PRÉFACE. XIII
A défaut des huit volumes in-4 de d'Andilly, malheureusement égarés, force m'est donc de revenir au manuscrit qui m'avait d'abord occupé; et je dois rendre grâce à la prévoyance de Conrart, qui me permet de publier dos aujourd'hui la première partie du Journal d'Arnauld d'Andilly. On remarquera même que tandis que dans les huit volumes retrouvés par M. Varin le récit ne commence qu'au 4er février 4645, dans le manuscrit de Conrart il remonte au 4er janvier 4 64 4. 11 est vrai que cette première année 4644 est beaucoup plus sommaire que les suivantes et qu'elle a même des lacunes de plusieurs mois.
Ainsi que le fait remarquer M. Varin dans le passage cité plus haut, il y a une grande différence entre les Mémoires d'Arnauld d'Andilly et son Journal. Les Mémoires publiés pour la première fois en 4 754 par l'abbé Goujet avaient été commencés par d'Andilly à Port-Royal, sur les instances de son fils de prédilection, et il les avait terminés en sa retraite de Pomponne en 4 667, longtemps après les événements, longtemps surtout après ceux qui font l'objet de la première partie du Journal dont nous nous
qui a en vain exploré toutes les parties du dépôt considérable confié à ses soins. - ' *•
KÎV PRÉFACE.
occupons (^<M4-4620)k Ecrivant cet ouvrage pour sfes enfants, d'Andilly s'y occupe plus particulièrement <le lui-même, de la part qu'il a eue au* affaires, de ses relations à la Cour ; il y fait en termes pompeux son éloge et celui de ses amis, et si en racontant sa vie d'Andilly a fait un livre d'histoire plein d'intérêt, c'était moins son but que la conséquence du rôle joué par lui et de sa position dans le monde. Dans son Journal, au contraire, écrit longtemps avant ses Mémoires et à l'aide duquel il les a rédigés, ainsi que cela résulte du passage cité plus haut, Arnauld d'Andilly s'efface complètement, ne se préoccupant que des faits et des événements qu'il note au moment même où ils se passent, presque jour par jour, en simple rapporteur de tout ce que sa situation personnelle et ses hautes relations lui permettent de voir et de savoir.
Malheureusement si ce Journal a une grande Valeur historique, il n'en a aucune au point de vue littéraire. C'est une œuvre de premier jet, écrite au courant de la plume, sans aucun souci de rédaction. Consigner les faits, jeter à la hâte sur le papier tout ce qui lui paraissait digne d'être mentionné, c'est tout ce qu' Arnauld d'Andilly a voulu faire, se réservant sans doute de donner une forme littéraire à son Journal
PRÉFAOK. XV
si Fidée lui venait un jour de le livrer à la publicité. Aussi trouve-t-on à chaque instant des répétitions choquantes , des phases, des mots sans suite, quelquefois même incompréhensibles, parce que l'auteur ne livrait au papier qu'une partie de sa pensée, confiant le reste à son souvenir; puis, quand un renseignement lui manque au moment où il écrit, notamment les paroles de tel ou tel personnage, il met des points avec l'intention sans doute de compléter le récit quand il aura trouvé le renseignement ou le discours qui lui fait défaut. Ça et là des noms des dates ou des chiffres lui échappent, il les laisse en blanc; mais comme avant tout c'est la vérité qu'il recherche, il donne quelquefois deux, trois, quatre et jusqu'à cinq versions différentes du même fait, indiquant, lorsqu'il le peut, les sources où il a puisé. Rarement d'Andilly se permet une courte réflexion personnelle consignée par un mot : faute y ou bien : devait dire... devait faire; réflexion où perce quelquefois l'ardeur bien connue de son caractère, comme lorsqu'à propos d'une inconvenance du Cardinal de Sourdis envers le Prince de Condé , il ajoute que celui-ci aurait dû répondre que, sans le respect de Leurs Majestés, il lui eût passé son épée au travers du corps. On pourra remarquer