‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 70 sur 98 · Mort de M. le Prince d'Orange % à Bruxelles · texte numérisé non relu

Mort de M. le Prince d'Orange % à Bruxelles

27. M. le Colonel d'Ornano part, pour aller au Pont-Saint-Esprit (où il arriva le 6 mars) , et traitter

* Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roissi, conseiller au Parlement en 1583, maître des Requêtes en 1594, conseiller d'État en 1600, mort Doyen des Conseils en 16.'i2. Le lieutenant civil Henri de Mesmes était son (ils, ainsi que Claude de Mesmes, comte d'Avaux, le célèbre plénipotentiaire à Munster.

2 J'oij. Richelieu, p. 500. Pontcliartrain dit à tort que cet arrêt fut rendu dans le mois de mars. Le collège des Jésuites avait été fermé en 1597, après l'attentat de Jean Cliàtel. l'otj, Pontcliartrain, p. 2G2. Foy. IHerc. fr., p. 6 et suiv,, le texte de cet arrêt du 15 février 1618, et tous les documents authentiques, relatifs au rétablissement des lectures publiques au collège des Jésuites.

3 Philippe Guillaume de Nassau, prince d'Orange, beau-frère du prince de Condé,mort en 1618. Foy. sur ce personnage le Merc. /r., p. 47.

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Février IC18. l'alVaire crOrange. 11 trouva (juc le (jouvcnieur, ((ui est Catholique, et que Ton vouloit gagner, avoit tenu fcrnic pour le service du Priiic(; .Mainiec ' comme successeur de son maistre, tellement que M. le colonel ne put faire autre chose que d'aller à Orange, et de luy offrir et au corps de ville la protection du Uoy toutesfois et quantes qu'ils en auroyent besoin.

Mars. Samedy 3. M. de Marsillac va vers M. le Prince Maurice, faire office de condoléance sur la mort du Prince d'Orange. M. le Comte de Brissac épouse la fille de M. de Schomberg-, à laquelle fut donné en mariage la valeur de

Ledit sieur Comte de Brissac a vaillant cent mil livres de rente, cent mil écus de meubles; laLieutenance de Bretagne, valant quatre cens mil livres, et Blavet, valant pareille somme.

k. ^I. de Montbason ayant entrepris entièrement l'affaire de M. de Saveuse, demeure d'accord

1 Maurice de Nassau, gouverneur et capitaine général des Provinces- Unies, prince d'Orange à la mort de son frère, en 1618. f'oij. Merc. fr.^ p. Zi8.

2 François de Cessé, comte, puis duc de Biissac, fils du maréchal de Brissac, pair, grand panetier de France, lieutenant général au gouvernement de Bretagne, gouverneur du Port-Louis, de Hennebon et Quimperlé, mort en 1651. Son mariage avec Jeanne de Schomberg fut annulé. Ils se remarièrent, lui avec Gayonne Ruellan, fille de Gilles Ruellan, seigneur de Roger-Portail, elle avec Roger du Plessis de Liancourt, duc de la Roclie Guyon, duc de Liancourt et marquis de Guerclieville. Jeanne de Schomberg mourut en 1674. On trouve des détails curieux sur le mariage du comte de Brissac avec Jeanne de Schomberg dans l'historiette que Tallemant des Réaux a consacrée à M»' de Liancnurt.

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avec les parcns de M"" de Vienne, ([iie Ton la leur Maisicis. remetlroit entre les mains; ce qui fut fait ledit jour, mais avec un exempt, et deux damoiselles, dont lesdits parens se pleignoyent.

G. Querelle du iMarquis de Marigiiy * avec M. le chevalier de Vendosme'", dans Ormesson, où le Roy cstoit allé. Accommodé le soir mesme. M. de Saint- Chamond^ assista le Marquis de Marigny.

7. La grande salle du palais brûlée. Le feu s'y mit environ à quatre heures du malin, et ne dura que deux heures. 11 ne resta chose quelconque de ladite grande salle, qui ne fust brûlé, hormis les murailles, les piliers, et partie des statues des Roys. La Table de marbre mesme fut réduite en cendres. La première chambre des Enquestes fut brûlée, et le Parquet des huissiers. Nul grefle ne fut brûlé. Si le vent ne se fust tourné du costé de la Conciergerie, tout est oit perdu, car le feu eust embrasé toutes les maisons proches du Palais. Duarsy, Prévost de l'Isle et Concierge du Palais, logé aux Consulta tiens, estant

1 Alexandre de Rohan, marquis de Marigny, frh'e du prince de Guemené et du duc de Montbazon, capitaine de cent hommes d'armes, chevalier des ordres en 1619.

2 Alexandre, dit le chevalier de Vendùme, fils d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né en 1598, légitimé en 1599, chevalier de Malte en 160Zi, abbé de Marraoutier en 1610, grand prieur de France et général des galères, ambassadeur extraordinaire à Rome en 1015, arrêté à Blois en 1626; mort prisonnier au château de Vinceuues en 1G29. (l'oij. P. Anselme, t. i, p. 1/|9.)

3 Melchior Mitte, comte de Miolans, marquis de Saint-Chamond, ministre d'État, lieutenant général des armées du Roi et au gouvernement de Provence, ambassadeur à Rome, mort en IGiO.

Mars 1618. cmpesché à sauver sa famille avec des Échelles, visà-vis de Saint-Barthelemy, n'ouvrit point les portes du Palais ; et ainsi , il les falut enfoncer ; ce qui amusa beaucoup. Le Lieutenant Civil fit grand devoir. Jl fit tirer et jeter de l'eau par les riies, qui venoit par les ruisseaux, conduits avec des arrests de fumier, jusques dans la cour du palais, où on la puisoit à pleins muids. On envoya aussitost quérir le Chevalier du Guet, avec Deffontis, et leurs archers \

MM. du Parlement, assemblez dans la chambre Saint-Louis, résolurent dèsl'après-disnée mesme, de ne point désemparer.

M. de Hauterive- de retour de Bruxelles, où il avoit esté faire condoléance de la part du Roy, à Madame la princesse d'Orange ^

8. Mort de M""" de Ne vers, d'une fièvre continue, avec une constance et une piété extrêmes. Elle voulut astre ensevelie en habit de Carmélite, qu'elle avoit voué d'estre, si elle fust demeurée veufve. M. de Nevers et M. du Mayne en eurent une extrême affliction. Le Roy prit le deuil, et toute la Cour, et mesme la Reyne et les Dames. Plusieurs ne le conseilloyent

* Voij. Fontenay-Mareuil, p. 41^. Le Mfirc. fr., p. 18 et suiv., donne les plus grands détails sur cet incendie.

2 François de l'Aubespine, marquis d'Hauterive et de Châteauneuf, né vers 1594, gouverneur de Breda en 1639, mort en 1670. Il était frère du garde des sceaux de Châteauneuf. Fotj. son historiette, Tallemant des Réaux, t. i, p. 492, et le commentaire de M. Paulin Paris.

3 Éléonore de Bourbon, sœur du prince de Condé, née en 1587, mariée en 1606 à Philippe Guillaume de Nassau, prince d'Orange, morte en 1619.

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pas, disant, que ce n'esloit la couslume ; mais le lîoy a'»»^ ««a. fit connoistre qu'il le désiroit. M. de Nevers s'en alla il Saint-Clou, chez M"' du Tillct', où le Roy fut le voir le niécredy 1/|. Et le mardy 13, il avoitesté voir M. du Mayne en sa maison, à Paris.

M. de Candale enlève sa femme à deux heures après minuit. 11 la mcine à Dampierre, et de là, luy fait prendre le chemin de Castelnau de Barbarin, accompagnée de quatre soldats, et l'ayant menée jusqu'à..., il s'en revint à Paris.

Lorsque le procès se poursuivoit, les parties demeurèrent d'accord de M. le Président Séguier et de M. de Bérule- pour arbitres. Depuis, ils convinrent que le congrès se feroit en une chambre particulière, chez M"""" la marquise de Maignelay ' ; ce qui se devant exécuter, M""" Candale ne voulut qu'il y eut présens aucuns médecins et chirurgiens, et après

* Charlotte du Tillet, née en 1551, morte en 1635 ou 1636. Par ses relations avec les principaux personnages de son temps, par ses intrigues et par son esprit. M"' du Tillet a joui d'une certaine célébrité. Voy. son historiette, Tallemant des Réaux, t, i, p. 187, et surtout le Commentaire de M. Paulin Paris.

2 Pierre de BeruUe, né en 1575, aumônier du Roi Henri IV, supérieur général des Carmélites, fondateur de la congrégation de l'Oratoire en 1611, chef du Conseil de la Reine-mère Marie de Jlédicis, négociateur de la paix de la Valteline, confesseur de la Reine Henriette, cardinal en 1627, mort en 1629. Le cardinal de BeruUe était par sa mère, Louise Séguier, parent du président de ce nom. Foy. Moreri, t. II, p. 420, la vie de ce célèbre prélat.

5 Claude Marguerite de Gondj% fille du maréchal duc de Retz, veuve depuis 1592 de Florimond de Halhvin, marquis de Maignelais, gouverneur de la Fère, et mère de M""^ de Caudale. La marquise de Maigue, lais mourut en 1650

avoir esté coiichôc deux heures avec M. de Caudale, elle dit qu'elle estoit coulente.

].c soir, i! n'y vint point coucher, ni le lendemain aussi, et le mécredy, l'ayant emmenée chez luy, il luy osta tous ses gens, et l'enleva comme dessus.

M""^ de Caudale estant à Chasteauroux, se fail arrester par les officiers de la Justice, et dépcsche à M"" la Marquise de Maignelay. Sur cela, tous ses parens, et d'un autre costé, M. de Caudale et tous ses amis, poursuivent instamment chacun pour la recevoir. Sur quoy, le Roy, craignant que cela n'apporta st de grandes broùilleries, et que l'on n'en vint de part et d'autre à faire de grandes assemblées de Noblesse, ainsi que l'on eust fait, sans doute. Sa Majesté prend M""" de Caudale en sa protection, et luy envoyé un Exempt, et quatre Arcliers de ses Gardes Écossois, afin de demeurer à Chasteauroux avec elle. Tout cela est avenu environ depuis le 15 jusques au 25 mars.

M. de Courtenay-Blaineau ', qui se prétend Prince du Sang, ayant quelques jours auparavant esté mis au grand Chastclet, pour dettes, et ayant satisfait, M. le Lieutenant Civil l'en vint tirer par commandement du Roy, et le mit entre les mains de M. le Chevalier du guet, qui le mena à la Bastille.

1 Edme de Couvtenay, seigneur de Blenean, mort en IG/iO. La maison de Courtenay réclamait pour ses membres la qualité de princes du sang, comme issue de Pierre, seigneur de Courtenay, septième fils de Louis le Gros.

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Je n*en say aulro chose, sinon, qu'il rcnuioil, Miuieis. et voiiloit faire quelques levées pour M. le Prince, et M. le Lieutenant Civil luy dit, que le Roy luy avoit donné charge de luy dire que, s'il le vculoit Irailtcr à la rigueur, il y auroit assez pour luy faire trancher la teste. A quoy il répondit, à ce que j'ay ouy dire i\ M. le Lieutenant Civil, fort judicieusement, et fort respectueusement.

Environ 1:2. ]\L de la Trémoillc arrive à la Cour.

l/i. M. de Sully va, à dix heures et demie, à l'audience de la chambre de TÉdit, et prend place. Trois fautes en cela, la première d'arriver la Cour estant assise, et si tard ; ce qui ne se fait jamais ; la seconde, en ce que les Pairs ne vont jamais qu'à la Grand Chambre; la troisième, en ce que la Chambre de l'Édit n'est que par Commission, et que, partant, on ne peut y entrer sans estre nommé.

Boisguérin, fils du Gouverneur de Loudun, mis à la Bastille, sur un avis donné par son père, et envoyé par un autre de ses fils, qu'il vouloit faire un coup de Ravaillac, et qu'il viendroit luy-mesmc après, en déclarer les particularitez qu'il prouveroit par quinze témoins. Le Chevalier avoit esté prendre à Angeville ledit Boisguérin, qui venoit par le coche d'Orléans. Lorsqu'il estoit passé à Orléans, un de ses frères qui venoit avec luy, avoit présenté requeste pour le faire arrester prisonnier, et se constituer prisonnier avec luy; ce que le juge n'ordonna pas; qui fut une grande faute.

Mars 1618. 18. M. Barbin tiré de la Bastille. {Fide mé-,

moire particulier de toute cette ailaire '.)

21. M. de Bournonville ^ tiré de la Bastille, et mis par le Roy en la Garde de M. le Maréchal de Vitry ; et M. de Launay, Exempt des Gardes, oncle de M. le Maréchal de Vitry, mis dans la Bastille avec cinquante Suisses.

23. M. de Montmorency arrive à la Cour ^ 29. M. de Canteloube apporte au Roy des lettres de la Reyne-mère, portant créance en luy, sur le sujet de l'afTaire de M. Barbin. Il dit à Sa Majesté que la Reyne le supplioit d'envoyer M. Barbin au Parlement, pour luy faire son procès, et que s'il trouvoit qu'elle fust meslée dans aucune cabale ou entreprise contre son service, elle vouloit que l'on luy fist aussi le sien. La Reyne mandoit cela pour obliger le Parlement. M. de Canteloube fut renvoyé le samedy. 11 disoit partout ce qu'il avoit dit au Roy, et disoit aussi, que l'on ne le laisseroit guère à Paris \

1 roy. Richelieu, p. /i99.

2 M. de Bournonville, frère de M. de Persan, avait été chargé du commandement de la Bastille.

2 Voij. Pontchartrain, p. 2G1.

* « Au mois de mars de l'année suivante, 1G18, on découvrit une en- » treprise que M. Barbin, prisonnier à la Bastille, avoit faite pour sortir » la Reine-mère de Blois, où elle étoit comme prisonnière. Cette affaire » étant très-importante à cause des personnes de qualité qui s'y trou- » voient mêlées, on choisit trois conseillers d'Etat pour en instruire le » procès. Ce furent M. le président de Bailleul, M. l'Avocat et moi ; » et parce qu'on ne voulut pas se confier à un greffier, et qu'ainsi il » falloit que ce fût l'un des commissaires mêmes qui tînt la plume,

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30. M. de Rassompierre va ù la Bastille recevoir wa" lei les clefs de M. de Launay, qui y commandoit, et les remettre entre les mains du Capitaine des Suisses qui y entroit'. {Fide mémoire de l'allaire de Barbin, ut svpj'à. )

M. de Branles entra dans la Bastille, avec sa Compagnie.

Mécredy d. M. Barbin remené à la Bastille. Avru.

MM. de Bournonville et de la Ferté, et l'Evesque, Larose, et le sergent Lisy -, y sont aussi menez.

5. Nouvelle arrive de la promotion de M. l'Evesque de Paris au Cardinalat. H se fait appeler Cardinal de Rets. M. d'Épernon estant allé voir M. le

» ce fut à moi à la prendre comme étant le plus jeune. A mesure que » nous avancions dans cette affaire, nous en faisions le rapport au » ministre chez M. le Chancelier, où M. de Luynes se trou voit, puis » on la rapporta devant le Roi. Elle fut ensuite envoyée au Grand » Conseil pour la juger, comme il fit, et cette compagnie témoigna » n'avoir point vu de procès mieux instruit. » (Mémoires d'Arnauld d'Andilly, p. 375 ) Cette mission d'Arnauld d'Andilly lui permit de rédiger le mémoire particulier sur l'affaire de Barbin, auquel il renvoie plusieurs fois dans ce Journal, et c'est pourquoi il se dispense de donner ici des détails sur ladite affaire. Ce mémoire n'a, je crois, jamais été publié, du moins sous le nom de sou auteur. On le trouverait peutêtre parmi les papiers d'Arnauld d'Andilly qui ont été conservés. Ainsi qu'il le dit dans ses Mémoires, p. 376, d'Andilly qui tenait la plume, interrogeait le plus souvent Barbin pendant l'instruction de son procès. Des réponses de cet homme d'État Amauld d'Andilly tire les renseignements qu'il consigne dans divers endroits de son Journal, en les faisant précéder de ces mots: J'ay ouy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, alors que j'estois un de ses trois commissaires, etc.

* l'oy. Bassompierre, p. 152.

2 Sergent de la Bastille, accusé d'avoir fait passer à la Reine-mère les lettres de Barbin,

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