lOUKiNAL IM'lDir
^'nj '6'5- 2o. Messieurs du Parlement assemblèrent les
Chambres le matin. Monsieur le Président rapporta tout ce qui s'estoit passé. Ils ordonnèrent que le tout seroit enregistré, et que l'on enregistreroit aussi comme M. le maréchal d'Ancre estoit assis et couvert derrière la Reync.
L'après-disnée, après que l'on eut leû la semaine, Monsieur le Chancelier dit : que chacun savoit ce qui s'estoit passé le jour précédent, et (jue le Roy vouloit qu'on opinast sur cette affaire. Et puis dit à M. le président Jeannin qu'il opinast. M. le président Jeannin répliqua qu'il ne pouvoit opiner, si, aupavant, onneproposoitcesurquoyil faloit opiner. Monsieur le Chancelier répondit que chacun savoit comme le tout s'estoit passé, et qu'il pouvoit opiner sur cela. M. le président Jeannin s'opiniâtra et ainsi n'opina point alors. Monsieur le Chancelier, qui avoit auparavant fait appeller MM. de Vie ', de Commartin - , Jambeville, de Refuge, et de Boissise"', demanda
reuil, id., l" série, t. l, p. 276; Merc. fr., t. iv, p. 73-80. Le récit du Mercure peut servir à contrôler Texactitude de celui d'Arnauld d'Andilly.
^ Mery de Vie, chevalier, seigneur d'Ermenonville, maître des requêtes en 1581, président au Parlement de Toulouse et conseiller d'Etat en 1597, surintendant de la justice en Guyenne, ambassadeur en Suisse, garde des sceaux en 1621, mort en 1622. {Foy. P. Anselme, t. VI, p. 539.)
2 Louis le Fèvre, chevalier, seigneur de Caumartin, né en 1552, conseiller au Parlement en 1579, maître des requêtes en 1585, président au Grand-conseil en 1587, intendant de justice en Poitou en 1588, intendant de Picardie en 1590, conseiller d'Etat en 1594, ambassadeur en Suisse en 1605, garde des sceaux en 1622, mort en 1623. {Foy. p. Anselme, t. vi, p. 542.)
^ Tous les trois conseiller»; d'Ktat,
d'arnauld DVvMni.r.v, SI
l'avis h MM. de Comniarliii et de \ic, puis aux autres, et mesme ù M. le président Jeannin. Tous tiiiciit d'avis de casser l'arrest du Parlement, et ordonner qu'il seroit esté des registres et leurs remonstranoes aussi. On ne demanda point l'avis de MM. de C'iuise, de Yendosme , et autres grans à cause de la dispute de leurs rangs. Mais la Reyne dit tout haut : s'il y a quelqu'un d'autre avis et qui ayt (|uel(iue chose à dire, qu'il le die.
L'arrest fut depuis dresse par M. le président Jeannin, et corrigé diverses fois. 11 y avoit mis que tous ceux (fui avoyent eu l'administration des finances se soumettoyent à toutes sortes de peines , au cas qu'ils eussent mal versé. Monsieur le Chancelier fit oster cette clause '.
Ensuite, la Reyne fit commander par deux fois à Messieurs les gens du Roy de lire l'arrest du Parlement, et leur manda pour la troisième fois qu'ils eussent à'n'y manquer, sur peine d'encourir l'indignation du Roy. Messieurs les gens du Roy viennent à la Grand Chambre apporter l'arrest'-. ; ,
1". Messieurs du Parlement leur dirent qu'ils estoyent assemblez (sçavoir la chambre de l'Edit et la Tournelle) sur ce sujet, et avoyent résolu de députer Monsieur le Premier Président et quelques
' Voy. Mém. de Matli. JMolé le texte de cet arrêt du Conseil, p. 52. Voij. aussi Sferc. fr., t. iv, p. 80 et suiv.
- Voy. Richelieu, Petitot, 2e série, t. 21 bis, p. 2i9; Fontenay-Marouil,id., 1" série, t. i., p. 279.
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juinieis. autres vers Lours Mnjestez, i)our leur faire toutes sortes de soumissions et de protestations de service et d'obéissance, et leur témoigner comme ils n'avoyent entendu par un seul mot de leurs remonstrances de toucher h ce qui les concernoit. Mais qu'ils avoyent seulement voulu parler contre les désordres , et contre ceux qui en estoyent la cause. Et sur cela, prièrent Messieurs les gens du Roy de remporter l'arrest. A. quoy ils répondirent que c'estoit chose qu'ils ne pouvoyent faire, ayant commandement exprès du Roy de le leur bailler. Voisin ' prit l'arrest sans le lire. — La Reyne ayant sçeu que l'on vouloit députer vers elle le lendemain , manda à Monsieur le Premier Président qu'ils n'y vinssent point s'ils n'apportoyent les registres où estoyent l'arrest et les remonstrances afin de les en ester. On dit que sur cela, Monsieur le Premier Président et Messieurs les autres Présidens de la (îrand Chambre, hormis un, et quelques conseillers furent d'avis de se conformer aux volontez de Leurs Majestez, mais que le président le Jay et ceux de son avis en estant avertis, dirent que ce seroit faire faire amende honorable au Parlement et soutinrent que cela ne se pouvoit résoudre sans assembler les Chambres et faire opiner tout le monde. Tellement que Messieurs du Parlement ne furent point au Louvre le lendemain-. Messieurs les maistres des Requestes vont trouver
^ Greffier d'audience du Parlement.
« Merc. fr., t. iv, p. 83-87.
Monsieur le Cliaiicelior sur It; suj(>t du réglouiont du Conseil. M. de Bcaumont portoit la parole. Monsieur le Chancelier se fâcha, et en vinrent, de part et d'autre, ;\ des paroles si aigres que M. de Beaumont, transporté de colère, dit qu'il ne pouvoit plus parler, et laissa la parole ;\ M. Masuyer qui reromnriença avec encore plus d'aigreur. Le 2 juin, ils furent encore le matin trente ou quarante, trouver Monsieur le Chancelier qui leur répondit qu'il les avoit toujours estimez et aifectionnez ; que le règlement n'estoit point encore signé, et qu'il ne leur seroit fait aucun tort. Ainsi ils s'en retournèrent , et ayant délibéré entr'eux, trouvèrent que cette réponce n'estoit assez précise, et retournèrent encore le soir avec luy, en intention , au cas qu'il ne leur rendist réponce asseurée, d'en faire parler en plein Conseil par M. Mangot '. Monsieur le Chancelier leur dit qu'il leur donnoit sa parole que le règlement n'estoit point signé et qu'il n'y seroit rien fait à leur préjudice.
Monsieur le Prince arrive à Saint-Maur où six conseillers furent souper.
•2. Monsieur le Prince arrive à Paris avec quatrevingts chevaux (on dit qu'il avoit quinze gardes), fut voir le président le Jay. Renconira le Roy sur le Pont-Neuf, qui lui fit assez froide mine. Monsieur le Prince se retira sans luy dire à dieu. 11 fut voir
* Claude Mangot, conseiller au Parlement en 1592, maître des requêtes eu 1600, ambassadeur en Suisse, premier président du Parlement de Bordeaii-ç, secrétaire d'Etat et garde des sceaux en IGIG, destitué à la mort du maréchal d'Ancre, le 24 avril 1617.
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aussi puis l'elourna coucliui- à SaiiiL-Maur. Dit
qu'il civoil ou avis qu'on se vouloil saisir de luy.
lîatlci'ic ;\ la riic Sainl-Marlin (3iitnj les liahilaiis et des soldats des gardes.
l^. J^es chainlores estant assemblées, M. Servin re(|uit (fue i'arrest du Conseil fust leu. Voisin le leut. Messieurs du Parlement le font relire jusques à trois fois. Ai)rès ou vient aux opinions. M. le président Séjjçuier dit à Monsieur le Premier Président qu'il luy devoit dire (ju'il ])arlast avec plus de modération. M. le Grand dit que ce n'estoit point la coustume d'interrompre les gens de bien en leurs opinions. Sur quoy M. le président Lescalopier, ayant pris la parole en faveur de Monsieur le Premier Président, et M. le Grand ayant encore répondu avec davantage de violence, M. le président Lescalopier dit à Monsieur le Premier Président : Monsieur, faites taire cet homme ! Sur quoy M. le Grand répondit : Comment ! faites taire cet homme ! J'estois conseiller céans que vous n'estiez encore qu'un petit écolier, et vous n'estes assis plus haut que moy que parce que vous avez baillé 100,000 escus de vostre charge. Sur ces contestations, l'assemblée se rompit, tellement qu'il n'y eut que six qui opinèrent, les quels allèrent tous à supplier Leurs Majestez de casser I'arrest du Conseil, et, en cas de refus, de les aller trouvei* pour remettre à leurs pieds leurs robbes et leurs chaperons.
II. Les chambres sont encore assemblées, et dix seulement ayant opiné, l'alfaire fut remise après les festes de la Pentecoste, qui estoit le dimanche 7''.
n'A UN A lin d'à \ ni 1,1. V. 85
Aloiisiciir \r l'i'iiicr traillc ;ncr M. U\ |)riii(:(' do .loinvilK' ' |>i)iir le priciiri'' de Saint-Martin, au lieu (liKiiici il lui baille ('),()()() escus coinplaiil cl Tabbayc de Couloni, qu'il avoit achetée de M. de Sully.
M. de Nevers obtient lestrcs pour faire assigner M. de Sully touchant les teiTcs qu'il avoit achetées de luy.
On dil (|u<' la Reyne envoya à M. de Rohari la survivance du gouvorneinent de Poitou, dont M. de Sully fut fort mal content. M. le marquis de Rosnyavoit demandé six mois à M. de Rohan pour l'obtenir de luy.
9. La Reyne eut plusieurs paroles avec M"" la comtesse de Soissons touchant le voyage auquel Sa Majesté dit que le Roy vouloit que M. le Comte assistast. Et sur ce que Madame la Comtesse luy dit qu'elle n'y pouvoit aller à cause qu'elle estoit incommodée, la Reyne lui dit qu'elle pouvoit donc de-
' C'.aude de Lorraine, frère puîné du duc de Guise, connu sous le nom de duc de Chevreuse, porta d'abord le titre de prince de Joinville. Il naquit en 1578, se signala en 1596 au siège de la Fère, et en 1597 à celui d'Amiens, alla guerroyer en Hongrie, fut créé duc de Chevreuse et pair de France en 1612, servit en 1621 aux sièges de Saint- Jeund'Angely, de Montauban, fut grand chambellan et grand fauconniei', gouverneur des ^larches, de l'Auvergne, du Bourbonnais et de la Picardie, épousa, comme procureur de Charles I", la princesse Henriette, en 1625 et la conduisit en Angleterre, fut au siège de la Rochelle en 1628, joua un certain rôle pendant la Fronde, et mourut en 1657. Il avait épousé en 1622 Marie de Rohan, fille du duc de Montbazon, veuve du connétable de Luynes, cette célèbre duchesse de Chevreuse dont M. Cousin vient de retracer la vie romanesque.
- Maximilien de Béthune, H* du nom, marquis de Rosny, fils du grand Sully, né en 1588, grand maître de l'artillerie, mort en 103/i.
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ji.iM iiiiis. Pleurer, mais que Monsieur le Comte viendroil, etc.
il^. M. de Canisy l)nill(i un soufflet au sieur... et met la main à l'espéc contre luy dans les ïuil- Icries, le Roy y estant. Sur quoy les gardes ayant crié qu'on allast aux portes, cela fit appréhender (ju'il n'y eust quelque entreprise sur la personne du Uoy. Le dit sieur de Canisy fut mis à la Bastille.
Monsieur le Prince parla à M'"" la maréchale d'Ancre, comme elle revenoit de Lésigny.
21. On descend la châsse de Sainte-Geneviève '. . 22. Messieurs du Parlement continuent leur assemblée. Deux opinions courantes : Tune de faire remonstrances pour faire casser l'arrest du Conseil.
M. de Nevers se remet bien avec la Reyne, et ensuite va vers MM. du Mayne, de Buillon et de Longueville. On dit qu'il leur donna toutes sortes de bonnes paroles, leur dit que Monsieur le Pi'ince estoit raccommodé, que Messieurs du Parlement ne se rerauoyent plus, etc. , et qu'eux, s'en estant fait enquérir à Paris, trouvèrent que tout cela n'estoitvray'.
M. Broussel, qui fut le dernier qui opina, dit qu'il ne se souvenoit bien de l'arrest et des remonstrances. Voisin est mandé; dit qu'il les avoit baillez à du Tillet^ M. du Tillet est mandé ; dit qu'il estoit vray
^ « La chcâsse Sainte Geneviefve fut descendue le 21 dudit mois de juin, et pour la seicheresse, et pour prier Dieu de conduire Leurs Majestés. » (iMerc. fi\, t. iv, p. 116.) La Cour alloit partir pour Bordeaux, à l'occasion des mariages du Roi et de Madame.
2 Voij. Pontcliartrain, t. xvii, p. 83.
3 Greffier en chef du Parlement, loy. Tallemant des Réaux, l'historiette de M" 'du Tillet, et le commentaire de M. Paulin Paris (jui cite
d'aux A 1)1, 1) l^^\M)lll.^, S7
(juc Voisin les lui avoit baillez; (jiie, puiii' les oxpé- juim «bis (litions ordinaires, il les laissoit à Voisin, mais qqe celles qui estoyent d'une telle conséquence, il les *;ardoit dans son cabinet, et que c'estoit lui qiii estoit le grelle. Et sur ce qu'on luy dit que Voisin ne les luy avoit deu bailler sans avertir la Cour, il ré- |>iuulit que Voisin estoit son clerc et (juc, s'il les luy eust l'el'usées , il l'eust chassé. — Ordonné ensuite que lo tout seroit réintégré dans les registres.
2o. >Jessieurs du Parlement continuent leur assemblée. Résolvent de taire remonstrances au Roy, l>()ur le supplier de croire que l'arrest et les remonstrances avoyent esté résolus par l'avis commun de tout le Parlement, et de croire que, quand il luy plairoil de se faire enquérir ou s'informer du contenu en leurs remonstrances, il trouveroit qu'il n'y avoit rien dedans qui ne fust très-véritable.
M. le président Lescalopier eut de grandes prises avec M. Gilot*, M. Perrot et quelques autres conseillers-. , -
la généalogie des du Tillct, dressée par Victor le Gris. « Cette famille de greffiers en chef, dit M. Paulin Paris, jouissoit d'une considération égale à l'opulence qu'elle finit par acquérir.
* Jacques Gillot, déjà nommé, doyen dn la cathédrale de Laiigres, chanoine de la Sainte-Chapelle do Paris, conseiller-clerc au Parlement de Paris, mort en 1619. Gillot est auteur d'une Relation de ce qui se passa au Parlement touchant la régence de la reine Marie de Medicis, les 14 et 15 mai 1610. Cet opuscule se trouve dans la collection Michaud et Poujoulat, 1" série, t. xi, p. A73. On attribue aussi à Gillot une part dans la rédaction de la satire Méuii'i re. (Voy. la Notice sur Gillot, en tête de la Relation, dans l'édition citée.)
- Mt>rc. fr., t. IV, p. 112.