‹ Journal humoristique du siége de Sébastopol (volume 2)Chapitre 21 sur 33 · ÉTUDB SUR LES SYSTÈMES · texte numérisé non relu

ÉTUDB SUR LES SYSTÈMES

tague favori par le fort du Nord,, concerté à Varna, loin des lieux et d'après des données superficielles, ce ne fut pas uniauement pour complaire à un timide disciple de Wellington ; mais les études faites à vol d'oiseau, en passant au bivaô de la Belbeck, avaient dissipé les erreurs accréditées sur Tassiette, sur la force matérielle de la citadelle russe, et la postérité ne lui aurait pas pardonné d'avoir couru, sur une plage sans ressources, le risque d'Un échec, dont les conséquences auraient été calamiteusés. Donc, les alliés, d'un commun accord, tournant les hauteurs de Mackenzie, à la recherche du plateau Chersonèse, exécutèrent cette marche de flanc de vingt lieues, à travers les bois, qui surpasse en témérité- les aventures des croisés : imbrc^lio stratégique^ • où vainqueurs et vaincus, en colonne à la débandade, cheminèrent, près de deux jours, côte à côte à leur insu, sur deux routes parallèles et obscures^ tremblaht à qui mieux mieux de se coudoyer. Le bonheur nous protégea dans cette excursion forestière du nord au midi ; et^ avant son dernier soupir, le tnaréch^l eut la consolation de savoir que> sans eneOmbrOj sans résistance aucune, les assiégeants arrivaient à Eamiesch et ouvraient; la lutte.

Peu après, il mourut en mer, presque en face de la ville objet de ses rêves et de son ambition. Son successeur n'héritait pas des brusques projets de conquête qu'on lui supposait; d'ailleurs, premier signe de cette division du commandement qui devait

})eser comme une fatalité sur l'avenir de la guerre, 'opposition manifeste de lord Raglan à une attaque de vive force, aurait paralysé les mouvements en ce sens. Or, sous le charme de l'ignorance du corps de place, la foi aveugle. en la fortune aidant, forts enfin de l'appui et de la rivalité des flottes j Anglais et Français, de concert, ébauchèrent l'œuvre de la tranchée,, à grands traits; et dès qu'à mille mètres du ï^mpart quelques couples de canons de moven calibre furent braqués, on commença le bombardement.

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Quêtait le 17 octobre, à six heures du matin; vers dix heures les batteries étaient réduites au silence* Les escadres intel-vinrwit alors î elles jetèrent vingt mille boulets à la mer, et cette diversion tardive ne changeais la face de là journée. Ainsi Texpérience d'une action de vigueur avait abouti â un écnec comr plet, et il était évident que peut frayer à coups de canoti un chemin aux colonnes assaillantes^ il rnllait à tout l^rix accroître Tartillerie à&nâ une proportion notable, et par conséquent franchement entamer des attaqués régulières» Ce préambule singulier ne iHDvient pas d'un oubli prémédité des principes de Yauban. Les illusions derÂlma^ surtout la faiblesse numérique des Anglo^Françàis ne permirent pas de pi*océder suivant les règles ordinaires, d'envelopper, avant tout, la ville d^une double ligne de circonvallàtion demi-circulaire, adossée des deux partsàlamer^ dominant à la fois la vallée de la Tchemaïa et le

Slateau de Mac^enzie. Cependant cet exem|)le de éfaut d'investissement.^ dans son éclatante originalité, sanctionne la théorie classique; cai^ il eât clair Sue Sébastopol aurait plus tOt succombé si une armée 'observation s^était tenue à cheval sur les chemins de l'intérieur^ si l'assiégé, bloqué, condamné à ses propres moyens, n'avait pu^ après chèque revers^ se retremper dans lés rangs de 1 armée de secours, sans cesse ^ossie par de fraîches récruôss

De cette condition anbinale, que créèrent immédiatement à l'assiégeant la nécessité et un excès de confiance, découla Un développement extraordinaire des attaques. En effet, puisqu'elles pouvaient com^ biner leurs efforts, grâce à la liberté des communications, la garnison et l'armée de secours, dès que la ville fut à l'abri d'une surprise, devaient chercher^ en agissant de concert, à couper l'ennemi de sa base d'opérations. Tel fut le but de ce coup de foudre d'Inkermann^ qui failht presque pousser les assiégeants au bord de l'abîme. Afin d'empêcher le retour de tentatives pareilles, il importait à ceux-ci, sans

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retard, de consolider les flancs de leurs positions, conséquemment de prolonger à gauche les redoutes et les tranchées jusqu au rivage de la Quarantaine, à droite, de couvrir Balaclava. Devant ces exigences défensives, on sacrifia provisoirement la marche des têtes de sape. Presque toutes les forces furent employées à la transformation d'urgence de la Ghersonèse en camp retranché. Mais auand, vers la fin de l'automne, il redevint possible de reprendre, sans arrière-pensée, les travaux ordinaires , il restait moyennement plus de six cents mètres à franchir à travers le roc depliis la parallèle avancée jusau'au glacis de Sébastopol: Corollaire fatal du point ae départ de la tranchée, pris à une distance de la ville presque double de celle que Tart prescrit ! Cet éloignement, en quelque sorte justifie par Timpatience d^'ouvrir le feu et d'en finir à la pointe de répée, concourut, avec le défaut d'investissement, à dénaturer le siège en un duel à outrance de la Russie contre les deux rivales . qui lui disputent la souve- ^•îijieté en Orient ! Sans doute Tartillerie rayée placera toutes les villes fortes de l'Europe, du moins en ce qui concerne la portée et la puissance des pièces, dans les mêmes conditions de résistance que Sébastopol, armé, dès l'origine, avec lés plus gros calibres de la marine : convient-il donc d'ériger en principe cette nouveauté d'un établissement trop éloigné? Or, si Ton avait jeté l'ancre, d'emblée, à mi-distance du Clocheton au rempart, on aurait économisé plusieurs lieues de cheminements et des flots de sang, même en tenant compte du jeu des boulets, plus meurtrier de plus près; surtout, quel gain de temps inappréciable ! Peut-être alors, avant l'arrivée des secours de Pérécop, qui décidèrent l'action du 5 novembre, mais, à coup sûr, avant la mauvaise saison, on aurait

{)u abréger assez le trajet des colonnes d'assaut sous a mitraille , pour qu une entreprise de vive force offrît des chances d!e succès. Le froid apporta à la guerre de siège un singulier élément de lenteurs

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nouvelles, et aussi degrandeur ! Dès que ces terribles mois de décembre, de janvier et de février, que le czjBir appelait avec raison ses plus fins généraux, se furent déchaînés sur la Chersouèse, tout changea de face. Mieux encore qu^après Inkermann, il ne fut plus essentiellement question d'avancer, mais de ne pas reculer, surtout de vivre. A la faveur des épreuves qui écrasent leurs ennemis, les Russes sortent, la

Sioche à la main, de leurs bastions, que des prodiges 'habileté et de valeur ont rendus, en trois mois, inexpugnables; et, bientôt, par une modification des rôles, on ne distingue plus m assiégeants ni assiégés; il n'y a plus, à proprement parler, que deux armées qui, de front, méthodiquement, dgrrière des courtmes mouvantes, marchent à leur rencontre. Chaque journée de cette période prend les proportions dun combat d'artillerie ou à la baïonnette; les chances des deux partis se balancent : si les uns sont maîtres de la mer, les autres communiquent librement au dehors ; si les neiges obstruent la route des convois, à travers les steppes de Pérécop, les tempêtes interceptent la navigation de l'Euxin. En outre, le * désarmement des vaisseaux fournit, de part et d'autre, une mine inépuisabler de munitions et de bouches à feu. Les Russes enfin ne le cèdent pas à leurs antagonistes; si bien que, sur Tarène des approches et des contre-approches, cette querelle à armes égales menace de se perpétuer. Cependant la misère règne au camp : les frimas redoublent de rigueur ; le feu de la place sévit. Pour sortir de l'impasse où la conspiration de rhiver avec les défenseurs tend à les retenir, les assiégeants, par un effort de vertu digne des plus beaux tempsr de la république, lancent im défi aux éléments. Amaigris par les privations, sans feu, en haillons, ces enfants perdus de la tranchée tirent des entrailles du roc gelé un faisceau de parapets, y traînent un nouvel) équipage de siège tiennent, en môme temçs, tête aux Russes, qui aspirent de plus en plus à rhonneur de l'offensive ; et

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après trois mois de préparations âoolcmretises^ ils étaient aptes, le 8 avril, à recommencer le bombar* dément. Par malheur, les Anglais, trop faibles, n'avaient pas suivi l'impulsion de leurs alliés. Dès le principe, des convenances de campement avaient

S résidé à la distribution des chantiers. L^indépenance militaire des collaborateurs impliquait la liberté des travaux : à chacun sa tâche! chacun chez soi, et vive l'alliance ! Tant qu^il fat loisible à la poignée de vaillants soldats, que commandait lord Raglan de supporter le fardeau du service, ils masquèrent leur immobilité, vis-à-vis de Malakoff. Mais un jour vînt où le patriotisme britannique avouant forcément son impuissance, il fallut subir les offres de secours, abandonner même la meilleure partie de la cimquéte future de Karabelndia. Alors les premiers reproches s'élevèrentcontre le plan d'attaque adopté; la critique ouWia que les sapes devaient s'aocorder, dans leur déploiement devant le faubourg et devant la ville^ que le retard des Anglais avait rompu une harmonie sans laquelle on n'avait jamais prétendu vaincre Sébastopol. On était alors en février j il n'était nullement prouvé encore que Malakoff pût être le coeur de la place. Seulement, à titre-de diversion, Tarmée d'observatioÈL^ au repos depuis Inkermann^ prit le hamoîs de tranchée, et l*on s'attacha â réparer entt'g le Grand-Redan et la pointe du Carénage les torts de l'inaction de nos alliés. Le jeune siège fit merveille dès sa naissance, et du second rang il attestait sa vitalité, au fameux réveil de Pâques^ dans cette canonnade de réouverture à grand orchestré qui devait être le signal des événements décii^ifeé Lés assiégeants engageaient la revanche du 1^ octobre avec cinq cent cinquante pièces approvisionnées à plus de Six cents coups, par têtô. Après une semaine de tir d'ensemble, les escarpes de Sébastopol, battues en ruine supérieurement, s'écroulaient en divers lieux. Mais la distance actuelle des places d'armes aux brèches èiit-elle dès lors pennis une actito de

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vigueuF, que Tinterposition graduelle, entre nos lignes et la ville, d'une deuxième barrière de fortification s-y serait opposée. Le système des embuscades russes reliées entre elles et, aux points les plus dangereux, rattachées au rempart, formait un véritable avant-corps de place dont il pressait de déblayer le champ de bataille. Le printemps fut exclusivement consacré à la prise de ces dehors, deuxième phase du siège, illustrée par les faits dermes d\i2mai,à\xGimetière^ des Ouvrages-Blancs, du Mamelon^ Vert. Tandis c[ue la baïonnette et le canon, s'entr'aidant, réduisaient définitivement les Russes au rôle d'assiégés, pendant que Tachèvement du bastion Korniloff compensait pour eux, jusqu'à un certain degré, la perte des lignes de contre-approche, les tranchées de Victoria et du Carénage étaient en vue des glacis de Karabelnaïa; chaque pas en avant découvrait de mieux en mieux le commandement de Malakoff sur le faubourg et sur la rade, par conséquent la supériorité apparente de ce point Œattaque.

La facilite probable des sapes finales, l'enivrement des succès récents illusionnèrent les vainqueurs du 7 juin. La voie de Sébastopol par le bastion du Mât fut dédaignée; ce qui hier n'était qu'une assertion nébuleuse^ on Tacclamait à présent comme une vérité : aller à Malakoff de suite, c'était triompher! Sans distinction de- corps, l'armée tout entière, fatiguée de verser son sang goutte à goutte, ulcérée par une attente de huit mois, n'avait qu'un cri : Finissons-en le plus tôt possible. Au milieu de cet entraînement général, quoiqu'un gouffre long de trois cents mètres s'étendît devant les assaillants, on entama la partie du 18 juin. Après cet essai funeste, une troisième période commença : l'acharnement de la défense avait sanctionné l'importance prépondérante de Malakoff. Le vieux siège, par raunexion de l'ouvrage du 2 Mai et du Cimetière, se trouvait acculé dans une impasse à bonne distance des murs

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de la ville, jusqu'à ce gue les progrès de Tattaque rivale autorisassent ennn à bombarder dç concert, à travailler simultanément au succès de l'assaut général. Le programme des dernières opérations était tracé. Dès le 19 juin on avança contre les saillants de Malakoff etdu Petit-Redan, avec un élan plein de sagesse, qui ne tarda pas à avertir du danger suprême la garnison refoulée, sans retour, de toutes parts, derrière ses murailles. La place étouffa bientôt dans rétreinte des têtes de sape qui, de la Quarantaine au Carénage, se resserraient le long du rempart. Vainement le canon ennemi se surpassa; la sortie de Traktir ne réussit pas à dégager la ville. Alors c'en est fait de Sébastopol : les Russes se hâtent d'assurer leur retraite par la construction d'un pont de radeaux à travers la rade; ils s'efforcent surtout de miner le sol et les abords des bastions, espérant sinon ensevelir sous les ruines l'assiégeant victorieux, du moins ne lui laisser que des décombres. Passé la mi-août, au milieu de cet acte préliminaire du dénoûment, oîi le génie s'immoitalise en ourdissant la trame des sapes rapprochées de Victoria et du Carénage, l'artillerie de siège, protectrice souveraine des ateliers de l'attaque, rouvre le feu avec un surcroît de vigueur. Le bombardement grandit de jour en jour, et finit par . le plus formidable des assauts à coups de canon que les armées modernes se soient jamais livrés : mille pièces contre mille tirant qiiatre jours, à toute volée ; puis, quand les fortifications sont percées à jour et que les batteries russes sont éteintes ou impuissantes, on s'élance à l'assaut du faubourg et de la ville. Seul, le corps d'armée du général Bosquet l'emporte; la mauvaise fortune du ISiuin poursuivit les troupes du premier corps, qui, blanchies sous le colUer de tranchée, et nC' s'étant rassasiées jusqu'à présent que de )a gloire obscure des mauvais jours, méritaient en vérité d'être indemnisées à cette heure delajustice. Leur malheur rejaillit sur le

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