‹ Journal inédit, 1718-1784Chapitre 11 sur 59 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

toujours en pareil cas) une nouvelle « affaire », celle des Honneurs de la Cour, grâce importante, et que le Roi refuse à ses meilleurs amis, car elle confère le droit d'entrer dans sa chambre, aux heures du lever et du coucher, celui de monter dans ses carrosses, et de pénétrer, à cheval, dans les cours de ses châteaux. Puis jugeant utile de courir deux lièvres à la fois, il se met sur les rangs des prétendants à la charge de chevalier d'honneur de la Dauphine. A cet effet, et dans le but de faire valoir ses connaissances militaires, il use d'un moyen auquel il aura souvent recours et qui lui vaudra de la considération en haut lieu, — ; il présente au maréchal de Saxe un important .Uémoù'e sur Maëstricht. Ce travail est apprécié comme il le mérite, mais la marquise n'est pas encore suffisamment prévenue en faveur de l'auteur, et, comme tout dépend d'elle, plus encore que du maréchal, les honneurs lui sont refusés, et la charge est donnée à un autre.

Désolé, il cherche à faire diversion à son chagrin par des courses dans Paris : il va voir des collectionneurs, achète des meubles pour son château de Coudé et pour celui de l'Hermitage, qui en est voisin, se remet à la chasse à tir et, malgré ses trente-un ans, à la danse. Il s'y est livré avec ■ succès, jadis, et se plaît encore, quand on l'en prie, à enseigner à la jeunesse les plus jolies contredanses de son temps. Enfin, chose inouïe, et qui sort absolument de ses habitudes, il accompagne, un soir, des dames au bal de l'Opéra ! L' « équipée » fait du bruit; le Roi, les courtisans l'en plaisantent, et, pour n'avoir point mauvaise grâce, il en badine avec eux.

Bientôt, jugeant nécessaire de ne point s'attarder aux regrets et de s'engager dans une voie nouvelle, il demande l'ambassade de Naples, mais se ravise et tourne ses vues du côté de l'Espagne, dont le poste lui semble plus avantageux, parce qu'il peut lui procurer la grandesse, la Toison d'or, et

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aussi le recouvrement d'une somme assez forte que le gouvernement espagnol lui doit.

Nouvel échec !

Il traverse, alors, une période de découragement qui ne dure pas moins de deux années (1751-1753), pendant lesquelles il s'abstient de se montrer à Versailles, si ce n'est pour les cérémonies officielles, ou, du moins, pour celles où il est sûr d'être au premier rang, car plus que jamais il tient à n'être point « confondu dans la foule. »

Son ambition ne se réveillera qu'en décembre 1753, à Compiègne,un soir où, le Roiluiayant donné « le bougeoir », il se décidera à reprendre le projet de la survivance et à se faire appuyer de nouveau auprès de Mme de Pompadouret du comte d'Argenson. Mais sa meilleure protection est encore sa mère : son crédit est tel, que d'Argenson, dont le caractère est pourtant peu souple, après lui avoir démontré l'impossibilité d'accorder ce qu'elle sollicite, finit par le lui promettre, ou à peu près. Même succès auprès de M. de Soubise, intime ami de Mme de Pompadour, qui va bientôt devenir celui de M. de Groy.

C'est que, tout éloignée qu'elle vive de la Cour, la princesse de Croy continue à bénéficier du souvenir laissé par son mari et des services qu'il a rendus au Roi, souvenir et services dont son fils est, d'ailleurs, loin de se montrer indigne !

De son côté, celui-ci n'est point resté inactif: il a si bien su gagner le Roi à sa cause en flattant son goût pour les bâtiments et les jardins, et l'intéresser aux travaux de son château de l'Hermitage, que Louis XV fait rectifier ses plans par Gabriel, y ajoute des corrections de sa propre main, et s'intitule, plaisamment, « l'architecte de M. de Groyl »

Bref, en 1754, à l'âge de trente-six ans, il obtient la survivance tant désirée !

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