‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 71 sur 98 · lOUttNAL INlîOIT · texte numérisé non relu

lOUttNAL INlîOIT

Avril ini,. Nonce pour rabsolution de M. de Candule, et pouifaire avoir le c]iiii)cau h M. de Thoulouse, M. le Nonce, (jni avoit l'cceu le courri(,'r trois heures auparavant, luy (lit, que pour le premier, il l'y serviroit, mais que quant au second, c'cstoit chose résolue; pour ce qu'il avoit receu nouvelle que M. de Paris estoit promeu au Cardinalat. Sur cela, M. d'Épernon se leva, et s'en alla, sans luy dire parole c|uelconque*.

7. Le Roy fait commander dans le Conseil, et en sa présence, par M. le Garde des Sceaux (M. le Chancelier estoit malade), au Résident du Duc de Florence, qu'il eust à sortir de Paris, dans vingt-quatre heures, et du Royaume, dans dix-huit jours, sans tenir autre chemin que l'ordinaire, et sans envoyer aucun Courrier en lieu quelconque ; et qu'en attendant qu'il fust hors de France, il y vescust comme particulier. C'estoit parce qu'il avoit donné avis et conseillé à Son Maistre d'entreprendre, ainsi qu'il a fait, de faire arrester à Livourne, par forme de représailles, des vaisseaux françois chargez de marchandises, valant plus de trois cent mil livres, sous prétexte de ce que les officiers de Sa Majesté ont fait saisir en Provence un petit vaisseau chargé de la valeur de quatorze ou quinze mil livres de marchandises sujettes à confiscation ; dont, sur la première Réquisition cluPropriétaire, le Parlement donna main-levée par provision, et depuis, sur le Comman-

1 J'oij. Fontcnay-Mareuil, p, il/i; Rolian, p. 153; ilfnr. fr., p. 2G9.

d'auxum, n d'andiu. V. 'M'A

(Jcmciit (ju'il rerciit du lîoy, on donna pleine (;l en- aviii tm. iière nuiin-levéo.

J.e soir, M. le ciicvalicr du duel alla trouver ledit Résident, pour luy dire, (pi'il regardast en quelle soric il s'en voudroit aller, parée que le Roy luy avoit conniiandé do luy faire bailler des chevaux. 11 répondit, que puisqu'il n'estoit plus que comme particulier, il s'en iroit seulement avec trois chevaux de poste, sur lesquels il monteroit le lundy à dix heures du matin. Le Chevalier du (luet luy dit aussi, que le Roy craignant que l'on ne luy fist quelque déplaisir, sur le point de son partemont, ou que l'on ne dérobast quelque chose en sa maison, luy avoit commandé de poser un corps de garde devant sa porte, ainsi qu'il fit. Cela fut fait afin d'empescher que l'on ne communiquast avec luy, et pour remarquer ceux qui le viendroycnt chercher.

Nonobstant ce qu'il avoit dit de son départ au Chevalier du Guet, il se dérobba le Dimanche au soir, et s'en alla sur des chevaux de louage.

Le mesme jour, le Roy signa une grande instruction, qu'il envoya à i\}. de Roissy, pour en faire entendre le contenu à la Reyne-mère, sur le sujet de son retour, et de tout ce qui s'estoit passé en l'affaire de M. Barbin, pour réponce aux lettres apportées par les sieurs de Villers, et de Canteloube.

Ladite instruction portoit aussi de faire sortir d'auprès de ladite Dame, Luca de Gli Asini, confident dudit agent de Florence. Et incontinent après, le Roy commanda à i\lM. de Luçon, de Richelieu et

Avril 1618. de Pont-Couiiay, de se retirer en Avignon , où ils arrivèrent, le... '.

9. Remonstrances de Messieurs du Parlement touchant l'Évocation des Rentes du clergé, et la Paulette, par le Parlement. — Réponse de M. le Garde des Sceaux. L'un et l'autre refusé.

12. Presire de Caen pris dans le Louvre, qui vouloit tuer le Roy.

13. M. de Vaillac" ayant tiré des mains des Sergens un soldat nommé La Vallée, contre lequel, à son occasion, M. du Vair, fils de M. de Raynac, avoit obtenu prise de corps, ledit S'' du Yair et son frère y viennent , se battent ; du Vair tué, et

Dourt Gentilhomme qui se trouva avec M. de

Vaillac, lequel, à ce c|u'on dit, se sauva au bois de Vincennes, oi!i a Compagnie, et y fut quelques jours caché.

17. M. de Sully s'en va de la cour. Il avoit voulu marier M"" de Sully à M. de la Trémoille.

M. le Président Jeannin s'en va.

20. Le Roy estant au Cabinet du Conseil, M. de Montmorency, assisté de M. d'Epernon , de M. de

1 Foij. Richelieu, p. /|93: « Je ne fus pas surpris à la réception de » cette dépêche, ayant toujours attendu de la lâcheté de ceux qui » gouvernoient, toute sorte d'injuste, barbare et déraisonnable traite- » ment. » Il faut lire dans les Mémoires du grand Cardinal, éd. citée, p. 690 et suiv., le long et curieux plaidoyer qu'il fait eu sa faveur pour prouver la pureté de sa conduite à cette époque et l'injustice de sa disgrâce.

2 Louis Ricard de Gourdon de Genouîllac, comte de Vaillac, représentant de la noblesse à l'Assemblée des Notables de Rouen en 1617, mort après janvier 1642.

d'arnauld d'andilty. ,%3

Monbason et de plusieurs autres Ducs et Pairs, fit Avrineis. ]>leinte au Roy de ce que M. le Garde des Sceaux prcnoit place dans le Conseil vis-à-vis de M. le Chancelier, de l'autre costé de la Table ; il ne restoit plus aucune place honnorable aux Ducs et Pairs, lorsqu'ils estoyent obligez d'aller au Conseil, touchant les affaires de leurs Gouvernemens, ou de leurs Charges. Après, M. d'Epernon prit la parole, dit en substance, d'un ton de voix fort haut, que luy, et les autres Ducs et Pairs, ayant toujours dignement scrvy les Roys, et beaucoup d'entr'eux estant plus anciens Conseillers d' Estât que M. le Garde des Sceaux, il leur seroit bien rude de se voir précédez par luy ; ce qui n'avoit jamais esté entrepris par tous les autres Gardes des Sceaux ; et que de fait , M. le Chancelier estant Garde des Sceaux, n'en avoit jamais usé ainsi avec M. le Chancelier de Bellièvre ' ; qu'il supplioit le Roy de leur vouloir donner sur cela une résolution prompte. M. le Garde des Sceaux dit après, s'adressant au Roy, qu'il ne demandoit autre rang, que celuy qu'il avoit plii à Sa ]\Jajesté de luy donner, remettant entre ses mains, en sa volonté, non-seulement cela, mais sa charge, sa vie, et tout ce qu'il avoit au monde ; et la supplioit très-humblement de

* Pompone de Bellièvre, seigneur de Grignon, né en 1529, ambassadeur en Suisse sous Charles IX, conseiller au Parlement en 1569, conseiller d'État en 1570, surintendant des finances eu 1575, président au Parlement de Paris en 1576, ambassadeur en Angleterre en 1580, plénipotentiaire à Verviiis en 1598, chancelier de France en 1599, mort en 1607.

30 /i .lOUR.xAL im':dit

trouver bon, que sur ce qu'avoit dit M. d'Epcrnon, il rcprésontast que MM. les Ducs et Pairs n'ayant esté créez qu'en la troisième race, et les Chanceliers et Gardes des Sceaux ayant toujours esté, il n'y avoit point d'apparence de leur disputer leur rang. M. d'Epernon répondit : Cela est bon pour les Chanceliers, mais non pas pour les Cardes desS ceaux, entre lesquels il y a grande dilTérence , puisque vous n'avez point la séance au Parlement. M. le Carde des Sceaux répliqua", encore que le Parlement y ayt voulu faire difficulté, je ne laisse pas d'y avoir séance, car mes lettres le portent, et aussi le rang que je dois tenir. M. d'Epernon répliqua, vous avez mis dans vos lettres tout ce que vous avez voulu, car vous les avez scellées vous-mesme. M. leCarde des Sceaux repart, ce n'est point moy, mais le Pioy qui les a scellées luy-mesme, en présence de tous les Princes. M. d'Epernon répondit, il ne se trouvera point que nuls autres Cardes des Sceaux ayent joiiy de ce que vous prétendez. — M. le Carde des Sceaux réplique, vous vous trompez. — M. d'Epernon dit, vous vous trompez vous-mesme, sauf le respect du Roy ; et j'ay ce bonheur cjuc je n'ay jamais servy que les Roys, et que je ne tiens que d'eux toutes les charges que je possède, lesquelles m'ont esté données pour récompence de mes services, et de ma fidélité. — M. le Carde des Sceaux répondit, je puis dire cela, etcjuelque chose davantage. M. d'Epernon répliqua, le respect du Roy m'empesche de vous répondre. Sur cela, le Roy se leva, disant quelques paroles qui témoi-

d'arnadt. n d'amiii. i.v. SOS

gnoyent qu'il ne vouloit point qu'ils parlassent da- Avrii m». vantage sur ce sujet. M. d'Epernon suivit le Roy. M. le Garde des Sceaux estant demeuré dans le Cabinet, s'adressa ci M. le Chancelier, et hiy dit, pardieu, c'est vous qui m'avez suscité tout cela. Le Chancelier répondit, Dieu m'est témoin que je n'y ay pas pensé, et que je ne say que c'est, en faron quelconque. M. le Garde des Sceaux répliqua, par la mort-Dieu, je say bien que c'est à vostre inscitation c[ue tout cecy est arrivé. M. le Chancelier répondit , en levant les mains, je proteste par le Dieu vivant, c{ui connoist vos intentions et les miennes, cjue j'en suis entièrement innocent, et que vous avez grand tort de dire cela ; mais vous estes outré, c'est pourquoy je ne vous en diray pas davantage '.

L'après-disnée, M. de Luynes et M. Déagent furent chez M. le Chancelier et chez M. le Garde des Sceaux ; et sur le soir, le Roy les fit venir dans son Cabinet des livres, où il les accorda; et ils y furent assez longtemps.

22. Le Roy s'estant trouvé mal , et purgé, fit \enir à la ruelle de son lit MM. de Montmorency, qui marchoit devant, et d'Epernon ; et leur dit en substance, j'ay commandé à M. le Chancelier de voir tous les Réglemens touchant vos séances, et après qu'il me les aura représentez, j'y pourvoyeray et conserveray vostre droit. Cependant, je trouve bon

1 yoij. Rolian, p. 153 : « L'intérêt des robes longues, dit Rohan, remporta par dessus les Pairs de France. » f'oy. aussi Brienne, p. 33/i.

366 JOURNAL INIîDIT

Avril 1018. que vous, M. d'Epernon, partiez des demain pour aller à Mets, et que vous oubiïez tout ce qui s'est passé ; et ce faisant, j'oublicray aussi l'olîence que j'y ay reçeue.

11 avoit este résolu qu'aussitost que le Roy auroit achevé, il se lévcroit, et que M. le Chancelier le toucheroit, pour luy faire signe quand il seroit temps ; mais il n'en fit rien, et donna le temps à M. d'Epernon de parler tant qu'il voulut; et luy, et M. le Président Jeannin adoucissoyent, en sa faveur, tout ce qu'ils pouvoyent. Ils avoyent baillé un mémoire au Roy, de ce qu'il pouvoit dire, qui estoit entièrement à l'avantage de M. d'Epernon. M. d'Epernon répondit, en substance, d'un ton de voix fort haut, qu'ayant esté offencé, comme il avoit esté, en présence du Roy, par M. le Garde des Sceaux, il estoit bien, au moins, raisonnable qu'il luy en fist aussi satisfaction, en présence de Sa Majesté ; que si c'eust esté un homme d'épée, et qu'il n'eust pas esté devant le Roy, cela ne se fust pas passé ainsi. Le Roy se leva de dessus sa chaire; et dit, quoy! céans? M. d'Epernon répliqua, non Sire, mais hors de vostre maison, et de la présence de Vostre Majesté ; et ajousta, que M. le Garde des Sceaux Tavoit traitté en valet, en luy disant qu'il se trompoit, mais qu'il eust plus aisément supporté qu'il luy eust dit qu'il estoit un coquin et un maraut, que non pas de l'avoir attaqué à l'honneur, en touchant ce qui est de la fidélité ; et en disant qu'il pouvoit dire sur ce sujet là quelque chose davantage que luy ; qu'il ne pouvoit savoir ce qu'il

d'arnauld d'andilly. 367

avoit fait davaiilago, sinon qu'il avoit esté de la Avriuois. I.iguc, et que luy n'en avoit jamais esté ; que quant ;\ ce que le Roy luy avoit dit, qu'il pouvoit aller à Mets quand il luy plairoit, il supplioit très-humblement le Roy de trouver bon qu'il n'y allast point, avec cette honte sur le front, et de faire, auparavant, terminer cette alfairc. Sur cela M. le Président Jeannin prit la parole, et dit que le Roy seroit bien ayse qu'il revint bientostdudit voyage, àquoy M. d'Epernon répondit, que le voyage ne pressoit point tant, qu'il ne falust le remettre '

Après, le Roy dit, avec un visage émeû, ({u'il ne trouvoit nullement bon que Ton fist des Assemblées, et qu'il vouloit bien que chacun le seust. M. d'Epernon répondit, qu'il ne trouveroit point qu'il eust fait aucunes assemblées, et qu'il ne savoitpasqui avoit voulu faire croire cela à Sa Majesté. Mais que si on luy avoit rapporté qu'il avoit donné à disner à M. de Montmorency et à M. d'Usez", on luy avoit dit vray ; qu'il ne croioit point qu'il luy fust défendu ni qu'il dust estre trouvé mauvais, qu'il donnast à disner à quatre ou cinq de ses amis, et qu'il n'y avoit aucune apparence de vouloir dire sur cela, qu'il eust fait des assemblées.

Environ demy heure auparavant, M. de Brissac,

* Le duc d'Épernon se rendit à Metz qu'il quitta au commencement de rannée suivante pour favoriser l'évasion de la Reine-mère.

2 Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, pair de France, chevalier des Ordres en 1611, chevalier d'honneur de la reine Anne d'Autriche, en 1615, capitaine de 200 hommes d'armes en 1616, mort en 1657,

;icconipn2:nc de MM. do Boisdiiufin et de Vilry, avoit parlé au lioy, au nom des Maréchaux de France, et dit, en substance, que par plusieui's Réglemens et arrests du Conseil, et autres litres, ils justifieroyent, qu'ils devoyent seoir dans le Conseil, au-dessus des Ducs et Pairs, et qu ils supplioyent trcs-liumblemcnt le Koy de les conserver en leur droit ; que néantmoins, sachant l'honneur qui esloit deù à la maison de Montmorency, laquelle a porté tant de grans et signalez Connestables, ils estoyent d'accord de céder à M. de Montmorency, et sachant bien aussi l'honneur que Ton est obligé de rendre à ceux qui ont l'honneur d'estre chéris particulièrement du Roy, que s'il s'en trouvoit quelqu'un à qui le Roy voulust faire une faveur spéciale, pour marque de l'affection qu'elle luy porte, et de la part qu'elle luy donne en ses bonnes grâces, ils luy déféreroyent volontiers.

Ce jour, ayant esté résolu que M. de Brèves ' seroit osté d'auprès de Monsieur, M. le Chancelier le

* François Savary, seigneur puis comte de Brèves et marquis de Maulevrier, né en 1560, ambassadeur à Constantinoplc en 1591, rentré en France après un séjour de vingt-deux ans en Orient, conseiller d'État et gentllhonune de la Chambre en 1607, ambassadeur à Rome en 1608, gouverneur de Monsieur, premier gentiliiomme de sa chambre, lieutenant de sa compagnie et surintendant de sa maison, remplacé en 1618 par le comte du Ludc, nommé premier écuyor de la Reine, membre de l'Assemblée des Notables en 1626, membre du Conseil des Dépêches en 1627, mort en 1628. M. de Brèves a laissé plusieurs ouvrages, et entre autres la Relation de l'audience dans laquelle le gouvernement de Gaston, frère du Roi, lui fut retiré et donné au comte du Lude. Ce récit confirme entièrement celui d'Arnauld d'Aadilly. {^'oy. dans la Biographie Michaud la notice très-intéressante que l'illustre A\'alkenaer a consacrée à ce personnage.)

D'ARNiur.D d'andii.i.v. 309

dit le malin ;"i M. do Brùvos. M. le Conilc du l^udc ', qui a eu la cliai'<;-o, jura le soir, qu'il n'en avoit ouy parler en façon quelconque.

iM. le Colonel d'Ornano revient du INuil St-l'^sprit. Le Roy estant dans le Grand Cabinet de la Reyne, avec MM. le Garde des Sceaux, Président Jeannin, de Luynes et Deagent, envoya quérir Monsieur, que M. de Brèves luy amena. Monsieur estant demeuré dans le petit Cabinet, M, de Brèves dit au Roy, en substance, qu'il avoit apporté toute l'affection, la vigilance et la fidélité qui luy avoyent esté possibles, en la charge que Sa Majesté luy avoit fait riionneur de luy commettre; que s'il ne s'en estoit acquitté aussi dignement comme il devoit, ç'avoit esté faute de suffisance, mais non d'alïection et de bonne volonté; qu'il avoit Dieu pour témoin qu'il n'avoit rien fait contre sa conscience, et son devoir; et que si, d'aventure, on avoit voulu donner quelques impressions contraires à Sa Majesté, il la supplioit très humblement de trouver bon qu'il s'allast rendre prisonnier dans la Conciergerie, estant prest de souffrir tous les supplices que l'on sauroit imaginer, s'il se trouvoit qu'il eust failly ; qu'il remercioit très humblement le Roy de la gratification que M. Déageant luy avoit dit qu'il luy vouloit faire.

1 François de Dailloii, comte du Ludo, né en 1570, sénécluil d'Anjou en 1385, lieutenant général au gouverneu-ent d'Auvergne, conseiller d'État, gouverneur de Monsieur, premier gentilhomme de. sa Chambre, surintendant géiiéi al de sa maison et lieutenant de sa compagnie de dr'ux cents lionnnes d'armes en 1618, mort en 1C19.

;W0 .lOUHNAI. tm':dtt

Avril 1G18, Cette gratificaiiou esloit 50 mil cens de récoinpence, deux mil écus d'augMiieiitation de pension, et l'establissement de maistre de la garderobbe, pour son fils. Le Roy répondit qu'il avoit commandé à M. le Garde des Sceaux, de luy faire entendre son intention. — Sur cela, M. le Garde des Sceaux prit la parole, et parla à M. de Brèves en très-bons termes, et bien choisis, dont la substance estoit, que le Roy ayant jugé à propos, pour des considérations importantes au bien deson service, de retirer Monsieur son frère auprès de luy, il l'avoit envoyé quérir pour ce sujet; mais que comme les secrets des Princes ne se devoyent jamais apprendre, aussi n'estoit-il pas besoin d'en exprimer davantage la cause; que le Roy le tenoit pour homme de bien, et son serviteur; et que pour marque de la gratification avec laquelle il le vouloit traitter, il luy accordoit la récompence dont il luy avoit fait parler par M. Déageant. Après, Monsieur de Brèves alla quérir Monsieur, qu'il amena au Roy, par la main ; et en le remettant en celle de Sa Majesté, luy dit qu'il le supplioit très humblement de se souvenir de ce qu'il luy avoit dit, si souvent, qu'il ne pouvoit attendre autre honneur, ni autre avantage, que des bonnes grâces du Roy; et qu'il luy rendist toujours le respect, le devoir, et l'obéissance qui luy sont deûs, en se remettant devant les yeux, que de là dépendoit tout son contentement et tout son salut. Monsieur dit assez gaillardement à dieu à M. de Brèves, auquel les larmes vinrent jusques sur le bord des yeux ; et le Roy dit, qu'il avoit es-

d'aunauld d'andilly. :Mi

sayé à faire pleurer son frère. — M. de Brèves, s'en jillanl, le Roy l'embrassa par deux et trois fois; et

sur ce que M dit au Roy que M. de Brèves avoit

eu un brevet pour estre des allaires, et s'il ne trouvoit pas bon qu'il en joùist, le Roy dit, M. de Brèves, je veux que vous jouissiez du Brevet que vous avez pour estre de mes affaires, et que vous y veniez comme vous aviez accoustumé ; et assurez-vous que vous y serez toujours le très bien venu. M. de Brèves remercia fort le Roy de cela, et luy dit, entr' autres choses, qu'il tenoit pour le grand honneur qu'il pust recevoir au monde, la liberté de pouvoir approcher Sa Majesté à son coucher, et à son lever, comme il avoit fait auparavant.

Après, le Roy fit venir le Comte du Lude, et luy dit en substance, M. le Comte du Lude, sachant vostre naissance , vos bonnes qualitez et vostre affection à mon service, je vous ay choisy pour vous mettre entre les mains ce que j'ay de plus cher, qui est la personne de mon frère. Ayez-en bien soin, je vous prie. Et se tournant vers Monsieur, luy dit, mon frère, je vous baille pour Gouverneur M. le Comte du Lude, il faut que vous luy obéissiez , et faire tout ce qu'il vous dira ; il vous traittera bien, et plus doucement que vous n'avez esté. Monsieur répondit au Roy, Monsieur, je n'ay point esté mal-traitté.

M. de Brèves estant sorty le premier, seul, M. le Comte du T.ude sortit après, conduisant Monsieur.

Le mesine jour, le Roy va coucher à Yanve, chez M. le Comte de St-Germain, d'où il ne revint que le...

372 JOUIlNAL IIVI^DIT

Avril 1G18. 127. Mcrciiriallo tcnûo par .Messieurs du Parle-

nient, en Ia(iuclle M. le Premier Président et M. Servin, eurent prise.

i>8. M. d'Épernon part, et va coucher h Fontcnay. Il avoit pris congé du Roy dès le mardy 2/i, et néantnioins il dilïera jusques audit jour, sous prétexte de s'entremettre d'accommoder MM. de Guise et de Montmorency, qui estoyent en différent touchant l'Amirauté de la mer Méditerrannée.

29. M. d'Épernon estant entré en quelque alnrme, il monte sur un cheval d'Espagne, fait dix-sept lieues d'une traitte, et se trouva si las, qu'il fut contraint de s'arrester. 11 ari'iva à Metz le mécredy suivant.

^'^•'■' Mécredy 2. M. Des Portes-Baudoin, Seigneur de

Souspire ' , entre en la charge d' Intendant des finances de M. Déageant, pour cinquante mil écus, et vend la sienne de Secrétaire du Conseil à M. Bardeau , 75 mil écus.

h. Combat des sieurs de Quinsay et de Moussy, cousins fort proches. La querelle vint pour un chapeau que Moussy avoit preste à Quinsay, lequel il vouloit que Quinsay luy rendist en pleine rue ; et néantmoins, il ne l' avoit pas. On dit que Quinsay avoit reçeu deux coups d'épée, avant que de mettre la main à l'épée. Moussy, gendre de M. de Contenant",

1 Despoitcs-Baudouin, seigneui- de Souspire, conseiller secrétaire du Roi de ses finances, grand audiencier de France, intendant des Finances en 1618.

'•î Pliilippi' Barjiit, l)aroa de Moussy, avait épousé Charlotte de

D'\[\\Ari,l) d'à M) I 1,1. V. 37.'^

fut tiu'' sur-lc-chainp. Ouinsay se sauva cliez le Canli- -^'«j 'h»-

nal (le Guise. Par arrestdu Parlement, le corps mort

de Moussy lut nieiu', sur une claye, à la voyrie.

l.e 13 Juin, fut donné arrest définitif par contumace,

contre Quinsay, condamné à estrc pendu, interdit

de feu et d'eau, etc. , suivant l'Edit. — Le lendemain,

Miraumont de Fontenay ' , ayant osté le Tableau,

le 15, arrest portant décret de prise de corps contre

eux.

7, Le Fioy va à St-Gcrmain ; re\icnt le mardy 1 5.

Environ 9. ^I. le Comte d'Auvergne revient à la Cour.

17. M. le Duc de Pihetelois fait le serment de Gouverneur de Champagne. Le Roy luy témoigna grande affection, et luy frappa tant qu'il put dans la main. MM. de Nevers et du Mayne estoyent présens, lesquels en témoignèrent grand contentement.

!20. Bonnet donné par le Pioy à M. le Cardinal de Rets, dans Notre-Dame, en cérémonie. M. le Cardinal de Rets traitta toute la Cour.

21. Le Roy va à St-Germain, et en revient le mécredy 13 juin -.

Bauves, fillo d'Henry de Baiives, seigneur de Contenant. Après sa mort, Charlotte de Bsuves se remaria avec Henri de Saint-Xcctaire, niaréclial duc de la Ferté. (P. Anselme, t. iv, p. 891.)

* Ce personnage pourrait être le chevalier de Jliraumont, camaïade et probablement parent de Fontenay Coupd'Épéc, tons deux duellistes ou, comme on disait alors, gladiateurs, que Tallemaut des Réaux, t. m, p. 474, a réunis dans une même historiette.

2 l'o>j. Pontchartrain, p. liGij,

Nay 1618. 22, M, de Mayenne fait le serment de Gouver-

neur de Guyenne ; M. de Luynes, de Gouverneur de risle-de-France; et M. le Colonel d'Ornano,de Lieutenant Général au Gouvernement de Normandie '.

20. Un Député de la ville de Lyon reçeut des coups de baston à St-Germain, dont on soupçonnoit M. de St-Chaumont. Cette affaire fut -portée fort haut par le Roy et par MM. les Ministres.

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