‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 59 sur 98 · u A. M. im':dit i · texte numérisé non relu

u A. M. im':dit i

Environ ce temps, M. le Baioii d'Uxelles ' qui cstoitmal avec M. le Grand, envoyé un gentilhomme en poste, dire à la Reyne, qu'un passant estant arrivé au Parlement à Dijon, M. le Grand y estant, et dit, que la Reync-mère avoit esté poignardée, M. le Grand avoit témoigné publiquement une extrême joye, et dit qu'elle ne pouvoit attendre autre chose, et qu'un Gentilhomme amy du Baron d'Uxelles estoit présent. La Reyne estant en une extrême colère de cela, et M. Rarbinne sachant comme y remédier, enfin, s'avisa de dire à la Reyne, que cette méchanceté estoit si énorme, et l'atïaire de si grande conséquence qu'elle méritoit bien d'estre éclaircie , et cju'il faloit mander au Raron d'Uxelles que, sous prétexte de quelque autre affaire, il envoyast le gentilhomme qui luy avoit donné cet avis, afin d'apprendre la vérité par sa bouche. La Reyne ayant approuvé ce conseil, et dit sa résolution à Thommc du Raron d'Uxelles, il répondit, qu'il ne croioit pas que le Gentilhomme voulust venir; ce qui donna lieu à M. Rarbin, de dire ù la Reyne qu'il croioit assurément que c'cstoit une ralonmie ; et sur ce que la Reyne, estant en carrosse, dit quelque chose de l'affaire tout haut, et en s'addressant à la Princesse deContv-, sans toutefois nommer

1 Jacques du Blé, baron nuis uiarquis d'Huxellos, gouverneur de Cliàlon et lieutenant-général en Bourgogne en 1611, aiestrc de camp d'infanterie en 1613, conseiller d'État en 1615, maréchal de camp en 1625, mort de blessures au siège de Privas en 1629.

2 Louise-Marguerite de Lorraine, fille de Henri P% duc de Guise et de Catlierine de Clèvcs, comtesse d'Eu, née en 1577, veuve depuis 1614 de François de Bourbon, prince de Conty, qu'elle avait épousé en 1605,

d'aï; n a u 1. 1) D ' A !\ 1) J 1. 1. V. 279

personne, cl la Princesse de (luiity ayant eonjceluré que c'esloit de M. le (Irand (in'elle vouloit parler, envoyé quérir le Breton, qui alla trouver M. le Grand, lequel fit l'aire un acte public dans le Parlement, contenant tout ce qui s'estoit passé, lorsque ledit honinic inconnu cstoit venu dire la nouvelle cy-dcssus, et envoya cet acte ù la Reync pour justifier son innocence, et faire voir la calomnie. Mais il n'arriva (ju'après la mort du Maréchal.

16. M. de Guise prend Retel, par composition : que les soldats sortiroyent tambour battant, etc. Le mesme jour de la capitulation , M. de Praslin fut blessé dans les tranchées, d'une mousquetadc à travers la cuisse, et M. de Bassompierre fut un peu efïleuré au petit ventre, d'une balle qui avoit déjà frappé contre une muraille.

La Rcyne-mère envoyé M. de Mailloc, l'un de ses Gentilshommes servans, visiter MM. de Praslin et de Bassompierre, et témoigner à M. de Guise et aux principaux chefs, le contentement qu'elle avoit d'eux '.

Soissons fut investy le 6, ou environ.

morte en 1631. Cette princesse, célèbre par sa beauté et par son esprit, que Henri IV voulut épouser, avait été en commerce de galanterie avec le duc de Bcllegarde, grand écuyer. Elle s'attacha depuis au Maréchal de Bassompierre et mourut, dit-on, de chagrin quelques mois après que son vaillant amant fut mis à la Bastille. On attribue à la princesse de Conty l'Histoire fies Amours du firand Alcandre. (Foiy. la Notice de M. Weiss sur cette princesse. Biographie Michaud.j

1 Vo[i. Bassompierre, p. I?i3; Merc. fr., p. 183. Le récit du Mercure qui donne les articles de la capitulation confirme entièrement celui d'Arnauld d'Andilly.

^'SO .l()lln^Al. iNKDir

i'juiro)! le \o, M. de l'euquici'cs l'ail cii liuil heures un poiil de bastcaiix.

M. Arnaud, maistre de camp des carabins, y perdit M. de Monlarsis, sergent major de son régiment, et du costé de M. du Mayne, le Baron de Montenant y fut extrêmement blessé '.

17. Le Maréchal d'Ancre revient de Normandie à Paris. On dit, que ce qui le ramena, estoit, qu'on luy avoit donné avis que sa femme vouloit f.iire la paix.

2/|. Le Maréchal d'Ancre tué par commandement du Roy.— Exécuteurs : M. de Vitry (fait Maréchal de France, et eut un don de deux cent mil livres sur l'argent de la Maréchale; M. du Hallier'*', son frère, succéda à la charge de Capitaine des Gardes) donna le premier coup de pistollet. M. le Baron de Persan ' eut le jeudy 27 la Capitainerie de la Bastille au lieu de M. de Vouzay, auquel on donna onze mil écus, deux mil écus de pension, une charge de Maistre d'hostel. 11 donna le trois ou quatrième coup de pistollet '.

Guichaumont, exempt des gardes, donna le

' ;«//. Ricliflieu, p. ;j<).j; Mcir. //■., j). J88et suiv.

- François de rilôpital, seigneur du Hallier, d'abord évèf|ue deMeaux, puis capitaine des gardes du corps en 1017, gouverneur de Lorraine, de Champagne en lC/»0, maréclial de France eu 1643, gouverneur de Paris en 16^9, mort en 1660. n s'est rendu célèbre sous le nom de maréclial de l'Hôpital, {foi/. P. Anselme, t. vu, p. 533 )

' Henry de Vaudetar, baron de Persan, gouverneur de la Bastille «■n 1617. Ayant épousé en 1607 Louise de l'Hôpital, il était le beaufrère de MM. de Vitry et du Hallier.

*■ Voij. Fontenay-Mareuil, p. 388 ; r.iclielicu, p. 42i; Pontcliartrain, p. 232 ; Bricnne, p. 328.

d" \ K\ A ri l> l>' \ N I) I I IV. "iM

(IriixièiUL- coiip de pistollet '. Ayant , après la iiioi'l ^^i'' i'^'''du Alaivchal, appris qu'il nvoit une i:)clle croix de Diamant sur luy, il vint à Cortadc, archer de la Prévosté de l'hostcl, qui gardoit le corps, et la luy demanda de la part du Roy. Cortade, qui ne savoit que c'estoit, le déboutonna, trouva ladite croix pendue à une chainc d'or, entre le pourpoint et la camisole, et la luy bailla.

La Chesnaye, Taran, Gêniez, de Menan, du Fay', Boyer ordinaires.

Sarroqucs, Galeteau ', porte-arquebuse du Roy.

Sur les dix heures du matin, le Maréchal d'Ancre

estant au Louvre , qui estoit sur le pont de la

porte, fit signe avec son chapeau, à un autre, qui fil signe à M. de Vitry, lequel vint, suivy de quelquesuns des susnommez'; et ayant demandé M. le Maréchal (lequel estoit entré avec cinquante Gentilshommes), on luy dit : le voilà ; et il le trouva, qui lisoit une lettre sur le pont du Louvre. M. de Vitry s'approcha, et luy dit en le saisissant : le Roy m'a commandé de vous arrestcr et de vous mener parler à luy. Le Maréchal répondit : J'ay affaire à mon logis. Sur cela, M. de Vitry luy bailla un si grand coup de

' Suivant le récit de Fontenay-Miircuil, Guicliauniont aurait tiré le jn-emier coup de pistolet et aurait tué le Maréchal.

- Jean Hurault de l'Hôpital, seigneur du Fay, geniilliommo do la Chambre du Roi. II était fils de Robort Tfurault, seigneur de Belesbat, et de Madeleine de l'Hôpital, fille unique et héritière de l'immortel Chancelier.

• Galcbcau, suivant Fontenay-Maieuil. Il eut pour récompense la l'iacc de piemier valet de chambre.

28!2 .iolujnai. I. m'; 1)11

poin dans le vcnlrc, qu'il le j(il;i contre la barrière; cl lors, il luy fut lire tout de suite quatre coups de pistollet, par les susnommez. (Toute la journée, son corps mort fut veû dans une petite chambrcttc ou passage des soldats des (lardes de la porte du Louvre). Quelques-uns de ceux qui suivoyent le Maréchal voulurent naettre la main à l'épée; mais plustost pour se retirer que pour faire résistance.

M. le Colonel d'Oinano ' qui estoitdans la cour du Louvre lorsque cecy s'exécutoit vint dans le cabinet

des - dire au Roy que c'estoit fait, lequel, tout

plein de joye vint à une des fenestres cjui répondent sur la cour, et ayant son épée à la main , cria tout haut : Courage, mes amis, je suis maintenant Roy. Et lors, tous ceux qui estoyent dans la cour du Louvre mirent l'épée à la main, et haussant les bras, firent un cri de réjouissance, et de protestation de service, au Roy.

Après, le Roy s'en alla dans sa galerie, et se mit sur le billard, où il reccvoit, avec une contenance trèscontente, et très-assurée, toute la noblesse qui luy

1 Jean-Baptiste d'Oriiano, comie de Montlor, né en 1581, capitaine des chevau-légei's et colonel des Corses en 1595, lieutenant du Roi en Normandie, gouverneur de Quillebœuf, du Pont-de-l'Arche, du Pont- Saint-Esprit, gouverneur de Gaston, duc d'Orléans, en 1619, disgracié et mis à la Bastille, rappelé et nommé premier gentilhomme de la Chambre et surintendant général de la maison du duc d'Orléans, maréchal de France en 162G, disgracié une seconde fois par la haine de Richelieu et enfermé au château de Vincennes, où il mourut empoisonné le 2 septembre 1626. Foy. le récit détaillé de sa première arrestation, par Arnauld d'Andilly, son ami, Appendice.

' Le cabinet des oiseaux, suivant Fontcnay-Mareuil..

i>'ak\ a I II) d'à \ 1)1 II. V. 283

M'iuiil fiiiic la rrvi'-iviicc. Il y lui ciuoi'c une partie; do rapivs-disnée, et doiiiioil ordre Uiy-mcsmc à plusieurs choses. Il dit, qu'il y avoil cinq nuits qu'il n'avoit doi'iiiy,

Ce fut une chose incroyable, que la quantité de Noblesse qui se trouva ce jour-là au Louvre.

Aussitost après la mort du Maréchal, MM. du Conseil, qui estoyent auxgrelïes, allèrent trouver le Uoy, lequel vint cVcux, les larmes aux yeux de joye ; et dit, que pour empescher les mauvais desseins que le Maréchal d'Ancre avoit contre sa personne, et son Estât, il avoit esté contraint de le faire mourir, et qu'à présent, avec la grâce de Dieu, il estoit Roy.

M"" Catherine, femme de chambre de la Reynemère, ayant ouy le bruit et sceû la mort du Maréchal, l'alla dire fort brusquement h la Rcyne-mère, laquelle se leva avec émotion, de dessus son siège, fit trois ou cjuatre pas, puis, s'arresta tout court, et dit : Quels conseils î

Depuis, elle se témoigna très-constante, et incontinent après, envoya dire au Roy par M. de Bressieux que s'il luy eust fait entendre le sujet des mécontentemens qiv-'il avoit contre le Maréchal d'Ancre, elle eust esté la première qui luy eust conseillé de faire ce qu'il avoit fait; qu'elle prioit Dieu que tout réussistpour son bien, et pour celuy de l'Estat, et luy de se souvenir toujours qu'e'le estoit sa mère, et do luy faire ce plaisir de prendre la peine de descendre en bas, afin qu'elle le pust voir. — Le Roy répondit qu'il la supplioit de l'excuser, s'il ne la voioit,

28/l .lOLU.NAI. I >]•:!) Il

Avril ifii7, pour ce (iii'il avoit mainlenant tout plein d'alTaires '.

Madame la Princesse de Conty, allant voir laReyncnière, et ayant seû que le Roy vouloit luy oster ses (lardes, elle luy dit, pour Ty amener doucement, qu'elle estimoit qu'il seroit bon, pour donner toute sorte de confiance au Roy, qu'elle témoignast ne vouloir point d'autres gardes que les siens. Ce que la Reyne-mère ayant bien entendu, elle dit, que ses Gardes se retirassent. — M. de Vitry estaiit venu dire, de la part du Roy, à M. de Preste, lieutenant de la compagnie, qu'il fist retirer ses compagnons, il luy répondit, qu'il lesupplioit de l'excuser de leur porter cette parole, et s'il luy plaisoit d'en prendre la peine, leur faire luy-mesme ce commandement. — Ce que M. de Vitry fit; et ainsi, on fit retirer les Gardes de la Reyne-mère, et on luy bailla des Gardes du Roy.

Depuis, on ne la vit plus qu'avec permission du Roy, et ne sortit plus de sa chambre, que lorsqu'elle partit pour aller à Blois; et l'on mura quelques-unes de ses portes -.

La permission de la voir fut baillée à Mesdames'', à M. de Bressieux ', à M. de Luçon% et à M. de Yille-Savin '"'.

1 foi/., sur l'assassinat du martVIial d'Ancre, Fontenay-Marenil, p. 363, 374 et suiv.; Richelieu, p. 395 et suiv., où se trouve un jugement très-remarquable sur le martJchal d'Ancre, et 414 et suiv.; Fonf chartraiu, p. 217 et suiv. ; Brienne, p. 325 ; Mém. de Mathieu Mole, p. 144; Bassompierre, p. 147 ; .)ferr. fr,, p 193 et suiv.

2 yoij. Pontchai'train, p, 227.

"' Mesdames Henriette et Chrétienne, ses lilles.

'' Son premier éeuyer.

' Son aumônier et chef de son Conseil.

f Son secrétaire des coinuiandemeuts.

I>VVH\.\11I,D d'.WDI I,!. Y. '285

Il avoil |)l(>ù iiiccssaniiïicnt quin/o jours ou trois semaines durant, jusques à ce jour-là, et dès lors il ne plut plus, jusqu'au jour que la Reyne-mère partit.

M. de Saint-Géran, qui avt)il un Brevet de Maréchal de France, s'en alla mal-content de ce que Ton avoit fait M. de Vitry Maréchal de l'rance et luy non. Ce fut le premier mal-content.

J'ay ouy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, que véritablement les alTciires du Roy estoyenten tel estât, que tous les Princes ne pouvoyent pas durer encore trois semaines, et estoyent réduits, ou à mourir sur la brèche, ou à se jetter entre les bras du Roy et en sa miséricorde, en rendant toutes les places qu'ils tenoyent; et que, de fait, M. le comte d'Auvergne avoit écrit, que M. le Président le Jay le pressoit de résoudre le traitté, avec M. du Mayne, dont il demeureroit pour ostage; et qu'afm de donner lieu de l'accomplir honorablement, le Roy s'acheminast à Gompiègne où M. du Mayne le viendroit trouver, et qu'en effet, M. Barbin avoit le traitté dans sa pochette, lorsque le Maréchal fut tué ; que M""" de Nevers traittoit aussi, et que la capitulation que le Roy luy fesoit, estoit qu'elle s'en vinst à la Gour, et qu'elle y seroit la mieux venue que jamais, en laissant ses places entre les mains du Roy , qui estoit le mestre et le seul party que l'on faisoit à tous les autres Princes ; que le tiers-parti que l'on alléguoit estoit une chimère (M. Déagent dit la niesme chose, mais le Roy se servoit de ce bruit, pour retenir en devoir le Maréchal d'Ancre) ; et que ceux qui estoient tous les

Avril 1617 . plus assurez au service du Roy et de la Reync sont ceux, qui aujourd'hui, pour se rendre considérables, veulent faire croire c[u'ils eussent mis sus de grandes forces pour ce tiers-parly (imaginaire) ; que M. de Montmorency n'eût pas seulement pensé à remuer : que M. de Lesdiguièrcs offroit de venir trouver Leurs Majestez, avec toutes ses forces, si elles le luy commandoyent, et pour ne pas recevoir un affront, en demeurant sans Gouvernement, le Roy luy en ayant promis un, et Monsieur le Comte ne voulant pas làcher celuy de Dauphiné, on luy bailloit le Gouvernement de Berry ; que M. le Grand avoit offert tout ce qui estoit en sa puissance, et mandé, qu'il ne séparoit point le service du Roy d'avec celuy de la Reyne; que M. d'Espernon demandoit seulement quelques commissions, afin de contenir toutes choses en son Gouvernement ', etc.

La nuit d'entre le lundy et le mardy, on vint à coups de coignée, abattre le pont qui alloit de la chambre de la Reyne-mère, au Parterre. Ce bruit la surprit. Elle mit la teste à la fenestre, leur demanda que c'estoit, et leur commanda de s'arrester. Ils répondirent que le Roy l' avoit commandé. Lors, elle referma la fenestre, et dit: il faut que le Roy soit obéy. Elle dit aussi : On a tort d'avoir peur que je m'enfuye. — Ce déplaisir a esté un des grans qu'elle ayt reçus. On demeura trois heures à toujours frapper, pour abattre ce pont.

i Foy. Pontchaitrain, p. 227.

d'arn/Vuld d'andilly. :2H7

Depuis, elle désira de s'en aller. On proposa Moulins, Tours, Blois. — Elle liioisit Blois. l.c Roy luy rebailla^el luy promit (ronticU^iiir la compagnie entière de ses Gardes.

Incontinent après la mort du Maréchal d'Ancre, et la matinée mesme,M. de Vitry envoya..., exempt des Gardes, arrestcr la Maréchale d'Ancre dans sa chambre, et luy y vint après, et la mena dans la chambre du Louvre, où l'on avoit mis Monsieur le Prince. Elle luy demanda permission d'emporter ses bagues, ce qu'il luy accorda, et elle les prit dans ses cabinets et ses colTres^ et les emporta dans ses Cassettes, dont on en porta une au Roy, qui la donna à la Rcyne sa femme. Mais on dit que l'autre ne fut point baillée, et fut prise à ladite Maréchale, laquelle, l'ayant demandée, lorsqu'on la mena à la Bastille, et luy ayant esté répondu, qu'on ne la trouvoit point, elle s'écria qu'il y avoit dedans pour trois cens mil escus de pierreries.

Ladite Maréchale témoigna, et encore depuis, une résolution extrême, et peu de regret de la mort de son mary, disant, qu'il estoit cause de leur malheur, et que s'il l'eust creùe, il y a longtemps qu'ils eussent esté en Italie, et qu'elle s'y en alloit sans luy; ce qui estoit vray. Et de fait, on trouva plusieurs coffres emballez chez elle, et la plus part de ses meubles de Lésigny, jusques aux chenets, estoyent déjà arrivez à Florence, où elle les avoit envoyez par mer d'Amsterdam.

J'ay ouy dire à MM. les Aubry , maistres des Re-

288 lOlIRN/VL 1 IN H OIT

questes, dépiiLez pour l'interroger et faire l'inventaire de ce qu elle avoit dans la chambre où on Tavoit menée, qu'ils n'avoyenl jamais veû femme plus constante, ou de meilleur esprit. Ils ont dit à d'autres qu'elle leur avoit dit, que s'ils la vouloyent sauver, sans doute cecy s'accommoderoit ; qu'elle pourroit toujours sur l'esprit de la Reyne, autant que jamais, et qu'elle feroit des merveilles pour eux.

Après avoir esté fort questionnée par MM. Aubry, enfin elle reconnut avoir pour six cens mil livres de promesses de Lumagne ' (en la maison duquel on avoit esté, et interrogé, il l'avoit reconnu) et les bailla.

Elle avoit sur soy son filet de grosses perles , et ayant esté fort pressée de dire où elles estoyent, elle les baillast volontairement, après les avoir cachetées, et prié qu'on les baillast au Roy en main propre. On dit que le Roy les voulut donner à M. de Luynes, lequel ne les voulut accepter, et fit que le Roy les donna à la Reyne sa femme.

Elle avoit acheté de la succession de M. le Cardinal de Joyeuse pour cinq cens mil écus de principal en rentes sur les monts de Rome ".

Il ne fut jamais une si infatigable avarice ; car elle ne dépensoit pour toutes choses généralement

' Banquier originaire d'Italie.

^ Ce passage en explique un des Mémoires de Fontenay-Mareuil, où il est dit que le Maréchal avait acheté à Home quatre on cinq cent mille livres de lieux de monli. Le sens de ces mots échappant au savant éditeur de Fontenay-Mareuil, il met en note : On lit ainsi au manuscrit autographe (TV)//. Fontenay-Mareuil, p. 300).

i)"An\vi;r,n d Wni i.i. v. '2S9

L|uelcoiiqacs, que doux mil t:iii(| cens éciis pui" ciii. Elle iVavoit que quatre ou cinq vnllcts qui la servissent d'ordinaire. Une bavolctte accomniodoit son manger, ([ui n"esloit quasy rien, comme un pigeon, et un petit morceau de veau, et mangeoit dans cinq ou six écuelles d'or, disant que cela réjoûissoit le cœur.

Elle passoit quelquefois cinq ou six iieures de temps à faire des boulettes de cire, dans de l'eau, avec une bougie, et puis les mangeoit.

Le vendredy 28, elle fut menée à minuit à In Bastille. Fiesque parla à elle , comme elle passoit. Elle luy dit: Tais-toi, ingrat, etc.'.

Le jeudy H mai, elle fut menée à la Conciergerie. On luy laissa dans sa chambre, son apoticaire et deux archers écossais, fort àgez, pour la gardei'. Quelque temps après, la Cour ordonne cent francs, pour sa nourriture, qui furent passez dans la semaine.

Le lundy 'i'i may, elle fut interrogée pour la première fois.

A l'instant de la mort du Maréchal d'Ancre, on envoya des Gardes en sa maison, proche du Louvre, où estoit son fils.

Les meubles qui estovent dans la dite maison sont estimez trois cens mil écus. Us furent entièrement pillez par les Gardes, excepté quelf[ues bagues emportées par les vallets de chambre du Maréchal , aussitost qu'ils surent sa mort.

* f'o(j. Poutchavtrain, p. 228.

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;29() .IOlJi;\/VI, IMÎDIT

Le fils du Maréchal d'Ancre denicura là deux jours, couché sur de la paille, mourant presque de faim, l^ufin, il fui mené au Louvre, et Fiesquc le prit avec luy. — Ou dit que le Roy et la Reyne régnante en eurent pitié, ayant sceu cette inhumanité et que la Reyne le voulut voir. On dit, qu'il est fort gentil, et parle quatre ou cincj langues. Il dit à quelqu'un : Tout misérable que vous me voyez maintenant, j'ay eu l'honneur de bailler quatre fois la chemise au Roy, et de faire le serment de Premier Gentilhomme de sa chambre \ .

Aussitost après la mort du Maréchal d'Ancre , M. de la Ville aux Clercs ayant trouvé M. Mangot qui venoit au Louvre, sur le bruit de cette nouvelle, il luy demanda les Sceaux de la part du Roy. Aussitost, il va chez luy, les apporte, et trouve ledit sieur de la Ville aux Clercs à la porte du Louvre, qui luy dit, qu'il avoit charge du Roy de les recevoir. M. Mangot lui dit : Les voilà ! — Sur cel<î, M. de Vitry survint, qui dit : Non Monsieur, s'il vous plaist de prendre la peine de venir, je sauray du Roy s'il aura agréableque vous montiez. Ils allèrent donc. M. Mangot attendit au pied du degré. M. de Vitry revint, qui le fit monter; et estant arrivez dans la salle, M. de Luynes vint, qui dit à M. Mangot, que le Roy hiy avoit donné charge de recevoir les sceaux de luy;

1 Uonri Coiicini, né en 1603. L'arrêt qui condamna sa mère l'ayant déclaré ignoble ot incapable do tenir états, offices et dignités en France, il se retira à Florence sous le nom de comte do la Pena. (Foy. Richelien, ]). /|23; Pontcliartiain, p. 223.)

i>'\r, \.\i!r,i) i)'.\>nii,i, V. :291

ainsi il les bailla. Après, M. (1(3 Persan aniona M. Mangot dans la chambre de M. de Vitry, où il lit apporter son disner, et y demeura jusqucs à cinq on six heures du soir, que M. de Brusscll(\s-Gonrlin ([ni Pestoit venu trouv(^r là avec quelques-uns de ses iVères, ayant, aussi trouvé au Louvre deux ou trois autres maistres des Requestes, s'en revint avec luy, et l'accompagna jusques en son logis.

Au mesme temps, M. de Luçon estant venu trouver le Roy, Sa Majesté luy dit qu'il allast en son Conseil, avec les autres pour aviser à ce qu'il y avoit à faire, et commanda à M. de Vignolles de l'y mener. Y estant arrivé, MM. de Villeroy, de Chasteauneul", Jeannin, etc., commencèrent à le regarder, et M. Arnaud seul fut au devant de luy. — M. de Vignolles dit à ces Messieurs la charge qu'il avoit du Roy ; sur quoy M. do Villeroy, ayant concerté avec M. de Ghasteauneuf, le pria de retourner vers le Roy, pour savoir s'il luy plaisoit qu'il travaillast en qualité de secrétaire d'Estat, ou de conseiller d'Estat'.

Depuis, M. de Luçon a eu permission de voir la Reyne-mère [vide supra) , et a parlé diverses fois h M. de Luynes.

Aussitost après la mort du Maréchal d'Ancre , on bailla desGardesà M. Barbin. On scella chez luy, et MM. de Gastille et Aubry- luy furent baillez pour

' loij. Fontenay-Mareuil, p. 377; Richelieu, p. 420, (|ui coiiliriae il<' tous points lo récit d'Arnaukl d'Aiidilly ; Foy. Poiitcliartraiii, p. '22'J ; Brienne, p. .■Î27 ; Roiian, p. U5 ; Meic.fr., p. 200.

^ Aubry, Maître des Requêtes et Président du grand Conseil.

292 JOlIRNAr. INEDIT

commissaires, pour faire inventaire chez lui. Ils ne trouvèrent que cinq mil neuf cens tant de livres en argent, et poui' ((ii;itre ou cinq cens écus de vaisselle d'argent. Sur quoy. il vint infinis créanciers. Enfin, il se trouva très-pauvre, el le capitaine Bourgongne, Exempt, et ses autres Gardes pillèrent tout son argent, et sa vaisselle. Parmy ses papiers, il se trouva plusieurs lettres du Maréchal d'Ancre, si insolentes qu'il ne s'est jamais rien veû de semblable, car entr'autres choses, j'ai oiiy dire à M. de Castille, qu'il y avoit : qu'il l'avoit mis en la charge où il estûit. pour faire tout ce ({u'il luy plairoit, et qu'il avoit rage jusques dans la moelle des os, contre luy de voir qu'il faisoit le contraire, et que cent diables, il vouloit qu'il fist avec des troupes sans argent, etc. '.

Vendredy 28, M. Barbin fut mené dans son carrosse au Fort-l'Evesque . à deux heures après midy.

Quelque deux jours après, la Reyne-mèrc envoya dire à M. le Président Jeannin, que s'il avoit quelque souvenir d'elle , elle le prioit de s'employer pour M, Barbin, lequel elle connoissoit pour très-homme de bien. Et en disant à dieu au Roy, elle insista encore extrêmement sur cela.

Le dimanche 7 mai, M. Barbin fut mené à la Bas-

' l'oji. niclielieu, p. 400. Ricliolieii cite un passage d'une de ces lt>tt^o^; dans laquelle se trouvent presque textuellement les expressions rapportées par ArnauKl cK Andilly,

m' \i; \ \ I i.n i>" A .\ ni i i v, '•20o

tillc. ol mis à la cliainbic de dessous Monsieur le Prince.

M. Barbiii. ayant seù la nioil du AJaréchal. \onlut aller au Louvre, mais à cause de la presse, il ne put passer le coin de la chapelle de Roin'bon , et luy ayant esté conseillé par MM. de Fontaines-Bouée, Lhoste et de Bragelonne d'entrer chez M. de Bressieux , il y entra. M'"" de Bressieux, (|ui avoit pris médecine, vint demy-habillée le prier de monter en haut. M. de Luçon arriva aussitost, qui dit à M. Barbin, avec un visage tort content, qu'ils estoyent maintenant en repos, et à couvert (ou autres pal'oles semblables) , puisque le Maréchal d'Ancre estoit mort. A quoy M. Barbin luy répondit: Hé! Monsieur, vous moquez-vous de ne juger pas que le Contre-coup de tout cecy tombera sur nous? Après, arriva M. Mangot, qui s'amusoit à regardera la fenestre sur la rue , et puis le Capitaine Bourgongne , Exempt des Cardes, vint dire à M. Barbin, qu'il avoit commandement du Roy de le mener en son logis.

Il ne s'est jamais veû plus grandes insolences que celles dont on usa envers M. Barbin. Jl vit emporter tous ses meubles en sa présence , vendre ses chevaux et son carrosse, et sortit de chez luy, pour aller au Fort-l'Evesquc, avec un seul demy ^quart d'écu dans sa pochette. Il a esté les six premiers mois à la Bastille si misérablement traitté, que le Roy donnant trois écus par jour pour sa nourriture, luy, ci un homme, ne dépensoient pas (juinze sols, et estoyent souvent réduits au pain et à l'eau, pour ce que

'29(1 .^Olll\^A^, inkdit

lc3 peu de viajidu ({u'un leur bailluil, esLoil puuule, et le vin csloil aigre, et un jour, un soldat leur apportant à disner, une vive, la plus petite, et la plus puante qui fût jamais, dit à M. Barbin qu'il fist bonne chère, et que M. de Persan commandoit qu'il fust bien Iraitté, et que l'on luy baillast tout ce qu'il demanderoit '.

Dès que M. le Maréchal d'Ancre fut mort, on alla sceller chez IM. Feydeau, auquel on bailla un Exempt des Gardes. On le crut dépossédé, mais il se remit, On alla aussi chez M. de Choisy.

Après que l'on eust pris tout ce que le Maréchal d'Ancre avoit sur luy, et dans ses quatre pochettes, on bailla le corps, presque dépouillé à un nommé Cortade, archer de la Prévosté de l'hostel, lequel trouva dans une cinquième pochette, une liasse de papiers, lesquels ayant montrez à la Fiivière, l'un de ses Exempts, ils les présentèrent ensemble, à M. le Chancelier, et à M. le Président .Teannin. MM. de Meaupou et Arnaud furent commis à en faire l'inventaire. 11 se trouva qu'ils montoyent à dix-neuf cens tant de mil livres. On ordonna trois mil écus de récompense à la Rivière et à Cortade. M. le Grand- Prévost fit mettre Cortade en prison pour ne luy avoir baillé les papiers; ce qui fut trouvé fort mauvais.

Le Maréchal d'Ancre estant mort, le Roy manda

' f'oij. Kichflieu, p. [iT2. Les détails donnés par Richelieu sur Parrestation de Barbin et le traitement qu'on lui lit subir confirment pleinement ceux d'Arnauld d'Andiliy. -, ...

i)\ K \ \ I II) d'an ni [,i, V. 595

im'oiitiiienL M. de Villcroy (([ui fui iciiu.s en .^u ^vnl len. charge), -M. le Président Jeaniiin (lait suriiilcndant des linanccs) , M. du Vair (à (jui Ton lendit 4cs Sceaux), et M. le Chancelier pour estrc chef du conseil. 11 estoit à Panfou et arriva le lendemain 25. — M. de Pisieux... '.

M. de Maupcou eut le Controlle Général des finances. Le Roy écrivit aux Gouverneurs des Provinces une lettre très-bien faite''.

M. de Luynes eut les chargcsde Lieutenant Général en Normandie et de premier Gentilhomme de la chambre... Le pont de l'Arche et Quillebeuf... 11 commença dès cette nuit du2/|. dans la chambre du Roy'.

* " Le 2!\ avril 1017, le Hoi ayant lait tuerie luaréclial d'Ancre et » envoyé ensuite la Rcine-nière à Blois, il i appela M. le chancelier de » Sillery pour clief du Conseil, rendit les sceaux à M. du Vair, appela » aussi M. de Villeroy, relégua en Avignon M. de Richelieu, lors évêquc » de Luçon et secrétaire d'État, depuis cardinal, et envoya M. Barbin » prisonnier au Fort-1'Evèque, d'où il fut transféré à la Bastille, et » toute la faveur et le crédit passèrent en un moment à M. de Luynes, )) qui avait eu la principale part dans le dessin de la mort du maréchal 1) d'Ancre ; car M. de Vitry, qui fut ensuite maréchal de France, n'y » avait eu que celle qu'il lui avait donnée ; et M. de Modène, parent » de M. de Luynes, M. Déageant, dont j'ai ci devant parlé, et M. Fron- » cin, étaient ceux qui avaient principalement été informés du secret; » mais nul autre, pour ce qui était de mettre la main à la plume, n'y » avait tant travaillé que M. Déageant ; et c'est ce qui fit sa fortune » et lui donna tant de part dans les atlaires, qu'il fut non-seulement » ministre sans en porter le nom, mais celui de tous qui agissait da- » vantage, etc. » (Mémoires d'Arnauld d'Andilly, éd. citée, p. .371.)

■■^ Voij. cette lettre, Merc. fr., p. 201.

■'" Au sujet de l'élévation de Luynes à la jilace du u;aréchal d'Auci'e, Richelieu rapporte un mot du duc de Bouillon : « La taverne, comme » dit peu après le maréchal de Bouillon, étant toujours demeurée la

200 roi r, \\i iM'Hit

25. Le peuple (h'UMrc. (I;iiis S;iilil-(ici'iiiaiii le corps du Mnrcclial crAncro (que, le Roy y avoit fuit enterrer le soir friui})ara\aiit . à dix heures), le traisnc, pend au bout du Poiit-Ncuf, rctraisne, met en pièces, bruslc, en jette les cendres au vent, et outre toutes ces fureurs tirent infinies autres inso- 1 en ces elï'royables '.

M. de Longucville vient trouver le Roy.

^\. du Mayne envoyé le comte de Susc", son neveu au Roy, avec des lettres et toutes sortes d'offres.

M. de Thianges vint trois ou cjuatrc jours après, de la part de madame de Ncvers, et M. de Marolles de la part de M. de Nevers''.

M. du Mayne désarme à Soissons. On dit que le Roy luy envoya dix mil écus sur ses appointcmens, pour ce qu'il n'avoit aucun argent pour licencier ses troupes.

Deux et trois jours après, le Roy licencia tous les

1) niùmc, n'y ayant eu autre cliangement que de bouchon. » Richelieu, p. Û26. {yoji. Pontchartrain, p. 232 et 235; Briennc, p. 328; Rohan, p. 1^8; Mcrr.fr ., p. 2J/| )

' Vo]i. Richelieu, p. 427, le danger que courut en cette circonstance l'ovèquc de Luçon sur le Pont-Neuf, et la présence d'esprit avec laquelle il s'en tira {Vo>j. Pontchartrain, p. 231, et Merc fr.,.p. 206, des détails horribles sur cette profanation des restes du Maréchal.)

- Jacques Honorât de la Baume, comte de Suze, maïquis de Villars. fils de Rostaing de la Baume, comte de Suze, et de Madeleine des Prez de Montpczat, sœnr utérine du duc du Mayne. D'autres mémoires disent que M. du Mayne envoya son beau-frère, ce qui me parait plus vrai. Rostaing, comte de Suze n'étant mort qu'en 1622, son fils ne devait pas porter son titre en 1617. Le comte de Suze présenta au Roi les clefs de la ville de Soissons.

•" Foij. Fontenay-Marcuil, p. 384 ; Richelieu, p. 431 ; Pontchartrain, p. 224 ; :1/«T. /■;•.. p. 215.

i>" m; \ VI I M I» \ \ n 1 1 I V. '•297

iiouvt'aii\ lu'g'iniciis (\c rariiK'C de Soibsoii.^ ; vi ceux de Nivcrnois, incontinent après.

L'armée de M. de (iuise demeura encore entretenue afin d'empeschcr l'entrée des Ixeistres, et Wallons, qui venoyent pour les Princes. M. de JMarollesdit qu'il y avoit dix-huit cens chevaux, et huit cens mousquetaires à cheval. Un nommé G and conduisoit quelque huit cens de ces chevaux, les deux Cadets, deux

ou trois cens, et un nommé le reste. Ils avoyent

esté arrestez six semaines, faute d'argent; enfin, M. de Nevers, ayant engagé le Duché de Rctelois à M. de Buillon pour si\ cens mil livres, M. de Buillon répondit pour le payement desdits Gens de Guerre et trouva de l'argent sur son crédit en Allemagne '.

Il venoit par mer. pour le Roy, trois mil hommes des Païs-Bas, savoir, quinze cens François, et quinze cens Flamens commandez par M

On n'avoit pris que quinze cens François afin de choisir les soldats et les capitaines la plus part catholiques et affidez. On leur bailloit un Colonel flamend, afin qu'ils n'obéissent point à un chef françois qui n'eût pas entendu leur ordre.

Le Roy avoit demandé neuf mille hommes à MM. des Estats, sçavoir, les quatre mil qu'il leur entretient, et cinq mil qu'ils doivent fournir, suivant le traitté; mais ils s'estoyent exécutez d'en bailler plus de quatre mil , sur ce que les archiducs avoyent armé, et que cela les tenoit en al larme. La vérité es-

' Foy. Merr. fr., p. 188.

'•29(S .lOUiiNM. im:i)it

luit, (jifjiu liru des quatre mil promis, il n'eu vciioiL que trois mil '.

30. ^\: de Longuevillc marié avec M"" de Soissons, sans grande ccrcmonie. On croioil que le Roy >' seroit, mais un avis qu'on donna de quelque entreprise, lut cause de rompre ce dessein '\

M. le Prince de Joinville arrive d'Auvergne.

Lundy, i'\ On l'ut la nuit en allarme au Louvre, sur un avis qu'on avoit donné, 'de quelque entreprise contre le Roy, laquelle on disoit qui se devoit exécuter par la galerie.

Tous les prisonniers retenus durant ces derniers mouvemens sur plusieurs avis, mis en liberté par le Roy. — M. de Belébat \ maistre des Requestes, commissaire.

3. La Reyne-mère part. Le Roy parle à elle dans son antichambre d'elle, Monsieur estant avec luy. La Reyne commença. Ce qu'ils devoyent se dire estoit arresté. On avoit fait glisser dans ladite antichambre, environ vingt seigneurs et gentilshommes afïïdez, lesquels entroyent en disant à l'Exempt le mot de saint Louis. Le Roy attendit dans ladite antichambre, environ la longueur de deux Pater. Puis la Reynemère sortit, avec une mine basse et alangourie. Le

1 loy. Poiitchaitiain, \). 2o3-2'M.

2 Voy. Fontenay-Maiouil, p. 385; Poiittliailraiii, p. 23o-, vierc. fr., p. 215.

' Pierre Hinault i!f THojiita], soigneur dt- Bclesbat, conseiller au grand Conseil, maître des Requêtes en ICIO, mort en 1623.

I)" \ i; N A I I. I) i»"a.n DH.I. V. "IW

lloy -Niiit à L'Ile, le chapeau à la main. Klle s'en alla vers la fencstre, s'appuya sur son coude, pleura ; puis elle vint, et luy dit ce qui avoit esté résolu; et le Roy luy répondit ensuite. Elle réplic{ua, et insista, (outre ce qui estoit convenu) sur le fait de M. Bar- . bin ; à quoy le Roy ne répondit pas, de crainte de faillir. Le Roy alla ensuite sur le balcon.

Ce qui la suivit, pour demeurer avec elle : M. le marquis de Thémines, M. de Bressieux, M. de Presle, M. de Yillesavin, M. de Luçon.

Danies : M""" de Guercheville ', M"" de Bressieux.

Ce qui l'accompagna jusques à Blois, (où elle arriva le 8) : M. de la Curée, par commandement du Roy, avec cinquante chevaux-légers.

Ce qui l'accompagna jusques au Bourg- la-Reyne: M. de Monbason, ^]. de Saint-Luc, M. deLiancourt.

Dames : Mesdames Christine, et Henriette Marie, M'"' la Douairière de Cuise, M"" d'Elbcuf.

MM. du Conseil, ni aucunes compagnies souveraines, ou autres, ne prirent congé d'elle.

' Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, dame d'honneur do la Reine-mère, morte en 1632. Elle avait épousé en premières noces Henry de Silly, comte de la Roche-Guyon, et, en secondes noces, Charles du Plessis, seigneur de Liancourt, mar([uis de Guercheville, gouverneur de Paris. Elle prit le titre de marquise de Guercheville pour ne point porter celui de Liancourt qu'avait peu honoré la duchesse de Beaufort. On sait que la marquise de Guercheville fut plus célt'bre encore par sa vertu que par son éclatante beauté, et qu'elle opposa aux poursuites de Henri IV une résistance d'autant plus louable à une époque de grande licence. (Fo//. son article par M. Hipp. de Laporte, dans la Biographie Michaud, et les Mémoires de l'abbé de Choi>y, coll. Petitot, 2" série, t. lmii, p. 215 et suiv )

•»()() .M)| UN A I, I \ 1, 1)1 l

Toiil le |)('ii|)l(' lénioigna csirc fort, triste, en l;i voyant partir, et plusieurs pleurèrent. La pluyc, cjui a voit esté depuis la mort du Maréchal, recommcnea ce joui"-I;i, et il plut le lendcmjun; jeudy [\, toute la journée '.

Aussitost (luelle fut |)artie, le Roy alla coucher au bois de Yincenncs, extrêmement acccompagné. 11 en revint le samcdy 13, veille de la Pentecoste, et fut confessé par le père Arnoux", son confesseur, pris au lieu du père Cotton'. Il toucha aussi les malades''.

Le matin, les Cours souveraines vinrent haranguer le Roy, pour louer l'action de la mort du Maréchal d'Ancre"'.

M. le Premier président de Verdun. Sacrifice... Rencontre le Roy... Appelloit M. de Vitry, Aaron.

M. le Grand Écuyer arrive et va trouver le Roy.

Travail, (qui avait sceù le dessein de la mort du Maréchal) pris, sur ce qu'il avoit voulu persuader à M. de Luyncs et à M. de Hressieux de tiier, ou cm-

1 Voij. Foiiteiiaj'-Mareuil, p. 385 ; Hichclicu, p. ^33 et /|38 ; Pontcliartrain, p. 23Zi ; Bricnne, p. 329; Merc. fr , p. 215. Suivant la plupart de ces mémoires, c'est le i que partit la Reine-mère.

2 Le Père Jean Arnoux, jésuite, confesseur du I»oi en 1617, à la retraite du P. Cotton, fut éloigné en 1621 et mourut en 1636. Prédicateur habile, il s'est surtout signalé par ses controverses avec les ministres protestants de Charenton.

' Le Père Pierre Cotton, célèbre jésuite, né en 156^, confesseur de Henri IV et de Louis XUI, mort en 1626

' yoy. Fontenay-Marouil, p. 385.

» Voij. Mém. de Mathieu Mole, p. llih et suiv., le texte pour ainsi dire authentique des paroles adressées par le Pioi au Parlement loi s de l'assassinat du maréchal d'Ancre.

D'.VRNAl'Ln n'ANDII.r.V. MM

poisonnor la Ucyiie-mère. Kinoyr par le Koy au Parlement. MM. Coiirtin... commis par la Cour', MM. de Luynes et de Bressieux déposent contre Travail, lo([uel reconnoist loutc la déposition de M. de Luynes estre très-véritable, et quil luyen avoit encore dit davantage. Condamne le mécredy (et exécuté ledit jour) à estre roué, recevoir deux coups vil", puis, étranglé, son corps, et le procès brusiés, et les cendres jettées au vent -.

4. MM. du Mayne, de Nevers, de Vendosme, de Cœuvres et le Président le Jay viennent trouver le Roy au bois de Vincennes ''.

M. de Retz arrive de Bretagne.

7. M. de Thou meurt'; sa place du Conseil et sa pension baillées à M. le Président Chevalier, qui. . . Sa place de Garde de la Bibliothèque baillée à son fils\

1). M. de Crequy arrive.

' Jean Courtois et Guillaume Dûlan(lo<; , Conseillers, suivant le compte-rendu du Procureur Général Mole.

2 Foiitenay-Mareuil, p. 391 ; Richelieu, p. /i33 et suiv., où se trouvent de curieux détails sur cette affaire et cet individu. Foy. aussi Mém. de Mathieu Mole, p. 1^7, et les Mémoires de Déageant ; Meir. fr., p. 217.

^ Voy. Merc. fr.^ p. 210. roij. aussi Merc. fr., p. 218, la Déclaration en faveur des Princes, portant révocation des précédentes.

* Voy. Richelieu, p. /i 89. Le Président de Thou mourut le 8, suivant le Merc.fr., p. 223.

> François-Auguste de Thou, fds aine de l'immorlel Pi-ésitlent, né vers 1607, Conseiller au Parlement, maître des Requêtes, Conseiller d'fitat, compromis dans l'atTaire de Cinq-Mars, condaunié à mort, en vertu d'une ordonnance de Louis XI, pour n'avoir pas révélé le complot, et exécuté avec son ami en 1042.

.S02 .fOL'RNAf. INKDIT

17. M. I)éap,-nnl f;iit par le lloy liileiidaiil des finances '.

18 (Miviron. M. le Conile d'Auvergne arrive, l^e Roy lui fit une très-bonne réception.

19, environ ce jour. M. d'Orvilliers Vialarl-, Gentiliiomme, estant avec M. de Fossez, assassiné d'un coup de pistollet par les gens de M. de Bouconville.

M. le Prince, ayant désiré voir quelqu'un de la part du Roy, pour témoigner l'obligation qu'il avoit à sa Majesté, M. de Modène ^ y fut envoyé ; et après que M. le Prince l'eust sondé de tous les costés, pour essayer de tirer quelque chose de luy, voyant qu'il n'en pouvoit venir à bout, enfin, il luy dit, qu'il luy vouloit parler franchement, et que croyant que l'on l'avoit plustostmis dans la Bastille par raison d'Estat, que pour mal qu'il eust fait, il estimoit que le Roy ne seroit pas, pcut-estre, conseillé de l'en tirer si tost, craignant que l'on ne se voulust servir de son nom, pour prétexte de quelques mouvemens. Mais que cela

1 Foij. Pontcliartrain, p. 235; Mémoires d'Amauld d'Aiidilly, p. o72, passage cité plus haut.

2 Jean Vialart, seigneur d'Orvilliers?

2 Gentilhomme du comlat Venaissin, parent de M. do Luynes. Foi/., sur ce personnage, Fontenay-Marouil, p. 383 L'éditeur des Mémoires de Fontenay-Marcuil le nomme Esprit Raymond de Mormoiron, depuis Comte de Modène, et ajoute qu'il accompagna en I6/47 le duc de Guise dans son expédition de Naples. Mais ce Comte de Modène étant né en 1G08 et mort en 1G70, ainsi que l'indique l'article très-intéressant que lui a consacr(' M. Hipp. de Laporte dans la Biographie Michaud, me paraît être le fds de celui dont il est question dans le Journal d'Arnaiild d'Aiidillv et dans les Mé'moires sui' la même époque.

i>V\RN.M)Ln d'à \ ni M. Y. oO;^

estant, il supplioit Sa Majesté de luy conserver sa l)i)inio volonté, et luy en l'aire sentir les clïets, lorsque ses nflaires le luy permettroyenl. VA c[ue, cependant, il le supplioit de faire une œuvre charitable, en luy taisant hailltM" sa leninie, à la charge qu'elle demeiircroit prisonnière aveque luy.

Environ ce temps, on luy avoit démuré la fenestrc qui regarde sur les champs, à Touverture de laquelle il s'evanouït, ri cause du grand air. On dit que, sans cela, il n'eustpaspeû vivre longtemps, et qu'il commençoit déjà à s'enller'.

m ou environ. M. de Nevers, qui] s'en estoit allé quelque temps auparavant, témoignant n'estre guères content, revient à la Cour.

!2o. M. de Vitry au Parlement Maréchal de France. Le jour précédent, il avoit esté receu Conseiller à la Cour. Sur la contestation meûe, savoir si M. deVitry, comme Conseiller, et Maréchal de France, précéderoit ceux qui n'estoyent que Conseillers, mais plus anciens que luy, comme M. le Grand, et M. de Liancourt ; il fut jugé qu'il n'auroit place qu'après eux, suivant son ordre de réception. Cela estant jugé, M. de Liancourt se retira, et, après la présentation et le serment fait par M. de Vitry, Monsieur le Président luy dit, que, comme Maréchal de France, il n'avoit point là de séance, mais que, comme Conseiller à la Cour, il y en pouvoit prendre, selon son ordre de réception -.

' »«(/. Pontchaitraiii, p. 225.

2 Voij. Mém. de Math. Mok', p. U7 ; .Uerc. fr., p. 223.

30/j JOURNAL INÉDIT

Mi.y 1G17. il y assista M. le Comte de Soissons, (auquel Mon-

sieur le Premier Président dejnanda son avis à- part; ce Cjiie l'on dit ne se devoii" faire (jiraux Fils de France, Monsieur le Prince ayant souvent opiné avec les autres), M. l'Evesquede Noyon Pair de France ^ M. de Rets, M. de Monbason, M. de Rohan, M. de Souvré, ^]. le (Irand.

Monsieur le Premier Président ordonna à tous les lientilshommes, et Seigneurs, qui estoyent dans le Parlement, d'oster leurs épées, ou de sortir, lis ostèrent tous leurs épées.

Ce jour, M. de Luynesprit au Louvre, le département qu'avoit M""" la Marquise de Cucrcheville.

25. L'assemblée de ceux de la Religion prétendue réformée, qu'ils tenoyent à la Rochelle, dès auparavant la mort du Maréchal d'Ancre, se sépare".

'26. M"" la Princesse de Condé va saluer le Roy, (et la Reyne) et le supplier de luy vouloir permettre d'entrer prisonnière dans la Bastille, avec Monsieur le Prince.

Le Roy le luy accorde, et d'y mener seulement uneDamoiselle. Sur quoy, son petit nain ayant supplié le Roy de trouver bon qu'il n'abandonnast pas maîtresse. Sa Majesté le lui permit aussi. La mesme après disnée. Madame la Princesse entra dans la Bastille, où elle fut receûe de Monsieur le Prince avec

' Cliailcs de Balzar, trésorier de la Sainte-Chapelle, grand arcliidiacre de Honcn, doyen de Tours, évèquc et comte de \oyon, pair de France en 15'JO, uiort en 1G27.

2 f'oij Riclielien, p. /|/|3.

n'ARNAllLD d'ANDII.I.V. 305

tous les Lémoignag'os d'amitié qui se peuvent iinagi- Mayi-in ner, et jusques-là ([u'il ne la laissa Jamais en repos, (ju'clUî ne luy eusl dit (pfellc lui pardoiuioit '.

27. I.e Roy va ù Saint-Germain. Il reviiuit le lundy au soir, et souppe en eliemin, à la Chaussée, chez le Président Chevalier.

30. IVl. de Cuise arrive, accompagné de mil Gentilshommes. Le Roy avoit trouvé bon que Ton allast au devant de luy. M. de Joinvillc, M. deRohan, M. de Termes, M. de Gandalle, M. de la Valette et autres y avoyent mené cJiacun une troupe. Il trouva le Roy dans la Grande Galerie, extrêmement accompagné, et de telle sorte, que les plus vieux disoyent n'avoir jamais veu la Cour plus grosse. Le Roy luy fit la meilleure chère qui se puisse imaginer au monde. On tient qu'il luy dit : Mon Cousin, vous m'aviez bien dit qu'il se faloit défaire du Maréchal d'Ancre, mais il n'estoit pas encore temps. M. du Mayne estoit tout contre le Roy. On croioit que M. de Guise et luy se feroyent froid ; mais M. de Guise, se voyant avoir tout l'avantage, luy tendit la main, avec un visage riant ; ce que voyant M. du Mayne, il s'avança, et se saluèrent.

M. le Comte d'Auvergne, et M. de Longueville estoyent aussi avec le Roy. M. de Ne vers n'y estoit point, et je n'y vis point non plus M. de Vendosme.

31. M. de la Valette, à trois heures et demie du matin, fait appeller M. de Schomberg (revenu le soir

1 l'oij. Por.tchartrain, p. 237 ; nferc. fr., t. v, p. 229.

806 ■ JOUl\^Al, im':dit

.Ma> 1617. préccilojit avec M. de Guise), h cause qu'il avoil logé autour de Metz avec les Reistres et Lansquenets, et niesnie ([ue (juelques-unes de ses troupes avoyont logé i\;\\]> Tabbaïe de Sainte-Glossine, dont est abbesse une fille bastarde de M. d'Kspernon '. Ils se battirent à l'épée seule, et estant venus aux prises et tous deux tonibiv. pjir teiTo. ,\f, de (h'équy y arriva, le(|uel les sépara et les accorda. Ils ne furent blessez ni l'un ni l'autre, et M. de Schomberg eut seulement le dessus de l'o'il un peu froissé.

Juin. Mécredy 7. Le Roy va h Fontainebleau; revient

If niardy 27. La Coin* y fut si grosse, que l'on y compta jusqu'à trente-quatre Princes, et Princesses... -.

Le mesme jour. VL deLuynes fui receu (Conseiller au Parlement.

10. Gardes redoublées. Et sur ce que l'on dit au Roy que les Princes (qui la pluspart n'estoyent pas encore venus) en pourroyent prendre de la défiance, il répondit, qu'il ne s'enquéroit point de cela, et que partout où il seroit, il vouloit estre le maistre.

MM, du Mayne, deNeverset le (iardinal de (îuise vinrent à Fontainebleau en mesme Carrosse la semaine d'après, et le dit sieur Cardinal se témoigna ouvertement amy de M. de Nevers contre son frère M. de Guise, lequel ayant seû, durant le dit voyage

' Louise, bàtardi' de la Valette, abbesse de Sainte-Glos^ine de Metz, morte en 1647.

■•^ Voy. Pontchartrain, p. 240.

d'à n\ \i;i,i> I)"a n di i i ^ . .'V)7

lie l'oiUaiiiebleaii . ([iit' ((Liel(iii('.s (leiitilslioiiinn's avoyent tenu des pai'oles à son dcsavaiitu,2:e. dans la eluiiiibre inesnie du dit sieur Cardinal, il \ alla, avec Huekiues-uns des siens, cl di! là. IduI liaiil : On dil qu'il y en a icy (|ui ont mal parlé de nioy ; si je savois qu'ils sont, je les jetterois tout à cette heure par les fenestres.

I -2. l'cninic de Chartres prise dans les capucins du faubourg Saint-Jacques par M. le Procureur Général ; avoue avoir esté foii solicitée de tuer le Roy ; monstre le Couteau '.

17. Environ ce temps, différend entre MM. de Guise et de Nevers, touchant la Capitainerie duChasleau-Porcien.

M. et M"" la Comtesse de Soissons, mal ensemble touchant la Table de Grand-Maistre, dont elle prenoit l'argent, et que luy vouloil tenir, par le conseil de M. de Longueville. Cela commença dès Paris, et Madame la Comtesse ayant découvert ce dessein, parla à son fils fermement.

*2/j. L'archevesque de Pise, Ambassadeur extraordinaire de Savoyc", eut aussi audiance, touchant les affaires de Savove •'.

* t'oij. Mt'iii. de Mailiii'u Mi>\<'\ jiIh'^umiis j)ièce> coiioeriuint cpltc affaire. ■

■■^ l'oij. Pontcliaitrain, p. SoS.

5 Arnaiild d'Aiidilly ne mentionne pas dans >on Journal une aHairo importante qni fit beaucoup de bruit pendant les mois de juin et .d; juillet, savoir, le rétablissement de rexerrice delà religion catholique eu Béar'i contre la volonté des Ht'tbrmés. f'oy. à ce sujet Richelieu, p. Ii!i3 ; Pontchanrain, p. 218 ; Merc. fr., p. 00 et suiv., 318 et suiv.

«"^OS JOURNAL ÎMÎDIT

Juillet 1617. Dimanche ± Le Roy va à Saint-Germain , et

en revient le lundy 10.

(). T.;i Maréchale d'Ancre monte, et est interrogée.

7. Le procès est rapporté jiar MM. Courlin, et Deslandes', Commissaires. M. Courlin est d'avis de la mort, et qu'elle fust pondiic. M. Deslandes opine au bannissement.

8. Arrest contre la IMaréchale et exécution. Ils cstoyent dix-neuf juges. Il y en eut dix-sept à la mort, et les deux autres y revinrent, qui estoyent M. Deslandes et M. Paluau -.

Lorsqu'on luy prononça son arrest, un prisonnier luy dit à l'oreille, qu'elle dist qu'elle estoit grosse ; ce qu'elle fit. Ce qui ayant mis les juges en peine, on s'assembla chez Monsieur le Premier Président, où on résolut de luy envoyer deux Conseillers, qui luy représentèrent le tort qu'elle se faisoit, ayant dit en son interrogatoire, qu'il y avoit quatre ans qu'elle n'avoit couché avec son mary. Sur la quelle raison, et aussi, qu'on la feroit visiter, et autres considérations, elle se désista. On luy nomma quatre Confesseurs. Elle choisit M. le Clerc. Elle demanda pardon

^ Guillaume de Landes, seigneur de Maigneville, conseiller au Parlement de Paris en 1572, mort doyen de la Grand'Chambre en 1G30.

2 Denis Palluau, reçu conseiller au Parlement de Paris en 1580. — Arnauld d'Andilly dit que Dcslandes, qui avait opiné pour le bannissement, revint à la mort, mais Richelieu dit au contraire qu'il résista énergiquement à toutes les instances qui lui furent faites et persista dans son avis. Ce trait honore trop le courageux et loyal rapporteur pour qu'on ne se fasse un plaisir de le rapporter.

d'vi; NMI.D D'ANOU.r.Y. .'U)0

à Palroclc ', cl le pria de (liiv à AJonsieiii' le Chancelier, qu'elle le luy demandoit aussi ; et dit aussi quelque chose du Commandeur de Sillery. Mlle mourut chrestiennement et fort courageusement. J.a charrette n'ayant pu arriver, jusqucs ;\ réchalTaut, ù cause de la presse, on lui fit mettre pied à terre, et elle marcha fort bien, et monta l'échalVaut sans se faire tirer. Voyant le bourreau qui luy aydoit, elle demanda avec quelque promptitude, qui il estoit. Son confesseur luy dit que c' estoit un homme qui devoit estre lu. Elle dit alors au Bourreau : Venez, venez donc, et me dites tout ce qu'il faudra faire. On tient qu'elle avoit dit, un peu auparavant : qu'il ne prist envie à personne d'estre en faveur auprès des Roys, et des Grans, et que c'estoit un méchant métier. Lorsqu'elle fut preste à recevoir le coup, elle se tint les mains jointes, pour l'attendre, sans remuer en façon du monde, et la teste tomba à ses pieds, sur i'échalïaut mesme.

On dit que quand la Reyne-mère seût cette nouvelle, elle frappa sur sa cuisse, et dit : la pauvre femme! Elle est cause de son malheur, et du mien ; son mary est plus coupable qu'elle. Si elle m'eust crèiie, elle ne seroit pas où elle est. Après, elle demanda, si elle estoit morte constamment? Et comme on luy répondit qu'ouy, elle dit : J'en loue Dieu ; car je craignois le contraire pour elle -.

' Ecuyer de la Keine, gentilhomme du Commandeur de Sillery. 2 Voij., sur la condamnation et la mort de la Maréchale d'Ancre, Fontenay-Marcuil, p. 389: Richelieu, p. 4^4; Pontchartrain, p. 2^2 ;

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M<>iilaiilM'i-| ' cl \ iiiccii/.c - l'nrnil absous, et l'un orclojina sriilcnieiif à Montauberl de s'abstenir, pour deux ans, d'aller en Picardie.

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