‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 21 sur 95 · M. le président Jeannin , assisté de M · texte numérisé non relu

M. le président Jeannin , assisté de M

va dire, aux Augustins, à Messieurs des Estats, que le Roy leur accorde la recherche des finances, sous le nom de chambre ardente \

29. Messieurs du Parlement s'assemblèrent, sur le sujet de la paulette, et aussi le 30 et 31 \

1 Charles de Neufville, marquis d'Alincourt, gouverneur du Lyonnais, fils de M. de Villeroy et père de Nicolas de Neufville, marquis de Villeroy qui fut gouverneur de Louis XIV et maréchal de Fiance. Le marquis de Villeroy devant épouser la fille du maréchal d'Ancre, cette alliance projetée permettait à M. d'Alincourt de s'interposer entre le maréchal et M. de Villeroy. Ce mariage n'eut pas lieu.

2 Voy. sur cette brouille entre Villeroy et le maréchal d'Ancre, Pontchartrain, t. xvii, p. -64.

8 C'était une commission extraordinaire nommée pour rechercher les malversations dans les finances et juger les agents coupables de ces malversations.

* La paulette ou pâlotte qui a été la cause d'interminables débats entre le Parlement et le grand Conseil, était un impôt prélevé annuellement sur les offices de justice et de finances, moyennant lequel le privilège de l'hérédité leur était assuré. On appelait aussi cet impôt le droit annuel. Cette mesure fiscale établie par Henri IV, en consacrant la vénalité des charges et en les rendant héréditaires, leur fit acquérir une valeur considérable. {Voy, sur cette question le Merc*

««*. Mort de M. le maréchal de la Chastre \ Sa charge donnée à IL de Roqnelaure \

/h, t. m, 2* part., p. 72 et soir., où se trouve l'analyse de toutes les raisons pour et contre la panlette.)

* Claude, baroo de la Chastre, Dé en 1516, gouverneur du Berry sons Charles EL, maréchal de France en 1593, mort en 1614.

* Antoine, seigneur de Roqnelanre, grand maître de la garde-robe en 1599, gouverneur de Guyenne, maréchal de France en 1615, mort en 1625.

SOMMAIRE

Janvier. — Remontrances du Parlement sur l'article l«r du cahier du Tiers-État — Arrêt du Conseil à ce sujet — La paulette. — Discussion sur l'art 1**. — Brouille du cardinal de Sourdis et de M. le Prince. — Duel du marquis de la Force avec M. de Grammont — Réclamations de l'ambassadeur d'Angleterre contre le cardinal du Perron. — État des finances. — Propositions d'Arnauld l'intendant Violences exercées envers M. de Riberpré. — M. de Puisieux chargé des deniers du taillon. — Amboise enlevé à Monsieur le Prince. — Suppression du 1er article. — Jugement d'une prise faite sur les Espagnols par Barre et Fleury, capitaines français. — Duel de Livarrot et Auvilars contre la Ferté et la Trye. — Le clergé récuse la Juridiction du Parlement. — L'Évêque d'Angers et le Chancelier.

Février. — Violences de M. de Bonneval envers M. de Chavaille. — Bonneval condamné à mort — Affaire de Marsillac et de Rochefort —Conduite de Monsieur le Prince envers le Parlement et la Reine. — Plaintes du député Digoine. — Excuses de M. le Prince. — Délibérations des États. — Brouille de M. de Souvré et de M. de Luynes.

— Clôture des États. — Séance royale.

Mars. — M. de Luynes a le gouvernement d'Amboise. — Délibérations du Parlement et du Conseil sur la paulette. — Les trois Ordres au Louvre. — Mort de la reine Marguerite. — Soumission de M. de Vendôme.

Avril. — Réconciliation du maréchal d'Ancre avec M. de LongueviUeet M. de Villeroy. — Duel de M. de Bressieux et de M. de la Valette.

— Duel du vicomte de Rabaf et de M. de Longnac — Discussion au Conseil sur les finances ; discours d'Arnauld. — Le Parlement mandé au Louvre. — Remontrances. — Querelle d'étiquette au sujet de la queue du manteau royal. — M. de Candale, premier gentilhomme de la Chambre, — Soumission de Monsieur le Prince.

Mai. » Duel de M. de Losières et de M. de Madaillan. — Suraéance à la

révocation de la paulette.— Départ de MonMeur le Prince pour Valéry.

— Remontrances du Parlement sur les désordres de l'État. — Discussions entre le Parlement et le Conseil. — Paroles de la Reine. — Àrrct du Parlement cassé.

Juin. — Délibérations du Parlement au sujet de l'arrêt cassé. — Règlement du Conseil. — M. le Prince à Saint-Maur. — Violences de M. de Canisy. — Querelle d'étiquette entre M"* de Longueville et la duchesse de Guise.

Juillet. — M. de Villeroy député vers M. le Prince. — Prétentions de celui-ci. — Le Roi fait tirer jlouze cent mille livres de la Bastille.

— Conférences des Princes. — Assassinat de M. de Prouville par Marianna. — Rupture des Princes avec la Cour. — Pontchartrain envoyé vers Monsieur le Prince

Aoot. - M. de Longueville se retire à Amiens. — Duel de MM. de Montmorency et de Portes contre MM. de Retz et de Vitry. — Le maréchal d'Ancre va à Amiens. — Le Parlement mandé au Louvre au sujet du départ du Roi pour son. mariage. — Mesures pour la sûreté de Paris pondant l'absence du Roi. — M. de Chevry nommé intendant des finances — Ordre au président le Jay d'accompagner le Roi.

— Manifeste de Monsieur le Prince. — Le maréchal de Bois dauphin chargé du commandement général de l'armée. — Le Conseil délibère sur la guerre. .— Le Parlement délibère sur le danger du départ du Roi. — M. de Loménie fils a la survivance de la charge de son père.

— Départ de la Reine-Mère et du Roi. — Arrestation du président le Jay. — Remontrances du Parlement. — Détails sur le voyage du

* Roi. — Administration des affaires pendant l'absence du Roi. — Arrestation du sieur de Foraise, agent de Monsieur le Prince.

Septembre. — Nouvelles du voyage du {loi et de la marche de son armée. — Assemblée de Grenoble. — Déclaration du Roi contre Monsieur le Prince. — Délibérations du Parlement.

Octowb. — Affaires entre Jes armées du Roi et celles de M. 18 Prince.

— Mariage du Roi à Burgos et de Madame à Bordeaux. — Prise de Clermont par le maréchal d'Ancre. — Passage de Bony par l'armée de M. le Prince. — Conduite du maréchal de Boisdauphin.

Novembre, — Échange de Madame et de l'Infante. — Nouvelles de la guerre* — l& Roi et la jeune Reine font leur entrée à Bordeaux. — Marche des armées»

Décembre. — M. de Guise , lieutenant général des armées du Roi.

— Duel de M. de Montglat et de M. de Vitry. — M. de la Roche- Guyon, grand louvetior. — M. de Rheims, cardinal. — L'armée de Monsieur 1« Prince à Oleron

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2. Messieurs les gens du Roy, ayant fait Imin '«r1* »«n. remonstrances à la Cour sur les disputes et opposition

faite par le clergé en la résolution du premier article du cayer du Tiers-Estat de Paris, touchant 1* puissance temporelle prétendue par le Pape,. (M. le cardinal du Perron avoit harangué I41 Noblesse, et l'avoit gagnée,) la Cour ordonna qu'on reliroit tous les arrests donnez sur ce sujet.

3. Conseil tenu au Louvre , (auquel assistoyent les officiers de la Couronne et entre autres MM. fie Buillon, de Rohan et de Sully) sur le fait dudit article, — Tous opinèrent unanimement pqw Je cqïi-t servation de la puissance et de la personne du Roy. — Ordonné qu,e le Roy interdit tant aux Estats qu'à la cour de Parlement la connoissance de cette affairq et la retient à sqy et à son Conseil, et envoyé arrest et lettres patentes au Parlement sur ce sujet.

M. d'Espernon auteur de toute cette pienée.

4. M. le Premier Président pour Je Parlement, M. le président de Chevry1 pour la Chambre des Comptes, M. le président Chevalier2 pour )a Cour des Aydes, et M. Lefèvre pour les Trésoriers fie

1 Charles Duret, seigneur de Chevry, conseiller d'État, intendant et contrôleur général des finances, président en la Chambre des comptes de Paris, greffier des ordres du Roi, mort en 1636. fl était le frère du médecin Jean Duret. {Voy. l'historiette de ces deux personnages, Tallemant des Réaux, édition Monmerqué et Paulin Paris, 1. 1, p. &21, et surtqut le savant et précieux commentaire de M. P. Paris.)

2 Nicolas Chevalier, né en 1563, surintendant de Navarre et de Béarn, deux fois ambassadeur en Angleterre, premier président de la cour des Aides.

2ft JOURNAL INÉDIT

jamier i6». France , haranguèrent le Roy et la Reyne pour la conservation de la paillette.

Quand la Reyne vit Messieurs du Parlement, elle leur dit qu'ayant le Roy à leur porte, ils ne devoyent point délibérer d'une affaire de si grande conséquence (parlant de celle de l'article du Tiers-Estal) sans l'avertir, et leur défendit de signer l'arrest, qui n'est signé que du rapporteur.

7. M. l'evesque d'Angers ', assisté de Messieurs du clergé et de quelques-uns de la noblesse, vient trouver le Roy et la Reyne sur le sujet de l'arrest du Conseil du 3 précédent, et parle fort hardiment.

8. Le lendemain matin, ledit evesque d'Angers, assisté de MM. les cardinaux de Sourdis, du Perron, de Larochefoucauld 2, et Ronzy3, de plusieurs evesques et de plusieurs gentilshommes, vient de rechef trouver le Roy, et parle avec une insolence effroyable.— Demande la cassation tant de l'arrest du Parlement, que de celuy du Conseil. — Soutient que la connoissance de cette affaire n'appartient ny au Parlement ni au Roy, attendu que c'est un point de conscience, dont le clergé est seul le juge. — Disent..

1 Cet évêque d'Angers qui joue un si grand rôle dans les États et parle avec tant d'énergie pour le clergé, est Charles Miron, oncle de Robert Miron, prévôt des marchands et président de Tordre du Tiers. II avait été nommé en 1588 évêque d'Angers, à l'âge de dix-huit ans, devint archevêque de Lyon en 1626 et mourut en 1628.

2 François de la Rochefoucauld, né en 1558, cardinal en 1607, grand aumônier de France en 1618, mort en 1645.

3 Jean Baptiste Bonzy, né en 1554 à Florence, évêque de Béziers, cardinal en 1611, mort en 1621.

d'àrnàuld ï>'àndilly. 25

( ce fut M. le cardinal du Perron qui dit cela ) que Janvier *u. si on ne leur accorde, ils quitteront l'assemblée des Estats ; qu'ils useront de toutes sortes d'incompréstations, et d'excommunications, et d'anathématisations , contre tous ceux qui s'opposeront à cette créance, afin de les précipiter dans les peines, les géhennes, le feu, les enfers. — Demandent que ceux de la religion ayent à se désister d'opiner sur cette affaire (sur cela M. de BuiUon prenant la parole, dit que le Roy et la Reyne sâvoient avec quelle modestie luy et ceux de la Religion avoyent parlé en cette, affaire, lorsque le Roy leur avoit commandé d'en opiner, en qualité d'officiers de la Couronne, mais que pour le fond, luy et tous ceux de la religion rendroyent toujours au Roy l'obéissance qui luy est deue) ; que le premier advocat du Roy du Parlement soit toujours ecclésiastique, et que M. Servin1 soit déposé. — Après, M. le cardinal du Perron prit la parole et confirma tout cela, et sur le sujet de l'excommunication dont il parla. Monsieur le Prince dit (je Tay ouy de sa bouche) : Nonobstant toutes les excommunications, il se trouvera toujours, beaucoup de François , qui , en conservant le respect qui est deû au Pape, pour ce qui concerne le spirituel, employèrent volontiers tous leurs ^biens et leurs vies, pour la

1 Louis Servie, conseiller d'État, premier avocat général au Parlement de Paris, mort dans l'exercice de ses fonctions en 1626, tandis qu'au nom de sa compagnie il faisait des remontrances au Roi tenant son lit de justice. Les plaidoyers de ce magistrat célèbre par son élo-, quence et son énergie ont été recueillis en 1631,- in-ft°. Il a laissé plusieurs autres ouvrages tant latins que français.

26 JObftXAI. IKftPIT

imist* m%. conservation de l'autorité et do service du Boy. — Sur cela, M. de Villeroy dit: qu il semble que Fèves? que d'Angers se soit porté si violemment en cette affaire, et ayt offencé le Parlement expressément afin d'obtenir évocation d'un procès qu'il a contre son clergé d'Angers, craignant de retomber au jugement dudit Parlement où il a déjà esté maltraitté;

On leur devoit répondre : que le Boy a voit trèsagréable qu'eux et tous ceux qui oseroyent penser à tenir des langages si insolent se retirassent des Estats, et laissassent ceux qui voudroyent demeurer, résoudre les affaires, et sur cela, faire expédier une déclaration. — On tient qu'en cette affaire, ils ne prennent avis que des cardinaux et des evesques, et non des capitulans , et que le prieur des chartreux ' et carmes ayant voulu prendre la parole sur des propositions que faisoit le cardinal du Perron, et voyant la violence dont il usoit pour l'empêcher de parler, disant qu'après tant de grands prélats qui avoient traitté cette affaire , il s'estonnoit comme il en pouvoit douter, il répondit que puisque cette affaire se traittoit par autorité et non par raison , il n'avoit plus rien à dire.

Les cardinaux sont récusables sur cette affaire, attendu que n'y ayant qu'un degré d'eux au Pape, ils peuvent estre Papes, ou faire les Papes.

Semble que M. le cardinal du Perron se porte à

1 Adam Oger, député du clergé pour la prévôté, ville et vicomte de Paris.

d'arnaold d'andilly. 37

ces aigreurs extraordinaires par la suggestion de Jwtcrsw. son frère qui a grand part avec M. (FEspernon, les Jésuites, et la duchesse de Guise. — L'evesque d'Angers traitte avec Iuy pour l'archevesché de Sens.

Le cardinal du Perron dit aussi que Ton vouloit introduire en France la confession d'Angleterre , et que c' estaient des pensionnaires du Roy d'Angleterre qui le procuroyent.

Le cardinal de Sourdis dit à Monsieur le Prince, qu'il le récusoit au nom de tout le clergé, h ce qu'il s'abstint d'opiner sur toutes les affaires qui regardent l'Eglise. A quoy Monsieur le Prince répondit (cause de la récusation , sur ce qu'il s'estoit ouvert) ; Cela est bon aux autres compagnies, mais non au Conseil, où Ton ne laisse d'estre juge encore que Ton s'ouvre.

La Reyne témoigna estre piquée de tant d'insolences. Le Roy leur répondit: qu'ils dressassent leurs cayers promptement, et qu'il leur donneroit toute sorte de contentement. Monsieur le Chancelier ne dit quasi rien,

U après disnée, le cardinal de Sourdis vint au Conseil des finances ; après y avoir un peu esté , il s'en alla. Monsieur le Prince ne luy osta son chapeau. Après que le Conseil fut levé, il rentra. Comme Monsieur le Prince le vit approcher, il dit au Roy et à la Reyne, qu'ils savoyent l'insolenee dont le Cardinal avoit usé le matin contre sa qualité de Prince du sang ; qu'il supplioit leurs Majestez de ne point souffrir qu'il fust opprimé en cette qualité, et de luy permettre de savoir si le clergé le Youdroit avouer ;

janvier 1615. en ce cas, former sa pleinte contre le clergé, et s'i. le désavouoit, former sa pleinte contre le cardinal de Sourdis en particulier. — Le Roy et la Reyne luy répondirent assez doucement , qu'il fist ainsy qu'il aviseroit. — Après, le cardinal de Sourdis approcha, qui dit, qu'il supplioit leurs Majestez d'avoir agréable la récusation qu'il avoit faite contre Monsieur le Prince, attendu qu'il s' estoit ouvert, et que tout juge qui s'ouvre est récusable. Ensuite de cela, Monsieur le Prince demeura un peu, puis parla à M, le maréchal d'Ancre, et sortant incontinent après, il dit : que le cardinal de Sourdis estoit un prestre, qu'il ne le pouvoit offencer , qu'il avoit rendu au Roy et à la Reyne tout le Tespect qu'il leur devoit, que pour le fond de l'affaire, il se tiendrait toujours en gros pour le service du Roy ; que quant à son particulier, il feroyt ce que leurs Majestez luy commanderoyent. — On dit que sa résolution est de savoir si le clergé avoue M. le cardinal de Sourdis; s'il l'avoue, déformer sa pleinte contre tout le clergé, sinon, de la faire contre le cardinal de Sourdis en particulier. — Cette procédure n'est bonne, car il y a apparence que le Clergé ne le désavourra pas, mais il faudroit former la pleinte contre luy en particulier, attendu qu'il ne luy appartient point d'avancer cette parole sans en avoir charge expresse du Clergé, par délibération faite exprès sur ce sujet; ou que si cela n' estoit point, il devoit estrè chastié, etc.

On remarque queMM. deGuise furent cejourlààla chasse, et que M* d'Espernon n'alla point au Louvre.

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Lorsque le cardinal de Sourdis fit sa récusation , j»^ m*. Monsieur le Prince devoit répondre que sans le respect du Roy et de la Reyne , il luy eust passé son espée à travers le corps, pour avoir esté si téméraire que d'oser prononcer cette parole contre un Prince du sang, sur le sujet d'une affaire si importante \

9. M. le marquis de la Force a ayant de longtemps querelle avec M. de Grammont5, se dérobbe le soir, auparavant de ses gens, dans le Louvre ; sort par la porte des cuisines où deux chevaux de M. de Saint-Angel, son cousin, les attendoyent. Vont coucher hors la ville. Le lendemain 9, à quatre heures du matin, Saint-Angel va dire à M. de Grammont que M. de la Force l'attendoit en tel lieu. M. de Grammont va avec luy, avec son escuyer réputé vaillant. — Arrivé, dit qu'il se veut battre à cheval. — M, de la Force dit qu'il n'estoit raisonnable, veu qu'il estoit mal monté, et que l'autre avoit le Cardinal (barbegris à M. de la Rochefoucault, valant 1200 écus). Néantmoins, se battent. M. de la Force blesse M. de Grammont au bras, retournant à la passade, et M. de Grammont blesse en... du corps; son cheval fait un saut, le jette à terre. M. le marquis de la Force hiy fait rendre

1 Voy. le Merc. /r., t. ni, qui entre dans les plus grands détails sur les délibérations des assemblées des États et donne l'analyse des principaux discours prononcés dans les -réunions des trois ordres.

2 Armand Nompar de Caumont, deuxième duc de la Force, pair, maréchal de France en 1652, mort en 1675.

3 Antoine de Gramont, deuxième du nom, comte de Gramont, de Guiche, de Louvigny, duc et pair en 1643, mort en 1646.

janvier nu. l'espée (ne le Veut tuer) , puis va séparer les fceconds qui se battoyent à pied, à l'espée seule. Saint- Angel a voit baillé un coup d'espée à son homme au bras; ils estoient aux prises, il luy oste les armes; puis s'en viennent luy et M. de la Force, avec les quatre espées, chez M. de la Force le bonhomme'; de là chez M. de Rohan, où ils couchèrent. M. de Grammont dit que M. de la Force a voit fait ce qu'il put pour le tuer, qu'il luy fit passer son cheval cinq ou six fois sur le ventre et le laissa pour mort, et que luy avoit perdu le sentiment à cause des foulures du cheval ; et que sur cela, M. de Saint-Àngel estant venu, ramassa son espée. Cause de nouvelle querelle. — Le lendemain, un gentilhomme de M. de Grammont qui n'ayant esté par le chemin que son maître luy avoit dit, ne l'avoit pu trouver, fait appeler M. de Saint-Angel chez M. de Rohan qui en fut fort indighé 2*

M. l'ambassadeur d'Angleterre fut trouver M. de VHleroy pour avoir audience de la Reyne, afin de se pleindre de ce que le cardinal du Perron avoit dit, et à Sa Majesté, et par plusieurs fois dans les Estats, que c'estoyent des pensionnaires d'Angleterre qui

1 Jacques Nompar de Caumont, premier duc de la Force, père du marquis, né en 155«> maréchal de France en 1622, duc et pair en 1637, mort en 1652. Il a laissé des mémoires.

2 « En ce temps les duels furent si communs que deux seigneurs de Gascongne, sçavoir : le comte de Grammont, l'un des députe* aux Estats et le marquis de la Force, capitaine des gardes du corps, avec leurs- seconds, se trouvèrent et se battirent à cheval au Pré aux Clercs. » {Bière, frM t. m, p. 210.)

d'aunacld d'àndilly. ai

procuroyent et a voyant mis en avant l'article du '•*** ••». Tiers-Etat. — M, de Villeroy l'en veut dissuader, mais ne peut le faire.

Le Parlement s'assemble sur le sujet de l'arrest du conseil et lettres-patentes qui luy avoyent esté envoyées, portant interdiction de connoistre de ce cjui concerne l'article du Tiers -Estât Dix opinent vertement. — On dit qu'un d'enire eux dit au Premier Président qu'il ne méritoit point de les présider, puisqu'il se portoit si laschement à une affaire de telle conséquence. — L'heure sonne, oit se retire.

10; Le Parlement se r'assemble; on achève d'opiner. Ordonné que l'arrest du conseil et lettrespatentes ne seront enregistrez dans le registre de la Cour, mais qu'ils seront gardez à part.

Au conseil de F Entresol le, M. le président Jeannin lit Testât général des finances ; la conclusion est, qu'il y a un million d'or de faute de fons. — Après cela, il se taist, et se passe un fort long temps avant que personne ne die mot. Ce que voyant, M. Arnaud* prend la parole, dit : qu'il voyoit que per-

1 tsaac Àrnauïd, seigneur de Corbeville et de ta Roche, intendant des 1 finances, oncle d'Aroauld d'Àndilly. Nommé intendant en 1609, il prit en qualité de premier commis son neveu, quoique celui : ci n'eût alors que seize ans et le forma aux affaires. « La reine-mère, Marie de Me- » dicis, alors régente , alloit d'ordinaire au conseil des finances (dont » Arnauld faisait partie), et quand le feu Roi commença à croître, il y n alloit aussi. Comme mon oncle étoit extrêmement considéré de la Reine » et de* ministres à cause de son extrême capacité, favois l'avantage » que nul autre à l'âge que j'avois alors n'a jamais eu, d'entrer dans le » conseil et d'y demeurer tant qu'il duroit derrière -les chaises du Roi » et de la Reine & voir opiner, ce qui ne me donnoit pas une petite <con*

janvier tais, sonne ne disoit mot ; que néantmoins il tenoit que l'affaire qui se présentoit estoit la plus importante qui se présentast aujourd'hui dans Y Estât ; et que, de ce que la Reyne résoudroit présentement, dépendoit ou la ruine ou le salut du royaume, et tout ensemble de son autorité , pour ce que la faute de fons des finances estoit qui pou voit apporter le plus grand désordre; que le Trésorier de l'Espargne n'ayant point d'argent, ne pourroit faire sa charge; que tout ce que l'on luy ordonneroit ne serviroit de rien. Sur cela, la Reyne luy dit : Et bien, que faut-il donc faire? Il reprit : qu'il faloit donc nécessairement remédier à cette faute de fons d'un million d'or; que le seul moyen estoit de se retrancher sur la dépence ; qu'il croyoit que le devoir de sa charge et sa conscience Fobligeoyent de dire franchement et nettement la vérité ; qu'il estimoit donc que pour ce qui concernoit la dépense de la maison du Roy, il estoit comme impossible d'y rien retrancher ; qu'il faloit venir aux pensions qui estoient montées à une somme si excessive, qu'il faudroit avoir les Indes-Orientales et Occidentales pour y subvenir; qu'il estoit donc d'avis d'en retrancher un quartier montant à onze cent mil livres ; qu'un des autres plus grands retranchements qui se pouvoyent faire estoit sur les

» noissance des affaires» » (Mémoires d'Àrnauld d'Andilly, édition citée, p. 360.) Voy. en tête des mémoires d'Àrnauld d'Andilly la notice qu'il consacre à son oncle Isaac Aroauld, l'intendant des finances, dont il analyse plusieurs fois dans ce Journal les discours et les .propositions au conseil des finances.

d'arnauld d'andilly. 83

gens de guerre ; qu'il désireroit qu'on en peust en-* •>«"*» un. tretenir deux fois davantage, mais qu'il valoit beaucoup mieux en retrancher que de courir à une ruine infaillible ; qu'on avoit parlé de retrancher la moitié des Suisses ; mais que puisque la Reyne se vouloit tenir forte, afin d'accomplir les mariages, qu'il pensoit que l'on se pourroit contenter de 1200 en gardant 10 compagnies de 180. hommes chacune ; qu'il faloit aussi prendre les deniers du taillon. Sur cela, M. le Prince ayant pris la parole (M. de Bulion n'y estoit) , et fait un grand discours, après l'avoir laissé tout dire, il répliqua : que quand le Roy mourut on en prenoit deux cent mil livres, qu'auparavant on en avoit pris trois cent quatre-vingt-dix mil livres, et qu'on avoit inesme esté jusqu'à six cent mil livres; que les gens d'armes coustoient beaucoup, et ne servoyent quasy point; que la Reyne n'en vouloit point mener en son voyage, mais seulement des chevauxlégers ; et qu'il estoit d'avis d^n prendre six cent mil livres ; qu'il se dépensoit quatre cent mil livres pour les fortifications ; que tout cela se mangeoit par les trésoriers, contrôleurs et gouverneurs de places ; qu'il estoit d'avis d'en retrancher trois cent mil livres et laisser cent mil livres pour les gages d'officiers, pour travailler à une ou deux places, telles que Sa Majesté aviseroit et pour entretenir ce qui est commencé; et qu'il valoit beaucoup mieux ne point faire de fortifications cette année et conserver l'ordre dans l'Estat, que non pas en en faisant, s'incommoder de telle sorte, que ceux qui voudroyent

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ftft JOURNAL INÉDIT

entreprendre sur nous, nous pussent facilement attaquer; de là, il suivit sur les bastimen6 et quelques autres dépenses, tant qu'il trouva son remplacement. M, ie président Jeanntn disoit quelquefois quelque petit mot. La Reyfte approuva tout extrêmement ; dit qu'il le falloit faire; personne ne put contredire. Au sortir, chacun demeura d'accord qu'il n'y avoit là dedans que luy qui sçeust conduire les affaires.

11. M» de Riberpré, sortant d'une académie, pensa estre assassiné par un nommé d'Àrcueil (qui est au maréchal d'Ancre) et deux autres.— Se pleint au Roy le lendemain V

On présenta, à îa Chambre des comptes des lettrespatentes portant connoissance à M.* de Puisieux des deniers du taillon, sans que l'on peust recevoir sur ce sujet aucunes expéditions signées d'autres que luy.

M. le président de Nicolay % voyant que cela toufchoit extrêmement M. de Villeroy, arreste la vérification et porte les lettres à M» de Villeroy, qui luy

1 Voy.sur cette affaire, Richelieu, éd. citée, t. xxi bis, p. 236. Ou pensa que le maréchal d'Ancre avait fait faire le coup pour se venger de ce que M, de Riberpré, gouverneur de la citadelle d'Amiens, s'était déclaré pour M. de Longueville. — Le marquis de Riberpré était de la maison de Mby.

* Jean II de Nicolay, premier président de la Chambre des Comptes en 1587. Neuf membres de cette famille ont été successivement premiers présidents de la Chambre des Comptes depuis Jean I*% en 1506, Jusqu'à Aâmar Charles, le dernier président de l'ancienne Chambre des Comptes. {Voy. le commentaire de M. Paulin Paris à l'historiette du président Nicolay dans sa belle et excellente édition de Tallemant des Beaux, t. iv, p. 31$.)

dit qu'il n'en sçavoit rien et qu'il luy avoit fait plaisir. Et qu'afin qu'il ne serablast que Ton eust fait cette affaire contre son gré, il vouloit signer les lettres ; et ainsi les fit refaire et les signa.

19. Assemblée faite dans le Tiers- Estât (à la poursuite de M. d'Espernon), sur le sujet de l'article. — Ordonné qu'il seroit osté. — Quelques-uns protestent au contraire (entre autres le lieutenant civil}, et dirent qu'ils feront des remonstrances.

La Reyne envoyé quérir le lieutenant civil ' et quelques autres, dit : qu'elle ne veut point en tout que l'on luy fasse des remonstrances sur ce sujet. Ainsy on veut qu'ils se r' assemblent, afin que cette affaire se passe sans remonstrances. — M. Myron * abandonna entièrement l'article.

Résolu dans le Tiers-Estat que Monsieur le Prince rendroit Amboise et qu'on osteroit la garnison de Soissons.

La Reyne avoit envoyé quérir les Députez de Normandie et de Bretagne, et leur avoit commandé d'oster l'article. — M. de Guise avoit fait le semblable pour la Provence; M. d'Espernon, pour

Guyenne ; idem pour Dauphiné. Voilà cinq

provinces. Languedoc, Lyonnois et Champagne

* Henri de llesmes, lieutenant civil de la prévôté et vicomte de Paris, président à mortier au Parlement, présidait la chambre da Tiers* État en l'absence do prévôt des marchands.

* Robert Miron, prévôt des marchands, président et orateur de Tordre da Tiers-État, ambassadeur en Suisse, intendant en Languedoc, mort en 1641. II était frère de François Miron, le célèbre prévôt des marchands sous Henri IV.

Jaavter Htf.

janvier mi. furent partis, ainsy leurs voix ne servirent de rien. Reste quatre provinces qui furent pour l'article, savoir : Isle de France, Picardie, Bourgogne (M. Le Grand avait voulu faire aux Députez comme dessus ; ils luy répondirent qu'ils ne pouvoyent) . Et ainsy, il passa, à la pluralité, que l'article seroit osté. Et dans le cayer, on a mis ainsi : 1er article. Cet article n'est icy d'autant qu'il a esté porté particulièrement au Roy par son très-exprès commandement, comme grandement important au bien de son service et de son Estât. — Ainsi on commença le cayer au second article \

Monsieur le Prince fut trois fois au Louvre avec les lettres d'Àmboise pour les remettre à la Reyne, et trois fois il les reporta. — Enfin, il les luy laissa et écrivit à la Grange, commandant dans Amboise, qu'il remist la place entre les mains de Meurs, exempt des gardes. La Reyne ayant les dites lettrespatentes, les porta au Roy avec une extrême joye, et luy dit, que de toutes les actions de sa Régence, il ne luy èstoit resté que celle-là sur le cœur, qui luy donnoit peine; mais qu'elle y avoit esté forcée

1 Le premier article du cahier du Tiers-État établissait la séparation absolue du temporel et du spirituel, et proclamait l'indépendance du souverain vis-à-vis de la cour de Rome. On attachait une telle importance à cette déclaration, qu'elle venait la première sous le titre des Lois fondamentales. Le Parlement appuyait le Tiers-État. La Noblesse et le Clergé s'opposèrent à l'adoption de cet article et firent une telle résistance qu'un arrêt du conseil, pour ramener la paix entre les trois ordres, en ordonna la suppression. {Voy. le Merc. fr.i t. m, où se trouvent les harangues des orateurs des différents ordres et les résolutions adoptées.)

d'arnaold d'andilly. 37

par prudence, et qu'elle loûoit Dieu de quoy la chose J«n*er t*». estoit remise en son entier. — Le Roy témoigna une extrême joye.

27. Le samedy auparavant, on avoit apporté au conseil une affaire touchant une prise faite sur les Espagnols par Bare et Fleury, capitaines françois, au-delà de Pisle des Àçores. Il y en avoit procédures faites par les officiers de l'amirauté, d'autres au parlement de Rouen qui avoit instruit le procès. Sur cela, on avoit évoqué au Conseil, à la requeste de l'ambassadeur d'Espagne, qui se vôuloit servir d'une enqueste faite en Espagne, en laquelle les tesmoins se contredisoyent. — Ordonné (le dit jour 24) , qu'il seroit donné temps à l'ambassadeur d'Espagne pour faire sa preuve.

Le 27, Bare ayant représenté que le temps qu'on donnoit à l'ambassadeur d'Espagne estoit inutile, pour ce qu'il ne pouvoit faire de preuve qui valût mieux que la première , l'affaire est remise tout de nouveau en délibération. — Grande contestation aux opinions. — De 32 juges, la moitié, qui est 16, ayant esté d'avis de juger sur le champ que la prise est bonne et légitime, et donner main-levée à ces marchans (Monsieur le Prince soustenoit cet avis) , l'autre moitié jugea qu'avant que de rien décider, il faloit donner le temps à l'ambassadeur d'Espagne pour le rendre capable de cette affaire. Monsieur le Chancelier soustenoit ledit avis. La Reyne partit en faveur de Monsieur le Chancelier, dont Monsieur le Prince demeura fort piqué, et dit : la Reyne veut

janvier idi. qu'il passe à l'avis de Monsieur le Chancelier, j'y reviens donc. .

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