‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 50 sur 95 · M. de Guise et M. le Prince de Joinville · texte numérisé non relu

M. de Guise et M. le Prince de Joinville

* V&y. Mère. /V»., p. 240, la lettre du due de Nevers au Roi,- au sujet du refus qui lui fut fait de le recevoir a Châlons. (Foy, aussi Pontenayt- Mareuil, p. 350 et suiv. ; Pontchartram, p. 170.

2 Voy. Merc. /r., p. 260.

* Voy. Merc. /h, p. 272. Suivant le récit du Mercure, Rochefort ne voulut aucune récompense pour la reddition <le Chinon. (Voy. Fonténay- Jftarenil, p. 386 ; Richelieu, p. 860 ; Pontchartrain. p. 171.'

septembre i6i6. viennent à Paris trouver le Roy, et M. de Chanvalon

avec eux1,

La nuit d'entre le samedy au dimanche, environ minuit et demy, on mena Monsieur le Prince du Louvre à la Bastille, pendant une très-grande pluye. Il y avoit cinquante chevaux devant, conduits par M. de Thémines2.

Ledit jour samedy, M. de Rohan s'en va en Poitou, ayant obtenu payement des cent mil livres qui luy avoyent esté promis, après l'affaire de Saintr Jean-d'Angely.

27. M. de Guise retourne à Soissons, trouver les Princes, avec bonnes réponces de Leurs Majestez. M, de Joinville demeure à Paris.

M. de Sully s'en va chez luy, pas trop content.

M. de la Chastaigneraye, capitaine des Gardes de la Reyne-mère, meurt. M. le marquis de Thémines a sa charge.

29. M. (Je Guise revient de Soissons, après avoir entièrement fait résoudre le Traitté à Messieurs les Princes, lesquels s'en retournèrent chacun chez soy. Rameine avec luy M. le cardinal de Guise. — Il n'avoit rien fait signer, pour ce que la Reyne ne l'avoit désiré ; mais depuis, ayant esté conseillée de les faire signer, on parla que M. de Guise y retourneroit. Toutefois, M. de Thianges y fut seulement envoyé, et M. de Boissise aussi, à cause que M. de

1 Voy. Mère, /h, p. 258 ; Richelieu, p. 359 ; Pontchartrain, p. 168.

2 Voy. Mère, /h, p. 258 ; Pontchartrain, p. 169 ; Bassompierre, p. 120.

d'àrnauld d'andilly. 217

Guise eust eu trop de peine à les voir tous, estant septembre mu

séparez comme ils sont, et éloignez les uns des

autres» — Oi* tient qu'ils ne se sont tous accommodez

que par force, et pour ce qu'ils n'avoyent point moyen

de lever des hommes, à cause que tous ceux dont ils

pouvoyent faire estât, estoyent en Savoye, et que le

Duc de Savoye se voyant pressé de deux armées du

Boy d'Espagne, Tune de quarante mil hommes du

costé du Piémont, et l'autre de vingt mil hommes

du costé de la Franche-Comté, conduite par M. de

Nemours1, il ne souffroit sortir de son service un

seul soldat françois (dont il avoit le nombre de vingt

mil au moins), mais faisoit pendre tous ceux qui se

débandoyent, et pour cet effet, faisoit garder les

passages des montagnes2.

2. M. le Maréchal d'Ancre revient à la Cour, accompagné de quantité de Normans. On dit qu'il entra par la porte Saint-Honoré , et que le peuple luy donnoit tout haut infinies malédictions. On dit , qu'ayant salué la Reyne dans la cour du Louvre, lorsqu'elle descencjjt de carrosse, elle luy dit qu'il estoit gras, et qu'il avoit bon visage, et que sur cela,

Octobre

1 Henry de Savoie, Ier du nom, duc de Nemours, né en 1572, élevé à la cour du duc de Savoie, commanda ses armées, s'empara du marquisat de Saluées, fut du parti de la Ligue, fit la guerre en Dauphiné en 1591, s'accommoda avec Henri IV en 1596, eut un différend avec le duc de Savoie en 1615, fit sa paix avec lui en 1616, Il mourut en 1632.

2 Voy. Mère, /r., p* 259 et suiv., les treize articles présentés par le duc de Guise au Roi, au nom des Princes, et les réponses du Roi. Ces articles étaient relatifs à l'exécution de quelques clauses du. Traité de Loudun. Vay. Pontchartrain, p. 168.

octobre 1616. if luy répondit : Est-ce pour cela que vous m'avez

envoyé quérir si Viste J.

4. La Reyne remet M. le Maréchal d'Ancre avec M. de Guise. On dit qu'ils; se firent froid à l'abord; ot qu'après, Monsieur le Maréchal ayant esté reconduire M. de Guise jusques à son carrosse, M. de Guise luy dit : c'est un excès d'honnesteté à M. le Maréchal d'Ancre que, de vouloir* mesme faire les honneurs du Louvre. — M. le Prince de Joinville et le cardinal de Guise ne se raccommodèrent point lors avec M. le Maréchal d'Ancre. — Par le Traitté avec les Grans , M. de Longueville remit Péronne, et on acheta Han cent mil livres de M. le Vicomte de Brigueil *, pour le luy bailler.

7. Leurs Ma j estez recourent avis par le retour de M. de Boissise, de la signature de la paix, par tous les Grans. M. de Nevers continuant néantmoins à faire plusieurs choses en Champagne, contraires au service du Roy.

* Le matin, M. le Maréchal d'Ancre vint à la Direction ; après leur avoir parlé quelque temps , il leur dit, qu'ils ne lafssassent pas pour luy de continuer comme ils avoyent commencé ♦, et se tint là troid quarts d'heure, les écoutant rapporter.

Environ ce jour, M. l'Ambassadeur des Hayes s'en

* Voy. Pontchartrain, p. 169.

* Louis de Grevant, vicomte de Brigueil, puis marquis d'Hiunièrcs, chevalier des ordres en 1619, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes et des cent gentilshommes de la maison du Roi, gouverneur de Ham, puis de Compiègne, mort en 1648.

d'arnàuld d'àndilly. 219

alla. Environ ce temps , arriva la broûillerie entre octobre ma. M. d'Epernon et ceux de la Rochelle, qui sçachant la prise de Monsieur le Prince, se saisirent de Rochefort, maison de Mm* de Loseraye, située sur la Charente, à cinq lieues de la Rochelle, et à.... de l'embouchure de la Charente* M. d'Epernon qui se prétend gouverneur de la Rochelle et du pays d'Auirix (Messieurs dé la Rochelle soutiennent le contraire, et dient, que c'est le Maire qui en est Gouverneur, et que les provisions de M. d'Epernon ne peuvent préjudicier à leurs privilèges) envoya diverses fois dire à celuy qui commandoit dedans, qu'il eust à sortir ; à quoy il fit réponce qu'il y avoit esté mis par le Maire de la Rochelle, Gouverneur du païs d*Aunix. Messieurs dé la Rochelle voulant avoir le chemin libre, depuis la Rochelle jusqu'à Rochefort, envoyèrent un grand vaisseau hollandois suf là Charente. M. d'Epernon ayant envoyé visiter ce vaisseau et le capitaine par deux gentilshommes, avec charge, à te que disent ceux de là Rochelle, de gagner ledit capitaine , les dits gentilshommes furent arrestez, et menez à la Rochelle, où ayant esté enquis sur plusieurs choses, ils furent renvoyez à M. d'Epernon , lequel estant mdigné tout ce qui se peut, jetta des hommes en garnison dans Surgères proche de. . . • lieues de la Rochelle * , afin d'incommoder les habitans de la Rochelle ; et les choses s' estant de phis en plus aigries, M. d'Epernon mit deux mil cinq cens

1 A quatre lieues de la Rochelle, suivant le Merc. fir.

octobre i«ie. hommes de pied en campagne, et six ou sept cens chevaux, et ainsi, incommodoit fort ceux de la Rochelle, lesquels M. de la Trémoille voulant assister, les alla trouver avec deux cens chevaux. Mais,, estant trop foible, il fut contraint de se tenir dans les murailles de la Rochelle. Sur la fin d'octobre, le Roy envoya M. de Boissise, qui vit premièrement M. d'Epernon, duquel il tira parole qu'il désarmeroit, en mesme temps que -Messieurs de la Rochelle désarmeroyent. Après, il fut à la Rochelle, où il fit une grande et trèsbelle harangue en l'assemblée de Thostel de ville, qui fit venir les larmes aux yeux à plusieurs habitans. Enfin, il les disposa à tout ce qu'il désiroit, et receut d'eux de très grans honneurs. Et ensuite, ils désarmèrent et remirent Rochefort entre les mains de la Brosse, exempt des Gardes. Ensuite, M. d'Epernon désarma aussi. — On tient qu'il y avoit des lettres patentes pour le déclarer criminel de lèze Majesté, s'il y eust manqué, et que M. de Thoulouse son fils fut l'en avertir. Cecy fut au commencement de novembre.

11 s'est trouvé depuis, que M. d'Epernon n' avoit pas encore désarmé, mesme le dernier novembre, que M. de Boissise estoit déjà de retour , tellement que Ton résolut d'ejivoyer vers luy M. de Yignolles \

7* M. le Comte d'Auvergne estoit prest à faire passer la rivière d'Oise à la plus grande partie de

* Voy., sur le différend entre les Rochelois et M. d'Epernon, le Max, fr.y p. 273-300 ; Pontchar train, p. 172.

d'aKnauld d'andilly. 221

l'armée du Roy, pour aller charger huit cens hommes 0*01» i««. de pied et cent cinquante chevaux , que M. de Longueville avoit vers Roye, lorsqu'il receut avis que tout le traitté estoit- conclu, et que, partant, il n'eust plus rien à entreprendre»

Environ ce temps, il fit faire monstre à l'armée, et faisoit luy~mesme écrire par son secrétaire le nombre d'hommes de chaque compagnie, tant d'infanterie que de cavalerie, et les comptait luy-mesme.

12. M. Rarbin dit à Messieurs du Conseil des finances, au sortir de la Direction, que la Reyne avoit perdu une robbe valant soixante quinze mil écus, au pillage de la maison de M; le Maréchal d'Ancre ; que Monsieur le Maréchal avoit aussi fait plusieurs grandes pertes ; que pour les récompenser la Reyne luy avoit commandé de faire signer un comptant de cent soixante quinze mil écus. — M. de Chevry répondit : C'est bien peu. M. le président Jearinin dit: Puisque la Reyne l'a commandé, il le faut faire. — Depuis, ladite somme décent cinquante mil écus fut employée dans un comptant, pour payer trois cent mil livres sur Rouen, et cent cinquante mil livrais sur Caen, des deniers de 1617.

On dit que le Maréchal d'Antre, voulant pouvoir dire que le Roy l'avoit entendu, il luy dit qu'il avoit beaucoup perdu pour son service, au pillage de sa maison, et qu'il le supplioit de luy faire donner quelque récompense; que sur cela, le Roy le laissa, et s'en alla, que Monsieur le Maréchal luy dit : Vostre Majesté ne me dit rien ; et que le Roy luy répon-

ostobniMf, dit : Entendez-vous pas bien ce que je vous dis? —

On dit auâsi que lorsque le Roy sceut que Ton avoit baillé les dits eent cinquante mil éous à M. le Ma* réchaj d'Ancre, il dit : On dit qu'il n'y a point d'arr gent à l'Espargne lorsque je veux faire donner des ordonnances de trente francs ; mais on trouve bien quatre cent cinquante mil livres pour le Maréchal d'Ancre.

Environ lp 19. M, -de Luynes achète la charge de Grand Fauconnier quarante cinq mil écus. — On dit qu'il bailla six mil écus à M. de la JRochefoucaud, pour sa prétention des oiseaux du Cabinet. .

19. Le Roy se trouve mal d'une fort grande colique, qui luy donne quelques jours des tranchées. M. Héroùard1 estoit lors à Vaugrigneuse. On se voulut servir de cette occasion pour luy faire un mauvais office.

25. En vertu de lettres patentes du Roy, le Parlement s'assemble, pour vérifier les Déclarations faites sur l' innocence des Grans, qui ont assisté Monsieur te Prince, et celle sur la prise de Péroftne par M. de Longueville 2.

26. M. le Maréchal d' Ancre va, pour la deuxième fois, à la Direction. Leur dit, qu'il s'ennuyoit dans la Cour, et qu'il les estoit venu voir; discourt avec

1 Jtean Héroard, premier médecin et conseiller du Roi. Il fut médecin des rois Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XICT. Il a écrit plusieurs ouvrages, et, antre autres, an journal inédit de la santé du Roi, dont 1» publication a été j)lus d'une fois annoncée.

* Voy. ces lettres-patentes, Merc, /r.„ p. 264-270. Voy. aussi Mena. de M. Holé, p. 137.

d'arnàuld d'andilly. 333

M. Desfontaines-Roûer, touchant Maillac, roué à Fon- °*°»*« *«•• tainebleau, il y a quatre ou cinq ans, —M. Mangot, M. Mazurier...

M. le Maréchal d'Ancre commença environ ce temps à faire dresser des lettres d'érection du marquisat d'Ancre en duché-pairie. Il se trouva qu'il n'y avoit point de sûreté à cause que la terre est à sa femme, et que son fils qui, après la mort de sa mère» fufit devenu seigneur d1 Ancre, et par conséquent Duc et Pair, à cause que c'est une dignité réelle, luy eust disputé son rang ; comme aussi les Ducs et Pairs reçus depuis luy et les Maréchaux de France , non Ducs et Pairs le luy eussent disputé. — A quoi 4e seul remède estait de faire comme avoit fait feu M. de Nevers (habile; homme et qui avoit toujours près (Je luy trois des plus habiles advocats du Parlement) , en l'érection de..» en duché-pairie, qui est d'acheter une terre relevant du Roy et du marquisat d'Ancre, l'unir audit marquisat, et énoncer par les lettres, que l'un estoit à M. le Maréchal d'Ancre, et l'autre à Madame la Maréchale, et que le Roy les érigeoit conjointement en duché-pairie ; ce qui estant, et le mary et la femme demeureroyent chacun Duc et Pair durant leur vie.

28. M. de la Chevalerie lieutenant de l'artillerie en l'arcenal de Paris, meurt. — La Reyne donna la charge à M. de la Motte son Ècuyer. M. Desmarests, qui l'avoit demandée, et disoit avoir la nomination de M. de Sully, se veut battre contre luy. On luy baille des Gardes. Depuis, on les accommoda, avec promesse à M. Desmarests de faire pour luy.

224 JODRNAL INEDIT

octobre i6i6. 31. Le Roy extrêmement malade. S' estant couché sur les trois ou quatre heures après mïdy. et le rideau estant tiré, le jeune Béringhen ', premier valet de chambre, entendit un grand ralement, et creust que c'estoit un chien qui dormist ; et ayant regardé deux ou trois fois , partout avec un autre valet de chambre qui estait là, enfin ils ouvrirent le ridçau du Roy, et trouvèrent que c'estoit luy. Dequoy , extrêmement effrayez, ils allèrent chercher M. Héroûard, qui estait dans la cour ; et estant arrivé il jetta le Roy hors du lit, et commença à le promener, et un valet de chambre luy voulant mettre un doigt en la bouche pour l'empescher de la fermer, il le luy tronçonna. Après, on luy bailla un manche dé cuiller, qu'il serra si fort qu'il se fit saigner les dents. Enfin, on le fit revenir de cette espèce d'apoplexie, que M. Héroûard dit n'estre qu'une mauvaise vapeur des intestins.

Un valet de chambre s'en alla dire cette maladie avec effroy à la Reyne-mère, qui estait à Vespres aux Feuillans. MM. Piètre et Seguin, médecins de Paris, furent appelez pour conseil 2.

On continua de vouloir faire de mauvais offices à M. Héroûard, lequel, voyant le Roy guéry, luy fit demander son congé par M. de Luines, dont le Roy se fascha extrêmement, et dit qtfil ne souffriroit jamais qu'il le quittast8.

1 Pierre de Béringhen, seigneur d'Armainvillièrs, premier valet de chambre du Roi.

2 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 359 ; Pontchartrain, p. 178. * Voy, Richelieu, p. 369.

d'arnauld d'andilly. 225

Temps incertain. On traitte avec M. d'Àrquien ' pour le gouvernement de Calais à quatre-vingt mil écus dont on luy baille quarante mil écus comptons ; on tient que c'est pour M. le Maréchal d'Ancre. Depuis, le traitté fut rompu, et M* le Maréchal de Thémines eut les quatre-vingt mil écus \

En ce temps, ainsi que j'estime, M. de Lesdiguières passe les monts avec huit mil hommes de pied et huit cens chevaux et va secourir M. de Savoye. Il écrivit à un de ses ami&, que bien qu'il ne fust que simple Gentilhomme, néantmoins, le Roy luyavoit fait l'honneur de l'obliger à maintenir le Traitté d'Ast entre Espagne et Savoye ; qu'il alloit pour cela, et que s'il ne mourroit, il feroit tçnir la parole au Roy d'Espagne. On dit qu'on luy a prédit qu'il gagnera une bataille en Piémont, et puis, qu'il y mourra.

Octobre 1616.

Environ 7 ou 8. On changea les officiers 4e Monsieur le Prince, et on le fit servir par des officiers du Roy, dont il témoigna au commencement un déplaisir extrême, avec des fureurs et désespoirs merveilleux, disant, qu'on le vouloit empoisonner, et qu'il se laisseront plustost mourir de faim. Incontinent qu'il eut faim, il mangea deux œufs, et tost après, il se mit à manger, et fut aussi gaillard comme auparavant, se réjouissant sur ce qu'il ne vivoit plus à ses dépens; et au lieu.de deux pièces de rosty, et

Novembre.

4 Jean-Jacques de la Grange, seigneur d'Arquien, gouverneur de Calais en 1610.

2 Voy. Pontchartrain, p. 188.

Novembre i6ie. autant de bouilly, qu'il avôit à chaque repas, il en

demanda quatre4.

Jours de Conseils changés. MM. les Secrétaires d' Estât prirent le mercredy et vendredy matin, pour Conférer avec MM. les Ministres, et de là, aller chez la Reyne. Et au lieu de ces deux matinées, qui estoyent Conseils de Direction, on prit les mardis et jeudis après-midy, pour la Direction.

Page 1