La Reyne ayant résolu de mettre M. Man
1 Jacques le Coigneux, seigneur de Bachaùmont, conseiller au. Parlement de Paris en 1611, président es Requêtes en 1616, conseiller d'État et président en la Chambre des Comptes en 1619, chancelier de Gaston, duc d'Orléans, président à mortier en 1630.
2 Voy, Mém. de M. Mole, p. 119 et suiv., les lettres-patentes dont i 1 s'agit.
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j«*d im«. got en la charge de M. de Pisieux, elle envoya M. Barbin trouver M, de Villeroy à Conflans pour le luy dire et le prier d'instruire M. MangoU M. de Villeroy répondit qu'il savoit le respect que l'on devoit aux Reynes, et à Gause d'elles, à ceux qui venoyent de leur part ; et que sans cela, il luy eust donné sujQt d'avoir déplaisir de luy estre venu porter cette parole. Après quelques autres discours, et en* tr' autres, qu'il y avoit Cinquante-quatre ans qu'il faisoit la charge, qu'il avoit encore assez de force et de courage pour la faire aussi bien que jamais ; que c'estoit sa charge, que l'on ne luy pouvoit oster et qu'il n'estoit nullement en humeur de se départir. Il luy dit qu'il verroit la Reyne.
20, M. de Villeroy voit la Reyne, luy représente cpurageusement toutes ses raisons. Après quelques répliques, elle luy dit ; ho voglio. A cela, il répliqua respectueusement et fort fermement, et s'en alla chez luy.
21. te lendemain, M, Barbin va chez le Président Jeannin, et avec luy, chez M. de Villeroy ; et là, après plusieurs discours sur ce qui. estoit de la charge, M. de Villeroy se relâche à recevoir te récompense. Mais sur cela, il s'éleva très-grande difficulté, pour ce qu'il ne vouloit passer la démission qu'on luy demandoit en faveur de M. Mangot, qu'il ne vid l'argent chez luy* sans vouloir en rien avoir affaire au Roy sur ce sujet ; et qu'il dit qu'il demanderoit cinq cens mil livres de sa charge ; à quoy on luy répondit qu'il ne l' avoit vendue que deux
d'arnaUld d'andilly. 17$
cens mil livres à M. de Pisieitt , et que Ton luy en '«*> «*•• bailleroit cette gomme, sur laquelle il rendra à M. de Pisieux les ctfit mil livres qu'il a reçeus de luy; las autres cent mil livres regardoyent le mariage de sa petite-fille. Depuis, M* Mangot en offrit trois cens mil livres, et la Reyne dit que puisque M. de Villeroy vouloit tant avoir de sa charge, il faloit vendre celle de M, le Premier Président de Bor* deaux \
On dit que la cpnnoissance de M. Mangot avec le Maréchal vient de ce que, quand on roua Magnas 2 à Fontainebleau en 16,,, M. Mangot, qui estoit le Pré-* sident des Commissaires, ayant trouvé plusieurs lettres du duc de Savoye s à Magnas et de Magnas au duc de Savoye qui parloyent du Marquis d'Ancre et de M. Dollé (avec lequel Magnas estoit ordinaire-* ment) , il les porta toutes à M, Dollé et au marquis d'Ancre et n'en fit aucune mention dans le procès.
M. de Villeroy dit à la Reyne qu'il n'avoit point d'habitude avec M. Mangot, et que son humeur ne pouvoit compatir avec la sienne ; qu'il avoit nourry quinze ans M. de Pisieux, et qu'il l'assuroit qu'il estoit fort homme de bien, et luy répondoit de ses actions passées et de celles à venir. La Reyne répliqua :
1 M. Mangot.
2 Magnas, accusé d'être un espion du duc de Savoie» avait été arrêté, jugé et exécuté à Fontainebleau en mai 1613. {Voy. Richelieu, éd. citée, t. xxi bis, p. 170, qui confirme la supposition rapportée par Arnauld d'Audilly.)
3 C h arles-E manuel, duc de Savoie, mort en 1630.
lui» iei6. Je ne me saurois servir du fils après avoir chassé le père, et si je vous en demandois avis, vous ne me le conseilleriez pas. M. de Villeroy dit : Au moins, Madame, si vous voulez que M, de Pisieux sorte, permettez-moy de traitter avec quelques personnes dont je vous puisse répondre, comme M. de Préaux \ ou quelqu' autre. Elle répliqua: Je voy bien que c'est ; vous y voulez nommer; il n'est pas raisonnable ; cela appartient au Roy2.
On dit que le mécontentement de Messieurs du Parlement, lorsque les lettres de M. le Garde des sceaux y furent présentées, venoit de ce qu'il ne les avoit point esté voir. Il ne le devoit faire ; car un Garde des sceaux ne doit faire la cour à personne.
Quelques-uns disoyent qu'il devoit obtenir jussion, et que la plupart de ceux qui avoyentesté contre luy, y eussent obéy. D'autres dient qu'il faisoit mieux de n'en- point prendre et de témoigner qu'il méprisoit leur refus; veu qu'aussi bien le mesme arrest ser-
4 Charles de l'Aubespine, né en 1580, abbé de Préaux, puis marquis de Chateauneuf, conseiller au parlement de Paris en 1603, ambassadeur en Hollande en 1609, puis à Bruxelles, chancelier des ordres en 1621, conseiller d'État, gouverneur de Touraine, ambassadeur en Allemagne, à Venise, en Angleterre en 1629 et 1630, garde des sceaux en 1630, présida au procès des maréchaux de Marillac et de Montmorency en 1632 ; étant devenu suspect au cardinal do Richelieu fut disgracié en 1633, arrêté et conduit prisonnier au château d'Angouleme, où il resta jusqu'en 1643 ; de nouveau garde des sceaux en 1650, remit les sceaux à Mathieu Mole en 1651 et mourut en 1653. Il était fils de Guillaume de l'Aubespine, baron de Chateauneuf, doyen des conseillers d'État, du vivant duquel il fut appelé M. de Préaux, du nom de son abbaye. (V. P. Anselme, t. vi, p. 358).
2 Voy. Pontchartrain, p. 149.
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d'aRNÀULD D'ANDItLY. 177
voit sur la vérification des autres points de la lettre. *»»« *««•
19. Sur les cinq heures du soir le Picart, cordonnier, estant au faubourg Saint-Germain , en vue de...., des palefreniers de M. le Maréchal d'Ancre (les uns disent cinq les autres huit) , ayant bastons et espées, le chargent à coups de baston. Il se jette dans une maison ; ils en cassent les vitres et rompent la porte ; il est contraint d'en sortir ; ils le suivent à coups de baston ; il s'enfuit dans une autre maison, dont ils ne peuvent rompre la porte. Enfin, le peuple Rassemblant, ils se retirèrent. Luy sort, prend une halebarde, s'en va chez luy. Le peuple s'y amasse ; un soldat parlant à l'avantage de M. le Maréchal d'Ancre est bien battu. L'alarme en alla grande au Louvre et à Saint-Germain où estoit le Roy. On disoit qu'ils estoyent quatre mil hommes en armes qui vouloyent aller au Louvre demander justice. On fit en diligence revenir les Suisses qui estoyent à Saint-Germain. M. Mangot et M. le Prévost des marchans furent faire écouler le peuple. Deux des palefreniers qui avoyent fait le coup sont remis par M. le Maréchal d'Ancre entre les mains de M. le Lieutenant criminel, qui fut seulement d'avis de les bannir pour trois ans. Le Procureur du Roy du Chastellet donna semblables conclusions : mais six jeunes conseillers, qui vinrent pour assister au jugement du procès, allèrent avec quasy tous les autres, à la mort, où il passa de beaucoup de voix. Ainsi ils furent condamnez par sentence à faire amende honnorable devant l'Hostel de Ville ; h estre pendus ; et aupara-
iî
178 JOPHNAL INÉPIT
jotniew. Yftnt avoir la question ordinaire et extraordinaire •.
22, Résolu que M, de Longueville demeureroit en Picardie, comme il y estoit auparavant; que M. de Moutbazon y prendront la ville et citadelle d'Amiens, et la Lieuten^poe du Roy, comme y avoit le maréchal d'Ancre, auquel doivent estre Péronne, Montdidier et Roye, et que ledit Maréchal prendroit la Lieutenance de Normandie, avec Gaen et le Pontde-1' Arche, et cent mil ecus comptant. On dit qu'il sera aussi remboursé des fortifications et avances par luy faites dans la citadelle d'Amiens ^
2g. M. le Çoipte 4' Auvergne 3 sort de la Bastille OU il avoit esté, à deux fois, près de quatorze ans. M. de Montmorency estoit, quelques jours auparavant, revenu exprès de Lapguedqc, afin d'obtenir sa
1 Voy. Merç. /r.t \, iv, p. 137. Ce cordonnier Picart, seront q> quartier de la rue de la Harpe, avait, comme on Ta vu plus haut, empoché le maréchal d'Ancre de sortir de Paris par la porte de Bussy, sous prétexte qu'il n'avait pas de passeport. C'est pour se- venger de cet affront que le maréchal fit infliger cette rude correction audit Picart. Peut-être cependant les gens du maréchal agirent-ils de leur propre mouvement et pour leur propre compte ? Voy. aussi Richelieu, p. 306.
2 fqy. Uerc. fr.9 1. xv, p. 88 ; Richelieu, p. 296 ; Pontchartraip, p. H5.
3 Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulôme, fils naturel de Charles IX et dô Marie Touchet, né en 1573, grand prieur de France en 1587, comte d'Auvergne en 1589, se signala à Arques en 1589, à Ivry en 1590, à Fontaine-Française en 1595, accusé de conspiration et mis à la Bastille en 1004, condamné à avoir la tête tranchée en 1605, peine commuée en prison perpétuelle, mis en {ffeerté en 1616, réintégré dans ses charges et dignités, colonel général de la ca valerie légère, duc d'Angoulôme et ambassadeur en Allemagne en 162Q, commandant au siège de la Rochelle, fit les guerres de Languedoc, 4e Lorraine, d'Allemagne et de Flandres, et mourut en 1650. On a publié ses Mémoires, {Voy. P. Anselme, t. i, p. 202, et son historiette, Tallemant des Réaux, avec le commentaire de M. Paulin Paris.)
délivrance. La Reyne Ta voit, promise avant son Juin un. voyage de Bordeaux ; et M. de Montmorency la trouvant aucunement refroidie, fit feu et flame et s'opiniastra de telle sorte qu'elle luy accorda ce qu'il demandoit1. M., le Comte d'Auvergne, suivy de M. de Vauzay, qui ne le quitta point jusqu'à ce qu'il l'eut remis entre les mains du Boy, ne trouvant point la Reyne au Louvre , alla jusques à Issy où il la remercia. Après, il vid le Roy. — MM. de Guise, tous trois *, vinrent souper aveque luy à l'hostel de Montmorency et attendirent une grande heure avant qu'il fost venu ; luy témoignèrent beaucoup d'amitié, et à M. de Montmorency, tout ce qui se peut au monde \
Environ le 27. M** la Princesse de Condé douairière arrive.
M. de Rochefort arrive aussi \
1 Le comte d'Auvergne ayant épousé Charlotte de Montmorency, fille 4u connétable, était le taau-frère du duc de Montmorency.
2 \jQ duc et le cardinal de Guise et le prince de Join ville, depuis duc de Chevreuse, tous trois fils du Balafré.
3 Le comte d'Auvergne était resté cette seconde fois onze ans et huit mois à la Bastille ! Jl fut réintégré dans sa charge de colonel de la cavalerie légère qu'avait eue à sa place le duc de Nevers. Le Mercure fait à ce sujet la réflexion suivante : « Quel changement aux affaires du temps! de voir en liberté celuy qui estoit prisonnier et qui pensoit jamais n'en sortir, commander trois sepmaines après les troupes du Roy, et entendre la voix commune du peuple qui asseuroit qu'on avoit mis sur la chambre où estoit le4it sieur Comte en la Bastille, chtmùre à louer. » (Merc* /r., t. iv, p. 140.) Voy. aussi Fontenay-Mareuil, p. 336; Brienne, p. 324; Richelieu, p. 295 ; Pontchartrain, p. 150.
4 Vqu. Merc. fir^ t iv, = p. 147. Ce gentilhomme en qui Monsieur le Prince mettait toute sa confiance, était envoyé par lui vers le Roi à l'occasion d'jme difficulté survenue quant à l'exécution du 33* article de l'Edit de Loudun.
joui «m. Guill. dit que Monsieur le Prince avoit promis à
M. de Sully de faire oster la charge à M. Arnaud l'intendant. Sur cela, il fut le mercredy 29 trouver la Reyne à son disner, et luy ayant commencé à parler de ce bruit, elle luy répondit tout haut que c'estoyent des médians qui faisoyent courir telles faussetez.
29. Six soldats des gardes voulant enfoncer la porte de M. ... , conseiller du €hastellet, dans la rue SainUFulien-le-Pauvre; près la place Maubert, pensant que ce fust celle d'un bordel, quelques voisins, et entr' autres, un apothicaire nommé .. . , qui a autrefois esté de la compagnie de M. de Broûilly, sortent de leurs maisons. Ges soldats mettent l'épée à la main, et tirent des estocades audit apothicaire, dont Tune le blesse au poignet ; et luy, d'un coup de pertuisane, tua un soldat, et d'un autre coup en blessa un autre \
juillet. Environ le 5. M. de Rohan arrive à Paris \
M. de Pisieux prend congé du Roy ; va à Panfou, quelques jours après.
MM. le Maréchal de Brissac, de Vie et Champigny 2 vont à Poitiers remettre les réfugiez qu'ils remirent heureusement le . . .
En toutes les voix de l'Assemblée de ville, il n'y en eut que une contre la volonté du Roy a.
1 Voy. Merc. /h, t. v-, p. 139. Le lieutenantrrivil fit à cette occasion une Ordonnance pour la sûreté publique.
2 Voy, Méin. de Rohan, p. 13».
3 C'est la difficulté relative à l'exécution du 33e article de l'Edit de
7. Madame Déegeant meurt. Les deux palefre- iuiuet im> niers de M. le Maréchal d'Ancre qui avoyent esté condamnez au Chastellet, sont jugez au Parlement et la sentence confirmée, excepté pour l'amende honnorable et la question. Ce jugement passe tout d'une voix, hormis M. le Président Lescalopier, lequel fut
d'avis ; et ayant dit, entr' autres choses que
l'action faite par le Picard, à la porte de Bussy, ne se pouvoit excuser, veu qu'il n'y a voit personne qui ne connust M. le maréchal d'Ancre, M.Prévost Malassise dit : Je croy qu'il s'en trouvera plusieurs qui ne le connoissent point, et pour moy, je suis de ce nombre. Ayant dit cela, chacun de tous les autres en dit de mesme ; et ainsi M. le Président Lescalopier demeura seul de son avis. — L' après disnée, lesdits palefreniers furent exécutez au bout du pont Saint- Michel. Il y avoit une extrême quantité de monde ; et on tient que tous les bourgeois du quartier estoyent tout prests dans leurs maisons, avec leurs armes, pour sortir, si quelqu'un s'efforçoit de les enlever. Et continuèrent ainsi toute la nuit, jusques à quatre heures du matin, à demeurer armez chez eux, appréhendant que l'on vint oster la nuit les corps morts de la potence, où ils vouloyent, à quelque
Loudun, dont il est parlé plus haut. Cet article décidait que tous leu officiers tant militaires que de judicature qui avaient quitté Poitiers lors du trouble qui eut lieu dans cette ville le 23 juin 1614, seraient réintégrés dans leurs charges. Les habitants de Poitiers demandèrent que l'on n'accordât pas cette faveur aux militaires. Le prince de Condé insista pour que l'article fût entièrement observé. Mais la ville de Poitiers ayant persisté dans ses réclamations, il y fut fait droit.
jtiiuet tête, prix que ce fust, qu'ils demeurassent vingt -quatre heures entières»
8. Le Roy et la Reyne vont à Saiht-Germaiii-en- Laye. On tient que la Reyne vouloit, à la persuasion de M. le Maréchal d'Ancre, aller à Rouen rivec le Roy, afin d'installer M. le Mahéchal d'Ancre en sa charge de Lieutenarît du Rôy en la Province, et faire souffrir le peuple de Paris, doht elle estoit mal contente, par l'absence de la Cour. Mais on rémontra à Leurs M aj estez combien ce dessein estoit dangereux par infinies raisons, et c|ue c' estoit perdre Paris.
18* Leurs Majestez de retour de Saint-Germain,
Environ ce temps , M. de Refuge , le Conseiller d'Estat, est envoyé vers M* de la Force.
17 ou environ. M. du Mayne de retour de Soiôsons Dû il estoit allé quelque temps auparavant.
Monsieur le Prince de retour. 11 a voit laissé M. de Vendosme à Villebon *.
1 A l'occasion du retour de Monsieur le Prince à Paris, le- Merc. fr. cite le passage suivant qu'il emprunte à l'auteur de l'Apologie pour Leurs Majestés : « Monsieur le Princa donc, après plusieurs remises recherchées pour l'accommodement de ses affaires et pour rétablissement de son authorité, se rend enfin â la cour, où 11 se trouve au milieu de la pompe et de la gloire. II est pltfs recherché et silivy que le Roy mesme : sa maisou rend presque le Louvre désert : Tout le monde, selon la légèreté françoise, adore ce Soleil levant ; chacun s'efforce de s'acquérir ses bonnes grâces : Aussi tout passe par ses mains; il est absolu au Conseil ; il dispose des finances ; il fait entrer aux charges ceux qui ont suivy sa fortune, et en recule ceux qui ont ndelleraent servy le Roy ; et s'il faut dire franchement la vérité aux affaires d'Estat, il ne laisse à Leurs Majestés que le nom et les vaines images de la Royauté. -(Mère, fi-., t. iv, 2' partie, p. Ifi8.) Voyt aussi Richelieu, p. 307; Pontchartrain, p. 152.
d'arnauld d'andilly. 188
Ie*. M. le Milord duc Hayect, ambassadeur ex- aousi i«e. traordinaire du Rôy d'Angleterre, sur le sujet du mariage de Madame Christine, arrive en magnificence à Paris, conduit par M. le Prince de Joinville, lequel avoit esté au-devant de luy jusques à Saint-Denis. Il eut audience de Leurs Majestez le dimanche 7, M. de Guise le conduisant depuis le logis de la Reyne Marguerite, où il estoit logé, jusques au Louvre. Depuis, il eut audiance particulière dans le petit Cabinet de la Reyne-mère, où il fut deux heures avec le Roy et la Reyne. Depuis, il futfestiné par tous les Grans et principaux Seigneurs de la Cour, comme Monsieur le Prince, M. de Nevers, H. de Guise, M. de RheimSj M. de Buillon, M. de Vitry, etc. * avec des superfluitez extraordinaires, jusques là que Monsieur le Prince fit faire quatorze services 4 •
Environ ce temps, M. de Sully arrive.
9. Après plusieurs propositions faites pour reigler les Conseils, enfin il fut résolu que les mardy et jeudy au matin à huit heures, on tiendroit dans le Louvre un Conseil des finances tout semblable à celuy qui avoit accoustumé d'estre tenu auparavant, et au-
1 Yoy. itère, fr., U iv, p. 1&9, le récit de toutes les fêtes qui eurent lieu pour honorer» le représentant de la Grande-Bretagne. Suivant le Mercure, cet ambassadeur extraordinaire était Jacques ïïay, baron de 8aley, maître de la garde-robe. Voy. aussi Fontenay-Mareuil, p. 337. D'après ce dernier, Lord Hay, depuis comte de Carliste, vint à Paris pour féliciter le Roi de son mariage, et parler de celui de Madame Chrétienne (quelques Mémoires du tempe portent Christine comme notre manuscrit), sœur du Roi, avec le prince de Galles. Cette union ne se fit pas. Madame épousa peu de temps après le prince de Piémont. {Voy. encore Richelieu, p. 314 ; Pôntchartrain, p. 153.)
Aimst itu. quel la mesine confusion est demeurée (et ce jour fut tenu le premier desdits Conseils) , et où Monsieur le Prince se trouverait (comme il a toujours fait) , et signeroit les arrests.
10. Quant au Conseil de la Direction, il fut ordonné qu'il .se tiendrait les mercredy et vendredy, et qu'il n'y aurait que Monsieur le Prince, M. Jeannin, M. Barbin, et les quatre Intendans. Et ce jour fut tenu le premier desdits Conseils, auquel ces sept personnes assistèrent.
Monsieur le Prince et M. de Buillon vouloyent que la Reyne prescrivit l'ordre de règlement des Conseils, afin de rejetter sur elle la bayne de tous ceux qui en seroyent exclus ; ce qu'elle voulant éviter, elle envoya M. Barbin, qui prit heure pour se trouver chez Monsieur le Prince sur ce sujet, où M. de Buillon se rendit. Et là , M. de Buillon voulant faire parler M, Barbin, il dit qu'il n'avoit autre charge de la Reyne, sinon de faire tout ce qu'ils voudroyent, et qu'elle trouverait tous bons avis, pourveu que elle pust dire qu'elle l'a voit fait avec leur conseil.
Quant au samedy, ce jour fut destiné pour lire le matin la Semaine en un Conseil de Direction ; après, la faire arrester à la Reyne ; et le reste du jour devoit estre employé au Conseil des Dépesches, c'est-à-dire, pour les affaires d? Estât, auquel assistoyent les Princes et officiers de la Couronne.
Cet ordre s'exécutant, Monsieur le Prince se rendit si assidu à tous les Conseils , et y prenoit tant d'autorité, que la Reyne en entra en jalousie. En çf-
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fet, il faiso.it le Surintendant des finances, et arrestoit Aw»»« *«♦• de sa main les roolles de l'Espargne et autres estats. Là dessus, M. de Sully se jetta à la traverse, et vid la Reyne, M. Mangot, M. Barbin, afin de rentrer aux affaires1.
Environ ce temps, après plusieurs difficultez sur difficultez apportées par* M. de Villeroy au traitté de sa charge avec M. Mangot, dont ils estoyent convenu le prix à quatre cens mil livres, enfin il dit qu'il ne pouvoit conclure sans M. de Pisieux; et fit venir ledit sieur de Pisieux, lequel dit qu'il ne vouloit traitter en façon quelconque. Tellement que sur cela , le traitté se rompit entièrement ; et on expédia et scella le 12 une commission à M. Mangot pour faire la charge entièrement, tant en V absence qu'jen la présence de M. de Villeroy, lequel ayma mieux cela que de quitter sa charge ((fautant qu'il vouloit, comment que ce fust, mourir Secrétaire d'Estat) . Le lendemain samedy 13, M. Mangot presta le serment2*
H. Les habitans de Péronne s' estant assemblez en leur hostel de ville, tant sur ce que M. de Longueville leur avoit mandé qu'il vouloit faire son entrée le 25, que sur ce qu'ils avoyent eu avis que l'on leur vouloit envoyer toute la garnison qui sortoit d'Amiens, M. de Favrolles3, qui commandoit dans
1 Voy. Pontchartrain, p. 153.
2 Poy* Fontenay-Mareuil, p. 344; Brienne, p. 312 ; Richelieu, p. 298 ; Pontchartrain, p. 151 et 154.
3 Le sieur de Favrolles (suivant d'autres Mémoires, de FavoUés ou de Favols), gentilhomme gascon, était lieutenant du maréchal d'Ancre &u gouvernement de Péronne.
Aoust laie. Péronne, vint à leur assemblée avec M. de Plainville, et commença à user de paroles fort hautaines pour leur faire rompre leur assemblée. Ils répondirent qu'ils vouloyent obéïr au Roy, mais qu'As n'avoyent nul commandement de Sa Majesté pour ne point recevoir M. de Longueville* et pour recevoir les garnisons qui sortoyënt d'Amiens ; que durant les dernières guerres, il n'y avoit jamais -eu que cinquante homrties au plus en garnison en leur ville ; et que maintenant, durant la paix, on leur en vouloit bailler deux cens d'augmentation ; ce qui n'estoit pas pas raisonnable ; qu'au reste, il ne fist .plus, tant le mauvais* et qu'ils n'estoyent plus résolus de l'endurer. (On dit qu'il avoit baillé* il y a quelque temps, quantité de coups de baston, en plein auditoire, à un sergent qui Y avoit fâché). Comme sur cela, M. de Favrollçs voulut répondre aigrement, ils Tarrestèrent en leur Hostel de Ville, et en mesme temps mandèrent à M. de Longueville, qu'il y arrivast aussitost. Le lundy 15, la nouvelle de cela arrive à Paris, à deux heures après midy, et le soir mesme à sept heures, M. Marigot part pour aller trouver M. de Longueville. Le mercredy 17, estant à sept heures du matin arrivé auprès de Péronne, il trouve un capitaine avec quelques cavaliers qui l'arresta jusquçs au soir, quoy qu'il luy pust dire ; et le soir, lorsqu'il l'amena pour parler à M. de Longueville, il le fit encore attendre trois ou quatre heures aux portes. Totit fcela, afin de * donner, cependant* le loisir à M. de Longueville de prendre le Chasteau, comme il
D'àHA i AULD D'UNDILLY. 187
fit, par composition avec les soldats , de leur faire Aooat i«i. payei* quatre montres , moyennant qûoy ils enfermèreiit Rame * , qui les comtnahdoit, et se rendirent M. Mangot trouva M. de Longueville en résolution de ne point rendre Péronhe , et mesme il luy dit que Ton se moqueroitde luy, s'il le rendoit; et qu'en ce temps-cy, on ne rendoit point de tels morceaux. Enfin, lorsqu'il revint, il croioit l'avoir davdhtege adoucy ; et fut icy de retour le vendredy 19w
M; du Mayne envoya quatre compagnies de gens de pied, enseignes déployées, se jetter dans Péronne, lesquelles il avoit tirées de ses placeb. M. Barbin a dit qu'il y avoit cinq cens hommes.
Lorsque la nouvelle de Péronne arriva , Monsieur le Prince estoit allé- à une maisori nommée. . . qu'il avoit achetée sur le chémih de Vallery. M. de Buillori luy envoya dire en diligence par un gentilhomme ne qui s1 estoit- passé, et luy manda qu'il le prioit instamment de ne parler à âme vivante, jusqu'à ce qu'il l'eût veû chez M. du Mayne, où il l'attèndoit, et par où il faloit nécessairement qu'il passast. M. Vignier dit que, sachant cela, il fut, avec Monsieur l'Àrehe» vesque de Bourges3, au devant de Monsieur lePrince; luy dit que M. de Buillon l'attèndoit ; mai» cju'il le supplioit de ne poirçt se laisser emporter à ses persuasions; que l'action estoit honteuse; ne se pouvoit défendre ; et que ce serait à ce coup, que la Reyne
* Le sieur de Rames Baqueville, capitaine de la. garnison de. Péronne. 2 André Fremiot, archevêque de Bourges, député du clergé aux Etats de 161/j.
▲oust lôie reoonnoistroit ce qu'elle devoit attendre de la sincérité de ses intentions. Monsieur le Prince le luy promit. Il alla chez M. du Mayne, où M* de Buillon le persuada à ce qu'il voulût.
J'ay oûy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, comme j'estois un de ses trois Conseillers, que les affaires du Roy estoyent lors en un estât si misérable, et celles des Princes si relevées, qu'ils témoignoyent tout haut trouver mauvais quand le Roy et la Reyne parloyent à des gens de qualité, et jusques à des gentilshommes de dix mil livres de rente , disant qu'ils leur vouloyent débaucher leurs serviteurs ; que M. du Mayne dit un jour à M. de Lusson, qu'il ne pouvoit trouver bon que l'on l'envoyast vers Monsieur... pour le leur débaucher; que Monsieur le Prince manda un jour à la Reyne, qu'il ne' se soucioitplus qu'elle parlast tant qu'elle voudroit à M. de Guise, parce qu'il estoit maintenant très assuré de luy. Sur quoy la Reyne, par le conseil de M. Barbin, parla à tous les Seigneurs de la Cour, afin de témoigner qu'elle ne se vouloit pas laisser aller aux entreprises et aux insolences de ces Princes ; que M. du Vair , amenant un jour M. de Buillon par la main à la Reyne, luy dit : Madame, il ne faut plus que vous ayez de défiance de M. de Buîlloû et de ces Messieurs, car ils ne désirent que de bien servir le Roy. Sur quoy la Reyne devint rouge ; que par l'avis du Maréchal mesme, la Reyne estoit résolue de s'en aller au Parlement, pour se démettre de l'administration des affaires ; ce que Mf Barbin luy déconseilla en*
d'àrnàUld d'andilly. 189
tièrement, lay disant que si eHe le faisoit, le Royaume, le Roy, et ses enfans estoyent perdus; d'autant que Monsieur le Prince prendroit toute T autorité, et que chacun des Grans penseroit à tirer sa pièce; sur lequel discours, le Roy estant entré dans le cabinet, la Reyne frémit et dit : Ho 1 je ne quittera y point les affaires, quoy qui en puisse arriver.
Environ le mardy ou mercredy 17 , M. le Comte d'Auvergne part, pour aller investir Péronne avec les compagnies de gendarmes et de chevaux légers qui se trouvoyent icy autour et dix compagnies du régiment des gardes. M. de Créquy n'y fut point, soit qu'il refusast ou autrement. Ils trouvèrent que M. de Longueville estoit demeuré dans Péronne avec cent ou six vingts gentilshommes et deux cens hommes de pied (quelques uns dientsept cens; mais je ne le croy pas) \
16. M. le Maréchal d'Ancre ayant eu ayis qu'il y avoit eu dessein fait par M. du Mayne et M. le Prince de Joinville, de l'enlever de sa maison du faubourg Saint-Germain et de le faire passer l'eau à un bateau qu'ils avoyent prest, puis l'emmener à Soissons, il part en diligence, la nuit d'entre le mardy et le mercredy, pour s'en aller à Caea.
Monsieur le Prince ayant donné charge à M. TAr-
* Sur la sédition de Péronne qui, en rompant le traité de Loudun, commença ce qu'on a appelé, la troisième guerre civile, et décida lu Reine-mère à faire arrêter Monsieur le Prince. (Voy. Merc. /h, p. 170- 194 ; Fontenay-Mareuil, p. 345 etsuiv. ; Brienne, p. 312 ; Rohan, p. 140 ; Richelieu, p. 316; Pontchartrain, p. 154*
Aoast t«H.
Aoiwt nie. chevesque de Bourges (qui se iqesloit fort avant dans ses affaires et qui .n'est pourtant qu'un tribouilet) de porter rudes paroles h M. le Maréchal d'Ancre, et de luy dire, ept^autres choses*, qu'il ne le pou voit ni ne le vouloit plus garantir, et qu'il se censervast comme ij l'entendroit; il envoya quérir, quelque temps après, M. Barbin, qui le vint trouver à gaipt-Martin. Là, il luy fit plusieurs honnestetea, et pour ce qui estoit de Monsieur le Maréchal , et particulièrement pour ce qui estoit de luy.
M. Barbin luy ayant remontré les grans sujets de mécontentement qu'il donnoit à la Reyne , il luy dit qu'il le reconnoissoit bien ; mais qu'il ne sa voit comment faire, et s' estoit trouvé fort empesché, pour ce que M. de Buillon et ses Princes luy faisoyent entendre que s'il abantfonnoit ses amis, ils l'abandonneroyent aussi ; et qu'après, il se trouveroit dans le rpéprjs, et plus bas que jamais ; mais qu'ayant esté encore, le jour de devant, plus de quatre heures avec eux, enfin il s'en estoit débarrassé, et qu'il vouloit bien que le Roy et la Reyne seeussent qu'ils luy avoyent plusd1 obligation qu'à leur père, et qu'il le prioit de le dire à la Reyne.
M. Barbin s'en allant, trouva l'Àrchevesque de Bourges qui luy dit qu'il estoit bien aise de l'avoir rencontré, et qu'ils s'en iroyent ensemble trouver M, le Maréchal d'Ancre ; où estant arrivez , M, de Bourges luy dit, de la part de Monsieur le Prince, d'extrêmement mauvaises paroles, suivant ce que dessus. Monsieur le Maréchal se mit en grande colère,
D'ARNàULD d'amdilly. 191
et dit que Monsieur le Prince estoit Prince du sang, Aomt m*. mais qu'il s'assuroit qu'il ne dipoit point Gela (Jeyant luy. — M. Barbin, sur cela, dit ce que le Prince luy venoit de dire, et le lendemain, Monsieur le Prince ayant envoyé quérir*M. Barbin, dit que M, de Bourges n'avoit dû dire cela.
La Maréchale d1 Ancre couchoit aussi Iqrs au faq? bourg Saint-Germain. On dit que le dessein estait de les tuer tous deux. Monsieur le Prince wapda à M. le Maréchal d'Ancre, qu'il luy avoit promis de. le garentir, mais qu'il ne le pouvoit plus faire. Et sur cela, le Maréchal d'Ancre se résolut de s'en aller ep Normandie; où estant près de Gaen, il fut visité et accompagné de quantité de noblease, Qu dit que M. Dumesnil Morantf dépepça deux mil pis toiles à le traitter. On dit aussi qu'il carejssoit fort les bourgeois de Caen, et se familiarisoit avec eux, au contraire de ce qu'il faisoit à Amiens. Il coucfipit dans la ville.
J'ay oûy jurer à M. Barbin, qu'il n'y avoit poirç$ dessein de tuer ni de prendre M. le Maréchal d'An-! cre, et qu'il avoit résolu d'aller en Normandie, ayant que Monsieur le Prince luy eust mandé ce que dessus ; -et qu'il est vray que le Maréchal s'en alloit pour ne plus revenir, et se devoit embarquer sur la mer, et sa femme aussi, qui estoit malade, et monta raesme en litière, pour s'en aller. Mais l'accès de sa fièvre
1 Thomas Morant, baron du Mesnil-Gacnjflr, trésorier de l'épargne, grand trésorier des Ordres en 1681.
Aoust îeie. luy ayant lors redoublé, elle descendit, et remit le voyage, lorsqu'elle se porteroit mieux \
On dit que l'inimitié de M. de Guise avec le maréchal d'Ancre venoit de ce que M. le Cardinal de Guise, ayant désiré instamment d'estre du conseil de la Direction, M. le prince de Condé en supplia la Reynè avec affection. Sur quoy, elle dépescha, à l'heure mesme, un courrier à Lésigny, où estoyent Monsieur le Maréchal et Madame la Maréchale ; alors qu'elle eut receu réponse, M. de Guise estant venu luy renoùveller la mesmé supplication, elle répondit : J'ay fait deux fois la guerre pour empeacher que Monsieur le Prince ne fust de la^Direction, et je la feray encore deux autres fois, plustosttpie votre frère y entre. — On dit aussi que MM. de Guise allant tous trois voir Monsieur le Prince, ils trouvèrent le maréchal d'Ancre qui en sortait, et les salua ; que lors, M. de Guise et M. de Joinville le saluèrent, et qu'au contraire, M. de Rheims enfonça son chapeau, et dit haut : Si ce n'estoit le respect du lieu où je suis, je luy baillerois d'un poignard dans le sein. * 'Environ ce temps, M. de la Douze- Charton 2, con-
4 Suivant le duc de Rohan (Mém., p. 140), le projet de l'assassinat du maréchal d'Ancre aurait été discuté, dès cette époque, dans un conseil présidé par le Roi, où se trouvaient, entre autres grands de l'Etat, le duc du Maine et le maréchal duc de Bouillon. Le maréchal d'Ancre averti aurait pris la résolution de se retirer dans son gouvernement et de faire arrêter le prince de Condé et ses amis pour rétablir son autorité et celle de la Reine-mère. {Voy. Richelieu, p. 322- 334 ; Pontchartrain, p. 158.)
1 André Charton, conseiller au parlement depuis 1587.
d'arinadld d'àndilly. 193
seiller en la Cour, vint trouver M. Barbin, pour le A<m*t t«i«. faire parler à la Reyne-mère, touchant affaires qui importoyent au salut du Roy, d'elle, et de r Estât; ce qu'il fit, encore que la Reyne eust prit médecine.
M. Charton ayant parlé à Sa Majesté, M. Barbin le suivit, d'autant qu'il luy avoit dit, qu'après qu'il auroit parlé à la Reyne, il luy diroit à luy les particularitez de l'affaire et les remèdes. Mais lors, il le remit à M. de Sully, qui informeroit de tout cela, le lendemain, le Roy et la Reyne. — Le lendemain, M. de Sully vint trouver le Roy et la Reyne, à heure assignée, qui commença par ces mots : Pleut à Dieu que Vos Majestez fussent maintenant au milieu de douze cens chevaux ; et fit un grand discours de deux heures, dont la substance estoit, que tout estoit perdu. Et estant sorty, il rentra le corps à demy dans la chambre, et dit qu'il déchargeoit sa conscience, ayant averty Leurs Majestez; qu'il les souhaiteroit au milieu de douze cens chevaux; qu'il n'y avoit autre remède au mal que d'armer puissamment; mais que cela ne se pouvoit pas; et qu'il estoit trop tard *.
25. M. de Buillon, de retour de Provence, où il avoit esté quatre ou cinq jours auparavant, avoit porté parole à M. de Longueville, que le Roy luy donnerait le choix de quatre gouvernemens, avec l'un desquels, tel qu'il voudroit, M. le Maréchal traitteroit le gouvernement de Péronne, Montdidier, et Roye. — M. de Longueville, au contraire, vouloit en nom-
Voy. Richelieu, p. 326.
Aouet têts, mer quatre, l'un desquels seroit choisy par le Roy, et offroit de remettre la place entre les mains d'un exent des gardes, pourveu qu'il n' amenas t point d'archers avecque luy.
Environ le 20. La Reyne se voyant en peine de l'affaire de Péronne, et reconnoissant qu'il estoit nécessaire que le Roy se meslast de la conduite des affaires, afin de conserver l'autorité royale qui s'affoiblissoit journellement, elle lui dit, et luy en parla avec affection, ( M. le Maréchal estoit alors à Lésigny. ) — Le Roy dit que, puisqu'elle le désiroit, il le feroit; et deux heures après, comme on lisoit la dépesche que M. de Buillon devoit emporter, il y remarqua deux grandes fautes , dont l'une estoit, que l'on vouloit bailler à M. de Buillon le pouvoir de loger l'armée, qui estoit le mettre en pique avec M. le Comte d'Auvergne. Aussitost que M. le Maréchal fut de retour, elle rompit ce coup-là, et empescha que le Roy ne prist connoissance des affaires.
septembre. Jeudy 1er. Monsieur le Prince arresté prisonnier
dans la chambre de la Reyne, par M. de Thémines et ses deux fils \ Il avoit esté au Conseil des finances toute la matinée , et estoit sorty, et monté chez la Reyne, suivy de M. de Rohan, Monsieur le Garde des sceaux, M. le président Jeannin, et quelques autres. Il avoit trouvé le Roy dans ladite chambre, auquel il
1 Antoine de Lauzières,. marquis de Thémines, tué au siège de Montauban en 1621, et Charles, seigneur de Lauzières, tué au' siège de Momheur, la même année 1621.
demanda s'il pourroit voir la Reyne. Le Roy dit qu'il septemb» m«. alloit y voir ; et estant entré dans la Garde-Robbe ou cabinet, M. de Thémines sortit, et dit à Monsieur le Prince : Monsieur, le Roy m'a commandé de vous dire, qu'il a besoin de vous pour une affaire qui se doit résoudre cette après disnée, et qu'il vous prie de ne bouger d'icy d'aujourd'huy ; et, pour ce sujet m'a donné charge de vous arrester. — Comment! m'arrester, irçoy l ce dit Monsieur le Prince. Et en mesme temps, voulant mettre la main à l'épée, il trouva que M. de Thémines l'avoit saisie de la main gauche, et il commença à crier : Comment ! arrester un Prince du sang ! vous n'estes point capitaine des gardes.— Non, répliqua M. de Thémines, mais je suis gentilhomme , et obligé d'obéir aux commandemens du Roy, mon maistre et le vostre. — Sur cela, Monsieur le Prince se retourna vers M. de Rohan, et luy dit : Mon cousin, souffrirez-vous que l'on arreste ainsi prisonnier un Prince du sang?— M. de Rohan répondit : Je suis tout seul ; il faut obéir au Roy. — Après, Monsieur le Prince dit : Monsieur le Garde des sceaux, qui vit jamais une pareille injustice ! Faitesmoy parler au Roy ou à la Reyne. Lors, Monsieur le Garde des sceaux et les autres baissèrent la vue. Puis il s'écria : Hé quoy ! n'ay-je point d'amis. Sur cela, M. de Praslin entra, qui dit : Monsieur, il faut obéïr au Roy. — Et M. de Thémines luy dit : Monsieur, ne vous émouvez point, s'il vous plaist, et n'entrez en aucune appréhension, car je vous répons sur mon âme et sur mon honneur, que le Roy entend que vous soyez
septembre i6f«. traitté comme luy-mesme. Après, il le mena dans
une chambre qui estoit proche , où luy M. de Thémines avoit trois siens gentilshommes; et en passant, Monsieur le Prince ayant apperçeu M. Delbene, lieutenant de la compagnie de chevaux légers de Monsieur, avec douze ou quinze de ses compagnons, il s'écria : Je suis mort, voilà un homme qui ne m'a jamais aymé. Que l'on m'ameine vistement un prestre, et que l'on me donne au moins le loisir de penser à ma consoience. Lors, M. Delbene luy fit une révérence jusques à terre, et luy dit qu'il avoit toujours esté son très-humble serviteur; qu'il le supplioit de ne le point prendre pour un bourreau, et de croire qu'il n'y avoit personne qui eust le pouvoir de luy faire accepter une telle charge. — Monsieur le Prince estant un peu revenu de cette appréhension, demanda M. de Rochefort, son apoticaire, un certain valet de chambre, et un certain cuisinier. On luy fit venir les trois derniers, mais non le premier, qui estoit chez M,nc la Comtesse de Soissons, et à une heure, avoit pris la poste au Bourg-la-Reyne, pour aller à Chinon (où l'on dit que l'on fit écrire Monsieur le Prince, et à Bourges aussi, où du Roger, oncle de Rochefort, s'en alla, afin de faire remettre lesdites places entre les mains de qui le Roy voudroit) . Le Roy ayant envoyé de sa viande à Monsieur le Prince, il la refusa, et Sa Majesté s'en fascha.— Monsieur le Prince se trouva estre malade de chancres, et autres vilenies, qu'il avoit gagnées chez un maquereau nommé Chercaut, lequel tient des femmes chez luy, et traitte en festins. Deux
d'àrnàuld d'andilly. 197
jours après, on grilla une autre chambre au Louvre, septembre m* où on mit Monsieur le Prince, et on luy osta tous ses gens hormis Luisible, qui luy sert de valet de chambre et d'apoticaire. Un nommé le capitaine Robert, auquel il se fie, appreste ses viandes, et les luy apporte à la perte de la chambre, entre les mains de Luisible, et Monsieur le Prince veut voir le visage de Robert, afin d'estre assuré qu'elles n'ont passé que par les mains des siens.
Monsieur le Prince avoit esté averty, par diverses fois, qu'il y avoit un dessein de l'arrester, et encore le mercredy au soir, allant au bordel, avec un seul gentilhomme près Saint-Martin-des-Champs , il en eut avis, et répondit : La beste est trop grosse.
Pendant que Monsieur le Prince estoit au Conseil, on avoit fait redoubler les gardes tant suisses que françoises à la porte du Louvre, où estoyent MM. de Créquy et de Bassompierre, et dedans le Louvre, on avoit disposé toutes les gardes du corps du Roy.
La Reyrie-mère ne se coucha point toute cette nuit là. Elle manda le mercredy au soir à M. de Bassompierre qu'il la vint trouver inconnu à trois heures du matin. Il vint à deux ; il la trouva seule dans son cabinet avec M. Barbin qui, estoit contre la table, et elle se promenoit.
Après avoir tenu quelques discours à M. de Bassompierre sur la confiance qu'elle avoit en sa fidélité, elle luy dit le dessein qu'elle avoit pris de faire arrester Monsieur le Prince, M. du Mayne, M. de Vendosme, M, de Buillon, M. de la Trémoille; qu'il
septembre me. cssayast de faire que les Suisses fussent plus forts
que les gardes du Roy, dont elle ne se fioit pas ; et pour luy montrer combien elle se fioit en luy, elle avoit résolu, si l'affaire réussissoit mal, de se mettre avec le Roy, ses enfans, et ses bagues, au milieu du bataillon de ses Suisses, et ainsi s'en aller à Mante. M. de Bassompierre qui avoit mandé dès le soir à ses capitaines dans les quartiers, qu'ils se tinssent prests au premier coup de tambour, luy dit qu'il luy répondoit de se rendre le plus fort devant le Louvre ; mais qu'il croioit qu'elle se pouvoit assurer de M, de Créquy, en l'engageant par générosité et ne le luy disant que sur le point de l'exécution. Ainsi, elle l'envoya quérir à six heures du matin, et le retint avec elle, jusquesà l'heure qu'il fut besoin d'agir; et M. de Bassompierre se tint toujours auprès de luy, luy disant qu'ils se serviroyent chacun de témoin de leurs actions. Sur les six heures du matin, il vint un gentilhomme de Poitou demander à parler à la Reyne; elle se jetta sur son lit, et fit mettre derrière la ruelle M. de Bassompierre, M. Barbin et M. de Fossez. Il luy dit que tous ces messieurs eatoyent avertis, et qu'ils vouloyent monter à cheval et s'en aller. On y envoya ; il se trouva qu'ils ne bougeoyent. Sur les huit heures, le Roy estant avec la Reyne, on leur vint dire que Monsieur le Prince estoit entré, dont ils furent très-aises. Et puis, on leur dit que M. de Yendosme estoit aussi venu (ce qui n'estoit vray). Et lors , le Roy dit : Bon , voilà ce fils de putain pris. Et quelqu'un dit en riant : Et deux. La Reyne dit:
d'arnàuld d'andilly. 199
Il n'est pas heure de rire; il faut prier Dieu, sephwbr» ieu.
M. Mangot ne vint qu'à neuf heures du matin au Louvre , qui estoit beaucoup trop tard. M. Barbin y estoit venu devant cinq heures.
Monsieur le Prince avoit continué ses débauches de telle sorte, avec quelques conseillers de la Cour, que M. du Mayne et M. de Buillon ne pouvoyent parler à luy ; de quoy s1 estant mis en colère, M. de Buillon , ou tous deux ensemble, iuy mandèrent, que s'il ne chassoit ses petits conseillers, ils les iroy ent chasser eux-mesmes, à coups de baston. On dit que M. de Buillon, ayant une fois fort affaire à luy, fut contraint de F aller chercher chez une nommée dame Marie.
Monsieur le Prince qui avoit couché à Saint-Martin, ayant esté le matin, dès cinq heures, chez M. de Buillon, M. de Buillon luy dit, qu'il avfeit avis assuré, qu'on le vouloit arrester, s'il alloit au Louvre. Monsieur le Prince ne le voulut point croire, et luy dit qu'il alloit bailler des fermes. De là, M. de Buillon s'en alla chez M. du Mayne, auquel il dit les propos qu'il avoit eus avec Monsieur le Prince ; le pria de n'aller point ce matin là au Louvre, et de mettre des gens aux avenues du Louvre, afin de découvrir ce qui se passeroit, et se tenir sur ses gardes, de peur d'estre surpris ; que cependant, il s'en alloit à Charenton, et reviendroit disner avec luy et chez luy ; que, s'il survenoit quelque chose, il le prioit de luy en donner avis. Suivant cela, M. du Mayne envoya des gentilshommes aux avenues et dedans le Louvre, lesquels ayant découvert la prise de Monsieur le Prince, luy en vinrent
septembre ut*, donner avis, à toute bride, dans les Jésuites, où il
oyoitla messe. Aussitost il envoya les mesmes gentilshommes à M. de Buillon, et s'en alla après eux. Lesdits gentilshommes trouvèrent M. de Buillon à Saint- Àntoine-des-Champs, qui revenoit en carrosse de Charenton. (M. du Tremblay m'a dit que ce fut luy qui luy porta la nouvelle, et que M. de Buillon dit : Ce petit brouillon nous a tous perdus. Où est M. du Mayne?) En mesme temps, il monta à cheval, sans bottes. Incontinent après, M. du Mayne arrive, et M. dé la Tréraoille. Ils ramassent six ou sept vingt chevaux, et se promenèrent assez long-temps le long du rempart, en tirant vers le Temple, sur ce que M. de Buillon disoit, qu'il croioit que l'on les envoyeroit charger et qu'il vouloit tailler en pièces tous ceux qui viendroyent. Mais l'on tient qu'en effet, leur dessein estoit de voir s'il n'arriveroit point quelque émotion dans Paris. M. du Mayne vouloit opiniastrement rentrer dans Paris, avec cinquante chevaux, et faire garder la Porte Saint-Martin par trente ou quarante autres, afin de tâcher à émouvoir le peuple, et, s'il se trouvoit disposé à cela, s'en aller droit au Louvre. Mais M. de Buillon l'en empescha. En effet, M. du Mayne fut un gros quart d'heure à la Porte Saint-Martin, avec trente ou quarante chevaux, et envoya M. de Thianges le long de la rue Saint- Martin, avec cinquante ou soixante chevaux, afin de tâcher d'émouvoir le peuple; mais chacun fermoit sa boutique, et nul ne se bougeoit.
La Reyne ayant sceu qu'il avoit paru de la cava-
d'arnàold d'andilly. 201
lerie vers le Temple, commanda à M. de Mont'mo- **!*■»*€ mt. rency de s'y en aller, lequel monta à cheval, sur les trois heures, avec M. de Rets et quelque cent cinquante gentilshommes, et alla jusques à Montfaucon, mais il ne rencontra personne. M. du Tremblay, qui avoit conduit M. de Buillon jusques à Claye, ayant rencontré M. de Montmorency, qui alloit après M. de Buillon et M. du Mayne, il luy dit : Monsieur, M. de Buillon m'a commandé de vous dire, que vous luy avez fait gaster aujourd'huy un bas de soie, mais qu'il vous fera gaster plus de quatre paires de bottes. On dit que M. de Montmorency marchoii avec si peu d'ordre, que s'il eust rencontré M. de Buillon, qui avoit disposé ses gens en trois trouppes et en trèsbon ordre, il y a grande apparence qu'il eust couru fortune.
MM., du Mayne , de Buillon et de la Trémoille, ayant ramassé le plus qu'ils purent de leurs amis, partirent sur les deux heures, pour aller à Soissons; mais craignant quelque rencontre, ils ne prirent pas le droit chemin , et allèrent coucher , c'est-à-dire , faire repaistre leurs chevaux à Nantoûillet et le lendemain arrivèrent à Soissons.
M. de Buillon, estant arrivé à Nantoûillet, se trouva si extrêmement las de la traitte qu'il avoit faite à cheval, qu'il dit, qu'il n'en pouvoit plus. On luy bailla trois œufs ; après, il but un coup, et on luy chercha une charrette, dans laquelle il dit qu'il se mettroit, lorsqu'il ne pourroit plus aller à cheval. Enfin, il alla jusques à Soissons, sans entrer dans la charrette*
septembre mm. Il y avoit à Louvres, en Pariais, six vingts maistres
de la compagnie de gens d'armes de la Reyne , qui * pouvoyent empescher ces Messieurs de gagner Soissons.
M. de Vendosme estant au faubourg Saint-Honoré, ou dans sa maison, ou tout contre, M. de Saint- Géran reçut commandement de le prendre. Estant arrivé, il l'entrevit à travers la porte, et comme il heurtoit, et que Ton n'ouvroit point, on dit que Mme de Vendosme luy dit : Monsieur, voilà M. de Saint-Géran qui vous demande ; à quoy vous amusez-vous? Que ne venez-vous? Cependant M, de Vendosme monta à cheval, luy quatre ou cinquième, et s'enfuit par derrière son logis,
M. de Saint-Géran courut après luy jusques vers Montmorency, où l'on dit que M. de Vendosme estoit prestde demeurer, à cause que son cheval, et de tous ceux qui le suivoyent, estoyent hors d'haleine. Il rencontra six gentilshommes auxquels il fit accroire qu'il avoit querelle, et ainsi, eut leurs chevaux ; tellement que M. de Saint-Géran, dont les chevaux estoyent plus frais que ceux de M. de Vendosme, ayant rencontré ces gentilshommes, et sceu comme il avoit pris leurs chevaux, fut obligé de s'en revenir. M. de Vendosme se rendit à Soissons, avec les autres.
M. de Guise estoit, comme l'on croit, du dessein contre le Maréchal d'Ancre. Lorsqu'il sceut que Monsieur le Prince estoit arresté , il envova M. de Joinville faire toutes sortes d'offres à là Reyne, laquelle estant agitée par les mouvemens qu'une si grande
d'arnàuld d'àndilly. 208
affaire luy donnoit, ne répondit pas à M. de Join ville s^em*» mm. avec assez d'affection, selon son gré ; tellement qu'il sortit du Louvre étonné, et vint donner l'alarme à M. de Guise, auquel déjà plusieurs personnes vouloyent persuader qu'on avoit du dessein contre luy ; tellement qu'il se résolut de s'en aller, et partit sur les trois heures, avec M. le Prince de Joinville, et arriva le lendemain aux portes de Soissons, sans pouvoir entrer, jusques à ce que, trois heures après, M. du Mayne et ces autres Messieurs arrivèrent.
On dit que MM. de la Cave ' et de Laubespin * furent ceux qui firent résoudre M. de Guise à s'en aller, afin de se faire après de feste, pour estre envoyez vers luy, ainsi qu'il fut fait ; car le dimanche 4, M. de Laubespin y fut, et M. de la Gave depuis. M. le Cardinal de Guise estait hors de Paris, lorsque Monsieur le Prince fut arresté , et fut trouver Messieurs ses frères.- On tient que M. de Guise et sa troupe pensèrent mourir de faim et de froid. On dit qu'assurément la Reyne avoit si peu de dessein contre M. de Guise, que lorsqu'elle commanda, avec le Roy, à M. de Thémines d'aller arrester Monsieur le Prince* elle luy dit : Allez, Monsieur de Thémines, allez faire les affaires de M. de Guise*
M1110 la Princesse de Condé douairière, sachant la prise de Monsieur le Prince, s'en alla courant en carrosse par les rues, criant, que Ton vouloit poignarder
1 Gilbert de Berthelon, seigneur de la Caye ?
1 François de Sainte-Colombe, seigneur de l'Aubespia î
septembre i6i6. son fils. Bref, elle faisoit tout ce qu'elle pouvoit pour
exciter le peuple à sédition; et mesme fut vers le logis du cordonnier Picart ; mais il y eut des marchans qui luy dirent que c'estoit elle qui estoit cause de cela , et qui avoit donné ces mauvais conseils à Monsieur le Prince , et qu'elle se retirast. Tellement qu'elle entra en grande appréhension, et se retira en grande haste. II y en a qui croyent que, de ce pas, elle alla à Villebon. Quelques jours après , elle revint.
M. le président le Jay s'en alla à la Maison Rouge, aussitost qu'il sceut la prise de Monsieur le Prince, et écrivit à la Reyne, qu'ayant esté neuf mois en prison, il la supplioit de luy pardonner si, sur les appréhensions que l'on luy avoit données, il s' estoit retiré. Depuis, il fut trouver Messieurs les Princes à Soissons. Il estoit lors très bien avec M. de Guise, et non plus tant avec Monsieur le Prince, duquel il estoit mal content, et disoit qu'il ne se conduisoit nullement bien. Il avoitdit au Chevalier du Guet, quelques jours auparavant, qu'il se ruinoit en sa charge, et se mettoit mal avec Messieurs du Parlement. L'autre luy ayant demandé d'où venoit cela, il luy répondit : Je croy que vous feriez mieux de ne venir point si souvent au Louvre. — Nota, contre le service du Roy \
1 Voy., sur l'arrestation de Monsieur le Prince, le Merc. ft,y p. 194 et suiv. Le récit du Mercure confirme de tout point celui d'Arnauld d'Andilly qui est cependant plus complet et contient des détails nouveaux et curieux sur cet événement important. — Conf. Fontenay-M areuil, p. 350; Brienne, p. 313; Rohan, p. 161; Richelieu, p. 334; Pontchartrain, p, 150 ; fiassompierre, 2* série, t. xx, p. 119.
d'arnaold d'andilly. 305
Quelques domestiques de Monsieur le Prince, ayant septembre mt. crié partout dans le faubourg Saint-Germain, que Ton tuoit les Princes du sang, et que c'est oit le Maréchal d'Ancre, quelques manoeuvres du Luxembourg et autres, furent à la maison du Maréchal d'Ancre, et commencèrent à piller. Incontinent le nombre s'augmenta. Monsieur le Gouverneur de Paris y fut, avec neuf chevaux seulement ( c'estoit une faute , et il y devoit mener cinquante chevaux et force archers). Lorsqu'il arriva, le peuple se pressa de telle sorte pour sortir, qu'il y en eut deux d' étouffez. Mais dix des gardes de Monsieur le Prince, gens résolus, qui estoyent en haut dans la maison, voyant qu'il n'y avoit que neuf hommes de cheval , descendirent en bas, encouragèrent Te peuple, et tirèrent deux coups de carabine, dont l'un tua M. de la Douville. Ainsi, Monsieur le Gouverneur se retira, et le peuple continua à piller. Et quand il eut pillé la maison et écuries , commencèrent à démolir ; et le lendemain, en firent autant à la maison de Corbinelly, secrétaire du Maréchal d'Ancre, jusques à onze heures du matin, que M. de Créquy y fut avec deux compagnies des Gardes. Aussi tost qu'ils oûirënt sonner le tambour, ils s'enfuirent. On estime cent cinquante mil écus la perte faite par M. le Maréchal d'Ancre. Il y eut une robbe de la Reyne perdue, qui valoit cinquante rail écus \
1 Voy. Merc. /h, p. 202 et 205 ; Fontenay-Mareuil, p. 353 ; Brtenne, p. 317; Rohan, p. 142; Richelieu, p. 345.
s*tombre me. Leurs Majestez mandèrent Y après disnée dadit
jeudy, 1er septembre, Messieurs des Cours souveraines, Prévost des marchans et Lieutenant civil, pour les informer par la bouche de Monsieur le Garde des sceaux, des causes qui avoyent forcé le Roy de s'assurer de Monsieur le Prince. Et mandèrent aussi les principaux Ambassadeurs, comme Espagne et Angleterre.
M. de Thémines fait Maréchal de France, Trois ou quatre jours après, M. de Montigny le fut aussi '.
M. le Comte d'Auvergne est redemandé de Péronne 3.
M. le, duc de Savoye, ayant sceu la nouvelle de l'arrest de Monsieur le Prince, envoya quérir M. de Lesdiguières, qui estoit sur la frontière du Dauphiné, et furent cinq heures à parler ensemble. Après, M. de Lesdiguières s'en revint en Dauphiné, et M. le Duc de Savoye s'en retourna en Piémont,
On avoit estimé qu'en effet, M. de Lesdiguières estoit érresté par M. de Savoye»
2, Leurs Majestez firent dire par Paris, le soir, par les Capitaines, que l'on meneroit Monsieur le Prince, la nuit, à la Bastille, et que chacun tinst un homme armé, qui veillast C'estoit pour voir ce que Ton diroit
3. Ayant esté tenu Grand Conseil au Louvre, M, de Sully fut une grande heure à opiner, et com-
1 Toy. Merc. /h, p. 207; Fontenay-Mareuil, p. 355; Pontchartrain, p. 1*2.
31 foy. Jffir. /h, id. ; Pontchartrain, p. 163.
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mença son avis, par dire, qu'encore qu'il ne sceust septembre teu. si ç' avoit esté un bon conseil d'arrester Monsieur le Prince, d'autant que pour en juger, il eust esté besoin d'estre informé des mouvemens qui y ont porté Leurs Majestez, toutefois, puisque c'estoit une chose faite, il ne faloit pas abandonner les affaires, etc. Sur cela, la Reyne l'interrompit et se fâcha, disant, qu'il se devoit souvenir de ce qu'il luy avoit dit, à tels et tels jours, et à telles heures, et en tels lieux. — Surquoy, il faut savoir que quelques jours auparavant, M. de Sully avoit esté enfermé plus de trois heures avec la Reyne, n'y ayant que MM. Mangot et Barbin , luy disant que les affaires estoyent perdues si on n'y pourvoioit promptement par quelque grand coup. Sur quoy la Reyne luy ayaftt demandé par plusieurs fois quel estoit ce grand coup, et ce qu'il estoit d'avis de faire , il rentroit en infinis grans discours, et conclûoit toujours de mesme sorte. Ce que la Reyne et ceux qui estoyent présens , interprétoyent tous à arrester Monsieur le Prince. On dit que depuis, M. de Sully a dit que, par ce grand coup, il entendoit que Ton luy rebaillast les finances. Plusieurs croyent qu'en effet, ilsavoit le dessein d'arrester Monsieur le Prince, et que M. de Rohan ne l'ignoroit pas. Témoin* ce que, incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on luy vint dire, que le Roy le demandoit. Il répondit : Je m'en vay fort assurément, car je ne crains rien. Et le mesme jour, il écrivit des lettres à ceux de la Religion, de ses amis, et à quelques villes, pour les confirmer en l'obéissance du Roy, — - Or,
septembre i«i6. quant à M., de Sully, on dit, sur le propos que dessus, que M. Edmond, ambassadeur ordinaire d'Angleterre, l'alla voir et luy dit que l'on faisoit courir le bruit qu'il avoit esté du conseil d'arrester Monsieur le Prince , mais qu'il ne le pouvoit croire ; et avoit esté bien aise de savoir de luy ce qui s' estait passé de sa part en cela, afin de pouvoir répondre à cette calomnie. M. de Sully fit un grand discours de tout ce qui s1 es toit passé afin de justifier comme il n'y avoit point pensé. — Après qu'il eut achevé, M. Edmond luy dit : Monsieur, lorsque je suis entré céans, je croiois que c'estoit une imposture; mais maintenant, vostre discours me fait estimer qu'il est véritable1.
Incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on estoit en grande appréhension- de M. le Comte de Soissons ; mais la Reyne te gagna, et Madame la Comtesse par le moyen du mariage de Madame Henriette Marie2; ce qui contenta fort aussi Mme de Longueville (laquelle vint alors à Paris. On tient qu'elle est la Princesse mentionnée en la Déclaration) , à cause du mariage de M. de Longueville avec Mlle de Soissons. Environ ledit jour, samedy 3, M. d'Aumont3 fut
1 Voy. Richelieu, p. 350.
* Henriette-Marie de France, fille d'Henri IV et de Marie de Médicis, née en 1609, mariée en 1635 à Charles Ier, ioi d'Angleterre, morte à Colombes, près de Paris, le 10 septembre 1669. Elle avait alors sept ans, et, d'après ce passage, aurait été promise au comte de Soissons; ce qui devait plaire à Mmc de Longueville, dont le fils était accordé avec M11* de Soissons. Vey. Pontchartrain , p. 165, dont le récit confirme celui d'Arnauld d'Andilly.
8 Antoine d'Amnont, marquis dé Nolay, gouverneur de Boulogne-
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envoyé par le Roy vers M. de Guise , avec beaucoup septembre mt. de grandes offres (mesme on parla de la charge de Connestable ) . Il rapporta plusieurs belles paroles, avec protestation qu'il n'estoit avec ces Princes, que poury servir le Roy '.
4. Environ le 4, M. le Maréchal de Montigny va en Berry ; ceux qui estoyent dans la tour de Bourges, pour Monsieur le Prince, se trouvant sans munitions, capitulèrent de se rendre s'ils n'estoyent secourus dans dix jours. Depuis, ils se rendirent 2.
6. Le Roy, qui n'estoit point sorty par la ville, depuis la prison de Monsieur le Prince, va à l' Arcenal en carrosse.
Le Maréchal d'Ancre, ayant sceu la prise de Monsieur le Prince, coucha depuis dans le chasteau de Caen, et quelques jours après, alla à Rouen, où il fut receu magnifiquement.
Monsieur le Garde des sceaux dresse la déclaration
pour porter au Parlement; mais sur ce qu'il n'y avoit pas mis, à beaucoup près, ce qui estait porté par les mémoires qu'on luy avoit baillez, et résistoit à ce que Ton vouloit y faire ajouster quelques uns des points oubliez, la Reyne luy dit : Monsieur le Garde des sceaux, si vous ne voulez servir le Roy, il y en a
sur-Mer, chevalier des ordres en 1597, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances, mort en 1635. Il était fils de Jean cfAumont, VI' du nom, maréchal de France, mort en 1595.
1 Voy. Merc, /h, p. 210, la lettre que le duc de Guise écrivit en cette occasion au Roi.
2 Voy. Merc. /h, p. 270 ; Fontenay-Mareuil, p. 356 ; Rohan, p. 143; » Pontchartrain, p. 169.
septembre i6ie. d'autres qui le- serviront. — » On dit qu'il avoit témoigné par plusieurs actions, n'approuver nullement l'arrest fait de Monsieur le Prince, Et depuis. ce temps, la Reyne ne. témoigna pas faire tant de cas de luy, que de coustume.
7. Le Roy va à cheval au Parlement, faire vérifier la Déclaration contre les absens, et l'Edit du... engagement des greffes1. Monsieur le Garde des sceaux porta la parole. La Rey ne-mère y estoit, Monsieur, frère du Roy 9 MM. de Montmorency, de Rets, çle Rotmn, de Sully.
Mesdames estoyent dans la lanterne.. Monsieur Je Premier Président parla peu. M. Servin, beaucoup2.
Gorbie et Abbeville enyoyent assurer le Roy de leur fidélité. Sancerre en fait de mesure. On dit. que les habitans, se défiant de M. le Comte de Sancerre3 parent de Monsieur le Prince, feignirent, un jour qu'il estoit allé à la chasse, qu'il y avoit un homme qui avoit fait dessein de le tuer r et s estant assemblez
1 L'Édit du rachat des greffes, mesure financière prise pour couvrir
les dépenses de la précédente guerre civile, qui, y compris les dons considérables faits aux princes, aux termes du traité de'Loudun, s'élevaient } plus de vingt millions de livres.
2 Voy. Merc. /h, p. 213-248, le récit du Lit de Justice tenu par le Roi et la Déclaration contenant les motifs de l'arrestation du prince de Condé.— Voy. Fontenay-Mareuil, p. 357 ; Richelieu, p. 351 ; Pontchartrain, p. 164. Voy. aussi Mém* de Math. Molét le compte-rendu dé. taillé de ce Lit de Justice et la Déclaration contre Monsieur le Prince. <Mém. de M. Mole, p. 125.)
8 Jean de Bueil, comte de Sancerre et de Marans, grand échanson de France, mort en 1638. Il était par sa mère, Jacqueline de la Trémoiile, parent du prince de Condé, dont la mère était Charlotte Catherine de la Trémoiile.
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plusieurs sur ce sujet, firent 'semblant de le vouloir °«**™«mmettre prisonnier dans le chasteau, et a^nsi, s en firent ouvrir les portes, et s'en saisirent* .
11. M, le Comte d'Auvergne fait Général de Tannée du Roy, dit, en recevant la charge» qu'il protestait à Leurs Majestés qu'encore qu'ils luy fissent cet honneur, il obéiroit à qui il leur plairoit cy après d'envoyer, et se contenteroit de faire sa charge de Colonel de la cavalerie légère.
On expédia estats et commissions pour mettre deux armées sur pied, l'une sous la charge de M. le Comte d'Auvergne, et l'autre, sous celle de M. le maréchal de Souvré, pour aller prendre Chinon, En la première, il y avoit.*. compagnies de chacun des vieux régimens; les régimens de Vaubecourt2, Rambures, Beaumont, la Mailleraye, Thorigày (chacun de douze compagnies de cent hommes), Cressia (qui avoit en 1615 servy Monsieur le Prince) , de dix compagnies, et quelques autres nouveaux régimens, de six compagnies, de chacune cent hommes. Le rendez-vous estoit à Meaux. L'équipage d'artillerie estoit de six couleuvrines. Le pain de munition fut adjugé à un sol.
On envoya M. de Castille, Intendant des finances, faire une levée de quatre mille Suisses, laquelle il
1 Voy. Merc. fr., p. 253 ; Richelieu, p. 348.
* Jean de Nettancourt, Comte de Vaubecourt, Conseiller d'Etat, Maréchal de camp, Colonel du régiment de son nom, Lieutenant Gêné* rai au gouvernement de Verdun, Gouverneur de Cuâlons, mort en 1642.
septembre îeie. amena à Saint -Jean-de-Losne, environ le dernier
d'octobre.
Environ ledit jour 11, Mme la jeune Princesse de Condé arrive fort affligée. On dit que M. de Montmorency fut mal content de ce que la Reyne ne luy voulut pas permettre de voir Monsieur le Prince.
12. M. de Brantes se bat contre Ryonne, qui se pleignoit partout de M. de Luynes. 11 luy donne un coup d'épée à travers le corps, et la vie. Luy rebailla son épée, son chapeau et son manteau, le ramena penser. 11 revint après chez M. le Comte de Vitry; le soir, il alla à Saint-Germain-en-Laye, où M. de Luynes l'alla quérir le jeudy, et le ramena.
13. MM. de Boissise et de Chanvalon partent pour aller traitter. M. de Chanvalon entra dans Soissons. M. de Boissise, lequel conféra toujours avec M. de Guise seulement, près d'une grange, distante d'une lieue et demie de Soissons1.
15. M. de Termes2 arrive de Soissons, où M. le Grand l'avoit envoyé, avec lettres à M. de Guise. 11 dit que c'estoit pour l'exhorter au service du Roy: néantmoins cette action a esté calomniée ; car on dit, que M. de Guise ayant écrit à M. le Grand, et l'ayant
4 Voy. Merc. /h, p. 248 ; Fontenay-Mareuil, p. 358 ; Richelieu, p. 352 ; Pontchartrain, p. 165.
1 César-Auguste de Saint-Lary, baron de Termes, d'abord chevalier de Malte et grand prieur d'Auvergne, puis premier écuyer jusqu'en 1616 et grand écuyer de France par la démission de son frère, mort d'une blessure qu'il reçut au siège de Clérac en 1621. A sa mort, Je duc de Bellegarde reprit sa charge de grand écuyer.
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prié de luy donner conseil , comme voulant suivre S|,PtPtnb,c "■•• entièrement ses avis, M. le Grand envoya M. de Termes vers luy, afin de s'offrir à luy ; que quand cela ne seroit point, il ne devoit point envoyer vers M. de Guise un homme de créance tel que son frère, sans qu'auparavant, il fust venu trouver le Roy, pour savoir sa volonté. Ledit sieur de Tennes apporta toutes bonnes paroles de M, de Guise.
Environ ce jour, M. de Nevers ayant envoyé ses Maréchaux des logis, marquer ses logis dansChalons, M. de Tresmes1, gouverneur, les fit sortir de la ville. Sur quoy M. de Nevers luy ayant mandé qu'il n'y vouloit entrer que luy sept ou huitième, il luy fit réponce qu'il avoit défences expresses de le laisser entrer, et montra des lettres patentes, scellées du grand sceau, pour cet effet. — On a découvert depuis que M. de Nevers avoit expédié quarante commissions, pour lever des gens de guerre, et qu'il alloit à Châlons pour s'en rendre maistre, et là, prendre de l'argent pour les payer; mais que son dessein n'ayant réussi, il retira lesdites commissions.
M. de Nevers s'en alloit en ambassade extraordinaire en Allemagne, sur le sujet du mariage du Roy, et estoit encore sur la frontière, lorsque Monsieur le Prince fut pris ; dont ayant sceu la nouvelle, il écrivit
1 René Potier, comte de Tresmes, gouverneur de Châlons en 1608, gouverneur de Monsieur, capitaine des gardes du corps en 1611, conseiller d'Etat en 1629, duc et pair en 1648, mestre de camp de cavalerie en 1652, gouverneur de Pont-Audemer en 1661, mort en 1670. (ftty. P. Anselme, t. iv, p. 771.)
septembre i«i6. une lettre au Roy, assez hardie^ demandant comme
raison de cette action \
M. de Nevers ayant, depuis le refus de rentrée de Châlons, témoigné estre extrêmement ulcéré, Leurs Majestez eurent avis de divers endroits, qu'il assemï>loit des trouppes, et refusoit attache et rendez- vous à ceux que le Roy faisoit lever : Sur quoy, le traitté estant arresté avec les autres Princes et Seigneurs, on résolut d'envoyer une partie dés forces de l'armée du Roy en Champagne, ' sous la conduite de M. de Praslin. Environ lequel temps, M. de Maroles* vint, lequel assura que tout ce que Ton disoit de M. de Nevers, estoyent calomnies. ; et que si on vouloit y envoyer quelqu'un, on le reconnoistroit. Sur quoy, le 15 octobre, M. de Luçon* fut envoyé vers M. de Nevers, lequel n'y trouva point de gens de guerre, et revint avec de bonnes paroles.
La Déclaration du' 17 janvier 1617, contre M. de Nevers porte, qu'ayant passé Rheims, il y revint, lorsqu'il sceut la prise de Monsieur lé Prince, assem-
1 Voy. Merc. fr., p. 211, cette lettre du duc de Nevers.
2 Claude de Marolles, lieutenant colonel des cent-suisses de la garde du corps, capitaine des gendarmes et chevau-légers, maréchal de camp des armées de Champagne, de Picardie et de Piémont, mort en 1633. Il était père de Michel de Marolles, abbé de Ville loin, k qui Von doit un grand nombre d'ouvrages, des Mémoires intéressants, et la célèbre collection d'estampes qui est une des richesses* du dépôt de la Bibliothèque impériale. {Voy. Moreri, t. vu, p. 268.)
8 Voy. Richelieu, p. 361 : « Elle (ta Reine) me fit l'honneur de me
choisir pour y faire un voyage de la part de Sa Majesté, croyant que
' j'avois quelque dextérité par laquelle je pourrois ménager son esprit
et le ramener à la raison ; mais tout cela fut en vain, car il n'en étoit
pas capable. »
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bla les habitons, leur fit entendre qu'il se résolvoit septembre »m. de lever six cens chevaux et quatre mil hommes de pied, proposa aux esleus d'imposer une partie de la somme nécessaire pour les entretenir. Ce que ayant refusé de faire sans commandement du Roy, il offroit d'en faire l'avance, pourveu qu'ils consentissent la levée, dont s'estant excusez, et remis aux trésoriers de Franceà Châlons, Il dit qu'il iroitdonc à Châlons, sur ce sujet. --Envoya devant .quelques-uns des siens, qui demandoyent logis pour quatre cens chevaux, prirent deux hostelleries , proche des deux principales portes de la ville, voulurent, contre la coustume, marquer les maisons des chanoines, disant qu'ils en avoyent besoin pour des seigneurs de qualité. L'entrée de Châlons ayant esté refusée audit sieur duc de Nevers, il sortit quelque temps après de Rheims'.
1 7. M. le comte d'Auvergne envoyé M. des Cures, et part le lendemain matin, pour aller à Meaux*.
23. M. de Soùvré part pour aller à Chinon, lequel fut depuis rendu par Rochefort, moyennant quatre-vingt-dix-mil livres, et M. Delbene en eut le gouvernement1.