‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 47 sur 98 · Leurs Maj estez receurent avis par le retour de · texte numérisé non relu

Leurs Maj estez receurent avis par le retour de

M. de Boissise, de la signature de la paix, par tous

' - les Grans. M. de Nevers continuant néantmoins à

faire plusieurs choses en Champagne, contraires au

service du Roy.

Le matin, M. le Maréchal d'Ancre vint à la Direction ; après leur avoir parlé quelque temps , il leur dit, qu'ils ne laissassent pas pour luy de continuer comme ils avoyent commencé ; et se tint là trois quarts d'heure, les écoutant rapporter.

Environ ce jour, M. l'Ambassadeur des Hayes s'en

1 t'oij. Pontchaitrain, p. 169.

2 Louis de Crevant, vicomte de Biigiieil, puis marquis d'Humières, chevalier des ordres en 1619, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes et des cent gentilshommes de la maison du Roi, gouverneur de Ham, puis de Complùgne, mort en I6/18.

n'A UN Mil) n'A M) 11.1, Y. *210

alla. Environ ce toin|)s. arriva la broûillcrie entre onobie i««, M. d'Epernon et ceux de la Rochelle, (|ui sçachant la pri.>^e de Monsieur le Prince, se saisirent de Roche- Idi'l. maison de M"" de Eoseraye, située sur la Charenle, à cinq lieues de la Rochelle, et ;\ de T embouchure de la Charente. M. d'Epernon qui se prétend gouverneur de la Rochelle et du pays d'Aunix (Messieurs de la Rochelle soutiennent le contraire, et dient, que c'est le Maire qui en est Gouverneur, et que les provisions de M. d'Epernon ne peuvent préjudicier à leurs privilèges) envoya diverses fois dire à celuy qui commandoit dedans, qu'il eust à sortir ; à quoy il fit réponce qu'il y avoit esté mis par le Maire de la Rochelle, Gouverneur du païsd'Aunix. Messieurs de la Rochelle voulant avoir le chemin libre, depuis la Rochelle jusqu'à Rochefort, envoyèrent un grand vaisseau hollandois sur la Charente. M. d'Epernon ayant envoyé visiter ce vaisseau et le capitaine par deux gentilshommes, avec charge, à ce que disent ceux de la Rochelle, de gagner ledit capitaine , les dits gentilshommes furent arrestez, et menez à la Rochelle, où ayant esté enquis sur plusieurs choses, ils furent renvoyez à M. d'Epernon , lequel estant indigné tout ce qui se peut, jetta des

hommes en garnison dans Surgères proche de

lieues de la Rochelle ' , afin d'incommoder les habitans de la Rochelle : et les choses s' estant de plus en plus aigries, M. d'Epernon mit deux mil cinq cens

1 A quatre lieues de la Rochelle, suivant le Merc. fr.

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hommes do pied en campagne, et six ou sept cens chevaux, et ainsi, incommodoit fort ceux de la Rochelle, lesquels M. de la Trémoille voulant assister, l(^s alla trouver avec deux cens chevaux. Mais, estant trop l'oiblo, il fut contraint de se tenir dans les murailles de la Rochelle. Sur la fin d'octobre, le Roy envoya M. de Boissise, qui vit premièrejnent M. d'Epernon, duquel il tira parole qu'il désarmeroit, en mcsme temps que Messieurs de la Rochelle désarmeroyent. Après, il fut à la Rochelle, où il fit une grande et trèsbelle harangue en l'assemblée de l'hostelde ville, qui fit venir les larmes aux yeux à plusieurs habitans. Enfin, il les disposa à tout ce qu'il désiroit, et receut d'eux de très grans honneurs. Et ensuite, ils désarmèrent et remirent Rochefort entre les mains de la Brosse, exempt des Gardes. Ensuite, M. d'Epernon désarma aussi. — On tient qu'il y avoit des lettres patentes pour le déclarer criminel de lèze Majesté, s'il y eust manqué, et que M. de Thoulouse son fils fut l'en avertir. Cecy fut au commencement de novembre.

Il s'est trouvé depuis, que M. d'Epernon n'avoit pas encore désarmé, mesme le dernier novembre, que M. de Boissise estoit déjà de retour , tellement que l'on résolut d'envoyer vers luy M. de Vignolles '.

7. M. le Comte d'Auvergne estoit prest à faire passer la rivière d'Oise à la plus grande partie de

1 />»;/., sur le différend outre les Rochelois et M. d'Epernon, \b Mcrc. fr., p. 272-300; Pontcliartrain, p. 172.

nV\n\Ai'i.i> d'andii, i.v. 221

rarméodu Koy, pour aller cliar}j\'r hiiil conshoiiinics octobre leic de pied et cent ciiKiuunte chevaux , ([ue M, de J^ongueville avoit vers Roye, lorsqu'il rcceut avis que tout le traitté cstoit conclu, et ({ue, partant, il n'eust plus rien à entreprendre.

Environ ce temps, il fit l'aire monstre à Tarméo, et •

taisoit luy-mesme écrire par son secrétaire le nombre d'honunesde chaque compagnie, tant d'infanterie que de cavalerie, et les comptoit luy-mesme.

12. M. Barbin dit à Messieurs du Conseil des finances, au sortir de la Direction, que la Reyne avoit perdu une robbe valant soixante quinze mil écus, au pillage de la maison de M. le Maréchal d'Ancre ; que Monsieur le Maréchal avoit aussi fait plusieurs grandes pertes ; que pour les récompenser la Reyne luy avoit commandé de faire signer un comptant de cent soixante quinze mil écus. — M. de Ghevry répondit : C'est bien peu. M. le président Jeannin dit : Puisque la Reyne Ta commandé, il le faut faire. — Depuis, ladite somme de cent cinquante mil écus fut employée dans un comptant, pour payer trois cent mil livres sur Rouen, et cent cinquante mil livres sur Caen, des deniers de 1G17.

On dit que le Maréchal d'Ancre, voulant pouvoir dire que le Roy l'avoit entendu, il luy dit qu'il avoit beaucoup perdu pour son service, au pillage de sa maison, et qu'il le supplioit de luy faire donner quelque récompense; ([ue sur cela, le Roy le laissa, et s'en alla, que Monsieur le Maréchal luy dit : Vostre Majesté ne me dit rien ; et que le Roy luy répon-

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uctobreioifi. dit : Entendez-vous pas bien ce que je vous dis? — On dit aussi que lorsque le Roy sceut que l'on avoit baillé les dits cent (ùnquante mil écus à M. le Maréchal d'Ancre, il dit : On dit qu'il n'y a point d'argent à l'Espargne lorsque je veux faire donner des • ordoiuiances de trente francs; tnais on trouve bien

quatre cent cinquante mil livres pour le Maréchal d'Ancre.

Environ le 19. M. de Luynes achète la charge de Grand Fauconnier quarante cinq mil écus. — On dit qu'il bailla six mil écus à M. de la Rochefoucaud, pour sa prétention des oiseaux du Cabinet.

19. Le Roy se trouve mal d'une fort grande colique, qui luy donne quelques jours des tranchées. M. Héroûard ' estoit lors à Vaugrigneuse. On se voulut servir de cette occasion pour luy faire un mauvais office. - =■ : -'i i : ■

25. En vertu de lettres patentes du Roy, le Parlements'assemble, pour vérifier les Déclarations faites sur l'innocence des (àrans, qui ont assisté Monsieur le Prince, et celle sur la prise de Péronne par M. de Longueville-'. : > ,••'

26. M. le Maréchal d'Ancre va, pour la deuxième fois, à la Direction. Leur dit, qu'il s'ennuyoit dans la Cour, et qu'il les estoit venu voir; discourt avec

1 Jean Hûroard, preuiier médecin et conseiller du Roi. Il fut médecin des rois Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII. Il a écrit plusieurs ouvrages, et, entre autres, un journal inédit de la santé du Roi, dont la publication a été plus d'une fois annoncée.

2 Foij. ces lettres-patentes, Afeir. fr., \). 'H'>[i-'21(). Voij. aussi Mimu. de M. MoIé, p. 137,

d'arnauld d'andilly. "2'23

M. Desfonlaines-Bouer, touchant Maillac, roùô à 1m)ii- odoi.re loïc tainel)loaii, il y a quatre ou cinq ans. —M. Mangot, M. Mazui'ier...

M. le Maréchal d'Ancre commença environ ce temps à faire dresser des lettres d'érection du marquisat d'Ancre en duché-pairie. Il se trouva qu'il n'y avoit point de sûreté à cause que la terre est à sa fenmie, et que son fils qui, a])rès la mort de sa mère, fust devenu seigneur d'Ancre, et par consé(|uent Duc et Pair, à cause que c'est une dignité réelle, luy eust disputé son rang ; connue aussi les Ducs et Pairs reçus depuis luy et les Maréchaux de France, non Ducs et Pairs le luy eussent disputé. — A quoi le seul remède estoit de faire comme avoil fait feu M. de Nevers (habile homme et qui avoit toujours près de luy trois des plus habiles advocats du Parlement), en l'érection de... en duché-pairie, qui est d'acheter une terre relevant du Roy et du marquisat d'Ancre, l'unir audit marquisat, et énoncer par les lettres, que l'un estoit à M. le Maréchal d'Ancre, et l'autre à Madame la Maréchale, et que le Roy les érigeoit conjointement en duché-pairie ; ce qui estant, et le mary et la femme demeureroyent chacun Duc et Pair durant leur vie.

28. M. de la Chevalerie lieutenant de rartillerie en l'arcenal de Paris, mem't. — La Reyne donna la charge à M. de la Motte son Écuyer. M. Desmarests, qui l'avoit demandée, et disoit avoir la nomination de M. de Sully, se veut battre contre luy. On luy baille des Gardes. Depuis, on les accommoda, avec promesse à M. Desmarests de faire pour luy.

"22/| .10 1) UN AL iM':nir

octoi.ic iGKi. 31. Le Roy extrêmement malade. S'estant cou-

ché sur les trois ou quatre heures après midy. et le rideau estant tiré, le jeune Béringhen ', premier valet de chambre, entendit un grand ralement, et creust que c'estoit un chien qui domiist ; et ayant regardé deux ou trois fois, partout avec un autre valet de chambre qui estoit là, enfin ils ouvrirent le rideau du Roy, et trouvèi»ent quec'estoit luy. Dequoy, extrêmement effrayez, ils allèrent chercher M. Héroûard, qui estoit dans la cour ; et estant arrivé il jetta le Roy hors du lit, et commença à le promener, et un valet de chambre luy voulant mettre un doigt en la bouche pour l'empescher de la fermer, il le luy tronçonna. Après, on luy bailla un manche de cuiller, qu'il serra si fort qu'il se fit saigner les dents. Enfin, on le fit revenir de cette espèce d'apoplexie, que M. Héroûard dit n'estre qu'une mauvaise vapeur des intestins.

Un valet de chambre s'en alla dire cette maladie avec effroy à la Reyne-mère, qui estoit à Vespres aux Feuillans. MM. Piètre et Seguin, médecins de Paris, furent appelez pour conseil".

On continua de vouloir faire de mauvais offices à M. Héroûard, lequel, voyant le Roy guéry, luy fit demander son congé par M. de Luines, dont le Roy se fascha extrêmement, et dit qu'il ne souffriroit jamais qu'il le quittast\

^ Pierre de Béringhen, seigneur d'Armainvilliers, premier valet de chambre du Roi.

2 yoy. Fonteuay-Mareuil, p. .'559; Pontchartrain, p. 178.

3 foi/. Richelieu, p. 369.

d'arnaum) d'avmii.i.v. '225

Temps incertain. On li'aitlé avec M. d'Arqnien ' o.ioi.i.'ieie. pour le goiiverneinonl de Calai?; à quatre-vingt mil écusdont on luy bailk (|u;irante mil écus coniptans; on tient que c'est puui' M. le Maréchal d'Ancre. Depuis, le traittV' l'ut rompu, et M. le Maréchal de Thémines eut les quatre-vingt mil écus'-.

En ce temps, ainsi que j'estime, M. de Lesdiguières passe les monts avec huit mil hommes de pied et huit cens chevaux et va secourir M. de Savoye. Il écrivit ù un de ses amis, que bien qu'il ne fust que simple (îentilhomme, néantmoins, le Roy luy avoit lait Thonneur de l'obliger à maintenir le Traitté d'Ast entre Espagne et Savoye ; qu'il alloit pour cela, et que s'il ne mourroit, il feroit tenir la parole au Roy d'Espagne. On dit qu'on luy a prédit quïl gagnei-a une bataille en Piémont, et puis, qu'il y mourra.

Environ 7 ou 8. On changea les ofiiciers de Mon- Novmibiv. sieur le Prince, et on le fit servir par des officiers du Roy, dont il témoigna au commencement un déplaisir extrême, avec des fureurs et désespoirs merveilleux, disant, qu'on le vouloit empoisonner, et qu'il se laisseroit pluslost mourir de faim. Incontinent qu'il eut faim, il mangea deux œufs, et tost après, il se mit à manger, et fut aussi gaillard comme auparavant, se réjouissant sur ce qu'il ne vivoit plus ;'i ses dépens; et au lieu de deux pièces de rosty, et

' Jeaii-Jacqnos de la (Iraiige, seigiiRiif .i'Aïquit'ii, goiivfiiiPiu' de Calais en 1610.

^ l'oy, Pontchanraiii, p. 188.

'2*26 JOURNAL IINÉDIT

.Novembre 1616. autaiil cIg bouillv, qu'il avoit h chaque repas, il en demanda quatre'.

Jours de Conseils changés. MM. les Secrétaires d' Estât prirent le mercredy et vendredy matin, pour Conférer avec MM. les Ministres, et de là, aller chez la Reyne. Et au lieu de ces deux matinées , qui estoyeîit Conseils de Direction, on prit les mardis et jeudis après-midy, pour la Direction.

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