‹ Journal inédit, 1718-1784Chapitre 15 sur 59 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

hérite de la grandesse d'Espagne qui, remontant àl'année 1706, lui donne le pas sur nombre d'autres ducs et de personnages importants, ^lais que les temps sont changés! Lui, si sensible, jadis, aux distinctions, c'est à peine si les honneurs le touchent, à présent ! Son désintéressement est tel, qu'il refuse de se porter candidat au gouvernement de Flandre et de Hainaut, dont la vacance paraît prochaine. Il préfère sa tranquillité !

Cependant, lorsque M. de Maillebois, tils du maréchal, cherche à lui soustraire une partie de son commandement, il retrouve toute son énergie pour la lutte : « La tète, s'écrie-t-il, m'en tourna pendant un mois ! » Quelque temps après, le même intrigant revient à la charge, mais M. de Croj? connaît la manière de se défendre : il crie, tempête, (( écrit ferme » au ministre, auprès duquel il fait, en outre, agir sa belle-fille la duchesse d'Havre, femme d'une habileté consommée « en affaires ». Il en résulte que, loin de se voir déposséder, il est nommé, l'année suivante, commandant en chef du pays où, jusque-là, son autorité ne s'était exercée qu'en second, pays dont il connaît toutes les ressources, tous les points faibles, et où la guerre qui vient d'éclater contre l'Angleterre peut l'appeler à rendre de grands services.

Depuis longtemps, les maréchaux de France le considéraient comme un des leurs : dès 1775, ils le lui avaient prouvé en l'admettant, à Reims, lors du sacre de Louis XVI, dans leur salle de délibérations. Non seulement sa brillante conduite à la guerre, mais encore ses services en Artois et en Picardie, et les travaux militaires, économiques et politiques par lui présentés aux ministres, travaux dont ceuxci ne dédaignaient point de s'inspirer, justifiaient cet honneur. Aussi, en mars 1781, crut-il le moment venu d' « entamer » l'affaire du maréchalat. Il le fit presque par devoir, et pour soutenir l'éclat de sa Maison, car le goût, affaibli

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