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tomne, de cette plaisante promenade de santé, contre-partie de la Dobrutschka, que Thistoire appellera, empruntant ce nom à Targot des soldats, Veœpédition des choux. D'ailleurs, avec raison on avait agi mollement contre les refuges des vaincus après la chute de Sébastopol. Il était probable qu^un congrès pour la paix se réunirait avant la fin de la saison,. et un avantage de plus remporté, sur la route de Simphéropol, à grands frais, aurait ajouté peu de poids en faveur des alliés, dans la balance de Téquilibre européen, en risquant de prolonger la guerre. La bonne tactique paralysait donc les entreprises de la straté-
fie, sur le théâtre principal des opérations possibles ^un blocus tardif.
Hors de Tarène 4u siège, quelques succès signalèrent la clôture de la campagne de 1855. Pendant qu'une partie du premier corps sondait à loisir les passages de Tintérieur de la Crimée, une division anglo-française, commandée par le général Bazaine, voguait vers Kinburn. Situé à l'embouchure du Dnieper, sur la baie de Kherson, ce fort gardait Nicolaïef et avait, à ce litre, une^haute importance. On arriva sans obstacles devant ses murs. Le 17 septembre au matin, bombardes, chaloupes canonnières et batteries flottantes ouvrirent le feu supérieurement. Aussi, passé midi, les défenseurs, trop faibles, capitulèrent, après une vive résistance, au nombre de quatorze cents. On démantela la forteresse, et, avant la fin du mois, Tescadre, ne laissant qu^une minime gamisotien ce poste isolé, rapporta à Kamiesch les dépouilles de Kinburn. Pendant cette heureuse démonstratioa, les croiseurs de la mer d'Azoflf, par la prise de Taman et de Fanagoria, consommaient raneantisBwaent de la puissance maritime de la Russie au midi deTEur rope.
En même temps' aussi, le général d'AUonville était descendu à Eupatoria^ à la tête de trois régiments de cavalerie, flanqués d'une batterie volante et de la division de Failly . Cette colonne, aidée par Içs TH«es,
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se distingua. Plusieurs sorties dirigées sur le village de Sack, à vingt-deux kilomètres dans la terre ennemie, rappelèrent aux Russes leur infériorité en rase campagne. On fit des prisonniers, on s^empara de plusieurs pièces d'artillerie. Les éclaireurs du prince Gortscnakoff reculaient au gré de la poursuite, quand Thiver imposa sa médiation. I^endant ces événements extérieurs, l'attaque des forts du nord se développait. Dix-sept batteries s'étaient élevées comme par magie, depuis la redoute Ganrobert, à Test de la ville, jusqu'au fort Alexandre, à l'ouest, près de l'entrée de la rade. Cent cinquante bouchés à feu armaient cette immense ligne. Elles avaient entamé le bombardement de la rive et des camps russes, dès le 12 septembre, à raison de vingt-quatre coups par pièce, chaque jour. Les fuséens, des terrasses de Sébastôpol, prêtaient leur concours, jaloux d'illustrer, en cette parodie du siège, leurs machines à incendie. Les ouvrages russes souffraient du tir, mais ne cédaient pas, et leurs boulets bouleversaient, aux dépens des occupants, les ruines de la placé conquise. A une longue distance, qu'il était im-
{)0ssible de diminuer, la rade restant terrain neutre, a lutte à coups de canon n'offrait aucune issue, et les fruits du tir, habilement conduit, n'indemnisaient pas même de la dépense de munitions quotidienne. C'est pourquoi le 26 octobre, par ordre du commandant eu chef, l'artillerie française donnait Texemple du silence définitif. Dès lors aussi les chantiers 'du génie se bornèrent à la démolition du monument des sapes et principalement à l'achèvement des lignes de Kamicsch, qui devaient, en touscas, assurer à Tarmée çleiae liberté d'action.
Ainsi, au commencement de novembre, les champions, de toutes parts, posaient les armes, en attendant les arrêts de la diplomatie. Déjà les révélations des chancelleries européennes faisaient pressentir
3ue la paix; succéderait à la trêve forcée dé la saison 'hivei^. Sans doute l'Angleterre, inquiète des me-
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nées de la Russie dans Tlnde, peut-être mécontente de sa part de lauriers en Crimée, penchait non-seulement pour la continuation, mais pour Textension de la guerre. Si, à la veille de Sinope, il avait fallu la remorquer à la défense du Bosphore, maintenant que Tamour-propre et l'intérêt la poussaient en avant, elle aurait volontiers, enlevant au conflit ce caractère local que le génie de la prudence avait su lui imprimer, entradné dans les aventures la France, à la suite de son pavillon, jusque siu- Tlngour. Mais rien n'appelait la politique impériale, hors de la brèche de Sébastopol. En deux années de victoires, il avait été assez fait pour la grandeur de la patrie, et par la destruction du plus redoutable boulevard de Tempire des czars, vis-à-vis de Gonstantinople, on avait résolu les difficultés immédiates de la question d'Orient, celles pour lesquelleâ on avait cru devoir secourir la Turquie. Quant à la Russie, en supposant que la défense sans pareille de Sébastopol n eût pas suffisamment sauvegardé son honneur, la marche envahissante du général Mourawief à travers TAsie Mineure, et la prise de Kars, malgré Omer-Pacha, semblaient une compensation convenable des revers éprouvés en Crimée, etpermettaient d'ouvrir l'oreille aux propositions d'un arrangement.
Chaque courrier apportait au camp, dès les der-
fourreau, prépara ses quartiers d'hiver avec cette cpiiétude sereme qui naît du succès et dispose aux joies du triomphe. Cet établissement fut troublé par une catastrophe dont le hasard parut la cause.. Les magasins du MouUn sautèrent (15 novembre), et peu s'en fallut que le feu, durant l'explosion, se communiquant aux poudrières de Malakoff, ne vengeât tardivement l'assiégé . Le fracas de cette sorte d'éruption volcanique au miKeu des bivacs alliés, avertit les Russes, en leurs retranchements, du coup terrible
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qui frappait le vainciueur; ils eurent comme une lueur d espoir, et sur-le-champ, en l'honneur de cette aubaine inattendue, leurs batteries du nord de la rade lancèrent des salves précipitées dans la direction du ravin du Carénage. Cet orage dura toute cette soirée de deuil ; quelques passants furent tués, et ces malheureux fermèrent, avec les nombreuses victimes du désastre, le registre mortuaire de Tarrière-siége. Cet événement ranima aussi le courage des gardiens de la Belbeck, et à Baïdar, tant que les neiges n^ eurent pas obstrué les issues de la vallée, Tavant-garde de Tarmée vécut continuellement en alerte. Ce système d'escarmouches partielles ôe termina, le 8 décembre, par Tassant des avant-postes de Baga et d'Orkousta. Une poignée de tirailleurs français, pris à Timproviste, repoussèrent plusieurs milliers d ennemis. Bientôt après ce choc, les frimas refoulèrent les éclaireurs mêmes, dans leurs cantonnements, dont les cimes de Cardon-Bell marquaient la limite. Rien ne troubla plus désormais le calme, et l'armée se livra aux douceurs de Thivernage dans rabondance. Ce fut alors Tidylle, après le drame. Les forêts de Mordwinoff fournissaient du bois et du gibier à foison. La Tchernaïa alimentait les poêles de poissons, et la pêche s'alliant à la chasse, les plaisirs de la cheminée suffisant au bonheur du soldat, les jours où le froid forçait à garder le logis, les vain- (jueurs de Sébastopol s'endormirent au sein de délices domestiques qu'ils n'auraient pu concevoir, il y a un an, à la même époque, du pilori des tranchées. Cependant la publication des nouvelles de la statistique guerrière remplissait les Cioeurs d'un juste orgueil. La commission chargée du relevé des richesses de la ville comptait plus de quatre mille pièces de batterie, vingt-neuf mille projectiles, six cents ancres, plusieurs centaines de mille kilogrammes de
f)Oudre. Autres chiffres, dontJe commentaire égayait es loisirs : six millions de coups de canon tirés, trente millions de cartouches brûlées, quatre cent
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itiille bombàttatits immolés ! Tel était le total des dépenses de la guerre, en sang humain et en munitions ! Dans cette nécrologie générale, la part de la Frailce était du guart ; de même que dans les sièges passés; reirtillerie 'avait perdu un champion sur quatre, le génie un sur trois, Tinfanterie un sur deux. Chaque mort avait coûté à peu près son poids de fer, conformétnent au calcul du maréchal de Saxe. Les jnalsidies avaient été incomparablement plus meurtrières (jue le feu, et jusqu'au départ elles sévirent. l,^invgision du typhus, fleaii auxiliaire du scorbut et du choléra, fut comme .répreuve suprême de Tarmée au repos. Les vétérans français des attaques du bastion du Mât et de Malakbff payèrent ciniellement leurs excès de fatigue et de souffance, dans celte lutte avec les épidémies qtii procéda le dénoûment. Les Anglais se ressentirent, à beaucoup près, moins que leurs alliés, des atteintes du mal, déchaîné sur nos ambulances. Ce succès hygiénique honore, sans contredit, TAngletet-re et montre âbn habileté à profiter des leçous de rexpériencé.
Malgré ces misères, grâces à un printemps précoce, Tarmée oubliait,- au milieu d'aune plaisante inaction, les douleurs de la gloire. La Chersonèse et Baïdar s'étaient pour elle métamorphosés en Capoue. L'annonce de l'armistice la surprit agréat)lement, en train de jardiner et de se mettre au rert. En effet, le 27 février 1856, les chefs d'état-major alliés et russes se réunissaient, au pontdeTraktir, et signaient uhe suspension d'armes qui, de droit, devait expirer Ib P' iavril si le congrès, assemblé à Paris, n'avait *pas conclu un traité de pacifieation définitive. Cet entr'acte final fut consacré à dés excursions champêtres et à des réceptions réciproques entre ennemis sur le point de s'embrasser. L'idée seule de rentrer prochàmement en France-donnaît l'ivresse au camp, et lorsqu'enfin, le premier jour d'avril, cent un coups de canon proclamèrent la signature de la paix, il y eut, de Baïdar à Kamiesch, un immense applaudisse-
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ment. L'évacuation complète de la% Crimée avait été fixée à trt)is *mois^ et il n'était pas trop de ce délai
Eour Técoulemetit de plus de soi:^ante millions de ilogrammeSj ien matériel de guerre^ et le transport de près de deux cent mille hommes. Après une revue d'hoùheur, superbement passée devant le général Luders, comme politesse à Tégard du vaincu, la fête du Rembarquement s'ouvrit. Les troupes, folles de joie, se répandirent^ de la baie de Kasatz à la baie de Strelitzka, lé long du Hvage, cOilvèrti eii gare de marchandises guerriètës ou de trophées, et tour à tour montèrent à bord dès vaisseaux, lestés avec le fer des arsenaux russes. La marine s'illustra à l'œuvre du rapatriement, de même qu'au départ de Varna, quand il fallut envahir la Russie. Aussi, au terme prescrit par la convention le tiiaréchal Pélissier rentrait avec le pavillon, avec l'arrière-garde pour escorte, et l'empire de France, au 15 août,
{>lein de l'enthousiasme des temps d'Austerlitz, céébrait la Saint-Napoléon, les victoires en bloc de l'ârtoée d'Orient et le salut de Constantinople.
La politique du dix-neuvième siècle repose essentiellement sur deux principes : l'un, le principe de l'équilibre européen, a été posé par Richelieu ; l'autre dérive de la révolution française et se nomme le principe des nationalités. Tous deux tendent à même tin, le maintien de la paix stable, et aii fond ils s'identifient, puisque l'harmonie entre les peuples demeure une utopie, tant qu'une tribu de race latine, par exeiliple, obéira contre son gré, toute fusion étant . impossible, aux Germains ou aux Slaves. Cette théorie, qu'une philosophie superficielle de l'histoire interprète comme un système d'insurrection et de tyrannie, dans le monde n'est que l'expression de la logique appliquée au gouvernement et aux destinées de ITiumanité. Le groupement des Etats par affinité de races marque une transformation nécessaire, §ar laquelle doit passer l'Europe, avant de travailler, ans un magnifique concert aes puissances libres, à