‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 8 sur 95 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

qu'il se rencontre quelquefois dans le cours du récit la mention d'un fait postérieur de plusieurs mois , et même d'un ou dé deux ans à l'ordre chronologique suivi par Àrnauld d'Andilly. N'ayant eu sous les yeux que le manuscrit autographe ou non du Recueil de Conrart, je ne saurais dire si ce sont des additions intercalées postérieurement dans le récit ou mises en note par d'Andilly sur son Journal, ou si le manuscrit conservé par Conrart n'est lui-même qu'une copie faite plus tard sur l'original, et dans laquelle l'auteur a ajouté telle ou telle circonstance qu'il n'avait pu connaître lors de la première rédaction.

Après avoir expliqué quelle est, suivant moi, la cause de cette négligence, ou, si je puis le dire, de cette absence de style, j'ajouterai que ce défaut même ajoute encore à la valeur historique du Journal d' Arnauld d'Andilly, en montrant que ce n'est point une œuvre faite après coup , élaborée avec soin , inspirée par l'esprit de parti comme tant d'autres écrits du temps, mais que c'est en quelque sorte un procès-verbal où tous les faits sont scrupuleusement relatés, sans que celui qui ne le destine qu'à son propre usage ait rien à retrancher ou à modifier par égard pour les personnes, ou pour quelque considération que ce soit. Un

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pareil travail laissé à la postérité par un spectateur quelconque des événements ne serait pas sans intérêt ; à plus forte raison doit-il avoir de l'importance quand il émane d'un homme que de hautes fonctions dans le Gouvernement et que des relations avec la plupart des. personnages éminents mettaient à même d'être parfaitement instruit des principales affaires de TÉtat. Il n'est donc pas inutile de rappeler sommairement la première partie de la vie d'Arnauld d'Andilly, c'est-à-dire sa position dans le monde et le rôle qu'il y a joué comme homme politique, car c'est surtout sa retraite à Port-Royal, la part considérable qu'il a prise par lui et par les siens dans les luttes du Jansénisme et ses nombreux ouvrages qui ont rendu son nom célèbre. Quelques détails sur sa carrière d'homme d'Etat feront apprécier la valeur de son témoignage sur une époque de plus de vingt-cinq ans antérieure à sa retraite. Je me bornerai à résumer en quelques mots ce que d'Andilly a longuement raconté dans ses Mémoires.

Robert Arnauld d'Andilly, né à Paris en \ 589, était l'aîné de dix enfants survivants sur vingt qu'avait eus le célèbre avocat Antoine Arnauld. Le dernier de ces dix enfants, nommé Antoine comme son père , est celui qui, élevant sa ré-

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nommée au-dessus de celle de tous les mem* bres de cette famille illustre par les holnmeë comme par les femmes, a reçu de l'histoire le rare et glorieux titre de grand Amauld ! Leur aïeul, Antoine , seigneur de la Mothe-Arnaùld, avait été Procureur Général de Catherine de Médicis, charge qui avait passé à leur père. Les oncles de Robert avaient tous des positions importantes : l'un , Isaac , était Intendant des finances; un autre, Pierre, était mestre de camp général des carabins de France et gouverneur de Fort-Louis. Robert était donc dans les meilleures conditions pour tirer parti de ses brillantes facultés. Après lui avoir donné sous ses propres yeux une forte éducation, son père voulut le former à la meilleure école. Il le confia en \ 602 à Sully, qui se rendait en Angleterre comme Ambassadeur extraordinaire. Malheureusement le jeune Robert étant tombé malade en route ne put suivre ce grand homme d'État. En 4603, Isaac Amauld ayant été nommé Intendant des finances, le prit auprès de lui en qualité de premier commis, quoiqu'il n'eût que seize ans; et ayant été appelé en J 6 M à faire partie du Conseil de la Direction, Isaac obtint que son neveu, malgré son jeune âge, assistât aux séances, où il se tenait debout derrière le Roi et la Reine-mère. Il dut à cette

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haute faveur d'être initié promptement aux grandes affaires, d'être dans ie secret des plus importantes délibérations du Gouvernement, et de se lier avec les hommes d'État les plus éminents. De plus, son onde> pour exercer son intelligence, lui faisait faire des extraits des affaires dont il était chargé et les lui faisait rapporter à ses collègues. En 4645, Robert épousa la fille de M. de la Boderie, diplomate éminent, que ses négociations ont rendu célèbre. En 4644 il suivit le Roi et le Conseil en Bretagne.

Ici se termine le manuscrit mis au net une première fois par Fauteur qui y aurait sans doute fait encore des additions et des corrections. La suite est tirée d'un simple brouillon, nous la reproduisons littéralement.

Pendant le voyage du Roi> en 4 64 5 et 464 6, Àrnauld l'Intendant faisant partie du Conseil resté à Paris et ayant l'administration des finances, Arnauld d'Àndilly travailla avec lui ; il assistait au Conseil, rédigeait les lettres, les mémoires et les expéditions • La Reine-mère, pour le récompenser de ses services, lui envoya le brevet de sa première pension. À cette époque il se lia avec les Luynes, prévoyant leur grande faveur, et plaça près d'eux Déa-

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