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neray en croupe p;irtout où vous voudrez. M. le marquis de Cœuvres repartit : IVlonsieur, si un autre que vous me disoit cela, je le quitterois. Et après cela, il le (juitta, et dit qu'il ne vouloit pas retourner à la Cour, pour ce (juc les affaires de M. de Vendosme estant en assez mauvais termes, il eust semblé qu'il eust voulu profiter de son malheur. Et ainsi s'en revint cl sa maison de Cœuvres, et passa par Paris où il ne vid personne. On dit qu'il receut lettres du Roy qui luy mandoit qu'il luy avoit fait un très-agréable service ; qu'il le reconnoissoit ; qu'il tinst ses trouppes ensemble, et qu'il les mist en garnison en la ville de son gouvernement qu'il aviseroit. Pendant son absence, Beauregard, son lieutenant à Laon, avoit pris de l'argent dans les coffres et y avoit mis au lieu des blancs de M. le Marquis de Cœuvres.
Conférence remise au 15. MAI. de Brissac, de Villeroy, de Thou, de Vie et de Pontchartrain y vont pour le Pioy.
MM. le Prince, du Mayne, de Longueville, de Buillon, de Sully, de la Trémoille, de Rohan, de Soubise, de Caudale, de Tingry, de Thianges, députez de l'Assemblée de Nismes, y estoyent. (Des Bordes-Mercier avoit sa voix dans le Conseil des Princes.)
M"" la Princesse douairière de Condé', M"'" de
' Charlotte Catherine de la TremoilIe, veuve de Henri de Bourbon, I" du nom, piince de Condé, morte en 1629.
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l.ong-ik'ville, M"" de Koliaii la douairière ' et M"" de i"«-'vritT j«i« lloliaii la fille - y estoyent aussi.
M. TAmbassadeur d'Angleterre Edmond 3, M. le Comte de Soissons, Madame sa mère, M. de Nevers et J\I""' de la Trémoille (qui s'est toujours très-bien conduite en toutes ces alTaires-cy, et incsme a esté remerciée par le Parlement de Rennes) y assistoyent '.
Monsieur le Prince dit qu'avant qu'entrer en Conférence, il demandoit deux choses, l'une, que M. de Yendosme fust receu à la Conférence, et l'autre, que la trêve fust prolongée pour tout le mois de mars ; autrement, qu'il vouloit rompre. Sur cela, grande contestation.
On envoyé vers le Pioy. Enfin, M. de Vendosme est receu à venir à la Conférence, et la prolongation de la trêve accordée jusques au quinze mars. Convenu que Monsieur le Prince fera office envers
' Catherine de Parthenay, dame de Soubize, veuve de René II, vicomte de Rohan, depuis 1586, morte en 1031.
'- Marguerite de Bétlmne, tillo du graïul Sully, mariée eu 1605 au duc de Rolian, morte en 1660.
•"• Sir Thomas Edmondes, habile diplomate, fut chargé de négociations importantes et fut plusieurs fois envoyé comme ambassadeur en France. Il se fit aussi remarquer au Parlement pendant le règne de Charles P'', et mourut en 1639. On a publié sous le titre de Vue historique des négociations entre les Cours d'Angleterre, de France et de Brujcelies de 1592 à 1617, des extraits de douze volumes in-folio de sa correspondance et de ses papiers. (Foy., dans la Biographie Michaud, l'article de Suard sur ce personnage.)
" Voij. Merc. fr., t. iv, p. 43. M. de Tingry est M. de Luxembourg, duc de Piney, prince de Tingry. J'nif. aussi Fontenay-Mareuil, p. 331 ; Pontcharirain, p. 134.
1/|2 JOURNAL I ni': DIT
-evricr ifiifî. M. (Ic Vciidosmc poui' le faire désarmer, au moins pour la plus grande partie, et que ledit sieur de Vcndosme retirera toutes ses forces de Bretagne , et les pourra mettre au Mayne, Anjou, Perche et Normandie ; que les contributions seront réglées^ etc.
La Conférence se commence. Les députez du Roy estoyent ceux qui sont nommés cy-dessus, et les députez de Monsieur le Prince estoyent
Environ le 15. Mort de Montalte, juif, médecin de la Reyne-mère. Mort de M. Fleurance, précepteur du Roy.
Mars. 1*^ La trêve estant expirée à minuit, et la pro-
longation n'estant point publiée en Brie, M. de Vitry ayant assemblé trois cens cinquante cuirassiers (dont il y en avoit deux cens cinquante gentilshommes de Brie) , trois cens carabins et cinq cens hommes de
pied des garnisons de Saint-Denis La Ferté-Mi-
lon , etc. charge , près de Chasteau-Thierry , un nommé Novion (qui est celuy qui a pris M. de Forges et Grangemenant ) , lequel avoit avec luy trois cens chevaux, dont il y en avoit quatre-vingt des gendarmes de M. de Luxembourg, les met en fuite, en tue quinze, en prend prisonniers cinquante ou soixante. Les soldats gagnèrent cent vingt chevaux, des armes et de l'argent que ces méchans àvoyent exigé du peuple. Novion se sauva à la fuite. A dix heures du matin, la trêve fut signifiée par un trompette à M. de Vitry, lequel renvoya les prisonniers.
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'2. Les alla ires estant en fort l)uns termes à la (luiiftM'ence, M. de Yendosnie y arrive, lequel avec les oUVes qu'il leur lU, s'elîbrça de porter les allaires à la guerre, et changea toute la face des afïaires. Mais une visite de quatre heures que Monsieur le Prince fit chez M. de Villcroy, remit toutes choses en pareil train qu'auparavant. On tient que Monsieur le Prince, M. du Mayne, M. de Buillon sont portez à la paix, et le reste à la guerre, principalement ceux de la Religion.
3. M""' la Maréchale d'.4ncre part de la Cour avec ses enfans et arrive à Paris le lundy 7. On tient qu elle venoit pour faire opiniastrer son mary à ne point quitter la citadelle d'Amiens, pour estre rasée. Elle manda son mary, qui ne vint point, s' excusant sur un mal de gorge. Elle se logea dans le Louvre, ce qui fut trouvé fort étrange, et fut trois ou quatre jours sans vouloir voir presque personne.
Les alfaires de la Conférence estant en assez mauvais termes , Monsieur le Prince y entra, ce qu'il n'avoit point fait auparavant, et en trois séances, avança plus le traitté que l'on n'aist fait en trois mois. La trêve prolongée jusqu'au 25 mars.
7. MM. de Nevers, de Brissac, Villeroy et Pontchartrain arrivent à Tours , ayant laissé j\LM. de Thou et de Vie. Au commencement de ce mois, M. de Guise témoigna à la Reyne qu'il estoit trèsmal content de ce qu'elle tenoit des Conseils secrets ; et Ton disoit le 2 que le Roy luy avoit commandé de se tenir prest pour se mestre en campagne le dixième.
M«rsir.i6. i;^. MM. de Nevers, de Brissac et de Pontchar-
train retoiinient à la Conférence chargez des volontés du Roy.
16. M. le Marquis de Cœuvres, Lieutenant-général au gouvernement de Tlsle de France (qui durant ces derniers mouvemens avoit exempté Crespy de garnison et de passage de gens de guerre) approchant de Crespy avec quelques gens, les habitans envoyèrent quatre d'entr'eux luy faire toutes sortes de complimens, et mesme luy olTrir d'entrer dans la ville. A quoy il leur répondit que, puisqu'ils se mettoyent en ce devoir, il oublioit la faute qu'ils avoyent faite de luy témoigner cy-devant qu'ils ne désiroyent pas qu'il entrast dans leur ville, lorsqu'il alla trouver M. de Vendosme. Et c|ue puisque ainsi estoit, il passeroit dans Crespy avec quelques uns des siens. Sur cela, ils le prièrent de ne vouloir point entrer dans leur ville , à cause que quelques uns des habitans pourroyent entrer en appréhension. Sur quoy il se mit en colère, retint les quatre députez prisonniers . et s'en alla loger avec ses trouppes, dans le faubourg de Crespy, et ainsi, avec cent vingt chevaux-légers qu'il avoit, et cinquante ou soixante carabins, assiégea les habitans. Le 18, nouvelles de cela-arrivent à Paris. Messieurs du Conseil envoyentM. Déagent',
^ Guischard Déageant, recommandé à M. de Luynes par Ariiauid d'Andilly, fut d'abord commis de Barbin, puis secrétaire du roi et. intendant des finances. Il obtint une grande faveur et joua, pendant quelque temps, un rôle assez considérable. Disgracié, il fut longtemps enfermé à la Bastille, obtint sa liberté et fut relégué dans le Daupliiné, sa province, avec la charge do premier président de la clmmbre des
d'arnauld d'andii.ly. l/i5
secivtoire du Roy, vers M. le Maniais de Cœiivrcs et vers les habitans, avec lettres de créance. Le 19, M. Déagent estant arrivé, trouva que Ton tiroil de part et d'autre ; que les habitans avoyenl t'ail une sortie en nombre de vingt-cinq, avoyent perdu un des leurs, et tué deux de M. le Marquis de Gœuvres ; que depuis, il y avoit eu encore deux des habitans tuez, et quelques-uns de M. de Gœuvres blessez ; et que M. le Marquis de Gœuvres faisoit provision de pétars, échelles, mantelets, instrumens de sappe, et autres choses, pour forcer la ville ; qu'il avoit envoyé quérir deux cens hommes de pied à Laon , d'uù il menaçoitde faire venir du canon. M. Déagent, après avoir représenté tout ce qui se pouvoit au dit Marquis , sur ce sujet , et luy avoir ouvert plusieurs expédiens, enfin, il se ferma à un , qui estoit que Messieurs du Gonseil qui estoyent à Paris, luy envoyeroyent tel nombre de gens de guerre qu'ils aviseroyent, avec lesquels il entreroit, seul de sa trouppc, pourvu que l'on baillast aussi un prévost , pour faire prendre trois ou quatre des habitans, lesplus mutins, qu'il nommeroit. M. Déagent tâcha de faire en sorte d'amener les habitans à cela (sans leur parler toutefois du prévost), mais il n'en put tirer autre chose,
comptes de Grenoble, qu'il exerça jusqu'à sa mort arrivée en JG2G. Déageant a laissé de courts Mémoires adressés au cardinal de Richelieu sur quelques événements de sou temps. Cet ouvrage, publié on 1668, u'ofifre qu'un médiocre intéi'èt, mais il est bon à consulter, ])rincipalement sur la mort du maréchal d'Ancre, événement auquel Déageant prit une part plus importante qu'honorable. Arnauld d'Andilly s'explique loiigsiement sur ce personnage dans se s Mémoires.
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Mars mie. sinon cju'ils iroyent porter les clefs dos portes audit sieur marquis, et luy faire toutes les soumissions qu'il sçauroit désirer, pourveu que ni. luy ni aucun des siens n'entrassent dans la ville. Ainsi, M. Déagent revient le lundy 21. On prend quatre résolutions au Conseil : la première , de renvoyer le lendemain de grand matin M. Déagent avec nouvelles lestrcs de créance; la seconde, d'envoyer M. de Vilaine à la Cour, pour rapporter lestres du Roy à M. de Cœuvres, portant qu'il face retirer promptement ses trouppes de devant Crespy, et qu'il rende les quatre prisonniers qu'il tient , et que l'on luy fera justice de ceux des liabitans de Crespy qui ont manqué à leur devoir envers luy; la troisième, de faire donner arrest au Parlement portant qu'il sera envoyé un conseiller de la Cour , sur les lieux , pour informer contre ceux des liabitans qui peuvent avoir failly au respect qu'ils luy doivent , et cependant enjoint à luy de retirer ses trouppes ; la quatrième, de faire avancer M. de Ville-Gomblin en diligence avec sa compagnie (qui est aux faul)ourgsde Manse), vers Creil, pour de là, avec des compagnies de Saint-Denis, de la Ferté- Milon et autres, s'aller jester dans Crespy, s'il en estoit besoin. Tout fut exécuté , excepté qu'à cause qu'il estoit le lendemain mardy procession générale, on ne donna point d'arrest au Parlement. Mais Monsieur le Premier Président écrivit à M. le Marquis de Cœuvres, et Monsieur le Procureur gééral aussi. Messieurs les Prévost des marchans et Esclievins allèrent ledit jour lundy, trouver M""' la Maréchale
d'à II \ v n 1, 0 !>' A > n 1 1. l y. 147
de Balagny \ sœur de M. le Marquis de Cœuvres, et luy dirent que Paris estoit en telle rumeur de ceste alVaire ([ue si son frère ne quittoit ce siège, il luy en pourroit arriver quelque chose qui luy apporteroit du déplaisir. Le 2*2, M. Déagent part le inatin, comme il avoit esté avisé. M. le Vicomte de Sardiny -, intime amy de M. de Cœuvres part aussi en poste, à la prière de Messieurs du Conseil, avec lettres de créance audit sieur Marquis. Les lettres portoyent que les habitans avoyent grandement failly, et qu'ils méritoyent d'estre punis, mais que ce n' estoit pas par cette voye qu'il les faloit chastier. C'estoit trop accuser ces pauvres habitans , veu que leur faute estoit fort excusable; mais il le faloit faire ainsi pour contenter ledit sieur Marquis qui se servoit de cette lettre pour montrer à ses amis (ainsi que l'événement le fit connoistre, car il témoigna à M. Déagent en estre très-satisfait, et mesme le pria de la montrer aux habitans ; et au contraire, estre très-mal content des lettres de Monsieur le Premier Président et du Prévost des marchans). MM. de Sardiny et Déagent, qui arrivèrent en mesme temps à Crespy, trouvèrent que par l'entremise de 'MM. de la Borde et de Billemont, M. le Marquis de Cœuvres avoit capitulé avec les habitans, à condition qu'ils luy bail-
• Diane d'Estrées, sœur de Gabrielle d'Estrées et du marquis de Cœuvres, veuve depuis 1603 de Jean de Moutluc, seigneur de Balagny, maréchal de France.
î Scipion Sardini, noble Lucquois, vicomte de Buzancy, baron de Cliaumont-sur-Loire? {Voij. Bayle sur le mot Limeuil.)
\kS JOURNAL IMÎDir ' ,-
leroyent 1500 écus; (ju'il entreroit avec dix gentilshommes et quinze de ses gardes ; que les porles de la ville seroyent gardées par soixante mousquetaires de la garnison de la Ferté-Milon, qui sont entièrement pour le service du Roy ; (jue les habitans luy teroyent des excuses ; et qu'ils ne paroistroyent point armez ( toutefois ils se tinrent armés par trouppes dans des maisons) ; qu'il iroit à la messe, fcroit un toiH" par la ville, et puis sortiroit. Cela tut exécuté le 26 au matin , nonobstant qu'il y eust eu grande contestation entre les habitans, pour ce que la populace ne vouloit point tenir ce que les principaux avoyent fait, ni bailler d'argent. M. le Marquis avoit dessein de les forcer. Il avoit fait venir cent cinquante hommes de pied, et avoit mesme fait solliciter la garnison de Soissons, et en cas, il se fust précipité et déclaré pour Monsieur le Prince. Et ce qui le fit résoudre à la capitulation , fut une lettre que M"'" de Balagny, par l'avis de M. Déagent, luy envoya toute la nuit, le 21, par laquelle elle luy mand(jit que s'il s'y opiniastroit, on luy feroit lever honteusement le siège par force, comme on eust fait. M. Déagent, le 26, va à la Cour, à la prière de M. le marquis de Cœuvres, et requis par Messieurs du Conseil pour justifier l'action dudit sieur Marquis.
Trêve continuée jusques à Pasques.
Tartas pris de nuit, par surprise, par M. de (Irammont et démantelé '. „ , ^
1 yoij. Merc. fr., t. iv, p. 7G.
'2'2. M. de Pontchartain arrive de Loudun à la Cour, toucliant qiicl(|iics points on difficult»'. Retourne le vendredy "25. Aussitost , Monsieur le Prince envoya lesdits articles à la Rochelle, en rassemblée de ceux de la Religion qui Tavoyent là transportée de Nismes.
2(). M. de Manicamp ', gouverneur de la l*'ère pour ]\I. de Yendosme, ayant eu quelque huit jours auparavant commandement sur commandement de M. de Yendosme, enfin, le vendredy 25, fit entrer la nuit dans la citadelle deux cens hommes des garnisons de Messieurs les Princes. Le lendemain, comme le lieutenant de M. de la Serre" estoit allé hors la ville en dévotion au mont du Calvaire, et que ses entants eurent mené à la chasse le lieutenant de M. de Yillegaignon, il fit sortir par force les soldats des dites deux compagnies, lesquelles ne dévoient estre que de cinquante hommes chacune. M. le Marquis de Cœuvres, ayant sceu cela à quatre heures du soir à Paris le lendemain dimanche 27, partit à Theure mesme pour aller à la Fère.
27. M. le Maréchal d"Ancre arrive à Paris, loge en sa maison proche le Louvre, dit à tout le monde qu'il ne tiendroit point à la citadelle d'Amiens que la paix ne se fist, et qu'il estoit tant obligé au Roy,
* Achille ou Philippe de Longueval, seigneur de Maiiicamp, gouverneur de Colmar et de la Fère.
2 Jean- Jacques de Montesquieu, seigneur do la Serre, connu sous le nom de capitaine de la Serre, capitaine puis lieutenant-colonel du régiment de Vaubecourt?
150 JOURNAL l.MiDlT .
à la Reyne et à la France, qu'il bailleroit non seulement ses biens, mais sa vie, etc... '.
^8. M. le Maréchal d'Ancre fait mettre à la Bastille le Marquis de Bonnivet, qui avoit esté prisonnier h Calais, longtemps auparavant, pour avoir esté en Angleterre pour Monsieur le Prince contre le service du Roy -.
29 ou 30. MM. de Chevry et de Flexelles'' partis pour aller à Loudun. On dit que c'estoit pour porter de l'argent afin de licencier les trouppes. Retournez à la Cour le On dit que la Reyne fut fort
en colère contre M. de Yilleroy de ce qu'au lieu de traitter le point de Picardie le premier, il l' avoit réservé pour le dernier. Cet article de la citadelle d'Amiens a tenu la paix fort longtemps en incertitude, car M. de Longueville s'opiniastroit à la faire raser ou à l'oster au moins au Maréchal d'Ancre ; et la Reyne luy otïroit le gouvernement de Normandie avec le chasteau de Caen, Dieppe et le Pont de l'Arche; ce que M"" de Longueville sa mère, Monsieur le Prince, M. du Mayne et M. de Buillon luy conseilloyent d'accepter; mais il ne le leur vouloit point accorder, disant que pour l'amour d'eux, il quitteroit tout ce qui ne regardoit que son bien et mesme sa vie; mais qu'il n'y avoit rien au monde
^ Foy. Mcrc. fr., t. iv, p. 73, la lettre du maréchal d'Ancre à la reine-mère au sujet de la citadelle d'Amiens que les rebelles voulaient faire raser.
2 Voy. Mcrc. fr., t. iv, p. 73,
3 Le sieur de Fles&ellcs, secrétaire du conseil.
d'AK.NAII l.l) 1)\\ M)l I. I. V. 151
qui liiy pût faire faire chose contre son honneur ainsi ^i-'i-^* leie. qu'estoit cela , veû qu'il y alioit de la parole qu'il avoit donnée aux Picards. On dit qu'il avoit une fois demandé (|U(' Ton iiiist dans ladite citadelle ou M. de la Curée ou M. de Montigny ' ou M. de Praslin. Depuis, on dit que le Roy y vouloitînettre M. de l.uynes; ce qu'on dit que M. de Longueville consentit. Et que sur cela, M. du Mayne répondit : Je pense que vous estes fou d'aymer mieux le simple gouvernement de Picardie que la Normandie avec les places que l'on vous y offre. A quoy M. de Longueville ayant répliqué qu'il estoit fort homme de bien, M. du j\Jayne répondit : Je ne doute point que vous ne soyez fort homme de bien, et ce que j'en ay dit n'a nullement esté pour vous olTencer, mais pour ce que j'affectionne vostre bien plus que vous-mesme. Et ainsi cela se passa. M. de Buillon et Monsieur le Prince témoignèrent aussi à M. de J^ongueville, improuver extrêmement le conseil qu'il prenoit sur ce sujet. On dit que M. du Mayne fut dix jours sans voir M. etM""^ de Longueville. Je ne sçay si ce fut devant ou après cecy ^
* François de la Grange, seigneur de Montigny, gentilhomme de la Chambre, capitaine des gardes sous Henri Ili, gouverneur du Beiry, mestre de camp général de la cavalerie légî're, se signala à la bataille de Coutras en 1587, où il fut fait prisonnier par le roi de Navarre, servit au siège de Rouen en 1592, fut aux combats d'Aumale et de Fontaine-Française en 1595, au siège d'Amiens en 1597, gouverneur de Paris et de Metz en 160.3, maréchal de camp dans Tarmée du duc de Guise en 1615, maréchal de France en 1616, mort en 1617. {J'oy. P. Anselme, t. vu, p. 424.)
^ Voy. Mac. fr., t. iv, p. 55, une longue remontrance adressée au roi pour lu prier de faire raser la citadelle d'Amiens.
ir)'2 JOUnjXAI, INKDIT
Le chastoau de Lombcz, en Albigeois, surpris par le vicomte de J*anal, huguenot. I.a ville estoit tenue par ceux de la Religion et le chasteau par le Roy. On a dit depuis que ce vicomte n'estoit entré que dans la ville, laquelle est hiiguenotte.
M. le Marquis de la Yieuvillc ' achète de M. de Plainville soixante-quatorze mil ecus la charge de capitaine des gardes. 11 a dispute avec Cornillan.
oO. Mort de M. Dollé, à quatre Iieurcs du matin. Il nvoit esté malade quatorze jours. Lorsqu'il tomba malade, la Reyne se confioit plus en luy des allaires d'Lstat qu'en nul autre. Il estoit fort bien avec Monsieur le Prince, lequel lui avoit fait dire par l'abbé d'Aumale, qu'il s'assurast qu'il ne luy vouloit aucun mal, et qu'il estoit très-marry de ce qu'il avoit esté mis hors le manifeste; mais que M. de Buillon l'avoit voulu absolument. On dit qu'assurément ledit sieur Dollé estoit au plus haut point de sa faveur et de ses espérances. Il se jugea mort le second jour de sa maladie, et fit son bonjour. 11 a laissé huit enfans. — J'ay ouy la veufve se pleindre à M. Arnaud de ce que nul autre de Messieurs du Conseil ne l' avoit visitée que M. de Maupeou, et nul n'y avoit envoyé que
* Charles, l" du nom, marquis puis duc de la Vieuville, premier capitaine des gardes du corps en 1610, grand fauconnier de France après son père mort en 1612, lieutenant-général en Champagne, surintendant des finances en 1623 ; disgracié sous Richelieu, il sortit de France et fut condamné par contumace ; rentré en France après la mort de Louis XIII, il fut rétabli dans toutes ses charges et dignités en 16;i3; il fut de nouveau surintendant des finances sous Mazarin ; créé duc et pair eu 1631, il mourut en 1653. {Votj. P. Anselme, t. viii, p. 761.)
I> A H N Al 1,1) I)' V N 1)1 F! U 1 r>o
Monsieur le Chancelier et M. le Pivsident Je.innin '. La lies iit> permit à la veutVe de vendre rolTicedc son Procureur (iénéral. Klleen traitte à six mil ecus avec M. de Bercy -Maion *; mais le Maréchal et la Maréchale d'Ancre ne Teurcnt agréable.
2. M. le Maréchal d' Ancre voulant aller en sa maison du faubourg Saint-Germain, accompagné de ([(linze ou vingt gentilshommes, la sentinelle de la jiorte de Bussy les arresta. Sur cela, ils dirent que c'cstoit M. le Maréchal d'Ancre, et dit-on, quelqu'un d'eux ou le cocher dit que c'estoyent de beaux badaux. Sur quoy la sentinelle cria aux armes, et un cordonnier nommé Picart, sergent de la compagnie, se trouva là. M. le Maréchal d'Ancre, voyant le peuple qui s'émouvoit, se retira dans l'hostel de Lyon.
M. d'Espernon , estant en Limosin, fit charger quatre-vingt cuirassiers, qui conduisoyent l'attirail de deux canons, que M. de Buillon vouloit mettre à Turenne. Il y en eut trente de tuez. Depuis, il fit pendre, à deux fois, quatorze soldats qui levoycnt la taille, et n'avoyent point de commission expresse de Monsieur le Prince.
Mort de M. de Beaumont% fils de Monsieur le
* Voy. Pontchartrain, p. 140.
* Claude Malon, seigneur de Bercy, maître des Requêtes, président au gr and Conseil ?
î Christophe de Harlay, comte de Beaumont, lieutenant-général au gouvernement d'Orléans, bailly du Palais, ambassadeur en Angleterre de 1602 à 1G07, mort en 1616.
Premier Président de Harlay ', de fièvre de pourpre. Ses charges de hailly du Palais de Paris et d'Orléans furent conservées à son fils âgé de neuf ans -, en vertu d'un brevet. Il est mort endetté de deux cent mil écus. ;. r 1
M. de Béthunc', frère de M. de Sully, estant à sa maison, à Celles en Berry, mandé par la Reynepour aller à Turin, Milan et Venise touchant les dilT('rens émeus es dits pays. — Nota : défaveur à M. de Rambouillet'' qui avoit traitté cette affaire Tannée dernière.
8. IMonsieur vint loger au Louvre. On remarque que jamais Prince du sang n'y avoit logé en l'absence du Roy. On dit que la Maréchale d'Ancre le fit faire, afin d'estre gardée par ses gardes.