‹ Journal humoristique du siége de Sébastopol (volume 2)Chapitre 26 sur 33 · LB TRAITA DB PAHIS · texte numérisé non relu

LB TRAITA DB PAHIS

rétablissement de cette fédération finale, que Charlemagne et Napoléon méditèrent de Éîusquer, par des plans de monarchie universelle, avant d^arriver à ce véritable règne de Dieu sur la terre, sans lequel la création ne serait qu'un désordre fatal. On entrevoit déjà cette époque de transition, aue caractérisera,'en dernière analyse, Textinction delà féodalité moderne, de celle qui, survivant à la barbarie du moyen âge, fait encore de chaque royaume, au moyen des douanes et des fortifications, un donjon ou un camp retranché. Il est improbable que le mouvement en ce sens se ralentisse, car, fille et ouvrière de la science, la vapeur a changé les conditions du développement de la civilisation. Un jour accomplit maintenant Touvrage d'aune année. Inspirées par l'un ou Tautrç de ces deux principes fondamentaux, les guerres contemporaines différent radicalement des entreprises guerrière^ de l'antiquité et des temps modernes. Dans celles-ci, en thèse générale, on ne saisit pas d'autre mobile que l'esprit de discorde ou Tamour des conquêtes. Une passion de mesquine suprématie pousse au combat les armées, mortellement ennemies, d'Athènes et de Sparte. L'ambition d'asservir l'univers dirige l'épée de Rome,, et la républi- Ïiie sacrifie à ce rêve de grandeur, jusqu'à sa liberté, e moyen âge n'est qu'un long triomphe de la force; et, sans les essais d'organisation qui ont immortalisé le chef de la dynastie carolin^enne, sans la gloire originale des croisades, on serait pris de dégoût pour ce prétendu règne de la chevalerie, oùles serfs s'entr'égorgaient par milliers, au gré des caprices d'un baron ou des ennuis d'une châtelaine, pour ce chaos de l'empire romain en poussière gui, commençant avec l'irruption des barbares, finit par un duel de cent ans entre la France et l'Angleterre. La renaissance préludait à peine à la régénération de la société féodale quand, au signal de la réforme, le fanatisme rehgieux, se déchaînant, baigna de sang la catholicité. Avec Henri IV et Richelieu, la raison

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préside un instant au conseil des rois. Mais aux gloires du traité de Westphalie succèdent les splendeurs et les folies du règne de Louis XIV. Sous la régence et sous I^uis XV on se.bat pour de vaines alliances de famille ou pour le bon plaisir des courtisanes royales. Emporté par le courant des vérités philosophiques, Louis XVI arbore, en Amérique, le drapeau de Taffranchissement des peuples. La république et Tempire proclament, avec Téloquence des armes victorieuses, le droit des nations opprimées à rindépendance. Ce principe de politique, sauvegarde durable de la paix, sous les apparences révolutionnaires, résista aux fureurs de la réaction de 1815. A notre âge appartient rhonneur de Tavoir mis systématiquement en pratique, par les voies diplomatiques et, au besoin, sur le champ de bataille. La guerre aide aujourd'hui lé progrès de la civilisation en ses dernières phases. Assurer Téquilibre européen, en favorisant la formation des groupes d'États, selon leurs origines et leurs croyances, concourir à la fondation d'un ordre définitif, en facilitant un morcellement inévitable : telle est sa loi.

Les plus hautes considérations de la statique politique ont déterminé Texpédition. de Crimée. En reculant, quand la Turquie impuissante, outrée des insultes du ppnce.Menschikon et de Tinvasion des Principautés danubiennes, Tappela à son secours, la France aurait perdu à jamais son influence en Orient. Du même coup, la clef de Constantinople tombait au pouvoir des czars : non que les Ottomans, attaqués au cœur du sanctuaire de Tislam, eussent été incapables de toute résistance, Silistrie a prouvé ce que saurait faire le fatalisme au désespoir des soldats du Prophète, conduits j)ar un chef qui n'a pas été allaité à Tair énervant des harems. Il est possible que, par la vertu d'une habile défense, et une timide intervention des puissances occidentales secondant, chez eux, un mouvement de pudeur internationale, les violateurs de la paix se fussent

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arrêtés , en leur agression, aU pied des Balkans, Omer-Pacha vaincu, et eussent planté simplement au seuil de la Roumélie, le drapeau de Torthodoxie. Dans cette hypothèse la sphère d'action du protectorat moscovite serait allée en s'étendant de plus en plus, ou milieu de peuplades chrétiennes q,ui, de longue date, attendaient lent salut de la Russiei et (jue trois siècles d'un despotisme â son déclin avaient avec juste raison exaspérées. Tandis que la présence des lil3érateurs à leurs portes et les signes manifestes de la décadence de la Turquie encourageaient les râlas à la révolte, le Russe aurait pu, à son gré, de la frontière militairement occupée, renverser à son pi-oflt le trône vermoulu d'Othman.

La guerre nécessairement déclarée, en que.8 termes se réduisait le débat entre la Russie et les protecteurs de la Turquie? Il fallait dire à renvahisseut de la Roumanie, avec Tautorité du canon ! « Sous le toasque de Famour que vous portez aux Grecs, vous convoitez pour vous seuls l'héritage des Ottomans. En arrière, spoliateurs de la Pologne! quand le jour viendra, tous les intéressés régleront avec vous ce partage à Gonstantinople. » Traduite en langage diplomatique, la guerre d^Orient n'a pas eu d'autre signification : Aima, Inkermann, le siège de Sébastopol, Traktir, ont été, pour ainsi parler, des moyens de persuasion. Afin d'amener seulement à une transaction provisoire le grand procès nendant au tribunal de l'Europe, depuis l'agonie àe l'empire turc, quatre cent mille soldats ont dû se dévouer, six milliards ont dû être dissipés •en. fumée. Le sacrifice d^'hommes et la perte de ces richesses n^'a abouti, en définitive, qu'à simplifier Tajournement d'une solution complète de la question d'Orient. Avancer de toute manière, par degrés insensibles, chaïque pas coûtant à foison des vixîtimes, de l'argent et du temps, telle est la marche des événements dont l'issue exerce, de près ou de loin, une influence quelconque sur le destin des peuples, de sorte que

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rhistoîre, si on ne Tembrasse pas dans son ensemble, des sommets de la philosophie, ne présente qu'Hun tissu d'absurdités et de crimes.

Pour atteindre le but poursuivi par la France et l'Angleterre devant Sébastopol, le congrès de Paris a neutralisé la mer Noire. Parmi tous les moyens

Eropres à empêcher, en .Orient, le retour de perturations pareilles à celles qui motivèrent la guerre de 1854, on n^'en saurait trouver un plus efficace. En effet, si rétat des choses qu'avait établi dans TEuxin le traité d^'Unkiar-Skelessi n'eût pas été troublé par des tentatives prématurées, Tempereur Nicolas, à la faveur du mystère qui enveloppait ses armements en Crimée, derrière le Bosphore se fermant au gré de ses volontés, toujours infranchissable pour la police des marines rivales, aurait pu transformer à loisir, en une place d'armes inexpu-

' ou peine y renforcer peu â peu la tlotte qui se démasqua àSinope avant l'heure, puis un jour, évidemment procham, quand la Turquie, descendue au dernier degré d'^épuisement matériel et moral, n'aurait plus eu besoin que d'un coup de grâce, pendant que des complications probables auraient distrait de la Œuestion d'Orient Tattention de l'Europe, fine double attaque par terre et par mer contre Constantinople, aurait présenté les plus favorables chances de succès que l'ambition des czars eût jamais souhaitées. En précipitant le cours des événements, d'après de faux calculs, la politique russe nerdit une partie engagée avec une persévérante hanileté depuis Pierre le Grand. Les négociateurs de 1856 ont écarté, dans les limites du possible, le danger qui éclata en 1854, en décrétant la liberté des eaux de la mer Noire. La facihté, ainsi donnée aux puissances

Srotectrices de la Turquie, d'éclairer tous les rivages e la Russie méridionale, empêche le secret de préparatife de guerre redoutables. Les chantiers de

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