‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 61 sur 95 · Le Roy va à Lésigny, et revient le Lundy · texte numérisé non relu

Le Roy va à Lésigny, et revient le Lundy

29. Le Roy estant prest de tenir au faubourg Saint-Honoré le fils aisné de M, de Vendosme ■ et d'aller disner chez luy, (où il y avoit un festin préparé qui coustoit dix mil francs) , revient des Feûillans se trouvant fort mal d'une colique. On dit que M. de Vendosme, Mme de Mercœur, et Mme de Vendosme se vouloyoient jetter à genoux devant lç Roy, après le disner, pour obtenir la grâce de Guémadeu2.

3i. Entreprise pour sauver Monsieur le Prince, de la Bastille, découverte. Desoulas, autrefois Ministre à Fontainebleau, dénonciateur. MIle de Beauvais, nièce de M. le vicomte de Brigueil, arrestée prisonnière, en son logis, avec des archers du Chevalier du Guet, et élargie au bout de douze ou quinze jours. M..., frère de M. Fradet, Conseiller de la Cour et maistre d'hostel de Monsieur le Prince, arresté aussi prisonnier sur ce sujet.

sri.irmi.n>. Vendredi 1. M. et Mme de Nevers, M. leur fils

1 Louis, cardinal, duc de Vendôme , de Mercœur, pair de France, gouverneur de Provence, né en 1612, suivit Louis XIII en Savoie en 1630, passa en Hollande, fut à la bataille d'Avein en 1635, aux sièges de Corbie en 1636, de Hesdin en 1639, d'Arras en 1640, où il fut blessé, devint en 1650 vice-roi de Catalogne, épousa en 1651 une nièce du cardinal Mazarin, fut gouverneur de Provence en 1652, commanda ensuite en Italie, prit Valence en 1656 ; devenu veuf, fut créé cardinal en 1667 et mourut en 1669. (Voy. P. Anselme, 1. 1, p. 193.)

2 Foy. Fontenay-Mareuil, p. 398.

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aisné2, et M* du Mayne ayant esté mordus d'un chien septembre m?, enragé, avec dix ou douze de leurs Gentilshommes, partent le Dimanche pour aller à Saint-Vallery, à la

mer\

2. Le Roy va à Saint-Germain , revient le samedy 9. — Parla en particulier à M. de Guise, touchant des choses où Ton l'avoit voulu embarquer. M. de Guise luy dit tout ce qu'il en savoit, et témoigna d'estre extrêmement content de la confiance que Sa Majesté luy avoit fait paroistre.

En ce voyage de Saint-Germain, le Roy signe les articles de la paix de Savoye \

5. Le général des Capucins arrive à Paris ; le Roy l'envoyé visiter par M. le colonel d'Ornano; et à la prière de Sa Majesté, presche à Saint Germain, le

vendredy 8. Le Roy le fut voir le 10, Quand

il s'en alla, qui fuUe 19 ou 20 d'octobre, le Roy luy

1 François de Paule de gonjiagues-Clèves, duc de Rethelois, Couver-' neur de Champagne et de Brie, mort avant son père, en 1622, à l'âge de seize ans, sans avoir été marie.

2 Voy. Pontchartrain, p. 247.

* Voy. Fontenay-Mareuil, p. 402 ; Richelieu, p. 483 \ Pontchartrain, p 246 ; Rohan, p. 146 ; Merc. /h, p. 190 et suiv. Le Mercure donne des détails circonstanciés et très-intéressants sur la guerre de Savoie, dans laquelle l'armée française envoyée au secours du duc de Savoie sous le commandement du Maréchal de Lesdiguières, ayant sous ses ordres les ducs de Rohan et de Termes, les comtes deCandale et deSchomberg, joua «n grand rôle. Le Mercure fait connaître aussi les circonstances delà paix qui se traitait en même temps entre l'archiduc Ferdinand, roi de Bohême, et la république de Venise. Voy. Merc. /h, p. 202 et suiv., les pièces officielles des Traités de Madrid, de Paris et de Pavie, négociés pour la France par le chancelier de Sillery, le garde des sceaux du Vair, MM. de Villeroy, Jeannin et de Puisieux, avec les ambassadeurs des puissances belligérantes. ,

seprembic «n. envoya son portrait et une lettre à M. le Général des

Galères, pour luy faire bailler une Galère.

Mort de M. le Maréchal de Montigny à Dolin ville. Sa charge de Maréchal de France supprimée, à cause de ta contention qui estait entre M. de Praslin et M. de la Force. Sa charge de Gouverneur du Berry donnée h M. le Maréchal de Yitry, et la Lieutenance à M. le Comte de Saint-Àignan \

13. M. de Luynes marié à Mlle de Monbason. 11 eut la valeur de cinq cens mil livres en mariage3.

14. Mort de M. de Refuge, Conseiller d' Estât, habile, courageux, et homme de bien.

15. Monsieur le Prince mené de la Bastille au bois dé Vincennes. Le Roy prit sa résolution la veille. Le matin 15, M. Déàgent va avertir les Ministres de se trouver au Louvre, où le Roy leur dit son intention ; et en mesme temps on exécuta. On fit dire aux Compagnies de Suisses, qui sortoyent de Garde et alloyent vers la pistolle, qu'ils s'arrestassent au Petit- Saint-Antoine, et que le Roy s'en alloit au Bois de Vincennes. On fit arrester sur le Pont-Neuf Compagnies de François, qui venoyent en garde. On manda aux Gendarmes et chevaux-légers qu'ils vinssent à la porte du Louvre, et que le Roy vouloit aller à la chasse, (comme de fait, il estait botté). Lecar-

1 Voy. Pontchartrain, p. 247. Suivant Pontchartrain, le maréchal de Montigny mourut le 8 de ce mois de septembre.

2 Voy. Foritenay-Mareuil, p. 339; Richelieu, p. 679; Pontchartrain, p. 247; Brienne, p. 333; Merc. fr., p. 97,

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rosse du Roy vint aussi sur ce sujet. En mesme temps, septembre un. le Roy envoyé quérir M. de Vitry et M. de Persan (qui au commencement, croioyent qu'on leur vouloit oster Monsieur le Prince) , qui leur dit sa résolution, et commande à M. de Vitry de mener et de conduire les troupes pour accompagner Monsieur le Prince, auquel M. de Modène l'alla dire auparavant, et puis, le fit monter en carrosse. Longtemps auparavant, il avoit demandé qu'on le mist au Bois de Yincennes, pour y avoir meilleur air. M. de Modène luy dit, que, se souvenant de cela, il avoit tant pressé le Roy sur ce sujet, qu'enfin il l' avoit obtenu. Monsieur le Prince répondit, que depuis il s' es toit accoustumé à l'air de la Bastille, et ensuite, résista le plus qu'il put, jusqu'à ce qu'il falust aller.

Madame la Princesse alla aussi avec luy, en carrosse, n'ayant voulu entrer en litière. On dit qu'au commencement, Monsieur le Prince croioit seulement qu'on luy voulust oster sa femme. M. de Vitry, M. de Persan et M. de Modène estoyent avec luy dans le carrosse.

Depuis qu'il a esté dans le bois de Vincennes, on luy a permis, environ le commencement d'octobre, de se promener sur l'épaisseur d'une grosse muraille, qui est en forme de galerie^

M. de Persan est demeuré dans le Donjon du Bois de Vincennes, pour garder Monsieur le Prince, avec la plus grande partie des soldats qu'il avoit dans la Bastille ; et M. de Cadenet, avec douze Compagîes du Régiment de Normandie, fait garde dans la cour

septembre i6i7. du chasteau , d'où tes soldats ne sortent point \

15. Geniers 2 arrcsté prisonnier, et le sieur Herman son oncle, sur l'accusation qu'il avoit faite contre MM. de Vendosme, et du Mayne. Ils furent menez à la Bastille. M. de Boisise et M. Àubry Faisné, xxnnmissaires, l'interrogent. 11 avoue tout, et se dédit. Lejeudy21, commission scellée pour envoyer au Parlement, et le procès porté à M. le Procureur Général, qui se rend partie.

M. de Vendosme void et solicite les juges. Le samedy 23, Geniers et Herman furent menez à la Conciergerie. Le mécredy h octobre, Geniers a la teste tranchée. 11 mourut peu courageusement3.

18. M. de Sully arrive, sur l'espérance que le Président Chevallier luy avoit donnée, qu'en mariant sa fille avec M. de Cadenet, il rentrerôit dans les finances*. Environ trois semaines depuis, voyant qu'il n'en pouvoit venir à bout, il se joignit avec M. de Montbason, auquel il fit penser à' la charge,

1 Voy. Richelieu, p. 477; Pontchartrain, p. 2ft8 ; Bassom pierre, p. 151 ; M erc. /h, p. 229.

1 Gentilhomme ordinaire du Roi.

* Voy. Fontenay-Mareuil, p. 339 et la note. Geniers avait accusé le duc de Vendôme de vouloir empoisonner le Roi pendant le festin qu'il offrait à Sa Majesté à l'occasion du baptême de son fils dont le Roi était parrain, calomnie qui fut cause que le Roi n'alla pas à cette cérémonie. Geniers fut condamné et exécuté pour avoir, ditl'arrôt, traîtreusement, malicieusement, et calomnieusement dit, qu'il y avait une entreprise sur la personne de Sa Majesté. (Voy. Merc. fr.y t. v, p. 96.)

* Ce mariage ne se fit pas. L'une dès filles de Sully, Marguerite de Rétuune, avait épousé en 1605 le duc de Rohan; l'autre, Louise de Béthune, née en 1602, épousa en 1620 Alexandre de Lévis, marquis de Mirepoix.

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sur l'assurance qu'il luy donna de l'y assister, et de luy servir plustost de commis. Monsieur le Garde des Sceaux se porta à ce dessein, mais il ne put le faire réussir. L'intention de Monsieur le Garde des Sceaux estoit de ruiner, par ce moyen, Monsieur le Chancelier, M. le président Jeannin, et M, de Villeroy, d'attirer à luy M. de Luynes, et le Roy ensuite.

Environ ce temps. Résolu que M. le Marquis de Coeuvres iroit Ambassadeur à Rome. M. de Rambouillet dit, que tous les Ministres estoyent pour luy.

27. Guemadeu exécuté. Ordonné que sa teste seroit portée à Fougères. Il mourut très-courageusement, et chrestiennement. Le Roy eut une fermeté extrême à refuser sa grâce, et mesme, lorsque M. de Yendosme et M. de Monbason luy demandèrent sa teste, après qu'il fut mort; toutefois lorsqu'elle fut en chemin, le Roy trouva bon qu'on ne l'y portast pas \

Septembre Mit.

Dimanche 1" et 4. Ce jour, l' assemblée de Rouen fut résolue au Conseil du Cabinet des livres du Roy2.

5. Leurs Majestez vont à Saint-Germain, et en reviennent le samedy 14.

Le Roy refuse à plusieurs de vendre ou acheter des Gouvernemens de Places, et entr' autres, à M. le Colonel d'Ornano, le Chasteau Trompette de Bor-

octobrc

1 yoy., sur l'affaire de Guémadeuc, Fontenay-Mareuil, p. 397; Pontchartraio, p. 243 ; Men. /#•., p. 91.

2 V«y. Richelieu, p. 483; Pontchartrain, p. 248. Voy. Uerc.fr. \ p. 230, les lettres-patente^ du Roi pour la convocation de l'Assemblée des Notables.

Octobre l«7.

deaux. M. de Monbason vouloit aussi vendre le chasteau de Nantes à M. de Vendosme ; M. Darquien, Calais à M. de Vitry, ou à M. delaVieuville, d'autres disent à M. d'Hocquincourt. Le Roy dit, mille bonnes paroles à Monsieur le Colonel, et qu'il luy vouloit faire plus de bien que son Gouvernement ne valoit, mais qu'il n'estoit plus résolu de souffrir que Ton vendist des Gouvernemens, comme on feroit des maisons ; et en se levant de dessus sa chaise, dit : Je ne serois pas Roy, si cela estoit, et je le veux estre.

7. M. deModène va à Blois, vers la Rey ne-mère, et en revient environ trois semaines après.

12. Le Président Jeannin part, et revient à Rouen, le jeudy 7 Décembre en suivant.

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