Exécution de Boursier, pendu à la Grève, et
après, brûlé. Il estoit chevau-léger de la Compagnie de
Monsieur le Prince, et un jour qu'il estoit dans le Jeu
de Paume de Béquet, au faubourg Saint-Germain,
ayant sceu que la Reyne alloit à Luxembourg, il
alla chez luy, banda un pistollet, y mit deux balles,
et y estant allé, comme il estoit prest de tirer, pour
la tuer, M. le Cardinal de Guise survint, qui se mist
entre deux; et après, comme il cherchoit son temps
pour faire son coup, lorsque la Reyne entreroit en
carrosse, M. de Bassompierre survint, et tant de gens,
qu'il ne put. Ainsi, il se retira, et s'en alla chez une
Demoiselle, logée audit faubourg, nommée Durfort
et l'ayant trouvée fort affligée, à cause qu'elle estoit
accordée au Premier Brigadier des Gardes de M. le
Prince, lequel s'en estoit allé après la prise de son
maistre, il luy dit, devant une sienne nièce, qu'elle
ne se fâchast point davantage, qu'il les vengeroit
bientost , et qu'il ne s'en estoit guères falu que le
coup n'eust esté achevé cette mesme après disnée ;
' loij, Mcix. /'/., p. SOj ; Foiitenay-Mareuil, p. 301 ; Richelieu, p. 37A.
n'AHNAl'I.D d'aNDU.I.N. 'l'^l
et qu'aussi bien il esloil désospiM'é , et résolu de Novimbrc leiu. mourir, uprès Tavoir fait. Puis il leur conta ce qui s'estoit passé, ce que Tune d'elles ayant dit à un A.umosnier de M"" de Mercœur ' , il en avertit M. le Maréchal d'Ancre, ({ui le dit à la Ueyne, laquelle lit prendre Boursier par Dél'ontis. On fit expédier Commission à Messieurs du Chastellet, pour le juger pré vostalement; et les Lieutenans Civil, Criminel et Particulier, et xi autres Conseillers firent le procès. 11 dénia tout. Les deux femmes soutinrent tout, et ne varièrent jamais. Enfin, il fut condamné sur les conjectures, et ordonné qu'avant d'estre exécuté, il auroit la question, à laquelle deux Conseillers assis teroyent. Ils y voulurent estre tous, et en leur présence, il dit, que puisqu'il faloit mourir, il diroit tout : Et ensuite, avoua tout, et le signa, connue aussi firent tous les juges, et à l'eschelle, il confessa tout. Son père avoit quitté la marchandise de soye, et a vaillant centmil écus. 11 avoit plaidé contre luy, etl'avoit battu deux fois. Après la prise de Monsieur le Prince, sur les défences faites à tous les siens de demeurer à Paris, où il avoit fait, à trois personnes, qu'il a nommées depuis pour enlever, ou tuer la Reyne, et
la paix estant faite^ il estoit revenu à Paris. Il trouva au logis où il alla chez la Demoiselle de Durfort^ l'abbé de la Trinité, oncle de ladite Demoiselle, lequel il fit tant qu'il fit sortir de la chambre, et puis
1 Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, veuve de Pliilippe-Emmaïuiel dp Lorrains, duc de Mercœur, mort en 1002. Elle mourut en 1623.
228 JOURNAL INlîDTT
dit à ces femmes qu'il avoit des clinses h leur dire, dont elles seroyent bien réjouies '.
M. de Lassay ■ envoyé (par le moyen de M. Barbin, qui le vouloit favoriser), vers M. le Grand, pour le disposer à ne point empêcher le passage de M. de Nemours en Savoye, avec les forces que le Roy d'Espagne avoit sous sa conduite, en la Franche-Comté. Frésier, ambassadeur de Savoye, découvre ce voyage, prend la poste, atteint M. de Lassay, luy dit, qu'il avoit appris de M. Barbin le sujet de son voyage, et qu'il luy avoit dit, que s'il pouvoit raccommoder M. de Nemours avec M. de Savoye, il feroit un extrême service au Roy, et qu'il estimoit qu'il en recevroit bientost la dépesche. Enfin, il fit en sorte qu'il porta M. de Lassay à entreprendre cet accord, lequel on fit ensuite, y ayant employé toute la créance qu'il luy avoit baillée. Cela s' estant sceu icy, l'Ambassadeur d'Espagne en fut en une furie extrême, et lorsque Lassay fut de retour, menaça de le tuer, et le contraignit de s'en aller de Paris. La Reyne , et M. Barbin en furent aussi en une extrême colère. Il dit, pour s'excuser, que les Espagnols , au lieu de prendre un passage court, et par lequel (suivant le commandement qu'avoit M. le Grand de faire comme semblant de se boucher les yeux, pour ne les pas voir,) ils fussent plus tost passez que l'on ne s'en seroit ap-
1 l'oy. Merc. ():, p. 303; Richelieu, p. 373.
^ M. de Lassay, conseiller d'Ktat. Suivant Richelieu, cet envoyé était Lawti, trt^soripr Jh France h Bourses. (J'oij. Richelieu, p. 377.)
i>'a KN AiF.n i>'a,M)i II >. 229
pcrceu . ils iivoyciil soiilu en |>r(.'ii(lic un par liMiiirl il y a\()it plus de dix journées crariiiéc de (.•lioiuiii. ('I dont le passage cstoit à travers une ville où le Roy tient Garnison, et que luy, leur a voit offert trois passages. Mais le mal est que ledit S' de Lassay ne peut nier d'avoir esté présent, lorsqu'on a traitté de l'accord avec M. de Nemours. M. Barbin m'a dit que M. de Lassay a voit pris de l'argent du duc de Savoy e '.
Madame de Nevers, \oulant aller à lîlieinis, (j)our, disoit-elle, y faire ses couches,) M. de la Vieuville lieutenant du Roy audit baillage, luy manda qu'il la supplioit très-humblement de n'y point venir. Sur cela, elle se mit en colère, et ne laissa de passer outre, et fit dire, tant à luy qu'aux habitans de Rhcims, qu'elle estoit la Gouvernante de la Province, et qu'il n'avoit aucun pouvoir où elle estoit. Elle estoit en litière, et n'avoit que quatre honmies de cheval avec elle. Estant arrivée à la porte de la ville, M. de la Vieuville, appuyé sur la barrière, luy fit la révérence, un genou en terre, et luy dit, qu'il cust voulu qu'il luy eust cousté un bras, et n'avoir point le commandement qu'il avoit de ne la pas laisser entrer; mais qu'il estoit obligé d'obéïr aux volontez du Roy. Elle luy répondit, que c'estoit un menteur, la-
' ^o//. Merc. fr., p. 3'Jô, le traité de pai.\?couclu le Iti décembre 1616 entre le duc de Savoie et le duc de Nemours, f'oy. aussi le 3Ieir. fr.. p. 371 et suiv., le récit de la lutte entre le'|duc de Savoie et le Roi d'Espagne, et les négociations auxc|uelles elle donna lieu. Conf. Fontetenay-Mareuil, p. 362; Richelieu, p. Zlh- Pontchartrain. p. 150, 18û, 188.
2oO .TOURNAI. INKDIT
Nnvcmi..r i«i6. (jiiellc pai'olo flic ivpcMa (juatre ou cinq foi.s, et qu'elle savoit bien qu'il n'avoil point ce commandement-là. A quoi il répliqua, un genou en terre, qu'il eust * voulu qu'il luy eust coustc un bras, et n'estre point
refuser la porte. Sur quoy, elle, luy ayant dit plusieurs paroles très-aigres, enfin, elle se retira.
Incontinent après, M. de la Vieuville, et les habitans de Rheims, cnvoyent demander un aveu au Roy, de ce cju'ils avoyent fait, lequel leur fut baille.
On tient pour certain que M. de Nevers avoit fait son intelligence si forte dans Rheims, que Madame de INevers estoit capable de s'en rendre maistresse, et mesme un des siens, G. de Th. a dit, cjue les habitans de Rheims luy avoyent écrit qu'il les vint délivrer de la tyrannie de M. de la Vieuville.
Après le refus de Rheims, Madame de Nevers alla à Troyes, où elle fut reçeue sans crainte, h cause que tous les habitans sont très bons serviteurs du Roy. De là, elle alla à Nevers, faire ses couches. On dit que les habitans de Troyes l'avoyent priée de se retirer après qu'elle eust demeuré cpelques jours dans leur ville.
La Déclaration contre M. de Nevers, de 1617, porte que ladite dame fit commandement aux habitans et au Lieutenant de la ville de Rheims, de se saisir de M. le Marquis de la Vieuville '.
Le Roy va à Saint-Germain, avec la Reyne Re-
* Vo)/. Merc, fr.. p. 306 ; Fontenay-Mareuil, p. 359 et suiv. ; Richelieu, p. 362 : Pontchartraiii, p. 182.
d'aknaul I) i)',\.\nii.i.Y. • 231
giiaiik', (Toù il revint h vcndrcdy on siiixniit. Il de- ^'ovr>mhrc imb. nieura des ConipMo;nies; du Régiment des Gardes auprès de la Rcync-mère, laquelle, quelques jours auparavant, trouva bon d'estrc servie, par chacun quartier, par ciiKjuantc Gendarmes de sa Compagnie. Elle fit difficulté de s'y rendre, pour ce qu'elle avoit résolu de se faire servir par ses chevaux-légers. M. de Fosscz surmonta cette difficulté , on offi'ant de servir pour rien, c'est-;i-dire, sans avoir l'écu par jour de récompense.
18. 11 vint nouvelle au Roy, que le mercredy 15, M. de Nevers, avec cent ou cent vingt soldats, avoit fait piller la maison de Si, appartenant à M. de la Vieuville, et qu'il menaçoit de la raser. A l'instant inesme on dépescha un exempt, nommé Barenton, à M. de Nevers, avec une lettre fort expresse, et fort ferme, portant, que Sa Majesté vouloit qu'il fist réparer le tort fait à M. de la Vieuville, jusqu'à ce qu'il en fust content. Qu'autrement, il le déclaroit criminel de Lèze-Majesté, et que ce baston seroit suivy de plusieurs espées. Et au mesme temps, on donna aussi charge à M. de Praslin, de partir, pour s'en aller droit en ladite maison, et où estoit M. de Nevers , avec la Compagnie de la Reyne, celle de Monsieur, et quelques autres de Cavalerie, les Régimens de Vaubecourt, et de Beaumont, et les Suisses qui estoyent en Champagne. Suivant ce Commandement, M. de Praslin, et M. de Fossez partirent le lendemain matin. La Reyne dit à M. de Fossez, que quand il luy verroit couper
;2o'2 <• M)l II AAI. IMU)!!
^''"•''"*^''' "^"^•* la gorge, il \u' >\ ciiinloyjisl pas avec ]>liis de courage.
Si, est une maison l'orlc, où M. de Si iTavoil qu'un receveur, lequel deux hommes de M. de Nevers ayant fait venir sur le Pont, pour parler à eux, ils se rendirent maislres de la Place, et le soir, y firent encore venir huit soldats, et puis soixante ou quatre-vingt le lendemain, et jusques à cent ou six vingts.
Est à remarquer, que la saisie, et establissement de commissaire, ne furent faits par M. de Nevers, que quatreoucinq jours après la prise de la maison, et lorsqu'il sçcut que l'exempt y venoit.
Lorsque l'exempt airiva la première fois à Si, celui qui y estoit luy olTrit de luy remettre la maison, pourveu qu'il le fist décharger de ce qu'il avoit esté establi commissaire à la garde des fruits; ce que l'exempt ne voulant faire, il alla trouver M. de Nevers, lequel luy tint les paroles qui ont tant ofîencc la Reyne. — Lorsque l'exempt somma celuy qui commandoit dans Si, il menaça les soldats de les faire pendre, et ils jetteront tous leurs bandoulières.
La deuxième fois que l'exempt retourna, Si luy fut remis entièrement entre les mains. Ledit Baraton s'estant troublé l'esprit, par l'appréhension qu'il prit des menaces de M. de Nevers, lequel dit, qu'il luy feroit couper la langue; on luy bailla des Gardes, lesquels, ayant oublié de luy ester un petit étuy, il se tua d'un coup de canif dans le cœur, le lo décembre.
' loij. Meir. fr.^ p. 307; Bijcniif. ]i. 3111: Pucliclicii, Ji. 302; Poiitcliartrain, p. 186.
I)' \ i; \ A I I n n" \.\ ih i l.^ . 'i^o
I'.), M. \r Pivsideiil J(>;iiinin \;i poiif In prc- ^"^' •' "^"=-
miôrc l'ois, an Conseil de la Direeliou, chez M. I>arhin, oîi les liuissiers du Conseil avoient leurs chaînes d'or. Il n'y retourna plus depuis.
^21. r>ompar, premier page (ju'ayt eu le Roy, assassiné par un qui avoit esté page de M"" la Maréchale d'Ancre, appelé Cusac, auquel, et à un de ses Compagnons, nommé qui estoit de l'assas-
sinat, M. le Maréchal d'Ancre a donné h chacun une compagnie au régiment de Normandie.
M. de Blérancourt' présenté par M. Arragon fait serment au Parlement, de la charge de Bailly et (iouverneur de Péronne, Montdidier et Royc, qu'il avoit achetée, soixante mil écus de M. le Maréchal d'Ancre.