passager du 18 niin, le siège rentra dans la voie tracée par le plan a ouverture.
On a reproché particulièrement à l'artillerie de siège de n'avoir pas innové ; mais Toutli des données du problème a inspiré cette critique. A travers un terrain privé de tout commandement sur un point quelconque . du corps de place, contre un front de fortification rectiligne qui n'admettait pas, de loin, le tir à ricochet, la science de l'artillerie assiégeante se bornait, dans la première période, à maîtriser par l'habileté de son feu les batteries ennemies. Or ce but était convenablement rempli dès la veille d'Inkermann, malgré une notable disproportion de forces; et cet avantage relatif alla en croissant progressivement.
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Dis 'que, par suite de ravancement des sapes, il devint praticable de. ricocher lès faces des bastions, 1p plupart des pièces furent affectées à cette destinafion souveraine, et à la reprise de Pâqnes la supériorité acquise se manifestait, grâce à une savante combinaison de coups de plein fouet et de coups obliques, par Touverture d^une lai^è brèche et le délabrement des murailles dé Sébastopol. Si Von ajourna l'assaut, ce ne fut pas la faute du canon de srége. Durant la période finale, Varlillerie prit un développement gigantesque et resta à la hauteur de isa rnission, à tel point qne, de l'aven du prince Gortschakoff, si le feu, prélude de Tassant, avait duré un jour encore, la garnison aurait été, sans coup férir, foïxîée à la retraite.
Au fond et au poîM de vue te plus général, hors du domaine irestrèiiit des spécialités, le siéj^e de Sébastopol tju'est-il, sinon le triomphe de la force brutelet L'art ny a été ique raccessoire; si Ton avait pu le simplifier d'emblée, de manière à tracer trois pa- Tallèles en face dès bastions d'attaque, Tune à six cehts mètres du rempart, la secôtine à trois cents mètres, la troisième âù pied mêrtie du gla'cis; si, dans tes parallèles, on avait sans hésitation distribué les neuf cents bouches à feu composant l'armement définitif des tranchées anglô-fraticaises, ^his les six cents mortiers, que les gouvernements alliés se détïidèrent trop tard à expédier eh Crimée; si enfin, avec cette triple lignes aé batteries, on avait bombardé à outrance pour ruiner de toutes parts et à coup sûr, les fortifications de la ville (ce (Ju'oîi tenta d'iailleui's au mois d'avril, avèti des moyens cottipârativement faibles, et ce tju'oti fit avec plein succès du 5 au 8 septembre); sans contredit, Sébastopol aurait succombé avant l'hiver.
Dé cette induction, qui représente la série des attaques, à la fin couronnées de la victoire, il résulte que le bombardement est Tidéàl de la guerre de siège. Mais la méthode de bombardement telle
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qu'elle ressort de l'analyse du siège de Sébaîtopol n'a rien de commun avec le moyen préconisé par certains auteurs, consistant essentiellement, à entourer la place d'une ligne de feux et à la faire capituler par la terreur, procédé barbare, auquel le moyen âge, s'il l'avait connu, aurait réduit la science des sièges. Le système dont j^'ai cherché l'expression dans la condensation des faits de l'attaque ae Sébastopol n'est autre que la marche enseignée par Vauban, simpUfiée
{)ar la suppression de tout ce qui diffère de la sape voante, de tout ce qui retarde 1 établissement des batteries, et par conséquent l'heure de l'assaut. C'est, en un mot,^la marche classique, ramenée à son maximum de vitesse. Quant à l'artillerie puissante qui forme la base du système, elle s'adresse uniquement" aux fortifications qu'elle prétend démolir assez, pour que les colonnes d'attaque puissent les enlever de vive force : il s'agit d'un vaste tir en brèche, aussi savamment combiné que les progrès actuels de l'arme le comportent.
Malgré cette définition, les ingénieurs philanthro-
f)es et les amis de la paix se récrieront contre l'apoogie d'un procédé de guerre réprouvé par la ci\alisation. A ceux-ci, je répondrai : « Vous plaidez pour « l'humanité, je suis des vôtres. Ouvrons Vâge d'or, « renvoyons les soldats à la charrue ! Ils ne de- « mandent pas mieux; proclamons l'abolition de la « guerre! Mais, tant que cette lèpre SRibsistera en « Europe, battons-nous le plus promptement possi- « ble; rien n'est plus atroce, au combat, sous les « murs d'une ville assiégée, que cette temporisation « algébrique qui se couvre du masque de la pitié. « Chaque tâtonnement, coûte du sang, et à flots ! « Pour ménager des pierres, on sacrifie des hommes; « faire vite, à la guerre, c'est, de toute manière, faire « bien : le bombardement, dans, les sièges, c'est de « la charité bien entendue. » Aux autres je dirai : < Derrière vos doléances, perce le cri de l'amour- « propre froissé, car vous sentez que le sceptre de
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< Vauban échappe à votre routine. Je partage votre « dégoût pour une tactique qui laisse retomber le « poids de la guerre de siège sur les populations « innocentes, et dont les horreurs aigrissent les es- « prits. Mais la pitié n^'est pas un élément de la « question. Si vous voulez contrarier un plan d'at- « taque avec des raisons de Tordre moral, remontez « àla source du mal; avec les disciples de Tabbé « de Saint-Pierre, prêchez contre la gloire militaire. « Mais, tant que les procès entre les puissances « européennes se débattront sur le champ de ba- « taille, les problèmes de la guerre civilisée, re- « viennent à faire tuer -le moins de monde posée sible;pour ce qui concerne les sièges, on atteindra « ce but en déblayant la pratique du maître de « tout Tattirail de ces lenteurs de 1 école, qui coûtent, € en détail, beaucoup plus de sang que des actions « sagement brusquées. »
Il y a dans les idées de la guerre, comme dans les autres phénomènes de la civilisation moderne^ une sorte d^enchaînement logique, et il serait intéressant de rechercher si, deTexeiùpledeSébastopol, on peut déduire quelque application aux sièges que Tavenir nous réserve. Mais, ce siège, dans la spéculation, peut être envisagé sous un aspect plus général.
Les guerres ont, de nos jours, en Europe, une tendance à se simplifier non-seulement comme durée, mais aussi comme opérations stratégiques. Plusieurs causes principales concourent à ce résultat : Tinfluence des cnemins de fer, au point de vue de Tart militaire, .Tesprit de la seconde moitié du dix- neuvième siècle, le caractère ruineux de Tindustrie guerrière, enfin Tassiette des divers États, sous le rapport de la défense.
En facilitant au dernier degré les transports de munitions et de troupes aux points d'attaque, s^'il s'agit de Toffensive, aux lieux menacés, dans le cas contraire, en annulant pour ainsi dire les distances devant les années en campagne, la locomotive sem-
:S54 troDB çtxr lbs systèaibs
ble devoir accomplir, dans la science de la guerre une révolution plus radicale que celle dont rinvention 'de la poudre donna le signal. Au temps d^ k République et de TErapire, les mouvements <tes combattants, pour atteindre vite le rendez- vous de lutte, -étaient encore le comble de Tart, et les rapides enjambées de Napoléon, à travers i^Europe, passent à juste titr(î, en raison de la difficx^lté des communications, pour des chefs-d'œuvre du génie militaire comparables aux plus rares combinaispns du ctiamp de Iwitaille. Aujourd'hui c«s prodiges de vitesse seraient un jeu, pour la vapeur. Les champions des nations belligérantes, au lieu de dépenser le meilleur de la saison en marches forcées^ se voient tti présence presque au lendemain de la rupture de la paix, et portent immédiatement les premiers coupé. La durée de Fétat de guerre perd donc au moins tout le temps consumé jadis en évolutions préparatoires.
La civiUsation contribue aussi à abréger les hostilités* à réduire le mal à ,sa dernière limite. ïl est ma^ nifeste, en effet, que TEurope marche vers un état d'équilibre stable. Les barrières des royaumes que la politique et la nature avaient divisés^ tombent au bruit du sifflet dei^ convois du commerce : les peuples, unis d'intérêts, sinon de coeurs entraînés parle Î)rogrès des mœurs, éclairés par les découvertes de a science, ont mieux à faire qu'à se battre ; et> sans caresser le plan de paix universelle qu'ont conçu plusieurs illustres philosophes de l'antiquité et des temps modernes, il est à présumer que l'Europe saura dans un avenir prochain, mettre en pratique, poui* son bonheur, dans son gouvernement, les idées de fédération, dont Henri IV a été le promoteur. La guerre survivra peut-être, comme une loi deThutnanité, à ce rapprochement des races rivales; mais les ennemis s'attacheront de plus '^n plus è adoucir cette nécessité, en circonscrivant i»ant que possible l'incendie. D'ailleurs la gloire Militaire coûte trop cher. Autrefois, condition essentielle de l'exiateiice
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des sociétés, conduite par des conquérants ou des aventuriers, la guerre se perpétuait par le pillage. Aujourd'hui, les armées, composées de citoyens, esclaves, par éducation, des principes élémentaires d'honnêteté, n'osent même vivre aux dépens' du vaincu et payent, en terre ennemie, à beaux deniers comptants, le moindre grain de riz consommé; aussi, quelle que soit la fortune des armes, les heures de lutte se comptent au poids de Tor, et, sous la menace de la ruine, les deux partis sont contraints de remettre brusquement Tépée au fourreau.
. Cette prohabilité de la limitation du champ de lutte, dans les conflits futurs de l'Europe, se justifie aussi par l'organisation défensive des divers Etats* Avant de marcher contre Sébastopol, les alliés méditèrent d'attaquer Tempire russe àTintérieur. Mais devant les obstacles hérissant le seuil de la Bessarabie, le plan de guerre dut se changer en un simple défi, vers l'extrême froûtière de la Crimée. Or, d'après cet exemple, il est permis de supposer que le réseau des forteresses monumentales dressées depuis 1815, le long des voies stratégiques, influera sur le caractère des guerres à venir. Anvers barre inexpugnablement la Belgique, et le cordon des
{)laces fédérales couvre si bieri Vienne et Berlin, que es prouesses d'un autre âge seraient peut-être de notre temps matériellement impossibles, et qu'en cas de dispute avec l'Allemagne, il faudrait se contenter d'assiéger Luxembourg ou Cobleniz.
Ces causes de la simplification de la guerre, en temps et en esprit, agissent tellement, depuis quarante ans, que les principaux faits de l'histoire militaire contemporaine, tournent dans le cercle de la guerre de siège. Les phénomènes de la civilisation, qui ont produit cet eff'et, vont en se développant sans cesse. Il est donc à croire que le système de duel c[ue la France et l'Angleterre» aux prises avec la Russie ont dû adopter, finira par prévaloir dans* les disputes à main armée des peuples de la famille