‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 51 sur 95 · Exécution de Boursier, pendu à la Grève, et · texte numérisé non relu

Exécution de Boursier, pendu à la Grève, et

après, brûlé. Il estoit chevau-léger de la Compagnie de

Monsieur le Prirtce, et un jour qu'il estoit dans le Jeu

de Paume de Béquet, au faubourg Saint-Germain,

ayant sceu que la Reyne alloit à Luxembourg, il

alla chez luy, banda un pistollet, y mit deux balles,

et y estant allé, comme il estoit prest de tirer, pour

la tuer, M. le Cardinal de Guise survint, qui se mist

entre deux; et après, comme il cherchoit son temps

pour faire son coup, lorsque la Reyne entreroit en

carrosse, M. de Bassompierre survint, et tant de gens,

qu'il ne put. Ainsi, il se rôtira, et s'en alla chez une

Demoiselle, logée audit faubourg, nommée Durfort

et l'ayant trouvée fort affligée, à cause qu'elle estoit

accordée au Premier Brigadier des Gardes de M. le

Prince, lequel s'en estoit allé après la prise de son

maistre, il luy dit, devant une sienne nièce, qu'elle

ne se fâchast point davantage, qu'il les vengeroit

bientost , et qu'il ne s'en estoit guères falu que le

coup n'eust esté achevé cette mesme après disnée ;

1 Voy. Merc, /r., p. 305 ; Fontenay-Mareuil, p. 361 ; Richelieu, p. 374.

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et qu'aussi bien il estoit désespéré, et résolu de Novembre t««. mourir, après l'avoir fait. Puis il leur conta ce qui s'estoit passé, ce que Tune d'elles ayant dit à un Aumosnier de Mme de Mercœur \ il en avertit M. le Maréchal d'Ancre, qui le dit à la Reyne, laquelle fit prendre Boursier par Défontis. On fit expédier Commission à Messieurs du Chastellet, pour le juger pré vostalement; et les Lieutenans Civil, Criminel et Particulier, et xi autres Conseillers firent le procès. Il dénia tout. Les deux femmes soutinrent tout, et ne varièrent jamais. Enfin, il fut condamné sur les conjectures, et ordonné qu'avant d'estre exécuté, il auroit la question, à laquelle deux ConseiHers assis teroyent. Ils y voulurent estre tous, et en leur présence, il dit, que puisqu'il faloit mourir, il diroit tout : Et ensuite, avoua tout, et le signa, comme aussi firent tous les juges, et à l'eschelle, il confessa tout. Son père a voit quitté la marchandise de soye, et a vaillant cent mil écus. Il avoit plaidé contre luy , et l'avoit battu deux fois. Après la prise de Monsieur le Prince, sur les défences faites à tous les siens de demeurer à Paris, où il avoit fait, à trois personnes, qu'il a nommées depuis pour enlever, ou tuer la Reyne, et

la paix estant faite> il estoit revenu à Paris. Il trouva au logis où il alla chez la Demoiselle de Durfort, l'abbé de la Trinité, oncle de ladite Demoiselle , lequel il fit tant qu'il fit sortir de la chambre, et puis

* Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, veuve de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, mort en 1602. Elle mourut en 1623.

Novembre i««. dit à ces femmes qu'il avoit des choses à leur dire,

dont elles sëroyent bien réjouies \

M. de Lassay 2 envoyé (par le moyen de M. Barbin, qui le vouloit favoriser) , vers M. le Grand, pour le disposer à ne point empêcher le passage de ML de Nemours en Savoye, avec les forces ^ue le Roy d'Espagne avoit sous sa conduite, en la Franche-Comté. Frésier, ambassadeur de Savoye, découvre ce voyage, prend la poste, atteint M. de Lassay, luy dit, qu'il avoit appris de M. Barbin le sujet de son voyage, et qu'il luy avoit dit, que s'il pouvoit raccommoder M. de Nemours avec M. de Savoye, il feroit un extrême service au Roy, et qu'il estimoit qu'il en recevroit bientost la dépesche. Enfin, il fit en sorte qu'il porta M. de Lassay à entreprendre cet accord, lequel on fit ensuite, y ayant employé toute la créance qu'il luy avoit baillée. Cela s'estant sceu icy, l'Ambassadeur d'Espagne en fut en une furie extrême, et lorsque Lassay fut de retour, menaça de le tuer, et le contraignit de s'en aller de Paris. La Reyne , et M. Barbin en furent aussi en une extrême colère. Il dit, pour s'excuser, que les Espagnols , au lieu de prendre un passage court, et par lequel (suivant le commandement qu'avoit M. le Grand de faire comme semblant de se boucher les yeux, pour ne les pas voir,) ils fussent plus tost passez que l'on ne s'en seroit ap-

1 Foy. Merc. /h, p. 303; Richelieu, p. 373.

2 M. de Lassay, conseiller d'Etat. Suivant Richelieu, cet envoyé était Lassé, trésorier de France à Bourges. (Foy. Richelieu, p. 377.)

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perceu , ils avoyent voulu en prendre un par lequel «oYembr* i«*

il y avoit plus de dix journées d'armée de chemin,

et dont le passage estoit à travers une ville où le

Roy tient Garnison, et que luy, leur avoit offert trois

passages. Mais te mal est que ledit S' de Lassay ne

peut nier d'avoir esté présent, lorsqu'on a trattté de

l'accord avec M. de Nemours. M. Barbin m'a dit

que M. de Lassay avoit pris de l'argent du duc de

Savoye \

Madame de Nevers, voulant aller à Rheims, (pour, disoifc-elle, y faire ses couches,) M. de la Vieuville lieutenant du Roy audit baillage, luy manda qu'il la supplioit très-humblement de n'y point venir. Sur cela,> elle se mit en colère, et ne laissa de passer outre, et fit dire, tant à luy qu'aux habitans de Rheims, qu'elle estoit la Gouvernante de la Province, et qu'il n'avoit aucun pouvoir où elle estoit. Elle estoit eu litière, et n'avoit que quatre hommes de cheval avec elle. Estant arrivée à la porte de la ville, M. de la Vieuville, appuyé sur la barrière, luy fit la révérence, un genou en terre, et luy dit, qu'il eust voulu qu'il luy eust cousté un bras, et n'avoir point le commandement qu'il avoit de ne la pas laisser entrer ; mais qu'il estoit obligé d'obéir aux volontez du Roy. Elle luy répondit, que c' estoit un menteur, la-

1 Voy. Merc. /h, p. 395, le traité de paixfconclu le 14 décembre 1616 entre le duc de Savoie et le duc de Nemours. Voy. aussi le Merc, /h, p. 371 et suiv., le récit de la lutte entre le^duc de Savoie et le Roi d'Espagne^ et les négociations auxquelles elle donna lieu. Conf. Fontetenay-Mareuil, p. 362; Richelieu, p. 374; Pontcbartrain, p. 150, 184, 188.

Novembre iei«. quelle parole elle répéta quatre du cinq fois, et qu'elle

savoit bien qu'il n'avoit point ce commandement-là. A quoi il répliqua, un genou en terre, qu'il eust voulu qu'il luy eust cousté un bras, et n'estre point refuser la porte. Sur quoy, elle, luy ayant dit plusieurs paroles très-aigres, enfin, elle se retira.

Incontinent après, M. de la Vieuville, et les habitans de Rheims, envoyent demander un aveu au Roy, de ce qu'ils avoyent fait, lequel leur fut baillé.

On tient pour certain que M. de Nevers avoit fait son intelligence si forte dans Rheiips, que Madame de Nevers estoit capable de s'en rendre maistresse, et mesme un des siens, G. de Th. .a dit, que les habitans de Rheims luy avoyent écrit qu'il les vint délivrer de la tyrannie de M. jje la Vieuville.

Après le refus de Rheims, Madame de Nevers alla à Troyes, où elle fut reçeue sans crainte, à cause que tous les habitans sont très bons serviteurs du Roy. De là, elle alla à Nevers, faire ses couches. On dit que les habitans de Troyes l'avoyent priée de se retirer après qu'elle eust demeuré quelques jours dans leur ville.

La Déclaration, contre M. de Nevers, de. 1617, porte que ladite dame fit commandement aux habitans et au Lieutenant de la ville de Rheims, de se saisir de M. le Marquis de la Vieuville1.

Le Roy va à Saint-Germain, avec la Reyne Re-

1 Voy. Merc.) frt. p. 306; Fontenay-Mareuil, p. 359 et suiv. ; Richelieu, p. 362 : Pontchartrain, p. 182.

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gnante, d'où il revint le vendredy en suivant. Il de- Novembre i* »•. meura des Compagnies du Régiment des Gardes auprès de la Reyne-mère, laquelle, quelques jours auparavant, trouva bon d'estre servie, par chacun quartier, par cinquante Gendarmes de sa Compagnie. Elle fit difficulté de s'y rendre, pour ce qu'elle avoit résolu de se faire servir par ses chevaux-légers. M. de Fossez surmonta cette difficulté, en offrant de servir pour rien , c'est-à-dire, §^ns avoir l'écu par jour de récompense.

18. 11 vint nouvelle au Roy, que le mercredy 15, M. de Nevers, avec cent ou cent vingt soldats, avoit fait piller la maison de Si, appartenant à M. de la Vieuville, et qu'il menaçoit de la raser. A l'instant raesme on dépescha un exempt, nommé Barenton, à M. de Nevers, avec une lettre fort expresse, , et fort ferme, portant, que Sa Majesté vouloit qu'il fist réparer le tort fait à M. de la Vieuville, jusqu'à ce qu'il en fust content. Qu'autrement, il le déclaroit criminel de Lèze-Majesté, et que ce baston seroit suivy de plusieurs- espées. Et au mesme temps, on donna aussi charge à M. de Prasiin, de partir, pour s'en aller droit en ladite maison, et où estoit M* de Nevers, avec la Compagnie de la Reyne, celle de Monsieur^ et quelques autres de Cavalerie, les Régimens de Vaubecourt, et de Beaumont, et les Suisses qui estoyent en Champagne. Suivant ce Commandement, M. de Prasiin, et M. de Fossez partirent le lendemain matin. La Reyne dit à M. de Fossez, que quand il luy verroit couper

Novembre i6ifi.« Ja gorge , il ne s'y employast pas avec plus de

courage.

Si, est une maison forte, où M. de Si n'avoit qu'un receveur, lequel deux hommes de M. de Nevers ayant fait venir sur le Pont, pour parler à eux, ils se rendirent maistres de la Place, et le soir, y firent encore venir huit soldats, et puis soixante ou quatre-vingt le lendemain, et jusques à cent ou six vingts.

Est à remarquer, que la saisie, et establissement de commissaire, ne furent faits par M. de Nevers, que quatre ou cinq jours après la prise de la maison, et lorsqu'il sçeut que l'exempt y venoit.

Lorsque l'exempt arriva la première fois à Si, celui qui y estoit luy offrit de 1uy remettre la maison, pourveu qu'il le fist décharger de ce qu'il avoit esté establi commissaire à la garde des fruits; ce que l'exempt rie voulant faire, il alla trouver M. de Nevers, lequel luy tint les paroles qui ont tant oflencé la Reyne. — Lorsque l'exempt somma celuy qui commandoit dans Si, il menaça les soldats de les faire pendre, et ils jettèrent tous leurs bandoulières.

La deuxième fois que l'exempt retourna, Si luy fut remis entièrement entre les mains. Ledit Baraton s'estant troublé Pesprit, par l'appréhension qu'il prit des menaces de M. de Nevers, lequel dit, qu'il luy feroit couper la langue; on luy bailla des Gardes, lesquels, ayant oublié de luy ostef un petit étuy, il se tua d'un coup de canif dans le cœur, te 13 décembre.

1 Voy. Merc. fr,, p. 307; Brienne, p. 319; Richelieu, p. 362; Pontchartrain, p. 186.

19. M. le Président Jeannin va pour la pre- K"«ni>w m*. mière fois, au Conseil de la Direction, chez M. Barbin, où les huissiers du Conseil a voient leurs chaînes d'or. Il n'y retourna plus depuis.

21. Bompar, premier page qu'ayt eu le Roy, assassiné par un qui avoit esté page de M"" la Maréchale d'Ancre, appelé Cusac, auquel, et à un de ses Compagnons, nommé qui estoit de l'assas-

sinat, M. le Maréchal d'Ancre a donné à chacun une compagnie au régiment de Normandie.

M. de Hérancourt4 présenté par M. Arragon fait serment au Parlement, de la charge de Bailly et Gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye, qu'il avoit achetée, soixante mil écus de M. le Maréchal d'Ancre.

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