INTRODUCTION XIX
Cette affaire à peine terminée, il reprend celle des honneurs, et, fidèle à son système de demander deux objets à la fois, présente au ministre un Mémoire d'illustration et de service tendant à se faire donner le cordon bleu. Le moment est propice, car il vient de commander en chef le camp d'Aymeries, avec un succès qui n'a point été sans retentissement à la Cour. Le prince de Soulîise parle en sa faveur à la Marquise, à laquelle la princesse de Croy, de son côté, ne dédaigne point d'écrire. L'accueil fait à cette dernière démarche le remplit d'espérance, mais sa mère reçoit bientôt, de Mme de Pompadour, une lettre déclarant, avec les ménage-, ments d'usage, que le Roi ne veut rien entendre, et qu'il ne faut compter sur rien. Elle est aussi désolée que son fils : « Nous nous estimâmes heureux d'avoir accroché cette lettre! » écrit pourtant M. de Croy. Courte phrase qui en dit long sur la puissance de la favorite, aux bonnes intentions de laquelle il n'en rend pas moins hommage : « Je lui dois, affirme-t-il, la justice de dire que l'ai toujours trouvée serviable et vraie en affaires, et même avec noblesse et sentiment ! »
Se jugeant « culbuté », voyant — nouvelle déception ! — que son nom n'est point porté sur la liste des officiers désignés pour être employés sur les côtes de France, il demande au duc de Chaulnes, commandant en chef de Picardie et d'Artois, la faveur de servir sous ses ordres, en qualité de commandant en second, et obtient cet emploi, qui va changer la face des choses. Alors, en effet, s'élève, en France, un long cri d'horreur : l'artésien Damiens vient d'attenter aux jours du Roi! Naturellement désigné par ses nouvelles fonctions pour instruire l'affaire, M. de Croy interroge l'assassin dans sa prison, le reconnaît pour fou, et le proclame tel ; puis il se rend à Arras, poursuit activement son enquête dans le pays, où Damiens a de la famille et a pu avoir des complices, enfin publie un excellent rapport qui achève de bien poser son au-